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 LE MAL AU FEMININ

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epistophélès

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 18 Mai - 20:19

Larry se croit retourné quinze ans plus tôt, quand sa camarade de collège et lui se déclaraient leur flamme sur les gradins du stade. Du coup, il en oublie la pauvre Rozanna. Tout va recommencer ; la vie va lui sourire comme avant !

Larry Davis ne peut, évidemment, deviner que tout cela est faux, que Joy lui ment, qu'elle est plus perverse que jamais. Il ne peut pas le deviner parce que sa conduite est totalement irrationnelle, incompréhensible. Il ne lui a rien fait, mais elle a toujours une seule idée en tête ; le détruire.

6 juin 1986. Trois ans ont passé. Le couple habite toujours le ranch et Joy semble avoir tenue parole. Ce jour-là, au matin, Larry est seul au ranche. Le téléphone sonne. C'est Joy.

- Je vais venir avec maman. Nous voudrions faire une promenade à cheval. Est-ce que tu pourrais préparer les bêtes ?

Larry Davis accepte. La présence de sa belle-mère ne le gêne pas. Il s'est toujours bien entendu avec elle. Il se rend aux écuries. Elles abritent ce qu'on fait de mieux comme chevaux.
Dan Kennedy, un des nombreux employés du ranch, règne sur ce domaine. Larry Davis lui annonce les intentions de sa femme et de sa belle-mère.

- D'accord. Je vais leur prendre des juments faciles.

Les bêtes sont sorties et, sous le beau soleil de juin, les deux hommes attendent. En face d'eux, derrière une clôture peinte en blanc, se dresse un petit bois. Les minutes passent. Au bout d'une demi-heure, Larry Davis commence à s'impatienter.

- Qu'est-ce qu'elles font ? Elles se moquent de nous ou quoi ?

Il est en train de prononcer cette phrase, lorsque des claquements éclatent en provenance du petit bois, accompagnés de sifflements aigus. Larry comprend qui'l s'agit de coups de feu et se jette à terre. Dan Kennedy a moins de présence d'esprit : il reste debout et une balle l'envoie au sol. Il n'est heureusement blessé qu'à l'épaule.
Les tireurs doivent s'estimer satisfaits, car la fusillade cesse. Il n'y a plus le moindre coup de feu non plus quand Larry Davis se met à courir vers le téléphone pour prévenir la police.

Les policiers soupçonnent aussitôt Joy. Elle est pressée de questions.

- Il n'y avait que vous qui sachiez où se trouvait votre mari à ce moment-là. Est-ce vous qui avez tiré ou est-ce que vous avez recruté des complices ?
- Ce n'est pas moi. On en voulait aux Aylor à cause de leur argent.
- Pourquoi n'êtes-vous pas venue faire cette promenade à cheval ?
- J'ai changé d'avis.
- Vous avez dit que vous viendriez avec votre mère. Or, elle n'était même pas au courant.
- Je voulais venir avec elle, mais je n'ai pas réussi à la joindre.
- Ce ne peutêtre que vous. Avouez !...

Mais Joy n'avoue pas. Elle n'est pas femme à se laisser intimider. Elle tient tête à la police avec une parfaite assurance et l'enquête s'arrête faute de preuves.

Quelqu'un, pourtant,n'a pas besoin d preuves, c'est Larry Davis. Après l'attaque manquée contre lui, il se sépare de nouveau de Joy et entame une procédure de divorce. Vu les circonstances, il n'a aucun mal à l'obtenir. Il quitte même le Texas et va s'installer à l'autre bout des Etats-Unis, en Virginie, où habitent ses parents.

C'est là qu'il apprend la nouvelle : début 1988, Joy est arrêtée. La police a reçu une dénonciation l'accusant du meurtre de Rozanna Gailiunias et de la tentative manquée contre lui.
La milliardaire aurait, pour cela recruté trois tueurs. Le nom de l'informateur est tenu secret, mais pour qu'il ait été pris immédiatement au sérieux, il devait s'agir de quelqu'un de très bien renseigné, probablement de l'un des tueurs.

Joy Aylor se retrouve en prison. Conformément à la loi du Texas, elle peut en sortir, peu après, contre le versement d'une caution de 140 000 dollars, mais elle reste inculpée et passera en jugement pour meurtre et tentative de meurtre. En outre, l'affaire connaît un grand retentissement dans les médias du Texas, qui ont tous pris position contre elle et l'ont surnommée "la diabolique de Dallas".
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epistophélès

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 18 Mai - 21:07

Quand elle rentre chez elle, elle se retrouve face à face avec son fils Christopher, à présent âgé de 19 ans. Christopher lui ressemble, enfin, ressemble à ce qu'elle était avant sa métamorphose : il est sage et sérieux. Depuis la séparation de ses parents, il vit avec elle, ne passant avec Larry que ses vacances. Mais il la regarde, pour le première fois, bizarrement. Il a forcément vu et entendu ce qu'on dit sur elle et il a visiblement été ébranlé.
Elle en est bouleversée.

- Christopher, tu ne me crois pas coupable ?
- Non... Bien sûr que non...

Joy sent que quelque chose a changé. Il y a maintenant chez son fils des regards, des silences qui en disent long. On dirait qu'elle lui fait peur et peur-être même horreur.

Alors, pour le garder, elle le couvre de cadeaux. Rien n'est trop beau pour lui et ses moyens illimités. Pour Noël 1989, elle lui offre une voiture de sport du dernierm odèle.

Les voitures ne sont pas la passion de Christopher, qui ne ressemble pas, en cela, aux autres garçons. Il va quand même l'essayer avec un camarade et, comme celui-ci en meurt d'envie, lui confie le volant. Un geste qui lui est fatal. Le camarade rate un virage. Lui-même s'en tire indemne, mais Christopher est tué sur le coup.

De désespoir de Joy est sans limites, mais même dans sa douleur, elle continue à faire preuve de toute sa méchanceté. Elle décide que Christopher sera inhumé dans son ranch et non au cimetière. Elle pourra ainsi se rendre sur sa tombe, mais pas Larry.

Bien entendu, ce dernier n'est pas d'accord et, comme Joy reste intransigeante, il est obligé de faire un procès. L'action en justice retarde les funérailles et le cercueil reste quarante-huit heures dans l'église avant de prendre le chemin du cimetière, Larry l'ayant emporté...

Joy Aylor est seule, désormais, face à son destin, c'est-à-dire la cour d'assises de Dallas. Elle prend pour défenseur Mike Wilson, un avocat véreux, en instance d'être radié du barreau pour trafic de drogue et qui est, depuis peu, son amant.
S'il est véreux, maître Wilson connaît tout de même son métier. Il comprend tout de suite que la situation de Joy est sans espoir.

- Tu dois fuir, c'est ta seule chance.

Joy Aylor ne s'inquiète pas des difficultés de la chose. Elle ne pose qu'une condition :

- D'accord, mais tu viens avec moi !

Mike Wilson a, lui-même, tout à craindre en restant aux Etats-Unis. Il accepte et, le 7 mai 1990, avant veille du procès, tous deux s'enfuient au Canada.
Ils ne restent pas longtemps ensemble. L'avocat ne peut supporter plus de quelques semaines sa bouillante compagne. Le 15 juillet, il se rend aux policiers canadiens en leur déclarant :

- J'en avais marre d'être avec elle !

Quant à Joy, elle a continué sa cavale, sans lui dire où elle allait...

Pendant ce temps, le procès s'est ouvert en son absence et le 4 août, Joy Aylor, reconnue coupable d'avoir commandité le meurtre de Rozanna Gailiunias et la tentative de meurtre contre Larry Davis, est condamnée à mort. Elle se vvoit, en outre, infliger la fabuleuse amende de 31,2 millions de dollars. Dix millions de dollars sont à verser pour "la détresse émotionnelle de Larry", vingt millions pour le meurtre et la tentative de meurtre, le reste allant aux frais de dossier.

Au moment du verdict, Joy est au Mexique où elle se cache sous le nom d'Edith Sharp, une amie d'enfance décédée, dont elle apris les papiers. La police ayant retrouvé sa trace, la fugitive emploie les grands moyens et se réfugie en Europe : successivement en Allemagne, à Genève et sur la Côte d'Azur où elle arrive, début 1991.

Elle décide de s'y fixer et se livre à une prodigieuse métamorphose, pour échapper à ses poursuivants. Elle se rend aussi insignifiante que possible. Elle, la milliardaire aux allures de vamp se transforme en petite bourgeoise habillée comme tout le monde. Elle s'installe dans une villa modeste de Vence, qu'elle loue 3 000 francs par mois. Elle apprend le français et se fait des amis dans le voisinage. Elle leur raconte qu'elle est l'épouse d'un homme d'affaires qui voyage en Afrique.

Malheureusement pour elle, elle ignorait que le nom d'Edith Sharp était connu d'Interpol et c'est sous ce nom qu'elle a loué une voiture en arrivant à l'aéroport. C'est par cet intermédiaire qu'on remonte jusqu'à elle : le 10 mars 1991, elle est arrêtée par la police française.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 18 Mai - 21:41

"Elle proteste, mais elle est emmenée au commissariat où elle est bien obligée d'avouer qu'elle vivait sous un faux nom. C'est le milieu de la matinée... Comme elle n'a pas eu le temps de se laver, elle demande à prendre une douche. La requête est acceptée. Un agent féminin la conduit et reste en faction devant la porte.
Quelque temps plus tard, la femme policier appelle et, n'obtenant pas de réponse, entre. Joy Aylor est allongée sur le carrelage. Son sang s'échappe de ses poignets et se mêle à l'eau de la couche. Elle s'est ouvert les veines avec une lame qu'elle avait réussi à dissimuler.
Tandis qu'on appelle les secours, on peut l'entendre répéter :

- Je ne veux pas être exécutée. Je préfère me tuer moi-même.

Joy Aylor est conduite dans le pavillon réservé aux prisonniers de l'hôpital Pasteur, à Nice. Une semaine après son arrivée, elle est déclarée hors de danger et inculpée de faux et usage de faux en documents administratifs. Elle comparaît, en septembre 1991, sous ce chef d'accusation, devant le tribunal correctionnel et s'entend condamner à trois mois de prison.

Mais tout cela n'est que secondaire, c'est peu après que se joue son sort. Il est entre les mains du Conseil d'Etat. Les Etats-Unis ont déposé une demande officielle d'extradition. Mais la France, qui a aboli la peine de mort en 1981, a pour règle de refuser l'extradition vers un pays où elle est en vigueur, à plus forte raison, pour une personne qui, comme Joy Aylor, a été condamnée à la peine capitale.

De longues tractations ont donc lieu avec les autorités judiciaires du Texas. Les Texans, comprenant qu'ils n'obtiendront jamais gain de cause si Joy risque la mort, acceptent de commuer sa peine en détention à perpétuité et l'extradition est acceptée.

Rentrée au pays, la "diabolique de Dallas" est incarcérée dans la prison pour femmes de Mountain View, à Gatesville, Texas... Elle y est toujours. Elle a fait, en mars 2011, une demande de libération conditionnelle, qui a été refusée. La date pour déposer une nouvelle demande n'a pas encore été fixée.

C'est en prison qu'elle a appris le sort des hommes de main qu'elle avait recrutés. Ce sont les mêmes qui lui ont servi pour assassiner Rozanna Gailiunias et tenter de tuer Larry : George Hopper et les frères Buster et William Matthews... En réalité, elle n'avait jamais accepté que Larry la remplace par une autre femme.
Conformément à ses instructions, les trois hommes se sont présentés chez Rozanna, sous l'apparence de livreurs de fleurs. Ils se sont jetés sur elle et l'ont emmenée dans sa chambre. Conformément à ses instructions également, ils l'ont longuement torturée avant de l'abattre.
On ne peut pas dire que la jalousie ait été le mobile de Joy. Pour cela, il aurait fallu qu'elle ait des sentiments pour Larry, or, non seulement, elle ne l'aimait plus, mais elle le détestait au point de vouloir le tuer lui aussi.D'où la tentative de meurtre contre lui. Là, ses hommes de main n'ont guère été consciencieux : ils se sont contentés d'une brève fusillade, avant de disparaître.

La police n'a pas brillé non plus. Dans le premier cas, elle ne l'a pas soupçonnée ; dans le second, elle n'a pas réussi à réunir assez de preuves contre elle. Il a fallu une initiative des meurtriers eux-mêmes pour que la vérité soit connue. Les frères Matthews se sont dénoncés et ont dénoncé leur complice George Hopper.

Cela leur a permis de bénficier d'une certaine bienveillance, au cours de leur procès, qui a eu lieu indépendamment de celui de Joy. Ils ont été condamnés à la perpétuité, tandis qu'Hopper se voyait infliger la peine capitale. Ce dernier n'a bénéficié d'aucune indulgence. Il a été exécuté par injection létale, le 8 mars 2005.

Tels sont les faits criminels. Mais l'aspect psychologique, dont il n'a jamais été question dans cette affaire, Joy Aylor n'ayant pas été examinée par des psychiatres,
garde tout son mystère. Qu'est-ce qui a pu transformer une jeune, jolie et riche jeune femme en "diabolique" ? La question, il faut le craindre, restera sans réponse."
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 18 Mai - 22:24

LES POISONS DE LA MARQUISE

Marie-Madeleine Dreux d'Aubray naît le 2 juillet 1630. Son père, Antoine d'Aubray est lieutenant civil du Châtelet, ce qui en fait un des responsables de la police du royaume. Aînée de cinq enfants, Marie-Madeleine reçoit une excellente éducation. Elle est également dotée de tous les charmes de la nature. De petite taille, mais idéalement faite, elle possède une abondante chevelure châtain et surtout des yeux bleus absolument extraordinaires.

En mai 1651, la belle se marie avec Antoine Gobelin, marquis de Brinvilliers. S'il est d'une excellent famille, fils d'un président de la Cour des comptes, ses qualités morales ne sont guère à l'avenant. Il est effronté, de moeurs dissolues et surtout joueur. Il perd des fortunes aux cartes. En outre, malgré les attraits de celle-ci, il ne se montre guère épris de son épouse et il s'en désintéresse rapidement au profit de ses innombrables maîtresses.

Délaissée, la nouvelle marquise se console en s'achetant tout ce qui'l y a de plus beau et de plus cher : des robes, des bijoux, des carrosses... Le couple s'est installé dans un luxueux hôtel du Marais, rue Neuve-Saint-Paul (aujourd'hui, rue Charles-V), mais les époux ne cessent de se disputer : elle lui reproche ses pertes au jeu, il lui reproche ses frais de toilette et d'équipage.

Les années passent. Ils font quand même des enfants, mais ce n'est pas cela qui les rapproche. Et c'est alors que se produit l'événement décisif... Un beau jour, Antoine de Brinvilliers arrive dans l'hôtel particulier avec un de ses compagnons de débauche.

- Ma chère, voici monsieur de Sainte-Croix s'appelle en réalité Godin. C'est un des innombrables parasites qui gravitent dans la haute société parisienne. Il en a les défauts, mais aussi les qualités. S'il est totalement dénué de scrupules, il est beau parleur et beau tout court. Âgé d'environ 35 ans, il a le corps élancé, le visage viril et un sourire irrésistible.

Il remarque tout de suite que la marquise se morfond et n'attend qu'un mot de lui. Seulement il hésite : il vit des largesses du marquis et ne peut le mécontenter. Pourtant, il ne tarde pas à s'apercevoir que, non seulement ce dernier ne verrait aucune objection à ce qui'l ait une liaison avec sa femme, mais que c'est peut-être pour cela qu'il l'a fait venir chez lui.
Alors, il entreprend sa cour. Marie-Madeleine de Brinvilliers tombe aussitôt dans ses bras et ne tarde pas à devenir follement amoureuse de lui.Pour la marquise de Brinvilliers, il ne s'agit pas d'une passion passagère, mais d'en grand amour. Elle s'affiche publiquement avec Sainte-Croix et, si certains en sont choqués, ce n'est pas le cas du marquis, qui peut désormais mener sa vie dissolue comme il l'entend.

En fait, le danger, pour la marquise ne vient pas de son époux complaisant, mais de sa propre famille. Son père Antoine d'Aubray est en charge d'un des plus hauts postes de police du pays et le fait que sa fille aînée, non seulement soit adultère, mais s'affiche ouvertement avec un aventurier, jette le discrédit sur lui-même et sa fonction...
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Ven 19 Mai - 19:09

L'une des institutions les plus connues de l'Ancien Régime (et qui a contribué à sa perte) est celle des lettres de cachet. Elles permettent aux personnes proches du roi de faire interner sans jugement, et même sans qu'il y ait délit, une personne qui leur cause du tort. L'intéressé est conduit à la Bastille et la durée de son emprisonnement dépend uniquement de l'arbitraire du souverain.

Antoine d'Aubray fait partie des quelques privilégiés qui ont assez d'influence pour obtenir ce service du roi. Le roi signe la lettre de cachet, mais l'intéressé n'ayant rien fait de vraiment grave, il fixe son internement à six semaines. Son interlocuteur se confond en remerciements. Il ne se doute pas qu'il vient de déclencher un mécanisme mortel, dont il sera la première victime.

A la Bastille, Sainte-Croix fait une curieuse rencontre : un Italien du nom d'Exili. Ils finissent par se lier d'amitié et l'Italien lui confie son secret.

- Sais-tu comment te débarrasser de quelqu'un ?
- Non et je ne le ferai jamais, c'est trop dangereux !
- Cela dépend du moyen que tu utilises. S'il est grossier, sanglant, certainement, mais si c'est un moyen subtil, invisible, le poison...

Exili prend un air de confidence, puis, ajoute à mi-voix :

- Il n'y a qu'un homme qui sache vraiment le fabriquer : Maître Glaser, place Maubert. Si jamais un jour tu en as besoin, va le voir de ma part.

Au bout de six semaines, Sainte-Croix retrouve Marie-Madeleine. Après l'émoi et les transports des retrouvailles, elle lui déclare, avec fougue :

- Je ne pardonnerai jamais à mon père ce qu'il nous a fait. J'ai juré sa mort !

Il essaie de la calmer, de la modérer, de lui faire entendre raison, mais il n'y à rien à faire. Il découvre en elle une femme qu'il ne connaissait pas : violente et animée d'une volonté inflexible. Or, il n'a aucune envie d'être entraîné dans une affaire de parricide. Il a tout à perdre, y compris la vie et rien à y gagner. Mais la marquise repousse l'objection.

- Tu y as un grand intérêt, au contraire ! Si mon père meurt, j'hériterai et j'aurai, nous aurons beaucoup d'argent !

Elle se tait un instant. Ses beaux yeux bleus se chargent de contrariété.

- Seulement, je ne sais pas comment faire...

Sainte-Croix ne peut s'empêcher de se remémorer sa conversation avec Exili. Il finit par se laisser convaincre par sa maîtresse et, quelques jours plus tard, il se rend place Maubert... Maître Glaser n'est nullement un charlatan, c'est un authentique savant. De nationalité suisse, Christopher Glaser est apothicaire ordinaire du roi et auteur de découvertes chimiques remarquables.
En parallèle, des bruits inquiétants circulent sur lui, sans qu'il y ait, toutefois, de preuve absolue.
Il accueille Sainte-Croix avec méfiance, mais quand ce dernier cite le nom d'Exili, tout change.

- Soyez le bienvenu ! Que désirez-vous ?
- Du poison.

Glaser a un hochement de tête et le conduit devant une cornue contenant un liquide brunâtre.

Un mélange d'arsenic, de sublimé de mercure et de bave de crapaud. Donné à petites doses, il provoque un pourrissement progressif des entrailles, qui ressemble en tout point à l'effet d'une tumeur maligne. Il est recommandé de le faire sécher et de le recueillir sous forme de poudre.

Sainte-Croix renifle l'odeur pestilentielle qui s'en dégage.

- Et il n'a pas un goût désagréable ?
- Pas si vous le mélangez à un mets très épicé ou, au contraire, très sucré.

A partir de ce moment-là, la machine criminelle se met en place. La marquise de Brinvilliers est une femme patiente et organisée. Avant de tuer son père, elle décide de procéder à des expérimentations en administrant le poison à des inconnus.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, cela ne présente pas de difficulté particulière. A cette époque, beaucoup de grandes dames ont l'habitude de porter des plats aux malades démunis de l'Hôtel-Dieu. La marquise s'empresse de se joindre à leur charitable cohorte, ce qui lui vaut des louanges unanimes. Son initiative est interprétée comme la manifestation publique de son amendement. Et la nouvelle parvient également aux oreilles d'Antoine d'Aubray, qui ne doute plus du repentir de sa fille.

Marie-Madeleine de Brinvilliers va donc apporter aux malades miséreux des petits pâtés au poivre ou des beignets à la confiture. Elles les visite régulièrement et témoigne de la plus grande compassion, en les voyant s'éteindre jour après jour dans d'atroces souffrances. Parfois, elle augmente les doses et apprend, surprise, qu'ils sont morts le lendemain... Elle a lieu d'être satisfaite ; non seulement la poudre est efficace, mais à aucun moment, elle n'a provoqué le moindre soupçon. Elle-même a acquis, au contraire, une réputation de générosité, presque de piété. Après avoir été un objet de scandale, elle devient un exemple...
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Ven 19 Mai - 19:56

Trois ans ont passé... Marie-Madeleine s'est depuis longtemps réconciliée avec son père. Antoine d'Aubray a complètement oublié les tracas que sa fille lui a causés jadis. Bien sûr, il sait qu'elle est toujours avec son amant, mais cela ne le gêne pas. Elle ne se montre plus avec lui, c'est cela qui compte.
Il lui demande de venir passer quelque temps dans son château, à la campagne. La marquise s'empresse d'accourir. Elle tient à faire une partie de la cuisine elle-même et, comme il tombe malade, le soigne avec un dévouement admirable.

Tout cela ne dure pas moins de huit mois, jusqu'à sa mort le 6 septembre 1666, due, selon son médecin, à une tumeur maligne. Marie-Madeleine touche une part importante de l'héritage et son frère, Antoine d'Aubray fils, devient possesseur de la charge de lieutenant civil de Paris. La marquise de Brinvilliers a réussi sur toute la ligne.

Il y a pourtant une ombre à ce tableau : son amant. Depuis que sa maîtresse a hérité de cette petite fortune, il réclame énormément d'argent. Il ne s'agit pas de chantage, car une dénonciation le compromettrait lui aussi, mais simplement d'exigences et la marquise, qui est toujours aussi amoureuse, ne sait rien lui refuser. Tant et si bien qu'au bout d'un an, elle a dilapidé tout l'héritage paternel et n'a plus rien à lui donner.
Alors, elle n'hésite pas, elle va tuer de nouveau !

Des dispositions testamentaires ont laissé dans l'indivision des biens importants et, si ses frères mouraient, elle aurait des rentrées supplémentaires. Il se trouve que ceux-ci, Antoine fils et Louis habitent ensemble. Antoine est marié à une femme austère et prude qui la déteste ; Louis, célibataire, partage leur hôtel particulier à Paris... Marie-Madeleine a-t-elle eu dans sa jeunesse, comme elle s'en est accusée par la suite, des relations incestueuses avec ces deux-là ? C'est bien possible, mais si c'est exact, cela n'a pas fait naître de sentiments suffisants pour la détourner de son projet.

Si donc, pour elle, il n'y a pas d'obstacle moral, il reste un obstacle matériel : elle ne peut administrer le poison elle-même, comme elle l'a fait pour son père. Pour ne pas éveiller les soupçons, la poudre doit être donnée à petites doses pendant des mois, et il est exclu qu'elle aille vivre aussi longtemps avec ses futures victimes.
Il lui faut donc introduire chez eux un homme de main et elle pense à un de ses anciens valets, nommé La Chaussée. Elle le sait totalement dénué de scrupules et elle ne se trompe pas : il accepte sans sourciller, moyennant bien sûr une importante rétribution. Il se fait engager chez Antoine d'Aubray. Les meurtres peuvent se poursuivre...
La Chaussée est véritablement la perle des domestiques !
Chacun l'apprécie pour son caractère aimable et il sait tout faire ; ils excelle, en particulier, dans la cuisine. Le second Antoine d'Aubray ne tarde pas à tomber malade. La Chaussée le soigne de manière irréprochable et tout le monde lui adresse des éloges, à commencer par l'acariâtre belle-soeur de la marquise. Malheureusement, le 17 juin 1670, Antoine d'Aubray, lieutenant civil de Paris, rend l'âme à Dieu, des suites, déclare doctement son médecin, d'une tumeur maligne.

C'est maintenant au tour de Louis d'Aubray d'apprécier la cuisine tantôt épicée, tantôt sucrée de La Chaussée. Lors de la maladie qui suit, son valet le soigne avec un dévouement si admirable que celui-ci, non seulement est sans méfiance, mais le couche sur son testament pour cent écus ! Il meurt trois mois après son frère, en septembre 1670. Encore une fois, les médecins concluent à une mort naturelle.

Un homme se montre plus perspicace qu'eux : le marquis de Brinvilliers. Il est certain que sa femme est une empoisonneuse, mais cela ne le dérange pas. La seule chose qu'il voit, c'est qu'avec les héritages successifs qu'elle fait, elle a beaucoup d'argent et qu'il pourra éventuellement lui en demander, pour éponger ses dettes... Il se méfie, pourtant. Et s'il lui prenait l'idée de l'empoisonner, lui aussi ? Il mange le plus souvent hors de chez lui, et, quand ce n'est pas le cas, il refuse de toucher à tout plat suspect.

Le marquis n'a pas tort, car il est bel et bien la prochaine victime sur la liste de la marquise. Cette fois, il s'agit d'un projet personnel, dont elle n'a parlé à personne et, de plus, désintéressé : elle est toujours aussi amoureuse de Sainte-Croix et elle veut tout bonnement devenir veuve pour l'épouser ! Seulement, ce dernier, qui n'éprouve toujours aucune affection pour elle, n'en a pas la moindre envie et il a deviné ses intentions.

C'est peu de temps après que se produit le rebondissement capital de l'affaire : le 31 juillet 1672, on retrouve Sainte-Croix mort, dans le laboratoire qu'il s'était fait installer, place Maubert. On ne saura jamais avec certitude la cause de son décès, sans doute s'est-il empoisonné, en pratiquant ses dangereuses manipulations.
Le désespoir de la marquise de Brinvilliers est sans nom, mais tout à sa douleur, elle néglige de se préoccuper de sa sécurité. Elle a tort... La police perquisitionne au domicile de son amant. Elle ne trouve rien de spécial, en particulier aucun poison, mais elle découvre, dissimulée dans un placard, une cassette rouge, portant l'inscription "A n'ouvrir qu'en cas de mort antérieure à celle de la marquise".

On y trouve une correspondance enflammée entre Sainte-Croix et madame de Brinvilliers, ainsi que de la poudre, beaucoup de poudre. On teste celle-ci sur des animaux, qui meurent rapidement. Apprenant cela, La Chaussée s'enfuit. La marquise, elle, choisit de rester, se pensant insoupçonnable. Mais sa belle-soeur porte plainte contre elle pour empoisonnement, elle prend la fuite à son tour. La Chaussée est arrêté début septembre. Il est jugé, condamné et roué vif, après avoir étéé soumis à la question. Bien qu'il n'ait rien avoué concernant la marquise, elle est condamnée à mort par contumace.


Vais préparer la bouffe. Je reviens après. ........ Very Happy
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Ven 19 Mai - 20:32

Après s'être réfugiée en Angleterre, la marquise se cache en Picardie, puis aux Pays-Bas. Elle est finalement découverte dans un couvent de Liège et arrêtée... Sa noblesse lui vaut le privilège de comparaître devant la plus haute juridiction du royaume, la chambre de la Tournelle. Les débats vont s'étaler sur quatre mois, d'avril à Juillet 1676...

La chambre est présidée par Guillaume de Lamoignon, premier magistrat de France, président du Parlement de Paris. Mais c'est l'accusée que chacun veut apercevoir, car l'affaire connaît une popularité extraordinaire. A Paris et à Versailles, chacun ne parle plus que de "La Brinvilliers".

A vrai dire, elle n'a rien de bien effrayant. Elle est petite, jolie, un peu boulotte. Elle a l'air d'une gentille bourgeoise, pas de la cruelle aristocrate qu'on imaginait. Mais on va se rendre compte tout de suite qui'l ne faut pas se fier aux apparences et que l'affaire est aussi horrible que le dit la renommée.

Le procès comment par la lecture d'une confession manuscrite trouvée sur l'accusée. Elle est proprement monstrueuse :


"Je m'accuse d'avoir commis des incestes trois fois la semaine, et peut-être trois cent fois en tout. J'ai eu envie sur mon frère. J'ai commis plusieurs adultères avec un homme marié, quatorze ans durant. J'ai deux enfants parmi les miens qui sont de son fait. Je m'accuse qu'un garçon m'a prise dès l'âge de 7 ans. Je m'accuse d'avoir fait des attouchements avec mon frère avant 7 ans.
Je m'accuse d'avoir empoisonné mon père. C'était pour avoir son bien. J'ai fait empoisonner mes deux frères.

Je m'accuse d'avoir donné cinq ou six fois du poison à mon mari. Le regret me prit. Je l'ai bien fait traiter et il en est guéri...


Durant la lecture de la confession, chacun peut remarquer que l'intéressée reste parfaitement impassible. Et c'est l'attitude qu'elle va adopter pendant toute la suite du procès : elle est froide, dédaigneuse, méprisante.

Pourtant, les faits sont accablants, le meurtre de son père, surtout. C'est le temps qu'elle y a mis et la perfidie dont elle a fait preuve qui impressionnent le plus le public. Madame de Sévigné, qui est présente, écrira plus tard :

"Assassiner, c'est une bagatelle en comparaison d'être huit mois à tuer son père, et à recevoir toutes ses caresses et toutes ses douceurs, où elle ne répondait qu'en doublant toujours la dose..."

A l'issue des débats, le président Lamoignon prononce le verdict : la marquise de Brinvilliers est condamnée à avoir la tête tranchée, son corps brûlé et les cendres jetées au vent, après avoir été soumise à la question ordinaire et extraordinaire.

Rentrée dans sa cellule, la marquise y trouve son confesseur, un certain abbé Pirot, qui sait se montrer persuasif et la convainc de tout avouer. Aussi, le lendemain, 17 juillet 1676, dernier jour de son existence, elle dit tout à ses juges, dans la chambre de torture de la Conciergerie.

6 J'ai utilisé l'arsenic, le mercure et le venin de crapaud. Mes seuls complices ont été Sainte-Croix et La Chaussée...

Elle a tout dit, mais cela ne l'empêche pas d'être soumise à la question. En l'occurrence, il s'agit du supplice de l'eau. On lui en fait absorber la quantité incroyable de 18 litres, tout cela pour lui arracher des aveux qu'elle a déjà consentis... La journée est déjà avancée, lorsque commence le supplice. Elle est conduite en tombereau à Notre-Dame, pour l'amende honorable, puis à la place de Grève, pour son exécution.

Elle fait preuve d'un courage exemplaire et la foule, qui au début la maudissait, lui manifeste maintenant sa compassion. Le bourreau lui lie les mains, lui bande les yeux et la prie de poser sa tête sur le billot. Elle s'exécute sans trembler et le coup est si précis que la tête tranchée reste un instant en place, avant de rouler au sol. Puis le corps est jeté au bûcher, qui, allumé depuis un moment déjà, lance de grandes flammes."


FIN
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Ven 19 Mai - 22:29

L'ART D'ÊTRE GRAND-MERE

On travaille dur, chez les Hazle, à Blue Mountain, dans l'Alabama. Cela n'empêche pourtant pas la pauvreté. La ferme familiale est vaste, mais la terre est ingrate et ne permet que de faire pousser un maïs médiocre. Si on y ajoute quelques poules, les revenus parviennent tout juste à nourrir le père, la mère et leur progéniture.

Nancy, qui voit le jour en 1905, est le quatrième enfant du couple, toutes des filles. On ne l'appellera jamais par son prénom véritable, mais par le surnom de "Nannie". Toute jeune, Nannie est employée aux tâches faciles, comme la nourriture de la volaille. Plus tard, elle travaille aux champs. Elle devrait aller à l'école, mais son père ne l'y envoie que rarement, malgré les protestations de l'instituteur.

Durant ces années difficiles, elle n'a qu'un seul souvenir de distraction et encore, l'affaire s'est bien mal terminée ! Lorsqu'elle a 10 ans, elle prend le train pour rendre visite à une tante. Malheureusement, en raison d'un obstacle sur la voie, le conducteur freine brusquement et elle est projetée la tête la première sur la barre de fer du siège en face. Elle perd connaissance et, pendant longtemps, elle sera sujette à des maux de tête.

A 15 ans, Nannie termine sa scolarité, ou ce qui en a tenu lieu, et la discipline qui règne à la ferme lui devient brutalement insupportable. Elle a envie de connaître les plaisirs de son âge, d'autant qu'elle est jolie. Elle est ce qu'il est convenu d'appeler une brune piquante et elle se sent tout à fait capable de plaire aux garçons. Mais, pour son père, il n'en est pas question. Il interdit à ses filles les jolies coiffures, le maquillage et les belles robes. Elles n'ont pas le droit d'aller aux fêtes qui se donnent à Blue Mountain et dans les villages voisins. La seule sortie autorisée est la messe du dimanche, en compagnie de leur mère.


Face à cette attitude, Nannie choisit la ruse plutôt que l'affrontement. Elle va trouver son père :

- Le travail aux champs ne me plaît pas. Je préfère aller à la fabrique.

Il existe, en effet, une usine de fil de lin dans la région. Monsieur Hazle ne l'entend pas ainsi.

- Pas question, j'ai besoin de toi à la ferme.
- Réfléchis un peu. Si je rapporte mon salaire à la maison, cela fera beaucoup plus...

Monsieur Hazle réfléchit et trouve qu'effectivement l'idée est bonne. Nannie va donc à la fabrique et, à partir de ce moment, les choses ne traînent pas. Jolie comme elle est, elle voit les hommes lui tourner autour et elle ne tarde pas à faire son choix.
L'élu se nomme Charley Braggs. C'est un beau garçon de son âge, solide et d'un naturel facile. Cette fois le père n'a plus rien à dire et elle part s'installer avec son mari. Dans son soulagement d'avoir échappé à la ferme, elle est certaine d'aller vers une existence meilleure. Elle a tort. Charley est très attaché à sa mère et lui demande de venir habiter avec eux. Madame Braggs mère est une vieille dame acariâtre et tyrannique, qui se plaint perpétuellement d'être malade, pour qu'on s'occupe d'elle...

Nannie a 17 ans, quand elle donne naissance à son premier enfant, une fille prénommée Melvina. Mais cela ne rapproche pas le couple. Charley Braggs se révèle un alcoolique invétéré, toujours à traîner dans les bars. En plus, il est infidèle. Il multiplie les aventures sans même se cacher. Il lui arrive de déserter le foyer conjugal plusieurs jours et de revenir sans explication.
Cela ne l'empêche pas de faire des enfants. En 1927, à l'âge de 22 ans, Nannie accouche de sa quatrième fille, Florine. Mais c'est alors que se produit le premier des événements dramatiques qui vont jalonner son existence : ses deux filles intermédiaires meurent soudainement. Elles sont en bonne santé le matin et à midi, elles sont mortes. Le double décès fait grand bruit dans le voisinage. La rumeur arrive jusqu'au shérif, qui décide pourtant de ne rien faire. Il n'y aura pas de suites judiciaires.

Charley, lui, n'a pas besoin d'enquête : il est certain qu'il s'agit de meurtres. Il n'en comprend pas la raison, mais cela ne change rien et, de plus, il a la certitude qu'il sera la prochaine victime. Il prend la fuite avec Melvina, alors âgée de 5 ans. Il rentre un an plus tard. Entre-temps, madame Braggs mère, qui était restée seule avec Nannie, est morte d'une soudaine et mystérieuse maladie. Malgré le chagrin qu'il en éprouve, Charley pense d'abord à lui. Il demande le divorce et, dès qu'il l'a obtenu, il part vivre ailleurs, tandis que Nannie rentre chez ses parents, avec Melvina et Florine.

Fin du premier acte. Il y en aura cinq, comme dans les tragédies classiques... Nannie, qui a repris son poste à la manufacture de lin, décide de ne pas perdre du temps. Elle passe des annonces matrimoniales dans le journal local et ne tarde pas à trouver un remplaçant à Charley. Il semblerait, cette fois, qu'elle ait trouvé l'oiseau rare. Le nouvel élu, Frank Harrelson, a 23 ans, comme elle. Il possède un physique de cinéma et il écrit de la poésie.

Inutile de dire que, quand il lui propose le mariage, Nannie accepte immédiatement et déménage pour Jacksonville, la ville natale de Frank, avec Melvina et Florine. Mais une nouvelle fois, la déception est au rendez-vous. Tout comme son mari précédent, Frank se révèle alcoolique et brutal, ce qui n'empêchera pas leur mariage de durer seize ans. Frank est particulièrement violent avec les deux filles, qui préfèrent quitter le foyer, en se mariant très jeunes.
C'est ainsi que Nannie devient grand-mère à l'âge précoce de 37 ans. En 1943, son aînée Melvina donne naissance à un fils, Robert. Deux ans plus tard, elle accouche d'une fille. La délivrance est difficile, mais Nannie assiste Melvina de son mieux et l'enfant est bien portant et vigoureux.

C'est ici que se produit le second événement dramatique et troublant de la vie de Nannie. Melvina s'endort, épuisée, mais quand elle se réveille, sa fille est morte dans les bras de sa mère. Durant son sommeil, elle a fait un rêve étrange : sa mère enfonçait une aiguille à chapeau dans la tête du bébé. La chose est tellement absurde qu'elle se dit que ce n'était précisément qu'un rêve. Le médecin diagnostique une mort subite du nourrisson et les choses en restent là.

Du moins, elles en restent là pour l'instant, car, six mois plus tard, l'aîné Robert meurt à son tour dans des circonstances mystérieuses, alors qu'il avait toujours été en excellent santé. Le médecin ne peut déterminer la cause exacte de sa mort. Il n'y a pas d'enquête et Nannie touche l'assurance vie qu'elle avait contractée sur son petit-fils. Sa fille a pourtant trouvé la chose étrange.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Sam 20 Mai - 18:32

Un décès dont la cause est évidente, c'est celui de Frank Harrelson quelques semaines plus tard : il s'est empoisonné avec de la mort aux rats. Il y en avait un paquet à la maison pour se débarrasser des rongeurs et il l'a confondu avec le sucre. Nannie, qui ne manifeste pas un chagrin excessif, répète aux uns et aux autres, en guise d'oraison funèbre :

- Je lui avais dit de faire attention, mais il devait être saoul, comme d'habitude.

En attendant, elle est une nouvelle fois veuve et elle doit se chercher un mari. Cette fois, elle met plus de temps. Au bout de deux ans, elle ne fait guère un meilleur choix en rencontrant Arlie Lanning, un agriculteur, qui est comme les deux précédents : alcoolique et coureur de jupons. Tandis qu'il s'abrutit d'alcool, Nannie s'occupe de bonnes oeuvres et se montre l'une des paroissiennes les plus actives de l'église méthodiste. Elle suscite un grand respect autour d'elle et on la plaint sincèrement, quand son mari meurt d'un arrêt du coeur, après une brusque maladie. Le temps de toucher l'assurance vie, Nannie s'en va vers d'autres aventures.

La malchance semble la poursuivre, car les décès s'accumulent autour d'elle. Elle emménage avec la mère d'Arlie, mais la vieille dame meurt subitement. Ensuite, elle rejoint à Gadsden, en Alabam, sa vieille soeur malade. Malgré ses soins attentifs, celle-ci ne tarde pas à mourir à son tour.

Pour trouver un nouveau mari, elle s'inscrit au Daimond Circle Club, une société qui s'occupe des gens malheureux en amour. Moyennant 15 dollars annuels, elle est abonnée au bulletin et elle se décide pour Richard Morton, un homme d'affaires retraité. Il est riche, il est sobre, il est beau : il semble, cette fois, qu'elle ait déniché le partenaire idéal.

Ils se marient en octobre 1952. Elle ne tarde pas à découvrir que Richard entre dans une autre catégorie de mauvais maris : c'est un menteur, un imposteur. Non seulement il n'est pas riche, mais il est carrément sans le sou. Il mène grande vie en empruntant à droite et à gauche et il doit de l'argent à tout le monde. En plus, il a une maîtresse... Elle songe à le quitter, mais elle apprend à ce moment-là la mort de son père. Elle dit à sa mère de venir habiter chez eux, malheureusement, celle-ci meurt deux jours plus tard et, trois mois après, c'est au tour de son mari lui-même.


Comme à son habitude, Nannie ne reste pas longtemps veuve, mais cette fois, elle bat tous ses records. Elle épouse Sam Doss quelques semaines à peine après l'enterrement de Richard. Nous sommes en 1954, c'est son cinquième mariage : le cinquième et dernier acte commence.

Sam ne ressemble à aucun de ses précédents maris. Il est inspecteur des ponts et chaussées à Tulsa, en Oklahoma, une profession sérieuse et stable. Il est réellement riche, il ne boit pas une goutte d'alcool, il est fidèle et il aide sa femme à la cuisine. Mais il a, lui aussi, son défaut caché : il est avare. C'est l'origine d'un incident en apparence secondaire, mais lourd de conséquences.

Nannie a une manie futile, qui compte énormément pour elle : elle lit, elle dévore des magazines sentimentaux et des romans à l'eau de rose. Un jour, peu après leur mariage, Samson Doss s'empare de cette littérature qui traîne dans le salon.

- Qu'est-ce que c'est que ces bêtises ? C'est une dépense inutile. On ne va pas gaspiller l'argent du ménage avec ces âneries !
- Ne touche pas à cela !
- Je vais me gêner !

Et il lance livres et revues dans le feu de la cheminée... Nannie est devenue toute pâle.

- Tu as eu tort...

Elle ne fait ni une ni deux, elle bouche ses valises et rentre dans son Alabama natal. Sam, qui était réellement épris, est atterré. Il lui écrit des lettres suppliantes : il ne savait pas l'importance que cela avait pour elle ; qu'elle revienne, elle pourra lire autant qu'elle voudra !
Peine perdue, elle ne répond même pas. En désespoir de cause Sam Doss lui demande ce qu'elle veut : quoi que ce soit, il le lui accordera. Cette fois, Nannie répond. Elle souhaite qu'il mette tout son argent sur un compte joint et qu'il prenne une assurance vie à son bénéfice.Son mari s'empresse de s'exécuter et, cette fois, elle consent à revenir.


Elle semble avoir oublié leur différend. Elle se montre même empressée et lui prépare les plats qu'il aime. Malheureusement il tombe malade après avoir goûté un gâteau aux prunes. Son médecin l'envoie à l'hôpital où il est traité pour une inflammation de l'appareil digestif. Il revient guéri, mange un rôti de porc, boit une tasse de café et meurt le lendemain matin. Mais cette fois, le médecins a des soupçons : il refuse le permis d'inhumer. Une autopsie est ordonnée : la cause de la mort est une absorption massive d'arsenic. Nannie Doss est arrêtée.

Tout de suite, elle acquiert dans le pays une incroyable célébrité. C'est sans doute à cause de sa personnalité, si peu conforme à celle des criminels. A près de 50 ans, elle a tout de la grand-mère traditionnelle : un embonpoint rassurant, un visage aux courbes douces, un bon regard. Les journaux, la radio et la télévision naissante parlent d'elle tous les jours ou presque. On la surnomme "mamie Nannie", elle est devenue une vedette du crime.

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Sam 20 Mai - 19:10

Il y a aussi l'affaire elle-même, qui est loin d'être banale. On exhume les corps de Frank Harelsson, Arlie Lanning et Richard Morton, ses trois autres maris décédés, de sa mère, de sa soeur et de son neveu : ils sont tout bourrés d'arsenic. Et on la presse de questions ; si elle avait un mobile pour ses époux et pour son neveu, pourquoi donc a-t-elle empoisonné sa mère et sa soeur, qui ne pouvaient rien lui rapporter ? Et pourquoi (car le rêve de sa fille n'était pas une illusion) a-t-elle tué avec une épingle à chapeau, le nouveau-né de Melvina ?

A ces interrogations, Nannie Doss ne répond strictement rien. Parfois, elle esquisse un petit sourire, qui ressemble à un ricanement, ce qui lui vaut un second surnom dans la presse : "la mamie qui ricane"... Selon la loi de l'Oklahoma, elle ne sera poursuivie que pour le seul crime qui a eu lieu dans cet Etat, le dernier.

Même si sa culpabilité est évidente, des aveux faciliteraient le travail de la justice. Seulement, elle n'est pas plus loquace sur ce sujet que sur les autres ; elle se contente de son étrange mimique, aux allures de ricanement.
Elle n'est pas en bonne santé non plus. Le médecin de la prison, qui l'a examinée, ne lui a trouvé aucune maladie précise, mais il est visible qu'elle dépérit. Un jour, un policier a la curiosité de lui en demander la raison. Et, alors qu'elle était restée muette jusque-là, elle parle pour la première fois.
- C'est que je n'ai plus mes revues et mes livres. j'ai beaucoup de mal à m'en passer.

La presse du coeur et les romans à l'eau de rose qui ont joué une rôle déterminant dans le processus criminel... L'enquêteur a une idée.

- Si on vous les donnait, vous seriez d'accord pour avouer le meurtre de votre mari ?

Nannie Doss réfléchit un moment et répond :

- Peut-être. Donnez-les-moi d'abord.

On lui procure les revues et les livres dont elle raffole et, quelques jours plus tard, le policier l'interroge de nouveau.

- Alors, c'est vous qui avez tué Sam Doss ?
- Oui.
- Vous êtes d'accord pour plaider coupable ?
- Oui, mais il faudra continuer à me donner ma lecture...


C'est ainsi que le procès de Nannie Doss s'ouvre le 17 mai 1955. Etant donné la célébrité de "mamie Nannie", la salle est comble. Le suspense est réel aussi, car, bien qu'elle plaide coupable, les faits sont suffisants pour l'envoyer à la chaise électrique. Mais son avocat va tout faire pour l'empêcher. Dans un premier temps, il met en avant l'accident qu'a eu sa cliente dans le train, alors qu'elle était âgée de 10 ans. Selon lui, c'est ce traumatisme au cerveau qui a entraîné ses comportements meurtriers.

Mais l'audition en tant que témoin de Charley Braggs, son premier mari et le seul qui a survécu, va ruiner ce système de défense. Après qu'il a raconté leur vie de couple et son soulagement de s'en être sorti vivant, il est interrogé par l'avocat général.

- Durant la période où vous avez été mariés, l'accusée a-t-elle eu ces maux de tête dont parle son avocat.
- Jamais. D'ailleurs, elle m'a dit une fois qu'ils avaient disparu quand elle avait 15 ans...

Dans ces conditions, son avocat va employer une autre tactique. Bien que le procureur ait rappelé qu'elle avait tué ses deux petits-enfants, il met en avant son statut de grand-mère. Il s'écrie, dans sa plaidoirie :

- J'ai consulté les archives de l'Oklahoma : jamais, depuis qu'elle existe, une grand-mère n' été envoyée sur la chaise électrique. Est-ce vous qui allez prendre cette décisions pour la première fois ? Non, jurés de l'Oklahoma, vous ne ferez pas une chose pareille !

Et, sans doute, cet argument a-t-il porté, car Nannie Doss, bien qu'elle ait été reconnue coupable et n'ait bénéficié d'aucune circonstance atténuante, n' pas été condamnée à la peine de mort, mais à la prison à perpétuité. Elle y est morte dix ans plus tard d'un cancer, quelques jours avant d'atteindre son soixantième anniversaire.


FIN
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Sam 20 Mai - 20:42

L'ALLUMEUSE


Les pompiers de Miami sont à l'ouvrage, en cette nuit du 16 janvier 1962 : pas moins de sept sorties pour des incendies en ville. Normalement, c'est en été que les sinistres sont nombreux, tant en raison de la sécheresse que de l'imprudence des nombreux touristes. En hiver, la situation est plutôt calme.
Mais dans le cas présent, ce déchaînement subit ne doit rien au hasard. Tous les incendies sont criminels : on a constaté chaque fois une forte odeur d'essence. Et ce qui est plus curieux, c'est que dans tous les cas, le feu s'est déclaré à l'intérieur d'une chambre à coucher, qu'il s'agisse d'un hôtel, d'un appartement ou d'une maison individuelle. Enfin, autre similitude tout à fait troublante, se sont des hommes seuls qui ont appelé les pompiers et ils ont tout été dans l'incapacité de dire quoi que ce soit sur l'origine du sinistre. Ils étaient dans leur chambre quand le feu a pris. C'est tout.

Tels sont les éléments pour le moins surprenants qui parviennent sur le bureau du lieutenant Greg Adams de la police de Miami. Les sept incendies sont volontaires, mais comment imaginer qu'ils soient le fait des sept hommes qui ont appelé les pompiers ? Comme s'ils avaient été pris, en même temps ou presque de la même impulsion irrésistible. Cela fait penser à de la science-fiction, aux histoires de loups-garous, de pleine lune et d'autres de ce genre. Tout cela n'est pas très sérieux et, d'ailleurs, ce n'est pas la pleine lune...


Au matin, lorsqu'il commence son enquête, toutes les victimes sont à leur travail, après avoir reçu des soins pour des brûlures superficielles, sauf une, Patrick Wallace, qui est toujours à l'hôpital dans un état sérieux. Ses jours ne sont pas en danger, mais il a subi des blessures profondes aux mains et à la face. Parce qu'il se trouve à sa disposition, le lieutenant Greg Adams décide de l'interroger en premier. Il espère apprendre des choses intéressantes, car les pompiers ont fait une enquête plus approfondie de son cas. Or, les résultats sont formels : le feu, qui a détruit presque totalement sa villa, est parti de son lit.

Patrick Wallace repose, enroulé de bandelettes. Le médecin a demandé au lieutenant de ne pas le fatiguer, pourtant ce dernier est décidé à ne pas trop le ménager. Cette affaire est incompréhensible parce que les victimes, les sept hommes mentent. Il est impossible qu'ils n'aient rien vu et pourtant tous se taisent. Pourquoi ? Il ne le comprend pas pour l'instant, mais celui-là va parler, il le jure !

- Qu'est-ce qui est arrivé, monsieur Wallace ?
- Je ne sais pas, je dormais.

L'homme a la quarantaine. Le lieutenant a consulté ses papiers en arrivant à l'hôpital. Il est employé de banque. Visiblement, c'est le type même de l'individu moyen sur lequel il n'y a rien de spécial à dire. Les bandages empêchent de voir sa physionomie, mais il y a gros à parier qu'elle est tout à fait passe-partout.

- Vous dormiez pendant que votre maison brûlait ?
- Oui. C'est le feu qui m'a réveillé.
- Vous étiez seul à la maison ?
- Depuis uen semaine. Ma femme et mes enfants sont en vacances à la montagne.
- Et personne d'autre n'était avec vous ?
- Personne, je vous le jure !
- Si vous étiez seul, qui donc a arrosé votre lit d'essence et y a mis le feu ?
- Qu'est-ce que vous me racontez ?
- Les résultats de l'enquête des pompiers. Votre matelas était imbibé d'essence. C'est de là et de nulle part ailleurs que le feu est parti. Comment expliquez-vous cela ?
- Je ne l'explique pas.

Le lieutenant Greg Adams s'approche tout près du visage recouvert de bandelettes.

- S'il n'y avait pas eu six autres incendies semblables, je conclurais que vous avez voulu vous suicider par le feu, mais il y a eu ces incendies. Et sept habitants de Miami qui décident, la même nuit, de mettre fin à leurs jours de la même façon, j'ai du mal à y croire. Alors, monsieur Wallace, j'attends !
- Qu'est-ce que vous attendez ?
- La vérité.

L'homme s'agite sur son lit, ce qui lui arrache un cri de douleur.

- Laissez-moi ! Vous ne voyez pas que je souffre ?... J'ai été victime d'un attentat et ma maison est détruite. Je suis la victime, vous n'avez pas le droit de me traiter comme un criminel !
- Je ne vous laisserai pas tranquille tant que vous mentirez.
- Pourquoi mentirais-je ?
- Je ne sais pas. Mais je sais une chose : vous ne quitterez cet hôpital que pour être inculpé de faux témoignage et cela prendra le temps qu'il faudra, mais vous parlerez !

Cette fois, le lieutenant sent qu'il a gagné... Il y a un long silence, puis le brûlé pousse un soupir.
- Vous avez raison, il faut que je parle. Mais avant, je voudrais vous demander une chose.
- Dites toujours...
- Est-ce qu'il serait possible que ma femme ne soit pas mise au courant ?
- Cela dépend. Si ce n'est pas trop grave, je veux bien ne rien dire. Mais je ne pourrai pas empêcher les journaux d'en parler et, à partir de ce moment...

Le brûlé pousse de nouveau un profond soupir.

- Je vous remercie. Ce n'est quand même pas facile à dire !
- Vous n'étiez pas seul ?
- Non. J'ai été victime d'un sadique, enfin, d'une sadique.

Et Patrick Wallace, employé de banque de 40 ans, à la conduite jusque-là irréprochable, raconte ce qu'il tenait tant à cacher...

Il s'ennuyait tout seul chez lui, dans sa maison vide. Alors, il est allé faire un tour. Il est parti à pied et, comme il faisait froid, l'idée lui est venue d'aller boire un verre dans un bar.

Dans ce bar, il a rencontré une femme. Elle avait la quarantaine ; elle était blonde, ni jolie ni laide, mais elle avait un charme certain, fait d'audace,de piquant. Il a été au comptoir et il s'est produit alors quelque chose d'extraordinaire : elle lui a offert un verre ! Il en a été tellement surpris qu'il a accepté. Ensuite, ils en ont bu un autre, puis un autre et, à la fin, elle a proposé de le raccompagner chez lui.
Dans la voiture, elle a fait plus que répondre à ses avances, c'est elle qui a pris l'initiative et, une fois arrivée à la villa avec lui, elle lui a demandé de se déshabiller et de se mettre au lit. Il ne s'est pas fait prier, bien entendu. Elle lui a dit alors qu'elle allait lui faire une surprise, mais que, pour cela, elle avait besoin de retourner à sa voiture juste une minute.
Elle est réapparue peu après, souriante, les mains dans le dos. Elle lui a susurré :

- Ferme les yeux.

Et il a obéi... Il n'a donc pas vu ce qu'elle a fait, mais il a compris quelques secondes plus tard, trop tard, hélas. Elle a prestement renversé le contenu d'une bouteille d'essence sur le lit et craqué une allumette. Après quoi, elle s'est enfuie en claquant la porte de la chambre.


Cette fois, le lieutenant Greg Adams peut passer à la seconde partie de son enquête : l'arrestation de la coupable. Mais les choses sont encore loin d'être claires dans son esprit. La pyromane en cause est certainement dérangée, mais l'aberration de son comportement n'est pas commune. Les femmes sadiques, c'est extrêmement rare. En ce qui le concerne, au cours d'une carrière déjà longue, il n'en a jamais rencontrées. Or, celle-ci a voulu faire griller un homme dans son lit et même sept, au cours de la même nuit ! Qu'est-ce qui a pu lui arriver pour qu'elle en vienne à faire une chose pareille ? Quelle peut être sa motivation ?

En tout cas, il se posera ces questions plus tard. Pour l'instant, il doit mettre immédiatement la main sur elle, car elle est fort capable de recommencer. Et si, jusqu'à présent, elle n'a tué personne, cela pourrait bien arriver.

Faire parler les six autres victimes ne s'avère pas plus difficile. Ils commencent tous par dire qu'ils ne savent rien, qui'ls n'ont rien vu, mais quand le lieutenant leur met sous le nez le témoignage de Patrick Wallace, ils sont bien obligés, eux aussi, de dire la vérité.

La mystérieuse femme, que la presse - qui s'est emparée de l'affaire au grand désespoir des sept messieurs - a surnommé "l'Allumeuse", n'a pas fait preuve de beaucoup de variété dans ses travaux d'approche. Elle a rencontré toutes ses victimes dans un bar et leur a offert un verre. Puis, elle les a raccompagnées dans sa voiture. Une fois qu'elle a été dans leur chambre, la scène finale a, dans tous les cas, été la même.

Cela fait tout de même sept témoins qui l'ont vue de près, pendant un long moment, ce qui permet d'en dresser un portrait-robot très précis. Et, avec ce document en main, durant les nuits suivantes, plusieurs équipes de policiers (car de grand moyens ont été déployés) prennent position dans les bars de Miami.
Leurs efforts finissent par payer. L'un d'eux aperçoit une femme d'une quarantaine d'années répondant au signalement, qui s'approche d'un homme seul et lui offre un verre. Malgré ses protestations et celles du monsieur, elle est arrêtée et conduite devant le lieutenant.

Peu de temps après, il la regarde avec curiosité. Elle est bien telle que l'ont décrite les témoins, ni jolie ni laide, mais avec un air hardi, provocant, qui est sans pareil pour attirer les hommes. Elle mérite tout à fait le surnom d''Allumeuse" que lui ont donné les journaux.
A part cela, le lieutenant a pas mal de renseignements sur elle, que viennent de lui communiquer les services de police.
Elle s'appelle June Olson, elle est âgée de 38 ans et elle a fait de la prison pour prostitution.

Lorsqu'elle se trouve devant lui, elle opte d'emblée pour la provocation.

- Qu'est-ce que vous attendez pour me violer ?
- Pardon ?
- Oui, comme votre collègue. Le shérif qui m'a arrêtée !

Et sans que le lieutenant Adams ait eu à lui poser la moindre question, elle lui raconte toute son histoire. Elle le fait avec un emportement et une violence qui traduisent un déséquilibre certain, mais ce qu'elle dit n'est pas insensé. Les tragiques événements qu'elle décrit sont peut-être l'origine du drame...

Orpheline de père et de mère à la suite d'un accident, elle est recueillie par une tante qui la déteste. Pour se débarrasser d'elle, celle-ci monte une machination. Alors qu'elle a 16 ans, un ami à elle, âgé de 30 ans, fait une déposition selon laquelle elle l'aurait racolé dans la rue.
Elle est arrêtée et, sur le chemin du poste de police, elle est violée par le shérif. Après quoi, elle fait trois mois de prison préventive et elle est condamnée par un tribunal pour enfants à rester dans une maison de redressement jusqu'à sa majorité.

Quand elle en sort, à 18 ans, elle n'a plus qu'une idée en tête : se venger. Elle pourrait choisir de se venger de sa tante, qui est à l'origine de tout, mais elle préfère se venger des hommes en général, du sexe masculin dans son ensemble. Elle met pourtant vingt ans à passer à l'action, pendant lesquels elle vit seule et subsiste de petits boulots. Et puis, brusquement, lors de cette nuit de janvier 1962, elle se décide. C'est l'embrasement, le feu d'artifice !

Telle est la déposition que June Olson fait devant le lieutenant Greg Adams. Ce dernier l'a écoutée sans mot dire. Dit-elle la vérité ? C'est possible, tout comme il est possible qu'elle affabule. Dans ce cas, sa santé mentale serait précaire et elle serait sans doute déclarée irresponsable. Il y a pourtant un point qu'il veut éclaircir.

- Pourquoi avoir attendu si longtemps ? C'est très long, vingt ans.
- Je ne sais pas. J'y pensais depuis longtemps, mais là, il a fallu que cela explose ! Si vous saviez le bien que cela m'a fait. Chaque fois que j'entendais les cris que poussaient ces cochons, j'imaginais que c'était le shérif qui grillait et j'étais heureuse, heureuse !
- Et si vous n'aviez pas été arrêtée, vous auriez continué longtemps ?
- Jusqu'à avoir mis le feu à la moitié de Miami !
- Comment cela, la moitié ?
- Eh bien, oui : les hommes...

En fait, il s'avère, au cours de l'enquête qui suit, que June Olson a menti. Elle n'a pas attendu vingt ans pour passer à l'acte. Elle a commis déjà une cinquantaine d'attentas du même genre ; comme ils se sont échelonnés sur des années, et qu'ils ne présentaient pas le côté spectaculaire de ceux de la dernière nuit, les pompiers n'y avaient pas fait spécialement attention.
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epistophélès

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Sam 20 Mai - 22:08

Pour ce qui est du récit qu'elle a fait à Greg Adams, des vérifications sont, bien sûr, effectuées. La tante est morte et il ne sera pas possible d'apprendre quoi que ce soit de ce côté. L'homme qui l'a dénoncée pour racolage a disparu. Il est vraisemblablement parti pour l'étranger. Dans quel pays ? Il est impossible de le savoir. Reste sa condamnation pour prostitution et son placement en maison de correction, qui, eux, sont bien réels et qui sont les seuls éléments figurant dans son dossier.

C'est sur ces bases que June Olson comparaît, en août 1963, devant le tribunal criminel de Miami, pour tentatives d'homicide et incendies volontaires, des faits qui peuvent lui valoir la perpétuité.
Dès le début, elle se montre extrêmement agressive, tenant des discours véhéments contre les hommes. De tels excès pourraient la ranger parmi les déséquilibrés, mais sur ce point, il n'y a aucune certitude. Les psychiatres sont partagés. Si le premier la considère sans hésitation comme malade :

- June Olson souffre d'un délire de persécution. Elle doit être déclarée irresponsable.

Le second est tout aussi affirmatif sans l'autre sens :

- C'est une perverse et une simulatrice. Son discernement est entier et elle est parfaitement responsable de ses actes.

Dans ces conditions, c'est l'accusée elle-même qui a sans doute entraîné la décision des jurés, en déclarant à plusieurs reprises :

- Si on me libère, je recommencerai !

Et à l'issue des débats, elle se voit condamnée à la détention à vie.
La vie, dans son cas, a été courte. Elle est morte trois ans plus tard d'une maladie, vraisemblablement mentale, don telle a dépéri peu à peu. "l'Allumeuse" s'est éteinte en prison.


FIN
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Sam 20 Mai - 23:50

LE JARDIN DE DOROTHEA


Charles Wallace s'ennuie. Cet ancien employé de banque à la retraite, âgé de 60 ans, ne sait pas quoi faire de ses journées. Il faut dire qu'il est veuf, sans famille et qu'il vit seul dans son appartement de Los Angeles. Alors, il regarde la télé ou, comme c'est le cas ce 18 décembre 1988, il va se promener en ville.

Charles Wallace soupire. Il ne marche pas vite, il a même du mal à avancer. Il ne souffre d'aucune maladie précise, mais il a vieilli prématurément. Il sait bien qu'il fait beaucoup plus que ses 60 ans. Et envoe, le physique, ce n'est pas le pire, c'est la tête qui lui pose le plus de problèmes, la mémoire surtout : parfois, il lui arrive d'oublier ce qu'il a fait la veille.

Il frissonne... Il fait froid, ce qui n'est pas fréquent en Californie, même en hiver et, comme il passe devant un bar, il lui prend l'envie d'entrer. L'établissement s'appelle le Monte Carlo, il n'a l'air ni bien ni mal. Il pousse la porte : à l'intérieur, une douzaine de consommateurs plutôt âgés. Il s'installe au bar et c'est alors que la chose se produit. Une femme fait son entrée. Elle est habillée élégamment d'un tailleur rouge, sur lequel elle a passé un court manteau violet. Elle doit avoir la cinquantaine ou peut-être soixante, mais elle ne les fait pas. Elle s'assied au bar, à quelques tabourets de lui, et commande une vodka orange.
Il fait de même. Elle regarde dans sa direction et lui sourit. La dernière fois qu'on lui a souri comme cela, c'était... il y a très longtemps. Il se décide.

- Vous aussi, vous prenez quelque chose parce que vous avez froid ?

Malgré la pauvreté de l'entrée en matière, elle continue de sourire.

- Oui. On n'a pas souvent ce temps-là !

Et voilà qu'elle se lève et vient s'asseoir à côté de lui. Charles Wallace a rarement vu une telle élégance dans les gestes et la façon de se mouvoir : il est totalement subjugué.

Il se présente. Elle le fait à son tour. Elle s'appelle Donna Ring et elle habite au Viking, un hôtel non loin de là. Elle lui raconte une histoire triste. Son mari est décédé un mois plus tôt à Sacramento, elle est venue à Los Angeles dans l'idée de s'y installer. Elle cherche un appartement, car elle n'est pas assez riche pour s'offrir une villa. Charles Wallace saute sur l'occasion.

- Mais je pourrais vous aider. J'ai toujours habité ici.
- Vous feriez cela pour moi ?
- Bien sûr. Mais il faudrait qu'on se revoie. Qu'est-ce que vous diriez de venir dîner chez moi ce soir ?


Wallace a lancé l'invitation sans vraiment y croire, mais elle accepte ! Il lui donne son adresse et elle promet d'être là pour 20 h. Sur ce, elle le quitte. Elle doit renter à son hôtel... Lui-même est dehors peu après. Il ne sent plus du tout le froid. Il pense aux mille choses qu'il lui reste à faire avant ce soir : du ménage chez lui, car son appartement est dans un désordre infernal et puis des courses. Voyons, que va-t-il choisir comme plat ?

C'est à ce moment qu'il est traversé par une curieuse sensation : il a déjà vu cette femme quelque part. Mais il chasse aussitôt cette idée. Comment la connaîtrait-il ? Cela n'a aucun sens...
Et pourtant, si, il l'a vue ! C'était la veille, aux actualités télévisées. Elle ne s'appelle pas Donna Ring, mais Dorothea Puente.
La caméra montrait le jardin de sa villa de Sacramento, dans lequel la police venait de découvrir sept cadavres. Ses victimes étaient des personnes âgées ou vulnérable qu'elle avait tuées pour leur argent, en les droguant. Elle était soupçonnée aussi de deux autres meurtres. Après quoi, elle apparaissait en photo et le commentateur disait qu'elle avait réussi à prendre la fuite.

Voilà ce dont se serait souvenu Charles Wallace, s'il n'avait ces problèmes de mémoire et s'il n'oubliait le lendemain ce qu'il a vu la veille. Celle qui va venir chez lui ce soir est une tueuse impitoyable, qui a déjà neuf victimes à son actif et, à moins d'un miracle, il sera la dixième.

Dorothea Gray, de son nom de jeune fille, naît en 1929. Elle grandit en pleine crise économique, à l'époque du chômage et des soupes populaires. C'est aussi le moment des séquelles de la Première Guerre mondiale. Son père, gazé dans les tranchées, est handicapé moteur et cérébral et sa mère a sombré, pour ces raisons, dans l'alcoolisme.

En 1937, lorsqu'elle a 8 ans, son père meurt et sa mère se tue un mois plus tard dans un accident de voiture. Elle était ivre et il s'agit peut-être d'un suicide. Mais cela ne change rien pour l'enfant, qui est envoyée dans un orphelinat tenu par des religieuses, dont elle sort à 18 ans.

Ces débuts catastrophiques dans l'existence pourraient ruiner par avance toutes ses chances, mais, au contraire, ils la stimulent. Elle est décidée à prendre sa revanche sur ce qu'elle a subi et, pour cela, elle est prête à employer tous les moyens.


En attendant, elle se marie. Il faut dire qu'elle est belle fille, brune, grande et dotée d'une rare élégance naturelle. En 1945, à 16 ans tout juste, elle convole (là je n'ai pas très bien compris : elle est sortie de l'orphelinat à 18 ans, mais elle se marie à 16... Shocked ) avec un séduisant soldat rentrant du Pacifique, Fred McPaul. L'union n'est pas heureuse, l'homme est volage et fainéant. Il vit à ses crochets, car c'est elle qui gagne l'argent du ménage, d'une manière pas très régulière, il est vrai, en faisant des chèques sans provisions et en commettant des petits délits.

Ils se séparent au bout de trois ans. Un second mariage en 1952, avec un certain Axel Johansson, n'est pas plus heureux. Il est alcoolique et vit tout autant à ses crochets que le précédent. Elle continue ses activités illicites, en ayant la chance de ne pas se faire prendre. Elle divorce de nouveau et, quand elle sent l'étau de la police se resserrer un peu trop autour d'elle, elle se marie, uniquement pour changer de nom.

Elle fait à Reno, dans le Nevada, la ville des mariages et des divorces faciles où, pour une centaine de dollars, on contracte une union légale, qu'on peut rompre pour la même somme, tout aussi légalement. Le nouvel élu à dix ans de moins qu'elle, il est d'origine hispanique et il s'appelle Roberto Puente. Mais qu'importe sa personnalité, il n'est qu'un prête-nom, qu'elle a payé lui aussi. Elle devient Dorothea Puente et ils divorcent deux semaines plus tard.

Elle se rend à Stockton, en Californie et, sous sa nouvelle identité, elle échappe effectivement aux recherches. Il y a plusieurs mandats lancés contre elle, mais ils sont au nom de Dorothea Johansson et on ne fait pas le rapprochement...
Ce manque de conviction dans les poursuites provient dans doute de la modicité de ses actions malhonnêtes. La police est encombrée de délits mineurs et elle se réserve pour la criminalité importante. Et, justement, c'est à cette période que Dorothea Peunte va commettre son premier meurtre. Mais, avec la chance qui la caractérise jusqu'ici, elle va bénéficier de l'impunité.

Ruth Monroe est une charmante veuve de 38 ans. Elle est aussi blonde que Dorthea est brune et elle est d'un caractère aussi simple et ouvert que la seconde est calculatrice et dissimulée. Elles se rencontrent dans un salon de thé. Dorthea Puente a toujours eu un contact humain très facile. Elle repère cette jeune femme, qui lui semble un peu perdue et elle ne tarde pas à sympathiser avec elle.
Ruth Monroe en vient vite aux confidences. Son mari est mort il y a deux mois, en lui laissant une assurance vie de 10 000 dollars, et elle ne sait ce qu'elle doit faire. Elle peut les placer, mais cela ne rapporte pas beaucoup. Dorothea saute sur l'occasion.

- Montons une entreprise ensemble. Il y a longtemps que j'attends de le faire.
- Une entrerpise de quoi ?
- Un restaurant. Je suis très bonne cuisinière et j'en ai repéré un qui a fait faillite dans le centre de Sacramento. Il n'y a qu'à le racheter et je suis certaine de la réussite !
- 10 000 dollars, c'est assez ?
- J'en ai autant en économies. Nous les mettons ensemble et, avec cela, nous pouvons démarrer...

Ruth est vite convaincue. Elle met son argent sur un compte joint et les choses ne s'arrêtent pas là. Elle confie à sa nouvelle amie et associée qu'elle s'ennuie dans sa villa vide où il y a, en plus, le souvenir de son mari. Dorothea réplique immédiatement :

- Il n'y a qu'à venir habiter chez moi. Cela me ferait plaisir, j'ai besoin de compagnie...


Aussitôt dit, aussitôt fait. Ruth emménage chez Dorothea, aidée par son fils, qui est ravi de voir sa mère retrouver goût à la vie après son deuil... Malheureusement, dans les jours qui suivent, Dorothea l'informe que sa mère est sujette à des "crises de nerfs". Elle a fait venir le médecin, qui lui a donné des dédatifs qui la laissent totalement apathique.
Son fils vient peu après lui rendre visite et la trouve dans sa chambre, sur son lit, les yeux ouverts et immobiles. Il essaie de la faire parler, mais il n'y parvient pas. Pensant qu'elle est sous l'effet du médicament prescrit par le médecin, il la quitte en lui disant :

- Ne t'inquiète pas, Maman, ça va aller ! Dorothea va s'occuper de toi.


Il voit une larme, une seule, couler de ses yeux. Il saura plus tard, qu'en réalité, elle essayait de l'appeler au secours, mais elle ne pouvait pas, car la drogue que Dorothea lui avait donnée l'avait totalement paralysée. Lorsqu'il est parti, elle a compris qu'elle allait mourir et elle a juste eu la force de verser une larme.
Le lendemain, Ruth est morte. A la demande du médecin, une autopsie est ordonnée et on trouve dans son corps une dose massive de codéine, une drogue mortelle et paralysante.Mais contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, Dorothea Puente n'est à aucun moment soupçonnée. On pense que, suite à son deuil, la veuve a fait une dépression et s'est suicidée. Dorothea peut ensuite très facilement mettre la main sur les dollars du compte joint. Le fils n'était pas au courant des opérations d'argent de sa mère...


Avec son butin, Dorothea Puente s'octroie quelques bons moments, après quoi elle recommence, non pas tuer, mais à pratiquer ses délits habituels. Elle séduit un homme, le drogue pour l'endormir et lui vole sa carte de crédit ainsi que son chéquier. Son intention est de se rendre au Mexique. Mais il a porté plainte et elle est arrêtée avant d'avoir quitté le pays. Elle passe en jugement et, en août 1982, elle se voit condamner à cinq ans de prison. C'est la première fois qu'elle se retrouve derrière les barreaux. Elle a 53 ans.

La nouvelle prisonnière ne perd pas de temps. Elle correspond avec un veuf de 70 ans, Everson Gill, qui vit dans une caravane, sur la ferme de sa soeur, quelque part dans l'Oregon. Il est seul depuis le décès de sa femme et se morfond, sans occupation et sans avenir.
Heureusement pour lui, il y a Dorothea ! Celle-ci n'est pas seulement une séductrice dans ses rencontres, elle sait se montrer tout aussi enjôleuse par courrier. Elle a la plume facile, elle est gaie, elle est spirituelle, elle est tendre. Elle se prétend rongée par le remords de ses fautes passées, et désireuse l'être ramenée dans le droit chemin par quelqu'un de bien. Elle lui promet, en retour, de lui donner tout ce qu'une femme peut donner à un homme.

En août 1985, après tois ans de détention, elle apprend sa libération pour bonne conduite. Elle s'empresse de l'annoncer à Everson, mais lui demande, avant de la rejoindre à Sacramento, de lui laisser le temps de s'installer. Là, elle loue une magnifique maison de style colonial, avec seize pièces et un jardin superbe.
C'est qu'elle a des projets en tête. Mais auparavant, elle va s'occuper de son correspondant !
Lorsqu'elle lui fait signe, Everson Gill vend sa vieille roulotte, s'achète un pick-up rouge flambant neuf et se précipite à Savramento. Il est ébloui par la luxueuse demeure et, plus encore, par son occupante. Elle est plus belle encore que sur les photos. Comme elle le lui a demandé, il a apporté toutes ses économies. Avec cela, il va profiter pleinement des années qui lui restent à vivre.

A la mi-septembre, n'ayant pas de nouvelles de lui, sa soeur appelle la police de Sacramento. Elle n'a jamais approuvé la liaison épistolaire de son frère avec une détenue et elle est inquiète. Pour la même raison, la police, qui ne se serait jamais déplacée si une ancienne prisonnière n'était en cause, se rend dans la maison coloniale. Mais là, pas de problème : elle est reçue par le couple, qui est à la fois surpris et choqué de cette visite. D'ailleurs, le soir même, Everson le dit à sa soeur par téléphone.

- Cesse de me surveiller comme un enfant ! Je fais ce que je veux.

Que peut-elle, sinon se plier à la volonté de son frère ? Il ne lui reste qu'à attendre de ses nouvelles et elle va en avoir dans les mois qui suivent. En novembre, elle reçoit un télégramme signé de lui, annonçant qu'il a rompu avec Dorothea et qu'il part vers le sud. Pourquoi un télégramme, alors qu'il aurait été plus simple de téléphoner, comme il l'avait déjà fait ? Elle se pose longtemps la question... En avril 1986, c'est une carte postale qui lui parvient. Elle est rédigée par la nouvelle amie de son frère, une certaine Eva. Elle lui apprend qu'ils vivent tous les deux au sein d'une communauté dans le désert et qu'il est impossible de les joindre. Tout cela est très étrange et même inquiétant, mais encore une fois, la soeur d'Everson ne peut rien faire...

Ses inquiétudes n'étaient malheureusement que trop fondées. Le sort véritable de son frère fait froid dans le dos.
Fin décembre 1985, Dorothea Puente fait réaliser des travaux de menuiserie chez elle, par un homme qu'elle a rencontré dans un bar. Quand il a fini, elle lui demande encore :

- Est-ce que tu pourrais me faire une grande caisse de déménagement ?

L'homme s'exécute et rapporte la caisse. Plusieurs jours après, Dorothea lui demande de revenir. Elle lui montre la caisse.

- Il faudrait la transporter dans un garde-meubles en dehors de la ville.

Avec difficulté, car elle est très lourde, l'homme parvient à la hisser dans le pick-up rouge de Dorthea. Celle-ci s'installe à ses côtés et il démarre. Mais alors qu'ils ont quitté la ville et longent le fleuve Sacramento, elle se ravise.

- Après tout, ce n'est pas la peine. Ce ne sont que des vieilleries. Il vaut mieux les jeter à l'eau.

Décidément docile et bien peu curieux, son compagnon s'exécute avec les mêmes difficultés. Une fois qu'ils sont repartis, Dorothea conclut :

- On n'est pas loin de l'embouchure, les courants vont l'emmener à la mer...

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Dim 21 Mai - 20:52

Elle se trompe. La caisse est rejetée à la rive un peu plus loin. Quelques jours plus tard, un passant la découvre. Elle contient un cadavre entouré de plastique et de pastilles désodorisantes. Il y a, bien sûr, une enquête, mais l'état de décomposition du corps ne permet pas d'identifier le mort et l'affaire est classée.
En louant cette immense bâtisse, Dorothea Puente avait un projet bien arrêté : y installer une maison de retraite et de repos pour les personnes âgées et handicapées pensionnées par la Sécurité sociale, en éliminer une de temps en temps et continuer à percevoir ses allocations à sa place.

Bientôt, les pensionnaires affluent, car la maison de Dorothea a tout pour plaire : elle-même occupe un luxueux appartement au 3e étage, les premier et deuxième niveaux sont réservés aux locataires les plus aisés, les pauvres sont logés au sous-sol, dans des réduits séparés par des rideaux, mais tout mangent très bien. Elle est excellente cuisinière et elle surveille personnellement les fourneaux.

Pour asseoir sa position, elle fréquente et parraine les hommes politiques de tous bords qui la comblent les uns et les autres de leurs attentions. Au cours d'un dîner de charité, elle est invitée à danser par le gouverneur en personne, ce qui lui vaut une grande notoriété. Ses ennuis de justice sont oubliés. Dorothea est désormais une dame respectable, une figure qui compte dans l'Etat de Californie.

Les années suivantes, elle assassine sept personnes à l'aide de diverses drogues et les enterre dans son jardin. Elle fait creuser par des ouvriers des trous peu profonds, à la recherche, dit-elle, de canalisations. Les jours suivants, elle va y déposer ses victimes, remet la terre et fait installer au-dessus des vasques, des bancs ou des statues.


Il y a bien sûr des contrôles des services sociaux, pas moins de quatorze durant la période, mais les employés sont débordés et ne s'aperçoivent de rien. Pour eux, Dorothea Puente est une charmante vieille dame qui a à coeur de se racheter, après avoir commis des erreurs. En outre, elle est bien vue des autorités, ce qui n'incite pas n'incite pas à y regarder de trop près.

Il faut attendre novembre 1988 pour qu'une assistante sociale obstinée fasse éclater la vérité. Elle recherche en vain la trace de Bert Montoya, un handicapé mental de 55 ans, pensionnaire chez elle. Dorothea Peunte, comme à son habitude, est très sûre d'elle.

- Il est parti vivre au Mexique. Je n'ai plus de nouvelles de lui.
- Parti avec qui ?
- Personne. Il est parti tout seul.
- C'est impossible. Son handicap ne le lui permettait pas.
- Cherchez-le, si vous voulez ! Je vous dis qu'il n'est plus ici.
- C'est la police qui va le faire. Je porte plainte.

Les policiers se présentent le mois suivant dans la luxueuse villa. Leur chef est très gêné de déranger une personnalité de la ville.

- Je suis désolé, Madame, mais il y a eu une plainte. Je suis obligé de creuser dans le jardin. Nous remettrons tout en place, ne vous inquiétez pas.

Dorothea hausse les épaules.

- Je ne m'inquiète pas. Faites, vous ne trouverez rien !

Mais les policiers trouvent dès les premiers coups de pelle. Il ne s'agit pas de Montoya. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'un homme, mais d'une femme. Le corps est déjà ancien. Mise devant les faits, Dorothea Puente exprime la plus vive surprise.


- Je ne sais pas qui c'est. Elle a dû être enterrée ici avant mon arrivée. Je ne suis pas là depuis longtemps.

C'est vraisemblable. Tout comme est vraisemblable la requête qu'elle formule.

- Il y a beaucoup de remue-ménage, ici. Est-ce que je peux passer un moment au salon de thé à côté ? Je ne m'éloignerai pas, rassurez-vous.

L'officier de police est trop heureux de la satisfaire et lui donne l'autorisation. Dorothea le remercie et s'en va. Elle a sur elle 3 000 dollars et elle prend sansplus attendre le chemin de la gare routière.
Au soir, les travaux de terrassement sont terminés. Le joli jardin était, en fait, un cimetière. On n'a exhumé pas moins de sept corps, dont celui de Bert Montoya, l'homme handicapé mental, qui n'a jamais été au Mexique. Parmi les autres, celui d'une femme qui a très vraisemblablement été enterrée vivante. La mort l'a surprise dans un dernier effort pour se dégager. Quant à la maîtresse des lieux, elle est introuvable.

C'est ce qu'explique le chef des policiers aux journalistes des actualités télévisées. Il précise que des recherches viennent d'être faites à son sujet et qu'elle est peut-être liée à deux affaires criminelles non élucidées. Il fait diffuser ensuite une photo de Dorothea Puente et demande à toute personne qui la rencontrerait d'entrer en contact avec les autorités...

Au moment où il parle, cette dernière est déjà à Los Angeles. Elle a choisi de descendre à l'hôtel Viking. Elle fait ses calculs : elle n'a pas assez d'argent pour passer à l'étranger. Aussi, le lendemain, elle sort, en quête d'une nouvelle victime. Le hasard lui fait pousser la porte du Monte Carlo...

18 décembre 1988, 19 h. Le téléphone sonne dans l'appartement de Charles Wallace. Au bout du fil, la voix de Dorothea.

- C'est Donna. Notre dîner tient toujours ?
- Plus que jamais ! J'ai fait le ménage chez moi. Vous ne reconnaîtriez pas l'intérieur d'un homme seul. Quant au repas, je vous dis que cela !
- Alors à tout de suite. Je me fais une beauté et je vous rejoins...

Dorothea Puente raccroche. Charles Wallace en fait autant. Il doit pousser ce qui encombre sa table pour poser son récepteur. L'ensemble de la pièce n'est pas loin d'être innommable : des vêtements sales et des assiettes avec des restes de repas traînent un peu partout. L'officier de police qui se tient à ses côtés repose à son tour l'écouteur, par lequel il a suivi la conversation. Deux de ses agents se tiennent derrière lui.

- Elle est sans méfiance, elle viendra. Vous nous avez rendu un fier service !
- C'est un petit miracle. D'habitude, je ne me souviens pas de ce qui s'est passé la veille et, là, en faisant les courses, tout m'est revenu...

Dorothea Puente est ponctuelle. A 20 heures précises, elle sonne à la porte. Elle n'a pas le temps de revenir de sa surprise que trois hommes lui passent les menottes. Cette fois, tout est fini !

Elle est inculpée de neuf meurtres : les sept cadavres du jardin, plus Ruth Monroe et Everson Gill. Elle passe en jugement devant les assises de Sacramento. Les faits, ainsi que la manière dont ils se sont déroulés, auraient pu lui valoir la peine capitale, mais elle est seulement condamnée à la prison à perpétuité. Sans doute, le fait qu'elle soit une femme, ses bonnes manières, voire ses appuis politiques ont-il joué.

Pendant sa détention, Dorothea Puente n'a trouvé personne pour correspondre avec elle, mais elle a passé quand même beaucoup de temps à écrire. Elle a rédigé un livre de cuisine fort bien fait, qui a connu un grand succès et lui a rapporté beaucoup d'argent. Elle était plus riche que jamais lorsqu'elle s'est éteinte, le 24 mars 2011, dans la prison de Chowchilla, en Californie.


FIN
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Dim 21 Mai - 21:23

MEURTRE PAR INTERNET


Jerry Cassaday prend sa place attitrée à l'entrée de la salle de jeux de l'hôtel casino Kansas City, à Las Vegas. Il est 22 h et il sera là jusqu'à 4 h du matin. A 30 ans un peu passés, il est incontestablement beau garçon. Il est brun, avec le regard perçant, le menton carré ; son charme très viril lui donne des allures de gangster de cinéma

Pourtant, il n'a jamais été mauvais garçon. Au contraire, il vient de la police. Il a commencé sa carrière comme shérif adjoint à Cass Country, dans le Missouri. Il avait toutes les qualités pour réussir : de l'esprit de décision, du courage et, en plus, il était excellent tireur. Il n'a pas tardé à gravir les échelons, jusqu'à devenir lieutenant. C'état au début des années 1990, une brillante carrière s'ouvrait à lui. Malheureusement le destin e a décidé autrement.

En 1994, sa femme le quitte brusquement pour un autre homme. Cela faisait longtemps qu'elle le trompait et il ne s'était rendu compte de rien. Il a sombré dans le désespoir. Il s'est mis à boire, puis à se droguer. Ses chefs ont longtemps toléré ses écarts dans le travail et puis, il a fini par être renvoyé. Il a traversé des moments très durs, jusqu'à ce qu'il trouve un emploi au service de la sécurité de l'hôtel casino Kansas City...


Cela va faire cinq ans qu'il est là et il n'a pas à se plaindre. Le cadre est vivant et le travail n'est pas trop difficile : quelques ivrognes à expulser, quelquefois la crise de nerfs d'un joueur ou d'une joueuse qui a perdu. Jusqu'ici, il n'y a pas eu d'actes de banditisme. L'endroit est également idéal pour faire des rencontres. Mes ces aventures ont été passagères, il a refusé de s'attacher, car il était encore sous le coup de son mariage malheureux.

Les heures passent et, comme il ne se produit pas d'incident, il observe les joueurs. Il y a, entre autres, une superbe blonde qui joue gros jeu au balck-jack. Elle est un peu plus jeune que lui, elle n'a pas la trentaine. Quelquefois elle gagne, quelquefois elle perd, mais dans un cas comme dans l'autre, elle garde tout son sang-froid, ce qui n'est pas si courant. Jerry Cassaday espère qu'elle ne partira pas avant 4 h du matin, car il n'a pas le droit d'approcher les clients pendant ses heures de travail...

Par chance, elle part un peu après 4 h. Il l'aborde avec son plus beau sourire.

- Vous avez gagné ou perdu ?

La blonde pourrait l'envoyer promener, mais elle ne le fait pas. Au contraire, elle lui sourit à son tour. Elle est vraiment superbe.

- Plutôt perdu.
- Alors, je peux vous offrir un verre pour oublier ça ?

Ils vont au bar de l'hôtel et ils font connaissance. Elle s'appelle Sharee Miller. Elle a 27 ans. Contrairement à ce qu'imaginait Jerry, elle est mariée. Son mari, Bruce, est un affreux bonhomme, qui a vingt ans de plus qu'elle, mais il est riche. Il a une casse de voitures, qui rapporte beaucoup. Pour s'occuper, plus que par nécessité, elle est vendeuse sur Internet d'une gamme de produits de beauté. C'est la raison pour laquelle elle a pu s'échapper à Las Vegas. Elle a dit à son mari qui'l y avait une réunion des représentants de la marque...
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Lun 22 Mai - 19:23

Ils parlent ainsi longtemps ; il est 6 h du matin lorsqu'elle émet le désir de rentrer à son hôtel. Il ne rate pas l'occasion.

- Je vais vous raccompagner. A cette heure-là, on peut faire une mauvaise rencontre. Avec quelqu'un de la sécurité, vous ne risquez rien.

Elle accepte et, une fois à son hôtel, il lui propose d'aller prendre un dernier verre dans sa chambre. Elle accepte encore et cette courte nuit de mars 1999 est le début d'une liaison.
Tout de suite, la relation est enflammée. Sharee Miller manifeste le tempérament fougueux qui a toujours été le sien, Jerry Cassaday, pour la première fois depuis son divorce, est profondément amoureux. Il retrouve confiance dans les femmes et dans la vie. C'est une véritable renaissance !

Seulement, il y a l'éloignement : ils sont à plus de mille kilomètres d'un de l'autre et Sharee ne peut pas prétexter trop souvent des réunions de représentants, sans attirer les soupçons de son mari. Leur deuxième rencontre a lieu seulement un mois plus tard ; la troisième, un mois plus tard encore. Alors, entre-temps, ils correspondent par Internet. Sharee n'a aucune difficulté, elle est tout le temps derrière son ordinateur, soi-disant pour son travail de représentante ; lui, qui travaille la nuit et dort le jour, diminue son temps de sommeil.

Pendant des mois, ils se disent des banalités amoureuses et puis, soudain, Sharee annonce une grande nouvelle.

- Jerry, je suis enceinte !
- Ce n'est pas possible ?
- J'en suis certaine à 100 %.
- Alors, tu divorces et je t'épouse !
- C'est compliqué...
- Tu n'oses pas le lui dire ?
- C'est que tu ne le connais pas.
- Je vais venir et je le lui dirai, moi !
- Non, il te tuerait ! Je vais essayer de le faire...

Le lendemain et pour la première fois, Sharee Miller ne se manifeste pas sur Internet. Jerry, follement inquiet, multiplie les questions angoissées. Malgré cela, c'est le silence informatique. Ce n'est que le troisième jour qu'il y a enfin un message de Sharee.

- Pardon d'avoir tardé à te parler. J'étais à l'hôpital.
- A l'hôpital ?
- J'ai perdu mon bébé. J'ai fait une fausse couche.
- C'est affreux ! Comment ça s'est passé ?
- J'ai parlé à Bruce. Sa réaction a été terrible.
- Il t'a battue ?
- Oui. Et c'est à cause de ça que j'ai fait une fausse couche.
- Sharee, tu vas le quitter immédiatement, tu m'entends ? Tu le quittes et tu me rejoins ici.
- C'est impossible.
- Tu as peur ?
- Oh, oui ! Tu ne sais de quoi il est capable. Il a déjà tué. Il s'en est sorti, mais c'était lui.
- C'est un gangster ?
- La casse de voitures n'est qu'une façade. Il fait du trafic de drogue et du blanchiment d'argent. Et ce n'est pas le pire.
- Qu'est-ce qui pourrait être pire ?
- Il fait partie de la mafia.
- Tu en es sûre ?
- Je n'ai pas de preuve, mais j'en suis sûre.

Jerry, abasourdi, reste un long moment sans réaction. C'est Sharee qui reprend la parole, par Internet interposé.

- Jerry, fais attention à toi. Maintenant, il connaît ton existence. Il est capable d'envoyer quelqu'un te tuer...

Près de six mois passent encore. Sharee a défendu à Jerry de lui reparler de quitter son mari et, en faisant de gros efforts, il lui a obéi. Mais il a beaucoup de mal à supporter la situation qui est la leur. Il est de plus en plus amoureux, c'est la femme de sa vie, il en est sûr. Alors il devient littéralement fou de joie lorsque, début novembre 1999, elle lui annonce :

- Jerry, je suis de nouveau enceinte !

Il est tellement ému qu'il reste immobile devant le clavier de son ordinateur sans pourvoir frapper une seule lettre. C'est Sharee qui se manifeste la première et ce qu'elle annonce est plus extraordinaire encore :

- Ce sont des jumeaux ! J'ai passé une échographie. Ne bouge pas, je te l'envoie...

Une minute plus tard, le cliché apparaît sur son ordinateur : deux petites silhouettes se serrant l'une contre l'autre dans le ventre de leur mère. Il explose.

- Cette fois, nous nous marions. Dis "oui", Sharee !

Sharee Miller n'en a pas le temps. Elle tape :

- Il arrive. Je t'appelle plus tard...

Pourtant, elle ne rappelle pas. Pendant deux jours, c'est le silence complet et puis Jerry reçoit un nouveau message. Mais cette fois, il émane de la messagerie de Bruce Miller :

- Sharee grossit avec deux bâtards en elle. Je lui ai dit de se faire avorter. Elle est partie à la clinique. Je crois qu'elle n'avait pas le choix.

Jerry Cassaday passe par toutes les émotions. Non seulement, il y a l'annonce de la fin de ses espoirs de paternité, mais il découvre que le mari de Sharee connaît l'adresse de sa messagerie et qu'il est sans doute au courant de tout.

Il attend un moment, mais il n'y a pas d'autre message. Il ne sait que faire. Lui répondre ? Mais pour dire quoi ? Aller le trouver pour une explication ? Compte tenu de l'individu, cela se passerait très mal... En désespoir de cause, il choisit d'attendre.

Deux jours s'écoulent encore et puis, enfin, il y a du nouveau. Le message provient de Sharee. Il ne s'agit pas de texte, ce sont des photos d'elle. Elles sont terriblement inquiétantes. Elle a un air tragique. Sur son visage et ses bras, on peut discerner des traces de coups. Les photos, au nombre de quatre défilent et elle s'exprime ainsi :

- Il m'a battue quand je suis rentrée de la clinique.
- J'arrive. Je vais le tuer ! Cette fois, tu ne m'en empêcheras pas !

Brutalement, la conversation par Internet s'arrête. Sharee Miller a encore dû être surprise par son mari. Il craint le pire, mais elle se manifeste à nouveau.

- C'était lui. Il m'a encore frappée. Je crois qu'il va me tuer.
- Je vais le tuer avant. Dis-moi comment faire.

Il y a un moment d'attente. Jerry sent que Sharee est en proie à un violent débat intérieur Rolling Eyes , puis elle répond. Elle a pris sa décision.

- Il faut que tu viennes à la casse automobile vers 18 h 30. A cette heure-là, il est seul dans son bureau à travailler...

Et puis, de message en message, elle lui donne toutes les explications concernant l'itinéraire et les détails matériels. Elle ajoute qu'il ne faudra pas qu'ils communiquent pendant un certain temps à cause de l'enquête qui va suivre. C'est elle qui reprendra contact avec lui. (Mais c'est pas vrai d'être aussi C.. !!!)

Le lendemain, Jerry Cassaday prend la route pour le long trajet qui mène de Las Vegas dans le Nevada, à Flint, dans le Missouri. Il ne met pas moins de onze heures, mais il arrive à temps. Les indications de Sharee étaient bonnes : il est devant la casse automobile ) 18 h 30.
Elle est vraiment sinistre : des carcasses de véhicules éclairées par quelques lampadaires, qui projettent une lumière crue. Il entre dans le vaste hangar qui abrite les bureaux. Bruce se trouve dans une pièce fermée par une porte vitrée. Il est penché sur une pile de feuillets. Jerry est surpris de son apparence : il est chauve, petit, plutôt grassouillet. Mais cela ne doit pas l'étonner. Il se souvient d'avoir vu, dans des photos ou des reportages, des chefs de la mafia : ils avaient la même apparence insignifiante. Il pousse violemment la porte :

- Salut, je suis Jerry !

L'homme est totalement surpris, mais il n'a pas de réaction de terreur et de rage attendue. Il ouvre des yeux ronds.

- Jerry qui ?
- Tu le sais parfaitement, ne fais pas l'imbécile !
- Je ne comprends pas...

Jerry Cassaday sort son revolver. L'autre devient livide.

- Qu'est-ce que vous voulez ? J'ai beaucoup d'argent dans mon portefeuille.

Il veut mettre la main à sa poche, mais le revolver se pointe dans cette direction.

- Ne bouge pas ! Ce n'est pas l'argent qui m'intéresse, c'est Sharee.

- Vous connaissez ma femme ?

Bruce a, de toute évidence, décidé de jouer la comédie. Il est inutile de perdre davantage de temps. Jerry lui tire une seule balle en plein coeur. Il n'a jamais raté sa cible et l'homme s'écroule dans une mare de sang... Il s'apprête à partir, mais se ravise. Il plonge la main dans le veston de sa victime et sort son portefeuille, qui est effectivement bourré de billets. Il n'est pas inutile de faire croire à un crime crapuleux.

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epistophélès

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Lun 22 Mai - 20:14

Après quoi, il refait la route en sens inverse et il attend...
Sharee lui a dit qu'elle laisserait passer du temps avant de reprendre contact. Et il se passe, effectivement, pas mal de temps avant qu'il ait de ses nouvelles : exactement quinze jours.

Pendant ce temps, à Flint, l'enquête suit son cours. Elle est menée par le shérif de la localité, Gregor Fallings. Celui-ci s'orient effectivement vers un crime crapuleux. Le portefeuille de la victime était, du dire des témoins, toujours rempli de dollars : c'est, de toute évidence, le mobile du meurtre. Car, à par cela, on ne voit pas qui aurait pu en vouloir à Bruce Miller. C'était le plus doux et le plus paisible des hommes. Il était incapable de faire le moindre mal, tout le monde l'adorait.

Il y a bien la veuve, Sharee Miller, que cette mort rend riche du jour au lendemain. Le shérif Fallings garde un oeil sur elle, d'autant que ses investigations lui ont appris qu'elle avait un amant : Tom Hankok, un agent immobilier de Flint, avec lequel elle avait souvent des rendez-vous clandestins. Elle avait peut-être même un autre amant, car, une fois par mois environ, elle partait seule en week-end. Dans un cas comme dans l'autre, Bruce Miller, mari complaisant, fermait les yeux...

C'est pourquoi, Grégor Fallings privilégie la piste crapuleuse. Or, il se trouve qu'il y a, parmi des employés de la victime, le coupable idéal : John Hutchinson, un repris de justice, qui a fait de la prison pour vol à main armée. Bruce Miller, avec sa générosité coutumière, lui avait offert une place dans son entreprise, pour l'aider à se réinsérer. Il lui avait même prêté de l'argent, plusieurs milliers de dollars. Persuadé de tenir son homme, le shérif arrête Hutchinson et l'interroge sans relâche.

- Où est-ce que tu as mis l'argent ?
- Je n'ai rien fait. Je n'ai jamais tiré un coup de feu de ma vie !
- Alors que tu as fait un vol à main armée ? Tu te fiches de moi ?
- J'étais armé, mais je n'ai pas tiré.


Les choses en sont là, quand Sharee Miller décide de jeter le masque. Jerry Cassaday a fait ce qu'elle attendait, elle n'a plus besoin de lui. Quinze jours ont passé, c'est suffisant. Elle prend son ordinateur et tape :

- Je suis désolée, c'est fini entre nous.

Jerry, qui était devant son écran, attendant fébrilement un message, croit avoir mal lu.

- Qu'est-ce que tu dis ?
- J'ai quelqu'un d'autre. Salut !

Pendant toute la journée qui suit, Jerry ne veut pas y croire. C'est un malentendu, c'est une erreur, elle va se manifester....... "(Il était long à la comprenette le mec !)....... Rolling Eyes "
Ce n'est que le lendemain qu'il lui vient à l'esprit que tout est peut-être vrai, qu'il a été manipulé par une femme qui n'a aucun sentiment pour lui et qui l'a simplement utilisé pour se débarrasser de son mari. "(Vraiment une flèche, le pigeon !)"
Il a alors une intuition : il regarde l'échographie des jumeaux qu'il a gardée sur son ordinateur. Il l'étudie attentivement et il a l'impression de tomber dans un gouffre : là, dans le coin droit du cliché, il y a une date à laquelle il n'avait pas fait attention la première fois, 25 novembre 1994. Cinq ans, la photo date de cinq ans ! Sharee n'a jamais été enceinte. Elle lui a joué la comédie pour qu'il tue son mari, lui, l'ancien policier, qui savait mieux que quiconque se servir d'une arme. Elle voulait être débarrassée de Bruce, mais elle ne voulait pas divorcer, ce qui l'aurait privée de sa fortune. A présent, elle peut refaire sa vie avec un autre homme qu'il ne connaît pas et qu'elle aime.


C'est le surlendemain, 11 février 2000, que Jerry Cassaday décide de mettre fin à ses jours. Il se suicide d'un coup de son fusil de chasse. Près de lui, il a laissé une lettre d'adieu :

"J'étais si aveugle et stupide et tellement amoureux ! Elle voulait juste garder son argent et ne plus avoir de mari. Je sais aujourd'hui qu'il ne s'agissait que de mensonges et de manigances. Je ne peux supporter cette trahison. Je demande pardon à celui que j'ai tué et qui ne méritait certainement pas un pareil sort."

A côté de cette lettre, il a déposé la transcription intégrale de sa correspondance informatique avec Sharee Miller. Les policiers de Las Vegas l'adressent immédiatement à leurs collègues de Flint. Le shérif Fallings libère aussitôt George Hutchinson et fait arrêter la veuve. Sur son ordinateur, on retrouve exactement la même correspondance. Il s'agit d'une manipulation d'un rare cynisme. Même si ce n'est pas elle qui a appuyé sur la détente, elle est bien plus coupable que le malheureux auquel elle a tourné la tête...

A son procès, les débats ont confirmé toute l'étendue de la machination. Bruce Miller, loin d'être un bandit, était un pauvre homme, que sa jeune épouse menait par le bout du nez. Non seulement il ne la battait pas, mais il lui arrivait quelquefois d'être battu par elle. Il lui passait tous ses caprices et ses infidélités. Bien entendu, elle n'avait jamais été enceinte et n'avait jamais avorté.

Les jurés, scandalisés par son comportement, l'ont condamnée au maximum, étant donné qu'elle n'avait pas tué : la perpétuité réelle. Le président lui a précisé le sens de ce verdict : elle ne pourrait pas présenter de demande de libération avant 2055 !


FIN
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Lun 22 Mai - 22:32

LA MEURTRIERE DU LAC

Susan Vaughan naît, en septembre 1971, à Union, une petite ville industrielle de Caroline du Sud. Dès le début de son existence, les malheurs s'accumulent autour d'elle. Ses parents sont de condition modeste. Le père est alcoolique et bat sa femme, ce qui lui vaut d'être arrêté et de faire un séjour en prison. Il ne le supporte pas et, de retour chez lui, il se suicide. Susan a alors 6 ans.

Sa mère ne tarde pas à se remarier avec un homme d'affaires aisé, Beverly Russel. Du coup, la petite fille se trouve plongée dans un autre univers : une maison luxueuse, un grand parc, des domestiques. On pourrait penser que tout s'arrange pour elle, mais elle va se trouver confrontée à un autre genre de problème.
Le jour de son quinzième anniversaire, son beau-père l'agresse sexuellement. Elle n'ose rien dire et il continue pendant des mois. Quand elle menace de tout révéler, il lui donne de l'argent pour acheter son silence et les choses en restent là.

A 18 ans, elle quitte la maison. Elle a terminé ses études sans grand succès et sans grand regret et elle n'a qu'une hâte : entrer dans la vie active. A Union, cité dynamique, ce ne sont pas les emplois qui manquent et elle trouve un poste de vendeuse dans le supermarché de la ville. Susan est jolie, très jolie même : grande, bien faite, de longs cheveux châtains. Elle a deux aventures successives. Elles sont, hélas, toutes deux malheureuses et elle fait une tentative de suicide.

En 1991, année de ses 20 ans, les choses semblent changer. Elle est courtisée par un employé du magasin, David Smith. Cette fois, c'est sérieux. Ils se marient et ils ont un enfant, Michael, au mois d'octobre. Le couple ne tarde pourtant pas à se déchirer. Susan et lui ont des disputes, puis des aventures chacune de leur côté. Après multiples séparations, arrive un deuxième enfant, fin 1993 : un petit garçon, Alex. Mais cet enfant ne les rapproche pas. David quitte sa femme un mois après la naissance.
Il était le supérieur de Susan au supermarché et, pour éviter une situation difficile à vivre, elle démissionne. Ce n'est tjourus pas un problème à Union. Elle est embauchée presque aussitôt chez Conso Products, la plus importante société de la ville.

C'est là que son destin va se jouer. Jusqu'à présent, Susan Smith avait été une femme ordinaire. Mais ordinaire, elle va cesser de l'être. Elle va être connue dans tous les Etats-Unis, elle va même faire la couverture de Time, le plus grand magazine du pays, honneur réservé habituellement aux vedettes internationales aux chefs de l'Etat.

Conso Products est spécialisée dans la décoration de la maison. L'environnement est agréable et Susan se plaît tout de suite au milieu des meubles, des lampes et des bibelots. Le deuxième jour après son arrivée, elle est justement en train d'apporter sur les rayons une grosse caisse de bibelots qu'elle a été chercher dans la réserve. Elle est particulièrement lourde et elle a du mal. C'est alors qu'un jeune homme de son âge vient à son secours.

- Je vpeux vous aider ?
- Ce n'est pas de refus !

L'arrivant lui prend la caisse des mains et va la porter là où elle le lui indique. Il est vraiment beau garçon ; blond bouclé, les yeux bleus, un sourire éclatant. Elle le remercie et lui demande :

- Vous êtes un de nos clients ?
- Non, je travaille au magasin. Vous ne m'avez jamais vu ?
- Je suis arrivé avant-hier.
- Alors, bienvenue chez nous ! Je m'occupe de l'administration. Je m'appelle Tom.
- Et moi, Susan...

Il l'aide à déballer sa caisse et à placer les objets sur les rayons. Tout en accomplissant ce travail, ils discutent. Elle le trouve vraiment charmant. Il est galant, distingué, spirituel. Aussi, elle ne l'envoie pas promener, lorsqu'il lui dit :

- J'aimerais qu'on se revoie.
- Pourquoi pas.
- Ce soir, au restaurant. A moins que vous ne soyez prise.
- Non, je n'ai rien...

Susan Smith n'a pas l'habitude de se laisser faire aussi vite, mais ce garçon lui plaît vraiment. De toute manière, elle pourra toujours faire marche arrière si besoin est... Il vient juste de la quitter, quand une de ses collègues vient vers elle.

- Eh bien, tu as de la veine, toi !
- C'est vrai qu'il est beau gosse...
- Je ne te parle pas de ça. Tu ne sais pas qui c'est ?
- Non, je viens d'arriver.
- C'est Tom Finlay, le fils du patron. Un jour, c'est lui qui dirigera tout ça.

Susan Smith hoche la tête. Elle a compris :

- Il veut m'ajouter à son tableau de chasse, c'est ça ?
- Pas du tout. Il serait plutôt du genre timide. C'est la première fois que je le vois se comporter comme avec toi? Tu as dû lui taper dans l'oeil !

Du coup, Susan Smith devient toute songeuse. Elle pense, malgré elle, aux romans à l'eau de rose qui constituent sa seule lecture, avec des histoires de bergères qui épousent des princes charmants, d'infirmières qui épousent des médecins et de petites employées qui se marient avec leur patron. Elle s'entend demander :

- Est-ce qu'il est marié ?
- Non, il est à prendre. Et c'est un sacré beau parti, crois-moi : des millions de dollars !

Le soir, au restaurant, Susan Smith n'en mène pas large. Elle est passé en catastrophe chez le coiffeur après son travail et elle a mis sa robe la plus convenable. Et elle ne tarde pas à se rendre compte que sa collègue avait raison : Tom Finlay n'a rien du jeune homme fortuné, persuadé que toutes les femmes vont lui tomber dans les bras à cause de son argent. Il n'est guère plus à l'aise qu'elle. Il est presque gêné d'avouer qu'il est le fils du patron. De son côté, elle se présente. Elle est en instance de divorce, elle a deux enfants en bas âge... Après quoi, ils parlent de choses et d'autres. Le temps passant, ils se détendent en en viennent aux confidences.

- Je n'ai jamais eu de chance avec les hommes. Je n'en ai pas trouvé un seul de bien.
- Moi, c'est pareil avec les femmes. J'ai peu qu'elles n'en veuillent qu'à mon argent.
- Peur-être qu'entre nous, ça pourrait être différent.
- Peut-être...

Ce premier tête-à-tête est suivi d'autres. Tom et Susan se sentent de plus en plus attirés et ce qui devait arriver arrive : ils deviennent amants. Nous sommes à l'été 1994. Au même moment, le divorce entre David et Susan est prononcé. Elle est officiellement libre. Elle l'annonce à Tom. Ce dernier comprend ce que cela signifie. Et il fait à sa compagne une déclaration étonnante :

- Si on se mariait, je ne voudrais pas d'enfant. J'ai horreur des enfants.
- Nous ne serions pas obligés d'en avoir.
- Il n'y a pas que cela. Des enfants, tu en as, toi.
- Cela te gêne ?
- Oui, je suis désolé.

A l'automne, Susan Smith traverse une crise. C'est sans nul doute dû à l'attitude de Tom, qui lui a demandé de prendre du recul. Du coup, elle paraît, à tous ceux qui l'approchent, en proie à un grand trouble. Elle a des absences, des sautes d'humeur. Elle est bizarre surtout avec ses enfants, dont le juge lui a confié la garde : Michael, 3 ans et Alex, 14 mois. Elle crie quand le petit dernier pleure, elle rabroue l'aîné pour un oui ou pour un non...

Le 25 octobre 1994, ellepart avec eux, à bord de sa voiture, une Mazda marron. Elle les a installés sur le siège arrière. Au bout d'une dizaine de minutes elle arrive devant le lac Long, pas très loin d'Union. Elle s'engage sur une pelouse, qui descend en pente douce vers les flots. Il n'y a personne, les lieux sont le plus souvent déserts. Le petit Alex dort, avec son nounours à côté de lui. Michael interroge sa maman :

- Qu'est-ce qu'on fait ?
- On va s'amuser.
- En faisant quoi ?
- Tu vas voir, c'est une surprise !

Elle coupe le moteur, met au point mort, sort du véhicule et ferme la portière. La voiture, dont le frein à main n'a pas été mis, glisse en direction du lac. Elle pénètre dans l'eau, flotte un moment, puis s'enfonce doucement. Bientôt, seul le toit est visible, puis plus rien du tout. Susan vérifie qu'il n'y avait aucun témoin et se met à courir.
Elle arrive devant une maison. Elle carillonne à la porte et on finit par lui ouvrir. Elle se trouve en présence d'un couple entre deux âges.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Mes enfants... En voiture... Un homme noir...

Elle est en proie à la plus grande agitation, incapable de prononcer autre chose que des bribes de phrases. Tout ce qu'on peut comprendre, c'est qu'il s'agit d'un enlèvement. Le couple décide de la conduire au commissariat de police d'Union. Là, elle s'est un peu calmée et peut faire un récit cohérent.

- J'étais en voiture avec mes enfants...
- Quel genre de voiture ?
- Une Mazda marron.
- Quel âge ont vos enfants ?
- 3 ans et 14 mois... J'étais à Union. Je me suis arrêtée à un feu rouge. Là, un homme noir est monté. Il s'est installé sur le siège avant.

- Il était armé ?
- Non. Mais je lui ai obéi quand même. Il était jeune, un vrai athlète. Qu'est-ce que je pouvais faire ? J'ai pensé aux enfants... J'ai conduit un moment. Quand nous somme arrivés près du lac Long, il m'a ordonné de m'arrêter et de descendre. Je lui ai dit qu'il pouvait prendre la voiture, mais qu'il laisse les enfants. Il ne m'a pas écoutée, il s'est installé au volant et il a démarré/

Le policier qui prend sa déposition hoche la tête.

- D'après vous, il s'agit d'un enlèvement ?
- J'ai peur que oui. S'il voulait la voiture pour s'enfuir ou quelque chose comme ça, il n'aurait pas gardé les enfants.
- Vous êtes riche ?
- Je suis vendeuse chez Conso Products. Je gagne 800 dollars par mois.
- Il n'y a personne, dans votre famille, qui ait de l'argent ?
- Mon beau-père, peut-être...

Les policiers lui demandent ensuite de décrire le ravisseur. Elle en fait une description relativement précise, qui permet d'en dresser un portrait robot exploitable. Ils lui posent encore d'autres questions.

- Lorsque vous êtes partie, c'était dans quel but ?
- J'étais allée faire des courses au supermarché d'Union.
- Vous vous êtes garée au parking ?
- Oui.
- Il était quelle heure ?
- 15 h 15, environ.
- Et vous n'avez rien remarqué de particulier ? Personne n'a essayé de vous aborder ?
- Non, rien...

La police est du même avis que Susan Smith : il s'agit sans doute d'un enlèvement. D'autant qu'il y en a eu un, peu auparavant, en Caroline du Sud, qui s'était terminé tragiquement par la mort du jeune enfant kidnappé. Les journalistes ne tardent pas à être au courant, notamment la télévision. Une chaîne propose aux parents, Susan et son ex-mari David, de lancer un appel aux ravisseurs. Et il ne s'agit pas d'une chaîne locale, mais nationale, ce qui fait que leur intervention est entendue dans tous les Etats-Unis.


- Nous vous en supplions, ne faites pas de mal aux enfants ! Contactez-nous, s'il vous plaît. Nous ne sommes pas riches, mais nous paierons tout ce que nous pourrons.

Susan ajoute même :

- Je sens que mes enfants sont vivants. J'en ai la certitude. Rendez-les-mois !

Les policiers, prenant la parole après eux, diffusent la photo de la voiture et le portrait robot du ravisseur présumé. Cet appelle pathétique suscite une grande émotion dans tout le pays et des témoins signalent le passage des enfants et du ravisseur dans tous les Etats-Unis. Les pistes sont systématiquement explorées, mais en vain.

Autour de Susan Smith, c'est le même empressement. Sa mère et son beau-père l'assurent qu'elle pourra compter sur eux. Pendant une semaine, elle est entourée d'affection, comme elle ne l'a jamais été, mêmê si, à sa grande déception, Tom ne se manifeste pas. Concernant l'enquête, il n'y a pas le moindre résultat, malgré les importants moyens déployés. Des recherches sont effectuées dans le lac par des plongeurs, mais elles sont faites sur la mauvaise rive et elles ne donnent rien.

Le neuvième jour, la tragi-comédie prend fin. Susan Smith est convoquée par les policiers. Ses déclarations ont été soigneusement vérifiées et il y en a une qui n'est pas crédible.

- Vous avez bien dit avoir fait des courses au supermarché vers 15 h 15 et vous être garée sur le parking ?
- Oui. C'est pour cela que je suis sortie avec les enfants.
- C'est impossible. Le parking est équipé de caméras. Nous avons visionné les enregistrements. Aucune Mazda marron n'apparaît sur les images.
- J'ai pu me tromper. C'était peut-être avant ou après.
- Nous avons regardé tous les enregistrements de 14 h à 16 h. Alors, madame Smith, qu'est-ce qui s'est réellement passé ? Où sont la voiture et vos enfants ?...

Susan Smith s'entête. Elle maintient son histoire d'homme noir et d'enlèvement, puis, au bout de plusieurs heures, elle finit par craquer, elle dit la vérité. Le lendemain matin, une grue retire le véhicule du lac, avec les deux petits cadavres à l'intérieur.

Pour l'opinion publique, qui avait suivi l'affaire avec passion, c'est l'horreur ! Horreur, qui est encore renforcée quand Susan Smith avoue son mobile : elle a commis son meurtre, parce que Tom Finlay lui avait dit qu'il n'aimait pas les enfants. Elle a tué deux petits innocents pour épouser le fils du patron ! ... Le numéro suivant du magazine Time porte sa photo en couverture, avec la légende : "Comment a-t-elle pu faire ça ?"


Le procès de Susan Smith s'ouvre, à Union, le 18 juillet 1995. Il est prévu pour durer seulement trois jours, tant les faits son incontestables. Le seul enjeu véritable des débats sera la condamnation prononcée. L'accusée échappera-t-elle à la chaise électrique, manière dont est appliquée, à l'époque, la peine capitale en Caroline du Sud ? C'est la seule question qui se pose.

Le procureur Tommy Pope fait tout pour obtenir sa tête. Il rappelle le mobile particulièrement odieux du meurtre. Susan Smith a délibérément sacrifié ses enfants pour épouser le fils de son patron. L'avocat de la défense, David Bruck, un fervent opposant à la peine de mort, insiste sur l'enfance difficile de Susan et les abus sexuels commis par son beau-père. Concernant les faits, il soutient la thèse qu'elle a voulu se suicider, mais qu'au dernier moment, elle a quitté la voiture, dans un réflexe de survie.

Les deux plaidoiries sont impressionnantes. Tommy Pope essaie de mettre les jurés à la place des enfants. Il décrit leurs derniers instants de manière particulièrement réaliste, prononçant à plusieurs reprises :

- La voiture s'emplit d'eau...

David Bruck, de son côté, fait un discours pathétique. S'adressant aux jurés d'Union, issus d'une population pieuse et conservatrice; il cite à plusieurs reprises la phrase de l'Evangile :

- Oserez-vous jeter la première pierre ?

Et à la surprise générale, c'est lui qui l'emporte. Susan Smith échappe à la chaise électrique. Elle est condamnée à la perpétuité, avec une peine de sûreté de trente ans. David Smith, son ex-mari, qui aurait souhaité la peine de mort, déclarera à la sortie des débats, aux journalistes :

- Dans le fond, rester toute sa vie avec ses remords, c'est peut-être pire pour elle.


FIN

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Martine

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MessageSujet: Re: LE MAL AU FEMININ    Mar 23 Mai - 9:53

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Ce sont toutes des histoires vraies Episto?
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epistophélès

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Mar 23 Mai - 14:27

Malheureusement oui, Martine. ... Laughing
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epistophélès

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Mar 23 Mai - 23:26

LA LESSIVEUSE


Denise Labbé a vraiment du chic, dans la robe qu'elle a mise pour se rendre au bal ! Sur son corsage, elle a épinglé un brin de muguet, car nous sommes le 1er mai 1954 et, comme chaque année, à Rennes où vit Denise, il se donne, à cette occasion un grand bal.

Denise Labbé a 28 ans. C'est une belle brune, avec une certaine retenue dans le maintien. Elle n' pas toujours eu une vie facile, mais elle veut croire en l'avenir : la preuve, sa présence à ce bal où elle espère faire enfin la rencontre tant attendue.

Elle est issue d'une famille modeste, mais honorable. Son père est facteur. Toute jeune, elle est mise en pension à Dol-de-Bretagne, pour y faire ses études, peut-être jusqu'au baccalauréat. Elle est intelligente et elle devait y parvenir, mais la mort brutale de son père, alors qu'elle a 14 ans, met un terme à son ambition. Il est tombé dans un canal et il s'est noyé.

Comme Denise à trois frères et soeurs, il n'y a pas assez d'argent pour qu'elle continue à s'instruire. Elle quitte les bancs de la classe pour devenir bonne à tout faire chez un boucher. C'est là qu'elle passe la guerre. Cela ne l'empêche pas de continuer à se cultiver. Elle va à la bibliothèque. Elle lit beaucoup.

A la Libération, âgée de 18 ans, elle passe le concours de l'Institut national de la statistique de Rennes, qui deviendra l'INSEE, et obtient un emploi de secrétaire. A Rennes, il y a beaucoup d'étudiants. Elle en fréquent plusieurs, jusqu'à ce qu'un interne de l'hôpital de Lorient la séduise et qu'elle tombe enceinte, en 1951.
Mais celui-ci, par manque d'argent, tente l'aventure en Indochine et en revient dépressif et alcoolique. Denise accouche entre-temps d'une petite fille prénommée Catherine et se sépare de lui. Elle se retrouve fille-mère, comme on dit à l'époque.

Toujours en fonction des habitudes de l'époque, elle ne garde pas son enfant avec elle. Elle la met en nourrice à Villelouvette, dans la Région parisienne, chez monsieur et madame Laurent.
Pourtant, si elle s'en est séparée, Cathy reste tout pour elle ! Elle se prive pou payer son hébergement, elle lui brode et lui tricote ses vêtements et elle s'impose de faire le trajet en train chaque semaine pour aller la retrouver. A chaque visite, elle la voit s'épanouir. C'est une fillette ravissante, aux cheveux blonds bouclés et au sourire charmant. Elle est vive, enjouée. Elle est en avance pour marcher et, bientôt, pour parler.


Toutefois, la vie de mère célibataire est compliquée. Si elle ne trouve pas un père à sa fille, qui a maintenant deux ans et demi, Denise Labbé vivra en marge de la société. Voilà pourquoi elle est venue au bal du 1er mai. Peut-être, celui qu'elle attend se présentera-t-il enfin...

- Vous dansez, mademoiselle ?

Le jeune homme a un visage mince et d'extraordinaires yeux verts. Il est en habit militaire, lieutenant ou sous-lieutenant, elle ne saurait dire, elle n'a jamais été très forte sur les grades. Elle accepte et les voilà partis sur la piste.

- Vous vous appelez comment ?
- Denise.
- Moi, c'est Jacques.

Jacques Algarron a qutre ans de moins qu'elle, il vient de fêter ses 24 ans. C'est le fils naturel d'un commandant d'infanterie. Il a fait de bonnes études et, tout naturellement, il s'est orienté vers Saint-Cyr où il est reçu en 1952. Jacques Algarron est studieux, mais il multiplie les aventures sentimentales. Il le fait en militaire, à la hussarde, sans trop se soucier des conséquences. Il a l'habitude de dire : "Les assauts d'alcôve préparent les futurs combats." Résultat, il est père à 18 ans. Il ne reconnaît pas l'enfant et le laisse à son ancienne conquête. En 1952, une autre de ses petites amies est enceinte et garde son enfant, malgré la réticence de Jacques...


Après avoir dansé, le couple fait plus ample connaissance devant un verre. Denise Labbé est éblouie de sa rencontre avec un saint-cyrien, mais ce n'est pas pour elle l'élément décisif. Tout bascule, quand, réunissant son courage, elle lui avoue :

- J'ai une petite fille de deux ans et demi.

A ce moment, elle a vu, jusqu'ici, les hommes se fermer. Une femme avec un enfant, c'est trop de complications, c'est un poids trop lourd. Ils ont tous fini par renoncer. L'un d'eux s'est même carrément enfui sur -le-champ. Mais pas Jacques. Lui, il répond calmement :

- Ce sont des choses qui arrivent. Mois, j'ai déjà deux enfants...

Le week-end suivant, ils passent leur première nuit dans un hôtel. Denise Labbé est folle de bonheur.

C'est le début d'une liaison passionnée. Pendant deux mois, ils sont aussi amoureux l'un que l'autre et puis, insensiblement, tout change. Denise se donne corps et âme à son amant ; il est tout pour elle, il est l'homme de sa vie.

Jacques Algarron se rend compte qu'elle est totalement à sa dévotion... C'est un curieux garçon. Ce n'est pas, comme on pourrait l'imaginer, un militaire, pour qui les centres d'intérêt se limitent aux choses de la guerre. C'est aussi un littéraire ou, du moins, il se veut tel. Il a fait beaucoup de lectures, qu'il a plus ou moins bien assimilées : Gide, d'Annunzio, Nietzsche et le marquis de Sade, entre autres.
Il en a tiré une vision exaltée et un peu confuse de l'existence, selon laquelle les êtres d'exception sont ceux qui s'élèvent au-dessus de la morale ordinaire. Denise, de son côté, s'est cultivée en autodidacte. Elle en a tiré un vernis suffisant pour comprendre, mais insuffisant pour critiquer. Alors, elle l'écoute bouche bée, éblouie. Elle s'est trouvé un dieu, il s'est trouvé un public.

A partir de ce moment, il pérore devant elle. Ce sont tous les jours des envolées lyriques, des discours impressionnants et creux. Il est narcissique, grandiloquent, phraseur.

- Il faut vivre pour soi-même et non pour les autres. Il faut trouver au fond de soi la force de se séparer de l'humanité !

Pour Jacques, tout doit tourner autour de lui, il doit être l'axe de leur couple et une chose lui devient bientôt insupportable : Denise l'aime, mais elle n'aime pas que lui, il y a aussi cette petite Cathy qu'elle adore, qu'elle va retrouver aussi souvent qu'elle peut et dont elle lui parle avec un sourire radieux... Un jour, il lui déclare :

- L'amour parfait réclame le sacrifice suprême.

Pour la première fois, elle n'approuve pas. Elle n'a pas compris ce qu'il veut dire. Elle lui demande de s'expliquer. Il ne le fait pas. Il change de sujet, il en reparlera un autre jour... Ce jour ne tarde pas. Il lui dit, une semaine plus tard :

- Notre couple se doit d'être extraordinaire ! Tu dois prouver ta supériorité sur les autres femmes en reniant ta fille.

- "Renier", pourquoi "renier" ?

Encore une fois, il refuse de s'expliquer, mais il revient, peu après, à la charge d'une manière plus claire :

- L'amour n'existe pas sans sacrifice, sans souffrance. Rien n'est plus beau que d'immoler une jeune proie !

Denise commence à deviner ce qu'il a en tête et, si c'est cela, elle se sent perdue ! Elle a encore un espoir de s'être trompée. Mais cet espoir disparaît un jour de début septembre, alors qu'ils déjeunent dans un restaurant, à Paris.

- Si je te demande de tuer ta fille, que répondras-tu ?

Denise se tait. Elle ne lui dit pas "non", elle ne lui a jamais dit "non", mais elle a eu la force de ne pas dire "oui" non plus. Il n'insiste pas, mais il revient à la charge par lettre. Il lui écrit : "Il faut que tu immoles ton propre sang, seul ce sacrifice glorifiera notre amour !" Elle ne répond pas, elle espère encore qu'il va renoncer.

Mais Jacques Algarron ne renonce pas. Il veut rompre et, pour le garder, elle sera bien forcée de lui obéir. Denise Labbé se trouve chez sa mère à Rennes, le 22 septembre 1954, lorsqu'elle reçoit une lettre de son amant : "Tu as manqué de courage. Nous n'avons plus rien à faire ensemble. Adieu ! "Alors, elle franchit le pas, elle décide de sacrifier Cathy. Elle la suspend sur le balcon au-dessus du vide, mais au dernier moment, elle renonce.
Elle appelle Jacques, pour lui raconter ce qu'il s'est passé. Il lui répond :

- Voyons-nous dans une semaine. D'ici-là, tu sais ce que tu dois faire pour me prouver ton amour.

Elle le sait et elle le fait ! Six jours plus tard, elle va se promener avec l'enfant le long du canal, ce même canal où son père s'est noyé dans son enfance. Arrivée devant une écluse, elle jette sans hésitation Cathy à l'eau. Mais la mort ne veut pas d'elle. Un promeneur la voit se débattre, il se jette à son tour tout habillé et parvient à la sauver.
La petite en est quitte pour un refroidissement. Mais, avec sa vivacité et son intelligence, elle a compris qu'elle était en danger auprès de Denise. La mère de celle-ci lui dit peu après :

- Je ne sais pas ce qu'a Cathy, elle ne cesse de me réclamer. Elle veut tout le temps que je sois près d'elle...

Jacques Algarron n'est pas homme à laisser sa proie filer. Il sait ce qu'il faut faire pour obtenir ce qu'il veut. Une semaine plus tard, il vient trouver Denise.

- Je te quitte. J'ai quelqu'un d'autre.
- Une autre femme ?
- Bien sûr. Cela fait des mois qu'elle me tourne autour. Je n'ai qu'un mot à dire pour qu'elle me tombe dans les bras. Eh bie, ce mot, je vais le dire...

Et il s'en va... Denise est devenue pâle comme une morte.
Une autre femme : elle n'avait jamais imaginé cela ! Une autre dans les bras, dans le lit et dans le coeur de Jacques, c'est plus qu'elle ne peut supporter.Elle va tuer Cathy et, cette fois, il n'y aura pas de promeneur miraculeux pour la sauver !

Trois semaines ont passé depuis l'épisode du canal. Nous sommes le 6 novembre 1954. Denise Labbé a décidé d'aller, avec Cathy, chez sa soeur, à Vendôme. C'est l'après-midi. Sa soeur quitte l'appartement pour faire des courses. Denise prend son enfant par la main;

- Viens, chérie. On va laver ta poupée dans la lessiveuse !

La lessiveuse est haute et étroite. Elle est pleine d'eau. Denise ne recule pas, ne tremble pas, elle empoigne son enfant et, lorsqu'elle la lâche enfin, elle est morte... La soeur ne tarde pas à renter. Denise se précipite.

- C'est affreux : Cathy s'est noyée dans la lessiveuse !

Elle lui explique que l'enfant est allée jouer. Elle-même était restée dans une autre pièce. Lorsqu'elle a voulu voir ce que faisait Cathy, elle l'a trouvée, la tête dans la lessiveuse. Elle l'a sortie de l'eau. Mais il était trop tard, elle était morte.

Les deux femmes appellent les pompiers. Ceux-ci ne parviennent pas à réanimer l'enfant et, comme elle ne présente aucun signe de violence, ils concluent à une mort accidentelle.

Denise Labbé se précipite au bureau de poste. Elle envoie un télégramme à Jacques : "Catherine décédée. A bientôt peut-être." Mais lorsqu'elle le rencontre, deux jours plus tard, il l'accueille de manière glaciale.

- Je suis déçu. Ce n'est pas suffisant pour que nous ayons une intimité totale.

Sous le choc, Denise repend enfin ses esprits. Elle comprend qu'elle a commis le pire des actes : tuer un être innocent, sa propre fille, de surcroît. Et tout cela pour rien, pour un homme abject, qui ne méritait pas d'être aimé ! Elle sombre dans une profonde dépression, mais elle n'a pas la force d'aller se dénoncer à la police. Elle ne fait rien. Elle attend...


Le rapport des pompiers a été transmis à la police de Vendôme et, comme il conclut à une noyade accidentelle, aucune action judiciaire n'est entreprise. Pourtant, ce n'est pas de Vendôme, c'est de Rennes que vont venir des faits nouveaux.
En apprenant la mort de Cathy, des témoins se manifestent auprès des policiers rennais. Ils avaient trouvé l'attitude de Denise Labbé vis-à-vis de sa fille suspecte ; maintenant, leurs soupçons sont des quasi-certitudes. Une voisine vient dire que Denise a failli jeter Cathy dans le vide depuis le balcon, un promeneur affirme que la petite n'est pas tombée toute seule dans le canal, sa mère l'a poussée.

Tous ces éléments sont transmis aux gendarmes de Vendôme et, le 6 décembre, un mois exactement après les faits, Denise Labbé est interpellée. Interrogée, accusée d'infanticide, elle commence par nier et puis, brutalement, elle avoue :

- C'est moi !

Mais elle ajoute tout de suite :

- Je l'ai fait parce que mon amant me l'a demandé. Je l'aimais.

Les gendarmes ne prêtent pas attention à ces propos. C'est une déséquilibrée ou quelqu'un qui dit n'importe quoi pour se sauver. Mais elle insiste.

- Je vous jure que c'est vrai. Il s'appelle Jacques Algarron. Il y a des lettres de lui chez moi !


Par acquit de conscience, une perquisition est faite à son domicile de Rennes et, effectivement, on trouve deux lettres de Jacques Algarron. Dans la première, figurent des phrases comme : "Il faut que tu immoles ton propre sang, seul ce sacrifice glorifiera notre amour !" La seconde est une lettre de rupture, qui dit : "Tu as manqué de courage. Nous n'avons plus rien à faire ensemble. Adieu !" Or, elle est datée du 22 septembre, juste avant que Denise ne fasse sa première tentative contre sa fille, sur le balcon.

Tout cela est troublant, d'autant qu'en apprenant l'arrestation de Denise Labbé, un témoin se rend spontanément à Vendôme. Il s'agit de madame Laurent, chez qui la petite Cathy avait été placée dans sa petite enfance et qui n'a pas hésite à venir depuis la Région parisienne.

- Elle l'adorait ! Elle venait toutes les semaines de Rennes, pour la voir. Elle lui brodait et elle lui tricotait ses affaires. Si elle a pu faire une chose pareille, c'est forcément qu'on lui a fait perdre la tête !

Jacques Algarron est convoqué devant les gendarmes. Il prend la chose de haut.

- Je ne lui ai jamais dit de tuer sa fille, c'est inepte !
- Vous ne lui avez pas écrit : "Il faut que tu immoles ton propre sang ?"
- Ce sont des paroles à prendre au figuré.
- Vous ne lui avez pas envoyé une lettre de rupture juste avant qu'elle fasse sa première tentative contre sa fille ?
- J'ai voulu rompre avec elle, parce que j'avais découvert qu'elle était folle. J'aurais dû prévenir la police. Si je l'avais fait, la petite serait encore là...

Cela n'empêche pas Jacques Algarron d'être arrêté et inculpé de complicité d'assassinat... Le drame, que l'on appelle "l'affaire des amants maudits" connaît immédiatement un immense retentissement dans l'opinion. Il y a d'abord l'horreur du crime : une mère noyant son enfant de deux ans et demi dans une lessiveuse, comme on le ferait à un petit chat. Mais il y a aussi le personnage de Jacques Algarron, dont la malfaisance et la perversité rappellent le marquis de Sade, l'une de ses lectures. Enfin, il y a la question, vieille comme le monde, que pose cette affaire : est-ce que l'amour peut rendre fou ?

Inutile de dire que le procès des "amants maudits", qui s'ouvre le 28 mai 1956, devant la cour d'assises de Blois, a attiré la grande foule. C'est le procès le plus retentissant de l'après-guerre, Jean Cocteau l'a même qualifié de procès du siècle.

Les co-accusés font leur apparition chacun de leur côté. Elle, dans un strict tailleur noir, le visage fermé, les lèvres serrées, les yeux baissés, murée dans sa douleur et ses remords. Lui, très élégant, très sûr de lui, en costume, noir également. Il frappe par la jeunesse de ses traits. Preuve de la notoriété de ce procès, ils sont défendus par les deux avocats les plus en vue du moment : Denise Labbé par maître Maurice Garçon de l'Académie française ; Jacques Algarron, par maître René Floriot.

Les débats commencent, menés par le président Lecoq. En contrebas, parmi les pièces à conviction, la lessiveuse tragique rappelle que cette affaire s'est terminée par le plus affreux des crimes, la mort d'une innocente.
Durant tout le procès, Denise Labbé et Jacques Algarron auront l'attitude qu'on attend d'eux, elle se montrant perdue et pleurant beaucoup, surtout quand sa mère viendra à la barre et refusera de regarder dans sa direction. Lui, dédaigneux et prenant soin de ne manifester aucun sentiment.

Les plaidoiries débutent par le réquisitoire de l'avocat général René Gay. Il parle pendant quatre heures, évoquant le meurtre de manière dramatique :

- Vous l'avez précipitée dans cette lessiveuse, qui était trop étroite pour que l'enfant puisse se débattre. Vous l'avez entendue suffoquer et, tout à coup, son petit corps s'est détendu dans vos bras. Denise Labbé, vous aurez toujours dans vos mains l'impression horrible de cette fillette qui se débat. Regardez vos mains à travers la lumière ; vous verrez ses yeux révulsés, vous les verrez toute votre vie !

Mais il parle aussi contre Algarron :

- Il est coupable, dit-il, d'avoir inspiré ce crime à Denise Labbé, coupable de l'avoir poussée à l'accomplir, avec une cruauté sans égale, une continuité, une dureté de coeur qu'on n'imagine pas.

Cette double accusation est toute la difficulté de sa tâche, car il ne peut charger l'un sans donner des excuses à l'autre. En témoigne sa conclusion, qui est pour le moins gênée : il réclame la mort pour Denise Labbé, tout en rappelant qu'il n'est pas plus conforme à la tradition d'exécuter les femmes, et les travaux forcés à perpétuité pour Jacques Algarron.

Défenseur de ce dernier, maître Floriot use de toute son autorité pour dénoncer le manque de preuves contre son client. Il n'y a contre lui que les paroles de Denise Labbé et des lettres qui ne parlent pas explicitement de tuer la petite Cathy et il conclut :

- Messieurs les jurés, lorsque, tout à l'heure, on vous demandera : "Est-il coupable ?", vous répondrez "Non" !

Maître Maurice Garçon ne plaide pas une innocence absurde. Il est normal que Denise Labbé soit châtiée, d'ailleurs, elle le demande, mais il réclame pour elle les circonstances atténuantes, tout comme, dit-il, l'a fait implicitement l'avocat général.

Il sera entendu, puisque le jury accorde à Denis Labbé les circonstances atténuantes et la condamne aux travaux forcés à perpétuité. Jacques Algarron, de son côté, est reconnu coupable et se voit infliger vingt ans de travaux forcés.

Denise Labbé a été libérée à la fin des années 1970, après avoir passé vingt-cinq ans en prison. On ne sait pas ce qu'elle est devenue ensuite. On ne sait rien non plus de Jacques Algarron.


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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Mer 24 Mai - 5:18

LA MASSACREUSE


1er décembre 1996. Le superintendant Simons s'arrête au bord de la route reliant Bromsgrove à Alverchurch, dans le Worcestershire, au centre de l'Angleterre. Le superintendant Simons est une véritable caricature du policier anglais et de l'Anglais en général : petite moustache, haute taille, maintien un peu raide.

Il sort de son véhicule, suivi de deux agents, tandis qu'une ambulance arrive à son tour sur les lieux. Il se dirige vers une Ford Escort blanche arrêtée sur le bas-côté. A l'intérieur, il y a un mort, mais il ne s'agit pas d'un accident de la circulation, la voiture n'a rien. C'est un assassinat.

Le superintendant est un vieux de la vieille, il en a vu de toutes les couleurs au cours de sa carrière, mais il a rarement eu un tel spectacle sous les yeux. Un homme jeune gît sur le siège du conducteur. Il a été littéralement massacré, sans doute à l'arme blanche. On ne peut pas compter le nombre de coups qu'il a reçus sur toutes les parties du corps et il a été, de plus, égorgé : son cou est ouvert sur toute sa largeur.

C'est en s'approchant de lui que le policier découvre qu'il n'est pas seul. Une femme se trouve sur le siège du passager. Elle est dans un état bien moins épouvantable, mais elle a tout de même subi des violences. Elle a un oeil au beurre noir, une estafilade à la joue droite et la joue gauche tuméfiée, de toute évidence à la suite d'un coup de poing à la mâchoire. Elle est à peu près du même âge que l'homme et, malgré les blessures qui la défigurent, elle est d'une incontestable beauté ; du genre blonde pulpeuse.

Les pompiers, après avoir constaté qu'il n'y avait rien à faire pour l'homme, se penchent sur la jeune femme :

- Comment ça va, madame ?
- J'ai mal à la tête, mais ça va quand même.

Le superintendant Simons s'approche à son tour :

- Si vous le vouez, on peut vous conduire tout de suite à l'hôpital, mais si vous vous en sentez la force, j'aimerais vous poser déjà quelques questions.
- Bien sûr. Je vais essayer...
- Merci. Qui est la personne décédée ?
- Il est mort ?
- Oui. Je suis désolée.
- Lee Harvey. C'est... enfin c'était mon compagnon. Nous devions nous marier.
- Et vous-même, vous êtes ?
- Tracie Andrews. J'ai 27 ans.
- Dites-moi ce qu'il s'est passé, Mlle Andrews...
- Lee et moi, nous allions faire des courses à Alvechurch.
- C'était lui qui conduisait ?
- Oui. A un moment donné, il a dépassé une Ford Fiesta verte en piteux état.
- Vous êtes sûre qu'il s'agissait d'une Ford Fiesta ? Vous connaissez bien les voitures ?
- Oui, je connais les voitures. Je suis certaine de ne pas me tromper.
- Et qu'est-ce que vous appelez "en piteux état" ?
- Elle était cabossée et rayée. Elle avait l'air très vieille.

Le superintendant hoche la tête.

- Je suppose que le conducteur de la Fiesta n'a pas supporté d'être doublé et qu'il s'est mis à votre poursuite...
- Exactement. Lee a accéléré. Mais il n'est pas excellent conducteur. L'autre nous a doublés, a fait une queue de poisson et on a été obligés de s'arrêter. L'homme est sorti et s'est dirigé vers nous. Je suis allée à sa rencotnre.
- Que vouliez-vous faire ?
- Lui parler, le raisonner, empêcher une bagarre.
- Et qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Il m'a frappée plusieurs fois au visage. Après, j'ai du mal à me souvenir exactement...
- Mais avant, vous l'avez vu. Comment était-il ?
- Un peu plus âgé que nous, 35 ans, peut-être 40.
- Brun ? Blond ?
- Je ne sais pas, il avait une casquette.
- Est-ce qu'il y a un détail qui vous revient à son sujet ?
- Il avait le regard fixe.
- Vous dites ?
- Le regard fixe. Je ne peux pas vous dire mieux...
- Et après, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Comme je vous l'ai dit, j'avais un peu perdu mes esprits... Je pense que l'homme est allé vers notre voiture.
- Votre compagnon n'avait pas bougé ?
- Je ne pense pas.
- Vous-même, vous y êtes retournée plus tard ?
- Oui. Et c'est là que j'ai vu que Lee était plein de sang et qu'il ne bougeait plus...

Le superintendant Simons clôt l'interrogatoire.

- Je ne veux pas vous éprouver davantage. On va vous conduire à l'hôpital et s'occuper de vous.

L'affaire est vite connue du grand public et elle suscite une grande émotion. C'est qu'il y a un précédent. Une semaine plus tôt, une altercation entre automobilistes s'est terminée par des coups de couteau. La victime n'est pas décédée, mais elle a tout de même été gravement touchée et elle est toujours hospitalisée.
Six mois plus tôt encore, un autre automobiliste avait sorti un revolver et, cette fois, il y avait eu mort d'homme.

La particulière sauvagerie de ce meurtre est abondamment commentée par la presse. Lee Harvey n'a pas reçu moins de trente coups de couteau, sans parler de celui qui lui a sectionné le cou. Des cris d'alarme s'élèvent dans l'opinion, qui se demande si on n'est pas en train de retourner à l'âge de la barbarie et qui exige de la police une action rapide.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Mer 24 Mai - 19:50

C'est pourquoi le superintendant Simons emploie de gros moyens pour retrouver l'agresseur. Il met plusieurs hommes sur la piste de la Ford Fiesta. Avoir la liste des possesseurs de ce type de voiture n'est pas difficile, mais à partir de là, il faut faire un véritable travail de fourmi pour vérifier les véhicules et retenir ceux qui sont en mauvais état.
Au bout du compte, ils ne sont qu'une vingtaine. Si on élimine les propriétaires ne répondant pas au signalement, dont plusieurs personnes âgées, ainsi que ceux qui ont un alibi incontestable, il ne reste plus qu'un certain Gregor Osborne. L'homme, lui, a tout à fait le profil de l'agresseur ; il a 40 ans et il a été condamné plusieurs fois pour coups et blessures. Malheureusement, il est introuvable.

Inutile de dire que le superintendant Simons le traque à travers tout le pays. Son portrait est diffusé dans les journaux et à la télévision. De toute évidence, l'homme ne va pas tarder à être pris. L'enquête aura finalement été très rapide, car il y a seulement vingt-quatre heures que le meurtre a eu lieu...

C'est alors que l'inspecteur Philips, que le superintendant Simons avait chargé du reste des investigations, vient trouver son supérieur.

- Je crains que l'affaire se présente un peu différemment de ce que nous avions supposé.
- Que voulez-vous dire ?
- J'ai mené des recherches le long de la route, chez les riverains et parmi les automobilistes qui l'ont empruntée à cette heure-là : aucun d'eux ne se souvient avoir vu de Ford Fiesta verte, en mauvais état ou pas.
- Ce n'est pas une preuve.
- Certainement, mais c'est troublant... D'autre part, il y a le témoignage de l'automobiliste qui est arrivé le premier sur les lieux et qui nous a prévenus. Lui non plus n'a pas vu de Ford verte, mais ce n'est pas le plus important, elle était peut-être déjà partie.
- Quel est le plus important ?
- Avant de nous appeler, il a été voir les passagers de la voiture blanche. Il a constaté qu'il n'y avait rien à faire pour l'homme, mais il a pu interroger la femme. Elle lui a dit qu'ils avaient été attaqués par le conducteur d'une automobile, mais elle n'a pas pu préciser de quelle marque, parce que, lui a-t-elle dit, "elle n'y connaît rien aux voitures".

Le superintendant Simons reste sans rien dire. Qu'est-ce que cela signifie ? Avec lui, elle a prétendu exactement le contraire. Elle se moque du monde ? Elle dit n'importe quoi ?
Le superintendant écoute l'inspecteur Philips avec une attention redoublée.

- J'ai aussi enquêté sur Tracie Andrews. Savez-vous qu'elle a déjà été arrêtée pour coups et blessures ? C'était contre son amant du moment, avant sa rencontre avec Lee Harvey. Mais lui aussi, elle l'a frappé. C'est dit dans un rapport de police du 19 octobre de cette année. Elle l'a frappé et mordu et, d'après les témoins, il n' pas fait un geste pour se défendre.

Voilà, effectivement, qui fait apparaître les choses sous un aspect différent. Mais il reste un problème de taille. Que Lee Harvey se soit laissé frapper et mordre sans réagir, parce qu'il ne voulait pas lever la main sur une femme, très bien, mais il n'a pas pu se faire massacrer par elle sans se défendre. En particulier, il n'a pas pu la laisser lui couper le cou d'une oreille à l'autre sans réagir... C'est à ce moment que le téléphone sonne. C'est le médecin légiste pour son rapport et il va apporter des précisions fondamentales.

- L'arme du crime est un couteau à petite lame, genre canif ou couteau suisse. La victime en a reçu trente coups, dont un au coeur, qui a été immédiatement mortel. Mais ce n'est pas le coup qui a été frappé en dernier, loin de là.
- Ce qui signifie ?
- Que l'agresseur a continué à frapper sa victime après sa mort. Il lui a donné une vingtaine de coups de couteau, il est difficile de dire un nombre précis. Pour l'égorgement, en revanche, je suis formel : il a eu lieu post mortem. La blessure a très peu saigné.

Le superintendant Simons imagine à présent un tout autre scénario que celui de l'homme à la voiture verte. Il demande au praticien :

- Est-ce qu'une femme a pu porter ces coups ?
- S'il s'agit d'une femme bien bâtie, oui, sans aucun doute. D'autant que la victime est du genre fluet pour un homme.

Le policier remercie et raccroche... Bien bâtie, Tracie Andrews l'est sans aucun doute - il a pu en juger tandis qu'il l'interrogeait. Il n'en est pas absolument certain, mais les choses ont dû se passer de la manière suivante. Lee et Tracie ont une querelle de ménage dans la voiture. Il s'arrête, elle sort un canif qu'elle a sur elle et commence à le frapper. Cette fois, plus question de galanterie. Il sait qu'elle est violente et il comprend que sa vie est en danger. Il la frappe plusieurs fois à la tête. C'est alors qu'il reçoit le coup fatal au coeur. Il est mort, mais elle continue à s'acharner sur lui et, en particulier, elle lui tranche la gorge.
Il reste quand même qu'on ne peut totalement exclure l'hypothèse d'une agression extérieure. Tracie Andrews a pu se contredire sous l'effet de ses blessures et de sa douleur physique et morale. Tant que l'automobiliste ne sera pas retrouvé, un doute subsistera...

Le doute est levé le jour même. On annonce au superintendant Simons la venue d'un témoin important. Et il ne s'agit pas de n'importe qui : Gregor Osborne, l'homme à la Ford verte en personne. Le policier le fait entrer immédiatement. Il a l'aspect du coupable idéal : inquiétant, patibulaire. A-t-il le regard fixe, comme l'a prétendu Tracie Andrews, s'agissant de leur agresseur ? On va vite se rendre compte que cela n'a aucune importance.

- J'ai préféré venir vous voir. Un meurtre, c'est trop grave.
- Si vous avez un alibi, vous ne risquez rien.
- J'en ai un, mais il est... pas comme les autres.

L'homme prend une inspiration, puis il dit tout.

- A l'heure du crime, j'était à l'autre bout de l'Angleterre, à Brighton. Je cambriolais une villa.

C'est effectivement un alibi pas comme les autres ! Mais Gregor Osborne donne plusieurs détails, qui sont vérifiés par la police, à la suite de quoi il est mis hors de cause et emprisonné pour un chef d'accusation infiniment moins grave que celui de meurtre.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Mer 24 Mai - 20:58

Tracie Andrews se retrouve devant le superintendant Simons, alors qu'elle vient juste de sortir de l'hôpital où elle a été traitée pour ses blessures, plus spectaculaires que graves. Elle s'attend à ce qu'il lui demande de préciser ses accusations : elle va tomber de haut.

Le policier la prie de s'asseoir. Maintenant que son visage est moins marqué, il peut constater à quel point elle est belle femme. Elle doit être particulièrement vigoureuse aussi. Elle a certainement dû faire du sport.

-Pourquoi avez-vous fait cela, mademoiselle ?
- Fait quoi ?
- Massacré votre fiancé.
- Vous êtes fou ?
- Et où avez-vous caché l'arme du crime ?

Le policier peut aussi constater la violence de Tracie Andrews. Elle explose. Elle pousse des jurons, elle se répand en imprécations sur le superintendant et la police netière. Ensuite elle réalise que cette réaction la dessert, elle se calme brusquement, mais elle continue à nier avec la plus grande énergie.

Cela ne l'empêche pas d'être arrêtée... La presse apprend la nouvelle avec stupéfaction. Du coup, son indignation change d'objet. Elle ne met plus en cause la barbarie routière, mais elle découvre que l'auteur du crime le plus violent des dix dernières années en Angleterre est une femme. Tracie Andrews y gagne un surnom inédit : "la massacreuse".


Son procès s'ouvre le 30 juin 1997, devant la cour d'assise de Birmingham. La salle est pleine à craquer et tous les principaux médias d'Angleterre y sont représentés. L'accusation soutient qu'il s'agit bien d'une scène de ménage qui a mal tourné. Elle s'attarde sur les nombreux coups de couteau et l'égorgement, rappelant que ce déchaînement a eu lieu après la mort du malheureux Lee Harvey. Non seulement "la massacreuse" a tué son fiancé, mais elle s'est acharnée sur son cadavre jusqu'à l'épuisement de ses forces.

En face, la défense est fidèle à la thèse de l'accusée, qui a maintenu qu'il s'agissait d'une altercation avec un automobiliste. Et elle fait venir à la barrre un repris de justice, qui affirme avoir été menacé par un homme au volant d'une Ford Fiesta verte et armé d'un couteau.Mais tout cela n'est pas très convaincant et Tracie Andrews est condamnée à la perpétuité, avec une peine de sûreté de quatorze ans.

En prison, elle continue de faire parler d'elle. Six mois après sa condamnation, elle fait une confession écrite, reproduite par la presse. Il s'agissait bien d'une dispute qui a dégénérée. Lee Harvey a voulu la défigurer à l'aide d'un couteau. Elle a réussi à s'emparer de l'arme et, dans un accès de rage, a frappé à de multiples reprises son fiancé. Elle avoue avoir jeté le couteau dans les toilettes de l'hôpital où elle a été conduite. En résumé, elle avoue les faits, mais elle les met sur le compte de la légitime défense. De l'avis général, tout cela n'est guère crédible.

En 2009, elle demande et obtient de subir une opération de chirurgie esthétique. L'intervention est facturée 5 000 livres et, conformément à la loi, elle est à la charge de l'Etat, ce qui scandalise l'opinion.

Tracie Andrews est libérée à la fin de sa période de sûreté, en juin 2011. Aujourd'hui, elle s'est fait teindre en brune et elle s'est remariée. Elle n'a jamais exprimé le moindre remords.


FIN
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epistophélès

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 25 Mai - 0:41

"IL A CASSE UN MICKEY"


Il fait un temps printanier ce 6 mai 1997 et les gens sont nombreux à visiter les stands de la vente de charité Saint-Joseph, dans la petite ville d'Irvington, au New Jersey.

Parmi les acheteurs éventuels qui flânent entre les stands, un homme et une femme attirent spécialement l'attention.
L'homme s'appelle Louis Musso, il a 59 ans et il est habillé en cow-boy, mais en cow-boy tout blanc : chapeau à larges bords immaculé, chemise, veste, pantalons et bottes de la même couleur. Seules ses lunettes niores font un contraste sombre avec l'ensemble. A part cela, il est du genre frêle et même chétif et sa silhouette n'en attire que plus l'attention...

Louis Musso n'a pas mis cette tenue pour la circonstance, il est toujours vêtu ainsi, même lorsqu'il effectue son travail de manutentionnaire dans l'un des supermarchés de la ville... Il y a longtemps que ses employeurs ont renoncé à lui faire quitter cette tenue trop salissante pour la tâche qui est la sienne. Ses collègues s'y sont habitués aussi. Il faut dire que Louis Musso n'est pas comme tout le monde : c'est un simple d'esprit, son âge mental est d'environ 8 ans...

Il se promène dans les allées, souriant, comme à son habitude. Il n'est pas riche et ce qu'il cherche ne vaut pas bien cher : une figurine en plastique représentant un cow-boy ou un indien. Il en a des centaines dans le petit logement qu'il habite, au centre de la ville.

Autrefois, ils étaient deux à y vivre. Louis Musso était marié, il l'a été vingt ans et il a connu une union sans nuage. Hélas, son épouse est morte d'un cancer en 1980. Depuis, "Musso", comme on l'appelle, vit seul mais bien entouré. La communauté prend soin de lui.

- Alors, Musso, tu l'as trouvé ton indien ?
- Pas encore, mais ça va venir...

Une autre personne ne passe pas inaperçue à la vente de charité. Il faut dire qu'elle est particulièrement obèse. Aux Etats-Unis, les personnes en surpoids sont nombreuses, mais à ce point, ce n'est tout de même pas fréquent : Sue Basso, 44 ans, ne fait pas moins de 160 kg !

Suzanne Margaret Burns a eu un début d'existence mouvementé... Elle est née, huitième et dernier enfant d'une famille pauvre installée dans l'Etat de New York. La vie est difficile, elle commet toutes sortes de délits et elle passe une partie de sa jeunesse en maison de correction.
Dès qu'elle le peut, Suzanne, que tout le monde a pris l'habitude d'appeler "Sue", quitte le milieu familial. A 16 ans, elle épouse un beau marine, James Peek. Mais leur union n'est pas heureuse. Ils sont violents et aussi volages l'un que l'autre. Ils ont des aventures chacun de leur côté et leurs scènes de ménage se se comptent plus. En 1980, pire encore : James est arrêté et emprisonné pour le viol de sa fille de 9 ans. Quant à Sue, elle n'est pas en reste : elle a des relations sexuelles avec son fils James Junior.

En 1993, elle divorce et part vivre à l'autre bout des Etats-Unis, au Texas. Elle se met en ménage avec Carmine Basso, propriétaire d'une société de sécurité. Après tant d'années de galère, c'est la stabilité, car Carmine a de l'argent, il est même riche. Ils ne prennent pas la peine de se marier, ce qui ne l'empêche pas de se faire appeler, à partir de ce moment, Sue Basso.


Malheureusement, cette négligence a de graves conséquences pour elle. Carmine Basso meurt brutalement au début de l'année 1997. N'ayant aucun lien légal avec lui, elle est chassée de la maison qu'ils partageaient et se retrouve sans le sou. Par chance, une amie, Bernice Miller, l'héberge dans l'appartement qu'elle habite à Jacinto, un faubourg de Houston...

Il y a quelques jours, Sue a décidé d'aller rendre visite à sa tante Carla, qui habite le New Jersey et qui est la seule, dans la famille, à posséder un peu d'argent. Sue espérait d'elle un peu d'aide. Mais la tante lui a claqué la porte au nez et Sue s'est retrouvée désoeuvrée, en attendant de reprendre le bus qui la ramènera au Texas...
Elle en est là de ses réflexions, lorsqu'elle aperçoit un être curieux, tout de blanc vêtu, avec un chapeau, une veste, un pantalon et des bottes de ow-boy, qui demande à une femme qui tient un stand de figurines de porcelaine :

- Vous n'auriez pas des cow-boys et des indiens ?

Sur la réponse négative se son interlocutrice, il s'éloigne, l'air un peu dépité. Sue Basso s'approche de lui :

- Pourquoi des cow-boys et des indiens ?
- C'est pour moi. Je fais la collection.
- Vous en avez beaucoup ?
- Oh, oui, des centaines !
- Eh bien, on va chercher ensemble.
- Vous feriez cela pour moi ?
- Je prends le bus ce soir pour retourner au Texas. D'ici là, j'ai tout le temps...
- Vous habitez le Texas ?
- Oui. Jacinto, près de Houston.
- Ca doit être joli, là-bas !
- Très joli...

Et ils discutent tout au long des allées de la vente de charité. Lui n'est pas rebuté par le physique de la femme : on s'intéresse à lui et on lui parle gentiment, c'est suffisant pour qu'il soit sous le charme. Elle, qui était en train de se demander ce qu'elle allait faire après le refus de sa tante, vient d'avoir une idée, en découvrant ce simple d'esprit. Le tout est de l'attirer au Texas...

A partir de ce moment, la vie de Louis Musso n'est plus la même. Il est tout le temps guilleret, parfois, il chantonne. Avec ses collègues de travail et ses voisins, qui lui en demandent la raison, il garde longtemps un silence mystérieux et puis, un jour, il se décide. Il répond avec un sourire radieux :

- C'est à cause de la dame de mon coeur !
- Il y a une dame dans ton coeur ?
- Oui. On s'est rencontrés à la vente de charité. Elle s'appelle Sue.
- Où est-ce que vous vous voyez ? Chez toi ?
- Non, elle habite au Texas. On s'écrit.
- Et tu vas y aller ?
- Je vais bientôt la rejoindre là-bas...

Pendant des mois, Louis Musso continue sa correspondance avec la "dame de son coeur". Et puis, en juillet 1998, il annonce la grande nouvelle :

- Ca y est : je pars ! Je vais m'installer avec elle au Texas !
- On ne te reverra plus, alors ?
- Non. Mais je vous écrirai...

Et, deux jours plus tard, Louis Musso prend le bus, dans sa tenue de cow-boy immaculée, en direction du Sud des Etats-Unis. Dans sa valise, il y a ses modestes affaires personnelles et un papier que la dame lui a envoyé, en lui demandant de le li rapporter signé. Il l'a fait de bon coeur, sans comprendre de quoi il s'agissait. C'est une police d'assurance vie de 15 000 dollars, au profit de Sue Basso.


26 août 1998. Un couple de promeneurs flâne dans les allées du Galena Park, un espace de loisirs de la ville de Jacinto. Soudain, l'homme avise un tas de vêtements dans un bosquet, derrière un banc.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Des vieux habits. Ce n'est pas la peine d'y toucher.
- Tout de même ! Il faut aller voir...

L'homme s'approche... Non ce ne sont pas de vieux vêtements abandonnés, il y a quequ'un à l'intérieur, un homme plutôt frêle. Et il n'est pas mrot naturellement : il a une énorme plaie au sommet du crâne.

28 août. Le shérif Benson de Jacinto attend le rapport dautopsie concernant le cadavre retrouvé par des passants dans le Galena Park. Outre l'identité de celui qu'il a surnommé "l'inconnu de Galena", il y a la cause exacte de sa mort. Il a été assassiné, c'est un fait certain, mais de quelle manière précise ?
Cela, c'est le médecin légiste qui l'établira. Le téléphone sonne. Le shérif Benson sent qu'il va apprendre du nouveau. Il ne va pas être déçu !

Au bout du fil, la voix du praticien est tout excitée.

- Je vrois que je n'ai jamais vu un cas pareil durant toute ma carrière ! Je vous fais suivre mon rapport. Il y en a sept pages.
- Tant que ça ?
- C'est qu'il y a à dire. L'homme avait environ 60 ans, il était de constitution frêle et même chétive. Il est mort d'une fracture du crâne, due à un objet contondant. Mais ce n'est pas tout, loin de là. Il a eu le nez cassé, dix-sept coupures faciales, quatorze côtes cassées, des brûlures et des contusions sur tout le corps, y compris les parties génitales.
- C'est un véritable massacre !
- Je parlerai plutôt de torture.
- Quelle est la différence ?
- Le temps. Ces sévices se sont étendus sur une période exceptionnellement longue ; je dirais trois semaines. Il a été littéralement tué à petit feu.
- C'es textraordinaire !
- Et ce n'est pas le plus étonnant. Il ne porte aucune trace de liens aux poignets ni aux chevilles. Il n'y a pas non plus de drogue dans l'estomac. Il était donc conscient et en état de se défendre durant tout ce temps.
- Vous voulez dire qu'il s'est laissé martyriser pendant trois semaines ?
- Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'autopsie et les conclusions sont formelles... Une dernière chose ; ses vêtements ne sont pas ceux qu'il portait quand il a été tué. On l'a déshabillé et rhabillé après la mort.

L'inconnu de Galena ne le reste pas longtemps. Le lendemain même, on prévient le shérif Benson qu'une certaine Sue Basso est venue signaler la disparition de son fiancé, Louis Musso. Le shérif la fait venir dans son bureau. C'est une femme extrêmement corpulente. Elle est en compagnie d'un jeune homme au crâne rasé, vêtu d'un treillis militaire, qu'elle présente comme son fils James Junior. Le shérif ne perd pas de temps : il part en leur compagnie à destination de la morgue. Lorsqu'on extrait le cadavre de son casier, la femme pousse des cris déchirants.

- Louis, mon pauvre Louis ! Qu'est-ce qui lui est arrivé ?
- Il a été assassiné.
- Je ne peux pas vous croire. Ce doit être un accident.
- Ce n'est pas un accident, il a été torturé et assassiné...

La femme reprend ses cris et ses larmes. Le policier s'apprête à lui dire quelque chose, mais il se rend compte soudain que le jeune homme est resté parfaitement impassible. Il n'a manifesté ni surprise ni aucun sentiment quelconque.

- Ca n'a pas l'air de vous faire grand-chose à vous !
- Ben, non. C'est nous qui l'avons tué.

James Junior a dit cela placidement, sans élever la voix. Du coup, sa mère arrête ses démonstrations de chagrin et tente de le faire taire. Mais il est trop tard.

- Qui ça "nous" ?
- Bernice Miller, son fils, sa fille, maman et moi.
- Et pourquoi avez-vous fait cela ?
- Il a cassé un Micjey.
- Je vous demande pardon ?
- Il a fait tomber une statuette de Mickey qui était sur la table. Elle s'est cassée.
- Et c'est pour cela que vous l'avez torturé pendant des semaines ?
- Torturé, c'est beaucoup dire. On lui donnait un coup de temps en temps. Et on le brûlait aussi avec des cigarettes. A la fin, il est mort.
- Et vous lui avez enlevé ses vêtements...
- Comment vous savez ça ?... Oui, on l'a déshabillé et on l'as mis dans la baignoire. On voulait le faire disparaître avec de l'acide, mais c'était trop compliqué. Alors, on l'a rhabillé avec d'autres habits et on l'a abandonné dans le parc.
- Et cela se passait ù, tout ça ?
- Chez Bernice Miller, à Jacinto.
- Eh bien, on va y aller.

Emmenant Sue Basso et son fils, les policiers se rendent à l'adresse indiquée. C'est un grand appartement dans un quartier misérable de Jacinto. Par une chance inespérée, Bernice Miller et ses deux enfants, Hope, 25 ans et Craig, 20 ans, s'y trouvent.
Ils sont tous immédiatement arrêtés. Pour le reste, il règne un désordre invraisemblable. Mais, dans les papiers qui traînent un peu partout, le shérif Benson découvre une assurance vie signée par Louis Musso en faveur de Sue Basso. Il est prêt à parier que c'est ce document qui a causé la mort de la victime et non la destruction de la figurine de Mickey, comme l'a prétendu James Junior.
Ce dernier a assisté à la perquisition avec la placidité qu'il n'a pas cessé de manifester jusque-là. Il adresse la parole au shérif :

- Vous voulez voir les vêtements qu'il avait ?
- J'allais le demander...

Sous le regard consterné des quatre autres, il le conduit à la cuisine. Là, il ouvre une poubelle sous l'évier et en sort une tenue de cow-boy. Elle a dû être blanche autrefois, mais elle est à présent tachée de sang et de poussière. Elle dit mieux que tout ce qu'a été le calvaire du malheureux.
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