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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET

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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 24 Aoû - 20:25

Presque aussitôt après la naissance de François, les deux favorites avaient, chacune de son côté, mis au monde une fille. Et, pendant quelques mois, Charles, trouvant la proximité des berceaux un peu bruyante, était allé dormir avec d'appétissantes demoiselles d'honneur dans un bâtiment éloigné.

Louise, fort attristée, avait beaucoup souffert de cet abandon. D'autant que Charles, mis en humeur, avait cherché chaque jour à élargir le cercle de ses relations féminines. Il était venu dès lors de moins en moins dans le lit de Louise, et la pauvre comtesse en avait été désespérée.


Enfin, Charles était mort d'un chaud et froid le Ier janvier 1496. Veuve à dix-neuf ans, Louise avait pris presque immédiatement pour amant le gouverneur du château, Jean de Saint-Gelais, avec qui elle s'était livrée fougueusement aux distractions dont elle avait besoin pour retrouver son équilibre. Quelques années s'étaient écoulées ainsi. Mais à la mort de Charles VII, François étant devenu hééritier présomptif, Louise avait décidé de se rapprocher de la Cour ; et un jour elle était arrivée, accompagnée de ses enfants, de son amant, des favorites du défunt comte Charles et de leurs bâtards, au château de Chinon, où cette curieuse compagnie avait causé quelque scandale. Puis elle s'était retirée à Romorantin, espérant qu'Anne de Bretagne ne donnerait pas plus d'enfant à Louis XII qu'elle n'en avait donné à Charles VIII.

On conçoit, dès lors, quel pouvait être son état d'esprit pendant que la reine se préparait à accoucher dans son château.


Elle passait son temps en prières, égrenant des chapelets, brûlant des cierges pour que Louis XII n'eût pas de fils. Et, le 13 octobre 1499, le ciel l'exauça : Anne mit au monde une fille, qu'on prénomma Claude.
Naturellement, Louise cacha fort habilement son soulagement, mais la reine était fine mouche, elle s'aperçut que les yeux de la comtesse d'Angoulême brillaient d'une joie étrange et elLE lui voua immédiatement une grande haine
.
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MARCO

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 24 Aoû - 20:46

Non J2 , Margarita ne vient pas du latin ..



Ce cocktail aurait été créé en 1948 par une américaine Margaret Sames dite Margarita à Acapulco, et porte comme nom la traduction du prénom de son inventeur. Une autre version dit qu'il fut créé en hommage a une actrice américaine nommée Marjorie King dite Margarita, cette dame affirmait qu'il n'existait au monde que deux alcools le Cointreau et la tequila.
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 25 Aoû - 0:33

Heuuuuuuuuu, mais Marco, Guy Breton écrit que "perle" se dit "margarita" en latin...... Quel rapport avéééééééé le cocktail de 1948 ? .......... Shocked
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MAINGANTEE

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 25 Aoû - 12:12

Il avait soif sans doute ! Twisted Evil
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 25 Aoû - 20:06

Pendant ce temps, en Italie, Louis XII, que la reine Anne avait décidément transformé, ne songeait qu'à la guerre.
C'était bien la première fois qu'une campagne n'était pas prétexte pour lui à courir le guilledou.
Lors de son dernier passage, il avait organisé des orgies tellement étourdissantes que le souvenir en était demeuré vivace dans tout le Nord de l'Italie.
Aussi, les jolies femmes de l'aristocratie milanaise attendaient-elles le roi de France avec un savoureux mélange de crainte et d'espoir...

Las ! elles en furent pour leurs frais de bijoux et de toilettes, car Louis était à ce point amoureux d'Anne qu'il ne les regarda même pas.

Cette soudaine fidélité stupéfia tout le monde.

- Attendez, disaient les belles rouées. On ne change pas ainsi ! il nous reviendra une nuit ou l'autre.

Elles se trompaient, comme se trompèrent quelques années plus tard les Génois qui voulurent éloigner Louis XII des champs de batailles en le faisant séduire par une femme.


Tout pourtant avait été préparé pour lui faire perdre la tête dès son arrivée. Dans les rues qu'empruntait son cortège, il put voir aux fenêtres, aux galeries, aux balcons des palais et des maisons, les plus belles femmes de la cité, "la plupart ayant des robes de soie blanches courtes à mi-jambes et serrées par une ceinture sous les aisselles"... L'ensemble nous dit un auteur du temps, "formait une éblouissante guirlande de ces Génoises si chères à la galanterie française, en allure un peu altières et fierettes, en attraits bénignes, en accueil gracieuses, en amour ardentes, en vouloir constantes, en parler facondes et en conditions loyales".

Les jours suivants, des fêtes splendides et fort galantes furent organisées dans toute la ville, où les Génois menaient leurs filles et leurs femmes "contre la nature de leurs moeurs", mais pour obéir à l'ordre des sénateurs. Chacun, en effet, devait s'ingénier à rendre le roi de France amoureux et à le placer dans une intrigue.


Gênes devint rapidement une ville entièrement consécrée au plaisir.
Le soir, dès que Louis XII sortait de son palais pour quelque bal, les rues s'éclairaient de torches et de feux d'artifices, s'embaumaient de fleurs et retentissaient de sérénades. Dans ces réunions divertissantes, où les galanteries, les danses, les mascarades et les jeux emportaient si vite les heures de la nuit, nous dit le chroniqueur, d'Authon, "les Génois menoient leurs femmes, et filles, soeurs et parentes, pour donner joyeux passe-temps au roi et à ses gens.
Et les aucuns d'iceux prenoient les plus belles et les présentoient au roi en les baisant les premiers pour en faire l'essai et puis les baisoit le roi volontiers et dansoit avec elles et prenoit d'elles tout honorable déduit".

Oh ! certes, très honorable, en effet, car Louis XII se bornait à converser gentiment avec les belles, à leur prendre la main ou à leur mordiller l'oreille par jeu galant ; et si, d'aventure, il leur caressait un sein en passant, c'est simplement parce que l'habitude est une seconde nature...


C'est à ce moment que les Génois, déçus et impatients, chargèrent la plus ravissante femme de la ville, Thomassine Spinola, mariée à un célèbre légiste, de froisser sa pudeur et de séduire le roi.

Elle reçut pour mission précise d'obtenir de Louis XII de nombreuses concessions dans l'intérêt de la seigneurie de Gênes , et toute une mise en scène fut organisée pour que l'entreprise réussît.

Laurent Catanéo, un des plus nobles les plus en vue du pays, fut chargé de placer le roi de France dans un état propice à l'amour. Pour y parvenir, il l'invita dans sa villa, où un spectacle des plus aphrodisiaques avait été préparé. Sous un portique de marbre, des femmes, "moult fraîches et blanches", parées avec toute la recherche lascive d'une coquetterie italienne, dansèrent en se dévêtant lentement.

Après une heure de ce divertissement, au cours duquel on ne servit que des boissons fort excitantes, Louis XII fut mis en présence de Thomassine Spinola.

Bien sûr, elle lui plut et il accepta de se promener avec elle sous les arbres. Toutefois l'amour qu'il avait pour sa petite Brette, comme il appelait Anne de Bretagne, l'empêcha d'entraîner la belle Génoise dans un fourré, ainsi qu'il eût fait quelques années auparavant.

De nouvelles rencontres furent habilement organisées les jours suivants, car les Génois étaient tenaces ; et il se passa la chose la plus burlesque que l'on puisse imaginer : c'est Thomassine qui tomba amoureuse de Louis XII...

Pâles, les yeux suppliants, elle vint demander la permission de devenir son Itendio, c'est-à-dire la dame de ses pensées, comme il était déjà pour elle son ami "par honneur".

Le roi accepta "cette accointance et intelligence aimable" et Thomassine, toute heureuse de se sentir "bien voulue du roi" se para des couleurs de la France et annonça à son mari "qu'elle ne voulait plus coucher avec lui"...

L'entreprise avait raté.


Et lorsque le roi, à quelques temps de là, quitta la vilel pour rentrer en France, les Génois, mortifiés jusqu'au fond de l'âme, virent Thomassine, en larmes, s'enfermer dans un couvent...

Elle y resta peu, d'ailleurs, car, trois ans plus tard, en 1505, le bruit du décès de Louis XII ayant couru en Italie, la belle mourut de douleur.

Touché, le roi de France envoya aux Génois quelques beaux vers destinés à orner le tombeau de Thomassine "en signe de continuelle souvenance et spectacle mémorable".


Ce qui dut bien faire plaisir aux Génois, lesquels ne décoléraient pas depuis 1502...

Anne de Bretagne, naturellement, connut tous les détails de cette platonique aventure ; et elle s'enorgueillit d'avoir fait, du plus frivole des princes français, un époux fidèle et un roi sage
...
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MARCO

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 25 Aoû - 22:40

Tu n'avais pas répondu à la question de J2 ... je l'ai fait !!

Suis poli moi !!
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Jean2

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 25 Aoû - 23:08

Merci mon vieux !!



Elle ne fait même pas attention à moi tu vois ..
'reusement que tu es là !
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 26 Aoû - 11:31

Pendant quelques années, Louis XII et Anne vécurent heureux. La Cour de France, il est vrai, n'avait pas été, depuis longtemps, un endroit aussi honnête.
La reine, nous apprend un auteur de l'époque :
"faisait venir en sa chambre toutes ses demoiselles et, après les avoir regardées l'une après l'autre, elle reprenait celle qui lui semblait faire contenance et maintien rustiques. Elle ne permettait pas qu'elles eussent aucun propos à des gentilshommes en secret et ne souffrait pas qu'on eût avec elles autre chose que de vertueux et honnêtes propos ; que si quelques-uns voulaient leur parler d'amour, il fallait que ce fût d'amour permis ; je dis d'amour chaste et pudique, tendant au mariage et que, en quelques mots seulement, cette volonté fût exprimée ... La sage princesse ne voulait pas que sa maison fût ouverte à de dangereuses personnes qui ne savent entretenir les dames que de propos obscènes et lascifs".

Aussi, la plupart des jolies demoiselles de la Cour s'empressaient-elles de quitter Blois pour aller s'installer dans des endroits plus gais.


Pourtant, un jour, la pudique souveraine faillit causer un scandale par ses verts propos. Involontairement, il faut le dire. Voici en quelles circonstances :

Anne, qui s'occupait des affaires diplomatiques lorsque le roi était trop absorbé par les guerres d'Italie, recevait elle-même les délégations étrangères qui se présentaient à la Cour. Et, pour faire plaisir aux ambassadeurs, elle n'omettait jamais d'apprendre par coeur un petit discours dans leur langue.
Elle chargeait généralement son chevalier d'honneur, le seigneur de Grignaux, prince de Chalais, qui connaissait l'allemand, l'anglais, l'espagnol, le suédois et l'italien, de lui enseigner ces quelques mots dont les délégués étrangers se trouvaient flattés.

Or, un jour, le chevalier eut l'idée d'une farce d'un goût douteux. Sachant que les ambassadeurs de Ferdinand d'Espagne étaient attendus à Blois, il n'enseigna à la reine que des mots espagnols extrêmement grossiers, "de petites salauderies", nous dit le chroniqueur qui rapporte cette anecdote. La reine Anne, sans rien soupçonner, bien entendu, apprit aussitôt ces énormes grivoiseries...

Fort heureusement, le seigneur de Grignaux était bavard. Il alla raconter sa plaisanterie au roi qui se divertit fort, mais prévint tout de même la reine.

Celle-ci ne pardonna jamais au prince de Chalais.


Pendant ce temps, à Amboise, Louise de Savoie vivait en compagnie du maréchal de Gié, le nouveau précepteur de son fils qui avait remplacé Jean de Saint-Gelais.
Les mauvaises langus prétendaient que le jeune maréchal était, comme son prédécesseur, l'amant de la jolie comtesse.
En réalité, il n'en était que follement amoureux.

Chaque soir, il faisait une tentative pour entrer dans la chambre de Louise ; chaque soir, elle le repoussait.

Finalement, rendu furieux par un désir brimé, il alla à la Cour de Blois raconter à qui voulait l'entendre que Louise de Savoie avait été lla maîtresse de Saint-Gelais et qu'elle voulait à toute force le violer, lui...

Cette histoire, on s'en doute, fit scandale. Anne de Bretagne, secouée par une espèce de crise de nerfs, se jeta à genoux et demanda à ses demoiselles d'honneur de prier pour que de telles turpitudes ne déclenchassent pas la colère divine contre le royaume de France.


Puis elle alla se coucher, malade.
Et l'on pense que cette émotion et sa contrariété, au moment des fiançailles de Claude avec François de Valois (qui avaient été conclues contre son gré) abrégèrent ses jours. Elle mourut à trente-huit ans, le 9 février 1514
...
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 26 Aoû - 19:33

UNE GALANTE IMPRUDENCE FAILLIT EMPÊCHER FRANCOIS Ier DE REGNER



Il étoit sensible au mérite des dames - Dreux du RADIER -




LOUIS XII eut un chagrin très vif de la mort de sa femme. Il pleura longuement. Puis se sentit seul.
Or, à ce moment, le comte de Longueville, alors prisonnier des Anglais, s'ingéniait à persuader Henri VIII, dont il était devenu l'ami, de conclure une alliance avec la France. Un soir, il lui dit :

- Sire, pourquoi ne feriez-vous pas épouser votre soeur Mary à mon souverain qui est veuf et triste ?
Nos deux pays seraient ainsi unis par de tendres liens.

Le roi anglais accepta, et le comte de Longueville mit le roi de France au courant de ses pourparlers.
En apprenant qu'on lui proposait une jeune fille de seize ans, blonde, gracieuse et spirituelle, Louis XII, qui allait avoir cinquante-quatre ans, sentit du feu parcourir ses veines.


Il répondit aussitôt qu'il était très heureux d'accepter l'offre qui lui était faite, et que c'était là un genre d'alliance qu'un roi de France était toujours disposé à conclure.

Quelques mois plus tard, Mary d'Angleterre débarquait à Calais, accompagnée d'une nombreuse suite de seigneurs, parmi lesquels se trouvait le jeune duc de Suffolk, son amant.

Représentant le roi de France, François de Valois était venu accueillir la future reine. En la voyant si jolie, il fut ébloui et en tomba immédiatement amoureux, ce qui n'arrangeait pas les choses déjà suffisamment compliquées.


Jusqu'à Abbeville, où les attendait Louis XII, le jeune duc d'Angoulême, qui avait juste vingt ans, charma la princesse par ses propos galants. Mais en arrivant dans la ville en fête, dont chaque maison était décorée de tapisseries et d'oriflammes, il fallut laisser la place au roi. Celui-ci, fort impatient de voir sa fiancée, "monta sur un grand cheval bayart, qui sautait, et avecques tous les gentilshommes et pensionnaires de sa maison, en moult noble estat, vint recevoir sa femme et la baisa tout à cheval. Et après ce, embrassa tous les princes d'Angleterre, et leur fist très bonne chère".
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 26 Aoû - 19:52

Les noces furent célébrées le 9 octobre 1514. Le même chroniqueur (Fleuranges) nous conte l'évènement de façon fort savoureuse :

"Le lendemain matin feurent les épousailles et ne feurent pas faites à l'église, mais en une belle et grande salle tendue de drap d'or où tout le monde pouvoit les veoir. Ils estoient le Roy et la Royne assis, et la Royne toute deschevelée avoit un chapeau sur son chef, le plus riche de la chrestienté, et ne porta point de couronne pour ce que la coutume est de n'en point porter, si elles ne sont couronnées et sacrées à Saint-Denis.
"Le Roy et la Royne espousés, toute l'asprès disner et sur le soir feust faicte la plus grande chère du monde.
"Et le lendemain le Roy disoit qu'il avoit faict merveilles... Toutefois, je crois ce qu'il en est, car il estoit bien malaisé de sa personne..."


Fleuranges avait tort de douter des forces du roi. Louis XII, amoureux de sa jeune épouse, avait réussi quelques brillants exploits dont la Cour put trouver les traces le lendemain sous les paupières royales. La nouvelle fit bientôt le tour de Paris et le menu peuple, toujours gentil, se tracassa à la pensée que le souverain allait peut-être commettre des excès dangereux pour sa santé.

- Ces jeunesses-là, disaient les commères, ça vous tue un homme.
- Prions pour notre bon roi !


Mais, tandis que les uns disaient des oraisons, d'autres riaient et se moquaient. Les escholiers, par exemple, faisaient des chansons satiriques sur le fait que "Louis XII voulait se montrer gentil compagnon avec sa femme, mais s'abusait, car il avait passé l'âge des folles prouesses"...
Et les basochiens disaient "que le roy d'Angleterre avoit envoyé une haquenée au roy de France pour le porter bientôt et plus doucement en enfer ou en paradis"...

Le roi, en effet, maigrissait à vue d'oeil... Les seize ans trop exigeants de Mary d'Angleterre l'épuisaient et le rendaient un peu plus faible chaque jour. Fort heureusement, la reine eut bientôt autour d'elle quelques jeunes gens tout disposés à lui prouver leur vigueur...

A ce jeu, l'un deux allait d'ailleurs, curieusement risquer sa couronne
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 26 Aoû - 20:09

A Paris, Louis XII et la jolie reine Mary d'Angleterre s'étaient installés aux Tournelles, ce château lugubre qui se trouvait sur l'emplacement actuel de la place des Vosges.

Ils y menaient une curieuse existence. Le matin, le roi, exténué par des efforts nocturnes qui n'avaient pas toujours abouti, se levait d'une jambe molle, faisait quelques pas dans le jardin, puis s'allait recoucher, avec des gestes grelottants de vieillard.

- Excusez-moi, douce amie, disait-il à Mary, je me sens las et vais rejoindre le lit. A tout à l'heure.
Alors la reine, fort énervée par les entreprises malheureuses de son époux, s'habillait en hâte, traversait d'un pas rapide tout le château et allait s'enfermer dans une chambre lointaine. Là, elle se déshabillait, se mettait au lit et attendait quelques instants, l'oeil brillant.

Par une petite porte qui donnait sur une galerie discrète et peu fréquentée, entrait bientôt un souriant jeune homme. C'était le duc de Suffolk. Dévêtu en un clin d'oeil, il allait rejoindre la reine et se livrait sur elle à de délicieuses voies de fait.


Pendant des semaines, personne, à la Cour, ne soupçonna ce manège. On remarquait bien la présence assidue de Suffolk auprès du couple royal, mais les mauvais esprits étaient dans l'impossibilité d'en tirer des conclusions, attendu que le roi d'Angleterre, qui connaissait la liaison de sa soeur, avait pris la précaution de nommer le jeune duc ambassadeur à Paris.

Mais un jour, un officier de la reine, nommé Grignaux, qui se promenait dans la galerie dont nous avons parlé, entendit des cris étranges qui venaient de la chambre où les amants se trouvaient pour lors "fort oublieux du monde". Très surpris, car il croyait cette pièce vide, il poussa la porte et entra.
Ce qu'il vit lui coupa le souffle, et il rougit si violemment que son visage, nous dit-on, "en resta coloré durant quelques jours".
Il est vrai que le spectacle qui s'offrait à lui était bien fait pour bouleverser un honnête homme.

Il se retira sur la pointe des pieds, sans avoir été vu, et regagna sa chambre, le feu aux joues, emportant, gravée dans sa mémoire, l'obsédante image de la reine entièrement nue...


Gêné par ce qu'il avait involontairement découvert, Grignaux se demanda longtemps où était son devoir. Finalement, il écrivit à Louise de Savoie pour la prévenir de ce qui se passait aux Tournelles.
Il savait que la mère de François de Valois ne pouvait rester indifférente à cette nouvelle.

En effet, au reçu de la lettre, Louise faillit se pâmer. Non que l'inconduite de la reine lui causât du chagrin, mais parce que le duc de Suffolk pouvait fort bien, dans un moment d'inattention, aider Louis XII à avoir un enfant. Or, si Mary donnait un dauphin à Louis XII, François de Valois cessait d'être héritier présomptif...


Affolée à cette idée, Louise sauta dans une litière et se fit conduire à Paris. Le voyage lui fut un calvaire.
Allait-elle, si près du but (le pauvre roi était bien mal en point), perdre la partie à cause de deux stupides amoureux anglais ? Elle en frémissait de colère.

- Un instant d'égarement et mon fils, mon César, ne serait pas roi
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 26 Aoû - 20:22

Depuis un an, elle vivait sous le régime de la douche écossaise. Après quinze années d'inquiétude, la mort d'Anne de Bretagne (qui ne laissait aucun enfant mâle à Louis XII) l'avait comblée de joie.
Hélas ! neuf mois plus tard, le roi s'était remarié avec Mary d'Angleterre et elle avait de nouveau tremblé. Puis la petite Anglaise avait épuisé le roi.
Aussitôt, Louise s'était remise à espérer... Et voilà que Mary se montrait si légère qu'on pouvait craindre maintenant la naissance d'un bâtard...

C'est avec les traits tirés par le souci et la fatigue que Louise de Savoie arriva aux Tournelles.
Elle ne fit qu'un bond dans les appartements de Suffolk. Elle se planta devant lui. Le jeune ambassadeur était en train de lire :


- J'espère ne point arriver trop tard, dit-elle.
Je connais vos relations avec la reine et viens vous mettre en garde, car votre attitude est fort imprudente. Vous n'ignorez pas qu'une reine convaincue d'adultère est condamnée à mort ainsi que son amant.
De plus, imaginez ce qui se passerait si vous donniez un enfant à la reine Mary. Dès la mort du roi, qui ne peut, hélas ! tarder, le gouvernement du royaume serait confié à un conseil de régence dont mon fils et moi ferions partie... Or le premier acte de cette assemblée serait de vous faire rappeler en Angleterre, où vous iriez vivre loin de la reine Mary... Pensez-y ! ...

Et, comme tous ces arguments ne paraissaient pas suffire à Suffolk, Louise de Savoie lui offrit, s'il voulait quitter la Cour, 50 000 livres de rente et une terre en Saintonge.

Le jeune homme était pratique. Il accepta, pensant, avec raison, qu'à la mort de Louis XII, il reprendrait avec Mary ses délectables habitudes.


Pour être tout à fait tranquille, Louise logea Suffolk chez l'avocat Jacques Dishomme, seigneur de Cernay, dont la jolie femme était à même de retenir momentanément son attention... Cette jeune et sémillante personne s'appelait Jeanne Le Coq. Louise la connaissait bien et savait à quoi s'en tenir sur sa vertu :
depuis deux ans, François, son "César" était en effet, l'amant de Jeanne
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 27 Aoû - 19:59

La reine Mary, en voyant s'éloigner d'elle son cher Suffolk, pensa qu'il était pris par quelque occupation et en fut chagrine. Puis, comme elle était d'un tempérament généreux, elle chercha un autre partenaire pour ses petits jeux du matin.
Or, parmi les jeunes gens qui se pressaient autour d'elle en soupirant, il en était un qui lui semblait plus beau, plus spirituel, plus élégant que les autres et avec qui elle pouvait se montrer fort affectueuse, sans faire jaser, puisqu'il était son beau-fils.

(Le jeune duc d'Angoulême avait, en effet, épousé Claude de France, fille de Louis XII, peu après la mort d'Anne de Bretagne, et Mary, bien que de trois ans plus jeune que lui, était sa belle-mère)

C'était François de Valois.


Elle se fit tendre et enjôleuse avec lui, l'attira dans sa chambre sous tous les prétextes, l'appela "son beau-fils", en mettant sur le mot "beau" une très douce inflexion de voix, le reçut dans des décolletés audacieux, s'étira comme une chatte et lui fit nettement comprendre qu'elle ne détestait pas qu'on lui manquât de respect. Alors, François, ensorcelé se jeta, si j'ose dire, aux pieds de Mary et faillit lui donner ce fils que Louise de Savoie redoutait tant de voir naître...

Mais écoutons Brantôme nous conter cette extraodinaire aventure. Après nous avoir dit que la reine était "éprise" de François et que "lui, la voyant, en fit de même", l'auteur des Dames Galantes poursuit :

"Si bien qu'il s'en fallut de peu que les deux fous ne s'assemblassent, sans feu M. de Grignaux. Luy, voyant que le mystère s'en alloit jouer, remontra à monsieur d'Angoulême la faute qu'il alloit faire et lui dit en se courrouçant :"Comment, Pâques-Dieu ! (car tel étoit son jurement) que voulez-vous faire ? Ne voyez-vous pas que cette femme, qui est fine et caute, vous veut attirer à elle afin que vous l'engrossiez ? Et, si elle vient à avoir un fils, vous voilà encore simple comte d'Angoulême, et jamais roi de France, comme vous espérez. Le roi, son mari, est vieux et ne lui peut faire d'enfant. Vous l'irez toucher, et vous vous approcherez si bien d'elle que vous, qui êtes jeune et chaud, elle de même, Pâques-Dieu, elle prendra comme à glu, elle fera un enfant et vous voilà bien. Après vous pourrez dire :"Adieu ! ma part du royaume de France !".


Et Brantôme ajoute :
"Cette reine vouloit bien pratiquer le proverbe qui dit :"Jamais femme habile ne mourut sans héritier" ; c'est-à-dire que si son mari ne lui en fait, elle s'aide d'un second pour lui en faire. M. d'Angoulême y songea de fait et protesta d'y être sage et s'en déporter ; mais tenté encore et retenté des caresses et mignardises de cette belle anglaise, s'y précipita plus que jamais.
Enfin, M. de Grignaux, voyant que ce jeune homme s'alloit perdre et continuoit ses amours, le dit à Mme d'Angoulême, sa mère, qui l'en réprima et tança si bien qu'il n'y retourna plus."

On imagine en effet l'effarement et la colère de Louise de Savoie en apprenant le comportement de son fils. Les yeux hors de la tête, elle courut lui dire ce qu'elle pensait de cette "coucherie imbécile" qui risquait de lui barrer à tout jamais le chemin du trône, et elle prit quelques mesures pour enrayer le danger. Sur son ordre, la baronne d'Aumont et Claude, propre femme de François, montèrent une garde constante auprès de Mary, le jour, lisant ou brodant avec elle, la nuit, partageant son lit...


A ce régime, la reine faillit tomber malade, la chasteté n'étant pas un état qui lui convenait ; quant à François, fort dépité, il essaya de trouver un dérivatif du côté de Jeanne Le Coq. Hélas ! quand il se présenta chez elle,, il la trouva couchée avec Suffolk.
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 27 Aoû - 20:28

Les dernières semaines de décembre 1514 furent épouvantables. A longueur de journée et de nuit, l'Ile-de-France tout entière était balayée par des tornades de neige qui déracinaient les arbres, arrachaient les toits et abattaient les clochers, cependant que les loups, poussés par la faim, se risquaient jusqu'aux portes de Paris.

Aux Tournelles, où des forêts entières brûlaient dans les cheminées sans parvenir à réchauffer les immenses salles, des ombres frileuses se tenaient à genoux devant un crucifix. Quand la bise voulait se taire une minute, on entendait des bribes de prières murmurées sur un ton lugubre :

- Mon Dieu, ayez pitié du roi... Daignez sauver la vie du roi... Gardez-nous notre gentil sire ...

Car dans une chambre, où les tentures se soulevaient, poussées par le vent qui se glissait en sifflant sous les portes, Louis le Douzième se mourait ...

Pour la Noël, il fit venir à son chevet François d'Angoulême, héritier de la couronne. Le jeune homme, qui était impatient de monter sur le trône, ne put réprimer un sourire de satisfaction à la vue du roi moribond.

Louis XII l'observait, les yeux mi-clos. En voyant ce sourire, il se posa une question qui troubla ses derniers jours.


Etait-ce pour le trône que François souriait ou pour Mary ? Car Louis savait que le jeune duc était amoureux de la reine, et il se demandait, avec des remords qui grandissaient à mesure que s'approchait la fin, si son lamentable exemple ne serait pas suivi par son successeur.

- Claude, ma petite Claude ! murmurait-il parfois.

Le destin de sa fille l'inquiétait. Un jour, il avait, en parlant de François : "Ce gros garçon va tout gâcher".
Maintenant, il pensait : "Pourvu qu'il ne lui gâche pas la vie. Pourvu qu'il ne la répudie point pour épouser la reine Mary..." et il songeait à la pauvre Jeanne de France qu'il avait autrefois rejetée, lui, pour épouser la pétulante et savoureuse Anne de Bretagne...


Tandis que le roi déclinait, les Parisiens, calfeutrés dans leurs maisons, commentaient l'évènement :

- Notre genil sire meurt d'avoir trop embrassé la reine, disaient certains.

- Il s'abusait... Il a voulu faire le gentil compagnon, avec sa femme. Ce n'était point l'homme pour ce faire.

- Songez, ma commère qu'à son âge, il menait la folle vie d'un jeune homme. Cette reine trop exubérante le faisait dîner à midi au lieu de neuf heures, souper à onze heures et coucher à plus de minuit, alors qu'il était habituellement au lit à six... Elle l'aura mené au tombeau.


(Fleurance. Mémoires. Ajoutons qu'on suivait alors à la lettre le régime recommandé par ces vers :

Lever à cinq, dîner à neuf
Souper à cinq, coucher à neuf
Fais vivre d'ans nonante et neuf.
)

C'était vrai. Louis XII mourait d'épuisement après avoir passé six mois avec sa trop jeune et trop ardent épouse.

Alors ceux qui l'aimaient vinrent s'installer à son chevet ; c'est ainsi que, le 31 décembre, il y avait aux Tournelles non seulement la reine, mais Longueville, La Trémoille, Guillaume Parvy, son confesseur, et la duchesse de Bourbon qui rêvait peut-être du temps où ce squelettique vieillard était le beau Louis d'Orléans dont elle avait été amoureuse...

Louis XII, grelottant dans son grand lit, délirait.
Aux remords concernant Jeanne, s'ajoutaient d'autres tourments, presque superstitieux
.

- Je dois bientôt mourir, disait-il. Il le faut. Devant le tombeau de ma chère Anne, j'ai promis qu'avant la fin de l'année je serais avec elle et lui tiendrais compagnie.

Enfin, le soir du Ier janvier, à dix heures exactement, alors que les rafales de vent et de neige faisaient claquer les volets, le roi expira.


Aussitôt, malgré la tempête, deux cavaliers quittèrent les Tournelles. L'un s'enfonça dans la nuit en direction de Romorantin pour apprendre à Louise de Savoie que son fils était roi, et l'autre se dirigea vers l'hôtel de Valois où François était en train de festoyer avec des amis.

A peine entré, le messager s'inclina :

- Le roi est mort ! Vive le roi !

Alors tous les jeunes gens présents poussèrent des cris de joie :

- Vive le roi ! Vive le roi François Ier !


Le nouveau roi sauta sur son cheval et se précipita aux Tournelles. Il était pâle. Bien qu'il touchât enfin au but tant désiré, sa joie n'était pas complète car, malgré les cris de ses amis, il n'étiat encore qu'héritier présomptif. Roi, il ne le serait que six semaines plus tard - si toutefois, pendant cette période, la reine Mary n'annonçait pas qu'elle était enceinte...

Et François connaissait suffisamment la jeune reine pour savoir qu'elle était fort capable, pendant qu'on pleurait son époux, de se faire faire un dauphin dans une chambre voisine par quelque garde obligeant
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 28 Aoû - 17:41

Le lendemain matin, à l'aube, Mary fut conduite à l'hôtel de Cluny, enfermée et surveillée. C'est là, selon la coutume, qu'elle devait passer ses quarante premiers jours de deuil ; car il était admis que toute grossesse déclarée pendant les six premières semaines qui suivaient la mort du roi pourvait être attribuée au défunt.

Louise de Savoie et François, méfiants, firent garder la reine Mary jour et nuit par Mme d'Aumont et Mme de Nevers. Fenêtres et volets de l'hôtel de Cluny furent fermés, et la malheureuse prisonnière, dont on craignait le tempérament chaleureux, vécut retranchée du monde dans une chambre éclairée de chandelles.
Elle crut devenir folle.


Pendant ce temps, François, qui ne pouvait se faire sacrer avant qu'on ne fût sûr de l'absence d'espérance de la reine, attendait - et, avec lui, toute la France et toutes les Cours d'Europe... La naissance d'un dauphin pouvait changer tant de choses, vouleverser tant de plans qu'à cette idée, Ludovic Sforza, Henri VIII d'Angleterre, Maximilien d'Autriche ne tenaient plus en place et faisaient dire des messes, tandis que Louise de Savoie, enfermée vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans sa chapelle, bourdonnait d'oraisons. Bref, de tous côtés des prières montaient vers le ciel, qui ne devait pas savoir où donner de la grâce.

Et voilà qu'un matin la pauvre duchesse d'Angoulême crut bien, une fois de plus, défaillir : on annonça que la reine Mary était enceinte.


Qui donc avait bien pu la mettre dans cet état ? Suffolk ? François ? Un des nombreux jeunes gens qui l'entouraient ? Un valet ?
En réalité, personne.


On allait apprendre, en effet, assez rapidement que la jeune veuve, désespérées à l'idée de n'être plus reine de France, avait imaginé toute une mise en scène avec l'espoir de devenir régente. Ecoutons Brantôme nous conter cette extravagante histoire :
"La reine, écrit-il faisoit courir le bruit, après la mort du roi, tous les jours, qu'elle étoit grosse ; si bien que, ne l'étant point dans le corps, on dit qu'elle s'enfloit par le dehors avec des linges peu à peu, et que, venant le terme, elle avoit un enfant supposé que devoit avoir une autre femme grosse et le produire dans le temps de l'accouchement. Mais Mme de Savoie, qui étoit une fine Savoisienne qui savoit ce que c'est de faire des enfants et qui voyoit qu'il y alloit trop de bon pour elle et pour son fils, la fit si bien éclairer et visiter par médecins et sages-femmes et par la vue et découverte de ses linges et drapeaux, qu'elle fut découverte et faillie dans son dessein, et point reine-mère."


Alors, François, malgré le règelement, se présentat à l'hôtel de Cluny et demanda à Mary s'il pouvait se faire sacrer roi.

La partie était cette fois bien perdue pour la jeune femme ; elle baissa la tête :

- Sire, je ne connais point d'autre roi que vous !

Quelques jours plus tard, le 25 janvier, François était à Reims.


Lorsque, au mois de février, il fit son entrée solennelle dans Paris, la quarantaine de Mary était terminée. Après les cérémonies habituelles, il se rendit auprès de la jeune veuve, qu'il continuait à désirer, et lui fit une offre extraodinaire :

- Cette couronne, madame, que vous venez de perdre, je vous propose de la ceindre de nouveau.

Ainsi, ce que Louis XII redoutait tant, la veille de sa mort, s'accomplissait. François était prêt à répudier Claude (qui était pourtant enceint) pour épouser celle que l'Histoire devait étiqueter sous le nom de Reine Galante.

Mais Mary aimait Suffolk. Quand elle s'entourait la taille de linges, c'était dans l'espoir d'être régente, certes, mais en compagnie de son amant.

Et quand elle essayait d'attirer François dans son lit, c'était uniquement pour lui demander de calmer momentanément des ardeurs auxquelles le valétudinaire Louis XII ne pouvait plus répondre...

"Fort ennuyée", ainsi qu'elle l'écrivit à son frère Henry quelques jours après, elle refusa donc de devenir la femme de François Ier.

- Vous ne m'en voudrez point, j'espère, si je me marie selon mon coeur.


Un mois plus tard, Mary épousait secrètement Suffolk. A cette occasion, le roi eut l'élégance de lui compter soixante mille écus de dot et de lui donner le douaire de Saintonge.

Devenue duchesse de Suffolk, Mary, qui avait préféré son amour au trône de France et dont François Ier disait avec tendresse qu'elle était "plus folle que reine", regagna finalement l'Angleteree, où elle mourut en 1534 à l'âge de trente-six ans
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 28 Aoû - 18:07

Mme DE CHATEAUBRIANT EST RESPONSABLE DU CAMP DU DRAP D'OR


L'amour du luxe conduit souvent les femmes à commettre des actes extravagants - Jacques DATIN -



LE 4 septembre 1505, en l'église de Saint-Jean-du-Doigt, près de Morlaix, la messe fut dite dans une atmosphère étrange. Réunis autour de la reine Anne de Bretagne, une cinquantaine de hauts barons et de vieux seigneurs, oubliant l'office, considéraient, l'oeil brillant, une petite fille de onze ans d'une remarquable beauté.

Les vieillards n'étaient d'ailleurs pas les seuls à être émus. A côté de la fillette se trouvait un jeune homme de dix-neuf ans, grand et athlétique, qui, lui aussi, semblait fortement troublé par la présence de sa voisine. Dix fois, vingt fois, pendant la messe, il contemplait avec amour le visage de cette enfant qui avait décidément un pouvoir de séduction peu compatible avec la sainteté du lieu...


Voici d'ailleurs comment nous la décrit un historien du temps :
"Quoiqu'elle sortît à peine de l'enfance, et qu'elle ne fust que sur sa douzième année, sa beauté estoit si achevée qu'elle enlevoit les coeurs. Une taille avantageuse et qui se perfectionnoit de jour en jour ; un air engageant mêlé de fierté et de douceur ; des cheveux noirs et en grande quantité qui relevoient la blancheur et l'éclat de son teint ; tout cela joint à un esprit aysé, juste, fin, de bon sens, qui commençoit à briller, la rendoit la plus rare et la plus belle personne de son siècle..."


A la fin de la messe, alors que les barons étaient de plus en plus congestionnés, la reine se leva, prit la main de la petite fille et celle du jeune homme, et s'avança vers l'autel.

- Mon père, dit-elle, je vous demande de bénir les fiançailles de ma cousine et demoiselle d'honneur Françoise de Foix et de messire Jean de Laval, seigneur de Châteaubriant.

Le prêtre dit une prière, plaça la main droite de Françoise dans la main droite de Jean et fit un signe de croix.

Alors les cloches se mirent à sonner et tout le monde sortit de l'église. Sous les regards envieux des vieillards, Jean de Laval, rayonnant de bonheur, donnait le bras à sa petite fiancée.


Il ne s'agissait pas, en effet, d'une union de convenances motivée par des soucis politique ; le seingeur de Châteaubriant étiat follement amoureux de cette enfant qui, à l'âge des poupées, allait devenir sa femme. Si amoureux même qu'il n'attendit point le mariage pour l'initier à toutes sortes de jeux dérivés de la main chaude - mais moins innocents -

Quelques jours après les fiançailles, en effet, Jean de Laval quitta la Cour et alla s'installer avec Françoise au manoir de Châteaubriant.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, cette vie impudique qu'ils menèrent pendant trois ans (le mariage ne fut célébré qu'en 1509) ne choqua personne, même pas la très prude Anne de Bretagne. Et lorsqu'en 1507, Françoise, âgée de treize ans, mit au monde une petite fille, elle fut comblée de cadeaux par la reine et félicitée chaleureusement par le clergé...


Françoise et Jean vécurent heureux en leur château pendant dix ans. Ils organisaient des bals et des fêtes champêtres qui se terminaient fort bien - ou fort mal, suivant l'humeur des invités - et auxquelles Brantôme fait allusion lorsqu'il écrit :
"On tenait grande cour d'amour et grand harroy de bouche en les lyeux les plus retirés des forêts
".
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 28 Aoû - 20:29

Françoise, naturellement, était la reine de ces divertissements galants. Lorsqu'elle eut vingt ans, sa gorge admirablement dessinée attira tous les connaisseurs et sa démarche ondulante provoqua chez ceux qui l'observaient toutes sortes de pensées dont les plus avouables eussent fait rougir un lansquenet.

De telles qualités ne pouvaient pas demeurer indéfiniment cachées en Bretagne. Un jour, quelqu'un parla de Mme de Châteaubriant à François Ier, qui dressa l'oreille et demanda à voir incontinent cette merveille.


A ce moment, le roi-chevalier, qui venait de remporter la victoire de Marignan (Aussitôt après son couronnement, François Ier avait réuni une armée pour reconquérir le Milanais. Mais ce n'était pas seulement par amour de la guerre ou pour arrondir son royaume. "S'il avait entrepris la conquête de Milan, c'était, nous dit en effet, Sauval, avec le secret espoir de gagner la signora Clérice, la belle Milanaise que Bonnivet lui avait vantée..."), ne songeait qu'au plaisir.

- Une Cour sans femme, disait-il, est une année sans printemps, un printemps sans roses.

Phrase poétique qui justifiait la présence au palais d'une espèce de harem composé de très jolies filles que François Ier appelait "sa petite bande".


Ces gracieuses personnes eurent d'ailleurs, sur le comportement des hommes politiques de leur temps, une influence extrêmement regrettable. Jouant de la prunelle, de la croupe et du "tétinet", comme dit Guillaume de Melun, elles se frayèrent un chemin vers le lit des plus austères conseillers du roi et, la tête sur l'oreiller, leur dictèrent des actes parfois extravagants.
"Au commencement, dit Mézeray, cela eut de fort bons effet, cet aimable sexe ayant amené à la Cour la politesse et la courtoisie, et donnant de vives pointes de générosité aux âmes bien faites. Mais les moeurs se corrompirent bientôt ; les charges, les bienfaits se distribuèrent à la fantaisie des femmes, et elles furent cause qu'il s'introduisit de très méchantes maximes dans le gouvernement..."


Naturellement, la plupart des demoiselles qui composaient la "petite bande" se faisaient "bricoler" par le roi, selon le joli mot d'un chroniqueur.
Deux ou trois, parfois davantage, étaient appelées chaque soir dans la chambre royale, où un page les déshabillait (les sexes vivaient à la cour dans la plus étrange promiscuité : des pages servaient de femmes de chambre aux princesses, et les seigneurs avaient à leur service de charmantes jeunes filles qui les aidaient à se dévêtir...).
Elles devaient s'attendre à passer une rude nuit blanche, car François Ier n'aimait pas rester inactif. Et il n'était pas rare que chacune des jouvencelles eût droit à plusieurs hommages, tant le roi était vif à renaître de ses cendres.
"Ce pourquoi, nous dit un historien du temps, ce n'est pas la salamandre qu'il eût dû choisir comme emblème, mais le phénix."
Il est vrai que, semblable à l'animal qu'il portait sur ses armes, le roi de France paraissait tout à fait à son aise dans le feu que ces dames avaient - comme on dit communément - quelque part...


Si à son aise que le grand écuyer de lui :
"Le maître, plus il va avant, plus se prend aux femmes, et aura perdu toute honte."
Aucune dame ne lui résistait. Il n'avait qu'à paraître, l'oeil brillant, la narine écarquillée et le torse avantageux, pour que les plus pudiques se pâmassent.


Il aurait essuyé pourtant un échec dans sa vie, à en croire certains chroniqueurs. Mais l'histoire qu'on n ous raconte paraît tellement invraisemblable que nous hésitons à y croire. La voici :

En 1516, lorsque François Ier entra dans Manosque, il fut accueilli par la fille du consul, une jolie brunette qui, toute rougissante, vint lui présenter les clés de la ville sur un coussin brodé d'or.
Le souverain la déshabilla d'un coup d'oeil et brusquement ses prunelles se mirent à lancer de tels éclairs que la pudeur de la jeune fille se trouva alarmée.

Après le repas, François Ier déclara au consul qu'il aimerait bien deviser quelques instants avec sa fille. La petite était derrière la porte. Prise de panique, car toutes les femmes d'Europe connaissaient le tempérament ardent du roi de France, elle courut dans sa chambre, résolue, nous assure-t-on à s'enlaidir pour "rebuter un tel galant"...
Elle aurait alors exposé son joli visage à des vapeurs de soufre et se serait défigurée à jamais...

On à peine à croire à une histoire pareille. Existe-t-il une jolie fille au monde capable d'un tel acte ?
Non. Et nous préférons croire que cette histoire a été inventée pour l'édification des jeunes Manosquaises
...

Mais si le roi de France ne connaissait pas de défaite en amour, il lui arrivait de rencontrer, à la Cour même des maris jaloux. Il savait alors justifier ce surnom de roi chevalier que l'Histoire lui a conservé. Voici que que nous conte en effet Brantôme :
"J'ai ouy parler que le roy François, une fois, voulut aller coucher avec une dame de sa cour qu'il aimoit. Il trouva son mary l'espée au poing pour l'aller tuer ; mais le roy luy porta la sienne à la gorge et luy commanda sur sa vie de ne luy faire nul mal, et que s'il luy faisoit la moindre chose du monde, qu'il le tueroit ou qu'il luy feroit trancher la teste ; et pour cette nuict, l'envoya dehors et prit sa place.
"Cette dame estoit bien heureuse d'avoir trouvé un si bon champion protecteur de son c..., car oncques depuis le mary ne luy osa sonner mot, mais lui laissa tout faire à sa guise !".


Et Brantôme ajoute, avec sa verdeur habituelle :
"J'ai ouy dire que non seulement cette dame, mais plusieurs autres obtinrent pareille sauvegarde du roy. Comme plusieurs font en guerre pour sauver leurs testes et mettent les armoiries du roy sur leurs portes, ainsi font ces femmes, celles de ces grands roys, au bord et au dedans de leur c... si bien que leurs marys ne leur osoyent dire mot qui, sans cela, les eussent passées au fil de l'épée..."


Cet adorable compagnie ne lui faisait toutefois pas oublier la reine Claude (âgée de seize ans), puisque celle-ci se trouvait pour lors enceinte de ses oeuvres.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 30 Aoû - 2:51

Jean de Laval fut sans doute un peu étonné lorsqu'il reçut du roi une lettre l'invitant à venir à la Cour avec sa femme. Méfiant et jaloux, il se demanda ce que pouvait bien cacher cette invitation inopinée et, pour gagner du temps, il répondit que Françoise était si farouche qu'il ne pouvait la décider à se rendre à la Cour.

Une seconde lettre arriva, plus pressante, qui jeta le trouble dans l'esprit du pauvre mari, lequel, connaissant la réputation du souverain, eut probablement le pressentiment de ce qui devait lui arriver.

Voulant lutter jusqu'au bout et retarder le plus possible la rencontre de Françoise et de François, il décida de partir seul pour Blois.


Son arrivée fut fêtée noblement ; mais le roi, que toute cette attente avait mis en appétit, se déclara fort déçu de ne point voir Mme de Châteaubriant ; Jean lui répondit alors que Françoise n'aimait que la solitude et qu'elle fuyait le monde.

- Il y a dix ans, sire, qu'elle vit avec moi dans notre vieux château et elle a perdu l'habitude de la Cour.
- C'est votre faute, répondit le roi en riant, on ne doit pas enfermer son épouse, surtout quand elle est ravissante. Pour vous racheter, il faut la décider à venir ici, où elle s'amursera et où sa beauté vous fera honneur.

Alors Jean de Laval fit semblant d'accepter.

- Je vais lui écrire.


Or, nous dit Antoine Varillas, Jean avait inventé "un expédient capable d'éviter les importunités du roi sans s'oster la liberté de mander sa femme quand il lui plairoit."
Voici en quoi consistait cet "expédient :" avant de quitter Châteaubriant, Jean avait fait faire deux bagues exactement semblables et en avait remis une à Françoise en lui disant :

- Si je vous demande de venir à Blois sans mettre dans ma lettre la bague que j'emporte, répondez poliment que vous êtes souffrante, même si mes paroles son pressantes...
La belle avait promis.

Jean écrivit donc une longue lettre qu'il fit lire au roi et l'envoya sans mettre la bague - bien entendu -.
Déjà François Ier se frottait les mains.

Mais, quelques jours plus tard, Françoise, docile, répondit qu'elle ne pouvait quitter son domaine.


Trois fois le manège se renouvela pour la plus grande irritation du roi, qui trouvait cette jolie femme un peu trop timide... Jean de Laval, au contraire, commençait à respirer et pensait qu'il pourrait retourner bientôt vers sa chère épouse avec son honneur sauf. Mais sa joie l'aveugla et il commit une étonnante imprudence.
Voulant sans doute faire apprécier son habile machination, il confia son secret à un valet de chambre. Cet orgueil le perdit. Le valet, qui connaissait -comme toute la Cour - les intentions du roi, alla, en effet, proposer à François Ier le moyen de faire venir sûrement Mme de Châteaubriant à Blois.

- Si tu me donnes ce moyen, dit le roi, cette bourse est à toi.

Le valet lui révèla le stratagème inventé par Jean de Laval.

- Voilà la bourse, dit François Ier. Tu auras la même si tu m'apportes la bague que M. de Châteaubriant cache dans son coffre personnel.


Le lendemain, le valet apportait la bague au roi, qui la fit copier rapidement par son orfèvre. Le soir même, cette copie était dans le coffre de Jean de Laval.

Au dîner, François fut plus gai que de coutume, il plaisanta, chanta une chanson de sa composition et organisa un concours d'histoires galantes. A minuit passé, toute la Cour riait encore.

- Comme j'aimerais que Mme de Châteaubriant fût des nôtres, di le roi à Jean. Je suis sûr qu'elle regrettera de n'être point venue ici, quand vous lui raconterez le bon temps que l'on prend à la Cour du roi de France. Voulez-vous, encor eune fois, essayer de la convaincre ?
- Bien sûr, dit hypocritement Jean de Laval.

Et, montant dans sa chambre, il rédigea une quatrième lettre, pensant bien qu'elle aurait le même effet que les autres.

- Donnez-moi votre lettre, dit le roi le lendemain, je vais la confier à l'un de mes courriers, elle arrivera plus vite.

Le fonctionnaire reçut le pli de Jean, quitta Blois au triple galop, s'arrêta au premier tournant pour ajouter au message la bague volée et arriva le soir à Châteaubriant.


En voyant le bijou, Françoise, toujours obéissante, prépara à la hâte ses affaires, monta dans une litière et se fit conduitre le plus rapidement possible à Blois, où ellle arriva sans que la fatigue du voyage eût terni le moins du monde sa beauté.

Son appararition fit l'effet d'une bombe. Jean de Laval faillit s'évanouir de rage, et toute la Cour fut dans un état de surexcitation extraordinaire en constatant que le roi avait gagné la partie.

Quant à François Ier, qui était venu accueillir Françoise à sa descente de litière, il fut ébloui.

"De la litière au lit, il n'y a qu'un pas", pensa-t-il.
Les choses n'allaient pas se faire aussi facilement ; car, si M. de Châteaubriant était jaloux, Mme de Châteaubriant, elle, était fort rusée
.
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 30 Aoû - 8:49

Pas mal, le coup de la bague, à malin, malin et demi Laughing
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 9 Sep - 20:03

Je reprends la Tome II. Je vais essayer de le terminer le plus vite possible, ainsi, je pourrai continuer la série, volume par volume.




Certains auteurs racontent que Jean de Laval, furieux de se voir jouer par François Ier, repartit chez lui sur-le-champ "de peur d'estre témoin de sa honte".
Et Varillas, laissant aller son imagination, ajoute même :
"La comtesse abandonnée par celui qui avoit le plus d'intérêt à la conservation de son honneur, fist ce qu'on devoit attendre d'une vertu qui n'avoit point encore esté éprouvée - c'est-à-dire qu'elle résista quelque temps et céda enfin aux assiduité du roi".

En réalité, François Ier n'acheva pas sa conquête aussi facilement que cet hostorien veut bien nous le dire. Il lui faudra trois ans de cour passionnée et de stratégie galante pour amener la belle Françoise dans son lit.


En homme habile, son premier soin fut d'amadouer le mari. Il lui donna tout d'abord le commandement d'une compagnie d'Ordonnance et ce cadeau fit le meilleur effet. Jean de Laval était fort jaloux certes mais plus ambitieux encore. Quand le roi lui eut dit :
"Ouvrez l'oeil sur vos hommes, vous êtes dès lors responsable de leur conduite", il comprit qu'il lui faudrait, en échange, fermer les yeux sur celle de sa femme.

Et, acceptant, pour le moment, le prix du glorieux privilège qui lui était accordé, il s'occupa fouguesement de la compagnie dont il avait reçu la charge.

Tranquillisé par cette attitude, le roi chercha à apprivoiser les frères de Mme de Châteaubriand, trois farouches Pyrénéens, peu décidés à laisser déshonorer leur soeur. Pour commencer, il "neutralisa" l'aîné, M. de Lautrec, en lui donnant le grouvernment de Milan, ce dont la belle fut heureuse. Le soir, après dîner, elle vint remercier le roi de prendre tant de soin de sa famille. L'espace d'une seconde, ses yeux violets se firent plus tendres en considérant François Ier, puis, pongeant soudain en une respectueuse révérence, elle prit congé et s'éloigna avec la reine Claude, dont elle était devenue la dame d'honneur.


Fort troublé et encouragé, le roi passa alors à l'attaque directe ; il envoya dès le lendemain à Françoise, par messager spécial, une superbe broderie.

La finaude savait depuis longtemps que François Ier était amoureux d'elle et la désirait. Elle lui adressa la lettre la plus hypocrite, la plus habile qui se puisse imaginer :


Au Roy, mon Souverain Seigneur, Sire, la libéralité qu'il vous a plu me despartir de la broderie que j'ai reçue par ce porteur, ne vous puis rendre grâces suffisantes, mais les plus très-humbles qu'l m'est possible les vous présente, avecque confiance de la perpétuelle servitude et obligation de messieurs de Lautrec, de Châteaubriand et mienne, de ceux de nos maisons présentes et avenir, des bien sreçus et de la bonne volonté que nous faites l'honneur m'écrire... De ma part, sire, ne puis que prier Celui qui donne les puissances leur donner l'heur de vous faire services agréables... Votre très-humble et très obéissante sujete et servante
.

FRANCOISE DE FOIX


En recevant cette lettre si claire pour un homme de son espèce, habitué aux ruses féminines, le roi comprit que Françoise avait déjà accepté d'être sa maîtresse...
Cette idée le rendit de fort bonne humeur et le plaça dans d'excellentes conditions morales pour entamer des conversations diplomatiques qu'il entendait mener personnellement avec les ambassadeurs du pape, du roi d'Espagne et de Henry VIII d'Angleterre.

Aimé de sa fmme, choisissant pour ses nuits les plus fraîches et les plus ardents demoiselles de sa "petite bande", allant parfois dans des bouges, au petit matin, chercher l'aventure avec quelques amis qui, comme lui, cachaient à demi leur visage sous un emplâtre, et sachant qu'il serait bientôt l'amant de la femme qu'il désirait le plus au monde, le roi de France était alors un homme comblé et heureux.


Aussi sa façon de recevoir les ambassadeurs avait-elle une grandeur peu commune. Détendu, spirituel, sûr de lui, François Ier menait ses affaires avec tant de maîtrise que tout le monde était subjugué, séduit.
Cette aimable et souveraine diplomatie eut d'excellents résultats puisque le roi se réconcilia avec le pape, s'unit par traité au roi d'Espagne, s'assura l'amitié des Suisses et des Vénitiens, et racheta Tournai au roi d'Angleterre...

Ce qui prouve, une fois de plus, que les chefs d'Etat qui sont heureux en amour peuvent, seuls, faire de grandes choses.


Mais il fallait tout de même que les pourparlers avec Françoise ne traînassent pas trop en longueur.
A l'exaltation du désir, François Ier aimait bien faire suivre sans tarder l'ivresse de la satisfaction. Il chercha alors à éloigner Jean de Laval qui, bien que fort occupé de sa compagnie d'Ordonnance, n'en était pas moins constamment à la Cour. Le roi ne manquait pas d'imagination. Pur renvoyer, sans en avoir l'air, M. de Châteaubriand dans son pays, il eut l'idée de demander à la Bretagne des impôts nouveaux et il pria Jean de Laval de faire accepter cette charge supplémentaire aux Bretons. C'était faire d'une pierre deux coups : éloigner l'importun et faire rentrer de l'argent dans les caisses du royaume qui se trouvaient régulièrement vidées par les fêtes et frasques royales...

Jean de Laval, ravi d'être chargé d'une telle mission qui prouvait en quelle estime il était tenu, partit sans méfiance et, paprès trois mois d'âpres discussions, parvint à faire admettre les prétentions du roi.

C'est ainsi qu'une province tout entière fut grevée d'impôts pour les beaux - les adorables - yeux de Mme de Châteaubriand...


Pendant l'absence de Jean, Françoise, qui avait fait obtenir des commandements à son mari et à ses frères, pensa enfin à elle et se montra gentille avec le roi.

François lui envoyait des poèmes qui'l composait la nuit dans le silence de sa chambre :


Assez de gens prennent leurs passe-temps
En divers cas et se tiennent contents
Mais toi seule es en mon endroit élue
Pour réconfort de coeur, corps et vue.


Elle lui répondait avec autant de grâce :

La grant douceur qu'est de ta bouche issue,
La belle main blanche qui a tissue
Une épître qu'il t'a plu m'envoyer
A fait mon coeur de joie larmoyer.
Il était jà (déjà) de ton amour épris,
Mais maintenant, il est saisi et pris,
Tant qu'il n'est plus possible qu'on efface
Ta grande beauté. - Que veux-tu que je fasse
?


Ce que désirait ardemment le roi, depuis trois ans semblait bien près de s'accomplir, et c'est avec "le coeur ouvert sur un avenir plaisant", comme le dit un chroniqueur, que François Ier emmena la Cour passer les fêtes de Noël à Cognac.

Il y avait dans les voitures qui descendaient vers le sud par Châtellerault et Ruffec tous ceux qu'il aimait d'amours différentes :
Claude, sa femme, Mme de Châteaubriand, son désir, Marguerite de Valois, sa soeur, l'amiral Gouffier de Bonnivet, son favori, et les plus gracieuses demoiselles du val de Loire, sa "petite bande".
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 10 Sep - 19:34

Cette Cour, qui s'efforçait d'imiter en tout le jeune souverain, était devenue, d'après certains témoins, "un véritable lupanar".
On s'y mettait "main à fesse" avec une santé qui eût surpris un psychanalyste.

François Ier aimait beaucoup cette franchise ; aussi se méfiait-il des gens vertueux, qu'il traitait gaiement d'hypocrites... Son ironie était à ce point cruelle à l'égard de ceux qu'il savait chastes, que certains courtisans, pudibonds par nature, se donnaient le mal de paraître paillards pour lui plaire.


"A ce moment, en effet, nous dit Sauval, étoit-on sans maîtresse, c'étoit mal faire sa cour ; pas un n'en avoit que le roi ne voulût en savoir le nom, s'obligeoit même de parler pour eux, de les faire valoir auprès d'elles par sa recommandation et de les y servir en toutes rencontres. Enfin, rencontroit-il telles personnes ensemble, il falloit qu'il sçut les propos qu'elles tenoient et quand ils ne lui sembloient pas assez galants, il leur apprenoit de quelle façon ils devoient s'entretenir..."

Disons-le tout de suite, ceux qui avaient besoin de leçons à la Cour étaient rares, et la plupart savaient fort bien se comporter avec les dames.


L'amiral de Bonnivet en particulier était de ceux-là.
Jeune, gai, séduisant, il avait fait de son lit un endroit où toutes les jolies femmes de sa connaissance devaient un jour ou l'autre oublier leur pudeur ; c'est pourquoi, d'ailleurs, François Ier le tenait pour un homme de bien et lui avait donné son amitié.

Or Bonnivet, depuis longtemps, était amoureux de Marguerite de Valois, la jolie et spirituelle soeur du roi, et il avait préparé un plan qui devait lui permettre de profiter du voyage à Cognac pour arriver à ses fins.

La Cour devait s'arrêter pendant quelques jours dans le château qu'il possédait près de Châtellerault. C'est là qu'il espérait faire succomber par la ruse, voire par la violence, cette irréprochable épouse dont il n'avait pu, jusqu'alors, que baiser les doigts.
Et encore, par surprise.
Car Marguerite, qui était d'une pudeur étonnante pour son époque, refusait avec une obstination que d'aucuns trouvaient insolite, de tromper son mari.


Aussi, voulant mettre tous les atouts de son côté, l'amiral avait-il fait aménager dans la chambre qu'il lui destinait une petite trappe, dissimulée sous un tapis, qui permettait de s'introduire sans bruit auprès du lit et de provoquer un effet de surprise dont il ne restait plus qu'à savoir profiter...

Et un soir, alors que toutle monde dormait, Bonnivet, en vêtements de nuit, utilisa son stratagème et parvint à se glisser dans le lit de Marguerite sans éveiller celle-ci.
Retenant son souffle, il attendit quelques instants, puis commença une sournoise manoeuvre d'enveloppement destinée à le placer sinon dans le coeur de la place, du moins aux portes mêmes...

Rampant sur le drap, il gagna lentement du terrain et se trouva bientôt à deux doigts de Marguerite, au point que leurs visages se touchaient presque et que "le souffe de la belle endormie agitait doucement la moustache du conquérant"...

L'instant était critique. Il fallait, avant même de l'éveiller, placer la jeune femme dans une situation qui lui permît de se laisser vaincre sans avoir l'impression de se donner. Ainsi pourrait-elle mettre, plus tard, sa faiblesse sur le compte de l'inévitable...

Brusquement, l'amiral se précipita sur sa proie et, d'une manoeuvre précise, parvint à poser en même temps sa bouche sur celle de Marguerite, sa main gauche sur son sein droit et sa main droite "assez haut sous la robe de nuit"...

Le résultat ne fut pas du tout celui qu'il escomptait.

Aussitôt réveillée par ce triple outrage, Marguerite poussa un cri et se débattit furieusement à coups de pieds, à coups d'ongles et à coups de dents, tout en appelant au secours.

Affolé, l'amiral tenta de la couvrir d'un drap pour étouffer sa voix ; mais la soeur du roi se dégagea.
Alors, pour éviter dd'être reconnu par les dames d'honneur qui accouraient déjà, flambeau à la main, il se laissa glisser du lit et, mordu, meurtri, la chemise en lambeaux, le visage en sang, disparut dans la trappe...


Marguerite devina bien quel avait été son agresseur, d'autant plus que l'amiral garda la chambre pendant quelques jours ; mais elle ne parla pas de l'aventure au roi.

Vengée à la pensée de la mine piteuse que devait faire l'amiral avec ses coups de griffe sur le nez, elle jugea inutile de faire éclater un scandale et d'attirer sur le malheureux la colère royale. (Elle se contenta de conter avec beaucoup d'humour, cette aventure dans son Heptaméron)

Elle savait, en effet, que François Ier n'admettait pas qu'on forçât une femme. Pointilleux sur le chapitre de la galanterie, il interdisait le viol, considérant, avec une délicatesse qui confinait au vice, que la plus grande partie du plaisir en amour était d'amener une femme à "oublier sa pudeur"...

Il observait d'ailleurs lui-même ce principe, et c'est pourquoi la cour qu'il faisait à Mme de Châteaubriant durait si longtemps... Loin de songer à traîner Françoise dans son lit, il était prêt à tout entreprendre pour qu'elle lui dédât volontairement.
Or on était en 1519.


Le 11 janvier, Maximilien d'Autriche mourut subitement, laissant vacant le trône impérial. Aussitôt, François Ier fit acte de candidature contre Henry VIII (qui d'ailleurs se retira bientôt) et contre Charles, le nouveau roi d'Espagne.

Pendant des semaines, il rêva de cette couronne qui pouvait lui permettre de relever l'empire de Charlemagne, d'être maître du monde, et aussi d'éblouir la belle Mme de Châteaubriant.
Comment pourrait-elle encore refuser de se donner au plus beau, au plus puissant, au plus jeune souverain de la terre ?

Hélas ! Charles d'Espagne fut élu sous le nom de Charles-Quint, et François Ier vit s'écrouler son rêve.

Mme de Châteaubriant connaissait les espoirs du roi ; lorsqu'elle apprit les résultats de l'élection, elle vint très gentiment, très tendrement, se blottir dans les bras de son "cher sire bien-aimé" dont elle devinait l'amertume.

Deux heures plus tard, dans une chambre du château d'Amboise, François Ier, s'il n'était pas empereur, était du moins, le plus heureux des hommes
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 10 Sep - 20:12

Demain, je vous mettrai plus de textes. En semaine, mes journées sont longues en ce moment, et le soir suis un peu fatiguée.......... Very Happy ...... Wink
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 11 Sep - 17:31

La victoire du roi fut bientôt connue de tout Fontainebleau où il résidait alors. Si le menu peuple, dont on connaît le grand coeur, se réjouit candidement à la pensée du plaisir que devait prendre son souverain avec une aussi belle dame, bien des gens se sentirent indisposés par un très violent accès de jalousie. Les hommes du palais envièrent furieusement le roi, et les jolies demoiselles de la "petite bande" regardèrent avec haine cette femme qui venait de les évincer toutes et de prendre le titre de favorite que chacune enviait en secret depuis longtemps.

Et la reine ? La douce reine Claude comprit tout de suite qu'elle avait cette fois une vraie rivale ; mais elle ne manifesta aucune amertume, ne fit aucun esclandre, trouvant plus sage de demeurer au contraire souriante, aimable et amoureuse comme par le passé.
Cette attitude plut au roi. Il avait, en effet, horreur de ces scènes de ménage qui rendent l'adultère si fatigant...
Reconnaissant, il chercha un moyen de prouver à Claude sa satisfaction. Après avoir hésité entre divers cadeaux, il pensa finalement que rien ne ferait plus plaisir à cette brave femme qu'un enfant. Il alla donc la retrouver dans sa chambre et fit consciencieusement le nécessaire pour qu'elle en eût un.
Neuf mois plus tard, Claude, encore dans le ravissement, mettait au monde la princesse Madeleine...


Devenue maîtresse en titre, Mme de Châteaubriant suivit François Ier dans ses voyages. On la vit dans toutes les villes de France où la Cour, en perpétuel déplacement, s'installait au gré de la fantaisie royale.

Mais en 1520, lorsque François Ier, qui rêvait d'opposer un bloc franco-anglais à l'empire de Charles-Quint , annonça qu'il allait rencontrer solennellement Henry VIII d'Angleterre entre Guines et Ardres-en-Artois, la Cour se demanda si le roi emmènerait sa favorite.

Tandis que les charpentiers, menuisiers, drapiers, tailleurs, orfèvres travaillaient fiévreusement à la préparation du camp où devait avoir lieu l'entrevue, seigneurs et dames de qualité ne s'entretenaient que de Mme de Châteaubriant.

Les uns soutenaient que dans de telles circonstances le roi de France ne pouvait se faire accompagner d'une concubien. D'autres rappelaient que le roi Henri VIII était un grand amateur de femmes et que la présence d'une favorite ne pouvait le choquer. D'autres, enfin, allaient même jusqu'à dire que l'Anglais ne pourrait que se montrer flatté d'être reçu ainsi comme un ami intime à qui l'on ne cache rien de ses frasques.


C'est probablement ce que pensa François Ier, puisque, par un matin de juin, il quitta Paris pour l'Artois, emmenant dans deux litières somptueusement décorées, d'une part, la reine et d'autre part, la belle Françoise, heureuse et amusée del'aventure...

Après quatre jours de voyage, le cortège royal arriva dans une plaine où se dressaient trois cents tentes en drap d'or et d'argent. Un camp extraordinaire avait été installé là. De véritables palais de toile formaient une ville de rêve qui semblait surgie subitement du sol.

Entre ces légers édifices, paradaient des seigneurs français qui, pour éblouir Henry VIII, s'étaient vêtus si richement qu'un chroniqueur nous dit qu'ils portaient "leurs moulins, leurs forêts et leurs prés sur leurs épaules".


De son côté, le roi d'Angleterre, qui était accompagné de cinq mille hommes et de trois mille chevaux, avait fait édifier à la hâte, par des maçons, une construction légère qui, habilement recouverte de gigantesques panneaux en toile peinte, donnait l'illusion d'être un magnifique château...

Sous le soleil de juin, les tentes cousues de fils d'or surmontées d'oriflammes écarlates constituaient un spectacle éblouissant qui ravit le roi, la reine et la favorite.

Cette dernière, surtout, ne se tenait pas de joie, car ce camp, digne de personnages mythologiques, était son oeuvre. C'était elle qui avait voulu que son bel amant montrât sa force, sa puissance et sa richesse en déployant un luxe propre à rendre jaloux tous les souverains de la terrre.


Bien entendu, le trésor de l'Etat avait été mis à sec par ce faste ; mais personne ne songeait à critiquer la favorite, car tout le monde pensait bien que Henry VIII d'Angleterre, ébahi, n'hésiterait pas une seconde à s'allier à un roi capable d'organiser d'aussi coûteuses rencontres...

L'instant de la première entrevue arriva. François Ier, vêtu de blanc, ceinturé et chaussé d'or, le chef couvert d'une toque empanachée, salua Henry, qui portait un pourpoint cramoisi et des bijoux de la tête aux pieds. Les deux souverains s'embrassèrent sur la bouche comme le bon ton le voulait alors.

Ils y mirent d'ailleurs une telle fougue que le cheval du roi d'Angleterre, effrayé fit un écart en arrière
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 11 Sep - 18:03

Une tente plus haute que les autres avait été prévue pour les compliments d'usage. Elle était ornée de tapisseries, de riches étoffes et de pierreries.

François, Henry, la reine Claude, Louise de Savoie et Mme de Châteaubriant y pénétrèrent avec deux seigneurs britanniques et deux seigneurs français.
A peine entrés, les deux rois s'embrassèrent de nouveau ; puis Henry, ayant salué les dames qui entouraient François, parut enchanté de voir la favorite dont on lui avait tant parlé à Londres.

François vit son regard s'allumer et fut heureux d'éblouir son rival en lui montrant non seulement des richesses incomparables, mais encore sa ravissante maîtresse.


Un peu démonté par tant de magnificence, le roi d'Angleterre retira de sa poche un petit discours qu'il avait préparé ; mais il en changea certains termes pour ne point blesser François, et peut-être aussi Françoise qui semblait si fière de son amant. Ecouton Fleurange, qui était au Camp du Drap d'Or, nous conter la scène :

"Il commença à parler de lui et y avoit "je, Henry, roi... ...(il vouloit dire de France et d'Angleterre), mais il laissa le titre de France et dict au roy : "Je ne le mettray point puisque vous estes ici, car je mentirais". Et dict : "Je, Henry, roy d'Angleterre". - Depuis 1431, les rois d'Angleterre ajoutaient à leur titre celui de "roi de France" -


Pendant plusieurs jours, malgré ces démonstrations d'amitié, Anglais et Français vécurent sur le qui-vive.
Les escortes qui accompagnaient les souverains dans leurs déplacements devaient avoir le même nombre d'hommes, les distances qu'elles avaient à parcourir étaient mesurées pas à pas. Fleurange donne d'ailleurs une idée de la confiance qui régnait dans le camp lorsqu'il raconte qu'un soir Henry VIII, ayant été convié à la table de la reine Claude, il fut décidé que François Ier irait dîner avec la reine d'Angleterre, et le chroniqueur conclut : "Ainsi, ils étoient chacun en ostage l'un pour l'autre".

Rapidement, ces précautions lassèrent François Ier et, un jour, il se leva à l'aube, prit deux gentilshommes et un page, jeta sur ses épaules une cape espagnole et galopa en directin du château de Guines, où résidait Henry. Arrivé devant la herse, ilse fit reconnaître des sentinelles effarées et demanda où était le roi d'Angleterre, son frère.

Tremblants d'émotion, et croyant à un coup de force, les archers répondirent que Henry dormait encore.

- Où est sa chambre ?

Un garde lui indiqua l'appartement privé du souverain, et François s'en alla, seul, à travers des couloirs interminables, jusqu'à une salle d'où s'échappait un énorme ronflement.

Là, dans un grand lit, Henry VIII dormait avec un air confiant. François le considéra un moment en souriant, puis il le tira doucement par la manche de son vêtement de nuit. Henry s'éveilla et eut un moment d'épouvante en reconnaissant le roi de France.
Se dressant dans son lit, il chercha des yeux une épée, mais l'attitude de François le rassura bientôt, et il soupira :

- Mon frère, vous m'avez fait meilleur tour que jamais homme fit à l'autre et me montrez la grande confiance que je dois avoir en vous ; et de moi, je me rends votre prisionnier dès cette heure et vous baille ma foi.

Et pour montrer qu'il savait comprendre la plaisanterie, il défit de son cou un collier d'une valeur de quinze mille angelots et l'offrit à François Ier.
Mais le roi de France, conseillé par Mme de Châteaubriant, avait tout prévu, même ce geste, et il tira de sa poche un bracelet qui valait plus de trente mille angelots.

- Il est à vous, mon frère. C'est pour vous l'offrir que je suis venu ce matin.

Henry VIII, une fois de plus, était dépassé par la générosité de François.


Hélas ! tout ce déploiement de richesses ne devait être d'aucune utilité.
Au contraire
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 11 Sep - 20:30


UNE BATAILLE DE FEMMES NOUS FAIT PERDRE MILAN



Quand vous laissez deux femmes ensemble, il est bien rare qu'elles ne provoquent pas une catastrophe... - J.J. ROUSSEAU -




QUAND François Ier et Henry VIII en eurent assez de jouer à la paume, d'échanger leurs vêtements ou de lutter ensemble à mains plates, ils décidèrent de se quitter.
Ce qui réjouit fort les personnes prudes qui se trouvaient là par la nécessité du devoir, car le Camp du Drap d'Or était en train de devenir un très mauvais lieu. Toutes les demoiselles d'honneur de Louise de Savoie et de la reine Claude avaient, en effet, pris l'habitude, à la nuit tombée, de retrouver les seigneurs britanniques "sous les buissons hospitaliers", cependant que, dans un autre coin de la prairie, les dames anglaises venaient s'allonger sur le trèfle en compagnie de capitaines français.

Et à longueur de nuit, tandis que le vent du large faisait frissonner les jupes haut retroussées et les corsages largement délacés, des centaines de petits pactes franco-anglais étaient ainsi conclus dans l'herbe de l'été.


Le 24 juin 1520, après dix-sept jours de cette vie extraodinaire, les deux souverains se dirent adieu.
Et François Ier, accompagné de Mme de Châteaubriant, se dirigea au petit trot vers Amboise. Persuadés que le roi anglais s'en retournait chez lui émerveillé et prêt à conclure une alliance avec le "très riche royaume françois", ils avaient cet air satisfait, ironique et un tantinet méprisant des gens qui viennent d'épater leurs invités en leur servant le caviar dans des soupières.

Or cette magnificence, ce faste, cette générosité avaient eu un effet déplorable sur Henry VIII. Blessé dans son amour-propre, le roi d'Angleterre ne décolérait pas depuis le départ de François. IL rudoyait les membres de sa suite, les marins qui attendaient le vent favorable pour traverser la Manche, et jusqu'aux maîtresses qui peuplaient son lit. Les malheureuses qui avaient espéré être à l'honneur en venant au Camp du Drap d'Or, n'étaient plus qu'à la peine.
D'un coup de poing, elles se trouvaient allongées sur le tapis et fort brutalement conduites au bonheur.
Certaines furent grièvement blessées "pendant le déduit" et même, nous dit un chroniqueur, "privées de l'usage de leur écrevisse, pour de nombreuses semaines.
C'était, en effet, avec une espèce de rage que le roi Henry prenait son plaisir...


C'est à ce moment que le nouvel empereur Charles-Quint vint à Gravelines rendre visite au roi d'Angleterre. Charles était malin. Il arriva en petit appareil, mal vêtu, l'air humble, comme un client.
Cette attitude plut beaucoup à Henry VIII. Elle lui fit oublier l'humiliation qu'il avait subie dans la plaine d'Ardre, et il en sut gré à Charles-Quint.
Trois jours plus tard, une alliance était conclue entre les deux souverains.

Lorsqu'il apprit cette nouvelle, François Ier fut un moment agacé. Puis il alla oublier les soucis de la politique dans une chambre admirablement agencée pour l'amour, où Françoise aimait à l'attendre aux environs de quatre heures du soir.

C'était leur petit goûter.


Si François Ier et Mme de Châteaubriant oublièrent philosophiquement l'échec du Camp du Drap d'Or, Louise de Savoie ne prit pas aussi bien la chose.
Sachant que cet étalage de luxe inutile avait vidé les caisses de l'Etat et que la France s'était, en somme, ruinée pour rien, sa haine pour la favorite, qu'elle tenait pour responsable de ces folles dépenses, s'en trouva accrue.


Depuis longtemps, elle cherchait à séparer de son fils cette femme qu'elle jalousait comme une rivale.
Cette fois, elel pensa qu'il était grand temps d'agir ; mais, connaissant le caractère de François, il lui sembla inutile d'attaquer franchement la favorite.
Elle préféra utiliser les moyens sournois et essaya, tout d'abord, de perdre Françoise dans l'esprit du roi en l'accusant d'être devenur la maîtresse de l'amiral Bonnivet.
Ce qui était vrai, d'ailleurs. En effet, depuis quelque temps l'amiral ayant ajouté la favorite sur la liste de ses conquêtes, faisait cocu son bon ami le roi. Liaison fort périlleuse qui le conduisit à se trouver dans une humiliante situation ainsi que nous le conte plaisamment Brantôme.


Un soir que Mme de Châteaubriant recevait dans son lit le galant amiral, François Ier vint frapper à sa porte.
Affolée, la favorite cria :

- Un petit moment, je vous prie !

Car elle n'osa pas dire le mot des courtisanes de Rome : Non si puô, la signora à accompagnata (Impossible, la dame est accompagnée. "Aujourd'hui, à Pigalle, on dit qu'elle est "en lecture"... )


Alors, raconte Brantôme :

"Ce fut à s'aviser là où son amant se cacheroit pour plus grande sécurité. Par bonheur, c'estoit en été, et l'on avoit mis des branches et feuilles en la cheminée ainsi qu'il est de coutume en France. Par quoy luy conseilla et l'avisa aussitôt de se jeter dansla cheminée, et se cacher dans ces feuillards tout en chemise, que bien le servit de quoy ce n'estoit en hiver.
"Après que le roy eut fait sa besogne avec la dame, voulut faire de l'eau ; et se levant, la vint faire dans la cheminée, par faute d'autre commodité ; dont il en eut si grande envie qu'il en arrosa le pauvre amoureux plus que si on luy eût jeté un seau d'eau, car il l'en arrosa en forme de chantefleur de jardin, de tous côtés, voire et sur le visage, par les yeux, par le nez, la bouche et partout ; possible en échappa-t-il quelques gouttes dans la gueule.
"Je vous laisse à penser en quelle peine estoit le gentilhomme, car il n'osoit se remuer et quelle patience et constance, tout ensemble ! Le roy, ayant fait, s'en alla, prit congé de la dame et sortit de la chambre.
La dame fit fermer par derrière et appela son serviteur dans son lit, l'échauffa de son feu, luy fit prendre chemise blanche ! Ce ne fut pas sans rire, après la grande appréhension : car s'il eût été découvert, et luy et elle estoient en très grand danger
."
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