Mosaïque

Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
AccueilAccueil  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 LE MAL AU FEMININ

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3
AuteurMessage
Martine

avatar

Nombre de messages : 7662
Date d'inscription : 22/11/2008

MessageSujet: Re: LE MAL AU FEMININ    Jeu 25 Mai - 8:27

Gloups ...  What a Face
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Jean2

avatar

Nombre de messages : 9091
Date d'inscription : 10/12/2008

MessageSujet: Re: LE MAL AU FEMININ    Jeu 25 Mai - 13:57

Very Happy ca met en forme le matin !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MARCO

avatar

Nombre de messages : 5606
Date d'inscription : 09/12/2008

MessageSujet: Re: LE MAL AU FEMININ    Jeu 25 Mai - 15:02

je vais avoir peur des femmes !  Cool
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès

avatar

Nombre de messages : 9278
Age : 27
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 25 Mai - 16:15

Le shérif s'empare de cette pièce à conviction et ne peut s'empêcher de s'interroger sur l'état mental du jeune homme. Des examens, réalisés plus tard par des psychiatres, confirmeront qu'il n'est pas loin de la débilité. Dans ses entretiens avec eux, il répétera d'ailleurs être certain que Louis Musso a été tué parce qu'il avait cassé un Mickey.
Un autre le pensait aussi, c'est le second attardé mental de ce drame. Au cours du calvaire, un voisin, alerté par les bruits de coups et les cris, a sonné à la porte de l'appartement. C'est Louis Musso lui-même qui lui a ouvert. Il avait la tête tuméfiée. L'homme lui a demandé s'il avait besoin de secours. Il lui a répondu :

- Laissez-moi, j'ai cassé un Mickey...

Telle était la raison de son incroyable absence de réaction. Dans son esprit d'enfant, il estimait normal, il estimait même juste qu'il soit maltraité, puisqu'il avait cassé un Mickey.

La justice texane décide qu'il y aura deux procès pour cette affaire : ceux qui sont considérés comme des complices d'abord, et Sue Basso, seule, ensutie... Bernice Miller, ses enfants Hope et Craig, ainsi que James Junior passent donc devant le tribunal criminel de Houston, en avril 1999.

Très prolixe, comme à son habitude, James Junior décrit longuement les mauvais traitements infligés à Louis Musso : il a été battu, torturé et privé de nourriture. A l'issue des débats, Bernice Miller est condamnée à quatre-vingts ans de prison, sa fille Hope, qui avait collaboré avec les autorités, à vingt ans, son fils Craig à soixante et James lui-même, malgré son âge mental, à la prison à vie.

Le procès de Sue Basso s'ouvre trois mois plus tard, en juillet 1999. En prison, elle a extraordinairement maigri, elle a perdu 60 kg. Elle a aussi été atteinte d'une maladie dégénérative, qui lui retire progressivement l'usage de ses jambes e elle paraît devant la Cour en fauteuil roulant.

Hope Miller, conformément au marché qu'elle a passé avec la justice en échange d'une peine réduite, vient l'accabler à la barre. Elle déclare l'avoir vue battre Louis Musso avec un aspirateur, une ceinture et lui sauter sur le corps. Elle a encouragé son fils à le battre avec des bottes ferrées. Le fait qu'elle soit la bénéficiaire de l'assurance vie pèse également très lourd en sa défaveur. Elle est condamnée à mort le 28 août.

Son avocat se bat de toutes ses forces pour qu'elle soit graciée. Elle est maintenant totalement paralysée. L'accusation l'a présentée comme le chef du groupe, mais rien ne prouve que cela soit vrai. Rien ne prouve non plus que ce soit elle qui ait porté le coup fatal.
Les efforts de son défenseur sont méritoires, mais ils ne servent à rien, sinon à lui faire endurer le supplice des condamnés américains : une interminable attente dans le couloir de la mort. Sue Basso y passera plus de quatorze ans !

Elle en est extraite le 5 février 2014, pour être exécutée par injection létale. Par malchance supplémentaire, sa mort est affreuse et révolte l'opinion : elle agonise pendant pas moins de onze minutes, comme si cette horrible histoire ne pouvait que se terminer de manière horrible !


FIN
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès

avatar

Nombre de messages : 9278
Age : 27
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 25 Mai - 18:20

LA TRUITE


Marybeth Roe naît en 1942 à Duanesburg, une bourgade industrielle de l'Etat de New York, sans grâce et sans caractère. Et elle ressemble tout à fait à son cadre de vie. C'est une enfant solitaire, qui a la manie un peu agaçante de vouloir attirer l'attention sur elle. Mais on ne peut pas dire qu'elle y réussisse. Insignifiante elle est, insignifiante elle reste. Aucun de ceux qui l'ont côtoyée à l'époque n'a gardé le moindre souvenir d'elle. L'un de ses professeurs dira plus tard :

- Rien ne me revient à son propos, que ce soit en bien ou en mal. Pour moi, elle était transparente.

Fille quelconque, s'habillant de manière quelconque, ni laide ni jolie, Marybeth ne fait partie d'aucune bande, sort très peu et ne se fait pas remarquer par ses flirts. Sur le plan scolaire, elle est un peu au-dessous de la moyenne ; elle n'est bonne dans aucune matière et très mauvaise dans aucune. Quand elle quitte le lycée, elle aimerait bien faire des études supérieures, mais son niveau n'est pas suffisant pour entrer à l'université. Alors, elle débute sa vie active. Elle végète en faisant des petits boulots.

En 1966, à 24 ans, elle se marie. L'élu, Joe Tinning, qui travaille à la General Electric, comme pratiquement tout le monde dans la région, est sa réplique au masculin
; un garçon comme il y en a des milliers, pas très malin et désireux, surtout, de ne pas faire d'histoires. Pendant les événements qui vont suivre, on ne parlera jamais de lui, c'est comme s'il n'existait pas. A un détail près, pourtant : les enfants. Durant tout leur mariage, il va lui faire des enfants.

Quant à elle, cette femme banale, elle va avoir un comportement extraordinaire, qui va la faire connaître dans tout le pays : elle va imiter la truite. Ce poisson, élégant et racé, fait les délices des pêcheurs, des gastronomes, voire des mélomanes, mais présente une particularité étonnante : la femelle tue ses enfants ! Tout de suite après avoir mis bas, elle dévore ses alevins. Seuls ceux qui sont assez rapides pour lui échapper auront une chance de grandir ; pour les autres, l'existence n'aura duré qu'une poignée de secondes...

(Bon, je vous laisse, le temps de monter le ventilateur, qui se trouve dans le cagibi ; il fait une telle chaleur, que je vais le brancher, avant de vous donner la suite de cette histoire. ...... A de suite Exclamation ... Very Happy )

Un jour de janvier 1969, Marybeth Tinning s'aperçoit qu'elle est enceinte pour la première fois : l'histoire peut commencer !

Au début, tout se passe normalement. Fin 1969, Marybeth a une fille, Barbara, et, l'année suivante, elle donne naissance à un garçon, Joseph. L'année suivante encore, elle s'aperçoit qu'elle est de nouveau enceinte. Nous sommes en juillet 1971 et c'est alors que se produit l'événement.

Marybeth est mère au foyer. Elle estime qu'ayant à s'occuper de deux enfants, qui seront bientôt trois, elle a suffisamment de travail. Faire rentrer de l'argent, c'est Joe qui s'en charge, avec son poste à la General Electric.

Or, Joe, justement, fait irruption à la maison à 14 h. Elle est prise d'une vive inquiétude. A cette heure, c'est la première fois.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
- Je suis venu te prévenir. C'est ton père...
- Quoi, mon père ?
- Il a eu un accident...

Et Joe Tinning explique que son beau-père, qui est employé comme lui à la General Electric, a été grièvement blessé par la machine sur laquelle il travaillait. Il a été impossible de le sauver... Marybeth adorait son père et elle est prise d'une crise épouvantable : elle sanglote, elle hoquète. On doit faire venir le docteur, qui lui administre un calmant.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès

avatar

Nombre de messages : 9278
Age : 27
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 25 Mai - 22:36

A l'enterrement, le même comportement se répète : elle pousse des cris, elle tombe à terre. On craint qu'elle fasse une fausse couche, car elle en est à son septième mois de grossesse. Rien de tel ne se produit, mais dans les jours qui suivent, elle reste totalement prostrée. Il faut que des voisines viennent l'aider à s'occuper des enfants et faire les tâches ménagères. De nos jours, elle aurait été prise en charge par un psychiatre, mais ce n'est pas une pratique habituelle alors, et elle se remet toute seule comme elle peut.

Tout semble s'arranger, car elle parvient sans difficulté au terme de sa grossesse. Dix semaines après la mort de son père, elle donne naissance à une fille vigoureuse et pleine de santé, que son mari et elle prénomment Jennifer. Mais huit jours seulement plus tard, Marybeth revient à l'hôpital avec son nourrisson dans les bras. Elle est dans le même état qu'après l'enterrement de son père : absente, presque hébétée. Elle marche comme une somnanbule. L'une des infirmières qui l'avaient suivie lors de son accouchement se précipite.

- Qu'est-ce qui'l se passe, madame Tinning ?
- Je crois que Jennifer ne va pas bien...

"Pas bien", c'est le moins qu'on puisse dire : elle est morte depuis plusieurs heures. Les médecins sont très surpris de cet événement subit, alors que la santé de l'enfant ne semblait poser aucun problème. Faute de mieux, ils diagnostiquent une méningite foudroyante et, pour Marybeth, a lieu un deuxième enterrement dans un temps tragiquement court.

C'est ce que ressentent ses amis et connaissances, qui s'empressent autour d'elle : deux malheurs arrivant de manière si rapprochée, c'est trop injuste ! Elle, jusqu'ici insignifiante, est l'objet de l'attention générale. Elle balbutie des :

- Merci... Merci...

Et elle parvient à esquisser de tristes sourires à travers ses larmes.

Quinze jours seulement ont passé, lorsque Marybeth Tinning franchit de nouveau les portes de l'hôpital, avec un enfant dans les bras. C'est la même infirmière qui l'aperçoit.
L'enfant qu'elle porte n'est pas un nouveau-né, il est plus grand.
Elle prend à la mère.

- Qui est-ce ?
- Mon fils Joseph. Il a 2 ans.

Tout en courant vers le service des urgences, l'infirmière l'interroge.

- Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ?
- Il allait bien, mais il a eu une sorte d'attaque. Il s'est arrêté de respirer.

Pour l'instant, en tout cas, l'enfant respire. Et le médecin qui l'examine se veut rassurant.
- Ce n'est pas grave, madame Tinning. Ce doit être une infection virale. Nous allons le soigner et, dans dix jours, il sera sur pied.

Le praticien ne se trompe pas. Dix jours exactement plus tard, il rend le petit Joseph à sa mère.

- Il n'y a plus rien à craindre, maintenant ! Tout va bien aller...

Malheureusement, cette fois, il se trompe. Quelques heures à peine plus tard, Marybeth Tinning fait sa réapparition à l'hôpital, portant l'enfant inanimé.

- Il s'est entortillé dans ses draps.

On ne peut que constater sa mort. Il ne respire plus, il est déjà tout bleu. Les divers examens pratiqués ne donnent rien et, dans l'impossibilité de savoir ce qui est arrivé, on se résout à inscrire sur le registre : "Cause du décès inconnue". C'est tout. Personne n'a le moindre soupçon. Il s'agit d'une tragique fatalité, rien d'autre.

A l'enterrement qui suit, Marybeth Tinning affiche un visage éploré. Il y a peut-être encore plus de monde que pour les obsèques de Jennifer. Car, pas plus qu'à l'hôpital, personne ne se pose la moindre question. Pour tous, elle est l'objet d'un acharnement incroyable du destin. Perdre deux enfants, apsè avoir perdu son père, c'est une épreuve abominable ! Marybeth Tinning est entourée comme elle ne l'a jamais été.

- On est de tout coeur avec vous et, si vous avez besoin de quelque choses, n'hésitez pas !

Elle esquisse des sourires tristes et balbutie des remerciements...

Plus d'une année s'écoule sans problème. Marybeth Tinning ne fait plus parler d'elle ; elle est redevenue, avec son mari, un couple banal au possible. Mais au mois de mars 1973, la scène déjà bien connue se reproduit : elle fait son entrée à l'hôpital avec Barbara, 4 ans - dernier enfant vivant - dans les bras... Contrairement aux précédents, son état ne semble pas trop grave. Le médecin de service n'a pas l'air inquiet.

- Qu'est-ce qu'elle a ?
- Elle a eu des convulsions.

Le praticien procède à un examen approfondi, sans trouver de pathologie particulière. Il conclut :

- A priori, elle va bien. Mais les convulsions, cela peut être grave. Je vous propose de nous la laisser en observation.

Marybeth Tinning ne l'entend pas ainsi.

- Ce n'est pas la peine. Si elle n'a rien, je la reprends.

Elle repart donc avec la petite fille et revient, deux heures après, en la tenant inconsciente dans ses bras. Elle mourra dans le courant de la nuit... Les médecins de l'hôpital n'y comprennent rien et, en désespoir de cause, ils notent, comme cause du décès : "mort subite du nourrisson". C'est sur ce diagnostic absurde concernant une petite fille de 4 ans, que se conclut la mort du troisième enfant de Marybeth Tinning. Pour le reste, il n'y pas pas de soupçon particulier.
Il n'y en a pas non plus parmi les personnes présentes à l'enterrement. On ne ressent pas la même émotion que la fois précédente. C'est un peu comme si on s'y était habitué. Marybeth Tinning perd ses enfants, on prend cela comme une fatalité. La seule surprise vient d'une déclaration de l'intéressée, à l'issue de la cérémonie :

- Dans mon malheur, j'ai quand même une consolation ; je suis enceinte !

Huit mois, exactement, plus tard, elle accouche de son quatrième enfant, un garçon, Timothy. Il n'aura pas la longévité, pourtant déjà brève, de sa soeur aînée. Deux semaines après, Marybeth le ramène sans vie à l'hôpital, déclarant simplement :

- Je l'ai trouvé comme ça dans son berceau.


Les médecins se satisfont de ces propos laconiques et notent, comme la fois précédente : "mort subite du nourrisson". Il n'y a pas davantage d'étonnement à l'enterrement. C'est presque devenu unem anière comme une autre de se retrouver entre amis et connaissances. De son côté, Marybeth Tinning ne manifeste plus q'une tristesse modérée...

L'hécatombe continue. En mars 1975, elle donne naissance à son cinquième enfant, encore un garçon, Nathan. Il est aux urgences deux semaines plus tard, avec des difficultés respiratoires, des saignements importants du nez et de la bouche.
On diagnostique une pneumonie et, comme il n'est toujours pas question de soupçons la concernant, on rend l'enfant à sa maman, guéri, un mois plus tard. L'enfant n'y survivra pas.

Le 2 septembre, Marybeth revient avec son bébé mort dans les bras. C'est l'interne qui s'était occupé de lui qui la reçoit. Il ne comprend fien à cette rechute fatale :

- Qu'est-ce qui est arrivé ?
- J'étais en voiture, avec lui sur le siège du passager. A un feu rouge, j'ai regardé dans sa direction et j'ai vu qu'il était mort.
- Et, avant, il allait bien ?
- Oui. Je n'avais rien remarqué, en tout cas.

On n'en saura pas davantage et la cause du décès est enregistrée sous le terme d'"oedème pulmonaire aigu"... Pourtant, pour la première fois, il se passe quelque chose. Cette suite de décès a fini par attirer l'attention de l'hôpital, mais pas du tout dans le sens qu'on pourrait imaginer. Alerter la police, demander une enquête : personne n'y songe un instant. Le personnel des urgences est partagé entre deux positions : la moitié compatit avec Marybeth Tinning et la plaint de tout coeur pour la perte tragique des ses cinq enfants ; l'autre moitié penche pour un problème médical. Il y a un facteur en elle, qui rend ses enfants non-viables.

Et Marybeth Tinning, qui sans doute se rend compte qu'elle doit faire quelque chose, intervient en faveur de ce second point de vue. Elle demande et obtient un rendez-vous avec le médecin chef de l'établissement.

- Voyez-vous, docteur, je pense que j'ai un problème génétique qui fait que mes enfants meurent.
- C'est possible, en effet.
- Alors, j'ai pensé que vous pourriez peut-être m'aider.
- Vous voulez que nous procédions à une stérilisation ?
- Ce n'est pas cela. J'aimerais avoir un enfant, mais sans le faire moi-même. Pouvez-vous m'aider à présenter une demande d'adoption ?

Le médecin chef y consent sans problème. La demande d'adoption suit son courset, alors que beaucoup de couples stériles doivent patienter des années pour finir par essuyer un refus, la requête de Marybeth Tinning est traité en priorité, en raison des malheurs qu'elle a subis et de ses "problèmes génétiques".

En août 1978, soit après un délai exceptionnellement court, le foyer des Tinning se voit attribuer un petit garçon, Michael. Marybeth est alors enceinte de sept mois !

L'enfant, une fille prénommée Mary, naît au mois d'octobre suivant. Personne ne fait de remarque à la mère, pour cette nouvelle naissance, que l'adoption était censée éviter. Et personne ne dit rien non plus, lorsqu'elle se présente avec la petite Mary, au mois de janvier 1979. On se contente de donner des soins au bébé et de le rendre guéri à sa mère, qui le ramène mort un mois plus tard. Elle dit qu'elle l'a trouvé inanimé dans son berceau et on ne lui pose pas davantage de question. On enregistre le décès sous le diagnostic de "mort subite du nourrisson".

Véritable machine à procréer, Marybeth Tinning continue de faire des enfants. Le 19 septembre 1979, elle donne naissance à un Jonathan. En mars 1980, elle l'amène à l'hôpital, parce qu'il a "des problèmes pour respirer". On ne trouve rien et on le lui rend. Quelques jours plus tard, elle revient avec lui ; il n'a plus d'activité cérébrale et il meurt dans les minutes qui suivent. D'après le médecin qui signe le certificat, il s'agit encore d'une "mort subite du nourrisson"...

En se multipliant, les enterrements changent de tnalité. Ils deviennent banals et presque conviviaux. A chacun des décès, Marybeth fait la tournée de sa famille et de ses amis pour les convier à la cérémonie funéraire, avec une sorte d'excitation. L'un des ses proches dira :

- Chaque enterrement était vécu par elle comme une sorte de fête. Plus ils s'accumulaient, moins elle versait de larmes.

En mars 1981, il se produit un événement, qui, normalement, aurait dû être décisif : Marybeth Tinning arrive chez son pédiatre avec son fils adoptif enveloppé dans une couverture. Il est mort. Ce décès invalide brutalement la thèse génétique et, si la cause de l'hécatombe n'est pas médicale, il ne peut y avoir qu'une seule autre raison. Pourtant, personne n'ose l'envisager. Comme le déclarera le pédiatre :

- Je ne pouvais pas penser qu'une mère ait pu tuer ses huit enfants, plus son fils adoptif.

Dans ces conditions, il y aura une dixième victime.

En août 1985, Mary beth Tinning, qui a maintenant 43 ans, donne naissance à son neuvième enfant, une fille, Lynne. Elle est retrouvée morte le 20 décembre dans son berceau. Pour une fois, Marybeth ne se rend pas à l'hôpital, elle appelle un médecin. Celui-ci diagnostique, bien évidemment, une mort subite du nourrisson et signe sans sourciller le permis d'inhumer.

L'enterrement a lieu deux jours plus tard, le 22 décembre.
La belle-soeur de Marybeth, Sandy Roe était souffrante et n'a pas pu y assister. Le lendemain, elle décide d'aller rendre visite à Marybeth pour l'assurer de sa sympathie. Mais elle la trouve toute souriante en train d'installer l'arbre de Noël dans le living. Avant qu'elle ait pu lui dire quoi que ce soit, celle-ci lui demande :

- Qu'est-ce que tu vas faire pour le réveillon ?
- J'avoue que je n'y ai pas pensé. Mais tu vas réveillonner, toi ?
- Evidemment, c'est Noël
!...

Pour Sandy Roe, c'est une révélation, c'est comme un voile qui se déchire ! En un instant, elle comprend tout ; l'inimaginable vérité s'impose à elle. Marybeth n'a aucun chagrin, elle est même gaie. Et pourquoi, sinon parce qu'elle vient de tuer sa fille Lynne, comme ses neuf autres enfants avant elle ? Elle quitte la pièce sans rien ajouter et court à la police.

Les policiers sont stupéfaits par son récit. Ils n'étaient au courant de rien. Personne ne les avait informés de cette succession invraisemblable de morts, ni la direction de l'hôpital, ni l'un de ses employés à titre personnel, ni aucun des parents ou connaissances de Marybeth Tinning...

La suite va à une vitesse déconcertante. Une enquête est décidée. Le corps de la petite Lynne Tinning est exhumé et l'autopsie révèle qu'elle a été étouffée. Interrogée, Marybeth ne tarde pas à avouer ses meurtres, sans donner d'explication à leur sujet et elle ajoute, ce que personne ne lui aurait demandé, qu'elle était en train d'empoisonner son mari. Elle refuse en revanche de dire pour quelle raison.

Son procès a lieu en 1987. Sa responsabilité est reconnue par les psychiatres et elle se voit condamner à la perpétuité, avec une période de sûreté de vingt ans... Logiquement, elle dépose une demande de libération au bout de ce délai. Mais elle déclare pour expliquer les meurtres :

- Je traversais une période difficile à l'époque.

Comme elle a tué pratiquement une fois par an, la raison est peu crédible et la commission des grâces refuse sa libération, jugeant que ses remords sont "au moins superficiels". La condamnée ne montre pas davantage de repentir par la suite, puisque ses demandes de 2011, 2013 et 2016 sont repoussées à leur tour, ce qui est exceptionnel...

Après avoir été une femme tout ce qui'l y a de banal, Marybeth Tinning a donc fini par sortir de l'ordinaire. Être meurtrière de ses dix enfants sans en manifester de regret, c'est effectivement exceptionnel, c'est même peut-être unique.


FIN
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès

avatar

Nombre de messages : 9278
Age : 27
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Ven 26 Mai - 20:01

LES FAUTEUILS VIDES


Le commissaire Romeo Fabri de Bologne arrive dans le parc de la luxueuse villa des Pietri. Il arrête le hurlement de sa sirène et s'immobilise devant la porte d'entrée, en faisant crisser le gravier. Derrière lui, une ambulance, des pompiers et une autre voiture remplie de policiers en font autant.

Il est un peu plus de 9 h du matin, ce 18 mai 1995... C'est la femme de ménage qui a appelé la police, quand elle a pris son service, il y a une demi-heure. D'habitude, le commissaire n'accourt pas lui-même en catastrophe. D'abord, les Pietri sont des industriels connus à Bologne et la domestique, entre deux sanglots, a parlé de cinq morts par balles. Si c'est vrai, si l'émotion ne lui a pas fait perdre la tête, c'est un carnage, un vrai massacre !
La femme de ménage, justement, est là, sur le parvis, à les attendre en tremblant. Le commissaire Fabri court à sa rencontre, suivie d'un médecin des urgences, d'un médecin légiste, de pompiers et de plusieurs policiers. Il interroge brièvement la jeune femme.

- Où est-ce ?
- Dans le salon. Mais je ne pourrai pas...
- Je ne vous demande pas d'y retourner. Attendez-moi. Je reviendrai vous interroger.

Romeo Fabri et sa troupe filent vers le salon. Comme il s'en approche, le commissaire est accueilli par le plus inattendu des bruits : concert d'éclats de rire ! C'est en arrivant dans la pièce qu'il comprend : il s'agit de la télévision qui est restée allumée et qui diffuse un programme comique. Bien que, dehors, il fasse plein jour, les volets sont fermés. Les lieux sont éclairés par un lustre et un lampadaire. Et c'est la lumière artificielle qu'il peut découvrir le plus terrifiant des sepctacles.
Face au téléviseur, sept fauteuil apparaissent de os, disposés en demi-cercle. Ils sont toujours occupés : sur celui-là, une main inerte dépasse de l'accoudoir ; là, c'est un bras ; là, une épaule...
Le commissaire s'avance et ce qu'il voit le laisse sans voix : toute une famille assassinée par balles.

Ils sont bien cinq, la femme de ménage n'avait pas menti : un couple dans la force de l'âge, de toute évidence monsieur Pietri et son épouse, un couple âgé, les parents du mari ou de la femme et un adolescent aux alentours de 13 ans, le fis Pietri sans doute.
Ils sont couvert de sang. Les deux derniers fauteuils sont vides.

Romeo Fabri a du mal à conserver son calme : depuis vingt ans qu'il est dans la police, il n'a rien vu d'aussi affreux... Le médecin urgentiste, qui a procédé à un rapide examen, vient vers lui.

- Il n'y a rien à faire. Ils sont tous morts : une balle dans la nuque.
- On leur a tiré par derrière ?

C'est le médecin légiste, qui vient, lui aussi, de procéder à des constatations sommaires, qui répond à la question :

- Oui et ils ont été tués ici même. On voit le trou de la balle dans le dossier du fauteuil. Ils ont été assassinés en regardant la télévision, vraisemblablement hier soir.
- Ils ont tous été tués d'une seule balle ?
- Il semble bien...


Le commissaire Fabri contemple ce spectacle aussi tragique que surréaliste. Deux des morts sont tournés vers le récepteur, les yeux grands ouverts, l'air attentif, les autres, la tête penchée sur le côté et les paupières closes, semblent s'être endormis. Ils ont été tués comme ça, par surprise ; aucun n'a senti l'événement venir.



C'est comme si cinq tueurs avaient surgi ensemble dans la pièce, avaient pris place derrière eux et avaient fait feu ensemble.
En d'autres temps, cette hypothèse n'aurait pas été absurde, elle aurait même été prise en considération. Les Pietri sont riches et, durant ce qu'on a appelé en Italie "les années de plomb" une telle attaque terroriste était possible. Mais, en 1995, les Brigades rouges ont disparu depuis longtemps, il faut penser à autre chose.

Alors un tireur ou peut-être deux, avec une arme forcément munie d'un silencieux, se déplaçant très rapidement derrière les uns et les autres ? C'est un scénario de ce genre qui a dû se produire. Mais pourquoi ? Pourquoi un carnage aussi épouvantable ? Pourquoi tuer un couple âgé et un efant de 13 ans ?

Le commissaire s'approche alors des deux fauteuils vides. Ils ont été disposés dans l'alignement des autres, faisant face, eux aussi, au téléviseur. Y avait-il deux autres spectateurs, ce soir-là, qui auraient été les tueurs ? Il s'approche des sièges. Rien ne révèle une autre présence...
Tandis qui'l est là, plongé dans ses réflexions, ses hommes ne sont pas restés inactifs. L'un d'eux s'approche de lui :

- Il ne semble pas qu'il s'agisse d'un crime crapuleux, commissaire. Le portefeuille du mari contient une grosse somme d'argent et les deux dames ont des bijoux de grande valeur.

Un autre agent vient vers lui, tenant un sac à main à l'aide d'un mouchoir :

-Il était sur la table du salon et, là aussi, il y a beaucoup d'argent.

Il est temps, pour le commissaire, d'aller retrouver la femme de ménage, à qui il a décidé d'épargner une nouvelle fois le spectacle. Elle l'attend dans le vestibule, tremblant encore de tous ses membres. Il lui parle avec douceur.

- Je comprends ce que vous ressentez, madame. Mais votre témoignage est capital. Vous êtes la première personne à avoir vu le drame.
- Je vais faire un effort...
- Vous êtes au service des Pietri depuis longtemps ?
- Bientôt dix ans.
- Ce sont eux qui ont été tués ?
- Oui, Monsieur et Madame, les parents de Monsieur et le petit Battista. Je devais lui faire son petit-déjeuner... avant qu'il aille à l'école...

La femme de ménage s'effondre en larmes. Le commissaire attend qu'elle ait repris le contrôle d'elle-même pour poursuivre :

- Lorsque vous êtes entrée, la porte était fermée à clé ?
- Elle était fermée, mais pas à clé.
- Comme si on l'avait claquée en sortant ?
- C'est ça. C'était la première fois. D'habitude, je dois faire deux tours pour entrer...

Le commissaire en vient à un point qui est peut-être capital.

- Il semble qu'il y ait eu deux personne de plus au moment du drame. Est-ce que la famille Pietri était au complet ?
- Oui et non. Il manquait mademoiselle Dorotta, la fille de Monsieur et Madame. Mais elle ne venait plus.
- Pourquoi ?
- Elle s'était disputée avec eux, le jour de ses 18 ans, à cause de son fiancé. Il s'appelle Emilio. Je ne sais pas son nom de famille...

Dorotta et Emilio : cela fait deux personnes, comme les deux fauteuils vides. C'est évidemment la piste à explorer en priorité. Mais cela semble trop simple. Trop affreux aussi : la jeune Dorotta aurait fait assassiner ses parents, ses grands-parents et son frère et peut-être y aurait participé elle-même ! On a du mal à le croire.

- Vous ne savez pas si elle était invitée hier soir, avec son fiancé ?
- Non. Monsieur et Madame ne me disaient pas ce qu'ils faisaient le soir.
- Et vous savez où habite Dorotta ?
- Elle a un appartement en ville. C'est tout ce que je sais.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès

avatar

Nombre de messages : 9278
Age : 27
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Ven 26 Mai - 22:04

Le commissaire décide de rechercher la jeune fille sans quitter la maison. C'est peur-être de cette manière qu'il trouvera le plus vite. Il y a un annuaire, près du téléphone, dans le vestibule, mais pas de Dorotta Pietri à Bologne, ce qui est somme toute normal : elle est installé depuis trop peu de temps.

Les recherches dans le bureau de monsieur Pietri se révèlent plus fructueuses. En fouillant dans les papiers de l'industriel, il découvre une facture de loyer de l'appartement qui'l lui payait en ville. Il remarque, au passage, que, s'il y a une photo de Battista sur le bureau, il n'y en aucune de Dorotta, preuve que la brouille entre le couple et sa fille aînée était profonde.

Avant de partir à sa rencontre, il aimerait avoir une photo d'elle.Mais il n'y en a pas non plus dans le sac à main de sa mère, pas plus dans le portefeuille de son père, ou dans la chambre à coucher du couple.Le commissaire a alors l'idée d'aller voir dans la chambre de Battista et, là, sa persévérance est récompensée. L'adolescent avait épinglé au mur deux photos de sa soeur, faisant du cheval et du tennis. C'est une jeune fille distinguée, blonde, mince, mais à la mine fermée. Elle fait plus que son âge et il y a quelque chose de dur en elle.

Le commissaire met les photos dans sa poche et monte dans sa voiture où il fait route vers Bologne, avec trois hommes, sirènes hurlantes, comme à l'aller... Il est près de 11 h lorsqu'ils arrivent au domicile de Dorotta Pietri. Il se précipite chez la concierge, avec ses hommes. Celle-ci recule devant cette invasion policière dans sa loge.

- Il est arrivé un malheur ?
- Dorotta Pietri est chez elle ?
- Non, pas aujourd'hui. A cette heure-là, elle est chez son coiffeur...

L'établissement est un des plus chics et des plus chers de la ville. Le commissaire s'y précipite. Tout en effectuant le trajet, il se fait la réflexion que, théoriquement, la jeune fille fait des études, qu'elle devrait se trouver en classe et qu'elle ne manifeste guère d'assiduité.
Il la découvre sortant du shampoing, avec la tête enroulée dans une serviette. Il prend unemine de circonstance :

- J'ai une très mauvaise nouvelle à vous apprendre, mademoiselle Pietri...

Malgré ce préambule, la jeune fille ne semble nullement inquiète. Elle lève un sourcil interrogateur :

- Qui êtes-vous ?
- Commissaire Fabri.

Au nom de "commissaire", elle n'a pas de réaction particulière, pas plus que devant les hommes en uniforme qui l'accompagnent. Elle demande d'une voix froide :

- Quelle mauvaise nouvelle ?

Romeo Fabri sait qu'il devrait faire preuve de ménagement dans des circonstances aussi dramatiques, mais l'attitude de son interlocutrice est telle, qu'il annonce, sans y mettre la moindre forme :

- Vos parents et vos grand-parents sont morts, votre frère aussi.


Dorotta Pietri devrait normalement crier, défaillir, s'effondrer. Mais peut-être le commissaire ne lui a-t-il rien appris qu'elle ne sache déjà. Elle a légèrement pâli, c'est tout. Elle a l'air de chercher quoi répondre et elle finit par dire :

- C'est terrible, ce que vous m'annoncez-là ! Je n'arrive pas à vous croire...
- Vous ne voulez pas savoir comment ils sont morts ?
- Si, bien sûr...
- Ils ont été assassinés d'une balle dans la tête, chez eux, devant le poste de télévision.

Cette fois, elle n'ouvre même pas la bouche. Elle regarde son interlocuteur d'un oeil inexpressif, sans la moindre larme. Dans ces conditions, le commisaire Fabri y va carrément :

- Suivez-moi, mademoiselle. J'ai des quesitons à vous poser.
- Comme ça, tout de suite ? Ca ne peut pas attendre ?
- Si vous ne me suivez pas de votre plein gré, je serai obligé d'employer la force.

Dorotta Pietri est bien contrainte de s'exécuter. Au commissariat, la même conversation déconcertante se poursuit.
- Etiez-vous chez vos parents hier soir ?
- Non, nous sommes fâchés. Nous ne nous voyons plus.
- Pour quelle raison ?

La jeune fille confirme ce qu'a dit la femme de ménage ; ses parents n'aimaient pas son fiancé Emilio. Ils ont eu une dispute à ce sujet le jour de ses 18 ans et, depuis, ils sont brouillés. Le commissaire lui demande les coordonnées d'Emilio. Il l'envoie chercher et continue son interrogatoire...

Tandis qu'il pose ses questions, il ne peut s'empêcher d'éprouver une sorte de fascination. Il a peut-être devant lui la pire criminelle qu'il ait rencontrée durant toute sa carrière !
Sans doute n'a-t-elle pas tué elle-même sa famille et a-t-elle fait faire la besogne par cet Emilio, mais cela revient au même.

Peu après, le jeune homme fait son entrée dans le bureau. Il a 19 ans. Lui aussi est théoriquement étudiant, mais lui nonplus n'était pas à ses cours. Les policiers l'ont trouvé au tennis. Curieusement, il ressemble physiquement à Dorotta : il est blond, mince et il fait plus que son âge. Mais il lui ressemble plus encore moralement : il est hautain, dédaigneux.

Il ne manifeste pas davantage de surprise à l'annonce du carnage et il nie catégoriquement avoir été chez les Pietri la veille.

- Pourquoi est-ce que j'aurais été chez eux ? Ils étaient brouillés avec Dorotta à cause de moi. Ils ne m'aiment pas.
- Et vous non plus, vous ne les aimiez pas.
- Mettez-vous à ma place...
- Vous ne les aimiez pas au point de les tuer !

Devant cette accusation terrible, le jeune homme ne crie pas son indignation. Il se contente de se défendre avec un parfait sang-froid.

- Pourquoi est-ce que je les aurais tués ? Pour l'argent ? Ma famille est aussi riche qu'eux. Pour épouser Dorotta ? Elle est majeure. Nous n'avions pas besoin de leur consentement.

A ce moment, le téléphone sonne. C'est le médecin légiste. Il s'est occupé de l'affaire en priorité et il a obtenu un résultat capital.

- Les victimes ont été tuées par deux armes différentes, deux revolvers de gros calibre, vraisemblablement munis de silencieux.
- Vous êtes certain ?
- A 100 %...

Le commissaire raccroche et contemple le couple qui lui fait face... Ainsi donc, Dorotta n'est pas seulement complice. Elle n'a pas seulement invité son fiancé chez elle, afin qu'il tue sa famille pour une raison qui reste à découvrir, mais elle a participé elle-même au meurtre. Elle a tué de sa main sonpère, sa mère, peut-être son frère de 13 ans, qui avait sa photo dans sa chambre !

- Je viens d'apprendre qu'il y avait deux tueurs. Ils sont devant moi !

En entendant cette phrase, Dorotta Pietri bondit. Comme si les choses étaient brutalement devenues trop graves, elle laisse tomber le masque :

- Ah, non ! Je n'ai pas tiré !
- Vous reconnaissez que vous étiez là, hier soir ?
- Oui, j'y étais et Emilio aussi, mais je n'ai pas tué !
- C'était forcément vous, puisque vous étiez deux.
- Nous n'étions pas deux, nous étions trois. Livio était avec nous.
- Qui est Livio ?
- Mon amnt.

Emilio a un violent sursaut. Il est bien plus ému que lorsqu'il était accusé d'avoir exécuté cinq personnes de sang-froid. Il se tourne vers sa fiancée.

- Qu'est-ce que tu dis ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire, Dorotta ?

Ignorant sa réaction, celle-ci explique au commissaire :

- Emilio n'est pas au courant de mes relations avec Livio.
- Et il a accepté qu'il vous accompagne ?
- Ils sont amis tous les deux. C'est comme cela que j'ai connu Livio...

Dorotta poursuit son récit... Emilio et Livio appartiennent tous les deux à la meilleur bourgeoisie bolognaise mais jouaient à s'encanailler. Ils fréquentaient le milieu. Les vrais malfrats ne les prenaient certainement pas au sérieux, ils devaient même se méfier d'eux, mais comme ils avaient des billets plein les poches, ils les ont accueillis. Ils ont accepté, en particulier, de leur vendre deux armes de professionnels, des revolvers gros calibre à silencieux. Elle a eu l'idée de s'en servir pour tuer sa famille. Elle le leur a demandé et ils ont accepté.
Dorotta en arrive maintenant au dernier acte et on entre dans l'horreur :

- La veille au soir, on a été tous les trois chez moi. J'ai dit à mes parents que je voulais me réconcilier avec eux.Pour expliquer la présence de Livio, je l'ai faitpasser pour le frère d'Emilio.
Emilio, poursuit Dorotta, a dit aux Pietri qu'il regrettait son manque de sérieux dans les études, ses mauvaises fréquentations et il a promis de changer de conduite. Monsieur et Madame Pietri, sensibles à sa démarche, ont accepté de reprendre leurs relations comme avant. Après quoi, tout le monde est passé dans le salon pour regarder la télévision. Elle-même s'est installée sur le sixième fauteuil, à côté de son frère, et Emilio, sur le septième. Livio est resté sur le canapé, un peu plus loin... La voix de la jeune fille ne tremble pas :
- Je leur avais dit d'attendre un moment où la télé ferai du bruit. C'était un film de guerre. A un moment donné, ça s'est mis à tirer de tous les côtés. Ils se sont levés en même temps et on n'a rien entendu...

Ces aveux monstrueux ont été faits d'une manière calme, presque détachée. Le commissaire est incapable de garder son sang-froid. Il crie :

- Mais pourquoi, bon Dieu ? Qu'est-ce qui vous a pris de tuer toute votre famille ?
- Ma mère m'a giflée en public.
- Qu'est-ce que vous dites ?
- Elle m'a giflée devant tout le monde, le jour de mes 18 ans, pendant ma réception d'anniversaire. Ca, je ne le lui ai pas pardonné, je ne lui pardonnerai jamais !

Et c'est la seule réponse que le commissaire, le juge d'instruction, les avocatss, le président du tribunal et 'lItalie toute entière obtiendront pour justifier ce crime abominable : parents, frère, grand-parents, elle les a tous tués pour une gifle !


FIN


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès

avatar

Nombre de messages : 9278
Age : 27
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Sam 27 Mai - 0:36

MEURTRE EN SOLOGNE


A la fin du XIXe siècle, la Sologne est l'une des régions les plus reculées de France. La terre y est ingrate, elle donne peu et des produits de médiocre qualité. C'est pourquoi, elle est laissée bien souvent à l'abandon et ces vastes espaces sauvages sont devenus des terrains idéaux pour la chasse.

Les mentalités sont tout aussi incultes. En Sologne, on croit dur comme fer aux sorcières. Quand quelqu'un est malade, on ne va pas voir le médecin, ni même le vétérinaire, mais le "jeteux de sorts", pour qu'il vous donne un talisman contre le mal. A moins qu'on ne lui demande un sortilège contre un membre de sa famille, un voisin ou toute personne à laquelle on veut nuire.

Mais la croyance en la sorcellerie a une dernière conséquence. Pour se débarrasser de quelqu'un, il suffit parfois de l'accuser d'être un sorcier ou une sorcière. Car l'éliminer, dans ce cas, n'est plus un crime, c'est, pour le groupe social, une mesure de salubrité et, pour soi-même, un acte de défense, presque de légitime défense.

En 1883, ils sont six à vivre dans une ferme misérable du hameau de Luneau, à Selles-Saint-Denis, dans le Loir-et-Cher. Le mot "ferme" est d'ailleurs bien pompeux, celui de 'masure" conviendrait davantage. Le bâtiment est composé d'une seule pièce, uniquement éclairée par une grande cheminée et par deux fenêtres si étroites qu'elles ressemblent à des meurtrières.

Le chef de famille Sylvain Thomas, 27 ans, est un garçon dur à la tâche et dur tout court. Sa femme, Georgette, née Lebon, 22 ans, lui ressemble en tous points. On ne peut pas dire qu'ils aient fait un mariage d'amour ! Pris de boisson après la fête au village, il l'a bousculée dans la paille, elle s'est retrouvée enceinte et il a été obligé de l'épouser. Ils ont eu d'abord une fille, Eugénie, puis deux garçons. Enfin, le foyer abrite la mère de Georgette, Marie Lebon. Elle n'est plus toute jeune et ne sert plus à grand-chose, à part faire la soupe.

La terre est particulièrement mauvaise chez les Thomas. Même en la travaillant, elle ne donne pratiquement rien et Marie Lebon, bouche inutile, est le souffre-douleur de sa fille et de son gendre. On la rend responsable de tout ce qui ne va pas. Elle a le mauvais oeil, elle porte malheur... Un été pourri : c'est Marie ! Un arbre renversé par le vent : c'est Marie ! Un cochon qui ne veut pas grossir : c''est Marie !

Un jour, Georgette menace sa mère dans l'étable, avec un gros bâton. La vieille femme tombe entre les pattes d'une vache qui fait une ruade et manque de la tuer. Marie ne veut pas rester plus longtemps, elle va voir le curé de Selles-Saint-Denis, qui lui trouve une place de bonne chez un vigneron de Gièvres. Là, elle sera en sécurité...

Les trois années qui suivent sont plus calmes, mais en 1886, le curé revient trouver les Thomas : Marie Lebon est malade, elle ne peut plus faire son travail, ils doivent la reprendre. Georgette songe un moment à demander à ses frères aînés, Alexandre et Alexis, mais ni l'un ni l'autre n'ont la place nécessaire. Il n'y a d'autre solution que de la reprendre dans la ferme de Lumeau.


Le 1er juillet 1886, Marie Lebon revient donc à la ferme. Elle a beaucoup décliné. Elle est quasi-impotente et elle a des rhumatismes, qui lui arrachent des cris. En outre, elle ne semble plus avoir toute sa tête. Le docteur vient la voir sur le conseil du curé. Il a trouve très maigre et très faible. Il dit aux Thomas :
- Il faut la surveiller et, surtout, ne la laissez pas près du feu. Imaginez qu'elle ait un malaise et qu'elle tombe !

Georgette regarde le médecin avec un subit intérêt :

- Parce que vous croyez qu'elle pourrait mourir en tombant dans le feu ?
- C'est déjà arrivé...

Le praticien regrettera plus tard ces paroles, aux conséquences qu'il n'avait pas imaginées, mais sur le moment, il n'y pense pas. D'autant qu'il a autre chose à dire aux Thomas.

- Je suis pessimiste sur son état mental. Je pense à une démence sénile.
- Qu'est-ce que vous nous conseillez ?
- Vous devriez faire une demande à l'asile de Blois. La démarche est gratuite et, s'ils la prennent, elle sera à leur charge...

C'est effectivement la solution. Georgette et Sylvain Thomas se rendent à Blois, pour faire interner Marie. A l'asile, on leur dit que leur demande a toutes les chances d'aboutir, mais la réponse tarde et les Thomas, Georgette surtout, ne sont guère patients. Le 28 juillet, moins d'un mois après l'arrivée de sa mère, elle déclare à son mari :

- Ca ne peut plus durer, Sylvain ! Elle nous coûte trop cher à nourrir.
- Je sais. Mais qu'est-ce qu'on peut faire ?
- L'autre chose qu'a dit le docteur.
- La cheminée ?
- Oui, la cheminée.

Sylvain Thomas ne fait pas d'objection, mais il a une curieuse idée.

- D'accord, mais il faut d'abord en parler à tes frères.

Georgette y consent et, le lendemain, Alexandre et Alexis Lebon se retrouvent à la ferme. Devant la proposition de ce parricide particulièrement horrible, ils ne disent ni "oui" ni "non". C'est Alexis qui résume leur point de vue, par un laconique :

- Faut voir...

Sur ces mots, comme c'est l'heure, tout le monde se met à table pour souper, à part Marie Lebon, qui s'est endormie sur sa paillasse... Personne ne prononce un mot. On entend que le raclement des couverts sur les assiettes et les bruits de mastication et de déglutition. Soudain, alors que le repas est presque terminé, Georgette se dresse à sa place. Elle hurle, elle est comme hystérique.

- La vieille est possédée du démon, c'est une sorcière ! Il faut la brûler !

Autour de la table, tout le monde la regarde avec une sorte de terreur. Sur sa paillasse, Marie Lebon n'a pas de réaction ; il faut dire qu'elle est pratiquement sourde. Les enfants se sont réfugiés dans un coin de la pièce et se serrent les uns contre les autres... Georgette poursuit :

- Cela fait des années qu'elle nous jette des sorts ! C'est à cause d'elle qu'on est dans la misère !

Son allure et sa voix sont si terrifiantes que les hommes restent pétrifiés.

- Alors, qu'est-ce que vous attendez ?

Les deux frères Lebon se lèvent en même temps et on assiste à une scène hallucinante ! Ils soulèvent leur mère de son grabat et la jettent dans la cheminée. Sylvain Thomas les rejoint, et, avec son pied, la maintient dans les braises. Ses vêtements s'enflamment lentement, trop lentement au goût de Georgette, qui prend des bottes de paille, les enflamme, et les jette sur elle.

Marie Lebon, qui criait au début, ne fait plus que se débattre faiblement, en geignant. Cela dure longtemps, jusqu'à ce que tous les quatre se saisissent de la vieille femme, la mettent au centre de la pièce, l'arrosent de pétrole et y mettent le feu.

Ils doivent aussitôt sortir de la pièce, car le corps qui brûle dégage une odeur répugnante, doublée d'une épaisse fumée qui menace de les asphyxier. Les adultes et les enfants se précipitent dans la cour. Alexis et Alexandre Lebon, eux, s'enfuient carrément, l'un abandonnant son chapeau, l'autre sa carriole et son cheval. Sylvain Thomas les course en criant :

- Revenez, canailles ! Allez-vous revenir ?

Peine perdue : ils disparaissent dans la nuit. Ils se rendent à Selles-Saint-Denis. Sans se concerter, ils ont eu la même idée : aller chez le curé pour se confesser. Arrivés dans le jardin du presbytère, ils tambourinent à sa porte.

- Ouvrez, monsieur le curé, ouvrez !

Une fenêtre finit par s'ouvrir à l'étage.

- Qu'est-ce que vous voulez ? Je suis couché.
- On veut se confesser, monsieur le curé. C'est urgent !

Le plus extraordinaire, c'est que Georgette arrive à son tour pour se confesser... L'homme d'église finit par descendre. Il découvre la fratrie Lebon dans le plus grand état d'agitation.

- Mais qu'est-ce qu'il se passe ?
- On a brûlé notre mère. C'était une sorcière. On veut votre absolution.

Totalement dépassé par les événements, le curé leur dit d'aller chez les gendarmes. Ils s'y rendent, pour les réveiller à leur tour. Georgette leur déclare :

- Notre mère est morte. C'est un accident.

Les gendarmes se rendent sur les lieux où les attend une scène épouvantable. La ferme est emplie d'une fumée noire si épaisse et si nauséabonde qu'ils doivent reculer. D'ailleurs, Sylvain Thomas, le seul qui était resté, a dû battre en retraite dans la grange, en compagnie des enfants.

Après avoir mis un mouchoir devant leur nez, les gendarmes parviennent à pénétrer à l'intérieur. C'est pour découvrir un spectacle d'horreur. Marie Lebon gît au milieu de la pièce. Elle est morte, c'est une évidence. Les chairs calcinées découvrent la moitié des côtes et une partie du crâne. Mais en d'autres endroits, les vêtements ont à peine brûlé... Indifférente à la scène, Georgette fait le récit qu'elle avait préparé.

- Elle a eu une faiblesse et elle est tombée dans le feu. Le docteur nous avait prévenus...

Pour toute réponse, elle est arrêtée sur-le-champ en compagnie des trois hommes. L'enquête qui suit n'est pas longue.
Les faits ont été vus par un témoin en âge de tout dire : la petite Eugénie, 8 ans, qui raconte, encore terrorisée, ce qui s'est passé. Les époux Thomas et les frères Lebon sont inculpés d'assassinat et de parricide.

Leur procès s'ouvre le 22 novembre 1886, à Blois, devant un public considérable, car ce crime sauvage et arriéré a connu un grand retentissement dans toute la France. Les quotidiens nationaux ont dépêché sur place leurs chroniqueurs judiciaires...
Le président Chenon fait entrer les accusés. Ils sont tous en habits de paysans, blouse pour les hommes, bonnet blanc pour la femme. Ca ravit l'assistance :  les acteurs du drame ont revêtu des costumes appropriés.

D'emblée, les époux Thomas adoptent une attitude qui les dessert. Georgette nie systématiquement tout. Quoi qu'on dise, elle lance depuis son box :

- J'ai jamais dit ça !... J'ai jamais fait ça !

Comme les faits sont établis sans discussion possible, elle apparaît comme une menteuse, ce qui ne peut que se retourner contre elle. De plus, elle est chargée par son frère Alexis, qui reconnaît les faits et la dénonce comme la principale responsable, ce qui la met hors d'elle. Elle s'écrie :

- Y fait tout ce qu'il peut pour me faire du mal ! Y m'en a toujours voulu !

Mais le comportement de son mari est peut-être pire encore. Il a choisi de se faire passer pour un simple d'esprit. A toutes les questions, même lors de son interrogatoire d'identité, il répond :

- J'en ai point connaissance, M'sieur.

Comme il s'est comporté normalement pendant toute l'instruction, ce ne peut être que de la simulation et il apparaît, lui aussi, comme un menteur. De plus, le procédé finit par devenir ridicule, voire comique. Ainsi, lors de son interrogatoire, Alexandre Lebon affirme qu'il n'a agi que parce qu'il avait peur.
Georgette était effrayante, comme possédée, et Sylvain le menaçait avec son couteau. Le président se tourne vers ce dernier :

- Thomas, vous souvenez-vous avoir menacé votre beau-frère avec un couteau ?

Ce qui déclenche l'inévitable :

- J'en ai point connaissance, M'sieur.

Et la salle croule sous les rires. Décontenancé par cette réaction, Sylvain Thomas décide alors de renoncer à ce procédé et répond normalement pendant le rete des débats. Mais le mal est fait.
La dernière déposition est celle de la petite Eugénie, qui comparait en raison du pouvoir discrétionnaire du président.
Son arrivée suscite une grande émotion. Autant les accusés, avec leur aspect mal dégrossi, avaient pu prêter à sourire, autant à son arrivée, la gravité revient d'un coup. La fille du couple Thomas a un visage intelligent et sérieux, qui contraste avec le reste de la famille. Le président Chenon l'interroge avec douceur.

- Tes parents t'ont interdit de parler de ce que tu as vu ?
- Oui, Monsieur. Ils m'ont dit que, sans quoi, ils me battraient.
- Mais maitneant, tu n'as plus peur, n'est-ce pas ?
- Non, Monsieur.
- Alors, dis-moi : avant ce soir-là, comment étaient tes parents avec ta grand-mère ?
- Ils criaient contre elle. Chaque fois qu'il y avait quelque chose de mal, c'était sa faute.
- Et ce soir-là, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Onvle Alexis et oncle Alexandre sont venus à la maison. On a soupé. Et puis, Maman a crié. Elle a dit que grand-mère était une sorcière et qu'il fallait la jeter au feu.
- Elle a dit cela ?
- Oui, Monsieur.

Georgette s'est mise à pleurer à chaudes larmes. Elle comprend que, sans s'en rendre compte, sa fille est en train de l'envoyer à la guillotine.

- Et après ?
- Ils ont été chercher grand-mère dans son lit et ils l'ont jetée dans la cheminée...

Et, avec peine, mais sans faiblesse,, la fillette décrit la scène de cauchemar qui s'est déroulée sous ses yeux. Il en résulte que Georgette et Sylvain Thomas ont joué le rôle de meneurs ; les autres ont participé à tout, mais ils n'ont fait que suivre...
Quand Eugénie se retire, le public des assises de Blois a la gorge serrée. Chacun à conscience que les mots de l'enfant viennent d'annoncer la suite du procès.

Les choses se déroulent donc sans surprise. Le lendemain, dans son réquisitoire, le procureur Fachot ne fait pas de détail : il demande la mort pour tout le monde. Les avocats de la défense plaident l'attardement mental. Les jurés se retirent et reviennent peu après avec le verdict : le couple Thomas est condamné à mort, Alexis Lebon à perpétuité, Alexandre à 20 ans.

Dans leur prison, Georgette et Sylvain Thomas gardent confiance. Ils sont sûrs de la grâce présidentielle. Jules Grévy a une grande réputation d'indulgence, ce qui lui a valu le surnom de "papa Gratias". Georgette sait qu'on n'exécute pratiquement jamais les femmes. Et Sylvain, de son côté, se sent bien moins coupable qu'elle, tant parce que c'est elle qui a tenu le rôle principal que parce qu'il ne s'agit pas de sa mère à lui.

Malheureusement, le président Grévy ne justifie pas, pour une fois, son surnom bienveillant. Malgré les supplications de leurs avocats, il refuse leur grâce. L'exécution est prévue pour le 24 janvier 1887, à Romorantin.

Georgette et Sylvain Thomas y sont transférés la veille, sans qu'on leur en dise la raison. Pendant la nuit, le bourreau et ses adjoints montent la guillotine sur la place d'Armes, une vaste esplanade entourée d'immeubles. Au petit matin, malgré le froid, plusieurs milliers de badauds sont déjà là, tenus en respect par les soldats du 113e régiment d'infanterie.

Le couple Thomas est réveillé à 6 h. Pour l'homme et la femme, qui étaient sûrs d'échapper à la mort, c'est la stupéfaction. Il est hébété, elle pleure et gémit. On leur demande s'ils veulent boire un verre de rhum ou manger quelque chose. Elle ne répond rien, mais lui réplique, avec un bon sens paysan :

- Ce n'est pas la peine, ce serait du bien perdu !...

Le parricide est alors, dans le Code pénal, un crime spécifique qui entraîne des dispositions particulières, notamment en ce qui concerne l'exécution capitale. Les condamnés doivent aller au supplice en robe blanche, pieds nus, avec un voile noir sur la tête. On les habille de cette manière, y compris Sylvain, qui, bien qu'il ne s'agisse pas de sa propre mère, est assimilé au parricide commis par son épouse.

Après avoir entendu la messe, ils montent dans une charrette, pour y faire le trajet assez long qui les sépare de la place d'Armes. Ils y arrivent à 7 h 20 et le véhicule s'arrête à trente mètres seulement de la guillotine. C'est aussi une disposition explicitement prévue par le Code : le parricide doit accomplir lui-même cette distance, en signe d'expiation.

Sylvain Thomas se met en marche stoïquement, mais pas Georgette. A travers son voile noir, elle a vu l'horrible engin de mort et elle est saisie de terreur. Elle refuse d'avancer, elle hurle.
Il faut qu'un aide du bourreau la porte à bout de bras. Arrivée devant la machine, elle se débat de toutes ses forces. Elle est enfournée dans la lunette, mais elle parvient à bouger au dernier moment et le couperet lui tranche non le cou, mais la tête.

La barbarie légale a succédé à la barbarie du crime. L'affaire des meurtriers de Sologne a été horrible jusqu'à la fin.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MAINGANTEE

avatar

Nombre de messages : 4077
Date d'inscription : 17/10/2009

MessageSujet: Re: LE MAL AU FEMININ    Sam 27 Mai - 16:03

Beurk mais qu'elle horreur !
ceci dit on disait " tout condamné aura la tête tranchée" ... on ne mentait pas  What a Face
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: LE MAL AU FEMININ    

Revenir en haut Aller en bas
 
LE MAL AU FEMININ
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 3 sur 3Aller à la page : Précédent  1, 2, 3
 Sujets similaires
-
» MASCULIN FEMININ
» femme de mili et gendarme feminin
» soirée catch le 13 septembre à Is Sur Tille :compte rendu !!
» la première femme commandant d’un navire de la marine belge
» Le Catch expliqué au nul

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Mosaïque :: Bibliothèque :: HISTOIRE D'AMOUR DE ...-
Sauter vers: