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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 12 Sep - 14:12

Citation :
Et à longueur de nuit, tandis que le vent du large faisait frissonner les jupes haut retroussées et les corsages largement délacés, des centaines de petits pactes franco-anglais étaient ainsi conclus dans l'herbe de l'été.
Mais qu'en termes jolis ces choses-là sont dites cheers
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 12 Sep - 20:04

Bien entendu, les bruits répandus par Louise de Savoie vinrent aux oreilles du roi. Croyant qu'il s'agissait de calomnies, il tint à montrer publiquement qu'il n'était point dupe. Un soir, il dit en souriant aux courtisans qui l'entouraient :

- Cette Cour ne serait-elle point ce que je pense ? On s'étonne, paraît-il, en cachette des hommages que mon ami l'amiral de Bonnivet rend à Mme de Châteaubriant. J'espère qu'on m'a trompé car moi je m'étonnerais plutôt que toute la Cour ne fût pas aux pieds de cette dame...


Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir... Mme d'Angoulême n'insista pas. D'ailleurs, elle eut bientôt un sujet de tourment qui l'empêcha de penser, pendant quelque temps, à Mme de Châteaubriant. Le 6 janvier 1521, jour de l'Epiphanie, François Ier dînait chez elle, à Romorantin, quand il apprit que le comte de Saint-Pol, qui tirait les rois en son hôtel, venait de trouver la fève. Il feignit une grande indignation :

- Un rival à la couronne !dit-il. Allons le détrôner...
Et sans même achever son repas, il partit, suivi d'un groupe d'amis, donner l'assaut au logis du roi de la Fève.
La neige tombait à gros flocons. On modela rapidement des boules qui allèrent s'écraser contre les vitres dorées de l'hôtel Saint-Pol. Aussitôt, le jeune comte se mit à la fenêtre avec ses invités et riposta au moyen de pommes, de poires et d'oeufs.


Dans un joyeux tumulte de cris et de rires, la bataille dura un moment. Soudain, un trait de feu zébra la nuit, et François Ier s'écroula dans la neige en criant.

Un invité de Saint-Pol, un peu éméché, utilisant une bûche enflammée comme projectile, avait blessé le roi de France à la tête.

Transporté chez sa mère, il fut pendant quelques jours "en grand danger de mort, et le bruit de son décès courut l'Europe".

Enfin, il se rétablit, mais Louise avait tremblé pour son César et s'était crue "femme perdue".


Ce curieux accident devait donner naissance à une mode nouvelle qui allait caractériser l'homme du XVIe siècle : les cheveux courts et le port de la barbe.
En effet, les médecins avaient dû couper les longues boucles du roi et celui-ci "s'étoit laissé pousser les poils du visage pour cacher plusieurs vilaines traces de brûlure"...

Immédiatement, tous les courtisans l'imitèrent. On ne vit plus que crânes rasés et mentons barbus, au point que Clément Marot, avec sa verve habituelle, ne manqua pas de railler les barbiers contraints d'exercer leur profession un peu plus bas...


Pauvres barbiers, bien êtes morfondus
De voir ainsi gentilshommes tondus,
Et porter barbe ; or avisez comment
Vous gagnerez ; car tout premièrement
Tondre et peigner, ce sont cas défendus.
De testonner, on n'en parlera plus.
Gardez ciseaux et rasoirs émoulus,
Car désormais vous faut vivre autrement,
Pauvres barbiers.
J'en ai pitié, car plus comtes ne ducs
Ne peignerez, mais comme gens perdus,
Vous en irez besogner chaudement
En quelque étuve, et là gaillardement,
Tondre maujoint et rasez Priapus,
Pauvre barbiers
.

Car à ce moment l'épilation était une preuve d'élégance. Toutes les femmes qui voulaient plaire allaient se faire raser "la mousse" aux étuves, où une matrone était généralement chargée de l'opération. Régulièrement, chaque dame de la cour rendait visite à sa "barbière" et

Quelque chambrière ou valet
Luy ratissait d'un vieil couteau
Le ventre jusques à la peau
...


Et se trouvaient fort satisfaites celles dont on pouvait écrire : qu'elles étaient "motte de frais rasée".
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 13 Sep - 20:17

Dès que François Ier fut guéri, Louise de Savoie, qui avait dû subir les visites de Mme de Châteaubriant à Romorantin pendant la convalescence de son fils, reprit sa hargne et chercha un moyen de se débarrasser définitivement de la favorite. Décidée à frapper fort, elle imagina de ruiner le crédit de Mme de Châteaubriant en la rendant indirectement responsable d'une défaite.

On se souvient que François Ier, pour plaire à sa maîtresse, avait nommé le frèe aîné de celle-ci, M. de Lautrec, gouverneur du Milanais.


Louise de Savoie résolut de faire perdre Milan par tous les moyens, pour "fâcher le roi contre M. de Lautrec et du même coup contre la belle Françoise".
Son plan était simple. Sachant que le gouverneur du Milanais qui commandait une armée de mercenaires suisses, avait périodiquement besoin d'argent pour payer ses hommes, elle projetait de le placer devant d'insurmontables difficultés financières.

Or, en 1521, M. de Lautrec demanda d'urgence une somme de 400 000 écus "sans laquelle, disait-il, il ne pouvait continuer à défendre le duché".

C'était l'occasion qu'attendait Louise de Savoie.


Le roi, bien entendu, donna immédiatement à Jacques de Baune, seigneur de Semblançay, son surintendant des finances, l'rodre d'envoyer l'argent au maréchal de Lautrec. Aussitôt, Louise bondit chez le trésorier et lui demanda les 400 000 écus "de la part du roi" disant qu'il s'agissait d'acquitter des dettes urgentes. Semblançay, respectueux, s'inclina et lui remit l'argent contre reçu.

"Naturellement, nous dit Sauval, ce que Mme d'Angoulême avait prévu arriva. Les troupes qui étaient dans le Milanais se débandèrent faute d'être payées de leur solde".

Après avoir perdu le duché, le malheureux maréchal de Lautrec se rendit à Lyon où se trouvait pour lors François Ier fort mécontent, on le conçoit, des nouvelles qui lui parvenaient d'Italie.

Le roi lui fit un très mauvais accueil ; ce dont se plaignit Lautrec.

- Pourquoi donc me faites ce mauvais visage, Sire ?
- J'en ai grande occasion, dit le roi, sèchement, pour ce que vous m'avez perdu mon duché de Milan.

Alors, nous dit Martin du Bellay, lieutenant général de François Ier :
"Le seigneur de Lautrec luy fit réponse que c'étoit Sa Majesté qui l'avoit perdu, non luy ; et que par plusieurs fois, il l'avoit adverty que s'il n'étoit secouru d'argent, il connaissoit qu'il n'y avoit plus d'ordre d'arrêter la gendarmerie, laquelle avoit servi dix-huit mois sans toucher deniers".


- Je vous ai envoyé 400 000 écus, répliqua le roi.
- Jamais n'ai reçu cette somme, répondit Lautrec.

Alors on appela Semblançay, qui reconnut avoir reçu l'ordre d'expédier les 400 000 écus au maréchal, "mais qu'étant ladite somme prête à envoyer, Madame la Régente, mère de Sa Majesté, auroit pris ladite somme de 400 000 écus et qu'il en ferait foy sur le champ".

Le roy alla en la chambre de ladite dame avec visage courroucé, se plaignant du tort qu'elle luy avoit fait d'être cause de la perte dudit duché ; chose qu'il n'eût jamais estimé d'elle, que d'avoir retenu ses deniers qui avoient été ordonnés pour le secours de son armée. Elle s'excusa dudit fait et fut mandé ledit seigneur de Semblançay, qui maintint son dire être vray ; mais elle dit que c'étoient deniers que ledit seigneur de Semblançay lui avoit de longtemps gardés, procédant de l'épargne qu'elle avoit faite de son revenu ; et luy soutenoit le contraire. Sur ce différend, furent ordonnés commissaires pur décider cette dispute.


Alors un dicton courut bientôt les rues de Paris :
"Milan a fait Meuillan et Châteaubriant a défait et perdu Milan" (Avec l'argent amassé lorsqu'il était gouverneur de Milan, M. de Chaumont avait fait construire le fastueux château de Meuillan, en Bourbonnais)


Mais Mme de Châteaubriant défendit son frère avec tant d'acharnement que le roi l'écouta et rendit sa confiance à Lautrec. Louise de Savoie avait fait perdre le Milanais pour rien...

Furieuse, elle parvint alors à faire voler au surintendant les quittances qu'elle lui avait remises, et le procès de Semblançay commença.

Il dura trois ans. Et, en 1524, Louise de Savoie, qui n'avait pas réussi à rendre responsable Mme de Châteaubriant de la perte du Milanais, se vengea sur le malheureux trésorier en le faisant pendre à Montfaucon sous l'inculpation de péculat et de malversation.

Semblançay, qui était âgé de soixante et onze ans, fut mené au gibet sur une mule. Il garda jusqu'au bout une si noble contenance que Clément Marot put composer sa fameuse épigramme :


Lorsque Maillard, juge d'enfer, menoit
A Montfaucon, Semblançay, l'âme rendre,
A votre avis lequel des deux tenoit
Meilleur maintien ? Pour vous le faire entendre
Maillard sembloit l'homme que mort va prendre,
Et Semblançay fut si ferme vieillard
Que l'on croyait pour vray qu'il menait pendre
A Montfaucon, le lieutenant Maillard
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 14 Sep - 20:05

EN LUTTANT CONTRE SON AMANT, LOUISE DE SAVOIE CAUSE LE DESASTRE DE PAVIE ET LA CAPTIVITE DU ROI




Les femmes ne sont que douceur, amour et bénédiction - MICHELET -



LES mauvais sentiments qu'éprouvait Louise de Savoie à l'égard de Mme de Châteaubriand faisaient sourire les familiers de la Cour.

- Ce n'est poinct pour ce que la favorite du roy festoie et deépense moultement que Mme d'Angoulême la déprise, disait-on, mais bien plutôt pour ce qu'elle est jalouse en voyant une femme qui a su trouver un beau flageolet...

La mère du roi, en effet, était animée par un besoin d'amour qui la démangeait sans cesse et la poussait à commettre d'imprudentes gamineries avec le premier venu. Elle ne pouvait voir un homme paraître à la Cour sans le considérer d'un oeil un peu trop affectueux.

Un tel comportement l'avait conduite, nous dit un prude historien, "à entrer dans son lit avec des messieurs différents".


Aussi, dans l'entourage du roi, ne se gênait-on pas pour appeler Mme d'Angoulême : tireuse de vinaigre, redresseuse de flûte, pèlerine de Vénus ou blanchisseuse de tuyaux de pipe, ce qui était des sobriquets regrettables pour une dame de sa condition.
Certains assuraient même que ses parents étaient responsables de son penchant pour le duo sans musique, disant qu'ils l'avaient habituée à porter des talons trop courts, "ce qui étoit cause qu'à toutes rencontres d'hommes, elle étoit sujette et facile de tomber à la renverse".
Bref, on ne tenait pas la mère du roi pour une femme sérieuse.

Or, parmi tous les amants de Louise, il en était un qu'elle préférait et avec qui elle eût désiré se remarier.
C'était Charles de Montpensier, duc de Bourbon, qui avait douze ans de moins qu'elle et qui était beau comme un jeune dieu
.

Elle l'avait connu en 1506 aux fiançailles de son fils avec Claude de France. Charles avait alors seize ans, il portait une armure blanche et elle en était immédiatement tombée amoureuse.

A la fin du repas, elle avait fait valoir au jeune homme que son fils, héritier présomptif de la couronne, serait un jour prochain roi de France et qu'elle saurait alors se souvenir de ses amis...

- François m'adore, avait-elle dit. Il fera toujours ce que je voudrai, et l'on a vu de très jeunes connétables.

Charles, qui n'était point sot, avait parfaitement compris ce qu'on attendait de sa vigueur et de sa bonne volonté, et, bien qu'il fût marié avec la plus riche héritière du royaume, Suzanne de Bourbon, fille d'Anne de Beaujeu, il était devenu, quelques jours plus tard, l'amant de la Louise.


La chose ne lui avait d'ailleurs point paru désagréable, attendu que Mme d'Angoulême, qui était âgé de vingt-huit ans, avait une fort bonne contenance "les fesses rondes, les tétins hauts et la jambe bien faite"...

Les amours de Charles et de Louise furent bientôt devinées par toute la Cour. Mme d'Angoulême avait, en effet, une façon de frémir des narines en regardant le jeune homme qui en disait long, même aux plus candides.

Toutefois, comme il était prudent de ne point montrer qu'on avait compris trop de choses, on n'en parlait qu'à mots couverts, et d'un air humble :

- Que pensez-vous de M. de Bourbon ? demandait-on.
- Je crois que Mme d'Angoulême lui a donné sa friandise, avait-on coutume de répondre en baissant les yeux.

Car le XVIe siècle avait conservé du moyen-âge cette saine façon de s'exprimer qui empêche la naissance des complexes.


(Michelet est moins cru. Il écrit : "Maladive, mais belle encore, passionnée, violente et sensuelle, elle avait fait trêve aux galanteries ; elle avait un amour."
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 14 Sep - 20:20

Demain matin, je vais pouvoir me consacrer d'avantageà Histoires d'amour de l'Histoire de France...... Very Happy Wink
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 15 Sep - 12:03

Je finis ce chapitre, et je reprends le volume VI, qui semble avoir beaucoup plus de succès que le II....... Very Happy



En 1515, François monta sur le trône et Louise se souvint de ses promesses ; le premier acte d'autorité du nouveau roi fut de remettre l'épée de connétable à Charles de Bourbon...
Celuit-ci trouva, d'ailleurs, qu'on lui devait bien cela, n'ayant dû tromper sa femme, pendant neuf ans, qu'avec Mme d'Angoulême.

Toutefois, il lui sembla nécessaire de se montrer reconnaissant, et pendant quelque temps il dépensa dans la chambre de Louise de Savoie des forces qu'il eût dû réserver aux devoirs de sa charge.

Louise se méprit et crut qu'il s'agissait d'un véritable amour. Ivre de joie, elle fit des projets d'avenir, rêva de remariage et se persuada que la femme de Charles, qui était chétive et souffreteuse, allait mourir jeune - ce qui la rendit heureuse. Et elle attendit, imaginant le moment où son bien-aimé entrerait dans sa chambre et lui dirait avec un éclair de joie dansles yeux :

- Je suis veuf !

Dans l'espoir de ce beau jour, elle combla le jeune connétable de faverus et de gentillesse. Elle lui offrit une bague, un oranger et une épée sertie de pierres pécieuses. Sur cette épée, Charles fit graver deux devises qui, probablement, n'ont que peu de rapport avec le métier des armes :
"Penetrabit" (elle entrera) et "A toujours... mais ...".
Phrases qui résument si bien l'attitude du connétable avec Mme d'Angoulême, qu'il est inutile de leur chercher une autre signification.

Ces petits jeux amoureux durèrent jusqu'au 28 avril 1521. A cette date, Suzanne de Bourbon mourut pour la plus grande satisfaction de Louise de Savoie, qui remercia le ciel d'avoir exaucé ses secrètes prières.

Aussitôt, elle se précipita chez son amant et lui demanda quand il comptait l'épouser.


Charles fit la moue, prétexta des affaires urgents ; l'enterrement de sa femme, ses obligations de connétable, etc., et déclara qu'on verrait cela plus tard.
Mais Louise revint à la charge une fois, deux fois, dix fois..., lui rappelant ses promesses d'homme marié et la bague qu'elle lui avait donnée en signe d'alliance.

Finalement, Charles, exaspéré, répondit calmement à la mère du roi qu'il ne voulait pas l'épouser.
Louise eut une syncope.


Reprenant ses sens, elle alla trouver le roi et lui déclara qu'il y avait lieu de se méfier du duc de Bourbon, dont les sentiments lui semblaient bien changeants. François Ier eut alors la faiblesse d'écouter sa mère et promit de tenir désormais le connétalbe un peu à l'écart.

Cela ne suffisait pas à Mme d'Angoulême dont le dépit amoureux tournait la tête. Folle de rage, elle chercha à perdre par tous les moyens le jeune homme qui s'était si bien joué d'elle.

Elle trouva une première vengeance en septembre 1521 au camp de Mézières, et en octobre à Valenciennes : Charles de Bourbon y fut privé, sans explication, des honneurs qui étaient dus à la dignité de connétable de France.
La conduite de l'avant-garde, qui était une de ses prérogatives, fut donnée au duc d'Alençon, beau-frère du roi.


"Le connétalbe, nous dit Varillas, fut autant piqué de ce qu'on faisait faire par un autre le plus beau de sa charge que si on lui eût ôté l'épée. Et ce fut dans les premiers transports de son ressentiment qu'il lui échappa des paroles qui donnaient atteinte à l'honneur de la duchesse d'Angoul^me. Tant de personnes les ouïrent que la duchesse en fut incontinent avertie et, comme elle se vantait d'avoir vécu dans une grande continence, quoiqu'elle fût demeurée veuve à dix-sept ans, elle ne put apprendre que celui qu'elle aimait le plus lui imputait le vice contraire, sans employer tous les moyens que la raison et la vengeance lui inspirèrent pour le haïr."

Comme le dit Dreux du Radier :
"Une femme qui ne se souvient pas avec plaisir des avances qu'elle a faites ne se les rappelle qu'avec désespoir..."



Dès lors, Louise de Savoie mena contre le connétable une lutte farouche qui étonna toutes les cours d'Europe. On chercha bien à expliquer la hargne de Mme d'Angoul^me par de bonnes raisons, mais personne ne fut dupe, et le roi d'Angleterre s'écria :
"Il y a un malcontentement entre le roy Françoys et ledict de Bourbon, sinon à cause qu'il n'a voulu espouser Madame la régente qui l'ayme fort."

Or cette guerre à mort d'une maîtresse évincée contre son amant allait être désastreuse, puisqu'elle allait conduire la France au désastre de Pavie, et François Ier dans les prisons de Madrid...


A la fin de l'année 1521, Louise de Savoie, qui ne cessait de penser à ses espoirs déçus, sentit monter en elle une nouvelle bouffée de haine et rechercha une vengeance qui lui permît d'écraser Bourbon définitivement. La connaissance profonde de son amant l'aida à trouver aisément. Elle savait que ce jeune ambitieux aimait l'argent, les châteaux, les domaines ; elle résolut de lui retirer tout cela en lui faisant, avec toutes les apparences de la légalité, le plus injuste des procès.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 15 Sep - 13:46

Qu'on ne m'accuse pas de faire jouer en tous lieux et en toute occasion un rôle déterminant à l'amour.
Voici ce que nous dit Michelet à propos de cette affaire qui aura les plus graves, les plus tragiques répercussions sur le cours de notre histoire :
"Louise de Savoie, qui avait voulu se marier au connétable et qui en avait éprouvé un refus, voulut le ruiner, ne pouvant l'épouser."

Quel prétexte prit donc la mère du roi pour engager ce procès à son ingrat amant ? La succession de Suzanne de Bourbon, épouse de Charles.


La jeune femme, avant de mourir, avait rédigé un testament qui faisait son mari légataire universel.
Or les biens que Charles possédait du chef de Suzanne étaient fort importants puisqu'ils comprenaient le Bourbonnais, le Forez, le Beaujolais, l'Auvergne et la Marche. Louise, qui n'avait pas eu l'homme, voulut avoir les provinces et se prétendit héritière de Suzanne de Bourbon. Prétention qui n'était pas tout à fait sans fondement puisque Mme d'Angoulême se trouvait être, par sa mère, la cousine germaine de la connétable. Toutefois, le fait que celle-ci ait légué l'ensemble de ses biens à son mari retirait à Louise tout droit à la succession. Elle le savait fort bien ; aussi n'essaya-t-elle pas d'attaquer le testament sur ce point. Extrêmement rouée, la mère du roi prit un air noble, alla trouver son fils et lui dit :

- Le testament de Mme de Bourbon est inacceptable, car il lègue au connétable des biens et des provinces qui doivent revenir à la couronne de France.
Et comme François Ier ne semblait pas être au courant, elle ajouta :

- Par une clause signée en 1400par Charles VI et renouvelée par Louis XI dans le contrat de mariage d'Anne de France et de Pierre de Beaujeu, seigneur de Bourbon, tous les biens des Bourbons doivent revenir à la couronne en cas de mort sans héritier mâle. Or Suzanne n'a pas eu d'enfant du tout...

L'affaire semblait donc simple et les prétentions de Louise de Savoie parfaitement justifiées. François Ier remercia sa mère de l'avoir instruit de ces détails et lui promit de faire mettre sous séquestre immédiatement tous les biens du connétable.

- Après quoi, nosu engagerons le procès, dit-il.

C'est tout ce que désirait Mme d'Angoulême. Ravie, elle se retira "dans ses appartements, où un garde du palais, qui remplaçait depuis peu - et très avantageusement - le connétable de Bourbon, ne tarda pas à venir la rejoindre".


Le roi, fort de son droit, donna, sans attendre, l'ordre de se saisir des châteaux appartenant à Charles et s'en fut retrouver Mme de Châteaubriant, en pensant qu'il était bien facile parfois d'arrondir le domaine national.

Le pauvre ignorait que sa mère ne lui avait dit qu'une partie de la vérité ; car, si la clause dont s'était servie Louise pour engager le procès existait bien dans une ordonnace de Charles VI, elle avait été, depuis, annulée par Charles VIII et par Louis XII. Par conséquent, le testament de Suzanne était parfaitement valable.

La mise sous séquestre des biens du connétable de France causa une immense émotion. Une fois de plus, Louise de Savoie fut accusée par les cours d'Europe de se venger bassement du refus que lui avait opposé son amant.

- Ceci n'est poinct digne de la mère d'un roi de France, disait-on.


A la Cour, on ne jasa pas tout de suite. Il faut dire qu'on y était pour lors fort occupé à commenter une aventure assez curieuse arrivée à Mme de Croissy-Valin au cours d'un déplacement du roi.

Cette dame, qui appartenait à la suite de la reine, était d'un naturel peu farouche qui l'avait conduite déjà maintes fois dans des situations assez scabreuses.
Mais ce qui lui était arrivé sur le bord de la route de Fontainebleau dépassait de loin tout ce qu'elle avait pu connaître.

La Cour s'était arrêtée dans la forêt pour y déjeuner sur l'herbe, autour de François Ier qui aimait beaucoup ces repas champêtres, préludes de parties galantes dont les hautes fougères étaient le théâtre...

On avait sorti des chariots nappes brodées, vaisselles d'or, aiguières pleines de vin de Touraine, poulets froids, rôtis, tartes, raisins de Moret, et tout le monde s'était mis à talbe auprès du jeune souverain et de Mme de Châteaubriant. (La reine, enceinte comme toujours, était restée au château).

François Ier donnant l'exemple, tous les jeunes seigneurs et toutes les plus jolies dames de la Cour se tenaient on ne peut plus mal...
Couchés dans l'herbe, ils se faisaient des caresses, que l'on tolère d'habitude seulement entre les repas.
Et encore, pas tous les jours...


Au bout d'un moment, ces petits jeux agacèrent l'assemblée et, sans attendre le dessert, quelques couples se dispersèrent sous les arbres avec un air hagard qui en disait long sur leurs secrètes intentions.

C'est à ce moment que Mme de Croissy-Valin, dont la robe et le corsage étaient fort fripés, fut entraînée par un ami du roi, le comte de Dormelles, vers un épais taillis. Hélas ! les deux amants s'aperçurent avec regret que l'endroit qu'ils avaient choisi pour se prouver mutuellement leurs bons sentiments n'était plus libre. D'autres convives les y avaient précédés. Ils marchèrent alors vers un arbuste dont les branches recourbées formaient comme une chambre de feuillage.
Mais ils durent s'en éloigner pudiquement, car un couple qui paraissait "animé par des sentiments plus vifs que ceux de l'estime" l'occupait déjà.

Finalement, Mme de Croissy-Valin et son soupirant, ayant cherché en vain, un endroit capable d'abriter pendant quelques instants "leurs natures enflammées", revinrent vers la route, où se trouvaient arrêtés les chariots.

- Allons là-dessous, dit le comte de Dormelles.

Et Mme de Croissy-Valin, retroussant sa robe, se glissa à quatre pattes sous la voiture.
Deux minutes après, les deux amoureux dansaient entre l'herbe et les essieux, la plus vieille danse du monde... Las ! l'endroit était si tranquille que Mme de Croissy-Valin oublia qu'elle ne se trouvait point dans une chambre close ; et, lorsque le comte de Dormelles termina avec art la besogne qu'il avait joliment commencée, elle exprima sa satisfaction par un grand cri qui apeura les chevaux. Ignorant ce qui se passait sous la voiture à laquelle ils étaient attelés, les braves animaux se crurent en danger et prirent le galop, laissant à découvert, sur le bord du chemin, M. de Dormelles et Mme de Croissy-Valin, fort piteux d'être vus en aussi galante posture. Toute la Cour, en effet, s'était levé de table en entendant les hennissements des chevaux emballés.

Le roi s'amusa beaucoup de cette mésaventure, et son entourage s'en divertit pendant des semaines.
Cela fit oublier un peu le procès du connétalbe de Bourbon...


Au bout de onze mois de procédure inique, Chalres, poursuivi par Louise de Savoie dont la haine ne faiblissait pas, fut dépouillé de ses biens.
Ruiné, poursuivi, chassé de ses châteaux, menacé d'arrestation, le connétalbe de Bourbon ne vit qu'une issue : passer à l'ennemi.
A la fin de décembre 1523, il quitta la France au galop de son meilleur cheval et courut en direction des armées de Charles-Quint.
Louise était responsable de ce qu'on a appelé plus tard "la trahison du connétable de Bourbon"...


Oui, responsable. Ecoutons ce que nous dit Sauval :
"L'amour de la comtesse d'Angoulême pour le connétable de Bourbon et le dépit de voir ce rpince n'y répondre point, la portèrent à de si grandes extrémités que ce prince, pour se délivrer de ses persécutions, fut contraint de se jeter entre les bras des Espagnols."

Charles-Quint, ravi d'avoir à ses côtés l'un des héros de Marignan, nomma Charles généralissime de ses armées.


Quatorze mois plus tard, l'ex-connétable de France se trouvait à Pavie, face à François Ier. Il était à ce moment, de l'avis de tous ses contemporains, le général le plus fort d'Europe. Et c'est lui qui écrasa les armées du roi de France, où pourtant se trouvaient La Trémoille, Bonniver et le fameux La Palisse...

Après une terrible bataille où, nous dit un témoin, "vous eussiez vu bras, têtes et jambes voler", François Ier, entouré soudain de cavaliers espagnols fut pris et mené à Charles de Bourbon qui, fort respectueusement, le désarma...

Voyant le roi entre les mains de l'ennemi, Bonnivet, qui était sorti miraculeusement sauf des combats qu'il avait livrés, fut accablé.

- Ah ! dit-il à un serviteur qui se trouvait à ses côtés, je ne saurais survivre à cette grande destruction pour tout le bien du monde. Il faut aller périr dans la mêlée.

Jetant alors son heaume (son casque) pour être sûr d'être tué, il courut "opposer sa gorge aux épées" et tomba mort. Quelques instants plus tard, son corps était à demi écrasé par les sabots des chevaux...

Dix mille cadavres de soldats français jonchaient la prairie, les plus grands capitaines du royaume : La Trémoille, Louis d'Ars, Lescurs, le bâtard de Savoie, l'amiral, avaient trouvé la mort, et le roi était pris...

Le déséquilibre endocrinien de Louise de Savoie était responsable d'un désastre militaire tel que la France n'en avait pas connu depuis la bataille de Poitiers.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 18 Sep - 17:35

FRANCOIS Ier DOIT SA LIBERTE A L'AMOUR D'ELEONORE



Sans la soeur de Charles-Quint, François Ier serait peut-être mort dans sa prison de Madrid - Leroux de LINCY -



CONDUIT fort courtoisement sous la tente de Charles de Bourbon, François Ier fut pansé. Puis il s'installa devant une petite table et écrivit à sa mère non pas la phrase fameuse : "Madame, tout est perdu fors l'honneur", qui fut inventée au XVIIIe siècle (Par le Père Daniel, historien - 1649-1728 -), mais une lettre tendre et humble :Madame,

Pour vous advertir comme se porte le ressort de mon infortune, de toute chose ne m'est demeuré que l'honneur et la vie sauve, et pour ce que mes nouvelles vous seront quelque peu de réconfort, j'ay prié qu'on me laissast vous escrire. Cette grâce m'a esté accordée, vous priant vouloir prendre l'extrémité de vos fins, en usant de votre accoustumée prudence ; car j'ay espérance à la fin que Dieu ne m'abandonnera point. Vous recommandant vos petits enfants et les miens, vous suppliant faire donner sûr passage pour aller et retourner en Espagne au porteur, qui va vers l'empereur pour sçavoir comment il veut que je sois traicté. Et sur ce, très humblement me recommande en vostre bonne grâce.
Très humble et obéissant filz,


FRANCOIS



Cette lettre, lorsqu'elle arriva à Lyon, où se trouvait alors Louise de Savoie, causa l'émotion que l'on devine.
Les belles amies du roi commencèrent par éclater en sanglots, puis elles séchèrent vite leurs larmes pour épier les réactions de deux femmes qui se trouvaient brusquement face à face : Mme d'Angoulême, que François Ier avait nommée régente avant de partir pour l'Italie, et Mme de Châteaubriant.

Celle-ci, privée de l'appui du roi, comprit qu'elle avait tout à craindre en restant à la Cour, et, après une respectueuse révérence, elle annonça à la régente son intention d'aller retrouver son mari à Châteaubriant...

Le lendemain, escortée de quatre cavaliers, elle quitta Lyon en litière, et huit jours plus tard, elle était en Bretagne où Jean de Laval, époux vraiment singulier, l'accueillait à bras ouverts.

Louise de Savoie se félicita de cette première victoire qui lui faisait bien augurer de l'avenir. Mais elle était moins heureuse des bruits qui couraient le royaume.
En effet, sa présence à la tête de l'Etat n'était pas sans effrayer le menu peuple qui ne se cachait pas pour l'accuser clairement d'être responsable du désastre de Pavie et de la captivité du roi.

- C'est à cause de son amour pour le connétable, disait-on, que notre gentil sire est prisonnier des Espagnols, et aussi que nos frères et nos maris sont morts à Pavie.

Et devant le tort qu'avaient causé à l'Etat "certaines faiblesses attachées à son sexe", les plus hardis ne craignaient pas de dire hautement que "Mme d'Angoulême n'était qu'une putain".
Ces propos désobligeants et ces accusations ne couraient pas seulement dans le peuple. "Il n'y avait personne à la Cour qui n'imputât la source de ces maux à la comtesse d'Angoulême", dit Dreux du Radier.

Tandis que Louise commençait ainsi sa régence, François Ier était conduit en Espagne, où Charles-Quint avait décidé de le garder.

Aussitôt, les Espagnoles, qui connaissaient la réputation du roi de France, furent comme saisies d'une espèce de folie amoureuse. Lorsqu'il arriva à Valence, on n'eût pas cru un prisonnier, mais plutôt un vainqueur, tellement la population féminine l'acclama. On organisa même des spectacles en son honneur, où des danseuses s'appliquèrent à être lascives, à tout hasard.

Au cours d'une de ces fêtes, le roi dansa avec la très jolie femme d'un seigneur de Valence. Celle-ci, tout en mettant un pied devant l'autre, au rythme lent d'une suave musique, se montra douce, disponible et si caressante que, lorsque la danse fut terminée, on entendit François Ier lui dire gaillardement :

- Madame, vous m'avez fait tant d'honneur gracieux que je ne sais comment le récompenser. Toutefois, me trouverez à votre commandement.

Cette façon de dire en public : "Madame, quand vous voudrez, j'entre dans votre lit au moindre signe de vous", fit une grande impression sur l'assistance,, et la dame fut jalousée. .......... Rolling Eyes Razz


Mais le roi de France suscita des passions plus pures. La fille du duc de l'Infantado, la belle Xiména, ressentit pour l'illustre prisonnier un amour si passionné que lorsqu'il se remaria, en 1526, elle quitta le siècle et alla s'enfermer dans un couvent.

Un tel enthousiasme, de telles démonstrations de sympathies finirent par agacer Charles-Quint, qui fit emprisonner François Ier dans une tour à Madrid.
La vie changea pour le roi de France ; mais sa popularité augmenta encore en Espagne. Cette incarcération fut même à l'origine d'une passion à laquelle il dut sa liberté.

La dame qui prit pitié de lui s'appelait Eléonore d'Autriche ; elle avait vingt-six ans. C'était la propre soeur de Charles-Quint.

Veuve du roi du Portugal, elle avait été promise, par son frère, au connétable de Bourbon, mais s'était élevée avec véhémence contre un tel projet :

- Jamais, avait-elle dit, je n'épouserai le traître qui a causé la ruine du roi François.
Et Charles-Quint avait soupçonné sa soeur de nourrir des sentiments peu orthodoxes à l'égard de son prisonnier.

Il n'avait pas tort, car Eléonore, ne pouvant plus souffrir que l'objet de sa passion fût enfermé dans une tour, alla jusqu'à écrire à Louise de Savoie : Ah ! madame, s'il estoit en mon pouvoir de délivrer le roy ...
Cette phrase donna l'idée à la régente d'un projet de paix assez original : François céderait la Bourgogne à Charles-Quint, pour que l'orgueil de l'empereur fût satisfait ; mais Eléonore recevrait cette province en dot et la rendrait au roi de France en l'épousant...

François Ier, en effet, était veuf depuis un an. (La douce reine Claude s'était éteinte à vingt-cinq ans, après être passée quasi inaperçue dans l'histoire de notre pays. Elle serait d'ailleurs aujourd'hui complètement oubliée si l'explorateur Pierre Belon, qui avait parcouru l'Orient et rapporté de ses voyages de nombreux arbres à fruits, n'avait eu l'idée charmante de donner son nom à une prune
).
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 19 Sep - 9:34

Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que l'histoire de François premier est autrement plus agréable que la partie réservée à la Révolution, qui est intéressante seulement du point de vue historique Smile Merci et courage, Episto !
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 19 Sep - 20:34

Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier, alla elle-même en Espagne proposer le marché de paix à Charles-Quint qui le refusa, naturellement.
Il répondit en donnant sess conditions :
"Le roi de France devait abandonner la Bourgogne, Auxonne, Mâcon, Auxerre, Bar-sur-Seine, les bords de la Somme, Tournai, les Flandres, l'Artois. Il renoncerait en toutre à tous ses droits sur Milan et Naples et à ses prétentions sur l'Aragon. Enfin, il abandonnerait Henri d'Albret, roi de Navarre, Rober de la Marche et d'autres encore à la justice de l'empereur, et il amnistierait le connétable de Bourbon".

En recevant la liste de ces extravagantes exigences, François Ier se contenta d'écrire à Charles-Quint :


Monsieur mon frère,

Connaissant que, plus honnêtement, vous ne me pouvez dire que vous me voulez toujours tenir prisonnier que de me demander chse impossible de ma part, je me suis résolur prendre la prison en gré, sûr que Dieu, qui connaît que je ne l'ai mérité longue, étant prisonnier de bonne guerre, me donnera la force de la porter patiemment ...
Votre bon frère et ami,

FRANCOIS.


Cette belle réponse ne changea rien à l'épouvantable situation où l'amour contrarié de la trop ardente Louise de Savoie avait placé le royaume ; car, si le roi n'acceptait pas la rançon qui était exigée par Charles-Quint, il risquait de demeurer dans sa cellule de Madrid jusqu'à la fin de ses jours.
En attendant que les événements voulussent bien changer sa destinée, François Ier passait son temps à composer des poèmes. Il écrivait des vers moroses à Mme de Châteaubriand, qui lui répondait des lettres passionnées, que son mari "acceptait de ne point voir"...


L'esprit est à toi. Pour le corps, pourriture
Quand, de te voir, j'ai perdu l'espérance.


écrivait le roi.


"Puisque la rigueur du temps n'a pas voulu souffrir votre tant de moi désiré retour, il faut que cette inutile lettre fasse l'office de vous remercier de tant de biens et de grâces..." répondait la favorite qui signait joliment :
"Votre tant qu'il vous plaira l'aimer, heureuse amie..."


Pendant que le roi, superbement indifférent aux incommodités de la prison, marivaudait ainsi, sa soeur Marguerite avait, avec l'empereur, des conversations pleines de chausse-trappes dont elle sortait découragée... Le souci que lui causait la captivité de François faillit d'ailleur la faire tomber dans un piège préparé par Charles-Quint. Elle avait obtenu, pour venir en Espagne, un sauf-conduit d'une durée de trois mois. Or ces trois mois étaient presque arrivés à leur terme et elle ne semblait pas s'en apercevoir.
Distraction qui pouvait permettre à l'empereur de la retenir prisonnière.


Heureusement, le connétable de Bourbon, qui avait naguère aimé Marguerite, ne put se résoudre à la voir condamnée à une dure captivité. Après beaucoup d'hésitation, il envoya un mot secret à François pour lui faire savoir que, si la princesse n'avait pas quitté l'Espagne avant la fin de décembre, l'empereur la ferait certainement jeter en prison...
Marguerite partit immédiatement, navrée d'abandonner son frère, mais certaine qu'Eléonore parviendrait à fléchir Charles-Quint...
L'amour venait, encore une fois, de faire dévier le cours de l'Histoire...


Marguerite avait raison d'avoir confiance en Eléonore. Le désir qu'avait celle-ci d'épouser François était si grand qu'lle parvint finalement à obtenir que l'empereur adoucisse ses conditions et accepte l'idée du mariage projeté par Louise de Savoie.
Alors Eléonore et François, qui, jusque-là, communiquaient "par gentilshommes sages et secrets qui bien savaient faire les ambassades en toutes discrétion", furent autorisés à se rencontrer. Le roi prisonnier, sous bonne garde, fut conduit dans les appartements de sa fiancée. Lorsqu'elle fivt celui qu'elle aimait depuis si longtemps sans le connaître, Eléonore fut prise d'un grand trouble qui l'empêcha de parler.
Elle voulut baiser la main de François, mais celui-ci la releva.

- Ce n'est pas la main que je voudrois, dit le roi, en connaisseur, c'est la bouche.

Et, la relevant, il l'embrasse d'une façon que certains trouvèrent bien impudique pour une première fois.

Alors, nous dit un historien du temps, "ils mangèrent des confitures et se lavèrent les mains d'eau odoriférante, sentant comme baume à la coutume des princes."


Les derniers jours de la captivité du roi de France furent illuminés par ces rencontres.
Et le 15 mars 1526, un an et vingt-deux jours après Pavie, François Ier rentrait en France, après avoir signé le traité de Madrid qui lui prenait une partie de son royaume (la Bourgogne, la Flandre et l'Artois), mais qui lui donnait une charmante fiancée
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 23 Sep - 20:22

FRANCOIS Ier PARALYSE PAR DEUX FAVORITES



La polygamie est la mère de l'esclavage - PORTALIS -



CHARLES QUINT avait exigé, en attendant l'exécution du traité de Madrid, que les fils de François Ier lui fussent remis en otages. L'échange s'était déroulé à la frontière, et le roi de France avait à peine eu le temps d'embrasser les deux petits princes, âgés de sept et huit ans, qui s'en allaient tremblants de peur, vers une prison espagnole.
Il s'en était fort affligén car, ainsi que nous le dit un historien en termes savoureux :
"Par suite d'une amabilité de la nature, l'amour des siens se montre aussi vif chez les grands que chez les hommes du commun..."

Pourtant, dès qu'il s'était senti libre, les pieds foulant la terre de son royaume, François Ier avait oublié son chagrin, sautant sur un ceval, il s'était écrié joyeusement :

- Je suis encore roi !


Puis il était parti en direction de Bayonne, où la régente et sa cour l'attendaient.

L'après-midi, il entrait dans la ville en fête. Louise de Savoie, pour mieux l'accueillir, avait réuni autour d'elle un essaim de jolies filles qui frétillaient de l'as de pique dans l'espoir que ce mouvement attirerait le regard du roi.

François Ier, après avoir embrassé sa mère, les considéra toutes d'un oeil gourmand. Soudain, sa pupille sembla se dilater. Il venait de reconnaître une jeune personne blonde qu'il avait reparquée avant de partir se battre à Pavie. Elle se prénommait Anne et était la fille de Guillaume de Pisseleu, seigneur de Heilly et capitaine de mille homme de pied de la région de Picardie.


François la regarda en souriant. Il se souvenait d'une adolescente un peu acide dont il avait soupesé quelquefois les charmes naissants d'une main experte, ainsi qu'il avait coutume de le faire aux filles d'honneur de sa mère, et il restait ébahi de la transformation.
Pendant la captivité du roi, en effet, Anne de Pisseleu s'était épanouie, et il ne lui imanquait plus rien pour faire le bonheur d'un honnête homme.


"Qu'on se figure, nous dit Dreux du Radier, une jeune personne d'environ dix-sept ans, parfaitement bien faite, qui joignoit à l'éclat de la jeunesse celui du plus beau teint, des yeux vifs pleins de feu qui annonçoient tout l'esprit imaginable, c'étoit mademoiselle de Heilly du côté de la figure".
Et il ajoute :
"Pour son esprit, il étoit non seulement agréable, fin et amusant, mais solide, étendu et sensible aux beautés des bons ouvrages. On lui a même donné dans la suite l'éloge de la plus savante des belles et la plus belle des savantes..."


La rusée Mme d'Angoulême avait bien fait son choix. Car ce n'était pas par hasard que Mlle de Heilly se trouvait à Bayonne pour accueillir le jeune souverain.
Louise, qui avait bien souvent fourni des maîtresses à son fils, pensait que cette jolie fille, dont elle connaissait l'esprit intrigant, parviendrait peut-être à évincer définitivement Mme de Châteaubriant.

Aussi, quand François s'approcha d'Anne et lui prit la main en murmurant de ces aimables gaillardises dont il avait le secret, la régent comprit que son fils ne serait pas seul pour passer sa première nuit en France et que les affaires de la favorite n'allaient tarder, de ce fait, à péricliter.


Pendant ce temps, Françoise, confiante, faisait bâtir, en compagnie de son mari un logis neuf à Châteaubriant. Le coeur battant à l'idée que François était enfin libre et qu'il allait sans doute lui envoyer un mot, un appel, elle faisait semblant d'être calme et de s'intéresser aux travaux des maçons.
Mais les jours passèrent sans rien apporter ; et, un matin, le bruit que toute la France, toute l'Europe déjà connaissait, et qui passionnait bien plus le peuple que les tractations de Louise de Savoie avec l'Angleterre, parvint jusqu'au château de Françoise. Elle apprit ainsi que le roi avait une nouvelle maîtresse en titre ...

Le lendemain, elle quittait son mari et partait pour Fontainebleau, froidement résolue à faire chasser par tous les moyens sa remplaçante.


François Ier l'accueillit fort gentiment. Il sembla même ravi de la revoir et profita d'un moment où Anne de Pisseleu se trouvait en promenade pour lui prouver sur un coffre "qu'il était toujours sensible à ses mérites"...

Françoise apprécia l'attention du roi et sut se montrer l'aimable partenaire qu'il aimait ; pourtant, lrsque tout fut rentré dans l'ordre, elle lui signifia nettement qu'elle n'était pas venue à Fontainebleau pour y batifoler à la sauvette entre deux protes, mais pour reprendre sa place.


- Vous aurez toujours la meilleure, madame, celle de la femme qu'on regrette ! dit le roi, voulant être aimable.
Or c'était précisément cette place-là dont ne voulait pas Mme de Châteaubriant.
Razz

Et une lutte à mort commença entre les deux favorites - ceci pour la plus grande joie de toute la Cour, qui comptait les points et savait apprécier les coups bas...
Ce duel dura des mois et le roi, qui adorait Anne de Pisseleu, mais qui aimait encore Françoise, était bien ennuyé. Obligé de réconforter l'une et de calmer l'autre, il n'avait plus le temps de s'occuper des affaires de l'Etat et s'en désolait. Alors que l'Europe entière avait les yeux fixés sur la France, il devait composer des petits vers pour apaiser à tour de rôle les deux harpies et les empêcher de mettre tout à feu et à sang.


Finalement, Charles-Quint donnant des signes d'impatience, il laissa à sa mère le titre de régent et le soin de ne point respecter le traité de Madrid qu'il avait dû signer pour être libre...
Louise de Savoie s'acquitta d'ailleurs consciencieusement de cette tâche délicate. Tandis que François épuisait toute sa diplomatie avec ses favorites, elle annonçait à Charles-Quint, éberlué, que la Bourgogne ne lui serait jamais donné et nouait une alliance avec Henry VIII d'Angleterre. Puis elle organisa la Sainte Ligue avec le pape, Milan, Venise et les Suisses, ce qui acheva de déconcerter l'empereur.

Furieux, celui-ci passa sa colère sur Charles de Bourbon. Le pauvre connétable, repoussé par tout le monde, chercha alors un suicide glorieux et s'en alla commetre une action extravagante : avec son armée, qui se transformait de jour en jour en une bande de pillards, il mit le siège devant Rome...
Il mourut sur un rempart pendant l'assaut, le 6 mai 1527, et ses hommes, fous de rage, se vengèrent en faisant régner la terreur sur la ville éternelle pendant huit jours.


La nouvelle de la mort de Charles de Bourbon, qu'elle avait tant aimé et tant haï, ne dut pas laisser indifférente Louise de Savoie. Elle n'en dit rien cependant. Il est permis toutefois de penser que son coeur battit un peu plus vite lorsqu'on vint lui apprendre que, sur le corps du connétalbe, on avait retrouvé la bague qu'elle lui avait donnée jadis...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 25 Sep - 16:01

En 1528, devant l'arrogance d'Anne de Pisseleu et l'inconstance du roi, Françoise, fort dépitée, retourna à Châteaubriant où son mari la reçut gentiment, comme d'habitude. Mais l'éloignement ne devait point lui permettre de trouver le calme qu'elle désirait. La hargne de la nouvelle favorite allait en effet la poursuivre jusqu'en Bretagne.

Un jour, Anne de Pisseleu demanda à François Ier de réclamer à Françoise les bijoux qu'il lui avait donnés. "Non pour le prix et la valeur, nous dit Brantôme qui nous conte l'histoire, car, pour lors, les perles et les pierreries n'avoient pas la vogue qu'elles ont eue depuis, mais pour l'amour des belles devises qui estoient mises, engravées et empreintes, lesquelles la reine de Navarre, sa soeur, avoit faite et composées : car elle en estoit très bonne maîtresse. Le roy François lui accorda sa prière et luy promit qu'il le ferait ; ce qu'il fit ; et, pour ce, ayant envoyé un gentillhomme vers elle pour les lui demander, elle fit la malade sur le coup et remit le gentilhomme dans trois jours à venir, et qu'il auroit ce qu'il demandoit.
Cependant, de dépit, elle envoya quérir un orfèvre et luy fit fondre tous ces joyaux, sans avoir acception ni respect des belles devises qui y estoit gravées ;et emprès, le gentilhomme tourné, elle lui donna tous les joyaux convertis et contournés en lingots d'or.


" - Allez-y ! dit-elle, portez cela au roy et dites-luy que, puisqu'il luy a plu me révoquer ce qu'il m'avoit donné si libéralement, que je le luy rends et renvoie en lingots d'or. Pour quant aux devises, je les ay si bien empreintes et colloquées en ma pensée, et les y tiens si chères, que je n'ai pu permettre que personne en disposât, en jouît et en eût plaisir que moi-même.
"Quand le roy eut reçu le tout, et lingots et propos de cette dame, il ne dit autre chose, sinon :

" - Retournez-luy le tout. Ce que j'en faisois, ce n'estoit pas pour la valeur, car je luy eusse rendu deux fois plus, mais pour l'amour des devises ; et, puisqu'elle les a faites ainsi perdre, je ne veux point de l'or, et le luy renvoie : elle a montré en cela plus de générosité, de courage que je n'eusse pensé pouvoir provenir d'une femme."


Le geste de Mme de Châteaubriant fut admiré par toute la Cour ; c'est elle qui, finalement, avait le beau rôle dans cette affaire, et Anne de Pisseleu en tomba malade de dépit.
Mais la nouvelle favorite eut bientôt sa revanche.
Une revanche qui flatta son orgueil, amusa le peuple et scandalisa l'Europe
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 25 Sep - 17:57

LA FRANCE ET L'ANGLETERRE UNIES GRACE A UNE FEMME



Allons ! soyez continent ! ... - Réponse d'une femme à un amoureux anglais -



LA guerre acharnée que se livraient Anne et Françoise pour avoir une place officielle dans le lit royal passionnait la Cour et le menu peuple, qui en avait des échos par d'inévitables indiscrétions d'office.
On faisait des paris, on chansonnait les favorites, on s'amusait de l'ardeur qui les animait, et l'on finissait par oublier que la France était dans une sitation drapatique, qu'une rançon énorme était due à Charles-Quint et que deux petits princes innocents souffraient depuis trois ans dans une prison espagnole.

Car François et Henri, traités durement par l'empereur, qui rageait de ne pas obtenir ce quil désirait, étaient fort malheureux, malgré les soins que parvenait à leur prodiguer en cachette Eléonore d'Autriche.


Et l'on raconte que Bordin, huissier de la Régente, qui, en 1529, avait pu pénétrer jusqu'à eux, "ne put retenir ses larmes en les voyant dans une chambre près d'une fenêtre pratiquée dans une muraille épaisse de huit à dix pieds , garnie d'un double treillis de fer, tamisant avarement l'air et le jour."

Eléonore, grâce à la complicité des gardiens, venait de temps à autre visiter les petits princes et s'efforçait, par une chanson ou un conte, de les sortir de leur tristesse.
Elle y avait grand mérite, car son coeur à elle aussi était dolent. Seule, dans un lugubre château de Madrid, elle se répétait les galantes paroles de François, ses serments et ses jolis compliments.

Un soir, il lui avait dit :

- Dès que je serai libre, je vous épouserai, car vous êtes plus belle qu'un ibis.
Elle n'avait jamais vu d'ibis, mais s'était sentie flattée. Et puis il lui avait promis des lettres en vers, un rondeau sur ses mains et une chanson sur ses yeux ; or il y avait trente-six mois qu'il était rentré en France et elle attendait encore un mot de lui...
Son désespoir était d'autant plus grand qu'elle n'ignorait pas que le roi l'oubliait à longueur de nuits avec l'ardente Anne de Pisseleu, et à longueur de journées avec Mme de Châteaubriant. Les nouvelles de ce genre ont toujours circulé très vite, et la pauvre Eléonore connaissait par le détail toutes les mauvaises raisons qui empêchaient son "fiancé" de penser à elle.


Au début de l'été 1529, Louise de Savoie, ayant signé avec Marguerite d'Autriche, à Cambrai - et non sans mal -la fameuse Paix des Dames, on reparla du mariage de François Ier et d'Eléonore.
Celle-ci fut folle de joie.

- Vous voyez bien qu'il m'aime, disait-elle à ses dames de compagnie.

La pauvre ne se doutait pas des raisons qui poussaient le roi de France à s'intéresser de nouveau à elle. L'amour ne jouait aucun rôle dans ce revirement ; l'attitude du roi n'était, en effet, dictée que par un sordide intérêt.
Il avait été décidé à Cambrai que les deux petits princes seraient rachetés moyennant une rançon de deux millions d'écus d'or, et François Ier, sachant que le Trésor était à sec, s'était demandé avec angoisse où il pourrait bien trouver une somme aussi considérable.
C'est alors que Louise de Savoie lui avait rappelé qu'il était fiancé à la soeur de Charles-Quint et que celle-ci apportait en mariage une dot fort importante.
Pour faire sortir de prison les deux petits princes, sans avoir à verser de rançon, il suffisait donc d'épouser Eléonore. François, poète mais réaliste, s'y était résigné.

- La douce Eléonore sera mon épouse ! avait-il dit bien haut.


Mais, comme il avait cru bon d'accompagner cette phrase d'un clin d'oeil à l'adresse d'Anne de Pisseleu, les familiers de la Cour s'étaient permis d'avoir quelques doutes sur la sincérité de ses sentiments.


L'annonce de la prochaine union de François et d'Eléonore déplut beaucoup à Henry VIII, qui avait offert en mariage au roi de France, la princesse royale d'Angleterre, alors âgée de douze ans (La future Marie Tudor).
Mais, comme il était alors en conflit avec la pape à cause d'une femme, et qu'il avait besoin de l'appuis de François Ier, il ne laissa pas apparaître sa colère.

Cette femme, grâce à qui la France et l'Angleterre allaient se trouver liées pendant quelque temps, s'appelait Anne Boleyn. Bien qu'anglaise, elle avait été au service de la reine Claude, et François Ier s'était permis, disent les auteurs, "de lui faire une petite politesse à l'endroit de son honneur". (2)

En 1525, après Pavie, elle avait retraversé la Manche pour aller promener ses charmes à la Cour d'Angleterre (ces charmes étaient d'ailleurs abondants s'il faut en croire certains historiens qui nous assurent qu'Anne Boleyn était pourvue de six seins).


Henry VIII, grand amateur de jolies filles, n'était pas resté indifférent à tant de "promesses rebondies" et avait essayé de suivre la voie où son ami François Ier s'était engagé en hardi pionnier. Mais les choses n'avaient point réussi comme il l'espérait. Anne Boleyn s'était montrée moins facile qu'il eût pu le croire.
Priée de se rendre dans la chambre du roi, elle avait refusé poliment.
Henry VIII était naïf. Il avait cru que la demoiselle était pure, et il avait conçu pour elle un amour de collégien. En réalité, Anne était rouée et ambitieuse. Le côté furtif de l'affaire qu'on lui proposait lui avait déplu ; elle voulait bien dormir dans la couche du roi d'Angleterre, mais avec la bénédiction de l'archevêque de Canterbury.


Alors, devant la résistance hautaine de l'ancienne demoiselle d'honneur de la reine Claude, Henry VIII avait envisagé d'en faire sa femme légitime, après avoir répudié la reine Catherine, son épouse.
Toutefois, en homme pratique et prudent, il n'avait pas voulu engager une procédure difficile avec le Vatican, sans être certain qu'Anne Boleyn avait bien toutes les qualités qu'il aimait trouver chez une femme. Et, renouvelant son attaque, il avait essyé de la séduire par des moyens éprouvés :

- Vous êtes unique au monde ! lui avait-il assuré sur le ton hypocrite qui lui permettait de réussir habituellement.

Anne, en souriant, s'était récirée :

- Oh ! non , sire ! J'ai une soeur qui a, paraît-il, toutes mes qualités et tous mes défauts.

Alors, Henry ayant fait venir la soeur, Marie Boleyn, qui était une jeune personne à la cuisse légère, s'était livré sur elle à un petit essai qui lui avait paru fort satisfaisant. Et, aussitôt, il s'était adressé au pape pour lui présenter deux singulières pétitions
:
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 25 Sep - 20:16

Il demandait, d'une part, la permission d'avoir plusieurs femmes en même temps, en considération de ses mérites exceptionnels dans la lutte contre le protestantisme,et d'autre part, une dispense de "l'empêchement d'affinité au premier degré" qu'il avait contracté à l'égard d'Anne Boleyn par suite de ses relations avec sa soeur.
Naturellement, Clément VII adressa une fin de non-recevoir au roi d'Angleterre.

Alors Wosley, ministre de Henry VIII, qui connaissait la passion de son souverain pour Anne Boleyn, comprit que tout cela allait très mal tourner et dit au légat du pape :

- Attention, si le divorce n'est pas concédé, s'en est fait de l'autorité du Siège apostolique dans ce royaume.


Affolé, le légat alla trouver la reine Catherine et tenta de la persuader d'entrer dans un couvent, lui montrant le mérite qu'elle aurait devant Dieu et les maux qu'elle épargnerait à tous. Mais la reine ne voulut rien entendre, protestant qu'elle "voulait vivre dans la vocation du mariage, dût-on la couper en morceaux."

Tout le monde resta ainsi sur ses positions, pendant des mois. Puis la situation empira brusquement, Henry VIII et Clément VII, qui se chicanaient par l'intermédiaire d'ecclésiastiques roublards et ambitieux dont le but était de brouiller saintement les cartes, se considérèrent bientôt comme des ennemis.
Il y eut même un échange de propos entre le pape et le roi qui eût gagné à être fait en latin.

C'est alors que François Ier, qui était toujours indulgent lorsqu'il s'agissait d'une affaire galante, et qui était ravi de voir le roi d'Angleterre se séparer de Catherine (laquelle était la propre soeur de Charles-Quint), prit ouvertement le parti de Henry VIII.
Il envoya au Souverain Pontife la lettre suivante :


Votre Sainteté fera à mon frère Henry et à moi très singulière grâce et plaisir, remontrant b ien à icelle que l'amitié entre nous est telle que j'estime les affaires de mon dit frère avec les miennes, n'être qu'une même chose et que le tort et injure que l'on voudroit faire en cet endroit, je l'estimerai être fait à moi-même.


Finalement, Henry VIII, poussé par l'évêque anglais Cranmer, excité par son ministre Thomas Cromwell, et encouragé par le roi de France, épousa secrètement Anne Boleyn (qui était enceinte" et se sépara du Vatican...
Un schisme naissait à cause d'une femme. (On sait que cette femme qu'il avait eu tant de mal à épouser, Henry VIII la fit décapiter trois ans plus tard...)




(2) Citons à ce propos ce que dit, dans un style direct et un peu étonnant pour un jésuite, le père Garasse :
"Il échut que Henry VIII ayant, par malheur, fait divorce avec Catherine d'Autriche, pour l'amour qu'il portait à une prostituée qu'on appelait la haquenée de France , d'autant qu'elle avait couru et rôti le balai dans la cour du roi François Ier, et commencé dans Paris l'apprentissage de son iniquité, pour aller faire son chef-d'oeuvre dans Londres ; ce prince, aveuglé de ses passions, se laissa transporter jusqu'à désirer la fille après la mère, comme tout l'histoire d'Angleterre dépose ; et étant en aveugle confusion de ses amours, il demanda à François Briand quel péché se sera d'épouser la fille après avoir épousé la mère, et s'il en devoit faire scrupule, Briand répondit en bouffonnant : "Que c'étoit le même péché que d'avoir mangé le poulet après avoir mangé la poule
".
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 26 Sep - 20:21

Le 7 juillet, enfin, après quatre ans d'attente, Eléonore, énervée par la longeur des offices religieux qui venaient de faire d'elle l'épouse du roi de Frane, revêtit un élégant déshabillé et entra, tremblante d'émotion, dans le lit de son bien-aimé.
Au bout d'un instant, nous dit un historien du temps, "François Ier vint la retrouver et se montra plaisant et gentil compagnon."
Eléonore, qui avait fait tant de démarches, tant d'intrigues pour connaître ce moment, oublia bientôt le monde pour sombrer dans l'extase.


Le roi, lui, conservait la tête froide. Il oeuvrait consciencieusement, animé par un tendre sentiment de reconnaissance à l'égard de cette charmante femme q ui avant tant fait pour lui et dont il soupçonnait la drame sexuel. Et, profondément pénétré de son importance, il pensait avec satisfaction qu'en apaisant ainsi les sens de la soeur de Charles-Quint, il apportait du même coup la paix à la France.

D'ailleurs, le lendemain, à Mont-de-Marsan, le peuple, dont l'intuition touchant ce genre de choses est souvent extraordinaire, manifesta sa joie en voyant que la reine avait "les yeux battus et heureux".


- Notre reine était fort désireuse de se faire ramoner la cheminée par le roi, disait-on avec une saine verdeur qui n'excluait pas le respect. La voilà satisfaite.

Et l'on attribuait avec raison à cette femme détendue et comblée "l'honneur de la apix et celui d'être médiatrice de la conservation d'icelle".


(Théodore de Bèze exprima ce sentiment dans une épigramme en latin que l'on peut traduire ainsi :

D'Hélène on chante les attraits ;
Auguste Eléonore, vous n'êtes pas moins belle.
Mais bien plus estimable qu'elle,
Elle causa la guerre, et vous causez la paix
.)
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 16 Oct - 17:35

De Mont-de-Marsan à Fontainebleau, en passant par Bordeaux, Angoulême, Cognac, où le roi était né, Blois et Saint-Germain-en-Laye, ce ne furent que fêtes et réjouissances en l'honneur des souverains.
Eléonore croyait rêver. François Ier continuait à se montrer empressé et galant, elle passait des nuits qui l'obligeaient à rester le lendemain couchée dans sa litière, et c'est à peins si elle apercevait, de loin en loin, le visage inquiétant de Mlle de Pisseleu.
Pourtant, la favorite n'était pas en disgrâce. Habile, elle faisait mine de s'effacer devant la reine ; mais son pouvoir sur le roi était de plus en plus grand, ainsi qu'on allait bientôt en avoir publiquement la preuve.

Le 5 mars 1531, Eléonore fut couronnée à Saint-Denis. Dix jours plus tard, elle faisait son entrée solennelle dans "sa bonne ville de Paris".


Cette cérémonie aurait dû avoir lieu le 8 ; mais on avait dû y renoncer à cause de giboulées fantastiques qui balayaient la capitale. Le 9, le vent et la pluie n'ayant pas cessé, d'ardentes oraisons avaient été adressées en toute hâte par le clergé à Sainte Geneviève, patronne de Paris.
Or sainte Geneviève s'était, si j'ose dire, fait prier, et le mauvais temps avait continué pendant une semaine. Enfin, le 15, le soleil s'était montré, et le peuple avait pu s'amasser le long des rues.

La reine, précédée des archers, des hautbois, des trompettes, des cent Suisses de la garde du roi, des ambassadeurs et du légat du pape, était portée dans une litière parée d'un drap d'or frisé et à découvert.
"Elle était vêtue d'un corsage couvert de perles et d'un surcot fourré d'hermine et enrichi de pierreries. Sur sa tête était une couronne garnie de rubis et de diamants."

A ses côtés, se tenaient, à cheval, le Dauphin et le duc d'Orléans. Ensuite venait, dans une litière, Louise de Savoie, mère du roi, suivie par des princes et des princesses, des seigneurs et des pages, les hommes à cheval et les dames sur des haquenées richement harnachées.
Toutes les rues parcourues par le cortège étaient tendues de tapisseries et de draps pipqués de fleurs. A tous les carrefours, des jeunes filles chantaient des hymnes composés pour la circonstance, en essayant - avec plus ou moins de bonheur - d'imiter les choeurs célestes.


L'extraodinaire défilé, parti de Saint-Lazare, parvint quatre heures plus tard à Notre-Dame, où la reine fut reçue par le doyen et les chanoines, avec toutes sortes de démonstrations de joie et de respect.
Le spectacle était magnifique. Pourtant, ce n'est point cette cavalcade fastueuse qui frappa le plus l'imagination des Parisiens.
Devant Notre -Dame, au premier étage d'une maison, on pouvait voir, en effet, dans l'embrasure d'une fenêtre, le roi et Anne de Pisseleu serrés l'un contre l'autre amoureusement et sans pudeur. La favorite avait obtenu que François Ier montrât ainsi publiquement l'attachement qu'il avait pour elle.

Il y avait longtemps qu'un roi de France ne s'était pas tenu aussi mal au couronnement de son épouse, et le peuple restait bouche bée de stupéfaction sous les fenêtre où les amants se faisaient des agaceries...

Il en oubliait de regarder les bateleurs et les montreurs de bêtes savantes qui donnaient un spectacle sur le côté de la cathédrale.

Quant à l'ambassadeur d'Angleterre, pourtant habitué aux moeurs scandaleuses de la Cour de Henry VIII, il se déclara vivement choqué par cette attitude qui révélait, nous dit un historien, "une assez grande intimité entre les deux personnes."
Le soir la reine pleura ; sa lune de miel était terminée.
S'il faut en croire certains auteurs du temps, sa vie conjugale l'était aussi...


Anne de Pisseleu triomphait. Elle n'avait pas complètement évincé Mme de Chateaubriand, puisque le roi écrivait encore à celle-ci régulièrement ; mais elle était devenue favorite officielle, fonction qu'elle allait conserver pendant seize ans, pour le plus grand malheur de la France.

Les fêtes de l'Entrée se terminèrent, selon l'usage, par un tournoi donné non loin de l'hôtel Saint-Pol, dans la rue Saint-Antoine. Le roi, le dauphin et le petit Henri y prirent part, devant une assemblée brillante où l'on remarquait, outre la reine et Anne de Pisseleu en bonne places, Louise de Savoie et la grande sénéchale, Diane de Poitiers.

Les jeunes princes, qui faisaient, ce jour-là, leurs premières armes, avaient revêtu des cuirasses qui étincelaient sous le soleil de printemps. Empanachés, précédés de pages qui portaient leurs bannières, ils allèrent s'incliner, avant le combat, devant les dames pour l'amour desquelles ils s'apprêtaient à entrer en lice
.

Henri, à l'étonnement général, abaissa son étendard devant Diane de Poitiers. La grande sénéchale ignorait, bien entendu, la passion qu'elle avait suscitée chez l'adolescent ; elle sourit stupéfaite et flattée.
Elle allait avoir une autre raison d'être satisfaite ...


A l'issue du tournoi, un concours fut organisé dans le but de désigner la plus jolie femme de l'assemblée et, par conséquent, de la Cour. Après que les seigneurs eurent voté secrètement, on annonça que les résultats allaient être proclamés. Un silence religieux se fit dans les tribunes, et tous les regards se tournèrent vers Anne de Pisseleu, que l'on tenait pour seule gagnante possible de ce concours.

Mais, tandis que le héraut parlait, on vit une lueur de malice s'allumer dans bien des yeux. Car, si la moitié des seigneurs avait désigné la favorite, l'autre moitié s'était déclarée en faveur de Diane de Poitiers.

Bouche pincée, Anne de Pisseleu se leva et quitta sa tribune. Qu'on ait osé lui opposer une femme de onze ans son aînée la mortifiait cruellement, et l'étonnait bien davantage.

- Ces gens son fols, dit-elle en riant nerveusement. Peut-on me comparer à cette vieille femme de trente-deux ans ?

Et sur cette perfidie, elle regagna furieuse, l'hôtel que lui avait offert le roi.
La favorite venait de concevoir à l'égard de la grande sénéchale une haine farouche dont la France devait un jour supporter les funestes conséquences
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 16 Oct - 18:01

UN MARI BERNE AIDE FRANCOIS Ier A REUNIR LA BRETAGNE ET LA FRANCE



... Enfin, il y a le cocu toujours prêt à rendre service - Charles FOURIER - (Hiérarchie du cocuage)



DANS la nuit du 6 au 7 juin 1531, les Parisiens furent réveillés par une grande lueur qui illuminait le ciel. Affolés, ils se précipitèrent vers leurs fenêtres.
Le spectacle qu'ils virent alors les fit tomber à genoux.

- Sire Dieu, criaient-ils, c'est la fin du monde !

"Un dragon, ou serpent, flamboyant en feu qui estoit moult grand et long, ayant une grande queue à merveille", nous dit un témoin, semblait flotter au-dessus de la ville.

A demi vêtus, hommes, femmes, enfants se précipitèrent dehors ; et les rues furent bientôt remplies d'une foule mal réveillée qui considérait le prodige, en tremblant de peur.

- C'est l'ange du ciel ! disait-on en faisant des signes de croix.

Exaltées, quelques personnes douées pour les choses de l'au-delà prêtaient l'oreille, croyant entendre déjà les trompettes du Jugement Dernier, quand un bruit courut toute la ville.

- Ce n'est pas un dragon, c'est une comète.


Loin de rassurer les Parisiens, cette information les accabla. Les comètes, en effet, étaient alors considérées par le peuple comme un signe certain de catastrophe. On racontait qu'elles apparaissaient chaque fois que le royaume était sur le point de perdre son roi, et l'on citait des exemples frappants.
Or des cas de peste étaient signalés, depuis plusieurs jours, aux environs de Paris. Le signe était donc des plus clairs.
Et, au petit matin, tout Paris se répétait, en donnant des détails, que la comète était venue annoncer la mort prochaine de messire François, premier du nom...

Le peuple, dans sa hâte, commettait une erreur sur la personne. Le roi n'était pas en danger. C'était Louise de Savoie, la régente, celle qui avait alors en mains les rênes du royaume et dont l'Europe entière redoutait les décisions, qui se mourait en cette fin d'été 1531.

Si le peuple se trompait, la comète, elle, ne se trompait pas. En la personne de Louise de Savoie, c'était bien un "roi" qui s'apprêtait à rendre l'âme...


Terrassée par la maladie, Madame Mère haletait dans son lit, à Fontainebleau. Comme on la savait superstitieuse, on lui avait, bien entendu, caché l'apparition de la comète. Pendant plusieurs nuits, on tint soigneusement clos ses volets, et l'on tira de lourds rideaux devant ses fenêtres, pour qu'elle ne s'aperçut de rien (la comète fut visible pendant un mois, du 6 août au 7 septembre). Mais un soir, la négligence d'une servante, qui avait omis de fermer le contrevent, compromit toutes ces précautions.
Ecoutons Brantôme nous conter la chose :


"Elle vit, la nuit, sa chambre toute en clarté, qui estoit transpercée par la vitre. Elle se courrouça à ses femmes de chambre qui la veilloyent, pourquoy elles faisoyent un feu si ardent et esclairant. Elles luy respondirent qu'il n'y avoit qu'un peu de feu, et que c'estoit la lune qui, ainsi, esclairoit et donnoit telle lueur.

"- Comment ! dit-elle, nous en sommes bas ; elle n'a garde d'esclairer à cette heure.

"Et soudain, faisant ouvrir son rideau, elle vit une comète qui esclairoit ainsi droit sur son lit.

"- Ha ! dit-elle, voilà un signe qui ne paroist pas pour personnes de basse qualité. Dieu le fait paroistre pour nous autres, grands et frandes. Refermez la fenestre ; c'est une comète qui m'annonce la mort ; il faut donc se préparer.


"Et le lendemain, au matin, ayant envoyé quérir son confesseur, fit tout le devoir de bonne chrestienne, encore que les médecins l'assurassent qu'elle n'en n'estoit pas là.

"- Si ne n'avois vu, dit-elle, le signe de la mort, je ne le croirois, car je ne me sens point si bas.

"Et elle leur conta à tous l'apparition de sa comète. Et puis, au bout de trois jours, quittant les songes du monde, trespassa." (Brantôme se trompe, d'ailleurs, car c'est au bout de trois semaines que la régent mourut, à Grez-en-Gâtinois, alors qu'on tentait de l'emmener dans son château de Romorantin.)


Ainsi disparaissait, à cinquante-quatre ans, parès avoir réparé tant bien que mal la plupart des torts que son extravagant amour pour Charles de Bourbon avait causés à la France, celle que l'on appelait "Madame sans queue", c'est à dire "Madame" tout court.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 16 Oct - 20:23

François Ier pleura sa mère, qu'il adorait, et lui fit faire des obsèques grandioses, dont on a pu dire "qu'elles étaient un peu comme l'enterrement de sa propre jeunesse". La vie insouciante qu'il avait menée jusqu'alors était, en effet, terminée. Désormais, il lui fallait gouverner. Et gouverner seul.
Sans doute, dès cet instant, Anne de Pisseleu espéra-t-elle profiter de son influence sur le roi pour jouer un rôle politique, placer sa famille et doter ses protégés. Mais François, ivre de liberté, repoussa ses conseils et commença son véritable règne en faisant un cadeau généreux à Françoise de Châteaubriant. Il donna à l'ex-favorite, que haïssait tant Louise de Savoie, le revenu de la seigneurie de Suèves, dans le Blésois.


Un renouveau d'intérêt pour la belle Françoise s'était déjà manifesté quelques mois auparavant, lorsque le roi avait nommé Jean de Laval, seigneur des Châteaubriant, gouverneur de Bretagne.
Ces fonctions, fort importantes, s'accompagnaient, naturellement, de revenus considérables, que François avait été heureux d'offrir à Françoise et à son mari. Aimait-il donc encore sa "mye" ? Celle à qui il écrivait naguère :


Assez de gens prennent leur passe-temps
En divers cas et se tiennent contents ;
Mais toi seule, es, en mon endroit, élue
Pour réconfort de coeur, corps et de vue
...


Peut-être.
Quoi qu'il en soit, au début de 1532, laissant Anne de Pisseleu à Fontainebleau et la reine Eléonore à Blois, il s'en alla, accompagné des quinze mille personnes qui le suivaient habituellement dans ses déplacements, jusqu'à Châteaubriant, pour se faire inviter par Jean de Laval, mari étrangement complaisant.
La joie de Françoise en voyant le roi chez elle fut immense ; et pendant six semaines, du 14 mai au 22 juin, des fêtes magnifiques se déroulèrent en l'honneur de l'hôte royal. Sans paraître se soucier de la présence de l'époux, qui d'ailleurs, ne faisait point mauvaise figure, les deux amants renouèrent publiquement une liaison que l'arrivée d'Anne de Pisseleu avait interrompue. On les vit chasser, courir les bois à cheval, présider des banquets, ouvrir des bals et se tenir fort tendrement la main en écoutant de la musique.


La politique n'en était pas pour autant oubliée.
En effet, ce n'était point uniquement pour batifoler avec la belle Françoise que le roi se trouvait à Châteaubriant. Il voulait obtenir l'aide de Jean de Laval dans un différend très délicat qui l'opposait à quelques grands seigneurs bretons. Ceux-ci contestaient au roi de France ses droits sur la succession de la reine Claude, héritière du duché breton, sous prétexte qu'il s'était remarié avec Eléonore ; et François avait besoin de l'appui du gouverneur de Bretagne.


On pourra peut-être s'étonner de l'attitude désinvolte du roi à l'égard d'un mari dont il attendait un service important. Jean de Laval allait-il se montrer obligeant envers l'homme qui lui avait pris sa femme pendant dix ans et qui poussait l'outrecuidance jusqu'à venir le berner dans son propre château ?
Oui. Le seigneur de Châteaubriant connaissait les usages et ne voulait pas, en manifestant sa jalousie, qu'on pût dire de lui qu'il était un "mari mal élevé"...

Sur la tendre pression de sa femme qui assistait aux délibérations, Jean de Laval assura donc le roi de tout son appui dans cette affaire, et il fut décidé que les Etats de Bretagne couronneraient suivant leur loi, leur droit et leur coutume le dauphin François domme duc, consacrant ainsi définitivement le rattachement de la Bretagne à la France.


Françoise fut fort heureuse de voir le roi satisfait, et elle pensa qu'il viendrait sans doute célébrer sa réussite avec elle sur l'herbe douce de la Saint-Jean. Ils partirent, en effet, je jour même faire une promenade dans la campagne. Mais le destin est plein de malice, et c'est avec une petite paysanne de rencontre que le roi se montra galant.

Voici comment les choses nous sont contées par un historien du temps ; alors que les amants passaient dans un hameau, une jeune fille vint vers le roi et lui présenta un bouquet de roses. François, charmé, arrêta son cheval et tendit les mains pour prendre les fleurs. Or sa monture fit à ce moment un brusque écart, et la jeune paysanne fut brutalement renversée.
D'un bond, François Ier sauta à terre, imité immédiatement par Mme de Châteaubriant.

- Es-tu blessée ? dit le roi.
- J'ai mal au pied.
- Comment t'appelles-tu ?
- Françoise Jochaud.

François Ier, fort peiné de l'incident, considérait la petite paysanne. Elle était fort jolie, étendue ainsi parmi les marguerites de la prairie. Si jolie et si désirable qu'il se sentit soudain animé à son endroit de tendres sentiments qui activèrent sa circulation et rendirent son souffle plus court.

Mme de Châteaubriant connaissait bien le roi. En voyant le brillant de son regard, elle comprit qu'elle ne serait point l'héroïne de cette journée.

En effet, François Ier, nous dit un chroniqueur, "voulut porter lui-même dans ses bras la jeune fille jusque dans son humble maison,où il la soigna de bonne et ardent façon". Puis il ordonna qu'une partie de sa suite vînt camper auprès de la chaumière afin qu'il pût "continuer à donner à la blessée certains soins fort propres à lui faire oublier le mal au pied".
En conséquence de quoi, Mme de Châteaubriant repartit toute seule vers la ville...
Quant au roi, il ne rentra que le surlendemain...
Selon son habitude, Françoise accueillit l'infidèle sans récriminations, et tout le monde oublia la jolie petite paysanne. Pourtant le souvenir de cette aventure demeura gravé dans la mémoire des habitants de la région. C'est ainsi que l'endroit où se trouvait la chaumière de Françoise Jochaud, à Rougé, dans la forêt de Teilly, s'appelle, encore aujourd'hui "La Cour du Roy...
"
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JeanneMarie

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 16 Oct - 20:42

Aaah les hommes !!
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 17 Oct - 18:20

Le 22 juin, à l'aube, tous les habitants de Châteaubriant étaient aux fenêtres pour voir François Ier et les quinze mille personnes de sa suite quitter la ville "en grand arria".
Le roi, vêtu d'un costume blanc brodé d'or, chevauchait en tête des troupes. A ses côtés se tenait Jean de Laval, en habit rouge et jaune. Les deux hommes qui partaient "en voyage d'affaire", répondaient avec gentillesse aux acclamations. Trompettes, hautbois, tambours, vivats, chevaux pétaradants formaient un vacarme qui faisaient fuir les chats au fond des caves. Le défilé dura deux heures ; puis les derniers bruits de sabots retentirent sur les pavés, et la petite ville redevint silencieuse.

Alors, Françoise, seule dans son château, éclata en sanglots. La dernière belle aventure de sa vie venait de se terminer. Sans doute le roi était-il parti en l'assurant de son amour, sans doute lui avait-il fait don, en manière de remerciements pour les six exquises semaines qu'il venait de passer chez elle, de la "châtellenie, terre et seigneurie de Sucinio de Bretagne", l'un des domaines les plus riches de tout le duché, sans doute lui avait-il promis de revenir, sans doute en avait-il même l'intention... Mais elle savait bien qu'Anne de Pisseleu, dont la jalousie était féroce, allait chercher à se venger, et que l'inconstant François oublierait encore une fois ses promesses.
Et Mme de Châteaubriant pleurait.
Elle aurait pleuré davantage si elle avait su qu'elle ne reverrait plus jamais le roi de France...


François Ier et Jean de Laval, qui voulaient "préparer les esprits" avant les Etats de Bretagne dont la séance d'ouverture était prévue pour le début d'août, parcoururent le duché pendant plus d'un mois, festoyant et chassant gaiement comme deux bons compères, ce qui inspira d'ailleurs quelques chansons malicieuses.

A Vannes, grâce à l'appui du seigneur de Châteaubriant, les droits du roi furent naturellement reconnus par les Grands et l'on décida que le couronnement du dauphin, comme duc de Bretagne, aurait lieu à Rennes quelques semaines plus tard. Cette cérémonie, qui mettait un terme à cinquante ans de chicane, se déroula le 16 août avec un faste qui éblouit les Bretons.
Huit jours après, le dauphin de France faisait une rentrée solennelle à Nantes, sous le nom de François III de Bretagne. François Ier avait obtenu ce qu'il voulait.


Reconnaissant, il fit quelques riches cadeaux à son ami, M. de Châteaubriant, puis, quittant ce mari parfait, il s'en retourna par petites étapes à Amboise où, desséchée par la colère, Anne de Pisseleu l'attendait depuis près de quatre mois.

La favorite était fort habile ; lorsqu'elle apprit que le roi arrivait, elle se coucha, prit un air dolent et dit en gémissant :

- Laissez-moi mourir !

Puis elle condamna sa porte et refusa tout aliment "avec de si bruyantes larmes que d'aucuns, à la Cour, disoient qu'elle faisoit peut-être voir de son chagrin un peu plus qu'il n'y avoit".

Bien entendu, François Ier fut, dès son arrivée, mis au courant de l'état "fort affligeant dans lequel se trouvait pour lors Mademoiselle de Pisseleu".
Affolé, il se précipita à son chevet.

On ignore ce qu'il se dirent. On sait seulement que le roi, qui était entré à dix heures du matin dans la chambre d'Anne, n'en sortit que le lendemain vers quatre heures de l'après-midi, "paraissant aussi fatigué que s'il était allé courre le cerf"...
Les esprits dits "mal tournés" imagineront ce qu'ils voudront...

Quoi qu'il en soit, un fait est certain ; ils étaient réconciliés. Le soir, en effet, Anne de Pisseleu, souriante et épanouie, parut dans une robe magnifique et présida le dîner aux côtés du roi de France...


Françoise de Châteaubriant était-elle déjà oubliée ?
Non. Lorsque, après le repas, il fut seul dans son appartement, François Ier se trouva fort embarrassé en pensant aux trois femmes auxquelles il était lié désormais : Eléonore, par la reconnaissance, Françoise par l'habitude, Anne par l'amour. Et, prenant sa plume, il s'amusa à résumer en vers cette ennuyeuse situation :


D'en aimer trois, ce m'est force et contrainte.
L'une est à moi trop pour ne l'aimer point
Et l'autre m'a donné si vive atteinte
Que plus la fuis, plus sa grâce me point.
La tierce tient son coeur uni et joint
Voire attaché de si très près au mien,
Que je ne puis, ne veux n'être point sien.
Ainsi amour me tient en ses détroits,
Et me soumet à toutes vouloir bien,
Mais je sais bien à qui le plus des trois.

"A qui le plus", c'était tout de même Anne de Pisseleu...


Ces complications amoureuses n'empêchaient pas François Ier de continuer sa lutte contre Charles-Quint, dont la puissance croissante constituait un péril permanent pour la France.
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 18 Oct - 17:19

Rhaa, on peut dire que tu sais créer le suspense, Episto Laughing
Notre héros va-t-il se reprendre ou sombrer dans la mélancolie et l'alcoolisme ?
Vous le saurez en lisant le prochain numéro de ce topic Laughing
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 18 Oct - 20:24

Depuis la mort de Louise de Savoie, il avait appris à tout mener de front et à sortir d'un lit de Justice pour entrer dans celui d'Anne de Pisseleu - et vice versa - sans que les affaires de l'Etat en souffrissent.
A ce moment, son but était de former une coalition contre l'empereur. Il s'était bien allié avec le sultan Soliman et le roy Henry VIII d'Angleterre ; mais il craignait que cette union ne parût pas, si j'ose dire, très catholique au reste de l'Europe. En effet, si l'un était Infidèle, l'autre était schismatique depuis son divorce. Il fallait donc, au plus vite, rétablir l'équilibre par un rapprochement avec une puissance bien pensante.

Or, dans ce domaine, il était apparu à François Ier que rien ne pouvait être supérieur au pape... Et il avait décidé immédiatement de marier son second fils, Henri, âgé de treize ans, avec une parente du Souverain Pontife.


Justement, Clément VII, né bâtard de Médicis, avait une cousine (et non une nièce comme on le dit généralement) dont il était très fier et qui avait tout juste trois mois de moins que le prince Henri.
Elle se prénommait Catherine et on la disait fine, adroite, intelligente.
De l'avis de François Ier, qui n'en demandait pas tant, c'était plus qu'il n'en fallait.
En réalité, c'était trop ! ...

Car il eût certes mieux valu, pour la tranquillité et l'honneur de notre pays, que cette petite Catherine de Médicis fût un peu moins douée intellectuellement.
Mais François Ier n'avait pas le don de double vue (il aurait pu néanmoins savoir que les astrologues réunis autour du berceau de Catherine avaient déclaré : "Quelle serait la cause de grandes calamités..."), et il était persuadé que cette union était des plus souhaitables pour la France. Sans tarder, il avait fait part de ses intentions aux membres du conseil qui avaient tous approuvé, sauf Montmorency.


- Peut-on envisager d'unir un Valois à une héritière de banquiers florentins ? s'était-il écrié, scandalisé le Grand Maître.
- Oui, quand la politique l'exige, avait répondu sèchement le roi.
- C'est une mésalliance, Sire, songez-y !

Alors, agacé, François Ier était allé demander son avis au grand sénéchal Louis de Brézé... et à son épouse Diane de Poitiers, qu'il savait de bon conseil.
Malicieux destin.


Car Diane, qui ne pouvait se douter qu'elle serait un jour la dure et terrible rivale de Catherine de Médicis, avait déclaré en souriant que la petite Florentine, dont elle était la cousine, avait toutes les qualités nécessaires pour faire une charmante princesse française...

Rassuré, le roi avait fait rédiger sur-le-champ une demande en mariage et un contrat que le cardinal de Gramont s'était empressé d'aller porter au pape.

Clément VII, flatté d'unir sa cousine au fils du roi de France, avait accepté.

- Je donnerai en dot à la duchessina cent mille écus d'or, plus trois perles d'une valeur inestimable : Gênes, Milan et Naples.

Le cardinal de Gramont était revenu enchanté.

- Sire, considérez le mariage comme fait.

Mais le pape, qui, bien que bâtard, était un pur Médicis, négociait en secret avec Charles-Quint - lequel, bien entendu, faisait tout pour empêcher le mariage projeté par François Ier -

Aussi les pourparlers avaient-ils traîné en longueur.
Un an après la remise du contrat, en septembre 1532, c'est-à-dire au moment où François Ier était revenu de Bretagne, les choses n'avaient point avancé. Ce n'est qu'en août 1533, et sur l'intervention de John Stuart, duc d'Albany, tuteur de Jacques V d'Ecosse, futur gendre du roi de France, que les négociations purent enfin aboutir.


Le Ier septembre, Catherine quitta Florence et s'embarqua à la Spezzia. Elle quittait son pays pour toujours.
Le 23 octobre, après un voyage mouvementé et un long arrêt à Villefranche, où elle attendit que le pape la rejoignît, la petite Florentine retrouva à Marseille celui qui devait être son mari. Il lui parut beau, bien qu'il fût, d'après Brantôme, "un peu moricaud".
Quant à Henri, il considéra avec mélancolie cette fillette "petite de stature, maigre, aux traits grossiers et aux yeux saillants", et ne put s'empêcher de faire la grimace. C'était donc là cette cousine du pape, qu'on lui promettait depuis trois ans ? ...

Il lui sembla que les exigences de la politique étaient bien cruelles, qui le forçaient à épouser une petite fille laide et sans saveur, alors qu'il aimait la plus belle femme du royaume, cette grande sénéchale dont, justement, le mari venait de mourir...

Le mariage eut lieu le 28 octobre, en présence de toute la Cour. Clément VII lui-même bénit les jeunes époux.

- Ayez beaucoup d'enfants ! leur dit-il aimablement.


Hélas ! pendant la cérémonie, le prince Henri s'aperçut que Catherine ressemblait au pape, et cette constatation acheva de le rendre morose ...

Puis il y eut un grand dîner, suivi d'un bal travesti, où seigneurs français et seigneurs florentins se tinrent on ne peut plus mal. Profitant du désordre, une des plus grandes courtisanes de l'époque, une femme que l'on avait surnommée la belle Romaine, se déshabilla complètement et s'amusa à faire boire "tous ceux qui le demandaient, en un verre où elle avait trempé la pointe de ses seins..."

La fête, qui était devenue une extraordinaire bacchanale, atteignit alors le comble de l'indécence.
On vit des jeunes gens, animés par une grande exaltation intime, se ruer sur des dames, les allonger par terre et blesser leur pudeur avant qu'elles n'aient eut le temps de trouver à redire... Un grand laisser aller s'ensuivit...


Les nouveaux mariés en profitèrent pour quitter cette fête indécente dont ils avaient été - contre leur gré - les spectateurs rougissants, et ils se rendirent dans une chambre toute tapissée de brocart, où l'on avait préparé pour eux un lit "si riche qu'il était estimé à soixante mille écus".
Si Catherine était amoureuse de son époux, Henri, lui, n'avait qu'un seul désir : dormir.
Déjà, il savourait en pensée le moment où il se laisserait couler dans le sommeil, lorsque quelqu'un entra dans sa chambre :

- Allons, mon fils. Faites votre devoir. Et montrez-vous vrai galant de France !

C'était le roi qui, poussé par une étrange curiosité, venait assister à la nuit de noces des deux jouvenceaux.
Le fait est attesté par un témoin :
"Quand on eut fini de danser, lit-on dans une dépêche de don Antonio Sacco, ambassadeur de Milan, et que chacun fut retourné dans ses appartements, le roi voulut lui-même mettre au lit les époux, et quelques-uns disent qu'il les voulut voir jouter et que chacun d'eux fut vaillant à la joute
..."
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 19 Oct - 10:42

Le pape, pour des raisons que l'on comprendra, n'avait pas voulu assister à la nuit de noces de sa cousine. Toutefois, il vint de très bonne heure, le lendemain matin, visiter les jeunes époux dans leur chambre et leur demander si tout s'était bien passé.
Cette curiosité n'avait rien d'équivoque. Le Saint-Père, en effet, voulait simplement savoir si le mariage avait été vraiment consommé.
Minutieux, il "vérifia" lui-même, nous dit-on...
Puis, satisfait, il se retira dans ses appartements.

On se doute bien qu'un pape ne se mêle pas de choses aussi étrangères à ses saintes occupations habituelles sans un motif sérieux. Seul un souci politique avait poussé Clément VII à pénétrer ex manu dans l'intimité d'une personne de sa famille.
Il voulait, en effet, être certain que l'union était indissoluble et que François Ier ne pouvait éventuellement invoquer la "non-consommation" pour lui retourner Catherine.

Car le pape était fourbe. Malgré ses sourires, ses bonnes paroles et ses abondantes bénédictions, il entendait bien ne pas tenir les engagements qu'il avait contractés envers la France et demeurer ainsi l'ami de Charles-Quint.

Pourtant les signes du "déniaisement" de sa cousine ne lui suffisaient pas.

- Il faut un enfant ! disait le Saint-Père.

Et, pour plus de sûreté, il décida de ne quitter Marseille qu'après avoir eu la preuve que Catherine portait un héritier dans son sein.
Dès lors, il multiplia ses avis. Et c'est avec un sourire que d'aucuns trouvaient un peu égrillard pour un pape qu'il souhaitait, chaque soir, "bonne nuit" à Henri et Catherine...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 19 Oct - 11:55

Pendant que le Saint-Père attendait ainsi que sa cousine fût fécondée, toute la Cour se montrait ravie de passer quelque temps au bord de la Méditerranée. Et l'on voyait à longueur de journée de beaux seigneurs et de belles dames s'embarquer sur des bateaux de pêcheurs, que l'on avait pour l'occasion couverts de brocart d'or, et naviguer jusqu'au château d'If.
Un jour, en longeant la côte, certains de ces gentilshommes toujours à l'affût "d'occasions pouvant permettre le déduit" remarquèrent de tranquilles calanques, au fond desquelles s'étendaient des plages de sable fin, et l'idée leur vint aussitôt de se rendre en ces endroits isolés pour y organiser des petites fêtes intimes et peu vêtues.
Dès le lendemain, on vit tous ceux qui voulaient participer à ces "mouvements d'ensemble" quitter Marseille, par petits groupes, dans une de ces voitures légères qui venaient de faire leur apparition et que l'on nommait joliment des "chariots branlants pour dames".
Par la suite, il y eut des départs tous les jours, à l'aube...


François Ier, on s'en doute, ne se mêlait pas à ces jeux. Il restait en permanence à Marseille où, le matin, il touchait les écrouelles, en disant, selon la formule consacrée :"sois gari, le roi te touche", (écrouelles : abcès d'origine tuberculeuse - On attribuait aux rois de France le pouvoir de guérir les écrouelles par simple attouchement -) et l'après-midi, il allait généralement, en compagnie de la reine Eléonore, se pencher sur un grand vivier installé dans le port, armé d'un trident en vermeil, il s'efforçait de piquer les thons qui passaient à sa portée. Lorsqu'il y parvenait, les Marseillais et la Cour poussaient des clameurs enthousiastes auxquelles répondaient les ouvriers qui filaient le chanvre sur les quais (rappelons que ces chenevières ont laissé un impérissable souvenir puisqu'en provençal elles se nommaient des canebières).

Quant à Catherine de Médicis et à Henri, ils demeuraient le plus souvent dans leurs appartements. Elle, souriante, amoureuse de ce prince qu'on venait de lui donner pour mari ; lui, morose, taciturne, penché sur des romans de chevalerie, cachant à peine l'ennui que lui causait un mariage imposé par la politique.

Alors qu'elle chantonnait, véritablement éblouie par ce que le mariage lui avait révélé, il soupirait, en pensant aux objurgations du pape.

- Allons, allons, disait le Saint-Père, le Seigneur a dit : "Croissez et multipliez".

Hélas ! Henri avait beau multiplier ses efforts, seules les craintes de Clément VII ne faisaient que croître...


Enfin, après trente-quatre jours d'attente vaine, le souverain Pontife, la mort dans l'âme, décida de quitter la France.
Avant de s'embarquer sur la galère qui devait le ramener à Civita Vecchia, il rendit visite à Catherine et lui donna ce dernier conseil :

- A figlia d'inganno non mania mai la figli nolenza.(A fille d'esprit, jamais postérité ne manque).

Puis, ayant fait ses adieux à tout le monde, "il s'en alla sur la mer joli
e".
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 21 Oct - 20:32

Aussitôt, François Ier donna l'ordre du départ et la Cour interrompit ses ébats agrestes pour remonter vers le Val-de-Loire.
Le roi était fort satisfait du mariage de son fils. Croyant en la bonne foi du pape, il espérait que l'appui de Rome l'aiderait à réaliser ce fameux "rêve italien" que formaient les rois de France depuis plus de soixante ans.
En effet, des articles secrets, qui avaient été ajoutés au contrat signé en 1531, stipulaient que Clément VII aiderait le dauphin à recouvrer l'Etat et le duché de Milan, ainsi que le duché d'Urbin.

C'est donc avec le sourire aux lèvres que François Ier considérait les deux jouvenceaux en quittant Marseille.


Hélas ! quelques mois plus tard, Clément VII mourait et sa disparition rendait inutile le mariage de Henri et de Catherine. Celle-ci, en effet, n'étant plus "cousine de Rome", ne pouvait plus jouer - du moins le croyait-on - de rôle politique.

En apprenant la fin de ses espérances, François Ier, qui n'avait touché qu'une partie infime de la dot promise, soupira :

- J'ai eu la fille comme toute nue.


Quant à Henri, désolé de voir que son mariage avec la Florentine à la peau flasque ne servait même pas les desseins de son père, il se détourna d'elle, au dire de Michelet, "comme d'un ver né du tombeau de l'Italie".
Ce qui n'était guère poli
.
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