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 PIERRE LOTI ETAIT

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epistophélès



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MessageSujet: PIERRE LOTI ETAIT    Ven 12 Déc - 13:21

UN MYSTIFICATEUR.


Quand on lui demandait s'il était d'une famille de marins, Pierre Loti répondait de sa petite voix douce :
- Oui ! Un de mes oncles fut mangé sur le radeau de la Méduse.
Et tout le monde s'esclaffait.
Or, c'était vrai.

Son oncle, Jean-Louis-Adolphe Viaud, après avoir survécu au naufrage du navire sur lequel il était mousse, avait été dévoré par un officier qui aimait les enfants.
Ayant à la fois l'amour de la marine, le culte de la famille et le sens de l'humour, Pierre Loti adorait raconter l'histoire de cet oncle comestible.
Il est vrai que sa fantaisie, on l'ignore généralement, était absoument déroutante et faisait de lui l'homme le plus cocasse de son temps.

Il était né en 1850 à Rochefort-sur-Mer et s'appelait Julien Viaud. C'était un enfant timide et délicat qui lisait chaque soir quelques pages de la Bible. Très pieux, il eut à dix ans un moment d'exaltation religieuse. Déjà excessif sans ses ambitions, il annonça qu'il voulait être martyr !...
Ses parents qui trouvaiente cette profession un peu trop libérlae et sans avenir, parvinrent à le détourner de son projet. Renonçant à l'auréole, pour un paradis plus accessible, il devint, à quinze ans, l'amant d'une jeune gintane "dans un ravin moussu où bourdonnaient des libellules".
Cette initiation émerveilla l'adolescent qui adorait les insectes. Dès lors, il n'allait plus cesser de s'intéresser aux femmes.

A seize ans, il entra, malgré sa taille minuscule, à l'Ecole navale, le coeur gros d'une passion nouvelle, extravagante et d'ailleurs sans espoir : il était tombé amoureux de l'impératrice Eugénie.
Ayant passé ses examens, l'aspirant Viaud embarqua sur le Jean-Bart et commença autour du monde un long périple qui devait durer quarante-deux ans. Il découvrit alors, avec ravissement, Alger, Lisbonne, Rio, Buenos Aires et New York où il causa un curieux scandale.
Il avait été invité au banquet d'une Société de Tempérance. On y but naturellement très peu de vin, mais sans doute était-ce encore trop pour l'aspirant, car on dut le faire reconduire chez lui par deux policemen.
Il était ivre mort...

En 1871, il aborda à Tahiti où les Maoris, à qui les missionnaires n'avaient pas encore enseigné la chasteté, pratiquaient leur sport favori avec la plus candide impudeur. Rendues insaztiables par un climat aphrodisiaque, les femmes usaient de subterfuges habiles pour faire pénétrer les marins dans leur intimité.
L'aspirant Viaud fut ébloui.
Et rapidement, on s'en doute, il se fit d'agréables mais exténuantes relations...


N'ayant pu approcher l'impératrice Eugénie, il se consola en gagnant l'affection de la reine Pomaré.
Un soir, elle lui demanda de se mettre au piano. Toujours facétieux, il lui joua L'Africaine... La reine fut émerveillée. Elle le baptisa Loti, qui est le nom de la rose en tahitien. On était le 25 janvier 1872 et l'aspirant Julien Viaud ne se doutait pas que, dès lors, ayant un autre nom, une nouvelle carrière s'ouvrait devant lui.


Mais les temps n'étaient pas venus, et il partit pour le Sénégal où il s'éprit de la femme d'un haut fonctionnaire français. Amour secret qui le congestionna et pour lequel il dut chercher quelque apaisement avec une belle créole. Hélas, celle-ci était déjà la maîtresse d'un spahi qui apprit un jour l'existence de Loti.
Furieux, il le convoqua à minuit près d'un cimetière.
L'aspirant s'y rendit, prêt à réparer l'affront par les armes. Mais en arrivant sur le lieu du combat, il trouva son rival, azssis sur une borne au clair de lune et anéanti par le chagrin. Comme il avait l'âme sensible, ce spectacle le bouleversa et il éclata en sanglots.
- Pardon ! dit-il en embrassant les mains du spahi.
Puis ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre et pleurèrent ensemble
Ce fut son seul duel.
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epistophélès



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MessageSujet: PIERRE LOTI ETAIT   Ven 12 Déc - 14:37

Tous ces voyages ne l'avaient pas fait grandir et il en souffrait. Rentré en France, il chercha à se développer en fréquentant l'Ecole de Joinville. Pour paraître un peu mois petit il portait des chaussures à talons hauts, marchait à petits pas saccadés, et se tenait très droit, ce qui lui donnait une allure un peu guindée. Devenu célèbre, il dira : "J'abandonnerais toute ma gloire, tout mon génie, pour être bâti sur le patron de ces grands gaillards basques qui font la contrebande de l'alcool."
Joinville lui donna du goût pour la gymnastique. Il y apprit à exécuter des numéros de voltige sur les barres parallèles dont il aimera, plus tard, étonner ses admiratrices.
Cette passion le poussa à fréquenter les cirques ambulants. A différentes reprises, il prit même part au spectacle, se tenant debout sur un cheval, sautant dans des cerceaux ou des ronds de papier. Il entrait aussi dans les baraques de foire pour y affronter les athlètes...
Un jour, à Toulon, il fit un numéro de clown cascadeur dans un habit multicolore et, bondissant sur des trapèzes, grimpant en haut d'un mât, remporta un triomphe. La foule lui jeta des bouquets, des oranges, des jouets, et l'un des acrobates professionnels lui dit :
- Quel dommage que Monsieur ne soit pas des nôtres !
Compliment qui le fit rougir de plaisir.


Quelques années plus tard, alors qu'il représentait l'amiral dans un concours de gymnastique, il proposa au jury de fournir lui-même le thème de l'exercice.
Retirant son bicorne et son sabre, mais gardant ses épaulettes, il bondit sur la barre fixe et, sous les yeux de la foule ébahie, il exécuta avec une incomparable maîtrise une série de pirouettes et de redressements extrêmement savants. Après quoi, il remit son bicorne, rajusta son sabre et regagna son fauteuil présidentiel...

En 1876, il reçut l'ordre d'aller à Salonique. C'est là qu'il allait connaître le grand amour de sa vie et, du même coup, sa première héroïne littéraire, la petite Circassienne Hakidjé, dont il fera Aziyadé. Elle avait seize ans, des yeux verts et des cheveux noirs. Comme elle vivait dans un harem, il fit des prodiges pour qu'elle pût sortir chaque soir.
Alors, il quittait le bord du Gladiateur, enlevait son uniforme, se déguisait en pacha turc et la retrouvait dans une barque remplie de tapis soyeux. Bercés par la mer, ils passaient des nuits enivrantes à se savourer sans prononcer un mot.
Au bout d'un mois, ils soufflèrent un peu et se demandèrent leurs noms par l'intermédiaire du batelier. En apprenant qu'il était officier de marine, la jeune Hakidjé se lamenta, disant qu'il allait sans doute la quitter bientôt. Il soupira, "en ayant au fond des yeux toute la tristesse du monde". Elle lui proposa alors de se jeter avec elle dans la mer pour en finir tout de suite. Solution qu'il accepta.
Déjà ils se penchaient ensemble, étroitement enlacés, quand le batelier les retint :
- Ne le faites pas ! Ce serait un affreux baiser ! En se noyant, on se mord et l'on fait une horrible grimace !
L'idée d'une fin aussi épouvantable fit peur à Loti qui rentra en France pour deux ans. Un jour, une lettre lui apprit la mort d'Hakidjé. Fou de douleur, il rassembla les notes de son journal, et son chagrin prit la forme d'un livre que publia Calmann-Lévy sans nom d'auteur.
C'était Aziydé...


Malgré le succès remporté par ce premier roman, Loti songea à se retirer du monde et il fit une retraite à la Trappe. Là, il entendit un Frère qui lisait un texte de saint Bonaventure ! "J'ai dit à la pourriture : vous êtes ma mère, et aux vers : vous êtes mon père et mes frères."
Epouvanté à l'idée d'avoir une telle famille, il rentra dans le siècle !
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epistophélès



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MessageSujet: PIERRE LOTI ETAIT   Ven 12 Déc - 17:59

Encouragé par Juliette Adam, il publia Le Mariage de Loti, signé " par l'auteur d'Aziyadé", puis Le Roman d'un spahi. C'est alors que Le Figaro révéla son identité.
Promu lieutenant de vaisseau, devenu écrivain à la mode, Pierre Loti n'en garda pas moins le goût des farces et des mystifications.
Installé dans son cabinet de travail, il faisait descendre par la fenêtre des petits paquets soigneusement faits et attachés par un fil qu'il tirait précipitamment dès qu'un passant se baissait pour les ramasser.
D'autres fois, lorsqu'une dame de Rochefort passait sous une ombrelle, il lui jetait une poignée de plombs de chasse qui crépitaient sur la toile, affolant la malheureuse.
Il bombardait aussi les passants avec des queues d'asperges, il tirait les sonnettes ou encore, raconte un de ses contemporains, "s'amusait à jeter dans les jambes des particuliers des rats en carton".
Ce goût de la mystification se retrouve dans la manie qu'il avait de se déguiser. Il adoptait le costume national de tous les pays qu'il visitait. On le vit en Bédouin, en Turc, en Albanais, en Hindou. Il porta le pagne, le burnous, la robe japonaise. Et à Rochefort même, où il se retirait entre deux voyages, les braves Charentais le rencontraient tantôt avec un fez, tantôt avec un turban.


Parfois il se collait une fausse barbe et s'en allait, revêtu d'une blouse d'ouvrier, courir les bouges de la ville. A la Comédie-Française, on le vit, un soir, au premier rang, en uniforme de simple matelot, col bleu et pompon rouge A u cour d'une soirée mondaine, il arriva habillé en divinité égyptienne.

On sait qu'il se maquillait. Le rouge qu'il se mettait aux joues et aux lèvres, le bleu dont il se cernait les yeux étonnaient les bourgeois.
A Rochefort, il organisait des dîner Louis XI où les invités devaient venir en costume d'époque et parler le français du XVe siècle. Tout était d'ailleurs extraordinaire chez lui, et sa maison comportait une salle gothique aux proportions exagé"rées, un appartement arabe, une pagode et une mosquée où se trouvait une reproduction exacte de la tombe d'Hakidjé.
Son penchant pour la farce se doublait d'un goût enfantin du mystère. A Paris, il croyait brouiller sa piste en descendant à l'hôtel (le même pendant trente ans) sous le nom de M. Daniel. Cette manie faisait dire à Léon Daudet : "Loti a un côté rocambolesque, il prend des noms supposés pour aller acheter un petit pain ou essayer un chapeau..."

Après s'être marié deux fois, d'abord au Japon pour "la durée du séjour" avec Mlle Métal dont il fit Mme Chrysanthème, puis définitivement en France avec Mlle Jeanne-Blanche Franc de Ferrière, il fut reçu à l'Académie Française. Là, il stupéfia l'auditoire en déclarant dans son discours de réception :
- Messieurs, je ne lis jamais !...


Abandonnant pour un temps la Vendée, il s'installa au pays basque, à Ascain, où il vécut une aventure ardente qui lui donna le thème de Ramuntcho. Puis il se mit à faire de la contrebande. A ce moment, l'Académie, pour éloigner ce membre décidé"ment trop remuant, l'envoya remettre les palmes académiques au maharadjah de Travancore. Là encore, il faillit causer un scandale. A la place de la boîte qui contenait la décoration, il avait emporté une autre boîte identique qui contenait une seringue...
Par bonheur, il s'en aperçut à temps.
Pondichéry lui plut beaucoup. Il félicita le maharadjah :
- C'est très joli, on dirait Rochefort !...

Puis il partit pour la Perse à dos d'âne. L'absence de toute trace de civilisation moderne l'émerveilla.
Dans chaque village qu'il traversait, il réunissait les notables et les complimentait de n'avoir poins de locomotive. Les braves Persans remerciaient, mais demeuraient perplexes car ils n'avaient jamais entendu parler des chemins de fer.
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epistophélès



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MessageSujet: PIERRE LOTI ETAIT   Ven 12 Déc - 18:13

Enfin, il se rendit à Constantinople où une aventure peu ordinaire l'attendait. Trois jeunes femmes, dont une française, Mme Léra (en littérature Marc Hélys), s'amusèrent à le duper d'une façon fort peu délicate.
Se faisant passer pour trois jeunes Turques séquestrées dans un harem, elles lui donnèrent des rendez-vous clandestins dans des endroits mystérieux où elle arrivaient voilées. Loti, qui adorait ce genre d'aventure, crut vivre une intrigue réelle, et, de cette triste supercherie, naquirent les Désenchantées. Il ne sut jamais la vérité et Mme Léra ne se vanta de son exploit qu'après la mort de l'écrivain.

En 1914, atteint depuis quatre ans par la retraite, il voulut reprendre du service et demanda au ministre de lui donner "même un poste très en sous-ordre".
Mais le ministre de la Marine refusa de l'engager comme mousse à soixante-quatre ans et lui confia d'importantes missions sur le front et en Italie.
En 1923, à demi paralysé, il mourut dans sa maison d'Hendaye et toutes les femmes du monde pleurèrent Loti l'enchanteur, Loti dont on devrait dire, comme le suggère Sacha Guitry : "Vivait jadis un écrivain que l'on admirait tellement dans son pays qu'une escadre l'accompagnait quand il faisait le tour du monde..."
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MARCO



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MessageSujet: Re: PIERRE LOTI ETAIT    Dim 14 Déc - 20:56

J'étais allé sur ses traces à Istanbul ... de beaux endroits ..
De beaux moments ! 
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MessageSujet: Re: PIERRE LOTI ETAIT    

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