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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 Lady Scarface ..........................

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epistophélès



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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Dim 29 Mai - 19:59

La petite maison dans la prairie


CHICAGO, MAISON D'AL CAPONE, DIMANCHE 25 JANVIER 1925

Le sommeil est léger lorsque l'on craint chaque nuit que la sonnerie du téléphone n'annonce une terrible nouvelle. La disparition de Dean O'Banion et l'attentat contre Johnny Torrio n'ont pas laissé indemne Mae Capone. Al vient quelques jours plus tôt, le 17 janvier, de fêter son vigt-sixième anniversaire, et il s'en est fallu de peu que ce ne soit le dernier. Ce dimanche-là, de nombreux convives sont venus dîner dans la maison du couple. Les hommes boivent beaucoup, mangent trop, parlent fort et jouent aux cartes. Puis Mae, toujours aussi timide, prend congé de ces Italiens décidément bien volubiles. Vers 3 heures du matin, Al demande à son chauffeur de reconduire chez eux deux de leurs invités, que les parties endiablées auront sans doute étourdis. La grosse Packard du patron roule sur la neige fraîche qui recouvre la ville, déserte à cette heure-là, quand une voiture arrive à leur niveau et les prend en chasse. Les rideaux des fenêtres arrière dissimulant les passagers ne s'écartent que pour laisser entrevoir le canon d'une arme. Un bruit de revolver se fait entendre, le chauffeur est touché, la voiture s'immobilise, puis s'en va sans un bruit. Le téléphone sonne chez les Capone. Le capitaine de police James Allman pense que c'est Al qui se trouvait au volant de la voiture. Mae écoute ses mots la main tremblante, avant de retrouver son mari sain et sauf à l'intérieur de la maison.
Désormais, elle ne peut plus croire à un simple accident, elle se sent en sursis. Combien de fois Al passera-t-il encore au travers de la vendetta ? Un seul être peut le savoir, Lui qui sait tout et voit tout, le Tout-Puissant. Mae a besoin de lui confier ses angoisses, ses espoirs, de communier avec lui. Dans la vie de Mme Capone, l'église tient une grande place. Elle y vient chaque jours, accompagnée de Teresa, la mère d'Al, veuve, avec laquelle vit le jeune couple. Arrivée dans l'église St Columbanus non loin de chez elle, Mae s'agenouille. L'édifice colossal avec sa tour gothique domine le voisinage, nonnes et prêtres animent les rues alentour. Les mains jointes, elle implore Dieu de veiller sur son mari. La fatigue nerveuse et l'anxiété rendent l'esprit vulnérable aux plus effrayantes suppositions et l'imagination inquiète ne se repaît que d'une chose, le pire.
Mae prie surtout le Seigneur de soulager leur petit garçon, Sonny, né le 4 décembre 1918. En l'inscrivant à l'école catholique, elle se plaît à imaginer qu'elle est en bonne posture pour être exaucée. Au Père céleste, elle peut tout avouer de la peine et de l'inquiétude qui rongent son coeur de mère : Sonny est atteint de mastoïdite, une infection grave donnant rougeurs, inflammation et douleurs derrière les oreilles et qui le rend pratiquement sourd, mais peut en outre, en cas d'évolution défavorable, paralyser son nerf facial ou provoquer une méningite potentiellement fatale. Mae a tendance à le couver plus que de raison et à le couvrir d'attentions diverses, pour stimuler sa curiosité envers un monde dont il est partiellement coupé.
Tout en cachant son secret, elle veille à ce que son développement soit de lui d'un enfant normal. Mais comment être tout à fait comme les autres lorsque l'on est le fils unique d'un des patrons emblématiques de la nouvelle pègre ? Est-ce la volonté de Dieu d'éprouver Sonny pour racheter les crimes de son père ? Et puisque Al est souvent absent, Mae reporte toute son affection sur le petit être sourd aux ragots comme aux tourments de la ville.
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Jean2



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MessageSujet: Re: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 11:44

Ca y est , j'ai un peu d etemps pour commencer à lire. Merci
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epistophélès



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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 13:35

Née à Brooklyn, New York, le 11 avril 1897, Mary Josephine Coughlin a grandi avec ses quatre soeurs et ses deux frères dans une modeste maison à deux étages au 117 Third Place, à quelques rues du front de mer, de ses docks et de ses batailles rangées qui font flotter un parfum de violence sur l'ensemble du quartier. Son père, maçon de profession, est respecté dans le voisinage pour sa piété et sa droiture. Sa mère, dévouée à ses enfants. La petite fille se métamorphose en adolescente prometteuse. Grande, mince, un visage aux traits bien dessinés, des pommettes hautes, des yeux marron étincelants, on espère pour elle une carrière d'actrice ou de modèle.
Hélas, la jeune femme souffre d'une surocclusion prononcée, un défaut de la mâchoire inférieure qui donne un menton fuyant, ce qui ne l'aide pas à sourire en public et augmente sa timidité maladive. Alors minauder face à une caméra ou un objectif ! Le projet est vite abandonné. Inconsciente de sa beauté, Mae n'est pas la seule à avoir un complexe physique. Al souffre lui aussi d'une imperfection qu'il tente de cacher quand ils se rencontrent, lors d'une soirée dans un club souterrain de Carroll Street, à Brooklyn, en 1918.

La Grande Guerre est finie, les hommes mobilisés commencent à rentrer au pays, la mémoire pleine de scènes d'horreur que l'alcool, la musique et les femmes consommés à fortes doses tentent de leur faire oublier. Dès lors, les jeunes bandits leur offrent des lieux où satisfaire ces besoins. On loue la devanture d'un magasin qui offre l'image d'un commerce innocent et derrière, dans la réserve, on parie, on boit, on danse et l'on fait des rencontres qui vous font tourner la tête et vous vident le portefeuille.

Alphonse prend soin de cacher de la main les deux grandes cicatrices qui lui barrent le visage, la troisième le cou, souvenirs indélébiles hérités d'une bagarre. L'année précédant sa rencontre avec Mae, alors qu'il était serveur au Harvard Inn, un saloon-dancing de Coney Island, son regard avait été attiré un soir par un couple, en l'espèce une belle Italienne escortée par un homme.
"Chérie, tu as un beau pétard, laisse-moi te faire ce compliment", ne trouve-t-il rien de mieux à dire pour l'aborder. Hélas, l'homme qui accompagne la brune incendiaire n'est autre que son frère à elle, un membre influent du milieu pour lequel le séant de sa soeur n'est pas un sujet de compliment. Le truand, très éméché, se rue sur Capone et le cogne. Al réplique avec hargne mais le gangster, plus rapide, sort un couteau et entaille profondément sa joue gauche, laissant les stigmates qui lui valent bientôt dans le milieu de la nuit le surnom, qui passera à la postérité, de "Scarface", "face balafrée". Depuis cet incident, Al prend l'habitude de toujours se présenter du côté droit et tend au regard son bon profil, masquant son visage mutilé qu'il tente de faire oublier en parlant fort et en offrant inlassablement un large sourire généreux et des yeux bleus charmeurs
.
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epistophélès



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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 14:10

Al est le fils de Gabriele Capone et Teresina Raiola, tous deux originaires d'Angri, dans la province de Salerne. Gabriele vit de petits emplois : commis dans une épicerie, artisan en pâtes, lithographe. Teresina est couturière, catholique fervente et, comme lui, pauvre. Le couple donne naissance à un premier enfant puis, alors que Teresa tombe enceinte d'un deuxième, ils décident de fuir la misère du sud de l'Italie pour aller vivre le rêve américain de l'autre côté de l'océan.
C'est avec deux enfants dans les bras et bientôt un troisième que Teresa s'installe à Brooklyn, en 1894, dans le quartier proche du chantier naval.
Gabriele réussit à ouvrir une échoppe de barbier et à être naturalisé américain, garantissant ainsi à ses neuf enfants une vie meilleure. Pourtant, Al, né en 1899, ne semble pas passionné par l'idée de se construire un avenir et quitte l'école paroissiale à 14 ans après avoir frappé un professeur. La famille déménage au 21 Garfield Place, mais Gabriele décède en 1920. Sa disparition achève de déséquilibrer le jeune homme, naturellement rétif à toute autorité.
Dès lors, privé de repères, il se sent attiré par ce qui lui semble une autre famille, la "pieuvre" riche de solidarité, mais aussi de violence, de sexe et d'aventures : un cocktail irrésistible pour un être à la dérive en quête de sensation fortes et d'argent facile. Un de ses voisins, Johnny Torrio, qui contrôle la loterie du quartier ainsi que plusieurs tripot, l'engage pour de petites "livraisons".
Al fait ses armes dans la guerre opposant les Italiens de Brooklyn aux "mains blanches", les racketteurs irlandais, dont résultent une centaine de meurtres non élucidés entre 1915 et 1925.


Mae Coughlin a 21 ans, soit deux ans de plus que lui, qui lui donnent une maturité dont il a soif. Elle travaille comme vendeuse dans un magasin du voisinage. Mais surtout elle est irlandaise ! Les mariages interethniques sont rares en ce début de siècle, encore plus entre deux nationalités rivales. Beaucoup de femmes irlandaises se sentent pourtant secrètement attirées par les Italiens, ces derniers chérissant l'idée du mariage et cherchant même à convoler assez tôt, là où les Irlandais traînent les pieds à la vue de l'église. Pour les Italiens, épouser une Irlandaise est un signe d'ascension sociale, la garantie d'une femme soumise et pieuse, dévouée autant aux principes des saints sacrements qu'à son mari, sachant en outre se tenir en dehors des affaires. D'ailleurs, le parrain d'Al, Johnny Torrio, semble très satisfait de son épouse irlandaise, Anna. Al voit donc dans cette rencontre un heureux présage. Mae vient d'une autre culture, d'un autre monde que le sien, elle est calme, sa voix posée le rassure, rien ne semble l'atteindre. "J'étais juste un gentil garçon qui avait grandi avec elle à Brooklyn, et elle était une douce petite irlandaise qui m'a pris pour le meilleur et pour le pire", dira-t-il.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 15:28

Mais à seulement 19 ans, Alphonse n'est pas encore tout à fait un homme. Il vit toujours avec sa mère Teresa à Garfield Place, à quelques rues de Mae. Et les parents de la fiancée impromptue ne l'entendent pas ainsi. Si épouser une Irlandaise est un signe de raffinement pour un Italien, l'inverse n'est pas vrai, c'est même tout le contraire. Les maris italiens ont mauvaise réputation parmi les familles irlandaises, qui y regardent à deux fois avant de leur confier la prunelle de leurs yeux : ils battraient leur femme, boiraient à outrance et seraient infidèles. Les préjugés vont bon train, mais sont vite balayés par la réalité. Au mois d'avril, Mae est enceinte.
Al, encore mineur, doit demander l'autorisation à ses parents pour convoler. Hélas, il n'en a pas le temps. Le 4 décembre 1918, Mae donne naissance au petit Albert Francis, bientôt surnommé Sonny, dont le parrain n'est autre que Johnny Torrio.
Dans ce milieu catholique, un enfant né hors mariage n'est pas du meilleur goût, et la pression est mise sur Capone pour qu'il répare ce péché en officialisant leurs liens. Il obtient de l'Eglise une dispense de publication des bans et le mariage est prévu pour le 30 décembre 1918. Tous deux mentent sur leur âge, elle se donne une année de moins, lui une de plus. Les femmes ont la pudeur du temps quand il s'agit d'amour, et chacun fait un pas vers l'autre, comme Napoléon Bonaparte l'avait fait pour épouser Joséphine veuve Beauharnais.
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epistophélès



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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 16:13

Trois semaines après la naissance de leur fils, Mae et Al se marient donc à St. Mary Star of the Sea, l'église fréquentée par la famille de l'apprenti empereur de la pègre. Mais entre le couple, qui manque cruellement d'expérience pour calmer un bambin en pleurs, et les deux clans familiaux que tout oppose, à commencer par la langue, la noce n'est pas des plus joyeuses ! Tous les Irlandais savent que Mae, qui vient d'épouser le clan Capone, n'est déjà plus des leurs. Il lui faudra, en tant qu'épouse et mère, délaisser les siens pour rejoindre sa belle-famille, elle, l'étrangère qui ne pipe par un mot d'italien.
Mais Mae embrasse d'un sourire timide sa destinée et cet homme qui vient de lui offrir le plus beau des cadeaux avec la naissance précipitée du petit Sonny. Pour elle, il est l'enfant du miracle et, peu importent ses difficultés, sera comblé, même s'il doit devenir le centre exclusif de son attention.

Al doit assurer une vie décente à sa femme. Il veut la choyer et donner ce qu'il y a de mieux à leur garçon :" Que voudrais-je que mon fils Albert devienne lorsqu'il sera grand ? Eh bien avant toute chose, je veux qu'il soit un homme. Un homme brave qui puisse regarder tout le monde dans les yeux et se tenir debout, peu importe ce qui se présente. Je veux un homme avec des nerfs, même s'il est du mauvais côté du flingue. Je veux qu'il ait tout ce que je n'ai jamais eu. Je veux qu'il aille à l'université. J'ai commencé à travailler à 13 ans. Je veux qu'il connaisse les belles choses de ce monde. Je ne veux pas qu'il soit un contrebandier d'alcool, je préférerais qu'il soit docteur, avocat ou homme d'affaires. Tout ce qui lui donnera une vie plus facile que celle de son vieux père. Ce que je voudrais qu'il pense de moi ? Je veux qu'il sache que je l'aimais assez pour risquer ma vie afin de le mettre à l'abri du besoin (...) et, plus que tout, ce que je veux pour cet enfant, c'est une femme comme la mienne (...) pour faire de n'importe quelle main un jeu gagnant."
Seulement, les désirs d'un homme diffèrent parfois, et de beaucoup, de la réalité. Il ne peut à ce jour offrir à Mae la vie qu'elle mérite et qu'il lui a promise. Pour l'instant, il la laisse seule chaque soir avec le bébé et part jouer dans un club les serveurs ou les rabatteurs, avec ses vêtements de milord, son gros visage poupin, ses cheveux bruns déjà clairsemés plaqués en arrière, le bon mot facile, toujours prêt à divertir et haranguer le chaland qui se faufile à l'intérieur, parmi la fumée de cigare et les femmes en talons qui paradent.
Lorsque son mentor Johnny Torrio et sa femme Anna lui annoncent quitter la côte Est et New York, trop chaotique, pour Chicago la prometteuse, afin d'y créer leur territoire, Alphonse y voit l'opportunité qui'l attendait et décide de les suivre.


Le couple de jeunes parents se met à la recherche d'une maison, la première de la famille, et arrête son choix sur celle, en brique, du 7244 South Prairie Avenue, au sud-ouest de la ville. Ils sont tous deux séduits par le quartier, composé de maisonnettes à deux étages aux grandes fenêtres carrées qui inondent de lumière les chambres, entourées d'épiceries de quartier, d'étals de fruits et de légumes fournis et colorés. Si à Brooklyn ils vivaient dans un environnement surpeuplé, ici ils profitent de l'absence de voitures, de passage, de bruit, l'environnement rêvé pour élever un enfant !
Mae ne peut qu'approuver la collaboration d'Al avec Johnny : leur situation financière s'est considérablement améliorée grâce à lui. Ils ont enfin leur propre maison, d'une valeur de 15 000 dollars tout de même ! Al a payé en liquide les trois quarts, le couple débloquant un crédit de 4 000 dollars, cosigné par Teresa, qui fait évidemment partie du voyage.
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epistophélès



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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 16:14

Trois semaines après la naissance de leur fils, Mae et Al se marient donc à St. Mary Star of the Sea, l'église fréquentée par la famille de l'apprenti empereur de la pègre. Mais entre le couple, qui manque cruellement d'expérience pour calmer un bambin en pleurs, et les deux clans familiaux que tout oppose, à commencer par la langue, la noce n'est pas des plus joyeuses ! Tous les Irlandais savent que Mae, qui vient d'épouser le clan Capone, n'est déjà plus des leurs. Il lui faudra, en tant qu'épouse et mère, délaisser les siens pour rejoindre sa belle-famille, elle, l'étrangère qui ne pipe par un mot d'italien.
Mais Mae embrasse d'un sourire timide sa destinée et cet homme qui vient de lui offrir le plus beau des cadeaux avec la naissance précipitée du petit Sonny. Pour elle, il est l'enfant du miracle et, peu importent ses difficultés, sera comblé, même s'il doit devenir le centre exclusif de son attention.

Al doit assurer une vie décente à sa femme. Il veut la choyer et donner ce qu'il y a de mieux à leur garçon :" Que voudrais-je que mon fils Albert devienne lorsqu'il sera grand ? Eh bien avant toute chose, je veux qu'il soit un homme. Un homme brave qui puisse regarder tout le monde dans les yeux et se tenir debout, peu importe ce qui se présente. Je veux un homme avec des nerfs, même s'il est du mauvais côté du flingue. Je veux qu'il ait tout ce que je n'ai jamais eu. Je veux qu'il aille à l'université. J'ai commencé à travailler à 13 ans. Je veux qu'il connaisse les belles choses de ce monde. Je ne veux pas qu'il soit un contrebandier d'alcool, je préférerais qu'il soit docteur, avocat ou homme d'affaires. Tout ce qui lui donnera une vie plus facile que celle de son vieux père. Ce que je voudrais qu'il pense de moi ? Je veux qu'il sache que je l'aimais assez pour risquer ma vie afin de le mettre à l'abri du besoin (...) et, plus que tout, ce que je veux pour cet enfant, c'est une femme comme la mienne (...) pour faire de n'importe quelle main un jeu gagnant."
Seulement, les désirs d'un homme diffèrent parfois, et de beaucoup, de la réalité. Il ne peut à ce jour offrir à Mae la vie qu'elle mérite et qu'il lui a promise. Pour l'instant, il la laisse seule chaque soir avec le bébé et part jouer dans un club les serveurs ou les rabatteurs, avec ses vêtements de milord, son gros visage poupin, ses cheveux bruns déjà clairsemés plaqués en arrière, le bon mot facile, toujours prêt à divertir et haranguer le chaland qui se faufile à l'intérieur, parmi la fumée de cigare et les femmes en talons qui paradent.
Lorsque son mentor Johnny Torrio et sa femme Anna lui annoncent quitter la côte Est et New York, trop chaotique, pour Chicago la prometteuse, afin d'y créer leur territoire, Alphonse y voit l'opportunité qui'l attendait et décide de les suivre.


Le couple de jeunes parents se met à la recherche d'une maison, la première de la famille, et arrête son choix sur celle, en brique, du 7244 South Prairie Avenue, au sud-ouest de la ville. Ils sont tous deux séduits par le quartier, composé de maisonnettes à deux étages aux grandes fenêtres carrées qui inondent de lumière les chambres, entourées d'épiceries de quartier, d'étals de fruits et de légumes fournis et colorés. Si à Brooklyn ils vivaient dans un environnement surpeuplé, ici ils profitent de l'absence de voitures, de passage, de bruit, l'environnement rêvé pour élever un enfant !
Mae ne peut qu'approuver la collaboration d'Al avec Johnny : leur situation financière s'est considérablement améliorée grâce à lui. Ils ont enfin leur propre maison, d'une valeur de 15 000 dollars tout de même ! Al a payé en liquide les trois quarts, le couple débloquant un crédit de 4 000 dollars, cosigné par Teresa, qui fait évidemment partie du voyage.
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epistophélès



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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 17:52

Le couple emménage ainsi dans la demeure à deux étages en brique rouge à l'été 1923. Al fait poser d'épaisses barres en métal aux fenêtres pour protéger sa famille et la porte d'entrée est lestée d'une lourde grille en fer forgé. Mae tente pour sa part de transformer le lieu en un foyer à l'âme familiale et chaleureuse. Ce qui est loin d'être facile car, la maison étant sans cesse remplie des frères et soeurs Capone, les moments d'intimité sont rares ! Il y a Ralph "la Bouteille" et Frank, qui travaillent avec Al, deux as avec chacun leur spécialité. Comme son surnom l'indique, Ralph est le roi de la mise en bouteille de tout liquide ; Frank, lui, sait comment faire taire la concurrence. Tandis qu'Al cherche toujours un compromis, une négociation dont il pourrait tirer intérêt, Frank est plus soupe au lait et applique à la lettre sa devise :"Un cadavre ne parle jamais." Il y a également James, qui a servi en France durant la Première Guerre mondiale et est devenu un agent anticontrebandier. Suivent Matthew, John, Umberto et, pour assure un peu de compagnie féminine, Mafalda et Rose, les soeurs d'Al, et naturellement Teresa, sa mère.
Hélas, même avec sa propre belle-famille, Mae ne parvient pas à dépasser sa timidité. Comment s'imposer face à une dizaine d'Italiens qui parlent tous dans leur dialecte et s'emparent de la cuisine en un ballet désordonné si bien rodé qu'il en devient poétique ! Et le même rituel se produit chaque fin de semaine.

Les dimanches après-midi, en effet, les Capone se réunissent dans la maison. Teresa, qui vit au premier étage, cuisine, Mafalda fait office de second. Les autres femmes présentes aident à porter les plats et mettre la table. Mais cuisine est le territoire de Teresa. Les cheveux courts teints en noir de jais, elle ne parle qu'en italien, bien qu'elle comprenne l'anglais. La nourriture vient de chez les meilleurs bouchers du coin et d'Italie, la famille lui envoyant d'Angri de petits paquets de précieux mets.
Mae préfère rester dans sa chambre que de jouer des coudes à la cuisine ; elle s'occupe du bébé, qui a pris toute la place dans son univers, ou s'adonne à sa passion secrète, la lecture. Les hommes boivent, fument, joue au sette e mezzo, black-jack populaire en Italie, tandis que Teresa réalise ses recettes de braciole ou de boulettes de viande à l'ail. C'est elle "qui dirige tout le monde dans la famille et dit à Al de s'asseoir à l'heure du dîner et de nettoyer son assiette", se souvient la nièce du patron du crime. Il manque toujours quelque chose pour cuisiner à cette armada et Mae doit souvent aller emprunter aux voisins le sucre ou la farine que réclame sa belle-mère en cuisine.

Les femmes de la famille forment autour d'Al un cercle de protection dont Mae n'est pas encore la meneuse. Comment le serait-elle ? "Lorsque les femmes du clan veulent parler, on leur dit de se taire, de s'occuper de leurs affaires." Elles passent si peu de temps avec leurs maris qu'il serait de mauvais goût de gâcher celui qui reste en les questionnant sur leur "travail", alors qu'ils tentent de se détendre. Mae descend enfin pour le repas et aide à débarrasser en silence. Puis, alors qu'hommes et femmes cancanent et jouent aux cartes en buvant de l'anisette, elle s'excuse, prend congé et retourne faire défiler les pages consacrées aux sciences de l'éducation ou aux chevaux.
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MAINGANTEE



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MessageSujet: Re: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 18:17

Mais que vient faire cette citation de Montaigne là au milieu 
j'ai bien aimé du reste ....
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epistophélès



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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 18:50

Tu poses de ces questions, DOmi ! .......... Suspect .......... Razz Razz
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epistophélès



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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 19:20

Mais les affaires du gang se corsent dès lors que la politique s'en mêle. Pas de criminalité prospère sans hommes politiques gagnés à la cause par la corruption. Or Chicago vient d'élire un nouveau maire, William Dever, qui compte faire respecter la prohibition à la lettre, il déclare la "Grande Guerre de la bière" et vise ainsi directement le clan Torrio-Capone. Qu'à cela ne tienne, le duo décide de contourner le problème : ils vont créer bordels, casinos et cabarets dans une banlieue voisine et narguer son autorité. S'ils ne peuvent être les maîtres de Chicago, Chicago viendra jusqu'à eux s'encanailler. En l'espèce à Cicero, située à l'ouest de la ville. Pour s'assurer l'impunité des autorités, Al et Johnny décident de placer une de leurs hommes liges à la tête de la mairie locale.

Le 1er avril 1924, en pleine campagne électorale, Frank Capone engage un vaste processus d'intimidation et déclenche une vague de terreur sur Cicero. Pour protéger les intérêts du clan, il envoie des factions d'hommes avec mitraillettes et fusils de chasse s'assurer des intentions de vote des résidents. Il veille à leur bon sens démocratique en leur faisant comprendre l'impérieux besoin de voter pour leur candidat et oriente lourdement leur choix en émettant l'hypothèse d'une mort malencontreuse pour les moins coopératifs.
Il place d'autres nervis devant les bureaux de vote et mène une attaque contre le quartier général d'un des adversaires un peu trop bien placé dans les intentions de vote. L'un des assistants est touché d'une balle dans chaque jambe, avant d'être pris en otage, avec huit autres collaborateurs, jusqu'à la fermeture des bureaux.
Une démocratie très participative en quelque sorte. La police envoie sur le terrain soixante-dix policiers en civil qui se livrent à la mi-journée à une bataille rangée avec les phalanges de Capone.
Puis trente policiers à bord de voitures arrivent en renfort. Pensant qu'il a affaire à un commando punitif des hommes du gang du Nord, Frank tente de sortir son arme, mais les agents font feu et l'abattent d'une dizaine de balles. Al ne laissera pas le meurtre de son frère impuni. A la fin de la journée, son candidat, Joseph Klenha, triomphe, tandis que quelques officiels sont enlevés en représailles.
Le 4 avril 1924, dans la petite maison dans la prairie, c'est une foule colossale que Mae doit accueillir, en bonne maîtresse de maison, pour les funérailles de son beau-frère. Al a acheté pour 20 000 dollars de fleurs chez son rival Dean O'Banion qui, par respect pour le clan adverse, a mis ses plus beaux arrangements sur le cercueil plaqué argent, que suit un cortège de cent cinquante voitures en direction du cimetière du Mont-Carmel. Al donne l'ordre de fermer les lieux de jeu et de plaisir de Cicero deux heures durant en l'honneur de son frère. S'il pleure, la ville entière doit pleurer.

Teresa inconsolable, les frères d'Al rongés par la colère, Mae la timide ne peut que refermer ses bras sur le petit Sonny pour le soustraire à toute cette violence. Elle reste volontairement étrangère aux hostilités qui l'entourent et prie plus fort, plus intensément, lorsque l'orage tempête pour que le calme revienne dans sa maison.
Mais l'assassinat de Dean O'Banion, puis, quelques semaines plus tard, en ce début d'année 1925, la fusillade qui a blessé le parrain d'Al, Johnny, ont rompu l'équilibre précaire de la maison de South Prairie Avenue. Al a perdu son père, son frère, et ne pourrait, nerveusement, supporter de perdre son mentor. Maintenant que son mari passe tout son temps à son chevet, Mae se retrouve seule dans sa propre maison.


En moins d'une semaine, grâce aux bons soins de l'infirmière et de sa femme, Johnny est de nouveau sur pied. Mais Torrio le terrible n'est plus. Tout le monde sait désormais qu'il est mortel.
Or, le patron du crime doit demeurer invincible pour maintenir sa position et continuer d'inspirer la peur. Dès lors que son flanc percé d'une lance, a saigné, il n'est plus qu'un homme que le dieu du vice a abandonné. Dans cette jungle urbaine, il devient un animal blessé, déjà condamné, qui appelle les crocs.
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epistophélès



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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 20:19

Le 9 février 1925, Al emprunte l'issue de secours de l'hôpital, après avoir vérifié que la voie est libre de tout danger, et exfiltre Johnny dans une Sedan. Le même jour, la mâchoire toujours bandée, Johnny comparaît de nouveau devant le juge : il semble content de payer une amende de 5 000 dollars et, sans la moindre protestation, accepte une sentence de neuf moi ferme à la prison de Lake County, à Waukegan, à 50 kilomètres au nord. Là au moins, en sécurité derrière les barreaux, personne ne viendra attenter à sa vie.
Le shérif local autorise Anna à meubler la cellule à son goût. Aussitôt sont livrés un lit en cuivre, des tapis et fauteuils pour recevoir, ainsi qu'une bibliothèque, un Gramophone et une radio pour se distraire. Des rideaux sont posés aux fenêtres, elles-mêmes remplacées par du verre pare-balles. Anna a le droit de rejoindre son homme pour des déjeuners cosy dans ce foyer improvisé et tous deux peuventppasser l'après-midi dans les rocking-chairs qu'elle a fait également apporter. Ainsi la peine s'écoule-t-elle dans la joie, tandis que les plaies cicatrisent. Anna a tout le temps, maintenant qu'il ne voit qu'elle, de persuader Johnny de prendre sa retraite. Elle partira avec lui, peu importe le lieu où il décidera de se cacher. L'essentiel est qu'il décroche pendant qu'il en est encore temps.
La peine de Johnny purgée, escorté par deux voitures remplies d'hommes de main, le couple quitte la ville dans une limousine blindée qui le conduit dans le plus grand secret à la première gare, juste au-dessous de la frontière de l'Indiana. Les hommes d'Al patrouillent dans la station arme au poing jusqu'au départ du train. Voilà nos tourtereaux qui s'envolent pour un vaste tour d'Amérique et des Caraïbes, en direction de la Nouvelle-Orléans, La Havane, les Bahamas, Palm Beach, avant de rentrer dans l'Italie natale de Johnny qui prend à 43 ans sa retraite.
Dean O'Banion sous terre et Johnny Torrio parti, Al Capone est désormais le nouveau maître de Chicago. Le vertige du crime et du pouvoir pousse parfois les hommes à la méditation :" A quoi pense un homme quand il tue un autre homme dans la guerre des gangs ? Peut-être à la loi de l'autodéfense telle que Dieu la conçoit et dans un sens un peu plus étendu que les textes de loi l'établissent. Peut-être que cela signifie tuer l'homme qui te descendrait s'il te voyait en premier. Peut-être que cela signifie tuer un homme pour défendre ton business, ce grâce à quoi tu gagnes de l'argent pour prendre soin de ta femme et de tes enfants. Vous ne pouvez pas me blâmer de penser qu'il y a dans le monde des types bien pires que moi." Mme Capone goûte-t-elle ces lapalissades ?

Sa réalité est bien différente. Sonny, l'enfant choyé, âgé maintenant de 7 ans, souffre toujours de l'infection qui gêne son audition et qui pourrait emporter sa jeune vie. Sa mère amène le petit consulter de nombreux praticiens, mais tous convergent. Seule une chirurgie radicale pourrait le soulager. Une procédure risquée, mais inévitable. Mae et Al font le tour des meilleurs spécialistes qui ne peuvent que confirmer tout à tour la terrible nouvelle : l'opération, si elle réussit, lui sauvera la vie, mais rendra sans doute le garçon définitivement sourd. Existe-t-il plus déchirante décision à prendre pour une mère que de laisser opérer son enfant, sachant qu'on l'expose à un handicap dont il lui faudra porter la responsabilité sa vie entière ?
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Lun 30 Mai - 20:54

Un mari idéal... ou presque


NEW YORK, 24 DECEMBRE 1925


Le couple choisit New York, où il espère bénéficier d'un traitement de pointe et d'une main experte. Il se rend dans le cabinet du docteur Lloyd, à St Nicolas Place. "Je vous donnerai 100 000 dollars si vous le sortez del à", promet Al au praticien, bien que les frais ne s'élèvent qu'à 1 000 dollars. Quand on aime, on compte mal.
L'intervention est pratiquée la veille de Noël. Mae redouble de prières jusqu'à ce qu'elle soit exaucée ! Sonny s'en sort indemne, il ne sera que partiellement sourd et pourra toujours percevoir des bribes du monde grâce à un nouveau petit bijou de technologie, un appareil auditif. L'équipe médicale conseille au couple de rentrer se reposer et de ne revenir que le lendemain. Le soir venu, un des amis de Capone lui propose de sortir boire une bière à l'Adonis Social Club, situé au 152 de la 20th Street Brooklyn, speakeasy mixte qui accueille Irlandais et Italiens. Avec le plein accord de Mae, toujours soucieuse du bien-être de son cher mari, Al s'octroie un moment de détente bien mérité dans ce club de deux étages dont le sous-sol est entièrement peint en noir et le niveau supérieur en jaune. Mais le reste de la soirée ne se passe pas comme prévu : le gang des mains blanches, groupuscule d'Irlandais bien décidés à contrecarrer l'influence croissante des Italiens, fait irruption dans la salle et, déjà copieusement aviné, traite les Italiens de métèques, cherchant à les provoquer. Al et ses amis se tiennent à carreau jusqu'à l'arrivée dans le bar de trois Irlandaises accompagnée de leurs fiancés italiens.

Un des membres du gang leur lance : "Revenez donc goûter des hommes blancs, nom de Dieu !" L'insulte raciale passe encore, à condition qu'on n'y mêle pas les femmes ! Les lumières s'éteignent et, l'instant d'après, les tables volent, les balles fusent. Lorsque l'éclairage réapparaît, on découvre sur le sol du sang de trois Irlandais panaché avec celui de plusieurs Italiens. Arrêté par la police et questionné, tout ce petit monde est frappé d'une sévère et incurable amnésie. Al est inculpé : "Ma femme m'a dit d'y aller, que ça me ferait du bien. Nous étions à peine entrés que six types ont fait irruption dans la salle et ont commencé à tirer. Mon ami m'avait pris au dépourvu ; dans le feu de l'action, deux de mes camarades ont été tués et un autre a reçu une balle dans la jambe. Du coup, j'ai passé les vacances de Noël en prison."
Voilà un beau réveillon ! Sonny à l'hôpital et Al en prison ! Mae ne peut ignorer plus longtemps la guerre des gangs qui la poursuite jusqu'au soir de Noël. Mais Sonny ne souffrira plus, c'est à cette heure la seule chose qui compte pour elle.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mar 31 Mai - 15:01

Comment ne pas lui pardonner ? Quand il n'est pas en prison, Al est un si bon mari. Chaque fin d'année, il ne manque pas de se rendre à l'école privée de sa soeur Mafalda pour jour les Pères Noël chics et chocs. Les enfants, à l'arrivée de la berline remplie de cadeaux, se ruent aux fenêtres. Al sort du véhicule, portant feutre et costume sombre sur mesure, et commence la distribution de paniers pleins de bonbons et présents, veillant à ce que tous soient également gâtés. Il n'oublie pas non plus les enseignants qui auront à coeur, tout le reste de l'année, de soigner le carnet de notes de Mafalda. Les autres parents s'interrogent-ils sur ce mystérieux bienfaiteur ? Si peu ! La suspicion ne se porte étrangement que sur les mauvais payeurs, rarement sur les généreux donateurs. Pour l'ensemble de son voisinage, l'homme à la cicatrice est un homme d'affaires avenant qui se dit marchand de meubles et dont on ne sait pas grand chose, mais dont on gobe les mensonges en faisant mine de les croire. Il flâne autour de la maison en peignoir et chaussons, joue au ballon avec Sonny ou remplace Mae en cuisine pour préparer des spaghettis à l'intention des invités de dernière minute, tout en remuant la sauce énergiquement, tandis qu'il lampe quelques gorgées de chianti.
Pourtant depuis la passation de pouvoir de Johnny Torrio, cet homme d'intérieur si parfait est la maître du Syndicat du crime.
Celui dont le nom circule à chaque descente de police, dans chaque bordel, chaque speakeasy, dont l'ombre plane sur chaque cadavre retrouvé, sans qu'on le voie jamais apparaître nulle part. Al Capone est insaisissable et mouvant - deux qualités qui éperonnent l'intérêt des journalistes et du public. Un après-midi de janvier 1927, un reporter ose l'impensable : frapper directement à la porte du gangster redouté par tous. Il tombe nez à nez avec lui vêtu seulement d'un tablier rose et d'un caleçon en tissu satiné, une casserole de pâtes à la main. Il croit à une erreur, mais les cicatrices ne mentent pas.

Mae sort rarement de la maison et ce n'est pas Al qui va l'y pousser. Pour elle, c'est un mari joyeux, bon vivant, plein d'attentions, doublé d'un excellent père. L'innocence de sa femme est ce pilier qui le tient en équilibre. Elle lui confère la virginité affective dont il a besoin pour ne pas être contaminé par le milieu et les noirceurs de l'âme humaine dont il a fait son métier. Elle est une madone, une femme idéale qui ne doit rien connaître de son autre vie, celle qui se déroule loin de leur petite maison de Prairie Avenue.
Et cette vie-là est des plus remplies. Depuis le flambant neuf hôtel Lexington, au 2135 South Michigan Avenue, où il a installé son quartier général, il dirige la ville d'une main de plomb dans un gant de satin. Dans le hall d'entrée, des hommes de main sont assis en permanence sur les fauteuils, faisant mine de lire le journal, une mitraillette Thompson posée sur leurs genoux. D'autres jouent au minigolf, chacun son passe-temps. Sur les dix étages, il en occupe trois. Au quatrième, la suite 530 abrite son bureau privé. A l'étage du dessous se trouve son centre de commandement ; à celui du dessus sa chambre privée avec fauteuils club et mobilier Art déco.
On l'appelle la "Chambre du vice". Il y a également un restaurant pour ses invités, une salle de bal, un cinéma et, au sous-sol, une chambre forte en cas d'attentat.

A l'entrée de la suite, une plaque avec les initiales A. C. a été incrustée dans la parquet en chêne. Tout est de "mauvais" goût : les murs sont enduits de tonalités or et rouge, un tapis ancien aux motifs vifs couvre le sol et, au milieu de la pièce, un immense chandelier aux verres fumés diffuse une lumière tamisée. Le bureau est encadré de deux portraits : un du président George Washington, un autre du maire, délicate attention. La salle de bains n'est pas en reste. Il l'a fait carreler de tuiles vertes couleur Nil aux ornements violets. Al s'y promène en pyjama de soie bleu, avant de s'habiller pour recevoir politiques et célébrités, lors de soirées durant lesquelles il fait la tournée des clubs où il a des intérêts, de l'alcool ou des filles. Sitôt arrive-t-il quelque part que son service de sécurité ferme lendroit au public. Lorsque M. Scarface souhaite dîner dans la suite de six pièces qui lui a coûté 18 000 dollars, une cuisine spéciale apporte les victuailles sur des chariots et son chef du personnel prend soin de vérifier la provenance de chaque aliment. Car Al est bien le roi de Chicago. Lorsqu'il n'est pas au téléphone à suivre les comptes du business avec ses associés ou avocats, il faut un saut au mythique champ de courses de Miami, le Hialeah Park, et divertit ses invités lors d'une partie de pêche à bord d'un bateau sur la mer des Caraïbes, en toute simplicité. Il aime la compagnie des hommes pour jurer, fumer et boire, mais aussi celle des femmes.
Al disparaît ainsi parfois pendant des jours pour "affaires" ou rencontres intimes. Seulement, lorsqu'il rentre, il enlace, embrasse Mae.
Bien sûr il y a d'autres femmes, mais jamais il ne se laisse prendre en photo avec, jamais elles n'entreront dans le cercle intime où la légitime, seule, trône.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mar 31 Mai - 16:42

La reine ne vient d'ailleurs partager sa couche du Lexington que très rarement, elle ne se sent pas à l'aise avec tous ces molosses armés. Les maîtresses introduites dans la suite du patron discrètement par ses hommes y sont en revanche les bienvenues. L'une d'elles, une jeune blonde pulpeuse, rescapée d'un bordel de banlieue, est surnommée "la Grecque". Hélas, elle se plaint un jour de douleurs très mal placées. Al l'envoie consulter le médecin de confiance dont il s'alloue les services, et le silence, pour la modique somme de 85 000 dollars par an. Ce dernier pose un diagnostic familier : elle est atteinte d'une affection pouvant passer pour sulfureuse en Europe, tant les artistes qui pratiquent l 'amour libre en sont affligés, la syphilis. Un traitement à base d'arsenic, le Salvarsan, sert alors de panacée digne de Diafoirus. La maladie qu'on ne sait pas encore soigner provoque notamment des morts subites du nourrisson, des fausses couches ou la stérilité. Elle est invalidante et se manifeste par des troubles neurologiques importants, dont l'issue est la folie ou la mort. Un des remèdes pratiqués alors consiste en des injections d'arsphénamine - un composé d'arsenic. Le médecin connaissant le lien biblique qui unit la patiente à son client, invite Al à faire un examen lui aussi. Mais le roi de la ville qui ne tremble devant rien chancelle à la vue d'une aiguille. La simple idée de la petite pointe pénétrant sa chair l'horrifie au plus haut point. Même la perspective des symptômes douloureux et invalidants décrits par le médecin ne suffit pas à le décider : sa peur de l'aiguille est plus forte que celle des gros calibres. Il se sent parfaitement bien, aucune raison de s'inquiéter le moins du monde.

Lorsqu'il n'est pas au Lexington, Al, toujours bien mis, se rend au Hawthorne Inn, à Cicero, là où il a établi l'antichambre de ses affaires. Sa maison à trois étages en brique beige dont il a fait l'acquisition, au 1600 South Austin Boulevard, a été transformée en une véritable forteresse. Un mur de huit pieds de haut ferme la cour, un souterrain relie le garage à l'intérieur de la maison, la porte d'entrée est blindée d'acier. Ses amis viennent y boire et y passer du bon temps. Al se plaint à la presse que ce jeu permanent du chat et de la souris, toujours entre deux ville et sur le qui-vive, gâche sa vie de famille. Depuis qu'il a déménagé le centre névralgique de ses affaires à Hawthorne, il ne voit plus Mae que quatre à cinq fois par semaine. Surtout, il déteste le surnom de Scarface que la presse lui a attribué et dont le public se délecte. A choisir, il préfère être appelé The Big Fellow, "le Grand Manitou". Il joue de sa réputation pour enjôler son monde et faire passer un moment si charmant à ceux qui croisent son chemin qu'ils en oublient ses cicatrices.
Comment Mae réagit-elle à ce besoin pathologique qu'éprouve son mari de séduire, de régner, sur les hommes comme sur les femmes d'ailleurs ? Un des proches de Capone répond : "Personne ne sait si elle était trop intelligente pour se plaindre ou si elle préférait ne pas parler. Tout ce qu'elle savait, c'est que son mari était dans le commerce de fruits ou avait un magasin de fleurs ou un magasin de viande quelque part, c'est tout. La plupart de ces hommes étaient très respectueux de leur famille et Al se sentait parfois mélancolique quand il disait qu'il n'avait pas vu la sienne depuis longtemps. Il aimait son fils et avait peur pour lui. Le plus étonnant est que personne ne s'inquiétait jamais de la femme d'Al, ou des femmes à ses côtés. Vous n'entendiez jamais parler de leurs blessures ; ils avaient un code éthique qu'on ne peut comprendre." Peu importent les écarts de conduite et les coups de canif dans le contrat de mariage. Al finit toujours par rentrer à la maison et prend soin de panser l'amour-propre blessé de Mae.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mar 31 Mai - 18:57

HOT SPRINGS, ARKANSAS, 14 MARS 1927


Au printemps 1927, il l'emmène en Arkansas, dans la petite ville thermale de Hot Springs réputée pour ses sources et la beauté du parc national naturel qui l'entoure. Là, toujours en costume sombre à veste croisée, cravate nouée et chapeau de feutre, Al prend la pose avec son épouse, comme de simples touristes, tous deux à bord d'une calèche de fortune attelée à un âne visiblement rétif, devant la source du "Trou joyeux". Il aime y prendre des bains, jouer au golf, s'adonner aux plaisirs simples de la bourgeoisie et de vie maritale... le jour. Mais le soir venu, il joue au casino : 50 000 dollars volatilisés en une nuit et 58 000 la suivante ! Quant aux parties de golf, ce n'est pas avec Mae qu'il les dispute, mais contre son nouveau rival, Vincent Drucci, qui a pris la succession de Dean O'Banion à la tête du gang du Nord. Celui qu'on appelle "le Planificateur", né en 1898, au regard noir téméraire, aux épais sourcils bruns négligés, a servi deux ans dans la marine américaine durant la Première Guerre mondiale. De retour à Chicago, il a commencé par fracturer des cabines téléphoniques afin d'en voler la monnaie, avant de vouloir prendre sa part de l'empire financier offert par l'alcool et la contrebande.
Drucci ne se trouve pas sur le chemin du parrain par hasard. Il est de ceux qui ont tendu une embuscade au chauffeur de Capone, qui a été kidnappé puis assassiné. Il faisait également partie de la bande qui a attaqué Johnny Torrio. Si Al décompresse en vacances, c'est que l'élection du nouveau maire de Chicago approche. Il espère enfin se débarrasser du démocrate William Dever qui a déclaré la "Grande Guerre de la bière" et l'a forcé à s'implanter à Cicero. Il souhaite voir la victoire de William Thompson, un républicain surnommé "Big Bill", gagné à sa cause et dont il soutient activement la campagne. Ce dernier ayant remporté, le 22 février 1927, le premier tour, Al préfère se tenir loin de la fureur de la ville en attendant le second, le 5 avril suivant.

Vincent Drucci voit dans l'isolement momentané d'Al à Hot Springs l'opportunité de supprimer son adversaire avant qu'il ne change le cours de l'histoire en s'acoquinant avec la future municipalité. Aussi, outre les clubs de golf, a-t-il emporté dans ses bagages des fusils à canon scié, des armes automatiques, un véritable arsenal. Le 14 mars 1927, dans cette ville considérée comme "ouverte" dans le milieu, terrain neutre où aucun gangster ne vient armé, il tente de tirer su Al en plein air ! Mais une fois encore les prières de Mae sont exaucées, Al s'en sort indemne, l'assaillant comme le visé se gardant de révéler les détails de cette nouvelle tentative d'assassinat. L'heure est au statu quo, Les bons règlements de comptes font les bons ennemis. Il faut dire que le bureau du procureur fédéral de Chicago estime à 105 millions de dollars le chiffre d'affaires du gang de Capone, l'Outfit, littéralement le gang du costume, un nom de code destiné à préserver le secret de l'organisation.
Le 4 avril 1927, Vincent Drucci est arrêté par la police de Chicago, alors qu'il était en train de mettre à sac un bureau de vote dans le but de déstabiliser le scrutin, prévu pour le lendemain.Deux quartiers généraux de candidats sont bombardés, cinq mille policiers sont disposés dans toute la ville, des escouades de tireurs d'élite disséminées. Bref, l'élection est placée sous haute surveillance. L'agent l'embarque de force dans la voiture qui doit les conduire au tribunal et le maintient fermement par le bras. "Le Planificateur" n'aime pas qu'on le cajole ainsi. Il insulte le policier, qui lui répond par une volée en plein visage. Le ton monte, des poings se lèvent, Drucci, menotté, se débat. Le pistolet de l'officier finit par régler l'affrontement. Touché à la jambe, au ventre et au bras, Drucci s'effondre. Il a droit, comme son prédécesseur Dean O'Banion, à un enterrement de première catégorie organisé par le milieu du cimemtière du Mont-Carmel : cercueil en argent à 10 000 dollars, 30 000 dollars de fleurs recouvrant du sol au plafond la maison funéraire Sbarbaro et cortège d'apparat. Capone a doublement gagné. Son ennemi éliminé et son favori, William Hale Thompson, vient d'être élu à lam airie de Chicago. Les affaires reprennent.

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mar 31 Mai - 20:01

Pour se remettre de ces émotions, le couple décide de prendre d'autres vacances, cette fois à la mer. Le 8 décembre 1927, accompagné de deux gardes du corps, il monte en toute discrétion à bord d'un train. Al a annoncé à tout le milieu se rendre à St Petersburg, en Floride. Et pour être sûr de se faire entendre, avant de partir, il a convoqué les journalistes à une conférence de presse tenue dans un hôtel. "90% des gens à Chicago boivent et jouent. j'ai essayé de leur servir de l'alcool décent et des jeux réglo. Mais je ne suis pas apprécié", se plaint-il, "J'ai passé les meilleures années de ma vie à être un bienfaiteur public, et tout ce que je récolte, c'est l'existence d'un homme traqué. On me traite de tueur. Eh bien, dites-leur que je m'en vais à présent. Je suppose que les meurtres s'arrêteront. Il n'y aura plus d'alcool. Vous ne trouverez plus une seule table de craps ou une petite roulette.". Al prend soin de notifier aux habitants qui l'abhorrent à quel point il va leur manquer s'il s'en va pour de bon : "Laissons les dignes citoyens de Chicago se procurer leur alcool par leurs propres moyens, je suis fatigué de ce travail."

Il se plaint de son image. "Aujourd'hui, j'ai reçu une lettre d'une femme d'Angleterre. Même là-bas, on me voit comme un gorille. Elle a offert de me payer mon voyage à Londres si je voulais bien tuer quelques voisins avec lesquels elle se disputait." Soucieux de donner un tour chevaleresque et prophétique à ses adieux, il déclare aux journaux de Chicago : "Ma femme et ma mère en ont tant entendu. Vous n'avez qu'à tous devenir des soiffards." Il quitte la capitale du vice. Mae y voit le geste d'un romantique en quête de rédemption conjugale. Lassé du froid de Chicago et de la guerre des gangs qui moissonne ses proches, le jeune parrain de 28 ans décide d'emmener sa femme en vacances dans un endroit qu'il n'a encore jamais visité. Il faut plusieurs jours aux journalistes pour retrouver leur trace non pas en Floride, mais à Los Angeles, en Californie, à 2 800 kilomètres de là.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................    Mar 31 Mai - 21:33

LOS ANGELES, CALIFORNIE, 10 DECEMBRE 1927


Ils sont enregistrés sous le pseudonyme d'Al Brown, à l'hôtel Biltmore, un établissement de style Renaissance au coeur du quartier d'affaires de Downtown. Les fontaines de marbre et les chandeliers en cristal, les fresques et le lourd plafond sculpté de bois précieux rappellent un luxe tout italien, ce qui met Al en joie. Il emmène Mae visiter un studio de cinéma et improvise même un tour guidé des maisons de stars. Puis cap sur Tijuana, au Mexique, pour assister à des courses de chevaux dans l'hippodrome. Une chance que Mae se passionne pour l'équitation ! Partout où ils vont, la réputation de Scarface les précède et le couple est vie reconnu.
Des protestations publiques contre leur présence commencent à agiter la ville. Vingt-quatre heures à peine après leur arrivée, le directeur du Biltmore leur demande très poliment de bien vouloir quitter l'établissement. Mae rassemble leurs affaires, tandis que les gardes du corps à l'extérieur de la chambre montent la garde, l'oeil aux aguets. En sera-t-il ainsi partout où ils iront ?
Le chef de la police de Los Angeles, James Davis, donne au couple douze heures pour partir. Les mots sont sans ambiguïté : "Vous n'êtes pas les bienvenus ici. "Il prend soin de joindre l'acte à la parole et dispose lui-même quelques officiers auprès des indésirables qui viennent aider Mae à faire le plus vite possible leurs valises. Les agents escortent ensuite cordialement les Brown jusqu'à la gare de Santa Fe. Le comité d'accueil laisse cruellement à désirer ! Al est outré : "Nous sommes des touristes et je croyais que vous, les gars, vous aimez les touristes, se plaint-il aux journalistes. La harangue et son ironie permettent comme souvent d'emporter l'assentiment de ceux qui lui sont hostiles mais qu'il fascine néanmoins : "J'ai beaucoup d'argent gagné à Chicago à dépenser ici. Qui a déjà entendu parler de quelqu'un chassé de Los Angeles avec de l'argent en poche ?" L'argument fait mouche, les reporters couchent ses mots sur le papier, le sourire aux lèvres.

Avant de quitter la ville, Al a une intuition. Il appelle son frère Ralph, qui a été renseigné : la police de Chicago les attend de pied ferme à la gare. Il change in extremis leur itinéraire. Le couple s'arrêtera à Joliet, dans l'Illinois. Ralph viendra les chercher en voiture pour les conduire à Chicago en toute discrétion. Dans le train, les autres passagers tentent de se tenir éloignés du tandem et ne peuvent retenir des oeillades inquiètes. La moitié des passagers sont des gardes de Capone qui s'est enfermé dans un compartiment, visiblement ulcéré.
Le 16 décembre 1927, le train arrive à peine à quai en gare de Joliet que les policiers arrêtent cinq gardes du corps. Ils ont été vendus ! Al essaie de s'échapper et traîne Mae par la main, couverts tous deux par un garde du corps qui leur ouvre la voie. Une fois n'est pas coutume, Al porte sur lui un revolver. D'autres agents les prennent en chasse et les immobilisent. Les deux hommes sont arrêtés pour port d'arme illégal et amenés au poste. Libéré au bout de quelques heures, Al doit cependant être jugé. C'est la première fois qu'un chef d'accusation peut-être retenu contre lui, la première fois qu'il s'expose à des poursuites judiciaires. Plusieurs jours durant, Mae est dans l'incertitude la plus totale. Al a toujours été du bon côté de la loi, du moins à ses yeux, il n'a jamais été sur le banc des accusés. Elle l'imagine derrière les barreaux : que fera-t-elle, seule sans lui, que dira-t-on d'elle et que dira-t-elle à Sonny ?

Mae est autorisée à rentrer à Chicago. Elle doit laisser son mari dans une cellule avec deux clochards - une image qui la hante tout le long du trajet retour. Quelle tristesse pour une femme de voir choir un homme de son piédestal ! Al demande aux officiers la permission de payer les cautions de ces pauvres hères, afin qu'ils soient libérés. L'acte n'est pas totalement désintéressé : leur odeur le dérange. Quitte à être en prison, autant y rester seul. Il n'a fort heureusement que quelques jours à tenir. Le 22 décembre 1927, il plaide coupable devant la cour. Capone s'en sort avec une tape sur les doigts, une amende et un sermon du juge qui lui assène : "J'espère que cela vous servira de leçon. - C'est certainement une leçon m'apprenant à ne plus avoir de revolver avec moi à Joliet", rétorque-t-il avec crânerie. La réponse irrite naturellement le juge, mais qu'importe si Scarface commet d'autres méfaits ; tant qu'ils ne se déroulent pas dans sa juridiction, il s'en lave les mains !
A Chicago, Mae tremble plus que jamais pour lui. Il n'est plus en sécurité, elle peut le sentir. Al a séjourné en prison, et ce précédent bouleverse la donne. Quelques instants durant, de maître, il s'est retrouvé esclave ; la dialectique a changé. Les bénéfices considérables de l'Outfit provoquent la jalousie dans le milieu autant que parmi les autorités. Le crime a besoin de l'ombre et la publicité tue, car elle expose et nourrit le penchant à la mégalomanie. Or Capone a pris goût à la notoriété. Nombreux sont ceux qui, des années durant, ont cherché un chef d'accusation suffisamment important pour le soustraire à la lumière et lui faire ravaler de sa superbe. Et qui cherche bien finit toujours par trouver ; aucune puissance ne résiste au temps et à la pugnacité.

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mar 31 Mai - 21:39

Miami Vice


MIAMI, FLORIDE, 9 JANVIER 1928


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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mar 31 Mai - 23:47

"Le climat de Miami est plus sain que celui de Chicago, plus chaud que celui de Californie. C'est pour ça que je suis là" déclare Al aux journalistes qui font office de comité d'accueil sur la côte Est. Pour sûr, son arrivée est mieux perçue qu'à Los Angeles !
Les reporters, qui sont toujours un bon thermomètre de l'opinion, semblent animés d'une curiosité enthousiaste à sa vue. Pour plus de précautions, Mae n'est pas venue immédiatement. Al est parti seul en éclaireur vers le sud, il plonge ses mains dans les poches de son pantalon à pinces bleu soigneusement repassé et continue, l'air détaché : "J'aime tellement Miami que je vais rester ici tout l'hiver.
En fait, j'attends justement ma femme, ma mère et mon fils, qui arrivent par le train cet après-midi, nous planifions d'acheter une maison." La scène serait des plus sérieuses si elle ne se déroulait pas... devant le commissariat de police ! Al s'y est rendu de sa propre initiative, à peine sorti du train, pour couper l'herbe sous le pied des autorités et devancer toute arrestation. Il assure à l'inspecteur en chef que son séjour est uniquement motivé par un besoin désespéré de soleil. Pas de quoi, donc, le mettre à l'ombre. Il jure sur l'honneur de ne faire sous sa juridiction aucune affaire crapuleuse, il jouera cartes sur table avec le chef de la police de Miami.

Le couple loue un bungalow meublé en bord de mer 2 500 dollars pour la saison. Mae peut promener Sonny librement et sortir sans se sentir épiée ni suivie. L'air marin lui procure une impression de liberté qu'elle n'a pas ressentie depuis qu'elle a quitté Brooklyn.
Hélas, la propriétaire est horrifiée d'apprendre bientôt que le couple Brown n'est autre que M. et Mme Alphonse Capone. Elle redoute déjà des orgies de femmes de petite vertu et appréhende un raz de marée armé et alcoolisé dans son intérieur qu'elle imagine naturellement ravagé. Elle ignore que Mae Capone, véritable fée du logis, prend soin de ranger et briquer l'endroit, ayant qui plus est la mansuétude de laisser derrière elle plusieurs services en porcelaine accompagnés d'argenterie qu'elle a achetés pour recevoir les quelques amis qui viennent leur rendre visite, ainsi que plusieurs bouteilles de vin à la cave. L'inquiète loueuse est priée par la first mafieuse de bien vouloir accepter ces modestes cadeaux en dédommagement pour le dérangement que leur présence a pu lui causer.

Elle a cependant la mauvaise surprise de recevoir peu après leur départ une facture de téléphone s'élevant à plusieurs centaines de dollars, Al ayant passé des appels longue distance à Chicago. Voilà l'occasion que tout le monde attendait pour jeter l'anathème sur la conduite du couple. Mais la loueuse n'a pas le temps de persifler dans les journaux qu'une Cadillac Cunningham se présente avec à son bord une femme mince, blonde et hâlée, qui en descend et vient frapper à sa porte. "Je suis Mme Capone", s'excuse la voix frêle, arguant vouloir payer son dû au plus vite. "Gardez la monnaie", dit-elle en lui donnant 1 000 dollars, "nous avons pu casser quelques petites choses, mais ceci devrait les couvrir."
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epistophélès



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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mer 1 Juin - 14:44

Loin de quitter la côte, le couple décide de s'y installer. Al choisit une maison à Palm Island, un petit morceau de terre sur la baie de Biscayne, à mi-chemin entre le continent et Miami Beach. Au 93 Palm Avenue, ils ont eu le coup de coeur pour une propriété de style néoclassique à deux étages de stuc blanc avec un toit plat en tuiles vertes, une large véranda, des patios en mosaïque entourés d'une dizaine de palmiers et des chemins menant à un embarcadère privé.
La demeure a été construite par un magnat de la bière en 1922, une ironie de l'histoire qui n'est pas pour déplaire au nouveau maître des lieux. Quatorze chambres, une maison d'invités au-dessus du garage, le tout pour la modique somme de 40 000 dollars que Capone accepte de payer en quatre annuités, à un taux d'intérêt fixé à 8% avec l'appui du maire. Mais Al est prudent et ne laisse jamais aucun papier derrière lui. Il n'a ni compte bancaire, ni licence, ni titre de propriété. La discrétion, on l'a dit, conditionne sa survie.

Le 4 avril 1928, la bâtisse est ainsi enregistrée au nom de Mae Capone. Al fait bâtir des murs d'enceinte en béton hauts de 2,5 mètres pour se protéger tout autant de la presse que de ses ennemis, et notamment pour éviter les rafales de mitraillettes embarquées.
L'extérieur protégé, Mae s'occupe de la décoration intérieure. Afin de s'approprier son nouveau royaume, elle commence, priorité esthétique entre toutes, par faire installer un étant aux nymphéas avec un pont en arche qui n'est pas sans rappeler les compositions de Monet. Un ponton est aussi aménagé, tout comme une piscine ornée de carreaux verts, une des plus grandes de la côte. Un cabanon à deux étages permet aux invités de se changer en toute discrétion. Dans son home sweet home, Mae accroche de nouveaux rideaux, des tentures et des luminaires en laiton. La salle de bains du premier étage, destinée aux invités, est carrelée en noir et or dans le style Art déco ; porcelaine noire pour les toilettes et appliques en laiton sont de rigueur. Mae profite de pouvoir enfin marquer son territoire et tient à laisser son empreinte sur ce lieu qui n'est pas celui du clan, mais le sien. Palm Island sera son oeuvre, son nid, son Trianon. Elle amie les copies de meubles français, surtout de style Louis XVI, en ornements de fleurs et en dorures - un véritable péché mignon -, achète du mobilier Art déco, des torchères en cristal, des éléphants ou autres miniatures en ivoire - le tout assorti aux services de table dorés à la feuille d'or. Libérée du poids de Chicago, elle est prise d'une envie compulsive d'achats. Jamais en manque de liquide, elle fait la joie des commerçants. Al, de son côté, se constitue une garde-robe digne de son rang. Capone le Magnifique est de retour.
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MessageSujet: Re: Lady Scarface ..........................   Mer 1 Juin - 15:03

Merci Episto de penser à nous reclus dans nos appartements
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mer 1 Juin - 16:40

Pourtant le couple n'a aucunement l'intention de s'intégrer à la grande bourgeoisie locale. Lorsqu'il reçoit, il n'invite que des amis proches, ou susceptibles de le devenir. Certains sont surpris de voir des armes - non héraldiques, s'entend - trôner sur les meubles Louis XVI de madame. C'est que, sans ses frères autour de lui pour assurer ses arrières. Al a dû engager des gardes du corps dûment équipés. Mae se plaint de ces gorilles indésirables qui les suivent à chaque sortie en ville avec une large caisse de contrebasse cachant une mitraillette, au cas où un petit staccato de balles s'improviserait.
Al endosse volontiers le rôle d'hôte, même à l'égard des invités en culotte courte. Un jour, à l'occasion d'une fête donnée pour Sonny, cinquante garçons et filles de sa classe ont été conviés dans leur demeure palatiale de Palm Island. Sur invitation, ils passent l'après-midi à chahuter dans la maison du gangster spécialement décorée pour l'occasion de ballons, crécelles et autres serpentins.
Les enfants batifolent dans l'immense piscine, sauf Sonny, qui ne peut pas se baigner. Mae veille et incite les autres enfants à ne pas le laisser seul. Poulet frit, gâteaux et sodas ne manquent pas. La demande avait été faite par les enfants eux-mêmes, via le directeur de l'école, d'aller nager un jour dans la gigantesque piscine du parrain. The Big Fellow avait répondu qu'il serait ravi de pouvoir divertir les amis de son fils, à condition qu'auparavant les parents aient stipulé leur accord par écrit.

De plus en plus, Al reprend son rôle de mari, de père, et passe du temps avec Mae qui le regarde s'amuser sur le hors-bord qu'il vient d'acquérir. Dix jours plus tard, le couple organise un "dîner musical" et y convie une cinquantaine de personnalités. La liste des invités est tenue secrète, mais la tactique fait mouche ; montrer aux élites locales, qui regardent avec défiance leur installation dans ce petit paradis aux eaux claires, qu'ils sont simplement comme eux, un couple uni, des parents attentionnés aux goûts raffinés. Mae découvre presque pour la première fois le rôle de notable qu'elle remplit pleinement. Sans Mafalda ni Teresa pour tenir la maison, elle est la digne maîtresse de ce domaine, aux côtés d'Al qui s'accoutume aux relations de bon voisinage. Ici, en Floride, elle mène enfin sa vie rêvée, à la fois mère et épouse émancipée, avec chauffeur et Cadillac bleue, cuisiniers et domestiques, tous d'origine noire américaine.

Mais la paix retrouvée sera de courte durée. Jamais la vie de femme de mafieux ne connaît la sérénité et les dessous de la transaction immobilière éveillent bientôt les soupçons. L'acte notarié parvient entre les mains des journaux qui révèlent le pot aux roses : Mae est la propriétaire officielle du domaine. Les citoyens sont excédés et le couple, qui comptait se faire discret, devient l'objet d'un scandale : nombreux sont ceux qui appellent à la démission du maire qui a toléré pareil montage.

Sur les instances du conseil municipal, cinq hommes de la police filent Capone partout où il va. Mae ne trouve décidément la tranquillité que dans sa propriété devenue véritable locus amoenus. Jamais à l'abri d'une fusillade, harcelé par les autorités, menacé par ses rivaux, Al demeure indemne,m ais pour combien de temps ? Aux journalistes qui l'interrogent sur une éventuelle blessure par balle à la jambe qu'il cacherait, l'ennemi public répond avec se facétie légendaire : "Un homme qui a été touché à la jambe ne peut pas danser" et, joignant le geste à la parole, se lève et entame une gigue endiablée. Mais sur ces entrefaites, un événement explosif se prépare à Chicago. Quand Al n'est pas là, les gangsters dansent.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mer 1 Juin - 16:44

L'ALIBI ETAIT BLOND

"La femme a la passion du calcul : elle divise son âge par deux, double le prix de ses robes, triple les appointements de son mari et ajoute cinq ans à l'âge de sa meilleure amie." - Marcel ACHARD, Auprès de ma blonde.

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mer 1 Juin - 19:22

Joyeuse Saint-Valentin, Georgette Exclamation


CHICAGO, JANVIER 1929

Georgette regarde son mari lui expliquer qu'il doit s'absenter quelques jours pour conclure une affaire de la plus haute importance. Avant qu'elle n'ouvre la bouche et l'assomme de questions, il tente de la rassurer et prend les devants en lui jurant qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter. C'est mal connaître sa femme... Gus Winkler, 27 ans, a déjà infligé un paquet de nuits blanches et de sueurs froides à son épouse. Spécialisé dans le braquage à main armée et le meurtre commandité, il est l'un des tueurs à gages de l'Outfit et s'est gagné le respect d'Al lors d'une banale affaire de kidnapping.
Winkler avait enlevé un ami de Capone, un amateur de paris illégaux de Détroit , et l'avait séquestré à Chicago. Al lui avait proposé de laisser repartir son camarade sain et sauf et de venir exercer son goût pour la gâchette au sein de son gang. Depuis, Gus avait rejoint les rangs du Syndicat du crime. Mais le sang-froid dont il fait preuve au travail fond littéralement sous le regard de Georgette. Et plus il feint l'indifférence, plus la jolie blonde de 33 ans se laisse gagner par un sentiment d'inconfort et se suspicion.
Née à Louisville, dans le Kentucky, en 1898, Georgette a raboté quelques années à l'âge inscrit sur son certificat de mariage, coquetterie féminine oblige. Ses parents étant décédés durant sa petite enfance, elle et ses quatre frères et soeurs se retrouvent confiés à de la famille éloignée installée à St Louis, dans le Missouri. Elle y ouvre bientôt une pension qui attire une faune de jeunes vétérans de la Grande Guerre et de petits hors-la-loi sans foyer. On y joue aux cartes et, entre deux lampées de whisky, on se lamente sur la violence de la société dont on se trouve désormais en marge.

Gus, rencontré au début des années 1920, fait lui aussi partie de cette faune. Né le 28 mars 1901, il s'est engagé à 16 ans, en 1917, dans les tranchées de France et a réussi à en revenir la gueule intacte, mais l'âme cassée. Il a tout du prince charmant : une raie au milieu, bien nette, qui sépare parfaitement ses cheveux bruns et l'un de ses yeux étonnamment plus petit que l'autre donnant l'impression qu'il fait en permanence un clin d'oeil. Petit détail : il est déjà marié à une jeune femme dont le manteau de fourrure volé lui a valu un séjour en prison. Elle s'appelle Perle, elle est belle, vole occasionnellement à l'étalage et fréquente les gangsters de St Louis.
Elle lesl ui présente comme des modèles, arguant qu'ils ont toujours de l'argent sur eux pour subvenir aux besoins d'une dame qui veut avoir de l'allure. Entre naïveté et désir, Gus est impressionné. Il veut faire partie de leur monde. La bravoure et la témérité de l'ancien soldat conquièrent le milieu... en un clin d'oeil. Sitôt cette ambition satisfaite, Gus se tourne vers la plus discrète Georgette, qui sait accueillir les hommes à la dérive sans exiger d'eux d'extravagantes preuves d'amour. Les jeunes fiancés décident alors de suivre la flambée du crime plus au nord et de rejoindre Chicago. Ils ne sont toujours pas mariés et Georgette ne se fait plus d'illusions, la demande ne viendra pas pour le jour de la Saint-Valentin ; ce n'est pas ce genre de "surprise" qu'il prépare.


Quelques jours plus tard, Gus franchit à nouveau le pas de la porte, flanqué de deux de ses hommes. Un troisième sonne, avec un curieux paquet entre les mains. Georgette le conduit vers la chambre à l'arrière de la maison, où ils se sont calfeutrés. Ce n'est pas la première fois que ces messieurs jouent à cache-cache chez elle, pas de quoi s'alarmer. Assise dans son fauteuil, elle remarque soudain contre le mur extérieur un home en uniforme. Aux aguets, il semble prêt à bondir au moindre mouvement. Cette fois ça y est, la maison est cernée ; la police ! Qu'a-t-il fait encore ?
Elle ne peut retenir un hurlement. Tétanisée par la peur, c'est le seul moyen qu'elle a trouvé pour alerter Gus et lui donner une chance de s'enfuir. Un éclat de rire retentit. L'agent n'est autre qu'un des deux zouaves de Gus, déguisé en policier. Fier de son petit effet, le voilà mimant une descente dans la maison. Georgette rit jaune. Après cet entracte d'un goût plus que douteux, les hommes disparaissent plusieurs jours durant.
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