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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 Pierre Bellemare

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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Ven 7 Sep - 22:14

Désolée, mais m'endors sur le clavier. Bibizzzzzzzzzzz. ....... Laughing
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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Sam 8 Sep - 5:05

Guidés par la concierge qui se bouche le nez, on brise à coups de hache la porte étanche de la cave de Mouloud. L'odeur devient irrespirable. On fait éclater le cercueil, on ouvre les sacs de plastique. Plus de doute, ce sont bien là les pauvres restes de la souriante seconde épouse de Mouloud, celle qui rêvait de vivre sa vie à la française. On l'identifie en trouvant la tête de la malheureuse à côté du "cercueil", dans une Cocotte-minute où son mari l'avait fait cuire, dans l'espoir d'empêcher toute identification.
En quelques instants les gendarmes sont à la porte de l'appartement, mais, retranché à l'intérieur, Mouloud, qui se dit qu'on approche de la fin, menace soudain, si on lui fait violence, d'exécuter les jumeaux et le petit Brahim, puis de se faire sauter grâce à une bouteille de gaz qu'il détient. Les choses deviennent graves. Les forces de police spécialisées dans ce genre de problèmes arrivent en toute hâte et prennent position, devant l'immeuble, sur les toits, dans les bâtiments avoisinants.
Le sous-préfet, l'assistante sociale, le patron de Mouloud, ses amis, ses parents, l'instituteur des jumeaux se relaient au téléphone pour le convaincre de se rendre, mais rien n'y fait. Mouloud, fatigué, désespéré, ne voit pas d'issue à la situation. Il comprend que ses vingt et un ans de probité sur le territoire français vont s'achever derrière les barreaux. Il comprend qu'il compromet l'avenir de ses enfants, il menace à nouveau, têtu, de tout faire sauter. On évacue l'immeuble.
Quand on donne enfin l'assaut, dans les règles de l'art, pour sauver les enfants, Mouloud, dès qu'il voit sa porte enfoncée, se plonge dans le ventre le grand couteau de cuisine avec lequel il a découpé Raya. Il meurt pratiquement sur le coup. Les trois enfants sont remis aux autorités compétentes.


FIN
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Sam 8 Sep - 15:02

Bon, suis allée place du Capitole, pour acheter des bouquins...... travaux Exclamation ... Rolling Eyes me suis rendue ailleurs et ai dégoté du H. Troyat et du P. Bellemare.
Suis lessivée : aller en ville avé une telle chaleur Exclamation ...... Rolling Eyes

Bibizzzzzzzzzzzzzz accablées de canicule. ......
Sleep
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epistophélès

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mar 11 Sep - 20:50

Noirs gris-gris


Qu'elle est heureuse, Anne-Marie ! Cette jolie blonde est depuis quelques mois l'épouse de Jean-Michel, un grand barbu brun, bien bâti, aux mains puissantes, à l'allure sportive, au regard franc et honnête. Pour cette femme aux nerfs un peu tourmentés, c'est un rêve qui s'est concrétisé. Elle est l'épouse légitime d'un bel homme que beaucoup de femmes lui envient. Trop de femmes sans doute, toutes les femmes sûrement. Anne-Marie, qui doit souffrir d'une légère tendance à la paranoïa, tous les jours, au moment où Jean-Michel part pour son travail, se demande, inconsciemment, s'il va bien rentrer le soir, si, pendant la journée, il ne va pas faire la connaissance d'une autre jolie blonde, plus jolie qu'elle, ou bien d'une appétissante brunette séduite par la barbe de jais de son séduisant mari.
Alors, un beau jour, Anne-Marie, comme ça, pour voir, décroche le téléphone et elle appelle Jean-Michel à son travail.
Après quelques instants, le standard le met en communication avec le chef d'équipe, puis on lui demande deux fois le motif de son appel '"Personnel, je suis son épouse"), ensuite on va chercher Jean-Michel à son poste de travail et, un bon moment plus tard, elle entend la voix de son beau barbu. Elle soupire d'aise et elle respire : il est bien à son travail, il ne s'est pas absenté pour aller quelque gueuse. Au bout du fil Jean-Michel s'inquiète : "Qu'est-ce qui se passe ?
- Rien, répond Anne-Marie, soudain prise de court, je ne me souviens plus de ce que tu m'as dit pour ce soir..." Elle invente un prétexte à son appel.
Appel qu'elle renouvelle les jours suivants. Bien sûr elle sent bien que cela agace Jean-Michel. Quand il rentre le soir, il ne se prive pas de faire des commentaires. "Qu'est-ce que ces façons de m 'appeler à tout bout de champ ?" Jean-Michel est un homme d'ordre. Il organise sa vie avec précision et méthode, il déteste tout ce qui vient troubler l'ordre établi des choses, même les plus quotidiennes. Dans son univers les épouses ne dérangent pas leurs maris au boulot pour des futilités.
Malgré son air simple, Jean-Michel commence à se demander si Anne-Marie ne perd pas un peu la tête, si elle n'est pas complètement folle de jalousie, s'il n'a pas fait l'erreur de sa vie en épousant une jolie fille légèrement cinglée.

De questions en doutes, de doutes en certitudes, Jean-Michel s'éloigne d'Anne-Marie. Il se persuade qu'il a commis une boulette et, pour lui, la situation est claire. Toute erreur demande à être corrigée. D'autant plus que, à craindre l'arrivée d'une autre femme, Anne-Marie a fini par concrétiser ses pensées négatives ; Jean-Michel, le grand barbu, rencontre effectivement une autre mignonne, Gilberte. Oh ! pas du tout une beauté fatale, une gentille jeune femme sympathique telle qu'on peut en découvrir dans les plaines picardes, une institutrice, calme et sans jalousie.
Et Jean-Michel se décide à tout avouer à Anne-Marie ; sans élever la voix, il lui annonce qu'entre eux tout es fini. Il ne supporte plus ses crises de jalousie, ses soupçons, il la quitte, comme elle le craignait depuis longtemps, pour aller vivre sa vie avec une gentille institutrice pas soupçonneuse. Anne-Marie est effondrée. Elle se retrouve seule. Mais elle ne désespère pas de voir son grand barbu brun rentrer au bercail.
En attendant, pour tromper son ennui, sa solitude nouvelle, pour essayer d'y croire, elle va consulter une voyante qui, subodorant les problèmes de la pauvre blonde, lui laisse espérer le retour de l'infidèle. En vain : les mois puis les années passent.
Dans cette petite ville du Nord, tout se sait. Anne-Marie, désespérée, apprend que Jean-Michel est à présent le père d'un enfant que Gilberte vient de lui donner. Les chances de le voir revenir s'estompent.
Les prévisions de la voyante tardant à se réaliser, Anne-Marie se laisse tenter par le prospectus qu'un jeune homme lui tend dans la rue. Sur le petit carton on vante les mérites d'un "mage guinéen" capable de tout en matière de "retours d'affection".
On annonce des prix "très étudiés". Anne-Marie fourre le carton dans son sac. Quelques jours plus tard, elle téléphone au numéro indiqué et prend rendez-vous avec le mage africain.
Elle est comme fascinée par l'allure du mage, son exotisme, elle écoute sans trop comprendre les promesses qu'il lui fait. Elle paie le tarif, assez important, pour un "retour d'affection".

Quelques jours plus tard, alors qu'elle expédie une lettre au bureau de poste de son quartier, son regard croise machinalement celui d'un jeune Maghrébin. Beau garçon qui lui sourit timidement. Il ne faudra que quelques jours pour que, après s'être croisés plusieurs fois dans le quartier, il l'aborde, lu parle, l'invite à prendre un café. Anne-Marie rend l'invitation.
Le jeune homme, de huit ans son cadet, lui raconte son histoire sans histoires ; il est arrivé en France à quatorze ans, avec sa famille. Un père ouvrier qui respecte les traditions religieuses de son pays. Aussi aujourd'hui, muni d'un métier, le jeune homme, nommé Moktar, s'apprête à obéir à son père qui vient de lui choisir une fiancée musulmane qu'il ne connaît même pas, une lointaine cousine qui demeure encore là-bas, de l'autre côté de la Méditerranée.
Moktar, soudain, est pris d'une révolte contre ces projets matrimoniaux. Anne-Marie compatit à ses problèmes. Il tombe amoureux de cette blonde inaccessible. Pas si inaccessible puisqu'un beau soir elle l'invite à passer la nuit chez elle et devient, bien évidemment, sa maîtresse. Une maîtresse qui se donne sans passion, car, toujours, au fin fond d'elle-même, une seule idée demeure véritablement ; le retour au foyer de Jean-Michel, son grand amour, qui vit heureux avec une autre.
Pendant ce temps-là le "marabout" africain, fidèle aux promesses faites à sa cliente, met au point ses techniques de retour d'affection. Il va déposer sur le seuil de la maison de Gilberte et de Jean-Michel des gris-gris chargés de malédictions qui doivent briser le ménage. Mais rien ne se passe. Lors de la visite suivant d'Anne-Marie, il lui propose, moyennant un petit supplément financier, une technique plus moderne qui, depuis quelque temps, fait paraît-il des miracles : l'utilisation de préservatifs imprégnés d'onguents miracles de sa fabrication. Il propose même à Anne-Marie d'essayer sur elle-même lesdits préservatifs...
Moktar, quand il rentre de sa première nuit d'amour avec la blonde esseulée, se fait accueillir vertement par son père, qui, en manière de sanction, lui interdit l'utilisation de la voiture familiale pendant plusieurs jours. Voilà Moktar éloigné de son amour. Quelques jours plus tard, quand la sanction est levée, c'est avec une passion redoublée qu'il rejoint Anne-Marie, de plus en plus prête à tout pour faire revenir Jean-Michel. Que se passe-t-il entre eux à ce moment-là ? Trouve-t-elle les mots pour le convaincre d'accomplir l'acte qui va les mener tous les deux devant les assises ? Entend-il, comme il va le prétendre, une voix qui lui commande de faire ce qu'il va accomplir sans trop savoir pourquoi ?
Toujours est-il qu'un soir on sonne à la porte du logement de fonction de Gilberte, l'institutrice. Elle ouvre sans méfiance et se trouve devant Moktar qui demande à perler à Jean-Michel.
Celui-ci étant absent, elle lui propose de revenir un peu plus tard. Quelques instants après, la sonnette se fait à nouveau entendre et Gilberte ouvre à nouveau, son bébé dans les bras. Elle a à peine le temps de voir l'éclair d'un couteau. La gorge entaillée de plusieurs coups, elle comprend qu'elle va mourir. Mais, miraculeusement, elle a la force de refermer la porte, empêchant son agresseur de l'achever. En a-t-il seulement l'intention d'ailleurs ? Sa "voix" lui a enjoint de tuer Jean-Michel, Gilberte et le bébé, mais l'ex-mari d'Anne-Marie étant absent, il sait qu'il ne peut accomplir toute sa mission. Il remonte donc dans sa voiture et s'éloigne.
Gilberte, heureusement, n'est pas mortellement atteinte. Elle a la force d'appeler à l'aide et c'est aujourd'hui munie d'une minerve qu'elle assiste au procès de cet homme inconnu qui a voulu l'éliminer... Moktar, bon jeune homme sans histoires, victime de ses illusions, s'entend condamner à huit ans de prison. Anne-Marie voit définitivement s'éloigner l'idée de récupérer son grand barbu : elle doit passer les dix prochaines années sous les verrous. Le mage guinéen n'est pas inquiété. D'ailleurs Anne-Marie ne se souvient même plus d'avoir été sa maîtresse... Les préservatifs magiques restent versés au dossier..
.

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MessageSujet: Pierre Bellemare   Mar 11 Sep - 20:59

Oups... Laughing :

FIN
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Sam 15 Sep - 20:31

Vie privée


Ceci est le récit d'une nuit d'horreur, qui'l fallut bien entendre dans le détail, puisqu'un jury d'assises doit se faire une intime conviction, juger et condamner en toute connaissance de cause. Ce récit a été fait au printemps 1993, par les deux survivants d'une famille, des enfants. Une adolescente et un petit garçon de dix ans.
En face d'eux, dans le box des accusés, leur grand frère, l'aîné. Disons qui'l se prénomme Jean. Disons que ce tribunal se trouve dans une province de France, où le soleil ne brille pas souvent. Disons que ces deux enfants rescapés d'un massacre se prénomment Anne et Paul. Ainsi pourra-t-on préserver le peu qui leur reste de calme et d'anonymat dans la terrible solitude de leur vie actuelle.
Jean a maintenant vingt et un ans. Il était déjà majeur, depuis peu, la nuit du 21 mars 1990, celle du massacre. Dix-huit ans, lycéen, un garçon d'apparence classique, cheveux courts, traits réguliers, l'air sportif, la mèche un peu rebelle, juste ce qu'il faut. Bon genre. Famille de Français moyens, absolument rien du révolté ou du "loubard" de banlieue. Le fils de presque tout le monde, plutôt beau garçon, plutôt séduisant, qui va passer son bac et devenir un homme.
Mais, dans la nuit du 20 au 21 mars 1990, première nuit de printemps, nuit de lune noire, Jean fait le mur du lycée où il est pensionnaire. Ce n'est pas l'amour qui l'a fait sauter par la fenêtre. C'est une pulsion de mort. Et la haute idée qu'il se fait de certaines choses, comme s'il était le seul à détenir la vérité sur tout.
Une haute idée de sa mère, qui s'est suicidée alors qu'il n'avait que treize ans. Une haute idée du secret qu'il a dû garder vis-à-vis de sa soeur et de son frère. On lui a demandé de ne pas parler de suicide aux petits. Pour ne pas les traumatiser en leur apprenant le désir de mort de leur mère. Alors qui'l l'a vécue, lui, cette mort, d'autant plus intensément qu'une première fois il a sauvé sa mère du suicide.
Souvenir traumatisant pour un gamin que d'avoir découvert cette mère, la tête enfouie dans un sac plastique, abrutie de tranquillisants, cherchant à mourir obstinément, affreusement, pour des raisons qui échappent totalement à la compréhension d'un enfant. La peur de voir mourir sa mère est la pire des expériences pour un jeune garçon. Et, s'il la sauve, il n'a qu'une peur permanente, angoissante : qu'elle recommence et qu'il ne soit pas là, lui le héros, pour l'empêcher de disparaître.
A partir de cette époque, Jean ne vit que dans cette hantise et, le jour où le même scénario se reproduit, et où cette fois il n'est pas là, le jour où sa mère réussit son suicide, Jean se sent coupable et en veut à la terre entière.
La terre entière c'est son environnement immédiat. Son père, sa grand-mère, peut-être la soeur et le frère aussi, épargnés par la culpabilité, alors que lui ne l'est pas.
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Sam 15 Sep - 21:14

Non loin de la maison de Jean, à portée de regard, le cimetière où elle est enterrée. Et dans la maison, en permanence, les responsables de sa mort. A divers degrés, réels ou non. Le père d'abord, l'homme qui n'était jamais là, qui travaillait trop et qui peut-être s'intéressait à d'autres femmes que sa mère. La grand-mère, autoritaire et possessive, inquisitrice, toujours prête à prendre sa belle-fille en défaut.
Faire le deuil de sa mère est impossible pour Jean. Il refuse l'oubli, les objets et les meubles qui changent de place, la vie qui continue, il veut son holocauste à lui tout seul, alors que les autres s'efforcent au contraire à l'oubli. Cela, c'est insupportable. Alors il va tuer, exterminer sa famille. Et, pour cela, il a mis au point un plan très simple. La veille il a acheté un billet de train pour se rendre en ville. Il a pris soin de laisser ouverte, dans la maison familiale, un vasistas qui donne sur un petit débarras au premier étage. Contre le mur de la villa, il a disposé une brouette et un bidon, afin de pouvoir grimper jusqu'à cette ouverture. Le couteau qu'il a sur lui a été emprunté à un copain, il y a déjà plusieurs mois. Une fois à l'intérieur, et son forfait accompli, il n'aura plus qu'à simuler une effraction et à rejoindre son internat par le même chemin.
Le plan se déroule comme prévu. Jean est chez lui dans le noir, son couteau à la main, un vrai poignard, une lame de vingt-six centimètres. Son père est endormi, la grand-mère également, sa soeur et son petit frère aussi.
Anne, qui a dix-sept ans, entend soudain un cri et pense aussitôt que sa grand-mère est malade. Elle se lève, descend les escaliers des chambres et, en arrivant au rez-de-chaussée, aperçoit la vieille dame en larmes et en sang, tenant une serviette autour de son cou. Prise de frayeur, elle n'a même pas le temps d'intervenir, un autre bruit à l'étage lui fait tourner la tête, et horreur ! elle voit maintenant son père sortir de sa chambre à coucher poursuivi par son frère, son frère qui frappe, frappe sans discontinuer, dans la nuque, dans le dos.
Anne se met à hurler : "Arrête !"
Jean n'entend rien, il a les yeux hors de la tête, ce n'est plus son frère, c'est un fou furieux, muet, un automate qui ne lâche pas son arme, frappe encore, alors que la jeune fille se précipite vers son père pour lui venir en aide. Elle ne peut rien, et le couteau se retourne contre elle, la lame la frappe en pleine poitrine. Pendant ce temps, le père ensanglanté cherche à fuir. Jean s'en aperçoit, alors il abandonne sa soeur blessée pour le poursuivre, le rattrape dans la rue et se remet à frapper, tandis que le père s'est effondré.
Vingt-sept coups de couteau, au point de casser la lame dans le crâne de son père. La grand-mère a reçu, elle, vingt coups de la même lame.
Anne, bien que blessée, cherche à fuir elle aussi dans la rue, pieds nus et en chemise de nuit, pour demander du secours.
Elle court, elle sent son frère courir aussi derrière elle. Enfin elle parvient jusqu'à la maison voisine, sonne à la porte, mais on ne répond pas. Alors elle reprend sa course affolée, vers une autre maison, mais Jean, forcené, est toujours derrière elle, il la rejoint et frappe à nouveau à trois reprises. Elle s'effondre, Jean la retourne une dernière fois, il plante encore sa lame dans le corps de sa soeur, sur le flanc. Anne est à terre, elle ne bouge plus. Avec un courage et une présence d'esprit remarquables, car elle est grièvement blessée, elle fait la morte. Quelques secondes passent.
Le fou furieux se laisse prendre à cette ruse ultime et court à nouveau dans la maison familiale, car il lui reste quelqu'un à tuer : son petit frère de treize ans.
Le gamin n'a rien vu et rien entendu de ce massacre, il dort à poings fermés dans sa chambre, innocemment, Jean prend sa ceinture pour l'étrangler, lorsque Paul ouvre des yeux surpris et regard son frère tranquillement : "Qu'est-ce qu'il y a ?" L'innocence de cette réaction le protège miraculeusement. Soudain, Jean ne peut pas aller au bout de son geste, il bafouille une explication : "Papa a dit qui'l y avait des voleurs dans la maison, je croyais qu'il y en avait un dans ta chambre..." Et il se sauve dans sa propre chambre. Il semble qu'à ce moment-là le voile sanglant qui l'aveugle, cette furie de tuer aient disparu, se voient éteints aussi brutalement qu'ils avaient commencé.
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Sam 15 Sep - 23:21

Vous devrez attendre demain............. Je dodeline. ....... Laughing ........... Sleep
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Dim 16 Sep - 19:06

Il prend le temps de se débarrasser de ses vêtements car il est couvert de sang, cache le poignard, casse une vitre pour faire croire à un cambriolage, et file dans la rue. Mais son plan a raté, il lui faut vite inventer autre chose, car la police arrive, il entend les sirènes des voitures. Des voisins ont donné l'alerte, grâce à Anne qui a eu le temps de leur dire avant de s'évanouir : "C'est mon frère, il a un couteau, il me croit morte."
Jean l'ignore, à cet instant précis, et il affronte la police avec aplomb, en short, torse nu, dans la rue, en débitant son histoire : "Des voleurs masqués sont entrés dans la maison..."
Peine perdue, Anne n'est pas morte, les voisins savent, la grand-mère agonise et va mourir pendant son transfert à l'hôpital. La veine jugulaire tranchée, elle a perdu trop de sang.
Du sang, il y en a partout. Dans la chambre du père, car il semble que l'assassin ait commencé par le père, que la grand-mère soit sortie de son lit en entendant les cris, et qu'il se soit ensuite attaqué à elle ; puis à nouveau à son père, puis à sa soeur, pris d'une folie meurtrière incompréhensible pour sa famille.
Folie. Voilà le grand mot lâché, et l'on a tendance à y croire car, sinon, comment expliquer un pareil carnage ?
C'est Anne qui a répété sobrement en avril 1993, devant les assises, le déroulement du massacre. Elle a survécu, Paul aussi, mais ils n'ont plus de père ni de grand-mère paternelle. Ils n'avaient déjà plus de mère depuis 1985. Maman s'était suicidée à trente-quatre ans.
Après avoir entendu la déposition du médecin légiste qui a procédé à l'autopsie des corps, relevé vingt-sept coups de poignard sur le père, vingt sur la grand-mère et sept sur la jeune fille blessée, le président demande à Jean s'il reconnaît les faits.
"Oui, mais je ne voulais pas tuer ma soeur et mon frère. Je suis atterré de ce que j'ai fait, je ne sais pas pourquoi j'ai fait tout ça. Depuis trois ans j'essaie de comprendre en prison, mais tout se mélange, c'est comme dans un brouillard.


Bon, mon film commence. Je continuerai tout à l'heure Exclamation .......... Laughing
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MessageSujet: Pierre Bellemare   Dim 16 Sep - 22:12

Folie. Mais préméditation puisqu'il a reconnu lui-même qu'il pensait à supprimer son père et sa grand-mère depuis un mois et demi au moins. Et folie surajoutée puisqu'il s'en est pris à sa soeur, dans "le feu de l'action", alors qu'il n'en avait pas l'intention. Seul le plus jeune, qui n'a pas eu peur puisqu'il ne savait pas, a échappé à la bête fauve qu'était devenu l'aîné.
Folie n'est d'ailleurs pas le mot utilisé par le psychiatre. "Il s'agit d'une personnalité névrotique. Ce garçon souffre d'un trouble de l'affectivité mal maîtrisé, mais les symptômes ne sont pas très apparents. Il n'existe par ailleurs aucun trouble mental pathologique ; ce crime est une énigme, dont il faut chercher l'origine dans l'histoire familiale du sujet."
Jean ne relève donc pas de l'article 64 du Code pénal, il n'était pas en état de démence au moment des faits, ce qui fait protester son avocat : "De nos jours, il faut être en camisole de force pour bénéficier de l'article 64 !"
Rechercher donc une explication à l'énigme dans l'histoire familiale de ce garçon au-dessus de tout soupçon, jusqu'à cette nuit de lune où quelque chose a craqué, c'est à cela que s'emploiera cette première journée d'assises.
Il semble bien que tout remonte au suicide de sa mère. Jeune encore, mais dépressive, cette femme se serait sentie abandonnée par son mari trop occupé par son travail et, semble-t-il, par d'autres femmes. La dépression s'installe, d'autant plus forte que l'abandon semble réel. Il est vrai qui'l ne rentre pas souvent, il est vrai que la maison est toujours inachevée, en travaux, que rien n'est stable autour d'elle. Il est vrai que sa belle-mère est unanimement considérée comme une femme acariâtre, autoritaire, et qu'elle supporte mal la cohabitation avec sa belle-fille. Il est vrai aussi que Jean, l'aîné de ses enfants est très attaché à elle. Lors de la première tentative de suicide, c'est lui qui la sauve et, lorsqu'il raconte cet épisode d'avril 1985, on sent la peur ineffaçable : "J'étais seul avec elle dans la maison, elle a dit qu'elle allait faire des courses, il faisait beau, et elle a enfilé un gros anorak... C'était bizarre. Je savais qu'elle voulait mourir, je la surveillais. J'ai attendu qu'elle sorte, en guettant la porte par la fenêtre de ma chambre, mais elle n'apparaissait pas. Puis j'ai entendu des bruits bizarres, je suis descendu en courant dans le salon, j'étais pétrifié de terreur, j'ai allumé la télévision, la chaîne hi-fi, la machine à laver, je faisais du bruit, du bruit... Après, je suis descendu au garage... j'ai arraché le sac en plastique.
Souvenir traumatisant pour ce gamin. Après cette tentative, il a perpétuellement peur que sa mère ne recommence. De plus, c'est lui qui l'a sauvée de la mort, il se sent responsable d'elle, mais il veut aussi que son père la surveille, que sa grand-mère la surveille. Car s'il n'était pas là pour l'empêcher de disparaître, si les autres n'étaient pas capables de la protéger ?
A partir de cette époque, Jean ne vit que dans cette hantise, et le jour où le même scénario se reproduit et où cette fois il est absent, le jour où sa mère réussit son suicide, lui, le grand, l'aîné, ne doit pas dire la vérité aux deux petits. Officiellement, pour Anne et Paul, maman est morte de maladie. On tait le suicide, plus personne n'en parle dans cette maison. Sauf une fois, où le père se laisse aller à une confidence terrible : "Je suis responsable à quatre-vingt-dix pour cent de la mort de ta mère..."
L'homme qui n'était jamais là, et qui est cause de la mort de sa mère, fait défiler les petites amies sans aucun scrupule. Pour le garçon, ce comportement est insupportable. Il lui interdit de remplacer "maman". Il refuse que son père veuille refaire sa vie.
Quant à la grand-mère, autoritaire et possessive, elle qui était toujours prête à prendre sa belle-fille en défaut, Jean la déteste. Elle appartient comme son père à la branche de la famille qui "a tué sa mère", du moins qui l'a poussée au suicide. Tout ce qui est paternel est coupable.
Faire le deuil de sa mère est impossible pour Jean. Pourtant il n'en laisse rien paraître. Il se contente de refuser que l'on change les objets de place, contemple le cimetière depuis sa fenêtre jour après jour, et installe dans sa chambre les portraits et les souvenirs de maman, vit encore avec elle, sans réussir à l'enterrer réellement. Sans accomplir le deuil nécessaire à son équilibre.
Autour de lui, peu de gens s'apercevront de cette souffrance morbide. Ni au lycée où il prépare son bac E, ni dans la famille - il est seul avec son obsession, sa colère, durant cinq ans. Autrement dit, toute son adolescence se passe à ruminer l'idée que sa mère est morte par la faute des autres. Il est le seul à l'avoir sauvée un jour, le seul à l'aimer, le seul à préserver une haute idée de celle qui dort dans le cimetière à côté de cette maison maudite.
Le déclic, bien qu'il ait de toute évidence envisagé de supprimer la famille bien plus tôt, s'est peut-être produit vingt-quatre heures auparavant. Le dimanche matin, il a vu entrer à l'heure du petit déjeuner, dans la cuisine, une femme en robe de chambre sortant manifestement de la chambre de son père. Détail important, il la connaît cette femme, elle est la mère de sa propre petite amie... Et cette petite amie ne veut plus de lui, elle lui a annoncé la rupture de leurs relations la veille... La veille de ce dimanche matin décisif.

Double, triple sacrilège, il lui est terrible d'avoir à supporter la présence de cette femme, l'intruse, dans le lit où a dormi sa mère, dans la cuisine où elle préparait les repas.
Cette femme, qui témoignera devant le tribunal, affirmera que Jean, ce dimanche matin-là, était calme et parfaitement normal, qui'l a répondu à son bonjour très gentiment. Mais le garçon, blême, s'écriera : "Ce n'est pas vrai ! Je suis parti en claquant la porte !"
Cette rencontre, la certitude que, malgré ses "interdictions", son père a décidé de remplacer sa mère, qu'il est acculé, qu'il ne pourra plus rien pour maintenir vivant, intouchable, éternel, le souvenir de celle qui'l aime, déclenche la passage à l'acte.
Nous aurions là l'explication de l'énigme, qui a transformé un jeune homme intelligent en assassin fou furieux de sa propre famille. Du moins peut-on comprendre qui'l s'en soit pris à son père et à sa grand-mère. Une façon, comme disent les "psys", d'éradiquer la branche responsable. Mais pourquoi la soeur, pourquoi son frère ? Il dit qu'il ne voulait pas - mais il a tenté, et il s'en est fallu de peu qu'il réussisse. Sur ce point précis, les psychiatres sont muets. Pas d'explication. La partie civile en a une, elle est simple : "Il voulait tout simplement éliminer les témoins." Ne jamais perdre de vue, en effet, que Jean a des capacités intellectuelles largement au-dessus de la moyenne.
Pourtant, il dit à l'audience qu'il aime sa soeur, qu'il ne lui voulait pas de mal, qu'il espère la retrouver plus tard, lorsqu'il aura compris, et lorsqu'elle aura compris.
Compris quoi ? Anne refuse de comprendre. Refuse de pardonner. Elle est partie civile contre son frère, il n'existe plus en tant que frère, il existe uniquement en tant qu'assassin.
Après trois journées d'audience, l'avocat général, dans son réquisitoire, admet lui-même que Jean était prisonnier de la mort de sa mère, que sa vie affective s'est arrêtée là, que le père est coupable de ne pas lui avoir parlé, coupable d'obstination à remplacer ce qui était pour Jean irremplaçable. Cinq années de silence sans aucun soutien psychologique. Puis le déclenchement mortel.
Pour un double parricide et deux tentatives d'assassina avec préméditation, Jean, qui était majeur, pourrait être condamné à perpétuité. L'avocat général ne demande que quinze ans de réclusion. Il s'adresse aux jurés ainsi : "Vous ne pouvez pas juger une affaire comme celle-là sans comprendre." La défense ajoute : "On ne condamne pas une énigme."
Comprendre... énigme... Le coupable lui-même répète inlassablement qui'l ne comprend pas, qu'il voudrait comprendre... qu'il cherche à comprendre, qu'il veut que sa soeur comprenne...
Les jurés ont-ils compris ? Après trois jours de délibéré, ils suivent l'avocat général. Quinze ans de réclusion pour Jean, assortis des circonstances atténuantes.
C'est donc qu'ils ont compris. Mais les survivants ?
Anne, qui n'oubliera jamais le couteau et le sang ; Paul, qui regarde peureusement ce grand frère, au visage fermé en entendant le verdict : eux ne peuvent pas comprendre.
Eux sont marqués à vie. C'est la condamnation des survivants.



FIN
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Pierre Bellemare
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