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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 Le coiffeur de Marie-Antoinette

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Martine

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MessageSujet: Re: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Dim 24 Juil - 19:44

J'ai adoré Madame Bovary 
Je l'ai au moins lui 50x !!
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epistophélès

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Dim 24 Juil - 23:13

Je ne l'ai lu qu'une fois, et ça m'a suffit. ....... Laughing
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Jean2

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MessageSujet: Re: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Lun 25 Juil - 10:33

Je ne l'ai jamais lu!  Cool
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epistophélès

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Lun 25 Juil - 15:50

ProTo-TinTin

TOTOR, boy-scout


Il est arrivé d'Anvers en Amérique - où l'attendent son oncle et sa tante Pad et Save Hatt, deux gros fermiers du Texas - en 1926, à bord d'un sous-marin de l'US Navy en forme de suppositoire. Durant tout son séjour au Nouveau Monde, notre petit boy-scout ne changera jamais de tenue : chemise à manches courtes (avec deux poches sur le devant), foulard autour du cou, short et grosses chaussettes roulées sur les mollets. Pourtant, vu le nombre et la nature de ses aventures, ça n'aurait pas été du luxe. Qu'on en juge ; à peine arrivé à New York, une voiture le renverse : deux jours plus tard, alors qu'il vient de s'installer chez son oncle et sa tante, à "Rolmopcity", de "naïfs Peaux-Rouges" belliqueux comme pas deux s'emparent de lui et l'attachent, "tremblant comme de la gélatine", à un poteau de torture. Il s'échappe, plonge dans la rivière, trouve un trésor, est recueilli par un "paisible colon", se bat contre un Mexicain et un métis qui transforment ses vêtements "en une dentelle originale", se lance, "sous un soleil favorable à l'éclosion des oeufs de canard", à la recherche de sa tante enlevée par un certain Blackeat, se fait piquer son trésor en route, escalade une montagne, retrouve son trésor, écrase au passage la tête d'un Indien avec une grosse pierre, tire dans la figure d'un autre, saute sur le dos d'un mustang fougueux, arrive juste à temps pour sauver sa tante et rentre à Anvers raconter ses palpitantes aventures à ses amis dans son joli uniforme qui s'est miraculeusement lavé et reprisé tout seul.
En revenant, quelques années plus tard, sur la toute première aventure qu'il a jamais dessinée, Hergé dira : "Ce n'était pas encore de la véritable bande dessinée ; il s'agissait d'une histoire écrite et illustrée avec, de temps en temps, un timide point d'exclamation ou d'interrogation. (...) Cela n'avait ni queue ni tête - il n'y avait pas l'ombre d'un scénario". On ne saurait mieux dire.


SADOU Numa, Entretiens avec Hergé, Casterman.
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epistophélès

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Lun 25 Juil - 16:54

Le DéTraQué De LonDres

ROBERT HUBERT, horloger


On raconte qu'au début de l'incendie qui se déclara chez un boulanger du nom de Farynor (ça ne s'invente pas), Thomas Bloodworth, le lord-maire de Londres, eut ce mot : "Fi ! Une femme pourrait l'éteindre en pissant dessus."
Comme aucune dame, semble-t-il, ne se présenta, le feu s'étendit aux maisons voisines qui, à leur tour, passèrent le flambeau à d'autres et à d'autres et à d'autres.
L'incendie dura trois jours et trois nuits. Au matin du 5 septembre 1666, Londres - qui comptait alors plus d'un million d'habitants - n'est plus qu'un immense champ de ruines et de poutres calcinées : treize mille deux cents maisons et quatre-vingt-sept églises paroissiales sont détruites. Côté humain : dix morts recensés par la police de l'époque ; sans doute plusieurs milliers selon les historiens d'aujourd'hui. Entre soixante-dix mille et quatre-vingt mille sans abri.
Lorsqu'il arriva à Londres deux jours après le début de la catastrophe, Robert Hubert, un horloger français de vingt-six ans, dont les rouages de ses pendules marchaient sans doute beaucoup mieux que ceux de sa cervelle, tenta de s'en attribuer l 'origine. Il prétendit d'abord avoir allumé un feu à Westminster. Mais comme on lui fit remarquer que ce quartier n'avait pas été touché par les flammes, il changea sa version, affirmant qu'il avait jeté deux bombes incendiaires à travers la fenêtre de la boulangerie. Lorsqu'on lui précisa que la boulangerie n'avait pas de fenêtres, il expliqua alors qu'il avait saboté les robinets d'eau et qu'il était une espion français et un agent du pape.
Il fit tant et si bien qu'on finit par croire, non qu'il était l'incendiaire, mais qu'il était habité par le diable. Et comme, de toute façon, on avait besoin d'un bouc émissaire pour calmer la foule des Londoniens en colère, on lui fit un procès expéditif au terme duquel, le 28 septembre, il fut pendu.
Les véritables criminels furent démasqués l'année suivante. Ils étaient trois : la main de Dieu, un grand vent et une saison très sèche.
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MARCO

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MessageSujet: Re: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Lun 25 Juil - 17:59

euuhh je n'ai pas tout compris l'histoire d'Hergé ! 
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epistophélès

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Lun 25 Juil - 18:37

Marco, il s'agit de la première histoire de BD que Hergé avait imaginée mais qu'il n'a jamais dessinée.
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epistophélès

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Lun 25 Juil - 18:47

La méGère non aPPrivoisée

XANTHIPPE, femme de


Elle avait un caractère de cochon, une langue de vipère et une poigne de forgeron. Tout le monde la connaissait à Athènes : la redoutait aussi. Régulièrement, des cris montaient de sa maison. Elle battait et injuriait son mari, un vieillard qui avait quarante ans de plus qu'elle et à qui elle avait donné trois enfants. On racontait même qu'un jour elle lui avait vidé un pot de chambre sur la tête. Le pauvre homme ne disait rien.
Lorsqu'on le croisait dans la rue (il aimait bien se promener), on lui demandait souvent : "Mais pourquoi diable l'as-tu épousée ?" Et Socrate répondait invariablement : "Pour m'exercer à la patience."
*


* L'anecdote est rapportée par Plutarque dans ses Oeuvres morales, t. 1 et 2.
Editions Belles Lettres, 1989 au chapitre "Comment tirer profit de ses ennemis".
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epistophélès

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Lun 25 Juil - 20:46

Au cHeveT De NapoLéon

FRANCOIS ANTOMMARCHI, médecin


"Ignare", "fat", "sans honneur", "langage sans valeur", "manières grossières", "impudent carabin", "imbécile", "n'a apparemment jamais progressé dans la bonne société"... Le moins que l'on puisse dire, c'est que, durant son séjour à Sainte-Hélène, François Antommarchi, le médecin corse que la mère de Napoléon avait missionné pour qu'il prenne soin de son fils, ne fit pas vraiment l'unanimité auprès de la population locale. Entre nous, il y a de quoi.
Lorsqu'il arrive sur la petite île volcanique perdue au beau milieu de l'Atlantique Sud, après plus d'un an d'un pénible voyage, le 21 septembre 1819, cela fait presque quatre ans que Napoléon y croupit. La santé de Sa Majesté est déplorable, le cancer qui le ronge depuis des années rend son teint cireux. Il souffre de terribles douleurs au côté droit, dans la région du foie ; son urine est foncée et nauséabonde.
Mais Antommarchi tarde à mesurer la gravité de la maladie de l'Empereur. Persuadé que "l'auguste patient", comme il l'appelle, ne souffre que d'une simple maladie du foie, il se contente de lui prescrire un traitement à base de mercure, des bains chauds et de grands verres de limonade ou de vin de Porto, avant de s'en aller, l'esprit léger, se promener dans la campagne à dos de mule. "Quelqu'un a-t-il été plus mal soigné que moi par lui ?" se lamente l'Empereur qui n'en finit pas de vomir.
Deux ans après son arrivée, Antommarchi, qui connaît l'île par coeur, demande à rentrer en Europe. "Un imbécile de moins", se réjouit Napoléon que la fièvre ne lâche plus. Pourtant, Antommarchi reste (sans doute les charmes de la femme du maréchal Bertrand y sont-ils pour quelque chose). "Débarrassez-moi de cet homme-là qui est bête, supplie Napoléon entre deux crises de douleur. J'ai fait mon testament ; je lui lègue 20 francs pour acheter une corde pour se pendre." En vain. Antommarchi, joyeusement empêtré dans les jupons de sa maîtresse, ne part ni se se pend.
Enfin, le 5 mai 1821, Napoléon trépasse. C'est en ouvrant son ventre, le 7, qu'Antommarchi découvrira que Napoléon ne s'amusait pas : "Ayant ouvert l'estomac derrière sa grande courbure, j'ai observé qu'il était rempli en partie d'une substance liquide, noirâtre, d'une odeur piquante et désagréable ; ayant ôté le dit liquide, j'ai observé un ulcère cancéreux fort étendu, qui occupait spécialement la partie supérieure de la face interne de l'estomac, et s'étendait de l'orifice du cardia jusqu'à environ un pouce du pilorum." *

"Je trouve que (la médecine) est le métier le meilleur du tous, s'amusait Sganarelle dans Le Médecin malgré lui ; car soit qu'on fasse bien, ou soit qu'on fasse mal, on est toujours payé de même sorte". La note du Dr Antommarchi s'éleva à 18 060 francs et 32 centimes. Elle lui fut intégralement réglée le 17 mai 1821, dix jours avant son retour en Europe.


* Le mercure était alors considéré comme un antidépresseur.

* Ce texte (ainsi que toutes les citations de Napoléon) est extrait des Récits de la captivité de l'Empereur Napoléon à Sainte-Hélène, par le général Montholon, compagnon de sa captivité et son premier exécuteur testamentaire. t. 2, chez Paulin, 1847.
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epistophélès

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Lun 25 Juil - 22:35

Le coiFFeur De MarIe-AnToIneTTe

JEAN-FRANCOIS AUTIER, dit Léonard, coiffeur


Ses perruques étaient tout aussi ridicules que les noms qu'il leur donnait : "poufs". "toquets en lubie", "valgalas", "la belle poule", "qu'es-àquo", "cléopâtre", "coiffure à l'inoculation". C'étaient d'extravagants édifices de deux pieds de haut composés de matériaux plus hétéroclites les uns que les autres (choux, foulards, chemises, pommes, bateaux d'enfant, éponges...) que l'artiste faisait tenir en équilibre sur la tête de ses clientes avec force armatures de fils d'acier. Jamais de plan : "le Marquis", comme on l'appelait alors, travaillait à l'instinct. En 1785, les Parisiennes (qui en avait les moyens) en étaient folles. Elles se pâmaient devant lui comme s'il se fut agi du roi. Après des heures de torture, elles s'en allaient, titubant le plus sérieusement du monde sous le poids de leur tour de Pise capillaire, se promener dans les rues et les salons parisiens.
Sa carrière toucha au sommet lorsque l'une de ses clientes, Mme de Matignon, se présenta devant la reine portant sur la tête un artichaut, une tête de brocoli, une carotte et quelques raves accommodés "à la jardinière".
Marie-Antoinette, plutôt que de s'esclaffer, admira. Et c'est ainsi que Léonard passa, en 1788, à l'âge de trente ans, du statut de coiffeur pour dames à celui, envié, de coiffeur pour reine.
Ce que cette malheureuse ne savait pas, c'est que cet homme qui s'occupait si bien de sa tête allait bientôt la lui faire perdre. Lors de la fuite de la famille royale, en 1791, il fut chargé (pourquoi lui ?) de partir devant pour dire aux dragons chargés d'attendre Leurs Majestés sur la route que la berline royale aurait du retard. Mais plutôt que de s'en tenir au rôle qui lui avait été confié, notre homme, fidèle à lui-même, se monta la tête, affirmant que la voiture ne serait pas là avant le lendemain.
Lorsque le roi et la reine arrivèrent, tout le monde était parti. Les soldats dans une auberge et Léonard sur la route de Verdun. Leurs Altesses attendirent, attendirent et c'est ainsi que les révolutionnaires les rattrapèrent.
En 1793, Léonard ne put se rendre au dernier défilé de la reine, tout occupé qu'il était à exercer son art en Russie où il avait trouvé refuge. De toute façon, il aurait été déçu : la France, toujours à la pointe de la mode, l'avait déjà oublié. On n'aimait plus, désormais, que les coupes bien dégagées sur la nuque.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Lun 25 Juil - 23:35

Le sInGe De PLIne

CAÏUS JULIUS SOLINUS, géographe


Face à Solinus, un géographe romain du IIIe siècle, les plagiaires du monde entier peuvent aller se rhabiller. Pour écrire son De marabilibus mundi (les Merveilles du monde), une sorte de récit de voyage aux quatre coins du globe, Solinus n'eut en effet aucun scrupule à recopier dans l'Histoire naturelle de Pline ce qui lui manquait, c'est-à-dire presque tout. Et pour le peu qui restait encore, il pompa allègrement dans les ouvrages de quatre-vingt-seize autres auteurs (Caton, Zénodote, Cosconius, Cicéron...) dont il ne prit jamais la peine, sinon de les citer, du moins de vérifier leurs sources.
Résultat : son livre n'est qu'un ramassis de fables et de fariboles plus réjouissantes les unes que les autres. Ainsi, à Salamine, il n'est pas rare que des enfants de trois ans arrivent à puberté : en Scythie, certaines femmes ont une double pupille et tuent ceux qu'elles regardent quand elles sont en colère (les hommes, eux, ont tous des pupilles vertes, "aussi voient-ils mieux la nuit que le jour"), en Calabre, un boa se nourrit exclusivement de lait de vache, dans le Pont-Euxin, les thons ont l'oeil droit plus sûr que l'oeil gauche; quant aux Hyperboréens, qui vivent dans des forêts sacrées près du Ptérophore, ils ne connaissent ni discordes ni chagrins et, quand ils en ont assez de vivre, se parfument de la tête aux pieds et vont se jeter en riant dans la mer...
Ce livre légendaire et merveilleux va en inspirer plus d'un, à commencer par saint Augustin qui le cite à plusieurs reprises dans son De civitate Dei (La Cité de Dieu), sans compter tous les autres grands penseurs du Moyen Âge qui, sans s'interroger davantage, verront, dans les innombrables références antiques qu'il contient, un gage de qualité et de sérieux. Durant des siècles, les caméléons ne boiront ni ne mangeront mais se contenteront de humer l'air; les juments portugaises feront des poulains "qui n'ont point d'autre père que le vent"; les hippomanes, ces juments d'airain sur lesquelles "les étalons lancent leurs fragiles talons", continueront de "pisser plus souvent" en période de chaleur et les Siméens, un peuple d'Ethiopie, d'être gouvernés par un roi-chien.
L'ère des grandes découvertes finira par mettre à bas toutes ces étonnantes merveilles en en faisant naître d'autres, bien réelles, elles. Quant à Solinus, ce vilain copieur que l'on surnomma "le singe de Pline", on l'envoya, lui et son livre, retrouver les forêts hyperboréennes où il fait si bon mourir.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mar 26 Juil - 17:54

PseuDO

EMILE PAUL ROMAIN AJAR PAVLOWITCH GARY, écrivain


Ah, la bonne blaque ! Tout le monde y a cru : les éditeurs, les écrivains - à part Raymond Queneau, qui avait flairé qu'il ne s'agissait pas d'un premier roman), les journalistes, le public (mais ça, c'est peut-être le moins surprenant). Personne n'avait encore jamais rencontré Emile Ajar; on n'avait de lui qu'une ou deux photos un peu floues, mais ça n'empêcha pas les convives de Drouant de lui attribuer, le 17 novembre 1975, le prix Goncourt, au huitième tour de scrutin, pour son deuxième roman intitulé La Vie devant soi (aux éditions Mercure de France).
"Le fait que ce ne soit pas un homme physique ne vous a pas gênés ?" demanda une jeune journaliste de la télévision à Hervé Bazin qui sortait à peine de table.
L'auteur de Vipère au poing secoua sa bonne grosse tête de moine et répondit avec élégance : "On s'en fout !". (Journal de 20 heures de TF1 du 17 novembre 1975. Avoir sur le site ina.fr.)
La littérature, de fait, a-t-elle besoin d'un visage ?
La littérature peut-être pas. Mais les journalistes oui. Au bout d'un moment, ils en ont eu assez de ne rien savoir. Ils ont creusé encore. Puis ils ont trouvé. L'homme s'appelait en réalité Paul Pavlowitch. Il avait trente-cinq ans. Il habitait une ferme à Caniac-du- Causse et était marié à la fille de l'ancien directeur de la Caisse d'allocations familiales du Lot. Il écrivait entouré de chèvres. Bucolique tableau ! Mais certains, qui soupçonnaient un surpeint, s'échinaient à gratter la croûte pour découvrir la peinture et le véritable auteur du chef-d'oeuvre qui se cachaient dessous : Raymond Queneau ? Louis Aragon ? Jean Edern Hallier ? Un détenu en cavale ?
Durant près de six ans, et presque autant de livres, Paul Pavlowitch endossa avec une dertaine aisance, il faut bien le dire, le costume d'Emile Ajar que son grand-oncle Romain Gary avait taillé pour lui. Et s'il arrivait, parfois, qu'une déchirure laissât deviner la silhouette de l'ancien prix Goncourt, ce dernier s'empressait de la recoudre avec du gros fil : "J'affirme que je ne suis pas Emile Ajar et que je n'ai collaboré en aucune façon aux ouvrages de cet auteur." (Le Monde du 28 novembre 1975).

Le vêtement craqua en 1981, à la mort du costumier.
Avant de se tirer une balle dans la bouche, Gary laissa un manuscrit, Vie et mort d'Emile Ajar (1981), dans lequel il expliquait tout et qu'il concluait par un bras d'honneur : "Je me suis bien amusé, au revoir et merci."

Depuis cette date, Paul Pavlowitch est redevenu "un homme physique" à part entière. Il a signé trois romans, enseigné dans des prisons, été lecteur au Mercure de France, a collaboré à la défunte revue L'Autre Journal. Mais comme dirait Hervé Bazin :
"ON S'EN FOUT".

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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mar 26 Juil - 20:37

L'assassInaT Du PrésIDenT KenneDY (1)

MARILYN SITZMAN, secrétaire


Abraham Zapruder n'avait d'abord pas pris sa caméra. Ce patron d'une petite fabrique de vêtements pour dames de Dallas en était persuadé ; avec le monde qui allait s'agglutiner sur le parcours, il n'aurait aucune chance d'apercevoir les Kennedy en visite dans la ville, ce 22 novembre 1963. C'est sa secrétaire, Marilyn Sitzman, qui a insisté pour qu'il aille la chercher.
Une fois revenu avec sa Bell & Howell 8 mm, Abraham et Marilyn filent sur Elm Street. Après avoir déambulé un peu, ils finissent par dénicher le coin idéal ; un bloc de béton qui domine la route. Mais Zapruder a le vertige. Qu'à cela ne tienne : Marilyne se mettra derrière lui et le retiendra. Vite ! Car déjà les premières motos arrivent dans leur direction. "Il a commencé à filmer juste avant que la voiture tourne le coin de la rue, expliquera plus tard Marilyne à la télévision. Ils sont arrivés saluant tout le monde. C'est alors qu'on a entendu deux détonations." (Voir l'interview (en anglais) de Marilyn à l'adresse suivante : https.//www.youtube.com/watch?v=FPmZSF1KBp4.


L'assassInaT Du PrésIDenT KenneDY (2)

WILLIAM GREER ET HENRI PAUL, chauffeurs


William Greer a, lui, clairement entendu trois détonations. Il n'a pas fait attention à la première, persuadé qu'il s'agissait du pot d'échappement d'une moto. A la deuxième, trois secondes plus tard, il s'est dit que quelque chose ne tournait pas rond. Il s'est retourné et a vu le gouverneur Connally, affaissé sur la gauche. A l'avant, côté passager, l'agent Roy Kellerman, qui, lui, avait compris qu'on venait de les canarder, s'est mis à gueuler : "Barrons-nous d'ici, vite !" Mais plutôt que d'accélérer, Greer s'est retourné encore une fois, une fraction de seconde avant que la tête du Président n'explose. Alors, enfin, il a appuyé sur le champignon, direction l'hôpital Parkaland.
Trop tard. Trente minutes après son admission, le Président Kennedy était officiellement déclaré mort.
Durant les jours et les années qui suivirent, la presse et le public n'ont pas manqué de revenir sur le comportement du chauffeur ce 22 novembre 1963. Quand certains se contentaient de blâmer son manque de professionnalisme (il aurait pu, au moins, disaient-ils, faire une embardée), d'autres le soupçonnaient d'être directement impliqué dans la mort du Président. Les plus modérés suggéraient qu'il avait ralenti exprès, pour permettre au tireur de mieux ajuster sa cible. Les plus virulents affirmaient que c'est qui, au moment où il s'était retourné la deuxième fois, avait tiré sur Kennedy. Si d'aucuns, parmi ces gens-là, pensaient qu'il avait utilisé un banal calibre 45, d'autres soutenaient qu'il s'était servi d'un redoutable pistolet à gaz mis au point par la CIA, une arme bourrée de composants électriques qui, non content de tirer une bille explosive, injectait une forte quantité de venin de mollusque (sic) dans le cerveau, histoire de ne laisser aucune chance à la malheureuse victime. Quant au mobile, là aussi les Colombo du complot s'écharpaient. Pour les plus rationnels, il avait agi tantôt sur ordre de la mafia, tantôt sur celui de pétroliers texans ; pour les autres, il avait tué Kennedy parce que ce dernier s'apprêtait à faire des révélations fracassantes sur les extraterrestres... Même mort, Greer continua - et continue encore - d'alimenter la rumeur : est-il décédé, dans des circonstances non élucidées, trois mois après Kennedy ou a-t-il succombé à un vulgaire cancer de l'estomac le 23 février 1985 ?

Quelques années plus tard, un autre chauffeur déchaîna de nouveau les passions : celui de Lady Diana, un certain Henri Paul, dont l'alcoolisme chronique n'en finit toujours pas de le disputer à ses liens supposés avec le Mossad ou avec le MI 6. Un seule chose est sûre : lui est bien mort le 31 août 1997 sous le pont de l'Alma. A moins que...
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 27 Juil - 14:12

ATTenTaT Déjoué conTre NapOLéon

GERMAIN, DIT CESAR, conducteur hippomobile


Ah ! Si seulement le président Kennedy et la princesse Diana avaient eu Germain, le cocher de Napoléon, pour chauffeur...
Le soir du 3 nivôse an IX (le 24 décembre 1800), celui-ci conduisait son maître - qui n'était encore que Premier consul - au théâtre des Arts pour assister à la première parisienne de La Création de Joseph Haydn. Comme Napoléon était en retard et qu'il craignait de manquer le début de la représentation, il avait ordonné qu'on poussât les chevaux.
Arrivé à fond de train au débouché de la rue Saint-Nicaise qui donnait sur la rue Saint-Honoré, Germain blêmit. Devant lui, une charrette attelée obstrue le passage; pas le temps de freiner ! Il tire violemment les rênes à droite. Les chevaux hennissent, la voiture fait une violent embardée. Ca va passer, ça passe, c'est passé ! Germain respire.
La course reprend sous les regards médusés des passants. Mais la voiture n'a pas fait cinquante mètres qu'une violente explosion venue de la rue Saint-Nicaise ébranle tout. Les vitres de la berline volent en éclats.
La charrette contre laquelle Germain a manqué s'encastrer tout à l'heure n'était pas là par hasard. Elle contenait une machine infernale bricolée, l'enquête le révélera plus tard, par trois chouans bretons qui tenaient à se débarrasser de Bonaparte. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils y avaient mis les moyens ; si la bombe (un énorme tonneau rempli de mitraille et de poudre) manqua le Premier consul, elle déchiqueta Marianne Peusol, une gamine de quatorze ans à qui les artificiers avaient demandé de tenir la bride du cheval contre 12 sous, arracha les deux seins de Mme Léger, la patronne du Café d'Apollon, qui balayait devant sa porte, tua vingt autres personnes, fit une centaine de blessés et détruisit ou endommagea quarante-six maisons.
"Eh bien, tenta de sourire Napoléon à ses officiers une fois rentré aux Tuileries, nous l'avons échappé belle !" (Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'Empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour, chez Ladvocat, 1830.)
Grâce à ses réflexes étonnants, Germain entra dans la gloire. Quelques jours après l'attentat, cinq cents cochers de fiacres de Paris se cotisèrent pour lui offrir un magnifique dîner dans un restaurant des Champs-Elysées, à 24 francs par tête.
Qu'advint-il de lui ensuite ? Mystère. Mais trente ans après l'événement, son nom, à défaut de sa voiture, circulait encore dans Paris : en 1830, un dramaturge nommé Sauvage en fit le personnage principal d'un vaudeville en un acte intitulé Le Cocher de Napoléon. L'argument, dont on ne sait quelle part il emprunte à la réalité, tenait en quelques lignes : "Réduit à la misère, Germain, ancien cocher de Napoléon, est retiré à Vienne. Il rencontre le duc de Reichstadt, qui vient à son secours et lui donne 10 000 francs." (Almanach des spectacles pour 1831, chez Barba, Palais-Royal, 1831.)
La pièce fut jouée à plusieurs reprises au théâtre de la Gaîté-Lyrique à partir du 27 octobre 1831. Elle remporta, chaque fois, un vif succès. Et l'on espère que Germain, si tant est qu'il fût vraiment pauvre - et toujours en vie -, toucha une partie de la recette.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 27 Juil - 15:16

Van GOGH BraDé

ARTHUR-GUSTAVE RAVOUX, aubergiste


Deux ans après que Van Gogh eut rendu son dernier soupir dans son auberge d'Auvers-sur-Oise, le 29 juillet 1890, Arthur-Gustave Ravoux qui venait d'ouvrir un nouveau commerce dans les Yvelines, à Meulan, ne savait toujours pas quoi faire des deux toiles que Théo Van Gogh lui avait laissées en souvenir de son frère. On aurait dit, de fait, sinon les oeuvres d'un fou (encore que), du moins celles d'un homme en proie à des singularités physiques de l'oeil qui auraient fait la joie des docteurs en ophtalmologie. L'une d'elles représentait plus ou moins sa fille, Adeline, assise de profil en robe bleue, les mains sur les genoux, sur fond bleu lui aussi ; l'autre, la mairie toute tordue d'Auvers le jour du 14 juillet avec, au premier plan, deux arbres tout tordus eux aussi. Il s'en débarrassa pour 40 francs auprès d'un Américain de passage chez lui, un certain Harry Haranson, qui les avait trouvées remisées tout écaillées dans l'arrière-salle de la boutique, au milieu des casiers à bouteilles et des crottes de souris. Mais bien mal acquis ne profite jamais et, longtemps, Ravoux se reprocha de les lui avoir vendues si cher. Il mourut le 3 avril 1914, à l'âge de soixante et un ans, complètement aveugle.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 27 Juil - 16:21

NeSSIe ? SI, SI !

LUGNE MOCUMIN, barbare,
et M. et Mme JOHN MACKAY, hôteliers


Parce que sa barque était partie s'échouer sur l'autre rive du lac, Lugne Mocumin, un membre d'une redoutable tribu de barbares brittoniques (le terme "brittonique" désigne l'ensemble des peuples celtes qui, durant le Ier millénaire avant J.-C., s'établirent en Grande-Bretagne. Leur territoire était limité, au nord, par les rivières Clyde et Forth qui se trouvent aujourd'hui en Ecosse.), a plongé pour aller la chercher. Mais alors qu'il atteignait le milieu du lac, la surface s'est soudain mise à bouillonner devant lui. Il n'a pas eu le temps de s'interroger davantage qu'un monstre énorme a jailli de l'eau et s'est précipité sur lui, la gueule grande ouverte, pour le dévorer tout cru. Heureusement pour lugne, un moine du nom de Colomba passait par là. Ce dernier s'avance aussitôt dans l 'eau, fait le signe de croix et, au nom de Dieu tout-puissant, ordonne au monstre de retourner dans sa tanière aquatique. Ce qu'il fait. Le barbare en est quitte pour une bonne pétoche et une conversion au christianisme aussi rapide qu'imprévue. Saint Colomba n'en était pas à son premier miracle. En cette année 565, il avait déjà changé de l'eau en vin, clamé les tempêtes, multiplié des troupeaux de bétail, détruit des sangliers, rendu des serpents inoffensifs ou entraîné des démons à sa suite en leur faisant miroiter un seau rempli de lait. Quant au monstre, il dut avoir très peur lui aussi puisqu'il ne ressortit la tête de l'eau que mille trois cent soixante-huit ans plus tard, le 14 avril 1933, devant les yeux ébahis d'un couple d'hôteliers de Drumnadrochit de passage dans le coin, les Mackay, qui, contrairement à saint Colomba, s'empressèrent de détaler. Leur témoignage parut quelques jours plus tard à la une du journal local, The Inverness Courier, sous le titre : "Etrange spectacle sur le Loch Ness. Qu'est-ce que c'était ? (Numéro du 2 mai 1931).
Quatre-vingt-deux ans - et quelques millions de visiteurs - plus tard, on s'interroge toujours.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 27 Juil - 16:53

FaIseurs De moDes roYaLes

JACQUES ET GABRIEL DE MONTGOMERY, officiers de la garde écossaise


1515, c'est Marignan. Facile. Mais 1521 ? Qui sait ce qu'est 1521 ? Personne ? Eh bien 1521, c'est Romorantin.
Le 6 janvier de cette année-là, en pleine Epiphanie, ce gros bourg du Loir-et-Cher fut le théâtre d'une tentative de coup d'Etat ; après avoir trouvé la fève dans son gâteau, le farceur comte Charles de Saint-Pol, seigneur de Romorantin, se coiffa d'une couronne en toc et fit savoir à François Ier, qui séjournait non loin de là avec quelques amis, qu'il était désormais le maître du royaume. Mais le roi "au grand nez" ne l'entendit pas de cette (grande) oreille. Aussitôt, il rameute ses troupes et fait sonner le branle-bas de combat. Sus aux félons ! Le comte de Saint-Pol, bien décidé à éviter que son règne à peine commencé ne parte déjà en brioche, rassemble lui aussi ses hommes et distribue les munitions : boules de neige, oeufs et pommes cuites. Ca va barder ! Le combat s'engage. Très vite, les armées du roi légitime gagnent du terrain. Les voici maintenant aux portes du château. Les munitions des parjures, réfugiés au premier étage manquent. La partie est perdue. Il va falloir se rendre. C'est alors que l'un des défenseurs, Jacques de Montgomery, oubliant que l'on joue, s'empare d'un tison ardent et le lance sur les assaillants. Pas de chance, c'est sur le roi qu'il tombe. Voilà Sa Majesté qui se roule par terre, la tignasse et la barbe en flammes. On crie : "Halte au feu !" On étouffe l'incendie. Le roi est vivant (vive le roi !) mais bien amoché. Une partie de son crâne est lisse comme un oeuf et rouge comme l'intérieur d'une figue ; ses joues ont été rongées par les braises. Quel imbécile ce Montgomery ! Son geste ne sera pas sans conséquence sur les affaires du royaume ; Sa Majesté, désormais, portera cheveux courts et barbe longue ; les premiers pour éviter qu'on ne remarque trop sa tonsure, la seconde, ses joues balafrées. La mode est lancée; de ce jour, tous les coquets de France et de Navarre paraîtront ainsi.
Quelques années plus tard, le 30 juin 1559, à Paris, le fils de cet imbécile de Jacques, Gabriel, fut à deux doigts, lui aussi, de bouleverser la mode de son temps. Au cours d'un tournoi, il enfonça sa lance dans l'oeil du roi Henri II, le fils de feu François Ier. "Un gros éclat frappe le front au-dessous du sourcil droit et, déchirant la chair, vient s'enfoncer dans un coin de l'oeil gauche ; plusieurs fragments percèrent l'oeil même..." On banda la tête et l'oeil crevé du roi. Il mourut dix jours plus tard. Tous les coquets lui en surent gré.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 27 Juil - 17:08

Le PenDu De RemBranDT

ADRIAAN ADRIAANSZOON, dit Aris Kindt, bandit


On le pendit à Amsterdam en janvier 1632, à l'âge de quarante et un ans, parce qu'il avait volé un manteau sous la menace d'une arme. Dès qu'il cessa de gigoter, on le détacha et on le conduisit à toute vitesse au Theatrum anatomium du Waag où l'attendait le Dr Nicolaes Tulp pour sa séance annuelle de dissection.
Comme tous les ans, la foule se presse pour assister au spectacle. Ils sont près de trois cents, ce jour-là, à avoir payé leur place, et il se murmure que quelques personnalités font partie du nombre : le philosophe René Descartes, par exemple, mais aussi un jeune peintre prometteur de vingt-six ans du nom de Harmenszoon van Rijn dont on dit que c'est Tulp lui-même qui l'a engagé pour immortaliser sa leçon.
Si personne ne put affirmer avoir vu Descartes, tout le monde, en revanche, a bien vu le peintre. Difficile, de fait, de le manquer. Il est aux premières loges avec tout son matériel. Sur la scène, entouré de sept membres de la guilde des chirurgiens amstellodamois, le Dr Tulp, coiffé d'un grand chapeau noir, commence. La leçon du jour portera sur l'examen des tendons de la main. Après avoir disséqué l'avant-bras et la main gauche d'Aris Kindt, le docteur saisit l'épicondyle latéral du coude (un muscle fléchisseur) avec une pince et tire dessus. Il explique au public comment fonctionnent les articulations interphalangiennes proximales des doigts. La flexion qu'il met en évidence est due à un phénomène appelé ténodèse automatique.
Pendant ce temps, le jeune peintre accumule les esquisses. Celle qui retiendra plus tard comme support de sa toile finale de quatre mètres carrés représente tous ces messieurs de la guilde penchés au-dessus du cadavre tout blanc d'Aris Kindt, cet homme qui n'est plus qu'une chose, absorbés à vérifier dans un gros livre ouvert devant eux (sans doute le De humani corporis fabrica de Vésale) L'exactitude des propos de maître Tulp.
Avec cette oeuvre de commande, Harmenszoon van Rijn réalisa son premier portrait de groupe et reçut près de 700 florins, une fortune pour l'époque. Il l'intitula La Leçon d'anatomie du Docteur Tulp et la signa de son seul prénom : Rembrandt.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 27 Juil - 18:20

Le caron De MOLIERE

COUTHON, gentilhomme


A-t-il alerté par des cris dans la rue Richelieu (dans le 1er arrondissement de Paris), ce soir de février 1673 ? Quelqu'un est-il venu le prévenir ? Comme il habite juste à côté, il n'a mis que quelques secondes à arriver. Lorsqu'il est entré dans la chambre, le spectacle l'a laissé sans voix. Allongé sur son lit, entouré de deux religieuses, son ami Molière se meurt.
On vient de le ramener du théâtre du Palais-Royal où il interprétait Le Malade imaginaire. Il tousse du sang. Il y en a de partout : sur les draps, l'oreiller, le sol même. On explique à Couthon que deux prêtres ont déjà été appelés mais qu'ils n'ont pas voulu venir. On est allé en chercher un troisième. Alors, comme Molière râle, Couthon s'approche de lui, le prend dans ses bras et l'aide à passer de l'autre côté du décor. C'est malheureusement tout ce que l'on sait de lui.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 27 Juil - 18:33

Le PeTIT cHaperon De SaDe

ROSE KELLER, fileuse de coton


Le dimanche de Pâques 3 avril 1768, Rose Keller, une ancienne fileuse de coton originaire d'Alsace, au chômage depuis plus d'un mois, fait la manche devant la basilique des Petits-Pères, à Paris. Un homme d'une trentaine d'années, vêtu d'une redingote grise et d'un manchon de lynx, l'aborde et lui propose un écu si elle accepte de le suivre. Il cherche quelqu'un pour, dit-il, s'occuper de "l'Aumonerie", la maison de campagne qui'l possède à Arcueil. Rose, ce pauvre petit chaperon qui avait grand besoin de manger un peu de galette, se hâta de se jeter dans la gueule du loup.

Après que Rose se fut échappée de la maison d'Arcueil où on tortionnaire avait abusé d'elle, le chirurgien qui l'examina nota : "Toute l'étendue des fesses et une partie du dos sont vergetées et excoriées avec coupure et contusion forte et longue sur l'épine du dos" (voir le site : http://eliedufaure1824-1865.pagesperso-orange.fr/pierreduf.htm), le tout lui paraissant fait par "quelque instrument contondant et tranchant". Il remarqua également des traces de cire fondue sur sa peau et des places d'épidermes enlevés de la grandeur et de la forme d'une pièce de 6 sols. D'après Rose, l'homme l'avait attachée aux montants d'un lit, battue avec une poignée de verges avant de l'inciser avec un canif et de faire couler de la cire rouge et blanche sur ses blessures.
On arrêta le criminel quelques jours plus tard. Il tenta de minimiser l'affaire, affirmant notamment que la jeune femme était consentante, qu'il n'avait utilisé que de la cire blanche et qu'en fait de verges il s'était servi d'une corde à noeuds. S'il parvint, devant les juges locaux, à faire retirer la plainte de Rose contre le paiement d'une somme de 2 400 livres et 7 louis d'or, la justice royale, qui se saisit de l'affaire, le condamna, elle, à six mois de détention et à une amende de 100 livres. Il s'agissait de Donatien Alphonse François de Sade, marquis de son état, que certains esprits, sans doute aussi tordus que le sien, continuent de qualifier de "divin".
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 27 Juil - 18:49

RapporTs éLecTriQues

WILLIAM FRANKLIN, fils de


Il aurait voulu le tuer qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Ce 15 juin 1752, alors que le ciel se couvre et que l'orage gronde, le diplomate-imprimeur-scientifique Benjamin Franklin entraîne son fils William, âgé de vingt et un ans, du côté d'une église de Philadelphie (Pennsylvanie), et lui demande de tenir un cerf-volant au fil duquel il a attaché une grosse clé métallique. Benjamin n'ignore rien des risques qu'il fait courir à son fils. Mais le jeu en vaut la chandelle : avec cette expérience, il prouvera enfin à tous ces imbéciles de la Royal Society que les éclairs ne sont pas constitués de matières inflammables mais sont de nature électrique. En d'autres termes : Abraham avait accepté d'immoler son fils sur l'autel du divin ; Benjamin est prêt, lui, à sacrifier le sien sur celui de la science. (Pour tout dire, William n'est pas son fils légitime : il est né d'une relation adultère avec une femme dont personne ne connaît l'identité. Ceci explique peut-être cela).
L'orage éclate, la pluie tombe, les éclairs zèbrent le ciel. Mais Dieu, caché entre les nuages, veille au grain.
Tout comme il a épargné le fils d'Abraham, il va épargner ce bâtard de William. Une violent décharge électrique touche le cerf-volant puis la clé qui grésille mais, le reste du fil n'étant pas assez humide, ne descend pas jusqu'au garçon.

Durant le reste de sa vie, William ne jouera plus jamais avec l'électricité. Ce qui ne l'empêchera pas de faire des étincelles. Militaire brillant (il obtint le grade de capitaine en 1747), juriste enflammé, il fut, en 1763, nommé gouverneur du New Jersey où il fit montre d'un esprit éclairé en signant notamment la charte pour la création du Collège de la Reine qui deviendra, quelques années plus tard, la plus grande institution universitaire du pays. Farouche opposant à l'indépendance des Etats-Unis, il se disputa violemment avec son illuminé de père qui, lui, ne voulait plus entendre parler de l'Angleterre.
Le courant ne passant plus, il s'exila à Londres puis à Paris, où il s'éteignit le 25 mai 1823.
(On peut, si l'on désire lui rendre hommage, aller allumer une bougie sur sa tombe au cimetière du Père-Lachaise, 4 3e division).
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 27 Juil - 19:03

FamILLe De FêLés

EMILE-ALPHONSE (dit Alphonse) MALRAUX, grand-père de


Longtemps, son petit-fils, l'écrivain André Malraux, prétendit qu'il était armateur et qu'il était mort en se fendant le crâne à d'aide une hache à double tranchant, alors qu'il sculptait la figure de proue de ce qui devait être son dernier navire.
La belle histoire ! En réalité, Alphonse, maître tonnelier originaire de Dunkerque, mourut, en novembre 1909, d'une attaque d'apoplexie dans son grenier, où il entreposait ses bouteilles d'eau-de-vie.

Toute sa vie durant, André Malraux eut, centre autres tics, celui de ne pouvoir s'empêcher de raconter des craques. On n'en finiraitp as de les recenser toutes, d'ailleurs, entre son dossier militaire trafiqué, ses actes de résistance inventés, ses diplômes usurpés, ses rencontres fantasmées avec Mao...
Ceux qui l'admirent - ou qui l'excusent - y voient de l'art : la mythomanie, explique par exemple l'écrivain Marc Bertrand, "affirme le droit de l'homme, le droit de l'imaginaire face à la réalité" ; elle est "une affaire de rivalité entre l'homme et le monde". (BERTRAND Marc, "André Malraux : du mythomane au postmoderne". http://www.lebanesepantheon.org/PDF/Andre%20Malraux%20Du%20)
Sans doute la littérature et les exégètes trouvent-ils leur compte à tous ces mensonges. Et sans doute le brave grand-père Alphonse ne dut-il pas se retourner dans sa tombe en apprenant qu'il était mort en "vieux Viking".
Il y a fort à parier, en revanche, qu'il dut se demander (avec beaucoup d'autres) quel coup son ministre de petit-fils avait lui même effectivement reçu sur le crâne lorsque, au cours d'une visite officielle au Mexique en 1960, il s'en alla expliquer le plus sérieusement du monde aux autorités locales que "la pluie artificielle (était) maintenant un procédé tout à fait au point" ... Chez les Malraux, le plus fêlé des deux n'est pas celui qu'on croit.
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MessageSujet: Re: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 27 Juil - 21:15

Et bien, tu as carburé 
J'en suis encore à Socrate 
Pauvre homme ! 
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Mer 27 Juil - 21:56

Creuseur De rêves

BARTHELEMY PROSPER ENFANTIN, entrepreneur


Moïse avait ouvert la mer ? Lui allait ouvrir la terre.
En janvier 1834, l'entrepreneur français Barthélemy Prosper Enfantin obtient enfin une audience auprès du vice-roi d'Egypte, Méhémet Ali. Il tient à lui faire part d'un projet pharaonique qu'il a mis au point alors qu'il était en France : le percement d'un canal de près de deux cents kilomètres de long qui réunira la mer Rouge et la Méditerranée. D'après Enfantin, ce grand canal dont il étale les plans sur la table royale au milieu des théières et des loukoums ne servira pas seulement à faire gagner huit mille kilomètres aux navires : il permettra enfin, comme dans un rêve, de relier l'Orient et sa foi millénaire à l'Occident et ses techniques nouvelles. Malheureusement pour Enfantin le vice-roi a alors d'autres projets sous son turban. Il hésite entre la création d'une ligne de chemin de fer entre Le Caire et Suez et la construction d'un barrage sur le Nil.
En 1847, Enfantin revient à la charge. Il a, entre-temps, rameuté plusieurs banquiers et rassemblé, au sein d'une société d'études, des dizaines de chercheurs de tous pays (France, Allemagne, Autriche) qui ont notamment prouvé qu'il ne sera pas nécessaire de construire des écluses.
Le vice-roi, cette fois-ci, est tout disposé à l'entendre. Pas de bol : en juillet 1848, Méhémet Ali perd brusquement la raison avant d'être déposé. Enfantin refuse de se laisser abattre : il continue de clamer que le canal sera la première grande oeuvre de la république.
Mais c'est au tour de ses amis chercheurs internationaux de se disputer, incapables de se mettre d'accord sur le nom de celui qui conduira les travaux. Résultat : Enfantin reste seul avec son canal sur les bras. Dépité et désabusé, il rentre définitivement à Paris en laissant un mot cinglant à l'intention de ceux qui, pourtant, le soutiennent encore : "Vous m'embêtez tous !" (Jouve Bernard, L'Eppopée saint-simonienne : Saint-Simon, Enfantin et leur disciple Alexis Petit, de Suez au pays de George Sand. Guénégaud, 2001)

Il mourut le 31 août 1864 d'une congestion cérébrale mais eut néanmoins le temps d'apprendre que le diplomate-ingénieur Ferdinand de Lesseps, qui avait récupéré ses plans (certains laissent entendre que "volé" serait le terme plus exact.) avait commencé à creuser son rêve.
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MessageSujet: Le coiffeur de Marie-Antoinette   Jeu 28 Juil - 19:36

PremIère MancHe

CHARLES DE LAMBERT, aviateur (1)


Mille livres sterling. C'est la récompense qu'offrit le Daily Mail, le 5 octobre 1908, à l'aviateur qui traverserait la Manche le premier. Trente-huit kilomètres de désert liquide. Une immensité pour les uns ; un suicide pour les autres... Neuf mois plus tard, ils sont trois sur les rangs : Hubert Latham, quarante-quatre ans, sur Antoinette IV, Louis Blériot, trente -sept ans, sur Blériot XI (on n'est jamais si bien servi que par soi-même), et le comte Charles de Lambert, un Français d'origine russe de quarante-quatre ans, sur Wright Model A. Lambert à tout sacrifié sur l'autel de sa passion pour l'aviation : sa femme Louise, qui a demandé le divorce, sa fille Jane, qui est désormais élevée par un autre, et une bonne partie de sa fortune. Cette espèce d'Ernest Laverdure à moustaches et à casquette à oreilles n'a peur de rien.
Le 27 juin 1909, il est devenue le premier pilote à survoler les Pays-Bas. Encore que survoler ne soit pas le terme exact : disons plutôt qu'il a réussi à décoller, ce qui n'est déjà pas si mal, et à rester trois minutes en l'air.
Chacun s'élancera à tour de rôle, dans l'ordre des inscriptions. Un contre tous, tous contre un ! Le 19 juillet, à 6 h 47 du matin, Latham s'envole le premier. Concurrent sérieux, il a déjà traversé la Manche en ballon avec son cousin Jacques, en 1905. Mais à dix-huit kilomètres des côtes françaises, patatras ! Un problème de filtre à essence le force à amerrir en catastrophe. Le 25, à 4 h 15 du matin, c'est au tour de Blériot. Un signe de la main à son constructeur Alessandro Anzani venu l'encourager, et... c'est parti ! Mis au courant du départ de son dernier rival, Lambert, basé dans la baie de Wissant, à deux pas de Boulogne-sur-Mer, se frise tranquillement les moustaches. Il est confiant : en deux ans, Blériot s'est écrasé trente-deux fois. Ce serait bien le diable si...


DeuxIème mancHe

CHARLES DE LAMBERT, aviateur (2)


La déception de Lambert fut de courte durée. Quelques mois seulement après que Blériot lui eut soufflé la victoire, il prit sa revanche en étant le premier à survoler la tour Eiffel et en terminant quatrième au Grand prix de Champagne de la plus longue distance parcourue sans ravitaillement (116 kilomètres).
Puis, redescendu sur le plancher des vaches, il engloutit ce qui lui restait de vie et d'argent dans la mise au point d'hydroglisseurs - un moyen autrement pratique et sûr pour traverser le Channel - qu'il tenta de vendre aux pouvoirs publics et à l'armée. Mais ses engins faisaient tellement de boucan que personne n'en voulut.
Il mourut dans la misère, oublié de tous, le 26 février 1944, à l'âge de soixante-dix-huit ans.
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