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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET

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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 20 Avr - 10:27

Depuis Clotilde jusqu'à certaines égéries de la quatrième République (et même de la cinquième), on peut dire que les femmes n'ont pas cessé d'exercer une grande influence sur le cours de l'Histoire.
Or qui dit les femmes dit l'amour, bien entendu,c ar elles ne règnent que par le désir qu'elles inspirent.

Pour leur plaire, pour obtenir ce petit "oui" avec lequel elles se font parfois un grand nom, des hommes d'Etat ont déclaré des guerres, soulevé des peuples, exécuté des prisonniers, voté des lois absurdes, renversé des ministères, interdit des religions...

L'amour mène le monde, il y a longtemps qu'on le dit, et personne ne conteste que la sexualité soit le facteur déterminant de la plupart des actions humaines.
Il n'est donc pas étonnant qu'elle soit à l'origine des principaux événements qui changent les destinées d'un pays.

Toutefois, la majorité des historiens, paralysés par une étrange pudibonderie, semblent hésiter à l'écrire...

C'est pourquoi il m'a semblé utile de mettre enfin les choses au point.

Dans le tome I de cet ouvrage, j'ai montré le rôle des reines et des favorites au cours du premier millénaire de notre histoire, de Clovis à Charles VII - ou pour mieux dire de Clotilde à Agnès Sorel. Et l'on a pu constater que tout ce qui avait été fait d'important pendant cette période capitale dans la formation de notre pays, était dû aux femmes...

Le présent tome est entièrement consacré aux derniers Valois, de Louis XI à Henri III.

Les représentants de cette deuxième race, on le sait, furent très portés sur les jeux d'alcôve. L'amour tint dans leur vie une place considérable, au point qu'on a pu dire que c'est au lit qu'ils exerçaient leur principale activité...

Ils adoraient les fêtes, le faste, les riches parures, les danses, les jeux et, lorsqu'ils s'occupaient de politique, c'était généralement pour les beaux yeux d'une dame.

Cette joie de vivre les poussait quelquefois à commettre des actes qui choquent notre pudeur moderne.
Personne alors ne s'en scandalisait. Il est vrai que, suivant le joli mot d'un auteur du XVIè siècle, "la pruderie n'était pas du temps".
Ce qui arrangeait bien les choses
...
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 20 Avr - 10:49

UN PAILLARD INCONNU : LOUIS XI



Le seul roi de France qui ne se laissa pas mener par les femmes eut pourtant deux épouses et dix maîtresses. - Francis PAVELLE -



EN 1437, par une belle nuit de juin, la petite cité de Château-Landon, en Gâtinais, fut encerclée sans bruit par une curieuse armée dont le chef était un garçonnet de quatorze an.

Il s'agissait du dauphin de France, le futur Louis XI, qui, sans rien dire à son père, avait résolu de chasser la garnison anglaise réfugiée dans la ville.

Quand le jour parut, le jeune homme grimpa sur un tas de pierres et cria :

- Rendez-vous !

Les capitaines ennemis se penchèrent aux créneaux et furent très étonnés de voir un enfant diriger l'armée française. Perdant leur flegme, ils donnèrent des ordres incohérents qui eurent pour résultat de créer une grande confusion et de faire courir leurs archers en tous sens "comme petits pois dans un pot"...
Affolement dont Louis profita pour placer ses échelles, atteindre le chemin de ronde et entrer dans la place avec ses hommes.
Aussitôt, les Français, que ce succès rapide avait un peu grisés, attaquèrent les Anglais avec une joyeuse sauvagerie.

Un combat de rues s'ensuivit au cours duquel plus de cinq cents goddons eurent l'honneur d'avoir le ventre ouvert sous le beau ciel de France, et la garnison anglaise capitula.


Cette victoire remplit le dauphin d'un bel orgueil et, voulant jouer jusqu'au bout son rôle de capitaine, il convia ses officiers à un grand repas servi dans le jardin du château.

Au dessert, il se leva :

- Maintenant, mes amis, je vous réserve une surprise, dit-il en souriant.

Et les invités virent arriver tous les Anglais survivants, encadrés par des gardes. Louis fit alors venir près de lui cinq colosses armés de casse-têtes, qui se tenaient un peu à l'écart, et les pria de bien vouloir massacrer les prisonniers.


Au début, cette attraction plut beaucoup. Puis l'attention se relâcha : il y avait trop d'Anglais et les bourreaux, de petites gens, manquaient d'imagination. Incapables d'improviser, ils répétaient les mêmes gestes de façon stupide et fastidieuse.
Les masses faisaient éclater les crânes, les cervelles jaillissaient, leur sang coulait : c'était toujours le même spectacle.
Au bout d'un moment, la plupart des convives, alourdis par la digestion, s'endormirent sans attendre la fin de la tuerie.

Seul le dauphin garda l'oeil vif jusqu'au bout.


Pourtant, quand le dernier prisonnier eut été assommé, il abandonna ses invités, monta sur un cheval et fila vers Gien où se trouvaient, pour l'heure, son père, le roi Charles VII, sa mère, la reine Marie d'Anjou et la jeune Marguerite d'Ecosse, âgée de dix ans, qu'il avait épousée un an auparavant.

Le coeur joyeux, c'est à elle qu'il pensait tandis que son cheval galopait vers la Loire ; car de cette fillette, qu'il n'avait vue que pendant les quelques instants de la cérémonie du mariage, il avait soudain envie de faire une femme - c'est -à -dire la sienne
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 20 Avr - 12:00

La nuit ne l'arrêta pas. Il contourna Montargis qui dormait à l'abri de ses murailles, galopa au clair de lune à travers des forêts sablonneuses et arriva au petit jour devant Gien.

Sans respirer, sans même accorder un regard au fleuve qui miroitait sous le soleil levant, il monta d'une traite vers le château. La herse se releva pour le laisser passer et il sauta de cheval.
A peine le pied à terre, il fut entouré, félicité par toute la Cour, car son exploit était déjà connu.
Mais il n'était pas venu pour recevoir des élogues et des tapes amicales dans le dos.
Laissant son père et les ministres, auxquels il avait prouvé qu'il était un homme désormais, il prit sa frêle épouse par la main et l'entraîna dans la chambre qu'elle venait à peine de quitter ; et là, encore tout exalté par sa victoire de la veille, il attaqua Marguerite avec la même frénésie que les murailles de Château-Landon.


Disons-le tout de suite : il eut plus de mal ... Et il se rendit compte qu'il est bien difficile d'investir une place dont les défenses n'ont pas la moindre brèche.

Après de gigantesques efforts, il triompha finalement ; mais ses assauts avaient été à ce point furieux que juqu'au surlendemain la petite princesse dut demeurer au lit.

Pendant une semaine, le dauphin se livra ainsi à de regrettables excès qui épuisèrent la fillette et altérèrent sa santé. Puis il repartit pour livrer d'autres combats.


(Cette anecdote va peut-être dérouter ceux qui croient connaître Louis XI, et c'est pourquoi nous l'avons choisie ; car il est grand temps de briser l'image fausse que des historiens pudiques ont faite de ce grand roi paillard dont la santé sexuelle explique la prodigieuse oeuvre politique. Louis XI, malgré son aspect chétif, était un coureur de filles d'une belle vitalité, et, quoique les auteurs de manuels feignent de se désintéresser de ces questions, il faut bien reconnaître qu'elles ont leur importance, puisqu'on ne vit jamais un impuissant faire un grand homme...)

Marguerite ne devait pas revoir souvent son trop ardent mari. En effet, le dauphin, ayant pris la tête d'un mouvement de révolte contre son père, fut entraîné dans des aventures qui le tinrent longtemps éloigné de la Cour.

Quand il revint vers Charles VII en 1443, Marguerite était une jolie blonde de seize ans dont la gorge ferme et bien placée pointait vers l'avenir, mais que la solitude avait rendue un peu rêveuse, sentimentale et mélancolique. Elle passait ses nuits à composer des poèmes ou à converser sur le "tendre Amour" avec des jeunes gens empressés à lui plaire, tel ce Blosseville qui écrivit pour elle une déclaration rimée :


Celle pour qui je porte l'M
Je vous asseur que je l'aime
Tant fort qu'à peu n'en desvye,
N'en jamais d'aultre aimer envye
N'auray, ni que de rendre l'ame
Je l'ay choysie pour ma dame
Dont je ne crains reproche d'ame,
Car de tous biens est assouvye,
Celle pour qui je porte l'M
.

Le dauphin n'était pas porté vers les belles lettres et il lui était indifférent que le Paradis d'Amour existât : ces poèmes et ces petites réunions l'indisposèret.
Soupçonneux, jaloux, il pensa que Marguerite, avec plus de rimes que de raison, le trompait à longueur de journée, et il la fit surveiller par son chambellan, un individu borné et plein de hargne nommé Jamet du Tillay.

Un soir, celui-ci entra dans la chambre de la dauphine, à l'heure où avait lieu la "séance de poésie" .
Quelques dames étaient là, assises au coin du feu, pérorant benoîtement sur l'importance du beau langage dans le jeu de l'amour ; mais dans la pénombre, le chambellan aperçut Marguerite allongée sur le lit et serrée de près par deux de ses favoris qui "l'entouraient de soins"...

Il manifesta quelque impatience :

- C'est grande paillardise, dit-il, qu'à une telle heure les torches soient encore à allumer !

Puis, claquant la porte, il courut informer le dauphin de ce qu'il avait vu. Louis était imaginatif. Il se crut berné et rendit dès lors la vie infernale à sa femme.


Pourtant, il lui arrivait, certains soirs, de se laisser troubler par la démarche onduleuse de Marguerite et "le désir un moment éteignait sa colère".

Pendant quelques heures, la dauphine se croyait ramenée au lendemain de Château-Landon. Mais, dès que le soleil se levait, Louis redevenait haineux ; c'est à ce moment que, l'oeil mauvais, il lui reprochait de n'avoir pas d'enfants.

- Je connais vos pratiques, tonnait-il, et vous prie de les cesser.

Jamet, en effet, accusait la pauvre de manger des pommes vertes et de boire du vinaigre pour ne pas être enceinte.

Ainsi calomniée, soupçonnée, injuriée, Marguerite finit par sombrer dans une espèce de neurasthénie.


Au mois d'août 1444, elle eut un refroidissement et tomba malade, déclarant à ceux qui venaient à son chevet qu'elle avait le coeur rempli de joie, car son seul désir était de mourir bientôt.
Devant un el désespoir, une dame d'honneur, les larmes aux yeux, lui dit qu'à vingt ans une dauphine ne devait pas avoir d'aussi sombres pensées. Marguerite l'interrompit :

- J'ai bien sujet d'être triste pour ce qu'on a dit de moi, à tort, car je jure sur la damnation de mon âme que je n'ai pas fait ce dont on m'accuse, et même n'en ai jamais eu la pensée.


Quelques jours plus tard, elle eut un nouvel accès de désolation :

- Jamet ! Jamet ! s'écria-t-elle soudain, vous êtes venu à vos intentions (vous êtes parvenu à vos fins) ; si je meurs, c'est pour vous et p our les bonnes paroles que vous avez dites sur moi, sans cause ni raison.

Et, se frappant la poitrine, elle ajouta :

- Je prends sur Dieu et sur mon âme, et sur le baptême que je reçus sur les fonts, que jamais je ne desservis mon seigneur et ne lui fis tort.


Le 14 août, la petite dauphine s'affaiblit brusquement ; le 15, elle entra en agonie et le 16, après avoir murmuré :
"Fi de la vie, qu'on ne m'en parle plus", elle rendit l'esprit
.
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 20 Avr - 12:07

darkred]]- Notre épouse meurt "par abus de poésie", dit Louis en souriant de façon équivoque.
Puis il sortit de la chambre sans montrer le moindre chagrin et partit immédiatement en voyage pour n'avoir point à assister aux obsèques, car il n'aimait ni les fêtes ni les cérémonies.


(La pauvre Marguerite n'eut pas plus de chance après sa mort.
Des historiens l'accusèrent de légèreté, affirmant que son amour de la poésie l'avait poussée à commettre quelques extravagances. C'est ainsi qu'une légende veut qu'un jour, apercevant le vieux poète Alain Chartier endormi sur un banc, elle soit allée l'embrasser sur la bouche, en disant toutefois, car quelques personnes s'étaient étonnées :

- Je n'ai pas baisé l'homme, mais la précieuse bouche de laquelle sont issus et sortis tant de bons mots et vertueuses paroles.

Cette anecdote, rapportée par de nombreux historiens et auteurs de manuels, est absolument fausse, pour la bonne raison qu'Alain Chartier est mort en 1430 alors que Marguerite d'Ecosse n'avait pas encore trois ans...
)[/size]
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 20 Avr - 13:30

Louis et Charles VII ne restèrent pas longtemps réconciliés. En 1445, après une violente dispute, le dauphin quitta la Cour en jurant de ne revenir qu'après la mort de son père.

Il dut attendre seize ans et, pour tromper son impatience, s'occupa comme il put, conspirant ici, se battant là - allant même, dans une période de désoeuvrement, jusqu'à se remarier
...

Enfin, le 22 juillet 1461, alors qu'il était dans le Hainaut, chez son oncle, il apprit que le roi "avait trépassé de ce monde dans l'autre".
Sans même attendre que sa femme, Charlotte de Savoie, fût prête à l'accompagner, il se mit en route pour Reims où devait avoir lieu son sacre.
Et la malheureuse dut emprunter des chevaux et des chariots à la comtesse de Charolais pour le rejoindre...


Après le sacre, Louis XI fit son entrée à Paris, suivi de quatorze mille cavaliers, et des fêtes magnifiques furent organisées en son honneur.
Pour chacune de ces cérémonies symboliques où le roi prenait possession de sa capitale, les Parisiens s'ingéniaient à trouver du nouveau.
Cette fois, ils fabriquèrent sur la porte Saint-Denis, par laquelle Louis XI devait arriver, un grand navire semblable à celui qui figurait dans les armes de la ville, et, lorsque le roi passa sous la voûte, la foule vit deux petits anges descendre de la nef, comme des araignées au bout d'un fil, et lui poser une couronne sur la tête.


Pourtant, ce n'est pas ce détail qui frappa le plus l'imagination des badauds ; mais bien plutôt le spectacle qu'ils purent voir à la fontaine de Ponceau.
En cet endroit, où le vin coulait à la place de l'eau, trois belles filles, toutes nues, représentaient des sirènes souriantes, elles montraient leurs charmes sans la moindre gêne, "et ce estoit chose bien plaisante, nous dit le chroniqueur Jean de Troyes, car elles disoient de petits motets et des bergerettes...".
Ce devait être, en effet, ravissant.


Est-ce cette vision qui mit le nouveau roi en appétit ? Le soir même, alors que toute la ville en liesse chantait et dansait dans les rues, Louis XI quitta furtivement l'hôtel de la Tournelle en compagnie d'un certain Guillaume Biche, connu pour ses mauvaises moeurs, et courut les maisons suspectes des bas quartiers où il passa une partie de la nuit avec les filles de joie...

Louis XI ne resta pas longtemps à Paris.
Après avoir touché quelques écrouelles (abcès d'origine tuberculeuse. On attribuait aux rois de France le pouvoir de les guérir par simple attouchement) afin de clore joliment les fêtes du couronnement, il rapartit pour la Touraine dont il aimait la douceur.

- Où allons-nous vivre ? lui demanda Charlotte lorsqu'ils furent en route.

- Vous, à Amboise, et moi au château du Plessis-lez-Tours, répondit nettement le roi.

La jeune reine ne s'attendait pas à un tel programme, elle resta un moment décontenancée. Puis elle dit craintivement :

- Mais quand vous verrai-je ?

Louis XI avait un langage cru :

- De temps en temps, lorsque la nature me rendra votre présence nécessaire...

Il ajouta :

- Sachez qu'un roi ne doit pas se laisser amollir par une présence féminine.

- Même par celle de sa fille ?

Louis jeta un regard attendri sur le berceau qu'on avait placé dans la voiture et où dormait la petite Anne de France, âgée de cinq mois, mais il ne répondit pas tout de suite.

- Plus tard, je la ferai venir au Plessis, dit-il enfin. Je veux que toute fille de France soit capable de faire une grande reine. Or je crains fort votre éducation.


Alors Charlotte éclata en sanglots et pleura pendant les cinq jours que dura le voyage, sans s'arrêter un instant, même la nuit.
Ce déluge, qui humidifiait le lit conjugal, eut le don d'exaspérer prodigieusement Louis XI.
Un historien du temps nous dit, en effet, "que la peine de la reine était si profondément enfoncée dans sa chair qu'elle poussait, de-ci, de-là, aucours du sommeil, des gémissements plaintifs, et que ses larmes continuaient de couler de ses yeux clos".
Aussi, est-ce avec un vrai soupir de soulagement que le souverain laissa sa femme et sa fille à Amboise
.
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MORGANE

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 21 Avr - 4:50

Shocked
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Jean2

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 21 Avr - 8:29

CA s'arrête où dans l'Histoire tes tomes ? LA révolution ?
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 21 Avr - 10:21

Nan, Jean2. Ca s'arrête après Napoléon III ........ Very Happy
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 22 Avr - 19:47

La jeune reine mena dès lors une vie triste. Le roi, nous dit Brantôme,
"la tenoit au château d'Amboise comme une simple dame, portant fort petit état, et aussi mal habillée que simple demoiselle, et la laissoit là avec sa petite cour, à faire ses prières, et lui s'alloit promener et donner du bon temps ailleurs".


Car, nous l'avons dit, les historiens nous trompent qui nous montrent Louis XI comme un personnage austère et bilieux. Il aimait rire, et rien ne lui plaisait plus qu'une histoire un peu leste, "et celuy qui luy faisoit le meilleur et plus lascif conte des dames de joye, il estoit le mieux venu et festoyé, et luy même ne s'épargnoit à en faire , car il s'en enquéroit fort, et en vouloit souvent sçavoir, et puis en faisoit part aux autres et publiquement".

Les histoires gaillardes, on s'en doute, ne suffisaient pas au souverain. Il lui fallait - souvent - passer des paroles aux actes. Et quelques demoiselles légères, raccolées dans les rues par des rabatteurs appointé, étaient amenées régulièrement à la Cour pour y connaître les joies du déduit avec le roi de France.
Mais aucun sentiment, jamais, ne se mêlait à ces joutes où Louis, toujours pratique, ne voyait qu'un moyen de se "décongestionner le cervelet".

Brantôme nous dit qu' "il changeait de femme comme de chemise".
Il semble en effet, que Louis XI ait eu un nombre considérable de maîtresse d'un jour, ou, si l'on préfère, de reines d'une nuit.


En voyage ou en campagne, privé de ses belles amies habituelles, il prenait ce qu'il trouvait et faisait parfois des rencontres inespérées.
C'est ainsi qu'en Picardie, alors qu'il combattait le duc de Bourgogne, il fut abordé dans un village nommé Gigon, par une femme éplorée qui se jeta à ses pieds.

- Vos soldats ont tué mon mari, s'écria-t-elle.

"Le roi, nous dit Sauval, jeta les yeux sur cette veuve et trouva tant de charmes à son visage qu'il en demeura ébloui. Il la releva et lui commanda de suivre la Cour, l'assurant qu'il ferait punir les coupables aussitôt qu'il serait dans un lieu où il pourrait faire quelque séjour."


Or, quelques jours après, une trêve ayant été signée avec le duc de Bourgogne, le roi retourna à Paris, emmenant la belle Mme de Gigon, que l'on surnomma bientôt Gigone, et la combla de tant de cadeaux "qu'elle oublia la perte qu'elle avait faite".
Elle n'en fut pas ingrate et lui "témoigna sa reconnaissance aux dépens de so honneur". (Gigone eut de Louis XI une fille qui épousa, à dix-huit ans un prince de Bourbon.)

Mais cette jolie personne ne demeura pas longtemps à la Cour. La passion qu'elle inspirait au roi fut d'ailleurs cause de son remplacement.
En effet, c'est en voulant lui témoigner son amour qu'il rencontra celle qui devait être sa nouvelle maîtresse.


Un jour, Louis XI fit faire, pour sa bien-aimée Gigone, une chaîne de pierreries, par un joaillier nommé Passefilon.
Lorsque le bijou fut terminé, la femme du lapidaire vint le porter à la Cour. Le roi la rencontra par hasard dans un couloir et la trouva si belle "que l'amour qu'il avoit pour Mme de Gigon ne put défendre son coeur contre ces charmes".
Néanmoins, nous dit Sauval, "il ne voulut lui en rien témoigner en présence de sa maîtresse, mais il commanda à Landois, son trésorier, de la lui envoyer quand elle viendroit lui demander le paiement de la chaîne, disant qu'il en vouloit lui-même faire le marché ; ce qui lui étoit ordinaire, parce que, comme il étoit fort avare, il entroit dans le détail des moindres choses, pour empêcher que les officiers n'y profitassent".
"La Passefilon le vint trouver dans son cabinet, et, comme il n'étoit pas fort galant, il lui dit sans chercher un grand détour que si elle vouloit répondre à sa passion, elle y gagneroit plus dans un an avec lui que dans toute sa vie à sa boutique. La marchande, qui aimoit l'argent et qui avoit vu la fortune de Mme de Gigon, se laissa aisément tenter, et le marché fut bientôt conclu."
(Elle eut du roi une fille qui devint dans la suite, la femme d'Antoine de Bueil, comte de Sancerre.)


Le roi se montra extrêmement épris de cette femme dont certains chroniqueurs nous disent qu'elle avait longtemps "tenu le haut du pavé de certaines rues mal famées de Lyon".
Le goût qu'il avait pour les "ribaudes" s'y trouvait sans doute satisfait
.

Mais la Passefilon, malgré ses origines, était une délicate que la rustrerie du roi choquait énormément.
Et Sauval nous dit que, "lorsqu'elle se vit à son aise, elle chercha du ragoût dans ses plaisirs amoureux et voulut rendre son amant plus propre qu'il n'avoit accoutumé de l'être".
Un jour que le roi était venu lui rendre visite avec un habit fort simple et du linge fort sale, elle lui dit
:

- Lorsque j'ai donné mon coeur à un roi de France, j'ai cru trouver dans le commerce galant où j'allais m'embarquer tous les agréments que peut donner la magnificence de la plus belle cour de l'Europe ; cependant, j'ai le chagrin, lorsque je veux suivre les emportements d'une tendre passion, de sentir la graisse où je devrais sentir le musc et l'ambre ; en vérité, si un garçon de ma boutique s'était présenté devant moi en l'état où je vous vois, je l'aurais chassé de ma présence.
Que doivent dire les ministres étrangers qui vous voient si mal soutenir la majesté de votre rang ? Quelle raillerie n'ont pas fait les Espagnols à l'entrevue que vous avez eue avec le roi de Castille, sur votre chapeau tout blanc de vieillerie et sur la Notre-Dame de plomb qui tenait lieu d'un rare diamant ?


Le roi demeura si étourdi de ce discours qu'il n'eut pas la force de l'interrompre, et, comme il était fort dissimulé, "il ne lui témoigna pas tout son chagrin" ; mais il songea à prendre une maîtresse plus indulgente.
Néanmoins, il se souvint de la leçon et devint plus soigné
.
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 29 Avr - 18:45

En plus de Gigone et de la Passefilon, Louis XI eut un nombre considérable de "belles amies". Le nom de quelques-unes d'entre elles nous est parvenu.
Citons : Gogette Durand, Catherine de Salemnite, Huguette du Jaquelin, de Dijon, la femme du sieur Jean Lebon, de Mantes, Félize Rognard, au mari de laquelle il offrit une châtellenie et cette Catherine de Vaucelle dont parle François Villon dans son Grand Testament.

Toutes ces dames, nous l'avons dit, étaient des compagnes fugitives avec lesquelles il aimait passer un moment après un bon repas, mais aucune ne fut jamais maîtresse en titre, et encore moins considérée comme favorite.


D'ailleurs, Louis XI, qui avait souffert de la présence d'Agnès Sorel auprès de son père, se méfait trop des femmes et de leur influence sur la politique pour laisser l'une d'entre elles "s'installer" à la Cour.
La crainte qu'il avait d'elles et de leur pouvoir est clairement démontré dans une anecdote que rapporte Brantôme :


"Quand il convia le roi d'Angleterre (Edouard IV) de venir à Paris faire bonne chère, et qu'il fut pris au mot, il s'en repentit aussitôt et trouva un alibi pour rompre le coup. "Ha ! Pâque-Dieu, se dit-il, je ne veux pas qu'il y vienne, il y trouveroit quelque petite affettée (raffinée, coquette) et safrette (pimpante), de laquelle il s'amouracheroit ; et elle luy feroit venir le goût d'y demeurer plus longtemps et d'y venir plus souvent que je ne voudrois..."

Aussi, faut-il mettre à part Marguerite de Sassenage qu'il semble avoir aimée, et dont il eut deux filles, Jeanne et Marie, qu'il maria, l'une à l'amiral de France, Louis, Bâtard de Bourbon, l'autre à Aymar de Poitiers, sire de Saint-Vallier.

Jeanne fut d'ailleurs légitimée, et, plus tard, Charles VIII l'appellera sa soeur.

Marguerite de Sassenage avait séduit Louis grâce à l'extraordinaire beauté de ses jambes.

Un matin, elle s'était placée sur le passage du roi, et, feigant de perdre sa jarretière, avait retroussé sa robe pour rajuster un ruban. La naissance de la cuisse ainsi dévoilée était d'un galbe si parfait que Louis, troublé, avait désiré, fort légitimement, en voir davantage.

Deux heures plus tard, la belle, convoquée d'urgence au château, devenait la maîtresse du souverain.
Leur liaison dura deux ans. Pour la première fois de sa vie, Louis paraissait très amoureux.


Hélas ! un jour, un astrologue qu'il entretenait au palais vint lui prédire la mort de la belle Marguerite.

Une semaine après, la jeune femme était terrassée par un mal inconnu. Louis XI, accablé, donna des ordres pour que l'astrologue fût jeté sans délai par la fenêtre. Alors qu'on le menait à la mort, l'homme passa devant le roi qui lui dit :

- Toi, qui prétends être si habile homme, et qui te prononces si hardiment sur le sort des autres, apprends-moi un peu quel sera le tien et combien de temps tu as encore à vivre ?

L'astrologue, qui avait deviné les desseins du roi, répondit :

- Sire, je mourrai trois jours avant vous !

Louis XI, pris de frayeur, donna aussitôt des ordres pour que le devin ne manquât jamais de rien.


Ce goût pour le plaisir et les demoiselles fut rapidement connu du peuple. Comme il ne s'agissait pas de favorites capables de ruiner le trésor royal, chacun s'en amusait et cherchait à connaître le prénom de la dernière conquête du roi.

L'une d'elle, on ne sait pourquoi, fut l'objet de moqueries sans nombre.
Elle s'appelait Perrette.
Dans tout le royaume, on composa sur elle des chansons satiriques. Les Parisiens firent mieux : ils apprirent son nom aux pies et autres oiseaux parleurs qu'il était alors de mode d'élever chez soi, en leur faisant ajouter quelques mots peu flatteurs pour la majesté royale.


On entendait :

- Perrette, donne-moi à boire. Perrette, fille de p... Perrette, baise mon c...

Finalement, Louis XI, à qui ces quolibets étaient naturellement rapportés, fit prendre tous les oiseaux, "toutes les pies, geais, etc., étant en cage, ou autrement, pour tous les porter devers lui, afin que soit écrit et enregistré le lieu où avaient été pris les dits oiseaux et aussit tout ce qu'ils savaient dire et qu'on leur avait appris".

Tous les Parisiens qui avaient mis dans le bec de leurs volatiles une phrase injurieuse pour Perrette furent aussitôt arrêtés et jetés en prison.


Louis XI avait autour de lui des hommes qui portaient aux dames un intérêt aussi vif que le sien.
Le fameux Olivier le Daim, son barbier, était de ceux-là.
Le goût pour la bagatelle lui fit, d'ailleurs, commettre un crime qui horrifia tout Paris.


Un gentilhomme avait été conduit en prison peu de temps après avoir épousé une ravissante jeune femme.
"Le Daim, auprès duquel elle sollicita la délivrance se son mari, nous dit Dreux du Radier, en devint amoureux et exigea, pour prix de la liberté du prisonnier, les dernières faveurs de la femme".


La belle, naturellement, résista et parvint à avertir son mari. Celui-ci, qui passait son temps à revivre par le détail les deux nuits voluptueuses passées avec son épouse, pensa qu'il valait mieux "partager son repas plutôt que de mourir de faim, d'autant qu'en l'espèce, après le passage de l'autre convive, il ne lui en resterait pas moins à consommer".

Et il autorisa sa femme à donner au favori du roi ce qu'il demandait.

La jeune épouse obéit sans maugréer, car elle était candide et que tout est pur aux purs.

Après quoi, elle s'écria :

- Allez vite chercher mon mari !

Mais le Daim, dégrisé, craignit que cette libération ne déplût au roi et il eut peur.

- J'envoie mon valet sur-le-champ, affirmat-t-il.

Le domestique, à qui il avait dit deux mots en particulier, se rendit dans la prison ou attendait le malheureux gentilhomme et l'étrangla...

Le bruit de ce crime se répandit bientôt dans Paris.


Mais la veuve, qui connaissait l'amitié du roi pour son" compère", jugea prudent de n'élever aucune protestation.
C'est seulement quinze ans plus tard, après la mort de Louis XI, qu'elle intenta un procès au barbier.
Le Daim fut alors pendu, ainsi que son valet.


(Le peuple se montra très satisfait de l'exécution de ce favori, et l'on chanta à cette occasion une complainte composée par Molinet, dont voici les paroles :

J'ai vu oyseau ramage
Nommé maistre Olivier
Vollant par son plumage
Haut comme un épervier.
Fort bien sçavait complaire
Au roy, mais je veis que on
Le feist pour son salaire
Percher au Montfaucon.


On tentera d'opposer à ce portrait d'un Louis XI paillard, celui d'un roi tourmenté par la crainte de Dieu, voire superstitieux, que la piété poussait à se traîner à genoux sur les dalles des églises et à se couvrir de médailles.

Les deux portraits ne sont pas incompatibles.
Dreux du Radier nous dit en effet :
"Louis XI joignoit à tous ses dérèglements des pratiques de dévotion auxquelles il se livroit d'autant plus volontiers qu'elles ne l'empêchoient pas de s'abandonner à ses plaisirs."


Et il précise :
"Tandis que ce prince donnoit d'un côté des ordres pour qu'on lui amenât à point nommé les femmes qui lui plaisoient, d'un autre, il en donnoit pour les voeux et les pèlerinages qu'il vouloit faire..."
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 29 Avr - 19:07

ANNE DE BEAUJEU "MOINS FOLLE FEMME DE FRANCE "



... Car, pour sage, je n'en connais point ! - LOUIS XI -




Les gens du peuple n'étaient pas les seuls à s'occuper des frasques du roi. Les princes aussi s'en amusaient.
Charles d'Orléans, par exemple, qui rimait ses ballades à Blois, aimait à se faire raconter les derniers "potins" du Plessis-lez-Tours.

Un soir, comme quelqu'un plaignait Charlotte qui se morfondait toujours à Amboise, un poète eu ce mot qui fut repris par Commynes :

- La reine n'est point de celles où l'on dit prendre du plaisir. Mais c'est une bien bonne femme.

Charles d'Orléans éclata de rire.

Hélas ! le pauvre ne se doutait point que son épouse, Marie de Clèves, agissait avec les jeunes gens du château exactement comme Louis XI avec les demoiselles.


La petite duchesse - qui était de plus de quarante ans sa cadette - avait été élevée, il est vrai, à la cour de Bourgogne qui passait pour être la plus licencieuse d'Occident.
Elle était charmante, blonde menue ; elle se parait de robles d'or et de hennins transparents ; elle aimait les lévriers, les bijoux, les fourrures ; elle composait des poèmes tendres et désabusés.
Comment les jeunes amis dont s'entourait Charles ne seraient-ils pas tombés amoureux de Marie ?

Tous lui faisaient la cour, et elle s'efforçait de n'en désespérer aucun...


Bien entendu, cette générosité n'allait pas sans lui valoir quelques ennuis. C'est ainsi qu'à la stupéfaction de son vieux mari elle avait donné naissance à une fille.

On avait craint alors que le pauvre, ouvrant les yeux, n'eût efin la révélation de son infortune. Mais la petite rouée avait su trouver les mots qu'il fallait pour le rassurer, et même pour le rendre orgueilleux...

Louis XI savait tout cela et s'en amusait.


Pourtant, lorsqu'en 1462, Marie de Clèves mit au monde un fils qu'elle avait eu de son valet, Rabadage, (1) le roi cessa de rire. Car cet enfant, que Charles reconnut sans aucune hésitation, devenait héritier de la Maison d'Orléans, et Louis XI savait qu'il devrait un jour compter avec lui.

Pour mettre un comble à sa colère, on le choisit pour parrain. Il vint donc à Blois, fit quelques réflexions désobligeantes qui eussent paru claires à tout autre qu'à Charles et accompagna le bâtard sur les fonts baptismaux.


Or, pendant la cérémonie, un petit incident rendit le roi blême de fureur : le bébé arrosa sa manche.
C'est ainsi que Louis d'Orléans, dont personne ne pouvait soupçonner qu'il régnerait un jour sous le nom de Louis XII, humecta copieusement le roi de France.


(1) Elle était si amoureuse de cet homme qu'elle décorait ses murs de tapisseries-rébus symboliquement ornées de rabats et d'anges...
Et c'est peut-être à Marie de Clèves que pensait Malherbe, lorsqu'il disait :
"Que c'étoit une folie de se vanter d'être d'une ancienne noblesse : que plus elle étoit ancienne, plus elle étoit douteuse ; et qu'il ne falloit qu'une femme lascive pour pervertir le sang de Charlemagne et de saint Louis, que tel qui se pensoit issu de ces grands héros étoit peut-être venu d'un valet de chambre ou d'un violon.")
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 30 Avr - 11:48

Dès qu'il fut rentré au Plessis-lez-Tours, Louis XI chercha un moyen de "neutraliser" son gênant filleul.
"Il faudrait que j'aie un fils", pensa-t-il.

Aussitôt, il monta sur son cheval et partit pour Amboise où Charlotte fut tout étonnée d'être entraînée vers un lit avant même d'avoir été saluée...

Pendant quelque temps, le roi vint ainsi faire ce qu'il fallait pour que l'avenir de la dynatie fût assurée.

Et, en 1463, Charlotte lui fit part de ses "grandes espérances". Louis XI fut si heureux qu'il l'embrassa, "idée qui ne lui étoit point venue depuis fort longtemps".

Hélas ! c'est une fille qui naquit le 23 avril 1464.
Et, qui plus est, une fille bossue, difforme, rachitique et affligée d'un pied bot...


Le roi, furieux, quitta Amboise sans un mot pour Charlotte et regagna le Plessis-lez-Tours.

C'est alors qu'une idée diabolique lui vint à l'esprit : fiancer immédiatement la petite infirme à Louis d'Orléans.

Il écrivit sur le-champ au "père" du bambin pour lui faire part de ses projets matrimoniaux, se gardant bien, naturellement, d'indiquer que la pauvre Jeanne n'avait guère été favorisée par la nature...



Charles d'Orléans, flatté par la démarche du roi, accepta avec enthousiasme et les fiançailles des eux enfants eurent lieu - par correspondance - quatre jours plus tard.

Un mois après le contrat de mariage était signé, et Louis XI ricanait : jamais Louis d'Orléans n'aurait de progéniture avec la pauvre Jeanne de France.
Ainsi serait éteinte la dernière maison féodale et ses biens annexés à la couronne.


Le soir même, il écrivit confidentiellement à son favori, Antoine de Chabannes, comte de Damp-martin, cette lettre cynique :


Monsieur le grand Maître, je suis délibéré de faire le mariage de ma petite fille Jeanne et du petit duc d'Orléans
parce qu'il me semble que les enfants qu'ils auront ensemble ne me coûteront guère à nourrir. Vous avertissant que j'espère faire ledit mariage ou autrement ceux qui iront au contraire ne seront jamais assurés de leur vie en mon royaume.

Voilà qui était clair !

Tant que Jeanne fut une petite fille, ses infirmités demeurèrent peu apparentes. D'ailleurs, Charlotte les dissimulait autant qu'elle le pouvait sous de longues robes et des accoutrements spéciaux.
Mais quand elle eut douze ans, Louis, qui en avait quinze et s'intéressait déjà passionnément aux amies de sa mère, pour avoir été "en son jeune et florissant âge nourry plus tost en lubricité et lascivité", découvrit l'affreux magot qu'on lui destinait.
Il fut épouvanté... Et quand vint le moment du mariage, il déclara nettement qu'il refusait d'avoir pour femme une bancroche... Soutenu par sa mère (Charles d'Orléans était mort à ce moment), il fit connaître ses sentiments à Louis XI.


- J'aimerais mieux épouser une simple demoiselle de Beauce ! répétait-il.

Le roi, qui était fort coléreux, menaça de renvoyer Marie de Clèves sur le Rhin et annonça au jeune duc que, s'il persistait dans son refus, il le ferait conduire dans un monastère.


Finalement, en 1476, Louis dut se résigner au mariage. Mais il s'était bien juré de laisser à Jeanne de France sa pureté originelle, et pendant des mois la malheureuse adolescente dormit seule. Louis XI l'apprit.
Furieux, il convoqua son gendre et lui ordonna de consommer le mariage.
Comme le jeune homme n'avait pas l'air très enthousiaste, il le fit immédiatement entrer dans un lit avec Jeanne. Puis il plaça des médecins autour de la chambre.

- Ecoutez bien, leur dit-il, et venez me dire comment les choses se sont passées.

Les quatre témoins, cachés derrière des tentures, attendirent très longtemps avant d'entendre un faible soupir dont, à vrai dire, on ne connut jamais la cause, mais qu'ils s'empressèrent d'aller signaler au roi - lequel parut satisfait.


Louis d'Orléans l'était beaucoup moins ; et, dès le lendemain, il chercha à oublier par tous les moyens cette nuit terrible. Il se jeta alors dans la débauche la plus folle, entraînant dans sa chambre toutes les femmes qu'il rencontrait, qu'elles fussent demoiselles de mauvaise vie, jeunes filles vertueuses, dames mariées... L'une de ces liaisons donna d'ailleurs à l'Eglise l'un de ses plus nobles représentants.
C'est en effet, des extravagances érotiques du duc d'Orléans et d'une jolie blanchisseuse de la Cour que naquit le digne cardinal de Bucy... (1)


(1) Ce n'est pas la première blanchisseuse qui eut un pareil honneur. Les chroniqueurs normands prétendent que la mère de Guillaume le Conquérant, qu'ils appellent Arlète ou Arlève, "lavoit du linge à son usage à une claire fontaine lorsque le duc Robert, qui la vit d'une des fenêtres du château, fut à l'instant épris de son amour, et tant la pourchassa à l'endroit de ses père et mère, qu'ils lui accordèrent, si elle y consentoit, et elle y consentit" BOURGUEVILLE. Recherches et Antiquités sur le duché de Normandie
.
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 3 Mai - 16:59

Ca y est .. je viens de résorber tout mon retard ..
plus vite Episto ! On manque de littérature !!
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 3 Mai - 18:19

Houlala, calmos Marco ! J'arrive !........... tongue



Au bout d'un an, Louis d'Orléans put s'enorgueillir d'avoir mis dans son lit toutes les femmes qui vivaient à la Cour d'Amboise.

Oui, toutes, sauf une. Celle-là même qui, précisément, eût désiré devenir sa maîtresse.
Je veux parler de Mme Anne de France, fille aînée de Louis XI.


Il y avait longtemps que Anne aimait son cousin.
Ils s'étaient connus enfants et la grâce de Louis, sa beauté, ses manières douces et élégantes avaient fortement impressionné la fillette. Au point qu'à douze ans elle s'était confiée à son père :

- Je veux que Louis devienne mon mari.


Le roi, très inquiet et craignant que cet amour ne vînt contrarier ses desseins, s'était immédiatement mis en quête d'un époux pour la précoce enfant.
Il avait alors fixé son choix sur une de ses conseillers intimes, Pierre de Beaujeu, âgé de trente-trois ans, qui était "paisible, bénin et de bon vouloir".
Leur mariage avait été célébré le 30 novembre 1473.

Aussitôt, Anne s'était prise d'amitié pour cet époux plein de douceur, qui ne semblait préoccupé que du désir de lui plaire.
Pourtant, elle avait continué d'aimer Louis d'Orléans, et, lorsque celui-ci, trois ans plus tard, s'était marié avec Jeanne, elle n'avait pas caché sa tristesse.


Puis Louis s'était lancé dans la débauche, pour apaiser avec des maîtresses de passage une ardeur dont il ne voulait pas faire bénéficier la pauvre Jeanne, et Anne avait espéré qu'il jetterait les yeux sur elle.
Hélas ! l'adolescent n'avait pas semblé comprendre ce que signifiaient les regards de sa jolie belle-soeur et il ne se livra, à son endroit, à aucune de ces voies de fait que la morale qualifie d'outrageantes, mais qu'elle espérait dans le secret de son coeur
(1)

Pendant quelques années, Louis XI eut grand peur que Louis d'Orléans, alléguant l'impossibilité d'avoir des rapports normaux avec Jeanne, ne fît casser son mariage par le pape.
Aussi, tous les six mois, obligeait-il son gendre à se rendre au château de Lignières, en Berry, où vivait la malheureuse infirme, et à loui prouver ses bons sentiments.


Naturellement, ces voyages étaient pour Louis de véritables corvées. Il arrivait, fort irrité à la pensée des belles amies qu'il avait abandonnées à Blois ou à Amboise, et considérait d'un oeil méprisant cette enfant souffreteuse et bossue qu'on lui avait donnée. Comme elle voulait l'embrasser, car elle l'adorait, il la rejetait brutalement :

- Sauvez-vous ! criait-il. Je vais me coucher seul. Le voyage m'a fatigué.


Le lendemain, il trouvait toujours de nouvelles raisons pour se soustraire au devoir conjugal. Alors, les gardes, sur l'ordre de Louis XI, l'emmenaient faire quelques longues parties de paume dans le but "d'eschauffer sa chair et de le mettre en un état propice à l'amour".
Ce moyen donnait généralement des résustats satisfaisants. Et Louis, aveuglé par le désir, courait retrouver Jeanne dans sa chambre.

Aussitôt, un messager partait pour le Plessis-lez-Tours, afin d'avertir Louis XI qui, au reçu de la nouvelle, se frottait les mains en ricanant.


Mais à malin, malin et demi. Un jour, l'adolescent, comprenant qu'il était victime d'une manoeuvre déloyale, fit venir une courtisane à Lignières.
Et après les parties de paume, ce fut avec elle qu'il alla s'enfermer dans une chambre de la grosse tour
...


(1) "Louis duc d'Orléans avoit eu le malheur de plaire à Anne de France, fille de Louis XI. Je dis le malheur, parce que la passion de cette princesse fut en partie cause de toutes les traverses qui lui arrivèrent pendant sa vie. Elle lui fit connaître le penchant qu'elle avoit pour lui ; et, quoique le duc ne lui eût répondu qu'en des termes plus respectueux que tendre, elle ne laissa pas de les expliquer favorablement et de croire qu'elle étoit aimée parce qu'elle méritoit de l'être" (SAUVAL - Galanterie des Rois de France, 1752)
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 3 Mai - 18:54

Le désaccord du jeune ménage fut bientôt connu, non seulement en Berry et sur les bords de la Loire, mais encore à Paris, où tout le monde se livra à des commentaires passionnés. Les uns plaignaient la jeune duchesse d'Orléans, les autres défendaient Louis "qui avait été marié par force", et tous tombaient d'accord pour accuser Louis XI d'avoir fait le malheur de deux êtres...

Pendant quelques semaines, la foule oublia pourtant les difficultés conjugales des Orléans. Ce fut pour s'intéresser aux détails d'un beau crime passionnel : le meurtrier avait titre de sénéchal, et l'une des victimes était l'aînée des filles qu'Agnès Sorel avait eues de Charles VII...

Cette dame se nommait Charlotte. Elle avait été mariée par Louis XI à Jacques de Brézé, maréchal et grand sénéchal de Normandie. Douée d'un tempérament un peu excessif qui la conduisait à chercher des apaisements en dehors du lit conjugal, elle commit quelques imprudences qui éveillèrent les soupçons de son mari. Il la fit surveiller et l'épia lui-même avec soin. Or, un soir, il remarqua qu'elle tardait un peu à venir le rejoindre au lit.


- Que faites-vous, Charlotte ?
- Je termine ma toilette, dit-elle, dormez, je viens de suite.


Finaud, il fit semblant de dormir.

Et une heure plus tard, son apothicaire et son barbier, qui étaient chargés d'espionner la dame, vinrent à pas de loup confier au sénéchal que Charlotte et une de ses serviteurs, Pierre de la Vergne, "étaient couchés ensemble en un lit et faisaient adultère en la chambre qui était au-dessus".
Jacques Brézé se leva, prit sa dague et son épée, monta l'escalier et surgit dans la pièce où les amants s'ébattaient frénétiquement.


Sans dire un mot, il transperça le serviteur d'un coup d'épée, puis, se tournant vers Charlotte qui hurlait d'épouvante, il lui enfonça sa dague dans la poitrine.

Arrêté sur l'ordre du roi, le sénéchal fut emprisonné dans la grosse tour de Vernon et tout le royaume se demanda quelle peine lui serait infligée.

Les débats de justice furent longs. Finalement, les juges, considérant qu'il était normal qu'un cocu montrât quelque humeur, condamnèrent Jacques Brézé à cinq ans de détention.

Les braves gens soulagés, purent alors reprendre leurs discussions sur Jeanne et Louis d'Orléans.


Au mois de mars 1479, ils les interrompirent de nouveau pour s'inquiéter de la santé du roi.
Louis XI, en effet, venait de tomber brusquement malade, terrassé par une affection inconnue. On affirmait qu'à demi paralysé, il avait perdu l'usage de la parole et qu'un saint homme venu de Calabre, nommé François de Paule, était à son chevet où il faisait des prodiges pour émerveiller les médecins ordinaires.

Pendant que le menu peuple de Paris répétait ainsi les bruits les plus invraisemblables, à Amboise, Anne de Beaujeu, jolie princesse de six-sept ans, avait le coeur torturé à cause de Louis d'Orléans.


Depuis de longs mois, elle était la confidente de son père, qui admirait son intelligence vive, son sens politique, son habileté, sa ruse. Souriant, il disait parfois :
"C'est la moins folle femme de France, car pour sage je n'en connais point."


Et il lui avait donné la garde du dauphin Charles, ce fis tard venu qui devait un jour recevoir en héritage "le plus beau royaume de la terre."

Or, on venait d'apprendre à la jeune femme qu'un groupe de grands vassaux révoltés préparaient l'enlèvement de son frère et que celui qui dirigeait le complot était précisément l'homme qu'elle aimait le plus au monde.


Certes, l'ambition de Louis d'Orléans, si fier de son titre de premier prince de sang, lui était connue, mais jamais elle n'aurait pensé qu'il fût capable de vouloir faire disparaître Charles pour monter sur le trône à la mort du roi.

Et c'est avec "une plaie au coeur" qu'elle prit toutes mesures nécessaires pour empêcher l'enlèvement
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 3 Mai - 19:16

Louis XI guérit. Ce n'était q'une alerte. Aussitôt, Louis d'Orléans, léger et voluptueux, oublia la politique pour se replonger dans la dabauche.
C'est vers ce moment-là qu'il eut une liaison avec une hétaïre (une courtisane) en renom, la belle Amasie, dont l'infidélité lui causa bien des ennuis.


Il ne pouvait s'éloigner un instant sans qu'immédiatement la demoiselle appelât un domestique, un valet, voire un passant... Au point que le jeune duc finit par s'enfermer avec elle dans sa maison, sans aucune suite, préférant encore s'occuper de la cuisine plutôt que de surprendre Amasie sur les genoux du cuisiner...

Un soir, il lui arriva une aventure dont il eut, plus tard, le bon goût de rire.
Il était en train de faire rôtir des pigeons, quand on frappat à la porte
.

- Je vais voir qui heurte à l'huis, dit la rouée. C'est sans doute la tourte aux abricots que l'on apporte. Mais ne laissez point brûler les pigeons... Continuez à tourner la broche tout doucement...

Louis attendit cinq minutes. Puis il fut pris de soupçons. Laissant la broche, il se dirigea silencieusement vers l'entrée de la maison et devint rouge de fureur. Etendue sur un coffre, Amasie "se faisait faire une politesse à l'endroit de son honneur".

Tancée par Louis, elle avoua qu'elle n'avait trouvé que ce moyen pour faire entrer un galant...

Il lui pardonna, nous dit un chroniqueur, "pour ce que cette aventure estoit bien putassière et qu'il aimoit moult les fillettes de joyes"...
Ce goût le poussa d'ailleurs, le jour de Noël 1480, à faire distribuer de l'argent à toutes les ribaudes de Tours. Et il s'amusa fort de voir ses officiers remettre gravement des pièces d'or à ces demoiselles qui remerciaient en faisant des gestes obcènes ou en relevant leurs jupes...


En 1483, Louis XI mourut. Le nouveau roi, Charles VIII, qui avait treize ans, ne pouvait régner. Alors, Anne de Beaujeu devint régente - à vingt-deux ans ! -

Une fois de plus, elle pensa à Louis avec douceur ; car tout était encore possible. Elle pouvait pardonner la tentative d'enlèvement de 1477 et faire casser le mariage qui l'unissait à Pierre de Beaujeu, comme celui qui liait Louis à Jeanne... Oui, tout était encore possible. Il suffisait d'un sourire de Louis.

Faible pour la seule fois de sa vie, elle le combla de cadeaux et de bienfaits, le nommant gouverneur général d'Ile-de-France, lui donnant une bague et des boucles d'oreilles d'or fin, lui envoyant deux lévriers blancs...

Après quoi, tendue, anxieuse, elle le regarda plus passionnément encore que d'habitude... Il feignit de ne rien voir et resta impassible.


Alors elle détourna définitivement ses yeux de lui.
Ce fut dommage pour le duc, s'il faut en croire Brantôme qui dit :
"Si Louis d'Orléans eût voulu un peu fléchir à l'amour de Mme de Beaujeu, il y eut bonne part ; car elle étoit un peu assez éprise, ainsi que je le tiens de personnes qui le savoit bien
..."
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 5 Mai - 19:23

ANNE DE BRETAGNE FIANCEE DE L'EUROPE



Tous les princes la désiraient, mais elle les voyait venir avec leurs gros sabots, dondaine... - Jacques PERRON -



ANNE DE BEAUJEU était régente en fait, mais non en titre, Louis XI lui ayant simplement confié la direction de son fils. La situation de Pierre de Beaujeu n'était d'ailleurs pas plus officielle, puisque c'était oralement que le roi moribond l'avait chargé de gouverner au nom du jeune roi...

Aussi, les princes du sang élevèrent-ils une protestation, disant que le "gouvernement des Beaujeu" était illégal. Louis d'Orléans, pour sa part, revendiqua la régence et vint s'installer avec une suite nombreuse au château d'Amboise où le petit roi Charles vivait sous la garde de sa soeur.

Celle-ci était la digne fille de Louis XI. Prévoyant l'arrivée de son beau cousin et pour parer à toute éventualité, elle avait demandé à tous les hommes d'armes qui se trouvaient au château de lui prêter serment de fidélité...

La sécurité immédiate était assurée ; toutefois Anne comprit que la situation était fort précaire. Il fallait, pour être tranquille, que le royaume entier sanctionnât sa nomination et celle de son mari.


La convocation des Etats généraux s'imposait.

Elle fut demandée à la fois par Anne de Beaujeu, qui réclamait l'exécution des dernières volontés de son père, et par Louis d'Orléans, qui faisait valoir ses droits à la régence, au titre de premier prince du sang.

La réunion des Etats eut lieu à Tours le 5 janvier 1484. A l'issure d'une longue discussion, un Conseil de régence fut créé, dont le sire de Beaujeu reçut la présidence ; après quoi, les représentants de toutes les provinces confièrent à Mme Anne, la garde du jeune roi.

Fort mécontent, Louis d'Orléans quitta Tours sur-le-champ et partit s'installer à la Cour du duc de Bretagne où les princes révoltés étaient toujours sûrs de trouver asile, aide et compréhension...


François II accueillit avec beaucoup de simpathie le duc d'Orléans. Sachant que celui-ci partageait son goût pour les femmes, il se délectait à la pensée des histoires qu'ils pourraient se raconter mutuellement.
Car le Breton était assez gaillard.

A ce moment, il avait pour favorite cette belle et ardent Antoinette de Maignelais, dont Charles VII avait fait sa maîtresse après la mort d'Agnès Sorel.
François l'adorait et bénissait le jour où elle était venue s'installer à sa Cour.

- C'est le Ciel qui me l'a envoyée, disait-il souvent.

En réalité, c'était Louis XI.

[color=darkblue]
Le rusé roi de France, en effet, qui voulait avoir un agent de renseignements en Bretagne, avait chargé Antoinette de faire la conquête de François II.
La chose, il faut bien le dire, avait été aisée. Dès l'arrivée de la dame de Maignelais, le duc, ébloui, avait mis sa femme Marguerite de Bretagne, à l'écart et s'était montré galant homme. Après un compliment joliment tourné, il avait conduit la belle dans une chambre isolée, puis, sous le prétexte - ô combien spécieux - que la journée venait de finir, l'avait engagée à se mettre au lit.ette, qui s'était fait donner quelques leçons par des dames connues pour leur esppièglerie, avait, dès la première nuit émerveillé François par sa fantaisie et son goût du détail.
- Quelle imagination ! s'était écrié le duc, un peu essoufflé
Le lendemain, il lui avait offert, en remerciement, le domaine de Cholet.

[color=violet]Naturellement, la pauvre duchesse de Bretagne avait beaucoup souffert du comportement de son époux. D'autant que, François II s'étant affiché dès le premier jour avec sa nouvelle favorite, tout Nantes en avait parlé. Finalement, Marguerite était tombée malade
.
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 11 Mai - 12:09

Le domaine de Cholet pour une nuit !! Je serais partante .. Razz
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 12 Mai - 20:36

Pendant quelque temps, Louis XI avait reçu, par messages secrets, des renseignements fort précieux sur la Cour de Bretagne. Puis les lettres s'étaient espacées et, un jour, Antoinette n'avait plus rien envoyé.

Furieux, le roi s'était demandé la raison de cette trahison. Comment aurait-il pu deviner, lui qui n'aimait personne, que la "favorite par ordre" avait fini par se prendre au jeu et tomber amoureuse du duc de Bretagne .


La vérité l'avait rempli de stupeur. Et l'on imagine son désappointement en apprenant qu'Antoinette, non contente de procurer des joies physiques à son amant, avait vendu ses bijoux pour renflouer le trésor ducal en difficulté.

Au décès de Marguerite de Bretagne, tout le monde avait cru qu'Antoinette se ferait épouser pour que ses bâtards fussent légitimés. Mais elle n'en avait rien fait, et François II s'était remarié avec Marguerite de Foix - laquelle avait dû naturellement, accepter la présence de la favorite sous le toit conjugal...

Les deux femmes entouraient gentiment, et sans aucune hostilité apparente, le bouillant duc de Bretagne, lorsque Louis d'Orléans arriva à la Cour.


Celui-ci fut tout de suite séduit par Antoinette, bien qu'elle eût alors près de vingt ans de plus que lui. A la fin d'un tournoi, il s'approcha d'elle au moment où elle remettait le trophée au chevalier vainqueur.

- Mon plaisir serait grand, lui murmura-t-il, de vous enseigner le secret de certaines joutes connues seulement en mon pays.

- Beau sire, répondit Antoinette sans se troubler, plus n'ai besoin d'apprendre en cette matière. Et, quand cela serait, je réserve ce rôle de maître à mon seigneur... Sachez-le...

C'était la première fois que Louis d'Orléans rencontrait une femme fidèle. Il a considéra dès lors avec un mélange d'admiration et d'agacement.


François II avait eu de sa seconde femme, Marguerite de Foix, une fillette fort gracieuse que toute la Bretagne adorait "pour ce qu'elle étoit jolie et qu'elle s'appeloit Anne". Quant Louis d'Orléans lui avait été présenté, il ne s'était pas beaucoup intéressé à elle.

Mais quand il la revit, après l'échec qu'il avait essuyé auprès d'Antoinette de Maignelais, il fut troublé. Comme il avait le goût des contrastes, ce fruit vert lui parut fort désirable. Il envisagea aussitôt de faire annuler son mariage avec la pauvre Jeanne qui se morfondait toujours en Berry, et d'épouser l'héritière du duché de Bretagne.

L'idée n'était pas mauvaise, car, comme le dit un historien avec quelque grandiloquence : "Pour la première fois, le désir du débauché pouvait permettre à l'ambitieux de réaliser une excellente opération politique"...


Il se mit incontinent à faire des cadeaux à la fillette qui les reçut avec joie. Finalement, ayant donné l'assurance à François II que son mariage "forcé" avec Jeanne pouvait être facilement cassé par Rome, il se fiança secrètement à la duchesse enfant.

Anne de Beaujeu, qui avait des agents partout, fut rapidement instruite de ces tractations, et ce qui lui restait d'amour pour Louis lui fit chercher un moyen de séparer sans tarder les deux fiancés. Elle le trouva.
Charles VIII n'était pas encore sacré. Or Louis d'Orléans devait , en sa qualité de premier prince du sang et sous peine de déchéance, assister son cousin dans la cérémonie.
C'est lui qui, selon l'usage, devait tenir la couronne au-dessus de la tête du jeune roi. Il n'y avait pas de meilleur prétexte pour le faire revenir à Paris.

Anne annonça donc que le sacre allait avoir lieu et écrivit à Louis pour lui rappeler que sa présence était nécessaire.

Très ennuyé de devoir ainsi interrompre sa cour, le fiancé d'Anne de Bretagne quitta Nantes et se rendit à l'invitation de sa cousine.


Le couronnement eut lieu à Reims le 30 mai 1484.
Le 5 juillet, Charles VIII faisait son entrée à Paris, ce qui donna lieu à des fêtes extraordinaires, auxquelles le frivole duc d'Orléans voulut assister. Et, au mois d'août, il n'était pas encore retournée à Nantes...

Anne de Beaujeu souriait heureuse du tour qu'elle avait joué à Louis et ravie de l'avoir auprès d'elle...


S'il avait été moins orgueilleux et plus fin, Louis d'Orléans aurait pu, sans doute, obtenir de l'amour ce que ni ses intrigues ni son titre de premier prince du sang ne parvenaient à loui donner.
Car c'était l'orgueil seul qui l'empêchait de répondre aux avances de sa cousine.
"Il voulait, nous rapporte Brantôme, qu'elle dépendît de lui et lui d'elle."


Et il s'ingéniait à la mécontenter, pensant lui prouver ainsi qu'il ne la craignait point. Un jour qu'il jouait à la paume avec des dames de la Cour, nous dit Jean de Serre, "vint un coup en dispute dont il s'en fallait rapporter aux gens. L'on en vint demander à Mme de Beaujeu. Ladite dame jugea contre M. d'Orléans. Luy, qui était haut à la main et se doutant d'où venait le jugement, commença à dire assez bas que quiconque l'avait condamné, si c'était un homme il avait menti, si c'était une femme, c'était une putain ; ce qui étant rapporté à Madame, celle-ci la lui garda bonne sous un beau semblant".

Oui, elle "la lui garda bonne". Et pour se venger de cet affront, elle décida d'empêcher le mariage breton "qui lui causait tant de déplaisir au coeur et tant de jalousie cuisante".

Mais, pour cela, il fallait lier Anne de Bretagne à un autre fiancé.
Un autre fiancé ? Lequel ?
La régent ne chercha pas longtemps.
"Et pouquoi pas le roi de France ?" pensa-t-elle
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 13 Mai - 19:33

Pendant qu'Anne de Bretagne projetait de marier le jeune roi à la duchesse de Bretagne, une adorable petite fille de cinq ans jouait dans les jardins du château de Montrichard avec sa gouvernante, Mme de Segré. Cette enfant était la fiancée de Charles VIII...

Elle s'appelait Marguerite d'Autriche ; elle était brune, avait des yeux bleu foncé et passait son temps à s'amuser avec de petits animaux qu'on avait apprivoisés et dressés pour elle. Le jeune roi, qui était âgé de quatorze ans, l'adorait. Il la nommait sa "très aimée femme" et tout le monde la considérait comme la "petite reine" de France, bien que le mariage - on s'en doute - n'eût point été consommé.

Marguerite était en France depuis deux ans. Son père, Maximilien d'Autriche, avait dû accorder sa main au dauphin de France en exécution d'une clause du traité d'Arras signé en 1482 avec Louis XI.


Et elle était arrivée en litière, sur les genoux de sa nourrice, un soir de juin 1483, au milieu des acclamations du peuple. Charles, vêtu d'une robe de drap d'or, l'avait accueillie au pont d'Amboise. Puis Anne et Pierre de Beaujeu s'étaient approchés, accompagnés du protonotaire apostolique, délégué pour la circonstance, et de nombreux seigneurs.
Aussitôt, les fiançailles avaient été célébrées, en plein air, sur la place publique décorée de tapisseries.
Le protonotaire avait uni les mains des deux enfants et "Monsieur le Dauphin avait baisé par deux fois Madame la Dauphine".

Le lendemain, dans la chapelle du château, les fiancés avaient reçu la bénédiction et s'étaient agenouillés pour prêter serment "comme on fait en mariage, c'est à savoir de non changer pour pire ni meilleur". Après quoi, Charles avait passé l'anneau au doigt de la fillette.
Puis il y avait eu de grandes fêtes populaires. On s'était enivré de bals, de chansons et de vin de Touraine en l'honneur de cette gentille princesse qui apportait en dot au Dauphin : l'Artois, le Mâconnais, le Charolais et l'Auxerrois...

Mais le surlendemain, tandis que le peuple festoyait encore, Charles était retourné vivre calmement à Amboise, surveillé par sa grande soeur Madame Anne...


La mort de son père et son avènement n'avaient rien changé à l'existence du Dauphin. En revanche, le train de vie de la Dauphine avait été transformé afin que Maximilien, qui était au courant par des ambassadeurs installés à Montrichard, en fût flatté.
Traitée immédiatement en reine de France, on lui avait donné plus de cent demoiselles et nobles dames pour s'occuper d'elle et former sa Cour.
Ensuite, bien qu'elle fût encore un peu jeune pour apprécier de tels détails, on l'avait "magnifiquement accoustrée"...

Marguerite était fort aimée dans le royaume et le menu peuple, toujours friand de belles cérémonies, attendait avec impatience que le vrai mariage fût célébré afin de pouvoir acclamer de nouveau sa petite souveraine...


Le projet d'Anne de Beaujeu, on le voi, n 'était donc pas facile à réaliser. Mais "fine femme et déliée s'il en fut oncques", comme nous le dit Brantôme, la Régente, ayant décidé de marier son frère à la petite Anne de Bretagne, n'en dit mot à personne, pas même au roi, et attendit son heure...

Or Louis d'Orléans avait repris ses intrigues. D'accord avec le duc de Bourbon et François II de Bretagne, il organisa une coalition féodale contre les Beaujeu et commença par essayer d'enlever Charles VIII.
Aussitôt informée du complot, Anne quitta Amboise avec le roi et alla se réfugier à Montargis. Alors Louis écrivit au Parlement pour accuser Anne de tenir le jeune roi prisonnier.
"Une femme s'est emparée de l'Etat, passe outre aux décisions des Etats généraux, accroît les tailles, prodigue des pensions à ses partisans, dilapide le Trésor au profit de ses intérêts personnels ; une femme aspire au pouvoir personnel, à la tyrannie. La preuve ? Les gardes ne doivent serment qu'au roy, eh bien ! elle l'exige pour elle."

Mais le Parlement ne se laissa pas émouvoir, et le premier président, Jean de la Vacquerie, répliqua avec rudesse au duc d'Orléans : "Appliquez-vous à maintenir sans divisions le royaume de France et ne troublez point la paix publique !".


Pour toute réponse, Louis leva une armée, négocia avec les Anglais, demanda l'aide de Maximilien d'Autriche et entraîna les princes coalisés dans une "guerre folle" qui devait durer deux ans.

Les premières batailles prouvèrent immédiatement la supériorité des troupes royales et surtout l'extrême habileté d'Anne de Beaujeu qui dirigeait les opérations. L'armée des conjurés, vaincue en maints endroits, fut bbientôt incapable de continuer sa marche sur Paris. Elle dut se replier sur Nantes, cependant qu'Anne de Bretagne allait se réfugier précipitamment à Rennes.


La petite duchesse, qui allait avoir dix ans, vécut alors des heures fort mouvementées. Convoitée par tous les princes d'Europe, qui désiraient s'approprier un jour son duché, elle était l'objet de multiples tractations.
Chaque jour, son père, François II, recevait des ambassadeurs qui venaient lui proposer secours et aide en échange d'une promesse de mariage.
Sentant la situation désespérée, le vieux duc, affolé à l'idée que la Bretagne pouvait perdre son indépendance, promettait sa fille à tout le monde.
"Arrêtons d'abord les armées d'Anne de Beaujeu, pensait-il, et l'on verra ensuite..."

C'est ainsi que la petite Anne eut bientôt de nombreux fiancés, parmi lesquels le duc de Buckingham, le fils du duc de Rohan, Jean de Châlons, prince d'Orange, l'infant d'Espagne, Maximilien d'Autriche (père de la fiancée de Charles VIII) et Alain d'Albret, qui, possédant le comté de Foix, régnait sur le Béarn et la Navarre...


Un jeune homme, pourtant, manquait sur les rangs : Jacques III d'Ecosse, qui venait de périr d'une si curieuse façon que, dans toute l'Europe, les gens les plus austères ne pouvaient s'empêcher de rire.

Ce roi, attaqué par une coalition de nobles, avait dû quitter précipitamment son château et, dans sa fuite, s'était jeté avec son cheval dans une rivière. Porté par des paysans jusqu'à un moulin voisin, il avait demandé un confesseur.
Un prêtre s'était présenté et, l'ayant entendu, lui avait donné l'absolution.

- Vous voilà en état de paraître devant Dieu, s'était alors écrié ce saint homme avec un bon rire.
C'est le moment d'en profiter...
Et, sortant un poignard de sa manche, il avait tué le roi. Car c'était un ecclésiastique du parti ennemi...
Les fiancés d'Anne de Bretagne n'étaient donc que sept, ce qui constituait tout de même un bon lot
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 13 Mai - 21:00

Tous, naturellement, se haïssaient. Aussi réganit-il une assez curieuse atmosphère dans le camp des conjurés.
Chacun surveillait son voisin, le jalousait et se tenait prêt à le trahir. C'est avec ce déplorable état d'esprit que les amis de Louis d'Orléans eurent à livrer un combat, le 28 juillet 1488, à Saint-Aubin-du-Cornier.
Le résultat dépassa les espérances de la Régente.
Mal organisée, l'armée des coalisés fut anéantie par les troupes du roi, et Louis d'Orléans tomba aux mains de Louis de la Trémoille.


Anne de Beaujeu exulta. Elle tenait enfin à sa merci son cher ennemi. Elle le fit conduire d'abord dans un cachot du château de Lusignan, puis dans la grosse tour de Bourges.
Après Saint-Aubin-du-Cornier, la Trémoille se dirigea sur Saint-Malo, qui se rendit presque sans combattre. Cette fois, la Bretagne coupée en deux ne pouvait plus lutter. François II n'avait plus de place forte, plus d'armée, plus d'argent : il était obligé de payer ses soldats avec de la monnaie de cuir...
Effondré, il expedia des parlementaires chez le roi qui se trouvait avec une partie de ses troupes au château de Verger, en Anjou.


- Il plairait au duc, dirent-ils, que cette guerre se terminât.
- Soit, dit le roi, mais ne manquez pas de lui rappeler qu'il m'a déplu, à moi, qu'elle commençât.


Après cette magnifique réplique, probablement soufflée par Anne de Beaujeu, les pourparlers de paix s'engagèrent sur un ton plus aimble.
Et, le 19 août 1488, un traité fut signé, au terme duquel François II promettait :
1° d'expulser du territoire les princes et soldats étrangers qui s'y trouvaient et 2° de ne pas marier ses filles (Anne avait une jeune soeur prénommée Isabeau) sans le consentement du roi de France.

Ecrasé de douleur, le vieux duc s'alita et mourut quelques semaines plus tard, le 7 septembre exactement.


Anne restait seule à onze ans (sa mère était morte en 1486, quelques mois avant Antoinette de Maignelais, favorite de François II).

Aussitôt, tous les prétendants agrées par François II vinrent la herceler. Elle était maintenant duchesse souveraine de Bretagne et ce titre lui valait des hommages et des déclarations dont elle se serait aisément passée.
Car la fillette était fort lucide. Elle savait très bien que ces amoureux qui se pressaient à ses trousses ou qui lui envoyaient leurs ambassadeurs ne connaissaient m^me pas la couleur de ses yeux.

Et elle se sauvait de ville en ville, fuyant cette meute de coureurs de dot et pensant avec nostalgie à Louis d'Orléans qui semblait l'avoir aimée pour elle-même.
"C'est le seul que j'aurais épousé avec plaisir, se disait-elle. Hélas ! il n'a jamais pu faire casser son mariage... Et, maintenant, il est enfermé dans un cachot"...


Sa vie allait encore se compliquer, car l'activité des princes qui s'obstinaient à demeurer en Bretagne, contrairement aux engagements pris par François II à Verger, finit par mécontenter Charles VIII et, un matin, les hostilités reprirent.

Très effrayée, la petite duchesse Anne demanda aide à celui de ses prétendants qui lui répugnait le moins : Maximilien d'Autriche.

- J'accepte d'être votre épouse, lui écrivit-elle.
Et elle attendit...


Pendant ce temps, les troupes royales assiégeaient la place de Nantes qui était défendue par un de ses "fiancés" : Allain d'Albret.

Annne de Beaujeu, dont la ruse était grande, eut alors une idée qui lui permit de conquérir la ville sans livrer bataille. Elle fit savoir à Alain d'Albret que la duchesse Anne avait enfin fixé son choix et préparait son mariage avec Maximilien. Furieux, le prétendant évincé se détacha aussitôt de la ligue, trahit la cause du prince et livra Nantes à Charles VIII ...
Du haut du purgatoire, Louis XI dut être fier de sa fille
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 13 Mai - 22:55

Maximilien, lorsqu'il reçut le message de la petite duchesse, fut ravi mais fort ennuyé, car la guerre l'empêchait d'aller chercehr sa fiancée. Alors il décida de se marier par procuration.

Une cérémonie assez burlesque eut lieu quelques semaines après, à Rennes. On fit se coucher la duchesse Anne, et l'ambassadeur de l'empereur d'Autriche, Zolfang de Polhain, s'approcha du lit en tenant de la main gauche la procuration de son maître ; puis, ayant dénudé sa jambe droite, il glissa celle-ci un instant sous les draps.

Après quoi, il quitta fort sérieusement la chambre nuptiale non sans avoir salué Anne, qui pensa jusqu'au matin que la réputation des nuits de noces était très surfaite
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 16 Mai - 20:36

SIX BOURGEOIS ASSISTENT A UNE NUIT DE NOCES



Tout ce qui est au monde est concupiscence des yeux - PASCAL -



ANNE DE BEAUJEU n'avait rien fait pour empêcher cette union, car elle ne la croyait pas possible avant la fin des hostilités. Aussi fut-elle extrêmement surprise et fort désapointée en apprenant que l'astucieux Maximilien avait utilisé le "mariage par procuration".

Cette surprise se mua en colère lorsque la Régente apprit que l'Autrichien faisait signer par son ambassadeur des actes qui portaient la mention :
"Maximilien et Anne, roi et reine des Romains, duc et duchesse de Bretagne."

Aussitôt, elle appela son mari :

- La France est encerclée, dit-elle. Il faut sans tarder faire annuler ce mariage. Et, pour parer définitivement à toute éventualité, nous allons unir Charles VIII à Anne de Bretagne...
- Mais le mariage a été béni par l'évêque de Rennes ! dit Pierre de Beaujeu.
- Sans doute, répondit Anne. Mais il a été conclu en violation du traité signé par François II, puisque Charles n'a pas été prévenu. En exhibant cet acte, nous pouvons donc faire annuler un mariage funeste pour la France.


Et, comme Anne de Beaujeu était une femme de tête, elle pensa qu'avant de faire valoir ses droits il fallait montrer sa force. Elle envoya donc une armée assiéger la ville de Rennes, où se trouvait la petite duchesse.
Puis elle appela son frère et le mit au courant de ses projets.

- Mais je suis déjà fiancé avec Marguerite d'Autriche, objecta Charles VIII.
- Il en va du salut de la France, répondit Anne de Beaujeu. Aussi, mon frère, allez-vous prendre le commandement d'une armée et partir pour Rennes.


Charles, un peu ennuyé, baissa la tête. Puis il se rendit à Amboise pour faire ses adieux à sa fiancée.
Celle-ci avait déjà été prévenue des intentions de la Régente. Aussi se mit-elle à pleurer lorsque le roi l'embrassa et lui dit au revoir.

- Je sais bien dit-elle, que vous allez en Bretagne pour épouser une autre femme !

Une "autre femme". Cette expression eût pu faire sourire dans la bouche d'une enfant de neuf ans. Pourtant, Charles fut très ému.

- Je n'abandonnerai jamais celle que mon père m'a donné pour épouse, dit-il. Et tant que vous vivrez, je n'en aurai point d'autre.


Il aurait pu ajouter que Louis XI s'était engagé, par serment, à faire célébrer leur mariage. Mais il jugea prudent de ne pas en parler. Et il partit pour Rennes à la tête de 40 000 hommes.

A la Toussaint de 1491, il était devant les murs de la ville où la petite duchesse, toute tremblante, n'escomptant plus l'appui de personne, attendait que le ciel décidât de son sort.

La pauvre n'avait que 14 000 hommes pour la défendre.


Aussi dut-elle bientôt se rendre à l'évidence : Charles VIII allait s'emparer d'elle. Or elle détestait les Français qui avaient fait mourir son père et à la pensée d'être un jour en face de ce jeune roi, qu'elle considérait comme son pire ennemi, elle pleurait de rage.

Son oncle qui voyait sainement les choses lui disait bien, dans l'espoir de l'amadouer, que Charles VIII avait l'intention de l'épouser. Mais cela n'arrangeait rien, on s'en doute.

- Je suis déjà mariée, disait-elle.
- Oui, sans l'approbation du roi, donc votre mariage est nul.


Anne était très entêtée : elle ne voulait pas du roi de France, et un jour, à bouts d'arguments, elle lança dans un mouvement de colère :

- D'ailleurs, s'il veut que lui baille ma main, il faudrait au moins qu'il la demandât !

Anne de Beaujeu avait des espions partout. On lui rapporta bientôt la réflexion de la duchesse et elle chercha un homme qui fût capable d'aller faire une demande officielle de la part de Charles VIII.
Une idée lui vint. Une idée machiavélique qui la vengeait de bien des affronts.


En allant à Rennes, Charles VIII, pressé par sa soeur Jeanne, qui s'ennuyait de son mari, avait fait libérer Louis d'Orléans.

Pourquoi ne pas le charger de cette mission délicate ?
Anne de Beaujeu pensa qu'il serait cruellement humilié d'avoir à demander, pour le roi, cette petite duchesse qu'il aurait tant voulue pour lui, et elle en fut ravie.

Pressenti, le duc devint "plus blanc que linceul".
Pourtant il accepta, car sa situation ne lui permettait pas de désobéir à la Régente.


La semaine suivante, Louis d'Orléans arriva donc à Rennes et se présenta devant Anne. La petite duchesse lui sembla plus belle encore que du temps où il s'était fiancé avec elle, et il eut bien du mal à lui présenter la requête de Charles VIII.

Anne, qui commençait à subir l'influence de ses conseillers, tous favorables à un mariage avec le roi de France, déclara simplement :

- Qu'il vienne me voir !

Après quoi, elle se mit à pleurer, "pour ce qu'elle haïssoit moult l'homme qu'on vouloit lui faire espouser".


Quelques jours plus tard, une entrevue entre Charles et Anne fut préparée de façon habile. Le roi se rendit en pèlerinage dans une chapelle située aux portes de Rennes et, après s'y être recueilli, franchit les fortifications "comme si cet acte était fait par inadvertance". En fait, comme il était accompagné dans sa petite promenade par cinquante archers et cent hommes d'armes, cette entrée officieuse équivalait à une prise de possession.

Aussitôt, Charles se rendit auprès de la petite duchesse pour la saluer. On les laissa seuls. Et, tout en prononçant des paroles banales, ils s'examinèrent.
Il la trouva jolie, charmante, ramarqua qu'elle avait la gorge pleine et qu'elle dissimulait fort habilement, par l'emploi de semelles de feutres, la claudication dont on lui avait parlé.

Quant à Anne, elle fut désespérée, car elle trouva Charles très laid. Il avait en effet, d'après Zacharie Contarini : "des yeux blancs beaucoup plus aptes à voir mal que bien, le nez aquilin également grand et gros plus qu'il ne convenait, les lèvres grosses et continuellement ouvertes, et, de plus, dans les mains, certains mouvements nerveux qui semblaient fort laids à voir".

Mais ils n'étaient pas là uniquement pour se contempler. Ils se parlèrent. Et Charles demanda à la duchesse Anne si elle voulait devenir sa femme.


Elle accepta, car elle savait que son refus entraînerait la ruine complète du duché par les troupes royales. "Il fallait qu'elle se résignât à être l'épouse du roi de France ou sa captive."
Les fiançailles eurent lieu trois jours après dans le plus grand secret.

Pöurtant, on eut la curieuse idée de convier le maréchal Zolfgang de Polhain, ambassadeur de Maximilien, celui-là même qui avait glissé sa jambe dans le lit d'Anne au moment du mariage par procuration.
Il déclina l'invitation, d'un air pincé, et, quittant précipitamment la Bretagne, alla prévenir son maître de cette union imprévue.


Au bout de quelques semaines, Anne et Charles furent bons amis. Et, tandis que la petite Bretonne commençait à oublier la laideur de son fiancé, celui-ci sentait naître en lui un désir qui l'étonnait. Jamais, en effet, il n'avait eu envie de caresser les seins d'une femme. Or il eut bientôt de telles démangeaisons au creux des paumes, qu'il s'en inquiéta et confia son tourment à Anne de Beaujeu.

- Votre question m'afflige, mon frère, dit-elle. Il s'agit d'une chose pour laquelle je ne pouis vous être d'aucune utilité.

Alors Charles VIII, qui alalit avoir vingt et un ans, rentra dans sa chambre et considéra longuement ses mains en réfléchissant.
"Est-ce donc cela qu'on appelle l'amour ?" se disait-il.


Puis comme Anne continuait à lui plaire de plus en plus, il eut de son sentiment pour elle d'autres témoignages, et il oublia le picotement qui agaçait ses paumes.
Il eut hâte, alors, de se marier
.
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 18 Mai - 7:59

Et voilà, partie à Tournai en nous laissant en plan !
pas gentil ca .. Evil or Very Mad
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 18 Mai - 10:46

Marco, tu es mauvaise langue ! J'ai apporté mes bouquins pour vous taper un chapitre ce soir. ..........

Comment as-tu pu croire que je vous laisserais tomber ? .......... scratch ........... Wink
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   

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