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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 Lady Scarface ..........................

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epistophélès

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mer 22 Juin - 15:55

Dans les couloirs, avec son air strict, sa dentition imparfaite, ses paupières tombantes et ses quelques rondeurs, on la considère comme la "vieille fille à la face sombre", le cerbère d'Hoover.
Après plusieurs mois, Helen doit faire face à l'évidence, son patron est un homme à l'orgueil blessé, la profondeur de son humiliation originelle est insondable : "Le traumatisme ne l'a jamais quitté", reconnaît-elle. Edgar apprend même un peu plus tard que l'indigne Alice entretenait une romance épistolaire avec son "futur" alors qu'ils se fréquentaient encore. "Cela a beaucoup joué dans le fait qu'il n'ait plus confiance dans les femmes et ne se soit jamais marié", analyse Helen. Une femme espère toujours guérir un homme des affres de son passé, elle y voit même l'occasion d'éprouver la sincérité de son amour. Hélas, Helen ne parvient pas à panser les plaies de J. Edgar. Leur relation ne dépassera jamais le stade professionnel. Elle ne sera jamais autre chose que "Miss Gandy" à ses yeux, et lui "M. Hoover" pour elle. Elle connaît pourtant tout de sa vie, elle paie ses factures, fait ses courses, filtre les nombreux appels en provenance de tout le pays, tire les dossiers les plus secrets qu'il commande sur chacun des membres de la mafia, avec une attention toute particulière portée aux affaires sexuelles.
"J'ai été amoureux une fois", avoue-t-il, "de ce que l'on peut appeler une vraie passion de jeunesse". Mais Hoover a tiré de son histoire une conclusion toute personnelle : les femmes que l'on veut épouser sont toujours prises par d'autres, tandis que celles que l'on emploie vous sont pour toujours dévouées. A ses yeux, ces êtres, avec leur sexualité volatile, semblent définitivement synonymes de trahison, pire, de souillure.

Pour Hoover et ses hommes, la criminalité féminine constitue un défi intellectuel et stratégique incommensurable. Jusqu'alors, les femmes de mafieux n'étaient pas considérées comme des membres actifs d'organisations criminelles, mais comme des têtes de linotte entraînées par l'amour qui provoquait en elles des choix irrationnels aussi changeants que le vent. Avec l'apparition des "associés du crime", le directeur du bureau d'investigation doit faire face à un phénomène nouveau, les femmes peuvent-elles aussi user du canon. L'explication doit être biologique, tout simplement. Hoover base sa réflexion sur les travaux de l'école de criminologie positiviste de Cesare Lombroso, qui étudie comment les femmes incarcérées "devient" du développent biologique féminin "normal".
Les femmes coupables d'actes répréhensibles sont ainsi "malchanceuses dans leur formation biologique", nulle question de choix volontaire, de liberté, ici, car "d'un terreau si défavorable, on peut difficilement attendre un fruit résistant". Les femmes de criminels, tarées génétiquement, ne peuvent résister aux pulsions qui les poussent à aimer les malfrats. L'environnement défavorable ne peut donner que des fruits pourris de ces malades aux racines et aux graines viciées. Le credo positiviste lie alors étroitement la criminalité féminine à la perversion sexuelle.. Aussi les dégénérées sont-elles condamnées à n'être que des perverses et des déviantes sexuelles, des homosexuelles, des dominatrices, désireuses de prendre la place des hommes. On décrit ces femmes comme "plus musculaires", le reflet d'un "appétit tout masculin". Toujours selon ces mêmes critères de détermination, les rousses sont plus sujettes aux délinquances de type sexuel ou criminel
(tu ne pourras pas dire Marco, que tu n'auras pas été mis en garde... Razz Razz ), ainsi que les descendantes d'Européens, sans oublier naturellement les divorcées, qui constituent autant de rebelles en puissance.
Ces créatures démoniaques fascinent les psychiatres autant que les pénalistes de l'époque. Comment les punir de leurs actes et les guérir de leurs déviances ? Le début des années 1930 voit l'hypothèse d'une spécificité féminine avancée pour expliquer la déviance nouvelle qui consiste à troquer la poudre à récurer contre la poudre à canon. Pour le père viennois de la psychanalyse, Sigmund Freud, le problème se manifeste dès l'enfance : "Nous savons qu'une fille considère comme un signe de son infériorité l'absence d'un pénis long et visible, qu'elle envie le garçon parce qu'il possède cet organe" et que cette envie provoque chez elle "le désir d'être un homme et que ce désir se trouve plus tard impliqué dans la névrose provoquée par les échecs qu'elle a éprouvé dans l'accomplissement de sa mission de femme".... Rolling Eyes Toute femme digne de ce nom doit accepter "le fait de sa castration et avec cela '...) reconnaît(re) aussi la supériorité de l'homme et sa propre infériorité, mais elle se révolte aussi contre cet état de choses désagréable".
Névrosées parce que privées de pénis, certaines femmes se rebellent et tournent leur violence contre les hommes, devenant de dangereuses criminelles. Helen Deutsch, psychanalyste féministe ("féministe" Question ... Rolling Eyes ) américaine d'origine autrichienne et disciple de Freud, pionnière de la psychologie féminine, identifie même un temps spécifique où la femme serait sujette à ces emportements déraisonnés. Les menstruations sont en effet "une période agitée durant laquelle les sentiments jusqu'alors réprimés sont soudain relâchés". La femme est alors sans doute plus encline à vouloir venger "son voeu à jamais perdu d'avoir un pénis".
Où s'qui sont ces deux arriérés : Freud et Deutsch, que j'aille leur casser la gu.... Question .......... Razz
Chaque mois, les filles d'Eve seraient donc rappelées à leur infériorité et souhaiteraient secrètement prendre leur revanche sur l'homme. De là a dire que les criminelles ayant rejoint les gangs de Chicago sont toutes atteintes du syndrome prémenstruel, il n'y a qu'un pas. Jusqu'alors, les rares femmes condamnées ont bénéficié de la clémence des juges, étant donné leur faible condition Evil or Very Mad . Mais face à l'ampleur du phénomène, le ton se durcit. A l'université de Northwestern, au nord de Chicago, le professeur de criminologie Paul E. Bowers, consultant pour le ministère de la Santé, professe devant ses étudiants : "Nous détestons envoyer une femme en prison, nous détestons électrocuter ou pendre des femmes. Nous pensons que c'est une mauvaise chose à faire. Mais nous devons admirer celui qui a condamné Ruth Snyder et son amant pour le meurtre de son mari. Il n'a pas gracié cette femme, mais l'a menée à l'électrocution comme il se doit. Car beaucoup de femmes sont coupables de meurtres, mais il est hélas trop rare qu'on les pende ou qu'on les électrocute pour leurs crimes."
L'Amérique vient en effet d'exécuter sur la chaise électrique, pour la première fois depuis le XIX siècle, une femme adultère et meurtrière.
Le 12 janvier 1928, à 23 h 01, à la prison de Sing Sing, dans l'Etat de New York, la ménagère du quartier populaire du Qeens, Ruth Snyder, 32 ans, sa robe foncée au-dessous des genoux écartés par les entraves, cheveux tirés en arrière, visage supplicié, prononce comme derniers mots ceux du Christ sur la croix : "Pardonnez-leur, mon père, car ils ne savent pas ce qu'ils font."
La mère de famille par son époux délaissée entretenait une liaison avec un vendeur de corsets, marié lui aussi. Pas de quoi électrocuter une femme ! L'affaire s'était hélas corsée lorsque son cher et tendre avait eu la fâcheuse idée d'accrocher une photo de sa première fiancée sur le mur du foyer conjugal. Monsieur avait en outre baptisé son bateau en l'honneur de ladite fiancée, ajoutant le très flatteur commentaire suivant : "La plus raffinée des femmes que j'ai connue ces dix dernières années." C'en était trop. Le goujat devait avaler son bulletin de naissance. Encore fallait-il l'assaisonner.
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epistophélès

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Jeu 23 Juin - 18:54

Après l'avoir convaincu de contracter une assurance vie de plusieurs dizaines de milliers de dollars, avec bien sûr une clause qui doublait l'indemnité en cas de mort violente par agression, Ruth Snyder et son amant - un faible qui agissait à son corps défendant - avaient étranglé le mari signataire et rempli son nez et sa gorge de chiffons imbibés de chloroforme supposés maquiller son trépas en un cambriolage ayant mal tourné. Le cocu occis, l'amant avait pris soin de ligoter Ruth au milieu du salon, afin que la police la trouve ainsi. Deux Italiens seraient entrés, avait-elle raconté en jouant la partition de l'épouse éplorée, et auraient sauvagement assassiné son mari pour mieux le détrousser. Le plan était parfait, ou presque.
Être une reine du crime ne s'improvise pas. Cela demande de la pratique. Ruth avait au préalable expérimenté sept tentatives sur le cobaye, comme pour l'enfermer dans le garage le moteur de la voiture allumé, laisser encore le gaz dans la cuisine se répandre joyeusement dans la maison tandis qu'il y était, ou charger son whisky de mercure. Cette fois-ci, elle a jugulé le problème. Mais Ruth a commis une erreur de débutante : elle a dissimulé les bijoux supposés avoir été dérobés sous leur matelas, bien vite retourné par les enquêteurs qui passent la maison au peigne fin. Au tribunal, elle évoquera en guise de défense la vie insupportable que son mari lui faisait subir, son quotidien de femme aux espoirs brisés par un mariage qui l'avait enterrée vivante. La préméditation ne laisse aucun doute sur sa culpabilité. L'affaire provoque un débat passionné sur la peine de mort, dont s'emparent abolitionnistes et féministes. On découvre avec horreur que les femmes aussi peuvent être machiavéliques et tuer de sang-froid.


Depuis que la chaise électrique a remplacé la pendaison, en août 1890, presque toutes les femmes condamnées à la peine capitale ont été gracées. Mais les temps ont changé avec l'arrivée des mafieuses. Du fond de sa cellule, Ruth Snyder reçoit quelques 2 500 lettres de femmes la félicitant de s'être soulevée contre la domination de son mari... ainsi que 164 demandes en mariage !
Le lendemain de l'exécution, l'Amérique découvre en première page la photo floue d'une pauvresse ligotée sur une chaise électrique, prise à l'instant où son corps recevait la décharge. Le New York Daily News, qui publie le cliché en couverture, ne peut satisfaire la demande et doit réimprimer à plus de 700 000 exemplaires.
Les femmes de mauvaise vie fascinent et provoquent un sentiment ambivalent. Pour Hoover, elles sont au coeur de la grande machine du crime qui détruit l'Amérique : "Elles sont plus que des compagnes, elles sont le ressort principal. Les gangs ne pourraient exister dans elles."
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Ven 24 Juin - 17:09

La naissance concomitante du féminisme moderne et de la criminalité féminine plonge le pays dans une turpitude inédite : ces "secrétaires" toujours plus nombreuses qui lisent des illustrés et touchent un salaire, ces ouvrières qui remontent leurs manches et montrent leur anatomie remettent en cause les fondements de la famille traditionnelle, qui repose sur la suprématie du mâle dominant. La dévotion, l'oubli de soi et de ses propres intérêts pour satisfaire celui qui travaille si dur et garde le logis semblent un paradis perdu pour la gent masculine. Cette anxiété nationale, Hoover compte l'utiliser, l'exacerber. Les bandits femmes deviennent son obsession car, libres et sauvages, affranchies des codes bourgeois ou sexuels, elles pratiquent l'amour libre et font fi des obligations de leur sexe. Cibler les meurtrières sera plus facile et surtout moins risqué que d'éradiquer les gangs de la mafia. Les qualifier de déviantes tout en célébrant leur rôle éternel de mères, créatures dévouées à la paix et à la chaleur du foyer, voilà qui emportera tous les suffrages et l'assentiment des politiques comme de la masse, et qui achèvera de le rendre populaire.

La perversion est donc largement le fait d'une minorité dévoyée qu'il faut briser pour remettre la majorité dans le droit chemin de la soumission. Dès 1932, J. Edgar Hoover lance une véritable campagne visant à arrêter toutes les maîtresses, femmes et compagnes de hors-la-loi. Pour les affronter, il faut une sorte d'hommes très spéciale. Ce seront les G-Men, les "Government Men", les agents spéciaux du bureau d'investigation, rebaptisé FBI en 1935. Le service de renseignements intérieurs et de la police judiciaire, avec pour devise "Fidélité, bravoure, intégrité" est dans cette tâche tout-puissant.
Un de ces G-Men reçoit une lettre des plus éloquentes : "Bonjour, canon" écrit une admiratrice qui vante ses avantages physiques, notamment sa poitrine généreuse , et l'invite à venir lui rendre une visite toute privée : "Tu penses que tu es bon, n'est-ce pas ? Je suis sûre que je n'arriverai jamais à t'oublier, même si je le voulais." Hoover est outré, cette vermine l'insupporte : "Je vais dire la vérité à propos de ces rats. Je vais dire la vérité sur leurs femmes sales, crasseuses et malades." Diaboliser ces créatures du démon et les neutraliser, voilà désormais son mantra. "Ce type d'ignorance béate que l'on retrouve chez presque toutes les fiancées de la poudre m'a toujours étrangement intéressé. L'une des qualités que la femme est supposée posséder, c'est la curiosité. Pourtant la fiancée de la poudre, semble toujours capable de convaincre le monde en général qu'elle est née sans la qualité qui a fait manger la pomme à Eve."
Elles semblent dépourvues de toute curiosité et même de bon sens : "Pourquoi une fille devrait-elle s'embêter l'esprit avec des choses aussi déplaisantes qu'une accusation de meurtre planant sur la tête de son amoureux, alors que cela risque d'interférer avec sa joie de recevoir une nouvelle bague en diamant offerte avec l'argent du sang ?" Hoover a une explication : "C'est la galanterie américaine qui est à blâmer derrière l'existence des fiancées de la poudre."
Le puissant directeur, croisé de l'ordre traditionnel, entreprend alors de mettre l'ensemble des moyens financiers et policiers à sa disposition pour les anéantir.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Ven 24 Juin - 17:52

Les trois petites bohémiennes

LODGE DE LA PETITE BOHÊME, WISCONSIN, 20 AVRIL 1934

A une vingtaine de kilomètres de la ville de Mercer, dans une retraite forestière de chasse et de pêche paisible bordant un lac, Helen Gillis, en robe vichy bleu et blanc à Taille Empire et manches bouffantes, les cheveux défaits et sans maquillage, avance dans la boue, ses chaussures plates souillées. Toutes les femmes du gang ont des pantoufles de satin à talons, mais pas elle. Mariée depuis cinq ans déjà à Lester Gillis, alias Baby Face Nelson, un des hommes du gang de Dillinger, elle tient son petit chien dans les bras pour ne salir ses pattes, et le relâche sitôt la porte du chalet à deux étages franchie.
Au printemps 1928, Helen, née Wawrzyniak, à peine majeure, est employée à mi-temps dans le magasin Goldblatt de Chicago, fille d'un couple de Polonais ayant émigré d'Allemagne. Alors qu'elle n'était encore qu'une enfant, sa mère est décédée, et a laissé la charge de ses six frères et soeurs sur ses épaules cacochymes.
Helen est souffreteuse, toujours anémique. Mais les sentiments sont un puissant remède, et elle rencontre un jour Lester. Il a 19 ans, mesure à peine plus d'1,65 m, ses cheveux châtains ondulent légèrement, ses yeux bleu délavé sont comme une mer calme et infinie au-dessus de ses joues roses de chérubin. Soudain sa fragilité disparaît, elle a de la force pour deux, pour trois, pour un monde tout entier.

Lester est né le 6 décembre 1908 dans le quartier de Near West Side de Chicago, d'une famille d'immigrés belges qui n'a pas réussi à s'acclimater au nouveau continent : son père s'est suicidé à la veille de Noël 1924. Le jeune garçon est allé de centre de détention en maison de correction, fréquentant les petites frappes. Il y a rencontré des membres du gang d'Al Capone et a transporté ses premières cargaisons d'alcool de contrebande avant d'effectuer, la Dépression sévissant, son premier braquage à main armée, en avril 1930.
A l'instant où ses billes azur se posent sur Helen, Lester ne supporte plus de regarder une autre femme que celle qu'il épouse quelques mois plus tard, le 30 octobre 1928, à Valparaiso, en Indiana. Sa dulcinée accouche bientôt d'un garçon, puis d'une fille.
Mais Lester ne veut pas être un de ces criminels anonymes dont les rues grouillent. Il entend se faire respecter, marquer les esprits, devenir une légende.
Le 6 octobre 1930, il est presque minuit lorsque Mary Walker Thomson, l'épouse du maire de Chicago, se fait déposer par son chauffeur devant son très chic immeuble au coin de Barry Avenue et Sheridan. Elle est allée seule au théâtre, comme souvent depuis un certain temps, signe de son dégoût croissant pour les accointances politiques de son conjoint. William Hale Thompson, dit "Big Bill", effectue en effet son troisième mandat dans la ville du Syndicat du crime, et Capone n'est pas étranger à la réussite de sa carrière.
Al est même l'un des principaux financiers de ses campagnes, le maire fermant en retour les yeux sur ses activités. Ainsi le couple a-t-il toujours été protégé par le bras armé de Scarface. Mais une nouvelle génération de jeunes loups entend instituer ses propres règles.
Au moment où le chauffeur ouvre la portière à Mme Thompson, trois hommes descendent en hâte d'une Nash stationnée en face de l'immeuble. Le premier pointe son arme sur le conducteur et l'invite à remonter en voiture, tandis que les deux autres escortent fermement Mary à l'intérieur du bâtiment. Lester Gillis presse son arme contre sa poitrine et lui demande poliment si elle aurait l'amabilité de se défaire sur-le-champ de ses bijoux, à savoir une bague en saphir de 6,5 carats, un bracelet serti de dizaines de diamants et une broche assortie. La pauvre femme délestée de ses pierres précieuses s'évanouit. Interrogée par la police, elle donne une description des plus inattendues de son agresseur : "Il avait un visage de bébé. Il était avenant, tel un enfant, avait des cheveux châtains et portait un pardessus gris et un chapeau en feutre marron avec les bords rabattus." Dès lors, le surnom de "Baby Face" ne lâchera plus Lester Gillis. Bientôt, la nouvelle star du crime rallie le gang de Dillinger en l'aidant à s'évader de prison, le 3 mars 1934, et entre dans la danse de celui qui vient d'être consacré, après la chute d'Al Capone, nouvel ennemi public numéro un.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Ven 24 Juin - 20:04

Baby Face Nelson et Helen sont rejoints dans le chalet par Jean Crampton. A peine majeure, la jeune femme de 21 ans accompagne son gangster d'amant, Tommy Carroll. Elle l'a rencontré alors qu'elle était chanteuse dans un cabaret branché des années folles de Chicago sous le nom de Radio Sally et venait de divorcer d'un serveur de l'établissement dépourvu d'envergure à son goût. Pour sûr, le gangster possède, lui, une bonne dose d'ambition et, hélas, les défauts qui vont avec. Il est possessif, jaloux maladif, au point de l'obliger à teindre ses cheveux blonds qui attirent trop l'attention des hommes à son goût, en châtain, moins flamboyant. Cela ne se voit pas encore trop sous les vêtements de ce printemps qui tarde à éclore, mais Jean est enceinte. Elle aspire plus que tout à passer une fin de semaine au calme, sans scènes, à lire dans sa chambre et à se reposer, du moins lorsque ses nausées matinales le lui permettent.
Arrive enfin Marie Conforti en tenue de cavalière, ne craignant pas de crotter ses bottes western au bras d'Homer Van Meter, un autre membre du gang. Marie a elle aussi migré à Chicago après la crise de 1929, poussée à exercer divers métiers, comme celui de vendeuse de colifichets à bas prix, avant d'être engagée comme danseuse dans un club de Cicero. Elle rejoint la gang de Dillinger, la tête tournée par son luxueux train de vie. Homer Van Meter est des plus charmants et possède une Buick flambant neuve. On n'ostracise pas un homme qui aime la belle mécanique simplement parce qu'il est un peu criminel sur les bords ! Quand on aime, on compte et surtout on dépense sans regarder la provenance. D'autres couples arrivent encore, chaque gangster avec sa moitié. Johnny semble d'autant plus seul sans sa princesse indienne. Un esprit occupé est moins enclin à la mélancolie. Heureusement, Dillinger a prévu un programme chargé.

Un week-end durant, les convives boivent, jouent aux cartes, rient, s'adonnent au softball et pratiquent le tir sur cible. Ce petit groupe braillard accompagné de ces femmes bien mises, aux robes noires de tissu fin et aux talons hauts éveille les soupçons du propriétaire des lieux, qui craint de reconnaître l'identité de ses hôtes.
Un homme averti en vaut deux. Mais face à la dizaine de gangsters qui ont pris possession de son établissement ce 20 avril 1934, il préfère prévenir la police.

Deux jours plus tard, J. Edgar Hoover ordonne l'interpellation immédiate de l 'ennemi public numéro un. Une opération périlleuse s'il en est que d'aller le dénicher au milieu de sa tanière. Il faut agir vite, Dillinger a le don de l'évasion et sent les fédéraux sous le vent. En quelques jours seulement, deux avions avec à leur bord onze agents équipés d'un véritable arsenal de guerre décollent de Chicago, tandis que des renforts suivent en voiture pour la plus grosse opération jamais conduite jusqu'alors par le bureau d'investigation.
Les hommes s'apprêtent à prendre possession du lieu. Tapis dans les bois, plongés dans l'obscurité, ils n'ont pas eu le temps de repérer les alentours, ni d'établir un véritable plan d'attaque. Des ombres se meuvent aux fenêtres et aux abords du chalet principal.
Or, le 22 avril, l'aubergiste propose un dîner spécial à un dollar, le restaurant fait salle comble. Plus de soixante-dix convives se régalent. Les agents sont perplexes ; s'il faut maintenant chercher un gangster dans un banquet ! Ils attendent l'ordre d'intervention. Les premiers clients commencent à quitter les lieux lorsqu'une voiture avance vers eux. Les hommes d'Hoover ordonnent aux occupants de s'immobiliser. Mais,l 'attention distraite par les mets qu'ils viennent de déguster, et tout au récit de leur soirée, les malheureux n'entendent pas. Un jeune officier n'y tenant plus appuie sur la détente. Un des passager, simple gourmand, est tué sur le coup, les deux autres blessés.
La détonation résonne dans la propriété, les chiens se mettent à hurler. John et ses hommes, en pleine partie de cartes, bondissent aussitôt de leurs chaises, prêts au combat. Baby Face Nelson attaque tête baissée les assaillants, couvrant ses amis, et se replie dans le bâtiment voisin sous une volée de balles. Depuis le second étage où ils se sont retranchés, les hommes de Dillinger tirent en concerto pour mort annoncée, incapables de distinguer les arbres des ennemis qui répliquent avec rage. La sève et le sang jaillissent de tous côtés. Les renforts acheminés en voiture tardent à arriver, et personne n'a pensé à sécuriser l'arrière du bâtiment. Entrevoyant l'opportunité d'une percée, Johnny donne le signal. Par les fenêtres, les gangsters filent à travers bois. "Ils nous abandonnent !" s'exclame Marie. Les femmes sont désormais seules à l'étage, sous le feu des policiers.

Baby Face Nelson repère une maison éclairée proche de là et kidnappe le couple d'habitants, lui ordonnant de l'emmener en voiture. Peu satisfait par la vélocité de leur conduite, il descend et voit des feux de croisement se rapprocher de lui. Un autre véhicule arrive en sens inverse, deux agents fédéraux et un policier à son bord. Il s'agit des renforts tant attendus qui se dirigent vers le lodge. Baby Face les arrête et, le nombre ne faisant pas la force, leur demande de décliner leur identité ! Galvanisé, le gangster les menace de son arme et leur ordonne de détaler séance tenante. Pour ajouter plus de crédibilité à son invective, il joint le geste à la parole et ouvre le feu. Bilan : un mort, deux blessés.
Dans une autre voiture volée, Dillinger et deux complices croisent eux aussi trois agents venus prêter main-forte à leurs collègues. Décidés à leur faire mordre la poussière, ils les couvrent d'une pluie de balles, une course-poursuite a lieu, sur plus de 10 kilomètres ! John est tenace, il ne se rendra pas. Quelque chose le sauvera, il croit en sa bonne étoile. Il n'est pas le roi de l'évasion pour rien. Profitant de ce qu'un camion vient leur couper la route, il enfonce la pédale d'accélérateur et sème les forces de l'ordre folles de rage !
Enfin hors d'affaire, du moins l'espère-t-il, John s'arrête sur un chemin escarpé pour dormir un instant et réfléchir à la suite des événements. un des gangsters est soudain réveillé par une violent douleur dans le dos. Il hurle plus fort que le coq voisin. Il est touché ! Johnny sursaute, regarde par la vitre arrière et découvre la voiture de trois policiers garée à un jet de pierres derrière eux. Habitué aux réveils périlleux, les mains vissées à ses armes, il tire et couvre une fois de plus son évasion à la manière d'un prestidigitateur, tandis qu'une mare de sang - celui de son camarade mortellement atteint - inonde l'habitacle.
Au lodge, les tirs ont cessé. Les hommes d'Hoover pensent être venus à bout du gang, mais, prudents, attendent sa reddition. Six heures se passent sans qu'aucun signe de vie ni à l'intérieur ni à l'extérieur ne vienne troubler la nuit. A 4 heures du matin, l'ordre de donner l'assaut final tombe. S'approchant du chalet, les agents lancent des gaz lacrymogènes avant d'y pénétrer. Ils s'apprêtent à ouvrir le feu quand ils distinguent subitement le visage d'une femme. "Ne tirez pas !" les supplie-t-elle. Reposant leurs armes, ils distinguent, médusés, non pas une, mais trois femmes tremblantes qui s'avancent vers eux les mains levées ! A l'intérieur, personne. Le gang est loin désormais.

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Ven 24 Juin - 20:47

Un agent et un civil tués, de nombreux blessés, mais aucun gangster appréhendé. L'opération est désastreuse pour Hoover qui se retrouve avec des femmes sur le bras ! Déjà, dans les journaux, on parle de débâcle, de déculottée mémorable, du plus spectaculaire échec contre le crime de ce début des années 1930. Ce n'est pourtant pas sur le champ de bataille que se déclare une victoire, mais encore et toujours sur le terrain de la communication. Il n'est pas encore trop tard pour transformer un tel fiasco en réussite. Pour ce faire, Hoover met la pression sur ses précieux trésors de guerre. Les trois jeunes grâces sont immédiatement appréhendées et conduites à la prison de St Paul, où se trouve déjà Evelyn Frechette, en attente de jugement. Le maître des marionnettes espère tirer des informations essentielles du trio en jupons, questionné sans relâche plusieurs jours durant. Mais, elles le clament haut et fort, elles ne sont pas des fiancées de la poudre ! Leurs compagnons, des fugitifs ? Première nouvelle ! Elles affirment les avoir suivis dans ce chalet pour s'amuser et passer du bon temps. Comment leurs promis paient-ils les cadeaux qu'elles portent ? Grâce à leur générosité, pardi !
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Ven 24 Juin - 23:08

Les agents tentent de questionner Helen Gillis. Pourquoi a-t-elle suivi son mari dans sa fuite, alors qu'elle est mère de deux enfants ? La réponse est désarmante : elle dit aimer, certes, ces enfants, mais que son amour pour son mari est plus fort. Et elle préfère voyager avec lui, passer chaque instant à ses côtés, plutôt que de rester à la maison avec sa progéniture. Hoover n'enrage plus, il écume : "Elle a des idées folles sur la loyauté envers ces hommes-là... Elle ne les identifiera pas pour nous." Il ordonne à ses avoués de "travailler sur elle et de ne pas la laisser dormir" :"J'ai souligné qu'il doit être fait en sorte qu'elle parle". Mais tout ce qu'Helen avoue, c'est encore et toujours sa passion désespérée pour son homme : "Je savais que Les(ter) n'en avait pas pour longtemps à vivre, je voulais être avec lui aussi longtemps que je pouvais." (réponse logique. Quant à Hoover, ses spermatos, coincés dans son slibard, lui sont remontés au cerveau !... Razz geek )

Il reste encore deux prévenues susceptibles de parler, dont Jean Crampton. Sait-elle que son amant est un fugitif ? Jamais elle ne lui poserait ce genre de question, de peur qu'il ne la gifle ! Mais, tempère-t-elle, il ne l'a jamais fait. Sauf une toute petie fois, lors d'une dispute où elle avait menacé de le quitter. "Il ne pouvait pas être coupable de ce qu'ils ont dit sur lui", sanglote-t-elle. Cette naïveté, cette innocence crasse, finit de révulser Hoover.
Les grands moyens sont également mis en oeuvre pour faire parler Marie Conforti : "Il m'a enchaînée à une chaise et toutes les cinq minutes me demandait où était Gillis. Chaque fois que je disais : "Je ne sais pas", il me giflait et me frappait. Une fois, je ne l'ai plus supporté et lui ai crié : "Vous avez tiré dans le dos de Dillinger !" Le bien et le mal sont des notions malléables, le courage et la lâcheté, une question de perception. Marie sait comment irriter le chef du bureau d'investigation : elle accuse ses sbires d'être directement responsables de son attraction pour les criminels ! "J'ai essayé de mener une vie honnête. J'étais serveuse dans un restaurant et vendeuse dans un magasin "Tout à 10 cents". Si ces agents ne m'avaient pas persécutée, je serais une bonne fille aujourd'hui. Ils m'ont emmenée faire de longues "balades", essayant de me piéger et de me faire parler."
Une attitude inquisitrice qui, dit-elle, n'a fait que la pousser dans les bras de son amant : "J'avais peur que certains garçons me voie avec les agents et me prennent pour une balance", ce qui l'a incitée à rechercher sa protection. Homer Van Meter n'est rien d'autre qu'un homme bien, elle l'aime, voilà tout ce qu'ils sauront. "Il était bon avec moi et m'offrait des choses" - une radio et un chien, son dernier cadeau d'ailleurs. Marie ose même aller plus loin et se plaint du traitement cruel et indigne dont elle est victime : le shérif "a gardé (mon chien) pour lui , alors que je lui ai écrit plusieurs fois pour le lui réclamer". Une bande de kidnappeurs de canidés, voilà tout ce que son les fameux G-Men.
La capacité de ces femmes à tenir leur langue fait des émules, et les trois grâces deviennent bientôt des modèles pour de nombreuses anonymes, admiratives de leur courage assorti d'une bonne dose de culot. Elles reçoivent à la prison de St Paul la lettre d'une admiratrice de Niagara Falls, dans l'Etat de New York, à côté des chutes du même nom : "Bonnes filles, ne parlez pas. J'espère que Johnny ne se fera jamais prendre. J'aimerais tellement pouvoir l'aider. Si les prières pouvaient aider, il ne se ferait jamais prendre. J'irai jusqu'au bout et encore un peu plus. Peut-être que vous rirez de moi et me traiterez d'idiote. Peut-être que vous rirez de moi et me traiterez d'idiote. Peut-être le suis-je, mais j'aimerais vraiment vous connaître et vous aider... Cette ville est certainement un endroit mort."

Hoover, découvrant le courrier, prend l'aspirante mafieuse au sérieux et envoie des agents interroger son auteur, qui n'est autre qu'une jeune fille de 19 ans, femme de ménage de son état. Elle avoue aux inspecteurs désirer ardemment expérimenter la vie de Miss Flinguette. Ainsi pourrait-elle découvrir l'ivresse d'une pseudo-liberté à laquelle aspire toute une génération de femmes.
L'affaire de la Petite Bohême est bien un scandale de plus qui éclabousse J. Edgar Hoover. Après l'échec des interrogatoires, les agents du bureau en arrivent au même constat que les journalistes : "La femme corrompue est loyale envers son homme, c'est la règle, et tire un plaisir pervers à refuser de répondre aux questions, même quand elle sait que les agents ont déjà les réponses. "Monsieur le Directeur s'adresse à la foule de journalistes qui l'attend devant le siège du bureau d'investigation intégré au Département de la Justice. Il tente de temporiser, d'expliquer les raisons de la débâcle, sans les comprendre vraiment tout à fait.
On demande sa démission. Sur la sellette, il a plus que jamais besoin d'une victoire.

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Sam 25 Juin - 15:40

La lapine à la fourrure

AURORA, ILLINOIS, 25 AVRIL 1934

Deux jours après la débâcle du lodge de la Petite Bohême, le 25 avril 1934, Dillinger est en cavale avec son complice qui se vide de son sang sur la banquette arrière de la voiture. Il doit trouver un médecin de toute urgence, un praticien discret, gagné à la cause du milieu. Impossible de prendre contact avec son réseau sans risquer d'attirer l'attention, la ville est en alerte.
Sortant de sa zone d'influence, John se rend à Aurora, à 60 kilomètres de Chicago, chez Edna Murray, dite "la Lapine", et son fiancé Volney Davis, deux membres d'un autre gang qui sévit dans la région, le déjà célèbre gang Barker-Karpis. C'est la première fois que John prend contact avec une bande rivale, mais les médecins capables de tremper leurs mais dans un sang taché de poudre à canon ne sont pas légion. Les deux hommes se donnent rendez-vous sur le parking arrière d'un restaurant de fruits de mer. Là, Volney aide John à soulever le corps de son ami, le charge à l'arrière de sa Buick et s'en retourne à toute allure vers chez lui, au 415 Fox Street, en espérant qu'une des médecins alertés arrivera à temps.

Volney avertit Edna : "Lapine, va chez une amie quelques jours. Il y a eu une fusillade au lodge de la Petite Bohême et un des gars de Dillinger a été touché. Ils ne savent pas où le planquer, il va venir ici." Délicate attention : le sang révulse.
Edna est l'archétype même de la "créature satanique" honnie par Hoover. Elle cultive la coquetterie, aime les belles choses, les manteaux de fourrure et l'alcool, tout ce qui brille, ce qui vrombit et fait battre un coeur sourd aux obligations, docile aux mots doux sussurés par les brigands, goûtant plus encore ceux des crapules.
Née Martha Edna Stanley le 26 mai 1898 à Marion, dans le Kansas, elle est la première enfant d'un couple qi se sépare quelques années parès sa naissance, ayant tout de même pris le temps de lui donner une soeur et trois frères. Fine, blonde aux grands yeux bruns, Edan, la fille chérie, suit son père en Oklahoma et devient rapidement serveuse à l'Imperial Café de Sapulpa.
Entre deux services elle fait tourner les têtes et semble avide de convoler, si bien qu'à 20 ans à peine, elle a déjà été mariée deux fois et, fruit de ces amours passagères, a eu un petit garçon nommé Preston. Dans ce contexte déjà mouvementé, elle rencontre au début des années 1920 Volney Davis. C'est un jeune homme né le 29 janvier 1902 en Oklahoma, efflanqué, aux cheveux blonds frisés et au visage d'ange émacié autant qu'effronté, qui a pour carte de visite d'avoir été déjà condamné, tout juste majeur, à trois ans de prison pour vol qualifié. A peine Edna a-t-elle le temps d'avoir le coup de foudre qu'elle reçoit un coup de massue, son apollon décharné lui est soufflé : cambriolant l'hôpital de Tulsa, il tue le veilleur de nuit et est condamné en 1922 à la prison à perpétuité.

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Sam 25 Juin - 16:16

Volney en prison, Edna essaie de trouver chaussure à son pied. Elle laisse "Diamond Joe" Sullivan, un braqueur spécialisé dans le vol de bijoux, lui faire la cour deux mois durant, avant de succomber à son charme plein de carats. Maintenant qu'elle mène une vie dite respectable, Edna s'apprête à réaliser son rêve secret, reprendre son fils désormais âgé de 8 ans, laissé chez ses grands-parents. Les liens affectifs restent certes entièrement à tisser, puisque son enfant la considère comme une étrangère, mais quoi de mieux qu'un beau-père pour l'aider à reconstruire une famille ? Hélas, l'amour est décidément bien impromptu : sitôt le petit Preston récupéré, Diamond Joe est arrêté, condamné pour meurtre et placé dans le couloir de la mort !
Edna la maudite prend son courage à deux mains et ose aller voir son mari à la prison d'Etat d'Arkansas. Physiquement amoindri, il n'est plus que l'ombre de lui-même et, tandis qu'elle l'enlace, il lui demande de ne plus jamais revenir. Désespérée, elle retient ses larmes quand le gardien chargé de l'escorter jusqu'à la sortie lui demande : "Madame, voulez-vous voir la chaise électrique ?" Ne sachant quoi répondre, elle le suit en silence à quelques pas de la cellule de l'être cher. Là, sous une toile cirée noire, elle découvre l'instrument terrible qui fera d'elle une veuve d'ici peu.
Mère célibataire et désargentée, Edna loue des chambres à la petite semaine à Kansas City. Elle y fait la connaissance de Jack Murray, un autre jeune homme bien sous tous rapports... de police. Ce dernier vient tout juste d'être libéré de la prison de Leavenworth où il purgeait une peine pour "traite des blanches". Ajoutant encore un nom à son patronyme, Edna épouse Jack au printemps 1925, bien décidée cette fois à jouer son rôle de femme de gangster : fini de regarder les hommes de sa vie se faire arrêter ou exécuter. Quitte à être mariée à un voyou, autant participer !
Voilà le couple convoyant de l'alcool entre Kansas City et la Nouvelle-Orléans. Les amants infréquentables croisent un jour le chemin d'un révérend nommé Southward, près de la Trust Commerce Bank. Elle descend de voiture et lui demande : "Bonjour mon mignon, où vas-tu ?" et alors qu'il se retourne, l'homme de Dieu se retrouve cagoulé, la veste enroulée autour de la tête, tandis que, revolver contre la poitrine, Jack le pousse dans leur voiture. Edna a pris le volant et s'arrête non loin de là, dans une ruelle à l'abri des regards. Le pauvre homme est dépouillé et laissé pieds nus au bord d'une route. Mais avant de l'abandonner à son sort, et sûrement à de nombreuses ampoules, Edna descend de voiture, se jette sur lui et ... l'embrasse à pleine bouche !

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Sam 25 Juin - 17:36

Les journaux relatent l'événement et titrent alors avec délicatesse : "La Bandit baiseuse". Ce geste qu'elle imagine plein de panache est une signature qui, hélas, la trahit. Le 10 octobre 1925, tandis que la police investit leur appartement, Jack se défend d'être un criminel. Il n'est qu'un simple contrebandier d'alcool : "Si vous n'étiez pas un criminel, lui répond l'inspecteur qui lui passe les menottes, vous ne pourriez pas être son mari. Elle ne connaît que des criminels". Edna ponctue l'intervention de copieuses insultes et de noms d'oiseaux. Le tandem est condamné à vingt-cinq ans de prison lors du procès. Edna, en furie, quitte le tribunal en hurlant ;"On m'a piégée !" tandis qu'on l'emmène au pénitencier où elle purgera sa peine.
Si monsieur compte croupir en prison, loin d'elle l'idée de l'imiter. En mai 1927, "la Bandit baiseuse" parvient miraculeusement à s'échapper. La liberté est toute relative, car elle est rattrapée en novembre 1931. Deux mois s'écoulent avant qu'elle ne s'échappe de nouveau, pour une journée seulement. Jusqu'à ce jour du 13 décembre 1932, un an plus tard, où elle renouvelle sa tentative, suivie d'une complice codétenue, Irene McCann, condamnée pour meurtre. Une camarade qui n'a rien à perdre et préfère mourir plustôt que d'être privée de sa liberté, telle est la comparse qui lui manquait. Edna a réussi à introduire quatre lames de scie à métaux dans la prison et, avec sa collègue, six semaines durant, elles liment patiemment les barreaux de leur cellule, ainsi que ceux d'une fenêtre de l'arrière du bâtiment. Liberté, liberté chérie, les deux prisonnières brisent leurs chaînes et courent comme des dératées, ne laissant derrière elles quel es traces de leurs pas dans la neige. Dès lors, Edna est activement recherchée par la police et se voit affublée du surnom de "la Lapine" en raison de son agilité et de sa rapidité à se soustraire à l'attention des gardiens. Dans le milieu, sa réputation de reine de l'évasion ne passe pas inaperçue et sa prouesse s'affiche à la une de tous les journaux.

Volney Davis n'est pas non plus du genre à attendre patiemment dans sa geôle d'avoir purgé sa peine. Il vient d'obtenir du gouvernement une autorisation de sortie et ne compte pas retourner au pénitencier de sitôt. Libre, l'homme retrouve en goguette à Reno, dans le Nevada, les membres de l'autre gang qui terrorise l'Amérique et met en déconfiture J. Edgar Hoover et ses limiers, le gang Barker-Karpis.
Arthur et Fred Barker, deux frères du Missouri, dont le premier est un "tueur-né" et le second un "soulard violent", ont rencontré en prison Alvin Karpis, un braqueur d'origine lituanienne au sourire sinistre, né à Montréal, et ont décidé à leur sortie d'unir leurs forces pour contrer la Dépression à leur manière, c'est-à-dire en dévalisant les banques de l'Etat. Les deux frères etl eur nouveau camarade de jeux gagnent rapidement la réputation d'un gang sans pitié, tirant sur quiconque se mettrait en travers de leur chemin, ennemis comme simples innocents. Hoover, dès lors ne voit qu'une explication à leurs actes : cela ne peut être que la faute d'une femme ! Leur mère, Ma Barker, serait "le cerveau criminel le plus vicieux, dangereux et plein de ressources de la décennie". En quelques semaines et braquages, Volney qui a rejoint ces joyeux drilles devient une des têtes pensantes du gang. Lorsqu'il découvre dans les journaux la nouvelle de l'évasion de celle qu'il n'a toujours pas oubliée depuis dix ans, il laisse ses associés à Reno et fonce à tombeau ouvert la retrouver pour la ramener auprès de lui.
Le gang voit grand et souhaite diversifier ses activités, selon la dernière mode dans le milieu, le kidnapping. Edward Bremer, président de la Commercial State Bank, à St Paul, est pris pour cible. Riche, détesté, égoïste, il a peu d'amis : c'est la victime idéale. Le 17 janvier 1934, à 8 h 30, alors que le banquier vient de déposer sa fille à l'école et roule vers son établissement, sa Lincoln Sedan est arrêtée par cinq gangsters. L'un d'eux brise de son pistolet la vitre côté conducteur et lui ordonne de descendre. Bremer est frappé avec la crosse de leurs armes et forcé de remonter dans sa voiture dont ils prennent le contrôle, après l'avoir assis sur le siège arrière les yeux bandés. Il est conduit en banlieue, à 30 kilomètres de Chicago, où il sera détenu dans la chambre d'un appartement. Plusieurs semaines durant, les négociations avec l'entourage vont bon train. Le gang demande une rançon colossale de 200 000 dollars. Mais après l'affaire du bébé Lindbergh et l'enlèvement du magnat du pétrole Urschell par Machine Gun Kelly, Hoover et le bureau d'investigation n'ont pas l'intention de subir une nouvelle humiliation. Ils redoutent la publicité négative suscitée par de tels enlèvements... qui risquent de surcroît de faire des émules !
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Sam 25 Juin - 18:31

A Chicago, Edna sécurise un appartement pour préparer le retour des hommes du gang au 6708 Constance Avenue. Le 27 janvier 1934, elle va à Todedo, en Ohio, acheter des plaques d'immatriculation de cet Etat, afin de brouiller les pistes.
Après avoir réussi à convaincre la famille de leur détermination, Volney et le gang obtiennent gain de cause. La somme demandée leur est déposée ne liquide. L'otage peut être relâché le 7 février 1934, sain et sauf, sur une route déserte, avec... un peu d'argent pour rentrer chez lui, tout de même. Après interrogatoire de la victime, Hoover sait contre qui il doit se tourner et envoie un télégramme à toutes ses équipes : "Arrêtez le gang Barker-Karpis... Recherché pour le kidnapping d'Edwards Bremer... Urgent."
Edan et Volney pensent s'éloigner du gang quelque temps et ainsi éviter la tornade d'agents spéciaux lancés à leurs trousses. Ils déménagent à Aurora et louent l'appartement de Fox Street après avoir touché leur part de la rançon, environ 18 000 dollars. Volney subit plusieurs interventions de chirurgie esthétique, ainsi qu'une douloureuse opération des doigts supposée rendre les empreintes indétectables. Edan joue les infirmières, et à peine est-il remis que Dillinger sonne à leur porte, ce 25 avril 1934.
La gangrène a déjà commencé de faire son oeuvre autour de la blessure de son complice touché. Le médecin "de famille" n'est pas disponible. John et Volney restent les bras croisés en témoins passifs de l'agonie de l'infortuné. Une fois la mort de leur collègue constatée, les deux malfrats prennent la décision de lui offrir une sépulture de fortune et emmènent son corps à quelques kilomètres de là, où ils creusent une tombe sans nom ni épitaphe. La tombe du Gangster inconnu.

En rentrant dans l'appartement ce soir-là, Edna manque d'avoir un malaise et défaille. Volney ne la ménage pas : "Lapine, le gars y est passé", lui annonce-t-il d'emblée. Dillinger et ses acolytes sont là, Arthur Barker aussi. Elles est prise de vertiges en découvrant l'état des lieux. En dépit de la poudre désinfectante répandue dans la salle de bains, la chambre et sur son lit, l'odeur du sang métallique et écoeurante, est omniprésente. Des coussins et draps ensanglantée gisent sur le sol. Elle tente d'éponger le sang coagulé. Ouvrant un placard pour se saisir du nécessaire, elle pousse un hurlement : la pelle encore pleine de terre fraîche du trou creusé lui tombe dessus. Soudain elle manque d'air ; si un malheur devait arriver, connaîtrait-elle aussi le même sort ? Une sépulture de fortune, sans sacrements ? Toute la nuit, elle récure et s'emploie à faire disparaître les vestiges de la mort qui rôde.
Le 27 avril 1934, au matin, des billets marqués qui ont manifestement servi à payer la rançon du banquier Bremer sont utilisés et signalés . En quelques heures, le lien avec le couple est établi par les hommes d'Hoover. La radio diffuse la nouvelle de l'arrestation de plusieurs membres du gang. A l'appartement, Edna regarde Johnny qui écoute les informations. Elle lui trouve des yeux de tueur, un rictus forcé qui lui donne l'air narquois. Il ne lui parle pas, l'ignore et jure, elle déteste cela. Mais si le lien entre l'enlèvement et eux est établi, les G-Men pourraient être là d'un instant à l'autre. Ils doivent partir.

Au lieu de cela, elle voit Dillinger se préparer à soutenir un siège dans l 'appartement. Derrière une fenêtre, il se place en faction avec sa mitraillette, tandis que Volney fait le guet devant l'immeuble. Edna se retranche dans la chambre et compte les minutes. Soudain son amant terrible arrive en trombe : "Ils sont là, les G-Men sont là ! Lapine, tu dois partir d'ici, monte dans la voiture !" Mais Arthur Barker l'en empêche : "Lapine, tu testes là où tu es. Tu ne quittes pas cet appartement. Si une fusillade éclate, tu restes derrière moi et cette mitraillette, je te tirerai de là." Volney se reprend et tente de faire bonne figure : "Bien, peut-être que c'est mieux que tu restes là, Lapine. Si nous devons couvrir notre sortie, tu attrapes le sac posé là et tu essaies d'atteindre une des voitures avec."
Elle peut entendre son coeur battre à tout rompre pendant les longues minutes de silence qui suivent. Une voiture se gare à la hauteur de l'immeuble, mais finit par s'éloigner. Tous étaient prêts à tirer, c'était une fausse alerte, ils sont saufs. Le lendemain, Dilligner et ses hommes quittent l'appartement, leurs armes enroulées dans des couvertures. Enfin, Edna peut respirer et espère ne plus jamais les recroiser. hélas, peut-il y avoir le moindre jour de répit, maintenant que Hoover et son bureau sont à leurs trousses ?
La réponse ne se fait pas trop attendre. Volney est arrêté dans la chambre où il se cache à Kansas City, et le lendemain c'est au tour d'Edna d'être capturée par des agents spéciaux. Cette fois, la lapine Edna n'a pu courir assez vite pour tromper le chasseur Hoover. C'en est fini de "la Bandit baiseuse".
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Lun 27 Juin - 21:16

Accusée, ne vous levez pas !

ST PAUL, MINNESOTA, BÂTIMENT FEDERAL, 15 MAI 1934

Dans la salle 317, Evelyn Frechette s'avance sous les flashs des photo-reporters. Ses cheveux parfaitement mis en plis sous un chapeau bleu nuit porté de côté, gants en cuir assortis, elle ôte son long manteau crème cintré, découvrant une pudique robe de printemps près du corps, bleu marine, au large col blanc qui couvre son décolleté d'un noeud.
Elle comparaît pour soutien et hébergement d'un criminel devant la cour du juge Gunnan Nordbye. Alors que la séance débute, l'avocat principal A. Jerome Hoffman, assisté de Louis Piquette, le bavard de Dillinger, fait une annonce-choc, elle plaide non-coupable ! "Elle est innocente !" assène-t-il. Une femme amoureuse est inconsciente des activités de l'homme dont elle est éprise, ose-t-il avancer comme ligne de défense.
Dillinger, qui plus est, se trouve loin à présent, probablement au Mexique où il se cache, rien ne sert de punir la pauvresse. Sans surprise, le jury et le juge restent de marbre. Hoffman a une dernière carte à jouer, plus technique. Il y a vice de procédure, les droits de sa cliente, argue-t-il, ont été violés : elle a été retenue "incommunicado", privée de passer le coup de fil auquel elle a légalement droit. Surtout, elle aurait subi de mauvais traitements durant son interrogatoire, comme des gifles en plein visage : "Quand elle avait la tête baissée, à quelques occasions, du bout des doigts, je lui ai levé le menton", croit se souvenir le policier appelé à la barre.

Louis Piquett intervient et tente de justifier son choix de vie : "Dillinger entrerait dans cette pièce, vous tomberiez tous amoureux de lui en une heure trente !" Ce nouvel argument laisse le jury, composé de quinquagénaires, perplexe. Décidément, Evelyn n'a guère la sympathie de la cour. Aux yeux du gouvernement, la présomption d'innocence n'existe pas.
Quelques jours avant l'ouverture du procès a été porté à la connaissance de J. Edgar Hoover un acte qui fait définitivement d'elle une femme moralement viciée à ses yeux : une curieuses opération de la vésicule biliaire pour laquelle elle a discrètement passé plusieurs jours dans une clinique bien particulière, celle de Niles Mortenson, un avorteur de St Paul, lui aussi poursuivi pour complicité avec Dillinger.
Les services d'Hoover interceptent dans le même temps une lettre de Mary Kinder à Harry Pierpont, l'associé de Dillinger, dans laquelle elle lui demande de lui envoyer une certaine somme d'argent : "C'est urgent. Tu comprends pour quoi faire, n'est-ce pas ? il faut qu'on s'occupe de moi. Cela fait déjà un moment. Presque trois mois." Depuis la prison où elle est soumise à interrogatoire, Marie Conforti avoue elle aussi avoir reçu de son gangster les finances nécessaires à une "opération dont il devait s'occuper" Non contentes de bafouer les lois et les liens du mariage, ces catins à la sexualité pervertie ont recours à l'infanticide via l'interruption volontaire de grossesse.

Devant le juge, Evelyn Frechette prétend n'avoir jamais eu connaissance de l'identité de son amant.
- Il vous a dit qu'il n'avait pas d'affaires légales, oui ou non ?
- Eh bien, pas exactement.
- Il vous a dit qu'il était un braqueur, n'est-ce pas ?
- Non, pas un braqueur.
- Mais que vous a-t-il dit qu'il était ?
- Il m'a simplement dit, eh bien, que ces hommes qu'il me présentait constituaient son clan et il m'a dit son nom, ce qu'il avait fait dans la vie. Il n'a jamais exactement dit qu'il était un braqueur.
- Et que Dillinger vous a-t-il dit sur ce que faisait son gang pour gagner sa vie ?
- Voler des banques, je suppose.

Elle corrige, ajoutant que Johnny avait sans doute mentionné quelques méfaits de racket, mais qu'elle n'avait pas cherché à en savoir plus. Alors qu'on la somme d'expliquer la raison pour laquelle elle est restée avec un homme qu'elle pouvait au minimum soupçonner d'être un criminel, elle répond : "J'aimais tellement M. Dillinger, voyez-vous." Peu importent les informations disponibles, les femmes n'ont pas à connaître un homme avant d'en tomber amoureuses. Et une fois qu'elles l'aiment, elles ne peuvent plus utiliser ce qu'elles savent pour répondre à des choix moraux, car c'est l'amour qui les guide.
Le cas ne se présente pas bien, Evelyn le sent. A midi, lors de la pause déjeuner, la cour se retire et le jury quitte la salle d'audience.
La jeune femme se mêle à la cohue et en profite pour avancer vers la sortie, quand un des huissiers l'aperçoit et l'attrape par le bras, lui demandant où elle compte aller. Elle ne répond pas et glousse en souriant... avant d'être ramenée séance tenante dans le tribunal.
Trois témoins à charge doivent encore parler. Ils l'ont vue dans l'appartement de Dillinger, rue Lexington, où celui-ci se cachait lors de la fusillade avec les forces de police. L'épouse du propriétaire de l'immeuble la reconnaît formellement : elle l'a vue repasser un soir et essuyer de la vaisselle à une autre occasion. Son avocat tente de trouver la parade : cela prouve tout au plus sa présence passagère sur les lieux, non qu'elle y résidait. Puis est appelé à la barre l'agent qui a frappé à la porte de l'appartement ce jour-là : "Il n'y a aucun doute à mes yeux, assure-t-il, Mlle Frechette est bien la femme dont j'ai entendu la voix (...) quand j'ai surpris Dillinger. Mlle Frechette a une voix peu commune."

Le 23 mai 1934, le juge Nordbye prend la parole dans un réquisitoire sans appel : "Mlle Frechette connaissait depuis le début l'identité de John Dillinger. Elle savait qu'il était un fugitif en cavale." A 9 h 50, le jury revient de la salle de délibération. Evelyn se lève pour entendre le verdict : "Coupable. Peine de deux ans ferme."
La fiancée de l'ennemi public numéro un est illico presto conduite à la prison de Milan, dans le Michigan. "Je suis une bagnarde. je ne suis plus Billie Frechette, je suis un chiffre, comme la femme de Machine Gun Kelly, qui est là aussi, et comme le reste des filles du centre. Seulement un numéro à présent dans une prison fédérale." Tandis que Kathryn Kelly se lamente dans ce centre de détention à la sécurité moyenne, George lui envoie des fleurs depuis Alcatraz, pour son anniversaire.

Mais dans une cellule voisine, Billie Frechette cherche à comprendre comment l'amour peut l'avoir conduite à être ainsi privée de sa liberté. "Je suppose que c'est là où nous nous arrêtons toutes. Peut-être que je l'ai cherché. Mais je continue de me dire que je suis différente. Je suis ici parce que je suis tombée amoureuse du mauvais homme - pas mauvais pour moi, mais mauvais si je voulais me tenir à l'écart des ennuis." Comment l'instinct du coeur peut-il être condamnable ? "Une seule chose importante est arrivée dans ma vie. Presque rien ne s'est passé avant cela et je n'attends plus rien à partir de maintenant - à part peut-être de nouveaux deuils. Cette chose importante qui m'est arrivée, c'est que je suis tombée amoureuse de John Dillinger.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mar 28 Juin - 18:54

ELLE EST BELLE ET SON PRENOM C'EST ...

"La meilleure crème de beauté, c'est la bonne conscience." ARLETTY.


Requiem pour une blonde

GIBSLAND, LOUISIANE, 23 MAI 1934

Tandis que la traque de Dillinger continue au nord, une autre chasse à l'homme est lancée au sud. Sur le golfe du Mexique, près de Gibsland, petite ville de l"Etat du Pélican", le shérif local, les traits marqués par le soleil sous son stetson délavé, a identifié la cache de l'"ennemi public numéro un du Sud-Ouest", un meurtrier texan de 25 ans, accompagné de sa jeune fiancée de 23 ans qui a gagné dans les journaux le charmant qualificatif de "fumeuse de cigares à la gâchette facile". Pas moins de douze meurtres d'une violence inouïe en à peine deux ans à leur actif.
Le couple terrible, recherché activement depuis cent deux jours, a finalement commis l'erreur fatale. Près d'une maison abandonnée, le shérif a reconnu les mégots de cigarettes Camel fumées par la belle blonde, la laitue qu'elle donne à son petit lapin blanc et un bouton de la veste de son homme. Il prévient aussitôt le bureau d'investigation qui, eu égard au contexte précité, se montre ultra-réactif.
Une embuscade est décidée à la hâte. Six hommes se camouflent dans les buissons qui entourent l'unique route de campagne qui mène de la bourgade à la cache isolée, à quelques kilomètres au sud de Gibsland. Texas Rangers et policiers ont leurs armes automatiques chargées et le jeune adjoint au shérif a sorti du coffre d'une banque où elle repose habituellement l'arme la plus létale qu'il puisse trouver - un fusil semi-automatique au long canon Remington modèle 8. Un camion a été placé au milieu de la route, un pneu à priori crevé, afin de forcer les fugitifs à s'arrêter pour le doubler. Le guet-apens est parfait. Les officiers passent la nuit les yeux écarquillés, persuadé d'entrer bientôt dans l'histoire.

A 9 h du matin, le 23 mai 1934, le couple commande son petit déjeuner en ville, au Canfield's Café. Elle, si frêle et menue, porte une alliance en or à la main gauche, une broche avec trois glands accrochée à sa robe rouge ; lui est en costume de soie bleue et en cravate. Il dissimule son identité sous un chapeau. Ce n'est pas parce que l'on est en cavale que l 'on doit manquer d'allure. Ils commandent des sandwichs à emporter et remontent dans la Ford Sedan V8 qui'ls ont subtilisée pour regagner leur nid presque douillet. Elle jette un oeil sur la banquette arrière qui recèle ce qu'ils ont de plus précieux sous une couverture... Leurs armes, ou plutôt un arsenal. Trois mitraillettes, six pistolets automatiques, un revolver, deux fusils à canon scié, ainsi que des munitions en quantité suffisante pour tenir un siège. Toujours prêts à attaquer, inlassablement prompts à la fuite, résolus à mourir ensemble en se tenant par la main plutôt que de se faire prendre vivants.
Les fenêtres ouvertes, ils roulent à vive allure, plus de 130 kilomètres-heure, faisant virevolter la poussière sur leur passage. Clyde enlève ses chaussures, il aime conduire en chaussettes et sentir l'air frais sur ses orteils, tandis que Bonnie pose délicatement une serviette sur ses genoux et enveloppe son sandwich. Le camion se profile, l'homme au chapeau ralentit, puis s'arrête et propose son aide au prétendu conducteur qui fait mine de changer son pneumatique. On peut être meurtrier mais serviable. Leur moteur tourne encore, mais ils sont en vue, à portée de tir. Comment leur proposer de se rendre, par quel angle les aborder sans leur laisser le temps de se saisir de leurs armes ? Négocier avec l'un d'eux étant synonyme de mort imminente, cela refroidit tout élan diplomatique.
Pour le shérif adjoint, la pression est trop forte. A peine reconnaît-il l'homme recherché qu'il referme ses doigts sur son arme et lance, seul, l'assaut. Une de ses balles traverse la fenêtre ouverte du conducteur. Atteint à la tempe, le chauffeur est tué sur le coup et son pied lâche le frein. Voyant le véhicule s'avancer doucement, en quelques secondes les cinq officiers déchaînent à leur tour un enfer assourdissant de métal et de poudre. Un hurlement de femme les glace, le cri d'une panthère agonisante, aigu et déchirant, plus fort que les tirs.

En seize secondes, cent cinquante balles viennent perforer la voiture, transperçant le corps de ses deux occupants. Finissant sa course à leur hauteur, un des rangers vise la passagère du siège avant. Quarante balles viennent se loger dans son corps chétif. Le déluge se tait, le silence se fait terrible encore. Tout autour d'eux semble se figer. Les hommes se regardent immobiles. Aucun ne veut être le premier à inspecter l'habitacle. Enfin, ils s'approchent. Une balle a traversé la bouche de celle dont le nom seul les faisait trembler, projetant ses dents dans la portière opposée. Sa tête est repliée sur ses genoux, ses lunettes de soleil encore sur le bout du nez, la main, presque arrachée, tenant encore le sandwich enroulé dans la serviette du Canfield's Café.
En quelques minutes, la nouvelle se répand. Ils sont nombreux à arriver sur place, armés de ciseaux, et le shérif a du mal à les empêcher de couper des mèches de leurs cheveux. Déjà les rédactions mettent l'information sous presse : Bonnie Parker et Clyde Barrow ont été abattus.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mar 28 Juin - 20:37

Classe mannequin


Née le 1er octobre 1910 à Rowena, près de Dallas, au Texas, Bonnie est la deuxième enfant du couple Parker dont le père, Charles, est maçon. C'est un bébé aux boucles d'or et aux yeux bleus d'une rare clarté, le tout relevé d'une bouche carmin déjà très prononcé, qui aime attirer l'attention. Elle est âgée de 3 ans lorsque les enfants de l'école doivent monter sur scène et chanter chacun à leur tour des cantiques face à la congrégation de la ville.
Sa mère, Emma, a amidonné sa robe à noeuds et volants pour l'occasion. Mais quand arrive le tour de Bonnie, point de chanson pieuse rendant grâce au Seigneur, elle entonne une ballade country du compositeur Irving Berlin, c'est un diable dans sa propre ville !
Le public qui ns s'attendait certainement pas à tant d'ardeur dans la bouche d'une poupée de porcelaine est interdit. Bonnie exulte, fière de son effet !


Sa mère donne bientôt naissance à une petite soeur. Bonnie s'empresse de lui apprendre à jurer, soucieuse de développer son langage. Son père la réprimande, mais voit ses intentions pédagogiques gratifiées d'un "je m'en fiche". Tandis que le pauvre homme corrige fermement son grand frère lorsque celui-ci faute, il ne peut se résoudre à fesser la si adorable et craquante Bonnie.
Mais en décembre 1914, ce bon papa décède, laissant sa femme avec leurs trois enfants en bas âge à nourrir. Hélas, les emplois ne courent alors pas les rues pour les mères de famille sans qualifications. Emma embarque sa progéniture et ses souvenirs pour recommencer une nouvelle vie auprès de ses parents, à Cement City, près de Dallas. Elle y trouve un emploi de couturière qui permet à ses deux aînés de reprendre une scolarité normale à l'école communale. A ceci près que le caractère impétueux et rebelle de Bonnie ne manque pas de la faire remarquer. Son être est en tension permanente, elle est prête à en découdre avec tout camarade de classe pour un crayon volé ou une chicanerie. Ce qui n'empêche pas la plupart des garçons de tomber sous le charme de ses yeux doux, et Bonnie d'en tirer avantage. Elle rentre les poches pleines de bonbons offerts par ses jeunes chevaliers servant son coeur et ses dents.
Lorsque les deux soeurs pêchent ensemble en fin de semaine, afin de grossir le contenu de leur assiette, Bonnie voit l'occasion de se donner en spectacle devant un public déjà conquis et bouche bée - les poissons. Elle leur offre des récitals à plein poumons, tant pis si elle les fait fuir ! Lorsque sa petite soeur a le malheur de le lui signaler, elle reçoit une volée de bois vert préventive : "Quand je serai à Broadway et que j'aurai mon nom à l'affiche, tu regretteras de m'avoir parlé ainsi." C'est que secrètement Bonnie Parker aime plus que tout le chanteur de musique country et bluesman Jimmie Rodgers, connu pour son yodel impétueux. Elle se voit déjà l'égaler et se produire sur les planches dans les comédies musicales.
A l'âge ingrat, Bonnie a la tête dans les étoiles. Pas bien grande, c'est un petit brin de femme qui feuillette avidement les magazines et n'a bientôt qu'une obsession, être à la mode "garçonne" qui, depuis Paris et les salons de Coco Chanel, irradie sur toute une génération qui voit dans ses figures longilignes et androgynes, aux cheveux courts et crantés sous un chapeau cloche, à la fois un signe de ralliement et une promesse d'émancipation des codes de la féminité.
La flappeur est libre de ses choix de vie, elle danse, fume, conduit, aime librement, hors mariage, hommes ou femmes ; elle fait fi des convenances et découvre pour la première fois de l'histoire ses jambes, arborant des jupes mi-longues au niveau du genou. Bonnie est en cette matière bonne élève ; elle s'épile les sourcils, maquille ses yeux de khôl et d'eye-liner, épaissit ses cils de mascara, et charge généreusement ses lèvres de rouge.

Première étape, pense-t-elle, pour réaliser son rêve, elle s'offre ainsi apprêtée, à 15 ans, une séance photo glamour chez un professionnel avide de reproduire les clichés des comédiennes à la mode.
Montrer ses jambes n'empêche pas d'avoir la tête sur les épaules ; Bonnie devient une des meilleures élèves de son lycée, où elle gagne un concours d'épellation. Seulement voilà, elle n'a guère d'argent pour se constituer un portofolio, ni pour engager un agent ou se rendre à New York passer des essais. Les perspectives de travail pour une femme avec ses ressources ne la réjouissent que très peu ; ouvrière à l'usine, bonne à tout faire, serveuse ou vendeuse.
De bien sinistres réalités, aux antipodes de ses ambitions, et surtout de ses désirs enfiévrés de chimère.

Un autre scénario emporte les faveurs de son imagination débordante, trouver un homme qui deviendra son mari et lui offrira le niveau de vie qu'elle ne peut obtenir seule. Pas un homme comme les autres, un prince charmant. A 15 ans toujours, elle rencontre ce qui lui semble s'en approcher le plus, à vue de nez, en la personne de Roy Thornton. Un jeune homme grand, au visage fin, à la belle chevelure, et toujours tiré à quatre épingles. Il porte même une cravate souvent rayée, c'est dire s'il a bon goût. Il ne peut être qu'admirable. Bonnie est impressionnée. Roy a toujours les moyens de la sortir. Peu importe où il trouve l'argent, du moment qu'il le trouve, il saura prendre soin d'elle. A quoi bon dès lors poursuivre le lycée ? L'amour n'attend pas, Bonnie l'impulsive veut épouser son Roméo au plus vite, contre l'avis de sa mère qui ne peut que s'effacer devant la détermination de sa fille dont elle ne peut plus - si tant est qu'elle l'ait pu un jour - contrôler les velléités.


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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mar 28 Juin - 21:38

La femme de l'homme invisible

Le 25 septembre 1926, quelques jours avant ses 16 ans, Bonnie Parker épouse donc Roy. Sur sa cuisse, au-dessus du genou droit, elle se fait tatouer deux coeurs contenant leurs deux prénoms. Si elle ne peut devenir starlette, elle veut être mère. Aucun enfant hélas ne vient embellir la première année de l'union, sans doute à cause du stress lié à un peu de maladresse et aux absences répétées de son mari.
Roy disparaît en effet plusieurs semaines durant, ne donnant aucune nouvelle, et pas davantage d'explications à son retour. Il boit, sourit et cogne, mais ne se justifie pas. Bonnie est une jeune épouse en souffrance qui n'ose faire part de ses tourments qu'à son journal intime. Elle partage avec lui ses résolutions pour 1928 : "Cher journal, avant d'ouvrir ce cahier pour la nouvelle année, j'ai envie de te dire que j'ai un mari vagabond, avec un esprit vagabond. Nous sommes séparés encore pour la troisième fois (...) depuis le 5 décembre 1927. Je l'aime beaucoup et il me manque terriblement. Mais je compte bien faire ce que j'ai à faire. Je ne le reprendrais pas." Elle ne se départira plus de sa résolution : "Ne prendre aucun homme ni rien d'autre au sérieux. Que les hommes aillent tous au diable !"
Toute bonne résolution ne l'est que si elle reste éphémère et ne passe guère la Saint-Sylvestre : "1er janvier 1928, minuit. Les cloches sonnent, l'ancienne année s'en est allée et mon coeur est parti avec elle. J'ai été la plus heureuse et la plus triste des femmes. J'aurais aimé que l'année écoulée puisse emporter mon passé avec elle. Je veux dire, tous mes souvenirs, car je ne peux oublier Roy. Je suis si déprimée ce soir. Aucune nouvelle de lui. J'ai la sensation que cette fois il est parti pour de bon." Aux grands maux les grands remèdes qui rendent malades : "Je dois avouer qu'en ce réveillon, je me suis saoulée, pour essayer d'oublier. Noyer mes soucis dans une bouteille d'enfer."

Au chevet de Pénélope qui tisse sa toile en attendant le retour de Roy, une bouteille à la main, les prétendants se bousculent. Bonnie a bien des soupirants, mais lorsque l'un d'eux se montre plus insistant, il se fait souffleter : "Je lui ai dit de dégager. C'est une plaie, rien de plus." Rien n'y fait, elle se sent si seule qu'elle prend une autre résolution, plus lucrative, pour occuper sa solitude, trouver un emploi. Son sourire l'aide à se faire engager comme serveuse au Hargraves Café, au 3308 Swiss Avenue, à Dallas. Elle y rencontre des hommes qui lui laissent quelques pièces, lui parlent et parfois même la considèrent. Elle se montre si enjouée et aimable qu'elle monte en grade en intégrant le restaurant Marco's, au 702 Maint Street, qui attire tous les notables de la ville.

Le 24 octobre 1929, c'est le jeudi noir au New York Stock Exchange. L'économie de tout le pays, on l'a dit, plonge dans un tourbillon. Bonnie sert gratuitement les plats du menu aux plus démunis. L'établissement, comme bien d'autres, ne résiste pas longtemps à la crise et doit fermer ses portes. Voilà la poupée de porcelaine au chômage. Roy, resté invisible durant toute l'année, revient auprès d'elle. Mais, à 19 ans, elle s'est considérablement endurcie.
A force de pleurs, son amour s'est asséché et elle ne ressent plus pour lui que de l'amertume. Sa porte reste close, bien qu'elle n'ait pas le coeur à demander le divorce. Roy retourne au brigandage et est bientôt condamné pour braquage à cinquante ans de prison à l'Eastham State Prison, au Texas. Si c'est fichu entre eux, la vie continue malgré tout.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mar 28 Juin - 23:06

Derrière les Barrow

Janvier 1930, portant toujours son alliance en diamant, Bonnie s'apitoie dans son journal. "Mais pourquoi ne se passe-t-il jamais rien ?" confie-t-elle durant le mariage de son frère. L a soeur de l'élue réclame la présence d'une aide ménagère à la suite d'un accident : sa fille s'est cassé le bras, une aide à domicile serait la bienvenue. Bonnie accepte ce travail de domestique auquel elle avait toujours tourné le dos jusqu'alors et s'installe donc chez elle quelques jours.
Un jeune voisin vient s'enquérir de la santé de la blessée. Il est petit, efflanqué, mais il conduit une belle voiture et a quelque chose en plus, du panache. Il s'appelle Clyde Barrow. Brun, les yeux marron dansants et une fossette naissante lorsqu'il sourit, il partage avec Bonnie une certaine soif de vivre et une détermination à sortir de sa condition sociale coûte que coûte.


Clyde Chestnut Barrow est né le 24 mars 1909 à Teleco, au Texas, à quelques kilomètres au sud de Dallas. Il est le cinquième enfant de parents pauvres, trop occupés à tenter de gagner une maigre pitance pour se charger de leur éducation. La fratrie s'encanaille parfois au cinéma. Clyde raffole des aventures de cow-boys, il s'imagine dans des westerns en Jesse James défiant les lois. L'apprenti rebelle va en cours quand il le peut, mais montre un intérêt doublé d'un réel talent pour la musique, la guitare notamment. Il passe ses samedis après-midi à regarder les instruments exposés dans les vitrines à Dallas et, pour s'en offrir, s'essaie à plusieurs emplois mineurs sans grande conviction. Car Clyde a un problème majeur avec l'autorité, il ne saisit pas vraiment la notion de hiérarchie, ni même de patronat.

A Noël 1926, l'adolescent est mêlé à une première affaire criminelle : il subtilise quelques dindes à un voisin qu'il oublie de dédommager. Hélas, qui vole une dinde braque un magasin à main armée ! C'est pour Clyde le début d'une série de vols et délits qui le placent sous la surveillance directe des services de police. Il se garde bien d'en faire étalage à la jolie Bonnie qu'il courtise.
Après plusieurs semaines de rendez-vous, Clyde vient un soir de février 1930 prévenir sa dulcinée qu'il va quitter la ville quelque temps dès le lendemain, pour "affaires". Elle craint de ne plus le revoir, son mariage avec Roy ayant laissé des séquelles. Une femme délaissée ne perd pas confiance qu'envers les hommes, mais aussi en elle-même. Elle veut le retenir encore un peu et lui propose de passer la nuit sur le canapé. Clyde sera donc le mieux placé pour ouvrir la porte le lendemain matin... à la police qui viendra l'arrêter.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mer 29 Juin - 20:15

Evidemment, être menotté devant sa nouvelle conquête et toute sa famille n'est guère de bon augure quand on entame une relation sentimentale. Clyde fait bonne figure et profil bas. Bonnie frappe les murs de ses poings, puis éclate en sanglots tandis que l'on emmène Clyde. Elle jure de lui rester fidèle dans cette épreuve. Elle n'a rien pu faire pour empêcher Roy de finir en prison, mais elle ne laissera pas Clyde y croupir sans son amour.
Pour la Saint-Valentin, alors qu'un audacieux prétendant, se croyant original, lui offre une boîte de chocolats, elle écrit à Clyde : "Je n'ai pas aimé du tout ses vieux chocolats, je ne fais que penser à mon chéri dans cette méchante vieille prison et j'ai commencé à me mettre en chemin pour te les apporter. Puis je me suis dit que tu voudrais pas des douceurs que cet idiot a achetées pour moi." C'est avisé.

A tout juste 20 ans, Bonnie subit pour la deuxième fois de sa vie l'expérience du manque profond de l'être aimé. "Je suis si solitaire sans toi, mon chéri. Tu ne souhaiterais pas que nous soyons tous les deux ? Bébé, je ne savais pas à quel point je tenais à toi avant que tu ne te fasses arrêter. Et, poussin, si tu t'en sors, s'il te plaît, ne refais jamais quoi que ce soit qui te fasse enfermer à nouveau."
Elle lui fait une promesse, entre deux larmes de mascara sur le papier : "Ils pensent tous que tu es méchant. Je sais que tu ne l'es pas et je serai celle qui te montrera que ce monde est un bel endroit, que nous sommes jeunes et devrions être heureux comme les autres jeunes gens au lieu d'être ainsi." Elle écrit à Clyde les mots qu'elle n'a jamais pu dire à Roy. Pour lui, il n'est pas trop tard.
Jugé pour braquage et sept autres chefs d'accusation, du vol de voitures au recel d'or, Clyde est condamné à deux ans de prison. Bonnie, assise au tribunal, entend la sentence sans réellement en comprendre la portée. Le temps semble si abstrait pour une femme gabituée à rêver sa vie ! Mais Clyde ne supporte décidément pas l'autorité et obéir corps et âme à ses geôliers ne fait pas partie de ses plans.
Au matin du 11 mars 1930, Bonnie rend visite comme chaque jour à son amoureux, à la prison de Waco où il purge sa peine. Il lui glisse un mot doux à l'oreille et lui révèle l'endroit où il a caché un revolver. Elle devra, si elle l'aime réellement, aller le chercher discrètement en s'infiltrant dans la maison, sans éveiller l'attention, et le lui rapporter. Ainsi pourra-t-il s'échapper et venir la retrouver.
Voilà la plus romantique des preuves d'amour pour ce jeune coeur animé ! Ce secret scellera leur union, Clyde sait qu'il peut compter sur elle et remet son sort entre ses blanches mains. Bonnie, elle, risque la prison si elle est surprise en possession d'une arme, saisie de surcroît par effraction chez des inconnus.
Il lui fait encore passer un plan de l'endroit où elle trouvera le précieux objet. Au dos, il écrit de sa main les mots tant espérés : "Tu es l'amoureuse la plus douce du monde à mes yeux. Je t'aime."
Bonnie saisit le papier, l'enfonce dans son sac comme la plus sacrée des reliques et sort de la prison, déterminée à s'exécuter. Elle va sortir son héros de cet endroit de malheur. Voilà ce que Clyde attend d'une femme, qu'elle prenne tous les risques pour lui, qu'elle n'ait d'autres limites que celles qu'il lui fixe.

Bonnie joue ainsi à la cambrioleuse pour la première fois de sa vie et réussit sans difficulté à s'emparer de l'objet convoité. Mais une fois l'arme en sa possession, elle a le souffle court. Jamais elle n'en a tenu une jusqu'alors. Elle vacille, consciente du pouvoir de l'objet. Il n'y aura plus de retour en arrière possible une fois qu'elle l'aura apprivoisé. Vient une question pratique de premier plan : comment la faire entrer dans la prison ? Son sac sera comme à l'accoutumée fouillé. Le revolver est trop volumineux pour être caché dans une bottine ou sous un chapeau. Fashionista chevronnée, elle se décide pour une seconde ceinture qu'elle attache sous sa robe et l'y suspend. Les jambes en coton, elle se présente à nouveau à la prison le soir même ; l'évasion est prévue pour le lendemain matin.
Découvrant la nouvelle dans les journaux, Bonnie ressent une terrible angoisse... Et si Clyde l'avait instrumentalisée ? Jamais il ne viendra la chercher ! Il disparaîtra comme Roy, les hommes sont tous les mêmes ! Clyde n'a pas le temps pour ces conjectures. Tandis qu'il tente d'envoyer à sa douce un télégramme la prévenant que des complices doivent venir l'attendre devant chez elle, il est attrapé par les services de police qui sont à ses trousses et envoyé à la prison d'Eastham Farm, où il devra effectuer des travaux forcés agricoles durant quatorze ans. Bonnie est effondrée, bonjour, veau, vache, cochon ; adieu, pognon et revolver ! Est-elle donc maudite pour que le sort lui enlève ainsi son amour ?


En février 1932, tandis qu'elle ouvre la porte, il apparaît enfin, avec des béquilles, mais entier ! Clyde a fait en sorte de s'estropier deux orteils de manière suffisamment sérieuse pour être exempté de travaux ainsi que pour être libéré sur parole. Bonnie en pleurerait de joie ! C'est décidé, ils deviendront un coupel modèle. Mais Clyde a changé. Il est devenu cynique. Les abus et les violences sexuels dont il a été victime en prison ont de lui un homme différent, plus dur, il exige que lui soient achetées des chemises en soie qu'il souhaite porter avec des gants, comme les contrebandiers et les gangsters.
Mais si son coeur est amer, il n'a pas oublié le rêve de Bonnie, avoir une famille à eux. Il cherche alors à ouvrir un petit atelier de réparation de voitures sur le terrain jouxtant la station-service tenue par les Barrow. Pour démarrer son affaire, il ne lui manque qu'un capital à investir, aussi Clyde se met-il en quête d'un emploi. Mais le malheureux est renvoyé sitôt que l'on découvre son identité et son passé de prisonnier. Aigri par le monde qui l'entoure, il décide de définitivement tourner le dos à la loi, à la normalité, et d'imposer ses règles.
La mère de Bonnie, Emma Parker, s'inquiète du changement de personnalité de Clyde, les sombres nuages qui ont élu domicile au-dessus de sa tête ne laissant rien présager de bon. Elle veut à tout prix détourner sa fille de ce beau-fils peu recommandable et espère bien qu'avec son physique avantageux elle trouvera enfin un galant qui ne soit pas un criminel. Mais Bonnie ne veut rien entendre. Elle a l'intention de s'enfuir avec Clyde loin de Dallas, loin de cette ville qui ne lui offre pas de seconde chance et juge les hommes selon leurs faiblesses. Elle ment pour la première fois à sa maman chérie et prétend qu'on lui a proposé un emploi dans la démonstration de produits cosmétiques à Houston. Pourtant c'est un tout autre projet qu'elle nourrit avec Clyde pour combattre la Dépression : former leur propre gang, à la manière de Capone. Le couple recrute un contrebandier de Dallas, ainsi qu'un braqueur émérite, une fine équipe.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mer 29 Juin - 21:19

La belle, la brute et le truand

Le 19 avril 1932, le grand jour est enfin arrivé, celui de l'aventure qu'elle désire tant vivre depuis des années ! Le couple, accompagné de son nouvel ami braqueur, se dirige vers Kaufman, au Texas. Ils se sont procuré une Buick ainsi qu'une Chrysler dont ils ont trafiqué les moteurs pour rouler à 145 kilomètres-heure et distancer ainsi ceux qui tenteraient de les arrêter.
Après s'être hasardés à attaquer un premier magasin, sans succès, à minuit, les voilà entrant dans la ville, tous phares éteints, roulant jusqu'à une quincaillerie qui possède un large stock de munitions et d'armes à feu. Tandis que leur associé s'évertue à rompre les cadenas de la porte arrière, le veilleur de nuit les surprend. Sans lui laisser le temps del es mettre en joue, Clyde tire. L'homme riposte. Bonnie, restée dans la voiture, se plaque contre le plancher et se calfeutre. Déjà les sirènes retentissent, il faut fuir. Mais une pluie battante s'abat soudain sur la petite bourgade, transformant les routes en pièges de boue et immobilisant leur véhicule. Clyde frappe à la porte d'une ferme voisine qu'il aperçoit non loin de là et demande aux habitants, revolver au poing, les clés de leur voiture.
L'homme, encore endormi, n'en croit pas ses yeux : pour tout moyen de transport, il ne dispose que de mules. Clyde monte sur la première bête de somme, Bonnie derrière lui, alors que leur acolyte enfourche tant bien que mal la seconde, à cru.
Les voilà, à 1 heure du matin, sous une pluie diluvienne, talonnant chacun sa tête de mule récalcitrante ! Les pauvres animaux n'avancent pas tout à fait aussi vite qu'une Buick et, au petit matin, toute la campagne alentour est bouclée. A peine l'aurore apparaît-elle qu'ils sont rpis sous le feu des policiers. Bonnie, craignant pour sa vie, se rend. De la prison, elle appelle sa mère qui la croit toujours démonstratrice en cosmétiques et ne décolère pas devant un si gros mensonge. Pas question pour elle de venir payer sa caution.
De son côté Clyde a réussi à s'enfuir... seul. Son homme l'a laissé et, se pensant abandonnée, Bonnie trouve refuge, comme souvant, dans l'écriture, et plus particulièrement dans la poésie :

"Vous connaissez Jesse James,
Vous avez tout lu sur sa mort, sa vie.
Vous avez besoin
De nouveaux potins ?
C'est l'histoire de Clyde et Bonnie.

"Clyde et Bonnie, c'est le gang Barrow.
Vous avez dû lire plein de choses sur
Leurs larcins, vols et braquages .
Ceux qui se mettent sur leur passage ?
On les retrouve morts, à coup sûr.

"Les journaux ne racontent que des bobards.
Ils ne sont pas si impitoyables,
Des écorchés vifs qui n'aiment pas les flics,
Les mouchards, les vendus, les indics :
Bref, les traîtres qui se mettent à table.

"On prétend qu'ils tuent de sang-froid.
On les dit affreux, cruels et méchants,
Mais je vous le dis, moi, et j'en suis fière,
que je l'ai connu, Clyde, ce vieux père,
Quand il faisait partie des honnêtes gens.

"Mais les flics ont merdé.
Faisaient que l'arrêter,
Le mettre derrière les barreaux,
Jusqu'à ce qu'il me dise : "Tu sais,
Je ne sera plus libre, jamais.
J'ai choisi, j'les retrouve en enfer, les salauds."

"La route était mal éclairée.
Sur l'autoroute, rien, pas de panneaux.
Alors, c'était décidé,
Vu le peu de visibilité,
Une seule chose les arrêterait : l'éternel repos.

"La route est de moins en moins éclairée.
Par moments on n'y voit plus.
C'est un corps à corps brutal.
On a beau tout essayer, au final
Ils le savent, question liberté, c'est foutu.

"Certains ont eu le coeur brisé,
D'autres meurent épuisés, comme des maudits.
Mais tout bien réfléchi,
Nos problèmes sont tout petits
A côté de ceux de Clyde et Bonnie.

"Un flic se fait descendre à Dallas.
Pas d'indices, pas de traces,
Personne à accuser, nada.
Voilà comment on se débarrasse du cas :
C'est la faute à Clyde et Bonnie, les chiens.

"Deux choses qu'on ne peut pas leur reprocher
A Barrow et associés :
Quelqu'un se fait kidnapper ?
C'est pas eux, ça, c'est pas leur métier,
Et à Kansas City, ils s'en sont pas mêlés.

"Un marchand de journaux a dit à son pote :
"Si le vieux Clyde pouvait se réveiller,
Y'aurait de quoi se faire des dollars !
Vu la crise, se serait bonnard
que cinq ou six flics se fassent dérouiller.

"Je vais vous dire un truc que les flics ne savent pas :
Aujourd'hui Clyde m'a appelée.
Il m'a dit : "Va pas chercher d'ennuis,
On travaille plus de nuit.
C'est avec les stups qu'on va bosser."

"Entre Irving et West Dallas, un viaduc,
La grande barrière comme on dit.
Les femmes, des soeurs comme personne,
Et les hommes y sont des hommes.
Là-bas personne ne balancerait Clyde et Bonnie.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Mer 29 Juin - 22:52

"Qu'ils essaient de se ranger,
De se louer un petit appart,
Au bout d'à peine trois nuits,
Voilà qu'arrivent les ennuis :
Au son de la mitraille, tac-tac-tac...
Ne pensez pas qu'ils se croient pires ou meilleurs,
Ils le savent, le droit est toujours vainqueur.

"Ils se sont déjà fait tirer dessus
Et y'a un truc qu'ils ont toujours su :
Pour tant de péchés, la mort est le prix à payer.
Ils tomberont ensemble, un de ces jours.

Certains seront peinés d'autres soulagés,
Mais ce qui est sûr, c'est qu'il en sera fini
De l'histoire de Clyde et Bonnie."

Dans sa cellule, plus fragile que jamais, vacillant intérieurement, elle écrit une dizaine de poèmes dans cette veine qu'elle appelle "Poésies de l'autre côté de la vie", dont l'Histoire de Sal la Suicidée.

"On a tous une bonne raison,
A s'être fait jeter en prison.
Mais aucune ne fait le poids
Si on y réfléchit à deux fois.
Tant de femmes passent leurs plus belles années,
Gibier de potence, enfermées ;
De leur bouche, difficile de savoir
Lesquelles sont vraies parmi toutes ces histoires.
Dans ce trou, depuis que j'y suis.
J'ai entendu les secrets de toutes les souris.
Une seule semblait dire la vérité,
voici l'histoire de Sal la Suicidée.
Elle était d'une rare beauté, Sal,
Une beauté brutale, pas banale ;
Jamais à la tâche elle n'a failli,
Toujours à jouer à la limite du légal.
Sally m'a tout raconté,
Peu avant d'être libérée.
Je vais essayer au mot près
De tout restituer.
Je suis née dans le Wyoming.
Chez moi les coups pleuvaient, ch'ting !
Je peux dire qu'on ne m'a pas ménagée,
Et au village c'est bouseuse qu'on m'appelait.
Alors je suis partie à la ville.
Je rêvais de paillettes, de champagne.
J'avais alors aucune idée
Du sort réservé aux filles de la campagne.
J'ai rencontré un de ces marlous,
J'en pinçais sacrément pour lui,
Un de Chicago, un professionnel,
Prête à lui sacrifier ma vie.
Pendant un an, bon Dieu qu'on était heureux !
On a bien profité du magot,
J'ai appris les codes du milieu.
Jack, c'était mon Héros.
C'est jour de paye,
On va un peu en profiter.
A la banque, c'est Byzance, y'a d'l'oseille.
Pour nous, c'est du gâteau, ma belle.
Quatre-vingt mille, les doigts dans le nez.
Jack tenait le magot, prêt à sortir,
quand le guichetier a dégainé.
Il l'a fait mettre à plat ventre,
J'avais une seconde pour réagir.
Si le gars tirait, Jack sortirait les pieds devant.
Alors j'ai foncé, droit dedans ;
Le mec était désarmé, plus de calibre.
A la maison Poulaga, ils m'ont passée à tabac,
M'ont dit que c'était moi qui prendrais,
Rapport à la cascade, au guichetier.
Les poulets avaient pas aimé,
ça sentait le coup monté :
Z'ont dit que tout ça, c'était signé.
Je suis restée ferme, j'ai rien balancé,
Nié tout lien avec la secrète société.
Le gang m'a trouvé des avocats,
De ceux qui vous tirent de toutes sortes de tracas.
Malgré tout ça, les chances sont pas grandes,
Quand l'Oncle Sam a décidé de te mettre à l'amende.
On m'a jugée comme un rejeton de la mafia.
On peut dire que ma peine vaut son pesant de péchés.
Ces salauds de la justice m'ont jugée responsable,
Plus cinq, mais cinquante ans derrière les barreaux.
J'ai porté le chapeau,
Pas une fois j'ai moufté.
Jack n'a pas tenu parole, le salaud,
Y'a pas eu d'évasion spectaculaire.
Bref, je vais la faire en deux mots,
Cette histoire est trop longue, trop triste.
Cinq longues années ont passé,
Pas une lettre, pas une pensée :
Je le croyais même trépassé.
Mais j'ai fini par découvrir - le goujat -,
Grâce à une fille nommée Lila,
Que jack avait une nouvelle poule :
Ils vivraient comme de vrais de la mafia.
S'il était revenu vers moi,
Même sans le sou,
J'aurais oublié cet enfer, cet effroi,
Et ç'aurait été l'amour fou.
Mais jamais il ne reviendra,
Parce que lui et sa nana,
Ils savent que je mourrai avec ces chaînes,
Que très longue sera ma peine.
Demain, je sors :
Je vais me mettre à table,
Je les dégomme s'ils me donnent que dalle
Dans ce foutu trou à rats.
Les portes du pénitencier se sont grandes ouvertes
Pour laisser passer
Une femme foutue, dévastée.
Elle allait arranger tout ça.
Dans ses yeux, on lisait "assassinat".
J'ai lu il y a peu dans les journaux,
Sur la côte Est, la température a monté.
Quand la maison a fini de fumer,
Dans les cendres, deux zigotos,
Des gens du milieu, il paraît.
C'était l'histoire bien malheureuse
D'une femme de gangster qu'on a laissée tomber.
Deux jours plus tard, la sulfateuse
a réglé son compte à Sal la Suicidée."

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Jeu 30 Juin - 18:00

Sal vit un amour mêlé de passion et de danger qui la mène droit en prison. Autant dire que Bonnie n'est pas allée chercher bien loin son inspiration. Elle a exprimé dans son texte son angoisse et sa passion teintée de désespoir. Et si, comme Jack, Clyde ne venait pas la chercher et tournait les talons avec une autre ? La belle ne se laisserait pas faire, et le cas échéant, les exécuterait tous les deux !
Bonnie a bien du temps à tuer en prison et a mûri ses arguments.
Elle doit affronter le grand jury le 17 juin 1932, et sa défense sera la plus simple qui soit : elle a été kidnappée par Clyde qui l'a forcée à participer aux braquages. Elle n'a fait que tomer amoureuse, est-ce un crime ?
Certaines femmes ne peuvent se contenter de gentils garçons comme il faut, elles sont des "filles de la rue" dans l'âme, des vagabondes émotionnelles qui grossissent les rangs de celles qui arpentent sans but les trottoirs des grandes villes de cette Amérique en banqueroute et entrent au purgatoire des amantes. Telles sont les "filles de la rue" :

"Vaut mieux pas que tu m'épouses, chéri,
Pourtant ce serait si doux que me le proposes.
Mais si tu le faisais, tu regretterais après.

"Tu vois, je suis juste une fille de la rue.
J'aurais été heureuse que tu me demandes en mariage,
fut un temps.
Je suis couverte de honte à présent.
Ce ne serait pas juste, chéri :
Les hommes rient en entendant mon nom.

"Me sors pas la vieille histoire de la reconversion :
Une fille jamais ne revient,
Trop de gens l'attendent au tournant,
Pour la dévier du droit chemin.
Un homme peut se détourner de tous les commandements,

"On lui filera toujours un coup de main.
Une fille qui a mal choisi comment aimer,
Où qu'elle aille, sera rejetée."

Emma Parker vient rendre visite à Bonnie en prison et manque de tomber à la renverse en découvrant les rimes de sa fille. Dans quel enfer est donc tombée sa petite poupée de porcelaine, pour emplir ainsi ses cahiers de mots si sombres ?
Durant l'incarcération de Bonnie, Clyde ne chôme pas. Le 30 avril 1932, il a braqué une station-service faisant également office de prêteur sur gages à Hillsboro, au Texas. Minuit passé, Clyde et son complice réveillent le patron du négoce et prétextent un besoin urgent de cordes de guitare. Tandis que l'homme cherche de la monnaie dans son coffre, il se retrouve un revolver pointé entre les omoplates. Il tente de se saisir de l'arme, mais le coup part et il s'écroule. Barrow s'échappe avec plusieurs bagues en diamant et quelques dizaines de dollars. Il est désormais un meurtrier recherché mort ou vif. Plus jamais la cavale ne pourra l'arrêter, emportant avec elle le rêve d'une vie familiale avec l'être aimé.
Heureusement le jury reconnaît le 17 juin 1932 l'innocence de Bonnie et la relâche. Emma peut ramener à la maison la prunelle de ses yeux. Dans la voiture, Bonnie prononce les mots qu'elle attendait, c'en est bien fini de Clyde, elle ne veut plus le revoir, ces mois en prison l'ont guérie de lui. Elle ment.

Le gang, mieux préparé, se reforme. Le 5 août 1932, le shérif adjoint d'Akota en Oklahoma, Eugene Moore, s'invite à une petite sauterie donnée dans le jardin d'un pavillon à Strington. Repérant un véhicule bien luxueux stationné à l'extérieur avec deux hommes à son bord, il décide de tenter une incursion. Quand il aperçoit une bouteille de whisky entre leurs mains, pas une minute d'hésitation : il intervient et les interpelle.
Hélas, à peine cherche-t-il à dégainer qu'il est abattu par Clyde et son acolyte. C'est son deuxième meurtre "préventif", clinique, sans pitié,. Placée au pied du mur, Bonnie n'a plus d'alternative, le quitter ou fuir avec lui. Il lui faudra alors devenir bien plus qu'une petite amie, une partenaire à part entière, et embrasser la tragédie de son destin. "C'est eux qui l'ont fait devenir ce qu'il est aujourd'hui... C'était un gentil garçon. Les gens comme nous n'ont aucune chance de s'en sortir", confie-t-elle à sa mère sous le porche de leur maison, le lendemain.
Emma est sur son fauteuil à bascule, Bonnie lui place délicatement dans la main les quelques sous qu'elle lui avait donnés pour prendre le bus et aller chercher du travail. Un voiture s'arrête en face de la maison, un homme à l'intérieur lui dit de monter : il doit la mener jusqu'à Clyde qui l'attend dans leur cache secrète, dans la banlieue de Grand Prairie. Bonnie se retourne vers sa mère adorée, lui dit qu'elle l'aime et la serre dans ses bras. Elle va rejoindre le côté obscur, pour toujours.

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Jeu 30 Juin - 18:58

Le couple, flanqué de son acolyte, file à vive allure dans la Ford V8 vers le Nouveau-Mexique. Tous trois comptent sur le manque de communication entre les services de police des Etats pour ne pas être repérés. Ils arrivent chez la tante de Bonnie à laquelle elle présente son "mari" sous la fausse identité de James White. Mais difficile de se faire passer pour de jeunes mariés en goguette lorsqu'on trimballe un troisième homme et des armes plein le coffre.
Son sens de l'hospitalité ayant des limites, la tante prévient les autorités.
Le lendemain matin, un officier inconscient du danger vient sonner à sa porte. Bonnie lui ouvre, les hommes dorment encore. A qui appartient la voiture de standing garée devant la maison ? "A moi", lui répond-elle tous sourire et charme dehors. Il veut en avoir le coeur net et parler au chef de famille. Son mari est à l'étage, le temps de s'habiller et il descendra s'entretenir avec lui dans quelques instants.Sitôt la porte refermée, Bonnie prévient Clyde, qui sort subrepticement par l'arrière de la maison et, tandis que l'officier inspecte l'habitacle, lui fait face avec son arme.
Bonnie n'a que le temps de monter dans l'auto, les voilà repartis vers le Texas, en direction de San Antonio, à plus de 600 kilomètres de là ! Pour brouiller les pistes, ils abandonnent une voiture volée avec certains de leurs effets personnels laissés volontairement à l'intérieur. Ils sont désormais coupables d'un crime fédéral, ce qui leur vaut d'être poursuivis par tout le Département de la justice et notamment, à sa tête, le bureau d'investigation de Hoover.
D'une voiture volée à l'autre, le couple parcourt l'Amérique de la Grande Dépression en guise de voyage de noces, des Grands lacs à Chicago, braquant et pillant sur sa route, formant dans des fermes chez l'habitant. Bonnie s'attable bien volontiers avec leurs hôtes, rit, badine, sympathise et fait même un tabac auprès des enfants, supplie Clyde de les emmener faire un tour, pédale au plancher, dans leurs chariottes volées.
Clyde s'amuse de la passion de sa fiancée pour les bambins : "Les hold-up sont des choses qu'elle aime vraiment, mais le kidnapping, ce serait là qu'elle s'épanouirait le plus, si toutes les personnes enlevées étaient âgées d'un an, ou moins." Au point que Bonnie veut parfois "emprunter" les bébés de certaines femmes qu'ils croisent, juste pour quelques jours.
Leurs beaux habits du dimanche ne passent pas inaperçus et détonnent avec leur mode de vie bohème. Le couple doit de temps à autre dormir dans la voiture, près d'un lac ou au fond d'un fourré.

Bonnie déteste ce vagabondage. Elle est terrifiée à l'idée de croiser un serpent et préfère ne pas poser le moindre petit orteil dehors. Les soirs d'orage, elle tremble comme une feuille, tapie sur le siège arrière.
Manger des saucisses et des haricots froids pour ne pas attirer l'attention en faisant du feu, se soulage derrière des buissons, ce n'est pas l'image qu'elle avait de l'aventure. Clyde fait tout pour lui rendre leur cavale agréable : il lui vole une machine à écrire sur laquelle taper ses poèmes et conduit à la recherche de leur prochaine cible. Il apporte également les robes de madame au pressing à chaque passage en ville, afin qu'elle puisse être toujours impeccable et satisfaire le peu de coquetterie qu'il lui reste.
Le gang de Bonnie et Clyde, pour être chic, n'en tache pas moins ses vêtements du sang des victimes laissées sur sa route au cours de sa randonnée sauvage. Le 11 octobre 1932, peu après 18 heures, Clyde entre avec deux complices dans une épicerie de Sherman, au Texas. Alors que l'un des commis s'apprête à fermer la boutique, ils achètent des oeufs et de la viande. Le jeune vendeur cherche la monnaie dans le tiroir-caisse, quand Clyde lui pointe subitement son arme sur le visage. Téméraire, l'employé lui attrape le bras, mais un premier coup de feu part, suivi de trois autres, le tuant net. Il faut encore changer de ville.
Le 26 décembre 1932, c'est à Temple que Clyde sévit, accompagné d'un adolescent qui a rejoint le gang et qu'il compte former. La transmission entre générations n'est-elle pas le ciment d'une société ? Le sacripant aperçoit une voiture dont les clés sont restées sur le contact. Il tente de la démarrer, éveillant au même moment le propriétaire qui faisait la sieste à son domicile. Ce dernier dévale les escaliers le saisit au col, mais la rixe tourne court et le malheureux est abattu d'une balle en pleine carotide. Bonnie vient chercher Clyde et sa jeune recrue. Impossible désormais de les arrêter. A peine quelques jours plus tard, c'est un officier qui, alerté par leur signalement, a le malheur de croiser leur route et reçoit en guise d'étrennes une volée de balles.

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Jeu 30 Juin - 21:43

Initiales BB : Bonnie et Blanche


Mars 1933, Wilmer, à quelques kilomètres de Dallas. Dans la ferme de ses parents, Blanche dort d'une seule oreille. Son mari, Buck Barrow, le frère de Clyde, vient enfin de lui être rendu, libéré après presque deux années de prison. A seulement 22 ans, tous les espoirs sont encore permis, elle va pouvoir démarrer une nouvelle vie avec lui, loin de la criminalité.
Vers minuit, des coups se font entendre à la porte. Buck reconnaît la voix de son frère. Clyde, Bonnie et leur jeune recrue sont là. Ces messieurs sont armés, madame est ivre et tient à peine debout. Le whisky, a-t-elle expérimenté, calme prodigieusement les nerfs, mais, hélas, nuit à l'équilibre. Buck descend les accueillir, Bonnie vient de s'écrouler dans le lit avec Blanche. "Je suis toujours plus heureuse quand je bois", lui glisse-t-elle, visiblement aux anges ce soir-là. Blanche, guère enchantée de cette visite nocturne, fait pourtant bonne figure. N'aura-t-elle donc jamais un tête-à-tête avec son mari ? Il faut croire que non. Clyde fait irruption dans leur chambre et leur propose de venir avec eux à Joplin, dans le Missouri, près des Grandes Plaines, durant quelques semaines. Quoi de mieux que des vacances en famille ? Bonnie a besoin d'une amie, d'un peu de présence féminine et de repos. Séjourner avec cette effrontée ? C'est au-dessus de ses forces, Blanche refuse catégoriquement.
Mais Buck sait trouver les mots magiques ; elle pourra emmener son petit chien, un bâtard blanc nommé Boule de Neige.
Blanche Barrow s'appelle en réalité Bennie Iva Caldwell. Née le 1er janvier 1911 à Garvin, en Oklahoma, elle est la fille unique d'un père de 40 ans et d'une mère de 16. Les parents divorçant avant même son sevrage, la petite est élevée par son seul père, fermier et prêcheur fervent. Sa mère ne l'a pourtant pas totalement abandonnée et, pensant veiller aux intérêts de sa fille, la marie de force, à son tour, à un homme plus âgé qu'elle qui ne lui inspire que du dégoût. Blanche regimbe et s'échappe, laissant tout derrière elle.
En novembre 1929, Miss Caldwell marche seule dans la ville de Dallas quand elle rencontre Buck, un brun nerveux aux traits fins, de huit ans son aîné, déjà divorcé et criminel notoire.

Mais l'homme n'a guère le temps de lui conter fleurette : rapidement arrêté, il est condamné à cinq ans de prison, à croire que c'est une manie ! Dans sa cellule, le souvenir de Blanche et de leur brève rencontre s'intensifie jusqu'à obséder son esprit tourmenté. Pour la retrouver et l'épouser, Buck le terrible s'échappe de prison quelques mois plus tard. Le couple, pour vivre heureux, vit caché, le temps que le divorce de madame soit prononcé.
Le 3 juillet, la séparation officialisée, il peut enfin l'emmener en lune de miel en Floride. L'été et l'amour en plein soleil donnent à Blanche l'impression d'être plus vivante que jamais, elle voudrait que leur vie soit toujours ainsi, à un détail près, mais essenteil ; il lui manque la sérénité. Il n'y a pas de paradis quand on se sent en sursis. La nouvelle Mme Barrow est une femme de raison. Elle ne veut pas d'une vie de fugitive. Buck doit se rendre et purger sa peine, afin que tous deux, tête haute, puissent commencer une vie honnête, sous le soleil.

Elle l'attendra, à la vie à la mort. Buck obéit à sa voix suave. La probité fait parfois recette : au bout de deux ans d'internement à peine, il est miraculeusement gracié ! Enfin va-t-elle pouvoir profiter de son homme. Mais voilà que Bonnie Parker et Clyde Barrow viennent frapper à leur porte et qu'elle fait maintenant ses paquets pour partir à Joplin, dans le Missouri, avec eux, flanqués d'un adolescent douteux. Tout ce petit monde embarque dans deux voitures. Clyde conduisant seul au cas où il serait arrêté, Bonnie monte donc avec le couple et le fidèle disciple. Comme elle angoisse lorsque son homme n'est pas là, elle ne peut quitter sa voiture des yeux tout le trajet durant, le corps secoué de spasmes, de tremblements, dès qu'il disparaît au détour d'un virage. Blanche se moque d'elle, puis passe du mépris à la pitié à son égard ; le sentiment de dédain est le même, la tendresse en plus.
Les deux femmes louent un appartement avec deux chambres et un salon dans un petit immeuble en pierre, près d'Oak Ridge Drive, avec un double garage au rez-de-chaussée, afin de tenir les véhicules à l'abri des regards. La colocation révèle leurs personnalités respectives, aux antipodes l'une de l'autre : la chambre de Bonnie est toujours ale, le lit jamais fait. Elle ne cuisine pas, boit et commande les courses par téléphone à l'épicier qui les lui livre. Bref, elle est tout sauf une femme d'intérieur. Dans la chambre de Blanche, le lit conjugal est à l'inverse fait au carré. Et c'est elle, toujours tirée à quatre épingles, qui s'occupe des repas.
Buck virevolte autour de sa femme, toujours prévenant. Il craint qu'elle ne se coupe un doigt, ne se brûle, et il ne la quitte pas du regard. Bonnie a la bouche gourmande et capricieuse, elle raffole des pieds de cochon marinés avec des olives, provoquant le dégoût du reste du groupe, tandis que Clyde aimerait quant à lui se nourrir exclusivement de frites. Blanche, aux fourneaux, tente de les satisfaire. Quelles vacances !
Les messieurs jouent au poker et nettoient leurs armes, riant fort jusqu'à 2 heures du matin, ce qui a le don d'énerver prodigieusement Blanche, qui ne sait jouer qu'au solitaire et se sent de plus en plus exclue. Buck tente bien de lui apprendre les rudiments du bluff, mais rien n'y fait, elle se contente de rester des heures derrière lui, comme un gri-gri, dit-il, jusqu'à ce qu'il la soulève et la porte dans leur lit telle une enfant.


En ce mois d'avril 1933, les journaux consacrent leurs gros titres au départ massif de Juifs allemands qui fuient le maître du jeune IIIe Reich, Adolf Hitler. Mais l'Europe lui semble si loin ! Une autre nouvelle plus réjouissante vient égayer la petite troupe : le 7 avril, la vente de bière est légalisée dans l'Etat ! Ce n'est pas encore la fin de la prohibition, mais son préambule. Quoi qu'il en soit, c'est un luxe qui n'existait plus depuis son entrée en vigueur, en janvier 1920 ! Le quintuor en achète "une caisse par jour" et, comme des gamins privés de sucreries trop longtemps, se lance des défis et joie à "qui pourra en boire le plus".
Hélas, l'insouciance n'a qu'un temps, celui de l'illusion. Le 13 avril, en fin d'après-midi, Bonnie en kimono et chaussons, sans dessous, écrit quelques vers, tandis que Blanche, en robe de cocktail de crêpe bleu, fait cuire un oeuf pour la poétesse aux jambes nues.
Les deux femmes sursautent quand éclate une détonation au niveau du garage. Clyde et Buck y sont descendus peu avant bricoler l'une des voitures. Elles s'approchent de la fenêtre, les tirs fusent en rafale ! Buck accourt, il faut tout quitter sur-le-champ ! Cinq policiers sont venus les encercler, une fusillade nourrie a aussitôt débuté, deux officiers ont déjà été tués.
Blanche saisit son petit chien, mais laisse derrière elle son sac à main dans la chambre, avec les papiers de son mariage avec Buck dedans. Descendant en trombe, elle aide son mari à extraire le véhicule d'un des policiers loin de l'entrée du garage, afin que Clyde, qui tire toujours depuis l'intérieur pour les couvrir, puisse sortir la voiture. Blanche pousse de toutes ses forces l'auto hors de la route de façon qu'elle dévale la colline, mais sa robe se prend dans la portière et l'entraîne avec elle ! Elle réussit à se dégager in extremis, après une embardée, seulement son petit chien en a profité pour prendre la poudre d'escampette ! C'en est trop, elle court dans la rue, hystérique, cherchant Boule de Neige de tous côtés. Buck l'attrape fermement et la jette dans la voiture dans laquelle Bonnie attend déjà sur le siège passager. Il démarre, Clyde réussit à s'y engouffrer, la Ford Sedan V8 s'éloigne. La pluie fait grelotter les femmes de froid, les hommes sont touchés et perdent du sang. Ils passent ainsi la nuit à rouler, entre silence et inconscience. Demain est une autre nuit.
Première nécessité, changer de voiture. Voyant un véhicule stationné avec les clés sur le contact, l'aubaine est trop belle et ils s'en saisissent. Mais le couple de propriétaires se précipite et, bien décidé à ne pas être des victimes consentantes, s'empare d'un coupé et leur donne la chasse. Impossible de les semer, le vol tourne à la course-poursuite avec les détroussés. Sauf que ces inconscients ne savent pas à qui ils ont affaire. Clyde, fou de rage, décide d'inverser les rôles. Il braque, fait demi-tout, arrête les forcenés, ouvre leur portière, extirpe le conducteur et lui assène en pleine nuque un coup de crosse. Bonnie, galvanisée, se rue sur la femme qu'elle rudoie et insulte. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Ils l'ont bien cherché. Bonnie et Clyde les embarquent de force dans leur voiture. Le couple les suppliant de leur laisser la vie sauve, Clyde, magnanime, finit par les libérer au bout de quelque heures.
La leçon du kidnapping aura sans doute été retenue.

Les nerfs de Bonnie sont usés, les neurones de Clyde embrumés. D'Etat en Etat, de ville en ville, la cavale sauvage s'emballe. Certes, ils font les gros titres des journaux. Mais l'argent vient rapidement à manquer. Le 12 mai 1933, à Lucerne, en Indiana, une tentative de braquage est déjouée. Depuis la voiture en fuite, de copieux coups de feu sont tirés par deux femmes. Bilan : deux blessés. Les témoins identifient formellement Bonnie et Blanche. Dire que la seconde pensait mener une vie d'épouse modèle sous le soleil de Floride !
Il faut encore se cacher, voler, épier, trembler. La fureur de vivre est hantée par l'inéluctabilité de la mort.
Moins d'un mois plus tard, le 9 juin 1933, Clyde et Bonnie, poursuivis par deux agents, font une embardée depuis un pont et terminent leur course plusieurs mètres plus bas. Clyde a le nez cassé et son visage est sérieusement amoché, mais ce n'est pas le plus grave : Bonnie semble à l'agonie, la figure, les bras et les jambes couverts de brûlures et de coupures. Sa joue est entaillée jusqu'à l'os, sa poitrine enfoncée. Elle se tord de douleur. Clyde n'est que le témoin passif de sa souffrance. Impossible de l'emmener à l'hôpital, le couple y serait immédiatement signalé et il devrait alors l'abandonner à tout jamais. Si elle meurt, ce sera dans ses bras. Tandis que Buck conduit, il la tient sur ses genoux, achète autant d'antidouleurs qu'il trouve de pharmacies sur la route. Les molécules ont un effet inattendu sur la mourante et la rendent soudainement agressive. La voilà qui veut se battre contre Blanche, ou contre quiconque le voudra. Clyde l'entoure de patience et de douceur, et Bonnie se remet peu à peu de ses blessures.

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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Ven 1 Juil - 21:13

Le 18 juillet 1933, le gang Barrow s'enregistre au Red Crown Tourist Court, un motel de Platte Cety, dans le Missouri. Ils occupent deux chalets en brique pour 4 dollars la nuit et couvrent les fenêtres de papier journal pour ne pas être observés et risquer d'être reconnus - comportement qui, évidemment, ne fait qu'attirer l'attention du propriétaire. Le lendemain, à 23 heures, des hommes armés de mitraillettes Thompson encerclent les bâtiments. Ils laissent une chance à Clyde de se rendre, proposition qui se trouve gratifiée d'une décharge de son fusil automatique ! Les femmes s'habillent en hâte, prêtes à s'échapper une fois encore. Les mitraillettes caquettent à tout-va, Clyde tient tout le monde à distance, tandis que Bonnie et Blanche s'engouffrent dans la voiture et démarrent en trombe. Les fusillades se suivent, mais ne se ressemblent pas : Blanche est touchée. Les agents en tirant ont fait exploser les vitres et des éclats de verre se sont fichés dans un de ses yeux, en pleine pupille. A côté d'elle, Buck saigne abondamment de la tête. Les fugitifs s'arrêtent dans un parc d'attractions à l'abandon, Dexfield Park, en Iowa. Terrorisé à l'idée que Buck meure, Clyde se met à creuser une tombe sans dire un mot. Quel est donc ce froid que l'on sent en Buck ? C'est la mort qui va l'emmener. Sévèrement amochés, ils sont à bout de souffle, mais trouvent encore la force de se cacher à la belle étoile.
Le 24 juillet 1933, plus d'une centaine de policiers encerclent le parc où ils se sont retranchés, bien décidés à en découdre. Tirant et courant tout à la fois, Bonnie et Clyde parviennent à s'enfuir à travers bois, mais Buck quoi aimanter les balles, est atteint, cette fois en plein dos. Blanche tente de l'agripper par la taille et de le tirer jusqu'à la forêt. Elle le soulève de toutes ses forces. Hélas, ses jambes ne le portent plus. Il est trop lourd, les racines au sol sont trop nombreuses, les branches fouettent le visage de Blanche et son seul oeil valide ne lui permet pas de sitinguer le chemin. Buck l'implore de partir, de ne pas risquer sa vie pour lui : "La seule raison pour laquelle j'essaie de tenir, c'est toi, dit-il à sa femme. Ti tu meurs, je ne survivrai pas. Si tu n'avais pas été avec, je serais déjà mort. Je ne vis que pour toi. Quand tu seras partie, je partirai aussi." Mais Blanche n'est pas de celles qui laissent leur homme à l'abandon. L'amour de Buck vaut bien une prison. La course est finie, le courage est souvent de s'obstiner, parfois de savoir abandonner. Elle s'assoit, serre sa main dans ses doigts, pose sa tête ensanglantée sur ses genoux allume une cigarette et attend d'être arrêtée avec lui.
Les policiers arrivent à leur hauteur, Blanche n'oppose aucune résistance. Buck a besoin de soins, il ne faut pas perdre de temps.
Le couple ensanglanté est conduit à l'hôpital King's Daughters de Perry, en Iowa. Contrainte d'aller faire soigner son oeil, elle lâche la main de son homme, tandis qu'il est emmené de force au bloc opératoire. Buck s'enfonce dans l'inconscience. Le 29 juillet 1933, son coeur cesse de battre. Et Blanche la borgne n'est pas à ses côtés. Elle a déjà été conduite à la prison de Platte City où elle est soumie à un interrogatoire intensif. Tous ses efforts pour être avec lui, chaque jour et chaque nuit depuis leur mariage, n'ont mené qu'à cet instant terrible où elle n'a pas pu être là pour l'aider à passer sur l'autre rive.
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Ven 1 Juil - 22:00

Où se cachent Bonnie et Clyde ? L'honneur des gangsters commande le silence. Blanche Barrow, tête haute, certifie n'avoir commis aucun crime, si ce n'est d'avoir suivi son mari. Elle na naturellement rien à dire. Venu tout spécialement de Washington, le directeur du bureau d'investigation en personne mène l'interrogatoire. Il veut s'assurer qu'elle ne cachera rien aux enquêteurs et est bien décidé à lui faire cracher le morceau.
Bonnie est désormais sa cible de choix, à la hauteur de ses ambitions. A Joplin en effet, le couple, dans la précipitation, a laissé derrière lui des clichés très privés qu'ils avaient pris ensemble pour s'amuser. On y voit Bonnie fumant le cigare de Clyde et le tenant en joue avec son fusil, mis en scène cocasse où l'inversion des rôles sexuels est un jeu qui éveille le désir. Hélas, les photos ont été publiées dans les journaux ! Le vice contre la vertu, Bonnie Parker incarne à présent pour J. E. Hoover cette nouvelle maladie dans laquelle les femmes prétendent dominer les hommes, portent des armes et des habits masculins, tout comme Kathryn Kelly ou Billie Frechette, autres corruptrices vouées au mal et à la volupté.

Un bandeau sur son oeil à jamais mutilé, Blanche répète à Hoover ce qu'elle a martelé aux officiers, a savoir qu'elle n'a strictement rien à dire. Il éperonne, admoneste, intimide, menace de lui crever le seul oeil qui lui reste, rien n'y fait. Buck vient d'être inhumé sans qu'elle soit autorisée à assister à ses funérailles. La fidélité d'une femme amoureuse envers un homme n'est rien comparée à celle qu'elle voue à son souvenir. Rien n'importe plus que de ne pas trahir sa mémoire.
Le 4 septembre 1933, Blanche Barrow, 22 ans seulement, est présentée devant le juge. Bien qu'elle n'ait jamais elle-même tué ou blessé qui que ce soit durant toute l'existence du gang Barrow, elle plaide coupable des charges qui lui sont reprochées : attaque à main armée avec tentative de meurtre. "Les gens ne vivent heureux que dans les contes de fées, écrit-elle. Dans mon cas, il semble que cela ait été un crime de rencontrer Barrow (...). Je ne suis pas coupable des crimes dont on m'accuse. Mais je suis coupable d'avoir aimé mon mari si fort que je n'aurais pu le laisser sans savoir à quelle heure du jour ou de la nuit on m'aurait appelée pour me dire qu'il avait été criblé de balles par le revolver d'un policier.(...) Même quand je savais que ma vie était en danger, je suis allée avec lui, peu importe où il allait. Plutôt que vivre sans lui, j'ai choisi d'affronter la mort avec lui."
Mais les crimes sont bien réels, et l'amour fou n'a jamais constitué un alibi recevable dans une cour de justice. Blanche est condamnée à dix ans de prison. En 1933, elle écrit un poème mélancolique. L'Année terrible :



"Depuis les prairies du passé,
Elle vient parfois jusqu'à moi.
Une petite fille revient de gambader,
La petite fille que j'étais.
Pourtant, son sourire est si attristé.
Une fois installée dans mes pensées,
Je me demande si elle espère
Voir la femme que j'aurais pu être..."

Blanche est conduite au Missouri State Penitentiary. Son oeil gauche n'a pu être sauvé. Mais elle est restée muette, laissant Hoover aveugle. Où ont disparu Bonnie et Clyde ?
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MessageSujet: Lady Scarface ..........................   Ven 1 Juil - 22:46

Le choix de Bonnie

Les fins de mois sont toutes difficiles pour Bonnie et Clyde, l'argent venant à manquer sitôt le dernier braquage achevé, Clyde cambriole la First National Bank d'Iowa. Bonnie l'attend dans la voiture, tandis qu'il rapporte un maigre butin de 70 dollars. La vie vaut-elle d'être risquée pour si peu ?
Bonnie Parker est lassée de la route, de cette vie d'errance, constamment sous tension, à l'opposé de l'idéal qu'elle avait projeté. Elle se rêve à présent en mère de famille à la vie réglée comme du papier à musique dans une petite villa bien comme il faut. En Louisiane, à Bienville Parish, elle a repéré une maison à retaper susceptible de concrétiser son souhait. Il s'agit d'une masure en bois de quatre chambres au toit éventé et branlant, au bout d'une allée d'arbres, dans laquelle les anciens propriétaires et leurs deux filles sont décédés de la tuberculose quelques années auparavant. Il ne reste presque plus de meubles à l'intérieur, mais qu'importe, c'est le mirage d'un foyer. Elle pourrait réparer le toit, mettre des rideaux en dentelle aux fenêtres. La petite bourgade de fermes poussiéreuses n'a pas encore le confort de la modernité ; ici, guère de téléphone, de cinéma ou de théâtre, encore moins de dancing. Une partie de la jeune femme préservée du monde à feu et à sang qui l'entoure nourrit toujours l 'espoir d'avoir un bébé. Mais Bonnie reste aussi un félin à l'intuition exacerbée. Elle doit revoir sa mère qu'elle a abandonnée, et elle doit le faire maintenant, après il sera trop tard. Le compte à rebours a commencé.

Elle demande à Clyde de la ramener à Dallas, auprès d'elle. Pour une fois, c'est à lui de ne pas poser de questions.
Le 5 mai 1934, le couple arrive dans la ville où la police du pays tout entier s'est donné rendez-vous pour le traquer. Clyde passe devant la station-service des Barrow, il y jette une bouteille en verre contenant un mot avec des instructions pour les retrouver le soir même, à quelques kilomètres de là.
Entre les voitures, allongée dans un champ sur des couvertures, Bonnie peut enfin embrasser sa mère. Elle lui parle deux heures durant, cela faisait longtemps qu'elle ne l'avait pas vue. Pour Emma Parker, le temps s'est arrêté depuis son départ. Aussi les retrouvailles sont-elles intenses, bien que teintées de tristesse : "Maman, quand ils nous tueront, ne les laisse pas m'emmener dans un funérarium, d'accord ? Ramène-moi à la maison." Emma Parker regarde sa fille avec des yeux révulsés : sa petite poupée ne peut prononcer de tels mots avec une telle détermination. "Ne soit pas bouleversée, maman, pourquoi ne pas en parler ? Cela va arriver bientôt. Tu le sais, je le sais. Tout le Texas le sait. Ramène-moi à la maison quand je serai morte. Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas été chez nous. Je veux être allongée dans le salon avec toi assise à côté de moi. Une longue, calme et paisible nuit ensemble avant de te quitter." Emma Parker se sent à cet instant en partie morte, le poids du monde vient de lester son être tout entier. "Et une dernière chose. Quand ils nous tueront, ne dis jamais rien de mal sur Clyde. Promets-le-moi aussi, s'il te plaît."

Le 23 mai 1934, arrive sur la table du médecin légiste le corps sans vie de Bonnie Parker dans une robe rouge et chaussures assorties.
Sous la petite croix en or jaune pendue à son cou, une balle s'est logée dans la poitrine, une autre derrière l 'oreille, une au-dessus du genou droit, d'autres dans la cuisse droite, dans la bouche, dans la mâchoire gauche, la clavicule gauche, le coude gauche, deux sont entrées derrière l 'épaule gauche, une dans la poitrine, près du coeur, six dans le dos ; un doigt a été presque arraché et des morceaux de verre se sont fichés un peu partout. Un carnage.
A l'heure du déjeuner, les corps des deux défunts arrivent au magasin de meubles Conger's à Arcadia, qui fait également office de maison funéraire. Une foule de près de 15 000 personnes se presse pour les apercevoir avant qu'ils ne soient enlevés le lendemain pour être transportés vers Dallas, où ils reposeront.
Le corps de Bonnie est conduit à la maison funéraire McCamy Campbell. L'embaumeur s'occupe avec délicatesse de son pauvre visage en charpie et reconstitue ses traits défaits par les impacts de balle, afin qu'elle soit présentable pour sa dernière apparition publique. En une seule journée, près de 20 000 personnes font le déplacement pour voir celle que le bureau d'investigation avait décrite comme "une chose toute frêle, pas plus de 45 kg toute mouillée et des yeux affreusement plissés." La plus grande couronne de fleurs vient des vendeurs de journaux de Dallas, en remerciement pour les centaines de milliers d'exemplaires qu'elle leur a fait écouler. A son doigt, la bague de fiançailles de Roy ; dans son sac, le mot de Clyde : "Tu es la meilleure petite amie du monde pour moi. Je t'aime." Le couple réalise son rêve, mourir ensemble. Pourtant Clyde est mort célibataire. Bonnie en femme mariée...
Hoover croit avoir remporté la guerre contre les fiancées de la poudre. Il ne s'agit pourtant que d'une bataille.
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