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 Pierre Bellemare

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epistophélès

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MessageSujet: LA TANTE JEANNE   Mar 15 Mai - 0:18

Ecoutez, petits enfants, l'histoire de l'ogresse de la Goutte d'Or. Elle a de quoi vous empêcher de dormir.
En 1905, la Goutte d'Or est, dans la bonne ville de Paris, un quartier bien célèbre, où Emile Zola trouva de quoi alimenter nombre de ses romans.
A l'époque, dans ce quartier du dix-huitième arrondissement, près de la gare du Nord, on ne trouve que voies ferrées, usines, ateliers, maisons basses et noires de fumées. Rien de bien touristique.
Les habitants, pour la plupart des ouvriers, y vivent surtout le soir, envahissant les bistrots sordides, le "caf'conc'" enfumé de la Fauvette et, le samedi soir, le théâtre Montmartre. Les rues y portent des noms évocateurs : le passage de la Goutte, la rue du Pré-Maudit.
Au 8 bis du passage de la Goutte justement, vit un ménage, les Weber. Lui est ouvrier au salaire confortable : 10 F par jour. A l'époque, c'est une bonne paye. L'épouse tient la maison.L es voisins les connaissent bien, tout le monde se connaît bien, d'ailleurs, dans ce quartier où l'on vit autant sur le pas de la porte qu'à l'intérieur.
Tout le monde connaît aussi Jeanne, une femme seule. On la plaint. Pensez donc, deux de ses trois enfants sont morts en bas âge. Il ne lui en reste qu'un, un petit Marcel de sept ans, malingre et souffreteux. Une bien grande misère. Evidemment, on voit souvent la Jeanne, une bouteille de "rouge" sous le bras, et, "des fois", le soir, elle a bien l'air un peu "égaré". Que voulez-vous ! On se console comme on peut. Et puis, un petit coup par-ci, un petit coup par-là, ça n'a jamais fait de mal à personne, pas vrai ? Au contraire ! Ca console de bien des malheurs.
De sa fenêtre, souvent, la Jeanne regarde dans la rue les enfants qui jouent, qui courent. Les tout-petits surtout. C'est si beau, un tout petit qui tremble sur ses jambes et marche en biais, les mains en avant, les yeux rieurs, en cherchant les jupes de sa mère. On le voit bien, par moments, Jeanne a des envies irrésistibles de tendre le bras, de saisir le poupon, pour l'embrasser, sûrement.
"Ca lui rappelle trop sa petite dernière. Morte à vingt mois ! C'est dur pour une femme qui aime tant les enfants !" "Elle les aime tellement qu'elle est toujours prête à les garder. Pour ça, elle est bien serviable. Et on peut avoir confiance."
C'est vrai. Jeanne est toujours prête à rendre service et à garder les bambins encombrants. Ceux de sa belle-soeur, par exemple. Et aujourd'hui, justement, c'est jeudi, jour de lavoir. La belle-soeur a fort à faire en lessive, avec deux bébés, deux petites filles, Suzanne, trois ans, et Georgette, dix-huit mois.
"Jeanne, veux-tu les garder ? J'ai deux corbeilles pleines à laver. J'en ai au moins pour deux heures."
Jeanne veut bien :
"Prends ton temps ! Et ne t'inquiète pas, je m'en occuperai, sois tranquille, j'ai l'habitude !"
Rassurée, la mère s'en va jusqu'au lavoir des "deux amies", une corbeille sur chaque hanche. Entre les potins et la lessive, elle rentrera à la nuit, juste à temps pour la soupe.
Jeanne a refermé sur elle la porte du logis de sa belle-soeur, rue du Pré-Maudit, et s'est installée dans la cuisine près du poêle à charbon. Pour mieux les surveiller, elle garde les deux enfants dans la pièce. La plus grande, Suzanne, dont les trois ans arrivent à peine au niveau de la table de la cuisine, joue avec une poupée de chiffon multicolore. Elle la couche, la borde, l'habille, la déshabille sans relâche. Elle ressemble déjà à une petite bonne femme, avec son air sérieux et sa tranquillité silencieuse. Georgette, le bébé gazouille dans son berceau d'osier. C'est une enfant gaie, au sourire plein de fossettes, dont les rondeurs et le teint rose attirent l'oeil. Elle gigote, tirant avec obstination sur l'un de ses chaussons.
Jeanne est assise, immobile, le dos droit, comme on la voit souvent se tenir. Elle n'a pas amené d'ouvrage, ses mains sont posées sur sa robe, la paume en l'air, comme des instruments inutiles (cela aussi est une attitude familière qui sera rapportée). Elle a l'air attentif et bête à la fois. On pourrait dire : "bonasse".
Jeanne n'est pas belle : un front rectangulaire, des sourcils minces aux arcades gonflées, des yeux noirs écartés, un nez épaté, une bouche tombante et un menton lourd. Le tout est posé sur une absence de cou, et des épaules boulottes. Totalement disproportionnée sur deux grandes oreilles minces, pendent deux petits anneaux d'or. Seul le regard, noir et dur, tranche sur ce visage mou. Nous pouvons imaginer ce regard qui bouge, fait le tour de la pièce, objet par objet, scrute lentement, puis se pose à nouveau. Pour la énième fois, la petite Suzanne habille sa poupée. Jeanne l'observe un moment. Dans son berceau, le bébé a cessé de s'agiter. Alors, Jeanne se lève et tire sa chaise près du petit lit, tout près. Elle surveille l'enfant qui s'endort.
courante et le claquement des battoirs, la mère s'active de la langue et du bras. Un monticule de linge blanc, vigoureusement tordu, emplit déjà l'une des corbeilles. Une bonne heure a passé. Soudain un appel retentit et résonne en écho sous la voûte :
"Mâme Weber ! Mâme Weber !"
Essoufflée par la course, tenant ses jupes à pleines mains, Mlle Pouche, une voisine, est entrée un courant, faisant se redresser d'un seul coup les dos courbés sur l'ouvrage.
"Qu'est-ce qu'il y a ? Le feu ?"
Reprenant péniblement son souffle, la messagère explique d'une voix entrecoupée :
"C'est la petite. Elle est malade. Elle étouffe, Jeanne vient d'appeler au secours. Dépêchez-vous !"
Plantant là ses torchons, la mère s'élance, affolée, et remonte en courant la rue de la Chapelle, suivie par une horde de femmes curieuses de l'événement et qui envahissent, derrière elle, le logement.

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epistophélès

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MessageSujet: LA TANTE JEANNE   Mar 15 Mai - 1:10

La petite fille est étendue dans le berceau posé sur le grand lit de la chambre blanche d'étouffement, ses grands yeux fixant le plafond. Penchée sur elle, la tante Jeanne, une main glissée sous la petite chemise, épie les battements de son coeur.
La mère se précipite, s'empare de l'enfant, qu'elle arrache littéralement à son berceau et se met à la secouer désespérément en criant : "Elle est morte ! Elle est morte !"
Soudain, l'enfant a un hoquet. Le petit visage se crispe, la bouche s'ouvre, cherchant désespérément de l'air. Quelques râles, puis les pleurs libérateurs.
Elle respire à nouveau, difficilement, s'étrangle, mais elle vit ! Aussitôt, un brouhaha de soulagment monte du groupe des voisines accourues.
"C'est la la première fois qu'elle a des convulsions", dit la mère pâle d'émotion.
Silencieuse, Jeanne ne dit rien. En y regardant de plus près, on pourrait lui trouver un air bizarre. Elle fixe l'enfant comme si... Mais on met cela sur le compte de l'émotion. Et, bientôt, elle se mêle naturellement à la conversation des commères qui se séparent sur le pas de la porte.
Interrompue dans sa lessive, qu'elle a laissée sur place, la mère doit retourner au lavoir. Après s'être assurée que l'enfant est bien calmée, elle la confie de nouveau à Jeanne, et repart, à demi-rassurée.
Trois quart d'heure après, un nouvel appel retenti sous la voûte du lavoir.
"Mâme Weber !"
C'est la même Mlle Pouche, en larmes cette fois et qui, toute tremblante, n'ose pas en dire plus.
D'une voix blanche, la mère demande :
"Georgette ?"
Accablée, Mlle Pouche fait un signe de tête. A nouveau la mère s'élance comme une folle et pénètre en trombe dans la maison pour s'arrêter pile devant le berceau. Le bébé est étendu sur le dos, poings crispés, tête en arrière. Le visage et le cou sont violets. Cette fois, il est mort, Jeanne est toujours là, effondrée sur une chaise, le front couverte de sueur, l'oeil hagard. Il n'y a plus rien à faire.
Une bonne semaine après la mort de la petite Georgette, les parents Weber , qui ne sont toujours pas remis de leur émotion, surveillent avec inquiétude leur fille aînée. Ils viennent de la surprendre, jouant avec une bouteille de sirop d'éther à moitié pleine. La mère remet le flacon en place.
"Il ne manquerait plus qu'elle s'empoisonne."
Mme Weber est inquiète. Le médecin n'a pas précisé de quoi était morte la petite Georgette. Les traces violettes sur le cou du bébé ne l'ont pas inquiété. Il a parlé de mauvaise bronchite, de convulsions. Et la mère a peur pour Suzanne, l'aînée. Qui sait si une mauvaise maladie ne rôde pas dans la maison. Mais la petite fille, insouciante, semble en bonne santé. Comme d'habitude elle joue avec sa poupée, assise par terre sur une vieille couverture.
Cet après-midi, la tante Jeanne doit venir la garder. Lorsqu'elle arrive, la mère fait ses recommandations. "Surveille-la bien. Elle a pris goût à ce sirop d'éther, j'ai peur qu'elle ne l'attrape si tu as le dos tourné".
Puis les parents sortent et Jeanne se retrouve seule avec l'enfant. Une demi-heure après, un camarade de Pierre Weber vient le chercher à l'établi. "Il faut que tu rentres chez toi, ça ne va pas. La gosse est malade."
C'est au tour du père de regagner la maison en courant, pur découvrir sa fille souffrant apparemment des mêmes symptômes que la cadette.


Bon, vous laisse en suspens. Je clignote des gneux. Vais Sleep A demain Exclamation
De toute façon, à c'heure-ci, vous ne devez pas être nombreux à bouquiner Exclamation ...... Very Happy
Bibizzzzzzzzzzzz lunaires.
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MessageSujet: LA TANTE JEANNE   Mar 15 Mai - 21:12

Membres contractés, dents serrées, visage violet, elle étouffe. M. Weber pense immédiatement au sirop d'éther et tente de faire vomir la petite fille. Il y réussit et l'enfant se calme. Au bout d'une demi-heure, Jeanne le rassure et le renvoie à son travail.
Les heures coûtent cher et la petite va mieux. Le père se laisse convaincre et repart.
Une heure après, on revient le chercher et il arrive juste à temps pour voir mourir Suzanne dans les bras de Jeanne. En une semaine les deux enfants Weber sont morts d'une étrange maladie, dont le seul indice visible semble être ces taches violettes à la base du cou. Mme Weber n'en peut plus. Le chagrin l'écrase, mais un soupçon lui vient qu'elle confie à son mari :
"C'est bizarre quand même. Le cou de la petite était tellement marqué que Jeanne lui a mis un foulard. Si le médecin n'a pas délivré le permis d'inhumer, c'est bien pour quelque chose. On aurait dû le dire au policier qui est venu. Il n'a pas regardé sous le foulard, et il n'a rien demandé à Jeanne.
- Tais-toi donc ! Cette femme a déjà eu suffisamment de malheurs comme ça ! De quoi veux-tu la soupçonner ? Elle adore les enfants !"
Mme Weber se tait. D'ailleurs, elle ne revoit presque plus Jeanne, qui semble l'éviter depuis la mort des enfants.
C'est que Jeanne a proposé ses services à un autre couple de sa famille, les Léon, dont le mari est son beau-frère. Les Léon ont une petite fille, Germaine, sept mois. Mme Léon, ravie de pouvoir aller faire ses courses les bras libres, s'absente pour l'après-midi.
Jeanne s'installe. Il y a deux semaines, chez les Weber, elle s'était installée de la même façon, droite sur une chaise, tout près du berceau. Tout à coup, la grand-mère, qui habite un étage au-dessous, entend des cris perçants. Elle monte aussi vite que ses vieilles jambes le lui permettent. Le bébé, congestionné, respire à peine et ne crie plus lorsqu'elle arrive. Anxieuse, la grand-mère s'installe un bon moment aux côtés de Jeanne, qui lui explique calmement que ce n'est pas grave, qu'elle a déjà vu des enfants faire ce genre de crise... Une mauvaise digestion, sans doute. Ce n'est rien. E, comme la grand-mère se lève de sa chaise, elle la reconduit gentiment, lui conseillant d'aller chercher un médecin. Le docteur arrive. Perplexe, il constate des ecchymoses autour des oreilles de l'enfant. Par acquis de conscience il ordonne une potion et dit qu'il reviendra le lendemain.
Le lendemain, l'enfant est en pleine forme. Décidément, ce n'était pas grave. Dans l'après-midi, Jeanne s'en voit confier de nouveau la garde. Le soir, le bébé est mort.
L'enterrement a lieu deux jours après. Jeanne y assiste. Se soir même, c'est son propre fils, Marcel, sept ans, qui meurt brusquement de suffocation.
En moins d'un mois, quatre enfants de la même famille, quatre enfants que Jeanne connaît, sont morts.
Réunis dans le malheur, les diverses branches de la famille trouvent encore le courage de consoler cette pauvre Jeanne, qui semble plus atteinte que les autres par la mort de son propre fils. C'est ainsi qu'une cousine, Mme Charles Weber, vient lui rendre visite avec son petit, Maurice, un beau bébé de dix mois. Jeanne est lugubre, elle se confie : "Le commissaire me fait des ennuis. Il veut exhumer les petites. Je n'ai rien fait. Défendez-moi !"
Les deux femmes discutent un moment et la cousine rassure Jeanne. Entre gens de la même famille, il faut bien s'aider ! A un moment de l'après-midi, Jeanne, qui tricote, casse une aiguille. Quel ennui, elle n'en a pas de rechange ! Qu'à cela ne tienne, la cousine va lui en chercher. Et Jeanne reste seule avec le gros béé rieur.
Lorsque la cousine revient, son enfant est sur le lit, violet comme ses cousines, convulsé. Pour la mère, c'est un choc et une révélation.
"Malheureuse ! Celui-là aussi, tu veux qu'il te passe dans les mains ! Comme les autres !"
On court chercher le médecin. Il découvre une tache noirâtre, tout autour du cou, que Jeanne a dissimulé sous un foulard.

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MessageSujet: LA TANTE JEANNE   Mar 15 Mai - 22:15

Le commissaire de la Goutte d'Or fait enfin arrêter Jeanne. Tout le monde se met à parler. On découvre qu'une petite Lucie et une petite Marcelle, de deux ans chacune, sont mortes bien bizarrement, alors que Jeanne les gardait. Le commissaire, lui, attend les rapports du médecin légiste sur chacun des enfants. Et le rapport confirme que tous portaient des ecchymoses suspectes autour du cou.
Mais le petit Maurice venait d'avoir la coqueluche, la petite Georgette avait au poumon un abcès tuberculeux, la petite Suzanne portait une lésion congénitale au larynx... Alors, impossible de dire avec certitude de quoi son morts les quatre enfants.
Le médecin légiste, le professeur Thoinot de la Faculté de Paris, qui estime être un expert dont on ne discute pas la compétence, conclut, pour chaque cas, à une mort naturelle. Et comme l'affaire fait grand bruit et que certains de ses collègues tentent de le contredire, il se fâche et fait paraître, dans les Archives d'antrhropologie criminelle, un article dans lequel il déclare que les constatations faites par des non-professionnels sont sans valeur. Il va même jusqu'à affirmer que les ecchymoses suspectes n'ont jamais existé que dans l'imagination des mères de famille !
Mais les mères de famille ne l'entendent pas de cette oreille - et la rumeur publique non plus. On réclame la tête de l'ogresse de la Goutte d'Or. Les revues font le portrait d'une folle alcoolique et jalouse des enfants des autres.
Or, les aliénistes ne la trouvent pas folle du tout. Et, le 29 janvier 1906, devant les assises de la Seine, Jeanne Weber, butée, ne cesse répéter : "J'sais pas. J'suis innocente !" Ses protestations émeuvent : le jury déclare Jeanne Weber relevée de l'accusation portée contre elle ! Dans la foule, qui gronde de colère, une femme s'écrie : "Elle recommencera !"
Rendue à la liberté, l'ogresse de la Goutte d'Or doit quitter son quartier, car, si la justice l'a blanchie, le peuple de Paris, lui, la condamne. Elle disparaît.

Deux ans plus tard, un soir d'avril 1907, dans le bourg de Villedieu, près de Châteauroux, une étrange femme veille un petit garçon de douze ans qui semble bien malade. Elle s'appelle Mme Blaise.
A côté d'elle, la soeur du petit garçon. Elles sont seules. Le père est aux champs. La mère est morte, il y a bien longtemps.
"Va chercher le médecin", dit Mme Blaise à la petite fille.
Mais le docteur arrive trop tard. Il ne peut que constater la mort... et un large sillon sombre sur le cou du petit garçon. Méfiant, il avertit le parquet de Châteauroux, et l'on apprend que Mme Blaise, c'est Jeanne Weber, que le père du petit garçon a recueillie, un mois auparavant. Il raconte qu'il a recueilli cette femme par charité : elle semblait pauvre, mais brave... et elle aimait tant les enfants !
Cette fois-ci, on pense à juste titre que l'ogresse de la Goutte d'Or va se retrouver sur le banc des assises et que c'en est fini d'elle. On se trompe.
Par une coïncidence bizarre, c'est au même médecin légiste, le célèbre professeur Thoinot, que le parquet va confier l'autopsie du petit garçon. Par ses affirmations, le professeur Thoinot a déjà sauvé la tête de Jeanne Weber, il y a deux ans.
Que va-t-il faire cette fois-ci ? Un nouvel exploit : allant à l'encontre de ses collègues de Châteauroux qui parlent d'étranglement, il conclut avec ses assistants à un décès par "thyphoïde ambulatoire" ! Cette fois, pourtant, il y a bagarre d'experts. Tant et si bien que le malheureux juge d'instruction, qui ne sait plus à quel enfer se vouer, nomme une troisième commission pour départager les deux premières.
Fâcheuse idée, car la bagarre dégénère en bataille rangée. Et comme le professeur Thoinot crie plus fort que tous les autres, Jeanne retrouve les assises et les assises la remettent dehors. C'est devenu une habitude !
Incroyable mais vrai. Rappelons que nous sommes en 1907 : c'est dire qu'experts autant que juges sont en fait issus du XIXe siècle? Bien entendu, après ce deuxième scandale, il se crée, d'un côté, les partisans de Jeanne Weber et, de l'autre, les tenants de l'ogresse de la Goutte d'Or.
Jouant les persécutées, Jeanne se réfugie dans un asile de province dirigé par l'un des partisans... qui lui confie en toute quiétude l'infirmerie des enfants abandonnés !

Bien entendu, ce qui devait arriver arrive. Quinze jour après son entrée en fonction, on surprend Jeanne serrant d'un peu trop près le coud 'un miséreux d'une dizaine d'années que la fièvre a amené à l'infirmerie. Or, au lieu d'alerter enfin la justice, par crainte du scandale, le directeur partisan ravale son opinion et jette Jeanne à la rue, sans rien dire à personne ! Jeanne ne sait plus où aller. Sans argent, de plus en plus hagarde, après une tentative de suicide manquée, elle regagne Paris et va frapper à la porte du chef de la Sûreté : "Arrêtez-moi. Je suis une criminelle. C'est vrai, j'ai étranglé les petites Weber."
Elle ne risque rien à avouer, la chose étant jugée.
Mais, au point où elle en est, un ou deux mois de prison lui seraient plutôt agréables. On y a au moins le gîte et le couvert.
Le directeur de la Sûreté tente sa chance.
"Et le petit garçon de Châteauroux ?" Car cette affaire-là n'a pas été jugée. Mais Jeanne a flairé le piège.
"Lui, non, seulement les petites."
Puis, pressée de questions, tout à coup elle se rétracte. Elle dit qu'elle voulait simplement qu'on la mette en prison. On la rejette à la rue. Décidément, la justice ne veut pas d'elle.
Alors Jeanne repart sur les routes, s'acoquine avec un vagabond et atterrit dans un estaminet sordide où le couple loue une chambre. C'est là qu'enfin elle fait sa cinquième victime (chiffre officiel, ne parlons pas de ses propres enfants). C'est là qu'enfin elle est surprise en flagrant délit par la patronne de l'estaminet, dont elle vient d'étrangler le fils avec son mouchoir.
Le célèbre professeur Thoinot, ridiculisé, ne fait pas de commentaire ! Et Jeanne Weber, soumise à l'examen de deux aliénistes, est enfin considérée comme folle dangereuse.
Elle meurt peu de temps après, dans un asile, où il n'y avait fort heureusement que des fous et des vieillards à portée de main. L'ogresse de la Goutte d'or n'aimait que les enfants.


FIN
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Berengere

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Mer 16 Mai - 13:35

Un seul mot : brr !
Merci Smile
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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 16 Mai - 23:09

De rien, Bérengère Exclamation .... Wink
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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   

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