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 D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET

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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 20 Mai - 8:41

La cérémonie fut fixée au 6 novembre 1491. Elle eut lieu au château de Langeais.

Avant toute chose, les futurs époux signèrente un contrat qui comportait de curieuses clauses. Il y était dit, en effet, que si "Madame Anne décédait avant le roi et sans enfants, procréés d'eux, elle cédait et transportait à lui et à ses successeurs rois de France, et par donation irrévocable, ses droits au duché de Bretagne."

Et que "pareillement, le roi cédait à ladite dame ses droits à la possession dudit duché, s'il mourait avant elle sans enfants légitimes nés de leur mariage".

Mais, et c'était la clause la plus singulière, il était spécifié "que, pour éviter incommodités de guerres et sinistres fortunes entre les pays", Madame Anne ne pouvait, en cas de veuvage, convoler en secondes noces, "hors avec le roi futur, s'il lui plaisait, et si faire se pouvait, ou à autre prochain et présomptif futur successeur de la couronne".

Après la bénédiction, Anne et Charles participèrent à quelques fêtes. Puis on les laissa seuls et ils se rendirent dans une chambre magnifiquement décorée, où ils se mirent benoîtement au lit.

La petite mariée de quinze ans ne disait rien, mais, se souvenant de son "mariage par procuration", se demandait avec quelque inquiétude si toutes les nuits de noces se ressemblaient...

Lorsqu'elle fut couchée, Charles vint la rejoindre et la prit aussitôt dans ses bras.

- Enfin seul ! soupira-t-il ...

Le jeune roi ignorait que, derrière les rideaux du lit à baldaquin, six bourgeois rennais étaient cachés et prêtaient l'oreille.
C'était Anne de Beaujeu qui les avait placés là.
Craignant en effet que Maximilien accusât le roi de France d'avoir enlevé et violé Anne de Bretagne, elle avait demandé à ces braves gens d'attester que la petite duchesse était devenue librement l'épouse de Charles VIII...

Les six bourgeois restèrent à leur poste jusqu'au matin ; après quoi, ils firent un rapport en des termes d'une telle crudité que Anne de Beaujeu en fut chavirée et que les historiens n'ont jamais osé le publier.
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Jean2

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 20 Mai - 9:11

Mais quel dévouement ! I love you
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 28 Mai - 15:24

POUR LES BEAUX YEUX DE LA REINE CHARLES VIII VEUT CONQUERIR NAPLES




Sans l'amour, aurions-nous tant de guerres ? - Paul VALERY -



DES le lendemain du mariage, Charles pensa qu'il était peut-être courtois d'aller fournir des explications à Marguerite d'Autriche, sa fiancée... Il se rendit à Amboise, où elle avait sa "petite cour", et lui apprit, avec toute la délicatesse qui convenait, qu'elle était répudiée, "attendu qu'il en avoit espousée une autre".
Bien qu'elle s'attendit à cette nouvelle, la malheureuse enfant éclata en sanglots, et son visage montra une si grande douleur que Charles en eut lui-même les larmes aux yeux.

- Voilà donc tout le cas que vous faites de vos serments, dit-elle.
Le jeune roi, très embarrassé, lui expliqua qu'il avait dû s'incliner devant la raison d'Etat.


- Je suis aussi peiné que vous, ajouta-t-il.

Marguerite le regarda dans les yeux :

- Du moins, murmurat-t-elle, puis-je avoir cette consolation de penser que personne ne pourrra dire ou présumer que ce qui arrive l'est par ma faute...

Alors, ils se prirent les mains et pleurèrent ensemble, joue contre joue.


Cette pénible scène fut interrompue de façon odieuse par le seigneur Dunois.
Un chroniqueur nous dit en effet :
"Le dit seingeur Dunois attendait le roi hors de la porte de la chambre, en lieu de ce que tous les autres princes et princesses, seigneurs et dames jetaient pleurs et soupirs innombrables de pitié et de compassion, en voyant une si dolente départie les deux amants.
Lui seul, par sa cruelle arrogance, et damnable moquerie, importunait le roi de hâter son partement et accusait sa trop longue demeure avec ladite très réconfortée princesse, disant qu'il se morfondait de tant pleurer avec les dames."


Marguerite, blessée, se redressa et demanda à retourner chez son père le plus tôt possible.
Charles VIII baissa la tête.

- Pour l'instant, vous demeurerez ici, dit-il.
Et sans rien ajouter, il partit en compagnie de Dunois, laissant seule et gémissante celle qui, pendant six ans, avait été la "petite reine" de France, adorée du peuple, et qui n'était plus q'une fillette prisonnière et accablée de chagrin
...
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 28 Mai - 15:46

Maximilien, on s'en doute, ne réagit pas du tout comme Marguerite lorsqu'il apprit le mariage de Charles et d'Anne. Il eut un accès de fureur qui fit craindre pour ses jours.

Il est vrai que le pauvre avait quelques raisons de n'être pas content, puisque le roi de France, dans cette affaire, lui rendait sa fille et lui prenait sa femme....
Dès qu'il fut en mesure de prononcer deux paroles cohérentes, il réunit son conseil et déclara solennellment que le mariage célébré à Langeais était irrégulier et que, d'ailleurs, le roi de France avait enlevé et violé la petite duchesse.

On lui répondit que six bourgeois rennais étaient là pour affirmer qu'il n'y avait pas eu rapt ; mais l'Autrichien ne voulut pas en démordre et continua de croire qu'il était duc de Bretagne.

Cela tourna bientôt à l'idée fixe. Il ne pouvait pas rencontrer quelqu'un sans lui dire immédiatement :

- Vous savez, je suis marié à Anne de Bretagne. C'est moi le vrai mari. Charles VIII n'est qu'un voleur et un adultère...


Sans doute, avec ces propos, ennuyait-il fort les personnes qui vivaient à sa Cour : mais il intéressait beaucoup les autres souverains d'Europe, lesquels avaient vu d'un très mauvais oeil le roi de France rattacher la Bretagne à son domaine.

- Quelle puissante monarchie que celle de la France ! s'était écrié Laurent de Médicis.

- Et combien redoutable, maintenant, avait ajouté Ferdinand d'Espagne.

Quant à Henry VII d'Angleterre, s'il n'avait rien dit, c'est que son tempérament ne le poussait pas à parler énormément ; mais il n'en pensait pas moins...

L'attitude de Maximilien rendit l'espoir à tous ces souverains affligés.


Faisant cause commune avec lui, ils décidèrent de déclarer la guerre à ce roi de France qui enlevait les femmes mariées avec tant de désinvolture. Naturellement, l'Angleterrre prit la tête du mouvement.

Alors, Anne de Beaujeu, qui était encore régente à cette époque, eut une idée fort amusante pour se débarrasser de Henry VII, et par conséquent, pour détruire la coalition.

Voici comment elle s'y prit :


Il existait en Angleterre un personnage curieux qui s'appelait Perkins Warbeck. Il était né des relations suivies d'Edouard IV avec une jeune femme du peuple.
Ne pouvant, bien entendu, prétendre à la couronne, puisqu'il était bâtard, Perkins avait eu l'idée d'utiliser la ressemblance étonnante qu'il présentait avec le duc d'York, assassiné à la Tour de Londres, pour ... créer un précédent à Naundorff...

- Je suis le duc d'York, disait-il. Je me suis échappé de la Tour de Londres au moment où j'allais être livré aux bourreaux. Je revendique donc la couronne d'Angleterre. Henry VII n'est qu'un usurpateur...

Il avait eu rapidement des milliers de partisans.


Anne de Beaujeu convia Perkins à Paris et le reçut magnifiquement. Pendant plusieurs jours, elle l'invita à sa table, le choya et lui fit rendre les honneurs dus à un roi.
Henri VII fut saisi d'inquiétude.


Le fait que la France, dont la puissance était considérable, parût accorder son soutien à cet imposteur pouvait avoir, en effet, des conséquences incalculables.
Le roi d'Angleterre le comprit immédiatement, et, voulant amadouer la régente, il rappela sans tarder ses troupes, qui assiégeaient pour lors Boulogne.
Puis, délaissant Maximilien, il reconnut, par le traité d'Etaples, Charles VIII comme mari véritable d'Anne de Bretagne...
La partie était gagnée, grâce à un bâtard anglais beau comme tous les enfants de l'amour
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 28 Mai - 16:01

Pendant ce temps, la petite Marguerite d'Autriche était toujours en France. Installée à Melun, puis à Meaux, elle vivait tristement, malgré les égards qu'on lui montrait.

Sa captivité dorée dura un an et demi.
En mai 1493, enfin, les hostilités entre Maximilien et la France ayant cessé, Charles VIII voulut bien que sa "petite fiancée" retournât en Autriche.


Marguerite quitta Meaux le 13 juin. Au moment du départ, Anne de Bretagne vint lui adresser de bonnes paroles fort affectueuses et lui fit cadeau de bijoux, d'une splendide toilette de voyage, de tout un trousseau et d'une coiffe qu'elle avait fait broder par Jeanne de Jambe, dame de Beaumont, la plus hablile de ses filles d'honneur.

Marguerite remercia ; mais toute la gentillesse de la reine ne pouvait lui faire oublier le camouflet qu'elle avait reçu. Son regard, d'ailleurs, était plein de haine pour ce roi qui l'avait dédaignée, pour cette reine qui avait pris sa place et pour ce peuple qui l'avait laissée répudier sans protester.
Une escorte de seigneurs l'accompagna jusqu'à Valenciennes. Comme son char traversait Arras, les bourgeois de cette ville crièrent :

- Noël ! Noël !

Elle les interrompit :

- Ne criez pas "Noë"l, mais bien : "Vive la Bourgogne !"

Le lendemain, elle était chez son père.


Mais elle ne devait jamais oublier l'affront que Charles VIII lui avait fait subir et ce fut par elle, dit le président Henault, que commença la haine qui s'est perpétrée entre la maison de France et la maison d'Autriche...

Elle composa d'ailleurs une complainte amère sur son départ de France.


Moy Marguerite, de toute fleur le choix, Ay esté mise au grand vergié franchois
Pour demeurer et croistre,
Que je fus grande auprès de la fleur de lis,
Là ay reçu tous biens que peut connoître,
Là ay vu joustes, danses et tournois.
Que ces grands biens me sont pris et faillis,
Pas n'en doivent les miens estre jolis.

J y ai esté noblement aousée (mûrie)
Plus de dix ans de noble rouée (tournure)
Cuydant estre royne et espousée,
Au roy Charles, et couronne porter :
Mais bien parchois que je suis abusée.
Par quoy dois estre en mon coeur doloriée,
Car de par luy ay esté refusée,
Et si m'a fait hors du vergier bouter.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 4 Juin - 22:29

Après le départ de Marguerite, Charles, qui était tombé follement amoureux d'Anne de Bretagne, put se consacrer sans remords à son épouse.

Celle-ci en fut heureuse, car, de son côté, elle avait un vif penchant pour le roi depuis la nuit de Langeais.
Ce n'était pas encore de l'amour ; mais, au lit, cela pouvait en tenir lieu.

Partenaire ardente, elle se révéla vite exigeante et contraignit son mari à des prouesses qui le laissaient haletant.


Cette véritable fringale d'amour fut d'ailleurs remarquée par l'ambassadeur vénitien Zaccari

Contarini, qui nota dans une de ses dépêches :
"La reine est jalouse et désireuse de Sa Maj esté outre mesure, si bien que, depuis qu'elle est sa femme, il s'est passé peu de nuits qu'elle n'ait dormi avec le roi.


Charles VIII, qui aimait plus que de raison les jeux amoureux, voulut prouver sa reconnaissance à cette petite reine qui savait si bien aller au-devant de ses désirs.

Tout d'abord, il fit embellir pour elle le château d'Amboise. On construisit des tours, on éleva des bâtiments, on traça des jardins, on posa des tapisseries magnifiques et l'on aménagea même une salle de bains...

Un sourire et une nuit chaude récompensèrent Charles VIII de ces travaux gigantesques.


Mais il désirait plus encore pour son épouse, et, nous dit un historien :
"Pour mériter l'amour de la plus belle reine qui fût au monde, le roi résolut de se signaler par quelque grande entreprise, et il se prépara à la conquête de Naples."

Pourquoi Naples ?

Parce que Charles VIII était héritier de la Maison d'Anjou et que la couronne de Naples avait appartenu jadis à des princes angevins. (I)


A la fin de l'état 1494, les troupes royales furent prêtes. Il ne manquait pas une plume aux panaches des casques, pas un rivet aux armures... Et, un matin de septembre, Charles, en tête de son armée, quitta Amboise et se dirigea vers Lyon, où il devait laisser Anne avant de s'élancer vers l'Italie...

L'Italie où il espérait se couvrir de gloire pour les beaux yeux de la reine...


(I) Louis XI, dont la passion dominante était d'unifier et d'arrondir le domaine royal, avait, en 1475, mis la main sur l'Anjou, possession du bon roi René. Celui-ci ne s'était d'ailleurs pas donné la peine de soutenir une lutte contre le pouvoir royal. Poète, musicien, chansonnier, peintre, il préférait les arts à la politique. Lorsqu'on lui annonça que Louis XI lui avait pris l'Anjou, il ne prononça pas un mot amer et peignit une belle perdrix grise..
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 4 Juin - 22:35

En ce qui concerne Marguerite d'Autriche, j'ai omis de vous donner une information la concernant.

Quatre ans après son renvoi de la Cour de France, elle fut fiancée à Jean, infant d'Espagne. Alors qu'elle allait le rejoindre, son navire fut pris dans une terrible tempête. Croyant qu'elle allait périr, elle rédigea son épitaphe :

Ci-gît Margot, la noble damoiselle
Qu'eut deux maris et s'y mourut pucelle !


Mais le bateau ne fit pas naufage et l'infant put la débarrasser de ce qui semblait tant la gêner...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 4 Juin - 22:50

LES BIJOUX D'UNE FEMME SAUVENT L'ARMEE DU ROI


Sans la marquise de Montferrat, qui paya le roi de France pour son ardeur au lit, la première expédition d'Italie eût échoué... - C. LENIENT -



CHARLES VIII était un très curieux personnage.
Il organisait toute une expédition militaire pour conquérir le coeur de son épouse, mais il emmenait dans un chariot fort confortable le groupe de jeunes et jolies dames peu farouches qui constituaient depuis quelque temps son petit harem.


Car, si "son coeur ne battait que pour la petite reine Anne", son pauvre corps était en proie à une véritable folie génésique qui le forçait à avoir simultanément plusieurs maîtresses douées de bons tempéraments et riches d'expérience... Celles qu'il emmenait étaient ses préférées.

Elles étaient "longues de jambes, fines de taille, portant le tétin haut et bien ferme" et montraient aux jeux de l'amour cette ardeur qu'il aimait et que possèdent toujours - paraît-il - les demoiselles tourangelles...


Tout au long du voyage, à cheval sur sa blanche haquenée, il fit la navette entre le chariot de la reine et celui de ses maîtresses.
Depuis trois ans, Anne savait que ce malade était obligé de la tromper sous peine de devenir fou; et elle s'ingéniait à cacher de son mieux la jalousie qui la torturait.

Pourtant, lorsque le roi arrêtait toute la caravane et s'absentait un quart d'heure sous les fougères avec une de ses belles amies, la petite Bretonne ne pouvait s'empêcher de pleurer.


Mais elle ne protestait point et demeurait dans son chariot à contempler un coquelicot au bord du chemin ou une touffe de pimprenelles en attendant que son infortune se complétât...

Après ces haltes galantes, Charles VIII revenait vers sa femme, souriant et faraud.

- Il me plaît de penser, madame, disait-il, que toute la gloire de cette expédition rejaillira sur vous qui l'avez inspirée.

La reine baissait la tête en soupirant. A ces belles et nobles paroles, elle eût préféré une étreinte brutale sur un lit de gazon
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 4 Juin - 23:19

Le convoi suivit la Loire, puis l'Allier. Il traversa Orléans, Gien, Cosnes, Nevers et arriva à Moulins où habitait Anne de Beaujeu, qui avait quitté la Cour à la fin de sa régence et qui n'était plus maintenant que la duchesse du Bourbonnais.

Celle qui avait été pendant huit ans "roi de France", selon le mot de Brantôme : "elle gouverna si sagement et vertueusement que ç'a été un des grands rois de France.", désapprouvait la campagne qu'entreprenait son frère. Elle le lui dit.


- Je suis sûr de réussir, répondit Charles. Car j'ai l'aide totale de Ludovic Sforza, prince du Milanais. Vous avez habilement gouverné, ma soeur, pendant votre régence, mais vous étiez timorée. Moi, je rêve d'aventures. Après avoir conquis le royaume napolitain, j'irai combattre les Turcs infidèles, au cours d'une nouvelle croisade. Et Mme Anne sera reine de France, de Naples et de Constantinople...

La jeune souveraine ne comprenait pas que Charles eût besoin d'entraîner toute une armée au-delà des Alpes pour conquérir son coeur, alors qu'un peu de gentillesse et de fidélité eût suffi ; mais elle ne dit rien et pensa que, lorsque ce trop bouillant époux aurait satisfait son besoin d'aventures et d'escapades, il lui reviendrait complètement.

Deux jours après avoir quitté Moulins, la caravane arriva à Lyon qui fit un magnifique accueil aux souverains.
Des fêtes grandioses furent organisées en leur honneur et l'on mit le plus bel hôtel de la cité à leur disposition.

- Cette ville est aimable, dit le roi, nous serions fautifs en passant trop rapidement.


Et, sous pretexte que certains détails d'ordre militaire étaient encore à régler, il décida de s'attarder au bord du Rhône.

Six mois plus tard il y était encore.

Pourtant, on aurait tort de croire que seule la gentillesse des habitants retenait Charles VIII à Lyon... le charme des habitantes y était aussi pour quelque chose...


En effet, le roi, dont l'oeil s'allumait chaque fois qu'un jupon passait devant lui, avait, dès le premier jour, remarqué dans la haute société lyonnaise un nombre considérable de jolies femmes. Et il s'était promis de les faire entrer toutes dans son lit avant de partir pour Naples.

Leur conquête, il faut bien le dire, avait été rapide et, en quelques semaines, il les avait connues toutes.

Hélas ! cette débauche le fatigua énormément, au point, nous dit un chroniqueur, "que sa chair fondit autour de ses os comme si son corps, telle une outre percée, se fût vidé dans l'honneur des dames".


Quelques personnes s'inquiétèrent de voir le roi dans cet état de faiblesse et tentèrent de lui démontrer que la majesté du trône s'accordait mal avec de telles turpitudes.
Elles n'y parvinrent point, car Charles était poussé sur la voie de la luxure par le duc d'Orléans qui se faisait, nous dit son historien, Saint-Gelais, "l'ordonnateur des passe-temps frivoles du souverain".


Louis espérait ainsi épuiser les forces de son malingre cousin et prendre la direction de la campagne d'Italie.
Son dessein n'était pas - pour l'instant du moins - de s'emparer de la couronne, mais de récolter toute la gloire de cette expédition qui s'annonçait facile et de devenir un héros aux yeux de la petite reine dont il était toujours amoureux.


Il oubliait que les maigres ont souvent - surtout dans le domaine amoureux - une résistance stupéfiante. Le roi pouvait montrer des yeux cernés jusqu'au menton et des signes certains d'essoufflement, il n'en était pas moins en excellente santé.
Et Louis d'Orléans, furieux, se livrait en vain à sa navrante besogne
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 5 Juin - 20:27

En juin 1494, le roi repu et satisfait, pensa de nouveau à partir pour l'Italie. Et sans doute aurait-il quitté Lyon où il n'avait plus rien à faire, si les Napolitains, qui connaissaient sa dépravation, ne s'étaient ingéniés, de façon fort habile, à retarder encore son départ.

Ils chargèrent une femme d'assez basse extraction, mais d'une grande beauté, de séduire le roi et de faire durer l'intrigue le plus longtemps possible en se montrant "ingénieuse et experte aux jeux de Vénus".
La belle avait appris tant de raffinement auprès des princes italiens qu'elle émerveilla Charles VIII. Il ne put s'en séparer...


Bientôt, il prit ses repas et logea chez elle, à la grande douleur de la reine Anne, qui était naturellement au courant de cette aventure.

La conquête de Naples semblait fort compromise.
Et sans doute l'eût-elle été irrémédiablement, si Ludovic Sforza, inquiet, n'avait chargé son ambassadeur, Belgiojoso, d'aller voir à Lyon ce que faisait le roi de France. L'envoyé ne tarda pas à être fixé, car les amours royales étaient connues de toute la ville.
Il demanda une audience à Charles VIII.

- Sire, dit-il d'un ton sévère, je crains que, pour un mois de plaisir, vous ne vous exposiez à perdre la joie et l'honneur de toute votre vie.

Le roi rougit et baissa la tête.

- Nous partirons la semaine prochaine, promit-il.
Naturellement, sa maîtresse fit tout pour le retenir encore, mais il eut la force de se séparer d'elle.


Lorsqu'elle sut que le départ était enfin décidé, Anne se mit en quête de femmes laides, "commères ou lavandières", qu'elle chargea du service intime du roi pendant son voyage.
Elle savait que son époux ne pourrait résister aux belles Italiennes qu'il verrait, mais elel voulait du moins qu'il ne partageât pas régulièrement sa couche avec les servantes de sa suite...

Le 23 août 1494, l'armée quitta Lyon en direction de Grenoble où Anne fit ses adieux au roi.


Les Alpes furent franchies sans difficulté ; mais, à Montferrat, le roi s'aperçut avec terreur qu'il n'avait plus d'argent pour continuer la campagne.
La chose était fort ennuyeuse, car on était encore loin du but.
"Et pouvez voir, écrit Commynes, témoin oculaire, quel commencement de guerre c'étoit, si Dieu n'eut guidé l'oeuvre".
Heureusement, Charles avait séduit la marquise du lieu. Il lui confia ses soucis et la ravissante Blanche de Montferrat, sans hésitation, lui donna tous ses bijoux pour qu'il les mît en gage.
Ce geste, inspiré par l'amour, nous est rapporté par Brantôme.
"...

Toutefois, nous dit-il, il avoit d'autres raisons de la bien aimer, car elle lui aida de tous ses moyens et se défit de toutes ses pierreries, perles et joyaux pour lui prêter et engager où bon lui plaisoit, ce qui étoit ue très grand obligation, car volontiers les dames portent une très grande affection à leurs pierreries, bagues et joyaux, et volontiers prêteroient et engageroient plutôt quelque pièce précieuse de leur corps que leur richesse de joyaux.
Je parle d'aucunes et non de toutes. Certes, cette opération fut grande car, sans cette courtoisie, le roi en étoit pour sa courte honte et s'en retournoit de son demi-voyage qu'il avoit entrepris sans argent, ayant pis fait que cet évêque de France qui alla au Concile de Trente sans argent ni latin..."


Sur les bijoux de la marquise de Montferrat, la banque prêta à Charles VIII 12 000 ducats, et l'armée reprit sa route vers Turin et Asti, où Ludovic Sforza vint la saluer en compagnie de sa femme Béatrice. Connaissant les goûts sensuels du roi de France, le More s'était fait accompagner des demoiselles d'honneur de la duchesse et d'un grand nombre de dames d'une excellente beauté, "dont le rôle ne devait pas rester inactif dans cette entrevue diplomatique".

En voyant ces jolies filles, Charles pensa qu'il avait eu raison de venir en Italie.
Et, bien qu'elles fussent au nombre de trois cents, nous dit Sigismondo de Conti, il décida de jouter galamment avec hacune d'elles, ce qui retarda encore un peu l'expédition.


Enfin, l'armée se remit en marche et, après quelques combats, entra à Naples, but de la campagne.

Charles VIII, tout heureux d'avoir accompli aussi facilement cette promenade militaire, se mit à lorgner les Napolitaines.
L'une d'elles se présenta à lui, en robe de satin vert, chargée de diamants, la gorge nue...

- Ici, toutes les femmes sont belles, déclara-t-il à ses soldats. Je veux que vous vous souveniez de cette admirable ville.


Les Français allaient, en effet, rapporter un souvenir de Naples...
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 25 Juin - 0:32

L'ARMEE DE CHARLES VIII RAPPORTE EN FRANCE LE MAL DE NAPLES



Sait-on jamais ce que l'on rapporte d'un voyage ? - Maurice DEKOBRA -



PENDANT de longues semaines, Charles VIII sembla oublier les raisons qui l'avaient poussé à se rendre à Naples. Véritablement sous le charme de cette ville paradisiaque où tout l'émerveillait : la pureté du ciel, le bleu de la mer, les palais de marbre, les jardins à terrasses, remplis de fleurs exotiques, les parcs où voletaient des oiseaux des Indes, il ne songeait qu'à goûter la douceur de vivre.

Il organisa des fêtes, des tournois et des bals costumés où certaines belles dames du lieu se montrèrent vêtues seulement de quelques rangs de perles ; puis il profita de la tièdeur des nuits de printemps pour offrir, en plein air, des banquets qui se terminaient généralement par des orgies considérables.
Et il n'était pas rare qu'au petit matin les gardes trouvassent sur les pelouses, autour de la table non desservie, des couples enlacés, dont le sommeil avait eu finalement raison.


Ces excès n'étaient pas seulement commis dans l'entourage du roi ; l'armée entière semblait en proie à une véritable folie amoureuse. Au point qu'un chroniqueur vénitien, Sanuto, rapporte que "les Français ne se plaisaient qu'au péché et aux actes vénériens : et qu'ils prenaient les femmes de force, sans respect pour personne".


Il raconte le désespoir d'un père dont la fille de seize ans avait été quelque peu endommagée par le passage d'un régiment.
"Le roi, écrit-il, écouta poliment le malheureux et lui donna raison. Mais il ne fit rien de plus. D'ailleurs, Charles VIII avait à ce moment, pour son plaisir, une religieuse du monastère de Sainte-Claire, en plus de sa favorite, La Melfi, et de quantité d'autres femmes que ses gens lui procuraient..."

On comprend, dans ces conditions, que le roi n'ait pas eu beaucoup de temps à consacrer aux affaires politiques, ni même à sa correspondance privée.


Aussi, Anne de Bretagne, dans son grand château de Lyon, était-elle fort triste. Triste de ne pas recevoir de lettres, triste à la pensée que son mari devait la tromper avec toutes les Italiennes qu'il rencontrait, triste d'avoir à se coucher seule.

La jeune reine, en effet, était douée d'un tempérament ardent et cette solitude mettait ses nerfs au supplice.
Pourtant, tous les chroniqueurs nous assurent qu'elle fut d'une fidélité exemplaire.

Pendant que Charles VIII se vautrait dans la débauche, la pauvre lisait de gros ouvrages religieux, copiait quelques "oraisons pour les absents" sur son livre d'Heures, ou priait en sa chapelle.


Parfois, lorsqu'elle s'ennuyait trop, elle se rendait à Moulins, auprès d'Anne de Beaujeu, qui l'accueillait avec une grande gentillesse, malgré les soucis que lui causait la folle campagne d'Italie.
Mais la jeune souveraine, il faut bien l'avouer, ne se montrait guère curieuse des nouvelles politiques ; elle ne venait à Moulins que pour parler interminablement de ce cher époux volage qu'elle aimait maintenant de "bel amour".

De temps à autre, elle envoyait à Charles une tendre lettre par laquelle elle le suppliait de rentrer en France.

Au mois d'avril 1495, pressée par Anne de Beaujeu, elle écrivit au roi de façon plus catégorique :


Il faut revenir en votre royaume pour ce que le peuple, qui moult vous aime, pleure sur votre absence et moi avec lui.

Lorsqu'il reçut cet émouvant appel, Charles VIII était en train d'organiser une fête magnifique en l'honneur de Léonora, sa favorite du moment, et il n'avait aucune envie de rentrer en France.

D'ailleurs, il ne considérait pas l'expédition comme terminée, loin de là.
D'après lui, en effet, Naples n'était qu'une étape vers Constantinople.

- Notre but n'est pas atteint, disait-il souvent ; nous devons aller jusque chez les Infidèles afin de guerroyer saintement.


Mais s'il rêvait de s'emparer de la capitale turque, c'était moins pour porter le titre de roi de Constantinople que pour s'approprier le harem du sultan Bajazet dont on lui avait vanté l'extraordinaire variété. Et il se voyait déjà entouré de jeunes négresses odorantes, de Barbaresques épilées et de Caucasiennes à la peau satinée....
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 25 Juin - 1:00

La fête de nuit donné en l'honneur de Léonora fut extraordinaire. A dix heures du soir, sous les arbres du parc illuminé, un banquet réunit plus de deux cents personnes. Des mets rares - épicés - y furent servis dans de la vaisselle d'or par des Napolitaines d'une beauté exceptionnelle qui portaient des jupes fendues depuis la ceinture, montrant ainsi, à chaque pas, beaucoup plus qu'il n'est convenable de laisser voir dans un dîner.

Toutefois, les jambes admirables de ces charmantes personnes ne constituaient pas le plus étonnant spectacle de la soirée.
En effet, la favorite de Charles émerveilla - et stupéfia - tout le monde en paraissant à table la poitrine nue...

Après le repas, on dansa dans le parc, et les jolies servantes, abandonnant l'office, vinrent se mêler aux invités. Elles étaient fort peu vêtues et furent rapidement entraînées dans quelques fourrés ombreux.



Durant plusieurs jours, tous ceux qui avaient été conviés à cette fête s'esbaudirent au souvenir des heures savoureuses passées sur le gazon, au clair de lune ; puis, un matin, un chevalier éprouva quelques picotements qui l'intriguèrent.

Le lendemain, il ressentit des douleurs plus vives, et bientôt son corps se couvrit de pustules.

Fort inquiet, il appela un médecin qui ne put venir le soigner, attendu qu'à la même heure presque tous les invités du roi étaient atteints de ce mal étrange (I)

Les malheureux payaient bien cher un petit moment de détente ; ils avaient des croûtes de la tête aux genoux, certains perdaient les lèvres, d'autres, les yeux. Ces derniers étaient d'ailleurs les plus heureux, car ils n'avaient pas le douloureux spectacle de leur "humanité" tombant sur le sol comme un fruit gâté...


Au bout d'un mois, l'épidémie avait fait de véritables ravages dans les rangs de l'armée française.
Car les jolies serveuses du banquet royal n'étaient pas les seules "dépositaires" de cette effrayante maladie : la plupart des Napolitaines avaient "le poison dans leur chair", et des milliers de soldats furent rapidement atteints.

Des centaines moururent, et l'on se demanda quelle pouvait être l'origine de ce mal épouvantable et inconnu. Des histoires extravagantes furent alors colportées. Certains médecins racontaient que tout venait d'une femme qui avait été contaminée par un lépreux, d'autres affirmaient qu'il s'agissait des conséquences d'un acte de cannibalisme et accusaient des soldats d'avoir mangé de la chair humaine, d'autres enfin, soutenaient que cette maladie était due au commerce d'un individu avec une jument atteinte du farcin...


En réalité, il s'agissait tout bonnement de la syphilis, contractée en Amérique par les marins de Christophe Colomb et apportée en Italie par les mercenaires espagnols de Ferdinand d'Aragon, le malheureux roi de Naples, chassé de son trône par les Français.


(I) Cf. Antoine Musa BRASSAVOLE DE FERRARE qui raconte que dans le camp des Français, il y avait une courtisane fameuse, d'une excellente beauté, mais qui avait un ulcère sordide à la matrice. Les hommes qui la coïtaient, grâce à l'humidité et à la gangrène, contractaient, tandis qu'ils faisaient l'amour, une affection maligne, qui ulcérait leurs membres virils. Ce mal gagna d'abord un homme, puis deux, puis trois, puis cent, car elle était femme publique et très belle, et, comme la nature humaine est chaude au déduit, plusieurs femmes qui avaient des rapports avec ces hommes contaminés furent infectées et communiquèrent à leur tour l'infection à d'autres hommes.



Dis-nous, JEAN, la syphilis provoque vraiment de tel ravages ?........... Shocked
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 27 Juin - 20:13

Le mal se répandit avec une rapidité incroyable et de hauts personnages en furent atteints.
Des évêques, des cardinaux perdirent leur nez, et le pape lui-même n'échappa pas au virus.
Alors, des médecins charitables expliquèrent gravement que cette maladie très contagieuse se transmettait par l'air, le souffle et même par l'eau bénite...
Ainsi l'honneur de ces saints hommes fut-il sauf.

Charles VIII, épouvanté par les effets de cette maladie, résolut de quitter sans tarder un pays où les femmes étaient aussi dangereuses. Le 25 avril, il se fit précipitamment couronner roi de Naples, et le 1er mai, après avoir désigné un vice-roi, qui n'avait pas froid aux yeux, Gilbert de Montpensier, il reprit le chemin de la France.


Cette aventure italienne avait été peu glorieuse en somme ; il en revenait avec un visage grêlé par la variole contractée à Asti, un album secret contenant "le portrait des demoiselles du roy" (celles qu'il avait connues en route) et des soldats porteurs de ce "mal de Naples" qui allait transformer la vie des Français et avoir tant d'influence sur les idées philosophiques et religieuses du XVIè siècle...

Le retour fut long et périlleux. Il ne s'agissait plus d'une promenade militaire au milieu d'Italiens enthousiastes, mais d'une retraite qui pouvait à chaque instant tourner à la catastrophe.

La situation avait, en effet, bien changée en un an.
Tandis que Charles VIII s'amusait à Naples, les Vénitiens, Ludovic Sforza, le pape Alexandre Borgia, l'empereur Maximilien et Ferdinand d'Aragon s'étaient ligués et avaient constitué une forte armée.


A Fornoue, les Français faillirent être encerclés.
Ils ne passèrent finalement qu'après un combat terrible au cours duquel Charles VIII perdit presque tous ses bagages. Mésaventure qui lui causa une grande tristesse, car il rapportait de Naples un important butin d'oeuvres d'art : tapisseries, livres richement enluminés, tableaux, meubles, draps, marbres, bijoux, etc. Mais sa douleur fut bien plus grande encore lorsqu'il constata que les Vénitiens lui avaient pris aussi un coffre personnel contenant non seulement l'os de Saint Denis, qui'l emportait toujours avec lui dans ses voyages, mais encore l'album où se trouvaient les portraits de toutes les demoiselles dont il s'était "esjoui" pendant l'expédition.

Après cette bataille, les Vénitiens, terrorisés par la "furia francese", n'osèrent plus attaquer l'armée de Charles VIII.


La marche vers la France n'en fut pas accélérée pour autant. Au contraire. Car le roi, délivré de ses soucis militaires, s'attarda dans chaque ville avec des femmes de rencontre. (2)(2)Déjà, à Sienne, les habitants l'avaient retenu six ou sept jours "en luy montrant des dames " et, à Pise, il s'était épris d'une demoiselle de très basse condition, ce qui avait immobilisé l'armée pendant près d'une semaine.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 27 Juin - 20:44

Le 15 juillet 1495, les Français arrivèrent à Asti où le roi apprit que les troupes commandées par Louis d'Orléans étaient enfermées dans Novare. Il en fut fort peiné.

- Nous devons aller le délivrer, dit-il. Je n'ai pas l'intention de rentrer en France sans le duc d'Orléans. Nous resterons à Asti le temps qu'il faudra.

Ces belles paroles, qui témoignaient d'une grande noblesse de caractère, eussent dû remplir d'admiration tous les soldats et tous les chevaliers.
Hélas ! ils connaissaient le roi, et ils savaient que la délivrance du duc d'Orléans n'était pas le seul motif qui le retenait à Asti.
Charles VIII avait rencontré, en effet, dans cette ville, la belle Anna Soléri dont il était éperdument amoureux.


Pendant de longues semaines, cette liaison occupa toute sa pensée ; au point qu'il en oublia un peu les assiégés de Novare, dont la situation était pourtant lamentable.

Les pauvres, privés de vivres, affaiblis par la dysentérie, espéraient à chaque instant voir arriver l'armée du roi.
Certains, complètement démoralisés, se suicidaient. Les autres finirent par végéter dans un état voisin de la prostration.
Louis d'Orléans, lui, était consterné et furieux. Pouvait-il se douter qu'il récoltait en somme ce qu'il avait semé à Lyon, et que le goût pour la débauche qu'il avait cru bon de donner à Charles VIII risquait de le faire mourir à Novare ?


De temps en temps, une lettre pressante arrivait de Lyon où Anne se demandait avec une angoisse justifiée ce que pouvait bien faire son époux.

Revenez, écrivait-elle, il y a un an que vous êtes départi de moi. Quand reviendrez, aurez oublié mon visage..

Alors Charles répondait qu'il lui fallait avant tout délivrer son cousin Louis.

Bien entendu, ce n'était toujours qu'un prétexte, car il ne faisait rien qu'organiser des fêtes et s'enfermer dans une chambre avec Anna.


Puis il se lassa : non de la bagatelle, certes, mais de la belle Soléri (cette jeune femme eut de Charles VIII une fille connue sous le nom de Camille Pulvoisin. François Ier lui montra "une grande considération".)

Et aux environs du 10 août, alors que les soldats de Louis d'Orléans en étaient réduits à se nourrir de racines, il alla s'installer à Chieri, près de Turin, où on lui avait signalé une très jolie femme.

Les pourparlers n'étaient jamais longs avec Charles ; aussi, le soir même, la dmae se trouva-t-elle auprès du roi dans une posture à laquelle certains auraient pu trouver à redire.

Charles prit un goût extrême à cette nouvelle maîtresse et se désintéressa une fois de plus de son pauvre cousin.


Or, le 8 septembre, alors q'uil donnait un bal, il vit arriver Georges d'Amboise, essoufflé et le visage défait :

- Cette fois, messire, il faut agir. L'ennemi a réussi à pénétrer dans Novare. Déjà les faubourgs sont incendiés. Le duc d'Orléans n'en a plus que pour quelques heures.

Charles, un peu ennuyé, comprit qu'il était grand temps de partir pour Novare. Délaissant la fête, il donna des ordres et deux heures plus tard, il était en route.


Le lendemain à l'aube, il entrait en contact avec les assiégeants. Mais naturellement, il n'était plus question de se battre. Et c'est d'un air décidé qu'il proposa la paix.

Le soir, Louis d'Orléans, pâle, amaigri et furieux contre le roi, sortit de la ville et vint participer aux pourparlers. La rédaction du traité fut longue. Chaque paragraphe suscitait des discussions interminables, et les signatures ne furent apposées au bas du parchemin que le 9 octobre.

Aussitôt, Charles, qui n'avait plus aucune raison de rester en Italie, retourna à Chieri passer quelques nuits avec son amie, avant de reprendre le chemin de la France, le 21 octobre.


Les dernières étapes furent sans histoire et, le 7 novembre, Charles VIII arrivait à Lyon, où Anne, folle de joie, vint se presser contre sa poitrine.

- J'ai fait noble campagne, Madame, dit le roi.

La reine sourit tristement. Voyant à quoi il s'attachait, elle feignit l'admiration et se garda de lui dire qu'à toute la gloire du monde elle eût préféré sa présence
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 28 Juin - 19:39

Pendant quelques jours, les souverains organisèrent de grandes fêtes où toutes les dames de Lyon accueillirent Charles VIII "en liesse très singulière".

Hélas ! cette joie devait être de courte durée. Un matin, le courrier apporta deux mauvaises nouvelles : un pli d'Italie annonçait que Ferdinand d'Aragon assiégeait la ville de Naples, et une lettre venant d'Amboise, apprenait aux souverains que le dauphin Charles-Orland, âgé de trois ans, était atteint de la variole et gravement malade.

Une semaine plus tard, le dauphin était mort et Naples reprise par Ferdinand...


La reine, nous dit un chroniqueur, "eut le plus grand deuil qu'une femme puisse faire et longuement lui dura".
Elle s'enferma dans sa chambre où les dames de sa suite l'entendirent gémir "haultement" toute la nuit.
A l'aube, une triste caravane se mit en route par les chemins d'hiver, en direction d'Amboise. Dans son chariot, Anne pleurait son fils ; dans le sien, Charles soupirait après son royaume de Naples...

Après les obsèques du petit prince, la reine sombra dans une tristesse profonde, et le roi affligé, imagina, pour lui changer les idées, de faire danser devant elle quelques jeunes gentilshommes au cours d'une petite fête. Parmi les danseurs se trouvait Louis d'Orléans, qui montra en cette occasion une telle exubérance, une telle allégresse, que la reine en fut choquée. Elle pensa , ainsi que nous le rapporte Commynes dans ses Chroniques, que Louis "avait joie de la mort du dauphin à cause qu'il était maintenant le plus proche héritier de la couronne".


Et elle lui signifia d'avoir à s'abstenir un temps de paraître à la Cour ; ce qui chagrina Louis, car il aimait toujours la reine.

Quant au roi, il montra sa désapprobation en tournant le dos au duc et en restant quelque temps sans lui adresser la parole.


Charles VIII pensait se reposer un peu de ses campagnes en organisant quelques fêtes à Amboise et en courtisant les jolies filles qui étaient entrées à la Cour pendant son absence. Il n'en eut pas le loisir.

Au printemps 1496, une épidémie de "mal de Naples" s'abattit sur Paris, avec de si "vilains et puants" effets qu'elle donna au peuple le dégoût de l'acte charnel. L'Eglise en profita pour prôner la chasteté (attitude à peu près inconnue du moyen-âge), et l'on vit de très galantes dames, réputées pour leur "ardeur aux jeux du lit", se rendre en foule dans des couvents de Pénitentes.
Charles VIII fut désolé, car les plus belles demoiselles de la Cour se firent nonnes.


Il était pourtant difficile d'entrer dans ces établissements, car la vague de pureté poussait des femmes tout à fait chastes à s'y rendre pour faire pénitence, ainsi que nous le dit J.-A. Dulaure :

"Les filles, pour être admises dans ce couvent, écrit-il, étaient tenues de faire preuves suffisantes de leur libertinage, d'affirmer par serment prêté sur les saints évangiles, en présence du confesseur et de six personnes, qu'elles avaient mené une vie dissolue. On était fort rigide sur cette preuve.
Il arrivait que des filles se prostituassent exprès pour avoir le droit d'entrer dans cette communauté.
Lorsque ce fait était reconnu, on les chassait honteusement de la maison.
"Il arrivait aussi que des filles, à la suggestion de leurs parents, qui voulaient s'en débarrasser, se présentassent en protestant et jurant qu'elles avaient vécu dans la débauche , tandis qu'elles étaient encore vierges. Cette singulière tromperie détermina les religieuses à vérifier le fait et à ne point s'en rapporter au serment des aspirantes. Toutes les filles furent alors soumises à une scrupuleuse visite.
"Ainsi, après la visite, si la postulante était trouvée vierge, on la renvoyait comme indigne d'entrer dans ce couvent."


Mais les pénitentes n'occupaient pas toute la pensée de Charles VIII : il rêvait parfois de Naples et des belles Napolitaines.

- J'y retournerai bientôt, disait-il à ses familiers.
Hélas !
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 28 Juin - 19:54

POUR POUVOIR EPOUSER ANNE DE BRETAGNE, LOUIS XII DONNE UNE FEMME AU FILS DU PAPE



Les petits cadeaux entretiennent l'amitié - La Sagesse des Nations -



AU mois de mai 1496, Charles VIII annonça qu'il allait se rendre à Lyon et reformer une armée pour retourner à Naples. Les Lyonnais, et surtout les belles dames lyonnaises, attendirent le roi.
On prépara des arcs de triomphe pour son entrée dans la ville, des draps piqués de fleurs et des divertissements choisis.

Mais, comme le 10 juin, le cortège royal n'était pas encore en vue de Lyon, les braves gens s'inquiétèrent un peu. Ils envoyèrent au-devant de Charles un groupe de cavaliers.

- Dès que vous l'aurez rencontré, leur dit-on, que l'un d'entre vous revienne rapidement pour nous dire où est le roi et quand il compte arriver ici.


Les jours passèrent et les cavaliers ne revinrent point. On s'en étonna, car c'étaient des jeunes gens de bonne réputation. Sans doute, disait-on, le roi les aurat-t-il retenus auprès de lui.

La réalité était tout autre.

Partis au-devant de Charles VIII, ils étaient arrivés jusqu'à Amboise sans avoir rencontré personne.

- Qu'est-il donc arrivé à notre gentil sire ? dirent-ils en descendant rapidement de cheval.


On leur apprit alors que le roi, au moment de partir pour Lyon, avait suivi à Tours une des filles d'honneur de la reine et qu'il n'était pas encore revenu.

- Mais qu'en dit la reine ? demandèrent-ils avec étonnement.

- Mme Anne attend présentement un héritier et elle en est si heureuse qu'elle ferme les yeux sur les frasques du roi.

- Il est vrai, ajouta quelqu'un, qu'elle ne se doute de rien, attendu que notre souverain lui a dit qu'il s'en allait à Tours poura dorer les reliques de saint Martin.


Les Lyonnais se rendirent à Tours, mais ne purent voir Charles qui était occupé à consoler la belle demoiselle "fort attristée pour ce qu'elle avait été chassée par la reine de sa cour des dames".
Et ils s'en retournèrent dans leur ville, où le comportement du roi, dès qu'il fut connu, donna lieu à des critiques
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 28 Juin - 20:28

La reine, pendant ce temps, continuait de détester le duc d'Orléans. Depuis le bal où il s'était si mal tenu, elle ne cessait de le critiquer et de chercher à lui nuire. Elle haïssait passionnément comme elle l'avait aimé jadis.

Un jour, elle voulut qu'on lui retirât son titre d'héritier présomptif de la couronne, et elle pleura de rage en apprenant que le roi s'y opposait.

- Heureusement, dit-elle, que j'aurai bientôt un autre fils, ce qui éloignera à tout jamais Louis d'Orléans du trône qu'il convoite.

Le 5 septembre, en effet, elle mit au monde un garçon. Toute la cour fut en fête. Hélas ! un mois plus tard, le bébé mourait subitement.

La pauvre reine sanglota et serra les poings :

- Je ne veux pas que Louis d'Orléans devienne roi de France.

Trois mois plus tard, elle était de nouveau enceinte.


Au mois d'août 1497, elle donna le jour à un gros garçon que l'on prénomma François. Aussitôt, elle distribua aux nourrices des amulettes destinées à protéger le petit prince : médailles bénites, morceau de cire noire dans une bourse de drap d'or et même six langues de serpents de différentes tailles enfermées dans un scapulaire.

Ces gris-gris n'eurent aucun effet, car François ne vécut pas même une semaine...

Alors la reine se désola :

- Ne donnerai-je donc jamais d'héritier au roi . disait-elle en pleurant. Sans doute sommes-nous l'objet d'une malédiction céleste.

Cette idée, elle n'était pas la seule à l'avoir ; dans le menu peuple, on expliquait généralement ainsi la mort des petits princes.


- Le roi et la reine paient aujourd'hui la faute qu'ils ont commise tous les deux à leur mariage, disait-on. Charles, en renvoyant sa fiancée et en enlevant la femme de Maximilien, a provoqué la colère de Dieu... Jamais de pareils parjures n'auront d'enfant vivants..

Pourtant, il y avait quelques personnes qui expliquaient les choses différemment.


- Ces morts subites sont bien curieuses, disaient-elles, et ressemblent fort à des empoisonnements. Un certain duc, qui a tout intérêt à voir disparaître les enfants du roi, ne serait-il pas pour quelque chose dans cette affaire .
Souvenez-vous de ce qu'on a raconté à propos du bal qui a suivi la mort du dauphin Charles. Ce duc avait l'air si joyeux que la reine dut le chasser de la Cour.


Les accusations contre Louis d'Orléans prenaient parfois une curieuse tournure. On ne le soupçonnait pas "d'éliminer" les princes pour monter sur le trône, mais pour épousr, un jour la reine Anne qu'il n'avait pas cessé d'aimer. Et l'on rappelait la caluse du contrat de Langeais, qui précisait qu'au cas où Charles VIII mourrait le premier, sans laisser d'héritier, Anne devait épouser son successeur...

- On commence par empoisonner les enfants, puis, un jour, on empoisonne le père... Après quoi, on n'a plus qu'à entrer dans le lit de la belle, disaient certains en riant.

Mais de telles suppositions étaient trop horribles et les âmes pieuses les faisaient taire
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 15 Juil - 21:01

Les mois passèrent et, un matin d'octobre 1497, Louis d'Orléans, voulant se réconcilier avec la reine, lui envoya un bijou. Touchée, Anne, qui n'attendait au fond qu'une occasion pour aimer de nouveau son ancien fiancé, lui fit cadeau de deux magnifiques lévriers.

Dès lors, le duc d'Orléans fut sans cesse auprès de la petite reine de vingt ans. "Je suis votre protecteur, lui disait-il parfois en souriant, votre chevalier..." Et ses yeux devenaient incroyablement doux.
Bientôt, l'amour et le désir que lui inspirait Anne finirent par être tellement visibles que toute la Cour en parla.


Aussi est-on en droit de se demander si c'est uniquement pour des raisons politiques que le roi chassa à ce moment Louis d'Orléans, de son conseil d'abord, puis d'Amboise.

Quoi qu'il en soit, le duc se rendit près de Blois, aux Montils et, furieux, renoua des relations avec les Vénitiens, qui complotaient de sombres machinations selon leur habitude...


Or un matin le bruit courut que Charles VIII avait l'intention de faire arrêter le duc d'Orléans.
La nouvelle était-elle exacte ? On ne le saura jamais, car deux jours plus tard, le 7 avril 1498, le roi mourait subitement après s'être cogné le front contre le linteau d'une porte basse, dans un couloir du château d'Amboise.


Aussitôt, on parla d'assassinat. Des familiers de la Cour révélèrent qu'une demi-heure avant de s'assommer, le roi avait reçu une orange d'un Italien et qu'il l'avait mangée.
Cette orange était -elle empoisonnée ?


On ne tarda pas à le murmurer. Surtout lorsqu'on vit Louis d'Orléans - que cette mort faisait monter sur le trône - se précipiter, rayonnant de joie, chez la reine pour lui dire des paroles de récofort avec une tendresse un peu prématurée...

Anne de Bretagne, nous dit un chroniqueur, montra un "vif déplaisir" à la mort du roi. Pendant deux jours, enfermée dans sa chambre, elle se roula par terre en poussant des hurlements et en se tordant les mains. A ceux qui venaient frapper à sa porte, elle déclarait qu'elle "avait résolu de prendre le chemin de son mari"... Et elle refusait toutes nourriture.
Sa douleur fut telle que les personnes de nature peu exubérante purent croire à quelque exagération de sa part.

- Elle pleure bien fort un mari qui a passé sa vie à la tromper vilainement avec toutes les joueuses d'échine qu'il rencontrait, disaient certains.
- Il est vrai, répondait-on, que ce n'est peut-être point le roi qu'elle pleure, mais la couronne...


Quand elle consentit à sortir de sa chambre, elle stupéfia la Cour par la couleur de son costume. Alors que jusque-là toutes les reines avaient porté le deuil en blanc, elle était entièrement vêtue de noir.
Elle expliqua que cette teinte symbolisait la constance en amour, car elle ne pouvait déteindre...

- J'ai perdu ma vie et mon bonheur ! s'écriait-elle avec amertume.


Louis XII, qui trouvait la jeune reine encore plus jolie depuis qu'elle était en deuil, vint à plusieurs reprises lui rendre visite. Et Paul Lacroix nous dit "qu'il trouva la pauvre dans un tel désespoir, qu'il craignait qu'elle n'eût pas la force de le supporter ; il la réconforta en lui rappelant leur ancienne amitié et en s'offrant à elle de la meilleure sorte qu'il lui fût possible; mais Anne de Bretagne redoublait de sanglots à la vue du duc d'Orléans, qu'elle avait aimé avant d'épouser Charles VIII..."
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 17 Juil - 16:47

Louis XII se fit si tendre et si pressant que la reine finit par avouer à ses intimes qu'il la "consolait par sa singulière bénévolence"...

Et un jour, nous rapporte Brantôme, qu'elle pleurait devant les dames de sa suite, et que celles-ci "la plaignoient de la voir veuve d'un si grand roi et malaisément pouvoir retourner en un si haut état, elle répondit qu'elle demeureroit plutôt toute sa vie veuve d'un roi, plutôt que de se rabaisser à un moindre que lui ; toutefois, qu'elle ne désespéroit pas tant son bonheur qu'elle ne pensât être encore un jour reine de France régnante, comme elle avoit été, si elle vouloit.. Ses anciennes amours avec le duc d'Orléans lui dictoient ce propos... Car malaisément se peut-on défaire d'un grand feu quand il a une fois saisi l'âme."


Le nouveau roi ne savait qu'imaginer pour plaire à la jeune veuve. Il eût voulu la combler de cadeaux, mais le moment lui paraissait mal choisi, et il chercha ce qui pouvait lui faire plaisir. Comme il était fort délicat, il trouva bientôt et commanda de magnifiques obsèques pour Charles VIII.

Le corps du défunt roi fut alors conduit à Paris où on l'exposa au plublic. Mais, comme le voyage avait duré vingt et un jours, on avait dû placer sur le lit de parade un mannequin richement habillé dont le visage, dit un chroniqueur de l'époque, était "au plus près du vif que faire se peut".

Après quoi, une cérémonie grandiose eut lieu à Notre-Dame et le cortège traversa la capitale pour se rendre à Saint-Denis. La foule, dans les rues, aux fenêtres et jusque sur les toits, admira pendant des heures les plus grands personnages du royaume défilant derrière le char funèbre.

Quand Charles VIII eut été mis au tombeau, tout le monde se déclara content de ce beau défilé ; le peuple, qui avait assisté gratuitement à une de ces cavalcades dont il est friand, la reine Anne, qui n'aurait jamais pu payer un tel enterrement à son mari, le trésor étant à sec, et le nouveau roi, qui faisant d'une pierre deux coups, avait mis en terre un rival et contenté la femme qu'il aimait.


Après cette cérémonie, Anne s'approcha de Louis XII qui, pour achever de la conquérir, commandait aux religieux de l'abbaye quelques prières supplémentaires.
Elle le considéra avec tendresse et reconnaissance.

- C'est très gentil, dit-elle...

Il comprit alors que son sigulier cadeau avait eu l'efficacité qu'il espérait et, le soir même, il demanda à Anne si, en observance du contrat de Langeais, elle voulait bien l'épouser.


La jeune femme était maligne. Baissant les yeux, elle se contenta de répondre en soupirant :

- Mais n'êtes-vous point marié ?
- Je divorcerai, dit le roi.

Alors Anne de Bretagne rentra dans ses appartements
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 17 Juil - 17:06

Il y avait longtemps que Louis XII voulait répudier la pauvre Jeanne de France, bossue et rachitique que Louis XI lui avait fait épouser de force. Au lendemain de la mort de Charles VIII, après avoir vainement essayé de décider Jeanne à accepter une séparation à l'amiable, il avait écrit à Rome pour demander au pape Alexandre Borgia de casser son mariage.

Voulant montrer à Anne que son intention était bien d'écarter Jeanne, il alla se faire sacrer seul à Reims le 27 mai, et fit son entrée dans Paris le Ier juillet sans la malheureuse infirme, qui se morfondait toujours au château de Mesnils-les-Bois.


Le peuple fut choqué par l'attitude du roi. Il réclama la reine à grands cris. Et Louis XII, quelques jours après, jugea prudent de prendre plusieurs mesures propres à se rendre populaire : il diminua les tailles et exempta la capitale du don de joyeux avènement...

Après quoi - et comme la réponse de Rome tardait à arriver - il continua de faire sa cour à la reine Anne qui, redevenue simple duchesse de Bretagne, s'occupait activement de l'administration de son duché.

Prêt à tout pour obtenir une promesse de mariage, le roi amoureux rendit à celle qu'il devait appeler un jour "sa Bretonne" les places de Nantes et de Fougères, geste qui la toucha infiniment.


Un peu plus épris chaque jour, il délaissait les affaires de l'Etat pour aller passer son temps auprès d'elle à l'hôtel d'Etampes, où elle s'était installée.

Tout Paris ne tarda pas à en jaser. On en fit des chansons et la jeune femme, beaucoup plus habile que Louis XII, craignit qu'une telle assiduité ne compromît à tout jamais une union qu'elle espérait secrètement autant que lui.
Elle décida de quitter Paris et d'aller vivre à Nantes, en attendant que le pape ait rompu le mariage royal.


Un matin que Louis venait comme à l'accoutumée lui murmurer quelques tendres propos, elle lui annonça sa décision. Louis fut affolé. Se jetant à ses pieds, il lui redemanda si elle deviendrait sa femme lorsque le divorce serait prononcé. Cett fois, Anne accepta.
Alors, en homme méticuleux, il fit rédiger deux actes fort précis, l'un déclarant que "lorsque l'union forcée de Louis avec Jeanne de France serait annulée, le mariage aurait lieu", l'autre précisant que "Louis évacuerait toutes les places de Bretagne, à l'exception de Nantes et de Fougères qu'il garderait en gage".
Si son mariage n'était pas cassé au bout d'un an, Anne reprendrait sa liberté et ses deux places.


Quelques jours plus tard, la jeune femme, ayant convoqué ses Etats à Rennes, quitta Paris accompagnée de grands seigneurs français et bretons.

Le 28 septembre, elle était à Nantes, guettant déjà le courrier qui viendrait lui annoncer que le pape lui permettait d'épouser l'homme qu'elle aimait depuis douze ans
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 17 Juil - 20:33

Louis XII attendait la réponse de Rome sans inquiétude. Il savait qu'Alexandre Borgia était un pape d'un modèle peu courant, dont on pouvait obtenir à peu près tout, à condition de flatter sa luxure ou sa cupidité.

- S'il refuse d'annuler mon mariage, disait le roi, je lui offrirai de l'argent, et, si cela ne suffit pas, je lui enverrai quelques belles Tourangelles pour enrichir son ballet.


Le pape avait, en effet, un ballet voluptueux qui lui servait de remède contre la tristesse. Les soirs où il se sentait un peu de vague à l'âme, et où sa favorite Giulia Farnèse n'était plus capable de faire briller son oeil pontifical, il demandait à voir danser de toutes jeunes filles fort peu vêtues.

Ce spectacle lui donnait, paraît-il, de grandes satisfactions (une lettre d'Agostino Vespucci à Machiavel nous apprend que ces scènes de prodigieuse impudeur étaient, pour ainsi dire, quotidiennes...). Mais de tels plaisirs n'étaient pas du goût de tout le monde, et certains cardinaux trouvaient que le pape délaissait un peu trop la liturgie pour les demoiselles.

Louis XII était donc sûr, en envoyant à Rome quelques-unes des plus belles filles de la Cour, d'obtenir ce qu'il demandait.


Or, un matin, il reçut du pape une bulle nommant les juges qui devaient statuer sur la validité de son union avec Jeanne de France. Il y était dit que Louis d'Amboise, évêque d'Albi, le cardinal de Luxembourg, évêque du Mans, et Fernand Septensis, évêque de Ceuta, nonce du pape, devaient citer des témoins : gens d'Eglise, médecins, valets, matrones et suivantes, à seule fin de savoir si le mariage avait été -ou non - consommé ; mais le pape ne posait aucune condition, ce qui étonnait fort Louis XII.

Presque aussitôt, le procès s'ouvrit dans l'église Saint-Gatien de Tours. La reine se présenta en vêtement de deuil, accompagnée d'une dame de sa suite et de son confesseur.


Louis d'Amboise lut les raisons invoquées par le roi pour demander l'annulation de son mariage.
Elles étaient au nombre de quatre : parenté au quatrième degré ; parenté spirituelle du fait que Louis XI l'avait tenu sur les fonts baptismaux ; violence exercée sur lui pour lui faire épouser Jeanne ; impossibilité de consommer le mariage.


Puis on interrogea la malheureuse reine qui, le visage contracté essayait de garder une contenance digne en face de ces ecclésiastiques, amis du roi, qui s'apprêtaient à tout faire pour la séparer de son mari. D'une voix douce mais ferme, elle récusa tous les motifs invoqués par Louis.

- Votre union n'est pas valable si l'on considère que vous êtes parente avec votre mari au quatrième degré.
- Le pape Sixte IV nous a accordé la dispense, dit-elle.
- C'est par la force que le roi Louis XI a obligé notre roi, alors duc d'Orléans à vous épouser, répliqua d'une voix dure un abbé.

Elle frissonna comme si on l'avait souffletée :

- Je ne suis pas de si bas lieu qu'il fût besoin de violence pour me trouver un époux. En outre, nous sommes mariés depuis 1476. Il est étonnant que le roi, mon seigneur, manifeste seulement aujourd'hui son mécontentement d'un fait qui s'est passé il y a vingt-deux ans.


- Vous admettez, lui demanda le cardinal de Luxembourg, que vous êtes mal conformée ?
- Je sais seulement que je ne suis pas jolie, ni aussi belle de corps que la plupart des femmes.
- Vous devez bien savoir que vous n'êtes point apte au mariage.
- Je ne crois pas. Je me crois aussi propre au mariage que la femme de mon écuyer Georges, qui est tout à fait contrefaite et qui lui donne pourtant de beaux enfants...

Pendant des heures, les trois juges la torturèrent ainsi avec des questions humiliantes et brutales.
Enfin, on en arriva au dernier argument de Louis XII.

- Le roi vous a-t-il traitée en épouse ?
- Jeanne rougit.
- Oui !


Les juges crurent bon alors d'entrer dans des détails si précis que la reine, très gênée, ne répondit aux questions qu'en baissant la tête, comme une coupable.

- Pourriez-vous nous dire où les choses se sont passées ?

Point de mire d'une assemblée goguenarde, Jeanne fut près de défaillir, en entendant cette question.

- Vous ne pouvez pas répondre ?

Oh ! si, elle pouvait répondre, la malheureuse petite infirme, car elle se souvenait avec précision de tout ce qui concernait sa vie amoureuse avec le roi. Et, se raidissant sur son banc, elle indiqua d'une voix à peine audible les lieux où Louis avait bien voulu se montrer tendre avec elle, et le nombre de leurs "contacts".

- Six fois à Lignières, deux fois à Lusignan, trois fois à Orléans, une fois à Nantes, quatre fois à Amboise, murmura-t-elle.

Les juges se tournèrent vers le roi.

- Je ne lui ai pas demandé de venir me rejoindre, dit celui-ci d'un ton excédé.

Puis il prétendit que Jeanne le poursuivait et qu'il avait bien du mal à s'en débarrasser.

Accusée de luxure, la pauvre éclata en sanglots.

Mais elle se ressaisit bientôt et déclara que, lorsque Louis venait la voir au château de Lignières, ils cohabitaient toujours.

Une discussion eut lieu alors entre le roi et la reine. Louis maintenant que Jeanne n'avait pas été sa femme, et celle-ci affirmant le contraire.

Finalement, les juges délibérèrent. Atrocement gênée d'avoir dû étaler ainsi toute sa pitoyable vie intime, la reine s'écroula sur son banc, soutenue par son confesseur.

Au bout de quelques minutes, le cardinal de Luxembourg reprit la parole :

- Nous demandons, pour que le débat soit clos, que la reine veuille bien se soumettre à un examen corporel qui établira si elle est encore vierge comme le prétend le roi. Des matrones et des experts seront désignés par nous pour effectuer cette visite...


Jeanne, cette fois, ne put contenir son indignation. Elle protesta avec force, disant qu'elle ne se livrerait jamais à une telle exhibition. Puis, se tournant vers Louis XII qu'elle ne croyait pas capable de parjure, elle sourit et dit avec un mélange de défi et de tendresse :

- D'ailleurs, cette visite est inutile, car je ne veux d'autre juge que le roi, mon seigneur. S'il affirme par serment que ses imputations sont véritables, j'accepte d'avance ma condamnation...

Le roi n'hésita pas une seconde : la sueur au front, car il avait tout de même un peu honte, il étendit la main sur l'Evangile et jura que Jeanne n'avait jamais été sa femme. La malheureuse ne s'attendait pas à une telle ingnominie : elle s'effondra sans connaissance dans son fauteuil. Quant aux juges, ils se déclarèrent satisfaits.


Une semaine plus tard, le 17 décembre 1498, la dissolution du mariage fut annoncée publiquement en l'église Saint-Denis d'Amboise. La reine fut d'abord abattue et sanglota, puis elle se prit à proférer des malédictions contre les trois juges et l'on dut la reconduire au château.

(Par la suite, elle se retira à Bourges et, maîtresse du duché dont elle porta désormais le titre, elle n'eut plus d'autre ambition que celle de sauver son âme et de "croître devant Dieu en perfection et en bonnes oeuvres". Elle appela auprès d'elle cent filles nobles qui prirent le voile et formèrent un ordre nouveau sous le nom de religieuses de l'Annonciade. Elle mourut à quarante ans, en 1505. Béatifiée en 1743, elle fut canonisée en 1950).

Ce ne furent pas les seuls cris hostiles qu'entendirent les trois ecclésiastiques ce jour-là. Lorsqu'ils sortirent dans la rue, ils furent en effet copieusement insultés par le peuple qui les suivit avec des torches, à cause d'un brouillard épais qui, ce jour-là, plongeait la ville dans l'obscurité, et les baptisa Hérode, Caïphe et Pilate.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 19 Juil - 20:04

Louis XII n'avait pas attendu la notification publique du jugement pour écrire à Anne de Bretagne qu'il était libre désormais et qu'ils pourraient bientôt se marier.

Pourtant, il leur manquait encore une dispense, car ils étaient cousins.

Tout dépendait donc encore une fois de Rome.
Alexandre Borgia, sollicité, fit connaître ses conditions et Louis XII comprit pourquoi la première bulle ne contenait aucune demande de contrepartie.
Le pape s'était réservé pour la fin.


Il avait eu, avant son ordination, un fils naturel, qui était archevêque de Valence, mais qui désirait depuis longtemps être relevé de ses voeux ecclésiastiques pour avoir une jolie épouse dans son lit. Les nuits incestueuses avec sa soeur Lucrèce ne lui suffisaient plus, et sa soutane le gênait...

Aussi, Sa Sainteté exigeait-elle, en échange de la dispense, le duché de Valentinois et la main d'une princesse française pour son bien-aimé fils César.


Le roi accepta, et César Borgia arriva à Chinon en grande pompe, apportant la bulle de dispense.
Aussitôt, Louis XII, ayant fait Jeanne de France duchesse de Berry, courut épouser enfin sa chère Anne de Bretagne.

Leurs noces eurent lieu dans la plus grande intimité, en la chapelle du château de Nantes. Après quoi les nouveaux époux revinrent à Amboise, et le roi se mit en quête d'une épouse pour César Borgia.


Tout d'abord, il pensa à Charlotte de Naples, fille de Frédéric d'Aragon, qui avait été recueillie à l'âge de dix ans par la Cour de France. L'idée n'aurait pas déplu au fils du pape qui, par la même occasion se serait emparé du royaume de Naples ; malheureusement, la jeune fille repoussa Borgia avec horreur.

Alors Louis XII proposa Charlotte d'Albret, fille du duc de Guyenne et demoiselle d'honneur de la reine Anne. Jolie et gracieuse, elle fut agréée tout de suite. Mais elle aussi recula en apprenant que le roi la destinait à cet homme que l'on accusait d'avoir tué son frère. Et il fallut qu'Alexandre VI donnât le chapeau de cardinal au frère de la jeune fille pour que la famille d'Albret acceptât le mariage.

Toutefois, le peuple, mis au courant de ces transactions, vint pousser des cris de haine sous les fenêtres du château où logeait César. Au point que celui-ci, fortement impressionné et craigant d'être peu brillant au soir de ses noces, alla demander à son apothicaire des pilules propres "à rendre l'ardeur" et "à festoyer sa dame". Hélas ! nous conte un chroniqueur, "au lieu de lui donner ce qu'il demandait, celui-ci donna des pilules laxatives, tellement que toute la nuit il ne cessa d'aller au retrait..."

Le lendemain, couvert de honte, il quittait Chinon, abandonnant sa femme qui ne le revit jamais...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 19 Juil - 20:16

Bon, suis allée voir dans le moteur de recherche, la biographie de César Borgia. Et contrairement à ce qu'écrit Guy Breton, Borgia, de son union avec Charlotte d'Albret, avait eu une fille.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 23 Aoû - 20:35

L'AMOUR QU'IL PORTE A SA FEMME EMPÊCHE LOUIS XII DE TOMBER DANS LE PIEGE DES GENOIS




L'avantage de n'avoir qu'une femme, c'est qu'elle vous protège contre toutes autres - HAYEM -





DEPUIS qu'il avait dans son lit sa chère petite Bretonne, Louis XII paraissait satisfait. Et ce prince, qui n'avait pu voir auparavant un jupon sans que sa circulation sanguine ne s'activât, regardait presque avec indifférence les plus jolies demoiselles du palais.

On avait l'impression que la reine lui faisait passer des nuits si fatigantes qu'il ne se sentait pas assez fort au milieu de la journée pour penser à la bagatelle.

Il était calme, détendu. Il lui arrivait souvent de se promener le matin, au saut du lit, dans les jardins qui dominaient Blois, en fredonnant une de ces chansons gaillardes qu'il aimait particulièrement - celle-ci par exemple, qui semble un peu acrobatique :


En baisant ma mie,
J'ai cueilly la fleur,
La cuisse bien faite,
Le tétin bien rond,
En baisant ma mie,
J'ai cueilly la fleur.


D'autres fois, en se rendant à son Conseil, il chantonnait :

Au joli jeu du pousse avant
Fait bon jouer
.

Bref, il était heureux.

Or, si l'homme avait quelques raisons de se féliciter de ce mariage, le roi n'en avait pas beaucoup.
Au contraire. En effet, le contrat signé à Nantes était beaucoup moins intéressant pour la France que celui de Langeais. La petite Bretonne avait profité de l'amour de Louis pour reprendre les avantages qu'elle avait dû laisser à Charles VIII après la défaite des armées de son père.

Ce nouveau contrat stipulait :

I° Qu'Anne de Bretagne conservait personnellment le gouvernement du duché :
II° Que, si des enfants naissaient du mariage, le duché reviendrait au second enfant, mâle ou femelle, et que, si les époux n'avaient qu'un seul héritier, au second enfant de cet héritier.
III° Que, si la duchesse mourait sans enfant avant le roi, Louis XII garderait la Bretagne sa vie durant ; mais qu'après lui le duché retournerait aux héritiers directs de Mme Anne.

Aveuglé par l'amour, Louis XII avait accepté les conditions que lui avait dictées la rusée petite duchesse aux hermines ; et la Bretagne gardait l'indépendance qu'elle avait retrouvée à la mort de Charles VIII.


Au mois de juillet 1499, Louis XII, qui avait conservé les vues de Charles VIII sur l'Italie, partit à la conquête du duché de Milan. Avant de quitter Blois, il avait conduit au château de Romorantin, la reine Anne qui se trouvait pour lors enceinte de ses bons offices.

- Vous ne pourrez pas être mieux qu'en cet endroit, madame, pour y mettre au monde le dauphin que nous attendons, lui dit-il.


Curieuse idée, en vérité. Car dans ce château vivait la comtesse d'Angoulême, Louise de Savoie, mère de François, duc de Valois, un gros garçon de cinq ans que le hasard des décès prématurés avait fait héritier présomptif du trône de France.
On se doute, dans ces conditions, du peu de plaisir qu'avait cette femme à voir Anne de Bretagne espérer la naissance d'un dauphin. Aussi, lorsque toute la Cour était en prières pour demander au ciel la venue d'un garçon, Louise, secrètement souhaitait que la reine eût une fille afin que François restât le futur successeur de Louis XII.

Il y avait cinq ans que la jeune comtesse d'Angoulême vivait avec l'espoir de voir son fils devenir roi...


Cet honneur, elle l'envisageait comme une sorte de revanche. Le sort, il est vrai, ne s'était pas montré très doux jusqu'alors. Après une enfance morose, elle avait été - à douze ans - mariée par son père Philippe de la Brosse, au comte Charles d'Angoulême, âgé de trente ans.

Celui-ci l'avait emmenée à Cognac où il vivait en compagnie de ses deux maîtresses, Antoinette de Polignac, fille du gouverneur d'Angoulême, et Jeanne Comte, une demoiselle de la Cour. Louise, tout heureuse d'être mariée (Philippe de Bresse avait écrit à Claudine de Brosse, sa seconde femme, à la veille du mariage de la petite Louise, que celle-ci semblait fortement préoccupée par sa nuit de noces, "ce qui montre, disait-il, qu'elle a déjà grand faim d'être en mestyer de vous autres, vieilles mariées".), n'avait fait aucune réflexion à son époux et s'était habituée rapidement à ce curieux ménage à quatre...
Au début, Charles d'Angoulême s'était d'ailleurs senti fortement attiré par cette jeune épouse de douze ans. Il avait même délaissé un temps les deux favorites qui, loin d'être jalouses, en avaient profité pour souffler un peu.
Car c'était un rude paillard que ce comte d'Angoulême, et personne ne semblait lui avoir appris qu'un lit était aussi fait pour dormir...


Après quelques mois d'une vie épuisante, Louise de Savoie avait été soudain fort triste.

- Je ne suis pas une femme comme les autres, s'était-elle écriée un soir.

Pressée de questions par une dame de sa suite, elle avait alors déclaré en pleurant qu'elle trouvait anormal de n'être pas encore enceinte à treize ans...

Il est vrai qu'à la Cour de Cognac, où toutes les demoiselles d'honneur avaient des bâtards, la chose pouvait sembler étonnante. Louise de Savoie était donc allée au Plessis-Lez-Tours demander la bénédiction de François de Paule qui avait, disait-on, le pouvoir de rendre - par la prière - les femmes fécondes. Le saint homme s'était ému d'une inquiétude aussi prématurée, et il avait prédit à la jeune comtesse qu'elle serait mère d'un roi...


Louise était alors rentrée à Cognac un peu rassurée et, quelques mois plus tard, avait constaté qu'elle était en mesure d'annoncer de grandes espérances...

Etait-ce le fils prédit ? Non. Le 11 avril 1491, elle avait donné le jour à une petite fille aux yeux bleus qu'on avait baptisée Marguerite.

- Pourquoi ce prénom ? ... s'était étonnée la Cour.

L'indiscrétion d'une dame de la suite avait fourni l'explication. Au début de sa grossesse, Louise avait eu envie d'huîtres et avait avalé une perle... Or, perle se dit margarita en latin.


Après la naissance de la petite Marguerite, Charles d'Angoulême avait repris ses habitudes anciennes avec Antoinette de Polignac d'abord, puis avec Jeanne Comte, sans délaisser toutefois complètement son épouse ; et le soir il allait se coucher avec celle pour qui, sans raison bien précise, il se sentait de l'appétence. Certaines nuits fastes, il rendait successivement un hommage distingué à chacunne des trois belles.

Le résultat fut qu'en 1494, Antoinette, Jeanne et Louise s'étaient trouvées enceintes en même temps.
Ces trois promesses de maternité avaient ravi Charles. Et, jusqu'à la fin de l'été, il avait considéré avec orgueil les trois ventres qui prouvaient avec quel soin il savait s'occuper des dames.

Enfin, le 12 décembre, Louise de Savoie avait donné naissance, sous un chêne, à un gros poupon braillard qu'on avait appelé François.


- Est-ce donc lui qui sera roi ? s'était-elle demandé.

Mais la prophétie de François de Paule paraissait bien fantaisiste ; la famille d'Angoulême était alors si loin du trône
...
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 24 Aoû - 8:55

Je ne savais pas que margarita en latin voulait dire perle ...

Le nom du cocktail vient de là alors ?
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   

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