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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 Pierre Bellemare

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epistophélès

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MessageSujet: LA TANTE JEANNE   Mar 15 Mai - 0:18

Ecoutez, petits enfants, l'histoire de l'ogresse de la Goutte d'Or. Elle a de quoi vous empêcher de dormir.
En 1905, la Goutte d'Or est, dans la bonne ville de Paris, un quartier bien célèbre, où Emile Zola trouva de quoi alimenter nombre de ses romans.
A l'époque, dans ce quartier du dix-huitième arrondissement, près de la gare du Nord, on ne trouve que voies ferrées, usines, ateliers, maisons basses et noires de fumées. Rien de bien touristique.
Les habitants, pour la plupart des ouvriers, y vivent surtout le soir, envahissant les bistrots sordides, le "caf'conc'" enfumé de la Fauvette et, le samedi soir, le théâtre Montmartre. Les rues y portent des noms évocateurs : le passage de la Goutte, la rue du Pré-Maudit.
Au 8 bis du passage de la Goutte justement, vit un ménage, les Weber. Lui est ouvrier au salaire confortable : 10 F par jour. A l'époque, c'est une bonne paye. L'épouse tient la maison.L es voisins les connaissent bien, tout le monde se connaît bien, d'ailleurs, dans ce quartier où l'on vit autant sur le pas de la porte qu'à l'intérieur.
Tout le monde connaît aussi Jeanne, une femme seule. On la plaint. Pensez donc, deux de ses trois enfants sont morts en bas âge. Il ne lui en reste qu'un, un petit Marcel de sept ans, malingre et souffreteux. Une bien grande misère. Evidemment, on voit souvent la Jeanne, une bouteille de "rouge" sous le bras, et, "des fois", le soir, elle a bien l'air un peu "égaré". Que voulez-vous ! On se console comme on peut. Et puis, un petit coup par-ci, un petit coup par-là, ça n'a jamais fait de mal à personne, pas vrai ? Au contraire ! Ca console de bien des malheurs.
De sa fenêtre, souvent, la Jeanne regarde dans la rue les enfants qui jouent, qui courent. Les tout-petits surtout. C'est si beau, un tout petit qui tremble sur ses jambes et marche en biais, les mains en avant, les yeux rieurs, en cherchant les jupes de sa mère. On le voit bien, par moments, Jeanne a des envies irrésistibles de tendre le bras, de saisir le poupon, pour l'embrasser, sûrement.
"Ca lui rappelle trop sa petite dernière. Morte à vingt mois ! C'est dur pour une femme qui aime tant les enfants !" "Elle les aime tellement qu'elle est toujours prête à les garder. Pour ça, elle est bien serviable. Et on peut avoir confiance."
C'est vrai. Jeanne est toujours prête à rendre service et à garder les bambins encombrants. Ceux de sa belle-soeur, par exemple. Et aujourd'hui, justement, c'est jeudi, jour de lavoir. La belle-soeur a fort à faire en lessive, avec deux bébés, deux petites filles, Suzanne, trois ans, et Georgette, dix-huit mois.
"Jeanne, veux-tu les garder ? J'ai deux corbeilles pleines à laver. J'en ai au moins pour deux heures."
Jeanne veut bien :
"Prends ton temps ! Et ne t'inquiète pas, je m'en occuperai, sois tranquille, j'ai l'habitude !"
Rassurée, la mère s'en va jusqu'au lavoir des "deux amies", une corbeille sur chaque hanche. Entre les potins et la lessive, elle rentrera à la nuit, juste à temps pour la soupe.
Jeanne a refermé sur elle la porte du logis de sa belle-soeur, rue du Pré-Maudit, et s'est installée dans la cuisine près du poêle à charbon. Pour mieux les surveiller, elle garde les deux enfants dans la pièce. La plus grande, Suzanne, dont les trois ans arrivent à peine au niveau de la table de la cuisine, joue avec une poupée de chiffon multicolore. Elle la couche, la borde, l'habille, la déshabille sans relâche. Elle ressemble déjà à une petite bonne femme, avec son air sérieux et sa tranquillité silencieuse. Georgette, le bébé gazouille dans son berceau d'osier. C'est une enfant gaie, au sourire plein de fossettes, dont les rondeurs et le teint rose attirent l'oeil. Elle gigote, tirant avec obstination sur l'un de ses chaussons.
Jeanne est assise, immobile, le dos droit, comme on la voit souvent se tenir. Elle n'a pas amené d'ouvrage, ses mains sont posées sur sa robe, la paume en l'air, comme des instruments inutiles (cela aussi est une attitude familière qui sera rapportée). Elle a l'air attentif et bête à la fois. On pourrait dire : "bonasse".
Jeanne n'est pas belle : un front rectangulaire, des sourcils minces aux arcades gonflées, des yeux noirs écartés, un nez épaté, une bouche tombante et un menton lourd. Le tout est posé sur une absence de cou, et des épaules boulottes. Totalement disproportionnée sur deux grandes oreilles minces, pendent deux petits anneaux d'or. Seul le regard, noir et dur, tranche sur ce visage mou. Nous pouvons imaginer ce regard qui bouge, fait le tour de la pièce, objet par objet, scrute lentement, puis se pose à nouveau. Pour la énième fois, la petite Suzanne habille sa poupée. Jeanne l'observe un moment. Dans son berceau, le bébé a cessé de s'agiter. Alors, Jeanne se lève et tire sa chaise près du petit lit, tout près. Elle surveille l'enfant qui s'endort.
courante et le claquement des battoirs, la mère s'active de la langue et du bras. Un monticule de linge blanc, vigoureusement tordu, emplit déjà l'une des corbeilles. Une bonne heure a passé. Soudain un appel retentit et résonne en écho sous la voûte :
"Mâme Weber ! Mâme Weber !"
Essoufflée par la course, tenant ses jupes à pleines mains, Mlle Pouche, une voisine, est entrée un courant, faisant se redresser d'un seul coup les dos courbés sur l'ouvrage.
"Qu'est-ce qu'il y a ? Le feu ?"
Reprenant péniblement son souffle, la messagère explique d'une voix entrecoupée :
"C'est la petite. Elle est malade. Elle étouffe, Jeanne vient d'appeler au secours. Dépêchez-vous !"
Plantant là ses torchons, la mère s'élance, affolée, et remonte en courant la rue de la Chapelle, suivie par une horde de femmes curieuses de l'événement et qui envahissent, derrière elle, le logement.

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MessageSujet: LA TANTE JEANNE   Mar 15 Mai - 1:10

La petite fille est étendue dans le berceau posé sur le grand lit de la chambre blanche d'étouffement, ses grands yeux fixant le plafond. Penchée sur elle, la tante Jeanne, une main glissée sous la petite chemise, épie les battements de son coeur.
La mère se précipite, s'empare de l'enfant, qu'elle arrache littéralement à son berceau et se met à la secouer désespérément en criant : "Elle est morte ! Elle est morte !"
Soudain, l'enfant a un hoquet. Le petit visage se crispe, la bouche s'ouvre, cherchant désespérément de l'air. Quelques râles, puis les pleurs libérateurs.
Elle respire à nouveau, difficilement, s'étrangle, mais elle vit ! Aussitôt, un brouhaha de soulagment monte du groupe des voisines accourues.
"C'est la la première fois qu'elle a des convulsions", dit la mère pâle d'émotion.
Silencieuse, Jeanne ne dit rien. En y regardant de plus près, on pourrait lui trouver un air bizarre. Elle fixe l'enfant comme si... Mais on met cela sur le compte de l'émotion. Et, bientôt, elle se mêle naturellement à la conversation des commères qui se séparent sur le pas de la porte.
Interrompue dans sa lessive, qu'elle a laissée sur place, la mère doit retourner au lavoir. Après s'être assurée que l'enfant est bien calmée, elle la confie de nouveau à Jeanne, et repart, à demi-rassurée.
Trois quart d'heure après, un nouvel appel retenti sous la voûte du lavoir.
"Mâme Weber !"
C'est la même Mlle Pouche, en larmes cette fois et qui, toute tremblante, n'ose pas en dire plus.
D'une voix blanche, la mère demande :
"Georgette ?"
Accablée, Mlle Pouche fait un signe de tête. A nouveau la mère s'élance comme une folle et pénètre en trombe dans la maison pour s'arrêter pile devant le berceau. Le bébé est étendu sur le dos, poings crispés, tête en arrière. Le visage et le cou sont violets. Cette fois, il est mort, Jeanne est toujours là, effondrée sur une chaise, le front couverte de sueur, l'oeil hagard. Il n'y a plus rien à faire.
Une bonne semaine après la mort de la petite Georgette, les parents Weber , qui ne sont toujours pas remis de leur émotion, surveillent avec inquiétude leur fille aînée. Ils viennent de la surprendre, jouant avec une bouteille de sirop d'éther à moitié pleine. La mère remet le flacon en place.
"Il ne manquerait plus qu'elle s'empoisonne."
Mme Weber est inquiète. Le médecin n'a pas précisé de quoi était morte la petite Georgette. Les traces violettes sur le cou du bébé ne l'ont pas inquiété. Il a parlé de mauvaise bronchite, de convulsions. Et la mère a peur pour Suzanne, l'aînée. Qui sait si une mauvaise maladie ne rôde pas dans la maison. Mais la petite fille, insouciante, semble en bonne santé. Comme d'habitude elle joue avec sa poupée, assise par terre sur une vieille couverture.
Cet après-midi, la tante Jeanne doit venir la garder. Lorsqu'elle arrive, la mère fait ses recommandations. "Surveille-la bien. Elle a pris goût à ce sirop d'éther, j'ai peur qu'elle ne l'attrape si tu as le dos tourné".
Puis les parents sortent et Jeanne se retrouve seule avec l'enfant. Une demi-heure après, un camarade de Pierre Weber vient le chercher à l'établi. "Il faut que tu rentres chez toi, ça ne va pas. La gosse est malade."
C'est au tour du père de regagner la maison en courant, pur découvrir sa fille souffrant apparemment des mêmes symptômes que la cadette.


Bon, vous laisse en suspens. Je clignote des gneux. Vais Sleep A demain Exclamation
De toute façon, à c'heure-ci, vous ne devez pas être nombreux à bouquiner Exclamation ...... Very Happy
Bibizzzzzzzzzzzz lunaires.
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MessageSujet: LA TANTE JEANNE   Mar 15 Mai - 21:12

Membres contractés, dents serrées, visage violet, elle étouffe. M. Weber pense immédiatement au sirop d'éther et tente de faire vomir la petite fille. Il y réussit et l'enfant se calme. Au bout d'une demi-heure, Jeanne le rassure et le renvoie à son travail.
Les heures coûtent cher et la petite va mieux. Le père se laisse convaincre et repart.
Une heure après, on revient le chercher et il arrive juste à temps pour voir mourir Suzanne dans les bras de Jeanne. En une semaine les deux enfants Weber sont morts d'une étrange maladie, dont le seul indice visible semble être ces taches violettes à la base du cou. Mme Weber n'en peut plus. Le chagrin l'écrase, mais un soupçon lui vient qu'elle confie à son mari :
"C'est bizarre quand même. Le cou de la petite était tellement marqué que Jeanne lui a mis un foulard. Si le médecin n'a pas délivré le permis d'inhumer, c'est bien pour quelque chose. On aurait dû le dire au policier qui est venu. Il n'a pas regardé sous le foulard, et il n'a rien demandé à Jeanne.
- Tais-toi donc ! Cette femme a déjà eu suffisamment de malheurs comme ça ! De quoi veux-tu la soupçonner ? Elle adore les enfants !"
Mme Weber se tait. D'ailleurs, elle ne revoit presque plus Jeanne, qui semble l'éviter depuis la mort des enfants.
C'est que Jeanne a proposé ses services à un autre couple de sa famille, les Léon, dont le mari est son beau-frère. Les Léon ont une petite fille, Germaine, sept mois. Mme Léon, ravie de pouvoir aller faire ses courses les bras libres, s'absente pour l'après-midi.
Jeanne s'installe. Il y a deux semaines, chez les Weber, elle s'était installée de la même façon, droite sur une chaise, tout près du berceau. Tout à coup, la grand-mère, qui habite un étage au-dessous, entend des cris perçants. Elle monte aussi vite que ses vieilles jambes le lui permettent. Le bébé, congestionné, respire à peine et ne crie plus lorsqu'elle arrive. Anxieuse, la grand-mère s'installe un bon moment aux côtés de Jeanne, qui lui explique calmement que ce n'est pas grave, qu'elle a déjà vu des enfants faire ce genre de crise... Une mauvaise digestion, sans doute. Ce n'est rien. E, comme la grand-mère se lève de sa chaise, elle la reconduit gentiment, lui conseillant d'aller chercher un médecin. Le docteur arrive. Perplexe, il constate des ecchymoses autour des oreilles de l'enfant. Par acquis de conscience il ordonne une potion et dit qu'il reviendra le lendemain.
Le lendemain, l'enfant est en pleine forme. Décidément, ce n'était pas grave. Dans l'après-midi, Jeanne s'en voit confier de nouveau la garde. Le soir, le bébé est mort.
L'enterrement a lieu deux jours après. Jeanne y assiste. Se soir même, c'est son propre fils, Marcel, sept ans, qui meurt brusquement de suffocation.
En moins d'un mois, quatre enfants de la même famille, quatre enfants que Jeanne connaît, sont morts.
Réunis dans le malheur, les diverses branches de la famille trouvent encore le courage de consoler cette pauvre Jeanne, qui semble plus atteinte que les autres par la mort de son propre fils. C'est ainsi qu'une cousine, Mme Charles Weber, vient lui rendre visite avec son petit, Maurice, un beau bébé de dix mois. Jeanne est lugubre, elle se confie : "Le commissaire me fait des ennuis. Il veut exhumer les petites. Je n'ai rien fait. Défendez-moi !"
Les deux femmes discutent un moment et la cousine rassure Jeanne. Entre gens de la même famille, il faut bien s'aider ! A un moment de l'après-midi, Jeanne, qui tricote, casse une aiguille. Quel ennui, elle n'en a pas de rechange ! Qu'à cela ne tienne, la cousine va lui en chercher. Et Jeanne reste seule avec le gros béé rieur.
Lorsque la cousine revient, son enfant est sur le lit, violet comme ses cousines, convulsé. Pour la mère, c'est un choc et une révélation.
"Malheureuse ! Celui-là aussi, tu veux qu'il te passe dans les mains ! Comme les autres !"
On court chercher le médecin. Il découvre une tache noirâtre, tout autour du cou, que Jeanne a dissimulé sous un foulard.

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MessageSujet: LA TANTE JEANNE   Mar 15 Mai - 22:15

Le commissaire de la Goutte d'Or fait enfin arrêter Jeanne. Tout le monde se met à parler. On découvre qu'une petite Lucie et une petite Marcelle, de deux ans chacune, sont mortes bien bizarrement, alors que Jeanne les gardait. Le commissaire, lui, attend les rapports du médecin légiste sur chacun des enfants. Et le rapport confirme que tous portaient des ecchymoses suspectes autour du cou.
Mais le petit Maurice venait d'avoir la coqueluche, la petite Georgette avait au poumon un abcès tuberculeux, la petite Suzanne portait une lésion congénitale au larynx... Alors, impossible de dire avec certitude de quoi son morts les quatre enfants.
Le médecin légiste, le professeur Thoinot de la Faculté de Paris, qui estime être un expert dont on ne discute pas la compétence, conclut, pour chaque cas, à une mort naturelle. Et comme l'affaire fait grand bruit et que certains de ses collègues tentent de le contredire, il se fâche et fait paraître, dans les Archives d'antrhropologie criminelle, un article dans lequel il déclare que les constatations faites par des non-professionnels sont sans valeur. Il va même jusqu'à affirmer que les ecchymoses suspectes n'ont jamais existé que dans l'imagination des mères de famille !
Mais les mères de famille ne l'entendent pas de cette oreille - et la rumeur publique non plus. On réclame la tête de l'ogresse de la Goutte d'Or. Les revues font le portrait d'une folle alcoolique et jalouse des enfants des autres.
Or, les aliénistes ne la trouvent pas folle du tout. Et, le 29 janvier 1906, devant les assises de la Seine, Jeanne Weber, butée, ne cesse répéter : "J'sais pas. J'suis innocente !" Ses protestations émeuvent : le jury déclare Jeanne Weber relevée de l'accusation portée contre elle ! Dans la foule, qui gronde de colère, une femme s'écrie : "Elle recommencera !"
Rendue à la liberté, l'ogresse de la Goutte d'Or doit quitter son quartier, car, si la justice l'a blanchie, le peuple de Paris, lui, la condamne. Elle disparaît.

Deux ans plus tard, un soir d'avril 1907, dans le bourg de Villedieu, près de Châteauroux, une étrange femme veille un petit garçon de douze ans qui semble bien malade. Elle s'appelle Mme Blaise.
A côté d'elle, la soeur du petit garçon. Elles sont seules. Le père est aux champs. La mère est morte, il y a bien longtemps.
"Va chercher le médecin", dit Mme Blaise à la petite fille.
Mais le docteur arrive trop tard. Il ne peut que constater la mort... et un large sillon sombre sur le cou du petit garçon. Méfiant, il avertit le parquet de Châteauroux, et l'on apprend que Mme Blaise, c'est Jeanne Weber, que le père du petit garçon a recueillie, un mois auparavant. Il raconte qu'il a recueilli cette femme par charité : elle semblait pauvre, mais brave... et elle aimait tant les enfants !
Cette fois-ci, on pense à juste titre que l'ogresse de la Goutte d'Or va se retrouver sur le banc des assises et que c'en est fini d'elle. On se trompe.
Par une coïncidence bizarre, c'est au même médecin légiste, le célèbre professeur Thoinot, que le parquet va confier l'autopsie du petit garçon. Par ses affirmations, le professeur Thoinot a déjà sauvé la tête de Jeanne Weber, il y a deux ans.
Que va-t-il faire cette fois-ci ? Un nouvel exploit : allant à l'encontre de ses collègues de Châteauroux qui parlent d'étranglement, il conclut avec ses assistants à un décès par "thyphoïde ambulatoire" ! Cette fois, pourtant, il y a bagarre d'experts. Tant et si bien que le malheureux juge d'instruction, qui ne sait plus à quel enfer se vouer, nomme une troisième commission pour départager les deux premières.
Fâcheuse idée, car la bagarre dégénère en bataille rangée. Et comme le professeur Thoinot crie plus fort que tous les autres, Jeanne retrouve les assises et les assises la remettent dehors. C'est devenu une habitude !
Incroyable mais vrai. Rappelons que nous sommes en 1907 : c'est dire qu'experts autant que juges sont en fait issus du XIXe siècle? Bien entendu, après ce deuxième scandale, il se crée, d'un côté, les partisans de Jeanne Weber et, de l'autre, les tenants de l'ogresse de la Goutte d'Or.
Jouant les persécutées, Jeanne se réfugie dans un asile de province dirigé par l'un des partisans... qui lui confie en toute quiétude l'infirmerie des enfants abandonnés !

Bien entendu, ce qui devait arriver arrive. Quinze jour après son entrée en fonction, on surprend Jeanne serrant d'un peu trop près le coud 'un miséreux d'une dizaine d'années que la fièvre a amené à l'infirmerie. Or, au lieu d'alerter enfin la justice, par crainte du scandale, le directeur partisan ravale son opinion et jette Jeanne à la rue, sans rien dire à personne ! Jeanne ne sait plus où aller. Sans argent, de plus en plus hagarde, après une tentative de suicide manquée, elle regagne Paris et va frapper à la porte du chef de la Sûreté : "Arrêtez-moi. Je suis une criminelle. C'est vrai, j'ai étranglé les petites Weber."
Elle ne risque rien à avouer, la chose étant jugée.
Mais, au point où elle en est, un ou deux mois de prison lui seraient plutôt agréables. On y a au moins le gîte et le couvert.
Le directeur de la Sûreté tente sa chance.
"Et le petit garçon de Châteauroux ?" Car cette affaire-là n'a pas été jugée. Mais Jeanne a flairé le piège.
"Lui, non, seulement les petites."
Puis, pressée de questions, tout à coup elle se rétracte. Elle dit qu'elle voulait simplement qu'on la mette en prison. On la rejette à la rue. Décidément, la justice ne veut pas d'elle.
Alors Jeanne repart sur les routes, s'acoquine avec un vagabond et atterrit dans un estaminet sordide où le couple loue une chambre. C'est là qu'enfin elle fait sa cinquième victime (chiffre officiel, ne parlons pas de ses propres enfants). C'est là qu'enfin elle est surprise en flagrant délit par la patronne de l'estaminet, dont elle vient d'étrangler le fils avec son mouchoir.
Le célèbre professeur Thoinot, ridiculisé, ne fait pas de commentaire ! Et Jeanne Weber, soumise à l'examen de deux aliénistes, est enfin considérée comme folle dangereuse.
Elle meurt peu de temps après, dans un asile, où il n'y avait fort heureusement que des fous et des vieillards à portée de main. L'ogresse de la Goutte d'or n'aimait que les enfants.


FIN
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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Mer 16 Mai - 13:35

Un seul mot : brr !
Merci Smile
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 16 Mai - 23:09

De rien, Bérengère Exclamation .... Wink
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Lun 16 Juil - 21:41

Amour fou


Edouard Vuillemin conduit dans la nuit. Il est concentré car, à 4 heures du matin, la route est pleine de dangers. Son pied appuie sur l'accélérateur. A son côté, son épouse, Simone.
Edouard a quarante-cinq ans et Simone, trente-sept. Ils sont mariés depuis huit ans et exploitent tous les deux la ferme de Nouant, en plein Berry.
- Chéri, j'ai mal à la tête. Ah ! mais qu'est-ce que m'arrive ? Comme j'ai mal !
Simone ferme les yeux. Peu lui importe la route. Elle se tient la tempe d'une main. Edouard ne répond pas. Pas question de s'arrêter en pleine forêt, et en pleine nuit. Il continue sa route.
- Comme j'ai mal ! Comme j'ai mal !
Simone continue à gémir, mais peu à peu ses paroles deviennent moins intelligibles. Sa tête penche sur le côté, son corps s'appuie sur la portière. Edouard, au bout de quelques kilomètres, réalise que Simone a sombré dans l'inconscience. A moins qu'elle ne se soit endormie, bercée par le ronflement du moteur.
- Bon, c'est là !
Edouard ralentit et engage sa voiture dans un petit chemin de terre qui s'enfonce dans les bois. Simone semble toujours dormir.
Edouard Vuillemin vient de s'arrêter. Il stoppe son moteur et réfléchit un moment. Puis il s'extrait de l'habitacle. Il se dirige vers le coffre arrière et en sort un gros bidon métallique. Il ferme à clef les portières et se met à arroser la voiture avec le contenu du bidon. C'est de l'essence. A l'intérieur, Simone est toujours inconsciente.
Edouard lance le bidon dans les fourrés tout proches. Puis il sort une boîte d'allumettes de sa poche et en craque une qu'il jette sur sa voiture. Les flammes s'élèvent aussitôt, illuminant la forêt aux alentours. Edouard s'est reculé et il regarde sa Renault qui flambe.
Son regard est attiré par le pare-brise. Déjà, l'intérieur de l'automobile est envahi par la fumée. Mais deux mains de femme sont appuyées sur la vitre. Les mains de Simone qui se tordent dans un geste de désespoir. Edouard distingue un peu le visage de son épouse. Il voit la bouche qui hurle un cri d'horreur qu'il n'entend pas. Il voit les yeux hagards qui ont l'air d'appeler à l'aide.
Edouard est comme hébété mais il ne fait rien pour venir au secours de son épouse. Son esprit remonte le temps à toute vitesse et il revoit tous les événements qui l'ont conduit au crime.

1973, la ferme de Nouant est en fête. On célèbre le mariage d'Edouard Vuillemin et de Simone de Lourcins. Les familles des deux mariés, les nombreux amis rient. Les accordéons mettent de l'ambiance. Les commérages vont bon train :
- L'Edouard, j'ai bien cru qu'il ne se marierait jamais. Il est bien mûr !
- Oui, on disait même dans le canton qu'il n'était pas porté sur les femmes. Vous voyez ce que je veux dire.
- Et la petite Simone aussi, on croyait qu'elle allait rester vieille fille. Elle n'est pas mal, mais on peut dire qu'elle décroche le gros lot : cinquante hectares de bonne terre, un troupeau de cent bêtes. Ca représente plus qu'elle n'apporte dans sa corbeille !
Même avec sa particule : de Lourcins.
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Lun 16 Juil - 22:11

1981 : le Salon de l'Agriculture, à Paris. Belle occasion de bouger un peu :
- Bon, Simone, ça y est, c'est décidé. Je pars à Paris pour le Salon. Je vais présenter un taureau et quatre vaches : "Brutus", "Suzette", "Bleuette", "Amélie" et "Caroline". Je crois qu'il est temps de tenter notre chance. Si je rapporte une médaille, ça va donner un bon coup de fouet à notre élevage.
Simone ne dit rien. De toute manière, avec Edouard, quand il décide quelque chose, il n'y a rien à ajouter. Evidemment, depuis quelques années, ce n'est plus le grand amour, on se côtoie, on se supporte, on prend patience.
- Edouard, tu nous accompagnes ? Après la fermeture, on a décidé de faire une petite virée, histoire de terminer en beauté...
Edouard accompagne ses copains Bergougniaud et Lombardel. C'est dans un restaurant qu'il remarque, à la table voisine, une jolie brune encore piquante qui dîne avec deux autres femmes. On se sourit, on échange des plaisanteries concernant la cuisine de la maison et les spécialités des trois femmes. Spécialités gastronomiques, bien entendu.
Avant de se quitter, Edouard et la belle brune échangent leurs numéros de téléphone et promettent de se revoir à la prochaine occasion. Elle se nomme Huguette.

L'occasion suivante, c'est le Salon de l'Agriculture de 1982.
Dès qu'il est à Paris, Edouard téléphone à la brune Parisienne. Ils se revoient. Et il passe la nuit chez elle.
- Huguette, mon amour, je sens que je ne pourrai pas retourner vivre à la ferme, loin de toi. Je sens que je ne pourrai pas attendre le prochain Salon de l'Agriculture pour voler quelques nuits. Les années passent. Tu sais, j'ai de l'argent. Si tu veux, organisons-nous autrement.
- A quoi penses-tu, chéri ? Tu est marié.
- Le village se vide peu à peu.Mais il y a un café-tabac très bien situé. Les propriétaires veulent céder, ils ont l'âge de la retraite. Si tu veux, je négocie avec eux, j'achète les murs et tu viens t'installer là. Tu as tenu un restaurant avec ton ancien mari.
Dans six mois maximum, quand tout est prêt, tu débarques au patelin. J'aurai souvent l'occasion de venir dans ton café et nous pourrons passer quelques belles heures d'amour. Je te plais toujours autant ?
- Arrête de dire des bêtises, mon chéri. Tu sais que tu es tout à fait le genre d'homme dont j'ai toujours rêvé. Je ne croyais plus possible de rencontrer quelqu'un comme toi : athlétique, viril, timide, calme. Avec ces yeux-là, je te suivrai au bout du monde.
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Lun 16 Juil - 23:42

C'est ainsi qu'Edouard et Huguette concrétisent leurs projets. Huguette s'installe au village et ouvre son café. Très vite les habitants sont attirés par son sourire, sa silhouette, son côté très "comme il faut". Edouard, sous différents prétextes, se retrouve souvent dans son lit. Simone, son épouse, à qui il a demandé de faire chambre à part, soupire et se tait.
- Huguette, ça ne peut pas furer comme ça. Je n'en peux plus.
- Qu'est-ce que tu as, mon chéri ? Nous nous rencontrons souvent. Tout le monde est aimable. Les clients sont nombreux. Que veux-tu de plus ?
- Je rêve ! Je rêve de t'épouser ! Je rêve de te faire l'amour dans un cadre digne de toi et pas dans cette baraque qui date de Mathusalem ! Je rêve de t'épouser...
Huguette regarde Edouard sans oser comprendre. Il poursuit :
- Ce qui serait bien, ce serait d'acheter un night-club à Saint-Pourçain et de nous y installer.
- Edouard, je t'adore. Tu es d'une naïveté ! Un night-club ! En pleine cambrousse ! Tu sais combien ça te coûterait d'acheter et d'installer un night-club. Et puis tu te retrouverais dans un milieu pas toujours très fréquentable. Les filles qui travaillent dans les night-clubs ne s'appellent pas "Suzette", "Bleuette", "Amélie" et "Caroline", se ne sont pas des vaches à lait. Et s'il y a un "Brutus" dans le tableau, ce sera plutôt un joli maquereau qu'un brave taureau !
- Ne t'en fais pas, mon Huguette, je vais m'organiser.
Et Edouard Vuillemin s'organise, en effet. Il souscrit une très confortable assurance-vie : 800 000 francs. Il est prévu qu'en cas de mort accidentelle de l'un des époux c'est l'autre qui touche le capital.
Désormais, les jours de la douce Simone sont comptés.

Mais il reste un prolbème à résoudre : l'accident mortel. Il ne parvient pas à trouver de solution. Et Simone est toujours là, douce, docile, toujours prête à dire "amen" à toutes les volontés d'Edouard. Cette complaisance béate irrite Vuillemin au dernier point.
- Si au moins elle se rebiffait, si elle criait... Si nous avions quelques scènes de ménage... Si elle portait la main sur moi... Je pourrais la frapper...
Un soir, Edouard n'y tient plus. Pour une question de soupe au tapioca, il saisit Simone et se met à lui serrer la gorge. Mais, chose qui'l n'a pas prévue, Mme de Lourcins, la mère de Simone, est dans la maison. En entendant des cris, elle se précipite. Edouard est décontenancé et ne sait que dire. Simone ne dit rien : elle se frotte la gorge et c'est tout.
Mme de Lourcins est perplexe. Elle ne parvient pas à expliquer le sens profond de la scène à laquelle elle vient d'assister. Simone lui dit :
- Maman, ne vous inquiétez pas. J'ai dit quelque chose qui a eu le don d'irriter Edouard. Ne me parlez plus de cet incident ridicule.
Mme de Lourcins n'est pas présente quand, quelques mois plus tard, Edouard se met à nettoyer son revolver dans la pièce où Simone vaque au ménage de printemps. Un coup part. Simone entend le projectile siffler à ses oreilles. La balle va se loger dans le mur.
Et les projets d'Edouard sont toujours au point mort. Il enrage d'être lié par son mariage. A force de lire dans les journaux des récits sanglants, il se dit qu'il faut bien qu'il soit le dernier des imbéciles pour ne pas être capable de mener ses projets à bien.

Quelques mois plus tard, Edouard et Simone sont en voiture et font "une petite balade" dans la campagne environnante :
- Edouard, comme je suis contente de cette promenade. Cela fait si longtemps que nous ne sommes pas sortis tous le deux... en amoureux !
Edouard ne répond rien. Il pousse une sorte de grognement et garde les yeux fixés sur la route. La voiture suite le cours du Cher.
Le paysage est charmant et la température idéale. Edouard se met à emprunter la voie sur berge. Il n'y a pas un chat aux alentours.
Soudain, il fait faire une brusque embardée à sa DS, Simone, qui rêvait en regardant la campagne, n'a pratiquement pas le temps de réagir. Un cri seulement :
- Edouard ! Qu'est-ce qui se passe ?
Déjà la voiture est dans le fleuve. Déjà l'eau pénètre à l'intérieur. Edouard manoeuvre à toute vitesse la poignée qui fait descendre la vitre de sa portière. L'eau entre d'un seul coup. Edouard retient sa respiration et se met à nager. D'un coup de talon, il file vers la surface du Cher. Sa tête crève la surface, il nage vers la rive. Simone est restée coincée dans la voiture, elle est en train de se noyer.
- J'arrive ! Ne vous en faites pas !
Edouard, qui vient de s'asseoir, tout dégoulinant d'eau vaseuse, sur la berge, n'entend pas la voix inconnue. Puis il réalise que c'est à lui qu'on s'adresse.
- Ne bougez pas !
Il n'a pas le temps d'apercevoir celui qui vient de parler, de crier plutôt. Une forme masculine vient de plonger dans le cours du fleuve.
Edouard, qui frissonne un peu regarde l'eau. Bientôt une tête d'homme apparaît au milieu du courant. Et presque aussitôt Edouard aperçoit la tête de Simone qui semble inconsciente.
Edouard, reste assis, il attend. L'homme nage et se rapproche de la rive.
- Ca va, je ne suis pas arrivé trop tard !
Et il parvient au bord, tirant derrière lui une Simone toujours évanouie.
Avec des gestes professionnels, il étend la pauvre Simone sur le sol et commence aussitôt à lui vider les poumons. Il lui fait le bouche-à-bouche, sans panique.
Edouard, comme tétanisé, regarde l'inconnu sans même songer à lui proposer son aide. L'autre, sans ralentir ses efforts et ses manoeuvres de respiration artificielle, explique :
- Je sais y faire, je suis pompier !
Simone, après avoir passé vingt-quatre heures à l'hôpital, regagne la ferme de Nouant. Edouard, quand elle descend du taxi, la regarde sans dire le moindre mot ni faire le moindre geste.
Logiquement, il devrait lui ouvrir les bras, lui dire quelque chose dans le genre : "Ma pauvre Simone, comme j'ai eu peur. Je ne comprends pas ce qui s'est passé. Enfin, tu es saine et sauve. J'ai eu tellement peur."
Mais non, il ne dit rien. Simone non plus. Elle s'arrête devant son dangereux mari et fait un petit sourire qui semble signifier : "Excuse-moi, Edouard, je t'aime tellement. Je voudrais pourtant te faire plaisir. Mais tu vois, c'est le bon Dieu qui ne veut pas que je meure !"
Simone est une sainte, ou bien une gourde.




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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mar 17 Juil - 0:08

Au mois d'octobre suivant, Edouard, qui a acheté une nouvelle voiture, propose à son épouse une promenade dans les bois.
Simone semble heureuse d'accepter. N'a-t-elle aucune mémoire ? Est-elle folle ? Folle d'Edouard, sans doute.
Une fois arrivé dans les bois, Edouard choisit un endroit isolé et sort rapidement du véhicule. Il enferme sa femme dans la voiture. Il ouvre le bouchon du réservoir d'essence et y jette une allumette. La voiture explose et se transforme en une torche de feu et de fumée noire. Mais Simone, devant le danger, trouve la force sortir en brisant une glace. Elle se roule dans l'herbe, les cheveux en feu... Edouard la regarde d'un oeil de marbre.
Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, Simone n'en dira pas un mot au médecin qui viendra la soigner :
- Edouard avait une cigarette aux lèvres. Bêtement, il a voulu regarder dans le réservoir...

Ce sont toutes ces tentatives de meurtre qui passent à présent dans l'esprit d'Edouard tandis qu'il regarde, pour la seconde fois, sa voiture qui brûle avec Simone enfermée à l'intérieur. Cette fois, il est sûr de son coup. D'un pas lent, il fait le tour du véhicule pour voir si tout se passe bien. Eh bien non, au moment où il arrive sur l'autre flanc de la voiture, il ouvre des yeux incrédules, Simone, son indestructible épouse, a réussi à ouvrir de force la porte du passager. Elle est là, en flammes, en train de se rouler dans l'herbe humide. Ses mais sont d'une vilaine couleur brune. Elle hurle.
Edouard, aujourd'hui, est enfin derrière les verrous pour une peine perpétuelle. Simone a fini par comprendre que, sans cela, il recommencerait toujours et toujours à vouloir la tuer...


FIN
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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Mer 18 Juil - 19:32

"Amour fou", "Amour fou"... il n'aurait pas fallu que notre amie Huguette cesse un jour de lui plaire ! (s'il avait réussi son coup, bien sûr).
Episto cheers
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 18 Juil - 22:31

Cromagnon

An 1981 de notre ère européenne. Quelque part en France, dans une ville du Sud. Caroline, trente-sept ans, mère de famille de trois enfants, est à sa fenêtre. Les rue est ensoleillée, le printemps réchauffe les géraniums du balcon, elle sourit. Une voix mâle et furieuse hurle d'en bas :
- Rentre ! ferme cette fenêtre !
Marco s'en va travailler. Comme chaque matin, il lustre soigneusement le capot de sa voiture. Un marchand de voitures se doit de montrer à la clientèle potentielle qu'il prend soin de son cheval d'acier comme d'une femme. L'ennui est que Marco aime davantage les voitures que les femmes. Disons plus précisément qu'il respecte davantage les voitures.
- Tu rentres, oui ou non ?
La fenêtre se referme à regret, lentement, sur le beau soleil du dehors, et Caroline retourne à son ménage. Il y a des jours où l'esclavage librement consenti dans le mariage avec un Sicilien pèse lourdement sur ses ravissantes épaules. Les enfants sont en âge d'aller seuls à l'école, et Caroline, si jeune encore et si belle, irait bien promener cette beauté ailleurs que dans sa cuisine. Être la propriété exclusive d'un homme, la mère de ses enfants, sa lingère, sa cuisinière, sa femme de ménage, et parfois son infirmière, ce n'est pas une vie. Travailler ailleurs serait un rêve. Parler à d'autres gens, changer d'univers...
La veille, Caroline a tenté sa chance. Timidement, en servant avec tendresse le plat préféré de son seigneur.
- Tu sais, Mme Martin m'a demandé quelque chose, hier... Depuis que sa fille est partie, elle aurait bien besoin qu'on l'aide à la boutique...
- Qu'elle engage quelqu'un ! En quoi ça nous regarde ?
La négociation semblait mal engagée, mais Caroline a rajouté une sauce succulente sur le plat de raviolis, et un commentaire faussement dégagé :
- L'après-midi seulement et les jours de fête... ce n'est pas un véritable emploi, et elle ne peut pas se permettre d'engager quelqu'un à plein temps.
- Qu'est-ce que tu cherches ? A m'énerver ?
- Marco... elle dit que je sais faire des bouquets comme personne... une boutique de fleurs, ce n'est pas pareil.
- Pas pareil ! C'est pire que tout, oui ! Les fleurs, ce sont les hommes qui les achètent ! Si tu veux des fleurs, j'irai t'en acheter ! Une femme honnête ne vend pas de fleurs !
La définition d'une femme honnête, selon Marco, est bien loin des critères communément établis depuis un bon demi-siècle. Une femme honnête ne travaille pas au-dehors de la maison, ne sort qu'avec son mari, écoute son mari, et ferme sa fenêtre au soleil du printemps. Si, par malheur, un passant dans la rue apercevait le joli visage de Caroline et lui souriait, Maroc perdrait son honneur de mâle.
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 18 Juil - 23:31

"Marco perdrait son..." J'ai inversé les lettres à la fin du texte précédent. Mais vous aurez compris. ..... Very Happy

Or, ce matin-là, Caroline en a plus que marre de l'honneur de Marco. Elle a obéi par réflexe, par habitude... En une seconde, elle change d'avis, ouvre à nouveau la fenêtre et crie :
- J'en ai marre ! J'irai travailler, que tu le veuilles ou non !
Marco abandonne le lustrage de sa belle voiture, traverse le jardin du pavillon au pas de charge en hurlant :
- Tu me prends pour un imbécile ? Tu crois que je ne vois pas ce que tu cherches ? Dis-le tout de suite que tu me trompes !
La voisine s'en mêle, un passant s'arrête, quelques gamins s'agglutinent devant le jardin, et Caroline éclate de rire :
Marco est toujours désarçonné par le rire de sa femme. Il ne sait comment le prendre. Doit-il se vexer ? Est-ce une atteinte à son autorité ? Doit-il plaider sa cause à l'infini ?
- Mais je t'aime !
- J'espère bien !
- Dis-moi que tu n'iras pas...
- Si, j'irai. Je vendrai des fleurs à tous les amoureux !
- On en reparlera ce soir ! Rentre ! Ou je fais un malheur !
- Bonne journée, mon chéri !
Marco a claqué sa portière, il a ruminé toute la journée, il est rentré plus tôt que d'habitude pour faire un crochet par le magasin de fleurs, et s'expliquer avec Mme Martin. Il en a eu pour ses frais. Mme Martin, la soixantaine solide, féministe de base, l'a regardé comme s'il sortait d'une grotte vêtu de peaux de bête...
- Vous plaisantez, je suppose ? Interdire à votre femme de travailler ? Ici ? Mais vous savez que c'est un cas de divorce ? Regardez-moi bien, j'ai l'air d'une tenancière de maison close ? Vous croyez qu'en vendant des plantes vertes on perd sa dignité ? Si Caroline décide de venir travailler ici à ma demande, c'est son droit le plus strict ! Je suis conseillère municipale, ne l'oubliez pas : si nous reparlions des véhicules que vous garez sans autorisation sur le parking de la mairie ?
A chantage, chantage et demi. Marco a remballé ses arguments. Un Sicilien d'origine connaît la valeur d'un avantage acquis indûment.

C'est ainsi, si l'on en croit les témoignages recueillis au tribunal, que Caroline fut dûment autorisée par son époux à travailler à mi-temps dans la boutique de fleurs de Mme Martin. Une année s'écoula, améliorant les conditions de vie morales de Caroline, et détériorant lentement sa vie de couple. Marco passait la prendre à la fermeture du magasin, râlait tous les soirs, téléphonait tous les après-midi, et chaque fête carillonnée, qu'elle soit de Saint-Valentin, ou de la Toussaint, le mettait dans un état hystérique.
- Des heures supplémentaires... elles ont bon dos, les heures supplémentaires... et ce type ?
- Quel type ?
- Celui qui vient tous les mardis avec sa camionnette !
- C'est le pépiniériste... tu le sais parfaitement...
- Qu'est-ce qu'il a d'intéressant ? Il te plaît ? Tu sors avec lui ?
Que tous les jaloux se le répètent à l'infini, la meilleure manière de pousser quelqu'un dans les bras d'un autre est de l'accuser injustement de s'y trouver déjà.
- Tu m'embêtes, Marco ! Ca ne peut plus durer ! Si tous les hommes étaient comme toi, la vie serait un enfer !
Marco n'avait jamais battu sa femme. La violence n'était qu'extérieure et en paroles, en gesticulations, menaces, exigences.
Cette fois il gifla Caroline, et les trois enfants se mirent à hurler.
Finis les éclats de rire de maman, fini le jeu du jaloux menaçant mais amoureux. Au fond, ce n'était pas un jeu.
Après cette gifle, Marco devint sombre. Les dîners n'étaient plus comme avant, Caroline boudait, et se couchait la première.
Marco ronchonnait en silence devant la télévision, et s'en prenait aux enfants. Surtout à sa fille, une Sandrine de quatorze ans dont il s'apercevait soudain qu'elle devenait femme.
- Je t'interdis de porter des vêtements pareils !
- Il est interdit d'interdire, papa !
Bouclée dans sa chambre, Sandrine se révolta plus vite que sa mère. Les deux petits frères prirent son parti. Marco se retrouva seul, prisonnier de ses fantasmes, déprimé, continuant d'interdire à tort et à travers sans résultat autre, pour lui, que le détacher de plus en plus de sa famille.
Et ce qui devait arriver arriva. Marco fut trompé, et ne s'en aperçut même pas.

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Jeu 19 Juil - 0:26

Une année s'écoula encore durant laquelle, à force de crier au loup, il fut incapable de repérer le loup.
Sandrine eut quinze ans. Son anniversaire devait se fêter pour la première fois hors de la maison, chez une camarade de classe qui fêtait également le sien.
Caroline venait d'acheter une robe à sa fille, et toutes les deux complotaient dans la chambre de l'adolescente. Le complot était d'importance, il s'agissait de tromper papa. Papa ne supporterait pas que le petit copain de Sandrine vienne la chercher à la maison. Il ne supportait déjà pas l'idée d'une "boum" chez des étrangers, la permission de minuit, et ne décolérait pas depuis une semaine. Caroline cherchait encore à contenter tout le monde :
- Dis à Bruno de te rejoindre là-bas...
- Mais j'ai l'air de quoi, maman ? Toutes mes copines sont libres...
- Tu connais ton père.
- Justement ! On est en 1985. Si ça t'amuse de faire le jeu d'un macho, pas moi !
- Sandrine, s'il te plaît, ne complique pas les choses..
- Moi, à ta place, j'aurais déjà divorcé !
- Mais j'aime ton père...
- Ah oui ? Tu l'aimes ? Et Georges alors ?
- Quoi, Georges ? Tais-toi, Sandrine ! Tu ne sais pas de quoi tu parles !
- Tiens donc ! Je t'ai vue... alors...
- Mais tais-toi donc !
Trop tard. Un jaloux finit toujours par obtenir ce qu'il cherche. Marco, rentré avant l'heure, ulcéré de ne pas avoir réussi à interdire la sortie de sa fille, écoutait derrière la porte. Normalement, il aurait dû bondir dans la chambre, et faire une scène de tous les diables. Mais il avait beaucoup changé, Marco, depuis deux ans. Plus taciturne, moins exubérant. Et à cet instant précis, il s'immobilisa dans le couloir. Devant le juge, plus tard, il expliquera maladroitement ce qu'il avait ressenti.
- Ca m'a paralysé. D'entendre ça de la bouche de ma propre fille... j'étais vidé. Je n'entendais même plus ce qu'elles disaient toutes les deux, mes oreilles bourdonnaient. Je suis ressorti de la maison, et je suis allé m'asseoir dans la voiture. J'ai attendu un bon moment comme ça, je ne savais pas quoi faire. Ma fille m'a vu par la fenêtre, elle est descendue de sa chambre, elle m'a dit qu'un copain venait la chercher, et que si je faisais des histoires, ça irait mal... qu'elle s'n irait de la maison... Ensuite ma femme est venue me dire que les garçons accompagnaient leur soeur, et qu'ils rentreraient tous les trois à minuit. J'ai dit que je m'en fichais. Elle m'a répondu : "Tant mieux."
- Les enfants sont partis, j'ai mis la voiture au garage, et j'ai bricolé. Je ne me sentais pas bien, et je me souviens que ma femme m'a appelé, plusieurs fois, pour dîner. Je ne voulais pas aller dans la maison, je ne voulais pas la voir. Je bricolais après un rétroviseur de la voiture, j'attendais de ma calmer, et de trouver comment réagir. Alors elle est venue me chercher. C'est là que ça s'est passé... dans le garage. Quand je l'ai vue devant moi, l'air innocent, j'ai explosé. C'était plus fort que moi, la phrase de ma fille, les mots, le nom d'un homme, ce Georges, je ne savais même pas qui c'était, ce Georges, à quoi il ressemblait, depuis combien de temps ça durait... J'entendais la phrase de ma gamine : "Ah oui, tu l'aimes ? Et Georges alors ?" J'ai pris ce qui me tombait sous la main. Je ne savais plus ce que je faisais...

La suite, c'est Caroline qui la raconta au tribunal.
- C'est vrai. J'ai trompé mon mari. Un coup de tête, qui n'a pas duré longtemps. Je me suis sentie coupable immédiatement.
Si ma fille ne nous avait pas surpris, et si Marco n'avait pas tout entendu, je pense que je le lui aurais dit un jour, pour me soulager, et qu'il me pardonne. Mais à ce moment-là je n'en avais pas le courage. C'était trop compliqué de lui expliquer que son attitude m'avait poussée vers un autre. Pendant quelques jours, j'ai eu l'impression d'être libre, délivrée, je n'étais pas amoureuse de cet homme du tout. Et je n'avais jamais trompé mon mari avant. J'ai vécu cette histoire comme une aventure, une tentation d'être différente, de faire quelques choses d'interdit... Tout ça est de ma faute ! C'est moi qui dois lui demander pardon !
Alors, le juge a demandé :
- Vous voulez dire à ce tribunal que vous pardonnez à votre mari d'avoir tenté de vous tuer ?
- Oui, monsieur le juge. Je ne suis pas morte.
- Neuf coups de couteau ! Vous avez eu de la chance. Si l'un d'eux avait été mortel, vous ne seriez pas là pour le pardonner. C'est un miracle si vous êtes vivante aujourd'hui... Et vous pardonnez ?
- Oui. Je suis sincère. Marco est sicilien, moi-même je suis d'origine sicilienne, et je comprends ma faute. Je l'ai rendu enragé. Depuis qu'il est en prison, nous avons beaucoup discuté tous les deux. il sait que je l'aime Rolling Eyes Rolling Eyes . Il m'a pardonné lui aussi. Je méritais pire que cela, pour ce que j'ai fait. Il a fait ça sur un coup de sang...
Etonnement dut tribunal. Surprise générale, voire incompréhension des témoins. Neuf coups de couteau, c'est un coup de sang à répétition. D'autant plus que la victime souffre encore de certaines blessures. D'autant plus que, si le couteau qui traînait dans le garage n'avait pas été un peu émoussé, Caroline n'aurait pas survécu. La même scène dans la cuisine, avec un couteau bien aiguisé à portée de main...
Mais le pardon régnant des deux côtés, les trois enfants attendant leur père à la maison, le tribunal fut clément. Cinq ans dont qutre avec sursis, et le terrible macho Cromagnon est rentré chez lui.
Nous sommes encore aux temps préhistoriques. Et le pardon est une vertu éternelle.


FIN
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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Ven 20 Juil - 11:27

Oué oué, je me demande comment ça s'est passé après Twisted Evil
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 25 Juil - 0:27

La réponse impossible


Mary Beans, quarante-sept ans, divorcée, une fille de vingt-cinq ans, est maintenant seule dans la vie. Seule dans le luxe. Son mari vient de la quitter et, chose rare, ce n'est même pas pour une autre femme. Il n'a pas discuté le montant de sa pension alimentaire, il lui a laissé la maison, la voiture, le caniche, et son psychiatre. Le jugement de divorce vient d'être prononcé. Mary s'est fait un ennemi en la personne du juge, lorsqu'elle s'est mise à hurler :
- Il n'est même pas là ce salaud ! Il n'a même pas le courage de répondre à sa femme ! Vous ne pouvez pas lui accorder le divorce !
- Calmez-vous, madame, M. Walter Beans est représenté par son conseil, nous connaissons les raisons de son absence, ce tribunal les a acceptées !
- Alors, je suis absente moi aussi! Vous ne m'avez pas vue, ce n'est pas à vous que je parle, je ne suis pas là ! Je m'en vais !
- Asseyez-vous ! Mme Beans, cette cour est lasse de votre présence, mais n'espérez pas retarder encore la procédure ! Que les avocats s'approchent !

Cinq minutes plus tard, Mary Beans était une femme légalement divorcée, ce qu'elle avait refusé pour la troisième fois en un an. Même son avocat ne la supporte plus. Il faut bien rentrer chez elle, verte de rage, et déverser sa rancune dans la seule oreille encore disponible, celle de sa fille Suzan.
- Ton père ne me parle plus ! Tu dois savoir à son sujet ! Réponds-moi une fois pour toutes !
- Maman, je t'en prie, n'appelle pas au bureau toutes les cinq minutes ! Calme-toi !
- Alors toi aussi, tu ne réponds pas ? Tu n'écoutes même plus ta mère ? Tu as pris son parti ?
- Maman, je vais raccrocher, s'il te plaît...
Suzan n'est pas une fille indigne et n'a pris le parti de personne. Mais sa mère userait les nerfs d'un troupeau d'éléphants pacifiques.
Mary n'est pas folle, dit-on, au sens psychiatrique du terme. Personne ne peut et ne cherche à la faire enfermer, et pourtant tout le problème est là. Elle tient des raisonnements qui n'en sont pas, assomme les autres d'arguments en désordre.
- Il n'a aucune raison de divorcer, je refuse qu'il prenne une décision unilatérale. Prenons le cas du petit déjeuner par exemple : monsieur refuse systématiquement de répondre à mes questions ! Qui est en faute ? Un mari doit répondre aux questions de sa femme ! Est-ce que je n'ai pas le droit de savoir ?
Quiconque posera la question de savoir ce que Mary désire savoir, se verra répondre :
- Vous ne comprenez rien ! J'ai le droit de savoir, c'est tout ! Je suis sa femme !
Inutile d'insister. Le jour du divorce, Walter Beans, son ex-mari, a suivi les conseils du psychiatre : l'absence. Il n'allais pas tenter d'expliquer pour la troisième fois qu'il n'en pouvait plus. Mary est une névrosée, son obsession : l'inquisition.
- Tu as mis des chaussettes bleues ? Pourquoi ? Ah non, ne me réponds pas que c'est un hasard... D'ailleurs, je ne t'ai pas vu les prendre dans le tiroir. Tu as fait ça dans mon dos, évidemment ! Tu veux vivre ta vie, je n'ai pas le droit d'y participer ? C'est un comble..., mais réponds-moi !
Walter a dû consulter un psychiatre, personnellement, pour tenter de comprendre ce qui arrivait à Mary. Où était la frustration ? Ils ont fait le tour des possibilités. Jalousie : non ; manque d'affection : pas crédible ; manque d'enfant non plus ; l'alcool ou drogue : exclu. Ce besoin irrépressible de questionner à l'infini sur les sujets les plus ridicules lui est venu insidieusement. Walter lui-même n'arrivait pas à retrouver le déclenchement du premier symptôme. On ne repère pas une question anodine, à laquelle on apporte une réponse anodine...

Deux années de torture mentale viennent de s'écouler, le 7 juillet 1979. Mary est seule avec son caniche. L'heureux veinard n'étant pas doué de parole, il est bien le seul à supporter sa présence. L'audience du tribunal a eu lieu le matin même, presque à huis clos. Les avocats ont présenté leurs conclusions, ils étaient d'accord, le juge aussi, et Mary n'a trouvé personne à qui poser la moindre question supplémentaire. Elle n'ennuie pas les voisins, ils ne l'intéressent pas. Pour qu'elle assomme quelqu'un de questions, il faut que ce quelqu'un ait un rapport émotionnel avec elle. Son mari, sa fille, le psychiatre. Il ne lui reste que le psychiatre.
- Bonjour, ici Mme Beans, je veux parler au docteur Bell.
- Il est en consultation, madame, vous avez rendez-vous ?
- Non, je n'ai pas besoin de rendez-vous, il me répond toujours.
- Désolée, madame, je ne peux pas le déranger pour l'instant !
- Dérangez-le, c'est urgent !
- Pouvez-vous me dire de quoi il s'agit ?
- Je n'ai pas à répondre à cette question, passez-le moi !
L'autre facette de la névrose de Mary est qu'elle ne répond pas aux questions des autres, les anonymes, ceux qui ne représentent rien pour elle sur le plan affectif. Dans la vie courante, on la prend simplement pour une enquiquineuse, ou une snob. Même son dentiste n'a pas accès à la vie privée d'une de ses molaires :
- Vous avez mal depuis longtemps ?
- Occupez-vous de la soigner !
Après conciliabule avec son patron, l'assistante du docteur Belle invite Mme Beans à patienter jusqu'à 4 heures de l'après-midi.
- Le docteur vous recevra entre deux clients.
- J'arrive.
Le docteur Bell sait ce qui l'attend. Il a lui-même remis un rapport au juge du divorce, précisant que l'état de sa patiente, bien que difficile pour l'entourage familial, ne justifiait pas un internement. Que personne ne le souhaitait, ni son mari ni leur fille unique. Son rôle s'est arrêté là dans la procédure. Son rôle demeure en qualité de thérapeute.
Mary est en avance à son rendez-vous. L'assistante remarque une légère détérioration de son aspect physique, sans plus. Mary a oublié de se recoiffer, son chemisier est froissé, elle a visiblement transpiré. Mais il fait chaud ce jour-là à Atlanta. Et le comportement extérieur de la patiente n'a absolument rien d'inquiétant. Elle s'est assise de biais sur un fauteuil de rotin, après avoir dit :
- J'espère qu'il n'a pas pris de retard.
Au bout de trois quart d'heure d'attente, elle n'a pas manifesté d'autre impatience qu'un regard sur sa montre. A 16 h 05, le docteur Bell l'installe dans son cabinet, elle en ressort une demi-heure plus tard, les joues un peu rouges, sans commentaire.
Le docteur Belle a enregistré leur entretien comme à son habitude, il range la cassette dans le dossier de sa patiente, avec ses propres notes, reçoit son troisième client de l'après-midi, et rentre chez lui. Entre-temps il a téléphoné à un confrère d'Atlanta.
- J'aimerais me décharger d'un cas difficile. Du moins pour quelque temps. J'ai le net sentiment d'être dans une impasse. J'ai pensé à toi. A condition que tu aies du temps libre, et que la patiente soit d'accord ; je lui ai suggéré cette solution, elle réfléchit.
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 25 Juil - 1:18

Il n'y a que Mary pour savoir à quoi elle réfléchit vraiment à 6 heures du soir, le jour même.
- Passez-moi Suzan !
- Elle a quitté le bureau, madame, désolée.
- Ne dites pas de bêtises, vous n'êtes absolument pas désolée !
La collègue de Suzan a l'habitude, et d'ailleurs elle n'a pas menti, Suzan est réellement partie.
- Suzan ? C'est ta mère, je déteste ce répondeur ! Tu dois me répondre toi-même ! Comment une mère peut-elle se contenter de ça ? Suzan, je te parle !
Le répondeur de l'appartement de Suzan devrait servir d'exutoire à la névrose de sa mère. Erreur, un répondeur n'a rien d'émotionnel. Mary raccroche aussitôt. Puis recommence.
- Suzan ! Sors de ta douche ! Pourquoi prends-tu une douche à cette heure-là ? Réponds-moi ! Tu entends ce que je te dis ? J'aimerais savoir...
Le troisième appel interroge le répondeur sur la nécessité de ne pas fermer la porte de la cuisine alors qu'on est supposé répondre à sa mère.
Mais Suzan n'est pas chez elle. Elle a volontairement accepté de dîner avec des amis ce soir-là, se doutant que la soirée d'après divorce serait plus difficile à supporter que d'habitude. Elle en a averti son père avec un rien de culpabilité.
- Je suis désolée, mais je n'ai pas le courage... Et toi, que vas-tu faire ?
- Je reste au cabinet, je rentrerai tard. Mais je suis fatigué, Suzan. Il m'arrive de penser que ta mère serait mieux dans cette clinique. Hélas, tu connais le problème, je ne peux pas lui assurer en même temps de garder la maison et payer une clinique aussi cher... Si seulement elle se décidait elle-même...
- Je sais, papa.
Walter Beans est médecin généraliste. S'il a pris la décision de divorcer, c'est qu'il ne pouvait même plus assurer son travail. Et que le psychiatre de Mary le lui a conseillé. Rompre, mettre sa femme devant l'impossibilité physique d'exerce ce qu'elle appelle son droit d'épouse. Mieux que personne, Walter Beans sait le piège dans lequel il s'est débattu ces deux dernières années. La seule solution pour Mary aurait été de convenir elle-même de la nécessité d'un internement. Sinon, il n'avait rien d'autre à faire qu'attendre. Attendre qu'elle devienne éventuellement dangereuse pour elle-même, ou les autres. Mais Mary n'est pas dangereuse. Elle n'a jamais provoqué de scandale à l'extérieur. Il est arrivé de souhaiter qu'elle se mette à boire, ou se drogue, qu'il y ait au moins une tentative de suicide, pour pouvoir agir. Il n'y a plus qu'à attendre le résultat de ce divorce. Le choc peut être salutaire. Il l'espère sans trop y croire. Sur qui Mary va-t-elle reporter son monologue insatiable ? Elle n'a plus qu'une seule amie qui ait résisté aux assauts de ses questions.
Walter Beans la joint ce soir-là au téléphone, aux environs de 20 heures.
- Carolyn ? Elle t'a appelé ?
- Non, je l'attendais à la sortie du tribunal, elle nem 'a même pas regardée. Elle a pris sa voiture, elle avait l'air nerveux, mais sans plus. Tu veux que je l'appelle ?
- Je ne sais pas. Je ne suis pas tranquille.
- Walter, n'aie pas mauvaise conscience. Tu as fait tout ce que tu pouvais.
- Pas sûr. Je crois qu'elle est folle. Mais d'un autre côté je suis soulagé. C'était moi qui allais devenir fou.
- Je te rappelle chez toi dans la soirée... quand je lui aurai parlé. Je préfère attendre que mon mari soit couché. Toute cette histoire l'énerve.

A 22 h 30, le téléphone résonne dans la maison de Mary Beans. Mais le caniche est seul sur le canapé. Environ un quart d'heure plus tard, nouvel essai. Puis Carolyn abandonne. Elle appelle Walter Beans chez lui, pas de réponse non plus. Elle va se coucher avec le sentiment du devoir accompli.
Dommage ! Si elle avait appelé une demi-heure plus tôt chez Mary, elle l'aurait peut-être entendue lui dire : "Je vais tuer Welter."
Car Mary est sorti de chez elle, après la fin d'un programme télévisé dont elle ne se souviendra même pas. Elle a regardé l'écran comme une somnambule. Puis elle est allée dans la cuisine, a pris un couteau, l'a mis dans son sac, a pris ses clés de voiture, et elle est partie. Elle a rangé sa voiture devant le cabinet médical de son ex-mari. Elle a monté les marches du pavillon, et sonné à la porte. Walter était dans l'antichambre, s'apprêtant lui-même à partir, il a ouvert.
Mary raconte la suite sans ressentir de véritable culpabilité.
D'après elle, il a refusé de discuter, il voulait qu'elle parte. Elle a supplié, pleuré, mais il a voulu l'entraîner au-dehors. Elle a ouvert son sac, pour faire semblant d'y prendre un mouchoir.L e couteau a frappé Walter à la gorge. Elle affirme qu'elle ne voulait pas le tuer, mais le blesser. La suite des événements contredit cette version. Walter tenait ses clés d'une main et sa sacoche de l'autre, il a tenté de se défendre, mais il est tombé, et Mary a porté plusieurs coups de couteau au même endroit.
Ensuite elle est rentrée chez elle. La porte du cabinet médical étant resté ouverte, un voisin a découvert le drame, aux environs de minuit. La police est venue chercher Mary dans la nuit. Elle a ouvert sa porte et répondu aux questions, pour une fois sans réticence. Son chemisier était taché de sang.
Ce n'est qu'après sa condamnation à la prison à vie qu'elle a demandé à son avocat de porter plainte, contre son psychiatre.
- Je lui ai dit que j'allais blesser Walter. J'ai dit clairement pendant la consultation, je me souviens de ma phrase : "Je vais le blesser gravement." C'est à lui que je l'ai dit, pas à moi. Il nem 'a pas écoutée. Il n'a pas prévenu la police, il n'a pas cherché à me faire interner, c'est de sa faute si Walter est mort. Il n'avait qu'à m'écouter !
C'est justement ce que faisait le psychiatre. Ecouter, il était payé pour cela depuis deux ans. Le fait qu'il ait cherché ce jour-là à se dessaisir du cas de Mayr Beans est la preuve qu'il n'en pouvait plus d'écouter, et que lui non plus n'avait pas de réponse à donner.
La plainte de Mary a été jugée recevable. L'histoire ne dit pas comment le psychiatre s'est tiré personnellement de ce cas de conscience. Les avocats ont dû négocier entre eux, comme d'habitude. Et la question demeure posée : Mary était-elle vraiment folle ? Réponse impossible.


FIN
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 25 Juil - 13:40

Avalanche


Nous sommes en 1925 au fond du Pérou. Le Pérou de 1925, c'est un pays bien loin de la France. A des années-lumière. Et encore, si l'on parle de Lima, au bord du rio Rimac, au pied du Cerro San Cristobal, passe encore.Mais quand on s'en va dans les Andes, dans la vraie montagne, alors là, on aborde à une autre planète.
Le señor Amondraga est un vrai Péruvien. Aux trois quarts indien, né près de la Plaza de Armas (toutes le villes du pays ont leur "Plaza de Armas" Very Happy ). Sa famille bourgeoise lui a permis de faire des études et il s'est lancé dans l'import-export. Dans le guano - autrement dit de l'excrément décomposé d'oiseaux marins -, le meilleur des engrais qui puisse exister au monde.
Alors Alejandro Amondraga, un des rois des marchands de guano, a vite fait fortune. Et du coup, s'arrachant au charme des Liméniennes, il s'est installé à Paris, Ville lumière.
C'est à Paris qu'il a rencontré Evelyne Monnet, un ravissant mannequin qui parle le castillan avec un accent délicieux. Malgré la méfiance des parents Amondraga,l e mariage s'est fait à l'église de la Madeleine. Puis le couple est parti en paquebot pour découvrir les charmes du Pérou, du lac Titicaca et des civilisations précolombiennes.

Pour l'instant, Alejandro est seul à Lima, depuis déjà de nombreuses semaines. C'est la période où il doit gérer son commerce depuis la zone de production. Son "séminaire" comme il dit.
Alors chaque année, pendant cinq ou six mois, il s'expatrie en laissant sa ravissante Evelyne à Paris. Elle lui écrit presque tous les jours, des lettres charmantes qui lui arrivent par paquets de huit :
"Mon cher amour, tu es à peine parti, que déjà je m'ennuie de toi. Je commence à tracer des croix sur le calendrier. Bien sûr, je ne sais jamais quel sera exactement le jour de ton retour mais ça ne fait rien. Je t'attends."
"Comme je te l'ai dit, je vais aller passer trois mois chez mes parents à Angers. J'imaginerai que tu es à Paris et tu me paraîtras moins loin."
"Mon cher amour, je viens de rentrer à Paris et je retrouve notre appartement qui me semble glacé malgré la chaleur de l'été. Tu me manques terriblement. J'ai bien reçu tes dernières lettres et j'espère que depuis les dernières nouvelles tout va bien. Prends bien soin de toi et ne fais pas d'imprudence. Surtout quand tu pars en expédition dans la montagne."

Alejandro, le soir, seul dans le vieil hôtel particulier de la famille, écrit lui aussi des lettres mélancoliques à moitié en français à moitié en espagnol. Elles sont pleines d'amor et de corazon. Lui aussi fait des croix sur le calendrier en attendant le jour du retour à Paris.

"Mon petit oiseau : les affaires vont très bien et les bénéfices de la dernière transaction m'ont permis de t'offrir une surprise. J'espère qu'elle te plaira et mettra ta beauté en valeur..."


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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 25 Juil - 15:10

A Paris, Evelyne possède un ami, un garçon charmant, cultivé, délicat et disponible : le marquis Edmond de Ferignand. Edmond est depuis longtemps un ami du couple Amondraga. Il vit de ses rentes et dispose de tout son temps pour organiser des sorties. C'est lui qui découvre les petits restaurants nouveaux, lui qui prend les places pour les concerts ou pour les premières à la Comédie-Française. Le couple Amondraga est célèbre pour deux choses dans le Tout-Paris des années 1930 ; les magnifiques diamants d'Evelyne et l'éternel accompagnateur du couple. Comme de bien entendu, les mauvaises langues vont bon train :
- Les diamants d'Evelyne ! Vous savez avec quoi ils sont achetés ! Le crottin des mouettes péruviennes. Heureusement que l'argent n'a pas d'odeur. Ca serait intenable !
- Et le troisième larron, le petit Edmond, vous croyez qu'il est l'amant d'Evelyne ?
- Mais ma chère, vous n'y êtes pas du tout. Ce serait plutôt Alejandro qui l'intéresserait. Il préfère les moustachus, si vous voyez ce que je veux dire !
- Ah bon, parce qu'il... en est !
- C'est ce qu'on raconte. Mais je n'ai pas vérifié. C'est pour ça qu'Alejandro lui fait enitèrement confiance. Mais allez donc savoir...
En effet, Alejandro Amondraga, en bon Sud-Américain, est d'une jalousie féroce. Dès avant son mariage il a prévenu Evelyne :
- Je t'aime, je t'adore, je te serai toujours fidèle, mais si tu me trompes un jour je te tue ! Et je le tue lui aussi! Et je me tue ensuite !
Alejandro prononce : "Je te toue, je me toue", et Evelyne aurait de la peine à réprimer un sourire si elle n'apercevait un éclair mortel dans l'oeil de son fiancé. Elle répond :
- Mon chéri, nous ne sommes pas encore fiancés et vous parlez déjà de me tuer, d'en tuer un autre, sans même lui laisser le temps de dire un mot et de vous tuer ensuite ! Quel carnage !
Mais il y a tant d'amour dans les yeux d'Alejandro que le mariage est un grand moment de bonheur pour tous les deux.

Pour l'instant, Alejandro met la dernière main au mot d'amour qu'il adresse à sa chère Evelyne :
"Le mois prochain j'aurai du mal à t'écrire régulièrement car je doism e rendre à Huancayo. Quatre mille huit cents mètres d'altitude, même pour moi qui suis d'ici, ça risque d'être épuisant. Mais il faut absolument que j'aille sur place pour me rendre compte d'un projet de ligne de chemin de fer qui peut être très important pour le Pérou. Je résiderai chez mon cousin Hernando, tu te souviens, nous lui avions rendu visite."
Quinze jours plus tard, Alejandro reçoit une lettre d'Evelyne qui le tient au courant des derniers événements de la vie parisienne. Après les derniers potins, elle aborde soudain un sujet nouveau :
"Mon cher Alejandro, j'ai hâte que tu rentres. Les mois passent et je me suis trouvé une petite ride au coin de l'oeil ce matin. Je vais avoir vingt-six ans cette année. Ne crois-tu pas qu'il serait temps de penser à l'avenir ? A l'avenir des Amondraga. Edmond, avec qui j'ai abordé le sujet, est tout à fait de mon avis. Profite de ces mois de solitude pour y songer. Un enfant, voilà le plus beau cadeau que tu pourrais me faire quand tu reviendras. Un... ou plusieurs, pourquoi pas ?"
Alejandro, reste perplexe devant ce courrier. Bizarrement, depuis qu'il connaît Evelyne, jamais ils n'ont évoqué le problème des enfants. Si pourtant, quand, durant leur voyage de noces, les parents d'Alejandro ont donné leur avis sur la chose :
"Ma chère Evelyne, nous espérons que vous allez nous donner une demi-douzaine de petits Amondraga."
Depuis, Alejandro, extasié devant la ligne sculpturale de son épouse, a toujours considéré qu'il ne fallait pas contraindre cette statue évanescente aux rigueurs de l'enfantement. Ni gros ventre, ni douleurs pour sa déesse...

La veille du jour où Alejandro doit partir pour son expédition à Huancayo (à l'époque, pour s'y rendre, on prenait le train le plus haut du monde. C'était un voyage fantastique  Very Happy  Exclamation ), il trouve le soir un télégramme qui l'attend dans le hall du palacio familial, bien en évidence sur un plateau de vieil argent. De quoi peut-il s'agir ? En constatant que le télégramme vient de France, un frisson lui descend le long du dos. Il ouvre d'une main tremblante. Et ce qu'il lit l'oblige à s'asseoir. Les mots sautent devant ses yeux : "Cher ami. Pendant que vous récoltez le guano au Pérou, votre petite Evelyne se donne du bon temps dans les bras de son chevalier servant, le petit Edmond qui cache bien son jeu !" Pas de signature.
Alejandro se verse immédiatement un grand verre de chicha morada (boisson faite de maïs noir, que l'on fait bouillir afin d'en extraire le jus, qui se consomme ensuite, bien frais) Puis il décroche le téléphone et appelle l'aéroport de Lima.
- Ici Alejandro Amondraga. Réservez-moi une place pour le premier avion en partance avec une correspondance pour me ramener à Paris.
Deux jours plus tard, Alejandro quitte Lima et, les yeux injectés de sang, il prend place dans l'avion qui le ramène vers la douce France. Dans sa poche, il froisse le télégramme qui l'a littéralement poignardé. Ou du moins ce qu'il en reste car, à force de l'avoir trituré, il en a fait des confettis poisseux de sueur.

Quand il tourne la clef de l'appartement conjugal, quai Voltaire, Alejandro a depuis longtemps préparé ce qu'il va dire à Evelyne. Bien sûr, il se demande si le texte du télégramme est l'expression de la vérité. Mais qui serait assez vicieux pour lui télégraphier ces horreurs à l'autre bout du monde si ce n'était pas vrai ? Le télégramme, il le connaît par coeur : "Cher ami. Pendant que vous récoltez le guano au Pérou, votre petite Evelyne se donne du bon temps dans les bras de son chevalier servant, le petit Edmond qui cache bien son jeu !"
Dans le vestibule, tout est calme. Les lumières tamisées mettent un reflet rose sur les meubles Louis XV. Pas le moindre bruit.
Alejandro, en prenant soin de ne pas faire craquer le plancher, traverse l'entrée et colle son oreille à la porte de la chambre à coucher. Et s'ils étaient là, justement, en train de coïter comme des bêtes ? C'est qu'Alejandro le jaloux n'a pas qu'un télégramme dans sa poche. Il a aussi un vilain petit revolver. De quoi faire beaucoup de trous dans les corps pantelants...
Puis il se dirige vers la porte du salon. Il entend de la musique. Pas de doute, il y a quelqu'un. Il reconnaît l'oeuvre : du Mozart,mais il est incapable de trouver le titre. Pourtant c'est la préférée d'Evelyne : le concerto en... en quoi ? En fa majeur ? En fa mineur ? Edmond, lui, donnerait immédiatement la réponse. Edmond ! Le joli marquis de Ferignand ! Si ça se trouve il est là, derrière la porte, en train d'enlacer Evelyne sur le canapé de soie !
Alejandro sort le revolver de sa poche et réfléchit un moment. Evelyne est-elle là ? Est-elle seule ? Est-elle avec Edmond ? Sont-ils dans une position sans ambiguïté ? Ou bien tout cela n'est-il qu'un cauchemar ? Alejandro hésite encore. S'il est certain de son infortune, leur laissera-t-il le temps de s'expliquer ? Ou bien va-t-il tirer ? Sans un mot ? Et tirer sur qui ? Sur elle, l'infidèle ? Sur lui ? Et tirer où ? En plein coeur ? En pleine tête ? Et ensuite, que lui restera-t-il à faire ? Appeler la police ? Se tirer une balle dans la tête ? Après avoir appelé la police ? Alejandro s'en pose des questions... Trop de questions :
- Bon, allez ! J'y vais ! A Dieu vat !
Il tourne la poignée en bronze doré de la porte du salon. L'atmosphère est différente de celle qu'il prévoyait. Près du poste de radio qui diffuse un concert classique, Evelyne en robe d'hôtesse est assise devant la table de jeu. En face, le marquis Edmond de Ferrignand dispute avec elle une partie de jacquet : le jeu le moins érotique qui soit. Amondraga est un peu étonné car Edmond est littéralement emmailloté dans une énorme écharpe de laine. Il éternue au moment où Evelyne se lève d'un bond et crie :
- Alejandro ! Mon chéri ! Enfin te voilà. Sain et sauf ! Comme j'ai eu peur !
Alejandro en entendant "Comme j'ai eu peur !" jette un oeil vers son revolver.
- Si c'est une plaisanterie, elle est  de très mauvais goût ! Qu'st-ce qui se passe ?
C'est alors qu'une voix se fait entendre dans un coin du salon. C'est la vieille baronne de Prémont, la voisine du dessus :
- Mon cher Alejandro ! Evelyne est un peu folle. J'ai voulu la dissuader mais il n'y a rien à faire. Il a fallu qu'elle vous expédie ce télégramme. Sans réfléchir aux conséquences.
- Quoi, le télégramme, c'était toi ?
- Oui, il fallait absolument que tu rentres immédiatement. Je n'ai trouvé que ce moyen. Connaissant ta jalousie... maladive.
- Mais pourquoi ?
- Il y a quelques semaines, j'ai fait un rêve, à plusieurs reprises. Je te voyais dans la montagne, tu étais emporté par une avalanche. Alors je n'ai trouvé que ce moyen.
- Une avalanche ?
Oui, la radio vient d'annoncer qu'une avalanche a emporté plusieurs villages du côté de Huancayo. Tu aurais dû te trouver en plein dans la catastrophe...
Edmond de Ferrignand confirme la nouvelle en éternuant comme un damné. Alejandro, énervé, réalise soudain qu'il a laissé à Lima le collier qu'il destinait à Evelyne. Du coup il appuie sur la détente et lâche une balle dans le tapis d'Aubusson !


FIN
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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Mer 25 Juil - 17:39

cheers
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 25 Juil - 22:36

Né dans un trou noir


"Je m'appelle Mattias, je suis né à Rome dans une belle clinique où les murs étaient bleus et les rideaux blancs. Papa est ouvrier, maman est infirmière. Je suis un bébé crucial."
Si les enfants pouvaient parler à la naissance, si les enfants pouvaient raconter la mystérieuse rencontre entre le courageux spermatozoïde et l'ovule tranquille... nous en saurions des choses ! Par exemple que le courageux spermatozoïde de papa s'est présenté sous une autre identité. Mais le secret est bien gardé, en principe, et Mattias ne devrait révéler à quiconque le responsable de sa conception. Le concepteur lui-même ne dira rien, il l'ignore. La mère sait et se taira, accord de principe que l'honneur lui enjoint de respecter.
La conception de Mattias est un miracle doublé d'un mystère, mais il est un proverbe qui dit : "Les mystères ne sont pas toujours des miracles." Et un autre qui précise : "Où commence le mystère finit la justice." Ce qui prête à réflexion.
Au début de la conception de Mattias, était une réflexion. Non par un amour entre un homme et une femme, mais bel et bien une réflexion.
Dommage car les petits enfants préfèrent les contes de fées.
Laura voulait un enfant, et Luciano s'efforçait de la contenter.
Mais le temps passait, et Laura ne voyait rien venir. Soupçonnant que l'un d'eux était stérile, ils s'en furent tous les deux consulter le magicien, qui déclara du haut de sa montagne de science :
- Dame nature que je prétends connaître a donné à Laura le pouvoir magique d'avoir un bébé. Luciano n'a pas cette chance. Pauvre Luciano, il doit abandonner tout espoir, et se soumettre au destin.
Ici s'arrête le conte de fées. Car, pour vivre heureux et avoir beaucoup d'enfants, il ne suffisait plus de s'aimer, il fallait maintenant réfléchir.
La clinique ultramoderne où travaillait Laura était dirigée par un gynécologue, dont l'Italie s'est fait une gloire depuis quelques années. Un spécialiste de la conception impossible. Même à l'âge d'être grand-mère, une femme peut espérer de lui devenir mère.
Son laboratoire dispose d'éprouvettes où attendent, congelés et anonymes, les dons de bienfaiteurs masculins. Il a donc proposé à Laura et Luciano de réfléchir à son offre.
- Laura est jeune, féconde, une conception in vitro est un jeu d'enfant. Si Luciano accepte, vous serez parents dans un an !
Laura a répondu que pour elle la cause était entendue. Luciano hésitait un peu.
- L'enfant d'un inconnu ?
Alors on lui a expliqué qu'il était un peu macho. Sachant qu'il ne pourrait jamais être père, comment pouvait-il priver sa femme de ce bonheur ? Le spécialiste ne voulait certes pas culpabiliser Luciano,mais tout de même... il devait réfléchir sérieusement à la question.
- Votre femme est jeune, vous vous aimez, n'est-ce pas l'essentiel ?
Luciano résistait encore à cette persuasion, s'accrochant à des principes d'un autre âge.
- L'Eglise n'approuve pas, mon enfant sera baptisé dans le mensonge...
Le spécialiste ne craignait pas une seconde de culpabiliser l'Eglise, laquelle refuse tout en bloc.
- Si l'on devait écouter le pape, il y aurait trop d'enfants d'un côté, et pas du tout de l'autre. La science progresse à pas de géant pour le bien de l'humanité, et l'Eglise reste en arrière !
Luciano se sentait mal de résister au désir commun de sa femme et de la science. Au fond, lui seul était en cause. C'était à lui de prendre ses responsabilités. Son enfant serait le résultat d'une éprouvette anonyme, côté mâle, mais, quoi qu'il en soit, il serait celui de sa femme. Alors ?
Luciano a dit d'accord. Réflexion faite, croyait-il.



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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 25 Juil - 23:31

[b]Le spécialiste avait promis qu'il serait père dans un an : sur ce point, il n'avait pas menti. Laura était réellement féconde, le premier ovule était en pleine forme, il accueillit le premier spermatozoïde qu'on lui présenta, et toute la clinique de célébrer l'événement.
Luciano se sentait un peu frustré. Si vite... l'affaire aurait pris plusieurs mois d'efforts qu'il se serait mieux habitué peut-être.
Attendre, espérer, craindre l'échec, lui aurait donné plus d'envie. Mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir un complet isolement dans cette histoire.. A peine avait-il dit oui que le bébé existait. Il s'efforça de participer dès le début et du mieux qu'il pouvait à la grossesse de Laura.
- Je t'accopagne chez le médecin ?
- Oh ! les hommes ne comprennent jamais rien à une échographie... enfin, si tu y tiens...
- Tu te sens bien ?
- Mais oui, je me sens bien, qu'est-ce que tu voudrais ! Que je sois malade toute la journée ?
A quatre mois, Luciano savait qu'il aurait un fils. Et il n'osait rien dire de plus à ses camarades de travail. Oui, il était content, bien sûr, c'était formidable... un fils, vous pensez...
A six mois de grossesse, Laura se mit aux préparatifs. La chambre du bébé, les affaires du bébé, elle choisissait elle-même, sans jamais consulter Luciano.
- Il s'appelera Mattias !
La première discussion à ce sujet était inévitable :
- Je n'ai pas le droit à la parole, c'est tout de même un peu fort ! Pourquoi Mattias ?
- Parce que j'ai envie qu'il s'appelle Mattias, tout simplement !
- Et mon envie à moi ? Ca ne compte pas ? Evidemment, je ne suis pas le père, c'est ce que tu veux dire ?
- Je ne l'ai pas dit, mais c'est la vérité. Tu as accepté, oui ou non ?
- J'ai accepté, en effet. Si je n'avais pas dit oui, tu ne serais pas enceinte aujourd'hui !
- Parce que tu crois que j'aurais supporté de vivre avec un égoïste ?
Au huitième mois, les discussions s'étaient transformées en véritables scènes de ménage. Laura, il faut le dire, menait sa grossesse en toute propriété, sa mère venant à la rescousse.
- De quoi vous mêlez-vous ? Quand on n'est pas capable de faire un enfant à une femme, on ne se marie pas ! Si ma fille avait su, je vous jure bien que vous ne seriez pas là !
- Vous, la belle-mère...
Luciano a claqué la porte de chez lui, une semaine avant la naissance. Le divorce était déjà dans l'air, mais tout était rattrapable. Ignorant le fond du problème, ses copains le sermonnaient gentiment, lui rappelant que les femmes sont parfois bizarres lorsqu'elles attendent un enfant...
Tu verras, tout rentrera dans l'ordre le jour où ton fils sera là ! Tu vas pouponner comme tout le monde, tu seras fier... patience... tu ne vas pas divorcer avant que le gosse arrive, tout de même !

Le jour de la naissance, Luciano était à l'usine. Laura est partie tranquillement à la clinique, elle a accouché de Mattias en privé et dans l'admiration générale. Sa mère était là, son père aussi. Elle n'a pas décroché le téléphone pour prévenir Luciano.
Le soir, en rentrant chez lui, Luciano n'a trouvé qu'un petit mot laconique : "Si tu veux avoir de mes nouvelles, appelle la clinique."
Là encore, il a fait des efforts, ce pauvre Luciano. Pris au piège de sa décision initiale, du secret qui avait entouré la conception de cet enfant, il a ravalé son orgueil pour aller voir "son fils". Il a serré la main du spécialiste qui le félicitait. Il a vu défiler toutes les copines infirmières de sa femme, au courant du secret. Elles faisant étalage sans complexe du miracle accompli par la science, et s'extasaient sur la ressemblance unique du petit Mattias avec sa maman. Pour ne pas le vexer, probablement ?
Ainsi, tout ce monde de femmes était au courant, alors que lui, Luciano, s'accrochait encore, dans son entourage professionnel, à préserver la seule chose qui lui restait dans l'histoire. Le non-dit.
- Tu te fiches de moi, Laura ?
- Il faudra t'y faire. Tu ne vas pas passer ta vie à prétendre que Mattias est ton fils ?
- Si, justement, j'avais envisagé la chose de cette manière, figure-toi. Qu'est-ce que je vais dire à ma mère maintenant ?
- La vérité.
- Elle ne comprendra pas.
- Alors laisse-la tranquille, ta mère ! Ce n'est pas son petit-fils, personne ne t'oblige à lui raconter des histoires !
Cette fois, Luciano n'a pas réfléchi davantage.
- Je divorce ! Puisque je ne suis pas le père, puisque je n'ai pas le droit à la parole, que personne ne m'avertit de la naissance, que j'ai à peine le droit de le voir, débrouille-toi toute seule !
- Ah non ! Ce serait trop facile, tu as signé un engagement, tu es le père devant la loi. On ne peut pas revenir sur cette décision !
Sa dignité de père en capilotade, Luciano est allé déclarer son fils aux autorités. Effectivement, il avait donné son accord pour que Laura bénéfice du sperme d'un donneur anonyme. Il s'était engagé devant la loi à être le père de cet enfant. Pas question de revenir en arrière.

Mais, six mois plus tard, le divorce était engagé.
- Pas question de pension alimentaire pour un fils qui n'est pas de moi.
- Pas question d'élever mon fils sans que tu y participes !
- C'est maintenant que tu me demandes ça ! Je suis bon à rien d'autre qu'à payer !
- C'est la loi, tu ne t'en tireras pas comme ça...
- C'est ce qu'on va voir.

Les titres dans les journaux italiens furent à la mesure de l'événement : "Un père stérile refuse de reconnaître son fils...", "Scandale de la fécondation par donneur anonyme", "La mère réclame justice", "Un Italien renie son enfant éprouvette", "Vide juridique", "L'Eglise condamne".

La bagarre dure des années. Le petit Mattias grandit dans l'expectative. Son père biologique est anonyme, son père légal n'en veut pas, Rome s'émeut pour lui.
Luciano est en mesure de prouver que sa femme l'a écarté de toute paternité possible. Qu'elle lui a refusé ce qu'il était en droit d'attendre dans un couple marié. Le divorce lui est accordé sur ce motif, mais il est tout de même condamné à prendre part financière à l'éducation de son fils.
Il refuse, fait appel, et on lui demande alors de prouver qu'il est véritablement stérile. Qu'à cela ne tienne, Luciano se prête à tous les examens qu'il connaît par coeur. Le verdict est inchangé. Incapacité totale d'être père. Donc laloi doitl e considérer, pardonnez l'expression, comme un cocu normal. Bagarre juridique sans précédent dans l'histoire des éprouvettes. La bioéthique reconnaît le vide total, le trou joir dans lequel est né Mattias. Le document signé par Luciano autorisant son ex-épouse à une insémination artificielle n'a aucune valeur. La loi n'existe pas. Il s'agit d'un accord privé, entre personnes privées, non conforme à une législation quelconque. Le Comité des sages en Italie traîne depuis des années sur le même sujet. Crises politiques, réticence de la Démocratie chrétienne à entériner une telle pratique, opposition officielle de l'Eglise et de Sa Sainteté catholique...
Alors le tribunal civil de Crémone, ayant entendu Luciano, le délivre de sa paternité. La seule loi à la disposition des juges est celle qui protège un homme de l'adultère. Il y a eu adultère, même si le cocu était consentant... Mattias devra changer de nom. Le tribunal autorise en outre Luciano à ne pas verser de pension alimentaire à son ex-femme. La cause est entendue ainsi :
- Il n'existe aucun rapport juridique de filiation autre que le lien biologique.

Laura demande alors que soit révélé le nom du donneur, s'attaque au magicien et à sa réserve d'éprouvettes.
- Qu'il révèle la paternité génétique ! Mon fils a le droit d'avoir un père !
Cette jeune dame nous apparaît contradictoire, répondent les avocats du magicien. Elle a demandé à la médecine de subir un traitement permettant à l'un de ses ovules d'être fécondé. Le traitement lui a été délivré, elle n'a souffert d'aucune suite défavorable, au contraire, l'exercice de la médecins n'est pas en cause.
Pan sur le bec de Laura. L'éprouvette contenant le papa de Mattias gardera son secret. Peut-on imaginer de demander une pension alimentaire à un spermatozoïde congelé ?
L'Italie doit faire le ménage devant sa porte, c'est urgent. La France a légiféré en la matière en janvier 1994. Afin de préserver les droits de l'enfant qui, tout de même demeure le principal intéressé dans l'histoire, le Sénat a voté en faveur d'un consentement mutuel de la mère et du père devant un juge, et non devant un magicien de laboratoire.
Pendant ce temps, à la même époque, la Démocratie chrétienne en Italie se contentait de changer d'identité, en se nommant "Parti populaire italien". Les futurs petits Mattias auront peut-être, de ce fait, une nouvelle paternité politique.

FIN[
/b]

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Berengere

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Jeu 26 Juil - 0:54

"Pan sur le bec de Laura."
On peut frapper quand ?
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MAINGANTEE

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Jeu 26 Juil - 11:37

houuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu certaines sont horribles !
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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Jeu 26 Juil - 22:08

Le dernier puzzle


- Ca va, Hans ?
- Non, ça va pas ! J'en ai marre ! Je divorce !
Six ans de mariage, et à quarante-huit ans Hans en a marre ?
Son collègue de travail est extrêmement surpris de sa déclaration. En général, Hans est du genre "Je vais bien, tout va bien..." Sans commentaire.
Il gagne bien sa vie : les plombiers ne manqueront jamais de travail, dit-on, et c'est vrai la plupart du temps. Depuis vingt ans, il installe des baignoires, des tuyaux et des robinets dans la ville de Hambourg. Il a agrandi son affaire et installe aussi des cuisines. Récemment, il s'est lancé dans l'installation des piscines. Il installe tout ce qu'il peut, Hans. C'est un bon ouvrier, sûr de son métier, et le jour de son mariage avec Suzanna les copains lui ont offert un robinet en or !
Il avait mis du temps à se ranger. Célibataire endurci, il a fallu qu'il tombe sur la perle rare pour se laisser emprisonner. Et Suzanna est un être rare. Une petite chose douce et ronde comme une poupée, un visage de porcelaine, jolie. Si jolie qu'avec vingt centimètres de plus elle aurait pu devenir la Claudia Schiffer des années 1980. Alors, qu'est-ce qui ne va pas ?
- Elle est folle ! Ma femme est complètement dingue ! Elle passe son temps à faire des puzzles !

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