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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 Le coiffeur de Marie-Antoinette

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Jean2

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MessageSujet: Re: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mar 2 Aoû - 13:42

Sad que c'est triste
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epistophélès

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mar 2 Aoû - 20:32

Le PeTIT DIaBLe De LéonarD De VIncI

GIAN GIACOMO CAPROTTI, dit Salaï, favori


Il n'avait que dix ans, lui, lorsque Léonard de Vinci, qui en avait trente-huit, le rencontra pour la première fois. C'était le 22 juillet 1490, dans le domaine viticole que le père de l'enfant, Pietro Di Giovanni, louait aux portes de Milan. Aussitôt qu'il le vit, Léonard s'enticha de lui. Il avait deviné sa beauté derrière la crasse et sous les cheveux noirs bouclés remplis de brindilles. Contre quelques florins, il en débarrassa le père qui ne savait pas quoi en faire.
Durant presque vingt-neuf ans, ce jeune inculte au visage d'ange lui servit presque à tout, de serviteur, d'accompagnateur, de modèle, de confident, d'amant surtout... Dire que les trois décennies qu'ils passèrent ensemble furent de tout repos serait un mensonge. Combien de fois Léonard n'eut-il pas à se plaindre de lui ? Il se tenait mal à table, était sale, fouillait dans les bourses des invités pour aller s'acheter des bonbons à l'anis. Mais ce garçon, qu'il avait fini par surnommer Salaï (petit diable), le tenait par le coeur, et le reste, et il lui pardonnait tout. Il le vêtit de velours et d'argent, l'initia à la peinture, l'entraîna à Rome, à Florence, à Mantoue, à Venise, lui présenta les grands de ce monde. Mais Salaï continuait, au milieu de toutes ces merveilles, à faire sa gueule d'enfant terrible et à patauger dans les plats. Car cette vie n'était pas la sienne.
Le soir, couché dans le lit de son maître ronflant repus, il écoutait les bruits qui montaient du dehors ; il rêvait de bagarres dans des ruelles obscures, de tripots où le vin coule comme une brûlure, de femmes...
Au matin, il cassait tout ; les vases, les pots, les assiettes. Il criait qu'il en avait assez, qu'il voulait partir... Et il partait effectivement. Mais il n'avait pas fait trois pas que la peur le prenait. Où irait-il ? Et avec quel argent ? Il croyait tenir Léonard, c'est Léonard qui le tenait. Il rentrait, penaud, et il trouvait écrit, au bas de la liste de courses que son maître lui avait laissée sur la table de la cuisine à côté d'une paire de bottines roses déposée comme une offrande : "Salaï, je veux faire la paix avec toi, pas la guerre. Plus jamais la guerre, car je capitule."

En 1516, lorsque Léonard se brouilla avec le pape, il l'emmena en France, chez le roi François, à dos de mule. Un autre les accompagnait : Francisco Melzi, un jeune Milanais de vingt-quatre ans dont Léonard était éperdument tombé amoureux huit ans plus tôt. Le vieux peintre âgé de soixante-quatre ans ne jurait plus que par lui. Il l'appelait "mon assistant" quand il ne voyait plus en Salaï qu'un "serviteur". Il avait même décidé d'en faire son exécuteur testamentaire. Alors, pour se venger d'eux, Salaï eut une idée ; une idée digne du petit brigand qu'il n'avait jamais cessé d'être.
Des mois durant, il fit le siège de Léonard qui, lentement, s'approchait de la tombe. Il le caressa, le choya, le soigna et, les larmes aux yeux, le supplia de lui offrir quelques tableaux qu'il garderait en souvenir de lui, comme cette Joconde qu'il disait tant aimer. Il finit par l'obtenir, La Joconde, et quelques autres encore, comme le Saint Jean-Baptiste ou la Léda. Sitôt qu'il les eut, il s'empressa de les revendre à prix d'or au roi de France, en 1518. Puis il s'enfuit à Milan. Ciao Léonard ! Arrivedeci Salaï ! Gian Giacomo était libre et riche. Si riche qu'il lui en restait encore, six ans plus tard, lorsque, au cours d'un duel, un jour de mars 1524, un carreau d'arbalète lui transperça le coeur.


(D'après l'historien d'art Bertrand Jestaz, Salaï aurait vendu les toiles pour la somme faramineuse à l'époque, de 2 604 livres 4 sols 4 deniers tournois, ce qui pour se faire une idée, correspond à près d'une tonne d'argent. Voir "François Ier, Salaï et les tableaux de Léonard". Revue de l'Art, numéro 1, 1999.)
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mar 2 Aoû - 20:55

Le GarDIen De L'EVeresT

TSEWANG PALJOR, dit "Green Boots", agent de police


Les trois alpinistes indiens Tsewang Samanla, Dorje Morup et Tsewang Paljor ont-ils été les premiers hommes à atteindre le sommet de l'Everest par la voie nord-est, le 10 mai 1996 ?
La question est posée. Si Samanla l'affirma par radio, certains, se basant sur les témoignages de grimpeurs japonais présents au même instant sur le site, pensent plutôt que les mauvaises conditions météorologiques leur ont fait croire qu'ils avaient touché au toit du monde alors qu'ils s'en trouvaient encore éloignés de cent cinquante mètres.
Sommet ou pas, aucun des trois indiens ne reviendra vivant. On ne retrouvera que le corps momifié de Tsewang Paljor, vingt-huit ans, agent de police dans le civil, gisant à 8 500 mètres d'altitude, recroquevillé sur lui-même sous un dérisoire abri rocheux, entouré de plusieurs bouteilles d'oxygène. Trop haut pour être redescendu, il y est encore. Il porte une doudoune rouge, un pantalon bleu et des chaussures vert fluo de marque Koflach. Tous ceux qui entreprennent l'ascension de l'Everest par la voie nord-est connaissent et apprécient "Green Boots", comme l'ont surnommé les premiers alpinistes qui sont passés près de lui sans savoir qui il était. Il leur indique, au moment où ils le rencontrent, qu'ils ne sont plus qu'à trois cent quarante-trois mètres du sommet.

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mar 2 Aoû - 22:35

Le morT De La Tour EIFFeL

ANGELO SCAGLIOTTI, ouvrier funambule


Vendredi 24 mai 1889. Pour impressionner sa femme et ses trois enfants venus lui rendre visite au premier étage de la tour Eiffel où il répare un ascenseur, Angleo Scagliotti monte sur une poutrelle, marche quelques mètres, sourit, et tombe. Il est le premier - et le seul - des deux cent cinquante ouvriers employés par Gustave Eiffel pour la construction de sa Tour qui se soit tué sur le monument.
Depuis cette date, trois cent soixante-dix personnes lui ont (volontairement ou non) emboîté le pas.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mar 2 Aoû - 22:55

Les Dernières Heures De CLéoPâTre

IRAS ET CHARMION, servantes


Marc-Antoine s'était suicidé. Césarion, le fils que Cléopâtre avait eu avec Jules César, avait été précipitamment envoyé à Méroé, en Nubie, avec son précepteur Rhodon. Octave-Auguste, l'empereur de Rome, le neveu et fils adoptif de César, avait gagné. C'en était fini du grand rêve qui avait fait croire à la grande reine d'Egypte qu'elle pourrait, un jour, à force d'amour et d'intrigues, régner sur l'Orient et tenir son royaume à l'abri des griffes acérées de la Louve.

Le 12 août 30 avant J.-C., après avoir été conduite devant son vainqueur vêtue d'une simple tunique, Cléopâtre alla s'enfermer avec ses deux plus fidèles servantes dans la pièce encombrée d'or et de marbre qui allait lui tenir lieu de tombeau.
Durant près de trois heures, Iras, sa confidente, et Charmione, sa camériste, préparèrent leur maîtresse à la mort et à ses retrouvailles avec Marc-Antoine. Elles la baignèrent longuement, la coiffèrent, la maquillèrent, la parèrent de ses bijoux et de ses habits royaux avant de lui servir un repas somptueux au menu duquel figurait peut-être, au milieu des volailles parfumées de cannelle et d'aneth, la soeur jumelle de l'énorme perle qu'elle avait autrefois dissoute dans le vinaigre pour impressionner Marc-Antoine. Puis vint l'heure. Les conditions dans lesquelles Cléopâtre et ses servantes mirent fin à leurs jours divergent : ont-elles, comme le veut la légende, offert leur bras à des aspics cachés dans un panier de figues ? Se servirent-elles plutôt, comme le suggère Plutarque dans sa Vie d'Antoine, d'une épingle creuse remplie de poison qu'elles cachaient dans leur chevelure ? La question reste posée. Mais quel que fût le mode opératoire, le résultat fut le même. Lorsque Octave, inquiet de n'avoir plus de nouvelles, fit défoncer la porte des appartements de Cléopâtre, il trouva cette dernière morte, allongée, sereine, sur un grand lit d'or.
A ses pieds, Iras gisait. Quant à Charmion, chancelante et appesantie, elle arrangeait le diadème autour de la tête de la reine.
"Voilà qui est beau ! s'écria un soldat d'Octave, en découvrant la scène.
- Très beau, répondit Charmion sans se retourner, et digne de la descendante de tant de rois."
Puis elle s'empressa d'aller rejoindre Iras qui, dans l'au-delà, avait déjà commencé à servir sa maîtresse.


(Dans son Histoire naturelle -livre X -, Pline raconte comment Cléopâtre avait gagé avec Marc-Antoine qu'elle engloutirait 10 millions de sesterces en un seul repas. Au cours d'un banquet, elle fit dissoudre dans une coupe de vinaigre l'une "des deux plus grosses perles de tous les temps" qui étaient en sa possession et l'avala. Alors qu'elle s'apprêtait à faire de même avec la deuxième, Lucius Plancus, un proche de Marc-Antoine, arrêta son geste en déclarant qu'elle avait gagné.)
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 3 Aoû - 0:21

https://youtu.be/4rRaxI6dud0
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 3 Aoû - 1:32

L'envoYé De LaPérouse

JEAN-BAPTISTE-BARTHELEMY DE LESSEPS, oncle de et diplomate


Il n'a pu retenir ses larmes, ce 29 septembre 1787, lorsque, après deux ans du formidable périple qui lui a fait sillonner les mers du globe au côté de Lapérouse et de Langle, (Jean-François Lapérouse commandait La Boussole, Paul Fleuriot de Langle, L'Astrolabe) il a dû dire adieu à ceux-ci sur les rives quasi désertiques de la péninsule de Kamchatka, à l'extrême pointe de la Russie septentrionale. Il aurait tant aimé poursuivre l'aventure... Mais Lapérouse, malgré l'affection qui le lie à Lesseps et l'émotion qui lui étreint le coeur à l'idée de l'abandonner sur ces rivages hostiles, est resté ferme. Il tient à ce que son interprète polyglotte (Lesseps, en plus du français, parlait couramment l'allemand, le russe et l'espagnol), âgé d'à peine vingt et un ans, rapporte en France l'ensemble des documents qui ont été amassés durant la première partie de l'expédition : deux énormes caisses remplies de parchemins. Lapérouse y a joint une lettre de recommandation pour Lesseps à l'intention du comte de la Luzerne, ministre et secrétaire d'Etat à la Marine française, et qui dit : "M. de Lesseps, que j'ai chargé de mes paquets, est un jeune homme dont la conduite a été parfaite pendant toute la campagne, et j'ai fait un vrai sacrifice à l'amitié que j'ai pour lui en l'envoyant en France (...) J'ai cru qu'un voyage par terre au travers de ce vaste empire lui procurerait les moyens d'acquérir des connaissances utiles à notre commerce, et propres à augmenter nos liaisons avec ce royaume."

Durant plusieurs heures, assis sur un rocher, Lesseps a regardé les voiles de L'Astrolabe et de La Boussole
s'enfuir dans le lointain, se demandant s'il les reverrait un jour. Puis, lorsqu'il a été certain que les frégates ne reviendraient plus, il s'est tourné vers la terre. Et son extraordinaire voyage a commencé.
Il lui faudra plus d'un an pour rejoindre la France. Un an auprès duquel le tour du monde de Phileas Fogg passerait presque pour une promenade de santé. Accompagné par quelques autochtones, se guidant à la boussole, progressant tantôt à cheval ou en traîneau, tantôt à pied, en barque ou en bateau, Lesseps affrontera vaillamment les seize mille kilomètres d'étendues glacées qui le séparaient de Versailles. Le récit qu'il publia de son expédition, en 1790, fait froid dansl e dos, au propre comme au figuré : températures polaires, manque de bois et de nourriture, dysenterie, peuplades hirsutes et belliqueuses, falaises infranchissables ne furent que quelques unes des innombrables difficultés auxquelles il fut confronté durant les trois cent quatre-vingt-quatre jours que dura son calvaire. Plusieurs fois il crut mourir, comme ce jour-là, où, tombé de cheval dans un torrent glacé, il ne dut sa survie qu'au réflexe qui lui fit agripper la bride. Ou comme cet autre où, jeté à bas de son traîneau lancé à toute allure, la jambe prise dans une lanière, il fut traîné sur la glace sur plusieurs centaines de mètres.
Lorsqu'il arriva enfin à Versailles, vêtu de peaux de renard rouge et de mouflon, le 17 octobre 1788 à 3 heures de l'après-midi, on peina longtemps à le reconnaître. La stupeur passée, on l'emmena ainsi accoutré devant le roi qui l'embrassa, lui donna à manger et à boire et lui offrit, en guise de remerciement pour le service qu'il venait de rendre à la grandeur de la France, le poste de consul à Crondstat, une petite ville russe située sur la mer Baltique (Louis XVI eut à peine le temps de jeter un coup d'oeil aux innombrables documents que l'envoyé de Lapérouse lui avait rapportés au péril de sa vie : au mois de mars 1789, la réunion des Etats-Généraux lui fit brusquement, et à regret fermer le grand livre d'aventures que Lapérouse avait commencé de lui écrire. Le 21 janvier 1793, au moment de monter sur l'échafaud, il se désespérait de n'en avoir toujours pas lu la suite.)

Si les événements de la Révolution ne lui permirent pas de s'y rendre, il retourna en Russie quelques années plus tard, d'abord à Saint-Pétersbourg, en 1802, en qualité de commissaire général des relations commerciales, puis à Moscou, en 1812, au côté de Napoléon et de sa Grande Armée. Il officia là-bas comme intendant de la ville jusqu'à ce que l'Empereur, face à l'hiver qui approchait, décidât de rentrer en France, entraînant dans la mort des centaines de milliers d'hommes. Sera-t-on surpris d'apprendre que Lesseps, une fois encore, survécut à cette horrible traversée ?
Il passa les quelques vingt-deux ans qui lui restaient à vivre sous le doux soleil de Lisbonne où il occupa la charge de consul général de France. Il mourut à l'âge de soixante-huit ans, le 26 avril 1834, non sans avoir eu le chagrin d'apprendre, six ans plus tôt, qu'un capitaine irlandais du nom de Peter Dillon avait retrouvé les restes de l'expédition de Lapérouse, engloutis par douze mètres de fond, devant la petite île volcanique de Vanikoro, dans le Pacifique Sud.


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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 3 Aoû - 10:40

Un DueL surréaLISTe

RENE DAUMAL, écrivain


Au mois de mai 1930, René Daumal, un jeune écrivain rémois âgé d'à peine dix-huit ans, fut provoqué en duel par André Breton. Et même s'il ne s'agit jamais que de se battre avec une plume, ce fut un vrai duel.
Voici les faits ; au cours d'une réunion dans un café parisien, "le pape du surréalisme" reprocha violemment à Daumal et à quelques-uns de ses amis - qui publiaient leurs textes dans une revue à connotation surréaliste intitulée Le Grand Jeu - d'avoir, et à plusieurs reprises, employé le mot Dieu. Il leur tint également grief de préférer Landru à Sacco et Vanzetti, d'avoir soutenu les initiatives d'Artaud au théâtre Alfred Jarry et, surtout, d'avoir "fait l'éloge" du préfet de police Chiappe, véritable bête noire des surréalistes.
Mais pressentant tout de même quelques qualités chez ces jeunes gens qui, comme lui, cherchaient à pénétrer le revers des choses, Breton se montra magnanime et leur proposa, du haut de son insigne grandeur, de rejoindre son groupe.
La réplique de Daumal ne se fit pas attendre. Elle parut, tranchante, dans le numéro 3 de la revue du Grand Jeu sous le titre : "Lettre ouverte à André Breton". Elle vaut son pesant d'or... "En garde... Prêt... Allez !"
Paf ! ... Un coup d'estoc pour commencer ; "Quiconque voudrait, du dehors, attirer l'un de nous avec la conviction naïve qu'il n'a affaire qu'à un individu, ne provoquerait que notre rire."
Zim ! Deux coups de taille pour continuer :
"L'activité surréaliste n'est que confusion, trompe-l'oeil et maladresse" "J'irais vers vous pour me livrer à vos petits jeux de société, à ces dérisoires et piétinantes recherches vers ce que vous nommez improprement le "surréel ?"

Il faut dire queles expériences que Daumal et ses amis (Roger Gilbert-Lecomte, Rolland de Renéville, Roger Vailland, Pierre Minet, Arthur Harfaux, pour ne citer qu'eux) menaient pour tenter de passer de l'autre côté du décor et prendre le goût tout entier de soi-même n'avaient pas grand-chose à voir avec l'écriture automatique et les autres "jeux pittoresques" sur l'inconscient que proposait Breton. Qu'on en juge : tentative de voyage dans l'astral, prises d'opium, expériences limites avec la mort à grandes inspirations de tétrachlorure de carbone, roulette russe, essais de "vision extrarétinienne" sous la responsabilité d'un disciple de Jules Romains...

Non, vraiment, si Breton se figurait que Daumal et ses amis allaient le rejoindre, il se fourrait le doigt dans l'oeil. Et Daumal de conclure d'une formidable touche :
"Prenez garde, André Breton, de figurer plus tard dans les manuels d'histoire littéraire..."

On eût pu croire qu'après cette charge Breton allait mettre genou à terre. Mais l'homme, protégé par une épaisse armure d'orgueil, resta debout. Il regarda les membres de son groupe avec de gros yeux et menaça de passer au fil de son épée toute tordue quiconque sourirait. Mieux même : plusieurs des témoins de Daumal, Roger Vailland le premier, impressionnés de voir que les coups de leur champion ne portaient pas, changèrent d'âme et de camp. Et c'est ainsi que, faute de combattants, l'aventure du Grand Jeu prit fin.
Breton, contre toute attente, et fidèle à son principe d'union des contraires, avait donc remporté le combat qu'il avait perdu. Mais Daumal, bien qu'il ne fût plus là pour le voir (il est mort en 1944, à l'âge de trente-six ans), eut tout de même sa revanche : aujourd'hui, c'est Breton, et lui seul, qui figure dans les manuels d'histoire littéraire.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 3 Aoû - 13:11

La PromeSSe FaITe à FreuD

MAX SCHUR, médecin


Lorsqu'il est entré dans la chambre de Sigmund Freud, ce 21 septembre 1939, Schur a tout de suite vu qu'il n'y avait plus rien à faire. Le cancer qui ronge la mâchoire du célèbre psychanalyste autrichien depuis près de treize ans et qui lui a valu, en plus de passer trente et une fois sur le billard, de porter une énorme prothèse qu'il appelle "le monstre" a fini par avoir raison de ses forces et de sa volonté. Il souffre tellement qu'il a à peine la force de tourner la tête vers son ami médecin et de lui murmurer : "Rappelez-vous votre promesse..."

Cette promesse, Schur la lui a faite onze ans plus tôt, bien avant qu'ils ne s'enfuient ensemble à Londres pour échapper à la barbarie nazie. C'était à Vienne, en 1928.
Missionné par Marie Bonaparte, une patiente, amie de Freud, il était allé examiner le malade chez lui, au 19 de la rue Bergasse : "Promettez-moi, lui avait alors demandé Freud que, lorsque le moment viendra vous ne me laisserez pas souffrir inutilement..."
Schur était un homme de mémoire, et de parole. Il serra la main de son ami et, le plus calmement du monde, lui dit qu'il allait lui donner une sédation adéquate. "Soulagé, il soupira, écrira Schur plus tard dans ses mémoires, et, gardant ma main dans la sienne, il me dit : "Je vous remercie."
Schur prépara une seringue de ceux centigrammes de morphine. Il lui fit une première injection qui eut pour effet immédiat de soulager Freud avant qu'il ne s'endorme paisiblement. Douze heures plus tard, Schur renouvela l'opération. Alors Freud sombra dans le coma. "Personne au fond ne croit à sa propre mort, avait un jour écrit le psychanalyste. Dans l'inconscient, chacun de nous est convaincu de son immortalité." Pour lui, l'illusion prit fin le 23 septembre 1939, à 3 heures du matin.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 3 Aoû - 13:22

Rue roYaLe

FRANCOIS DUTHU et JULIE BÊCHEUR, commerçants


Le 6 avril 2004, François Duthu, pâtissier, entra dans la gloire et dans l'histoire (de la rue Montorgueil, à Paris), en offrant, tout sourires, un gros oeuf de Pâques en chocolat à la reine d'Angleterre de passage dans le quartier. Depuis cette date, un tourniquet placé devant la vitrine de la pâtisserie expose à la vente (pour environ 1 euro et 30 centimes seulement) les clichés de cette royale entrevue.

En 1792, Julie Bêcheur, dite "Rose de mai", une autre marchande de la rue Montorgueil, fut guillotinée par les révolutionnaires pour "acte de sympathie" envers la monarchie. Quelques mois plus tôt, elle était allée trouver Louis XVI pour lui faire part des doléances des commerçantes du quartier des Halles qui se plaignaient des taxes qu'elles devaient acquitter. Elle était revenue enchantée de son entrevue : non seulement elle avait obtenu ce qu'elle voulait, mais le roi l'avait invitée à déjeuner et Marie-Antoinette, trouvant qu'elle ressemblait à sa propre mère, Marie-Thérèse, reine d'Autriche, lui avait même fait la bise avant de partir.
L'histoire ne repasse pas toujours les plats. Heureusement pour la tête de M. Duthu.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 3 Aoû - 14:03

PouDre aux Yeux

JOHN TAYLOR, ophtalmologue


Il a débarqué à Leipzig le 28 mars 1750, dans un carrosse tout décoré d'yeux multicolores et flanqué d'une bannière sur laquelle était écrit en grosses lettres rouges : Qui dat videre dat vivere ("Qui donne la vue, donne la vie").
Cela faisait plusieurs semaines qu'on l'attendait.
Beaucoup, même, n'en fermaient plus l'oeil de la nuit.
Son arrivée avait été annoncée par tous les journaux de la région. Pensez ! L'ancien oculiste du roi d'Angleterre et de Sa Sainteté le pape, le prince de la cataracte, du strabisme et des glaucomes réunis avait choisi de s'arrêter quelques jours à Leipzig pour dispenser son savoir et rendre la lumière aux infortunés que la maladie ou la vieillesse avait plongés dans les ténèbres.

Sur le dépliant que l'ophtalmologue itinérant avait coutume d'envoyer à la presse et aux municipalités peu avant son arrivée, on pouvait lire ceci : "Chevalier John Taylor, Oculiste Pontifical, Impérial et Royal ; Oculiste des Rois de Pologne, de Danemark, de Suède, des Electeurs du Saint-Empire, des princes de Saxe-Gotha, de Mecklembourg, d'Ansbach, de Brunswick, de Parme, de Modène, de Zerbst, de Lorraine, de Saxe, de Hesse-Cassel, de Holstein, de Salzbourg, de Bavière, de Liège, de Bayreuth, de la Géorgie, etc."

Mais tous ces titres ronflants n'étaient que la frime. Alors oui, l'homme avait été parfois amené à s'occuper des mirettes de quelques grands d'Europe; mais ce qui'l se gardait bien de préciser, c'est que, à chaque fois, ces derniers avaient fini par le mettre hors de leurs palais de la même façon que le baron de Thunder-tentronckh avait chassé Candide de son royaume, à grands coups de pied dans les fesses.
Il faut dire que ses méthodes ressemblaient plus à celles d'un bourreau que d'un médecin. Passe encore qu'il enfonçât sans anesthésie sa spatula dans le cristallin de ses patients - tous les ophtalmos d'alors agissaient de même ; mais qui'l badigeonnât le résultat de ses opérations d'une préparation à base de mercure, de sang de pigeon, de sucre pulvérisé, de sels, et qu'il laissât tout ça macérer durant six jours derrière un bandage noir, voilà qui n'appartenait qu'à lui et n'arrangeait généralement pas l'état de ceux qui venaient le consulter.

Mais ce 28 mars 1750, Taylor avait, une nouvelle fois, couru plus vite que sa mauvaise réputation. Tout ce que Leipzig comptait d'aveugles ou de malvoyants était venu le supplier de lui rendre la lumière. A commencer par Jean-Sébastien Bach dont la cataracte avait, au fil des années, rendu ses yeux blancs et vitreux et qui, comme l'écrivit son fils, "mû en partie par le désir de servir Dieu et son prochain des forces toujours vives de son âme et de son corps, en partie par les conseils de certains de ses amis qui avaient grande confiance en ce médecin, voulut remédier à cette maladie".
"J'ai beaucoup travaillé, expliqua u jour modestement Jean-Sébastien Bach. Quiconque travaillera comme moi, pourra faire ce que j'ai fait." Qu'il nous soit permis d'en douter.
En revanche, on peut être tout à fait certain que quiconque aurait travaillé comme Taylor aurait obtenu exactement le même résultat que lui : quatre mois après son opération, Jean-Sébastien Bach mourut d'une infection, complètement aveugle.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 3 Aoû - 17:39

A L'auBerGe Du Bon PasTeur

JOSEPH MEISTER, boulanger-concierge


Tout le monde - ou presque - sait qu'il fut l'un des tout premiers, alors qu'il n'était qu'un enfant, à avoir été sauvé de la rage par Pasteur en 1885 et que c'est en grande partie grâce à ce succès que le biologiste put, trois ans plus tard, ouvrir son célèbre institut, rue Dutot, dans le 15e arrondissement de Paris. Mais tout le monde - ou presque - ignore qu'en 1913, vingt-huit ans après les faits, le petit Meister (devenu grand) s'en revint frapper chez Pasteur dans l'espoir, cette fois-ci, d'être sauvé de la misère; faute de clients, le four de sa boulangerie familiale de Steige (Alsace) n'était plus qu'un gros trou tout noir dans lequel il n'enfournait plus que de la poussière. Pasteur était mort depuis dix-huit ans mais son successeur, le Dr Emile Roux, reconnaissant derrière la moustache, l'enfant à qui il devait aujourd'hui son salaire, offrit bien volontiers à ce dernier une place de concierge.

Tout au long de sa carrière, Joseph s'acquitta au mieux de sa tâche, veillant notamment à réserver à son bienfaiteur la primeur des journaux et des revues scientifiques arrivés par le courrier du matin. Personne n'eut jamais à se plaindre de lui. Une porte grinçait ? Un fusible sautait ? Joseph accourait dans sa blouse blanche à gros boutons, ouvrait sa caisse à outils, se lissait la moustache, ajustait ses lorgnons et, en un tournemain vous réparait tout ça.
Durant tout le temps qu'il passa à l'institut, Meister fut témoin de bien des découvertes ; implication des anticorps sur le système immunitaire (1919), résolution du mystère de la transmission du typhus (1928), mise au point d'un vaccin contre la fièvre jaune (1932)...
Dommage que, parmi tous les grands savants qu'il croisa quotidiennement, pas un seul n'ait jamais songé à mettre au point un vaccin contre le désespoir ; le 13 juin 1940, effrayé par l'avancée des Allemands, Joseph enjoignit à ceux qui étaient devenus sa femme et ses enfants de fuir Paris pour se mettre à l'abri. Sans nouvelles d'eux dix jour plus tard, persuadé, à tort, qu'ils étaient morts, l'ancien boulanger de Steige mit la tête dans le petit trou trou noir du four de son appartement et ouvrit le gaz.
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epistophélès

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 3 Aoû - 19:23

L'OncLe D'ASTérIX

MARCEL UDERZO, frère de


Vous vous souvenez, dans Le Cadeau de César, quand Bonemine, la femme du chef, croise sa rivale, Angine ? Elle lui adresse un "Bonjour" si glacial que des stalactites pendent de la bulle... Eh bien entre Albert Uderzo et son petit frère Marcel, c'est pareil. Sauf qu'avec eux, c'est beaucoup moins drôle. Chaque fois que ces deux-là se rencontrent, c'est gaspacho à la grimace : "Nous ne nous voyons plus, expliquera un jour Marcel, mais nous nous saluons aux enterrements familiaux."

Tout avait pourtant bien commencé entre les deux frangins, un peu comme au début d'une aventure d'Astérix où "tout est paisible dans le petit village que nous connaissons bien". Après avoir travaillé à la fabrique de guitares pour son luthier de père, Marcel, qui possède un bon coup de crayon, s'en alla, dans le milieu des années 1960, rejoindre son frère à Nulliacum (Neuilly-sur-Seine), une banlieue chic de Lutèce, pour lui filer un coup de main sur la saga Astérix. Entre 1965 et 1979, Marcel devait non seulement encrer, lettrer et coloriser seize aventures du petit Gaulois mais également s'occuper, durant cette même période, de tous les droits dérivés de la série en créant des illustrations originales.
Oui, mais voilà. Entre-temps, Tullius Detritus, le semeur de zizanie, allait passer par là avec ses bulles toutes vertes... Et Marcel de raconter :
"En accord avec son scénariste, mon frère ne parlait jamais de moi, ni à l'époque où, par mon travail, je participais à la sortie de deux albums par an, encore moins maintenant. Depuis, plusieurs avocats m'ont suggéré que c'est probablement la peur que je leur demande des droits d'auteur qu'on me planquait dans les placards (sic), alors qu'à l'époque je ne pensais vraiment pas à ça, je voulais juste apprendre mon nouveau métier et faire au mieux. Je me serais seulement contenté d'être reconnu par ces deux auteurs que j'admirais pour leur talent." (Ibid)
Bref, la prochaine fois que vous lirez une BD d'Astérix, ayez une petite pensée pour ce travailleur de l'ombre que fut Marcel. Et si vous craignez de l'oublier, permettez-moi de vous donner un petit truc infaillible, visualisez la scène finale du banquet et dites-vous que le personnage qui apparaît bâillonné et ligoté au premier plan tandis qu'à l'arrière-plan tout le monde bâfre et rigole : c'est lui.
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epistophélès

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 3 Aoû - 19:36

MarDI Des cenDres

RUFUS, aristocrate romain


Il fut sans aucun doute le propriétaire de la fameuse villa des Mystères, à Pompéi, une immense ferme de plusieurs milliers de mètres carrés située un peu à l'écart de la ville, ceinturée de vignobles et couverte de fresques magnifiques. Un esclave farceur a dessiné sa tête de profil sur l'un des murs intérieurs de la maison, à l'aide une pointe dure. Le moins que l'on puisse dire, c'est qui'l n'a pas loupé son patron. Quelle trogne !
L'homme n'est plus de la première jeunesse. Son visage est décharné. Son nez est une "oblongue capsule" que n'aurait pas reniée Cyrano. Il n'a plus de dents, ce qui rend son menton proéminent. Son oeil, surmonté d'un sourcil en forme de parenthèse, semble rêver aux jours anciens. Son crâne chauve, est ceinturé par une couronne de lauriers, signe qu'il appartenait au premier cercle de l'aristocratie romaine.
Lorsqu'il eut terminé son dessin, l'esclave inscrivit au-dessus, comme un grand éclat de rire : Rufus est (Voilà Rufus). Puis, le mardi 24 août 79, le Vésuve emporta tout.
Durant deux mille ans, Rufus et ses fresques dormirent sous une montagne de cendres.
En contemplant aujourd'hui ce petit portrait plein de vie, perdu au milieu d'un immense palais en ruine, on pourrait presque entendre le modèle soupirer, de sa bouche édentée : Fic tranvit gloria mundi ("Ainfi paffe la gloire du monde").


FIN
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JeanneMarie

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MessageSujet: Re: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Dim 7 Aoû - 17:43

Je suis en retard
je m'y mets
Merci Episto
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