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 Pierre Bellemare

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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Dim 11 Nov - 0:14

Diplômes charcutés

En 1979, un jeune Libanais : Malik H., appelons-le ainsi, fraîchement débarqué à Bordeaux de son pays en pleine crise, s'inscrit à l'université à titre d'étudiant étranger. Il présente bien, c'est un beau brun dont le front se dégarnit légèrement et dont le regard respire l'intelligence. Il poursuit ses études avec un acharnement que lui envieraient bien des Français. Il a de l'ambition et, l'avenir le démontrera, il est prêt à tout pour arriver à faire une grande carrière dans la branche qui le passionne : la chirurgie. Pourtant, ses espoirs sont limités. Les étudiants "étrangers" n'ont pas de perspectives très brillantes dans notre pays. Malik, donc, termine son cycle d'études par un CU (certificat universitaire), ce qui ne lui permet pas d'exercer la médecine en France. Lui qui porte toujours un prénom typiquement libanais se fait, en 1981, naturaliser français.
C'est un avantage mais c'est aussi un inconvénient majeur car, désormais, il ne peut plus continuer à suivre la filière réservée aux étudiants étrangers. Malik, cependant, n'en produit pas moins devant les responsables des études une "attestation sur l'honneur de nationalité libanaise"... Déplorable manque de sens moral, contagion des moeurs orientales qui règlent tant de problèmes par l'à-peu-près, la combine, le faux-semblant. Malik poursuit ses études par la filière des étrangers, filière où les places sont moins chères. Il a raison car, en 1983, il obtient un nouveau certificat universitaire, celui de chirurgie... Il poursuit son petit bonhomme de chemin... à l'orientale.
L'année suivante, muni de ses deux certificats, il obtient un poste de remplacement dans l'hôpital de S... joli chef-lieu du Sud-Ouest. Par un tour de passe-passe, il arrive à convertir ses deux certificats "pour étrangers" en un doctorat, ce qui fait nettement plus sérieux. Ce doctorat ne lui permet pourtant pas d'exercer dans une autre discipline que celle de la médecine générale. Malik, aussi entreprenant que bons étudiant, sollicite du conseil de l'ordre la reconnaissance de sa qualification de chirurgien... Petit à petit, le drôle d'oiseau fait son nid.
Mais les instances supérieures du conseil de l'ordre ne se laissent pas impressionner : elles refusent absolument de transformer ces deux certificats universitaires devenus doctorat en l'indispensable CES (certificat d'études supérieures), qui ferait de Malik un chirurgien français à part entière, certificat que les titulaires n'obtiennent qu'après dix à douze ans d'internat. Les membres du conseil précisent même leur opinion leur opinion en interdisant à Malik de "faire état de toute qualité chirurgicale". Et vlan ! Décision draconienne qu'ils justifient en alléguant le manque d'expérience du candidat... Or nous sommes déjà en 1991.
Pendant ce temps-là, Malik, tout en attendant le résultat de ses démarches, ne perd pas son temps sur le terrain, dans l'hôpital de S. Depuis plus de sept ans, le "remplaçant" au charme oriental opère à tour de bras... Les habitants de la ville et des environs n'ont d'ailleurs pas à se plaindre de son coup de bistouri - de ses coups de bistouri -, puisque plus de mille personnes, chaque année, se retrouvent soumises à ses soins. Bien que l'hôpital en question compte trois autres chirurgiens diplômés, Malik à lui seul monopolise plus de la moitié des interventions... Par quel mystère ?
Par la propre volonté de Malik. Car, tout en faisant officiellement sa demande auprès du conseil de l'ordre, il doute cependant du résultat. Il manque de patience aussi et, au mépris de toute convenance professionnelle et de toute loi, Malik décide, In cha'Allah, qui vivra verra, de s'autodiplômer. Il s'accorde à lui-même le fameux CES tant convoité. Comme il est assez habile de ses doigts (les mille opérations annuelles en témoignent), il s'arme d'un flacon de Typex et truque son certificat universitaire. Un coup de photocopieuse laser par là-dessus et Malik, du même coup, a changé son prénom oriental en, disons, celui plus français de "Louis". Dernière manche de l'opération ; il parvient à faire certifier des photocopies de ce diplôme en les faisant comparer à un "original" falsifié... Puis il réussit à se faire signer par le directeur de l'hôpital un contrat en bonne et due forme, contrat de "chirurgien titulaire". La carrière de Louis-Malik semble être sur les bons rails... Mais qui sait si le doigt de Dieu n'est pas près de frapper...
Ce contrat implique la promulgation d'un arrêté du ministère de la Santé : Dieu merci, en France, ce genre de chose ne se bricole pas dans les arrière-boutiques décentralisées de la province. Les organismes consultés émettent tous d'une seule voix le même avis défavorable, de la commission des hôpitaux à la DDASS. Unanimité qui vient d'une sorte de doute général. On chuchote des choses, on murmure, on raconte. Mais personne ne crève l'abcès... L'arrêté est pris malgré tout...
Louis pourtant se garde bien de faire enregistrer son "diplôme" tant à la préfecture qu'au tribunal, ce que la loi française le contraindrait à faire. Le directeur de l'hôpital, qui semble en la matière d'un laxisme assez extraordinaire, le titularise en juillet 1992. De ce fait il se voit inculpé de "complicité dans l'exercice illégal de la médecine".Pourtant, à l'hôpital, un poste se trouve vacant depuis deux ans. Bizarrement, cette vacance n'a pas été déclarée officielle tant que Louis n'a pas été en possession du "diplôme" lui permettant de faire acte de candidature. Aujourd'hui c'est chose faite. Louis se retrouve "chef de service"... par l'opération du Saint-Esprit...
Entre-temps d'autres drames, d'autres passions se nouent et agitent les coeurs et les entrailles de S. Un couple de bourgeois, qui vit dans une ville de pèlerinage, voit , d'un oeil apparemment serein, les amours de leur petite "Stéphanie", douze ans à peine,e t d'un garçon, nommons-le Olivier, qui a bien quinze ans de plus qu'elle. Jusqu'au jour où la gamine se retrouve enceinte. Désordre dans la famille. Mais pas vraiment de scandale. On décide de remettre les choses dans le bon ordre. Grâce à une petite intervention du bon docteur Louis.
Le seul problème, c'est l'admission de la petite à l'hôpital. Le bon docteur s'arrange pour la faire admettre sous l'identité de sa soeur qui, plus âgée de quelques années, est déjà mariée.
D'autre part, il ne peut intervenir sans l'autorisation des parents, qui, contre toute logique, signent, selon leurs dires, une simple autorisation pour "ablation de polypes". Mais tout se passe bien, sauf pour le foetus qui retourne aux limbes de ceux qui n'ont pas eu leurs chances...
Pourtant les bons parents, échaudés par les risques de maternité de leur héritière, se réveillent quelque temps plus tard. Et ils décident de monnayer leur complaisance, comme dans les romans bourgeois du siècle dernier. Pour ce faire, la méthode la plus rationnelle leur semble, bien évidemment, le chantage. Ils s'adressent donc à leur "gendre" de la main gauche et lui réclament 60 0000 F, par courrier, sous peine de dépôt de plainte pour "détournement de mineure". C'est imparable, ils font déjà des projets pour dépenser les sous.
Malheureusement, "Olivier", l'amant de leur chère enfant, ne l'entend pas de cette oreille. Il se dit, à juste raison qu'avec des maîtres chanteurs on sait toujours comment ça commence et jamais comment ça finit. Il se dit aussi que les bons parents ne sont pas blanc-bleu de pureté dans l'affaire. Il détient assez de preuves pour prouver leur "consentement passif". Olivier prend donc son courage à deux mains, se rend auprès du parquet de S. et raconte toute l'histoire. Il en ressort en effet, inculpé, mis en examen, disons-nous à présent, pour attentat à la pudeur sur mineure de moins de quinze ans mais les parents de la "victime" se voient eux, aussi accusé de chantage. Un point partout. De fils en aiguille, on en arrive à l'interruption volontaire de grossesse, l'ablation des faux polypes, l'usurpation d'identité. Le chirurgien libano-français se voit lui aussi mis en examen. Mais, là encore, il surestime la puissance de sa volonté. Il va, en pleine nuit, tenter de faire pression sur certains témoins, tenter de persuader certains plaignants de renoncer à leur plainte. Il aggrave son cas... Sa carrière est bien compromise à S., et partout ailleurs sur le territoire français... et même dans la CEE, parions-le.


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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Dim 11 Nov - 1:17

Marchand de mort

Dans la salle d'un café tranquille, tandis que la serveuse apporte d'énormes pichets de verre remplis à ras bord d'un litre de bière mousseuse, deux personnes discrètement assises dans un coin plus sombre échangent à voix basse des propos inaudibles. L'une d'entre elles est un barbu à lunettes, le visage rond, le regard clair, l'allure d'un bon médecin de famille, l'autre est un être qui souffre depuis longtemps d'une maladie qui n'en finit pas de le ronger. Maladie physique ou maladie psychologique, dégoût de la vie, peu importe.
Au bout d'un petit moment de conversation, le barbu sort de sa serviette de cuir un petit sachet qui'l remet à son interlocuteur. L'autre lui tend en échange une enveloppe de papier kraft qui semble remplie de billets. Le barbu, discrètement vérifie la somme. On ne sait jamais, quoique, il faut bien le dire, la plupart de ses clients n'ont même pas l'idée de tricher sur la somme promise. On ne fait cela quand on est au seuil de la mort. Et à quoi servirait d'escroquer le fournisseur ? Le client sait que, d'ici quelques jours, quelques heures peut-être, il va partir pour un pays où l'on n'a vraiment pas besoin de ses économies...
Le barbu sympathique est un certain Han Z., fondateur et président-directeur général de la Société allemande "Pour une mort humaine". Les bureaux de cette société sont confortables et discrets, de bon aloi. Des salles de conférences, des ordinateurs, du matériel pour la vidéo. Le progrès technique qui indique la réussite et la prospérité. En y pénétrant, on se croirait dans les bureaux d'un homme d'affaires prospère. Mais, comme le titre l'indique, il s'agit de tout autre chose.
La loi allemande concernant l'euthanasie est assez flexible. Et la "Société" de honorable M. Hans en profite. Une association milite donc pour obtenir pour chacun le droit de choisir, si l'on peut dire, sa propre mort, en tout cas le droit de refuser l'acharnement thérapeutique qui, sous prétexte de maintenir la vie à tout prix, risque de vous transformer en légume pitoyable, de prolonger au-delà du supportable les souffrances d'un être qui n'espère plus qu'une seule chose : le droit au repos qu'il est persuadé de trouver dans l'au-delà. Qui d'entre nous n'a craint de se voir un jour réduite à la merci et au bon vouloir des autres, grabataire perclus de douleurs intolérables, incapable de profiter des petites joies de l'existence, humilié d'avoir à solliciter de l'aide pour accomplir proprement tout ce que la nature continue à nous imposer ? Qui ne s'est dit, devant un vieillard inconscient, la tête et le regard perdus, tourmenté par des escarres, bloc de souffrance, que, plutôt que d'être comme "ça", il vaudrait mieux mourir tout de suite ?
C'est dans la logique de cette idée que M. Hans a créé son association, avec abonnements, revue et mode d'emploi. Les candidats à la mort digne s'inscrivent et, au bout de six mois destinés à éviter les dépressifs et les coutumiers du "coup de tête", ils obtiennent enfin un "sauf-conduit" du patient. Cet imprimé, que les adhérents doivent porter en permanence sur eux, est destiné à toute personne ou service public qui pourrait, à la suite d'un accident ou d'un malaise, porter secours à l'abonné de la "Société". On est prié, si celui-ci est dans un état de coma avancé ou dépassé, de ne pas prolonger inutilement son séjour sur cette planète.
Après ce sauf-conduit, on a droit à un petit catalogue de "trucs" qui sont déjà plus contestables. On donne quelques recettes pour libérer ceux qui trouvent leurs souffrances physiques ou morales trop insupportables, quelques recettes ou cocktails particulièrement explosifs. La plupart sont des mélanges d'inoffensifs produits pharmaceutiques, inoffensifs quand on veut bien suivre la posologie indiquée sur la notice, dangereux et même mortels quand on multiplie les quantités préconisées par le médecin, quand on les mélange à l'autres produits. En plus les médicaments qui entrent dans les cocktails de mort sont, il faut le souligner, en vente libre, surtout dans les pharmacies de France, de l'autre côté de la frontière pour la plupart des Bavarois... Facile de mettre fin à ses jours.
Les clients ne manquent pas, mais beaucoup, au dernier moment, trouvent que leurs souffrances son encore supportables, espèrent que demain le soleil brillera davantage, et c'est alors que M. Hans décide de passer à une phase plus actif...
Après des mois de filature, la police vient de l'arrêter au moment où, dans l'arrière-salle d'un joli petit café bavarois, il venait, contre plusieurs milliers de marks (entre 3 000 et 10 000 selon les possibilités des clients), de vendre une capsule de cyanure de potassium, poison foudroyant qui permet de mettre fin à ses jours en toute discrétion.
On estime à cent dix-sept le nombre de clients, à travers toute la RDA, que M. Hans a convaincus d'acheter puis d'avaler ses pilules de mort. Désespérés de tout poil ; dépressifs, séropositifs qui n'acceptent pas l'angoisse, accidentés réduits à la petite voiture, alcooliques incapables de remonter la pente. Quand on sait que son cyanure, produit industriel courant, lui revenait à 400 marks le kilo et qui'l multipliait facilement sa mise par sept mille pour calculer son prix de revente, on peut juger de la rentabilité de son commerce parallèle. Car, aujourd'hui, son successeur à la tête de la Société pousse de grands cris quand on lui parle du vilain M. Hans ; jamais, au grand jamais, personne n'a été d'accord avec ce commerce de mort. Et cette affaire jette un discrédit sur les adeptes de la mort douce... Surtout dans un pays où les méthodes hitlériennes ont laissé les traces qu'on sait dans la mémoire collective, où, il y a cinquante ans à peine, on euthanasiait à tour e bras des malheureux dont la seule "souffrance" était d'être malade, handicapé, juif, tsigane, homosexuel, slave ou du parti de la résistance...
M. Hans est sous les verrous. Pourtant, ici, le suicide n'est pas illégal. Mieux encore, si vous posez une pilule de cyanure sur la table de chevet de l'être cher, vous ne pouvez être poursuivi. La justice ne s'intéressera à vous que si vous lui maintenez la tête pour la lui glisser de force dans la bouche... Nuance.
C'est là-dessus que M. Hans a fondé son petit commerce. Mais il commet une erreur : celle de ne pas déclarer au fisc les revenus que lui procurent son commerce de mort. Il est arrêté pour "fraude fiscale" comme Al Capone en son temps. Sa plus jeune "cliente" souffrait de leucémie et les médecins étaient persuadés de pouvoir la guérir mais sa mère était d'un avis différent. La mère était atteinte d'accès de démence. La cliente a avalé la pilule de cyanure et a quitté la vie : elle n'avait que treize ans.


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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Dim 11 Nov - 17:56

Prêt à l'italienne

La police sicilienne vient de recevoir une lettre anonyme. Cette lettre dénonce les agissements d'une certaine Seraphina, une dame aux cheveux blancs frisés au petit fer, qui porte allègrement ses quatre-vingt-six ans. De quoi accuse-t-on cette grand-mère ? Tout simplement de proxénétisme et de chantage. Une "Madame Claude" souriante, une araignée souriante dont le sourire artificiel cache une âme d'une noirceur insoupçonnable. A cause d'elle, des dizaines de jeunes et jolies Siciliennes viennent de connaître des années de souffrance, de honte et de remords.
La méthode de Seraphina est simple. Une jeune femme commet une imprudence : par exemple elle puise dans le compte d'épargne conjugal pour payer une dette d'honneur, pour dépanner un amant dans une mauvaise passe. L'amant promet de rembourser, avant l'an, foi d'animal, comme on dit dans la fable. Mais, comme dans les comédies ou les mélodrames, il n'en fait rien. Sa maîtresse lui fait confiance mais elle perd le sommeil car elle tremble en envisageant le moment où le mari trompé risque, en plus, de s'apercevoir du trou dans les finances du ménage
(heureusement, c'est mouaaaa, Episto., qui gère le budget du foyer, héhéhé... Twisted Evil ) . La jeune femme se confie à une amie, à une relation, à sa coiffeuse. Elle dit qu'elle doit trouver d'urgence quelques millions de lires. Il se trouve toujours quelqu'un pour lui souffler : "Pourquoi n'iriez-vous pas consulter Mme Seraphina, via Vittorio-Emmanuele ? Il paraît qu'elle est de bon conseil et qu'elle est toujours prête à dépanner." Entre femmes, n'est-ce pas...
Maria, Adriana ou Giulia, toutes empruntent le même petit escalier sombre et sonnent à la porte de l 'appartement bourgeois. Une petite bonne les fait entrer dans le salon et, lorsque Seraphina apparaît, la jeune femme qui est venue solliciter de l'aide se sent un peu rassurée. Cette vieille dame à cheveux blancs est l'image même de la douce grand-mère. La jeune solliciteuse explique son cas, donne, avec réticence, les détails qui s'imposent, elle avoue tout à la bonne grand-mère, elle précise la somme qui lui est nécessaire pour sortir rapidement du mauvais pas où elle se trouve. Seraphina écoute sans faire de commentaire ; elle surveille sa proie et, d'autre part, elle connaît par coeur le petit discours qu'elle va dévider pour se saisir de sa prochaines victime. Celle-ci, les tempes brûlantes, entend à peine ce que Seraphina lui propose : elle comprend simplement que, immédiatement, elle va pouvoir rentrer chez elle avec les milliers de lires qui lui manquent, moyennant une petite signature au bas d'un document.
Signature d'un pacte avec le diable. Maria, Adriana, Giulia, aucune n'a pris le temps de lire les petites lignes du contrat. Aucune n'a vraiment saisi à quoi elle s'engage. Simplement a-t-elle entendu le montant de l'intérêt : dix pour cent. Vraiment la vieille dame n'est pas méchante car c'est bien moins que ce que la banque demanderait pour le même prêt. Et Seraphina n'a pris aucune hypothèque, n'a, surtout pas, exigé la signature du mari au bas du contrat. Tout va renter dans l'ordre.
Mais quelques mois plus tard, Giulia, Maria ou Adriana, a la mauvaise surprise de voir un homme tout de noir vêtu se présenter à son domicile, toujours à une heure où le mari est absent pour son travail. C'est le représentant de Seraphina qui vient pour réclamer le paiement des intérêts dus par le contrat. La jeune femme à un haut-le-coeur en lisant la somme qui lui est réclamée. Ce n'est pas du tout ce qu'elle avait prévu dans son plan de remboursement. La petite gratte quotidienne qu'elle met de côté depuis des mois pour rembourser la vieille dame au sourire artificiel est de loin insuffisante pour ce premier versement. Comment cela est-il possible ?
Tout simplement parce que Seraphina, en proposant un prêt à dix pour cent, a omis de préciser qu'il s'agissait d'un intérêt mensuel et non pas annuel. Cela multiplie par souze la somme due. Du coup, l'emprunteuse enfile son manteau, attrape son sac à main et se précipite chez l'usurière (comment la nommer autrement ?) pour protester mais, une fois dans la place, selle se heurte à l'amabilité de porcelaine de la vieille prêteuse. Celle-ci s'excuse presque du malentendu mais, entre les phrases, se fait un peu menaçante. On va s'arranger entre femmes de bonne compagnie. Surtout quand l'emprunteuse est jeune et jolie. Cette jeunesse et cette beauté représentent un véritable capital dans la Sicile brûlante et frustrée où les femmes sont encore des idoles sévèrement gardées...
Si Giulia, Maria ou Adriana, se révèle incapable d'effectuer les remboursements auxquels elle s'est engagée en signant le contrat, il y aurait bien un moyen pour tout arranger... Seraphina, révélant sa vraie nature, expose sa petite idée : la jolie débitrice pourrait rembourser une partie de la somme en... nature. Si elle accepte de rencontrer, chez Seraphina, à l'abri des regards indiscrets, quelques messieurs en mal d'affection, cela pourrait se comptabiliser et l'aider à rembourser l'usurière.
Comme il n'existe pas d'autre solution, la malheureuse jeune femme accepte et le piège se referme davantage encore sur elle. Car Seraphina se transforme immédiatement en ce qu'elle est depuis longtemps ; une tenancière de maison close. La jeune femme, qui accepte de rencontrer des hommes plus ou moins beaux, plus ou moins jeunes, plus ou moins appétissants, ne voit créditer son compte personnel que de la moitié de la somme versée par le"client" qui vient de l'utiliser. Cinquante pour cent vont directement dans la caisse de Seraphina.
Pis encore, la malheureuse qui accepte, à son corps défendant, de se voir souiller et dégrader par des inconnus au portefeuille bien rempli, subit de nouvelles exigences de la vieille maquerelle, puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom. Seraphina exige d'elle une tenue particulièrement sexy et soignée. Souvent ces jeunes femmes modestes ne possèdent pas dans leur garde-robe les robes lamées au décolleté plongeant qu'on les prie de revêtir pour rencontrer les clients, les chaussures de très bonne marque, les dessous affriolants qui vont concourir au plaisir des "messieurs". Voilà l'occasion d'ouvrir un nouveau "compte courant" chez Seraphina, au nom de Maria, Giulia ou Adriana, compte qui semble toujours à des années-lumière de s'équilibrer, à plus forte raison de se clore définitivement. D'emprunteuse désespéré, la malheureuse imprudente se transforme en bête de plaisir qui n'entrevoit même plus la fin de son calvaire, de ces séances dégradantes où elle doit subir le plaisir bestial des clients anonymes, de ces crises de larmes quand, dégoûtée d'elle-même, elle court sous la douche pour essayer de purifier jusqu'au souvenir d'attouchements répugnants... Cela n'en finira donc jamais ?
Pourtant si, un jour, cette lettre anonyme, qui vient peut-être de Maria, D'Adriana ou de Giulia, marque la fin de l'organisation. Chez Seraphina la police trouve toutes les preuves de son infâme commerce : des livres de compte qui sont, en eux-mêmes, des aveux, des piles de reconnaissance de dettes. La première représentait une somme de 17 F. Il faut dire qu'elle date de... cinquante ans. Depuis, la débitrice doit être devenue bien incapable de renflouer son compte.


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Jean2

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Lun 12 Nov - 10:49

C'est une idée ca ! Il y en a tant que ca des femmes qui ont fait des trous dans le budget ? Twisted Evil
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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Lun 12 Nov - 11:18

Nous découvrons une ambition, chez J2, que nous n'aurions pas imaginée : proxo. Exclamation ........... Suspect .............. Twisted Evil ........... Razz Razz Razz
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MAINGANTEE

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Lun 12 Nov - 14:44

ca rapporte  Cool
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MARCO

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Lun 12 Nov - 17:07

On fait équipe J2 ?  Very Happy
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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Lun 12 Nov - 17:22

Quelle dépravation Exclamation MarcO qui se propose de travailler pour J2 Exclamation ............. Twisted Evil .............. geek
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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Lun 12 Nov - 23:11

LEONORA CONCINI, LA CALIGAÏ

C'est l'avant dernier jour du XVIe siècle, le 30 décembre 1599. Dans une chambre du palais Pitti, la demeure de la famille Médicis, une femme de trente et un ans contemple rêveusement Florence sous la neige. Elle n'est pas belle. Elle est même laide : trapue de corps, noiraude de teint. Il n'y a rien de spécialement distingué non plus dans son allure. Elle a incontestablement quelque chose de plébéien. Mais cette laideur s'oublie presque, tant son regard est vif. On dit que l'intelligence transfigure parfois les êtres et rarement la chose a été aussi vraie.
Pour l'instant, son regard s'est un peu voilé.En cette calme journée d'hiver, la jeune femme médite. Elle pense à l'incroyable chance que lui a réservée le sort. Elle, Lénonora, la fille du charpentier Dori, a été choisie avec d'autres pour tenir compagnie à la fille du duc de Toscane, Marie.
Marie de Médicis est de cinq ans sa cadette. Elle est aussi jolie et fine qu'elle-même est mal bâtie et disgracieuse.Mais par un juste retour des choses, comme dans les contes de fées, c'est l'inverse sur le plan intellectuel. Marie ne brille spécialement ni par la subtilité ni par la vivacité. D'abord enfant peu éveillée, elle est restée, pour reprendre l'expression de ses contemporains, une "balourde"...
La jeune femme sourit. Elle n'a eu aucun mal à se rendre indispensable auprès de Marie de Médicis. Elle est à la fois sa femme de chambre habile - la seule qui sache la coiffer -, sa confidente et sa meilleure amie. Bientôt, Marie va se marier. Et elle la suivra à la cour de quelque prince italien... Justement, Marie est en ce moment chez son père le duc. Peut-être est-il en train de lui apprendre le nom de son futur époux ?
Un cri, dans le dos de la jeune femme, la fait se retourner.
- Léonora ! Léonora !
Marie de Médicis, les cheveux défaits, en larmes, se jette dans ses bras.
- Léonora ! Je vais devenir reine de France !
Léonora Dori ne peut à son tour cacher son émotion. Marie, reine de France ! Cela veut dire qu'elle va la suivre elle-même à la cour la plus riche et la plus brillante d'Europe. Pour la deuxième fois, le sort vient de lui accorder une incroyable faveur...

17 décembre 1600. La ville de Lyon, ce jour-là, est le centre de la France. Pour le royaume, le XVIIe siècle s'ouvre sous les meilleurs auspices. Le mariage d'Henri IV, après des années de guerres de religion, semble le symbole même de la paix, et la jeune épousée est ravissante.
Le cardinal Aldobrandini célèbre la messe et, cinq jours plus tard, la nouvelle reine quitte Lyon avec un cortège de deux mille cavaliers. Henri IV, dont la réputation n'est pas usurpée, est déjà parti rejoindre sa maîtresse, Henriette de Verneuil.
Parmi tous les Italiens qui escortent Marie de Médicis, mi-chagrinés, mi-éblouis par cet exil prestigieux auprès du plus puissant monarque du temps, deux personnages sont bien décidés à ne pas laisser passer leur chance :Léonora Dori, bien sûr, mais aussi Concino Concini, gentilhomme florentin d'une trentaine d'années.
Concino Concini, est de petite noblesse mais ruiné. D'après ce qu'on sait, il a fait ses études à l'université de Pise et il a eu vraisemblablement une jeunesse orageuse. Port avantageux, élancé, fine moustache, regard noir, il est bel homme et le sait...
Le 8 février 1601, après un voyage triomphal, la jeune reine de France arrive à Paris. C'est le début de l'aventure de Lénonora et de Concino. Car la petite femme noiraude et le gentilhomme noceur se sont tout de suite reconnus et appréciés : la même ambition, les mêmes capacités les unissent ; ils sont faits l'un pour l 'autre et ils décident de se marier.
Seulement, s'ils se plaisent, ils n'ont pas fait la conquête d'Henri IV, loin de là. Le roi, qui a déjà refusé à Léonora la fonction de dame d'atours de la reine, se méfie des Italiens qui sont arrivés dans le sillage de Marie de Médicis et plus particulièrement de ces deux-là. Quelque chose, l'instinct sans doute, fait qu'il ne les aime pas.
Le couple demande en vain à la reine de plaider sa cause : peine perdue. Plus Marie de Médicis insiste, plus Henri IV se raidit. Mais à l'occasion de cette première épreuve, les deux Italiens montrent qu'ils savent manoeuvrer. Ils comprennent que ce n'est pas la reine qui peut leur venir en aide ; c'est à la maîtresse du roi qu'ils doivent s'adresser.
Ils vont trouver Henriette de Verneuil et lui font comprendre que leurs intérêts sont liés. Si elle obtient du roi leur mariage, ils se chargent, en retour de rendre Marie de Médicis plus complaisante vis-à-vis de son royal époux.
Le couple ne s'était pas trompé. Ce que la reine n'a pas obtenu, la maîtresse l'obtient tout de suite. Le 5 avril 1601, Léonora Dori est nommée dame d'atours de la reine et le 12 juillet de la même année, elle épouse Concino Concini nommé, par la même occasion, gentilhomme de la chambre.
Détail qui ne surprendra personne, quand on connaît le caractère des jeunes mariés et leur réalisme, ils ont passé un contrat de séparation de biens. Pourtant, cette précaution, toute naturelle somme toute de la part de deux complices pour qui le mariage tient plus de l'association commerciale que de l'affaire de coeur, va avoir des conséquences imprévisibles...
Les Concini s'installent à la cour. Léonora emménage dans l'appartement de fonction de la dame d'atours : trois pièces coquettes au palais du Louvre. Le couple est richement doté par la reine. Henri IV, qui ne les aime pas davantage que par le passé, parle toujours de les renvoyer mais Henriette de Verneuil est là, qui fait bonne garde, et leur ascension se poursuit.
Rapidement, Concino est nommé premier écuyer de la reine. Il a le droit de pénétrer dans la cour du Louvre en carrosse, privilège réservé aux princes de sang. "Il y a dans son hôtel particulier, dit un contemporain, abondance et beauté de vaisselle d'argent qui aurait contenté n'importe quel prince."
Dans son appartement de trois pièces, Mme Concini n'est pas plus mal lotie. Elle possède, selon la description de l'époque, "un lit à colonnes garni de broderies à points d'or, des tapis d'Orient multicolores, des robes et parures diverses semées de perles et de diamants, brodées d'or et d'argent". Léonora, qu a pris désormais le nom noble de Galigaï, vraisemblablement usurpé, a acheté en outre un hôtel particulier rue de Tournon et le château de Lésigny-en-Brie.
Signe éclatant de leur réussite : en 1608, Henri IV accepte d'être le parrain de leur fille. Malgré son aversion pour eux, le roi sait bien que les Concini sont les seuls qui puissent lui procurer une relative tranquillité avec sa femme...
La fille du charpentier et le noble Florentin ruiné occupent une place enviée à la cour de France. Ils s'enrichissent jour après jour grâce aux pots-de-vin et aux trafics d'influence, chose parfaitement courante à l'époque. Léonora et Concino n'en demandent pas plus. Ils n'ont, en particulier, aucune ambition politique.Les honneurs, l'aisance et presque la fortune : que souhaiter de mieux ?...
Seulement, se produit alors le coups de théâtre, le coup de tonnerre : le 14 mais 1610, Henri IV est assassiné. Or, Louis XIII, son fils, n'a que neuf ans et c'est Marie de Médicis qui est proclamée régente du royaume. C'est elle qui détient maintenant le pouvoir en France. Pour Léonora, c'est le troisième cadeau du destin. Sa petite compagne de jeux de Florence est à la tête du plus puissant royaume du monde.
Du coup, l'ascension des Concini devient vertigineuse. Concino entre d'abord au conseil des Finances. Il est chargé du recouvrement de la gabelle, fonction peu honorifique mais éminemment rentable puisqu'il prélève un pourcentage sur l'impôt qu'il perçoit.
Les honneurs ne tardent pas à suivre. La reine lui accorde le gouvernement de Péronne, de Montdidier et le marquisat d'Ancre "en considération des longs, recommandables et continuels services rendus". (Ne cherchez pas la ville d'Ancre sur une carte de France. Elle s'appelle aujourd'hui Albert, dans la Somme, du prénom d'Albert de Luynes, l'ennemi mortel de Concini... Mais nous n'en sommes pas là.)
Trois mois après l'assassinat d'Henri IV, les Concini occupent la première place.Les princes les détestent mais Marie de Médicis les soutient sans faiblir. Pour apaiser les principaux courtisans, elle distribue sans compter les donations en puisant à pleines mains dans les réserves que la sage politique financière de Sully avait accumulées.
Alors qu'Henry IV accordait six cent mille livres de pensions par an, pour la seule année 1611, Marie de M'dicis en verse plus de quatre millions...
Rien ne peut arrêter Concino Concini dans son ambition dévorante. Il se fait nommer par la reine gouverneur de la citadelle d'Amiens. Cet événement soulève un émoi considérable, non seulement à la cour mais dans tout le royaume. La place forte d'Amiens commande en effet le Nord de la France. La donner à un étranger est une décision sans précédent.
Détesté à la Cour, le couple Concini n'est pas moins haï par le peuple. On accuse Concini d'être l'amant de la reine régente - ce qui est probablement faux. Les murs de Paris se couvrent de graffiti obscènes. Il y en a jusque sur la porte de la souveraine. Un quatrain court dans la capitale :

Si la Reine allait avoir
Un poupon dans le ventre,
Il serait bien noir
Car il serait d'Ancre...


Concini et sa femme se moquent de tout cela. Ils ne craignent pas la cour. Ils savent que Marie de Médicis est toute-puissante et que les courtisans ne peuvent rien contre eux. Ils ne craignent pas non plus le peuple, qu'ils méprisent. Ils ne sont pas dans leur pays et ils n'ont aucun souci d'être populaires.


Je vais reviendre.......... si, si.......... Par contre, quand Question ......... c'est la surprise Exclamation ... geek
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Lun 12 Nov - 23:52

Surprise !!!!!!!!!! Suis revenue plus vite que prévu. Il faut dire qu'en regardant machinalement l'heure, j'ai vu qu'il était 23 h 18 ! et j'ai encore 7 pages et demi à vous taper. Alors j'ai décidé de faire un effort sacrificiel. Chuis trop bonne !........ tongue

Léonora Concini est bientôt la femme la plus riche de France et Concino Concini le maître du royaume. Ils dilapident les biens de l'Etat, ils mènent une politique conforme à leurs seuls intérêts... Que devient la France dans tout cela ? Ce n'est certainement pas leur problème... Et ce n'est vraisemblablement pas non plus celui de reine régente, car Marie de Médicis n'est pas plus française qu'eux...
Pourtant, Léonora et Concino, ces intrigants si habiles, ont commis une faute de tactique énorme, élémentaire. Ils ont négligé un enfant, orphelin de père à neuf ans, un gamin sombre, renfermé, à l'air peu éveillé et pas spécialement intelligent, qui s'appelle Louis...
Il faut dire que le petit Louis XIII ne paie pas de mine. C'est le mal-aimé de sa mère, qui lui a toujours préféré son frère cadet Gaston. Elle le tient à l'écart d'une manière à peine concevable. Non seulement il n'est informé de rien de ce qui touche le royaume, mais pas une fois, il n'aura le droit d'assister au conseil des ministres. Le duc de Rohan écrit à ce sujet : "Le mépris de la reine-mère envers son fils était inimaginable."
Toujours seul, sans compagnon de jeu, abandonné à ses précepteurs, le jeune Louis XIII s'ennuie. Il s'occupe comme il peut. On le voit se promener aux Tuileries, faisant du jardinage et portant des brouettées de terre. Son caractère, renfermé au départ, devient taciturne. Bref, c'est un gamin terne au possible.
Les Concini, influencés par le jugement de Marie de Médicis, méprisent ferme le jeune roi. "C'est un imbécile", dit Concino. "C'est un idiot", dit Léonora... En brillant causeur, en séducteur né qui'l était, Concino aurait pu aisément faire la conquête de l'enfant. Il ne s'est pas donné cette peine. Alors quelqu'un d'autre va s'en charger à sa place.


Désolée, mais là, je n'ai qu'une envie, c'est de dormir. J'ai cru que j'y arriverai. Je vous laisse à l'angoisse de la suite........... tongue ............. Sleep
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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Mar 13 Nov - 15:37

Yssss exprès pour nous faire bisquer!
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mar 13 Nov - 20:53

Albert, duc de Luynes, ancien gentilhomme ordinaire d'Henri IV, a trente ans quand il entre dans la maison du dauphin. Lui, il perçoit tout de suite la volonté qui se cache dans ce garçon apparemment apathique, et les qualités de roi derrière l'ingratitude du caractère. Albert de Luynes remarque aussi la vive passion qu'a le jeune souverain pour les oiseaux. Alors, il agit. Il s'occupe d'installer dans les appartements de Louis XIII une volière particulière. Il se documente sur l'ornithologie et fait profiter le roi de sa science toute neuve. Louis XIII est ébloui, émerveillé. C'est la première fois que quelqu'un s'intéresse à lui. Il est disposé à croire tout ce que lui dira le duc de Luynes. Et le duc ne lui dit pas du bien des Concini...
Pendant ce temps, Léonora, dont la santé n'a jamais été brillante, devient de plus en plus malade. Elle a d'incessantes douleurs de ventre, elle s'évanouit pour un oui ou pour un non. En fait, elle est sans nul doute hystérique. Mais à l'époque, on ne sait rien de ce mal mystérieux. Elle a recours aux praticiens de l'époque, qui tiennent en même temps du docteur, du religieux et du charlatan. Un médecins juif portugais, du nom de Montaldo, lui procure quelque temps un réel soulagement, mais il meurt et elle fait appel, pour le remplacer, à des moines italiens. Les uns comme les autres accompagnent leurs traitements d'exorcismes, comme il est normal en un siècle dominé par la superstition. Pourtant, c'est un fait qui va peser lourd par la suite...
En 1616, Concino Concini est nommé par Marie de Médicis maréchal de France. Ils se font désormais appeler, sa femme et lui, le maréchal et la maréchale d'Ancre...
Dans le pays, l'impopularité des Concini atteint un paroxysme. Le Parlement de Paris dénonce au roi les "personnes introduites à la Cour non par leurs mérites et services rendus, mais à la faveur de ceux qui veulent y avoir des créatures".
Les princes se révoltent, mais Concini s'en moque. Il est au sommet de sa puissance. Il veut être connétable, la plus haute distinction française, que la monarchie n'accorde pas tous les siècles. Il a une garde personnelle de quarante gentilshommes qu'il paie mille livres par an. Il équipe à ses frais plusieurs milliers d'hommes de troupe qui peuvent constituer une menace pour l'armée royale elle-même.
Concino Concini est le véritable maître de la France. Il gouverne à la place des ministres. C'est lui qui reçoit les ambassadeurs étrangers, et encore quand il le veut bien. Il exige des marques de respect invraisemblables de la part des plus grands personnages. Il fait emprisonner arbitrairement n'importe qui. Il frappe les villes d'impôts spéciaux, afin qu'elles assurent l'entretien de ses troupes personnelles.
Quant à Léonora, c'est toujours l'argent plus que le pouvoir qui l'intéresse. Mais dans ce domaine, elle va aussi loin que son mari. Elle accumule, en diamants principalement, une fortune de quinze millions de livres. C'est une somme absolument inimaginable pour des biens particuliers. On ne peut la comparer qu'au budget d'un Etat et, précisément, quinze millions de livres représentent le budget annuel du royaume. Léonora Concini, dite la Galigaï, est aussi riche que la France !...

1617. Le sort de la France est en train de se jouer dans une volière, celle que le duc Albert de Luynes, qui a acheté la charge de grand fauconnier, a fait installer dans les appartements du roi. Là, celui qui a su devenir le confident et le conseiller indispensable du jeune souverain, excite sa colère contre Concini et sa femme. Luynes est, de toute évidence, animé par des ambitions personnelles mais, en l'occurrence, ses intérêts se confondent avec ceux de l'Etat et Louis XIII commence à avoir le sens de l'Etat.
Luynes se fait l'écho auprès de lui des protestations de la noblesse. Il lui lit quelques-uns des innombrables pamphlets qui circulent à Paris. La plupart en appellent à Louis XIII. Ils l'invitent "à parler en roi, à sauver le royaume de la domination des étrangers"...
- Vous n'avez qu'à agir, dit le duc au jeune souverain, et tous les princes se rallieront à vous, et le peuple vous acclamera.
Louis XIII finit par en être persuadé. Mais pour cela, il faut se débarrasser d'une manière ou d'une autre des Concini, et ce n'est pas facile. Louis XIII hésite tandis que, soir après soir, près de la volière, Luynes revient à la charge...
Les entretiens du duc avec le jeune roi ne passent évidemment pas inaperçus. Mais la réputation de médiocrité de Louis XIII est telle que personne n'y attache d'importance. Certes, les Concini savent bien qu'ils ont en la personne d'Albert de Luynes un ennemi juré. Léonora lance un jour au grand fauconnier :
- Luynes ! Luynes ! On te rognera les ailes !...
Mais dans l'ensemble, personne n'est fâché de voir le roi s'intéresser aux oiseaux plutôt qu'aux affaires. Le rôle de Luynes auprès de lui est presque considéré comme celui d'un bouffon.
- Il y a si loin de M. Luynes à moi, dit un jour Concini, que nous n'avons pas de sujet de nous craindre...
Près de la volière, les choses avancent rapidement, au contraire. Le complot - car c'est un véritable coup d'Etat légal que prépare Louis XIII - commence à s'organiser. Luynes tente de persuader le roi qu'il faut arrêter Concini. Mais comment ? L'Italient, qui est méfiant, ne se déplace jamais sans sa garde personnelle de gentilshommes armés jusqu'aux dents.Louis XIII décide de faire une dernière tentative par la manière douce.
Le 17 avril 1617, il fait dire à sa mère, par l'intermédiaire de plusieurs messagers, son "désir extrême de prendre les rênes de l'Etat" et lui demande de renvoyer les Concini. La réaction de Marie de Médicis est d'une rare violence. C'est un "non" catégorique et elle alerte immédiatement Concino Concini qui se trouvait alors en Normandie. Celui-ci rentre précipitamment. Il tient des propos fracassants dans lesquels il parle d'exécuter de Luynes et quatre-vingts suspects. Pendant quelques heures, on craint même pour la vie de Louis XIII. E t si on allait le détrôner pour mettre à sa place son frère Gaston d'Orléans, le préféré de sa mère ?
Cette fois, il faut agir vite. La victoire appartiendra à celui des deux camps qui frappera le premier. Pour cette opération risquée, il faut un homme à toute épreuve. Luynes l'a trouvé et le présente au roi le soir même. C'est le capitaine de la garde royale, Nicolas de l'Hôpital, marquis de vitry. Vitry est un homme énergique, hardi jusqu'à la témérité. Il déteste Concini et son dévouement au souverai ne fait pas de doute. Le dialogue décisif s'engage devant la volière.
Vitry est présenté au roi, qui lui dit aussitôt :
- Monsieur, je vous donne l'ordre d'arrêter Concini.
Le capitaine des gardes hésite. Il se risque à poser la question :
- S'il se défend, que Votre Majesté veut-elle que je fasse ?
Vitry attend la réponse de Louis XIII qui ne vient pas. Il n'entend que les oiseaux dans la volière... C'est Luynes qui parle à la place du jeune souverain.
- Le roi entend qu'on le tue.
Vitry regarde son roi de seize ans qui, lui-même, regarde les oiseaux sans mot dire. Il s'incline respectueusement.
- Sire, j'exécuterai vos commandements...
Le plan est aussitôt arrêté. Concini se rend tous les matins au Louvre par la rue d'Autriche, en face de Saint-Germain-l'Auxerrois. Il s'agira de refermer la porte extérieure du Louvre dès qui'l sera passé, afin de le séparer de son escorte. Ensuite Vitry n'aura qu'à l'appréhender. L'arrestation est fixée au 23 avril.
Au matin du 23, Louis XIII va entendre la messe. Il manifeste le plus grand calme. Pour tout le monde, il est l'adolescent insignifiant habituel. Quand il quitte la messe, c'est pour apprendre que l'affaire est remise : exceptionnellement Concini n'est pas venu et il n'était pas possible de laisser plus longtemps Vitry et ses hommes en faction. Sans rien marquer de sa déconvenue, Louis XIII va déjeuner.
Personne ne se doute de rien. Ce jeune homme qu'on disait faible de caractère vient de manifester une extraordinaire maîtrise de soi. Et elle lui est plus que jamais nécessaire : l'arrestation est remise au lendemain 24 avril.
A dix heures du matin, Louis XIII joue calmement au billard. Au même instant, Vitry, qui est en embuscade avec dix-huit de ses hommes, est prévenu que Concini arrive, accompagné de soixante-dix gentilshommes de sa suite. Le voici, en effet. D'une main il tient un bouquet, de l'autre une lettre qui'l est en train de lire. Il est semblable à lui-même avec sa haute taille, sa moustache et sa barbiche en pointe à la mode du temps, ses manières dédaigneuses. Il est vêtu avec son élégance coutumière d'un haut-de-chausses en velours gris, d'un pourpoint de toile noire brodé d'or et d'un manteau en velour noir garni de passementerie de Milan.
Dès qu'il a pénétré dans le Louvre, les hommes de Vitry referment les portes sans se soucier des protestations de sa garde. Concini, qui continue à lire sa lettre ne s'est aperçu de rien ; Vitry s'approche de lui.
- De par le Roi, je vous arrête !
Concini lance en italien :
- A me ?
Il recule de quelques pas et pose la main à son fourreau...
- Oui, à vous ! s'écrie Vitry.
Il n'a pas le temps d'en dire plus, ni même de lancer un ordre. En voyant le geste de Concini, cinq de ses hommes on fait feu en même temps. Deux balles se sont perdues, mais les trois autres n'ont pas manqué leur cible : l'une a frappé sous l'oeil gauche, la seconde entre les deux yeux, la troisième à la gorge. Concini s'écroule, tué net. Vitry et ses hommes, qui le croient seulement blessé, le lardent de coups d'épée en criant :
- Tue ! Tue !
- Vive le Roi !
Les coups de feu ont mis le Louvre en émoi. Quand Louis XIII les entend, il est en compagnie de Luynes. Il dégaine alors et court sur les lieux. Il est arrêté par d'Ornano, le colonel de la garde corse :
- Sire, lui dit-il, c'est fait !
Louis XIII a un cri de joie et va ouvrir une fenêtre. Dans les jardins, la foule des courtisans s'interroge avec inquiétude, Louis XIII leur crie :
- Marci, grand merci à vous ! A cette heure, je suis roi !
La cour a aussitôt compris. Et c'est une véritable clameur qui répond :
- Vive le Roi !
Louis XIII harangue alors les gardes françaises :
- Aux armes ! Aux armes, compagnons !
Si jamais les hommes de Concini avaient eu quelque velléité de résistance, ce n'est désormais plus possible. La remarquable présence d'esprit du roi a définitivement assuré son coup d'Etat légal.
Louis XIII envoie aussitôt un messager dire à sa mère qu'il lui retire la régence et qu'il prend en main le gouvernement. Marie de Médicis ne veut pas y croire. Elle dépêche son premier écuyer demander une audience a son fils. Le messager revient peu après avec la réponse suivante :
- Le roi a trop à faire. Ce sera pour une autre fois.
Et, eu même moment, douze archers du roi viennent remplacer la garde personnelle de la reine mère. Deux autres hommes d'armes ont mission d'arrêter Léonora Concini. Quand elle les voit, elle leur demande, l'air inquiet :
- Des coups de feu ont été tirés. C'est contre mon mari ?
L'un des hommes répond :
- En effet, madame. Et il y a une mauvaise nouvelle : votre mari est mort.
- C'est le roi qui l'a fait tuer ?
- Oui, madame...
Léonora n'a pas un cri, pas une larme. Elle demande si elle peut voir Marie de Médicis. La réponse est non. Elle ne comprend pas encore qu'elle est prisonnière dans ses appartements, tout comme la reine mère elle-même. Les hommes d'armes s'éloignant un instant, elle court chercher ses bijoux et les cache dans son matelas. Précaution puérile : d'autres gardes arrivent peu après, procèdent à une fouille systématique et découvrent les pierres précieuses. Il y en a une quantité fabuleuse et, dans l'inventaire qui est dressé sur-le-champ, il est noté que Léonora portait à ses doigts des bagues appartenant à la couronne...


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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mar 13 Nov - 21:45

A quoi pense la Galigaï, en cette soirée du 24 avril 1617, regardant les jardins du Louvre à travers les fenêtres de ses appartements qui lui servent de prison ? Par trois fois - lorsque le duc de Toscane l'a appelée auprès de Marie, lorsque Marie de Médicis est devenue reine de France et lorsque le poignard de Ravaillac a fait de celle-ci la régente du royaume - le for lui a accordé ses faveurs. Est-ce que tout cela ne serait qu'une apparence ? Est-ce que tout cela ne serait que le prélude au malheur ?
Léonora ne veut pas y croire. On va tout au plus lui confisquer ses biens et la renvoyer dans son pays. Elle aura eu de beaux souvenirs et la douleur de perdre un être qu'elle aimait parce qui'l lui ressemblait.
Elle ignore qu'au même moment le cadavre de son mari, enterré en hâte dans le cimetière de Saint-Germain-l'Auxerrois, est déterré par le peuple qui est en train de le traîner dans les rues de Paris, avant de le dépecer et de le jeter aux chiens !...
Les choses vont vite.
Le 4 mai, Léonora Concini est enfermée à la Bastille. Et le 22, après une instruction rapide, elle est traduite devant le Parlement de Paris.
Où est-elle, celle qui se faisait appeler la Galigaï ? Celle qui se promenait couverte de bijoux de la Couronne de France ? La femme qui paraît devant ses juges n'a plus rien à voir avec la dame d'atours de Marie de Médicis. C'est une malade aux traits creusés ; elle est vêtue de la seule pauvre robe qu'on lui a laissée dans sa prison.
Pourtant, Léonora Concini est toujours riche et c'est même tout le problème. Pendant les années de la régence, elle a accumulé des sommes inimaginables. Or c'est ici qu'intervient le contrat de séparation de biens qu'elle a passé lors de son mariage... L'assassinat de Concini n'a rien réglé par rapport à la fortune de Léonora. Elle lui appartient à elle et à elle seule. Et, selon la loi de l'époque, il n'existe qu'une seule possibilité de récupérer la fortune d'un condamné : qu'il soit frappé de la peine capitale.
Condamner à mort Léonora Concini-Galigaï ? Mais sur quel chef d'accusation ? Si le détournement des deniers publics est évident, il n'est pas passible de la peine capitale. C'est pourquoi il faut trouver autre chose. Le procès de Léonora va devoir, dans ces conditions, bien peu à la justice et beaucoup à la raison d'Etat.
Les juges du Parlement de Paris tentent d'abord de prouver que Léonora aurait été, avec Concini, complice de Ravaillac dans l'assassinat d'Henri IV, accusation entraînant effectivement la mort mais purement gratuire. Car, si le meurtre du roi a, de toute évidence, profité au couple, il n'y a pas la moindre preuve. Surprise et effrayée par les questions, Léonora n'a aucun mal à les déjouer.
Cette première tentative était vouée à l'échec, et les membres du Parlement de Paris sont des juristes trop avisés pour insister. Aussi décident-ils de passer au seul autre chef d'accusation qui soit passible de la mort : la sorcellerie...
Le prétexte est habile. Léonora Concini, affligée d'effroyables douleurs nerveuses, avait fait appel à toutes sortes de médecins qui étaient en même temps religieux et exorcistes. Donc la Galigaï est une sorcière. Et, en ce début de XVIIe siècle, on brûle les sorcières...
Les juges espèrent avoir trouvé la faille. C'est un véritable harcèlement, qui dure un peu plus de quinze jours. Mais sur la question de la sorcellerie, comme sur celle du chimérique complot contre Henri IV, les juges doivent, à la longue, renoncer. Les réponses de l'accusée sont parfaitement claires : elle n'a fait que se soigner comme le faisaient toutes les dames fortunées de l'époque, en mêlant les prières aux remèdes matériels...
Alors, Léonora va-t-elle avoir la vie sauve ? C'est oublier que nécessité fait loi...
Le 8 juillet 1617, le Parlement de Paris condamne Léonora Concini à mort pour impiété et entreprise contre l'Etat. L'accusation de sorcellerie, jugée trop invraisemblable, n'a pas été retenue et celle qui été finalement choisie n'entraîne pas la mort. C'est donc un verdict illégal. C'est ce qu'on appelle la raison d'Etat...
L'exécution a lieu le jour même, à cinq heures du soir. Léonora Concini traverse les rues de Paris dans la charrette des condamnés, au milieu des cris de haine de la foule, une haine que rien n'a désarmée. Son mari a déjà été donné en pâture aux chiens de la capitale, et la ville d'Ancre, dont elle avait porté le nom comme marquise et maréchale, sera débaptisée et nommée Albert, du prénom du duc de Luynes, pour effacer cette honte.Mais ce n'est pas suffisant pour le peuple. Rien ne doit rester de ce qu'elle a été, pas même son corps qui sera jeté aux flammes après qu'elle eut été décapitée...
Au fond, le destin avait été sans doute trop généreux avec Léonora. Pour la fille du charpentier de Florence, devenir la seconde dame de France, c'était trop. L'enfant noiraude et contrefaite n'aurait jamais dû aller dans le palais des Médicis. Côtoyer des gens qui ne sont pas de votre monde finit souvent par vous tourner la tête et, parfois, par la faire tomber sous l'épée du bourreau.


FIN
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mar 13 Nov - 22:13

RAOUL VILLAIN,
L'ASSASSIN DE JAURES


Paris, 31 juillet 1914, dix-neuf heures trente. Malgré l'heure avancée, il fait une chaleur accablante. L'atmosphère est électrique, irrespirable. Trois hommes remontent en taxi les Grands Boulevards. Celui qui est assis à l'arrière, du côté chauffeur se remarque aisément par un physique qui sort de l'ordinaire : il est d'une taille moyenne mais d'une carrure imposante, avec de petits bras, un gros cou et une tête massive ornée d'une barbe de sapeur d'un blond fauve qui commence à blanchir. L'homme est pas élégant ; il est même négligé ; un pantalon fatigué, une chemise gris ouvrier, une cravate noire élimée - un de ces modèles économiques avec noeud tout fait
qu'on trouve pour quarante-cinq centimes dans les magasins populaires - et un veston déformé par un nombre incroyable de livres et de brochures.
Un peu après la Madeleine, le taxi est arrêté par un attroupement. Un groupe de jeunes gens s'en prend à un homme d'une trentaine d'années qui se défend comme il peut. Les coups pleuvent, les cris fusent.
- C'est un Allemand ! A mort l'espion !
L'homme proteste :
- Laissez-moi. Je ne suis pas allemand...
Le taxi parvient à se frayer un passage. Mais d'autres jeunes gens viennent à sa rencontre, drapeau tricolore en tête. Ils agitent joyeusement leurs canotiers. Ils lancent des sourires aux filles.
- A Berlin ! On les aura ! On va couper les moustaches au Kaiser !...
Dans le taxi, l'homme prononce d'un ton grave, avec un accent rocailleux du Sud-Ouest :
- Il faut éviter l'horreur de cette guerre !...
La guerre... Ce 31 juillet 1914, elle n'a jamais semblé plus proche.L'Autriche a mobilisé. L'Allemagne et la Russie l'ont fait partiellement. La France s'apprête à les suivre. Que peuvent les ultimes tentatives diplomatiques ? Rien, sans doute. La guerre est plus que proche, elle est souhaitée. Les journaux français regorgent de déclarations belliqueuses : "La guerre est d'essence divine. Elle possède une valeur éducative indéniable", vient d'écrire Paul Bourget dans Le Gaulois. Et Abel Bonnard a renchéri dans Le Figaro : "Il faut embrasser la guerre dans toute sa sauvage poésie." (Ha, parce que pour ce C.N, la guerre est une sauvage poésie Exclamation ... Rolling Eyes )
Pourtant, l'homme qui se trouve en ce moment dans le taxi n'est pas de cet avis. La guerre, il ne l'imagine pas fraîche et joyeuse, se faisant la fleur au fusil et La Marseillaise à la bouche. Il vient d'écrie : "Qu'on se représente l'Angleterre, l'Allemagne, la France, la Russie, l'Italie et l'Autriche-Hongrie aux prises : des millions et des millions d'hommes se détruisant, les ressources vitales des nations dévorées jour après jour par le service de la mort. Que de douleurs, que de barbarie !"
Cette guerre qu'il pressent horrible, ce barbu fagoté à l'accent du Tarn veut à tout prix l'empêcher et il en a peut-être les moyens. Il ne fait pas partie des puissants de ce monde. Il n'est même pas ministre ; il est tout juste député et directeur de journal et pourtant sa voix a presque autant de poids que celle du tsar, de l'empereur d'Allemagne ou du Premier ministre français ou britannique. L'avant-veille, à Bruxelles, il a été acclamé par les socialistes allemands aux cris de "Vive la France !" Pour tous ceux qui croient encore à la paix, il est le dernier rempart, l'ultime espoir...


PAUSE Exclamation Exclamation Exclamation

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 14 Nov - 0:06

Le taxi pile dans un crissement de pneus. Un fiacre, gêné par les manifestants, vient de li couper la route. Le chauffeur lance à la portière :
- Et alors, vous voulez nous tuer ?
Le cocher ne répond pas. Il vient d'apercevoir le passager assis sur la banquette arrière. Il retire sa casquette d'un geste déférent :
- Mille excuses, mais il n'y pas de danger. On ne tue pas le citoyen Jaurès !...
Le "citoyen Jaurès" se rend à son bureau, à L'humanité, le journal qu'il a fondé. Il va écrire encore un article pour empêcher la catastrophe. Son sort à lui, il n'y pense pas. Il y a longtemps qu'il a accepté tous les risques. Il a déclaré la veille :
- Cette guerre va réveiller toutes les passions bestiales qui dorment au coeur de l'homme. Il faut nous attendre à être assassinés au coin des rues...

Vingt heures. Un jeune homme remonte, lui aussi, mais à pied, les Grands Boulevards. Ila vingt-neuf ans. Il est petit, chétif, son visage est banal, inintéressant au possible. Il se nomme Raoul Villain.
Originaire de Reims, il s'est installé depuis peu à Paris, rue d'Assas, et il vient juste d'obtenir un diplôme d'égyptologie à l'Ecole du Louvre. Un diplôme qui ne doit pas valoir grand-chose, car Raoul Villain est aussi défavorisé sur le plan intellectuel que sur le plan physique. Pire même. Il y a quelque chose en lui qui ne tourne pas rond, surtout lorsqu'il est question de guerre ou de patriotisme. Ace moment-là, il se lance dans de grands discours enflammés et pas très cohérents...
Raoul Villain serre nerveusement dans sa poche le revolver Smith et Wesson qui'l vient d'acheter. Il y a longtemps qu'il se sent désigné pour accomplir une grande mission, un peu comme Jeanne-d'Arc, son modèle...
Tuer Jaurès ? Ce n'est pas la première idée qu'a eue Villain. Il avait d'abord pensé assassiner l'empereur d'Allemagne, Guillaume II. Et puis il a changé d'avis. Pourquoi ? Il suffit pour cela d'écouter ce que disent les gens, de lire les journaux. Raoul Villain a rapidement été convaincu. C'est Jaurès qui'l faut tuer et non Guillaume II. Guillaume II n'est qu'un ennemi ; mais Jaurès, "Herr Jaurès" comme on dit si souvent, est un traître !

Vingt heures trente. La salle de rédaction de L'Humanité, Jean Jaurès met le point final à son éditorial. Il l'a intitulé : SANG-FROID NECESSAIRE.

Toute chance d'arrangement pacifique n'a pas disparu. Le plus grand danger est dans l'énervement qui gagne, dans les impulsions subites qui naissent de la peur. Pour résister à l'épreuve, il faut une raison ferme, claire et calme... Là est la vraie sauvegarde, là est la garantie de l'avenir.


"L'avenir"... L'article de Jaurès se termine sur ce mot qui résume toute sa pensée. Il est vingt heures quarante-cinq. Dans la salle de rédaction bourdonnante, une voix s'élève :
- Allons manger au Coq d'Or.
Jaurès secoue la tête :
- Non. Il y a de la musique et des femmes. Allons au Café du Croissant, nous serons de retour dans trois quarts d'heure.

Vingt et une heures. Raoul Villain arrive en face de l'immeuble de L'Humanité. Il n'éprouve aucune hésitation devant le geste qu'il va commettre. Tuer Jaurès, celui que Maurice Barrès appelle "la fille vendue à l'Allemagne", est une nécessité, un acte de salubrité publique. Villain l'a lu partout, dans tous les journaux qui lui sont tombés sous lam ain. Car la presse nationaliste s'est déchaînée ces derniers temps contre le grand tribun.
Léon Daudet, dans L'Action Française :

Nous ne voulons déterminer personne à l'assassinat politique, mais que Monsieur Jaurès soit pris de tremblement. Il est capable de suggérer à quelque énergumène le désir de résoudre par la méthode expérimentale la question de savoir si rien ne serait changé après sa mort.

Urbain Gohier, dans La Sociale :

A la veille de la guerre, le général qui commanderait à quatre hommes et un caporal de coller au mur le citoyen Jaurès et de lui administrer à bout portant le plomb qui lui manque dans la cervelle, ferait son plus élémentaire devoir.

Et Charles Péguy lui-même réclame à grands cris la mort de son ancien camarade socialiste :

Dès la déclaration de guerre, la première chose que nous ferons sera de fusiller Jaurès. Nous ne laisserons pas derrière nous ces traîtres...

Toutes ces déclarations, Villain ne les a peut-être pas entièrement comprises. Il est vrai que quelquefois les idées se brouillent un peu dans sa tête. C'est depuis toujours. Lorsqu'il était bébé, sa mère l'a fait tomber par maladresse de son berceau. Elle l'a aussitôt ramassé mais ce fut pour le jeter par la fenêtre. A la suite de cela, elle a été internée et elle est morte à l'asile. Son père est plus équilibré, mais il aime un peu trop l'absinthe. Et puis, il y a la grand-mère, une femme squelettique qui est restée enfermée dans sa chambre plus de trente-cinq ans. Elle répétait au petit Raoul :
- Je ne mourrai jamais. La Sainte Vierge m'emmènera par les chevaux jusqu'au ciel. Ce jour-là, regarde bien en l'air. Tous ceux qui pourront témoigner du miracle recevront quarante mille francs de mon notaire...
La grand-mère est morte la semaine dernière . Raoul est arrivé trop tard pour voir la Sainte Vierge. Mais l'événement l'a fortement ébranlé. C'est un signe supplémentaire : plus jamais, il doit tuer Jaurès ! ...
La concierge de L'Humanité, auprès de qui Villain s'est poliment renseigné, vient de lui répondre que ces messieurs dînaient au Café du Croissant.
Raoul Villain part après avoir remercié, les deux mains dans les poches. Au cas où son Smith et Wesson s'enrayerait, il a un second revolver...

Vingt et une heure trente. La rédaction de L'Humanité s'est installée sur une banquette du Café du Croissant près de la fenêtre.
Comme il fait très chaud, les vitres ont été ouvertes et seul un rideau de dentelle sépare les dîneurs de la rue. Jaurès est au milieu de la table, tournant le dos au trottoir. Un employé du journal vient de lui apporter une dépêche. Il commente :
- Lord Asquith a parlé devant la Chambre des Communes. L'Angleterre refuse de se prononcer avant lundi.Mais lundi, il sera trop tard !...
Dehors, quelques badauds s'arrêtent. On sait bien dans le quartier, que Jaurès a ses habitudes au Café du Croissant et il y a toujours des curieux qui stationnent sur le trottoir. Pourquoi feraient-ils attention à ce jeune homme insignifiant qui vient de se mêler à eux ?
Le dîner s'achève. Pour détendre un peu la tension insupportable, un des journalistes tend à Jaurès une photo en couleurs.
- C'est ma petite fille. Comment la trouves-tu ?
Jaurès sourit pour la première fois depuis le début du repas.
- Elle est ravissante. Quel âge a-t-elle ?
Le rideau de dentelle s'écarte brusquement. Une main apparaît, armée d'un revolver. Il y a un éclair, un coup de feu, puis un deuxième, suivi d'un bruit de vaisselle et du cri strident d'une femme.
- Jaurès ! Ils ont tué Jaurès !...


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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 14 Nov - 1:26

Le député du Tarn s'est affaissé doucement sur l'épaule de son voisin de gauche, les yeux fermés, sans cesser de sourire. Un médecin, présent dans le café, se précipite vers le blessé qu'on installe tant bien que mal sur une table, et l'ausculte. Le coeur bat encore, en raison d'une vigueur physique exceptionnelle, mais il n'y a aucun espoir : la balle, qui a pénétré sous l'oreille droite, s'est logée dans l 'hémisphère cérébral gauche. Trois minutes plus tard, le médecin, qui prend toujours le pouls du blessé, annonce :
- Jaurès est mort.
Dehors, l'assassin, qui n'avait pas cherché à fuir, est sur le point d'être lynché par la foule lorsqu'un agent survient et le conduit au poste.
Aussi vite que le peuvent les moyens d'information de l 'époque, la nouvelle se répand sur les Grands Boulevards, puis dans Paris, puis dans la France, puis dans l'Europe entière :
- Ils ont tué Jaurès !
"Ils ont tué Jaurès", cela signifie que le dernier obstacle à la guerre a disparu. Maintenant, qu'on s'en réjouisse ou qu'on s'en désespère, il faut partir...
Devant le Café du Croissant, une ambulance vient d'arriver. Les amis de Jaurès ont arrangé comme ils pouvaient ses vêtements fatigués ; ils ont remonté sur ses jambes ses pauvres chaussettes à treize sous, en éloignant de leur mieux les inconnus en larmes qui tentaient de couper des mèches de ses cheveux...
La poétesse Anna de Noailles qui viendra peu après s'incliner devant le crops a rendu hommage à celui qui fut le premier tué de la Première Guerre mondiale :

J'ai vu ce mort puissant le soir d'un jour d'été...
Ce dormeur grave en qui s'engloutissait la paix...


24 mars 1919, neuf heures du matin. Le président Boucard agite sa sonnette. Au palais de justice de Paris, s'ouvre le procès de Raoul Villain, accusé d'homicide volontaire sur la personne de Jean Jaurès.
Tout a changé depuis la torride soirée d'été du 31 juillet 1914 et le drame du Café du Croissant. Entre les faits et le jugement, il s'est creusé un abîme : près de cinq ans, cinquante-deux mois de guerre, cinq millions de victimes, dont un million trois cent mille Français, douze millions de blessés dans l'un et l'autre camp...
Raoul Villain est assis calmement dans son box. Il est toujours le même, c'est-à-dire neutre, insignifiant. Il faut dire que les années horribles qui viennent de s'écouler, il es a vécues à l'intérieur de sa prison. Verdun, le Chemin des Dames, les mutineries de 1917, la fièvre espagnole, il n'a pas connu. Les autorités avaient décidé de remettre à après la guerre un procès qui risquait, selon elles, de diviser les Français...
Lé défense est assurée par Me Zevaes, ancien député exclu du Parti socialiste, qui plaidera le côté politique, tandis que l'autre avocat, Me Henri Géraud, se réservera le dossier mental.
Pour la partie civile, deux représentants également : Mes Paul Boncour et Ducos de la Haille. Ils ne demanderont pas la mort ; ce serait faire injure à la mémoire de Jaurès, qui a été toute sa vie un adversaire de la peine capitale. Mais ils réclameront une condamnation sévère. Comment, d'ailleurs, pourrait-il en être autrement ? Il y a un peu plus d'un mois, l'anarchiste Emile Cottin a tiré sur Clemenceau sans l'atteindre, et, jugé sur-le-champ, il a été condamné à mort. Il vient de bénéficier de la grâce présidentielle, mais lui, il n'avait pas tué, ni même blessé...
Le jury est désigné. La défense ne fait pas d'objection. Pourtant, il ne représente guère la moyenne nationale. Sur les douze hommes, il n'a y qu'un seul salarié. Les autres sont artisans, petits patrons ou rentiers.
Les débats commencent. Raoul Villain répond poliment aux questions du président Boucard, qui ne se montre pas particulièrement agressif à son égard - c'est le moins que l'on puisse dire. - Expliquez-nous pourquoi vous avez commis ce geste.
- J'ai des sentiments très religieux, monsieur le président, et pourtant aucune objection ne s'est présentée à ma conscience au moment où j'ai tiré. Je ne pensais qu'à la patrie.
- Au fond, vous avez agi dans un moment de colère patriotique.
L'accusé s'empresse de se raccrocher à cette excuse qui'l n'aurait sans doute pas trouvée lui-même.
- Oui, c'est cela, monsieur le président. C'est tout a fait cela.
Viennent ensuite les docteurs Briand et Dupré, psychiatres. Ils déclarent que la responsabilité de l'accusé est largement atténuée. Qui, d'ailleurs, pourrait prétendre le contraire ? Une mère folle, un père alcoolique, une grand-mère mystique : tout cal s'appelle en termes médicaux un terrain et l'équilibre mental de Villain s'est gravement ressenti de cette hérédité...
Mais le tournant du procès a lieu avec le défilé des témoins de la partie civile. Les amis de Jaurès commettent une lourde erreur. Alors que les débats auraient dû rester sur le pur terrain criminel, ils veulent en faire une affaire politique. Les députés et anciens ministres socialistes qui se succèdent à la barre font l'éloge du dirigeant disparu. Ce n'est certainement pas adroit devant ce jury bourgeois à une époque où, avec la Chambre bleu horizon, la France allait se donner une des majorités les plus conservatrices de son histoire.
27 mars 1919, quatrième journée du procès. Me Paul Boncour prononce le premier, pour la partie civile, un discours modéré :
- Je ne crois pas que la mémoire de Jaurès serait mieux vengée si une tête tombait et si un peu de sang coupable s'ajoutait à tant de sang héroïque qui a coulé sur le sol de France...
Quant à Me Ducos de la Haille, il persiste dans son erreur, en se plaçant d'emblée sur le terrain politique.
- Ce procès est celui de Jaurès, celui du parti, de notre conception...
Suit l'éloge du disparu, visiblement mal accueilli par le jury.
La parole maintenant est au ministère public. E, cette fois, c'est la sensation. Alors que le représentant du gouvernement avait requis dans les termes les plsu durs contre l'anarchiste Cottin coupable d'avoir manqué Clemenceau, l'avocat général Beguin fait preuve d'une remarquable modération contre l'assassin de Jaurès :
Il faut condamner cet homme, mais avec indulgence, en raison des éléments de son équilibre. Je vous demande un verdict de condamnation, mais de condamnation atténuée. Ce qui m'importe, messieurs, c'est que vous rendez un verdict de justice...
A la suite du procureur, les avocats de la défense n'ont plus qu'à réclamer l'acquittement pur et simple, aux applaudissements du public, très favorable à l'accusé...
29 mars 1919. Dernier jour du procès de Raoul Villain. Le jury se retire pour délibérer. Il doit répondre à deux questions : Villain est-il coupable d'avoir, le 31 juillet 1914, commis un homicide volontaire sur la personne de Jean Jaurès ? Le dit homicide volontaire a-t-il été commis avec préméditation ?
Le jury revient après une demi-heure de délibérations seulement. Son président énonce les réponses d'une voix forte : c'est "non" aux deux questions.
Le public se regarde... Même s'il était favorable à l'accusé, il ne s'attendait pas à cela. La justice vient de décider que Villain, qui n'a cessé de revendiquer hautement son crime, n'avait pas tué Jaurès. Jaurès est donc mort d'une balle dans le cerveau, tirée par on ne sait qui...
Le président Boucard prononce la sentence qui s'impose logiquement : Raoul Villemain est acquitté. Conformément à la loi, Mme Jaurès, partie civile, est condamnée aux dépens. C'est elle qui paiera les frais du procès...

Raoul Villain, après son acquittement, a choisi de ne pas rester en France. Il s'est mis à voyager dans toute l'Europe. Et on peut le comprendre. En France, il se serait sans doute trouvé quelqu'un pour accomplir un geste que Jaurès n'aurait pas approuvé, mais que beaucoup considéraient comme la réparation d'un scandale judiciaire.

De pays en pays, Villain a fini par trouver son asile. En 1933, il s'est fixé aux Baléares, dans l'île d'Ibiza. Il s'y est fait construite la maison de ses rêves : une bâtisse tarabiscotée, délirante, surmontée d'une croix. C'est là que le destin l'attendait...
Le 13 septembre 1936, deux mois après le début de la guerre d'Espagne, les Républicains ont pris le contrôle de l'île. Ils ont été directement vers la maison de "d'étranger", dont ils connaissaient depuis longtemps l'identité et ils ont réglé sans hésiter un vieux compte.
Le lendemain, on a retrouvé le corps de Raoul Villain, abattu de deux balles, une dans la gorge et l'autre dans la poitrine. Vingt-deux ans après sa victime, le meurtrier avait été tué par ses adversaires politiques... C'était peu de temps avant une autre guerre, mondiale elle aussi.


FIN


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MAINGANTEE

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Mer 14 Nov - 13:39

Merci!
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JeanneMarie

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Mer 14 Nov - 16:05

J'ai entendu récemment une jolie et pas connue je crois chanson de Jacques Brel sur la mort de Jaurès
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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Jeu 15 Nov - 21:26

Louis XVII

L'enfant du Temple


Le destin de Louis XVII est exceptionnel à double titre : d'abord, c'est une des plus grandes énigmes de l'histoire - huit cents livres, des milliers d'articles et plus d'une dizaine de films lui ont été consacrés -, ensuite parce qui'l n'y a rien de plus poignant que le sort de ce malheureux enfant, victime d'une situation dont il n'est en rien responsable.
Second fils de Louis XVI et Marie-Antoinette, Louis Charles naît le 27 mars 1785, sous les ors de Versailles. Il est baptisé par le cardinal de Rohan, le plus illustre prélat de France ; son parrain est le comte de Provence, futur Louis XVII, et sa marraine la reine Marie-Caroline de Naples, sa tante maternelle. Mais comme dans les contes, à côté de tant de bonnes fées, la mauvaise est tapie, dans l'ombre : l'un des témoins qui ont signé le registre paroissial est Louis-Philippe, duc d'Orléans, cousin de Louis XVI, qu prendra quelques années plus tard le nom de Philippe Egalité et votera la mort du roi... (Rappelez vous, à une voix près, Louis XVI échappait à la mort, mais à cause du cousin, qui avait voté le fatidique "oui" majoritaire, le destin du roi avait été scellé..Evil or Very Mad )
Louis Charles passe sa petite enfance à Versailles, avec sa nourrice, Agathe de Rambaud. C'est un enfant fragile. Le médecin qui s'occupe de lui écrit : "Il a les nerfs délicats, le moindre bruit inattendu lui fait peur. Il a besoin pour sa santé d'être beaucoup à l'air." Cela ne l'empêche pas de survivre à son frère aîné, Louis Joseph Xavier, qui meurt le 4 juin 1789, à Meudon, d'une tuberculose osseuse. Normalement, Louis Charles n'était pas né pour régner, mais le voici dauphin à quatre ans.
Pour son malheur.
Les événements se précipitent. Un mois plus tard, c'est la prise de la Bastille. Trois mois plus tard encore, le 5 octobre 1789, la foule attaque le château de Versailles. Le gamin est ramené à Paris, avec le reste de la famille royale, terrorisé, pleurant de faim et de fatigue, et c'est l'installation aux Tuileries. Là, pourtant, tout semble s'arranger. Il est trop jeune pour comprendre ce qui se passe, ce qui lui donne le privilège de l'insouciance. Pendant deux ans, il vit la vie normale d'un petit prince. Il s'amuse dans les vastes jardins du palais, il court dans les allées, élève des lapins ; l'un d'eux le mord à la lèvre et il en garde une cicatrice caractéristique.
L'air de Paris semble même lui réussir. Toutes les personnes qui le voient alors évoquent "sa beauté, sa grâce, ses manières enjouées et engageantes".
Mais la situation politique va le rattraper. La famille royale décide de s'enfuir secrètement. Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, il est réveillé par la femme de chambre et habillé en fille. Après un long voyage en berline, c'est l'arrestation à Varennes et le retour à Paris, qui dure quatre jours, sous une chaleur accablante, au milieu d'une foule qui se déchaîne contre sa mère, "l'Autrichienne".
Il y a encore un an de répit et c'est le dernier acte qui commence pour l'enfant royale, alors âgé de sept ans. Le 20 juin 1792, les Tuileries sont envahies et les Gardes suisses qui défendent le château massacrés. Il est arrêté avec sa famille et incarcéré au Temple, le 13 août. Ils sont tous logés dans la grande tour. Au premier étage se tient le corps de garde, au deuxième, le roi et son domestique Cléry, au troisième Marie-Antoinette, sa belle-soeur Madame Elisabeth, tante du dauphin, Marie-Thérèse, sa soeur aînée, et lui-même.
Il est transféré le 25 octobre dans la cellule de son père. Il apprécie le changement. Le roi supporte mieux la situation que sa mère, sa tante et sa soeur ou, du moins, il fait semblant. Louis XVI lui donne des leçons de géographie et d'orthographe, il lui fait faire aussi de petits travaux manuels, pour lesquels il a toujours eu beaucoup de goût. A la mi-novembre, Louis Charles tombe malade, le médecin diagnostique une crise de foie sans gravité. Mais le 11 décembre, nouveau bouleversement dans l'existence du jeune garçon : il est confié à sa mère, car le procès de Louis XVI commence.
Le 20 janvier 1793, ce dernier revoit sa famille, pour lui annoncer son exécution et lui faire ses adieux. Cette scène dramatique bouleverse l'enfant, mais ce qui se passe le lendemain est presque aussi impressionnant pour lui. Lorsque, au loin, des salves d'artillerie saluent la décapitation du roi, il voit sa mère faire un geste extraordinaire ; elle s'agenouille à ses pieds et incline la tête. Car, désormais, sans qu'il en ait conscience, tout est changé pour lui. Pour ses partisans, pour les Vendéens, qui s'apprêtent à prendre les armes, pour les émigrés et les puissances étrangères, il est Louis XVII, roi de France. Pour les révolutionnaires, au contraire, il devient une menace permanente, car, comme le dit Chaumette, procureur de la Commune : "Charles Ier d'Angleterre est mort sur l'échafaud, mais son fils est monté sur le trône."
Ces tragiques événements ne semblent pourtant pas l'avoir trop affecté physiquement. Il est toujours beau, avec ses yeux bleus, ses cheveux blonds en frange sur le front, qui lui descendent jusqu'à la nuque. Mais il est de petite taille : trois pieds, deux pouces, soit moins d'un mètre à huit ans... Il reste six mois encore avec sa mère, sa soeur et sa tante.
Les conditions de détention sont bonnes. Le confort ne manque pas, il y a une baignoire, la nourriture est abondante et sa garde-robe convenable. Il joue au trictrac, aux dominos et au clavecin. En mai, il tombe malade trois semaines d'une sorte de fièvre, mais il est soigné et guérit. Au printemps, sa mère réussit à avoir des contacts avec l'extérieur et complote pour s'évader.
La tentative est découverte et les autorités prennent des mesures. Le 3 juillet 1793, à dix heures du soir, les commissaires font irruption dans la cellule et l'emmènent. Il est désormais confié à la garde d'un couple, Antoine Simon, savetier, et sa femme Marie-Jeanne, et installé chez eux, dans l'enceinte du Temple, au bas de la grande tour.
Simon entreprend, selon ses termes, de "transformer le fils Capet en véritable sans-culotte". Il lui apprend La Marseillaise, le Ca ira, La Carmagnole et les lui fait chanter sous la fenêtre de sa mère. Il li fait boire de l'alcool jusqu'à ce qu'il soit ivre mort. Dans ces conditions particulières, Louis Charles acquiert une étonnante gravité, tout en gardant ses côtés enfantins. Qaund, le 7 juillet 1793, il reçoit la visite de quatre commissaires, il leur demande :
- Quelle loi permet de séparer un enfant de sa mère ?
Et il retourne jouer avec ses pigeons, ses poulets et ses fleurs... Hébert, l'homme fort de la Commune, lui fait peur. Il lui montre la cellule de sa mère, sa soeur et sa tante et s'écrie :
- Comment ! Ces sacrées putains-là ne sont pas encore guillotinées ?
Un peu plus tard, alors que se prépare le procès de Marie-Antoinette, on lui fait signer une déposition selon laquelle il a eu "des gestes indécents nuisibles à sa santé, témoignage des habitudes pernicieuses instruites par sa mère et sa tante". D'après le même document, que l'enfant signe, soit sans comprendre, soit terrorisé, sa mère aurait eu une fois un rapport sexuel avec lui.
En décembre 1793, il a "un épisode vermineux sans scrofule", peut-être une atteinte de tuberculose, mais il est certain que le froid, les liqueurs et les épreuves morales ont atteint son organisme...
Ce n'est pourtant pas le pire. Avec l'aggravation de la situation, la guerre civile en Vendée et la guerre étrangère, les autorités craignent que les royalistes l'enlèvent et elles décident des mesures radicales. Le 19 janvier 1794, il est retiré au couple Simon.
Quatre commissaires viennent le voir, constatent qui'l est en bonne santé et les Simon reçoivent une "décharge définitive". Pour l'enfant, c'est le début de l'enfer.


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MessageSujet: Pierre Bellemare   Jeu 15 Nov - 22:43

On procède à son "emmurement". Des travaux l'isolent complètement du monde, on pose des cadenas, des grillages. il est enfermé dans une pièce, dont il ne sort jamais. Sa nourriture lui est servie à travers un guichet, personne ne lui parle ni ne lui rend visite. Il n'a pas d'eau pour se laver et presque pas d'air. Ses besoins naturels ne sont pas évacués, il règne une odeur infecte. Il est rongé par la gale et vit accroupi, au milieu des poux et des punaises. Cela dure six mois, jusqu'à la chute de Robespierre, le 9 thermidor (27 juillet 1794).
Après le 9 thermidor, Barras, le nouveau responsable, vient lui rendre visite. Il e trouve "les yeux ouverts et hagards, portant un gilet et un pantalon de drap gris, étroit, serré sur les genoux très gonflés". Le visage est livide, l'appétit nul, le sommeil inexistant. Barras nomme un nouveau geôlier, Laurent, un créole, qu prend des mesures libérales ; il ordonne qu'on nettoie sa chambre, lui permet de se promener dans le jardin et l'autorise à voir sa soeur, mais le Comité de Sûreté générale s'oppose à cette dernière mesure ; les enfants royaux ne doivent pas communiquer entre eux.
En janvier 1795, l'état de l'enfant s'aggrave. Un témoin le décrit ainsi : "Courbé et accroupi, bas retroussés, une tumeur au genou et une au bras, dans l'impossibilité de se redresser et ayant le cou rongé de gale". Il répète, en outre, sans cesse :
- Je veux mourir...

De janvier à juin 1795, deux cent vingt-deux commissaires officiels se rendent au Temple. Ils voient un enfant "au teint de plomb et à l'air languissant, rachitique, aux jambes, aux cuisses aux bras longs et maigres, au buste très court, aux épaules hautes et renversées, portant un habit à la matelot de draps ardoise, avec un bonnet de coton blanc, qui cache ses cheveux blonds".
Début mai, Louis Charles est pris d'une grave indisposition. Le docteur Desault est appelé. Il découvre, effaré "un enfant idiot, mourant, victime de la misère la plus abjecte, abruti par les traitements les plus cruels". Il prescrit l'aération de sa chambre, ce qui semble porter ses fruits, mais il est trop tard.
Le 7 juin 1795, son état s'aggrave encore. Il est pris de vomissements et de coliques. Le 8 juin, plusieurs médecins constatent "un pouls déprimé, un ventre tendu et douloureux". Son état ne cesse d'empirer. Au début de l'après-midi, des sueurs froides apparaissent. Il fait signe à son gardien Gomin qu'"un besoin le tourmente" et il meurt au moment où ce dernier le soulève. (Petite note perso. : se venger ainsi sur un enfant, c'est lamentable de la part de ses C.....ds de bourreaux !!!!).
Tel est le martyre qua subi l'enfant du Temple, jusqu'à sa mort, à l'âge de dix ans, après trois ans de captivité... Le 9 juin à 14 heures, un délégué de lé Sûreté générale annonce à la Convention "la mort du fils Capet, le 20 prairial an IV". Au même moment, quatre médecins autopsient "le corps qu'on dit être celui du défunt Louis Charles Capet". Ils trouvent "un vice scrofuleux, qui existait depuis longtemps et qui serait à l'origine de la mort". En fait, l'enfant est vraisemblablement mort d'une tuberculose généralisée.
On saura plus tard qu'au cours de l'autopsie l'un des médecins qui ont officié, le docteur Philippe-Jean Pelletan, a prélevé le coeur et l'a emporté, tandis qu'une autre des personnes présentes, le commissaire Damon, lui a coupé une mèche de cheveux. Ces deux actes ont été faits à leur initiative personnelle et clandestinement...
Mais celui qu'on a autopsié était-il bien Louis XVII ? Le moins quo'n puisse dire, c'est qu'un doute subsiste. Les circonstances de sa mort ne sont pas claires et il en est jugé ainsi à l'étranger.
Le ministre des Affaires étrangères autrichien proclame :
"Il n'existe, au vrai, aucune certitude du décès du fils de Louis XVI." Et, à part la Russie, aucun pays ne reconnaît le comte de Provence, frère cadet du roi, comme son successeur, sous le nom de Louis XVIII. Pour les puissances européennes, jusqu'à preuve du contraire, le roi de France est toujours Louis XVII.
Deux jours plus tard, un arrêté du Comité de Sûreté générale ordonne de "donner sépulture au fils de Louis Capet",. Son acte de décès mentionne : "Louis Capet". Son acte de décès mentionne : "Louis Charles Capet, fils de Louis Capet, dernier roi des Français et de Marie-Antoinette d'Autriche." Il est enterré vers 9 heures du soir, au cimetière Sainte-Marguerite. On ne retrouvera jamais sa tombe et il a, selon toute évidence, été mis dans la fosse commune. Des ossements seront dégagés au XIXe siècle et un moment pris pour les siens, mais ils proviennent de plusieurs squelettes, dont le crâne d'un jeune adulte d'au moins dix-huit ans.

La vie de l'enfant du Temple, Louis XVII pour les royalistes, s'est achevée mais le mystère commence.
Il va durer deux siècles et prendre des dimensions extraordinaires. Il y a quatre hypothèses :
- Le récit qui vient d'être fait est totalement authentique. Louis XVII est mort au Temple, le 8 juin 1795.
- Louis XVII est bien mort au Temple, mais plus tôt, début janvier 1794, peu avant le remplacement des Simon.
- Louis XVII s'est évadé, mais il n'a pas donné signe de vie, il a vécu et il est mort anonymement...
C'est en 1800 que le mot "évasion" est prononcé pour la première fois, à l'occasion d'un roman à succès : Le Cimetière de la Madeleine.
Le scénario aurait été le suivant : Louis Charles serait parti dans une charrette de linge et on aurait amené à sa place, dans un cheval de bois, (réfléxion perso. d'Epistophélès : hahaha, ils nous refont le coup du cheval de Troie) un enfant rachitique et scrofuleux promis à une mort rapide. La substitution aurait eu lieu au départ des Simon, le 19 janvier 1794.
Tout le monde est, en effet, d'accord sur un point : tant que les Simon le gardent, il s'agit bien de Louis XVII. Il se comporte comme quelqu'un qui a reçu l'éducation d'un prince ("on n'a pas le droit de séparer un enfant de sa mère"). Et lorsque son geôlier lui fait chanter des chants révolutionnaires sous les fenêtres de la prison, c'est bien sa voix que sa mère, sa tante et sa soeur reconnaissent.
Mais après, à partir de son enfermement, plus personne n'a de contact réel avec lui. Comme l'a écrit Alain Decaux : "Pour renfermer un enfant tout seul, il faut une raison, et cette raison, c'est de l'enlever. C''est là le début de l'énigme". A partir de ce moment, on est en présence d'un garçon hébété et malingre, totalement métamorphosé par rapport à ce qui'l était avant ; même ses beaux cheveux blonds sont cachés par un bonnet. Il aurait donc été remplacé par un enfant débile et mourant.
Notons que plusieurs historiens ont tiré argument de ces faits pour affirmer non seulement que le dauphin se serait évadé, mais qu'il serait mort plut tôt que la date officielle. (C'est la deuxième des hypothèses que nous évoquions). Georges Bordonove, en particulier, développe cette thèse, dans son Louis XVII et l'énigme du Temple. Sa mort, qui aurait eu lieu entre le 1er et le 3 janvier 1794, aurait entraîné la révocation de Simon et le remplacement par un enfant décédé le 8 juin 1795.


Bon, re-pause. Et ceussssssss qui veulent râler.......... ben qu'ys se gênent pas ! .......
Razz
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Jeu 15 Nov - 23:13

Youhouuuuuuuuuu............. Heuuuuuuuuu, ben j'vas m'coucher. De toute façon, ça n'est pô grave, pisk'il est 23 h 10, et que vous êtes sans doute tous dormus.
Bisbizouuuus. Sleep
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Hier à 17:17

Mais c'est l'hypothèse de l'évasion qui a réuni le plus de partisans. Les craintes qu'avaient les autorités à ce sujet n'étaient pas illusoires. Il est établi que de nombreuses personnes ont tenté d'enlever l'enfant, tant parmi les royalistes (lady Atkins, le comte de Puisaye) que parmi les républicains (Barras). En outre, Marie-Jeanne, la veuve d'Antoine Simon, guillotiné avec Roberspierre, a confirmé, en 1805, que le petit prisonnier s'était bien évadé. Mais elle était alors hospitalisée comme folle à l'hospice des Incurables. Bien qu'interrogée à plusieurs reprises, elle est morte en 1819 sana avoir apporté de preuves à ses dires...
Tant que dure la Révolution et l'Empire, le sujet reste tabou. La vérité officielle est que le dauphin est mort le 8 juin 1795 et il n'est pas question de la remettre en cause. Mais il n'en est évidemment pas de même sous la Restauration. L'une des priorités du nouveau pouvoir royaliste est de savoir ce qui s'est réellement passé. Une première enquête est décidée en janvier 1815. Interrompue par les Cents-Jours, elle est reprise en mars 1816. On tente, en premier lieu, de trouver le corps de l'enfant, ce qi mettrait évidemment un point final à l'affaire. Mais les différentes recherches effectuées dans le cimetière Sainte-Marguerite ne donnent rien. Le mystère en sort renforcé.
D'autant que le comportement des autorités et même de la famille royale est étonnant. A l'initiative de Louis XVIII, les dates anniversaires de l'exécution de Louis XVI et de Marie-Antoinette sont décrétées journées de deuil national, mais pas le 8 juin. Est-ce que cela signifierait que le roi et son gouvernement ne croient pas à la mort de Louis XVII ?
En attendant, l'enquête suit son cours et l'une des premières pistes conduit fort loin de France, jusqu'en Amérique. Barras, interrogé, prétend qui'l a fait procéder à la substitution de Louis XVII par un enfant incurable, le 25 août 1794, avec la complicité du geôlier créole Laurent.
Par la suite, ce dernier l'aurait conduit chez lui, à Haïti. Là, l'enfant aurait été confié, à Port-au-Prince, à une dame Rolland de la Toste, chez laquelle il aurait vécu jusqu'au 17 septembre 1803, date de sa mort, au cours d'une révolte des Noirs de la ville.
Toujours selon cette version, son corps aurait été inhumé le lendemain, au cimetière des Marisques, sous une pierre portant le seul prénom Louis Charles et les dates de sa naissance et de sa mort.
Malheureusement, toutes les recherches à ce sujet ont été négatives. Il n'y a nulle trace de ce décès, pas plus que de l'existence d'une dame Rolland de la Toste. Bien plus, le cimetière des Marisques est inconnu et il n' y a pas eu de révolte des Noirs le 17 septembre 1803.

Il faut donc en revenir aux autres pistes, c'est-à-dire aux prétendants, et ils sont nombreux... En 1796, ils sont déjà deux à affirmer qu'ils sont Louis XVII et il y en aura en tout une centaine !
Tous écrivent à la soeur du petit prisonnier, Marie-Thérèse, pour lui annoncer la nouvelle et faire valoir leurs droits. Cette dernière, entre parenthèses, a eu plus de chance. Six mois après la mort de son frère, le 19 décembre 1795, jour de ses dix-sept ans, elle a quitté le Temple pour l'Autriche, échangée contre des prisonniers français. Par la suite, "l'orpheline du Temple" s'est mariée avec son cousin Louis, duc d'Angoulême, et a mené la vie dorée d'une princesse royale. Il faut remarquer qu'à la différence de beaucoup, elle restera toujours persuadée de la mort de Louis Charles et refusera d'avoir le moindre contact avec les prétendants...
Jean-Marie Hervagault se manifeste le premier, en septembre 1796, un peu plus d'un an après le décès officiel du prisonnier du Temple. Arrêté pour vagabondage dans la région de Cherbourg, il est officiellement le fils de Jean-François Hervagault et Jeanne Bigot, dentellière à Versailles. Mais il est, en fait, le fils naturel du duc de Valentinois, qui a séduit sa mère et l'a mariée à Hervagault. Jean-Marie affirme être Louis XVII et parvient à en convaincre plusieurs personnes. Il meurt en 1818, dans la prison de Bicêtre, en maintenant jusqu'au bout ses affirmations.
Mathurin Bruneau a suscité beaucoup d'intérêt de la part de Fouché, ministre de la Police, ce qui confère quelque crédibilité à son histoire. Il est arrêté, lui aussi pour vagabondage, en décembre 1815, avec un passeport américain au nom de Charles de Navarre, mais on finit par apprendre que son vrai nom est Mathurin Bruneau, fils d'un sabotier, né en 1874, à Vezins. Cela ne l'empêche pas d'avoir eu de nombreux partisans dans l'aristocratie. Il meurt dans la prison du Mont-Saint-Michel le 26 avril 1822.


La suite dans 10 minutes.
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Hier à 21:03

Claude Perrin est arrêté en 1820, à Modène, sous le nom de Bourbon, alors qu'il se prétend Louis Charles de France. Libéré, il est de nouveau arrêté en 1833 et écroué à Sainte-Pélagie. Il prétend avoir quitté le Temple dissimulé dans une corbeille de ling. Soutenu par plusieurs journaux et par certaines hautes personnalités, il est même invité par le pape après sa libération. Il meurt à Gleizeé, chez sa protectrice, la comtesse d'Apchier.
Il n'est pas question de passer en revue tous les prétendants et il faut en venir sans plus attendre au principal d'entre eux... Karl Wilhelm Naundorff, né en 1785, fait pour la première fois parler de lui en France, dans un article du Constitutionnel, d'août 1831 : "Le fils de Louis XVI, Louis Charles de France, réside à Crossen, près de Francfort-sur-l'Oder. Il écrit sa vie et ses souffrances qu'il va bientôt faire imprimer."
Cette annonce suscite la curiosité quo'n imagine, mais il faut attendre deux ans pour quel 'intéressé vienne à Paris. Bien qu'il parle mal le français et avec un fort accent allemand, il est immédiatement prix au sérieux, car il est confronté à plusieurs témoins, et non des moindres, qui le reconnaissent formellement. En premier lieu, par Agathe de Rambaud, la nourrice puis gouvernante de Louis XVII. Celle-ci a réussi à émigrer en 1792. Elle est rentée à la Restauration et vit d'une pension qui lui verse l'Etat.
Elle est mise en présence de Naundorff le 17 août 1833. Elle est certainement la personne vivante qui a le mieux connu le jeune Louis Charles, car elle l'a accompagné dans toute son enfance, tant à Versailles qu'aux Tuileries. Elle n'a été séparée de lui qu'au moment de l'emprisonnement du Temple...
En découvrant Naundorff, elle remarque qu'il porte à la lèvre la même morsure que celle qu'avait faite à l'enfant un lapin qu'il élevait. Elle demande à voir son bras gauche et constate qui'l porte, comme le prince, les races en forme de triangle d'une inoculation qu'on lui a faite à l'âge de deux ans et demi.
La conversation s'engage. Agathe Rambaud est impressionnée par la connaissance qu'a son interlocuteur des détails de la vie à la cour. Mais elle a imaginé une épreuve. Elle a emporté avec elle un petit vêtement bleu ayant appartenu au dauphin. Elle le sort et le montre à Naundorff :
- Peut-être vous souviendrez-vous dans quelle circonstance vous l'avez mis aux Tuileries ?
Naundorff l'examine quelques instants et hoche la tête.
- Oh, je le reconnais bien. Mais ce n'était aux Tuileries, c'était à Versailles, pour une fête. Et je ne l'ai plus porté depuis, car il me gênait.
C'est l'xacte vérité ! A ces mots, Mme de Rambaud éclate en sanglots, se met à genoux et s'écrie :
- Il n'y a que mon prince qui puisse me dire cela !
Le résultat de cet entretien fait sensation et, alors que jusqu'à présent les soi-disant Louis XVII ne suscitaient que le scepticisme, Karl Naundorff devient du jour au lendemain l'objet de l'intérêt général. D'autant que, outre Mme de Rambaud en tout cinquante-deux témoins qui ont connu Louis XVII enfant reconnaissent le prétendant allemand ; parmi eux, Jean-Baptiste Brémond, le secrétaire particulier de Louis XVI, qu fut un intime de la famille royale.
Fort de ces résultats, Naundorff demande une entrevue à la duchesse d'Angoulême, soeur du dauphin, qui vit en Autriche. Elle refuse de le voir, accepte quand même d'accueillir un envoyé, mais c'est pour déclarer à celui-ci qu'elle "ne croit pas du tout à son histoire".
Karl Wilhelm Naundorff ne se décourage pas et fait publier le détail de son évasion. Elle serait due à Laurent, le gardien créole de Louis XVII de juillet 1794 à fin mars 1795. Ce dernier aurait agi en complicité avec Barras. Un enfant malade aurait été substitué au prisonnier qui est resté caché quelque temps dans les oubliettes du Temple, avant de pouvoir sortir le 3 mars 1795.
Ce récit, même s'il n'est pas nouveau, est tout à fait vraisemblable et convainc de nombreuses personnes, mais toujours pas la duchesse d'Angoulême, qui se montre plus intraitable que jamais. Alors Naundorff se fâche. En juin 1836, il délivre à cette dernière une assignation en restitution de l'héritage paternel. Mal lui en prend. C'est plus que ne peut en supporter le gouvernement qui l'expulse sur-le-champ. Naundorff se réfugie en Angleterre.
Là, il publie ses mémoires sous le titre Histoire des infortunes du dauphin, fils de Louis XVI. Mais pour faire valoir ses prétentions, il dépense beaucoup et se retrouve en prison pour dettes. A sa sortie, il est de nouveau expulsé et prend le chemin des Pays-Bas. Il meurt peu après à Delft, le 10 août 1845. Il a pourtant, avant de mourir, la satisfaction de voir le roi de Hollande en personne reconnaître ses prétentions. L'officier d'état civil accepte de mentionner sur l'acte de décès "Louis Charles de Bourbon, ayant été connu sous le nom de Karl Wilhelm Naundorff, né au château de Versailles, en France, le 27 mars 1785, décédé à Delft, le 10 août 1845". De même, sur sa tombe, sa famille reçoit l'autorisation d'inscrire : "Ici repose Louis XVII, roi de France et de Navarre."
Pour expliquer l'attitude assez étonnante des autorités hollandaises, il faut noter qu'elles sont alors en conflit ouvert avec la France à propos de la Belgique, qui vient d'accéder à l'indépendance. Au XXe siècle d'ailleurs, la famille royale tiendra à mettre les choses au point, par la bouche du prince consort Henri, époux de la reine Wilhelmine, précisant que "ni la cour ni le gouvernement hollandais n'ont jamais reconnu les prétentions de Karl Wihelm Naundorff".
Toujours est-il qu'à la suite de son décès ses descendants prennent le nom de Bourbon et peuvent compter des partisans dans le monde entier... Un sicèle plus tard, en pleine Seconde Guerre mondiale, ils remportent, d'ailleurs, une victoire de taille. En 1943, l'historien André Castelot soumet au docteur Locard, directeur du laboratoire de police de Lyon, une boucle de cheveux du dauphin, propriété de l'abbé Ruiz, ainsi qu'une mèche de Naundorff, qui lui a été remise par le baron de Genièvre. Le résultat de l'expertise est impressionnant : les deux échantillons comportent la même excentration du canal médullaire, un caractère jugé très rare par l'expert lyonnais.
Mais une contre-expertise a lieu quelques années plus tard. Les descendants de Naundorff acceptent que son cercueil soit ouvert, sous l'autorité du docteur Hulst, médecin expert auprès des tribunaux hollandais. Une seconde mèche de cheveux est prélevée et envoyée au docteur Locard, qui la compare à nouveau avec les cheveux du dauphin. Il rend ses conclusions le 4 mai 1951 : les cheveux ne présentent pas l'excentrement médullaire caractéristique. Ils n'ont rien donc de commun avec la première mèche, ni avec les cheveux de Louis XVII. C'est un grave revers pour les partisans du prétendant allemand.
Et la cause de Naundorff va s'effondrer définitivement avec l'apparition des méthodes scientifiques modernes. En 1998, avec l'autorisation de ses descendants et à l'initiative de l'historien hollandais Hans Petrie, l'ADN extrait de son squelette est comparé avec celui des cheveux de Marie-Antoinette et de ses descendants en ligne féminine, la reine Anne de Roumanie et le prince André de Bourbon-Parme. L'analyse est réalisée par les équipes du professeur Jacques Cassiman, de l'université de Louvain, en Belgique, et du docteur Olivier Pascal, du CHU de Nantes. Le résultat est sans appel : l'ADN n'est pas le même, Karl Wilhelm Naundorff n'était pas Louis XVII.
Mais si le plus sérieux des prétendants se trouve ainsi écarté, cela ne résout pas entièrement le problème. Les circonstances de la mort du dauphin restent troubles, en particulier cet enfermement qui permettait toutes les manigances. Une substitution a pu se produire et l'enfant peut avoir été un des autres prétendants, ou bien encore, ainsi qu'il a été envisagé, il peur avoir vécu et être mort anonymement. Quoi qu'il en soit, un point d'interrogation demeure...

Telle est du moins la conclusion à laquelle on pouvait aboutir jusqu'à une époque récente. Mais c'est alors qu'une histoire extraordinaire va tout changer : celle du coeur de Saint-Denis.
Ce qui rend cette affaire très délicate, c'est l'absence du corps de Louis XVII. Les fouilles dans le cimetière Sainte-Marguerite n'ont rien donné, il a été mis à la fosse commune et on n'en retrouvera rien.
Pas tout a fait, pourtant. Car il y a eu l'autopsie et, souvenez-vous, il y a eu ce geste du docteur Philippe-Jean Pelletan, qui a prélevé subrepticement le coeur de l'enfant. Or, dans le courant des années 1990, existait dans la basilique de Saint-Denis, où sont enterrés les rois de France, une urne contenant un coeur réputé être celui de Louis XVII.
En 1998, Philippe Delorme, historien spécialiste de Louis XVII, est allé trouver le professeur Cassiman, qui venait de procéder à la comparaison d'ADN entre Naundorff d'une part et Marie-Antoinette et sa desdendance de l'autre. Il lui a demandé s'il pouvait faire la même analyse avec le coeur de Saint-Denis.Le praticien lui a répondu que la chose était sans doute possible, mais qui'l ne procéderait à l'examen que si l'authenticité de la relique était prouvée. Philippe Delorme s'est alors livré à un long travail de recherche et a fait paraître ses conclusions dans son livre Louis XVII, la vérité.
Le public a pu découvrir alors l'histoire du coeur de Saint-Denis, un véritable roman, qui n'est pas ce qu'il y a de moins étonnant dans l'affaire Louis XVII...
De retour chez lui, le soir du 10 juin 1795, le docteur Pelletan place le coeur dans un vase de cristal rempli d'alcool et le cache derrière les livres de sa bibliothèque. Dix ans plus tard, l'alcool s'est évaporé, le coeur a séché et le docteur le range dans un tiroir de son bureau, parmi d'autres pièces anatomiques. Vers 1810, un de ses élèves vole la relique mais, tuberculeux, meurt deux ans plus tard. Il avoue son vol sur son lit de mort et sa femme rend le coeur à son propriétaire.
En 1814, à la Restauration, le docteur Pelletan, qui a des sympathies royalistes, veut restituer la relique à la famille royale. Il va trouver la duchesse d'Angoulême, soeur de Louis XVII. A aucun moment, celle-ci n'a douté de la mort de son frère et elle tient le coeur pour authentique.Mais les CentstJours interrompent la discussion. Lorsque les Bourbons reviennent au pouvoir, Pelletan est accusé de s'être compromis avec Napoléon et il lui est interdit d'entrer en contact avec la famille royale. Alors, le 23 mais 1828, il remet le coeur à l'archevêque de Paris, Mgr de Quelen. Il meurt l'année suivante.
En 1830, lors de la révolution de juillet, les Parisiens saccagent l'archevêché. Un ouvrier imprimeur, Lescroart, s'empare de l'urne, qu'il veut rendre au fils de Pelletan, Philippe-Gabriel, lui-même médecin.Mais un autre émeutier lui dispute sa prise, l'urne se brise et un mouvement de foule les empêche de rester sur place. Une semaine plus tard, l'Escroart revient avec Philippe-Gabriel Pelletan et ils retrouvent par miracle le coeur traînant par terre. Le fils Pelletan, qui l'a vu souvent, le reconnaît formellement.
La relique reste la possession des Pelletan, jusqu'en 1895. Le 22 juin, pour le centenaire de la mort de Louis XVII, la famille la remet à don Carlos, duc de Madrid, descendant des Bourbons et prétendant à la couronne de France. Il l'emporte au château de Froshdorf, en Autriche, où il vit (hé bé, ce pauvre coeur en vu du pays !.. geek ). En 1942, la fille de don Carlos, Béatrice, princesse Massimo, fuyant la guerre, l'emporte à Rome. Enfin, le 10 avril 1975, les quatre filles de la princesse Massimo remettent à leur tour le coeur au duc de Bauffremont, président du mémorial de France à Saint-Denis.
Telle est l'incroyable odyssée de la relique, qui a traversé intacte deux siècles d'histoire de France et une partie de l'Europe. Convaincu de son authenticité, le professeur Cassiman accepte de procéder à l'analyse. Un prélèvement est pratiqué le 15 décembre 1999 par son adjointe, le docteur Jehaes. Celle-ci confirme qui'l s'agit du coeur d'un enfant entre huit et douze ans. On distingue, en outre, un fragment d'aorte coupé à deux centimètres de son origine. Or on ne pratique jamais ainsi, quand on prélève un coeur : on coupe à ras, et ce travail bâclé correspond tout à fait à un acte clandestin accompli à la hâte. En outre, le fils du docteur Pelletan avait décrit ce détail en 1830.
Le docteur prélève un centimètre cube de coeur à la scie, car les tissus déshydratés sont aussi durs que du béton. Paradoxalement, la momification a conservé les gènes. Il faut quand même un long et complexe traitement biochimique pour parvenir à un échantillon exploitable. Parallèlement, une autre analyse est pratiquée par l'équipe du professeur Bernd Brikmann, à Münster, en Allemagne, et selon des méthodes différentes. Les résultats sont proclamés au musée de l'Histoire de la médecine, à Paris, le 19 avril 2000. Ils sont identiques et sans appel : on peut affirmer de manière formelle que l'enfant à qui a appartenu ce coeur était apparenté à Marie-Antoinette.
Les partisans de l'évasion font quand même une dernière tentative : ce coeur ne serait pas celui de Louis XVII, mais celui de son frère aîné, le premier dauphin, mort en 1789. Il est vrai que son coeur avait été embaumé et placé dans une urne. Il avait été porté au Val-de-Grâce et avait disparu dans le saccage de l'abbaye, pendant la Révolution. Mais, conformément aux usages, il avait été lavé, ouvert, rempli d'aromates et entouré de bandelettes. Alors que le coeur analysé n'a subi aucun traitement de ce genre ; au contraire, il a été coupé n'importe comment, avec une partie de l'aorte. D'autre part, sa trace a été parfaitement établie.
Cette authenticité démontrée, l'urne funéraire contenant le coeur du dauphin, la seule partie qui reste de lui, a été placée, le 8 juin 2004, dans la chapelle des Bourbons de la basilique Saint-Denis, lors d'une cérémonie présidée par son plus proche desc
endant, le prince Louis de Bourbon. Cette fois, c'était bien fini : Louis XVII, le petit prisonnier du Temple, pouvait dormir en paix.

FIN

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