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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET

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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 21 Oct - 23:24

LE ROI DONNE UN MARI A SA MAÎTRESSE



Le travail que l'on fait en équipe est généralement plus "fini" - Charles BEDAUX -




APRES un voyage lent et fatigant, sur les routes boueuses de l'automne, la Cour arriva à Blois pour Noël.
C'était l'époque où François Ier faisait des cadeaux à ses amis, à ses maîtresses et même à la reine. Il commanda des robes pour toutes les dames de la "petite bande", prépara une liste de dons (seigneuries, terres, châteaux) pour ses compagnons préférés et fit dessiner par un artiste italien des bijoux pour Eléonore.
Restait Anne de Pisseleu. Longtemps, le roi chercha ce qui pourrait faire plaisir à celle dont il avait déjà comblé tous les voeux.
Enfin, il trouva, et son choix peut paraître surprenant : à sa maîtresse, en effet, il décida d'offrir un mari...
Cet étrange cadeau ne signifiait point que le roi eût l'intention de se séparer d'Anne. Au contraire. Il voulait "l'agrandir". C'est-à-dire lui donner un rang et un titre, susceptibles de l'établir honorablement à la Cour.


Il choisit donc un homme de haute naissance, effacé et point trop jaloux, capable de tenir, avec autant de grâce que M. de Châteaubriant, l'office de "mari complaisant" ; et le soir de Noël, regardant sa favorite dans les yeux, il lui dit :

- Madame, je songe à de grandes choses pour vous... Je vais vous marier.

Anne était ambitieuse et jalouse d'acquérir un nom. Elle rougit, mais fit mine de protester :

- Je ne veux point d'autre homme que vous Sire !
- Ceci, madame, est pour votre bien.

Alors, elle murmura :

- Avec qui ?
- Avec Jean de Brosse, que je vais faire duc d'Etampes. Et vous serez ainsi, ma mie, duchesse d'Etampes...

Sans même montrer de fausse honte, Anne de Pisseleu, ravie, se jeta dans les bras du roi.


Jean de Brosse n'avait pas encore été pressenti, mais François Ier était sûr de son acceptation et de sa "complaisance" future. En effet, ce gentilhomme était le fils du duc de Penthièvre, qui avait suivi le parti du duc de Bourbon et était mort, dépouillé de tous ses biens. Le pauvre Jean, qui se voyait exposé à languir dans la misère, avait donc tout intérêt à faire plaisir au roi.

François Ier le fit mander dans sa chambre :

- Monsieur, voulez-vous épouser la plus belle femme du royaume ?

L'autre, interloqué, ne sut que dire.

- Répondez !
- Oui, sans doute.
- Parfait. Elle est à vous... Je pense que vous avez compris qu'il s'agissait de Mlle de Heilly (c'est ainsi qu'on nommait Anne de Pisseleu).
Jean de Brosse, de plus en plus étonné, bredouilla des paroles confuses.

- Toutes mes félicitations, mon ami, et tous mes voeux, ajouta le roi. Ce mariage me cause tant de plaisir que je me fais un devoir de vous témoigner mon amitié en cette occasion. Tout d'abord, je vous fais rendre tous les biens qui avaient été confisqués que duc de Penthièvre ; ensuite, je vous fais don du duché de Chevreuse et du duché d'Etampes...

Jean de Brosse se jeta aux pieds du roi.

- Duc d'Etampes, relevez-vous, je vous prie, et courez auprès de votre fiancée.

Le gentilhomme se releva et le roi lui mit la main sur l'épaule.

- Bien entendu,dès après votre mariage, vous irez, seul, habiter le château d'Etampes.

Alors seulement Jean de Brosse comprit le rôle ingrat que François Ier voulait lui faire jouer. On lui demandait d'être le cocu officiel, appointé, fonctionnaire...
Il réfléchit, pensa qu'en échange on lui rendait tous ses biens, qu'on lui donnait même la possibilité de serrer d'un peu près la plus belle femme de France... et il accepta.


Un mois plus tard, l'union d'Anne de Pisseleu et de Jean était célébrée à Nantes en grande magnificence.

Ce mariage curieux ne pouvait donner lieu qu'à des fêtes étranges. C'est ainsi qu'un historien du temps nous dit "qu'après les noces, on vit de saints prêtres s'offrir en spectacle et lutter à mains plates devant les dames".
Ce qui d'ailleurs, ne choqua personne...

Lorsque les fêtes furent terminées, Jean de Brosse, qui n'avait réussi à faire valoir ses droits de mari qu'une seule fois, au soir de ses noces, s'en alla tristement à Etampes, et la nouvelle duchesse rentra au Louvre pour "tenir auprès du roi le premier poste qu'elle y occupait".


La Cour avait été fortement impressionnée par ce mariage. Elle accueillit la favorite avec beaucoup d'égards, et Clément Marot composa ce dixain, dans lequel il s'amusait à jouer de façon un peu maniérée sur le nouveau titre de la dame et sur la fameuse vallée antique de Tempé, en Thessalie, célébrée par Virgile :

Ce plaisant val que l'on nomme Tempé,
Dont mainte histoire est encore embellie,
Arrosé d'eau, si doux, si attrempé,
Sachez que plus il n'est en Thessalie.
Jupiter, roi qui les coeurs gagne et lie
L'a de Thessale en France remué
Et quelque peu, son nom propre mué ;

Car pour Tempé, veut qu'Etampes s'appelle.
Ainsi lui plaît ; ainsi l'a situé,
Pour y loger de France la plus belle
.

François Ier, soucieux de sauvegarder les apparences, offrit à la duchesse d'Etampes un hôtel, rue de l'Hirondelle ; mais il en fit bâtir un autre tout à côté "avec portes secrètes qui permettaient de faire communiquer les deux logis".

Ce second hôtel fut décoré de devises et de symboles galants qui témoignaient de l'amour du roi pour sa favorite. L'un d'eux représentait un coeur enflammé placé entre un alpha et un oméga, ce qui voulait dire que "pour ce coeur qui brûlerait toujours l'amour était le principe et la fin".


Mais Mme d'Etampes n'était pas une amoureuse du genre de Mme de Châteaubriant. La bagatelle ne lui suffisait point. Elle rêvait avant tout d'obtenir des faveurs pour elle et sa famille. Or elle avait trente frères et soeurs...
Courageusement, elle se mit au travail.
Habile, elle sut profiter de tous les moments de répit que le besoin de reprendre haleine lui laissait entre deux étreintes, pour arracher au roi, comblé et essouflé, les nominations ou les avancements qu'elle désirait.

Finalement, tous les Pisseleu furent pourvus de charges importantes et, généralement ecclésiastiques, car la maîtresse du roi "avait de la religion"...

Antoine Seguin, son oncle maternel, devint abbé de Fleury-sur-Loire, évêque d'Orléans, cardinal, et enfin archevêque de Toulouse. Charles de Pisseleu, son second frère, eut l'abbaye de Bourgueil et l'évêché de Condom. François, son troisième frère, fut fait abbé de Saint-Corneille de Compiègne, et évêque d'Amiens ; et le qutrième, appelé Guillaume, fut nommé évêque de Pamiers. Elle eut soin également de ses soeurs : deux furent nommées abbesses, et les autres furent mariées dans les meilleures et les plus riches maisons du royaume
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 9 Nov - 14:22

Tandis que François Ier faisait la navette entre le Louvre et la rue de l'Hirondelle, la pauvre reine Eléonore, qui était au courant de toutes les frasques du roi, cachait son chagrin avec courage.
Pourtant, lorsqu'elle se trouvait avec ses dames de compagnie, elle ne pouvait s'empêcher d'évoquer les jours merveilleux où François, captif à Madrid, venait lui faire la cour. Des larmes, alors, lui brûlaient les yeux.
Pensant retrouver l'amour du roi en le délivrant des soucis que lui causait Charles-Quint, la malheureuse essaya de réconcilier François Ier avec l'empereur, son frère.
Mais elle n'y parvint point, et cela encore la rendit amère. Finalement, voyant que son rôle se bornait à briller dans les parties de chasse, elle s'éloigna de la Cour et vécut le plus souvent dans un petit cercle de dames espagnoles.


Un jour, Frédéric II, électeur palatin, qui avait été l'amant d'Eléonore avant qu'elle n'épousât le vieux roi du Portugal (lorsqu'elle épousa François Ier, Eléonore était veuve d'Emmanuel de Portugal), fut reçu à Paris. Se trouvant seul avec celle qu'il avait éperdument aimée vingt ans plus tôt, il lui rappela le temps de leurs rendez-vous secrets, et son regard brilla...
La reine était encore belle, malgré des lèvres un peu lourdes. Elle aurait, certes, pu alors se venger des infidélités du roi une fois, avec l'électeur palatin, ce que François Ier faisait quotidiennement avec la duchesse d'Etampes. Elle n'y songea probablement pas et répondit fort dignement, d'après l'historien de Frédéric, que "ce qu'elle avait accueilli en ce temps n'était qu'un badinage, car, dès lors, elle voulait être reine". (En disant cela, Eléonore mentait. Vingt ans plus tôt, follement amoureuse de Frédéric, elle l'aurait certainement épousé, si Charles-Quint, ayant découvert leur liaison, ne l'avait pas obligée à se marier avec le roi du Portugal. Mais sans doute, avait-elle besoin de ce mensonge pour éteindre l'ardeur de Frédéric).

Puis elle ajouta :

- J'ai été heureuse au Portugal. Mais, pour cette Cour de France, Dieu sait comment j'y suis traitée et la manière dont le roi en use avec moi !

Ce fut sa seule plainte, son seul moment de faiblesse.
Comme pour lui donner raison, le roi, quelque temps après, faisait brusquement repasser les Pyrénées à toutes les dames espagnoles qui se trouvaient à la Cour, privant ainsi Eléonore des seules personnes amies qui l'entouraient.

Fort chagrinée, la malheureuse souveraine vécut désormais dans une espèce de retraite, entièrement consacrée à des exercices de piété...


François Ier ne s'aperçut même pas de l'effacement de la reine. Il était d'ailleurs fort occupé pour lors à se réjouir d'une nouvelle qui le ravissait le remplissait d'orgueil. Le dauphin François, âgé de dix-sept ans, avait une maîtresse depuis plus d'un an. Pris par ses propres aventures, le roi ne s'était douté de rien, et voilà qu'on lui apprenait d'un coup que son fils n'était pas aussi niais qu'il en avait l'air et qu'il avait été déniaisé...
La jeune partenaire du dauphin était Mlle de l'Estrange, fille d'honneur de la reine. Elle était fort jolie, à en croire Clément Marot, qui dit dans ses Etrennes
:

A la beauté de l'Estrange,
Face d'ange,
Il donne longue vigueur,
Pourvu que son gentil cueur
Ne se change.


Le dauphin l'avait connue au cours d'un bal champêtre, en dansant le "bransle", deux heures plus tard, il était devenu son amant.
Tous ces détails ravissaient le roi, qui qui considérait avec tristesse "tous puceaux âgés de plus de quatorze ans"...



A la fin d'octobre de 1535, François Ier apprit que Francisque Sforza, dernier duc de Milan, venait de mourir, et il en fut satisfait.
Aussitôt, il se disposa à se saisir de ce duché qu'il convoitait depuis longtems et pensa que l'occasion était peut-être venue de mettre également la main sur la Savoie, qu'il appelait le "portier des Alpes", et dont la position stratégique lui semblait fort importante.

Il leva une armée et, pour la première fois, cette armée fut composée d'hommes du peuple. En effet, le trésor était trop vide pour qu'on pût payer des mercenaires, et le roi, depuis la trahison du connétable de Bourbon, se méfiait de la noblesse.
A la tête de ces troupes, se trouvait l'amiral Chabot de Brion (grand protégé de la duchesse d'Etampes) ainsi que les deux fils aînés du roi : le dauphin François et le prince Henri.

Avant de quitter Paris, Henri, avec sa froideur habituelle, fit ses adieux à Catherine de Médicis, puis il se rendit chez Diane de Poitiers à seule fin de lui montrer qu'il parait à la guerre en portant ses couleurs : le blanc et le noir... (Après la mort de son mari, en effet, la grande sénéchale affectant une vive douleur, se voua pour toujours aux couleurs noire et blanche. Il est vrai, nous dit Emmanuel de Lerne, que ces nuances lui allaient à ravir)
.

Les troupes gagnèrent Lyon, puis s'élancèrent fougueusement vers les Alpes et, malgré un hiver rigoureux, s'emparèrent en quelques semaines de la Savoie et du Piémont.

Timoré, indécis, l'amiral de Brion fut un peu ébloui par sa victoire rapide et n'osa pas pousser tout de suite jusqu'au Milanais. Faute qui rendit le roi furieux.
Immédiatement tombé en disgrâce, l'infortuné amiral fut remplacé par Montmorency, qui était, lui, le protégé de Diane de Poitiers.

Ainsi, dans les coulisses de la guerre, les deux dames de beauté continuaient à se battre, à coup de généraux...


Montmorency, sachant que Charles-Quint se préparait à attaquer la France par Nice et le Var, avec une armée de 50 000 hommes, se porta rapidement en Provence, détruisit tout ce qui pouvait servir à ravitailler les troupes de l'empereur, rasa des villes et des villages, brûla les moulins, empoisonna les puits et donna l'ordre aux paysans de fuir vers Avignon, où il s'installa avec le roi dans un camp admirablement défendu.

L'empereur avançait déjà sur cette "terre brûlée", quand François Ier apprit que le dauphin, qui, quelques jours plus tôt, à Lyon, avait bu un verre d'eau glacée après une partie de paume, venait de mourir subitement à Tournon.

Aussitôt, il accusa Charles-Quint d'avoir fait empoisonner son fils. Le valet qui lui avait tendu le verre d'eau fut arrêté, jugé, condamné à avoir les membres disloqués comme régicide et exécuté.
En réalité, il semble bien prouvé maintenant que le dauphin ait succombé à une pleuro-pneumonie. A moins que le chroniqueur Beaucaire n'ait raison quand il nous dit, à l'abri du latin, que l'héritier du trône est mort des suites d'une trop fatigante nuit d'amour avec Mlle de l'Estrange...
(Delphinum nonnulli, ex parvoe piloe udo multo sudore madentem, oequa frigida intemperantius hausta, alii ex nimia venere cum Lestrangia, oeulica matrona mortem sibi consevisse existimarunt. - BELCARIUS, Commentari rerum gallicaru
m, XXI -
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 9 Nov - 14:46

DIANE AVAIT QUARANTE ANS, LE DAUPHIN DIX-NEUF



On a souvent besoin d'un plus petit que soi ... - LA FONTAINE -



TANDIS que la France pleurait son dauphin, la guerre continuait. Charles-Quint, au prix d'efforts fantastiques, était parvenu jusqu'aux portes de Marseille, laissant sur les routes de Provence plus de vingt mille cadavres.
La tactique de Montmorency avait réussi. Décimées par la fain et la dysenterie, les armées impériales se trouvaient hors d'état de se battre avant même d'avoir eu un combat à livrer...

Après les obsèques de son fils, François Ier revint au camp d'Avignon avec Henri, nouveau dauphin de France, et retrouva sa soeur, Marguerite d'Angoulême, venue à la tête du contingent de la Gascogne et du Béarn.
Le roi la remercia.

- Je ne suis qu'une femme, et je le regrette, dit-elle, mais je promets de rassembler une si grande bataille de priants devant Dieu, que Celui entre les mains duquel est la victoire devra la donner à son frère.

Les semaines passèrent.

Cette curieuse guerre, qui consistait à attendre dans un camp que l'ennemi mourût de faim ou s'empoisonnât en buvant l'eau polluée es puits, coûtait fort cher, car les troupes ne pouvaient se livrer aux pillages sur lesquels comptait habituellement l'Intendance pour assurer l'ordinaire. (Le pillage, en effet, est un procédé de ravitaillement courant et valabe en campagne, mais inconcevable dans un camp fermé).

Or il arriva qu'un jour le Trésor fut à sec, et les soldats, dont les repas devenaient de plus en plus minces, commencèrent à maugréer ; certains parlèrent même clairement de laisser le roi se débrouiller seul et de rentrer chez eux.
Le manque d'argent risquait fort de compromettre la victoire.

François Ier allait-il perdre ses hommes au moment où l'armée de Charles-Quint, lasse d'errer à la recherche de nourriture, commençait à songer à la retraite ?
Montmorency se le demandait avec angoisse, quand une riche dame d'Avignon, Madeline Lartessuti, mise au courant de ces difficultés, fit porter au roi une somme considérable qui permit d'attendre l'épuisement complet de l'empereur.

Quinze jours plus tard, le 14 septembre, Charles-Quint se repliait sur le Var et s'embarquait pour l'Espagne. Il avait perdu la moitié de son armée dans cette désastreuse campagne, et "laissait son honneur enterré en France"...

"Depuis Aix jusqu'à Fréjus, dit Martin du Bellay, tous les chemins étaient jonchés de morts et de malades, de harnois, lances, piques, arquebuses et autres armes, et de chevaux abandonné qui ne pouvaient se soutenir. Là vous eussiez vu hommes et chevaux, tous amassés en un tas, les uns parmi les autres, et tant de côté que de travers, les mourants pêle-mêle parmi les morts, rendant un spectacle si horrible et piteux qu'il était misérable jusqu'aux obstinés et pertinax ennemis ; et quiconque a vu la désolation ne la peut estimer moindre que celle que décrivent Josèphe en la destruction de Jérusalem, et Thucydide en la guerre du Péloponnèse."

François Ier respira. Le royaume des lys était sauvé.
Mais qui sait si, sans Madeline Lartessuti, les choses n'eussent point tourné autrement et si la lamentable description que vient de nous faire Martin du Bellay ne se fût point appliquée aux armées de François Ier
?
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 16 Nov - 15:47

Dès que Charles-Quint eut quitté la Provence, le roi alla rejoindre la Cour à Lyon et annonça son désir de remonter bientôt vers Paris.
Si la guerre était terminée dans le Midi, elle continuait en effet, dans le Nord, où les armées de l'empereur attaquaient la Flandre et la Picardie. Marguerite d'Angoulême, à la tête de ses Gascons se transporta rapidement à Péronne et à Saint-Riquier.

- Il serait temps, dit-elle, que les femmes devinssent hommes, afin de rabaisser l'orgueil de ces téméraires ennemis.

Il semble, d'ailleurs, qu'elle communiqua son courage aux Flamandes, puisque, au siège de Saint-Riquier, les femmes jetèrent de la poix et de l'eau bouillante du haut des murs sur l'assaillant, et que plusieurs, déguisées en hommes, allèrent jusqu'à ceinturer des soldats impériaux pour leur prendre leurs enseignes.

Tandis que Marguerite se battait ainsi avec le courage et l'adresse d'un grand capitaine, la Cour, qui n'avait pas quitté Lyon, oubliait avec quelque légèreté ses craintes récentes et organisait des fêtes, des bals et des parties de campagne...


Catherine de Médicis, devenue dauphine, était, bien entendu, le point de mir de toute la "petite bande". Souriante, douce, habile, elle avait su se faire de nombreuses amies et se gagner la sympathie du roi. François Ier admirait beaucoup cette jeune personne de dix-sept ans qui apprenait le grec et le latin, s'intéressait à l'astronomie, étudiait les mathématiques, le suivait à la chasse et ne rougissait point en écoutant les lestes histoires qu'il aimait à raconter.

Bien sûr, Catherine n'était pas aussi jolie que les demoiselles de la petite bande, mais la finaude avait trouvé le moyen de faire oublier son visage lunaire et ses grosses lèvres en montrant ce qu'elle avait de mieux : ses jambes.

Pour cela, elle inventa une façon audacieuse de monter à cheval. Alors que, à cette époque, les femmes s'asseyaient sur leurs haquenées, de côté, les pieds appuyés sur une planchette, la dauphine monta "le pied gauche à l'étrier, et la jambe droite fixée sur la corne de l'arçon". C'est à dire "en amazone".

Aussi, pendant les parties de chasse, les princes n'avaient-ils d'yeux que pour les mollets de Catherine... Bien entendu, toutes les dames de la Cour, même celles qui eussent dû faire au public la charité de lui cacher leurs jambes, imitèrent la dauphine.
Cet engouement allait avoir une singulière conséquence.


En effet, la nouvelle façon de monter à cheval, qui faisait parfois flotter haut la jupe, obligea les grandes dames françaises à ajouter à leur trousseau une pièce qu'elles ne possédaient point jusqu'alors et dont elles n'avaient pas encore éprouvé le besoin : une culotte.
Ce sous-vêtement nouveau, que l'on nomma tout d'abord calçon, fit jaser bien des moralistes. A les entendre, il s'agissait là d'un attribut du diable.
"Il est bon, disaient-ils, que les femmes aient la fesse nue sous la jupe. Elles n'ont point à s'approprier un vêtement viril, dérivé des hauts-de-chausses réservés à l'homme.
Qu'elles renoncent donc aux vertugales (ou "vertugadin", ces bourrelets que les femmEs plaçaient sous les robes pour faire bouffer leur jupe) ouvertes, ainsi qu'à certaines façons de monter à cheval, et se laissent les fesses libres comme il convient à leur sexe."


D'autres, au contraire, comme Henri Estienne, prenaient la défense de l'objet :
"Ces calçons sont utiles aux femmes pour ce qu'elles ont l'honnesteté en grande recommandation. Car, outre que ces calçons les tiennent plus nettes, les gardant de la poudre et du froid, ils empeschent qu'en tombant de cheval ou autrement, elles ne montrent plus qu'il ne convient".
Plus loin, il précisait :
"Ces calçons les assurent aussi contre les quelques jeunes gens dissolus, car, venant mettre la main sous la cotte, ils ne peuvent toucher aucunement leur chaire."

Tout ceci était fort bien, pourtant Henri Estienne, qui connaissait les femmes, ajoutait :
"Mais comme l'abus vient en toute chose encore que l'invention ne soit pas abusive, quelques-unes de celles qui au lieu de faire lesdits calçons de toile simple, les font de quelque estoffe bien riche,, pourroient sembler ne regarder pas aux choses que nous avons dictes ; mais en se mettant en chausses, vouloir plustost attirer les dissolus que de se défendre contre leur impudence..."



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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 23 Nov - 14:12

Cette polémique entre les détracteurs et les défenseurs du pantalon féminin passionna la Cour pendant des mois, et peut-être aurait-on vu princes et princesses se battre pour la "chatière de dame", comme certains disaient alors, si une aventure assez curieuse n'était venue, tout à coup, vers la fin de l'été 1536, éclipser le débat "sous-vestimentaire"...

L'héroïne en fut Madeleine de France, la plus jolie fille de François Ier.
Un jour, cette princesse, qui se promenait à cheval avec trois ou quatre amies, s'arrêta au bord d'une rivière.

- Baignons-nous, dit-elle.

Naturellement, cette époque, qui en était encore à inventer le pantalon féminin, ignorait le maillot de bain. Aussi, est-ce seulement parées de leur candeur et d'un léger duvet que les jeunes filles entrèrent dans l'eau.
Tout à coup, l'une d'elles poussa un cri et désigna aux autres un groupe d'hommes inconnus, cachés dans les arbres, et qui les contemplaient. En un éclair, elles disparurent, se rhabillèrent en hâte, remontèrent sur leurs chevaux et regagnèrent Lyon en pendant bien que personne ne connaîtrait jamais leur aventure.
Or, l'un des indiscrets était le roi d'Ecosse, Jacques V.


Celui-ci, qui avait quitté son pays avec quelques gentilshommes de ses amis pour venir combattre Charles-Quint aux côtés du roi de France, arrivait trop tard et s'en désolait. Il avait appris la retraite de l'empereur en traversant Paris, mais il était parti tout de même pour Lyon, car il voulait demander à François Ier la main de Marie de Bourbon, fille du duc de Vendôme.
C'est en voulant faire une dernière halte avant Lyon qu'il s'était arrêté auprès de la rivière où Madeleine et ses compagnes s'ébattaient en toute innocence.

Attiré par les rires de ces demoiselles, Jacques V avait jeté un coup d'oeil à travers les branches, et une nymphe lui était apparue, dont il avait pu contempler le corps parfait pendant quelques secondes.
Après la fuite des baigneuses, le roi d'Ecosse remonta à cheval et continua sa route, fort troublé par la radieuse beauté entrevue et fort malheureux à la pensée que, sans doute, il ne la retrouverai jamais...
Une heure plus tard, il arriva à Lyon, où François Ier le reçut avec beaucoup de grâce.

- Je veux que, ce soir même, une fête soit donnée en l'honneur de mon ami le roi d'Ecosse, dit-il.

Le soir, avant le bal, François présenta les princes et les princesses de sa Cour à Jacques V, et soudain, celui-ci pâlit : devant lui, dans une somptueuse robe de brocart, se tenait, écarlate de confusion, la nymphe de la rivière.


Deux secondes plus tard, il savait que cette demoiselle, dont il avait admiré les jambes magnifiquement dessinées, et les petits seins pointus et fermes, était la princesse Madeleine.
Fort exalté, il demanda, dès le lendemain, à François Ier la main de sa fille ; ce qui lui fut accordé aussitôt.

Les fiançailles donnèrent lieu à des fêtes qui durèrent tout l'automne, et le mariage fut célébré à Notre-Dame de Paris le Ier janvier 1537. Madeleine, qui avait toujours désiré être reine et qui adorait son mari, était follement heureuse.


Au mois de mai, le jeune couple, accompagné d'un petit page nommé Pierre de Ronsard, qui commençait à versifier, s'embarqua pour l'Ecosse.
Hélas ! deux mois après son arrivée dans les brumes de Linlithgow, la petite reine mourut tuberculeuse.
Elle avait dix-sept ans
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 23 Nov - 14:47

Tandis que Catherine de Médicis exhibait gaillardement ses jambes à la chasse et lançait des modes nouvelles, Henri - à qui son nouveau titre avait donné quelque assurance - faisait une cour assidue à Diane de Poitiers.
La grande sénéchale, loin de sourire, comme autrefois, aux déclarations enflammées du jeune prince, se montrait plus attentive et commençait à s'émouvoir devant tant de constance.

La fidélité du dauphin était, en effet, extraordinaire. Malgré son mariage avec Catherine, il continuait à porter les couleurs de Diane, appelait celle-ci sa "dame" et lui envoyait des poèmes délirants et laborieux, sur lesquels le malheureux, qui n'était point doué comme son père, avait peiné toute une nuit...


Brusquement, cette veuve austère, qui portait des vêtements de deuil depuis six ans et posait les yeux sur les hommes sans avoir jamais d'arrière-pensées, fut troublée et, nous dit un chroniqueur, "se sentit grande chaleur et fortes démangeaisons au corbillon, ainsi que grande envie de se faire mignoter le tétin..."

Ce qui la mit en d'heureuses dispositions pour reprendre le dialogue sur de nouvelles bases. Habilement, au milieu de cette Cour préoccupée de ses intrigues et de ses fêtes, elle se rapprocha du dauphin, le considéra avec un intérêt sans cesse accru et acheva de l'affoler en se montrant à la fois coquette et maternelle, provocante et affectueuse...
Le pauvre garçon, qui n'était déjà pas ce que l'on appelle un bon vivant, perdit le sommeil, le boire et le manger. Triste et mélancolique, il vivait les yeux fixés sur Diane.


Il avait dix-neuf ans ; elle en avait près de quarante.
Mais son éclatante beauté dépassait celle de toutes les jeunes filles de la Cour. A une époque où les femmes étaient vieilles à trente ans, une telle fraîcheur paraissait étonnante, voire insolite, et l'on prétendait qu'elle usait de philtres. Or son secret était simple : levée à six heures chaque matin, elle prenait un bain d'eau froide, puis montait à cheval et faisait une promenade dans la campagne, jusqu'à huit heures. Ensuite, elle rentrait se coucher, prenait un petit déjeuner léger et, jusqu'à midi, lisait au lit. Les poudres et les pommades lui étaient inconnues, et elle dédaignait même le fard, qui eût terni sa fraîcheur.

Toute la Cour - sauf Mme d'Etampes, bien entendu - était d'accord pour la trouver adorablement belle. On copiait sa démarche, ses gestes, ses coiffures. Elle servit d'ailleurs, à établir les canons de beauté, dont toutes les femmes, pendant cent ans, cherchèrent furieusement à se rapprocher :



Trois choses blanches : la peau, les dents, les mains.
Trois noires : les yeux, les sourcils, les paupières.
Trois rouges : les lèvres, les joues, les ongles.
Trois longues : le corps, les cheveux, les mains;
Trois courtes : les dents, les oreilles, les pieds.
Trois étroites : la bouche, la taille, l'entrée du pied.
Trois grosses : les bras, les cuisses, le gros de la jambe.
Trois petites : le tétin, le nez, la tête.


Un jour qu'elle était légèrement souffrante, Diane reçut une lettre passionnée du dauphin :


Madame,

Je vous supplye de me mander de vostre santé, afin que, selon cela, je me gouverne. Car si vous contynuyez à vous trouver mal, je ne vouldrois faillir vous aller trouver pour vous faire servyce, selon que j'y suis tenu, et aussi qu'il ne me seroit possible de vivre si longtemps sans vous voir... Estant éloigné de celle de qui dépent tout mon bien, il est malaisé que je puisse avoir joie...
Cependant, je vous supplie d'avoir souvenance de celui qui n'a jamais connu qu'un Dieu et une amie, et vous assure que n'aurez point de honte de m'avoir donné le nom de serviteur, lequel je vous supplie de me conserver pour jamais.

HENRY
.
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MAINGANTEE

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 23 Nov - 15:18

Pour ce qui est de la peau blanche, maintenant ce n'est plus d'actualité !
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 23 Nov - 15:48

Diane pensa dès lors que les choses ne pouvaient pas rester longtemps à ce stade, le jeune prince risquant de mourir d'un coup de sang avant d'avoir ceint la couronne de France.
Allait-elle devenir la maîtresse du dauphin, après trente-neuf années de vie irréprochable ?
La grande sénéchale se posa brusquement la question qu'elle écartait de son esprit depuis longtemps et fut prise de vertige. Une existence nouvelle, extraordinaire, s'offrait à elle : maîtresse de Henri, elel pouvait, un jour, devenir la favorite du roi de France, l'adversaire triomphante de Mme d'Etampes, et l'égérie toute puissante d'un souverain faible et peu au fait de la politique.

Effarouchée et ravie, elle chercha à calmer sa conscience. La chose fut assez facile, car, avec cette charmante hypocrisie que possèdent les femmes, elle se trouva une admirable excuse : "Le dauphin est jeune, timide, gauche et sans expérience. Il est de mon devoir de l'aider à devenir un homme et un grand roi..."

Pénétrée de l'importance du rôle qu'elle avait à jouer, elle attendit désormais l'occasion.


Celle-ci se présenta quelques semaines plus tard à Ecouen où le Grand Maître Anne de Montmorency avait invité Diane et Henri dans son fameux "château obscène", dont chaque fenêtre était garnie de vitraux tellement licencieux que "la lumière rougissait en les traversant".
L'endroit était idéal pour ce que préméditait la grande sénéchale. Et, un matin, après une promenade à deux dans le jardin, Diane et Henri allèrent s'enfermer dans une chambre...

Le soir, le dauphin, l'air presque guilleret, rentra à Paris, où Catherine de Médicis le félicita pour sa bonne mine et s'extasia sur les qualités de l'air qu'on respirait en Parisis.

- Vous devriez y retourner souvent, dit-elle, vous gagneriez des couleurs...

Henri ne se le fit pas dire deux fois, on s'en doute, et prit l'habitude de rencontrer la grande sénéchale chez Montmorency.
Pendant des mois, personne ne se douta de rien.

Or, tandis que la Cour continuait à admirer la vertu de Diane, celle-ci, pourtant si discrète habituellement, se laissait attendrir comme une midinette par sa propre aventure et ne pouvait résister au besoin d'écrire quelques vers en souvenir de sa délectable chute :



Voici vraiement qu'Amour un beau matin,
S'en vint m'offrir fleurette très gentille,
Là se prit-il, à orner vostre teint
Et vestement violiers et jonquille
Me rejettait à tant, que ma mantille
En était pleine ... et mon coeur s'en pâmait.
(Car voyez-vous fleurette si gentille
Estoit garçon frais, dispos et jeunet).
Ainsi tremblante et détourant les yeux
" - Nenni" disois-je. "Ah ! ne serez déçue",
Reprit Amour ; et soudain à ma vue
Va présentant un laurier merveilleux
- "Mieux vaut, lui dis-je, être sage que reine"
Ains (mais) me sentis et frémir et trembler.
DIANE FAILLIT, et comprendrez sans peine
Duquel matin je prétends reparler...


Dès la première rencontre, Diane, éblouie par la fougue du dauphin, était tombée amoureuse...

Quant à Henri, transformé par cette liaison, il montrait une exaltation de collégien. C'est d'ailleurs à ce moment qu'il se dessina, par jeu puéril, un monogramme où se trouvaient l'H de son nom et deux fois le D de Diane entrelacés de telle façon qu'on put croire qu'il s'agissait là de l'initiale de Catherine mêlée à la sienne .

Ce monogramme orna bientôt ses armes, en attendant de se trouver, un jour, sur tous ses château et même sur sa robe de sacre.
Bref, le jeune Henri, absolument subjugué par cette maîtresse intelligente et expérimentée, ne tarda pas à être entièrement sous sa domination.

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 24 Nov - 20:24

Avant de montrer les conséquences politiques de cette liaison, il convient, je crois, de détruire une légende absurde et tenace qui veut que le dauphin, en devenant l'amant de la grande sénéchale, ait pris la place de son père...
Voyons d'abord quels faits authentiques ont donné naissance à ce bruit. En 1523, le seigneur de Saint-Vallier, père de Diane, avait été arrêté comme complice du connétable de Bourbon et condamné à mort. Alors que le galive du bourreau tournoyait déjà au-dessus de sa tête, un cavalier lancé au galop apporta une lettre du roi : il était gracié. François Ier avait fini par se rendre aux prières de la grande sénéchale quivenait plusieurs fois par jour implorer le pardon pour son père.

Cette grâce, accordée in extremis, frappa l'esprit du bon peuple qui chercha, comme toujours, à embellir l'histoire, et l'on murmura que Diane avait eu quelques bontés pour le souverain...
Rumeur qui fut reprise et amplifiée, quelques années plus tard, par les protestants, lorsque ceux-ci eurent à lutter contre la grande sénéchale ; et Régnier de la Planche, dans son livre De l'estat de la France sous François Ier, écrivit sans sourciller :
"En son jeune âge, Diane racheta de son pucelage la vie du sieur Saint-Vallier, son père."


Or, en 1523, Diane était mariée depuis huit ans, il y avait beau temps que son pucelage ne la gênait plus.
Mais c'est Brantôme, soixante-sept ans plus tard, qui donna, bien entendu, le plus de détails sur cette histoire issue de l'imagination populaire. Ecoutons-le :
"J'ai entendu parler, dit-il, d'un grand seigneur qui, ayant été jugé d'avoir la tête tranchée, si qu'étant djà sur l'échafaud, sa grâce survint que sa fille qui était des plus belles avait obtenu et il ne dit autre choses, sinon : "Dieu sauve le bon c... de ma fille qui 'a si bien sauvé...'

Ce mot extraordinaire n'est cité par aucun contemporain ; or il eût frappé, je crois, ceux qui entouraient l'échafaud...
Il faut donc tenir l'anecdote pour indiscutablement fausse. Mais les légendes ont la vie dure, et, pour pouvoir prétendre que François Ier avait été l'amant de Diane, des historiens ont présenté pendant bien longtemps des lettres passionnées écrites au roi par une femme.

- Cette femme, disaient-ils, c'est Diane ! Les experts en écriture sont formels.

Ils avaient tort d'être aussi catégoriques, car il s'agissait d'une grossière erreur ; et Guiffrey a démontré par simple comparaison de graphies que l'auteur des lettres était Mme de Châteaubriand...
Il ne reste donc plus le moindre doute, et tous les historiens sont d'accord aujourd'hui pour affirmer que Diane de Poitiers n'a jamais été la maîtresse de François Ier.
C'est donc en femme honnête, si j'ose dire, qu'elle entra dans le lit du dauphin...


La duchesse d'Etampes fut la première à soupçonner ce qui se passait entre le dauphin et la grande sénéchale. Elle se livra à une enquête discrète et acquit bientôt la certitude que la vertueuse chasseresse, ayant, si j'ose dire, plus d'une corde à son arc, faisait les belles nuits de l'héritier du trône. Elle en fut stupéfaite, ulcérée et inquiète.

Ainsi donc, Diane, qu'elle haïssait en silence depuis le fameux concours de beauté qui les avait naguère opposées, devenait brusquement sa future remplaçante - autant dire sa rivale.

Le dauphin lui importait peu, et elle eût accepté de voir n'importe quelle maîtresse dans le lit du prince Henri ; mais que le destin eût choisi précisément la femme à qui elle devait le plus cuisant affront de son existence, la mit dans un état de grande nervosité dont s'alarma François Ier.
Enfermée dans sa chambre, elle rumina sa colère, cherchant un moyen de se débarrasser à tout jamais de lagrande sénéchale. La satire lui parut être une bonne arme et elle décida de faire fuir son ennemis sous les quolibets et les sarcasmes de la Cour...


Dès le lendemain, Anne avait préparé son plan.
Elle convoqua un de ses protégés, le poète champenois Jean Voulté, et lui demanda de composer des vers ironiques et cruels contre la maîtresse du dauphin.
Certain d'être bien payé, le poète se mit aussitôt au travail et rima en latin des épigrammes fort injurieuses qui fruent rapidement connues de toute la Cour. Dans ces vers, Jean Voulté accusait grossièrement - et faussement - Diane de Poitiers de farder son visage de blanc et de rouge, de porter des dents artificielles et même des cheveux d'emprunt.
La grande sénéchale riposta sans tarder, en faisant sournoisement courir les bruits fâcheux sur la fidélité de la favorite.
La guerre entre les deux dames était déclarée.

Se voyant découverte, la duchesse d'Etampes mit bas le masque et attaqua ouvertement sa rivale, la traitant en public de vieille édentée , de vieille ridée, et racontant, en riant très fort, "qu'elle était née le jour du mariage de la grande sénéchale".
Ce qui était faux car les deux femmes n'avaient que neuf ans de différence.
Alors, Diane lança de nouvelles accusations beaucoup plus précises cette fois, avec l'espoir que le roi en serait ému. Et l'on murmura que l'ardente favorite "avait souventes fois compté les solives en compagnie du sire de Dampierre, du comte de la Mirandole, de Clément Marot et de quelques autres seigneurs ; outre ceux-ci, ils estoient bien dix et plus à la Cour qui
eussent pu affirmer, sans pécher, lui avoir touché le brimborion"...


Or, si Mme d'Etampes mentait lorsqu'elle traitait Diane de vieille ridée, celle-ci n'avait pas tout à fait tort en prétendant que la favorite trompait le roi.
Mais François Ier était trop attaché à la blonde duchesse pour qu'une rupture fût possible, même sous l'empire de la jalousie. Une anecdote le prouvera.
Un jour que le souverain était à la chasse, la favorite posta la demoiselle Renée des Colliers à l'oeil de boeuf du corridor.

- Dès que le roi entrera dans la cour, lui dit Mme d'Etampes, venez frapper à la porte de ma chambre.

Bien entendu, la demoiselle s'endormit, et François Ier, pénétrant chez sa maîtresse, trouva celle-ci couchée avec le jeune Christian de Nançay. Les accusations de la grande sénéchale se trouvaient donc brusquement vérifiées.
Durant quelques secondes, la duchesse d'Etampes se crut perdue.
Le roi comprit qu'un scandale l'obligeait à chasser l'infidèle. Il préféra faire semblant de ne pas la reconnaître.


- Que cette femme se lève ! dit-il simplement.

Et vous, Monsieur, qui osez entretenir ici des intrigues avec une suivante de Mme d'Etampes, allez réfléchir en prison sur l'inconvenance d'une pareille conduite...
Puis il sortit très pâle.
Diane n'avait donc aucune chance de séparer le roi de sa maîtresse. D'ailleurs, pour montrer qu'il ne faisait aucun cas des accusations lancées par la grande sénéchale, François Ier, à quelque temps de là, se fit accompagner de Mme d'Etampes pour aller rendre visite au pape
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 26 Nov - 19:10

La lutte entre les favorites devint si farouche que deux camps se formèrent bientôt à la Cour. On oublia la guerre contre l'empereur pour se ranger derrière la fringante duchesse d'Etampes ou aux côtés de l'altière grande sénéchale.

Il y eut le parti du dauphin et celui du roi. François Ier et son fils se trouvèrent donc divisés à cause de leurs maîtresses au moment précis où Charles-Qunt regroupait de nouvelles forces contre la France.
Autour du roi et de Mme d'Etampes, il y avait Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier, du Bellay, l'amiral de Brion et quelques seigneurs favorables aux idées lancées par Luther. Autour du dauphin et de Diane de Poitiers, il y avait la reine Eléonore, le Grand Maître Anne de Montmorency, les princes de Lorraine et, aussi étrange que ceal puisse paraître, la dauphine Catherine de Médicis, qui se montrait douce, gentille et prévenante pour la maîtresse de son mari.


La Florentine cachant, avec une force peu commune, la jalousie qui la torturait, souriait à Diane et à ses amis. Mais, déjà, des idées de vengeance commençaient à lui venir... Et, peu à peu, l'amertume et la haine lui façonnèrent l'une des âmes les plus noires qui aient jamais habité un corps humain...

Une étrange histoire allait, d'ailleurs, lui fournir un exemple dont elle ne manquerait pas de s'inspirer un jour.
Au mois d'otobre 1537, alors que la Cour vivait dans une atmosphère de guerre froide, une nouvelle vint surprendre tout le monde : Mme de Châteaubriant était morte.
L'ex-favorite disparaissait à quarante-trois ans ayant conservé jusqu'au dernier jour son éclatante beauté. Le roi fut bouleversé. Montant à cheval, il fila d'une traite jusqu'à Châteaubriant pour s'incliner devant la tombe fraîchement close de son ancienne "mye".
Rentré à Fontainebleau, il se désintéressa un moment de la querelle des "dames" et "se consacra à sa peine" nous dit un historien du temps. Il composa même un poème fort mélancolque qui se terminait par :

L'âme est en haut, du beau corps c'en est fait
Icy dessous.


Pendant ce temps, Clément Marot rimait pour la belle Françoise une épitaphe dont le dernier vers mériaterait d'être inscrit sur le tombeau de toutes les favorites du monde :
[i]

Ci gît un rien, là où tout triompha.[/i]

Ce vers fut commenté comme il se doit, puis la Cour oublia Mme de Châteaubriant pour reprendre ses intrigues. C'est à peine si quelques facétieux clignèrent de l'oeil lorsque le sir de Châteaubriant, dix jours après la mort de sa femme, réussit à se faire donner par le roi les lettres lui concédant "la jouissance des revenus des terres et seigneuries de Rhuys et Sucinio, pour en user comme en jouissait Mme de Châteaubriant, sa femme, récememnt décédée".
Tout le monde, en effet, trouva normal que le gouverneur de Bretagne profitât des cadeaux reçus par sa femme "pour ce que le roi accointait icelle et le faisoit cocu"...


Or, trois mois plus tard, en janvier 1538, un bruit colporté par des Bretons stupéfia la Cour ; Mme de Châteaubriant n'étiat pas morte de mort naturelle, elle avait été assassinée par son mari...
Ces braves racontaient une histoire horrible.
A les entendre, Jean de Laval avait dissimulé sa jalousie pendant des années, feignant l'indifférence ou la cupidité ; puis, au début de 1538, sachant que le roi, pris définitivement par Mme d'Etampes, ne pouvait plus protéger Françoise, il avait résolu de se venger.
Après avoir annoncé que sa femme était souffrante, il avait enfermé la malheureuse dans une chambre tendue de noir comme un cercueil. Elle y était restée six mois entiers sans voir personne. Et, le 16 octobre, il avait fait entrer six hommes masqués et deux chirurgiens. Ceux-ci étaient armés de longs couteaux effilés. Sans prononcer une parole, ils avaient bondi sur Françoise qui hurlait de terreur et l'avaient saignée aux bras et aux jambes. Après quoi, la pauvre était morte aux pieds du comte de Châteaubriant. En effet, tandis que le sang de l'ex-favorite se répandait en nappe tiède dans la chambre, le comte se tenait droit contre la tapisserie.

- Et, ajoutaient les braves Bretons, il étoit fort pâle...

On comprend cela.


Cette lugubre histoire était-elle fondée sur des faits exacts ? Le roi, fort ému, chargea le Grand Maître Anne de Montmorency d'aller enquêter sur place.
L'enquête ne donna aucun résultat et l'affaire fut classée.

Mais quelque temps après, on devait apprendre que M. de Châteaubriant déshéritait ses neveux et léguait tous ses biens "par don irrévocable entre vifs "... au Grand Maître Anne de Montmorency...
Est-il besoin de conclure
?
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 26 Nov - 19:32

Toute cette affaire n'avait pas interrompu une seconde la "guerre des dames" et François Ier, dans l'impossibilité d'intervenir lui-même, se plaisait à prouver que la duchesse d'Etampes conservait sa confiance et son estime en la couvrant de cadeux somptueux.
Mais à ce jeu, le Trésor, déjà mal en point, fut rapidement à sec ; et le roi dut se séparer de 1 200 hommes de troupe qu'il ne pouvait plus payer. Acte regrettable qui lui valut une critique curieusement formulée des basochiens. Ecoutons le chroniqueur François de Bonnivard nous conter la chose :


"Luy mesme (François Ier), il était libéral, magnanime, humain, et bref en toutes vertus accompli hormis qu'il était subject à volutpé, et en sa jeunesse fit maints excès à gents particuliers dommageables, car il alloit de jour et de nuit en masque riblant ça et là, frappant et battant cestuy et l'autre ; mais il se chastia en âge vieil, hormis des femmes (car il y fut subject depuys le berceau jusqu'à la mort), auxquelles il donnoit tout ce qu'il avoit, en sorte que par ses dons successifs du commencement de son règne, force luy fut de casser 1 200 hommes d'armes pour ce que l'on ne trouvoit de quoi payer, ce dont la basoche de Paris fut émue de jouer une telle farce.

"Ils firent tailler un gros membre d'homme qu'ils corouèrent, mirent sus une charette et alloient luy donnant du fouet par tous les carrefours et avaient aposté des gens qui leur disoient : - Mes amis, à qui est ce pauvre v.. que vous allez ainsi fouettant, et en quoi a-t-il mesfaict ?
Ils répondirent : - C'est le v.. du roy qui a bien mérité le fouet et pis.
- Comment, disoient les autres, a-til chevauché sa cousine ?
- Il a bien faict pis, répondoient-ils (les clercs de la basoche).
- Comment, a-t-il chevauché sa soeur ?
- Pis !
- Par aventure, sa mère ?
- Encore pis !
- Est-il par hasard bougre ?
- Encore Pis !
- Quel crime a-t-il donc commis ?
- Il a chevauché douze cents hommes d'armes, disoit-on par conclusion."


Cette procession déplut beaucoup au roi...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 29 Nov - 21:28

LES FEMMES ET LA REFORME



Sans Mme d'Etampes, il n'y aurait peut-être pas eu de guerres de religion. - GRAND-CARTERET -


A PLUSIEURS reprises, j'ai fait allusion, dans les chapitres précédents, à la lutte qui opposait depuis le début du XVIè siècle catholiques et protestants.
Je crois que le moment est venu de montrer le rôle que les femmes ont joué dans la naissance de la crise religieuse qui secoua la chrétienté pendant plus de cent ans. Car c'est à cause de quelques jolies filles trop séduisantes que l'Europe occiendentale fut ensanglantée par les guerres de religion
De nombreux ecclésiastiques, en effet, ne vivaient pas dans l'état de chasteté désiré par les membres du Concile général de Latran. Ils partageaient leur couche avec de sémillantes demoiselles, grâce auxquelles ils avaient bonne année, bonne santé, le paradis avant la fin de leurs jours...


Ce comportement un peu osé pour des ministres du Seigneur commença par faire rire, car en France le lit amuse. Seules, quelques vieilles filles amères se répandirent en critiques féroces, vouant à tous les tourments de l'enfer les moines amateurs de dames.
Mais ces saints hommes commirent une imprudence qui fit soudain changer l'opinion à leur égard.

Non contents d'entretenir chez eux des concubiens ou de recevoir dans leur chambre quelques filles de joie expertes aux jeux d'alcôve, ils firent, entre deux bréviaires, subir de délectables outrages à certaines de leurs paroissiennes. Alors, les hommes qui riaient en clignant de l'oeil devinrent furieux, car il n'était pas rare que de dignes épouses revinssent de chez M. le Curé avec un "petit enfant de choeur dans le bénitier".


Aussitôt, ces braves gens, qui ne songeaient à discuter ni des dogmes ni de la liturgie, que la transubstantiation, la virginité de Marie ou que l'intérêt qui'l pouvait y avoir à dire la messe en latin laissaient indifférents, désirèrent que l'Eglise procédât à d'indispensables réformes... Et ils commencèrent à déclarer hautement que les prêtres, au lieu d'en être réduits à détourner des épouses, devraient pouvoir trouver un apaisement à leurs ardeurs dans le saint sacrement du mariage.
Des discussions passionnées s'engagèrent alors, et certains érudits rappelèrent l'autorité regrettable des femmes d'évêque, les fameuses episcopae au VIè siècle, et les honteux trafics auxquels donnait lieu l'arrivisme de ces dames.

- Combien de femmes de chanoines, disaient-ils, entraient dans le lit d'un cardinal pour faire avoir de "l'avancement" à leurs maris...


D'autres allaient jusqu'à citer l'exemple navrant de Badégésile, femme de l'évêque du Mans, "qui excitait continuellement son mari à commettre des crimes", névrosée, hystérique, maniaque, elle organisait des parties fines à l'issue desquelles "elle coupait aux hommes les parties naturelles et la peau du ventre, et faisait brûler aux femmes, avec des fers ardents, les parties secrètes de leurs corps". (Grégoire de Tours, Chroniques.)
Désordres qui plaçaient son époux dans un climat peu procpice à la prière, on s'en doute.


Mais ces anecdotes ne parvenaient pas à convaincre tout le monde, et de nombreux catholiques réclamant le mariage des prêtres se trouvaient, sans le savoir, dans un état d'esprit qui rendait possible n'importe quelle tentative de schisme.
Quelques âmes simples s'étonnaient pourtant de l'indulgence dont faisait preuve le pape et pensaient que des peines terribles allaient un jour s'abattre sur les coupables.
Les pauvres devaient être bientôt cruellement détrompées. Un ouvrage tenu secret fut soudain rendu public par certains clercs qui réclamaient depuis longtemps une réforme de l'Eglise. Il s'agissait du Livre des taxes de la Cour de Rome, qui révélait de curieux trafics d'indulgences. En effet, le pape, comprenant qu'il ne parveindrait jamais à corriger les moeurs du clergé, avait trouvé habile de profiter de la vigueur des saints prêtres pour boucler son budget. Il autorisait donc certains actes de luxure aux ecclésistiques moyennant une petite somme d'argent...

Et le peuple, ébahi, put lire :


L'absolution et pardon de tous actes de paillardise commis par un clerc en quelque sorte que ce soit, et fût-ce avec une nonnain, dedans ou dehors le pourpris de son monastère, ou avec ses parentes ou alliées, ou avec sa filleule ou avec une autre femme quelle qu'elle soit ; soit aussi que ladite absolution se fasse au nom du clerc simple, ou de lui et de ses putains, avec dispense de pouvoir prendre les ordres, et tenir bénéfices ecclésiastiques, avec aussi la clausule inhibitoire, coûte 36 tournois et 9 ducats, ou 3 ducats. Et si, outre ce que dessus, il y a absolution de bougrerie, et péché contre nature, et fût-il fait avec des bêtes brutes, et que la dispense que dessus, et la clausule inhibitoire y soit, il faut 90 tournois 12 ducats 6 carlins. Mais s'il y a simple absolution du péché de bougrerie, ou du péché commis contre nature, avec les bêtes brutes, avec dispense et la clausule inhibitoire, il faut 36 tournois et 9 ducats. Une nonnain, ayant paillardé plusieurs fois dedans ou dehors le pourpris de son monastère, sera absoute et réhabilitée à pouvoir tenir toutes les dignités de son ordre, voir la dignité abbatiale, moyennant 36 tournois et 9 ducats. L'absolution pour un qui tiendrait à pot et à feu une concubine, avec dispense de pouvoir prendre ses ordres et tenir bénéfice ecclésiastique, coûte 21 tournois, 5 ducats, 6 carlins
. (Publié à Rome en 1514 sous le titre de : Regule, constitutiones reservationes concellaries. Domini nostri Leonis pape decimi, noviter edite et publicate. Les protestants l'éditèrent par la suite sous le titre : Taxe des parties casuelles de la boutique du pape...)
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 30 Nov - 20:33

Cette fois, les braves gens furent scandalisés. On commença à dire du pape Jules II "qu'il s'était fait marchand", et les fidèles se divisèrent en papistes et en antipapistes...

C'est alors qu'on commença à parler, en France, d'un moine allemand, nommé Martin Luther, qui prêchait la réforme de l'Eglise.
Bon vivant, fort en gueule, véritable tribun populaire, Luther n'était pas du tout le personnage que les manuels d'histoire ont tendance à nous présenter.
Il aimait les femmes, le bon vin, les chansons, et ses discours, pleins d'humour, étaient truffés d'expressions savoureuses, grossières parfois, voire scatologiques, qui réjouissaient le peuple.

C'était une espèce de Rabelais allemand, ainsi que nous le prouve l'histoire suivante : un dominicain essayant de le réfuter dans un mémoire, et ne pouvant en venir à bout, lui avait proposé, finalement, la double épreuve du feu et de l'eau.

Luther, d'une plume alerte et joyeuse, répondit au dominicain :


Je me moque de tes cris comme des braiements de l'âne. Au lieu d'eau, je te conseille du jus de vigne ; au lieu de feu, hume appétissanted d'une oie rôtie ; viens à Witemberg si le coeur t'en dit. Moi, docteur Martin Luther, à tout inquisiteur de la foi, à tout mangeur de fer rouge, à tout pourfendeur de rochers, savoir faisons qu'on trouve ici bonne hospitalité, porte ouverte, talbe garnine, soins empressés, grâce à notre duc et prince l'électeur de Saxe.


Il critiquait avec la même verve certains articles de foi, ironisait sur les Mystères et raillait les sacrements...

Mais, pour le peuple, les questions théologiques semblaient secondaires. L'important était de savoir si le clergé allait continuer à manquer de chasteté avec les paroissiennes. Un partisan de la Réforme ramena d'ailleurs, et à la satisfaction générale, le débat à son origine.
"Quant aux prêtres, dit-il, je leur donnerais des femmes pour les forcer à quitter leurs concubines ; je donnerais des concubines aux moines pur les empêcher d'être les maris de toutes les femmes et les femmes de tous les maris." (PASQUIN)
Ainsi, de nouveau, le problème essentiel était posé et, comme toujours, c'était un problème sexuel.


En 1525, Luther, qui s'était défroqué, rencontra une petite nonne nommée Catherine de Bora. Elle était si jolie qu'il en tomba amoureux, l'enleva et l'épousa.
Cette aventure étonna les antipapistes, et certains allèrent jusqu'à prétendre que si le joyeux moine allemant prêchait tant en faveur du mariage des prêtres, c'était pour vivre ent toute sécurité avec un joli tendron. Naturellement , les papistes en profitèrent pour essayer de discréditer Luther, qu'ils présentrèent comme un gros paillard.

Une telle réputation n'était pas pour lui faire tort en France. Au contraire. Et de nombreux catholiques commencèrent à considérer avec sympathie la doctrine de ce moin qui vitupérait le concubinage des prêtres tout en aimant goûter les douceurs du déduit.


A cette époque où le bon ton voulait qu'on fût un peu obscène dans sa façon de vivre, toute entreprise libertine suscitait l'enthousiasme ; aussi l'enlèvement de la jeune nonne avait-il rendu extrêmement populaire le moine d'Erfurt.
De nombreux princes et familiers de la Cour furent séduits par ce gaillard dont la virilité, disait-on, dépassait celle de l'évêque de Blois... Et deux grandes dames qui touchaient de très près le roi : Marguerite de Valois, sa soeur et la duchesse d'Etampes, sa maîtresse, n'hésitèrent pas à se déclarer folles de Luther, malgré les supplices que l'on commençait à faire subir aux partisans du "novateur".

Bientôt, avec le zèle des néophytes, elles tentèrent de convertir le roi à la religion luthérienne.
Car il s'agissait, maintenant, d'une véritable religion. Les diatribes contre le concubinage des prêtres étaient dépassées, et les réformateurs s'attaquaient aux dogmes, aux symboles et même, dans leur frénésie, à des rites plus anciens que le christianisme
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 1 Déc - 19:23

François Ier fut donc conduit par Mme d'Etampes à Saint-Eustache pour y entendre un luthérien nommé Le Coq. La favorite avait soufflé à l'orateur quelques arguments propres à jeter le trouble dans l'âme de son amant. Hélas ! Le Coqu eut un trou de mémoire, chercha en vain les phrases qu'il avait apprises et, furieux contre lui-même, s'emporta, frappa la chaire à coups de poings en criant : "Sursum corda. Sursum corda."
Le roi, très fâché, demanda pourquoi on l'avait fait se déranger pour entendre un énergumène, et il rentra chez lui.
C'était raté.
Mais Marguerite et Mme d'Etampes, avec l'ardeur qui anime toujours les prosélytes, ne se tinrent pas pour battues. Quelques semaines plus tard, elles amenèrent dans la chambre du roi un de leurs amis, Landri, qui passait pour un grand théologien. Par amour pour sa maîtresse, François Ier consentit à le recvoir. Tout en caressant les cheveux de Mme d'Etampes, il écouta Landri parler du purgatoire, du culte des saints et de la messe en sept points. Puis il discuta, fit quelques objections, et le pauvre protestant, qui avait tout juste assez de théologie pour briller devant la maîtresse du roi et quelques dames, "bafouilla et dit de si pitoyables choses qu'on dut l'éconduire poliment".


Quelques jours plus tard, troublé peut-être par la conversation qu'il avait eue avec François Ier, revenait d'ailleurs au catholicisme.
C'était raté encore une fois, et la favorite en fut navrée. Désespérant de convertir le roi, elle décida d'user simplement de son influence pour protéger les luthériens et aider de toutes ses forces à la propagation de leur doctrine.
Mais elle allait se trouver face à face avec son ennemie Diane de Poitiers qui, elle, se dévuait pour le parti catholique.

C'est ainsi que la lutte entre papistes et antipapistes allait s'envenimer à cause d'une bataille de femmes...


Lorsqu'elle avait appris que la duchesse d'Etampes était favorable aux protestants, Diane, en effet, s'était sentie fortifiée dans ses convictions catholiques...
Sans perdre un instant, elle avait convoqué chez elle le Grand Maître Montmorency pour lui faire admettre la nécessité de démontrer au roi les dangers d'un schisme qui pouvait rapidement diviser la France et rendre périlleuse la situation du trône...

Ces nobles sentiments, bien insolites chez la grande sénéchale, "qui n'était pas portée sur la religion", cachaient une habile manoeuvre. Son but, en poussant François Ier à considérer les luthériens comme des trublions dangereux et des ennemis de la couronne, était de provoquer la disgrâce de Mme d'Etampes...

Montmorency se rendit chez le roi, qui écouta attentivement et promit de réfléchir à ce grave problème.
Alors le Grand Maître insista :

- Il faut faire brûler ces hérétiques, dit-il.
- Jamais, répliqua simplement François Ier.


C'était raté aussi de ce côté-là !
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 1 Déc - 19:55

Naturellement, la favorite fut mise au courant de cette démarche. Elle devina aisément quelle pouvait en être l'instigatrice et comprit que tout était dirigé contre elle. Furieuse, elle décida de se venger encore une fois en faisant circuler des pamphlets sur son ennemie, et elle s'adressa à Clément Marot, qui se fit un plaisir d'attaquer la grande sénéchale "pour ce qu'elle lui rappelait une cuisante défaite amoureuse".

Il avait, en effet, quelques années auparavant, fait la cour à Diane, lui envoyant des vers enflammés et des invites à partir dans les étoiles. La veuve du comte de Brézé ne s'était pas fâchée, flattée sans doute des ces hommages poétiques. Mais, un jour, Marot, redescendant sur terre, avait fait comprendre qu'entre deux voyages sur un rayon de lune, il n'était pas contre une petite halte dans un lit confortable...
Alors, elle l'avait éconduit.
Depuis, il la haïssait.


La duchesse d'Etampes avait donc parfaitement choisi son homme.
Il commença par insulter grossièrement Diane en la comparant à une déesse libertine, et, nous dit Lénient :
"L'univers dut apprendre les perfidies de l'altière Luna et les désordres de l'impudique Isabeau, pseudonymes offensants qui n'étaient un secret pour personne".

Alors la maîtresse du dauphin eut une idée de génie : elle affecta de croire que ces injures s'adressaient à Dieu.

- Ce poète est un hérétique et un blasphémateur, dit-elle.

Double accusation très grave pour l'époque. Et, un matin, Marot reçut la visite de trois personnages qui l'invitèrent à les suivre chez le sieur Bouchart, docteur en théologie et grand inquisiteur pour la foi.
Là, il apprit qu'on l'accusait d'avoir mangé du lard en carême, c'est-à-dire d'être luthérien.
Marot, qui était resté jusqu'à ce moment absolument indifférent aux luttes religieuses , fut extrêmement surpris de ce reproche et jura ses grands dieux qu'il croyait à "la sainte, vraie et catholique Eglise".
On le mit néanmoins en prison, ce qui lui donna le loisir de composer une jolie ballade à l'adresse de la grande sénéchale qu'il savait être à l'origine de son arrestation :


Un jour j'écrivis à ma mie
Son inconstance, seulement,
Mais elle ne fut endormie
A me le rendre chaudement.
Car dès l'heure, tint parlement
A je ne sais quel papelard
Et lui dit tout bellement :
Prenez-le, il a mangé du lard
...



Libéré au bout d'un an, il mena une vie inquiète et s'intéressa aux luthériens, dont il partageait désormais les dangers... C'est ainsi que les accusations de Diane de Poitiers poussèrent malgré lui l'auteur du célèbre poème Au beau tétin :

On connait ce poème si peu conforme à la légendaire pudibonderie des réformés :


Tétin refait, plus blanc qu'un oeuf,
Tétin de satin blanc tout neuf,
Tétin qui fait honte à la rose,
Tétin qui jamais ne repose
Tétin dur (non pas tétin, voire,
Mais petite boule d'ivoire)
Au milieu duquel est assise
Une fraise ou une cerise...

Tétin gauche, tétin mignon
Toujours loin de ton compagnon...
Quand on te voit, il vient à moins
Une envie dedans les mains
De te tâter, de te tenir ;
Mais il se faut bien contenir
D'en approcher, bon gré ma vie,
Car il viendrait une autre envie
...


Dépitée, la grande sénéchale chercha un moyen de faire arrêter tous les protégés de la duchesse d'Etampes. L'occasion allait lui en être donnée par les luthériens eux-mêmes.

Le 18 octobre 1534, presque toutes les villes de France furent couvertes d'affiches portant une attaque très volente contre les dogmes et particulièrement contre l'eucharistie. Un de ces"placards" fut même collé sur les portes de la chambre du roi à Blois.
Maladresse qui alalit être exploitée, comme bien on pense, par Diane de Poitiers ; car celle-ci accusa naturellement la duchesse d'Etampes d'avoir participé au complot, et posé elle-même l'affiche destinée à François Ier.
La duchesse savait comment se faire entendre de son amant. Tendre, caressante, enjôleuse, elle plaida, entre deux étreintes, la cause de ses amis luthériens, et le roi promit de n'ordonner aucune répression.
Il tint parole.


Mais le Parlement, où la grande sénéchale comptait des amis, fit, de son propre chef, dresser des bûchers, et six protestants - les premiers - furent brûlés...

C'est alors que Clément Marot, peu rassuré, décida de quitter la France. Avant de partir, il eut l'idée amusante de "laisser un pétard" et publia un poème intitulé Adieu aux dames de Paris, où il mettait en cause fort clairement, et avec de nombreux détails libertins, toutes les femmes "avec lesquelles il s'était donné du plaisir..."

Ce poème causa, on s'en doute, un grand scandale et provoqua des drames épouvantables dans de nombreux ménages...
Aussi n'eut-il que le temps de s'enfuir à Venise, où il se mit à composer des cantiques fort édifiants qui sont toujours chantés dans les temples
...
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MARCO

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 1 Déc - 20:22

Plein de trucs en retard à lire ..
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 3 Déc - 20:19

Diane, ulcérée à la pensée que le poète de son ennemis avait échappé aux flammes du bûcher, essaya de prendre sa revanche en faisant courir le bruit que Mme d'Etampes trompait le roi avec des réformés.
Cette calomnie arriva rapidement aux oreilles de François Ier. Mais elle n'eut pas l'effet escompté par la grande sénéchale. Au contraire, le souverain, pour montrer à la favorite qu'il lui conservait toute sa confiance, prit les protestants sous sa protection.


Le lendemain, Mme d'Etampes, ravie de pouvoir montrer sa force à Diane de Poitiers, faisait détruire quelques statues de saints à la porte des églises.
Geste qui vexa la maîtresse du dauphin, mais irrita bien plus encore les catholiques.
Ainsi, toute cette guerre entre deux dames de petite vertu attisait les haines et préparait doucement les massacres d'Amboise, de Vassy et de la Saint-Barthélemy...

En 1538, la duchesse d'Etampes, qui "avait le goût du fiel dans la bouche quand elle pensait à Diane", commanda à Jean Visagier un nouveau pamphlet contre la grande sénéchale. Le poète publia alors, en latin, une série d'injures extrêmement violentes, dont voici un extrait :


"Toi, il te reste à peine un fragement de dents dans les joues, la puce y fait son nid en toute tranquillité... Toi qui peins ton visage de couleurs achetées, qui ornes ta bouche de dents fausses, qui caches les neiges de la tête sous une chevelure d'emprunt dans l'espoir que les jeunes gens te suivront, tu es bien sotte..."


Et il concluait à l'adresse de cette femme qui avait tout juste quarante ans :

"C'est la plus laide des dames de la Cour, la plus vieille des vieilles, la plus dégoûtante, plus usée que la croupe et les fesses d'une inepte guenon, plus sordide que ne le sont les loups ; elle n'a rien d'agréable, ni d'élégant... Des mamelles vides et pendantes, des rides innombrables peuvent-elles plaire ? Que la Poitevine m'écoute et qu'elle sache ceci ; les femmes ne renaissent jamais, car celles que le temps fait choir dans l'usage, celles-là, avec le temps, deviennent hors d'usage ; une fois tombées, elles ne se relèvent plus..."


Naturellement, les catholiques furent outrés par ces insultes grossières, et, pour venger leur amie, tombèrent à bras raccourcis sur tous les protestants qu'ils rencontraient...
Quant à Diane, elle riposta en accusant la favorite de pratiquer la sorcellerie et "d'épuiser la force des jeunes garçons". Parmi les amants qu'elle lui attribuait, se trouvait, cette fois, un écrivain protestant, Théodore de Bèze.

- Les luthériens accusent les catholiques de toutes les turpitudes, disait-elle, alors que leurs chefs se vautrent dans le vice. M. de Bèze, par exemple est le plus grand débauché du siècle.

Pour une fois, la grande sénéchale disait vrai.
Le disciple de Calvin vivait, selon le mot de Grand-Carteret, "dans un concubinage universel" et passait son temps à séduire les jolies femmes qui venaient lui parler de la nouvelle religion. Certains l'accusaient même d'utiliser la Réforme pour se trouver des maîtresses...
Cette véritable obsession sexuelle était naturellement tournée en ridicule, et le chef protestant devint bientôt le héros favori - et jamais fatigué - des poètes libertins. Jodelle, par exemple, composa le huitain suivant :


DE THEODORE DE BEZE FAISANT L'AMOUR ...

Bèze voulant plaisanter un petit
Disait un jour à une non sotarde :
"De vous baiser j'aurais grand appétit,
Mais votre nez qui est si long m'en garde."
La dame alors vivement le regarde,
En lui disant : "Pour si peu, ne tenez,
Car si cela seulement vous engarde
J'ai bien pour vous un visage sans nez ..."


Si la liste des maîtresses de Théodore de Bèze était longue, la duchesse d'Etampes, toutefois, n'y figurait pas. Cette calomnie avait été lancée par Diane de Poitiers, qui voulait faire passer la favorite pour l'égérie du mouvement protestant...
L'idéal eût été, bien sûr, de lui attribuer une aventure avec Calvin ; mais personne n'aurait été dupe, car il était alors de notoriété publique que le grand réformateur aimait plutôt les petits garçons
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 3 Déc - 20:50

LA FRANCE TRAHIE PAR UNE FAVORITE


Ah ! combien perfides sont les femmes - La radio d'Etat -



LE roi, soucieux de prouver que les bruits lancés par Diane de Poitiers ne diminuaient aucunement l'estime qu'il portait à sa favorite, se montra de plus en plus affectueux avec elle et alla jusqu'à lui demander publiquement son avis sur les affaires de l'Etat.
Bientôt, elle assista au Conseil privé...

Maîtresse absolue d'un souverain affaibli avant l'âge par la luxure (MICHELET a ce mot magnifique : "François Ier n'est plus qu'une cérémonie, une ombre.") La duchesse put se croire alors vraiment la maîtresse de la France.
Tout le monde la craignait et s'abaissait devant elle. Marguerite d'Angoulême écrivait à son sujet :


"Surtout, assurez-la bien de l'affection que vous sçavez et avez congneu que le roy de Navarre et moy luy portons, s'il estoit possible de luy dire autant qu'il y en a, elle en trouveroit autant que jamais créature fit à aultre."

Elle était reçue cérémonieusement par les chefs de l'Eglise, et on la vit, un soir, boire, en même temps que le cardinal de Ferrare et que le roi, à une aiguière à trois orifices...
On s'adressait à elle pour obtenir les plus hauts postes dans l'armée, la magistrature et la finance.
Travannes, dans ses Mémoires, écrit, d'ailleurs, avec quelque humeur :
"Dans cette Cour, les femmes faisaient tout, même les généraux et les capitaines."


Bayle n'est pas moins indigné.
" C'est un grand désordre, il faut l'avouer, écrit-il, que la destinée des gens ; leurs faveurs, leur disgrâce dépendent de la fantaisie d'une coquette qui scandalise tout le royaume par le commerce qu'elle entretient tambour battant avec le prince ; mais, si l'on s'amusait à s'écrier : o tempora, o mores, si l'on faisait l'étonné et le surpris, on passerait justement pour un étranger dans le monde, car on admirerait comme quelque chose d'extraordinaire ce qui a toujours été commun, et qui l'est encore, et qui, selon toutes apparences, le sera jusqu'à la fin du monde
."

Après cette prophétie, que la plupart de nos hommes politiques se font quotidiennement un plaisir de réaliser, Bayle concluait :
"Ce qui console les esprits chagrins là-dessus, c'est que ces coquettes sont fort exposées aux jeux de la bascule..."



Il faut reconnaître que, pour l'heure, la duchesse d'Etampes avait une position fort stable. Sûre de sa puissance sur le roi, elle savait qu'elle pouvait absolument tout entreprendre. Alors, elle décida d'empêcher Diane de Poitiers d'être un jour sa remplaçante, c'est-à-dire la favorite du futur roi de France.

Pour cela, il fallait ou faire déshériter le dauphin, ce qui était impossible, ou bien créer tout de suite des difficultés capables de le gêner le jour de son accession au trône. La duchesse choisit cette solution et imagina de faire épouser au jeune prince Charles, âgé de seize ans, dernier fils de François Ier, une des filles de Charles-Quint, avec le Milanais ou les Pays-Bas pour dot.
La guerre des dames prenait subitement un tournant violent et fort dangereux pour le royaume des lys...
En effet, si elle réussissait son coup, la duchesse plaçait, au jour de la mort de François Ier, le dauphin face à face avec un frère puissant qui pouvait réclamer la couronne de France et provoquer une guerre civile...


Mais la duchesse d'Etampes ne voyait que ses avantages dans l'opération, c'est-à-dire, avant tout, l'éviction de Diane et la possibilité d'une retraite confortable à Milan ou à Amsterdam après la mort du roi...
(Cf. MICHELET : "La duchesse d'Etampes, qui gouvernait le roi, le voyant s'affaiblir et craignant la haine de Diane de Poitiers, maîtresse du dauphon, s'efforçait de procurer au duc d'Orléans un établissement indépendant où elle pût trouver un asile à la mort de François Ier.")


Pour arriver à ses fins et rendre intéressant le jeune Charles aux yeux de l'Europe, la duchesse lui fit donner les plus brillants emplois, alors qu'elle limitait autant qu'il lui était possible la gloire du dauphin.
François Ier suivait ses conseils aveuglément.
Tourmenté par une érotomanie qui tournait à l'obsession, il ne soupçonna même pas l'existence de ces manoeuvres. D'ailleurs, rien ne l'intéressait que la recherche des plaisirs pervers ; un jour, il emmena les plus gracieuses coquettes de la Cour assister, dans la forêt de Saint-Germain, à l'accouplement des cerfs, se plaisant à souligner d'un mot, d'ailleurs inutile, chaque épisode de la "nuit de noces" de ces braves animaux...

Une autre fois, qu'il se trouvait en compagnie de joyeux viveurs de sa trempe, il ordonna que de très grandes dames assistassent au dîner qu'il offrait, complètement dévêtues.
Etranges distractions qui occupaient - si j'ose dire - tout son esprit
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 5 Déc - 18:12

Mme d'Etampes en était là de ces intrigues lorsque, en août 1538, une véritable bombe éclata au palais. On apprenait que le dauphin venait d'avoir un enfant - une fille - d'une jeune piémontaise nommée Philippa Duc, rencontrée à l'automne précédent, pendant la campagne italienne.
Cette nouvelle allait-elle changer tous les plans de la duchesse ? Elle pensa un moment, espérant que Philippa deviendrait maîtresse en titre. Mais on apprit bientôt tous les détails sur cette aventure piémontaise, et Mme d'Etampes, comprenant que Diane de Poitiers ne risquait point d'être remplacée par une autre favorite, travailla de plus belle à l'accomplissement de ses desseins.


C'est à Montpellier, en Piémont, que Henri avait rencontré la jeune fille. Porté à l'exubérance par la présence des soldats qui l'accompagnaient, il s'était laissé aller à la violenter et y avait pris un savoureux plaisir.
Neuf mois plus tard, en ce début d'août 1538, Philippa Duc lui faisait savoir qu'il était le père d'une jolie petite fille et le priait de s'en occuper, "pour ce que j'entre à vie dans un couvent, écrivait-elle, afin d'y expier ma faute"...


Le dauphin eut donc bientôt un bébé à dorloter devant sa femme et sa maîtresse, toutes deux fort mécontentes.
Pourtant, ni l'une ni l'autre ne lui firent de scènes. Elles savaient ce que c'était qu'un soldat en campagne.
D'ailleurs, seule, la grande sénéchale eût pu se risquer à émettre un reproche, car la dauphine était plus bouleversée que fâchée par cette nouvelle.
En effet, mariée depuis cinq ans, elle n'avait pas encore donné un héritier au dauphin, et l'on commençait à murmurer que l'un des deux époux était frappé de stérilité. Or cette naisance, qui prouvait que Henri pouvait avoir des enfants, montrait bien qu'elle était seule fautive. Elle alla cacher sa honte dans une chambre haute, tandis que Diane, ravie soudain, suggérait au dauphin de répudier sa femme.


- Puisqu'elle ne peut prolonger la dynastie, dit-elle, votre devoir est de la mettre au couvent.

Henri, séduit par ce programme, alla trouver Catherine et lui annonça qu'il entendait se séparer d'elle.
La dauphine demeura un instant accablée de couleur, puis, quittant la chambre en sanglotant, elle courut se jeter aux pieds du roi et le mit au curant des intentions du dauphin.


La duchesse d'Etampes était là. Elle blémit, car la répudiation de Catherine pour stérilité permettait à Henri de se remarier avec Diane de Poitiers.

- Protégez la dauphine, ordonna-t-elle au roi.
- Ma fille, dit alors François Ier, puisque Dieu a voulu que vous soyez ma bru et la femme du dauphin, je ne veux pas qu'il en soit autrement.

Puis il la releva et l'embrassa affectueusement.


Rassurée, la dauphine retourna dans ses appartements et se mit sur le ventre, au-dessus du nombril, une espèce de cataplasme étrange, composé de vers de terre, de pervenche en poudre, de corne de cerf pulvérisée, de fiente de vache et delait de jument.
Cet emplâtre, que lui avait conseillé un alchimiste de ses amis, devait lui permettre de donner un héritier à son mari.
Après quoi, à tout hasard, et parce qu'on lui avait recommandé également ce second procédé propre à rendre la fécondité, elle but un grand verre d'urine de mule
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 5 Déc - 19:22

Tandis que la dauphine s'efforçait de procréer, Mme d'Etampes et Diane continuaient leur lutte sournoise au moyen de calomnies qui échauffaient les esprits et excitaient chaque jour davantage catholiques et protestants.

Ce jeu dangereux, mené par deux femmes "débordantes de haine", finit par créer dans le pays un tel climat de guerre civile que le roi prit peur et que, passant outre, pour une fois, aux jérémiades de sa maîtresses, il accorda le 24 juin 1539, au Parlement le droit de signer un arrêt mettant l'hérésie hors la loi.
En apprenant cette nouvelle, Mme d'Etampes fit une scène épouvantable, pleura, tapa du pied et déchira son mouchoir avec ses dents ; mais le souverain demeura inflexible. De fureur, elle monta alors se coucher en hurlant à la mort...

Elle pouvait bien pousser ce cri lugubre, car dans tout le royaume les braves gens, dont elle avait - avec Diane - déchaîné les instincts sanguinaires, s'entretuaient avec une allègre sottise à cause de la messe en latin...


Les protestants, bien entendu, refusèrent d'abjurer leur religion, et les bûchers commencèrent à s'élever pour la plus grande joie de Diane de Poitiers qui caressa dès cet instant l'espoir charmant d'y voir un jour la duchesse d'Etampes se réduire en cendres...
Mais la favorite était tranquille. Elle savait que, tant que le roi vivrait, personne n'oserait lui toucher un seul cheveu, et elle continua d'intriguer pour que le prince Charles épousât une des filles de Charles-Quint.


A la fin du mois de juin, elle réussit à traîner François Ier jusqu'à Nice pour qu'il y signât une trêve avec l'empereur. Elle espérait avoir ainsi l'occasion de poser quelques jalons. Mais l'entrevue fut brève ; on y parla surtout politique, et elle ne put mettre la conversation sur le chapitre qui l'intéressait...

Or, cinq mois plus tard, en novembre 1539, la ville de Gand, surchargée d'impôts, se révolta contre l'empereur et s'offrit à la France.
François Ier, chevaleresque, refusa et invita fort galamment Charles-Quint à traverser son royaume pour aller mater les Gantois.
L'empereur accepta l'invitation. Il entra le 20 novembre en France et reçut partout un accueil enthousiaste. Sur l'ordre de François Ier, les villes étaient ornées, décorées et le menu peuple, toujours prêt à s'esjouir, applaudissait à tout rompre l'ennemi d'hier.
Charles-Quint, pourtant, n'était pas très rassuré. Il se demandait si toutes ces fêtes ne cachaient pas quelques noirs desseins et si François Ier n'allait pas le garder prisonnier, en souvenir de Madrid...


A plusieurs reprises, d'ailleurs, il crut même qu'on en voulait à sa vie ; car, par une malchance singulière, toute une série de malheurs lui arriva pendant son voyage. A Bordeaux, il faillit être asphyxié ; à Amboise, un garde mit le feu dans la tour Hurtault, au moment où il s'y trouvait ; ailleurs, une bûche lui tomba sur la tête.

Le roi et la duchesse d'Etampes étaient furieux de ces incidents, car ils espéraient bien demander à leur hôte, la main de sa fille - avec le Milanais - pour le jeune Charles. Mais ils n'osaient point le faire au moment où l'empereur était agité par des quintes de toux ou à moitié assommé...


Et les choses trainaient... Charles-Quint, fort courtoisement, il est vrai, cachait son inquiétude. Au bout de quelques jours sans catastrophes, il fit même de gracieux compliments à la jolie favorite. Et celle-ci reprit espoir.
Hélas ! un après-midi, à Fontainebleau, le jeune prince Charles eut une étrange inspiration qui faillit rendre inutiles toutes les intrigues de la duchesse. Alors que l'empereur était à cheval, l'asolescent s'élança brusquement en croupe derrière lui, et, l'entourant de ses bras, lui cria :

- Sire, vous êtes mon prisonnier !

Charles-Quint pâlit. Puis il comprit que c'était une plaisanterie et esquissa un sourire.


Mais dès cet instant, il n'eut plus qu'une idée : quitter ce pays vraiment trop léger et regagner l'Espagne...

Mme d'Etampes le devina. Affolée à l'idée que Charles-Quint pouvait s'en aller avant qu'elle n'ait eu le temps de négocier le mariage qui devait aider à la ruine de la grande sénéchale, elle décida de séduire l'empereur et de se l'attacher par tous les moyens, y compris la trahison.
La guerre des dames alalit, cette fois, mettre la France en péril
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 5 Déc - 19:39

Avant d'engager les pourparlers, Mme d'Etampes pensa qu'il convenait de montrer à l'empereur qu'elle était toute puissante à la Cour et que le roi lui obéissait sans discuter.
Un soir, sur la demande de sa favorite, François Ier dit en souriant à Charles-Quint :

- Mon frère, cette belle dame me conseille de ne point vous laisser sortir de Paris que vous n'ayez révoqué le traité de Madrid. Qu'en pensez-vous ?

L'empereur était toujours et en toutes occasions maître de lui :

- Si le conseil est bon, il faut le suivre, se contenta-t-il de dire froidement.

On s'en tint là.


Mais l'alerte était donné et, dès ce moment, Charles-Quint, très inquiet, chercha à mettre Mme d'Etampes de son côté.
Le lendemain, alors qu'il rentrait de la chasse en compagnie du roi, il demanda à se laver les mains. Un serviteur vint aussitôt lui verser sur les doigts l'eau pure d'une aiguière et la duchesse d'Etampes, qui s'efforçait d'être constamment auprès de l'empereur, apporta une serviette.
Tout en parlant à François Ier, Charles-Quint retira de son doigt une bague ornée d'un énorme diamant et la laissa tomber comme par mégarde.
La favorite se précipita, ramassa le bijou et le tendit à l'empereur.
C'est tout ce que désirait l'habile souverain.

- Je vous prie, madame, de le garder, dit-il. Il est en de trop belles mains pour que j'ose le reprendre.

La favorite remercia en rougissant un peu et mit la bague à son doigt.

Quant à François Ier, habitué à combler lui-même les jolies femmes de la Cour, il ne soupçonna pas que le geste de son hôte pût être autre chose qu'une galanterie...


Le soir même, la duchesse, qui savait maintenant que l'empereur désirait l'avoir pour alliée, parla du mariage projeté.
Charles-Quint ne voulait rien refuser à cette jolie femme qui pouvait lui être utile. Il accepta d'accorder la main d'une de ses filles au prince Charles et de donner à celui-ci l'investiture du Milanais.
Les jolis yeux de Mme d'Etampes durent briller un peu plus à ce moment, car elle obtenait - du moins le croyait-elle - le moyen de nuire à son ennemie, la grande sénéchale.

Quelques jours plus tard, l'empereur quittait François Ier après des embrassades publiques qui mirent des larmes dans les yeux du menu peuple.
Puis il fila vers la frontière des Pays-Bas, tandis que la duchesse considérait Diane de Poitiers avec un air triomphant. Hélas ! dès qu'il eut un pied chez lui, Charles-Quint fit savoir qu'il n'avait pas du tout l'intention de donner le Milanais en dot à sa fille et que, d'ailleurs, le projet de mariage devait être revu de plus près.


Cette nouvelle abattit un moment Mme d'Etampes. Puis elle se ressaisit et imagina un plan pour se débarrasser du dauphin. Ce plan était machiavélique ; déclarer la guerre à Charles-Quint, sous n'importe quel prétexte, et envoyer le prince Henri en un endroit exposé avec une armée insuffisante. Ensuite, communiquer des renseignements militaires à l'empereur pour faire anéantir par surprise la place gardée par le dauphin.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Lun 5 Déc - 19:54

Cette trahison risquait d'entraîner la France dans une catastrophe sans précédent, mais la favorite s'en souciait peu. Une seule chose comptait pour elle :
abattre le protecteur de la femme qu'elle exécrait ...

La réalisation de la première partie du plan traîna un peu, car la France n'avait aucune raison de déclarer la guerre à Charles-Quint, et Mme d'Etampes dut ronger son frein, tandis que la grande sénéchale, à son tour, affichait un sourire victorieux et méprisant.
Un moment, la favorite crut tenir un bon prétexte lorsque Charles-Quint, à la Diète d'Augsbourg, accusa François Ier d'avoir prêté à Soliman un serment par lequel il s'engageait à nier la divinité du Christ et la virginité de Marie, à tuer un porc sur les fonts de baptême et à paillarder sur l'autel.
Mais cette accusation était si ridicule dans son exagération que le roi refusa d'y prêter attention.


Enfin, l'occasion rêvée par la duchesse se présenta quelques mois plus tard, lorsque deux ambassadeurs de François Ier, Frégosse et Rincon, furent assassinés en Italie sur l'ordre de l'empereur.
En d'autres temps, le roi se fût probablement contenté d'écrire à "son frère" pour lui exprimer son mécontentement ; mais poussé par la favorite, François Ier déclara la guerre à Charles-Quint.

Aussitôt, deux armées furent mises sur pied ; l'une commandée par le dauphin en personne, l'autre par le duc d'Orléans. Le premier devait assiéger Perpignan et le second le Luxembourg.

Tout de suite, il apparut que la fortune des deux frères était bien différente. Si le prince Charles remporta des succès éclatants, Henri, lui, se trouva en difficulté devant Perpignan. Le pauvre ne pouvait pas se douter que l'ennemi, prévenu par Mme d'Etampes, avait jeté dix mille hommes dans la place...


Pendant des jours, il tenta courageusement de monter à l'assaut ; mais chacun de ses efforts était annihilé par une trahison. Dreux du Radier nous dit que le maréchal d'Annebaut, attaché à la duchesse d'Etampes, "alla jusqu'à déranger une batterie postée avantageusement par un des premiers officiers pour la placer de manière qu'elle ne produisit aucun effet...".

Finalement, le dauphin fut contraint de lever le siège. Tête basse, il quitta Perpignan et rejoignit à Montpellier François Ier qui l'accueillit froidement...

Le pauvre Henri était honteurx, sans doute, mais il était vivant, et Mme d'Etampes, ulcérée, pensa qu'il fallait tout recommencer
.
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Jean2

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 6 Déc - 10:05

Smile qu'est ce qu'on va faire quand tu seras partie ..
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 6 Déc - 10:15

Quoi ? Episto va partir ? mais il faut l'empêcher ! Very Happy
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 6 Déc - 10:20

Je vais tout de même emporter un des volumes, à tout hasard. Mais je ne vous promets rien. ........ Wink
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   

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D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET
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