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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET

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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 6 Déc - 10:27

Ah, d'accord ! ton voyage Very Happy Il m'en fait de ces peurs, Jean2 Very Happy
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epistophélès

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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 7 Jan - 21:59

La chose paraissait bien difficile, car le dauphin, dégoûté de la guerre, était allé retrouver ses deux femmes.
Aimé de l'une, adoré de l'autre, il se retrempait près d'elles dans une atmosphère douce, tiède et, pour tout dire, familiale.
Il est vrai qu'il s'agissait de plus en plus d'un ménage à trois puisque Guiffrey nous dit que "Diane pénétra si avant dans l'intimité de l'auguste couple qu'elle forma, en quelque sorte, le sommet du triangle conjugal et vint en compléter l'harmonie..."

Sans doute, Catherine de Médicis se fût-elle aisément passée de cette troisième dimension que la grande sénéchale donnait à son ménage. Mais elle cachait sa jalousie sous un sourire aimable, affectant de ne point s'apercevoir de létrange comportement du dauphin.
Celui-ci, pourtant, ne se gênait pas avec elle. Après la visite de Charles-Quint, il lui avait ordonné, en effet, de ne pas adresser la parole à Mme d'Etampes :


- Je veux, madame, que vous fassiez affront à cette femme qui veut nuire à notre amie la grande sénéchale !

Alors, cachant la haine qui la brûlait, Catherine avait pris docilement le parti de la maîtresse de son mari.
Diane, de son côté, il est vrai, se montrait généreuse.
Certains soirs, tandis que le dauphin commençait à se déshabiller dans sa chambre, elle prenait un air sérieux et disait :

- Non, ce soir, Henri, faites-moi le plaisir d'aller coucher avec votre femme (Cf. MICHELET : "Quand Henri II couchait chez sa femme, c'est que Diane l'avait exigé et voulu".)

Le dauphin essayait bien de remettre à plus tard cette pénible obligation, mais la grande sénéchale se montrait inflexible.

- Il le faut, Henri ! Songez à votre descendance. Vous devez avoir un héritier.

Le dauphin remettait alors ses chausses, s'en allait d'un air sinistre vers l'appartement de sa femme, se jetait sur elle et tentait rageusement de lui donner l'enfant que la France attendait.
Hélas ! tous ses efforts étaient vains,et Catherine se désolait.



Finalement, elle demanda au médecin Fernel de venir l'ausculter. Celui-ci, ayant mis l'oeil où il fallait, décela chez la dauphine un vice de conformation qui empêchait la prince Henri de mener à bien ses entreprises.
On me comprendra lorsque j'aurai dit que la pauvre devait éprouver les mêmes difficultés en essayant d'enfoncer une épingle dans un trou de ver tortueux.
La dauphine fut accablée.
Heureusement, Fernel était un bon médecin. Il prit le dauphin à part, et, nous dit Dionis, dans son Traité sur les accouchements, lui enseigna un stratagème un peu acrobatique, mais fort efficace puisque Catherine de Médicis eut dix enfants...


Mais malgré l'examen de Fernel, une légende, qui voulait que le dauphin fût responsable de la stérilité de Catherine, continuait à courir parmi les familiers de la Cour. On prétendait qu'il était "tordu dans sa nature", et ce défaut imaginaire fournissait le prétexte à de nombreuses plaisanteries comme il se doit.

Brantôme nous en conte une qui fit rire au moment de la naissance du premier enfant de la dauphine :


"Une dame de la Cour, qui étoit de bonne compagnie et disoit bien le mot, vint présenter un placet à monsieur le dauphin par lequel elle le prioit de lui faire don l'abbaye de Saint-Victor, qu'il avoit rendue vacante. Dont il fut très étonné de tel mot. Mais on disoit alors à la Cour qu'il ne tenoit pas tant à madame la dauphine comme à monsieur le dauphin pourquoi ils n'avoient pas d'enfants, parce qu'on disoit que mondit sieur le dauphin avoit son "fait" tort, et qu'il n'étoit pas bien droit, et que pour ce, la semnce n'alloit pas bien droit, dans la matrice, ce qui empêchoit fort à concevoir.
Mais, après que cet enfant fut né, on dit qu'il ne tenoit plus à monsieur le dauphin, et qu'il avoit fait dire qu'il n'avoit pas son v.. tort. Et par ainsi,e tte dame ayant expliqué son placet à monsieur le dauphin, tout fut tourné en risée et dit qu'il avoit rendu l'abbaye de Saint-Victor vacante, faisant allusion d'un mot à l'autre, que je laisse imaginer au lecteur, sans que j'en fasse plus ample explication ..."

Ce premier enfant (le futur François II) naquit le 19 janvier 1544.



On n'eut pas le temps de se réjouir, car la guerre déclenchée par Mme d'Etampes, trois ans auparavant, venait de prendre burquement une tournure tragique. Charles-Quint, ayant réussi à entraîner dans son alliance le roi d'Angleterre, se disposait à envahir la France par trois points en même temps :
Le Piémont, la Champagne et Calais. Le but étant, naturellement, Paris, où l'empereur avait donné rendez-vous à Henry VIII...

Le compte d'Enghien commença par gagner la bataille de Cérisole, en Piémont ; puis la victoire changea de camp et, dans le Nord de la France, où les Impériaux attaquaient avec des forces considérables, la situation devint soudain catastrophique.
Charles-Quint, ayant pris château-Thierry et Saint-Dizier, arriva sur la Marne. Paris fut saisi d'une panique épouvantable. Les habitants entassèrent leurs affaires dans des barques et, à toutes rames, flièrent sur la Seine en direction de Mantes.


François Ier, navré, vint, en personne, arrêter cet exode.

- Que je vous défende au moins de la peur, leur dit-il, sinon du danger.

Au retour au Louvre, il réunit son Conseil :

- Ah ! s'écriat-t-il, je croyais que Dieu m'avait donné généreusement mon royaume. Aujourd'hui, il me le fait bien cher payer.


Peut-être aurait-il pu demander quelques comptes à Mme d'Etampes ; car, si Charles-Quint entrait avec autant de facilité en Champagne, c'était tout simplement parce que le dauphin, chargé de défendre cette région, était victime de trahisons quotidiennes.
L'empereur recevait, de la favorite, des rapports détaillés qui lui permettaient d'avancer à coup sûr.
Instruit de tout ce qui se passait au Conseil du roi, il prenait de fréférence les villes où se trouvaient des provisions abondantes et des stocks d'armes.
La duchesse allait même jusqu'à empêcher la destruction des ponts qui étaient nécessaires à l'avance des armées impériales
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 8 Jan - 19:23

Voici d'ailleurs ce qu'écrit à ce sujet . Prudhomme :

"Fidèle à ses engagements avec l'empereur, la duchesse trahissoit tous les projets de la Cour de France, elle avoit même communiqué à ce prince les chiffres des généraux et des ministres, et en un mot, elle fut une des principales causes des désastres de la guerre. Elle avoit un agent qui la servoit à la Cour de Charles-Quint, c'étoit le comte de Bossie ; et il est prouvé que cet homme, qu'on croit avoir obtenu d'elle des faveurs très particulières, vendit plus d'une fois la France à sa majesté impériale, entre autres, lors de la prise d'Epernay. Il est certain que Charles fut parfaitement instruit du moment où il fallait attaquer cette ville remplie de provisions pour les subsistances de l'armée. Cette perte, funeste pour l'Etat, fut suivie de la perte de Château-Thierry, également pourvue de farine et de blé, et livrée par la même trahison. Les troupes impériales vinrent faire des courses jusqu'à Meaux. Paris en fut si épouvanté que les habitants ne pensèrent qu'à se sauver, comme s'ils n'eussent eu ni emplois, ni dignité, ni biens, ni maisons, ni roi ni patrie.
"On admira beaucoup la générosité du souverain, qui, tout malade qu'il étoit, se fit transporter à Paris pour y remettre la paix. Cet acte de vertu étoi vraiment héroïque ; mais il auroit fallu commencer par ne pas laisser continuellement à des femmes le maniement des affaires
..."

Charles-Quint fut bientôt à Meaux. Il allait bondir sur le dauphin et l'anéantir lorsqu'un différend s'éleva dans son armée entre les Espagnols et les Allemands. Le dauphin pensa, avec raison, qu'il fallait profiter de cette occasion pour repousser l'empreur. Heureux à la pensée qu'il pourrait un jour se flatter du titre de libérateur du territoire, il s'apprêta à attaquer. Mais Mme d'Etampes vit le danger : si l'amant de Diane était victorieux, tous ses espoirs s'écroulaient.
Mieux valait arrêter la guerre.
Elle fit alors valoir au roi qu'il n'était pas prudent d'exposer sa couronne au sort d'un combat, et qu'il convenait de faire la paix.


Une fois encore, François Ier se rangea à l'avis de la favorite et, le 18 septembre, signa le désastreux traité de Crépy-en-Valois par lequel l'empereur gagna plus de vingt places et qui ne donna au roi que l'espérance incertaine d'un mariage avantageux pour le duc d'Orléans.
C'était suffisant pour que Mme d'Etampes fût satisfaite. Aussi, lorsque Charles-Quint annonça qu'il retournait dans ses Etats, décida-t-elle de lui organiser une espèce de conduite triomphale.

Idée effarante, puisqu'il venait de nous prendre d'importants territoires, mais que la Cour accepta sans murmurer, toute heureuse de faire un petit voyage.
Le 25 septembre, Eléonore, le duc d'Orléans, quatre-vingts personnes de la suite ordinaire du roi et Mme d'Etampes, qui partageait la litière de la reine, partirent avec l'empereur.


A Bruxelles, où l'on se sépara, eut lieu une scène amusante qui nous est rapportée par un témoin, Annibal Garo, dans une lettre adressée au duc de Parme :

"La cérémonie du baise-main de ces dames fut vraiment curieuse : je crois y voir l'enlèvement des Sabines. Non seulement les seigneurs, mais toutes sortes de gens prirent chacun la sienne, les Espagnols et Napolitains les premiers... On vit arriver au galop le duc Ottavio. Il descendit de cheval, et Sa Majesté Impériale, par une faveur très remarquée, lui commanda de s'approcher de la la litière de la reine...
Le duc baisa la main de la reine et, comme il remontait à cheval, l'Empereur le rappela en lui disant :
"Venez encore baiser la main de Mme d'Etampes" qui occupait l'autre côté de la litière. Et le duc, en bon Français, dépassant son ordre, lui baisa la bouche..."


Après quoi, on se sépara en se faisant de grands serments d'amitié.
Or, l'année suivante, le duc d'Orléans mourut brusquement.
Toutes ces courbettes, toute cette guerre, toutes ces ruines, tous ces morts avaient donc été inutiles.
Mme d'Etampes en fut vivement contrariée
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 8 Jan - 20:24

Mme D'ETAMPES VEUT FAIRE PENDRE BENVENUTO CELLINI



Elle ne m'aimait guère et je m'en méfiais ... Benvenuto CELLINI -




APRES la paix de Crépy, le menu peuple montra une grande affliction :

- Le dauphin a été trahi ! disaient les braves gens.

Et certains ajoutaient en baissant la voix que "ceux qui avaient commis ce crime touchaient le roi de bien près".

Naturellement, Diane de Poitiers n'était pas étrangère à la diffusion de ce bruit. La grande sénéchale espérait créer ainsi dans le royaume un mouvement de révolte et d'indignation contre sa rivale et obliger le roi à chasser celle-ci honteusement.


Mais Mme d'Etampes était habile. Pour faire croire à son innocence, elle cria plus fort que tout le monde à la trahison et réclama un châtiment exemplaire pour les coupables.

Cette fière attitude rassura le roi.

- Nous allons les chercher, dit-il.

Et il ordonna une enquête.

- Je me charge de tout dit la favorite, qui confia l'affaire à quelques -uns de ses amis.

Cinq jours plus tard, une dizaine de pauvres diables, complètement ahuris étaient conduits en prison sous l'inculpation de haute trahison.

Un détail rend d'ailleurs cette histoire prsque burlesque. Dans le lot, les policiers avaient arrêté par erreur un homme dont Mme d'Etampes s'était réellement servi pour faire parvenir des messages à Charles-Quint. Affolée en le reconnaissant, elle le fit rapidement libérer et sermonna les enquêteurs, qui s'exusèrent...
Les autres furent condamnés à la détention perpétuelle, ce qui causa une grande satisfaction au bon peuple, toujours épris de justice.


Ces emprisonnements scandaleux furent d'ailleurs à l'origine d'une très curieuse histoire d'amour. Parmi les victimes de la favorite se trouvait un garçon, nommé Enguerrand de Lagny, dont la jeune femme, Louise, était une des beautés de la Cour.
Lorsqu'elle apprit que son mari était accusé d'avoir livré une forteresse à l'empereur, la pauvre fut d'abord accablée. Puis elle pensa que la libération d'Enguerrand - dont elle ne mettait pas en doute la loyauté - ne pouvait venir que d'elle-même et elle se jura de l'aider à prouver son innocence.
La réussite du plan qu'elle conçut alors était entièrement fondée sur la puissance de son charme.
Elle se mit aussitôt au travail. Au bout d'un moi, grâce à des visites répétées, de tendres prières et des regards soumis, elle avait réussi à rendre amoureux d'elle le gardien du cachot où moisissait Enguerrand. Et, un soir qu'elle lui accordait gentiment ce qu'il désirait, Louise murmura :

- Si vous m'aimez, gardez-moi près de vous. Mettez-moi à la place de mon mari.

Cette proposition stupéfia le brave fonctionnaire.

- Et s'il me dénonce ?
- Impossible, puisqu'on le remettrait en prison.

Et le lendemain, la blonde Louise était dans le cachot du roi, tandis que son époux courait vers le Nord, où des combats avaient lieu.
En effet, si la paix avait été signée avec Charles-Quint, la guerre continuait contre Henry VIII, et l'on avait grand besoin de chevaliers sachant se servir d'une épée.
Enguerrand, ayant changé de nom, se joignit à l'armée et se battit avec une telle fougue que son courage fut signalé au roi. A quelque temps de là, François Ier vint visiter ses troupes et félicita Enguerrand.


- Voici l'un des plus valeureux chevaliers de mon royaume, dit-il. As-tu quelque chose à me demander ?
- Oui, sire : la liberté de ma femme qui se trouve dans un cachot.

Le roi parut fort étonné.

- Qu'a t-telle fait ?
- Elle apris ma place...

Et il conta toute son histoire à François Ier un peu ébahi, disant pour conclusion :

- J'ai simplement voulu prouver à Votre Majesté que j'étais son loyal serviteur, incapable d'une trahison, et que ma condamnation était injuste.

Le roi ne répondit rien, mais l'embrassa. Et un courrier partit aussitôt pour Paris.
Le lendemain, Louise était libérée après trois mois de cachot et de rencontres amoureuses où elle s'était efforcée dene point prendre de plaisir. Son geôlier la vit partir le coeur gros, sachant par expérience que de telles aventures n'arrivent pas deux fois dans la vie d'un gardien de prison.
Quant à Enguerrand, qui ne pouvait décemment reprocher à sa femme de s'être un peu déshonorée en voulant lui rendre son honneur, il ferma les yeux et, nous dit un chroniqueur, "oublia bien vitement de sa mémoire le temps où la belle Loyse, par amour, le faisoit loger en l'hôtel du Croissant" (C'est-à-dire : le faisait cocu).


Au début de 1545, toute la Cour se passionna pour une étrange affaire
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Dim 8 Jan - 20:50

François Ier, qui faisait alors, sous l'influence italienne, rebâtir et décorer de nombreux châteaux, s'était entouré de grands artistes venus de la Péninsule sur sa demande. A Léonard de Vinci, ramené après Marignan, et qui était mort en 1519, avaient succédé Andrea del Sarto, le Primatice, Rosso, et bien d'autres, qui travaillaient en France pour la plus grande gloire du souverain.

"Le roi, disait un ambassadeur italien, dépensait énormément, d'un bout de l'année à l'autre, en joyaux, en meubles, en constructions de châteaux et de jardins. Il était d'une telle nature que, à qui lui apportait une pierre trouvée sous terre ou quelque autre chose, il donnait de l'argent."

Or l'un de ces artistes italiens déplaisait à Mme d'Etampes qui ne savait que faire pour letracasser. La favorite ne se contentait pas, en effet, de rompre des lances avec Diane de Poitiers, elle s'acharnait contre tous ceux qui n'acceptaient pas de la considérer comme la maîtresse absolue du royaume. Et Benvenuto Cellini était de ceux-là.


C'était leur duel quotidien qui passionnait la Cour.
Les choses avaient commencé de façon stupide.
Le sculpteur, ayant reçu une commande de statues pour le château de Fontainebleau, était venu présenter un projet au roi, mais avait omis d'aller le montrer à la favorite.
Furieuse, Mme d'Etampes s'était vengée en priant François Ier de charger le Primatice du travail commandé à Benvenuto ; injustice que le faible souverain avait accepté de commettre.

Finalement, après bien des intrigues, Cellini était tout de même parvenu à faire placer dans une galerie de Fontainebleau un magnifique Jupiter qu'il venait de terminer...
La favorite avait failli en piquer une crise de nerfs.


"Mme d'Etampes, ayant appris où en étaient mes affaires, dit Benvenuto Cellini dans ses Mémoires, en fut plus irritée que jamais contre moi.
"Comment, se disait-elle, je gouverne le monde et ce chétif personnage ne fait pas le moindre cas de moi."


Elle s'était alors efforcée de lui causer mille ennuis, essayant même de le faire tuer par des hommes de main. Benvenuto, heureusement, était sorti sain et sauf de l'embuscade.
Néanmoins, excédé - et on le comprend - il avait décidé de quitter la France après avoir fait subir à Mme d'Etampes l'affront qu'elle méritait. Le scandale se produisit le jour de l'inauguration, par le roi, de la galerie où se trouvait le fameux Jupiter.
François Ier et toute la Cour entouraient la statue et ne tarissaient pas d'éloges.


Soudain quelqu'un demanda :

- Que veut dire cette chemise dont Benvenuto a vêtu sa statue ?

Mme d'Etampes répondit d'un ton aigre :

- C'est apparemment pour couvrir quelques fautes !

Benvenuto n'attendait que ce moment.

- Je ne suis pas un homme à cacher mes fautes, dit-il. C'est pour l'honnêteté que j'ai mis ce voile : mais, puisque vous ne le voulez point, ne l'ayez donc point ! ...

D'un geste rapide, il arracha la chemise et découvrit, à deux doigts du visage de la favorite, le sexe énorme, gigantesque, phénoménal de sa statue.

- Lui trouvez-vous assez de ce qu'il faut ? s'écria-t-il.

Mme d'Etampes, horrifiée recula, tandis que toute la Cour ricanait. Quant au roi, il eut grand mal à s'empêcher de rire. Alors la favorite, qui murmurait des injures, le prit par le bras et l'entraîna vers la porte.
Avant de sortir, François Ier, que cette farce vengeait de bien des ennuis, s'écria :

- J'ai enlevé à l'Italie l'artiste le plus grand et le plus universel qui ait jamais existé...


Tout le monde applaudit, et Mme d'Etampes rentra dans ses appartements, folle de rage. Le soir, elle alla trouver le roi et lui demanda que Benvenuto fût pendu.

- Je suis d'accord, dit François Ier, pouvu que vous me trouviez auparavant un artiste de sa taille.

Malgré l'amitié du roi, Benvenuto Cellini se sentit dès lors en danger, et, par un jour de printemps 1545, il fit ses bagages et reprit la route de l'Italie.

C'est ainsi que la France perdit l'un des plus grands artistes de la Renaissance
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 10 Jan - 20:30

FRANCOIS Ier EST-IL MORT DE LA BELLE FERRONNIERE ?




La façon de donner vaut souvent mieux que ce qu'on donne - La sagesse des Nations -




L'USAGE un peu excessif qu'il avait fait des femmes donnait à François Ier un physique nettement au-dessus de son âge. C'est ainsi qu'à cinquante-deux ans il avait l'air d'un vieillard.
Pourtant, il aimait encore se montrer galant homme lorsque l'occasion s'en présentait, et tout le monde était d'accord à la Cour pour dire qu'il savait encore tenir sa place dans un lit...

Bien entendu, il n'avait plus cette fougue qui lui permettait jadis de prouver, huit à dix fois coup sur coup, ses bons sentiments à la dame de ses pensées. Mais il s'en consolait en écoutant ou en racontant lui-même des histoires fort grivoises, ce qui faisait ressembler le palais à un corps de garde. Une anecdote nous le prouve.
Un soir que le chancelier Gaillard était assis au bout d'un banc, dans la grande salle du palais, alors que le roi se trouvait assis sur sa chaise royale, on se mit à évoquer des paillardises d'un chevalier.


- Or ça, s'écriat tout à coup le roi, beau sire chancelier, dites-moi, s'il vous plaît, quelle distance il y a entre gaillard et paillard ?

Le chancelier Gaillard se leva :

- La distance de mon banc à votre chaise, sire, dit-il.

Cette réplique audacieuse plut beaucoup à François Ier qui en rit longtemps.



L'attitude immodeste du souverain fit alors disparaître de la Cour le peu de retenue que les dames y avaient encore conservée ; et l'on entendait à Fontainebleau de bien curieuses choses. Il me suffira de donner un exemple. La chanson à la mode, celle que toutes les princesses fredonnaient à longueur de journée sans la moindre gêne, s'intitulait : "J'ai un ciron sur la motte" (Elle se trouve avec ses dix-sept couplets dans le recueil de Lotrian, publié en 1543).

Ce ciron, ou autre chose, les démangeait tellement qu'elles ne pensaient plus qu'à se faire "beluter", au point, nous dit un historien du temps, "que l'on auroit pu croire qu'un démon sensuel les habitoit"...

Brantôme nous donne cet exemple frappant :


"J'ay ouy parler d'une belle et honnête dame, surtout fort spirituelle, de plaisante et bonne humeur, laquelle, se faisant un jour tirer sa chausse par son valet de chambre, lui demanda s'il n'entroit point pour cela en rut, tentation et concupiscence ; - encore, dit-elle et franchit le mot tout outre. Le valet pensant bien dire, pour le respect qu'il luy portoit, lui répondit que non, elle soudain haussa la main et luy donna un grand soufflet. " - Allez, dit-elle, vous ne me servirez jamais plus ; vous êtes un sot, je vous donne votre congé..."

Effrontées, perverses et ardentes au plaisir, ces dames recherchaient tous les moyens propres à donner un piment nouveau aux rencontres amoureuses.
C'est ainsi que Sauval nous dit qu'elles se mettaient une pommade destinée à faire pousser de façon anormalement grande les poils issus à "la nature", afin de pouvoir ensuite "les friser et les retrousser comme la moustache d'un Sarrasin". Ce qui devait être ravissant.


Pour la première fois de sa vie, François Ier se sentit, en 1546, un impérieux besoin de solitude.
Mme d'Etampes, toujours en ébullition, le fatiguait, et il lui arrivait d'aller passer quelques jours à Chambord "où deux cents personnes pouvaient vivre dans se rencontrer jamais, si elles le désiraient".
Ce château avait été construit sur les plans du roi, au coeur de la forêt, en un endroit où il était, dit-on devenu l'amant d'une jeune Blésoise, lorsqu'il avait dix-sept ans.
Tombeau d'un amour de jeunesse, Chambord était fastueux, mais lugubre. C'est là que le roi venait composer des vers désabusés :


Où êtes-vous allées, mes belles amourettes ?
Changerez-vous donc de lieu tous les jours ?
A qui dirai-je mon tourment ?
Mon tourment et ma peine ?
Rien ne répond à ma voix :
Les arbres sont secrets, muets et sourds.
Où êtes-vous allées, mes belles amourettes ?
Changerez-vous de lieu tous les jours ?
Ah ! puisque le Ciel veut ainsi
Que mon mal je regrette,
Je m'en irai dedans les bois
Conter mes amoureux discours.
Où êtes-vous allées, mes belles amourettes ?
Changerez-vous de lieu tous les jours
?


C'est là aussi qu'un soir il grava, non point sur la vitre de sa chambre, comme on le raconte généralement, mais sur le mur, avec un tison ou un morceau de plâtre tombé du plafond, trois mot : Toute femme varie.

Car il n'y avait que trois mot et non un distique.
Brantôme, qui eut la chance de voir ce graffiti, nous apporte à ce sujet un témoignage indiscutable.
Un ex-valet de chambre de François Ier "me voulut, fit-il, montrer tout, et, m'ayant mené à la chambre du roi, il me montra un écrit au côté de la fenêtre :

-" - Tenez, dit-il, lisez cela, monsieur : si vous n'avez pas vu de l'écriture du roy mon maître, en voilà".
Et l'ayant lu, en grandes lettres il y avait ces mots :
Toute femme varie."

Ce n'est que bien plus tard qu'on fit de cette phrase un distique en y ajoutant "Bien fol est qui s'y fie", vers provenant d'ailleurs d'une vieille chanson du troubadour Marcabrun - en attendant que Victor Hugo y ajoutât une allusion coquine à la plume au vent...



En janvier 1547, Henry VIII d'Angleterre mourut, ce qui réjouit fort le roi de France. L'ambassadeur Jean de Saint-Mauris, qui était présent lorsqu'on apporta la nouvelle à François Ier, nous dit qu'on le "vit au même instant fort rire et se réjouir avec ses dames, étant pour lors au bal".
Puis il songea que le défunt avait son âge et, nous dit Martin du Bellay, "il devint plus pensif qu'auparavant"...

Quelques jours après, François Ier attrapa un rhume dont personne ne se soucia, mais, le 11 février, il avait "trois accès de fièvre tierce", et la Cour commença à parler à voix basse d'un mal incurable.
La duchesse d'Etampes fut effondrée. La disparition du roi, elle le savait, signifiait pour elle la ruine, l'obligation de quitter le palais et, sans doute, quelques terribles vengeances de la part de Diane de Poitiers
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 11 Jan - 16:22

ouh ouh Episto .. Ne reste pas enfermée dans ta rubrique .. viens nous dire bonjour au salon !!
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 11 Jan - 19:55

Le roi ne sentait pas l'approche de la mort. Il chevauchait, courait les bois et même, à l'occasion, faisait une politesse à une chambrière... Le 12 mars, alors qu'il était à Rambouillet, il subit un quatrième accès de fièvre. Il fut tellement secoué que l'ambassadeur Saint-Mauris écrivit : "Il se retrouve telle pourriture que les médecins désespèrent de la curation."

Le 29 mars, alors que Diane de Poitiers avait peine à cacher sa joie, il fit venir le dauphin à son chevet et lui dit :

- Mon fils, je recommande la duchesse d'Etampes à votre courtoisie. C'est une dame.

Puis il ajouta :

- Ne vous soumettez pas à la volonté d'autres, comme je me suis soumis à la sienne.


Le matin, François Ier, se sentant perdu, avait ordonné à sa favorite de quitter son chevet. Mme d'Etampes s'était alors "pâmée par terre" en faisant un bruit épouvantable, criant avec une emphase comique : "Terre, englouitis-moi..." Puis elle avait gagné rapidement Limours...

Deux jours passèrent encore. Le roi s'éteignait doucement, tandis que, dans une pièce voisine, Diane et les Guise attendaient avec impatience l'avènement de Henri II.
Le 31 mai au matin, on entendit des gémissements lugubres.

- Voilà qu'il passe le galant, dit cyniquement la grande sénéchale.

C'était vrai. Quelques minutes plus tard, le roi de France avait rendu l'âme
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 14 Jan - 20:38

De quoi était-il mort ? On ouvrit son corps pour le savoir et "on trouva, écrivit Saint-Mauris, une apostume en son estomac, les rognons gâtés, et toutes les entrailles pourries et avoit la partie du gosier échancrée, le poumon entamé".
Pour le bon peuple de France, qui avait suivi pendant trente ans les frasques amoureuses de François Ier, la question ne se posa même pas.

- Il est puni par où il a péché, disait-on, en clignant de l'oeil.

Et un couplet circula bientôt
:

L'an mil cinq cent quarante sept
François mourut à Rambouillet,
De la vérole qu'il avait
!


Plus tard, une légende, née on ne sait où, fit de François Ier la victime d'une sombre machination.
Ecoutons Loys Guyon, sieur de la Nauche et médecin d'Uzerche :
"Le grand roi François Ier rechercha la femme d'un avocat de Paris, très belle et de bonne grâce, que je veux nommer, car elle a laissé des enfants pourvus de grands Etats. Ce que connaissant, aucuns courtisans et maquereaux royaux dirent au roi qu'il la pouvait prendre d'autorité et par la puissance de sa royauté. Enfin, le mari dispensa sa femme de s'accommoder à la volonté du roi et, afin d'empêcher en rien cette affaire, il fit semblant d'avoir affaire aux champs pour huit ou dix jours.
Cependant, il se tenait caché dans la ville de Paris, fréquentant les bourdeaux, cherchant la V... pour la donner à sa fmme, aifn que le roi la prît d'elle,. Et trouva incontinent ce qu'il cherchait et en infecta sa femme et puis après le roi. Le quel la donna à plusieurs autres femmes qu'il entretenait, et n'en put jamais guérir, et tout les reste de sa vie, il fut mal sain, chagrin, fascheux, inaccessible.3

Cette dame dont Guyon ne veut pas donner le nom était la femme d'un avocat nommé Jean Féron, et on l'appelait la Belle Ferronnière. Elle était fine, onduleuse, élégante, avait de longs cheveux noirs, des yeux bleu foncé, les plus jolies jambes du monde et portait au milieu du front un bijou retenu par un fin lacet de soie, détail curieux qui ajoutait encore à sa séduction. (1)
A-t-elle contaminé le roi de France ?


Non, François Ier avait contracté depuis longtemps le mal de Naples. Louise de Savoie, en mère attentive, notait en effet dans son journal, à la date de 7 septembre 1512 :
"Mon fils passa à Amboise pour aller en Guyenne... et, trois jours avant, il avait eu mal en la part de secrète nature..."
Il n'eut donc pas besoin de la Belle Ferronnière, ni de son mari, pour attraper cette très ennuyeuse maladie (2)
Mais en est-il mort, comme on le prétend généralement ?
Non. Toutes les recherches effectuées par les historiens modernes le prouvent. Et le docteur Cabanès a même pu établir que François Ier "avait été amené au trépas par une fistule tuberculeuse"

Si le "galant" est mort, prématurément usé et ramolli à cause des femmes, ce n'est pas, toutefois, cun coup de pied de Vénus qui l'a envoyé dans l'autre monde...



(1) Cette mode qu'elle lança a d'ailleurs une histoire qui se rapporte à sa première entrevue avec le roi : lorsque François Ier, l'ayant fait venir au palais, voulut l'entraîner - un peu trop rapidement - vers un lit, elle en conçut une telle indignation qu'une de ses veines du front se rompit. Mais ce sexe est faible... Une heure plus tard, elle était la maîtresse du roi, et le lendemain elle masquait ingénieusement le petit épanchement sanguin qu'elle avait au front au moyen du fameux bijou, maintenu par un bandeau.

(2) La légende s'accrédita pourtant bien vite, et l'historien Mézeray écrit très sérieusement :
"Désespéré d'un outrage que les gens de la Cour n'appellent qu'une galanterie, il (Jean Féron) s'avisa méchamment d'aller dans un mauvais lieu s'infester lui-même pour gâter sa femme et ainsi faire passer sa vengeance jusqu'à celui qui lui avait ôté l'honneur
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 18 Jan - 20:52

UNE FEMME EST A L'ORIGINE DU DUEL DE JARNAC



Quand deux hommes ont envie de se tuer, il est bien rare qu'une femme n'y soit pas pour quelque chose - Alfred SAVOIR -




PENDANT les jours qui suivirent la mort de François Ier, la duchesse d'Etampes, réfugiée au château de Limours, vécut des heures anxieuses.
Elle s'attendait à être arrêtée sur l'ordre de Diane de Poitiers, jugée publiquement, maltraitée et conduite dans un cachot.
C'était mal connaître la grande sénéchale.

Femme prudente, Diane, en effet, ne voulait point créer un dangereux précédent dont elle pût se trouver un jour la victime..
Son indulgence, dont seuls quelques intimes devinèrent les raisons, étonna un peu les braves gens qui avaient espéré, à la mort du roi, voir la favorite dépouillée de tous ses biens et peut-être même jugée pour hérésie et brûlée en place publique.

- Quand le dauphin montera sur le trône, avaient-ils souvent murmuré, Mme d'Etampes ne restera pas longtemps en vie.

Ils s'étaient trompés, comme toujours.

Car Diane de Poitiers, trop contente de voir son ennemie abattue, se considéra comme vengée par le destin et renonça à la faire poursuivre pour hérésie.


(J'ai fait quelques recherches, et appris que Mme d'Etampes avait vu une grande partie de ses biens confisqués, que tous ses amis furent disgrâciés et qu'elle fut poursuivie en justice pour haute trahison).

Mme d'Etampes, enfermée dans son château de Limours, put même pratiquer sa religion sans être inquiétée...

Mais l'on sut bientôt, par une indiscrétion de valets, que le roi Henri II avait fait saisir les bijoux de l'ex-favorite - pour les offrir, d'ailleurs, à Diane - et cela réconforta le menu peuple, qui avait souffert pendant tant d'années des caprices de la belle Anne.
Une chanson courut Paris :


Qu'est devenu le temps que j'estois estimée ?
Des princes comme du roy j'estois la mieux aimée.
Mais si à aulcun je fais tort
C'est à la reine Eléonore.
La reine Eléonore eut grand patience
D'avoir tant enduré de Madame d'Etampes.
Elle a eu grand honneur,
Et moy j'en ai le déshonneur.
Las, le noble roy Henri, vous me faictes grand grâce
De me laisser jouir de mes chasteaulx et places
Que le noble roy m'a donnés ;
Je ne l'avois pas mérité.
Hélas ! vray Dieu, où sont mes bagues et mes pierres,
Que je voulois porter par grande pompiere ?
Maintenant, il me les faut laiser,
J'en ay au coeur un grand regret.
Mesdames de la Cour, prenez à moy exemple ;
Ne montez pas si haut qu'il vous faille descendre.
Par trop monter, je suis bien mise en bas.
Et déboutée de tous estats...


Elle allait être mise plus bas encore...

Jean de Brosse, duc d'Etampes, son mari, qui vivait en Bretagne, (car François Ier l'avait nommé gouverneur de Bretagne, en remplacment de M. de Châteaubriand, le mari de sa première favorite ! Un cocu chasse l'autre.) arriva à Limours un beau matin, décidé à faire valoir ses droits d'époux et à réclamer lespensions que, depuis quinze ans, l'ex-favorite omettait de lui faire parvenir...

Mme d'Etampes fut très fâchée de cette visite et trouva la première prétention de son mari effarante.

- ... Il y a si longtemps ! dit-elle.
- Oui, il y a vingt ans, répliqua sèchement Jean de Brosse, et, depuis lors, vous m'avez, sans discontinuer, cocufié avec le roi. Aujourd'hui, le roi est mort et rien au monde ne peut m'empêcher d'entrer dans votre lit.

Mme d'Etampes pensa que, dans sa situation, il était des sacrifices nécesaires et que, d'ialleurs, la vie était une vallée de larmes.
Elle consentit.
Jean de Brosse, animé par un désir qui, depuis vingt ans, le rendait légèrement apoplectique, faillit bien, nous dit un chroniqueur, "ne se poinct montrer le beau jouteur que les dames et damoiselles bretonnes connaissaient, tant l'émotion luy nouait la nature et le rendait mol"... Mais il se "ravisa" et Mme d'Etampes oublia pendant un instant qu'elle était avec son mari.

Quand elle revint à elle, la réalité l'accabla, car Jean de Brosse, qui s'était rhabillé rapidement, lui présentait, l'oeil sévère, des papiers à signer.
Elle essaya de lui faire admettre que le moment était mal choisi pour parler d'affaires, mais il se fâcha :

- Vous êtes mon épouse, vous devez m'obéir !

Et la pauvre, encore "mal sortie des douceurs de l'extase", signa un papier par lequel elle donnait à son mari les domaines de Chevreuses, Dourdan et Limours... Alors, il lui ordonna de se vêtir :

- Vous partirez bientôt pour la Bretagne, où vous vivrez désormais.

Quelques heures plus tard, une litière escortée d'hommes en armes emmenait la duchesse vers le sombre et lugubre château de la Hardouinaye, où elle devait rester dix-huit ans séquestrée.

A peine arrivée en Bretagne, et malgré l'étroite surveillance dont elle était l'objet, l'ex-favorite chargea quelques hommes sûrs d'établir une liaison suivie et discrète avec la Cour, afin d'être tenue au courant de ce qui s'y passait
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 19 Jan - 19:50

Or c'était le moment où tout le monde sepassionnait à Saint-Germain pour une très curieuse affaire qui mettait en cause l'honneur du jeune seigneur Guy Chabot de Jarnac, beau-frère de la duchesse d'Etampes.
Ce gentilhomme, que l'on savait désargenté, se faisait remarquer depuis longtemps par une élégance raffinée et un train de vie des plus brillants.
Un jour de 1546, le dauphin, poussé par Diane de Poitiers qui cherchait toutes les occasions de salir la famille de sa rivale, avait demandé au jeune homme comment il pouvait "mener un tel état".
Jarnac s'était contenté de rappeler en souriant que son père venait d'épouser en secondes noces la très riche Madeleine de Puy-Guyon.

- Elle m'entretient, avait-il ajouté en employant, imprudemment, un terme
ambigu.

Aussitôt, le dauphin, ravi, était allé raconter à qui voulait l'entendre que Guy Chabot était l'amant de sa belle-mère. Ce bruit colporté par toutes les mauvaises langues de la Cour, n'avait pas tardé à venir, on s'en doute, aux oreilles du jeune gentilhomme.
Furieux, il s'était écrié avec indignation que "meschant et lasche était celui qui avait ainsi menti, quel qu'il fust".

L'insulte visait, bien entendu, l'héritier du trône. Celui-ci, ne pouvant demander éparation, car son rang lui interdisait de se mesurer avec un simple gentilhomme, avait chargé alors l'un de ses bons amis, François de Vivonne, seigneur de la Châtaigneraie, de se déclarer offensé par les paroles de Jarnac et d'être son "champion".
La Châtaigneraie, jeune brute au grand coeur, avait accepté, racontant aussitôt que "Jarnac lui avoit dit personnellement cette vilaine parole : "Je couche avec ma belle-mère"...
Mais François Ier, sur la pression de Mme d'Etampes, qui craignait pour la vie de son beau-frère, s'était opposé au duel.

Une semaine après la mort du roi chevalier, La Châtaigneraie, manoeuvré par Diane, qui voulait en finir avec la famille de Mme d'Etampes, adressa à Henri II cette étrange lettre :


Sire, au différend qui est entre Chabot et moi, j'ai jusqu'à présent, seulement regardé à la conservation de mon honneur sans toucher à celui des dames, même de celle dont il s'agit. Mais voyant que, pour la justification, il est requis que je dise que Chabot à agi de sa belle-mère à sa volonté, et qu'il m'a dit lui-même l'avoir chevauchée en couchant avec elle, pour ce, je vous supplie très humblement me donner camp à toute outrance ; dedans lequel j'entends lui prouver par armes ce que j'ai dit.


Henri II ayant décidé que le débat serait tranché par un duel judiciaire, on aménagea une lice et des tribunes non loin du château de Saint-Germain (sur cet emplacment se trouve aujourd'hui la colonne de Néron), et, le 15 juin 1547, devant la Cour au complet, les deux hommes se présentrèent en armures.
Ils étaient très différents de silhouette ; Jarnac mince, fluet ; La Châtaigneraie, trapu, massif, athlétique. L'issue du combat ne faisait de doute pour personne, et la grande sénéchale souriait, confiante.
Soudain, le héraut d'armes lança le cri traditionnel :
"Laissez-les aller, les bons combattants !".

On vit alors les deux adversaires se précipiter l'un sur l'autre avec une fureur sauvage. Les coups d'épée résonnaient terriblement sur les bouclers, et l'on crut que le pauvre Jarnac allait être écrasé sans avoir le temps de combattre.
Tout à coups, on le vit se courber, se couvrir la tête de son bouclier, se fendre à fond et, d'un coup rapide, trancher le jarret gauche de La Châtaigneraie...
Le colosse s'écroula.
Un silence de mort régnait dans les tribunes. Diane et Henri II, les yeux écarquillés, regardaient leur "champion" allongé sur le sol. Ils étaient stupéfaits et furieux.
Une voix leur fit redresser la tête. C'était celle de Jarnac, qui criait à sa victime :

- La Châtaigneraie, rends-moi mon honneur ! A Dieu et au roi, crie merci de l'offense que tu m'as faite !

La Châtaigneraie ne répondit pas. Il se vidait de son sang comme un poulet et n'était déjà presque plus de ce monde.
Le connétable de Montmorency vint l'examiner et ne le trouva pas bien :

- Je crois qu'il le faut ôter, dit-il simplement.

Pendant qu'on transportait le mourant - qui trépassa peu après, - Jarnac demanda au roi de lui rendre publiquement son honneur.


Henri II avait l'esprit lent. Il demeura longtemps silencieux, cherchant à comprendre ce qui s'était passé. Enfin, il déclara d'une voix blanche que Jarnac était lavé des accusations qu'on avait portées contre lui ; puis il se retira précipitamment, suivi de la Cour et de Diane qui, pâle et les lèvres serrées, ne cherchait même pas à cacher sa colère...

Ainsi se termina ce duel singulier grâce au "coup de M. de Jarnac" - qui n'avait d'ailleurs rien de déloyal...
Le lendemain, à la Hardouinaye, Mme d'Etampes apprit avec la joie qu'on imagine que l'honneur de sa famille avait été sauvé et que la grande sénéchale était sur le point d'avoir une jaunisse
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 20 Jan - 21:03

LE MENAGE A TROIS DU ROI HENRI II



Les chaînes du mariage sont parfois si lourdes qu'on n'est pas trop de trois pour les porter - Roland MERCIER -


A L'AUBE tiède du juillet 1547, la ville de Reims s'éveilla parée comme un reposoir. Dans les rues encore désertes, les maisons décorées de riches tapisseries, de draps piqués de fleurs, de couronnes de roses et d'oriflammes endormies, se coloraient peu à peu de la clarté dorée d'un "petit jour" d'été.
Une ville étrange sortait de la nuit. Une ville de rêve et de contes de fées que les premiers promeneurs découvrirent avec émerveillement et fierté.

Le visage familier de la vieille cité disparaissait sous des guirlandes, des banderoles, des arcs de triomphe, des colonnes de jaspe, des voûtes de feuillage et des fontaines de vin...
Pour quel événement Reims s'était-elle donc ainsi métamorphosée ?
Pour une fête propre à réjouir tous les braves gens du royaume : pour le couronnement du nouveau roi de France.


A huit heures, toutes les cloches de la ville annoncèrent l'approche de Henri II.
Précédant le groupe des princes du sang qui l'accompagnaient, le jeune souverain, monté sur un cheval blanc richement harnaché, fut reçu à la porte princeipale de la ville par le gouverneur, les notables et tous les habitants "en grande joie".
A cet endroit avait été dressé un édifice étrange surmonté d'un gros soleil "en forme de pomme rayonnante". Le gouverneur de Reims attira l'attention de Henri II sur ce détail.
Le roi, intrigué, arrêta son cheval, et tout le cortège s'immobilisa. Aussitôt le soleil s'ouvrit, libérant un énorme coeur quidescendit par un jeu de cordes jusque devant le souverain.
Avant que la foule n'ait eu le temps d'applaudir cette "merveille", le coeur se fendit par le milieu découvrant une charmante jeune fille fort peu vêtue qui présenta les clefs de la ville à Henri II.


Le roi eut l'oeil pétillant devant cette apparition et le bon peuple, émerveillé, pousa des cris de joie.
La nymphe récita alors un petit compliment et rentra dans le coeur qui se referma. Puis comme par enchantement, tout remonta dans le soleil "qui s'épanouit aussitôt en fleur de lys."

Après cet intermède, le cortège se dirigea vers une place où les Rémois avaient cru bon d'édifier une espèce de montagne recouverte de velours sur laquelle des femmes nues, aux prises avec des satyres, composaient d'audacieux tabbleaux vivants. Le roi contempla un instant ce spectacle vraiment inattendu avant les solennités du sacre et continua sa route en pensant que la journée commençait bien...

A la cathédrale, il n'y avait pas de femmes nues, ni de spectacles légers ; pourtant l'amour et l'adultère y furent évoqués par le roi lui-même d'une façon qui stupéfia tout le monde. Il parut dans une tunique de satin bleu azuré semé de fleurs de lys d'or et ornée d'une broderie représentant [i]son initiale mêlée à celle de Diane de Poitiers.[/i


Lorsque les évêques virent le double D dans l'H, ils se regardèrent en hochant la tête, pensant que le nouveau roi allait encore plus loin que son père dans la voie du scandale.

Diane de Poitiers était d'ailleurs là, occupant, pour la première fois en public, la place d'honneur, alors que la reine, (enceinte de trois moi, il est vrai) avait été reléguée dans une tribune écartée.

Si la plupart des prélats furent choqués par la présence de Diane aucun n'osa en parler à lhaute voix, pour la bonne raison que le cardinal de Lorraine, qui devait oindre le nouveau roi, était un des plus fidèles alliés de la grande sénéchale.


Les protestations aupèrs de ce prince de l'église n'eussent donc donné aucun résultat. Souriant, onctueux, il se serait contenté de répondre en baissant les paupières sur son regard trop brillant :

- Votre seul devoir est de prier, mon fils !

Car, s'il n'avait pas encore atteint sa vingtième année, le cardinal de Lorraine possédait beaucoup d'expérience, ayant été nommé archevêque à l'âge de neuf ans
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 21 Jan - 13:52

Après ce sacre mémorable, Henri, Diane et Catherine allèrent s'installer à Fontainebleau.
La grande sénéchale, qui avait fait chasser les ministres protégés par Mme d'Etampes pour les remplacer par ses amis, devint alors toute-puissante.
C'est elle qui régnait sur le royaume par l'intermédiaire d'un roi amoureux et de ministres qui lui devaient tout.
Or, contrairement à la duchesse d'Etampes, elle ne chercha pas tout de suite à se mêler des affaires de l'Etat. Son ambition était plus sordide : elle voulait simplement accumuler titres, rentes et domaines. Animée par une cupidité sans bornes, elle rêvait de posséder la plus grosse fortune de France et, pendant les douze ans que régnera Henri II, elle n'intriguera que dans ce but, ce qui la conduira, hélas ! à s'occuper de politique.
Pour commencer, elle réussit un assez beau coup : à chaque changement de règne, les possesseurs des diverses charges du royaume devaient, pour être maintenus dans leurs fonctions, payer un impôt appelé "droit de confirmation" ; Diane en exigea le montant. Trois cent mille écus d'or lui furent donc versés aux dépens du Trésor...
Elle parvint encore à se faire attribuer les sommes provenant de la taxe sur les cloches, ce qui fit dire à Rabelais : "Ce roi a pendu toutes les cloches du royaume au col de sa jument..."


Enfin, sous couleur de faire la guerre aux mécréants, elle mit la main sur les biens confisqués aux protestants, ou saisis chez les Juifs...
Mais elle réussit à faire mieux encore, le jour où elle obtint que le roi lui donnât les plus beaux joyaux de la couronne.
Les historiens modernes ont évalué ce cadeau à quelque trois milliards de notre monnaie...

Connaissant l'avidité extrême de sa maîtresse, le roi utilisait tous les prétextes pour lui octroyer de nouvelles rentes. Un jour, il lui accorda "cinq mille cinq cents livres, en faveur des bons, agréables et recommandables services qu'elle à cy-devant faits à la reyne".
Ce qui était tout de même un comble.


Bien entendu, l'attitude extravagante du roi ne tarda pas à être critiquée par certains hommes politiques indépendants, les ambassadeurs étrangers, par exemple. C'est ainsi que Alvarotto, le représentant à Paris du duc de Ferrare, écrivait :
"Pour Sa Majesté, il ne paraît pas qu'elle pense à autre chose qu'à jouer à la balle, à aller chasser parfois et à courtiser à toute heure la sénéchale ; arpès le déjeuner et, le soir après le dîner, ce qui fait qu'en moyenne il doit bien rester avec elle au moins huit heures. S'il arrive qu'elle soit dans la chambre de la reine, il la fait appeler. C'est au point que chacun se lamente et remarque qu'il se tient plus mal que le feu roi... D'aucuns en tirent cette conclusion que le roi ne voit pas clair et qu'il est mené, comme on dit, par le bout du nez."

Mais les ambassadeurs étrangers n'étaient pas les seuls à oser critiquer l'aveuglement du roi. Lorsque Charles de Lorraine, archevêque de Reims, remplaça, sur la demande de sa protectrice, le cardinal de Tournon, une épigramme circula à la Cour et même dans Paris :


Sire, si vous laissez, comme Charles désire,
Comme Diane veut, par trop vous gouverner,
Fondre, pétrir, mollir, refondre, retourner,
Sire, vous n'êtes plus, vous n'êtes plus que cire
...


Ce quatrain cruel n'empêcha pas Henri II de continuer à combler sa maîtresse d'honneurs et de présents.
A l'automne 1547, il lui offrit "en considération des grands et recommandables services rendus par son feu mari, Louis de Brézé", le château de Chenonceaux qui appartenait à la couronne.

Cette fois, le roi allait trop loin, et la reine, sortant de sa réserve habituelle, lui rappela publiquement que Chenonceaux était inaliénable en vertu d'un édit royal de 1539, et qu'il n'avait pas le droit d'en disposer.
Allait-il devoir reprendre son cadeau à la grande sénéchale ? Non, car Diane fit front et, grâce à une habile procédure, parvint à conserver Chenonceaux.
Ce fut son second château - car elle avait déjà celui d'Anet - et elle put s'estimer, dès lors, bien lotie...


En 1548, enfin, la grande sénéchale reçut le titre de duchesse de Valentinois (et le duché bien entendu).
Cette faveur scandalisa la Cour.
Tous les ducs de sang royal s'offusquèrent - vainement, est-il besoin de le dire - en voyant que la fille de Saint-Vallier était élevée au rang d'une dynastie souveraine.
La favorite, qui signa désormais "Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, comtesse d'Albion, dame de Saint-Vallier", devint plus méprisante et plus avide que jamais. Et le Florentin Ricaroli put écrire dans une lettre :
"On ne peut dire à quel point est parvenue la grandeur et l'omnipotence de la duchesse de Valentinois. Et on en vient à regretter Mme d'Etampes
..."

De telles faveurs rendaient officielle la liaison de Henri II. Tout le monde en parlait sans se cacher, et les hommges dus à la reine allaient vers la favorite, ainsi qu'on put le constater lorsque le roi fit son entrée solennelle à Lyon, suivi de Catherine, de Diane et de la Cour.
Tous les écussons dont la ville était ornée, portaient le chiffre qui avait fait scandale au sacre. Et, lorsque les notabilités vinrent présenter leurs hommages, ils défilèrent devant la favorite d'abord, faisant passer la reine au deuxième plan.

Enfin, pour couronner cette journée où Catherine de Médicis subit la plus grand humiliation de son existence, une jeune et belle fille vêtue en Diane chasseresse, cheveux blonds flottant au vent, croissant sur la tête et carquois à l'épaule, vint saluer le roi.
Elle portait une légère tunique en voiles blanc et noir (couleurs de la favorite), qui laissait voir d'admirables jambes, et tenait au bout d'une corde un "lion mécanique, lequel anima en bois représentait la ville de Lyon qui s'offrait au souverain". Mais les mauvais exprits y vrient un autre symbole. Et l'on chuchota que cette Diane tirant un lion monté sur roulettes représentait fort exactement la duchesse de Valentinois qui, de sa main parfumée, menait le roi en laisse...


Si les grands du royaume et les ambassadeurs étrangers étaient pleins de prévenances et de respect pour la maîtresse du roi, le bon peuple, lui, ne se gênait pas pour ricaner et composer sur Diane de malicieuses chansons que l'on répétait à la veillée...
En voici une que le folklore du Val de Loire nous a conservée :

Malgré son grand âge,
Diane, ce soir, à Blois,
Est en chasse, je crois,
Pour y forcer un roi.
Ah ! Catin, catin (
diminutif de Catherine), quel dommage !
Déesse peu sage
La vieille ira de nuit
(Diane avait alors cinquante et un ans et le roi trente)
Sonner un hallali
Qui aura lieu au lit.
Ah ! Catin, Catin, quel dommage
!

De tels couplets vengeaient un peu la pauvre Catherine de Médicis qui n'osait plus élever la voix dans son palais et se voyait réduite au rôle de "pondeuse d'enfants".
En effet, après avoir été stérile pendant dix ans, elle mettait maintenant son petit prince au monde chaque année.
Le faible Henri II avait trouvé ce moyen pour éliminer officiellement son épouse de toutes les cérémonies. Et pendant douze ans, tandis que Diane occupait la première place auprès du roi, la reine se tint dans l'ombre, lourde d'une progéniture d'ailleurs tarée...


Catherine étant toujours "dans l'attente d'un heureux événement", Henri II pouvait vivre à sa guise, sans que personne songeât à s'en étonner.
Le soir, après le dîner qu'il prenait en compagnie de la reine et de la favorite, le souverain disait gentiment à Catherine de Médicis :

- Vous devez être lasse, Madame. Aussi, je ne vous oblige point à demeurer parmi nous. Allez vous reposer
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Sam 21 Jan - 15:58

La reine, furieuse, se levait alors et regagnait ses appartements, sans prononcer un mot, mais "en donnant, nous dit un chroniqueur, de-ce de-là et comme par gaucherie ou maladresse, des coups de pieds dans les meubles"...
Dès qu'elle avait disparu, le roi se levait à son tour. Diane l'imitait, et ils partaient en compagnie de quelques intimes s'enfermer dans la chambre de la favorite
.

Tout d'abord, Henri rendait compte à Diane des affaires de l'Etat, lui demandant son avis sur un projet d'impôt, le texte d'un traité ou la réponse à faire à un diplomate, et la discussion durait souvent près d'une heure. Puis on se délassait un peu. Voici, d'après l'ambassadeur Saint-Mauris, qui envoya bien des détails savoureux en Italie, la façon un peu cavalière dont se comportait le roi dans l'appartement de la duchesse de Valentinois :
"Il s'assied au giron d'elle avec une guiterne (cithare) en main, de laquelle il joue et demande souvent au connétable et à Aumale si le dit Silvius (Diane) n'a pas belle garde, touchant quand et quand ses tétins et la regardant attentivement comme homme surpris de son amitié."


Lorsque le roi avait ainsi caressé les seins de Diane, celle-ci, chatouillée et troublée, le repoussait en riant, disant "qu'elle ne voulait point être ridée", sachant par expérience sans doute que la main de l'homme n'est point bonne pour la fine peau des gorges joliment enflées.
Cette façon désinvolte de se tenir en public choque un peu notre conception moderne de la pudeur. Il n'en était pas de même au XVIe siècle, surtout à la Cour où la vie du roi n'avait de secret pour personne.
Un histoirien du temps nous conte même une anecdote assez savoureuse. Un soir que Henri II était comme à l'accoutumée, dans la chambre de Diane avec quelques amis, il fut pris soudain "d'un feu qui le brûla et le poussa à conduire la duchesse de Valentinois vers le lict."
Les amis, bien élevés, feignirent de ne s'apercevoir de rien et restèrent auprès de la cheminée à deviser.
De temps à autre, des bruits divers parvenaient du coin d'ombre où se trouvait le grand lit de la favorite, mais personne ne se permettait de dresser l'oreille.
Soudain, on entendit un craquement et un grand choc. Dans leur ardeur, les deux amants avaient détruit le lit, et la duchesse de Valentinois était tombée dans la ruelle.
Tout le monde se précipita. Diane fut retrouvée à tâtons et ramenée toute rougissante vers la lumière.
Quant au roi, il n'avait pas eu le temps de réparer le désordre de ses vêtements, et son aspect manquait de majesté...
Heureusement, Diane eut le bon goût d'éclater de rire, ce qui détenti l'atmosphère.


(Henri II et Diane avaient, semble-t-il, l'habitude de malmener les lits. Alvarotto, dans une lettre datée de Compiègne, le 1er octobre 1549, écrivait : "Maisons me dit qu'un soir, comme elle (Diane) allait se coucher, Sa Majesté vint la clidvere (littéralement : mettre la clef dans la serrure) et qu'ils passèrent derrière le lit, qui était assez éloigné du mur, en feignant de deviser ; ils donnèrent de si grandes secousses au lit que celui-ci vacilla et qu'ils faillirent tomber par terre ; il n'y avait que deux femmes dans la chambre ; la duchesse dit à haute voix : "Sire, ne sautez pas aussi fort sur mon lit, vous finirez par le casser ...")

L'histoire amusa la Cour pendant quelques jours et la reine l'apprit bien entendu.
Elle en fut fâchée et se demanda, une fois de plus, par quels moyens la duchesse de Valentinois, qui avait vingt ans plus qu'elle, parvenait à retenir ainsi le roi. Car, nous dit Brantôme, "elle se sentait aussi belle et agréable que serviable, et digne d'avoir d'aussi friands morceaux"...

Intriguée, et pensant que peut-être la favorite usait d'une technique amoureuse qu'elle ignorait, elle désira s'instruire et en parla à une de ses confidentes.
Hélas ! celle-ci n'avait pas non plus une grande expérience, et ses "recettes" n'apprirent rien à la reine. En désespoir de cause, les deux femmes décidèrent d'épier les amants au moment où il se livraient à leurs ébats favoris. Catherine de Médicis fit alors percer plusieurs trous dans le plancher qui se trouvait au-dessus de la chambre de la duchesse "pour voir, nous dit Brantôme, le tout et la vie qu'ils démenoient tous deux ensemble". Et elle attendit l'occasion
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Jeu 26 Jan - 20:20

Un après-midi, voyant le roi se diriger vers l'appartement de Diane, la reine alerta son amie et les deux femmes grimpèrent bien vite à leur poste d'observation. Allongées par terre, les yeux collés aux trous, elles regardèrent "mais n'y virent rien que de très beau, car elles y aperçurent une femme très belle, blanche, délicate et très fraîche, moitié en chemise et moitié nue, faire des caresses à son amant, des mignardises, des follastreries bien grandes, et son amant lui rendre la pareille de sorte qu'ils sortoient du lict, et tout en chemise se couchoient et s'esbattoyent sur le tapis velu qui estoit auprès du lict, afin d'éviter la chaleur du lict, et pour mieux en prendre le frais ; car c'estoit aux plus grandes chaleurs".

Cette façon de faire, qu'elle ignorait, étonna la reine et lui donna du dépit. Elle "se mit à plorer, gémir, souspirer et attrister, luy semblant, et aussi le disant, que son mary ne luy rendoit le semblable, et ne faisoit les folies qu'elle luy avait vu faire avec l'autre".


Comprenant qu'elle ne parviendrait jamais à connaître le secret de la séduction de Diane, la reine encore une fois, se résigna et, ainsi que l'écrivait Lorenzo Contarini, "supporta avec patience"...
Follement amoureuse du roi, et criagnant à chaque instant de le perdre à tout jamais par une attitude hostile, elle se rapprocha finalement de Diane et vécut avec elle comme avec une amie.
La duchesse de Valentinois en profita, bien entendu, pour prendre plus d'importance encore. Laissant à la reine le soin de faire les enfants, elle se réserva de les élever, de les soigner et de les former.
Dès que Catherine accouchait, le nouveau-né lui était enlevé ; on allait le présenter au roi et à Diane.
Puis la favorite confiait le bébé à ses cousins. M. et Mme d'Humière, qu'elle avait fait nommer gouverneurs des enfants royaux. Il nous est parvenu des lettres qui témoignent de l'intérêt que prenait la maîtresse du roi pour la santé des enfants de Catherine.


J'ai vu, écrit-elle par exemple à Mme d'Humière, la lettre que m'avez écrite et ce que m'avez mandé que Mme Claude s'est trouvée mal cette nuit de sa toux, dont nous sommes tous marris ; toutefois est une maladi qui n'est point dangereuse, vu que madame sa soeur aînée en a eu de cette façon. La reine vous en écrit son avis ; il me semble que vous ferez bien de prendre une bonne résolution pour ne mettre plus les choses en doute ; je me fierai plus envotre opinion que en celle des médecins, vu mêmement la quantité d'enfants que vous avez eus. (Mme d'Humière avait eu dix-huit enfants.)

Lorsqu'ils avaient atteint l'âge d'apprendre les bons usages, les princes revenaient à la Cour et Diane les formait aux "civilités de la vie".


Les règles du savoir-vivre au XVIe siècle étaient d'ailleurs étranges. Il n'est pour s'en convaincre que de feuilleter le premier manuel de convenances, publié par Mathurin Cardier. On y lit, par exemple : il sied d'avancer les lèvres de temps à autre pour faire entendre une sorte de sifflement, habitude familière aux princes qui se promènent dans la foule.

Le même auteur conseillait également de se "dandiner en marchant" et de copier les Italiens, chez qui, dit-il, "pour faire honneur à quelqu'un, on pose un pied sur l'autre, et l'on se tient à peu près sur une seule jambe, comme la cigogne."
La mode était aux poses alanguies ; aussi trouvait-on gracieux de "tenir les yeux mi-clos et de tendre les lèvres comme pour un baiser".
Saluer était un art difficile : "on ploie seulement le genou droit, avec un doux contournement et mouvement du corps, dit Mathurin Cardier. On ôte le bonnet de la main droite, on le tient en bas à la gauche et la main droite, au bas de l'estomac avec les gants.
Il y a le salut de rencontre ;s' il s'agit de l'homme, on l'embrasse par accolade ; s'il s'agit d'un rang plus élevé, on l'embrasse dessous le bras, d'autant plus bas on l'embrasse qu'il est plus grand socialement.
S'il est égal, on l'embrasse d'un bras dessus l'épaule, l'autre dessous. Pour la femme, on la baise sur la bouche."
La duchesse de Valentinois, rompue aux usages raffinés de la Cour, enseignait admirablement tous ces gestes curieux et faisiat des enfants royaux des adolescents qui pouvaient "sortir dans le monde".


La reine continuait à sourir et à jouer la comédie de l'amitié. Pourtant rien ne lui était épargné. Le jour de son sacre à Saint-Deins, Diane fut à ses côtés en surcot d'hermine, en robe de gala à l'antique tout comme elle, et l'on pouvait se demander laquelle des deux était la reine.
Un incident symbolique eut lieu d'ailleurs au cours de la cérémonie ; la couronne étant trop lourde pour Catherine, une fille de Diane la lui retira et vint la déposer aux pides de sa mère sur un coussin...
La reine ne broncha pas. Rien ne semblait l'atteindre...
Pourtant, un soir, excédée sans doute, elle laissa paraître quelque humeur. Elle lisait dans sa chambre, lorsque Diane entra et lui demanda :

- Que lisez-vous, Madame ?
- Je lis les histoires de ce royaume, lui répondit la reine avec un sourire aimable, et j'y trouve que de tous les temps les putains ont dirigé les affaires des rois ! ...
Ce qui jeta un froid
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 27 Jan - 19:21

DIANE DE POITIERS VEUT "SA GUERRE"




C'est une noble ambition que de vouloir posséder "quelque chose à soi" ... - Léon GAMBETTA -




VERS 1549, les braves gens qui parlaient de la famille de Guise avaient coutume de dire :
"Lorsqu'une femme parvient à entrer dans le lit du roi, tous ses amis veulent nager dans la rivière..." (On appelait autrefois "rivière" le milieu toujours un peu creux, du lit.)
Ce qui témoignait d'un peu de malice et d'une grande clairvoyance, car cette Maison, protégée par Diane de Poitiers, avait, depuis l'avènement de Henri II réussi à prendre, en effet, une importance considérable.

Dotée abondamment d'archevêchés, d'abbayes, de charges politiques, elle commençait à représenter, dans le royaume, une force qui allait constituer bientôt un danger pour le trône.
Mais Diane, qui ne pensait qu'à enrichir la famille à laquelle ses deux filles s'étaient unies, ne semblait pas s'en soucier. Elle ne pouvait prévoir qu'à cause de son favoritisme aveugle, un roi de France se verrait, un jour, contraint aux navrantes nécessités de l'assassinat.
L'influence sans cesse croissante des Guise dans le gouvernement ulcérait bien des gens à la Cour. Mais le plus fâché de tous était sans doute le connétable de Montmorency, qui se voyait peu à peu évincé.
En effet, la duchesse de Valentinois, sachant que le roi aimait beaucoup le connétable, s'employait à réduire autant que possible son crédit.
Tâche difficile, car Henri II considérait Montmorency presque comme un frère aîné, lui passant tout, lui permettant même d'étonnantes familiarités, ce qui n'était pas, d'ailleurs, sans chatouiller la jalousie des Guise. Je ne citerai qu'un exemple : un jour que le roi lui rendait visite avec quelques amis, le connétable demanda le plus naturellement du monde :

- Est-ce que vous permettez, sire, que je me lave les pieds ?


Henri acquiesça, sans montrer de surprise. Montmorency fit alors apporter une bassine d'eau chaude, se déchaussa et se livra tranquillement à ses ablutions devant le roi.
Si Henri II se contenta de sourire, les témoins de la scène furent très choqués ; et l'ambassadeur Alvarotto écrivit en Italie :
"C'est tout juste si le connétable n'a pas uriné dans la chambre. De sorte que tout le monde en est resté stupéfait...."


Le duc de Guise, qui avait assisté lui aussi à ce bain de pieds, rentra dans ses appartements, vert de jalousie, pensant que Montmorency pénétrait plus que lui dans l'intimité du roi.
Cela demandait une compensation.
Quelques jours après, Diane, pour venger ses protégés, faisait nommer un Guise, le cardinal Charles de Lorraine, chef du Conseil privé du roi.
Cette rivalité, entretenue par la favorite, allait tout à coup se transformer en une véritable haine.


A la fin de novembre 1549, la chrétienté, surprise et sincèrement désolée, apprit que le pape Paul III venait de mourir. Aussitôt, Diane, qui espérait faire monter son vieil ami le cardinal Jean de Lorraine sur le trône pontifical, commença à intriguer.
Instruit des démarches de la favorite, Montmorency, sans perdre une seconde, fit savoir à tous les cardinaux français qui se rendaient au Conclave que leur devoir était d'empêcher l'élection du candidat de Diane. Il fut obéi, et le cardinal Del Monnte devint pape sous le nom de Jules III.
En apprenant cette nouvelle, Jean de Lorraine mourut de chagrin et les Guise furent, pendnat quelques jours, fortement indisposés par une grande colère.
Pour les consoler, Diane, une fois encore, intervint, et Charles de Guise devint le prélat le plus puissant de France. Il était à la fois évêque (ou archevêque) de Reims, de Lyon, de Narbonne, de Valence, d'Albi, d'Agen, de Luçon et de Nantes...


Alors Montmorency, pris de panique, pensa qu'il était emps d'intervenir et décida de tout tenter pour séparer Henri II de Diane de Poitiers, protectrice de cette Maison de Guise vraiment trop puissante. Pour cela, il n'y avait qu'un moyen, semblait-il : donner au roi une nouvelle maîtresse plus jeune que la favorite...
Cette femme devait être très belle, intelligente et peu farouche. Le connétable se mit à sa recherche incontinent
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Ven 27 Jan - 19:47

Or, depuis 1548, la petite reine d'Ecosse, Marie Stuart, âgée de huit ans, qu'on avait fiancée au dauphin François, vivait à la Cour de France. Elle attendait d'être nubile en apprenant le rudiment de quelques langues étrangères, sous la direction de lady Fleming, une jeune gouvernante, fort jolie, dont quelques poètes chantaient déjà les cheveux blond roux, les formes émouvantes et les yeux verts. Le connétable pensa qu'aucune femme ne ferait mieux l'affaire.
Ce choix, il est vrai, était parfait à plus d'un titre ; car Marie Stuart, fille de Louise de Lorraine, était nièce des Guise, et Montmorency pensait avec effroi que le mariage du dauphin allait encore élever la maison de Lorraine.... Qu'un scandale éclatât à la suite d'une liaison entre la gouvernante et le roi, et l'union tant souhaitée par Diane était impossible.


Tout heureux, le connétable confia sans aucune gêne son projet à Catherine de Médicis qui, ravie de jouer un tour à la duchesse de Valentinois, trouva très drôle de faire rentrer une nouvelle femme dans le lit de son mari, et promit son aide.
Dès lors, les choses allèrent rondement. Diane de Poitiers ayant eu, fort opportunément, un accident de cheval qui l'obligeait à rester au lit dans son château d'Anet, la reine mit, avec beaucoup d'habilité, lady Fleming et le roi en présence.
Le soir même, Henri II montrait à la belle Ecossaise ce que l'on entendait alors en France par "exploiter les Pays-Bas"...
Son brio émerveilla lady Fleming.

- Revenez souvent, dit-elle lorsqu'elle le vit remettre ses vêtements.

Henri II avait trouvé bien agréable de caresser une jolie fille de vingt ans plus jeune que Diane ; il promit d'être là tous les soirs.
Et, pendant une semaine, les amoureux se retrouvèrent ainsi, protégés par le bon connétalbe et par la machiavélique Catherine de Médicis.


Mais les Guise avaient leurs informateurs à la Cour. Ils furent bientôt au courant des rendez-vous nocturnes du roi et alertèrent Diane, qui, très pâle, sauta dans une voiture et se fit conduire immédiatement à Saint-Germain-en-Laye.

- Je veux le surprendre à la porte de cette fille, dit-elle.

Aussitôt arrivée, elle courut vers l'appartement de la gouvernante et se posta derrière un rideau.
A deux heures du matin, le roi, les genoux un peu flageolants, sortit de chez la demoiselle, accompagné de son inséparable connétable.
Diane écarta brusquement le rideau qui la cachait. Elle était livide. Elle tremblait.
Le roi et le connétalbe parurent très étonnés de la voir surgir devant eux. Ils prirent un air penaud.
Ecoutons Alvarotto nous conter la scène :
"Elle se jeta au-devant d'eux :
" - Ah ! sire, s'écria-t-elle, d'où venez-vous ?...
Quelle trahison est-ce là et quelle injure vous êtes-vous laissé persuader de faire à messieurs de Guise, qui sont vos serviteurs si dévoués que que vous aimez tant, à la reine, à votre fils qui doit épouser la jeune fille gouvernée par cette dame. De moi, je ne dis rien parce que je vous aime, comme je l'ai toujours fait, honnêtement...
"Sa Majesté répondit :
" - Madame, il n'y a là aucun mal, je ne fait que bavarder...
"Alors Diane se tourna vers le connétalbe :
" - Et vous ! êtes-vous donc assez méchant non seulement pour supporter, mais encore pour conseiller au roi de faire une chose pareille ? Vous n'avez pas honte de nous faire une telle injure, à messieurs de Guise et à moi, qui vous avons tant favorisé aurpès de Sa Majesté, comme vous le savez... Je vois bien que nous avons perdu notre temps et notre peine..."

Puis, incapable de se contenir plus longtemps, elle s'avança sur le roi et, les lèvres couvertes d'écume, lui lança "une montagne d'injures"...
Enfin, elle dit au connétable "qu'elle ne voulait plus lui parler et qu'il ne devait plus aller là où elle serait".

Le roi tenta de l'apaiser. Elle se retourna :

" - Sire, le zèle que je porte à votre honneur et à celui de messieurs de Guise me fait et me fera toujours parler avec cette hardiesse, car je suis bien sûre que Votre Majesté ne cessera jamais de me tenir pour la fidèle servante que je suis.
"Alors le roi, voyant qu'il n'avait pu leur faire la paix, pria la duchesse de la façon la plus pressante du monde de ne rien raconter de cette histoire à messieurs de Guise."
Et Alvarotto conclut :


"La raison qui a mû le connétalbe, cet homme de bien, à agir de la sorte, d'après le cardinal de Lorraine, est qu'il essaiera de se servir de cette aventure contre messieurs de Guise ; il vaut que le Dauphin, quand il sera en âge, puisse refuser d'épouser la jeune reine, disant qu'elle avait été éle'vée par une putain."
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 31 Jan - 20:16

Bien entendu, Montmorency fut le grand vaincu de l'affaire. Tout le monde se retourna contre lui et il faillit tomber en disgrâce...
Son coup avait manqué !
Quant à la belle lady Fleming, elle resta enceinte de cette aventure et s'en montra ravie. Voici ce que nous en dit Brantôme ;
"Elle n'en faisoit point la petite bouche, mais très hardiment disoit en son escossais francizé : "J'ay fait tant que j'ay pu, que, Dieu mercy, je suis enceinte du roy, dont je m'en sens très honorée et très heureuse ; et si je veux dire que le sang royal a je ne sçay quoy de plus suave et friande liqueur que l'autre, tant que je m'en trouve bien, sans compter les bons brins de présents que l'on en tire
."

Ces discours maladroits exaspérèrent le roi et fâchèrent la reine qui, abandonnant complètement le pauvre connétable, se ligua avec Diane contre l'Ecossaise.
Les deux femmes, on s'en doute, n'eurent aucune peine à faire chasser de France cette belle fille trop bavarde.
Lady Fleming retourna donc en Ecosse avec un gros garçon vagissant sur les genoux et d'exaltants souvenirs...
Son fils, nommé Henri d'Angoulême, devint grand prieur de France.
Ce qui prouve qu'on peut attendre les conséquences les plus inattendues d'un drame d'alcôve...


Lorsque la scène qui s'était passée dans la chambre de lady Fleming fut connue, un grand éclat de rire secoua la Cour.
"La seule pensée, nous dit un historien du temps, que le roi ait osé faire coupe (c'est à dire : cornette) Mme de Valentinois rendit, pendant quelques jours, la vie plus agréable à de nombreuses personnes."
Des poètes, qui tinrent, bien entendu, à rester inconnus, firent sur l'aventure des chansons, dont certaines sont extrêmement gaillardes. Je ne citerai que ces trois couplets :


Il s'est fait écosser le jonc
Par une fillette d'Ecosse,
Diane les vit sur le gazon,
Et leur joie la rendit féroce
O le joly jonc
Bon, bon, bon, mon compère,
O le joly jonc
Le joly jonc.

Et chacun vit que le croissant
Dont tous les artistes vous ornent
O déesse, depuis vingt ans,
N'était qu'une paire de cornes...

Finies les joies de l'éperon,
Finie la course à l'aiguillette,
Le roi préfère pour son jonc
Les fraîches et jeunes motelettes
...


Mais les chansonniers et tous les rieurs se trompaient. Après le départ de lady Fleming, le roi, désireux de se faire pardonner son escapade, alla trouver Diane et tenta de lui prouver le plus virilement possible que rien n'était changé entre eux. Hélas ! poussé par un désir (bien compréhensible) de briller en cette occasion plus qu'à l'ordinaire, il voulut renouveler ses galants outrages un trop grand nombre de fois et, nous dit un chroniqueur, "il fit tant et tant qu'au matin l'haleine lui faillit et qu'il resta court".
La duchesse de Valentinois, touchée par l'intention, et peut-être largement comblée, fut indulgente. Redevenant subitement maternelle, elle le borda avec tendresse, se vêtit sans bruit et le laissa dormir jusqu'à une heure avancée de la matinée.

On connut tous ces détails, le lendemain, par la confidente de la reine ; car Catherine de Médicis n'avait pas abandonné son petit observatoire (le trou qu'elle avait fait pratiquer dans le plancher) et s'était fort réjouie de voir le roi trahi par la nature...

Contrairement au désir du connétable, la liaison de Henri II avec lady Fleming n'avait donc servi qu'à renforcer la position de la duchesse de Valentinois.
Cette maladroite affaire allait avoir, en outre, d'étranges répercussions politiques
.


Depuis quelques temps, de nombreux signes annonçaient la naissance prochaine d'un conflit. Or, en 1552, les princes protestants d'Allemagne, en lutte contre Charles-Quint, demandèrent à Henri II un secours fiancier en échange duquel ils lui reconnurent le droit d'occuper les trois évêchés de Lorraine : Metz, Toul et Verdun.
Geste habile qui obligeait le roi de France à envoyer une armée prendre possession de ces territoires, c'est-à-dire à se trouver en état de guerre contre Charles-Quint, puisque, bien entendu, celui-ci continuait à considérer les Trois Evêchés comme siens.
Les Français allaient donc se battre de nouveau.
Diane en fut ravie pour ses bons amis de Guise, dont l'esprit belliqueux souffrait de l'inaction à laquelle la paix les réduisait depuis des mois.
Mais quelques escarmouches devant les trois villes lorraines ne lui suffisaient pas ; il fallait étendre le conflit afin que ses protégés peussent, en se couvrant de gloire, assurer définitivement leur puissance - et du même coup, consolider la sienne...

Froidement, elle s'occupa d'abord de faire remplacer tous les capitaines amis de Montmorency par des gens de son parti. Puis elle suggéra au roi d'envisager une campagne destinée à donner ses frontières naturelles à la France. Enfin, elle prit en main toute l'organisation de l'armée, décida des efffectifs, du matériel, des munitions et dirigea personnellement les opérations.
Cette guerre devenait "sa guerre". Il fallait à tout prix effacer des mémoires l'humiliant épisode dont lady Fleming avait été l'héroïne. Le sang généreux de quelques milliers de Français allait gentiment s'en charger...


Henri II, qui voulait prendre lui-même la tête des troupes, pensa qu'il devait, pendant son absence, confier la régence à la reine.
Mais Diane veillait. Elle craignit qu'à l'occasion de cette guerre, Catherine ne prît, tout à coup, une importance gênante. Et elle obtint du roi que la régence fût donnée conjointement à la reine et au Garde des Sceaux, Bertrand, dont l'amitié lui était depuis longtemps acquise.
Ainsi, Henri pouvait laisser les charges de l'Etat à la Florentine ; Diane continuait de "régner" par personne interposée...

Les hostilités étaient ocmmencées depuis deux mois, lorsque Catherine de Médicis, qui s'était installée au château de Joinville, en Champagne, tomba gravement malade. On vit alors une femme, bouleversée, corir au chevet de la reine et la soigner avec une grande tendresse. C'était Diane, dont l'étrange dévouement étonna le bon peuple. Or son geste n'avait rien d'admirable, car il était dicté par la peur. Cette reine sans attrait était, en effet, nécessaire à la position extraordinaire qu'elle occupait auprès du roi. Il ne fallait pas que Catherine mourût, car il ne fallait pas que Henri se remariât avec une de ces femmes jeunes et belles que les Cours d'Europe étaient toutes prêtes à lui offrir... C'était simple, mais les braves gens, qui ont le coeur pur, ne pouvaient y penser...
Et Catherine guérit.


Abandonnant aussitôt drogues et tisanes, la favorite retourna à ses occupations militaires. Dès lors, tout passa par elle. Ecoutons Guiffrey :
"Dans les grandes choses comme dans les plus petites, partout se manifeste l'intervention de la duchesse. Faut-il des subsides, des munitions, des renforts pour la défense de la frontière attaquée ? Les plus grands capitaines en sont réduits à solliciter de Diane les secours nécessaires... Elle emploie à leur répondre les formules les plus humbles, les protestations les plus obséquieuses ; mais il n'y a pas à s'y laisser prendre."
A Brissac, assiégé dans Saint-Damain, elle écrit, par exemple :


Quant à ce que mandez pour avoir des forces plus que n'en avez, je vous puis assurer que le Roi ne vous veut point laisser dépourvu... - Votre plus qu'entière bonne amie, Diane.

Naturellement, elle réservait tous ses soins aux Guise (Il ne faut jamais oublier, quand on observe l'attitude de Diane à l'égard de cette Maison, que l'une de ses filles avait épousé Claude de Lorraine, duc d'Aumale, frère de François, duc de Guise et oncle de Henri.) Et François de Lorraine lui écrivit en août 1552 :

Je ne puis garder de me souvenir encore de la particulière grâce que vous m'avez faite, et du singulier contentement que j'en ai, en mettant en paine de vous pouvoir de plus en plus servir et non moins et, ayant bon espoir d'en recueillir bon fruit et non moins pour vous que pour moi me mettant dorénavant être autre mon intérêt que le vôtre.

Cette lettre dut, malgré son style bizarre, remplir Diane de joie ; car la reconnaissance de la Maison de Lorraine était ce qu'elle recherchait le plus au monde. Elle répondit :

J'ai reçu les lettres qu'il vous a plu m'écrire et comme par icelles me remerciez de ce que j'ai fait pour vous, je vous assure, Monsieur, que, quand il sera question de vos affaires, je ne perdrai jamais la volonté de m'y employer... Votre humble à vous obéir, Diane de Poitiers.

L'effort conjugué de la favorite et des Guise fut bientôt couronné de succès. Le Ier janvier 1553, Charles-Quint, qui assiégeait Metz depuis deux mois et demi avec 60 000 hommes, dut se retirer sans avoir tenté un assaut. Il laissait aux mains de François de Lorrainne une partie de son matériel et dix mille blessés.
Ses pertes s'élevaient à vingt mille hommes...
En février, François fut reçu triomphalement à la Cour et Diane partagea sa gloire. Personne ne souriait plus en la voyant. L'affaire Fleming était oubliée.

Cependant la guerre se poursuivait, et les troupes de la Maison de Lorraine continuaient de bousculer les armées en déroute de l'empereur atterré.

Diane paraissait au sommet de sa puissance. Alors Catherine, torturée par la jalousie, chercha à ramener l'attention vers elle. D'accord avec le connétable, elle envoya Strozzi en Italie pour déclarer la guerre à Florence, qui était aux mains d'un ennemi des Médicis.
Ainsi, les deux femmes avaient chacune leur guerre, et les morts de l'une réjouissaient atrocement l'autre.

Mais à ce jeu atroce, la reine eut moins de chance que sa rivale : Strozzi fut écrasé à Marciano, Sienne succomba et elle dut subir l'ironie méprisante de la favorite.


La haine qu'elle lui vouait l'habitait alors tout entière et, regrettant de n'avoir pas accepté l'offre de Tavannes qui lui avait proposé jadis de couper le nez de Diane, elle rêva de défigurer cette femme de cinquante-huit ans, dont l'énervante beauté tenait du prodige.
Elle fit appeler Jacques de Savoie, duc de Nemour, et lui demanda de préparer un mélange d'acides corrosifs "propres à être jetés avec de grands inconvénients au visage de Mme de Valentinois".
Quelques jours plus tard, une petite bouteille d'aspect anodin se trouvait dans l'armoire secrète de la reine. Mais Catherine de Médicis ne devait pas s'en servir ; car les Guise subirent soudain, devant Thérouanne et Hesdin, de telles défaites qu'en considérant les traits tirés de Diane elle se jugea suffisamment vengée... (A ce propos, le Dr Cabanès retrouva une lettre de l'Aubespine, l'un des quatre secrétaires d'Etat. La voici : "La reine a bien ri quand elle a vu dessus la lettre de messire de Nemours ces lignes marquées, se souvenant qu'elle le voulloye employer lrosque Mme de Valentinoye la fachoyt tant, luy faire jeter par luy d'une eau forte distillée comme par manière de jeu sur le visage, de quoy elle fut toute sa vie demeurée défigurée et ainsi elle pensoy en retirer le feu roy son mari, ce qui ne fut pas faict cart elel y pensa depuis. "Brûlez cette lettre après l'avoir lue, s'il vous playt
."
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MessageSujet: Re: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 31 Jan - 20:45

Pas évident à piger ce language ...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mar 31 Jan - 22:48

Tandis que Diane et ses amis de Lorraine cotinuaient à diriger une guerre dont ils attendaient gloire et profits, le connétable de Montmorency engageait secrètement des négociations avec Charles-Quint. Le vieil empereur était fatigué, malade et découragé par ses récents revers ; les pourparlers furent rapides. Et, le 20 décembre 1555, Henri II, que le connétalbe avait réussi à convaincre de la nécessité de faire la paix, signait la Trêve de Vaucelles.
Ce traité, qui laissait à la France toutes ses conquêtes : les trois Evêchés, la Savoie, le Piémont, Montferrat, les places de Toscanes et du Parmesan, constituait une telle victoire pour Henri II que Charles-Quint, effondré, abdiqua aussitôt et se retira au monastère de Yuste.
Toute la France fut alors saisie d'une joie effrénée ; on dansa, on chanta, on fleurit les maisons, et du Bellay, pris dans la ronde, prouva que les poètes ont tort de s'intéresser à la politique en composant un poème de circonstance qui est, sans doute, ce qu'il a écrit de plus mauvais.


Au milieu de cette allégresse générale, les Guise et Diane de Poitiers montraient des yeux brillants de haine et un air crispé qui prouvaient de façon éloquente à quel point la trêve gênait leurs projets.
Ils se réunirent à Anet pour étudier la situation, et François de Lorraine demanda à la duchesse de Valentinois de faire en sorte que le pacte de Vaucelles fût rompu. . Le lendemain, la favorite était chez le roi. La colère la rendit maladroite. Elle critiqua en termes vilents la signature de la trêve, traita son amant de lâche et cita trop souvent le nom des Guise...

- Donnez immédiatement l'ordre de reprendre les armes, dit-elle enfin.

Cette fois, Henri II fut agacé. Il répondit à Diane d'un ton sec qu'il n'avait de conseil à recevoir de personne.
La duchesse resta pétrifiée. Jamais le roi ne lui avait parlé ainsi. Les lèvres tremblantes, elle se raidit :

- Soyez assuré qu'il se passera quelques jours avant que vous revoyiez mon visage, dit-elle.

Et elle partit en claquant la porte.

Le roi, étonné lui-même de ce qu'il venait de faire, resta un moment décontenancé. Enfin, une idée lui vint qui le fit sourire : l'attitude de Diane le rendait libre.
Il se leva aussitôt, remit sa toque de velours, quitta sa chambre et s'en alla d'un pas allègre vers l'appartement d'une dame de la Cour, la gracieuse baronne Nicole de Savigny, qu'il avait remarquée quelques jours auparavant.
La belle était chez elle. Le roi quitta sa toque et lui expliqua ce qui l'amenait.

- Oh ! sire, bégaya Nicole, transportée de joie, est-ce possible ? Je ne pouvais pas me douter que votre Majesté...
Puis voyant que le souverain ne semblait pas d'humeur à bavarder, elle se déshabilla. Alors, sans rien dire, Henri II la prit par le bras, la conduisit vers le lit à baldaquin, l'aida à monter et la rejoignit d'un bond, car il était sportif...
Trois heures plus tard, le roi remettait sa toque de velours et descendait dîner, laissant Nicole de Savigny heureuse, haletante et le sein enrichi d'une semence qui allait lui donner un beau garçon.
(Ce bâtard, appelé Henri de Saint-Rémy, ne fut pas reconnu par le roi. Après sa naissance, Nicole de Savigny devint la maîtresse de l'archevêque de Besançon, Mgr de Montrevel...).

Cette liaison n'eut pas de suite, car Diane, prévenue par sa police personnelle, vint, dès le lendemain, trouver le roi. D'un mot, d'un sourire, elle sut retrouver toute la tendresse de son amant ; et c'est lui, comme toujours, qui s'excusa...

Dès qu'elle eut retrouvé sa place, la favorite n'eut qu'une pensée : amener le roi à reprendre les armes. Elle manoeuvra cette fois avec une telle habileté que Henri II se laissa mener comme un enfant et que, en octobre 1556, la Trêve de Vaucelles était rompue...
Cette faute insensée allait mettre le royaume des lys à deux doigts de sa perte et créer un ensemble de faits désastreux dont Louis XIV, un siècle plus tard, aurait encore à se préoccuper...
Philippe II, successeur de Charles-Quint, ulcéré par ce qu'il considérait comme une "félonie du roi Henri II", massa des troupes à la fontière de l'Arois et, brusquement, envahit la France. Le connétalbe de Montmorency ne s'attendait pas à une attaque aussi rapide. Il dut reculer et fut battu finalement devant Saint-Quentin. La route de Paris était ouverte à l'ennemi...

Aussitôt un vent de panique souffla sur la capitale.
Les Parisiens, en longues et miséralbes files, partirent vers le sud, chargés de hardes, de provisions et d'objets hétéroclites.
La France semblait perdue. Tout le monde pleurait. Tout le monde, sauf Diane qui, torturée par ses ressentiments, oublait la situation tragique du royaume pour se réjouir de la défaite de son vieil ennemi, le connétalbe de Montmorency, dont les Espagnols aviaent réussi à s'emparer...
La Cour, prévoyant un épouvantable désastre, fuyait, affolée, d'un château à un autre. Tout annonçait la fin.
Heureusement, Philippe II commit une faute inespérée. Rendu inquiet par des succès trop faciles, il n'osa pas se diriger sur Paris et perdit un temps précieux que Henri II mit à profit pour organiser une défense.
La capitale était sauvée.


Puis la roue sembla tourner : cinq mois après Saint-Quentin, en plein hiver, le duc de Guise parvint à enlever de vive force la ville de Calais, où les Anglais étaient étalbis depuis deux siècles...
L'événement, tout à fait inattendu, réconforta les Français. On s'embrassa, on chant, on dansa et cette victoire fit oublier pendant quelques jours, les danger qui menaçaient le royaume. Exaltation dont les braves gens, un peu éberlués, sortirent un beau matin pour s'apercevoir, en lisant l'annonce d'un nouveau désastre, que la guerre continuait...
Une guerre où il n'y avait ni vainqueur ni vaincu, rien que des hommes épuisés qui se battaient par habitude et sans savoir pourquoi.

Alors le Papa intervint. Et ce n'est ni à Henri II, ni à Philippe II qui'l s'adressa, mais à celle que toute l'Europe tenait pour responsable de ce conflit ridicule. Sur un ton affectueux et presque déférent, il lui demanda d'intervenir pour que cessassent les combats.
Diane de Poitiers dut éclater d'orgueil en recevant cette lettre qui la plaçait au rang d'une souveraine
:

C'est un devoir pour Nous, écrivait Paul IV, qui sommes à la tête du troupeau des fidèles, que d'exhorter les princes à la paix. Et ce devoir est particulièrement impérieux pour ceux qui peuvent se prévaloir d'autorité sur les princes ou de faveur de leur part. C'est votre rôle aussi, chère fille, que d'appuyer de toutes vos forces, auprès du roi très chrétien, l'action que Nous menon, oeuvre pie et nécessaire, de joinde à Nos prières, à Nos exhortations, vos prières et vos exhortations, afin que l'esprit du roi soit d'autant plus enclin à recevoir les conseils de la paix qu'il y aura été mieux engagé par les supplications et les efforts combinés des siens.

Jamais encore un souverain pontife n'avait écrit personnellement à une favorite. Aussi ce geste de Paul IV fut-il diversement commenté à la Cour.
Et certaines dévotes s'étonnèrent que le Saint-Père ait adressé de si nobles paroles à une concubine, disant "que c'était reconnaître comme bon et honorable le visqueux état de putain"...
Aussitôt, Diane, flattée, voulut prouver qu'on ne lui attribuait pas à tort le pouvoir absolu sur le roi de Frane, et elle poussa Henri II à signer la paix.
Des négociations rapidement menées aboutirent alors au désastreux traité de Cateau-Cambrésis. La France gardait Calais et les Trois Evêchés, mais rendait Thionville, Mariengourg et Montmédy, renonçait à toute prétention en Italie, abandonnait le Bugey, le Milanais, le comté de Nice, la Bresse et la Corse.
Seule Diane de Poitiers obtenait, à titre exceptionnel, de conserver le marquisat de Crotone, le comté de Catanzaro et quelques autres terres dans le royaume de Naples...
Ainsi cette guerre, qui se terminait si mal pour la France, ne faisait rien perdre à la favorite
...
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 1 Fév - 0:44

MARIE STUART FAIT MOURIR FRANCOIS II D'EPUISEMENT



Ce n'est pas de faire l'amour qui est fatigant. C'est de ne pas y parvenir - SACHA GUITRY -



DELIVREE de ses soucis militaires, Diane reprit sans tarder la lutte contre les protestants, à l'égard de qui elle se montrait toujours impitoyable. Devenue la grande dame du parti catholique par le hasard des intrigues, tout comme Marot était devenu le chantre de la Réforme, elle avait fini par croir qu'elle accomplissait une mission divine, et sa haine était stupéfiante. Un jour, à la suite d'une procession solennelle, elle se rendit avec Henri II à une fenêtre de l'hôtel des Tournelles pour assister au supplice de quatre huguenots. Et tandis que les malheureux hurlaient de douleur, elle "rioit, nous dit un chroniqueur, et folâtroit auprès du roi"...
Cette attitude lui valut d'ailleurs de recevoir la plus grosse injure de sa vie.
Quelque temps après, ayant fait arrêter un ouvrier tailleur, elle voulut le chapitrer en présence du roi du cardinal de Guise. Le jeune homme l'interrompit :

- Madame, dit-il posément, contentez-vous d'avoir infecté la France et ne mêlez pas votre ordure au choses de Dieu...

Ce qui était somme toute, une assez belle réponse.


Naturellement, cette noble insolence décupla la haine de Diane. La cruauté dont elle fit preuve alors dans sa lutte contre les protestants devint tellement monstrueuse que tous les braves gens, même catholiques, furent révoltés. Des pamphlets extrêmement violents commencèrent à circuler et on la chansonna en des termes fort peu polis, ainsi qu'on en aura une idée par ce simple couplet :



O pauvres, pauvres protestants,
Que l'on mène au bûcher ardent.

C'est Diane qui vous fait brûler,
Les yeux crevés, tondus, pendus,
Car on allume les bûchers
Avec le feu qu'elle a au c
..


La favorite s'irrita de ces chansons et, pour se venger, désigna à la colère du roi quelques conseillers au Parlement de Paris qui ne se cachaient pas pour protester contre les persécutions et les exécutions des réformés.
Henri II, piqué, décida de se rendre, à l'occasion des Mercurialesd, à l'assemblée des Chambres pour y juger par lui-même de l'état d'esprit de la Cour.
Le 10 juin, il arriva au Parlement et donna la parole au procureur général Bourdin.
Celui-ci (qui était un ami de Diane) attaqua aussitôt cinq ou six conseillers "mal sentant de la foi entre lesquels était un nommé Anne du Bourg".
Fort courageusement, du Bourg prit la parole pour prêcher la clémence envers les luthériens et blâmer vigoureusement les massacres auxquels on se livrait au nom de Dieu. Animé par une sainte colère, il conclut en disant sur un ton de défi, "qu'il serait odieux d'appliquer à des innocents la peine qu'on épargnait aux adultères. (VIEILLEVILLE, Mémoires.)

Cette allutsion transparente à la liaison de Henri II et de Diane fit l'effet d'une bombe. Les membres du Parlement restèrent figés sur leurs bancs, les fesses serrées, attendant la colère du roi. Celui-ci, rouge jusqu'aux oreilles, parvint à se contenir, mais ilo donna l'ordre au capitaine des gardes d'emmener immédiatement du Bourg à la Bastille.
Peu de temps après, le procès du conseiller commença. A l'issue de première séance, Henri II, qui n'avait pu, cette fois, cacher sa fureur, s'écria : "qu'il vouloit voir rôtir du Bourg de ses yeux". Et le malheureux fut condamné à être brûlé en place de Grève...


A Cateau-Cambrésis, Henri II n'avait pas seulement signé un traité de paix, il avait aussi préparé deux mariages destinés à renforcer sa sécurité. D'une part, sa fille aînée, Elisabeth de Valois, devait épouser Philippe II, roi d'Espagne ; d'autre part, sa soeur Marguerite, alors âgée de trente-six ans, devait devenir la femme du duc Emmanuel de Savoie.
Cette dernière union ne fut d'ailleurs pas du goût de tout le monde, car Marguerite apportait en dot, à son mari, le Piémont et la Savoie.

- Nous perdons deux belles provinces à cause d'une princesse amoureuse, disaient les braves gens.

Les soldats français qui tenaient garnison au Piémont, furieux de quitter un apys où ils menaient une existence fort agréable, exprimèrent leur mécontentement dans un langage plus vif que celui des braves gens.
Voici, en effet, ce que nous rapporte Brantôme :


"Les uns, tant Gascons qu'autres, disaient : "Hé ! cap de Dieu ! faut-il que, pour cette petite pièce de chair qui est entre les jambes de cette femme, on rende tant de belles et grandes pièces de terre ?"
"Les autres : "Que maudit soit le c.. qui tant nous coûte !" Les autres : "Faut-il qu'un vieux et pauvre c.. s'enrichisse et se répare de nos dépouilles?!"
"Les autres : "Maugré Dieu ! de quoi elle n'est pas née sans c.."
D'autres : "Vraiment oui, on nous la devait bien tant dire et tant faire Minerve, déesse de chasteté, pour venir en Piémont changer de nom et se faire f..... à nos dépens."
D'autres : "Elle devait bien garder l'espace de quarante-cinq ans sa virginité et son beau pucelage, et le perdre pour la ruine de la France !"
Et d'autres : "Ah ! qu'elle doit avoir le c.. grand pour engloutir tant de villes et châteaux, et je crois que, quand son mari y sera entré, n'aura pas grand goût ; car il n'y f..... que des pierres et murailles des villes qui sont entrées dedans."
"Bref, si je voulais débagouler une infinité de telles causeries, je n'aurais jamais fait, car assurez-vous qu'ils en disaient prou et déchiffraient bien comme gens désespérés..."

Mais ces critiques et ces doléances n'eurent, bein entendu, aucun effet sur le roi, et les Parisiens se préparèrent à célébrer les deux mariages en dansant aux carrefours et en buvant plus que de coutume, suivant une tradition bien établie
.
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 1 Fév - 1:06

Des plaisirs plus délicats étaient réservés aux nobles, c'est ainsi que le roi avait fait dépaver une partie de la rue Saint-Antoine, afin que des joutes pussent y être organisées, et tous les amateurs de tournois se réjouissaient.
A la Cour, on citait les noms des seigneurs qui seraient admis à se mesurer avec le roi et l'on s'amusait à parier, sans s'apercevoir qu'une femme tremblait.
La reine, en effet, avait peur. Un de ces astrologues dont elle aimait s'entourer, Lucas Gauric, lui avait dit en 1542 "que le dauphin parviendrait certainement au pourvoir royal, que son avènement au trône serait marqué par un duel sensationnel et qu'un autre duel mettrait fin à son règne en même temps qu'à sa vie".


La première partie de la prophétie s'étant réalisé avec le duel de Jarnac, disputé au début du règne, la reine voyait avec effroi les préparatifs du tournoi. Elle se souvenait que Gauric avait ajouté qu'il fallait "éviter tout combat singulier en champ clos, notamment aux environs de la quarante et unième année, parce qu'à cette époque de sa vie, le roi était menacé d'une blessure à la tête qui pourrait entraîner rapidement la cécité ou la mort".
Or Henri II était dans sa quarante et unième année depuis trois mois...
Ce n'était pas tout. Un curieux astrologue nommé Nostradamus, que Catherine avait fait venir à la Cour en 1556, avait publié un ouvrage où se trouvait ce quatrain qui semblait confirmer la prophétie de Gauric :


Le lion jeune, le vieux surmontera
En champ bellique, par singulier duelle,
Dans cage d'or les yeux lui crèvera
Deux chasses une, puis mourir, mort cruelle
...


(en fait, dans le livre, il y a écrit : "Deux classes une..." et comme je ne comprenais pas la phrase, j'ai pensé que c'était une faute de frappe).

C'est donc une reine au visage cireux que l'on vit apparaître le 30 juin au matin, dans la tribune d'honneur.
A dix heures, sous un soleil brûlant, le roi entra en lice, portant les couleurs noire et blanche de Diane de Poitiers. Tout de suite, le jeu commença.
Après avoir salué les Dames, Henri courut brillamment contre le duc de Savoie, puis, avec une adresse remarquable, contre le duc de Guise.
Tout se passait bien. Pourtant, comme il s'épongeait après le deuxième combat, Catherine lui fit dire "de ne plus courir pour l'amour d'elle".

- Répondez à la reine que c'est précisément pour l'amour d'elle que je veux courir cette lance, dit le roi.

Et il ordonna au jeune comte Gabriel de Montgoméry, seigneur de Lorges, de courir contre lui.
Le comte s'en défendit d'abord, en se souvenant que son père avait failli tuer François Ier en lui jetant, par jeu, une bûche enflammée sur la tête ; mais, sur l'insistance du roi, il prit l'arme et se mit en garde.

Alors, devant la reine livide
,
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 1 Fév - 1:07

Je continue ou vous préférez vous reposer un peu ? .............. Razz geek
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 1 Fév - 1:15

- Quelle question idiote tu "pauses", ma pauvre Laure ! Ignores-tu donc que ces fainéants(es) se sont tous (tes) morphéeosés(ées) ?......... Sleep ............. Razz tongue
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MessageSujet: D'ANNE DE BEAUJEU à MARIE TOUCHET   Mer 1 Fév - 2:49

Et alors ? Et alors, Zorro est arrivé, sans s'press.......... heu, j'crois que j'me gourre de registre ....... Embarassed ....... Razz ....... A toute à l'heure, vais Sleep ......... Very Happy
Poutous rêveurs et reposants à vous toutesetoussssssssssssss. .......... Wink
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