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 Pierre Bellemare

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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Ven 12 Oct - 22:36

Délire à deux


Novembre 1983, le jour des morts. Dans un appartement d'une petite ville de Belgique, Bernadette et Pierre, mariés, la cinquantaine chacun, pensent à leur fils unique Philippe.
Philippe s'est suicidé le 5 décembre 1982. Il y a presque un an.
Philippe ressemblait à sa mère, mais ce qui'l y a de viril dans les traits de cette mère paraissait féminin chez lui. Mêmes cheveux sombres, mêmes sourcils largement arrondis sur un regard intense. La photo, les photos de Philippe sont dans tout l'appartement. Il était le centre de ce couple, l'unique lien avec la vie, leur espoir ; il est devenu leur douleur.
Philippe s'est suicidé pour une histoire d'amour. C'était sa deuxième expérience amoureuse. La première fois, il a raté son suicide, la deuxième fois il l'a réussi.
C'est l'explication officielle. Une dépression.
Les parents ont une autre explication. Leur fils a été assassiné. Pourquoi Philippe s'est-il tué de la main gauche en se tirant une balle dans la tête alors qui'l était droitier ? Pourquoi ne leur a-t-on pas montré la douille ? Ils sont allés voir le procureur du roi pour déposer une plainte contre X.
Le procureur s'est montré humain, attentif à la douleur obsessionnelle de ces parents-là. Il a expliqué, démontré que Philippe s'était bien suicidé. Que si l'arme était restée crispée dans sa main gauche, ce détail était dû à sa position assise dans sa propre voiture, l'endroit qu'il avait choisi pour mourir. Que la douille n'avait pas été retrouvée parce qu'elle était probablement tombée dans un caniveau, mais que l'essentiel était la balle, que cette balle était sortie d'une arme empruntée à un ami sous un faux prétexte, et que cet ami l'avait confirmé. Que l'autopsie confirmait le suicide. Que leur fils avait signé ce suicide en voulant mourir devant le domicile de celle qu'il avait aimée.
Mais ses explications se sont heurtées à un mur. Alors il leur a conseillé de prendre un avocat pour étudier sérieusement l'affaire, de se porter partie civile, seule manière de faire rouvrir le dossier et d'avoir accès à toutes les informations. Et aussi de se faire aider par un médecin, pour parvenir à faire le deuil de leur fils, à retrouver sinon la sérénité, du moins l'équilibre. Et aussi d'aller voir un prêtre puisqu'ils sont croyants.
Ils ont tout refusé en bloc. Ils ne peuvent pas accepter la mort de Philippe. Le père dit : "Perdre son enfant, c'est vomir la vie." La mère dit : "Si on ne l'a pas tué, on l'a poussé au suicide."
Ce couple est entré dans ce qu'on appelle un deuil pathologique. Un délire à deux. Et onze mois après que Philippe a été découvert dans sa voiture, enroulé dans son sac de couchage avec une balle de 22 long rifle dans la tête, devant le domicile de son ex-petite amie, ce délire les pousse à agir. La vengeance leur paraît la seule solution. La mort de quelqu'un d'autre. Du responsable.
La mort, la dépression, le suicide font partie du passé de la mère. Elle-même a fait jadis une tentative de suicide, elle est dépressive et, dans sa famille, il y a déjà eu trois suicides par pendaison. Son grand ils, qui faisait des études de psychologie, qui cherchait l'amour et n'a trouvé que la mort, lui manque viscéralement, comme une partie d'elle-même. Il lui appartenait, elle l'a couvé, aimé, protégé, jusqu'à ce qu'il échappe à cet amour en allant vivre sa vie ailleurs. Que faisait-il d'autre, à part ses études ? Elle l'ignore.
Une seule personne le sait, un psychiatre, chez qui Philippe avait entrepris une thérapie. Mais Philippe n'en a pas parlé à ses parents, et le psychiatre était tenu par le secret professionnel. A vingt-deux ans on est adulte, on se prend en charge, pour la vie ou pour la mort.
Ce que savent les parents, ou croient savoir, c'est que Philippe a consulté un médecin généraliste, quand il vivait avec eux, après sa première tentative. Un médecin habitué aux jeunes, confronté chaque jour aux problèmes de la drogue, du mal de vivre, puisqu'il s'occupe essentiellement des étudiants.
Ce médecin-là est à portée de la main.
D'abord, ils l'ont fait venir chez eux. La mère a utilisé un subterfuge, donné un faux nom et prétendu qu'elle était malade pour qu'il vienne à domicile. Le médecin était de garde ce soir-là, et il est venu innocemment une première fois se faire prendre au piège. Se faire insulter pour ne pas avoir expliqué en long et en large à ses parents ce que Philippe venait faire chez lui ! Pourquoi ce médecin n'a-t-il pas téléphoné à maman pour tout lui raconter ?
Michel, le médecin, a l'air d'un étudiant lui aussi, barbu, les cheveux en broussaille, des petites lunettes rondes sur le nez, l'air calme et doux ; il a dû penser que ces gens étaient fous, obsédés, à l'insulter de la sorte, à l'accuser d'avoir poussé leur fils au suicide.
Comment peuvent-ils, ces parents-là, qui disent aimer leur fils au-delà de tout, en savoir si peu sur lui ?
On ne parlait pas dans cette maison, on faisait semblant. Des deux côtés. Par exemple, la jeune fille qui n'était pas assez amoureuse de Philippe et l'a quitté, cette jeune fille pour laquelle il s'est suicidé, en avait-il parlé ?
La mère dit : "Elle lui avait offert une écharpe, je lui ai demandé s'il y avait anguille sous roche, il m'a répondu que ce n'était pas une fille que l'on épouse. C'est tout."
Mais c'était une fille pour qui l'on meurt.
La jeune fille dit : "Je n'étais pas la femme de sa vie, et il ne m'a jamais parlé de suicide."
Etrange. A moins que Philippe ne se soit pas suicidé pour autre chose, et que le mal d'amour ne soit qu'un masque.
Un copain étudiant dit : "Il était mal dans sa peau, il se sentait étouffé par son père qui le haïssait. Un jour il m'a dit : "Si je me suicide, j'espère faire du mal à mon père".
Michel, le bon docteur barbu qui sait écouter les jeunes, en sait sûrement plus sur Philippe que ses parents. Il s'est laissé insulter et il est parti. A quoi bon tenter de déformer l'image rigide que ces gens-là se font de leur fils et qui doit absolument correspondre à la leur ? A leur amour égoïste pour lui ? A la projection d'eux-mêmes dans ce grand garçon faible et vulnérable ?



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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Ven 12 Oct - 23:47

Aujourd'hui, jour des morts, les parents de Philippe repensent à tout cela, comme ils ne cessent de le faire depuis le début, enfermés dans un cercle épouvantable, tels deux oiseaux malades dans une cage, incapables de communiquer avec l'extérieur.
Leur décision est prise. L'est-elle lucidement ? Devant la loi, sûrement. D'un point de vue psychiatrique, le doute est permis.
C'est un délire et de ce délire naît une pulsion mortelle.
Mais l'exécution de la vengeance est parfaitement et logiquement organisée. Le 5 novembre 1983, le docteur Michel D., trente-trois ans, est de garde pour le week-end. Vers dix-sept heures trente, il reçoit un appel et le note sur son carnet près du téléphone : "R. Essen, avenue Einstein."
Il part à ce rendez-vous et sa femme n'aura plus de nouvelles, jusqu'au lendemain 6 novembre, où l'on découvre son corps couché sur le dos, dans un petit chemin forestier, non loin de l'avenue Einstein, à une centaine de mètres environ. Près de lui, une énorme pierre de vingt-sept kilos, couverte de sang, et un rouleau de papier hygiénique. Sa voiture est garée à proximité. La mise en scène qui voudrait faire croire à l'automobiliste pris d'un besoin naturel et qui tombe par accident sur cette énorme pierre est cousue de fil blanc.
Les lésions sont multiples, plusieurs enfoncements crâniens indiquent qu'il a été agressé avec une extrême sauvagerie. Et qu'il existe sûrement une autre arme que cette pierre.
L'enquête se dirige d'abord vers une affaire de drogue. On se livre à certains rapprochements avec l'arrestation d'un médecin de W. dont la clientèle était essentiellement constituée de drogués et qui entretenait la toxicomanie de ses patients. Privés de leur source habituelle d'approvisionnement depuis cette arrestation, ces patients auraient-ils tenté de persuader le docteur Michel D. de leur venir en aide, et devant son refus, l'auraient-ils tué ?
Voilà pourquoi les véritables meurtriers du docteur Michel vont vivre leur vengeance en toute impunité durant près de deux ans. Rien ne les relie à leur victime, qui n'a apparemment jamais parlé à personne de sa première visite chez eux. Rien, sauf le fait que Philippe  figurait dans sa clientèle. Comme des dizaines d'étudiants. Mais personne n'y pense pour l'instant.
Le 24 juin 1985, une lettre anonyme parvient au domicile de la veuve du médecin, assortie d'un morceau de bristol rouge, en mauvais état, sur lequel sont écrits quelques lignes et un numéro. Ces lignes sont supposées être de la main de Pascale, une étudiante de vingt-cinq ans, fiancée à un autre étudiant, William, qu'elle est sur le point d'épouser.
La jeune fille se retrouve suspect numéro un, inculpée de participation au meurtre du docteur, mais laissée en liberté par le juge d'instruction, qui prend la précaution de faire examiner la pièce à conviction par un expert graphologue. Et qui fait aussi le lien entre l'assassin désigné par le corbeau et les parents de Philippe.
Pascale est la jeune fille pour qui il a voulu mourir. Pascale avait écrit des lettres à Philippe, du temps de leur liaison. Et ces lettres, c'est le père et la mère de Philippe qui les ont conservées.
L'expert dit : "L'écriture de Pascale a été imitée, à partir de ces lettres, par M. Pierre R., père de Philippe."
Le père nie. Et c'est assez étrange en effet qui'l soit le corbeau qui finit par se dénoncer lui-même. Alors que rien dans l'enquête jusqu'ici ne l'avait impliqué. Il nie jusqu'en février 1986, au cours de plusieurs interrogatoires, puis finit par avouer. Et le lendemain, sa femme raconte. Ils ont mis au point leur plan ensemble, l'ont exécuté ensemble, ils sont coupables tous les deux.
Le 5 novembre 1983, elle a appelé le docteur Michel en contrefaisant sa voix, en donnant un faux nom et en le suppliant de venir la chercher sur l'avenue Einstein - le médecin la verra de loin, elle vient de tomber et de se briser une cheville. Le médecin se rend sans méfiance au rendez-vous. Il note le faux nom, l'heure, le nom de l'avenue sans numéro, puisqu'il ne s'agit pas d'un domicile.
L'avenue est déserte. Non loin de là, s'élève le quartier industriel. Pas de circulation, pas de curieux. A son arrivée, il est immédiatement attaqué à coups de marteau, une arme de 1,340 kilo, dont on a scié le manche pour la dissimuler dans la poche. Le père a aussi transporté dans sa voiture une énorme pierre ornementale de jardin, avec laquelle il achève sa victime, en lui fracassant le crâne. Il se penche pour écouter le coeur, tâter le pouls, s'assurer que le "responsable" du suicide de son fils est bien mort. Ensuite, ils mettent rapidement sur pied une mise en scène qui ne tiendra pas longtemps, la pierre étant destinée à faire croire à un accident. Le père va jeter le marteau dans les broussailles d'une autoroute, où il sera retrouvé plus tard.
Et le père et la mère de Philippe rentrent chez eux. Vengés ? Apaisés ? Sûrement pas.
Leur vengeance n'est pas suffisante. L'autre "responsable" du suicide de leur fils doit payer pour ce meurtre. Ils fouillent dans la correspondance de leur fils - c'est une idée de la mère ; le père, lui, imite la signature de la jeune Pascale et envoie la lettre anonyme. Ainsi ils auront rendu la justice à leur manière.
Cette mère, Bernadette, qui a cinquante-autre ans au moment des aveux, on la sent capable, avec son visage dur et ses traits de bûcheron, de s'armer d'un marteau. Et pourtant, tous ceux qui la connaissent la décrivent comme une personne douce, serviable, dévouée, toujours prête à rendre service. Et c'est effectivement le père qui s'est servi du marteau.
Cet homme de cinquante-six ans, en costume-cravate, la bouche pincée, le visage fermé sur un malheur incommensurable, était un commerçant tranquille. Marchand de charbon et mazout. Croyant, il fréquentait avec sa femme la chorale de l'église. Jusqu'au jour où, après le suicide de Philippe, il s'est pris de querelle avec le curé à propos de l'emplacement d'une cuve, et ne lui a plus parlé. Ils se sont retirés de la chorale. La paranoïa ordinaire n'est pas très loin.

Les experts psychiatres ont du travail. "Pierre R. a reporté sur des tiers son agressivité inconsciente vis-à-vis de ce fils qui a détruit l'image affective et sociale qui'l avait de lui-même."
La mère, en prison, fait un délire carcéral. Recroquevillée sur le lit de sa cellule, elle hurle de peur devant une assiette en plastique sur le sol : "Les rats, ils m'ont mis des rats !"
Le père envoie promener les "faiseurs de tests" psychologiques.
Ils prétendent tous les deux avoir conclu à la "responsabilité" du docteur Michel à partir d'une phrase qu'il leur aurait dite lors de leur premier entretien piège. "Votre fils était décidé à mourir, je lui ai donné la marche à suivre pour ne pas souffrir."
Un médecin peut-il dire une choses pareille ? Les parents n'ont-ils pas plutôt déformé un argument du docteur Michel ?
Ils refusaient tellement que leur fils soit malheureux et qu'il veuille se suicider. On pourrait interpréter cette phrase autrement : "Philippe souffrait tellement qu'il pensait au suicide. Je lui ai indiqué la marche à suivre (voir un psychiatre) pour ne plus souffrir."
D'ailleurs, Philippe l'a vu ce psychiatre, en secret de ses parents. Comment aurait-il pu dire à son père : "Je souffre parce que tu me détestes ?" Et à sa mère : "Je souffre parce que tu m'étouffes" ? C'était son mal de vivre à lui, sa vie à lui, ses déceptions, ses faiblesses, ses terreurs à lui. Et son suicide a lui. Mais même ça, les parents s'en sont emparés.


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MessageSujet: Pierre Bellemare   Sam 13 Oct - 0:18

Le problème des jurés d'une cour d'assises devant un double cas aussi exceptionnel n'est pas simple. En dehors des aveux et de la monstrueuse réalité des faits, ils ont à comprendre chacun des personnages, pour déterminer s'ils sont passibles d'internement carcéral ou d'internement psychiatrique. Ils ont aussi à comprendre le suicide de Philippe, puisqu'il est déterminant dans le comportement criminel de ses parents. Peut-on expliquer un suicide ?
On ne le peut guère. Un suicide n'appartient à personne d'autre qu'à son exécutant.
Philippe était intelligent, doué, fragile, sentimental. A vingt-deux ans, il était la proie de toutes les jeunes filles de son âge un peu plus délurées que lui. Il était vraiment amoureux, vraiment désespéré. Ce n'est pas pour autant que la jeune fille qui lui a offert un jour une écharpe et un peu d'amour serait responsable.
Quant au couple assassin : fou ? Oui et non. Ils ont voulu assouvir une vengeance. Le réquisitoire refuse les circonstances atténuantes, qui les voudraient malades et psychotiques. L'accusation reste pragmatique : "Cette pierre, ce marteau, les objets ont un langage. On nous dit que la mère était si malade et dépressive, qu'elle ne pouvait plus soulever une casserole, mais elle a eu la force de soulever avec son mari une pierre de vingt-sept kilos. La force de le regarder frapper, puis l'idée de la lettre anonyme. C'était un processus sans fin. Après le médecin, après l'étudiante, il y aurait eu autre chose... Leur vengeance n'avait pas de limite."

Regrettent-ils la mort du docteur Michel ? Sans conviction, disent les psychiatres. Et deux détails aussi font de ce couple un couple d'assassins sans circonstances atténuantes.
La mère dit : "Il a tâté le pouls pour vois s'il était mort." Le père réplique : "Ce n'est pas vrai, je n'ai pas fait ça, elle ment."
Le juge demande : "Vous avez transporté cette énorme pierre ?
- Non, on l'a trouvée là."
Alors que c'est faux. Ils se disputent sur des petites choses mesquines, s'accusent l'un l'autre, l'esprit plus empoisonné que jamais par leur délire, et l'on chercherait vainement de l'amour entre eux - cet amour dont ils parlent tant pour l'avoir projeté sur Philippe.
Leur plan était logique, l'exécution en était logique, tout cela n'a rien à voir avec l'irresponsabilité. La défense veut que l'on guérisse ces gens au lieu de les mettre en prison, l'accusation veut qu'on les enferme pour qu'ils ne continuent pas. Ils sont dangereux, et il ont encore du temps devant eux, pour l'être encore et encore.
Philippe, en se donnant la mort, a déclenché la pulsion criminelle de ses parents.
Les jurés ont suivi l'avocat général, qui avait "clairement souhaité que la société ne confonde pas la frontière entre la défense sociale paranoïaque et la simple tendance paranoïde. Une question capitale de "degré psychiatrique" dans la jurisprudence".

Aussi, en dépit de leur deuil pathologique et de leur délire criminel à deux, les parents de Philippe ont été condamnés à vingt ans de travaux forcés. Après le verdict, on donne la parole aux condamnés pour la dernière fois devant les jurés. Le père dit : "Je ne comprends pas encore aujourd'hui ce qui s'est passé. Je demande pardon à tous ceux que j'ai fait souffrir."
La mère dit : "Je demande pardon à tous. Quant à toi, Pascale, n'aie plus peur, sois heureuse avec tes enfants."
Ils n'attendaient plus rien de la vie depuis longtemps et l'avaient déclaré juste avant le verdict à leurs avocats.
Mais le vie attend quelque chose d'eux. Sûrement. Qu'ils n'ont pas encore trouvé. Et Philippe attendait d'eux autre chose aussi, sûrement, qu'ils n'ont pas pu lui donner.


FIN
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Sam 13 Oct - 23:27

L'enfant témoin


Londres, juillet 1992. Sur une station de radio anglaise, un homme jeune, la voix enrouée par la détresse, lance un appel à témoins. "J'ai besoin d'agir, je ne peux pas rester à attendre près du téléphone. Mon fils de trois ans est l'unique témoin.
Pour l'instant, il est sous le choc, incapable de parler, les médecins m'ont dit qu'il était trop jeune pour garder en mémoire un souvenir du drame qu'il vient de vivre. Dieu merci, il s'en remettra. Mais un jour, demain peut-être, il pourra identifier le meurtrier. Sa vie est en danger. Quelqu'un a dû voir quelque chose. Cet homme n'a pas pu s'enfuir dans le parc sans qu'on le remarque. Il était forcément couvert de sang ! Je voudrais sire à ceux qui le connaissent... peu importent leurs sentiments pour lui... de venir témoigner en masse, je les en supplie, avant qu'il ne détruise une autre vie..."
Ce père de famille, André Hanscombe, a vingt-cinq ans. Jusqu'à ce jour, il vivait avec sa femme Rachel, vingt-trois ans, et leur petit garçon de deux ans et demi dans un petit deux-pièces de la banlieue ouest de Londres. Un bonheur tranquille. La vie était certes un peu dure. Lui, professeur de tennis au chômage, avait dû, pour faire vivre sa famille, se résoudre aux "petits boulots" - coursier, livreur -, en attendant de retrouver un emploi conforme à ses capacités. Elle, jeune et jolie, ravissante même, entamait une carrière de mannequin qui s'annonçait prometteuse, ses études à l'université, en droit et philosophie, n'offrant pour l'instant aucun débouché. Le couple vivait, comme beaucoup, la crise de l'emploi, mais s'en sortait courageusement. Une vieille voiture, une vie simple, Rachel partageant son temps entre son petit garçon et les séances de pose.
En ce matin du 15 juillet 1992, André la quitte pour effectuer son travail de livreur. Elle décide d'aller promener le petit Alex dans le parc public de Wimbledon et d'y faire un jogging en même temps. Rachel emmène avec leur chien, un labrador, et, aux environs de dix heures, gare sa voiture dans les allées du parc.
Il y a beaucoup de monde à proximité. Un club de golf, des promeneurs et leurs chiens, des adeptes de la course à pied. Le Wimbledon Common Park, à l'ouest de Londres, ressemble à notre bois de Boulogne parisien. En tout, c'est-à-dire qui'l a deux vies : une vie diurne pour les citadins friands de grand air et une vie nocturne pour les autres, friands de rencontres plus privées. Mais, à dix heures du matin, en plein mois de juillet, une mère et son enfant peuvent y circuler sans danger.
A onze heures du matin, les faits prouvent le contraire. C'est un promeneur, comme Rachel, avec son chien lui aussi, qui découvre un spectacle horrible. D'abord il entend pleurer, gémir - des petits cris d'enfant terrorisé. Il franchit quelques mètres dans les bosquets en direction des pleurs, pensant à un gamin perdu. Un corps de femme ensanglanté est recroquevillé à terre. C'est Rachel. Un petit garçon en pleurs, est accroché au cadavre de sa mère. C'est Alex. Spectacle insoutenable, affreux, l'enfant porte des traces de coups, des ecchymoses au visage, il est lui-même couvert du sang de sa mère et s'agrippe à elle.Il vient de subir un choc épouvantable, manifestement il a assisté à l'agression - un viol et quarante-neuf coups de couteau qui ont mortellement blessé la jeune femme dans des conditions atroces.
Le promeneur arrache l'enfant à ce cadavre dénudé, court le mettre sous la protection d'autres promeneurs, et la police arrive très vite sur les lieux.
Les joueurs de golf, non loin de là pourtant n'ont rien entendu, pas plus que les passants dans les allées voisines. Toutes les identités sont vérifiées immédiatement - une vingtaine de témoins - et par élimination la victime est identifiée comme étant la propriétaire d'une Volvo grise, garée à cinq cents mètres.
L'enfant, sous le choc, est incapable de parler. Le chien a disparu.
C'est ainsi que vers midi, lorsque André Hanscombe téléphone chez lui pour prévenir sa femme qui'l a terminé son travail de la matinée, il tombe sur la police. "Votre femme a été agressée, votre fils est vivant..."
L'univers s'écroule. En faisant le chemin qui le sépare de son domicile, André Hanscombe croit devenir fou.
Le commissaire principal de Scotland Yard, John Basset, va diriger l'enquête immédiatement. Le seul témoignage recueilli dans le parc est maigre. On a vu un homme se laver les mains dans un ruisseau du parc, à proximité du lieu de l'agression. Mais la description est vague : blanc, entre vingt et vingt-cinq ans, cheveux brus et courts, tee-shirt clair et jean. Un couteau a été retrouvé dans les broussailles à moins de quinze mètres du cours d'eau. C'est probablement l'arme du crime. Mais elle ne révélera aucune empreinte utilisable.
David Canter, spécialiste de ce genre de choses, professeur à l'université du Surrey, dresse à la demande de Scotland Yard le portrait psychologique de l'assassin ; un homme jeune, solitaire, affectivement immature, vivant seul ou avec sa mère. Et qui a peur des femmes.

Alex n'a pas prononcé un mot depuis qu'on l'a trouvé. A part "maman" et "chien". De toute façon, à cet âge - moins de trois ans -, un enfant est incapable de faire la description d'un visage. Tout au plus pourrait-il parler d'un signe particulier, telle une moustache ou une barbe. S'il pouvait parler... Mais le petit garçon est figé. Il a assisté à toute l'agression, il a été frappé, il a vu le viol, il a vu le couteau, le sang, il a vu un homme s'acharner sur sa mère qui, elle, a tenté de défendre et de protéger son enfant, c'est manifeste. Alex est donc l'unique témoin vivant, et il est en danger, car s'il ne peur pas décrire le monstre sadique, il pourrait parfaitement le reconnaître, le désigner. L'image de cet homme est inscrite à jamais dans sa mémoire.
Par quel miracle a-t-il été épargné ? L'homme a-t-il été dérangé, a-t-il eu peur, ou bien a-t-il été incapable de s'attaquer à l'enfant ? Le scénario de l'agression préalable est certainement celui-ci : l'homme s'empare de l'enfant d'abord pour faire chanter la mère, l'attire dans les broussailles à l'abri des regards, frappe l'enfant pour le faire taire, viole la mère, la tue avec une rage stupéfiante, s'enfuit, se lave les mains, lave le couteau, le jette très vite et disparaît à travers bois.
Ce crime particulièrement odieux a un énorme retentissement dans la presse ; un appel à témoins est diffusé dans les journaux, un appel à témoins du père est lancé à la radio. Tout le monde craint pour la vie de l'enfant.
Le commissaire principal Basset, lui, sait qui'l y a à peine un mois, dans ce même parc, une autre jeune femme a été violée et tuée. S'il s'agit du même assassin, ce qui est probable, il faut faire vite.
Une enquête des plus complètes et des plus minutieuses commence. Tous les suspects fichés à Scotland Yard pour des délits sexuels sont interpellés. Sur 540 sadiques répertoriés, 35 sont retenus dans un premier temps. Les enquêteurs doivent vérifier d'autre part 3 242 informations, vérifier 4 161 fausses pistes, enregistrer 920 dépositions. Mais tout va assez vite néanmoins et, sur les 35 suspects restants, on en isole un.
Il se nomme Colin Stagg, il a le profil défini par le psychologue. Il vit seul dans un petit appartement de style HLM au rez-de-chaussée d'un pavillon en brique, avec un jardinet bien entretenu. Il est chômeur, on ne lui connaît aucune liaison féminine, son enfance a été perturbée et il a eu des ennuis avec la police pour une histoire d'exhibitionnisme. Âgé de vingt-neuf ans, cheveux bruns presque ras, une boucle minuscule accrochée à sa grande oreille droite. Visage très ovale, en forme d'oeuf, long nez qui pointe vers le bas, presque comme un crochet, bouche épaisse, menton réduit. L'ensemble ne donne guère bonne impression. Une visite à son domicile permet de compléter le profil psychologique du suspect. Sur sa porte, est inscrit un slogan bizarre : "Chrétiens, passez votre chemin, ici vit un païen !" A l'intérieur de l'appartement, les murs sont peints en noir et les lectures de ce Colin Stagg en disent long.


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MessageSujet: Pierre Bellemare   Dim 14 Oct - 1:03

Des livres occultes, traitant de mystères, de sixième sens oublié, de l'après-vie - de l'ésotérisme de bazar. Il se déclare lui-même adepte d'un culte ancien, "Wicca", qui'l prétend antérieur au christianisme, et qui n'est en réalité qu'un terme utilisé par les sorciers modernes pour désigner leur "art". Une littérature qui sent le soufre, mêle drogue, sexe et orgie, et dont l'un des auteurs les plus illustres en Angleterre, Aleister Crowlely, un illuminé complet, prône entre autres messes noires,, orgies ou rites lucifériens, et se veut l'apôtre du "sex-magic". Pour lui le sexe doit être élevé à la première place, celle de la manifestation du divin... Slogan : "Fais ce que tu veux."
L'individu est donc mis en garde à vue, non pas pour ses croyances, mais surtout pour le fait qu'il habite à un demi-mile du parc de Wimbledon et qu'il reconnaît s'y être promené le jour de l'agression. Mais il prétend avoir achevé sa promenade à neuf heures trente et être rentré chez lui.
Après cette garde à vue, qui dure trois jours, le commissaire principal est intimement persuadé qu'il tient le coupable. Hélas, aucune preuve matérielle ne lui permet de l'inculper.
Quant au petit Alex, il en a déjà supporté beaucoup. On lui a montré les photos de dizaines de sadiques, sans résultat, et son père a décidé de l'éloigner de l'enquête sur les conseils d'un médecin psychiatre. Il n' d'ailleurs pas réagi devant le portrait-robot de l'agresseur qu'on lui a présenté. Alex doit vivre, oublier, le torturer davantage serait criminel.
Le père et l'enfant ont disparu tous les deux quelque part en Europe, à l'abri de l'horreur, et à l'abri du tueur aussi.
Scotland Yard est contraint de relâcher Colin Stagg faute de preuves, et le commissaire principal Basset enrage. Il refuse cet échec, il n'est pas loin de prendre sa retraite - quitter la grande maison sans avoir résolu cette affaire, il n'en est pas question. A cette époque, fin septembre 1992, la presse n'est pas informée de l'état de l'enquête, ignore l'identité du suspect numéro un et ne connaît pas les raisons qui ont forgé l'intime conviction du détective.
Car une autre enquête souterraine vient d'être décidée. A l'initiative d'une jeune femme, auxiliaire de police. Son identité demeure secrète. Elle a trente ans, est mariée et mère de famille, et elle se propose d'entrer en contact avec le suspect. "Marilyn" - c'est son nom de guerre - va tout simplement faire la connaissance de Colin Stagg, par hasard, dans le parc de Wimbledon où il se rend souvent... se lier d'amitié avec lui, le faire parler, le mettre en confiance, et rendre compte régulièrement des propos de cette amitié particulière.
Bien entendu, le risque est grand. La jeune femme ne doit absolument par accepter de rendez-vous hors des lieux publics, ne jamais se rendre seule au domicile du suspect, ne jamais l'accompagner dans un lieu désert. Elle risque sa vie. Pour ce travail délicat, elle est suivie elle-même par un psychologue, qui la conseille au fur et à mesure de l'enquête. Désormais, tout ce que dit ou fait Colin Stagg devant Marilyn est l'objet d'un rapport, patiemment analysé.
Les mois passent. Colin se confie de plus en plus, ils ont des rendez-vous réguliers dans un pub,, s'écrivent ; le suspect a tellement confiance en son amie qu'il lui parle même de sa première arrestation, de son inquiétude par rapport à la police qui cherche à le "coincer", sous prétexte qu'il est un marginal.
Ce travail souterrain est mené de main de maître par la jeune femme dont le sang-froid doit être particulièrement solide. Pour Colin, elle a une identité, elle est la jeune femme qui'l a rencontrée au parc, la première femme à s'intéresser à lui, il est possible qu'il en tombe amoureux - en tout cas, leur "amitié" lui est précieuse.
Marilyne est rapidement certaine qu'elle a affaire à un psychopathe dangereux. L'aventure extraordinaire qu'elle mène à débuté au printemps 1993. A la fin del 'été, elle a rassemblé suffisamment d'informations et d'indices pour pouvoir dire à ses patrons de Scotland Yard : "C'est lui."
Une dernière fois elle va serrer la main à son "ami", une dernière fois elle va lui dire "A bientôt". Elle laisse la place aux uniformes.
Le 16 août, Scotland Yard annonce à la presse que l'arrestation de Colin Stagg a eu lieu la veille au petit matin. Il a été interpellé à son domicile et une brigade de policiers fouille son jardin, sous les regards avides d'une foule de curieux. L'affaire fait tant de bruit à Londres et le calvaire du petit garçon arraché au corps de sa mère a tant ému l'opinion que le public voudrait bien voir le monstre. Mais, tandis que l'on fouille son jardin, que l'on retourne soigneusement les massifs de fleurs, Colin Stagg est déjà en prison, officiellement inculpé de l'assassinat de Rachel.
Les voisins n'ont jamais eu à se plaindre de lui. Un garçon calme, qui n'avait pas changé depuis sa première arrestation. Il se rendait chaque jour au parc de Wimbledon avec son chien, un bâtard marron et beige du nom de Brandy.
Les policiers sont soigneux ; chaque plante, chaque massif de fleurs déterré est protégé par un plastique et sera soigneusement replanté après la fouille. On croit savoir qu'ils ont découvert le cadavre d'un chien. Peut-être du labrador noir, qui gambadait aux côtés de sa maîtresse par une belle matinée d'été. On voit les policiers ranger leurs pelles, à la nuit tombante, emporter des sacs, dont le commissaire principal dira qui'l s'agit d'indices matériels.
Outre la révélation de la méthode employée et un rapide commentaire sur le travail de l'auxiliaire Marilyn, les seuls commentaires du commissaire Basset sont : "Tous les indices ramènent à Stagg. Récemment, l'enfant, qui s'est lentement remis du choc, a pu nous donner certains détails." Et les journalistes en seront pour leurs frais. Pas question d'interviewer l'auxiliaire de police connue sous le prénom de Marilyn, pas question de publier sa photographie dans les journaux, pas question de révéler sa réelle identité.
Un voisin à pris en charge le chien de Colin Stagg - pour longtemps. Les jardiniers policiers ont ratissé le jardin, arrosé les fleurs, refermé le portillon. En Angleterre ce sont des choses qui se font, on y respecte autant les chiens que les marguerites.
Par contre, dans la série "faits divers" d'un jeu de cartes à base de questions, fort célèbre en Angleterre comme ailleurs, figurait déjà une question pour le moins indécente : "Dans quel endroit touristique de Londres a été tué le mannequin Rachel Nickell ?"
Les éditeurs du jeu ne s'embarrassent pas de scrupules. La famille a demandé le retrait de cette carte, et l'Angleterre a été choquée.
Lors du procès, il est possible que l'enfant soit appelé à témoigner, sous une forme particulière, par l'intermédiaire d'un enregistrement vidéo, afin de lui éviter le choc d'un interrogatoire en plein tribunal.
Il a eu quatre ans cette année. Son père a déclaré qu'il allait aussi bien que possible, et qu'il ne se souvenait de sa mère à présent que souriante, blonde et ravissante sur une photo de vacances.
Il a fallu un an pour parvenir à cette forme de sérénité. Un an pour que Scotland Yard ait la preuve de la culpabilité de ce jeune homme bizarre, capable de courir en short blanc avec son chien dans les allées d'un parc, mais capable aussi de violer et de tuer une jeune femme de quarante-neuf coups de couteau de chasse, sous les yeux d'un gamin de trois ans. Presque au milieu des promeneurs, en l'espace de quelques minutes.
Pourquoi ? Que se passe-t-il dans la tête d'un garçon de son âge ? Quelle pulsion morbide, quel instinct sexuel dévié l'animent ?
Il le dira peut-être devant ses juges, ou peut-être pas.
Alex oubliera peut-être son visage, ou peut-être pas.


FIN
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Lun 15 Oct - 2:50

Mortel Minitel


Un crissement de pneus sur l'asphalte. Une voiture qui s'arrête brusquement. Un homme dans la force de l'âge en descend. Au bord de la route un autre véhicule est arrêté : sa conductrice, une brune appétissante aux lèvres pulpeuses, est de toute évidence dans l'embarras. Son pneu est crevé et ses jolis doigts manucurés ne sont pas faits pour la manipulation des crics, des jantes et de tout ce qui'l faut empoigner à pleines mains quand on doit changer sa roue.
Hervé, l'obligeant automobiliste, a tôt fait de remettre tout en ordre. On bavarde - Hervé est beau parleur - tous deux repartent ensuite pour continuer la conversation autour d'un rafraîchissement. On échange les numéros de téléphone, les jours passent, on se revoit, on s'abandonne, on se donne, on finit par vivre ensemble. Hervé, la quarantaine, à dix-huit ans de plus que Clotilde, la jolie conductrice en détresse. Il aime bien raconter sa vie, en l'arrangeant un peu... Ce vilain petit défaut les conduira tous les deux aux assises.
Pourtant le passé d'Hervé tel que celui-ci le confie à Clotilde n'a rien de très glorieux. Il avoue qui'l a quitté l'école à quatorze ans, pour apprendre la couture. Pourquoi pas ? Puis, sans doute lassé par les piqûres d'aiguilles, il change de métier. Il est dispensé de service militaire car l'armée lui découvre des troubles du comportement. Il bifurque alors vers l'électricité, ce qui l'amène, sans trop de logique, à devenir coffreur-boiseur. Il passe ensuite du coffrage à l'autobus, puis de l'autobus au camion de livraison. Une vie qui se cherche, un peu instable mais pas de quoi fouetter un chat. Le dernier patron d'Hervé est dur à la tâche. Il exige des cadences infernales. Hervé en fait une dépression nerveuse et finit par obtenir une pension d'invalidité de deuxième catégorie. C'est la garantie d'une rentrée d'argent régulière, mais c'est aussi la consécration officielle d'une certaine "incapacité" au travail.
Au bout du compte, Hervé, dans ses heures de loisirs, aime bien se promener revêtu d'un treillis, nostalgie d'une armée qui l'a rejeté. Mais il se fait plaisir en arborant sur ce treillis de belles barrettes dorées, ce qui est formellement interdit par la loi.
Ces galons immérités lui permettent de se dire à l'occasion "colonel en retraite". Voilà une carte de visite qui inspire dorénavant confiance aux plus naïves...
Clotilde, quant à elle, est une dactylo au chômage. Elle est la dernière née d'une famille d'émigrés italiens, la petite "chouchoute" d'un père qui lui passe toutes ses volontés. Pas vraiment la meilleure éducation pour affronter les difficultés de la vie moderne. Clotilde apprend, très tôt, le pouvoir de ses grands yeux noirs et de ses lèvres pulpeuses. Elle en conclut naturellement qu'elle détient là un moyen de se défendre dans l'existence, meilleur moyen que de passer des heures à se casser les ongles sur un clavier de machine...
Le couple Hervé-Clotilde s'installe dans un appartement de Golfe-Juan. Bientôt, les voisins témoigneront de l'étrange vie du faux ménage. Nombreuses allées et venues, tapage nocturne, cris de femme battue, volets constamment fermés. Rien à voir avec une vie bourgeoise...
Pourtant, Hervé exprime déjà le désir d'épouser Clotilde. Il charge même son futur beau-frère de lui dénicher un restaurant à vendre, mais pas n'importe quoi, plutôt un établissement dans le genre luxueux. Quelque chose qui soit digne des relations mondaines qui'l prétend avoir : la clientèle, à l'entendre, ne comprendra rien moins que le général Bigeard et Jacques Chaban-Delmas... Le mythomane parfait brode son histoire.
Par ailleurs, le séduisant Hervé ne plaît pas qu'à la seule Clotilde. Il est père de quatre enfants issus d'un précédent mariage.
Il a en plus, semble-t-il, une liaison avec une autre femme, et Clotilde la brune aux grands yeux, pour se venger, décide alors, selon ses dires, de "rencontrer d'autres hommes".
La technique moderne et les PTT mettent pour ce faire d'excellents moyens techniques à la disposition de tout un chacun et particulièrement de ceux et celles qui savent taper sur un clavier. Clotilde devient une habituée des Minitel conviviaux, où, sous un pseudonyme plus ou moins évocateur, on entre en contact avec d'autres esseulés de tout sexe.
L'enquête démontrera qu'entre le 1er octobre 1988 et le 12 du même mois, jour fatal, Clotilde est présente sur les réseaux du Minitel à cent dix-sept reprises... La police qui peut tout savoir obtiendra sans difficulté la liste complète des correspondants qui se sont abouchés avec la jolie brune... Au prix minima de 1,98 F la minute de communication, jul doute que Clotilde se retrouve avec des factures de téléphone très gonflées au moment des relevés. Il faut avoir certains moyens car Hervé, quant à lui, standing oblige, ne circule qu'à bord de voitures luxueuses, CX, Porsche, Mercedes, Alpine Renault. Le couple, qui paye 2 800 F par mois pour son appartement à S., une fois le loyer payé, n'a plus que quelques billets de 100 F pour vivre et pour entretenir ses deux voitures... Il leur faut absolument de l'argent.
Le 12 octobre 1988, Clotilde, sous son pseudonyme plus ou moins habituel, entre en contact avec un correspondant qui lui semble correspondre aux critères qu'elle recherche. Elle annonce carrément la couleur : "Jeune nymphomane attend le mâle possédant plusieurs tigres dans son moteur." Un certain "Charles" répond qu'il possède tout ce qui'l faut. Il habite la région et paraît désireux de la connaître. Clotilde confie son numéro de téléphone. Elle sait déjà qu'il est marié, père de famille, commerçant honorablement connu, qu'il est dans les cuirs et peaux. Il lui propose d'ailleurs de lui offrir une jupe en cuir. Clotilde à l'autre bout du fil acquiesce bien volontiers. On se donne rendez-vous dans un endroit discret à heure heure tardive.
Clotilde, qui est là au volant de sa voiture bien avant l'heure, voit arriver un homme jeune et de type oriental. L'honnête commerçant trouve la jeune femme tout à fait à son goût. Pour une fois, la correspondante n'a pas triché sur son âge ni sur ses qualités physiques. Sa bouche surtout le fait rêver. Il n'hésite pas à lui demander de quelle manière elle compte s'en servir.
"Viens chez moi et tu découvriras tout", répond la "jeune nymphomane", l'oeil plein de promesses ! L'homme, la tête en feu, la suit au volant de sa propre voiture. On pénètre dans le studio. Clotilde offre à boire. L'homme se détend un peu, dévorant des yeux sa future partenaire. Il s'excuse car, dit-il, dans sa précipitation il a complètement oublié de prendre la jupe en cuir promise. Clotilde ne semble pas lui en vouloir. On bavarde assis sur le canapé. Sur la télé on peut voir une photo d'Hervé en uniforme de colonel : il est parfait dans le rôle du mari plus âgé et absent. Les caresses se font plus précises...
A 3 h 25 du matin, le téléphone sonne au commissariat d'A... Hervé se présente et annonce : "J'ai surpris ma femme avec un autre homme, je l'ai tué." Quand la police arrive, le cadavre de Charles, la tempe trouée par le coup à bout portant d'un revolver à grenaille, gît, désespérément seul dans le salon. Les amants infernaux ont décampé sans demander leur reste.
L'enquête démontrera que la victime, installée depuis seulement douze ans sur la Côte d'Azur, jouit d'une excellente réputation dans la région, tant sur le plan commercial que familial. Compétent et travailleurs, responsable d'un club sportif, son image est parfait en tout point et sa communauté d'origine, puisqu'il vient du Proche-Orient, à l'annonce du drame, le pleure et le regrette sans aucune fausse note. S'agit-il d'une sorte de Mr Hyde à la double vie ? Tout simplement un homme sensuel qui rêvait de caresses inédites que son éducation lui interdisait de demander à son épouse... Bel homme au demeurant. Mais il est mort... et donc bien incapable de donner sa version des faits.
Quelques semaines plus tard, les deux amants en fuite donnent à la famille de "Charles", dans une lettre postée du Piémont, leur version des faits : "Il s'agit d'un accident. Hervé ne voulait pas tuer cet homme..." Ils expliquent qu'Hervé est rentré inopinément dans l'appartement au moment où "Charles", entièrement nu, s'apprêtait à violer Clotilde. Pour l'impressionner, parce qu'il résistait, Hervé l'a alors menacé de son revolver. Le coup est parti accidentellement. Plus tard les amants meurtrier expédient, de Corse, une lettre a l'intention de la presse spécialisée annonçant leur intention de "mettre fin à leurs jours". On ne découvre pas de cadavres intéressants à la suite de cette annonce.
Quelques mois plus tard, Hervé, transformé, affublé de perruques, moustachu, au volant d'un véhicule aux plaques maquillées, se risque à nouveau sur la Côte. Clotilde, de son côté, fait de même et pousse l'imprudence jusqu'à se promener à visage découvert. Elle pense, à tort, que la police a, depuis le meurtre, d'autres chats à fouetter. On l'interpelle assez vite et elle raconte qu'Hervé s'est enfui en Italie. On le retrouve cependant dans une chambre d'hôtel français, sous le pseudonyme princier de Grimaldi. Les voici tous deux sous les verrous : Clotilde est inculpée d'homicide volontaire et d'extorsion de fonds. Car, entre-temps, un élément important est parvenu à la connaissance de la police, élément qui changea toute l'affaire...
Parmi les nombreux correspondants de Clotilde - "la nymphomane qui cherchait un mâle" - parmi tous ceux qui l'ont contactée au cours de ses cent dix-sept prises de contact des jours précédant le meurtre, un de ses amants potentiels, Albert B., fonctionnaire et père de famille, s'est lui aussi rendu, comme le malheureux Charles, à un rendez-vous nocturne. Lui aussi a été séduit par la pulpeuse brunette. Lui aussi a accepté de la suivre dans l'appartement du couple. Lui aussi a aperçu, posée sur la télévision, la photo d'Hervé, tout galonné. Il raconte par une lettre à la police que Clotilde, tout en lui laissant espérer le meilleur d'elle-même, tout en cherchant sa bouche, n'a pas été beaucoup plus loin. En effet, au moment où les choses allaient devenir sérieuses, le malheureux Albert a vu surgir Hervé, le visage décomposé par ce qui ressemblait fort à la colère du mari trompé qui surprend son épouse en plein adultère.
Clotilde, face à la colère d'Hervé, devrait nier les faits mais, bizarrement, devant Albert complètement effaré, elle semble presque admettre, par son silence gêné, qu'elle vient d'avoir des rapports intimes avec son invité. Albert comprend alors que l'homme et la femme sont complices. Il est victime d'un piège et, vert de peur, ne sait pas comment les choses vont se terminer... Il bredouille des excuses mais reçoit, en réponse, des coups de crosse de revolver au visage. Hervé, toujours dans son rôle de mari offensé, ricane et se vante de connaître les endroits précis où l'on peut faire mal sans laisser de trace. Puis il demande à son "épouse" de lui apporter le "couteau d'Algérie". Albert croit que ses derniers jours son arrivés. Ou du moins qu'il ne rentrera chez lui que privé de ses "bijoux de famille". On lui demande de se déshabiller. Mais il s'y refuse.
Très rapidement, le mari outragé change d'humeur. Il se déclare prêt à négocier son déshonneur. Albert, couvert de sueur, avoue qu'il n'a pas d'argent sur lui. Son chéquier est dans la voiture et Hervé l'accompagne jusque-là. Albert, tout penaud, signe, à tire d'acompte, un chèque de 2 000 F. On le laisse alors filer et il rentre chez lui presque heureux de s'en être tiré à si bon compte...
Dès le lendemain, tout déconfit, il fait opposition au chèque, puis, comme de nombreux autres sans doute, il s'abstient d'ébruiter son aventure, et de porter plainte. Il se promet simplement de ne plus "pianoter" sur le Minitel. En tout cas de ne plus suivre de jolies brunes inconnues chez elles.
Quelques jours plus tard, en lisant dans le journal qu'un homme a été découvert mort dans l'appartement de Clotilde et d'Hervé , Albert est saisi de remord. Il se dit que s'il avait eu le courage de porter plainte, il aurait provoqué l'interpellation du couple infernal et qu'il aurait sans doute sauvé la vie de "Charles". C'est à ce moment qu'il décide de témoigner de sa propre histoire devant la police.
Ce témoignage pèse lourd devant les juges. La version de Clotilde et d'Hervé, l'histoire du coup de feu accidentel, s'évapore comme rosée au soleil. La fable selon laquelle Clotilde n'invitait ses correspondants que pour une "conversation" sans arrière-pensée sexuelle ne tient pas davantage. Les témoignages de voisins, les aveux d'autres "mâles" minitélistes complètent le tableau, on comprend que les amants avaient mis au point un système qui leur permettait de maintenir leur train de vie.
Hervé est condamné à dix-huit ans et Clotilde qui,, en prison, est devenue sa femme légitime, écope de dix ans. Compte tenu de la préventive et des remises de peine, elle pourra bientôt se retrouver sous le beau soleil du Midi. Souhaitons qu'elle ait compris la leçon. " Charles", lui, victime de ses désirs, ne reviendra pas pour surveiller l'éducation de ses enfants.


FIN


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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Lun 15 Oct - 16:00

"tout en lui laissant espérer le meilleur d'elle-même" on sait enfin à quoi toute femme est la meilleure Rolling Eyes

Et merci, Episto ! Very Happy
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mer 17 Oct - 23:17

Vidéosexuels


1960. Mohamed T. est instituteur et marocain. Il fait partie, dans son pays, de ceux qui savent... Il est bel homme, jeune, ambitieux, il a, comme on dit, du "tempérament". Mohamed pose sa candidature pour entrer dans la police. Un corps de métier qui permet bien des choses.
1962. Mohamed T., policier, est nommé aux renseignements généraux d'Agadir, ville touristique s'il en est.
1972. Sa carrière, menée avec prudence, le conduit à un poste plus important : Mohamed est toujours aussi ambitieux, toujours bel homme, et son "tempérament" se fait de plus en plus exigeant. A présent qui'l est commissaire, il sait le pouvoir que lui confère sa fonction, il frémit de plaisir en constatant la crainte qu'il peut voir dans le regard de tous ceux qui l'approchent, spécialement ceux qui viennent quémander une faveur, un tampon sur un papier officiel, une autorisation. C'est un petit chef, comme on en rencontre dans tous les pays. Mais un petit chef tourmenté par le démon du sexe, par la haine des femmes. Pourquoi ? Une déception ? Un sentiment d'infériorité, un complexe d'OEdipe mal résorbé ? L'histoire et le procès ne le diront pas mais les faits sont là.
Le procès ne dira pas tout... On ne parlera que des "incidents de parcours" du beau Mohamed. Beau, puissant, il pourrait ne pas connaître beaucoup de cruelles, comme on disait autrefois. Mais la séduction n'est pas son fort. La violence par contre l'est.
En 1980, Mohamed attire chez lui une jeune fille marocaine et, après Dieu sait quelles péripéties, la viole, tout simplement.
Devant l'horreur de ce qui lui arrive, particulièrement dans un pays musulman, où la virginité demeure le plus grand trésor d'une jeune fille honnête, le victime décide qu'elle n'a aucune chance de faire connaître la vérité. Elle choisit la seule voie qui semble possible et, enjambant le balcon, se jette dans le vide. Le commissaire Mohamed T. est bien embarrassé pour expliquer ce qui s'est passé. Heureusement pour lui, personne ne tient à éclabousser la police. La famille ne parvient pas à obtenir justice... La jeune fille est morte pour rien. Mohamed est... muté dans une autre ville. Il sait désormais que se fonctions le mettent à l'abri de certaines sanctions. A condition de ne pas en abuser.
Dix ans passent, le commissaire poursuit son petit bonhomme de chemin, sans doute jalonné d'autres larmes mécontentes, d'autres supplications, d'autres viols discrets. En 1990, Mohamed, qui possède une garçonnière à Casablanca, y attire une femme mariée : Mme H. L. Cette fois-ci il menace la belle d'un couteau et l'oblige à subir ses caprices, la viole. Mais la dame porte plainte. Mal lui en prend. Le "corps policier" réagit comme un seul homme. La victime se retrouve accusée : accusée de prostitution. Elle doit, à sa grande honte, retirer sa plainte et se rétracter. A présent Mohamed triomphe : il vient d'avoir la démonstration de son pouvoir absolu. Il sait qu'il peut se permettre de poursuivre ses vils... sur une plus grande échelle, si l'on peut dire.
Mlle F. est une jeune femme marocaine dynamique. Elle vient de se voir proposer un contrat de travail en Arabie saoudite. Mais, pour rejoindre le poste qu'on lui propose, elle doit se procurer un passeport. Denrée rare pour les femmes marocaines. Mieux vaut, pour accélérer les choses, être dans les petits papiers d'un homme qui a le bras long. Un commissaire, dans le genre de Mohamed T. Pour son malheur c'est justement à celui-ci que Mlle F. fait appel. Convoquée dans la garçonnière du commissaire, elle est violée sans autre forme de procès. Elle a compris qu'elle n'a aucune chance de faire éclater la vérité. Mais, comme prix de son silence, elle obtient son passeport.
Plus étonnant encore, elle demeure en relation "amicale" avec Mohamed. C'est lui qui, muni d'une procuration en bonne et due forme, gère son compte en banque tandis qu'elle travaille au loin. Mieux encore et plus surprenant : au moment où la jeune femme envisage de devenir l'épouse d'un Américain rencontré au Proche-Orient, c'est Mohamed qui se propose pour réparer les "dégâts" dont il fut responsable. Grâce à lui, Mlle F. rencontre un chirurgien très spécialisé qui parvient à reconstituer l'hymen déchiré par le violeur... Elle se mariera avec toutes les apparences de la virginité.
Le chirurgien n'a rien à refuser à Mohamed : depuis quelque temps, il fait partie d'un groupe d'intimes du commissaire. Il partage avec lui les victimes qui tombent dans la toile de l 'araignée policière. Lui et quelques autres, un retraité assoiffé de luxure, un promoteur immobilier très intéressant quand il s'agit de trouver des garçonnières discrètes, une technicien de la vidéo dont le savoir a lui aussi été mis à contribution, Akil M., un tenancier de bistrot qui sert de rabatteur quand les proies se font attendre. Tout cela pourrait durer éternellement. Le système policier, l'esprit de corps, la philosophie générale de la société, la place ambiguë des femmes, tout cela concourt à consolider le système du commissaire Mohamed... Jusqu'au jour où...
Ce jour-là, Mohamed, à bord de sa belle Mercedes bleue, est à l'affût près de la faculté. Il lorgne les étudiantes qui sortent des cous et regagnent le domicile de leur famille. Un couple de belles brunes attire son regard. Deux mignonnes petites bourgeoises qui, livres sous le bras, pouffent de rire en faisant des commentaires espiègles sur les gens qui passent. Elles ne remarquent même pas Mohamed quand elles arrivent à la hauteur de la Mercedes. Il démarre et les rattrape un peu plus loin. Il s'arrête juste devant elles, baisse sa glace et leur propose des les accompagner. La Mercedes, l'âge certain du conducteur, le fait qu'elles soient deux les rassurent. Emoustillées par cet imprévu, elles acceptent, pour le plaisir de la promenade. Erreur fatale...
L'automobile a redémarré en direction du parc de la Ligue arabe. Les jeunes filles échangent des regards complices. Ce monsieur si galant à l'air d'un personnage important. Tout en conduisant il parle dans un talkie-walkie et donne des ordres à des subordonnés que l'on devine, à l'autre bout de la ligne, au garde-à-vous. L'aimable quinquagénaire se présente... sous un faux nom : Hamid. Il explique pourtant qu'il occupe un poste important dans la police. Les jeunes filles, intéressées, notent ces détails pour en agrémenter le récit de la journée qu'elles se promettent de faire dès le lendemain à leurs amies, qui en seront sans doute vertes de jalousie.
Soudain il freine... devant une pâtisserie et propose aux deux jeunes filles qui acceptent, enchantées, de grignoter, chemin faisant, quelques douceurs au miel. Elles se sentent de plus en plus en confiance. On repart et, toutes à leurs gâteaux, les jeunes filles ne remarquent pas que le véhicule ne va pas dans la direction proposée peu auparavant.
La Mercedes stoppe brutalement. L'aimable conducteur quitte le volant et change alors de discours. A présent il tient un revolver à la main et intime l'ordre aux deux étudiantes médusées de quitter leur siège pour l'accompagner dans l'appartement devant lequel il est garé. Devinant leur réticence, il leur explique en quelques mots rapides qu'elles n'ont plus le choix. Fort de ses fonctions, Mohamed-Hamid les prévient que, si elles s'avisent de refuser ou si elles appellent au secours, il aura tôt fait de les faire accuser de racolage et de prostitution. Etant donné le crédit dont la police bénéficie, du soutien que chaque policier peut espérer de sa corporation, du fait qu'au Maroc les femmes et surtout les toutes jeunes filles ont, par principe, toujours tort, les pauvres étudiantes se taisent, passives, obéissent et suivent Mohamed dans l'appartement.
Là, Mohamed, de plus en plus sûr de lui, allume la télévision et met dans le magnétoscope une cassette vidéo à caractère pornographique. Puis on passe aux "travaux pratiques". Elles doivent, tant bien que mal, exécuter sur leur tortionnaire les pratiques qu'elles viennent de découvrir sur la vidéo. Il les viole toutes les deux. Elles remarquent, dans l'angle de la pièce, une caméra qui fixe sur la pellicule tout ce qu'elles doivent subir. Mais leur supplice ne s'arrête pas là. Un autre homme d'un âge certain fait irruption. Lui aussi exige et obtient d'elles ce qu'elles viennent d'accomplir avec le commissaire. Lui aussi les viole. Puis on les laisse partir sur une dernière menace de représailles au cas où elles ne tiendraient leur langue. Elles rentrent chez elles en refoulant leurs larmes.
Le lendemain, en sortant des cours de la faculté, les deux jeunes filles, saisies, aperçoivent à nouveau la Mercedes bleue le long du trottoir. Au volant Mohamed-Hamid. Veut-il leur faire subir à nouveau les atrocités de la veille ? Est-il à la recherche de nouvelles victimes trop aventureuses ? La gorge serrée, terrifiées par la perspective d'une nouvelle "séance", elle n'hésitent plus. Elles courent porter plainte.
Heureusement pour elles, les deux jeunes filles appartiennent à la bourgeoise de Casablanca. La situation de leurs parents, leurs témoignages communs vont mette la machine judiciaire en marche. La gendarmerie royale prend les choses en main. On perquisitionne chez Mohamed et on y découvre cent dix-huit cassettes vidéo sur lesquelles on voit Mohamed et quelques-uns de ses amis dans l'exercice de leur sport favori / le vil accompagné de figures libres... très libres. Les mères sont violées devant leurs enfants, les coups pleuvent. Le dossier s'épaissit.
Mohamed, quant à lui, ne s'inquiète pas trop. Il est "commissaire aux renseignements généraux". Un des puissants de ce monde au royaume marocain. Pratiquement un "intouchable". Il est connu dans la hiérarchie mais, depuis longtemps, il constitue sur un certain nombre de collègues et de supérieurs des "dossiers" plus ou moins compromettants, accumulation de preuves concernant leur manque de moralité, leurs trafics, leurs prévarications bien méditerranéennes. Dès qu'on lui demande des comptes, il se précipite "en haut lieu" et menace. Si on l'ennuie tout le monde va plonger avec lui ; il en sait trop sur beaucoup trop de monde. A la rigueur il accepterait qu'on le sanctionne par une "mutation"... qui lui permettrait de changer d'air. Mais, à sa grande surprise, la hiérarchie ne se laisse pas impressionner : le palmarès de Mohamed est trop lourd. On sait déjà, indépendamment de la jeune fille qui s'est défenestrée, de la dame qu'on a fait taire en l'accusant de prostitution, on sait que Mohamed a violé, seul ou avec ses comparses plus d'une centaine de femmes...
Les complices se révèlent tous plus ou moins lâches, plus ou moins terrorisés par les menaces que Mohamed faisait peser sur eux en cas de rébellion. Comment lui résister ? Comment résister au plaisir pervers de posséder des femmes sans défense ?...
Mohamed, découvre-t-on soudain, est propriétaire d'un superbe bain de vapeur dont les clientes constituent, sans le savoir, un vivier privilégié. Avec quel argent, avec quelles protections a-t-il pu s'en rendre acquéreur ? Question sans réponse. On renonce à évaluer la fortune que son génie d'homme d'affaires manipulateur lui a permis d'acquérir... Simple détail sans importance : au bout de trois semaines de procès, M. le commissaire Mohamed, tout étonné, s'entend condamner à la peine de mort.


FIN
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Jeu 18 Oct - 0:09

La maman et les putains


Heidi, Elfriede, Sabina, Sylvia, Karin, Brunhilde et Regina...
Une brune aux yeux verts, une rousse aux yeux noisette, une frisée, une autre aux cheveux lisses, une blonde, une châtain terne, une aux cheveux courts... des femmes, jeunes, moins jeunes, et même plus très jeunes, des prostituées. Etranglées, assommées, abandonnées dans des rivières ou des étangs, par un commis voyageur, sur un trajet de tueur-touriste en Autriche. Sept femmes en presque deux ans, entre 1990 et 1991.
Lorsque la manière de tuer est quasi identique, cela s'appelle en jargon criminel un modus operandi. Et lorsque des services de police repèrent un modus operandi, il s'agit presque toujours d'un criminel unique. Affreusement classique, le tueur de prostituées.
Celui-ci aurait donc opéré entre les mois de mai 1990 et d'octobre 1991. Sept femmes en dix-sept mois. Un rythme régulier et une méthode identique : l'étranglement, avec un bas, une écharpe ou un soutien-gorge, sans mobile autre, apparemment, que celui de tuer, et sans traces suffisantes permettant d'identifier le tueur.
Le premier travail d'un policier dans ce genre d'affaires est de répertorier dans les fichiers des suspects possibles.
Un suspect brille parmi les autres. Il brille même de tous ses feux. Libéré de prison justement au mois de mai 1990, après dix-sept ans de prison, pour un crime commis en 1974.
Devant la fiche de cet homme, les enquêteurs réfléchissent avec précaution. C'est qu'il ne s'agit pas de ni'importe qui.
Hansi Unterweger, dit "le beau Jack". Une célébrité. Auteur à succès, écrivain, poète, l'exemple même de la réinsertion parfaite. Il a été condamné à l'âge de vingt-quatre ans, il en a quarante et un. Et durant ses années passées en prison, il a grimpé sur l'échelle sociale avec une intelligence et une réussite remarquables. A tel point qui'l est devenu la coqueluche de Vienne, de l'intelligentsia autrichienne, une sorte de locomotive, qu'il est de bon ton d'inviter aux conférences, aux cocktails aux réceptions diverses, sur qui l'on a écrit des articles flatteurs, vantant ses talents d'écrivain et sa formidable réadaptation.
Un bel homme, brillant, mondain, qui a su profiter d'une condamnation, pourtant terrible à son âge, pour devenir "quelqu'un".
L'homme est donc devenu un symbole. Après avoir été un enfant, un adolescent et un jeune homme du pavé.
Lors de son procès, toute sa vie a été étalée devant le tribunal, une vie d'enfer, une vie qui ne pouvait que le mener au crime.
Sa mère, prostituée occasionnelle, rencontre à dix-huit ans un soldat américain, tombe enceinte et accouche d'un petit garçon dont elle n'a que faire et qui l'encombre à tel point qu'elle le confie à son propre père, alcoolique.
Joli départ. Hansi ne connaîtra jamais son Américain de père, occupant triomphant et passager de l'Allemagne des années cinquante.
Et, durant sa petite enfance, il n'entendra parler de sa mère qu'en termes terriblement imagés : "Ta salope de mère est une pute, elle me laisse sans fric pour t'élever" Ainsi parlait le grand-père, qui, le rudoyant par principe, le traitait également de "fils de pute".
Le "fils de pute" voudrait bien, comme tous les petits garçons, avoir une mère, tout de même. Il l'attend, il l'espère, elle ne vient pas, et entre-temps il imite son grand-père, lequel ne pense qu'à boire et à trousser des filles, et entasse des revues pornographiques, y compris des photos de nus de sa propre fille, à portée du gamin.
Que se passe-t-il dans la tête d'un enfant, à la vue du corps de sa mère ainsi offert à tous les regards ?

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Jeu 18 Oct - 0:10

JE VAIS REVENIR...... Very Happy
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Jeu 18 Oct - 1:15

Il fait l'amour à dix ans, avec une copine de maman? Il apprend le trottoir, les vols, fréquente le petit milieu, le gros milieu. Maman exerçant son métier un peu partout dans le pays, il cherche à la retrouver de ville en ville, de trottoir en trottoir, sans jamais la rejoindre. Une quête sans espoir, durant laquelle il habite chez les prostituées, dort derrière un rideau tandis qu'elles oeuvrent avec les clients, et vit de rapines.
Il n'a que quinze ans, et son casier est déjà marqué de délits divers, vols, récidives ; de fugues en fugues il 'a toujours pas rattrapé sa mère. L'Assistance publique l'arrache à la chaleur du trottoir et le met en apprentissage. Hansi pourrait devenir cuisinier sous les ordres du chef de l'hôtel de l'Agneau blanc à Graz. Il ne deviendra que son petit ami de corps. Les autres apprentis refusent de supporter les chouchouteries homosexuelles du chef avec Hansi, et il se fait renvoyer.
A la fin des années soixante, il a dix-huit ans ; il est joli garçon, il a tout vu et tout connu sur le sexe, il est facile pour lui de se prostituer, de devenir lui aussi, sur le port de Hambourg où les marins chantent et s'abreuvent de bière (ça me rappelle une belle chanson de Brel : "Dans le Port d'Amsterdam"... Very Happy ), une "pute à matelots". Tout en cherchant sa mère sur les quais, dans les ruelles, les hôtels miteux et les bars de malfrats.
Il ne l'aura vue que deux fois en vingt ans. Une fois à treize ans, où elle se contente de lui faucher ses économies de gamin, une autre fois à vingt ans, et là, curieusement, il n'en parlera pas. Ni dans le récit de sa vie qui'l écrira plus tard, ni au tribunal. Il a rencontré sa mère. Point.



Excusez-moi les Cop's, mais là, suis trop fatiguée pour continuer. Z'allez devoir attendre demain soir pour la suite. Il y a encore trop de pages à taper pour la suite.
Vous bibizzzzzzzzzzz. Sleep
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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Jeu 18 Oct - 17:57

La suite, la suite, la site , la suite .....  jocolor
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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Jeu 18 Oct - 19:56

Maingantéedimpatience  Smile
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Jeu 18 Oct - 22:00

L'a-t-elle pris pour un client ? Un concurrent ? L'a-t-elle ignoré ? Insulté ? rejeté ou conseillé sur la meilleure façon de tapiner ? Errance et trottoir, vols et bagarres, douze inculpations sur son casier, la treizième sera capitale.
Une prostituée de vingt ans, Margarett Shafer, est découverte étranglée et ligotée dans un étang près de Francfort. C'est "Hansi" qui l'a massacrée à coups de barre de fer, et abandonnée dans la boue de son existence. Le crime a été commis sous le regard de sa "fiancée", plutôt sa complice, dans des conditions assez incertaines, mais il ne nie pas. Tous les deux fuyaient, traqués par la police pour un hold-up dont ils n'étaient pas responsables, et une prostituée passait par là.
Hansi nie le hold-up, mais avoue le crime.
Il est condamné à perpétuité et se retrouve en cellule à la prison de Graz en Autriche. Un endroit sinistre que l'on nomme "la maison de pierre". Il a vingt-quatre ans, aucune instruction - il s'est contenté depuis l'adolescence de se servir de son corps de joli garçon, sexuellement ambivalent. Aucune famille à laquelle se rattacher. Sa mère a été assassiné dans l'exercice de son métier, il n'a même plus la ressource de l'appeler à son secours. Sa mère prostituée a été assassinée, comme lui-même a assassiné une prostituée...
Que va-t-il faire de la prison, ce mauvais garçon au visage de jeune premier ? Servir la sexualité des autres prisonniers ? S'avilir davantage ?
Pas du tout. La seule concession faite à cette nouvelle vie derrière les barreaux, ce sont les tatouages qu'il arborera fièrement sur des biceps gonflés et un torse d'athlète. Pour le reste, il s'attaque à sa propre éducation. Cours par correspondance, pour apprendre à écrire : techniques d'écriture, construction littéraire. Il apprend à taper à la machine aussi et passe son bac, qui'l obtient. Il lit énormément - romans, essais, journaux, revues de littérature - c'est un recyclage précis, méticuleux, sérieux, qui'l a entrepris, et qui l'amène un beau jour à fonder sa première revue littéraire : Le Pont des Mots. Et aussi à la faire éditer. Le jeune homme est habile en matière de communications, il a su solliciter et obtenir l'aide d'un petit cercle d'intellectuels et d'écrivains, ébaubis par son style et son parcours.
Les médias s'intéressent à ce phénomène : la première revue littéraire sortant de prison ! Dans sa cellule Jack écrit, écrit avec boulimie toutes sortes de textes, qui'l envoie partout. Des contes, des poèmes. On parle de lui à la radio, on l'interviewe, on lit ses textes, il commence à devenir un quasi-professionnel, qu'on édite.
Il a dépassé la trentaine lorsqu'il écrit une pièce de théâtre, la première, grâce à laquelle il obtient une bourse. Immédiatement il se lance dans son premier roman autobiographique. Le Purgatoire, qu'un éditeur allemand trouve excellent, publie, diffuse, et qui devient un best-seller. Il y raconte le long chemin de galère de son enfance, son grand-père ivrogne, sa mère putain, les copines de sa mère, le chien sauvage qu'il avait apprivoisé enfant, qu'il adorait et qui s'est enfui à jamais. Il y parle de l'unique copain d'enfance, mort, qu'il n'a pas pu saluer à l'enterrement, chassé de l'église comme un bâtard qui'l était, un "fils de pute"...
Le succès est énorme. Son réel talent, son style incisif, sa sensibilité lui gagnent les faveurs du milieu intellectuel viennois qui s'emballe pour cet écrivain sorti de la fange et toujours derrière les barreaux. Il fascine. Toute l'intelligentsia autrichienne, dite de gauche, prend fait et cause pour lui, mène campagne, et il est libéré après avoir accompli dix-sept ans de prison, quasiment en fanfare. Riche, grâce à ses droits d'auteur, sachant manier le langage, il donne des interviews vêtu comme un jeune lord - costume, chapeau d'artiste, noeud papillon et mocassins immaculés. Séducteur, amant de jeunes femmes extatiques, il roule désormais en Mercedes, on l'invite partout, on l'attend partout, il paresse un peu côté écriture : la célébrité l'emporte sur le travail. Encore une pièce de théâtre, mais la critique se fait tiède, alors il se lance dans une forme de journalisme professionnel qui rapporte. Il connaît le milieu, le bas peuple, le sordide, les bordes et les malfrats, il en parle : reportages sur la prostitution, sur la prison, sur le sexe. On lui demande des articles jusqu'en Amérique, à Los Angeles. Il entreprend une enquête pour un magazine sur "Les trottoirs de Graz", obtient la collaboration de la police pour son article, interviewe même à la radio le directeur de la sécurité de Vienne.
Et durant ce temps, des prostituées meurent, étranglées, étranglées, étranglées...


JE REVIENS Exclamation Exclamation Exclamation
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Jeu 18 Oct - 23:09

La police interroge ses relations, apprend que les pratiques sexuelles de Jack consistent souvent à "jouer à étrangler" les femmes. Une prostituée révèle qu'un écrivain, affirmant se prénommer "Walter", bien connu des filles du trottoir, était un habitué de l'une des victimes, et dans le journal de cette victime, Elfried, retrouvé après sa mort, on peut lire : "Je suis allée chez lui aujourd'hui, rue Floriani, le mec aime bien les trucs avec les menottes, il m'a l'air un peu pervers, fier de ses tatouages..."
Elfriede a été retrouvée étranglée dans un bois, en mars 1991, six mois après sa mort. Jack était son client.
Tout est allé très vite pour lui et l'ascension a été fulgurante. Comment ce modèle de réinsertion sociale, ce symbole de la réussite en prison peut-il devenir suspect numéro un, dans une affaire de meurtres en série ? Personne ne veut y croire. Sauf la police. Pourquoi ?
D'abord parce qui'l s'agit de prostituées et qu'il en a déjà tué une dans les mêmes conditions. Et aussi parce qu'un ancien policier qui enquêtait dans les années soixante-dix vient raconter à ses collègues de Graz des années quatre-vingt-dix une petite histoire : "Je travaillais sur un meurtre, une jeune fille retrouvée étranglée et ligotée dans un lac aux environs de Salzach. Je n'arrivais à rien. Dix ans plus tard, je suis tombé sur des preuves évidentes de la culpabilité de ce Jack Unterweger.
Mais il était déjà condamné à perpétuité, j'ai laissé tomber, et depuis je suis à la retraite... Maintenant, c'est différent."
Le témoignage de ce policier porte à huit victimes les soupçons qui pèsent sur Jack.
Il y a aussi d'autres indices, qui font frémir l'instinct des enquêteurs. Cette dernière série de meurtres, commis dans des lieux différents, sur un itinéraire apparemment aléatoire, présente une suite de coïncidences. A chaque fois, le beau Jack était sur place. Conférence, interview ou week-end, il était là. Non loin des corps retrouvés étranglés et abandonnés, qui dans une rivière, qui dans un étang ou un lac. Il était toujours dans les parages d'un cadavre retrouvé.
Si bien que le célébrissime produit de la réinsertion sociale autrichienne voit arriver les grands pieds des enquêteurs sur sa moquette de luxe. Où étiez-vous tel jour, à telle heure ? Avec qui ? Il a des alibis, huit alibis, dont un faux, un seul, ce à quoi il lui est facile de rétorquer sur un ton mondain ; "Je voyage énormément, j'ai des tas de rendez-vous, je ne peux pas me souvenir de tout !"
Certes. Alors les enquêteurs s'attaquent aux petits indices, cheveux, résidus de tissu, poussière... Mais dans ce domaine, les résultats ne sont pas certains à cent pour cent. Ce cheveu retrouvé dans la voiture de Jack pourrait appartenir à telle prostituée, ce fragment de laine à une écharpe qui a servi à étrangler telle autre...
Le serial killer est sous pression, la presse s'intéresse soudain différemment à lui, car le juge d'instruction de Graz ne s'interdit pas de faire aux journalistes des révélations dont la plus importante, et la seule certaine, est celle-ci : "Jack Unterweger se trouvait dans les parages de chacun des huit meurtres, il ne peut pas s'agir de huit coïncidences !"
Huit coïncidences, en effet, c'est beaucoup. Et le beau Jack, qui avait commencé à donner des interviews du genre : "Mon passé me persécute", "La police s'acharne", "Je suis victime de la machine judiciaire", choisit de prendre la fuite la veille du jour où un mandat d'arrêt est lancé contre lui en février 1992. Ce n'est pas le meilleur moyen de prouver son innocence.
Ses attaches avec le milieu viennois laissent supposer qu'il a été prévenu de l'imminence de son arrestation.
On recherche la voiture - une Volkswagen Passat immatriculée VW 266 DL - à bord de laquelle il a pris le large en compagnie de sa petite amie Bianca. On les repère en Suisse. Trop tard. Entre-temps, Jack a pris soin d'avertir la presse par téléphone : "Je suis traqué, ce n'est pas moi qui ai tué ces femmes, je suis victime de l'acharnement d'un policier de Graz. On veut me remettre en prison, mais même en préventive, je ne le supporterai pas. Je ne me rendrai pas, je n'irai pas en prison. J'avais gagné de l'argent, je n'ai plus un sou, je pense au suicide..."
La cavale le mène de Suisse en France, à Paris, où l'on découvre plus tard qui'l a abandonné sa voiture dans la banlieue, à proximité de l'aéroport d'Orly, avant de sauter dans un avion avec sa petite amie.
Interpol le recherche. Avec d'autant plus d'acharnement que la police de Graz a été informée d'une autre "coïncidence" bizarre.
Jack a fait un séjour à Los Angeles, l'année précédente, et quatre prostituées y ont été étranglées durant la période de son séjour...
Huit coïncidences plus quatre.
Une perquisition à son domicile renforce, semble-t-il, la conviction policière. Des photos pornographiques du beau Jack en compagnie de dames diverses, ainsi que d'autres indices, dont la teneur exacte n'est pas révélée, mais qui justifient largement la demande d'extradition que la police autrichienne présente à la police de Los Angeles.
Los Angeles où Jack l'écrivain joue la star en cavale, pose pour un magazine à la moralité douteuse, sur la première page duquel il apparaît avec cette légende : "Hello, c'est moi le serial killer !"
En Autriche, un débat s'instaure entre intellectuels, la droite pure et dure accusant la gauche "de salon" d'avoir pris fait et cause pour un récidiviste, sous prétexte de donner des leçons de réinsertion sociale et de prouver que la prison à perpétuité n'est pas une solution... Un psychiatre avait déclaré au moment de sa libération qui'l ne saurait récidiver. Les psychiatres, la police, les journalistes s'étaient emparés du sujet : un tueur est-il un récidiviste possible ? Comment le déterminer ? Qui doit prendre ou pas la décision de remettre un détenu en liberté ? etc.
Sujet qui n'est pas propre à l'Autriche, loin de là. Tous les pays démocratiques le connaissent.
Reste que Jack Unterweger avait été condamné à dix-huit ans, qu'il n'avait été libéré qu'au bout de dix-sept ans, et qu'une année de plus, en admettant qui'l soit coupable, n'aurait pas changé grand-chose à l'affaire.
Jack est arrivé aux Etats-Unis, à Miami où il s'était réfugié en février, et est extradé en mai 1992. Puis mis en prison à Graz. Où il continue de se dire innocent. Son avocat estime que le dossier d'accusation ne tient pas, que jamais il n'a vu aussi peu d'éléments permettant de renvoyer son client en cour d'assises.
L'instruction sera longue, difficile, compliquée - expertise génétique sur un cheveu, confrontations de témoins douteux, tout cela très longtemps après les faits. Selon l'avocat de Jackk, des pièces à conviction ont disparu, notamment un gant en plastique qui aurait permis d'identifier avec certitude l'assassin. Accuserait-il la police de complot contre son client ? Presque. Les corps ont été retrouvés en mauvais état, et toute la défense sera basée sur des batailles d'experts. Les enquêteurs vont concentrer leurs efforts sur deux meurtres en particulier, celui de Bianca assassinée à Prague le 15 septembre 1990, et celui de Heidi, à Bregenz le 5 décembre 1990. Sur les vêtements de cette dernière ont été retrouvées des fibres textiles présentant des similitudes avec les vêtement de Jack, ainsi que des cheveux qui pourraient être les siens. Ce qui ne prouvera pas de toute façon le meurtre, tout juste qui'l a été en relation avec la victime... Même chose pour ces cheveux retrouvés dans la voiture de Jack à cette époque, une BMW, lesquels pourraient appartenir à Bianca.
Le directeur de la police scientifique de Zurich, chargé de nouvelles expertises sur ces deux cas précis, a du pain sur la planche, car Jack nie évidemment avoir jamais rencontré ces deux personnes.
Procès envisagé dans le courant de l'année 1994. Et alors ?
Les Etats-Unis vont-ils réclamer à leur tour l'assassin présumé de leurs quatre prostituées ? Ce serait simple si Jack retournait en enfance et en littérature, pour expliquer comment, haïssant sa mère prostituée et abandonné par elle, il se venge impulsivement sur des images vivantes, copies conformes de ce qui'l recherchait dans son enfance, une mère faisant le trottoir et lui échappant à jamais.
Se serait simple, aussi, trop simple, s'il s'agissait d'une "machination policière" uniquement destinée à détruire cet homme-là. Et beaucoup plus compliqué si l'assassin présumé était lui-même innocent, victime d'un double, un serial Killer profitant de sa célébrité pour accomplir ses propres fantasmes et assouvir ses pulsions de mort.
Jack Unterweger coïncide avec l'assassin onze fois en Autriche, quatre fois aux Etats-Unis. La justice va devoir se débrouiller avec ces quinze coïncidences-là. Si son avocat a du talent, si les experts se contredisent et s'il est innocent, bravo. Mais s'il est coupable...


FIN
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MAINGANTEE

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Ven 19 Oct - 10:46

Ouhhh le suspense subsiste!
Merci
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JEAN

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Ven 19 Oct - 14:28

study
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Ven 19 Oct - 14:42

Au fait, Jack Unterweger, condamné à perpétuité lors de son second procès, s'est pendu dans sa cellule le soir même du verdict.
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MAINGANTEE

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Ven 19 Oct - 16:33

oohhhh
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Ven 19 Oct - 23:36

Un couple idéal


Robert et Marguerite forment un couple idéal. Du moins est-ce ce que l'on vient de décider en ce beau jour, sur les plateaux de télévision. Ils ont répondu à toutes les questions et bien mieux que les autres couples, concurrents. Marguerite a su deviner les réponses de Robert quand on lui a demandé : "Quel est le principal défaut de votre épouse ?" et Robert, de son côté a répondu avec précision à la question : "Quel est l'objet qui pour Marguerite symbolise le mieux votre rencontre ?" Applaudissement, cadeaux, chèque : Robert et Marguerite rentrent chez eux tout fiers de la victoire, riches d'une jolie somme, leur voiture encombrée de multiples cadeaux aussi utiles qu'agréables. Pendant quelque temps ils deviennent les héros du quartier, on les félicite chez tous les commerçants. Leurs deux enfants, Faustine et Joël, charmantes têtes blondes, sont les petites vedettes de l'école.
Bonheur fugace pour ces deux fonctionnaires des PTT. Il faut dire que leur mariage a étonné tout le monde : la famille de Robert d'abord, sa mère effacée et craintive, son père, ancien militaire, violent et alcoolique. Robert leur a toujours semblé, hélas, malgré son intelligence indéniable et un peu au-dessus du commun, un fruit sec. Est-ce la violence du père qui bloque l'adolescent ? Toujours est-il que, depuis son jeune âge, il semble doté d'une paresse irrépressible.
Comme il faut bien se résoudre à travailler, il devient, sans enthousiasme, cuisinier, mais ce métier, trop salissant à son goût, trop fatigant, ne lui convient guère. Pour juguler son instabilité, sa mère lui conseille de passer le concours de la fonction publique. Il réussit. Dès son premier poste il rencontre Marguerite.
Il a vingt-deux ans, elle en a dix-neuf. Elle aussi est plus intelligente que la moyenne. Elle occupe d'ailleurs un poste plus élevé que celui de Robert. En définitive, les deux jeunes gens se plaisent et décident de se marier.
Ils deviennent, au cours des années qui suivent, les parents attendris de Faustine et Joël. Leurs vies semblent toutes tracées jusqu'à l'âge de la retraite. Mais si Marguerite, ambitieuse et sérieuse, construit sa vie avec opiniâtreté et volonté, Robert, lui, prend goût chaque jour davantage à l'alcool. Tous les matins, on le voit descendre pour aller acheter son quotidien, mais on ignore qu'en fait il s'empresse d'effectuer en route une petite visite au coffre de sa voiture, coffre rempli de diverses bouteilles de whisky. A moins de trente ans, Robert boit une bouteille d'alcool écossais par jour...
A ce régime-là sa santé n'est pas ce qu'elle devrait être. D'autant plus que Robert, fluet et d'allure un peu molle, n'a pas la carrure de certains grands buveurs nordiques. Aussi les conséquences ne se font guère attendre : absences à son travail, perte d'efficacité. Conscient de sa propre dégradation, Robert quitte le domicile conjugal. Pendant quinze jours... Au bout de cette période, il regagne l'appartement où Marguerite, furieuse mais digne, l'accable de son ironie méprisante. La vie reprend son cours.
Ce jour-là, un dimanche de juin 1990 comme les autres, Faustine et Joël regardent les dessins animés à la télévision. Le ménage est fait, le déjeuner de midi est en route. Robert exprime le désir d'accomplir son devoir conjugal. Marguerite, en bonne épouse, acquiesce. Le couple s'enferme dans la chambre à coucher. Les enfants ne reverront jamais leur mère...

Après quelques instants, ils entendent des gémissements qui viennent de la chambre. Inquiète, Faustine, du haut de ses quatre ans et demi, essaie d'ouvrir la porte fermée à clé. Puis Robert apparaît, seul, et déclare aux enfants que "maman est partie en promenade." La journée se passe, un peu morne. A tout instant les petits interrogent leur père du regard : "Maman ne rentre pas ?" Son silence plonge l'appartement dans une atmosphère lourde.
Le lendemain, Robert habille Joël, puis se rendent en ville où le fonctionnaire des PTT fait l'acquisition de deux scies à main et de divers instruments de bricolage. Une fois rentré à la maison, il décroche le téléphone. Il informe sa belle-famille qu'il va lui amener les enfants. Marguerite, dit-il en pleurant, a fait une fugue, en emportant trois mille francs. Pas de doute : elle lui rend la monnaie de sa pièce après sa propre défection de deux semaines. Quelques instants plus tard, Robert, après avoir fait la toilette des enfants dans la baignoire, les habille et les emmène chez ses beaux-parents, qui sont très surpris devant la disparition de leur fille. S'il savaient...



A toute à l'heureeeeeeeeee.........
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Sam 20 Oct - 0:45

S'ils savaient que Marguerite n'a pas quitté l'appartement. Pour l'instant, morte, elle est soigneusement cachée dans le placard à balais. Bien emballée et encore toute dégoulinante d'eau. Car, après l'avoir tuée, dans un accès de colère, Robert s'est empressé de plonger le corps de son épouse dans la baignoire remplie d'eau. Pourquoi ? Mystère ! Mais Marguerite s'obstine à flotter à la surface et, très déçu, Robert l'emballe dans du plastique et la dissimule dans le placard. De toute façon, les enfants, bien élevés, ne sont pas du genre à aller fouiller partout.
Une fois seul, Robert s'occupe de faire disparaître le corps.
Le dépeçage sanglant commence. Il n'est pas adroit de ses mains et les scies cassent, les mèches de la perceuse électrique restent plantées dans les articulations de la pauvre femme... Vaguement découragé, Robert ramasse quelques débris sanglants et jette dans la poubelle un avant-bras, un moignon... Pas de doute, il n'y arrivera jamais comme ça. Il décide de procéder autrement.
L'appartement est équipé d'un congélateur. Robert le vide de son contenu puis le remplit d'eau. Après avoir brisé les articulations, raidies par la mort, il installe son ancien grand amour assis dans le congélateur, puis il laisse le froid faire son oeuvre.
Au bout de quelques heures, Marguerite, doublement raide, se trouve prise dans un énorme glaçon.
Robert termine la dernière goutte de sa bouteille de whisky quotidien...

Pour la vraisemblance de la chose, Robert s'est rendu à la police pour signaler la disparition de son épouse. La belle-famille, au loin, attend désespérément des nouvelles. L'assassin tourne en rond dans l'appartement vide. Le mois d'août arrive. Robert, faute de projets de vacances en famille, s'offre... une dépression nerveuse que son alcoolisme chronique aggrave s'il en était besoin. On l'hospitalise pour quinze jours. A peine remis, l'employée des PTT sympathise avec une infirmière qui accepte, sans se faire prier, de passer quelques instants au lit avec lui.
Mais en fait, Robert, toujours ulcéré par son dernier essai avec Marguerite, essai qui a provoqué le drame, veut simplement vérifier s'il est devenu impuissant ou si cette "panne sexuelle" était vraiment accidentelle.
Malheureusement l'infirmière, elle aussi, est bien forcée de constater que son "amant" n'est pas à la hauteur de la situation. Pis encore, il quitte le champ de bataille sans insister. Elle en est vexée et ne se gêne pas pour exprimer son dépit. Si elle savait combien ses commentaires sont dangereux... Robert rentre chez lui très déprimée. Combien de temps pourra-t-il continuer à vivre avec Marguerite congelée dans sa cuisine ?
D'autant plus que, pendant ce temps-là, au bureau des PTT, les responsables s'étonnent de l'absence inexplicable de leur employée modèle. Qu'elle ait fait une fugue loin de sa "chiffe molle" de mari, passe encore. Mais qu'elle n'ait donné aucune nouvelle, qu'elle compromette ainsi une carrière qui lui tenait tant à coeur paraît invraisemblable à tous ceux qui la connaissent un peu. L'assistante sociale prend sur elle de prévenir la police. Cette fugue en est-elle une ?
C'est la question que les agents viennent poser à Robert, par un beau matin, après avoir sonné à la porte de l'appartement du meurtrier. Robert, les yeux bouffis par l'alcool, comprend qu'il est inutile de continuer ce jeu macabre sans issue. "Inutile de la chercher plus longtemps, dit-il d'un air las, elle est là-dedans." Et du doigt, il désigne le congélateur.
Il faut quarante-huit heures pour laisser fondre le glaçon. Robert raconte que, pris d'une colère subite devant les ricanements de Marguerite, au moment de sa "panne sexuelle", il l'a saisie par le cou et l'a étranglée, sans même se rendre compte de ce qui'l faisait... Après il ne se souvient plus exactement des détails... Mais le médecin légiste n'est pas d'accord avec cette version des faits.
Indépendamment des mutilations, post mortem dans ses efforts pour faire disparaître le corps, Robert ne parvient pas à expliquer ce qui s'est réellement passé dans la chambre à coucher conjugale. Marguerite, selon le médecin légiste, est morte après avoir été frappée de vingt-deux coups de couteau et de marteau, dont deux au moins furent mortels.
Malgré les circonstances atténuantes, dues à son enfance perturbée, accordées au meurtrier, celui-ci se voit condamner à vingt ans de réclusion criminelle...


FIN
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Sam 20 Oct - 21:21

Justice à la grecque


Athanassios D., un homme jovial et moustachu, incarne la joie de vivre. Il a un fils de seize ans, Georges, un beau garçon qui ressemble à son père et dont l'avenir semble tout tracé. Ce soir, jour de fête. Georges est sorti pour s'amuser un peu avec trois autres lycéens de son âge. Ils sont partis en voiture pour aller danser, rire, extérioriser la vitalité de leur adolescence.
Soudain on sonne à la porte. Athanassios, malgré l'heure tardive, va ouvrir en fredonnant un petit air qui lui trotte dans la tête depuis le matin. En voyant sur le seuil un agent de police en uniforme, le petit air s'arrête d'un seul coup. En quelques minutes, après avoir confirmé son identité au représentant de l'ordre, Athasassios voit son univers s'écrouler. Le policier est venu lui annoncer, avec toute la douceur dont il est capable, qu'un malheur est arrivé. Une minute plus tard, il lui avoue que Georges, son Georges adoré, est mort dans un accident de la circulation.
Sur le chemin de l'hôpital, Athanassios essaie d'en savoir davantage. Il imagine Georges sur un lit blanc, les médecins et les infirmières s'activant autour de lui. Puis, soudain, il réalise qui'l est en plein rêve. Là-bas, à l'hôpital, aucun médecin ne s'affaire autour de son fils, puisqu'il est mort. Il n'aura pas à guetter le moindre signe de vie ; on va lui ouvrir un sinistre tiroir de la morgue. Son Georges, pâle et raide, reposera sous un horrible linceul qui recouvrira son visage à jamais immobile.
Athanassios éclate en sanglots.
Mais, une fois sa douleur calmée, le père effondré apprend les détails des circonstances de l'accident. Le responsable est un policier qui conduisait son propre véhicule. L'enquête révèle que ce policier, Dimitri K., était, inutile de le nier, complètement ivre au moment du drame. Athansassios réalise que sa joie de vivre, que son petit Georges lui a été ravi par un ivrogne qui n'avait pas su résister à l'attrait de quelques verres d'ouzo avant de prendre le volant. Comble de l'horreur, les trois amis de Georges ont été tués avec lui... Les familles se replient sur leur chagrin. Athanassios se jure que justice leur sera rendue. Mais le responsable est policier...
Sa situation professionnelle semble le mettre relativement à l'abri de la justice... Athanassios et son épouse, elle-même ravagée par le chagrin, attendent cependant avec une certaine confiance que "justice soit faite"... Peine perdu, semble-t-il.
L'affaire traîne en longueur, les années passent. Après quatre mois de détention, l'ivrogne, Dimitri, se retrouve en liberté conditionnelle et reprend son travail, indigne représentant de l'ordre auprès de ses concitoyens. Condamné, il fait appel, démarche qui révulse Ahanassios. Celui-ci rongé par la colère et la rancune, avertit qui veut l'entendre qu'il veillera à ce que "justice soit faite". Le procès est encore à venir... Dimitri, le responsable, se fait assister par deux avocats qui n'ont pas de mal à faire valoir, par ldes arguments spécieux, tout ce qui peut diminuer la responsabilité de leur client.
Athanassios, dans son village, à Corinthe, prend certaines dispositions : il fait ouvrir le caveau familial, celui-là même où Georges repose au bout d'une si courte vie. Il fait nettoyer la tombe et prépare un nouvel emplacement qui, selon ses dires, sera prochainement rempli. Personne ne comprend trop ce qu'il entend par là. On le saura, hélas, très vite.
Avril 1993 : la salle d'audience bourdonne. Le procureur vient de prononcer son réquisitoire, les avocats ont fait valoir leurs arguments, l'accusé, Dimitri, arbore déjà un petit sourire de satisfaction. On comprend qui'l va s'en tirer avec le minimum et que, dès le soir même, l'affaire jugée, il va reprendre le cours tranquille de sa vie d'ivrogne, sans plus se préoccuper des quatre cadavres d'adolescents qui'l laisse dans son sillage sanglant.
Athanassios, lui aussi, comprend et devine ce qui'l va entendre. D'un mouvement preste, il sort un revolver de la ceinture où il l'avait glissé. Sautant derrière un policier qui se trouve là, il lui passe son bras autour du cou, tout en lui appliquant le canon du revolver sur la tempe. Tout le onde est debout mais personne n'ose intervenir de peur de déclencher l'irréparable...
D'autant plus que le policier qui est l'otage du père indigné n'est pas là par hasard. Le soir fatal il était le passager de Dimitri. Ce soir-là, il ne pouvait pas manquer de remarquer l'état où se trouvait le responsable du drame. Lui aussi, par son silence et sa négligence, est en quelque sorte responsable de la mort des quatre adolescents.
Traînant son otage avec lui, Athanassios désarme alors un policier qui est en faction à la porte du tribunal. Il oblige celui-ci à ligoter, avec des cordes qu'il a pris la précaution d'apporter avec lui, tout un groupe qui comprend l'accusé, l'autre policier, témoins et passager, ainsi que les deux avocats, qui, à ses yeux, par leurs plaidoiries les complices du chauffard criminel.
Athanassios, semble-t-il, ne veut qu'une chose : que le tribunal reconnaisse officiellement que, le soir du drame, Dimitri était complètement soûl. Car, au fil des ans, cet élément de la tragédie a été soigneusement gommé par les avocats. Dimitri, selon eux, avait bu normalement, comme chacun boit pour son repas du soir. L'accident serait dû à la fatalité, spécialité grecque depuis la plus lointaine Antiquité, et pas du tout à l'inconscience d'un alcoolique... De toute manière, il risque, au maximum, quatre ans de prison ferme et, en suivant les voies légales, il a "racheté" ces années de prison en payant une amende de deux millions six cent mille drachmes, c'est-à-dire de soixante-cinq mille francs, ce qui met le cadavre de Georges et ceux de ses amis à seize mille deux cents cinquante francs chacun...
Athanassios exige quo'n reconnaisse la pleine responsabilité d'un policier ivrogne... Mais il ne veut pas d'une confidence murmurée à l'intention des quelques personnes présentes et apeurées. Il veut que la presse vienne enregistrer ces aveux, photographier ses otages bien ligotés en petit fagot et qui claquent des dents...
Juge, greffier, avocats, tous regroupés dans un coin, s'efforcent de calmer le père fou de douleur. En vain, sa colère semble grossir à vue d'oeil. Ahanassios, une dernière fois, demande à ce qu'on "dise la vérité", publiquement, officiellement. Il n'obtient rien qui aille dans ce sens. Alors il tire...
Athanassios, tel un automate, sans réfléchir, tire dans le paquet d'otages qui se macule de taches sanglantes. Sans écouter les râles et les gémissements de ses victimes, Ahanassios grimpe rapidement l'escalier qui conduit à la tribune surplombant la salle du tribunal. Et de là, froidement, il continue à tirer sur les juges, les greffiers, les spectateurs. Il blesse gravement cinq personnes qui se disent qu'elles auraient mieux fait de ne pas être là.
D'une dernière balle Athanassios met fin à son chagrin terrestre et à sa colère, tout en se soustrayant définitivement à la justice des hommes. Il part, sans doute l'espère-t-il, pour rejoindre son cher petit Georges dans un paradis céleste qui ne connaît aucune ivrogne chauffard.
Quelques jours plus tard, avec toute la dignité et toutes les traditions des funérailles antiques, la famille d'Athanassios, entourée par les familles des trois autres adolescents morts en 1991, l'a enfoui dans le caveau de pierre. Les familles ont juré d'obtenir que justice soit enfin faite, après les vaines tentatives d'Athanassios. Car, ultime ironie des dieux, dans lem assacre du palais de justice, quelqu'un s'en est sorti sans trop de mal. Protégé par les corps de ses deux avocats tués sur le coup, Dimitri, l'ivrogne, a été à peine égratigné.


FIN

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Sam 20 Oct - 21:56

Fin de parcours


Marcel en a marre. De tout, de la vie, de sa famille, des voisins. Cinquante-trois ans, le visage buriné, une petite moustache, le regard qui peut passer de l'extrême douceur à la plus grand férocité, surtout quand il a bu, ce qui lui arrive plus souvent de de coutume. Cinquante-trois ans de galère, depuis sa naissance dans une famille de quatorze enfants, sans amour ni viande dans l'assiette. Cinquante-trois ans de survie grâce à des trafics de chaises rempaillées ou de peaux de lapin. La plupart des membres de sa famille ont disparu, sont morts, les autres ne donnent pas de nouvelles. Reste Véronique, la soeur, qui n'habite pas trop loin, dans la brime de l'est de la France. Marcel aime bien Véronique mais il ne va pas trop souvent la voir.
Elle ne vient pas non plus lui rendre visite dans la "schourt", cette espèce de zone de jardins abandonnés où Marcel demeure dans un chalet de bois.
Il y a aussi Céline, sa fille aînée, et Zora, la seconde. Elles vivent ensemble faute de mieux. Céline, une belle plante, se retrouve avec quatre enfants et pas de mari. Zora n'a pas de charges de famille. Marcel aimait bien Céline, mais elle vient de lui jouer un sale tout.
Faut dire qu'il y a quelques semaines, Marcel, pris d'une envie subite de voir sa fille, s'est présenté plutôt éméché devant la porte du HLM où elle demeure. Rien qu'au son de sa voix, Céline a compris qu'il était dans un mauvais jour et elle a refusé de lui ouvrir. Avec lui, on sait comment ça commence, mais on ne sait jamais comment ça finit. On lui ouvre et le voilà qui se croit en pays conquis. Il s'installe, il se couche, il boit, il hurle, il jure, il menace tout le monde.
Quand il en a assez, Marcel est capable de tout. Il le démontre en saupoudrant le goûter de ses petits-enfants avec du poivre moulu, en ajoutant une bonne giclée de liquide vaisselle sur leurs steaks hachés. Et puis, pour Céline, tout à coup, ça fait trop longtemps que ça dure, cette façon qu'a son père de se glisser dans son lit et de "faire sa petite affaire". Encore heureux quand ça se passe au lit. Depuis l'âge de seize ans qu'elle doit supporter ça...
Alors, ce jour-là, Céline met son manteau et file à la gendarmerie où, pour en finir, elle porte plainte. Pour viol, pour inceste ; elle raconte tout ce qu'elle a subi, sa soeur aussi. Puis elle rentre et, comme son père, après avoir enfoncé la porte d'un coup de pied, s'est installé chez elle pour Dieu sait combien de temps, elle lui jette les nouvelles fraîches au nez. Marcel, furieux, repart et claquant la porte qui n'a pas besoin de ça...



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MessageSujet: Pierre Bellemare   Sam 20 Oct - 22:49

Un moment il songe à tuer Céline. Il a tellement l'habitude de "couper" tous ceux qui lui résistent, ceux qui refusent ses invitations à boire, ceux qui lui "manquent". Le couteau, le coup de poing, il ne sait pas résoudre le moindre problème autrement.
Marcel retourne ensuite à son petit chalet au milieu des herbes folles. Il salue d'un grognement ceux qui gravitent autour de lui dans son petit monde de magouilles. Il y a Fernand, un SDF, qu'un soir de bon coeur Marcel a récupéré à Metz ou dans les alentours et qu'il loge dans une sorte de cabanon en béton, rempli d'objets rouillés. Autour, flotte l'ombre d'un clochard algérien qui occupait les lieux il y a quelques années et qu'on a retrouvé mort dans l'incendie provoqué par un vieux poêle mal réglé...
Comme Fernand est seul, un beau soir, Marcel lui ramène un cadeau : Mireille, une sorte de virago qu'il a dégotée dans une banlieue, vivant, tristement entre ses deux enfants et son mari sourd-muet. Il lui dit qu'elle est une fleur et cette fleur à gueule d'empeigne le croit suffisamment pour le suivre jusqu'à son terrain vague. Mais Marcel n'aime pas ce genre de femme, bâtie en largeur, les traits trop virils. Il n'aime que les petites fluettes qui'il peut appeler "poupée". Alors il offre carrément Mireille à Fernand et, tandis que le couple se forme sur un lit de cartons ondulés, Marcel rentre dans son chalet afin de remâcher sa colère.
Avant, il prend soin de passer chez "Fifi", une vieille clocharde qu'il héberge aussi dans une caravane qui tombe en ruine et prend l'eau de toutes parts. Fifi, fermement sollicitée, lui remet une bonne part de la pension qu'elle vient de toucher.
Faut dire que Marcel est un homme à Femmes. Il y a eu les siennes d'abord : la première, une Gitane qui lui a fait sept enfants et qui vit maintenant au loin ; la seconde, Liliane, est morte d'un cancer généralisé après lui avoir fait deux fillettes qui, aujourd'hui, sont placées par la DDASS loin de ce père trop soupe au lait. Céline dit à qui veut l'entendre qu'il est dangereux ; Jacques, l'un de ses fils, surnommé Eddy, ne l'approche plus car Marcel, qu'on surnomme "Pierrot le Fou" dans le voisinage, a juré de le "trouer" à la première occasion.
C'est ce que raconte Geneviève, une aide-soignante qui voit, depuis ses fenêtres, évoluer toute la tribu autour de Marcel.
C'est ce que dit Richard, un ferrailleur taillé comme une armoire à glace, qui traite certaines affaires avec "Pierrot le Fou" mais se méfie comme de la peste tout autant de ses coups de colère que de ses coups de tendresse. D'autant plus qu'on sait que Marcel possède chez lui trois fusils, un pistolet et une ribambelle de couteaux aiguisés.

"Pierrot le Fou " est capable de vous donner sa chemise si vous êtes dans le besoin mais il peut aussi bien vous trouer d'un coups de couteau si vous lui faites remarquer qu'il manque un bouton à sa chemise. Mais au fond, pour se venger de son enfance brutalisée, de sa jeunesse souillée. Pierrot aime faire mal, il aime terroriser, humilier, frapper. Plus peut-être...
Cette nuit-là, Richard, le gentil ferrailleur, est réveillé par des coups sur ses volets, Pierrot-Marcel est là, un fusil à la main. Il a besoin d'un service ; que Richard l'emmène, d'un coup de voiture, jusque chez Céline, sa fille aînée. Richard, pour éviter le pire, accepte. Mais, par précaution, il se fait accompagner de son fils Jérôme. Seconde précaution, il demande à Marcel de poser son fusil dans le coffre de la voiture. Et les voilà partis. En route, histoire d'animer la conversation, Marcel-Pierrot déclare, hilare : "Je viens d'en buter trois !" Pas de réponse de Richard qui sait qu'il en est capable. "Tu ne me crois pas ? - Si, si, je te crois !" Il ne demande pas de détails. On roule.
Marcel décide alors qu'au lieu d'aller chez sa fille"pour la tuer", Richard va plutôt l'emmener jusque chez Véronique, sa soeur. Ca fait un an qu'il ne l'a pas vue. Elle sera certainement ravie de le voir débarquer à trois heures et demie du matin.
Mais en arrivant, nouvelle déception, la maison est vide. Va-t-on en pleine nuit, repartir chez Céline, la dénonciatrice, la traîtresse, pour l'exécuter ? Marcel soliloque à haute voix, puis, soudain pris par le sommeil, décide de rentrer. Richard, dès qu'il l'a déposé à l'entrée du terrain vague, file et évacue sa femme et ses enfants vers un lieu plus sûr. On le comprend...
Le lendemain, Marcel, un peu dessoûlé, rend visite à Richard. "Qu'est-ce que je tenais hier soir !", dit-il en s'esclaffant. Du coin de l'oeil, il aperçoit, dans un chantier tout proche, un jeune homme qui téléphone. "Je n'ai jamais pu l'encadrer, dit-il à Richard, si tu veux, je le descends." Richard se garde de rien dire, mais il sait que Marcel est prêt à tout... Marcel qui rentre chez lui... songeur.
Comment ne pas être songeur devant trois cadavres ?! En effet, la veille, avant l'expédition chez sa soeur, Marcel-Pierrot, pris d'une envie de "faire le ménage", a tué d'une balle dans l'oeil son copain Fernand, comme ça, pour ne plus le voir. Quelques minutes plus tar, Mireille, elle aussi, a pris une balle dans l'oeil. Aujourd'hui les deux cadavres sont restés en place, "artistiquement" disposés dans une dernière étreinte par leur assassin, sur les cartons, qui leur servaient de couche. Des mouches commencent à bourdonner. Un peu plus loin, dans le cabanon qui sert de W.-C. Fifi, elle aussi, vieille soûlarde qui ne se lavait jamais n'aura plus besoin de songer à son hygiène intime. Marcel lui a logé une autre balle dans la tête. Elle est affalée, impudique. Il lui jette une couverture, somme pour arranger la chose.
Alors, soudain découragé, Marcel se dit qu'il s'est mis dans de beaux draps. C'est, pour leur malheur, le moment que choisissent Albert, son neveu, et Raoul, son beau-frère, pour lui rendre visite. Les enquêteurs essaient de savoir à quel moment et à quel propos Marcel-Pierrot leur tire à chacun une balle dans le crâne. Autre question : pourquoi s'en va-t-il téléphoner à Guy P., une homme de soixante-neuf ans qui lui sert de chauffeur et exécute divers petits boulots ? Pourquoi l'invite-t-il soudain à dîner au restaurant et pourquoi lui tire-t-il trois balles mortelles dans le corps ?
Cette hécatombe terminée, "Pierrot le Fou" décide qui'l a pris le mauvais chemin. On le retrouvera le lendemain, couché dans son lit. Après cette vie de galères, après huit condamnations, dont cinq pour violences volontaires, deux pour conduire en état d'ivresse, une pour port d'armes illégal. Après six meurtres en vingt-quatre heures, "Pierrot le Fou" est parti ailleurs, en se tirant une balle dans la tête...


FIN


Quel sale type !!!!
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Martine

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MessageSujet: Re: Pierre Bellemare   Dim 21 Oct - 7:42

Un beau palmarès !
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