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 LE MAL AU FEMININ

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epistophélès

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ    Mer 10 Mai - 23:28

Pierre BELLEMARE et Jean-François NAHMIAS

LES FURIES

Dans la mythologie, les Furies étaient trois divinités : Alecto, Trisyphone et Mégère. Si les deux premières sont restées du domaine de l'érudition, la ernière est passée dans le langage commun et son nom dit bien ce qu'il veut dire.

Les Furies étaient chargées de traquer le crime. Elles inspiraient le remord et le désespoir au criminel, se déchaînant, s'acharnant conttre lui, jusqu'à lui rendre la vie insupportable...
Dans l'histoire qui nous occupe aussi, elles sont trois femmes, tout aussi acharnées et déchaînées que celles de la mythologie.
La seule différence est que leur victime n'est pas un coupable, mais un innocent, le plus innocent de tous les êtres : un enfant.

La première de ces Furies a un début de vie terrible, qui l'assimile plus à une victime elle-même qu'à une puissance malfaisant... Patricia naît en 1975 de parents pour le moins peu ordinaires. Sa mère Dominique et son père Raymond sont frère et soeur ! Ils n'ont pas été élevés ensemble ; ils se sont connus à l'enterrement de leur père et il ont eu le coup de foudre. Ils ont se marier, mais la mairie a refusé. Alors, ils se sont mis en concubinage et c'est ainsi qu'ils ont eu Patricia.

Les sentiments qu'ils éprouvent l'un pour l'autre ne les rendent pas plus tendre avec leur fille. Dès son plus jeune âge, Patricia est violée par son père, tandis que les deux parents s'unissent pour la maltraiter. Elle est régulièrement battue, on l'oblige à s'agenouiller des heures dans la litière du chat...

Des voisins et l'assistance sociale interviennent. Le père, Raymond, est condamné, en 1989, à trois ans de réclusion, dont deux fermes, pour le viol de sa fille. A peine libéré, il récidive et il se voit infliger, cette fois, six ans de prison.

Il est donc derrière les barreaux ; Patricia et sa mère sont seules au foyer, lorsqu'en 1992, la jeune fille, âgée de 17 ans, donne naissance à un petit Kevin. Elle l'a eu d'un garçon de passage, qui s'est enfui dès qu'il a appris qu'elle était enceinte. Patricia voulait recouvrir à l'IVG, mais, on ne sait trop pourquoi, sa mère l'a obligée à garder l'enfant et lui a imposé le prénom...

La famille est, bien entendu, surveillée par les services sociaux et il n'est pas étonnant que le juge décide, en août 1993, de retirer à sa mère le petit Kévin, alors âgé de 8 mois. Aucun mauvais traitement n'a été constaté, mais elle est visiblement incapable de s'en occuper.

C'est peu après que Patricia rencontre Simon Grenier, un forain de 36 ans, première éclaircie dans la vie bien sombre de la jeune femme. Ils se marient, s'installent à Longjumeau, dans l'Essonne et, en septembre 1995, Patricia va trouver le juge, pour tenter de récupérer son fils, qui a été placé dans une famille d'accueil.
Elle ne manque pas d'arguments : elle s'est mariée, elle a une vie stable, elle est de nouveau enceinte et Simon est disposé à reconnaître Kévin, qui a maintenant 3 ans. Le juge se laisse convaincre et lui rend l'enfant. La situation paraît s'arranger, mais une suite de circonstances va conduire au drame. Simon perd son travail. Le couple n'a plus assez d'argent pour payer le loyer de son appartement : il cumule rapidement plusieurs mois de retard. Simon et Patricia décident de déménager à la cloche de bois, éliminant ainsi toute trace derrière eux. Ainsi, un beau jour de 1996, ils se volatilisent dans la nature. Ils n'ont plus ni employeur ni domicile connu : les services sociaux perdent leur trace.
Ils vont se réfugier à Saint-Florentin, un petit village du Loiret, dans la ferme d'un oncle éloigné de Patricia. C'est là que va avoir lieu le drame. C'est là que deux femmes attendent Patricia : Joséphine et Madeleine Leblanc et que toutes les trois vont se transformer en Furies.


L'oncle en question s'appelle Sylvain Leblanc. Il vit coupé de tous, depuis qu'il s'est marié avec Joséphine, une sorte de dragon, qui insulte et terrorise tout le village.

Dans la ferme, qui a fait faillite comme exploitation et qui sert à faire vivoter la famille repliée sur elle-même, règne une atmosphère digne du Moyen Âge. Sylvain est le seul à travailler à l'extérieur, un emploi à mi-temps dans un hôpital psychiatrique. Le reste du temps, il s'occupe avec les autres des quelques vaches et des quelques cochons. Les habitants ne sont pas nombreux. Il y a Jenny, la petite soeur de Kévin, qui vient de naître. Il y a Raymond, le père doublement incestueux qui est sorti de prison et qui a voulu rejoindre sa fille. Celle-ci, d'ailleurs, malgré ce qui s'est passé, est restée très attaché à lui et l'accueille avec joie.
Enfin, il y a une des filles de Joséphine Leblanc, la seule à ne pas être encore mariée, Madeleine, une petite blonde de 22 ans, à la frimousse gentille, à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession. Et pourtant, elle sera le dernier membre du sinistre trio, la dernière Furie !

Tout démarre brutalement, peu après l'arrivée de Patricia, de son mari et de ses deux enfants. Pour elle, les choses peuvent s'expliquer. A côté de Jenny, aimée parce que désirée et qui ne subira jamais le moindre mauvais traitement, Kévin, né dans des circonstances difficiles, va prendre le rôle de souffre-douleur.
Mais pourquoi les deux autres, Joséphine Leblanc et sa fille Madeleine, décident-elles de le maltraiter, elles aussi ? Mystère.

Un autre mystère concerne l'attitude des hommes. Eux aussi sont trois, le père et le mari de Patricia, le mari de Joséphine.
Lorsque commencent les sévices, ils refusent d'y participer, mais ne font rien ni pour les empêcher, ni pour les dénoncer. Ils s'en vont, ils ne veulent pas voir cela, et, quand ils reviennent, ils font semblant de ne pas remarquer les plaies et les bleus du gamin.

Toujours est-il que pour le petit Kévin, âgé de 4 ans, c'est le martyre qui commence... La nuit, parce qu'il "pisse au lit", il dort sur un matelas de mousse jeté en travers de la pièce ou parfois, "pour ne pas mouiller ses draps", dans le poulailler ou dans la porcherie, en compagnie de cochons plus gros que lui, qui pourraient très bien le dévorer.

Souvent, au cours de la nuit, l'une ou l'autre des trois femmes le réveille pour le battre. Au matin, "puni", Kévin assiste au petit-déjeuner des autres sans y participer. Il n'est d'ailleurs nourri que deux ou trois fois par semaine et n'a jamais de viande. Il est si affamé qui'l va voler en cachette les croquettes du chien...

Les hommes assistent au petit-déjeuner, mais après, ils s'en vont et leur départ sonne le début de la curée.Patricia, Joséphine et Madeleine rivalisent de violence contre Kévin. Il est battu à coups de casserole et de poêle à frire, piqué à coups de fourchette. On lui tape la tête contre les murs, on lui met la main sur la plaque chauffée de la cuisinière.

Outre les coups, il est l'objet de toutes sortes de traitements sadiques. Il est au piquet toute la journée, sans avoir le droit de bouger. On le frotte des minutes entières avec des orties. On lui fait boire du pastis pur pour s'amuser de son ivresse. On le menace de lui couper le zizi, parce qu'il a fait pipi au lit.

A cause de la terrible réputation de la famille, les visites sont rares à la ferme. Quand un visiteur se présente, on cache l'enfant. Mais un dimanche d'octobre 1996, il se produit un fait imprévu. Un menuisier qui avait fait des travaux dans la maison et qui n'avait pas été payé vient réclamer son dû à l'improviste.
On n'a pas le temps de cacher le petit martyr.

Le menuisier avait entraperçu le gamin quand il était venu la première fois et il avait déjà eu une impression bizarre. Et là, il le découvre dans l'encoignure de la prte de la cuisine, la tête tournée contre le mur. Il remarque qu'il porte le même pyjama sale que lorsqu'il avait ses travaux, un mois plus tôt.

- Qu'est-ce qu'il fait là, cet enfant ?

Joséphine répond d'un ton bougon :

- Il est puni.

Et c'est alors que Kévin se retourne... Oh, pas longtemps, juste quelques instants, avant que la maîtresse des lieux ne lui intime l'ordre de se remettre face au mur. Mais c'est suffisant ! Le menuisier a vu son visage tuméfié, boursouflé, sanguinolent... Il ne dit rien, pour ne pas donner l'alerte, mais dès qu'il est sorti de la ferme, il court trouver les gendarmes.

Ceux-ci arrivent peu après. Patricia s'est enfermée avec ses deux enfants dans la salle de bains et refuse d'ouvrir. Il faut défoncer la porte.Les gendarmes découvrent Kévin bleu de coups. Lorsque l'un d'eux le prend dans ses bras, il se rend compte qu'il est léger comme une plume. Dévin lui dit en pleurant :

- Emmène-moi !

A l'instruction, les faits ne sont pas difficiles à établir. Si la mère nie les sévices, Joséphine Leblanc et sa fille ne tardent pas à tout reconnaître. Madelaine avoue :

- Cela amusait tout le monde de le voir souffrir.

Joséphine reconnaît, de son côté :

- On s'est mis toutes à avoir envie de le tuer. Je pense qu'on avait envie de le tuer, sinon on n'aurait pas frappé aussi fort.

C'est parfaitement exact. Le martyr du petit Kévin a été relativement bref : pas plus de quelques mois. Mais il n'aurait guère pu durer plus longtemps. Les brutalités étaient si violentes qu'elles auraient entraîné sa mort à court terme. Le menuisier lui a certainement sauvé la vie. Pourtant, d'après les médecins qui l'ont examiné et soigné, il n'aura pas de séquelles physiques.
Les séquelles psychologiques, c'est autre chose !

C'est de tout cela dont il va être question, au procès, qui s'ouvre, en 1999, devant les assises d'Orléans.

Trois des accusés sont poursuivis pour des faits criminels :
"actes de barbarie et de torture comis de manière habituelle sur mineur de moins de 15 ans." Ce sont Patricia Grenier et Madeleine Leblanc, 25 ans toutes les deux, et la mère de celle-ci, Joséphine Leblanc, 50 ans, une matrone visiblement peu commode. Trois autres membres de la famille - Simon, le mari de Patricia, Raymond, son père et Sylvain, l'époux de Joséphine Leblanc - sont poursuivis pour complicité.

Le président s'intéresse d'abord à la psychologie de Patricia.
Comment a-t-elle pu faire et laisser faire des choses pareilles à son propre enfant ? Mais il est difficile d'en tirer grand-chose.
Chaque fois qu'elle parle des sévices subis par Kévin, elle fait le parallèle avec son enfance. Elle répète ce qu'on sait déjà à propos de ce qu'elle a subi elle-même, tout en précisant qu'elle est restée très attachée à ses parents. Et il est exact que,placée à plusieurs reprises dans des foyers, elle a fugué pour venir les retrouver.

D'une manière générale, Patricia apparaît comme un être perturbé et d'une intelligence limitée. Elle a fait de très mauvaises études. Elle voulait être couturière, mais, dit-elle : "Ca n'a pas marché". A 17 ans, elle est enceinte d'un certain Fabien qui la quitte en l'apprenant. La suite, on la connaît, la suite, c'est Kévin !

C'est lors de la deuxième journée qu'on entre dans l'horreur.
Il va y être question par le menu des tortures subies par l'enfant.
Et d'abord, on peu voir les pièces à conviction. Les jurés se passent de main en main les ustensiles de cuisine saisis dans la ferme : trois casseroles en aluminium, une lourde poêle à frire et une passoire en plastique dur. A force d'avoir cogné sur le petit Kévin, les casseroles sont toutes cabossées. Et on apprend que chaque membre de la famille avait une prédilection pour tel ou tel objet de torture. Le président ordonne à Joséphine Leblanc de se lever :

- Alors, vous, vous utilisiez la petite casserole et la sauteuse.
La mère de Kévin le frappait avec la poêle. C'est bien cela ?

Elle acquiesce, l'air buté.

Vient le tour de Madelaine Leblanc :

- Je me souviens juste de m'être servie de la grosse casserole verte.

Mais la mère de Kévin nie catégoriquement.

- Je n'ai jamais frappé mon fils avec les casseroles.

Le président n'admet évidement pas ce système de défense.

- Alors, pourquoi les autres vous mettent-elles en cause ?

- Je n'en sais rien, vous n'avez qu'à leur demander...

Le président le leur demande et ses compagnes de box parlent à sa place. Ce que dit en particulier Joséphine Leblanc est terrifiant :

-Elle a sauté à pieds joints sur le corps de Kévin plaqué au sol. C'est même en s'acharnant sur son fils qu'elle a fait sa troisième fausse couche. Un jour, elle lui a tapé la tête sur le carrelage, en lui tenant la tête par les oreilles. Le gamin était à moitié dans le cirage. Un autre jour, elle a menacé le petit : "Tu nous fais chier. Vivement qu'on t'enterre dans le jardin !"

Et Joséphine Leblanc enchaîne :

- C'était devenu machinal. C'était à qui frapperait le plus fort. Ca nous défoulait et ça créait une bonne ambiance à la maison. On le battait et on l'insultait, ça faisait rire tout le monde.

Les femmes se sont tues... C'est maintenant au tour des hommes d'être interrogés. Visiblement beaucoup plus effacés que leurs compagnes, ils ont joué un rôle de second plan. Mais ils ont, en revancher, brillé par leur lâcheté. A la question :

- Pourquoi n'avez-vous rien dit ?

Simon Grenier, le père adoptif de Kévin, fait cette réponse :

- Parce que je n'étais pas chez moi...

A la même question, Raymond, le père de Patricia, avance, en guise de Justification :

- J'avais fait de la prison. J'avais peur d'y retourner.

Enfin, Sylvain Leblanc, le mari de Joséphine, déclare de son côté :

- J'étais terrorisé par ma femme.

On en restera là sur ce point. Mais la suite des débats est presque aussi douloureuse. Le major de gendarmerie qui a délivré l'enfant vient relater à la barre les circonstances de l'intervention.

- Kevin avait les tempes gonflées, un gros coquard à l'oeil droit et des déformations du crâne. Ses mains étaient glacées. Quand il nous a vus entrer, il s'est précipité vers nous. On a été surpris. C'est vrai, d'habitude, les enfants ont peur de l'uniforme. Kévin, lui, est resté dans nos jambes, pendant qu'on faisait le tour de la maison.

Et sa voix se charge d'émotion, quand il précise :

- Il m'a dit : "Emmène-moi, monsieur. Je veux aller avec toi..."

En illustration de ses propos, le président fait circuler les photos de Kévin prises par les gendarmes au moment de leur arrivée. Elles sont passées à Patricia comme aux autres. elle leur jette un coup d'oeil distrait, indifférent. Son avocat se croit obligé d'intervenir.

- J'ai déjà montré ces photos à ma cliente. Elles les connaît. C'est ce qui explique son manque de réaction.

Un grondement parcourt la salle et il s'apaise tout juste lorsque les psychiatres viennent à la barre pour décrire l'état de Kévin.

Après deux ans et demi passés dans une famille d'accueil, il est dans un état psychologique effrayant. Il frappe les enfants du couple chez qui il réside. Il fait des colères terribles pour un oui ou pour un non. Il est particulièrement violent contre le petit garçon de sa famille d'accueil qui a le même âge que lui.
Il sait que sa famille est en prison, mais il ne fait pas le rapport avec ce qu'il a subi. Il a des angoisses de castration. Il fuit le dialogue avec tout le monde. Il ne verbalise pratiquement pas ce qu'il a vécu. Il déclare seulement, quand on l'interroge à ce sujet : "Ils étaient méchants avec moi, ils me donnaient de coups de martinet."

Les psychologues donnent la raison de ce comportement en apparence aberrant : Kévin cherche à être maltraité, car, pour lui, c'est le rapport normal à autrui. Sil ne risque plus rien sur le plan physique, son avenir psychologique est très incertain. Et ils concluent qu'il leur semble essentiel qu'il assiste au moins à une partie des débats...

Sa venue a lieu lors de la troisième journée du procès, en milieu d'après-midi. Lorsqu'il est admis devant le tribunal, il se fait un impressionnant silence... Kévin est un blondinet de 7 ans, au regard vif. On le met au premier rang, sur les genoux d'une représentante de l'aide sociale à l'enfance. C'est le moment où les parties civils vont prendre la parole. L'enfant, mal à l'aise, serre son nounours sur lui. La représentante lui parle à l'oreille :

-Tu vois, ce sont tes avocats qui te défendent. En face, il y a tes parents.

Il jette un regard à sa mère, qui s'effondre en larmes. Il voit la salle bondé et semble prendre peur. On le reconduit à l'extérieur. Il n'est pas resté cinq minutes et, une fois dehors, il fait savoir qu'il veut s'en aller.

Les éducateurs et pédopsychiatres sont d'ailleurs très partagés sur cette présence de l'enfant au tribunal. Beaucoup pensent que cela peut avoir un effet plus négatif que positif.

On en vint au réquisitoire. L'avocat général demande dix ans de prison minimum pour Patricia Grenier, en raison des circonstances atténuantes dues à son enfance, la même peine pour Madeleine Leblanc et à ses yeux, enfin, des peines avec sursis pour les autres.
La quatrième et dernière journée s'ouvre avec les plaidoiries de la défense. Les avocats font de leur mieux, même s'ils n'ont assurément pas la tâche facile et, à 15 h 40, le jury se retier pour délibérer. Sa délibération doit être animée, car c'est seulement à 22 h qu'il fait son retour dans la salle d'audience. Le président énonce les peines. Elles dépassent les réquisitions du procureur ; quinze ans pour Patricia Grenier, quinze ans pour Joséphine Leblanc, douze ans pour Madeline Leblanc, les hommes se voient infliger entre huit et deux ans de prison.

Le verdict le plus remarqué est évidemment celui qui concerne Patricia. Le procureu lui avait accordé des circonstances atténuantes en raison de son enfance et l'expert psychiatrique avait reconnu l'existence d'un "trouble psychique ayant altéré son discernement au moment des faits". Les jurés, eux, n'ont retenu qu ele martyre de Kévin et ils ont jugé que sa mère n'avait aucune excuse.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 11 Mai - 17:41

LA PLUS GRANDE CRIMINELLE

Comment devient-on la plus grande criminelle de l'histoire ? La première condition est la puissance. Il faut avoir suffisamment d'importance politique et de moyens financiers pour pour s'assurer l'impunité, acheter les consciences, et bénéficier de la complaisance des autorités.

Mais de nos jours, même la personne la plus riche, la plus influente politiquement, ne pourrait se dissimuler aux regards bien longtemps. A l'heure de la mondialisation, tout finit par se savoir et personne, aussi puissant soit-il, ne peut échapper à ses actes. C'est donc dans le passé et, si possible, dans une région reculée qu'une telle chose a pu se produire.

La comtesse Erzébeth Barthory répond à toutes ces conditions. Elle est née en 1560, dans les Carpates où se trouvait son château et où elle a vécu toute sa vie. Cette région montagneuse, partagée actuellement entre la Roumanie et la Slovaquie, est une des moins accueillantes d'Europe. Mais si le pays est encore rude aujourd'hui, au XVIe siècle, c'est autre chose ! Ce n'est même pas le Moyen Âge, c'est la préhistoire. Dans de rares villages, se serrent des cabanes de paysans et c'est tout. Au-delà, il n'y a rien ou, du moins, rien d'humain. C'est la forêt, avec ses hordes de loups, ses ours et, dans l'imagination des hommes, des êtres pires encore : des fantômes, des diables et des vampires. Car c'est là, dans ces brumes et dans ces glaces, que la légende a fait naître le comte Dracula.


Voilà pour le décor, quant à la puissance, celle d'Erzébeth Bathory dépasse tout ce qu'on peu imaginer. Les Bathory portent le plus grand nom d'Europe centrale. Les oncles d'Erzébeth sont roi de Pologne, roi de Transylvanie et palatin de Hongrie. Sa famille n'a de compte à rendre à personne, sauf à l'empereur Maximilien d'Autriche. La comtesse pouvait faire pratiquement tout ce qu'elle voulait et elle l'a fait ! Elle a sacrifié entre 600 et 700 jeunes filles à ses instincts pervers.
De nos jours, certains historiens ont tendance à minimiser ces chiffres, mais cela ne change rien. Même si on retire une ou deux centaines à son bilan, Erzébeth Bathory reste bien la plus grande criminelle de tous les temps !

On ne sait pas grand-chose de l'enfance d'Erzébeth, sinon qu'elle est solitaire. Elle passe les premières années de sa vie à rêver dans son immense château. Mais elle ne rêve pas longtemps : elle est fiancée à 11 ans, avec Ferencz Nadasty, un noble hongrois d'un rang presque aussi élevé que le sien. Dès lors, elle vit avec sa future belle-mère qui lui apprend le latin dans les Saintes Ecritures et lui enseigne tout ce qu'il est convenable à une future épouse de la noblesse.

Mais il faut croire que ses leçons n'ont pas été entièrement retenues par la jeune fille, car, à 14 ans, elle tombe enceinte, d'un paysan ou d'un domestique selon les versions. Elle ne perd pas son sang-froid et demande à sa future belle-mère, la permission d'aller faire ses adieux à sa mère Anna, avant son mariage. La permission est accordée et, avec la complicité d'Anne Bathory, elle accouche d'une fille, qui est confiée à un couple de confiance.

La jeune Erzébeth, ayant sauvegardé sa réputation, peut donc convoler en justes noces. Elle a 15 ans, il en a 21 et ils sont aussi bien faits l'un que l'autre, quoiqu'ils soient, chacun à leur manière, d'une beauté un peu inquiétante. Ferencs Nadasty a été élevé en militaire et il en a la prestance : un corps puissant, une haute stature, un visage carré surmontant une imposante barbe noire. Mais il dégage une incontestable impression de brutalité, conforme à la réalité : il sera un soldat aussi courageux que cruel, ce qui lui vaudra le surnom de "héros noir de la Hongrie".

Quant à Erzébeth, son corps est magnifique, son visage d'un ovale parfait, ses cheveux châtain foncé, aussi fournis que soyeux, mais ses yeux noirs en amande ont parfois des éclairs de dureté et sa bouche charnue a de temps à autre un sourire inquiétant. En outre, malgré son jeune âge, elle a nettement conscience de son rang : elle affiche en permanence un air rempli d'assurance, pour ne pas dire hautain.

Quoi qu'il en soit, leur mariage, célébré un beau jour de mai 1575, est si fastueux que tous les contemporains en restent éblouis. Les réjouissances, les festins, les danses au son des orchestres tziganes durent un mois. Toutes les cours d'Autriche, de Hongrie, de Pologne sont là. L'empereur Maximilien a offert des présents jamais vus ! des vases, des coupes, de la vaisselle d'or.
Mais les fêtes terminées, le mari s'en va. Il part se battre contre les Turcs. Quant à Erzébeth, il la quitte sans grand regret et même avec un certain soulagement. Car, dès la nuit de noces et au cours des nuits qui ont suivi, Erzébeth s'est découverte, s'est révélée comme amoureuse. Elle s'est jetée sur son mari avec de tels élans, une telle ardeur, qu'il a fui. Ferencz, tout compte fait, a sans doute moins peur des ennemis que de sa nouvelle femme qui li demande tout, qui a des exigences et des passions incompréhensibles pour lui.

Erzébeth reste donc seule dans le château, avec ses désirs et ses toilettes inutiles.

Elle écrit à son mari :

- Je veux vous voir, je m'ennuie. Emmenez-moi avec vous, allon à la cour à Vienne. Allons voir l'empereur. J'ai tellement envie de m'amuser !

Il lui répond :

- Ce n'est pas possible, je dois me battre contre les Turcs et vous, il faut que vous restiez au château, pour veiller sur ma mère, qui est malade.

La belle-mère d'Erzébeth ne tarde pas, en effet, à mourir. Ferencz Nadasty revient assister aux funérailles et, pour la première fois, les jeunes époux se disputent. Ferencz tente de nouveau d'expliquer à sa femme qu'il doit partir pour combattre le sultan. Erzébeth se révolte :

- On ne laisse pas une jeune femme seule dans un château, c'est dangereux. Et puis, je m'ennuie, je ne peux parler qu'à mes servantes. Restez, j'ai besoin de vous !

Et Ferencz, qui n'a qu'une idée, échapper à sa femme et retrouver ses Turcs, lui répond :

- Eh bien si vous vous ennuyez, prenez donc le nain Ficzko.

Ficzko est le bouffon du château. C'est un être de cauchemar, un nain difforme et cruel, que tout le monde méprise et qui se venge en faisant le plus de mal possible autour de lui.Mais il n'a jamais fait rire Erzéteth, qui, elle, l'a toujours considéré comme un être humain.

Quand il se présente devant elle, Erzéteth lui sourit. Ficzo n'en revient pas, c'est la première fois que quelqu'un lui sourit. Dès cet instant, il lui est dévoué usqu'à la mort. Ce qu'Erzébeth ne sait pas encore, c'est qu'il va devenir son âme damnée.

C'est le lendemain qu'a lieu le premier meurtre d'Erzébeth Bathory. Est-ce vraiment un meurtre d'ailleurs ? Une punition plutôt. La comtesse n'a-r-elle pas le droit de vie et de mort sur tous ses sujets ?

Depuis longtemps son personnel la volait, Erzéteth n'y faisait pas attention. Et brusquement elle se décide à sévir. Mais de quelle manière !


Elle surprend une de ses servantes en train de lui dérober une pomme. Elle appelle Ficzko et lui ordonne de l'emmener dans la forêt, de la déshabiller, de l'attacher à un arbre, de l'enduire de miel et de la laisser là, exposée aux insectes et aux bêtes sauvages.
Quand Erzébeth repasse sur les lieux, le soir, avec son mari, celui-ci s'étonne de voir cette femme nue dont le corps n'est plus qu'une plaie dévorée par les insectes.

- Qu est-ce ? demande-t-il à Erzébeth.

- Oh, ce n'est rien ! Une servante qui m'avait volé une pomme.

- Mais vous ne croyez pas que la punition est un peu sévère ?

Erzébeth hausse les épaules et Ferencz n'insiste pas. D'ailleurs, il s'en moque ; ce que fait sa femme ne l'intéresse pas. Il va partir le lendemain pur la guerre.

Voilà, le premier pas est franchi... Maintenant, quand Ferencz Nadasty fait de brèves apparitions au château, entre deux campagnes contre les Turcs, il trouve Erzébeth changée. Elle semble absente, elle passe des journées entières avec le nain Ficzko. Mais ce qui compte pour lui, c'est que sa femme soit plus calme et qu'elle le laisse tranquille la nuit ; le reste, il ne veut pas le savoir.

Le reste, c'est qu'Erzébeth fait souffrir quotidiennement ses servantes. Elle ne s'est pas remise à tuer, ce ne sont que des jeux cruels. Par moments, elle a besoin d'avoir une victime. Elle appelle le nain, et malheur à la servante qui se trouve là !

Ainsi, cette domestique, chargée de la déshabiller, qui se montre maladroite et qui, en lui enlevant ses souliers, lui écorche la cheville. Erzébeth se met à hurler, la gifle à toute volée, lui déchirant la joue avec sa bague et elle appelle Ficzko. Celui-ci ne tarde pas à arriver.

- Que se passe-t-il, maîtresse ?

- Cette fille a fait exprès de me blesser à la cheville. Ne mérite-t-elle pas un châtiment ?

- Si maîtresse, et je sais lequel !

Le nain va chercher des cordes et lie les bras de la servante terrorisée, puis s'absente un long moment et revient avec un brasero sur lequel est posé un fer à repasser. Il s'empare de la fautive et la maintient solidement, tandis que la comtesse se saisit du fer et, insensible aux hurlements de la malheureuse, le lui applique sur la plante des pieds. Sa victime finit par s'évanouir, ce qui ne l'arrête nullement. Elle ne stoppera que lorsque les pieds ne seront plus que deux masses de chair racornie. A ce moment, elle a un sourire sauvage et s'écrie :

- Voilà ! Je lui ai fait des souliers neufs, avec de belles semelles rouges.


Les années passent. De 1585 à 1598, Erzébeth a trois enfants : deux filles d'abor, puis un garçon. Pour allaiter le garçon, Ficzko amène une nourrice. La femme est affreuse et trapue ; elle s'appelle Jo Llona. Avec Ficzko et une seconde femme qui ne va pas tarder à se joindre à eux, une sorcière nommée Dorko, ils vont tous trois être les chiens de chasse fidèles et sanglants d'Erzébeth Bathory...

Les années passent encore, Ferencz vieillit mal. Il reste maintenant la plupart du temps au château. Mais il ne faut pas croire qu'il s'occupe de sa femme. Au contraire, depuis qu'elle lui a donné un héritier, il considère que son rôle est terminé et que leurs relations n'ont plus de raison d'être.

Ce soldat usé prématurément se tourne vers la religion. Il devient dévot, il passe son temps en prière et à l'église. En décembre 1603, Ferencz Nadasty meurt. Et c'est, pour Erzébeth, la cassure.

Elle est maintenant définitivement seule et totalement livrée à elle-même. Elle se promène dans les immenses salles du château. Elle change jusqu'à quinze fois par jour de robe et de bijoux. Elle passe des heures devant son miroir et brusquement elle comprend ce qui la tourmentait mais qui lui avait échappé jusque-là : elle vieillit.

Bien sûr, à 43 ans elle est restée extraordinairement belle, elle est plus belle qu'à 20 ans, sans aucun doute. Tous les contemporains ont parlé de l'étrange, de la fascinante beauté d'Erzébeth Bathory à cet âge. Mais cela v-t-il durer ? Ces rides qu'elle surprend sur son visage et qui lui donnent pour l'instant un charme supplémentaire, elle sait bien ce qu'elles signifient. Ses servantes, elles, n'ont pas de rides, leur visage est sain et lisse. Et, peu à peu, une inquiétude va s'emparer d'Erzébeth et devenir une obsession : elle ne doit pas vieillir, il faut l'empêcher par tous les moyens !

Alors se produit un incident qui a des conséquences incalculables :

Erzébeth est à sa toilette et, comme l'une de ses servantes se montre maladroite, elle la gifle de toutes ses forces. Ce n'est pas la première fois. Elle a déjà fait bien pire, mais ce coup a été si violent que la joue s'est fendue et que des doigts son maculés de sang. Et il semble à Erzébeth qu'à l'endroit où s'est répandu le sang, sa peau est devenue plus douce, plus lisse, en un mot, plus jeune.

La sorcière Dorko trouve tout de suite l'explication :

- Bien sûr, c'est cela le secret. Pour rester jeune, il vous faudrait des bains de sang.

Alors, sur son ordre, les trois âmes damnées de la comtesse - Dorko, Jo Ilona et Ficzko - choisissent une victime parmi les servantes. Erzébeth plonge dans sa baignoire remplie de sang, elle s'en asperge tout entière et, quand elle dort, dit à Dorko :

- Regarde ma peau. J'ai 20 ans !
Dès lors, l'horreur entre dans le château d'Erzébeth Bathory. Elle n'en sortira plus... Pour ses bains de sang, il lui faut de plus en plus de victimes. Son trio maudit bat la campagne et ramène, tantôt en leur donnant de l'argent, tantôt par la force, des paysannes des environs. Erzébeth, bientôt, ne se contente plus de les faire égorger, saigner, écorcher par ses exécuteurs. Elle veut des supplices plus raffinés.

Jour après jours, son imagination perverse ne connaît plus de limites. Elle invente sans cesse de nouveaux raffinements sadiques. Ainsi, ce jour d'hiver où elle traverse la campagne enneigée, dans sa luxueuse calèche. Elle revient d'un village voisin. A ses côtés, se trouve une paysanne, que ses parents lui ont confiée pour qu'elle serve au château. Ficzko est là, lui aussi.

Soudain, prise d'une impulsion, Erzébeth prend la broche en rubis accrochée à sa poitrine et la frappe au poignet. Le sang gicle et, prise de terreur, la fille ouvre la portière et s'enfuit dans la neige. La comtesse fait arrêter la calèche ; elle hurle à Ficzko et au cocher de la rattraper... La fugitive est vite ramenée. Mais Erzébeth ne la fait pas remonter. Elle donne un ordre aux deux hommes :

- Déshabillez-la !

La paysanne est bientôt nue, la peau toute rouge et grelottante de froid. Au loin, on aperçoit un lac gelé. La comtesse ordonne d'y amener la prisonnière et de prendre, dans le coffre de la calèche, le seau qui sert à abreuver les chevaux. Malgré ses cris, elle y est conduite... Le nain a compris ce qu'il doit faire.
Il brise la glace et rapporte un seau d'eau qu'il verse lentement sur le corps de la jeune fille. Au bout de trois seaux, elle est entièrement pétrifiée, une dernière giclée dans sa bouche fait taire ses cris.

Longtemps, Erzébeth Bahtory, emmitouflée dans sa fourrure, tourne autour de cette statue de glace. Elle regard disparaître la lueur de la vie dans son regard agrandi par l'horreur et, quand elle constate qu'elle est morte, elle lance :

- Jetez-la dans le lac ! ...

Il y a aussi cette chanteuse à la voix admirable qui connaissait tout le folklore des Carpates et qui gagnait sa vie en allant donner des récitals dans les Châteaux et les riches demeures. La fatalité la conduit chez la comtesse. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, Erzébeth ne lui fit aucun mal. Au contraire, elle la prend à son service. Sa voix est légère, mélodieuse, les airs qu'elle chante sont gais et ils ont un effet apaisant sur elle.
Malgré l'or dont la couvre la comtesse, la jeune femme finit par s'ennuyer dans ce château immense et, peut-être, en dépit des précautions de son hôtesse, surpend-elle des choses inquiétantes. Un jour, elle lui annonce qu'elle veut partir. Erzébeth Bathory argumente, propose de la payer davantage, mais rien n'y fait. Alors, elle cesse soudain de discuter. Elle lui dit, au contraire, avec son plu beau sourire :

- Je te comprends. Tu as besoin de changer d'air, de voir de nouveaux horizons. Chante-moi seulement une dernière chanson.

Heureuse de s'en tirer à si bon compte, la jeune fille s'exécute.
Pendant ce temps, sur un signe de sa maîtresse, Ficzko s'est éclipsé. Lorsqu'il revient, Erzébeth se jette sur la chanteuse par surprise et l'immoblise, tandis que le nain lui enfonce dans la bouche jusqu'à la gorge, le tisonnier rougi qu'il était allé chercher. Tandis que la malheureuse rend l'âme dans d'affreuses souffrances, la comtesse lui déclare, satisfaite :

- Tu ne voulais plus chanter pour moi : tu ne chanteras jamais plus !


Et ce repas de fête auquel elle a convié une douzaine de paysannes qu'elle a fait laver et habiller somptueusement... Les filles, surprises, éblouies, prennent place autour d'une longue table dressée, couverte de plats fins et de carafes de vin, illuminée par des chandeliers de rêve. A la fin du souper, sur ordre de la comtesse, on éteint les bougies. Il y a des bruits étouffés, de petits cris. Quand la lumière revient, du haut de son fauteuil, Erzébeth découvre, avec un sourire ravi, un spectacle d'épouvante : d'une main sûre, Ficzko, Dorko et Jo Ilona les ont toutes décapitées. Elle contemple longuement ce banquet de jeunes filles dans tête avant de se jeter, avec un cri sauvage sur leur sang...

Elles seront, nous l'avons dit, des centaines, sans qu'on puisse avancer un chiffre précis, sacrifiées pour qu'Erzébeth Bathory conserve sa jeunesse et assouvisse ses instincts. Car, à ces bains de jouvence, la comtesse ajoute souvent des sévices sexuels. Ce qu'elle aime par-dessus tout, c'est violenter les jeunes filles au moment précis de leur mort. Erzébeth Bathory est une tueuse en série par perversité sexuelle, conduite rarissime, chez une femme !

Malgré les précautions prises par Ersébeth et ses complices, certaines personnes commencent à murmurer. Les familles des jeunes filles envoyées au château se demandent ce que deviennent leurs enfants. Même s'il s'agit de pauvres gens, les rumeurs sont si nombreuses qu'elle parviennent jusqu'à Vienne.
Les autorités ecclésiastiques sont les premières à s'alarmer. Elles suspectent quelque chose relevant de la sorcellerie ou de l'hérésie et entreprennent une enquête discrète, qui s'avère positive.

Le roi Mathias II de Hongrie décide de prendre les choses en main. Il envoie sur place un cousin d'Erzébeth, le comte Thurzo. Celui-ci rencontre secrètement plusieurs personnes, dont le curé de la paroisse, Andras Berthoni, qui lui avoue que la comtesse lui a demandé une fois d'ensevelir neuf jeunes filles en pleine nuit. Avec d'autres témoignages de paysans qui parlent enfin, il peut faire un rapport au roi, qui décide l'arrestation d'Erzébeth.

Le 29 décembre 1610, à la tête d'une troupe et accompagné du curé, le comte Thurzo se présente au château et ce qu'il découvre dépasse ses pires appréhensions. Dans les pièces du château, il y a plusieurs jeunes filles couvertes de blessures, certaines mourantes. Dans une partie des caves transformées en prison, d'autres jeunes filles attendent leur sort derrière des barreaux et, dans une autre partie des caves, une cinquantaine de cercueils sont entassés à terre. Erzébeth ne cherche pas à nier, elle toise son cousin, avec l'air hautain, qui lui est coutumier :

- Et alors ? N'ai-je pas le droit de vie et de mort sur mes sujets ?

- A condition qu'elles aient fait quelque chose. Qu'ont-elle fait ?

Pour toute réponse, elle hausse les épaules...

Le roi Mathias est effaré par le rapport que lui fait son employé. Il est partisan d'un jugement immédiat qui enverrait Erzébeth au bourreau, mais le comte Thurzo a pitié de sa cousine et il sait trouver les mots pour lui venir en aide.

- Ses enfants et le nom des Bathory en seraient éclaboussés à jamais. Ce n'est pas parce qu'une branche est pourrie qu'il faut abattre tout l'arbre.

Mathias II de Hongrie en convient et seuls sont envoyés devant les juges, les trois complices de la comtesse : Fickzo, Dorko et Jo Ilona. Tous trois seront exécutés.


Mais le sort d'Erzébeth Bathory sera peut-être pire. Elle est condamnée à être enfermée à vie dans sa propre chambre. On mure les fenêtres en laissant une étroite ouverture en haut d'où tombe une toute petite lueur ; on pure les portes avec un trou assez large pour qu'un gardien puisse passer sa nourriture. Sur l'ordre des autorités impériales, on retire de la chambre le crucifix qui s'y trouvait...

Erzébeth Bathory a vécu trois ans et demi d'épouvantable solitude, dans ce lieu, selon l'expression qu'on a employée, "sans croix et sans lumière". Elle s'est éteinte le 21 août 1614, à 54 ans, un âge relativement avancé pour l'époque. Mais, légende ou vérité, les témoins ont tous dit qu'elle avait gardé une jeunesse remarquable, cette jeunesse qu'elle avait tant cherchée dans le crime et dans l'horreur.


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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 11 Mai - 21:46

JANE OU L'ORGASME QUI TUE

Au XIXe siècle, Boston, sur la côte Est des Etats-Unis, a la réputation d'être la ville la plus puritaine et conservatrice du pays et ce n'est certes pas la petite Jane Toppan qui pourrait dire le contraire !

Elle naît, en 1854, sous le nom de Jane Kelley. C'est la plus jeune de quatre filles d'immigrés irlandais, qui vivent dans le Massachusetts. Sa mère meurt quand elle a 1 ans, son père essaie d'élever seul ses filles, malheureusement, sa santé mentale est défaillante et il doit être interné. Les quatre enfants sont alors placées dans l'asile pour jeunes filles sans ressources de Boston.

Une famille d'origine anglaise et protestante, les Toppan, adopte Jane quand elle a 5 ans,mais sous la forme d'un contrat d'apprentissage. Si la petite fille prend leur nom, il s'agit d'une sorte d'embauche à l'essai. Au cas où elle ne donnerait pas satisfaction, la famille pourrait la renvoyer à tout moment à l'orphelinat.

Jane donne satisfaction à la famille Toppan : elle est gaie, docile, bien élevée. Malgré tout, il y a ses origines. Pour les Américains de souche anglo-saxonne, les Irlandais sont un peuple méprisable, sans parler de leur religion catholique, qu'ils ont en horreur. S'ils ne peuvent changer la religion de l'enfant (cela fait partie du contrat), ils la font passer, auprès de leurs amis et connaissances, pour une petite Italienne, dont les parents sont mort en mer.

M. Toppan meurt peu après l'adoption. C'est donc sa veuve, Ann Toppan, qui élève seule l'enfant. Elle lui donne une bonne éducation, de bons principes, mais pour l'affection, c'est autre chose ! Elle lui demande de l'appeler "Tata" et la traite comme une domestique. Bien que Jane porte le même nom que ses autres enfants, elle n'a jamais été considérée comme un membre de la famille.
A 18 ans, son contrat prend fin et elle reçoit 50 dollars. Elle peut partir, si elle le désire, mais elle choisit de rester comme bonne à tout faire, en échange du gîte et du couvert. Une dizaine d'années plus tard, Ann meurt et partage ses biens entre ses deux filles, Elisabeth et Edna, sans citer une seule fois Jane dans son testament. Une de ses filles, Elisabeth, s'installe à la maison, mais à la différence d'Ann, traite Jane avec bienveillance.

Il semble donc que Jane ait passé une enfance heureuse. Le mépris absolu que lui a manifesté sa mère adoptive ne l'a, en apparence, pas affectée. Depuis le début, elle s'est montrée d'un naturel gai, enjoué. Durant sa scolarité, elle a été bonne élève, même si elle a fait preuve d'un goût prononcé pour les histoires et d'une imagination débordante. Reprenant l'invention des Toppan, elle racontait à qui voulait l'entendre que son père était italien et qu'après avoir parcouru toutes les mers du monde, il s'était fixé en Chine où il voyait fréquemment l'empereur.

Une jeune femme un peu originale, ayant bon coeur et ne demandant qu'à profiter de l'existence : ainsi apparaît Jane Toppan aux yeux de tous.Physiquement, elle n'est pas désagréable à regarder : très brune, un peu potelée, le visage bien dessiné, même si elle n'a pas, jusque-là, trouvé l'homme de ses rêves.

En attendant, elle reste auprès d'Elisabeth Toppan, qui se comporte presque comme une soeur avec elle. Tout change pourtant, lorsque celle-ci décide de se marier. Elle épouse un diacre protestant, Oramel Brigham, qui s'installe dans la maison. Jane choisit initialement de rester chez eux comme domestique, mais les rapports avec le couple se tendent et elle préfère s'en aller. Le départ se passe de la meilleure manière. Elisabeth lui dit, en la quittant, qu'"il y aura toujours une chambre pour elle".

Jane a 30 ans. Que va-t-elle devenir maintenant ? La réponse est stupéfiante, mais elle est formulée de manière parfaitement claire dans son esprit : elle veut être une criminelle. Elle dira plus tard : "Je voulais devenir la plus grande criminelle des Etats-Unis, homme ou femme". Et elle ne va pas être loin de réussir !

C'est sans nul doute pour mener à bien ce projet qu'elle choisit d'être infirmière. Elle entre à l'école de l'hôpital de Cambridge, près de Boston. A l'époque, la formation d'infirmières est une des plus exigeantes qui soient : deux ans d'études, sept jours par semaine, réveil à 5 h 30 et douze heures de travail, avec deux semaines de vacances par an. Le moindre manquement à la discipline, comme être en retard ou se plaindre de la nourriture, entraîne le renvoi immédiat. A la fin des deux ans, les élèves sont interrogées par un jury de médecins et, si elles réussissent, obtiennent leur diplôme.

Avec ses camarades, Jane Toppan a la même attitude que lors de ses études : elle est sociable et gaie, mais elle n'a pas perdu sa manie d'inventer des histoires invraisemblables, ce qui agace. Elle raconte, par exemple, que le tsar lui a proposé une place d'infirmière. Mais elle pratique une nouvelle sorte de mensonge : elle accuse les élèves qu'elle n'aime pas d'infractions qu'elles n'ont pas commises, ce qui entraîne le plus souvent leur renvoi. C'est pourtant le positif qui l'emporte auprès de ses camarades, qui l'ont surnommée "Jenny la boute-en-train"...

A partir de la deuxième année d'études, les infirmières ont le droit d'administrer elles-mêmes, sans être sous le contrôle de quelqu'un d'autre, tous les médicaments et c'est à ce moment qu'elle passe à l'acte.

Auparavant déjà, elle éprouvait une violente attirance pour le spectacle de la mort. Elle s'attardait auprès des malades à l'agonie et elle guettait l'instant fugitif où ils cessaient de vivre. Maintenant, elle va pouvoir le provoquer, mais elle ne va pas tuer n'importe comment.


Elle a bien suivi ses cours, notamment ceux traitant des drogues et deux d'entre elles l'on particulièrement attirée : la morphine et l'atropine. Une overdose de morphine entraîne une contraction des pupilles; le souffle devient de plus en plus court, puis s'arrête complètement. L'atropine a un effet inverse : dilatation des pupilles, accélération du rythme cardiaque, spasmes et perte de tout contrôle musculaire. Elle se dit qu'il doit être passionnant d'injecter les deux substances l'une après l'autre et d'observer leurs effets contraires. Alors, elle le fait et c'est la révélation !
La lutte de ces deux drogues dans l'organisme du malade, les pupilles qui s'agrandissent, puis qui rétrécissent, al respiration qui se précipite, puis qui devient imperceptible, provoque en elle, ainsi qu'elle le dira plus tard lors de ses interrogatoires, une "joie voluptueuse", ce qui est la manière pudique, à l'époque, de nommer l'orgasme. Elle va même plus loin, elle se glisse dans les draps et carres le malade, le couvre de baisers et attend la "joie voluptueuse", soit qu'elle vienne naturellement, soit qu'elle la provoque...

Une des victimes, miraculeusement indemne, Amelia Phinney, 36 ans, a raconté ce qui lui était arrivé et, à travers elle, on a pu découvrir le scénario proprement hallucinant des crimes de Jane Toppan... Amelia Phinney est hospitalisée pour un ulcère de l'utérus, elle se tord de douleur dans son lit et elle crie. Elle a tort : Jane déteste les cris.

Celle-ci arrive à son chevet, porte un verre à ses lèvres et lui dit de boire, car le liquide la fera "se sentir mieux". Phinney boit. Elle a aussitôt une sensation de sécheresse dans la bouche et dans la gorge, puis un engourdissement de tout le corps, avec une grand lourdeur des paupières.
Alors qu'elle est en train de perdre conscience, une chose étrange se produit : elle sent qu'on enlève les couvertures, elle entend le lit craquer et le matela se creuser. Jane Toppan se couche à ses côtés. Elle se pelotonne contre elle, lui caresse les cheveux et lui embrasse le visage. Ensuite, elle se met à genoux et la ragarde dans les yeux d'un air interrogateur. Elle est sans nul doute, à ce moment-là, en train de regarder ses pupilles. L'infirmière porte un nouveau verre à ses lèvres, en lui enjoignant de boire. Phinney rassemble toutes les forces qui li restent pour détourner la bouche. C'est alors que Jane saute tout à coup du lit et s'enfuit. Quelqu'un devait être en train de venir.

Amelia Phinney se réveille le lendemain, dans un état d'extrême faiblesse. Ses souvenirs sont si étranges qu'elle croit à une hallucination ; en outre, ils sont très embarrassants. Elle décide de ne rien dire et n'en parlera que des années plus tard, après l'arrestation de la coupable.


Nul ne sait combien de meurtres Jane Toppan a commis durant sa deuxième année d'études, mais elle se voit brutalement obligée d'y renoncer : elle est renvoyée de l'école d'infirmières.
Ce n'est pas, contrairement à ce qu'on pourrait croire, parce que le nombre de décès dans son service a éveillé les soupçons, c'est à cause d'une bêtise : elle est sortie d'une salle sans permission. Quoi qu'il en soit, la rigidité du règlement aura, sans le savoir, sauvé la vie à beaucoup de malades et elle-même est obligée de quitter l'hôpital.

Elle ne se laisse pas abattre. Si les opinions sont partagées à son sujet chez les élèves, les docteurs sont unanimement en sa faveur. Elle décide donc de s'établir à son compte. Elle demande des lettres de recommandations aux médecins et elle en obtient autant qu'elle en veut, toutes plus dithyrambiques les unes que les autres. Elle devient infirmière libérale et sa carrière criminelle va prendre une autre direction, plus meurtrière encore !

Elle est rapidement considéré comme la meilleure infirmière de Cambridge. On ne sait pas combien de meurtres elle a commis durant cette seconde période. Plus tard, elle avouera 31 meurtres en tout, en comptant ceux commis à l'hôpital, mais il y en a certainement eu beaucoup plus.

Elle a pur premiers logeurs, un couple de personnes âgées, Israel Dunham et sa femme Lovey. Elle se lie d'amitié avec eux, du moins en apparence. Tous deux ne jurent que par Jane.Malheureusement, ils ne tardent pas à mourir l'un après l'autre, le mari d'abord, la femme ensuite. Elle ne manifeste guère de chagrin. Elle dit à qui veut l'entendre, qu'ils étaient "faibles et difficiles", "vieux et grincheux". Elle déclare même, d'une manière plus péremptoire encore :
- Il est inutile de garder les personnes âgées en vie.


Malgré cela, elle n'éveille aucun soupçon, elle trouve san difficulté à se reloger et elle continue à pratiquer son métier et elle est toujours aussi demandée... En 1889, une femme riche de 70 ans, Mary Mc Lear, tombe malade. Son médecin fait venir Jane Toppan, "l'une des meilleures infirmières de (s) a connaissance". Elle meurt quatre jours plus tard. Au moment des obsèques, la famille remarque que manquent quelque-uns des plus beaux vêtements de la défunte. Ils accusent Jane Toppan. Le médecin se fâche, se porte garant d'elle et l'affaire est close.
On peut se demander, à ce sujet, la raison du comportement de Jane. Elle gagnait très bien sa vie et n'avait pas besoin de voler. Sans doute était-ce un genre de trophée.

C'est peu après qu'elle revient passer quelques jours chez sa soeur adoptive Elisabeth et son mari Oramel Brigham. Il y a longtemps qu'elle n'était pas venue et elle est accueillie à bras ouverts. Elisabeth et Oramel ont oublié depuis longtemps les différends qu'ils ont pu avoir avec Jane. Elle, de son côté, est débordante de bonne humeur, elle affiche une satisfaction radieuse de ces retrouvailles.

Elle joue la comédie. Depuis le début, depuis le moment où petite fille, elle a été placée chez les Toppan, elle a haï cette famille qui lui a manifesté tant de mépris. Pendant des années, elle a donné le change, elle a fait semblant d'être heureuse, en espérant que le moment de la vengeance arriverait. Il est enfin arrivé, l'heure a sonné !

Comme on est au mois d'août 1899, elle invite Elisabeth et son mari à séjourner quelque temps dans la maison qu'elle loue sur la plage, près de Cambridge. Elle se montre charmante, elle s'empresse auprès de tous les deux, mais Oramel ne peut pas rester, il doit retourner à Boston, auprès de ses fidèles. Elisabeth Toppan reste seule avec elle, le piège s'est refermé, elle est à sa merci.

Jane prend tout son temps pour l'empoisonner et elle le fait de manière particulièrement raffinée, avec un mélange qui la maintient en vie le plus longtemps possible, tout en la tuant inexorablement. Elisabeth se croit malade et s'alite. Lorsque le processus est suffisamment avancé, Jane Toppan lui parle enfin.

- Tu vas mourir, Elisabeth. Mais avant, je vais te dire pourquoi...

Et elle lui raconte toute la rancune qu'elle a accumulée pendant des années. Puis, elle se met au lit avec elle et la câline comme à son habitude. Elle diraplus tard : "Je l'ai tenue dans mes bras et j'ai observé avec grand plaisir le moment où la vie l'a quittée". Lorsque tout est terminé, elle prévient Oramel Brigham. Quant au médecin qu'elle fait venir, il diagnostique une attaque.

Elle change de résidence. La nouvelle famille de logeurs chez qui elle a élu domicile est la famille Davis. Elle se tient quelque temps tranquille, puis, presque par habitude, elle tue toute la maisonnée, quatre personnes, le père, la mère et les deux filles. Puis, elle s'en va. Elle se rend à Boston, pour la seconde partie de son grand projet : épouser Oramel Brigham.


Jane a pourtant commis une erreur avec les Davis. La police intervient pour la première fois. Elle trouve étrange les morts si rapprochées de qutre personnes. San rien dire à Jane Toppan, la police décide l'exhumation des corps et l'envoi des échantillons à l'école de médecine de Harvard...

La raison pour laquelle elle veut épouser Oramel Brigham n'a rien à voir avec de quelconques sentiments qu'elle lui porterait. Ce qu'elle veut, c'est vivire en maîtresse des lieux, dans la maison où elle a passé sa jeunesse et où on l'a rendue esclave. Peut-être même a-t-elle l'intention, plus tard, de tuer celui qui sera devenu son mari... Toujours est-il qu'en arrivant, elle a une désagréable surprise : la présence de son autre soeur adoptive, Edna. C'est maintenant une vieile dame, âgée de 77 ans, elle est juste de passage, elle n'a aucune visée sur Oramel et elle ne représente aucun danger pour les projets de Jane. Pourtant elle l'empoisonne quand même. Le médecin de famille diagnostique une maladie du coeur.

Dès qu'Edna est enterrée, Jane commence à faire les yeux doux au pasteur, mais ce dernier lui fait vite comprendre qu'il n'a aucune intention de la garder ni en tant que gouvernante, ni en tant qu'épouse. Elle tente alors un stratagème : elle l'empoisonne faiblement, puis le guérit, en espérant que cela le fera changer d'avis. Il n'en est rien. Alors, elle menace de dire qu'elle est enceinte de lui. Cette fois, il la chasse, purement et simplement...

Entre-temps, la police n'est pas restée inactive. Les résultats des autopsies des Davis ont révélé la présence de poison, plus précisément, un mélange de morphine et d'atropine. Le caractère criminel de leur décès ne fait plus aucun doute et, dès que Jane Toppan rentre chez elle, elle est arrêtée.

L'événement, qui a lieu le 29 octobre 1901, suscite une grande émotion à Harvard et aux alentours. Personne ne veut croire à sa culpabilité. Les médecins, en particulier, se mobilisent pour la défendre. Mais elle ne tarde pas à avouer et il faut se rendre à l'évidence : c'est une criminelle comme on n'en a jamais connue !

Elle est examinée par plusieurs psychiatres, qu'on nomme alors des aliénistes. Ils sont totalement déroutés par les motivations qu'elle donne à ses actes. Elle leur reconnaît un caractère clairement sexuel en tuant des gens". Ils ne peuvent y croire et concluent à une affabulation.

Ils sont également déroutés par son besoin de tuer sans pouvoir s'arrêter et son absence de remords devant ses actes. Ils concluent à la folie et demandent qu'elle ne soit pas jugée...
C'est ce qui se produit. Jane Toppan est déclarée irresponsable. Elle est internée dans un hôpital psychiatrique à l'âge de 48 ans, et mourra, sans avoir retrouvé la liberté, en 1938, à 84 ans.

De nos jours, cela aurait été bien différent. Tous les symptômes manifestés par Jane Toppan, toutes les déclarations qu'elle a faites, la classent sans hésitation parmi les psychopathes, qui sont aujourd'hui considérés comme responsables et jugés. Il n'en reste pas moins que ses motivations sortent totalement de l'ordinaire et qu'elles auraient certainement posé des problèmes aux psychiatres contemporains.





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MessageSujet: : LE MAL AU FEMININ   Ven 12 Mai - 15:05

LA SORCIERE DE BRETAGNE

10 octobre 1838. C'est une cérémonie bien pénible qui a lieu à Guern. Ce petit village du Morbihan vient de vivre un drame, dont l'épilogue a lieu ce jour. La maisonnée de monsieur le curé a été victime d'une épouvantable épidémie, sept des huit personnes qui habitaient le presbytère ont été emportées les unes après les autres : le curé lui-même, son père, sa mère, sa nièce et trois servantes. Seule a survécu Hélène Jégado, la cuisinière.

Pour tous, les symptômes ont été les mêmes : à la suite d'un repas, ils ont été pris de vomissements et, à partir de là, leur état n'a fait que s'aggraver. Malgré les soins que leur a prodigué le médecin, qui n'y comprenait rien, ils n'ont cessé de se tordre de douleur entre deux vomissements, jusqu'à la mort, survenue après une agonie épouvantable.

La rescapée Hélène Jégado, assiste ce 10 octobre à l'enterrement de la dernière victime. C'est une femme de 35 ans, à la voix gutturale, aussi grave que celle d'un homme et au physique étonnant : très grande, très maigre, avec un visage émacié, un nez recourbé, des yeux noirs profondément enfoncés dans leurs orbites, des cheveux bruns très longs.
A entendre cette description, on pourrait dire qu'elle a tout de la sorcière, mais c'est impossible. C'est une sainte femme, au contraire ! Chacun a pu remarquer le dévouement admirable dont elle fait preuve envers les malades. Elle a tenu à leur administrer toutes les potions elle-même, elle a passé ses jours et ses nuits à leur chevet et, lorsqu'elle n'était pas auprès d'eux, elle était dans l'église à prier, avec les autres fidèles, pour leur guérison.

Car Hélène Jégado est très pieuse, presque bigote, elle se fait remarquer par son zèle aux offices et elle porte sur sa poitrine une croix en or, qui ne la quitte jamais. Pour cette population bretonne profondément catholique du XIXe siècle, il ne peut y avoir de place au doute : une sorcière qui aime le Bon Dieu, cela n'existe pas...

Quand la dernière pelletée de terre tombe sur le cercueil de la dernière victime, chacun plaint Hélène de tout coeur. Elle a assisté impuissante à un drame affreux, qui l'a frappé personnellement, car sa propre soeur Anna, domestique comme elle, est au nombre des victimes, de plus, elle n'a plus de travail. Et en retrouvera-t-elle après ce qui s'est passé ? Les gens sont si médisants, si méchants !

Pourtant, contrairement aux craintes des habitants de Guern, Hélène Jégado retrouve rapidement un emploi. Sa tante Marie-Jeanne, qui est bonne chez un autre curé à Bubry, lui fait savoir que ce dernier cherche une cuisinière. Hélène s'y rend, mais le malheur frappe encore. La soeur de l'abbé, sa nièce et la tante Marie-Jeanne elle-même meurent peu après, dans les mêmes horribles souffrances, avec convulsions et vomissements.
De nouveau, Hélène se fait remarquer par son dévouement. Elle s'empresse, en particulier, auprès de sa tante, qui ne veut recevoir ses potions que de sa main.

De nouveau, Hélène Jégado s'en va. Elle se rend à Locminé où elle occupe trois places successives. On y enregistre sept décès, avec les mêmes symptômes... La cuisinière acquiert, dès lors, une réputation sinistre. On se signe quand on la croise, on murmure que le diable marche derrière elle. Mais pas un instant, on n'imagine qu'elle puisse être une empoisonneuse. C'est une fatalité, voilà tout. D'ailleurs, elle le constate elle-même. Elle dit, de sa voix caverneuse, en hochant sa tête au profil d'oiseau :

- La mort me suit...

Une nouvelle fois, Hélène repart. A ce moment de l'histoire, cette mort qui la suit a déjà frappé dix-sept personnes.

Elle trouve une place chez le maire de Pontivy. Elle déteste tout de suite le fis de la maison, un garçon de 14 ans. Il meurt après avoir mangé une tartine de beurre qu'elle lui a confectionnée... Hélène doit quitter le maire, mais elle se plaît à Pontivy.
Elle y reste le temps suffisant pour que sept morts s'accumulent encore. Là, malgré tout, elle est obligée de partir. Non qu'on la soupçonne de quoi que ce soit, mais la malédiction qui la frappe fait vraiment trop peur. Personne ne veut plus l'engager.
Elle se rend à Rennes. Dans la grande ville, où personne n'a entendu parler d'elle, elle trouve sans mal un emploi de cuisinière. Cette fois, c'est dans une auberge. Hélas, l'une des serveuses, Perotte Macé, meurt dans d'atroces souffrances. Bien que nul ne lui ait fait de reproches, Hélène Jégado préfère s'en aller...

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Ven 12 Mai - 19:11

Douze ans ont passé depuis le début de ces tragiques événements. Nous sommes en 1850. Théophile Bidard, professeur à la faculté de Droit de Rennes, l'engage à son tour. Elle est travailleuse, honnête, sobre, mais elle est placée sous l'autorité de la bonne du professeur, Rose Tessier et elles se disputent fréquemment. Au mois de novembre 1850, Rose est brusquement prise de vomissements et meurt en quatre jours.
Le professeur Bidard engage alors une nouvelle bonne, Françoise Hureaux, qu'Hélène Jégado admet tout aussi mal que la précédente. Françoise est une grande et forte fille de la campagne, qui n'a jamais été malade. Or, la voilà qui se met à vomir chaque fois qu'elle touche à la nourriture. Ses parents, inquiets, préfèrent la ramener chez eux. Sans le savoir, ils viennent de lui sauver la vie.

Le professeur Bidard continue à ne se douter de rien. Il engage une troisième bonne, Rosalie Sarrasin. Au début, tout va bien entre elle et la cuisinière, mais le professeur décide de confier à Rosalie la tenue des comptes de la maison. Hélène le prend très mal, à tel point que, le 10 juin 1851, le professeur lui annonce son renvoi.
Le soir même, Hélène Jégado lui sert un plat de viande aux petits pois. Monsieur Bidard, qui n'a pas faim, n'y touche pas. La cuisinière l'apporte à Rosalie, qui se met à vomir. Encore une fois, le médecin qu'on fait venir n'envisage pas l'hypothèse d'un empoisonnement. Il prescrit de vagues potions qu'Hélène s'empresse d'administrer elle-même à la malade. Elle ne quitte plus son chevet, elle se dévoue corps et âme pour la soigner.
Hélas, le mal progresse rapidement et Rosalie Sarrasin meurt le 1er juillet, dans de terribles souffrances.

Mais pour la première fois, plusieurs personnes se mettent à avoir des soupçons : les deux médecins qui ont soigné la malade et le professeur Bidard lui-même, qui a prélevé et mis sous clé les derniers vomissements de Rosalie, ainsi que la dernière potion que lui a donnée la cuisinière.
Les deux médecins alertent le procureur général, monsieur du Bodan, qui ordonne une enquête. Quand les policiers se présentent chez le professeur, c'est Hélène qui leur ouvre. "Je suis innocente !" leur dit-elle, avant qu'ils lui posent la moindre question. Elle s'est trahie, elle est arrêtée sur-le-champ.

L'enquête du procureur général du Bodan établit immédiatement sa culpabilité. Elle permet aussi, en se penchant sur le passé de la cuisinière, de découvrir les empoisonnements dont elle s'est rendue coupable jusque-là. C'est un véritable carnage : vingt-huit victimes ! Jamais on n'en avait dénombré autant. Hélène Jégado est la plus grande empoisonneuse des annales criminelles françaises !


Son procès, qui s''ouvre devant les assises de Rennes le 6 décembre 1851, s'annonce comme sensationnel, à tel point que le premier président de la cour de Rennes Félix Boucly et le procureur général du Bodan ont tenu à occuper eux-mêmes la présidence et le ministère public. Au banc de la défense, un jeune avocat, maître Magloire Dorange.
Quant au public, il s'agglutine pour voir celle qu'il a surnommée "la sorcière de Bretagne". Elle fait son entrée dans le box et il n'est pas déçu ! Hélène Jégado, âgée à présent de 48 ans, a tout de la sorcière des contes : front bas, regard dur, nez crochu, peau ridée. De plus, comme si elle voulait renforcer cette impression, elle est vêtue d'un manteau noir, avec un capuchon qu'elle a rabattu sur sa tête.

La prescription pour meurtre était alors de dix ans, elle ne sera jugée que pour ses sept derniers empoisonnements. Mais cela ne change évidemment rien à la peine qu'elle encourt et le ministère public réclamera sa mort... Le président Boucly s'adresse à l'accusée. Il s'exprime avec préciosité. Il emploie, en particulier, le passé simple, ce qui, même à l'époque, est tout à fait démodé.

- A quel âge commençâtes-vous à vous employer chez les autres ?

Hélène Jégado prend la parole à son tour. Sa voix caverneuse, virile, produit un contraste saisissant avec la précédente. Un délicieux frisson de crainte parcourt le public.

- A 7 ans. J'ai été recueillie par M. le curé de Bubry chez lequel servaient mes tantes maternelles.

On apprend donc qu'Hélène Jégado a été domestique toute sa vie. C'est une pratique courante de l'époque et cela ne peut pas être une explication à son comportement... Le président en arrive aux premiers meurtres.

Au presbytère de Guern, ne survint-il pas de nombreux décès, exactement sept ?

Hélène Jégado ne nie pas, mais elle donnent à ces morts une explication pour le mois inattendue :

- C'est-à-dire que le feu prit un jour aux rideaux de monsieur l'abbé, qui s'était endormi sans souffler sa chandelle. Et cela causa à tout le monde une telle frayeur que beaucoup moururent peu après.

Les victimes seraient donc mortes de peur ! Le président n'insiste pas et poursuit son interrogatoire.

- Quoi qu'il en soit, vous soignâtes tous les malades...

- Hélas ! Et c'est cela mon grand malheur ! C'est ce qui cause aujourd'hui ma perte.

- En sortant de cette maison vidée par vos oeuvres, continue le président, vous allâtes au presbytère de Bubry.

- Oui, mon bon monsieur...

- Dans cette demeure, est-ce que trois personnes encore ne trépassèrent pas ?

- En effet, oui. Ma tante Marie-Jeanne, la soeur de monsieur le recteur et l'une de ses nièces. Et je les ai toutes soignées. Ah, j'y ai passé bien des nuits !

Et cela continue... Le président énumère les places où Hélène Jégado a servi comme cuisinière. A chaque fois, c'est le même cortège de morts de la même inexplicable maladie. Mais le président Boucly aborde maintenant un fait précis :

- A Locminé, vous logeâtes chez une marchande du nom de Marie Bellec. Or, un jour, pendant une de vos absences, on remarqua dans votre coffre un paquet de poudre blanche ressemblant à de la gomme.

Mais il en faut plus pour désarçonner l'accusée. Elle réplique avec conviction :

- C'est impossible ! A moins qu'on ait caché cela dans mes affaires. Je vous le dis franchement, comme à l'angélus...

Le président Boucly, qui se montre depuis le début imperturbable, en vient aux crimes non couverts par la prescription, dont Hélène Jégado est effectivement accusée.

- Chez M. Rabot, il y avait un jeune garçon qui, dès le premier contact, manifesta envers vous une véritable répulsion. N'eut-il pas à diverses reprises des vomissements après les potages que vous lui prépariez ?

L'accusée est tout aussi imperturbable que lui.

- Ah § Dieu merci, je n'ai fait de mal à personne. Et je puis dire que ce pauvre petit était bien aimable avec moi...

Les audiences suivantes sont consacrées aux auditions des témoins, appartenant pour la plupart aux familles des victimes.
Parmi eux, c'est évidemment le professeur Bidard, chez qui Hélène Jégado a commis ses deux derniers meurtres, et qui a failli lui-même être sa victime, qui est le plus attendu. Il raconte l'agonie de Rosalie Sarrasin et explique comment lui sont venus ses premiers soupçons.

- Le verre d'eau de Seltz qu'Hélène tendit à Rosalie lui arracha ce cri de douleur :"Je ne sais pas ce qu'elle amis dedans, un fer rouge ne m'aurait pas brûlée davantage." Frappé par cette réflexion, j'observai alors Hélène Jégado, alors qu'elle ne faisait pas attention à moi. Et je la surpris qui jetait sur sa compagne un regard de bête fauve.

- Messieurs, poursuit le professeur, la dernière nuit de Rosalie fut véritablement atroce. La malheureuse se débattait comme une folle furieuse en poussant des cris rauques. Comme Rose Tessier naguère, elle jetais ses membres d'un côté et de l'autre. Il fallait la retenir de force dans son lit. Nul n'a pu souffrir davantage. C'était hideux à voir.

L'ancien employeur d'Hélène Jégado en vient au dénouement de l'histoire.

- Rosalie expira le 1er juillet à 7 heures du matin. Hélène n'était pas là. Quand elle rentra, je la prévins que tout était fini. Son premier mouvement fut de jjeter les vomissements de la malheureuse. J'y fis obstacle et les enfermai sous clé, de même que les restes de la dernière potion que Rosalie avait portée à ses lèvres. Le jour même, la justice fut prévenue. Je voulais, par un reste d'égard, garder Hélène chez moi jusqu'à ce que l'autopsie soit pratiquée. Monsieur le Procureur général, ici présent, ne le permit pas. Je l'en remercie, car sans cela, je ne serais pas en train de témoigner devant vous. La fille Jégado, je l'ai su depuis, avait décidé ma mort pour la semaine suivante.

Un long murmure s'empare du public, tandis que le professeur se retire. Le président Boucly, visiblement ému lui aussi, apostrophe l'accusée.

- On sait, grâce aux expertises, qui'l y a eu ingestion d'arsenic. On peut suivre votre main à la trace, attribuer chaque vomissements au breuvage que vous avez versé, saisir sur le vif vos abominables machinations. Personne d'autre que vous n'avait intérêt à empoisonner, personne n'était à même de le faire. Alors ?

Mais il est dit que jusqu'au bout Hélène Jégado ne faiblira pas. Elle rétorque d'une voix rageuse :

- Vous avez beau parler d'arsenic, vous ne me ferez as rougir ! Je défie quelqu'un de m'avoir vue employer votre maudite drogue !


Le témoin suivant est Françoise Huriaux, la bonne que le professeur Bidard avait engagée après la mort de Rose Tessier.Mal remise de son empoisonnement malgré un traitement vigoureux, cette grande et forte fille se déplace avec peine. C'est une rescapée, on peut même dire une miraculée. Et son témoignage est particulièrement saisissant, car, ce qu'elle nous raconte, c'est ce qu'ont vécu toutes les autres victimes, qui, elles, ne sont plus là pour le dire.

- Quand je goûtais aux soupes d'Hélène, je vomissais. Le corps m'enflait. J'avais peine à monter les escaliers et à me servir de mon aiguille. J'allais de pis en pis. Un soir, je fus très malade après avoir mangé des haricots. Je les avalai avec un peu d'oignon et j'éprouvai aussitôt dans la bouche une saveur d'argent sale. Quand je nem mangeais pas, Hélène jetait ma soupe et ne la donnait à personne. "Croyez-vous que je vous empoisonne ?" marmonnait-elle. Tout ce que je savais, c'est que lorsque j'allais passer le dimanche chez mes parents, aucun aliment ne me donnait du mal...

Le président Boucly se tourne vers l'accusée :

- Hélène Jégado, pourquoi jetiez-vous la soupe que Françoise ne mangeait pas ?

Cette dernière hausse les épaules.

- Je ne la jetais pas, je la donnait à une bonne femme qui venait toutes les semaines. Moi, je ne perds point ce que je peux donner aux malheureux. C'est une habitude que je tiens de ma défunte tante, et Dieu me préserve d'en changer jamais !...

C'est le 13 décembre 1851 qu'on entend le réquisitoire et la plaidoirie. D'entrée de jeu, le procureur général du Bodan réclame la peine de mort.

- Hélène Jégado, poursuit-il, abritait ses vices et ses crimes sous le manteau de la religion et, jusqu'au 1er juillet dernier, cet odieux stratagème avait réussi. Mais elle est, au contraire, de ces êtres qui, dédaignant la voix de Dieu et des hommes, accomplissent leurs crimes dans la paix de l'esprit.
Et, après avoir énuméré toutes les preuves des es empoisonnements, il conclut, en s'adressant à elle :

- Vos aveux, femme Jégado, n'ajouteraient rien à nos convictions, mais ils pourraient, sans les désarmer, satisfaire vos juges. Je me hâte de vous le dire : si je sollicite ces aveux, ce n'est pas pour mieux assurer un arrêt légitime et indispensable, mais on vous trouverait peut-être encore quelque choses d'humain si vous vous montriez accessible au repentir. Croyez-moi, Hélène Jégado, c'est beaucoup que d'arriver devant Dieu avec un commencement d'expiation !

C'est au tour de maître Magloire Dorange de prendre la parole. Et c'est la sensation dans le tribunal. Ignorant délibérément la volonté de sa cliente, il reconnaît sa culpabilité et plaide la folie. Il est rarissime qu'un avocat agisse ainsi, mais il est vrai que l'affaire Jégado n'est pas ordinaire non plus.

- Bien loin de nous, dit-il, la pensée d'engager un débat avec la ministère public sur les faits de l'accusation. Nous avons la franchise d'admettre le poison partout où la main d'Hélène Jégado a versé l'arsenic. Mais la fille Jégado est-elle pour autant responsable devant les hommes des crimes qu'on lui impute et que la défense ne songe pas à méconnaître ? Avait-elle, quand elle les a accomplis, cette liberté morale sans laquelle il ne saurait y avoir de véritable responsabilité ?
L'accusation reproche à Hélène Jégado des crimes sans nombre, mais elle ne peut donner aucun mobile plausible. Dès lors, comment ne pas dire qu'il y a chez ma cliente une perturbation morale, un trouble du cerveau et donc qu'elle est irresponsable ? Dans ses crimes, tout est contradictoire, confus, inexplicable...

Et maître Magloire Dorange conclut en demandant les circonstances atténuantes.

En droit français, le procureur peut reprendre la parole après l'avocat, à condition, bien entendu, que l'avocat s'exprime une nouvelle fois ensuite, afin que, conformément à la loi, le dernier mot reste à la défense. C'est ce droit de réplique qu'utilise le procureur du Bodan, en réponse à l'argumentation que vient de développer l'avocat. Et cette intervention est en tous points remarquable. Avec un sens psychologique aigu, l'avocat général donne, en effet, la réponse à la grande question de cette affaire : pour quels mobiles Hélène Jégado a-t-elle commis ses meurtres ?

- Ne dites pas que cette femme est inexplicable ! En quoi le serait-elle ? Les motifs qui la dirigèrent sont les mêmes que ceux qui inspirèrent tous les grands malfaiteurs : la jalousie, la vengeance, l'ambition, l'intérêt. Seulement, chez elle, les passions s'attachent à des objets mesquins, et voilà pourquoi elles nous paraissent si petites... Aspirer à devenir servante maîtresse, se venger de la plus minime offense, cela peut vous paraître bien dérisoire, mais ça ne l'était pas aux yeux de la fille Jégado. Que reste-t-il alors de la défense ? Le nombre inouï des forfaits ? Quel singulier refuge pour l'innocence ! Alors, parce qu'Hélène Jégado aura commis plus d'empoisonnements que n'importe qui avant, elle serait justifiée ? Comme si, à force d'accumuler les crimes, on devait y gagner de demeurer impuni...

Cette fois, tout est dit et, reprenant la parole maître Dorange ne peut que demander une dernière fois l'indulgence au nom de la charité chrétienne.

Tout le temps qu'ont duré ces discours, "la sorcière de Bretagne" est restée dissimulée sous son capuchon noir, sans qu'on puisse savoir quoi que ce soit de ses pensées.
Mais les jeux sont faits et, après une courte délibération, le jury revient avec un verdict de culpabilité, sans circonstances atténuantes. Avant de prononcer la peine, le président Boucly demande à la condamnée si elle a quelque chose à ajouter. On voit alors Hélène Jégado bondir et se mettre à parler avec volubilité.

- J'aime mieux périr innocente que coupable ! Je suis la victime de faux témoins et de mauvaises langues. Le bon Dieu, lui, est juste ; il nous jugera tous. Et ceux qui m'ont fait condamner se repentiront dans l'autre monde où il se retrouveront avant moi ! Il verra, alors, monsieur Bidard...

Mais elle ne peut pas en dire plus. Les cris d'indignation de l'assistance couvrent sa voix et l'obligent à se taire. Le président prononce alors la sentence : Hélène Jégado est condamnée à mort.

Contrairement à ce qu'elle avait affirmé, croyant sans doute être graciée, ceux qui l'ont fait condamner ne se retrouveront pas dans l'autre monde avant elle. Hélène Jégado est l'une des rares femmes condamnées de droit commun qui a été bel et bien guillotinée. Son pourvoi en cassation est rejeté, tout comme le recours en grâce.

Le 25 février 1852 au soir, on vient la prévenir que l'exécution est pour le lendemain. Les condamnés étaient alors avertis la veille, pratique inhumaine qui sera supprimée peu après... Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Avant de mourir, Hélène accepte, à la demande de son confesseur, de signer une déclaration dans laquelle elle reconnaît tous ses crimes. Elle accepte, en outre, que celle-ci soit rendue publique après sa mort.

Les journaux la publient donc le jour de son exécution. Elle commence ainsi :


"Sur le point de paraître devant Dieu et voulant expier mes fautes, je déclare me reconnaître coupable des empoisonnements relatés dans mon acte d'accusation."

Vient ensuite cette précision terrible :

"La justice n'a pas connu tous mes forfaits. J'ai porté la désolation dans un grand nombre de familles. De jeunes enfants ont été mes victimes, des mères ont perdu des filles qui étaient l'appui de leur vieillesse."

Mais ses aveux contiennent une réserve de taille :

"Cependant, je n'ai point donné la mort ni à ma soeur Anna, ni à deux autres des sept victimes du presbytère de Guern. C'est une méchante femme, prénommée Marie, qui est coupable de ces trois crimes."

Suite à ces révélations, une nouvelle enquête a lieu et c'est le procureur général du Bodan qui s'en charge. Renseignements pris, il existe bien une Marie Le Dantec, domestique à Guern. Le magistrat va l'interroger, mais il ne tarde pas à la disculper entièrement. Cette personne a été employée dans plusieurs maisons de Guern. Jamais il n'est arrivé de mort violente ou suspecte dans les familles où elle a servi. Ces décès ne se sont produits dans la commune que lorsque Hélène y est entrée et, depuis qu'elle en est sortie, il n'y en a plus eu à déplorer.

Tout était donc faux ! Tout n'était qu'une tentative de nuire, voire de tuer, si la culpabilité de la suspecte était reconnue. Au seuil de la mort, même privée d'arsenic, Hélène Jégado, "la sorcière de Bretagne", avait une dernière fois, par cette calomnie, versé son poison.


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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Ven 12 Mai - 19:35

L'ABATTOIR

K atherine Knight naît en octobre 1955 dans une famille pauvre, en Nouvelle-Galles du Sud, une province de l'Australie. Famille pauvre et nombreuse : ils sont huit frères et soeurs. En 1969, la famille s'installe à Aberdeen, petite ville au nord de Sydney, qui possède les plus grands abattoirs du pays. Son père y a obtenu un emploi et c'est la raison pour laquelle il a déménagé.

Katherine se fait remarquer à l'école, mais pas dans le bon sens. C'est la dernière de la classe, elle est mauvaise en tout et, à la fin de sa scolarité, elle sait à peine lire et écrire. A la récréation, ce n'est pas la même chose : on ne voit qu'elle, elle se bat avec tout le monde et elle fait peur à tout le monde, même aux garçons. En fait, elle n'attend qu'une chose : que l'école se termine pour entrer dans la vie active.

C'est chose faite à 16 ans : elle rejoint son père à l'abattoir. C'est une des rares femmes à y travailler, mais elle s'y sent parfaitement à son aise. Elle patauge dans le sang avec bonheur et manie avec dextérité ses engins de mort. Elle n'a pas son pareil pour couper la tête aux cochons.

Cela ne l'empêche pas de penser aux choses de l'amour. Sans être une beauté, c'est une grande rousse souriante, aux dents un peu proéminentes, qui lui donnent un aspect typiquement britannique. L'année de ses 18 ans, elle rencontre David Kellert, un chauffeur de poids lourds de 22 ans et elle emménage chez lui. Ils se marient en 1974, et ses instincts sanguinaires commencent à se révéler : lors de la nuit de noce, déçue des performances de son mari, elle essaie de l'étrangler.

David, qui est un costaud, résiste à la tentative sans problème. C'est un placide, aussi. Il oublie cet incident, en se disant que cela va s'arranger. Malheureusement, cela ne s'arrange pas. Un jour, il arrive à son travail avec l'empreinte d'un fer à repasser sur la joue. Une nuit, il se réveille et la découvre en train de brandir un couteau au-dessus de sa gorge. Décidément imperturbable, ou très épris, il reste avec elle et, en 1976, ils ont une fille, Mélissa. Il dira plus tard :

- Je n'ai jamais porté la main sur elle, même quand j'étais agressé. Je partais toujours.

Deux mois plus tard, c'est ce qu'il fait vraiment : il part avec une autre femme. Quand Katherine découvre le foyer vide, son sang ne fait qu'un tour. Elle s'enfuit avec la petite Melissa, âgée de 2 mois. Elle saute dans sa voiture et sort d'Aberdeen. Pendant un moment, elle suit la voie ferrée. Elle attend que la route devienne moins fréquentée. Quand elle juge que l'endroit est suffisamment désert, elle s'arrête, descend, avec le nourrisson dans les bras, et le dépose sur les rails.
C'est son enfant pourtant, et elle l'aime... Seulement David adore Melissa et il sera anéanti en apprenant la nouvelle.
L'enfant crie, pleure, mais cela ne la fait pas changer d'avis. Elle regarde sa montre : il est midi pile. L'express de Sydney arrive dans quelques minutes : c'est parfait !

Elle est arrivée à sa voiture et elle s'apprête à ouvrir la portière, lorsqu'un homme qu'elle n'avait pas vu venir se plante devant elle.

- Vous oubliez quelque chose, ma petite dame !

Il tient le bébé dans ses bras et le lui tend. L'homme est barbu et sale, il porte des vêtements fatigués. Elle comprend qu'il s'agit d'un vagabond, qui se trouvait là par hasard. Elle prend Melissa.

- Vous m'avez vue ?
- J'ai tout vu. C'est le vôtre ?
- Oui.
- Qu'est-ce qui vous a pris ? Vous êtes dingue ou quoi ?
- Je ne sais pas. Je ne recommencerai pas...

L'homme va s'éloigner. Elle le retient.

- Vous n'allez rien dire à la police ?
- Vous avez de la chance, les flics, je ne les aime pas trop. Mais c'est fini, avec le bébé, hein ?
- Je vous le promets...

Le plus extraordinaire est que les choses en resteront effectivement là. Le vagabond ne parlera que beaucoup plus tard, lorsqu'elle sera arrêtée. Et cette tentative meurtre n'aura pas de suite...


Quant à son mari, David Kellert, elle ne lui dit rien lorsqu'il revient. Car il revient ! Il a quitté la femme avec laquelle il était parti et il veut, lui dit-il, "sauver leur couple"... Tout reprend donc comme avant. Elle est toujours aussi violente, mais David a maintenant l'habitude et il sait comment faire. Dès qu'il voit qu'elle commence à s'énerver, il s'en va et, lorsqu'il revient, elle est à peu près calmée.

Cela dure plusieurs années, le temps de faire un nouvel enfant, Natasha, en 1980. Et puis, c'est la rupture. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, elle ne vient pas de lui, mais d'elle. C'est Katherine qui s'en va, un beau jour de 1982, avec ses deux filles, après avoir vidé la maison de tout son contenu.

En 1986, elle se met de nouveau en ménage. Le nouvel élu de son coeur s'appelle Dave Saunders et elle a avec une troisième fille, Sarah... Jusque-là, si sa vie amoureuse a été passablement mouvementée, sa vie professionnelle est, au contraire, remarquablement stable. Elle se plaît toujours autant dans son abattoir, à égorger des cochons à longueur de journée.Malheureusement, la malchance s'en mêle : elle se fait une grave blessure dans le dos, qui l'oblige à quitter son travai. Elle touche pourtant une indemnité, qui,jointe à une somme que lui donne Dave, lui permet de réaliser un vieux rêve : elle achète une maison délabrée, dans un quartier populaire d'Aberdeen et passe son temps à la rénover et à la meubler. Elle a des goûts assez particuliers ; peaux de bêtes, cornes de taureaux, pièges à animaux rouillés, faon empaillé ; une faux suspendue à une corde se balance au-dessus du canapé.
Quand elle ne s'occupe pas de décoration, elle se consacre à sa vie conjugale ; enfin, elle le fait à sa manière ! Le malheureux Dave en voit de toutes les couleurs. Elle lui met ses vêtements en lambeaux, lui démolit sa voiture, le bat avec une poêle à frire, égorge sous ses yeux un chiot qui'l avait recueilli dans la rue. Et, encore une fois, malgré tout cela, ce n'est pas lui qui s'en va, c'est elle. Elle le quitte avec les enfants.

Deux ans plus tard, elle retrouve un autre compagnon, John Chillington, chauffeur de taxi, avec lequel elle a un garçon : Eric.
A part cela, elle est toujours aussi charmante avec lui : elle lui arrache ses lunettes et les piétine, le frappe à coups de ciseaux et de fer à repasser.

Ici, on ne peut s'empêcher de se poser des questions : qu'est-ce qui fait que tous ces hommes se laissent maltraiter sans réagir ? Et pourquoi restent-ils auprès de Katherine, qui n'est ni riche, ni spécialement jolie ? Est-ce qu'ils sont masochistes ? Est-ce qu'elle a des talents amoureux exceptionnels ? Peut-être. Mais on n'en saura jamais rien. Aucun d'eux ne s'est exprimé à ce sujet.

Enfin, on en arrive au dernier partenaire. En 1994, elle quitte John Chillington, pour Charles Price, un homme divorcé apprécié de tous, même de son ex-femme, avec laquelle il a eu quatre enfants. Et tout recommence comme auparavant. Charles est sincèrement épris, ce qui lui fait supporter les pires traitements. Pour se venger d'on ne sait quoi, elle va trouver son employeur et l'accuse de rapporter à la maison des objets volés dans l'entreprise. Bien qu'il ait dix-sept ans d'ancienneté, on la croit et il est licencié. Il retrouve heureusement, un poste de vendeur, dans un grand magasin de bricolage.
Là tout se passe bien pour lui : un an après avoir été engagé, il est nommé chef de rayon. Si tout est satisfaisant sur le plan professionnel, sa vie privée n'est pas loin d'être un enfer. Peu à peu, il en fait la confidence à ses collègues de travail :

- Hier, elle m'a encore poursuivi avec un couteau. Elle m'a dit "Je vais t'égorger !"
- Mais pourquoi ? Tu lui avais fait quelque chose ?
- Non, rien du tout...
- Et tu n'essaies pas de te défendre ?
- Comment veux-tu ? Elle a travaillé des années à l'abattoir. Elle sait se servir des couteaux comme personne. Si je résiste, elle va me tuer.
- Alors, il faut t'en aller.
- Je ne peux pas, à cause des enfants.
- Quels enfants ? Vous n'en avez pas ensemble. Il y a les tiens et les siens, mais ils sont grands. Ils ne sont plus avec vous...

Des conversations de ce genre, Price en a plusieurs, mais bien qu'on le sente de plus en plus préoccupé, il ne se décide pas à rompre avec Katherine.

29 février 2000. Charles Price a un tel air catastrophé en prenant son poste au magasin, que son patron s'en rend compte immédiatement. Il a toujours beaucoup de sympathie pour lui et il ne comprend pas pourquoi il s'obstine à rester avec cette mégère.

- Qu'est-ce qui ne va pas, Price ?
- Elle m'a encore donné un coup de couteau. Cette fois elle m'a fait très mal et elle m'a dit : "La prochaine fois, je ne te raterai pas !"
- Alors, c'est fini ! Ce soir, vous ne rentrez pas chez vous. Vous allez à la police et après, vous venez chez moi. Je vous hébergerai le temps qu'il faudra.

Mais Charles Price refuse. Il est sûr que tout va finir par s'arranger et, le soir, il rentre chez lui. Il est très surpris de ne découvrir personne. Pourquoi est-ce que Katherine n'est pas là ? C'est la première fois. Puisqu'il n'y a rien d'autre à faire, il se résout à attendre...
Katherine Knight est au restaurant chinois à quelques centaines de mètres de là. Ell y a invité ses quatre enfants. Cela aussi, c'est la première fois. Devant leur étonnement, elle leur a dit :


- Je veux que ce soir soit spécial !

Ils ont eu beau multiplier les questions, elle n'en a pas dit plus et le dîner se passe dans un certain malaise. A la fin, Melissa, l'aînée, fait cette réflexion :

- J'espère que tu ne vas pas tuer Charles et te suicider !

Katherine Knight se contente d'in sourire en guise de réponse... Après le repas, elle dit "au revoir" à ses enfants et rentre chez elle. Charles Price est là. Il lui demande ce qui se passe. Mais elle ne répond pas. Elle va à la cuisine, prend un couteau et le frappe. Il veut s'enfuir, mais elle le rattrape et frappe encore. Elle lui porte exactement 47 coups. L'autopsie révèlera que tous ses organes vitaux ont été atteints.

Le lendemain matin, on s'inquiète tout de suite au travail de Charles. L'ouverture du magasin est à 7 h 30, mais le patron est si préoccupé qu'à 7 h 45, il prévient la police. Les pliciers ne perdentpas de temps non plus : ils se précipitent à son domicile. Leur chef dira :

- De ma vie, je n'avais vu une chose pareille et je souhaite à mes collègues de ne jamais voir ça !

Une fois son meurtre accompli, la spécialiste de l'abattoir s'est, en effet surpassée. Le corps écorché et décapité de Charles Price gît dans le salon. Sa peau, soigneusement découpée, a été pendue sur une porte ouverte, sa tête a été déposée sur un grand plat, qui mijote dans le four de la cuisine.
Sur la table de la salle à manger, deux assiettes sont garnies d'un plat constitué de pommes de terre, de potiron, de courgettes, de courges et de morceaux du corps cuit. Des petits papiers indiquent qu'elles sont destinées aux enfants de Katherine. Quant à cette dernière, les policiers la découvrent sur le lit de la chambre, inconsciente. Contrairement aux craintes de Melissa, elle n'a pas tenté de se suicider ; elle a pris juste assez de médicaments pour tomber dans un profond sommeil.

La nouvelle du crime épouvante l'Australie tout entière. Personne, dans le pays, n'a de souvenir d'une sauvagerie pareille.
Les faits sont faciles à établir. La coupable ne cherche pas à nier. Mais ce sont les mobiles qui déroutent tout le monde. Pourquoi Katherine Knight a-t-elle infligé ce traitement atroce à sa victime, qui, d'après tous les témoignages, ne lui avait rien fait ?

D'autant qu'on apprend alors que c'était loin d'être la première fois. Ses anciens maris et compagnons viennent dire qu'ils avaient subi les pires traitements de sa part, sans avoir rien fait pour le mériter, eux non plus. Même le clochard se manifeste. Il raconte comme elle a voulu abandonner son bébé sur les rails et la jeune Melissa apprend, à cette occasion, que sa vie a failli se terminer bien tôt.

Pourtant, les experts psychiatriques qui l'examinent la jugent normale et son procès s'ouvre en novembre 2011, devant le tribunal de Sydney. On voit se succéder à la barre les témoins, qui décrivent l'extrême violence de l'accusée, y compris durant sa scolarité, puis on en arrive au point crucial : sa responsabilité mentale. Le docteur Lyons, psychiatre, est formel :

- L'accusée a une claire notion du bien et du mal. Elle ne présente pas de confusion mentale ni de dissociation de la personnalité. Elles est responsable pénalement.

L'avocat de Katherine Knight ne l'entend, bien sûr, pas ainsi.

- Pour vous il est normal qu'on soit violent dès l'école, qu'on abandonne son bébé sur une voie ferrée et, enfin, qu'on se livre à de telles horreurs sur le corps de sa victime ?

- C'est un comportement exceptionnel, mais qui n'entre dans aucune maladie précise.
- Il y a une force en elle, qui l'a obligée à commettre ces actes. Elle n'est pas responsable.
- C'est effectivement un cas limite, mais médicalement, elle est responsable...

On en restera là et, à l'issue des débats, les jurés reviennent avec un verdict de culpabilité, sans circonstances atténuantes.
Katherine Knight est condamnée à la prison à vie jusqu'à la fin de ses jours. C'est la première fois, en Australie, que cette peine, qui n'existe pas en France, est prononcée contre une femme.


FIN

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Sam 13 Mai - 0:03

LA CHIENNE DE BUCHENWALD


I
L n'est pas facile d'avoir 20 ans dans l'Allemagne de l'après Première Guerre mondiale, surtout quand on est issu d'une famille modeste. Et c'est bien le cas d'Ilse Köhler. Née en 1906, près de Dresde, elle fréquent l'école primaire, puis une école commerciale. En ces temps de dépression, de chômage et d'inflation galopante, elle survit comme elle peut. Elle travaille dans une librairie, puis comme secrétaire dactylo.

Heureusement, elle a un atout : sa beauté. C'est une flamboyante rousse aux yeux verts et elle se dit qu'un jour ou l'autre, elle pourra faire un mariage qui l'amènera plus haut dans la société. En attendant, elle s'intéresse à la politique. Elle est séduite par les idées d'Adolf Hitler et, en 1932, elle prend sa carte du Parti nazi.
C'est la politique qui va lui permettre de sortir de sa grisaille.
En 1934, au cours d'un meeting, elle rencontre Karl Koch, un fringant officier SS, de dix ans son aîné. Dus qu'elle le voit, dans son uniforme noir, elle est fascinée et décide que ce sera l'homme de sa vie. Elle fait en sorte de le revoir et sa beauté joue le ro^le qu'elle attendait. Ils entament une liaison, même s'il repousse le jour du mariage...

Malgré son aspect fringant, Karl Koch a eu une vie mouvementée. Nazi de la première heure, il participe, dans les années 1920, à des raids contre les organisations ouvrières. Sur le plan professionnel, il est comptable, mais l'honnêteté n'est pas sa qualité dominante et il est arrêté après plusieurs escroqueries. Condamné, il sort de prison en 1930 et s'engage dans la SS, peu regardante sur le passé de ses membres. Là, il monte rapidement en grade. Ses talents sont remarqués par Himmler en personne et c'est, pour lui, de début d'une brillante carrière, celle de commandant de camp.

Les caps de concentration sont alors récents. Le régime est en train d'en installer un peu partout en Allemagne pour ses ennemis politiques, les communistes principalement. En 1936, Karl Koch est nommé commandant de celui d'Esterwegen, en Basse-Saxe. Il s'y distingue par une violence extrême. Certains dimanches, il organise des "jeux sportifs". Il oblige des détenus pris au hasard à creuser des trous et d'autres déten
us à les enterrer, avec seule la tête qui dépasse. Alors, avec d'autres SS, il zigzague au volant d'un camion, jusqu'à ce que toutes les têtes soient écrasées.

Ilse n'assite pas à ces massacres, mais son compagnon lui en fait le récit et elle n'en est pas choquée, bien au contraire. En fait, elle n'attend qu'une chose, qu'il l'épouse et, en mai 1937, c'est le grand jour, le mariage avec Karl Koch, au milieu de tous les SS qui leur font cortège, dans un ensemble impressionnant. Le triomphe d'Ilse est d'autant plus complet que son mari reçoit, peu après, une prestigieuse promotion : en juillet, il devient le premier commandant du camp de Buchenwald, qui vient de s'ouvrir.

Le camp de Buchenwald, situé en Thuringe,près de Weimar, est installé au flanc d'une colline balayée par le vent. Il est entouré de barbelés électrifiés et de miradors. On y ente par une large porte de fer forgé, surmontée de la devise en allemand "A chacun son dû".

Le camp se présente, vu d'avion, comme un vaste ensemble de bâtiments alignés le long de larges avenues tirées au cordeau.
C'est une véritable ville avec ses rues, ses édifices en dur, ses usines, ses ateliers, ses cuisines, le four crématoire, la salle de désinfection et les douches. Présence dérisoire, au milieu de cette barbarie : près es cuisines, un arbre a été pieusement conservé, "le chêne de Goethe", sou lequel le poète venait s'abriter pour penser et écrire.


Après quelques années de fonctionnement, Karl Koch inaugure en grande pompe l'infirmerie, un quasi-hôpital avec une salle d'opération, un cabinet dentaire et des laboratoires. Le tout est placé sous l'autorité d'un mystérieux "Service de pathologie". Mais les prisonniers savent tout de suite que l'infirmerie n'a aucunement pour but de les soigner. On murmure que les médecins sont là pour pratiquer toutes sortes d'opérations sur la population du camp :émasculation, inoculation de maladies, expériences en tout genre. Il se dit aussi que l'infirmerie sert à éliminer certains détenus, par piqûre mortelle.
Les blocs d'habitation sont équipés de châlits à trois étages. Chacun d'entre eux possède une paillasse en papier remplie de paille, jamais changée. Ces châlits, sur lesquels les détenus sont empilés côte à côte, constituent le seul ameublement. Il n'y a ni table, ni escabeau. Très rapidement, les poux font leur apparition. Il n'y a pas de savon.

Vers 4 h chaque matin, le réveil se fait sous les hurlements. Comme dans tous les autres camps, les détenus sont soumis au cérémonial de l'appel deux fois par jour. C'est un calvaire, surtout quand les SS décident d'y ajouter des séances épuisantes de gymnastique.
Mais la spécialité et l'originalité de Buchenwald est le supplice du chevalet, qui a lieu à l'appel du soir. Il s'agit d'une sorte de tabouret, sur lequel le supplicié est attaché sur le ventre. Après quoi, il reçoit vingt-cinq coups de gourdin sur les reins. Il doit compter lui-même les coups et, s'il s'arrête, parce qu'il a perdu connaissance ou pour toute autre raison, on recommence depuis le début. Le supplice se fait en présence des autres détenus et les cris sont couverts par l'orchestre du camp. Le plus souvent le supplicié meurt sous les coups. Si, malgré tout, il survit, il reste gravement blessé et il est interdit à ses camarades de le soigner, sous peine de mort.

Enfin, après le début de la guerre germano-soviétique, Buchenwald devient un camp d'extermination. Les prisonniers russes y sont amenés, non pour être emprisonnés, mais pour être tués. Exactement comme avec les Juifs d'Auschwitz, à qui on dit qu'ils vont à la douche, alors qu'on les conduit à la chambre à gaz, la direction choisit d'employer la ruse. On les dirige vers un prétendu cabinet médical. On les fait se déshabiller entièrement et entrer dans une pièce. Après un pseudo-examen, ils sont déclarés en bonne santé et placés devant une toise pour être mesurés. Mais le mur est percé d'un trou à la hauteur de la nuque et un SS, derrière la cloison, abat l'arrivant d'une balle. Le corps est enlevé et le sol lavé à grande eau. Le système peut sembler artisanal, mais il est terriblement efficace : certains jours, on a tué jusqu'à cinq cents Russes.

Ilse Koch se plaît tout de suite dans cet univers. Son mari et elle habitent une luxueuse maison à l'extérieur du camp, meublée dans le style néo-gothique, selon les goûts de la bourgeoisie nazie. Elle est entourée d'un vaste jardin. Normalement, ce devrait être le seul cadre de son existence, les femmes des SS n'ayant pas le droit d'entrer dans le camp, interdit aux civils.
Qu'importe, Ilse passe outre ! D'autres épouses d'officiers ont exprimé leur compassion envers les prisonniers, pas elle. Au contraire, elle tient à voir ce qui s'y passe et même à participer.

La première fois, c'est le jour de Noël 1937. Deux prisonniers, qui ont tenté de s'évader, vont être pendus et elle veut assister à leur exécution. Elle a beaucoup bu, elle est ivre, comme cela lui arrive souvent. Quand l'ordre est donné et quand les deux hommes se balancent au bout de leur corde, elle bat des mains et crie "Bravo !"
Dès son arrivée à Buchenwald, elle a été prise d'une envie irrésistible : apprendre l'équitation. C'est qu'il n'y a pas de matérialisation plus éclatante de son élévation sociale. Monter à cheval, ce n'est pas une campagnarde des environs de Dresde, une petite sténodactylo qui pourrait le faire, c'est réservé à la caste des chefs, des seigneurs ! Elle demande à son mari de lui construire une écurie et un manège près de leur villa et elle suit les leçons avec acharnement.

Bientôt, elle franchit les grilles du camp sur sa jument Poupée. Et les détenus s'habituent à la silhouette de cette rousse aux yeux verts, la cravache à la main, portant la veste d'un tzigane assassiné et les bottes de fourrure d'un prêtre polonais torturé à mort. Ils la surnomment "la commandante", "la sorcière" ou "la chienne". Elle leur devient aussi familière que les officiers SS et elle leur inspire la même terreur.

Ilse Koch est partout à Buchenwald. Elle examine les prisonniers affectés à la carrière. Elle note les numéros des matricules de ceux qui ne portent pas des pierres assez lourdes à son gré et elle les transmet à son mari. Le soir même, ils passent sur le chevalet et elle assiste à leur supplice depuis un mirador.

L'un de ses plaisirs préférés est de se promener au milieu des détenus, dans une tenue provocante, en prenant des poses suggestives. Et malheur à l'homme qui ose la regarder ! Un jeune juif, avec l'étoile jaune sur la poitrine, a l'imprudence de le faire. Elle hurle :

- Espèce de cochon de juif, je vais t'apprendre à me regarder avec tes sales yeux de youpin !

Il mourra sur le chevalet... Un autre jour, elle fait battre à mort un jeune tzigane très beau, qui n'avait strictement rien fait, après lui avoir crié :

- Pourquoi ne travailles-tu pas, salaud ? Tu vas en avoir plein le cul !

Plus tard, elle surprend un détenu ramassant des épluchures de pommes de terre. Elle demande qu'on sorte les chiens. Ils sont dressés à mordre ceux qui portent un pyjama rayé. Ils sont lâchés et l'homme n'est bientôt plus qu'une plaie. Dans l'affrontement, un chien est blessé par un de ses congénères. Ilse Koch le fait panser, mais l'homme est abandonné par terre, en sang.
Il est transporté le soir à l'infirmerie, où sa mort est constatée.

Elle va plus loin encore. Un jour, elle se met en tête d'avoir des abat-jour faits de peau humaine. Elle ordonne qu'on réunisse tous les prisonniers juifs et qu'ils se déshabillent jusqu'à la ceinture. Puis, elle se promène entre les rangées, sur son cheval, examinant ceux qui ont un tatouage. Lorsqu'elle en voit un qui lui plaît, elle touche l'homme de sa cravache. Immédiatement, les gardes entraînent le prisonnier vers l'infirmerie où les docteurs SS le tuent, lui enlèvent le tatouage, puis tannent la peau. Elle aura ainsi de quoi fabriquer trois abat-jour. Par la suite, elle utilisera aussi des pouces humains momifiés comme interrupteurs électriques dans sa maison.

Le plus terrible avec "la chienne", c'est qu'elle est imprévisible. On ne sait que faire avec elle. Les détenus la fuient comme la peste, car la rencontrer, c'est risquer la mort. Un jour qu'elle se promène à cheval, en compagnie de deux SS à cheval eux aussi, elle perd un gant. Un prisonnier français s'en aperçoit et s'interroge avec angoisse sur ce qu'il doit faire. S'il ne le ramasse pas, elle risque d'être furieuse et de l'envoyer à la mort, mais s'il le ramasse, elle peut être tout aussi furieuse de cette familiarité. Il décide de le ramasser et le lui tend. Elle lui décoche un coup de pied au visage. Il est projeté sur un SS, qui lui donne un coup à son tour et il s'écroule assommé. Plus tard, il sera amené à l'infirmerie sur une civière et exécuté d'une piqûre mortelle.

Une autre fois, trois détenus en service commandé passent devant elle. Elle les interpelle. Deux d'entre eux s'enfuient, mais le troisième se présente au garde-à-vous, la casquette à la main, comme le veut le règlement. Elle lui crache au visage :

- Je ne t'ai pas appelé, espèce de tire-au-flanc. Je vais te coller un rapport au cul !

Lorsqu'il retrouve ses camarades, il pleure. Il leur demande, s'ils s'en sortent, d'aller voir sa femme et ses enfants. Le lendemain, au réveil, il ne part pas à l'appel avec les autres. Les gardes lui disent de les suivre. On ne le reverra jamais.

Si Ilse Koch ne se soucie que de satisfaire ses instincts sadiques, son mari a des préoccupations plus matérielles. On ne change pas aussi facilement de naturel. Malgré les responsabilités qui sont les siennes, Karl Koch est resté le comptable véreux, condamné pour escroquerie.

Un camp de concentration n'est pas seulement une machine de mort, c'est aussi un collecteur de fonds considérable. Il y a l'argent et les valeurs des détenus, qui leur sont pris à leur arrivée, il y a aussi le budget de fonctionnement. Tout cela passe entre ses mains et il ne résiste pas longtemps à la tentation. Il se met à falsifier les écritures et à détourner de grosses sommes à son profit.

Ce qu'il ignore, c'est que la SS dispose d'un organisme chargé de contrôler la gestion des camps et il ne tarde pas à devenir suspect. Dans un premier temps, il n'est pas accusé, mais mis à la tête d'un autre camp, celui de Majdanek, en Pologne. En son absence, les écritures pourront être examinées de plus près.

Nous sommes alors en septembre 1941. Ilse Koch ne suit pas son mari, elle reste à Buchenwald. Cette nouvelle situation ne semble pas trop l'affecter. Elle continue à parcourir le camp à cheval et à répandre la mort autour d'elle. Elle devient également la maîtresse du docteur Owen, chef du service de pathologie, le responsable des expériences médicales sur les détenus et d'Hermann Florstedt, le commandant adjoint.

Tout cela cesse brutalement, le 24 août 1943. Ilse Koch est arrêtée, conjointement avec son mari, en Pologne. Tous deux sont emprisonnés, en attendant d'être jugés. L'enquête aboutit, en septembre 1944, à leur inculpation pour détournement de fonds, faux et usage de faux et destruction de documents officiels.

Le procès ne dure que trois jours. Ilse Koch dira plus tard à ce sujet : "Devant les juges SS, j'ai fait de jolis sourires et j'ai menti. Je m'en suis tirée. Je ne suis pas encore trop mal fichue et il suffit de mentir avec assurance." Mais si elle s'en est sortie sans dommage, c'est peut-être moins à cause de son charme que parce qu'elle n'était pas vraiment coupable de ces chefs d'accusation. Qu'elle ait profité de l'enrichissement du couple, c'est certain, qu'elle ait appris certaines choses et qu'elle n'ait rien dit, c'est probable. Mais le vol n'était pas ce qui l'intéressait. Ce qui la fascinait, à Buchenwald, c'était le spectacle de la déchéance humaine et le pouvoir de vie et de mort qui lui était accordé.

Quoi qu'il en soit, à l'issue des débats, elle est acquittée et son mari est condamné à mort. Tandis qu'elle va se réfugier dans sa famille, Karl Koch est fusillé, sur les lieux mêmes de ses fautes, à Buchenwald, le 5 avril 1945, une semaine avant la libération du camp.

Quand les Américains arrivent, le 11 avril, c'est le même horrible spectacle qu'au sein des autres camps d'extermination : les déportés squelettiques et hagards, les monceaux de cadavres qu'il faut évacuer au bulldozer. On estime que, depuis sa création, Buchenwald a accueilli 250 000 prisonniers et que 57 000 y sont morts. Parmi les rescapés délivrés par les soldats, de nombreuses personnalités de la Résistance française et des noms célèbre : l'industriel Marcel Dassault, l'écrivain et scénariste Jorge Semprun, le prix Nobel de la paix Elie Wiesel.
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MessageSujet: : LE MAL AU FEMININ   Sam 13 Mai - 20:28

Pour Ilse Koch, l'heure de la vraie comparution devant la justice est venue. Elle est arrêtée dans sa famille, à Ludwigsburg, le 30 juin 1945. Elle est incarcérée et, le 11 avril 1947, elle est traduite devant un tribunal militaire américain, à Dachau, en compagnie de 31 criminels nazis de Buchenwald.

Même si elle n'a pas commis de meurtres de ses mains, la "chienne de Buchenwald" est l'accusée qui suscite le plus grand sentiment d'horreur dans le public. Elle est l'incarnation même de la perversité et du mal. L'acte d'accusation le dit clairement : "Avide de puissance et dépourvue de sentiments, elle excitait la brutalité des SS et assistait aux séances de torture." Et puis surtout, il y a ces pièces à conviction dans le prétoire, ces trois abat-jour en peaux humaines, qu'elle a choisies elle-même, en envoyant trois malheureux à la mort.

Ici, plus question de jolis sourires ni de mensonges faits avec assurance. Le défilé des survivants du camp est accablant et le rapport des experts confirme la nature humaine des pièces à conviction. A l'issue d'une rapide délibération, Ilse Koch est condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité.

Les choses pourraient en rester là, mais la politique s'en mêle. Deux ans seulement plus tard, elle est libérée par le gouverneur militaire américain, le général Lucius Clay. Il faut dire qu'en deux ans beaucoup de choses ont changé. C'est la guerre froide entre l'Est et l'Ouest, et la guerre tout court, en Corée.
L'ennemi, maintenant, pour les Américains, ce ne sont plus les nazis, ce sont les soviétiques. Le général déclare froidement au xjournalistes :

- Les faits reprochés à Ilse Koch ne méritaient pas une si lourde peine.

Mais malgré toute son assurance, le scandale est énorme dans le monde entier. (Le général Clay tentera maladroitement de se justifier plus tard, en expliquant qu'il avait cru que les peaux humaines tannées étaient des peaux de chèvre). Il est décidé qu'il y aura un nouveau procès et c'est l'Allemagne qui obtient de l'organiser, tant parce que beaucoup de victimes de Buchenwald étaient allemandes, que pour prouver que le pays rejette les horreurs nazies.

La "chienne de Buchenwald" passe pour la troisième fois devant les juges, à Augsbourg, en Bavière, au mois de novembre 1950. Elle n'émeut pas. Elle déclare dédaigneusement avant le procès :

- De toute manière, les Américains me libéreront !

Au cours des débats, elle nie tout. Les experts viennent confirmer que les abat-jour sont faits de peau humaine, ce qui ne lui arrache qu'un haussement d'épaules. Le défilé des 243 témoins ne l'impressionne pas davantage. Elle proclame que "les anciens déportés ont une imagination dégoûtante" et qu'ils se répandent en calomnies contre elle, qui est "la femme la plus normale et la mère la plus digne". Ce n'est pas cette attitude qui peut changer quoi que ce soit et, le 15 janvier 1951, elle est condamnée de nouveau à la réclusion à perpétuité.

Cette fois, c'est bien fini. Et ça l'est même tout à fait, lorsque le 1er septembre 1967, une surveillante de la prison pour femmes d'Aichach, la découvre pendue avec ses draps, dans sa cellule...
Ilse Koch n'a pas laissé de mot pour expliquer son acte et on n'en saura pas la raison précise. Une chose est certaine, en tout cas : ce n'était pas le remords.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Sam 13 Mai - 22:21

DEBAUCHES IMPERIALES

Messaline n'en mène pas large en ce beau jour de l'année 48 apr. J.-C. Il y a quelques instants, un officier de la garde prétorienne, les soldats personnels de l'empereur, est venu la trouver et lui a dit laconiquement :

- César désire te voir.

Et maintenant, elle le suit, en direction de ses appartements privés... Messaline à 13 ans, mais c'est déjà une femme : ses formes sont nettement perceptibles sous les plis de son drapé. Elle a un visage adorable, avec des cheveux blonds lumineux, un nez retroussé, qui lui donne quelque choses d'enjôleur et des lèvres qui indiquent déjà la sensualité...
Elle n'a connu que des satisfactions au cours de sa jeune existence. De très haute lignée, apparentée à Auguste, elle a été élevée par sa mère Lepida, dans l'idée de faire un jour un prestigieux mariage. En attendant, il faut faire preuve de prudence, car le maître actuel de Rome, Caligula, est un fou sanguinaire.

Caligula : on ne peut pas prononcer son nom sans trembler, Caligula dont la dépravation n'a d'égale que la cruauté ; Caligula, qui vit en couple avec sa soeur Drusilla et qui a nommé consul son cheval Incitatus. Il n'y a pas de jour où il n'envoie une victime au bourreau, comme cela, sans raison, parce que le malheureux ou la malheureuse a partagé sa table au banquet ou l'a croisé dans une salle du palais. Face à lui, une seule conduite possible : se faire tout petit, se faire oublier. Et voilà que toute cette prudence n'a servi à rien ! Caligula veut la voir. Pour quelle raison ? Qu'à-t-on dit contre elle et que va-t-il faire ?

L'officier s'écarte et la laisse entrer dans la chambre impériale. L'empereur est allongé sur un lit, avec sa soeur à moitié nue à ses côtés.

- Tu m'as demandée, César ?
- Oui. Approche, Messaline.

Il la contemple d'un regard intense, presque impossible à soutenir.

- Tu es en âge de te marier et j'ai trouvé celui qu'il te faut : mon oncle Claude. Qu'en penses-tu ?

Messaline est agitée par deux émotions contraires. Le soulagement, d'abord : ses craintes étaient vaines. Ce n'est pas pour la mettre à mort que Caligula l'a appelée, c'est pour la marier. Mais avec qui ! Elle est saisie d'un violent sentiment de dégoût. Claude a près de la cinquantaine, mais il en paraît plus encore. Il est accablé de problèmes physiques et mentaux. Il est pris par moments de rires incontrôlables, il bave, il a le nez qui coule, il bégaye, il a des tics au visage et il boite ! Mais il n'est évidemment pas question de refuser, si elle tient à la vie... Caligula la fixe avec plus d'intensité encore.

- Alors, Messaline, ta réponse ?
- Je suis comblée, César...

Le mariage a lieu sans tarder. En découvrant la beauté qui lui est offerte, Claude est éperdu de bonheur. Il tombe immédiatement amoureux fou de sa jeune épouse. Messaline sent qu'elle pourrait tout obtenir de lui, mais pour l'instant, elle n'a rien à lui demander. Ils font des enfants, deux en deux ans, une fille et un garçon, Octavie et Britannicus et ils veillent surtout à ne pas mécontenter le maître de Rome.

C'est trois ans seulement après leur mariage que le miracle se produit ! Caligula est assassiné par les soldats de sa garde et il a tellement multiplié les tueries dans sa propre famille, qu'il ne reste pratiquement plus que Claude pour lui succéder. Aussitôt après l'exécution, il est acclamé comme empereur par les soldats mutins.

Contre toute attente, ce mariage qui lui avait été imposé est, pour Messaline, le plus fabuleux qu'elle pouvait espérer. Elle est devenue impératrice et, à partir de ce moment, tout va changer !
Messaline change physiquement, d'abord. Elle n'a que 16 ans, mais elle n'a plus rien d'une adolescente. Ses deux maternités l'ont épanouie. Maintenant, c'est une femme et quelle femme !
Il y a longtemps que le palais n'avait pas abrité une telle beauté. Tous les hommes sont subjugués par elle, à commencer, bien sûr, par son époux.
Mais Messaline a changé tout autant dans son esprit. Du jour au lendemain, elle est devenue la femme la plus puissante de Rome et elle se sent prise d'une frénésie de pouvoir. Tout ce qu'elle désire, il le lui faut, tout ce qui la contrarie doit être éliminé ! Et, pour cela, elle connaît le moyen : elle n'a qu'à demander à son impérial mari, qui bave devant elle, au propre comme au figuré...

Depuis son enfance, elle est fascinée par les jardins de Lucullus, les plus beaux de Rome, sur la colline du Pincio, au nord de la ville. Elle se souvient d'y avoir été invitée avec sa mère par son heureux propriétaire, le consul Valerius.

Claude, qui a beaucoup d'estime pour lui, lui a confié plusieurs légions, en vue de l'invasion de la Bretagne, la Grande-Bretagne actuelle, qu'il s'apprête à conquérir... Mais Valerius n'ira jamais en Bretagne. Messaline l'accuse de complot auprès de son mari. Il a projeté, assure-t-elle, de se servir des ses légions pour faire un coup d'Etat. Claude n'en croit vraisemblablement rien, mais comment résister à ce regard, à ce que disent ces lèvres ? Il le convoque pour qu'il s'explique. Messaline a tenu à être présente. En entendant cette accusation, Valerius comprend tout de suite la vérité. Il sait qu'il est perdu et ne cherche pas à se défendre.

- Ma loyauté envers toi est totale, César, et tu le sais parfaitement. Malheureusement pour moi, j'ai des jardins qui plaisent à l'impératrice.

Il s'ensuit une scène où Claude manifeste le plus grand embarras. Il bégaye et multiplie les tics plus encore qu'à l'ordinaire, mais à la fin, il déclare Valerius coupable... Messaline prend alors la parole, avec un sourire aimable.

- Je suis d'avis que nous t'accordions une faveur, Valerius : tu peux choisir ta mort.

Valerius se suicide le soir même et ordonne qu'on brûle son corps dans ses jardins, qui deviendront dès lors le lieu de promenade favori de Messaline...

Les femmes ont tout autant à craindre d'elle. Malheur, en particulier, à celles à qui l'empereur fait les yeux doux ! Peu après son accession au pouvoir, Claude fait revenir de l'exil où les avait envoyées Caligula, Agrippine et sa soeur Julia Livilla.
Cette dernière est une jeune beauté et Messaline remarque que son mari lui adresse souvent des galanteries et des compliments.
Alors, elle passe à l'action. Et elle décide d'en profiter pour se débarrasser de Sénèque, l'écrivain et penseur stoïcien, qui ne l'aime pas et qui ne se gêne pas pour le dire.

- Sais-tu, divin César, que Julia Livilla trompe son mari avec Sénèque ? Tu ne peux pas tolérer une pareille inconduite.
- J'ai du mal à te croire.
- Je les ai vus. Diras-tu que c'est faux ?
- Non, bien sûr...


Claude ne pouvant rien refuser à son épouse, les amants supposés sont donc tous les deux bannis et Messaline veille à ce que Julia soit assassinée lors de son exil. Par la suite, elle tente de séduire son mari, Marcus Vinicius. Comme il lui résiste, elle le fait assassiner à son tour.
Ce ne sont là que quelques-uns de ses crimes, mais en 43, se produit une cassure dans le règne de Claude ; il part avec son armée conquérir la Bretagne. Il réussira brillamment, car, sous ses dehors peu flatteurs, c'est un bon chef d'Etat et un bon chef de guerre. Mais cela, Messaline s'en moque, ce qu'elle voit c'est que son mari n'est plus là et qu'elle peut satisfaire son autre passion, tout aussi impérieuse que celle du pouvoir : l'amour physique.
Car les rapports sexuels sont une nécessité absolue pour elle, elle en a besoin quasi permanent. Il s'agit certainement d'un état maladif, de ce que nous appelons aujourd'hui hypersexualité ou nymphomanie et dont nous connaissons aussi mal les causes que les remèdes. Mais ce qui est seulement un comportement dérangeant chez une femme ordinaire va donner lieu, s'agissant d'une impératrice dont le mari est loin et qui peut tout faire impunément, à ses scènes sans précédent.
Il faut à Messaline un homme différent par jour, plusieurs si possible. Une fois, elle va plus loin encore. Elle envoie chercher la prostituée la plus réputée de Rome, Scylla, et lui propose un concours : celle qui aura le plus de rapports intimes avec des hommes du crépuscule à l'aube l'emportera. L'acteur Mnester, qui est son amant et son confident, assistera à ces ébats et fera l'arbitre. Schylla accepte de bonne grâce, d'autant qu'elle sera payée à prix d'or.
Lorsque paraît l'aurore, Mnester proclame le verdict : il n'y a pas de gagante, chacune d'elles a eu des rapports avec vingt-cinq hommes. Et, tandis que Scylla s'en va avec la petite fortune qu'elle a gagnée, Messaline, pas encore rassasiée, continue toute la matinée avec d'autres hommes.

Certaines nuits, elle éprouve le besoin de se livrer à la prostitution en ville. Elle se rend incognito dans la rue principale de Subure, le quartier le plus malfamé de la capitale. Là, le long d'une voie que chacun surnomme "la rue aux putains", se trouvent de petites cabanes fermées par un rideau où les filles tout ce qu'il y a d'ordinaire se donnent pour quelques pièces à leurs clients du peuple. L'impératrice se substitue à l'une d'elles et reçoit à sa place les assauts des hommes.
Et, non contente de se livrer à la débauche, Messaline entend y faire participer la cour. Elle oblige des femmes de notables à tromper leur mari sous le regard de celui-ci. Celles et ceux qui acceptent sont couverts d'or, les autres encourent sa disgrâce et, parfois, sont exécutés.

Claude finit par rentrer de Bretagne, une fois sa conquête achevée... Il avait laissé à Rome son plus fidèle conseiller, Narcisse, qui le met au courant des débauches auxquelles s'est livrée l'impératrice en son absence. Mais il ne s'en émeut pas.


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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Sam 13 Mai - 23:52

- N'ai-je pas, de mon côté, des maîtresses ? Il est normal que Messaline s'amuse, elle aussi.

Il ouvre les bras à sa femme, plus que jamais décidé à tout faire pour la satisfaire. Après ses succès militaires, il se consacre au grand projet civil qu'il a en tête : agrandir Ostie, le port de Rome à l'embouchure du Tibre, pour le rendre digne de la capitale.
Messaline ne se soucie pas d'Ostie. Il lui arrive quelque chose d'extraordinaire : elle est amoureuse ! Elle avait ainsi entendu dire qu'un consul nouvellement nommé, Caius Silius, était le plus bel homme qu'on ait vu à Rome, elle l'a fait venir et ce fut immédiatement un véritable coup de foudre.
C'est première fois. Bien sûr, Caius Silius est beau comme un Apollon, beau comme un dieu, mais il ne s'agit pas uniquement de désir. Messaline éprouve le besoin qu'il soit tout le temps à ses côtés, qu'il partage sa vie. Ils deviennent amants. Peut-être le jeune homme a-t-il aussi été touché par les mêmes sentiments ; de toute manière, il ne pouvait pas refuser...
Caius Silius est marié à Julia Silana, une beauté elle aussi. Messaline le convainc de divorcer et, quand il est libre, elle lui fait cette proposition incroyable :

- Marions-nous !

Le jeune homme reste interdit.

- Non impossible ! Tu es mariée avec Claude, tu ne peux pas être bigame.
- Ne t'inquiète pas pour Claude, je m'en charge...

Alors, pourquoi une idée aussi insensée lui est-elle venue ? L'historien Tacite y voit le summum de la dépravation. Il écrit : "Elle voulait absolument être la femme de Caius Silius, parce que c'était scandaleux... Le mot de mariage éveilla ses désirs, à cause de l'énormité du scandale qui, lorsqu'on a tout gaspillé, est une ultime jouissance." C'et possible, mais c'était peut-être aussi simplement inspiré par la passion, une folle passion, qui pouvait la conduire à la mort...

En tout cas, elle court immédiatement trouver son mari. Comme chaque fois qu'il la voit, il arbore un sourire radieux. Il est au courant, comme tout le monde, de sa liaison avec Caius Silius, mais ce n'est pas cela qui peut altérer sa bonne humeur. Ainsi qu'il l'a dit à Narcisse, il a des maîtresses, il est normal qu'elle ait des amants... Pourtant Messaline affiche un air soucieux.

- Une devineresse m'a palé tout à l'heure, César, une devineresse en qui j'ai toute confiance.
- Que t'a-t-elle dit ? Est-ce grave ?
- Oui, César. Elle m'a dit exactement : "Le mari de Messaline va mourir."

Claude croit sa femme et il croit aux prédictions. Il est soudain en proie à une vive agitation.

- Mais c'est moi, le mari de Messaline !
- Pas forcément...
- Je ne te comprends pas.
- Je n'ai cessé d'y penser. Tu n'as qu'à me répudier. J'épouse un malheureux, sur qui tombera le sort et, dès qu'il sera mort, nous nous remarierons.

Claude est fou de joie. Il prend sa femme dans ses bras, il la couvre de baisers et, avec un de ses rires interminables qu'il ne peut contrôler, il signe l'acte de répudiation. Après quoi, il part pour Ostie où il doit rester un moment, pour surveiller les travaux.

La noce a lieu, alors que Claude est à Ostie. Messaline épouse Caius Silius, lors d'une fastueuse cérémonie, suivie d'un banquet dans les jardins de Lucullus, devenus les jardins de l'impératrice. Le vin coule à flots et Messaline entraîne ses invités dans une danse. A ses côtés, se trouve Caius Silius, couronné de lierre. Après la danse, commencent des scènes de débauche, auxquelles se joignent les nouveaux époux...

Un homme assiste, sans y participer, à cette bacchanale, c'est Narcisse, le conseiller de l'empereur. Il a tenu à être présent à la cérémonie et il ne peut cacher son inquiétude. Il est au courant de cette histoire de présage, mais il n'y croit pas. Il est persuadé, au contraire, qu'il s'agit d'une tentative de coup d'Etat.
Maintenant qu'il est le mari de Messaline, Caius Silius a tous les atouts pour s'emparer du pouvoir. D'ailleurs, il a pu remarquer que les courtisans s'empressaient auprès de lui. Certains, sous l'effet de l'ivresse, ont été jusqu'à l'appeler "César".

Narcisse en sait assez. Et il sait aussi ce qu'il doit faire. Il va immédiatement trouver Claude à Ostie.

- Salut, César ! Je viens d'assister aux noces de ta femme et de ton successeur.
- De quoi parles-tu ?
- Tu le sais très bien : du mariage de l'impératrice et de Caius Silius.
- Tu te trompes, Narcisse. Je connais Messaline, c'est pour me sauver la vie qu'elle a fait cela. D'ailleurs, c'est moi qui en ai eu l'idée.
- N'est-ce pas plutôt elle ?

Et Narcisse insiste. Le mariage a été célébré devant toute la ville. C'est une insulte sans précédent faite à l'empereur. S'il ne réagit pas immédiatement, il est totalement discrédité aux yeux de l'opinion. Caius Silius et Messaline le feront assassiné et règneront, en attendant de transmettre le pouvoir à Britannicus... Narcisse sait se montrer convaincant : Claude décide de rentrer immédiatement à Rome.

Un peu plus tard, dans les jardins de Lucullus, un convive aviné grimpe sur un arbre et pousse un cri. On lui demande ce qu'il voit et il répond :

- Je vois un ouragan venu d'Ostie !

Ces paroles dégrisent l'assistance. La nouvelle du retour de l'empereur se propage dans la noce, provoquant le sauve-qui-peut général... Messaline est, bien sûr, effrayée par cet événement qu'elle n'attendait pas, mais elle refuse de baisser les bras. Elle est confiante dans son pouvoir sur Claude et elle est certaine de retourner la situation en sa faveur. Elle dit à Caius de l'attendre, saute sur un char et va au devant de son ex-époux, sur la route d'Ostie.
Elle arrive juste à temps et se met au milieu de la route. Claude la voit, il voudrait s'arrêter, Narcisse l'en dissuade.

- Il est trop tard, César.

Claude a un regard vers elle, mais il ne fait pas d'objection, il poursuit son chemin, la laissant là, interdite... A partir de ce moment, il n'aura plus de réaction. Il est comme endormi, anesthésié. Rentré au palais, il signe comme un automate les arrêts de mort de Messaline, Caius Silius et Mnester, puis il s'enferme dans la salle du trône et ne veut plus voir personne.

Narcisse ne perd pas de temps. Il sait très bien l'emprise que l'impératrice a sur Claude. Ce dernier peut à tout instant changer d'avis. Il envoie des prétoriens dans les jardins de Lucullus pour trouver Messaline.
Messaline s'y trouve, effectivement, avec sa mère Lepida, au milieu des restes de la noce, qui est la cause de sa perte. Ces décors de fêtes, devenus dérisoires, donnent un aspect plus tragique encore à la situation. Elle regarde de tous côtés, attendant un secours qui ne vient pas. Elle cherche des yeux Caius Silius, mais il n'est pas là ; peut-être est-il déjà mort. Lepida lui tend un poignard.

- Plonge-le dans ton sein !

Messaline regarde l'arme sans réagir.

- On va venir te tuer.Mets fin toi-même à tes jours. Il y va de ton honneur !

Mais Messaline ne bouge pas. Elle n'a que faire de l'honneur, elle ne veut pas mourir. Elle a 23 ans !

Des pas crissent sur l'allée. Un officier approche, avec un détachement de soldats et la suite va très vite. L'officier lève son glaive et, d'un seul coup, décapite la jeune femme, dont la tête roule aux pieds de sa mère.

Celui qui l'avait tant aimée a manifesté jusqu'au bout la même hébétude, la même absence d'émotion. Tacite écrit : "On annonça à Claude, tandis qu'il dînait, que Messaline était morte, sans préciser si c'était de sa propre main ou de celle d'un autre. Il ne le demanda pas ; il réclama une autre coupe de vin et poursuivit son repas comme d'habitude."

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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Dim 14 Mai - 15:57

LA FEMME AUX SEINS COUPËS

Le capitaine de cavalerie Pierre Morris voulait un fils. Malheureusement pour lui, c'est d'une fille qu'accouche sa femme, le 18 avril 1893, dans leur bel appartement de la rue des Saints-Pères à Paris. Elle reçoit le prénom de Violette, mais dès le début de son existence, elle justifie bien mal ce nom bucolique et parfumé. C'est un vrai garçon manqué ; elle ne rêve que de plaies et de bosses, elle a les poupées en horreur et réclame des soldats de plomb.

A 9 ans,on la met au couvent de l'Assomption, à Huy, en Belgique. Les soeurs qui dirigent cette institution sont en majorité d'origine anglaise et pratiquent une éducation en contradiction avec ce qui se fait habituellement : au lieu de nier l'importance du corps, instrument de péché, elles encouragent les dons physiques de leurs élèves. Comme en Angleterre, le basket-ball et la course à pied ont autant d'importance que le calcul ou la grammaire.
Violette Morris est de celles qui attirent leur attention, mais pas pour ses capacités physiques, bien au contraire : elle est particulièrement faible, elle est même chétive. Pourtant, l'un des professeurs, Miss Eliss, peut-être parce qu'elle perçoit ses possibilités cachées, ne l'entend pas ainsi. Elle lui dit cette chose incroyable :

- Je veux que tu fasses de la compétition !

La fillette tombe des nues.

- Vous vous moquez de moi !
- Pas du tout. A partir de maintenant, tu vas t'entraîner quotidiennement et on verra bien les résultats.

Violette est volontaire, elle accepte de se soumettre à un régime très dur et les progrès sont fulgurants, elle devient la meilleure gymnaste de tout le collège, à tel point que Miss Eliss l'inscrit à des compétitions de natation et d'athlétisme en Angleterre.
A 15 ans, Violette Morris mesure 1,60 m, pour 70 kg. Elle a les cheveux noirs coupés courts, au niveau de la nuque et elle est dotée d'une forte poitrine. Elle est robuste du haut et fine du bas. Elle n'aime pas ce corps qu'elle juge disgracieux, notamment ses seins. Elle refuse tout ce qui rappelle la féminité.

Son état d'esprit n'a effectivement pas changé : plus que jamais, elle est un garçon manqué. Son père voulait un fils, il ne l'a pas biologiquement, mais pour ce qui est du caractère, Violette est plus virile que bien des hommes. Elel ne craint rien, elle n'a peur de personne. Elle rejette avec violence les conventions sociales de ce XXe siècle commençant, qui cantonnent la femme aux enfants et aux tâches ménagères. Elle vuet mener sa vie comme elle l'entend. D'ailleurs, elle a choisi une devise qui veut tout dire :"Ce qu'un homme fait, Violette peut le faire !"

Elle ne tarde pas à devenir un espoir du sport français et, effectivement, elle n'hésite pas à se mesurer aux hommes.
En 1913, elle est la seule femme à participer au championnat de France de nage de fond et elle se classe 5e, après avoir parcouru 8 km. A 16 ans et demi, elle commence la pratique de la boxe, une chose totalement invraisemblable à son époque et elle se frotte à des adversaires masculins aussi renommés que les Américains Franz Klauss et Billy Papke. Elle pratique également la lutte gréco-romaine et le water-polo !

Mais si Violette Morris ne craint aucun homme, il en est un devant lequel elle doit céder : son père. Lorsqu'elle a 20 ans, Pierre Morris lui dit :

- Je veux que tu te maries !

Elle se rebelle.

- Il n'en est pas question !
- Tu n'aimes pas les hommes : c'est cela ?

Violette n'hésite pas. Elle a déjà eu plusieurs aventures homosexuelles, même si elle en a eu aussi avec des garçons.
Elle ose répliquer :

- Oui, c'est cela !
- Tu te marieras quand même. Je ne veux pas être le père d'une vieille fille...

Violette Morris essaie de discuter encore, mais elle doit s'incliner. Elle laisse son père choisir l'élu, car, de son côté, elle s'en moque. Il s'agit de Cyprien Gouraud, fils d'un fabricant de papier, de six ans son aîné, qu'elle a déjà vu à la maison et qui li a fait un début de cour. Elle l'épouse en août 1914. Sa vie conjugale ne dure pas longtemps. C'est le début de la guerre et son mari est mobilisé trois jours après le mariage.


Elle se retrouve seule, mais elle n'est pas du genre à se prélasser au foyer. Fidèle à sa devise "Ce qu'un homme fait, Violette peut le faire", elle s'engage. Elle n'a pas le droit d'aller dans les tranchées et de tenir un fusil, mais elle s'expose dans les postes presque aussi dangereux. Elle est ambulancière sur le front de Champagne, puis estafette, cycliste à Verdun. Elle finit par contracter une pleurésie, elle est évacuée, puis démobilisée. Elle termine le conflit couverte de gloire, décorée et réconciliée avec son militaire de père.

La fin de la guerre marque par ailleurs le développent des activités sportives, y compris féminines. Alice Milliat fonde la Fédération sportive féminine de France et Violette Morris devient une sportive de haut niveau. Elle excelle aussi bien dans les sports individuels que dans les sports collectifs où ses talents de meneuse de femmes font merveille. Elle est championne de France du lancer du poids et du javelot, championne de France de football au poste d'avant-centre. Mais sa plus grande victoire est de réussir à s'imposer face aux hommes en automobile, discipline où elle est à égalité avec eux. Elle devient un véritable as du volant, elle est vainqueur du Bol d'Or, du Grand Prix de San-Sébastian et, deux fois, du rallye Paris-Pyrénées-Paris. En outre, elle fait du tennis, discipline qui est également sa source de revenus par les cours qu'elle dispense.

Voilà pour ses exploits sportifs, mais Violette Morris est bien autre chose. Elle devient une personnalité du Tout-Paris. Elle participe ardemment à l'émancipation féminine, à laquelle on assiste à cette époque. Plus que jamais, elle se comporte comme un homme. Elle fume deux paquets de cigarettes par jour, carbure au vin rouge et jure comme un charretier. Elle s'habille en chemise, costume, cravate et fréquent les cabarets lesbiens.
Car, si elle a, de temps en temps, une aventure masculine, elle est principalement homosexuelle. Elle drague les filles dans les vestiaires. Dans la foulée, elle divorce.

L'année 1928 est capitale pour elle : c'est celle des jeux Olympiques d'Amsterdam, dont les épreuves seront, pour la première fois, ouvertes aux femmes. Elle s'y prépare avec acharnement, mais c'est alors qu'éclate un coup de tonnerre : la Fédération française sportive féminine refuse de renouveler sa licence, pour cause d'atteintes aux bonnes moeurs. Pour elle, c'est une catastrophe. Cela signifie non seulement d'être privée des Jeux, mais aussi la fin de sa carrière sportive.

Par réaction, puisque plus rien ne la retient, pour affirmer son refus de demeurer une femme, "de ne plus ressembler à une femelle", selon son expression, elle se fait faire une double ablation des seins dans une clinique de la Garenne-Colombes. Le médecin tente bien de la dissuader :

- Madame, votre poitrine est magnifique. Ce serait un crime de faire une chose pareille !


Mais on ne va pas contre la volonté de Violette et elle ressort de l'établissement aussi plate qu'un homme...
Comme il faut bien vivre, elle se lance dans le commerce. Pas n'importe lequel : elle ouvre un magasin d'accessoires pour automobiles et vélos "Spécialités Violette Morris", porte de Champerret. Elle compte sur sa notoriété pour faire venir la clientèle...
Elle n'est pas de nature à laisser passer sans réagir par ailleurs l'affront qui lui a été fait. Elle porte plainte contre la Fédération française sportive féminine, pour décision abusive. Le procès, qui a lieu en février 1930, attire le Tout-Paris et fait les titres des journaux, qui e surnomment "le procès du pantalon".
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Dim 14 Mai - 17:09

Le public ne va pas être déçu. L'avocat de la Fédération plaide qu'il est interdit aux femmes de "porter culotte dans la rue" en invoquant... une ordonnance du préfet de police de Paris du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800) ! Il ne vient pas à l'idée des juges qu'en plus d'un siècle la situation a pu évoluer et le tribunal déboute Violette Morris. Il estime, dans ses attendus, que, s'il n'est pas de son ressort de s'occuper de la façon dont les femmes doivent se vêtir, le fait de porter un pantalon n'étant pas d'un usage admit pour les femmes, la Fédération avait le droit de raider la plaignante.
Cette dernière, comme on peut le penser, est furieuse. Dans une interview à un journaliste, donnée juste après le procès et censurée, "la Morris", comme on l'appelle parfois, se défend dans le langage cru qui la caractérise. Elle commence par révéler quelques aventures amoureuses des "salopes" et autres "pétasses" de la Fédération, après quoi, elle poursuit :

"Et on vient dire, la bouche en cul de poule ; mais elle s'habille en homme, mais elle se balade à poil dans les vestiaires, comme si ce n'était pas justement réservé à ça, mais elle dévergonde nos filles ! Tout ça parce qu'un jour j'ai roulé un patin à une môme qui me collait au train ! Elle se disait amoureuse de moi, ça arrive, figure-toi, ces choses-là. Mais je n'ai jamais débauché personne de force."

Dans ces propos, Violette Morris se montre telle qu'on l'a toujours connue jusque-là : truculente, insolent, inconvenante. Seulement, elle ne s'en tient pas là. Elle ajoute :


"Nous vivons dans un pays pourri par le fric et les scandales, gouverné par des phraseurs, des magouilleurs et des trouillards. Ce pays de petites gens n'est pas digne de ses aînés, pas digne de survivre. Un jour, sa décadence l'amènera au rang d'esclaves, mais moi, je ne ferai pas partie des esclaves.
Crois-moi, ce n'est pas dans mon tempérament !"


Et là, on entre dans un tout autre registre : il y a les faibles, les inférieurs, et les seigneurs qui ont tous les droits sur eux.
Vilette dévoile la seconde face de sa personnalité : noire, violente, dangereuse et, malheureusement, c'est cette dernière qui va l'emporter..
.

Comme un malheur n'arrive jamais seul, son magasin de pièces détachées pour les automobiles et les vélos fait faillite. Le financer qui lui avait prêté des fonds est juif et elle le rend responsable de cet échec, ce qui renforce son antisémitisme latent.

Si les jeux Olympiques d'Amsterdam avaient été synonymes de cruelle défaite, ceux de Berlin en 1936 vont constituer,pour elle, une éclatante revanche ; ils vont même transformer sa vie. Elle y est conviée, en tant qu'invitée d'honneur, par les autorités allemandes et tout l'enchante dans le pays. A la différence de la France, en train de connaître l'agitation du Front populaire, un ordre impeccable y règne. Et, surtout, elle est enthousiasmée par la doctrine nazie, qui est un culte de la force, ce qui correspond en tous points à ses convictions personnelles.
Les Allemands le savent parfaitement. Ils ne l'ont pas invitée pour rien et, au cours d'une de ces réceptions officielles, elle est discrètement abordée par un officier. Il porte le fringant uniforme noir de la SS et s'exprime dans un français parfait.

- Comment vous sentez-vous en Allemagne, madame Morris ?
- Merveilleusement. Tout me plaît.
- On ne peut malheureusement pas en dire autant de la France ! Elle est en train de succomber à la racaille judéo-bolchévique...

L'officier continue à discuter avec elle et lorsqu'il constate qu'ils sont totalement en accord, il franchit le pas.

- Accepteriez-vous de travailler pour nous ?
- En quoi faisant ?
- En nous faisant parvenir des renseignements sur la ligne Maginot...

Violette Morris n'hésite pas : elle dit "oui". La patriote de la guerre 1914-1918, l'intrépide estafette de Verdun accepte de trahir son pays, au nom de l'idéologie. Elle a mis la main dans un engrenage et ne pourra plus la retirer... Grâce aux relations qu'elle a un peu partout, y compris dans l'armée, elle fait parvenir outre-Rhin des informations de réelle valeur. Ses correspondants la remercient et lui disent qu'il feront de nouveau appel à elle. Pourtant, à partir de là, ils ne se manifesteront plus.

Comme il lui faut gagner sa vie, Violette décide de se reconvertir dans le music-hall. Elle a un joli filet de voix, elle joue très bien du piano et elle connaît beaucoup de monde dans les milieux artistiques : Joséphine Baker, Jean Cocteau, Jean Marais.
Elle se produit dans diverses salles de spectacle et dans des concerts radiophoniques. Elle pousse la chansonnette ; l'une d'elles, Gisèle, fleur d'amour, connaît un certain succès. En même temps, elle change de domicile et s'installe sur la péniche La Mouette, ancrée quai de Seine, à Neuilly. Mais la réussite n'est pas vraiment au rendez-vous. Elle n'est plus à la mode ; elle a fait scandale il y a un temps, mais tout cela est du passé. Pourtant, elle va de nouveau se trouver à la une des journaux...

Au soir de Noël 1937, elle réveillonne avec des amis, dans un restaurant de Neuilly. Fait alors irruption un jeune homme d'une vingtaine d'années, Joseph Le Cam, alcoolique et sans emploi depuis qui'l a quitté la légion. Il tient des propos décousus et agressifs. Sans se démonter, Violette Morris, qui a toujours eu un excellent contact humain, l'invite à sa table et le réconforte avec quelques bonne paroles. Il repart, en apparence, apaisé.

Mais, le lendemain, il fait irruption dans la péniche de Violette. Elle se trouve en compagnie de sa voisine. Le Cam est ivre. Il tire un couteau de sa poche et menace la voisine. Violette Morris va chercher l'arme qu'elle possède, un pistolet automatique 7,65, et s'interpose. L'ancien légionnaire se jette sur elle. Elle tire à trois reprises, la première fois en l'air, les deux autres fois sur son agresseur, le tuant net. La police ouvre une enquête pour homicide volontaire, elle est même incarcérée quelques jours à la prison de la Petite-Roquette. Mais la légitime défense étant évidente, elle est relaxée.


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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Dim 14 Mai - 18:47

Les Allemands semblaient l'avoir oubliée, mais ils font leur réapparition en 1940, avec la défaite. Dès qu'ils occupent la capitale, ils prennent contact avec elle. Et pas à n'importe quel niveau ! Violette Morris se retrouve dans les luxueux bureaux de Karl Oberg, "chef supérieur de la SS et de la police en France", que la Résistance surnommera "le boucher de Paris". Il vient de rendre obligatoire le port de l'étoile jaune pour les juifs et s'occupe de planifier les déportations.

- Chère madame Morris ! Nous avons apprécié au plus haut point les services que vous nous avez rendus. Vous êtes une femme remarquable !
- Je ne demande qu'à continuer...
- J'en étais certain. Et l'action ne vous fait pas peur ?
- Elle ne m'a jamais fait peur.
- Dans ce cas, je vais vous mettre en contact avec un de nos nouveaux amis, Henri Chamberlin.

Henri Chamberlin, dit Lafont, est un mauvais garçon, que les Allemands ont chargé de constituer la Gestapo française. Il a recruté ses hommes dans les prisons et s'est installé au 93 rue Lauriston, dans le XVIe arrondissement, une adresse qui ne va pas tarder à avoir une réputation sinistre.

Violette Morris y rencontre toute une faune : Pierre Bonny, ancien policier, adjoint de Lafont ; François le Mauvais, qui a fait fortune dans la traite des blanches ; Adolphe Comet, spécialiste de la magnéto ; Jo le Corse, tueur à gages ; Alexandre Villaplane, footballeur dévoyé ; Pierre Loutrel, dit "Pierrot le fou", et bien d'autres. Mais il y a aussi plusieurs femmes, surnommées "les chiennes" ou "les comtesses" de Lafont : Sonia Boukasi, aventurière toxicomane ; Magda d'Andurian, trafiquante illuminée ; Geneviève de Penthièvre, alcoolique nymphomane ; Inès d'Alès, splendide rousse hystérique, "chienne" préférée de Lafont.

Dans cette ambiance de débauche et de mort, Violette Morris s'épanouit. Elle devient la maîtresse de Georges Hainnaux, dit "Jo la terreur", ancien boxeur comme elle et ancien garde du corps de Serge Stavisky. Elle fait figure de vedette, au milieu de ces malfrats. Les mois passent et la Résistance multipliant ses activités, les prisonniers sont de plus en plus nombreux rue Lauriston ; on y torture sans discontinuer.

Elle participe activement aux séances, elle à qui l'action ne fait pas peur. Ses victimes de prédilection sont les femmes. Elles les prend en fin d'interrogatoire, après qu'elles ont subi la baignoire, la magnéto et le viol collectif. Elle les suspend nues à un crochet de boucher, elle les cravache interminablement, leur brûle les seins avec son briquet ou sa cigarette et termine invariablement en déféquant sur leur corps sanglant. Elle est devenue une machine à martyriser et à tuer pour le plaisir.

Mais elle ne s'arrête pas là. Les Allemands, qui la tiennent en haute estime, lui confient des tâches plus délicates : infiltrer et démasquer des réseaux de résistants. Comme toujours, elle accepte sans états d'âme. Sa première mission est de faire tomber un réseau marseillais, dont un grand nombre de membres travaillent pour la Croix-Rouge. En tant qu'ancienne de la Croix-Rouge, auréolée de son passé d'ambulancière pendant la guerre de 1914, elle parvient à entrer en contact avec une infirmière faisant partie du groupe.

- J'aimerais me rendre utile, faire quelque choses pour la France. Je suis une patriote.
- Je le sais. Tout le monde sait ce que vous avez fait...

Elle est acceptée sans méfiance et parvient à attirer le groupe dans un guet-apens. Tous ses membres sont fusillés.

Elle récidive l'année suivante, avec un réseau composé de pilotes et de mécaniciens, notamment un ancien coureur britannique que les Anglais ont parachuté. Là encore, son passé joue pour elle. Mise en contact avec un homme suspecté par les Allemands d'être l'un des résistants, elle acquiert très vite sa sympathie, grâce à son prestigieux palmarès dans le milieu automobile. Devenu l'un des membres du réseau, elle les fait arrêter et tient à pratiquer elle-même leur torture, rue Lauriston.

A la fin de l'année 1943, elle est chargée de démanteler les maquis proches du mur de l'Atlantique. Elle s'installe à Beuzeville, non loin de la Côte normande, chez les Bailleul, un couple de charcutiers collaborateurs notoires, et elle commence son activité d'espionnage des milieux résistants, faisant de fréquents allers et retours entre le village et sa péniche de Neuilly. Elle est apparemment sans inquiétude, mais elle ignore que l'étau se resserre autour d'elle...
L'un de ses indicateurs, repéré en Eure-et-Loir, est fait prisonnier par les patriotes. Interrogé, il fournit tous les détails sur l'espionne, dont on découvre à la fois l'activité de tortionnaire et les ravages qu'elle a causés parmi les résistants. D'autres rapports, qui parviennent peu après à Londres, confirment toute son efficacité destructrice. C'en est trop ! La Résistance donne l'ordre d'abattre l'aventurière nazie.

Début avril 1944, les services gaullistes demandent aux maquis de Normandie d'éliminer en urgence Violette Morris.
Le télégramme suivant part de Londres :

"A commandement FFI de Normandie - De l'état-major : Abattre immédiatement et par tous les moyens espionne Violette Morris. - Stop - Rechercher et éliminer agent en contacte avec elle. - Stop - Ordre prioritaire. - Fin"

Le soir même, le chef départemental de l'Eure informe l'unité concernée. C'est le maquis Surcouf, celui qui a la responsabilité de Beuzeville, qui est chargé de l'opération.
Le commandant Robert Leblanc, qui le dirige, s'occupe de l'opération toutes affaires cessantes, conformément aux instructions. Violette Morris se trouve à ce moment à Beuzeville. Il apprend qu'elle doit revenir à Neuilly le 26. Pour une raison qu'il ignore, le couple de charcutiers, les Bailleul, l'accompagnera. Ce n'est évidemment pas un obstacle : ces collaborateurs serons éliminés avec elle. L'opération est donc fixée au mercredi 26 avril 1944. Reste à en déterminer les modalités.

Après avoir examiné les environs, le commandant Leblanc choisit, sur la départementale 27, le lieu-dit "La côte du Vert", entre Epaignes et Lieurey. Chaque homme reçoit des instructions précises. De la cime d'un arbre, une vigie doit signaler l'approche de la voiture en tirant un coup de revolver. Son rôle est important car, bien que peu passante, la route est parfois empruntée par des véhicules allemands.

Au bas de la côte, sur le côté droit en direction d'Epaignes, un champ est bordé d'un talus surélevé ; c'est là que viendront prendre position, bien dissimulés par cette butte, cinq tireurs armés de mitraillettes. Une cinquantaine de mètres plus haut, sur le même versant, trois autres maquisards se tiendront en renfort, au cas où la première salve ne suffirait pas.

Ce n'est pas tout : une charrette sera avancée en travers de la route au dernier moment, en provenance d'un chemin creux. Elle barrera le chemin à l'espionne, l'obligeant à s'arrêter...

18 h 25. A Beuzeville, le couple Bailleul s'apprête à partir. Mais contrairement à ce qui est prévu, il est accompagné de ses deux enfants. Monsieur Bailleul s'installe à l'avant de la Traction Citroën, avec l'un de ses fils ; sa femme et le second des enfants montent à l'arrière. Le gendre du couple est également présent à leurs côtés. Violette Morris prend place au volant et démarre.
La Traction vire sur la place de l'Eglise et s'engage sur la route d'Epaignes. Déjà lancée à plus de cent à l'heure, elle franchit le passage à niveau. A 18 h 35, elle se profile dans le tournant précédant la descente.
Le coup de feu du guetteur signale son passage. Aussitôt, le maquisard chargé de l'attelage l'engage sur la route, lui faisant accomplir une manoeuvre qui bloque totalement le passage. Surprise par cet obstacle soudain, la conductrice freine violemment et ne peut empêcher son véhicule de se déporter vers la droite. Un cri éclate :

- Feu !

Les tireurs sortent de leur cachette et ouvrent le feu, à hauteur des glaces, sur la voiture immobilisée, le capot vers le fossé. Les mitraillettes continuent de crépiter, puis s'arrêtent. Quelques secondes se passent, rien ne bouge, puis la portière avant gauche s'ouvre brutalement et Violette Morris, miraculeusement indemne, jaillit, revolver au poing. Le chef de la section vient face à elle. L'espionne dirige aussitôt son arme sur lui. Trop tard ! La rafale la fauche et la projette sur l'aile de la voiture.
Pus rien ne bougeant, les maquisards s'avancent. Violette Morris est morte et, dans la voiture, tous les passagers ont été tués sur le coup.
C'est alors qu'on aperçoit les enfants. Leur présence n'était pas prévue et cause une réelle émotion chez les résistants. Mais cette douloureuse découverte ne remet rien en cause. C'est la guerre et la mission devait être exécutée coûte que coûte. Est-ce que les Stukas se sont abstenus de mitrailler les enfants pendant l'Exode ? Sans parler de ceux qui sont déportés quotidiennement dans les camps...

A 19 h, la Traction arrive dans une ferme, à quelques kilomètres de là. Les corps en sont extraits et, avant de creuser les fosses, les maquisards procèdent à l'inventaire des objets personnels recueillis sur les victimes. Pour Violette Morris, cette liste mentionne : un ausweis permanent, ses papiers d'identité, un carnet d'adresses où figurent nombre de ses relations et agents, deux lettres adressées au colonel SS Kraus, dénonçant plusieurs personnes accusées d'être des terroristes, ainsi que deux réfractaires de Beuzeville, un brouillon de rapport sur les activités anti-allemandes de plusieurs habitants de Pacy-sur-Eure, enfin une somme de 80 000 francs. Puis, il est procédé à l'inhumation. A la nuit tombée, les hommes on fini d'égaliser le terrain.

Ainsi s'est terminée l'existence de Violette Morris, engagée volontaire de la Première Guerre mondiale, sportive d'exception, championne atypique de la cause féminine, devenue une des figures les plus sinistres de la Gestapo française, la seule que la Résistance a jugée assez dangereuse pour mener une opération contre elle. Elle a été jusqu'au bout fidèle à sa devise : tout ce qu'un homme peut faire, elle l'a fait. Même le pire."
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MessageSujet: : LE MAL AU FEMININ   Dim 14 Mai - 21:23

L'OGRESSE DE LA GOUTTE-D'OR

Le quartier de la Goutte-d'Or, dans le XVIIIe arrondissement, est aujourd'hui encore un des plus populaires de Paris. C'est là déjà que Zola situait son roman L'Assommoir,, sur les méfaits de l'alcoolisme en 1877. Et, au début du XXe siècle, plus que de quartier populaire, c'est de misère qu'il convient de parler. Cet c'est vrai que l'alcoolisme y fait des ravages, tout comme la maladie, la malnutrition et le manque d'hygiène...

Dans l'après-midi du 5 avril 1905, une femme se présente à l'hôpital Bretonneau, avec un enfant d'une dizaine de mois dans les bras. Elle est tout essoufflée et elle appelle à l'aide.

- Mon enfant ! Sauvez mon enfant !

Un interne, Louis Saillant, vient vers elle. Il se rend immédiatement compte que c'est grave ; le nourrisson est inconscient, il a les yeux exorbités, la langue pendante, le visage violacé, il respire à peine. Le docteur remarque également une trace rougeâtre autour du cou. Il demande à la mère de l'attendre et court mettre la victime sous oxygène.

Il revient une heure plus tard, avec un sourire.

- Le petit est hors de danger. Maintenant, racontez-moi ce qui s'est passé.

La femme raconte donc... Elle s'appelle Héloïse Weber. Devant faire une course, elle a confié la garde de son enfant à sa belle-soeur, Jeanne Weber. Quand elle est revenue, elle l'a trouvé dans l'état où elle l'a amené à l'hôpital. Jeanne était assise près de lui, comprimant avec force sa poitrine de ses deux mains. Héloïse a dû batailler pour l'arracher, car elle ne voulait pas le lâcher. Elle conclut :

- Qu'est-ce que vous me conseillez de faire ?
- De porter plainte.
- Vous pensez donc qu'elle a voulu tuer mon petit Maurice ?
- Je pense qu'il s'agit d'une tentative de meurtre et je vais faire un rapport en ce sens...

Héloïse Weber se rend au commissariat de la Goutte-d'Or et, là, elle fait un récit incroyable. Non seulement, il y a eu Maurice, mais depuis le 2 mars, c'est-à-dire un peu plus d'un mois, trois autres nièces de Jeanne Weber sont mortes dans des conditions identiques : Suzanne Weber, 18 mois ; Georgette Weber, 34 mois ; et Germaine Weber, 7 mois, ainsi que le propre fils de Jeanne, Marcel Weber, 7 ans. A chaque fois, il y a eu des cris, les voisins sont intervenus et ils ont trouvé Jeanne, avec les mains sur l'enfant. A chaque fois, elle a prétendu qu'il avait fait une crise et qu'elle tentait de le réanimer.

Le commissaire se rend en personne dans l'immeuble délabré où ont eu lieu ces tragédies et il découvre que la vérité est pire encore : les deux premiers enfants de la suspecte sont également morts en bas âge. Il faut y ajouter la fille des voisins, un couple de laitiers. Les médecins avaient, pour eux, diagnostiqué les morts naturelles les plus diverses : spasmes de la glotte, convulsions, diphtérie, méningite... Il faut dire qu'à la Goutte-d'Or, en raison des conditions de vie et des tares dues à l'alcoolisme des parents, la mortalité infantile atteint le chiffre effarant de 50 %. C'est ce qui explique qu'une telle hécatombe ait pu passer inaperçue.

Quant à Jeanne Weber elle-même, elle se défend farouchement d'avoir fait quoi que ce soit. Née à Paimpol en 1874, elle a un peu plus de 30 ans. C'est une femme corpulente, au visage rond et au physique banal. Son père était pêcheur d'Islande. Ils étaient trop nombreux à la maison, pas moins de onze enfants et, à 14 ans, elle est venue à Paris. Elle a échoué à la Goutte-d'Or où elle s'est mariée avec un ouvrier alcoolique. Elle a eu trois enfants et s'est mise à boire, elle aussi. Le commissaire décide de son arrestation et il transmet le dossier au juge d'instruction Leydet.

L'affaire connaît immédiatement un grand retentissement. Le public surnomme Jeanne Weber "l'ogresse de la Goutte-d'Or", ce qui est étonnant, car elle n'a jamais dévoré personne. Si elle est coupable, c'est d'étrangleuse qu'il faudrait parler. Mais sans doute le mot "ogresse" est-il pris au figuré, comme synonyme de monstre.

Quoi qu'il en soit, le juge d'instruction Leydet mène sa tâche avec le plus grand sérieux. Il a à sa disposition le rapport de l'interne Saillant sur le petit Maurice Weber et il charge le professeur Thoinot de ces examens.

Léon Thoinot, âgé de la cinquantaine, est plus q'une autorité, c'est une sommité. Membre de l'Académie de médecins, il est l'un des créateurs de la médecine légale et il s'est illustré dans plusieurs affaires judiciaires retentissantes. Il pratique les autopsies sans attendre et, sur aucun des corps, ne découvre de fracture de l'os hyoïde, situé dans le cou, qui est la preuve de la strangulation. En réalité, des travaux montreront plus tard que, chez les très jeunes enfants, l'os hyoïde se présente sous forme de cartilage, qui ne peut se fracturer. Thoinot ne cherche pas davantage. Sa conviction est faite et il conclut : "L'hpothèse d'un meurtre doit être rejetée."

Même chose pour l'examen du petit Maurice. L'enfant s'est parfaitement rétabli et il ne présente plus la "trace rougeâtre autour du cou", dont l'interne Saillant avait parlé. Il ne vient pas à l'esprit du professeur que les faits datent d'un mois et demi et que la trace a très bien pu disparaître, il conclut encore une fois catégoriquement : "L'examen est négatif et infirme celui qui a été fait, lors de l'admission de l'enfant à l'hôpital Bretonneau."

Le juge d'instruction Leydet est consterné ! Il est convaincu, lui, de la culpabilité de Jeanne Weber. En droit, il n'a théoriquement d'autre possibilité que de prononcer un non-lieu, mais il est persuadé que, si on la libère, elle va recommencer et il s'accroche. Il va retrouver Louis Saillant et lui demande de confirmer son témoignage. Courageusement, ce dernier, qui est certain lui aussi qu'il y a eu tentative de meurtre, signe le document et le juge le transmet à Thoinot. La réplique est cinglante :

- Depuis quand l'avis d'un interne vaut-il celui d'un académicien ?

Malgré ela, contre vents et marées, Leydet inculpe Jeanne Weber de meurtres et tentative de meurtre. Son procès est fixé à l'année suivante.
Il s'ouvre le 29 janvier 1906, dans une atmosphère fiévreuse. Le public, violemment hostile à l'ogresse, exige sa tête et la cour est également convaincue de sa culpabilité, mais les événements vont tourner en faveur de l'accusée pour plusieurs raisons...
La première est la personnalité de son avocat. Me Henri Robert, une étoile montante du barreau, s'est proposé spontanément pour défendre l'accusée, escomptant en retirer une renommée supplémentaire et il ne se trompe pas. Il est doué d'une éloquence remarquable - si remarquable qu'elle le mènera plus tard sur les bancs de l'Académie française - et il s'emploie à réduire les témoignages de la famille et des voisins à de simples commérages.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Dim 14 Mai - 23:52

Et surtout, il y a Léon Thoinot, le professeur Thoinot, qui vient, avec toute son assurance, pulvériser les charges contre Jeanne Weber. On ne comprend pas toujours les termes techniques qui'l emploie, mais peu importe, c'est la science qui parle par sa bouche et qui vient réclamer l'acquittement.
D'autant qu'après lui, paraît à la barre son maître en personne, Paul Brouardel, une gloire de la médecine, le plus proche collaborateur du grand Pasteur. Dans un silence de cathédrale, il vient affirmer qui'l confirme toutes les conclusions de Thoinot. Il ne vient à l'idée de personne qu'il n'a assisté à aucune des autopsies et qu'il n' pas davantage vu le petit Marcel Weber.

L'effet de ses paroles est énorme et il est amplifié encore, quand le président annonce que Louis Saillant ne viendra pas témoigner. Malgré tout son courage et ses convictions, le jeune interne a renoncé à venir contredire ses sommités. Sa carrière est déjà bien compromise, il ne voulait pas la ruiner tout à fait...
Il se produit alors un événement rarissime : le procureur se lève et déclare qui'l abandonne toutes les charges contre l'accusée.

La défense renonce à plaider, les jurés se retirent et reviennent quelques minutes plus tard, avec un verdict d'acquittement. Le public, versatile comme bien souvent, applaudit à tout rompre. Jeanne Weber n'est plus l'ogresse de la Goutte-d'Or, mais une malheureuse qui a échappé de peu à une erreur judiciaire !

Dans la presse, on assiste au même retournement d'opinion. Des articles enflammés vantent la science, qui vient au secours des innocents, alors que la justice est comparée à une forme d'inquisition moderne, qui s'acharne contre eux avec des méthodes d'un autre âge. C'est un procès en sorcellerie qi a été fait, reposant sur "des commérages de blanchisseuse, des inventions de crémières, des fantaisies de concierges".


L'accusée est maintenant une humble personne originaire de Bretagne, fille d'un pêcheur d'Islande, qui s'absentait des mois entiers, pour son long et dangereux labeur. Venue à Paris, chassée par la misère, elle s'est heurtée à une rumeur maligne. Cette rumeur s'est glissée jusque dans un hôpital où un jeune médecin avide de notoriété l'a conduite devant le juge d'instruction, puis devant le tribunal.

Heureusement, concluent les uns et les autres, tout est terminé, tout est bien qui finit bien... Ils ont tort. L'affaire de l'ogresse de la Goutte-d'Or n'est pas terminée, elle ne fait que commencer.
Au lendemain de son acquittement, après avoir longuement répondu aux questions des journalistes, Jeanne Weber rentre chez elle. Elle n'y reste pas longtemps. Ceux qui la connaissent, eux, n'ont pas changé d'avis. Elle ne rencontre que la suspicion et l'hostilité. Elle est abandonnée par son mari, les voisins lui ferment leur porte, on la montre du doigt chez les commerçants. Alors, elle s'en va. Elle mène une vie errante dans la rue, dormant sous les ponts ou sous les porches et se prostituant pour gagner quelques sous. Jusqu'au jour où ne supportant plus une pareille existence, elle se jette dans la Saaine au pont d'Austerlitz. Elle est sauvée par des bateliers et conduite à l'hôpital Saint-Antoine.

Cette tentative de suicide lui vaut un regain de popularité. Les journalistes présentent son geste comme celui d'une malheureuse accablée par l'injustice. Elle reçoit beaucoup de lettres : des propositions d'hébergement et même des demandes en mariage. Parmi elles, il y a plusieurs lettres d'un certain Sylvain Bavouzet. Ce modeste veuf, paysan dans le Berry, lui offre de la loger chez lui. Jeanne Weber finit par se décider en sa faveur. Elle veut fuir la grande ville et trouver l'oubli et la paix à la campagne.
Quand elle arrive sur place, dans le hameau de Chambon, près de Châteauroux, elle découvre une masure misérable, mais qu'importe ! Elle se met en ménage avec Sylvain. Toutefois, pour ne pas éveiller la curiosité, elle cache son identité. Elle se fait appeler madame Blaise...

Elle est bien accueillie par deux des enfants du veuf : Auguste, 9 ans et Louise, 11 ans, mais l'aînée, Germaine, âgée de 16 ans, la déteste instinctivement. Dans le village, après un moment de réserve, on l'accepte sans problème.
Tout va donc pour le mieux, lorsque, le 17 avril 1907, Jeanne qui était restée à la maison avec le petit Auguste, court trouver Sylvain Bavouzet, qui travaille aux champs.

- Viens vite, ton fils étouffe.

Quand ils arrivent, il n'étouffe plus, il est mort. Le médecin le Dr Villedieu, qui est sur place peu après, constate la présence d'un sillon rouge autour du cou. Mais comme il s'adapte à la chemise lorsqu'elle est fermée, il pense qu'elle était trop serrée et il conclut à une mort par "phénomènes convulsifs consécutifs à des accidents méninges préexistants".
L'affaire semble réglée, lorsque cinq jours plus tard, le 22 avril, Germaine, l'aînée des enfants Bavouzet, se présente chez les gendarmes.

- La femme qui est chez nous, ce n'est pas madame Blaise, c'est Jeanne Weber !

Et elle tend un journal, sur lequel elle est tombée par hasard. La photo de l'ogresse de la Goutte-d'Or y figure en bonne place : il n'y a pas de doute, c'est elle.Interrogés, le père Bavouzet et la pseudo madame Blaise avouent : ils avaient caché la vérité pour ne pas semer le trouble. Mais du coup, une enquête est décidée. Elles est confiée au juge d'instruction Belleau de Châteauroux, qui ordonne une autopsie et la confie au docteur Audiat, lui aussi de Châteauroux.
Celui-ci se trouve dans une situation délicate. Il a suivi le procès et il sait la position qu'ont prise les grands noms de la médecine. Pour lui, il n'y pas de doute, il y a eu étranglement, mais s'il le dit trop nettement, il doit s'attendre au pire. Aussi, il opte pur une formulation embarrassée : "Nous nous trouvons en présence d'un sujet qui a subi des violences certaines au niveau du cou. Ces violences ont-elles entraîné la mort ? Nous avons des tendances à le croire."



Malgré cette prudence, la réaction des sommités de Paris est foudroyante. Le professeur Thoinot se déchaîne contre "ce médecin de province, dont la prose n'est qu'un tissu d'inepties".
Et il fait un contre-rapport ahurissant, alors qu'il n'a pas même examiné le cadavre : "Le sillon constaté autour du cou est un faux sillon, un sillon de position, résultant de la pression d'une pièce de vêtement, s'exerçant après la mort sur les parties molles du cou."

Dans le même temps, la presse se déchaîne contre l'entêtement du juge Belleau et l'ignorance des médecins berrichons. Le Matin écrit, sous le titre "L'Epouvante" : "Traquée, murée dans sa prison, Jeanne Weber attend, dans un cauchemar, la décision du destin". La Ligue des droits de l'homme demande la libération immédiate de la malheureuse.

Une novelle autopsie est ordonnée. Elle est confiée, cette fois, au professeur Thoinot. Mais trois mois ont passé, la putréfaction a décomposé les chairs et il n'est plus possible de voir quoi que ce soit. Cela n'empêche pas le praticien de déclarer : "il n'existe aucune trace de sillon". Et il annonce même la cause réelle de la mort : "A l'examen des intestins, on doit conclure à la typhoïde".

Le docteur Audiat a le courage de signer un nouveau rapport en contradiction avec celui du professeur, car, lui, il a vu la victime peu après sa mort. De son côté, le juge Belleau, qui est convaincu de la culpabilité de Jeanne Weber, multiplie les interrogatoires, en espérant la faire craquer, mais elle se sent forte du soutien de la Faculté et elle nie avec énergie. Tout ce qu'il peut tirer d'elle est :

- Je porte malheur.

Le juge d'instruction ordonne quand même son renvoi devant la cour d'assises. C'est une levée de boucliers sans précédent ! La presse se déchaîne entre "Belleau le bourreau", des pétitions sont adressées au garde des Sceaux, La Ligue des droits de l'homme proteste de nouveau. Tant et si bien que le juge abandonne : il rend un non-lieu. L'ogresse de la Goute-d'Or est libérée, en janvier 1908.


Il s'ensuit toute une campagne de presse en sa faveur. Le 1er mai 1908, les Archives d'anthropologie criminelle, revue dépendant de la Faculté de médecine, font l'historique de l'affaire Jeanne Weber et terminent par un vibrant éloge du professeur Thoinot. C'est une erreur. Le même jour, on apprend que l'ogresse de la Goutte-d'Or a tué un enfant et que, cette fois, elle a été prise en flagrant délit.

Alors que s'est-il passé ? Rien qui soit vraiment surprenant, tant les faits ressemblent à ce qui s'est passé jusque-là... Après sa libération de la prison de Châteauroux, Jeanne Weber est recueillie par le juge Bonjean, président de la Société des protection de l'enfance. Il lui trouve, sous le nom de Marie Lemoine, une place de garde d'enfants dans un hospice de l'oeuvre qu'il dirige. Un soir, elle est surprise avec les mains autour du cou d'un petit pensionnaire. Le juge Bonjean la congédie, mais se garde bien d'ébruiter l'affaire, pour ne pas être déconsidéré et ridiculisé.

Livrée à elle-même, Jeanne retourne à Paris. Elle devient rapidement une épave, faisant de petits métiers ou se prostituant. En mars 1908,, mourant de aim, elle se présente au quai des Orfèvres, en disant qu'elle est coupable et en demandant qu'on la mette en prison, car là, au moins elle mangera. On fait venir le juge Leydet, qui lui dit froidement :

- Je regrette, vous êtes innocente. On ne peut pas revenir sur la chose jugée, je ne peux rien pour vous.

Retournée à la rue, Jeanne Weber se prostitue, jusqu'à ce qu'elle rencontre Emile Bouchery, un chemineau dont elle accepte de partager la vie. Ils arrivent à Commercy. Dans l'auberge où ils ont élu domicile, elle se prend 'affection pour le fils des propriétaires, le petit Emile Poirot, 6 ans. Une nuit, elle se rend dans sa chambre et les parents sont réveillés par des cris terribles. Jeanne Weber se tient assise au milieu du lit, hagarde, les cheveux défaits. L'enfant gît, étranglé, la langue coupée par une contraction spasmodique de la mâchoire. Il y a du sang partout.

Elle est aussitôt arrêtée et l'expertise démontre sans le moindre doute la mort par étranglement. C'est l'heure de la revanche ! La presse célèbre les juges Leydet et Belleau, l'interne Saillant et le docteur Audiat. Quant à l'ogresse de la Goutte-d'Or, l'opinion se déchaîne contre elle, réclamant non seulement la mort, mais le rétablissement de la question.

S'étant trompée sur toute la ligne, déconsidérée, la Faculté de médecine a le front de contre-attaquer et avance sans rougir le scénario suivant : Jeanne Weber était bien innocente des crimes dont les experts l'avaient disculpée. Mais persécutée injustement, traitée d'étrangleuse par des juges et des médecins ignorants, elle a cédé à la suggestion et reproduit, dans un délire inconscient, les crimes dont on l'avait accusée. Les vrais coupables, ce sont les Leydet, Belleau, Saillant et autres Audiat !


Mais cela ne trompe personne et le professeur Thoinot est mort de longues années plus tard, sans s'être vu confier la moindre expertise. Quant à Jeanne Weber, elle est de nouveau examinée par les psychiatres et, alors qu'elle avait été jugée saine d'esprit jusque-là, elle est déclarée responsable... C'était sans nul doute la bonne décision : elle ne pouvait qu'être folle, pour avoir étranglé sans le moindre mobile autant d'enfants, dont les siens.
L'ogresse de la Goutte-d'Or a été internée à l'asile de Mareville et elle y est morte, dix ans plus tard, en 1918, d'une néphrite aiguë.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Mar 16 Mai - 0:08

UNE FEMME SOUMISE

A quoi rêve-t-on, quand on est jeune fille et qu'on a 20 ans ?
A l'amour, bien sûr, et, en cette fin des années 1950, Margit Ericson ne fait pas exception à la règle. Mais elle est certaine que ce n'est pas dans sa Suède natale qu'elle découvrira l'homme de sa vie et elle décide d'émigrer aux Etats-Unis... Outre l'amour, il y a autre chose qui compte pour elle : la foi. Elle est vivement mystique et l'Eglise mormone l'attire, même si elle ne connaît pratiquement rien à ses croyances et à ses rites.

C'est pourquoi elle choisit de s'installer à Salt Lake Cety, la ville des mormons, dans le désert de l'Utah. Elle élit domicile près de son université, la Brigham Young University, mais elle ne s'y inscrit pas : elle n'est pas capable d'en suivre les cours. Elle trouve, à proximité, un emploi de serveuse dans une cafétérias que fréquentent les étudiants. Ainsi elle peut les voir, quelque fois bavarder avec eux, en espérant secrètement qu'elle fera connaissance avec le jeune homme de ses rêves...


Charles Longo, qui a juste un an de plus qu'elle, correspond exactement à ce portrait idyllique. Né en 1938 à Yonkers, dans l'Etat de New York, il appartient à une famille aisée, riche même.
Il est beau, sportif et doué pour les études. Ce qui ne l'empêche pas d'être patriote. Il s'engage dans les Marines en 1957 et s'y comporte de brillante manière. Mais il y fait aussi une rencontre déterminante : un de ses camarades est mormon et lui parle de sa religion Pour Charles Longo, c'est une révélation : il a trouvé le sens de son existence. De retour à la vie civile, il se convertit au mormonisme et demande à faire du prosélytisme.

Comme il est de règle pour les nouveaux adeptes, il est envoyé en mission à l'étranger avec un autre converti récent. Il se retrouve ainsi en Uruguay où il déploie ses connaissances théologiques toutes neuves. Elles sont prodigieuses ! Il connaît pratiquement par coeur le Livre de Mormon. Mais malgré cela, il est rappelé aux Etats-Unis. Son collègue a fait un rapport négatif aux autorités de l'Eglise ; il souffre d'instabilité mentale, il veut devenir apôtre et il entend des vois divines. Un responsable mormon, qui l'a connu à cette époque, dira plus tard :

"C'était quelqu'un d'extrêmement dévot. Je n'avais jamais rencontré quelqu'un d'aussi croyant, trop peut-être..."

Charles Longo rentre chez lui, à Yonkers. A l'instigation de ses parents, il suit des séances chez un psychiatre, mais il interrompt brutalement le traitement en 1961. Il veut retrouver les mormons. Il revient à Salt Lake Cety et s'inscrit à la Brigham Young Unisversity où il suit des cours d'espagnol...

Quand Charles Longo vient s'attabler à la cafétéria, Margit Ericson s'empresse avec son plateau. Elle a rarement vu un aussi beau garçon ! C'est un grand brun aux yeux bleus et à la mine conquérante. Il est même athlétique du fait de son passage chez les Marines. Elle lui adresse son sourire le plus engageant. Il faut dire qu'elle-même n'est pas désagréable, avec son charme scandinave, ses cheveux blonds très clairs et ses yeux bleus, très clairs eux aussi.

-Vous désirez ?
- Un café.

Margit réprime un soupir de contrariété : il est en train de lire un gros livre et il n'a même pas levé les yeux sur elle ! Quand elle revient avec le café, il est toujours plongé dans sa lecture. Elle n'est pas d'un naturel entreprenant, mais tant pis, elle se décide à engager la conversation :

- Ca doit être intéressant....

La réponse est prononcée toujours sans lever les yeux.

- C'est le livre de Mormon.

Elle a un cri.

- Moi qui ai toujours voulu le lire !

Pour la première fois, le jeune homme quitte son volume et fixe son regard sur elle.

- C'est vrai ?
- Oui, mais je n'ai pas osé. C'est trop difficile pour moi.
- Si vous voulez, je peux vous aider...


Margit Ericson ne demande que cela. Ils se retrouvent régulièrement et c'est en compagnie des austères préceptes du mormonisme que se développe leur idylle. Tout naturellement, elle se conclut par un mariage au début de l'année 1963.
Le couple ne quitte pas Salt Lake Cety... Si Charles et Margit ont été sincèrement épris au début, le mariage est une institution sérieuse et le temps des effusions amoureuses ne dure pas. Le rôle de la femme consiste à faire des enfants et à les élever. Naissent ainsi successivement : Eva, en 1963 ; Elisabeth en 1964 ; Frank, l'année suivnte ; Déborah, l'année suivante encore ; Joseph, en 1969 ; Bruce, en 1970 et Rebecca en 1972. ..... Rolling Eyes
En tout, ils sont sept.

Margit est parfaitement heureuse dans son rôle de mère et d'éducatrice et elle s'emploie à donner à ses enfants les principes les plus stricts. Nul n'est plus éloigné qu'elle des idées féministes. Elle est naturellement soumise et elle s'épanouit à l'ombre de son mari, pour lequel elle éprouve une dévotion sans bornes.
Elle approuve sans réserve ses grandes déclarations enflammées.

- Un jour, je serai le chef des mormons, c'est Dieu qui me l'a dit !... Rolling Eyes

Si sa femme accepte sans mal les idées de grandeur de Charles, il n'en est pas de même de ses supérieurs dans l'Eglise mormone. Ils supportent de plus en plus mal le comportement de ce nouveau venu, qui veut leur donner des leçons et qui entend avoir des responsabilités dans le clergé. Charles Longo est d'abord sommé de rentrer dans le rang et, comme il s'y refuse, il est purement et simplement excommunié !

Mais il est d'un naturel combatif et, comme il est absolument sûr de détenir la vérité, il fonde sa propre secte. Au même moment, grâce à une décision de justice, il obtient d'avoir un patronyme plus religieux : la famille ne s'appelle plus Longo, mais David. Les prénoms des parents et de certains enfants sont également changé. Lui-même devient "Immanuel" et Margit, "Rachel" ("comme c'est original Exclamation "... tongue ) ; parmi leur progéniture, Eva, l'aînée, devient Rachal, comme sa mère, et Frank, l'aîné des garçons, prend le nom de Joshua.

La secte, dont il est le chef ou plutôt le messie, comprend une trentaine de membres et, début 1969, tout le monde va s'installer un peu plus loin dans l'Utah, à Manti.

Ils habitent un ensemble de fermes abandonnées, portent la bonne parole autour d'eux et survivent tant bien que mal comme rémouleurs. Les autorités, qui ne les perdent pas de vue, dénombrent plus tard 12 adultes et 31 enfants. Aucun des enfants n'est scolarisé, malgré les injonctions de la police.
Mais Charles Longo ou plutôt Immanuel David n'en a cure ! Il toise les policiers et se promène avec, à la taille, un sabre dans son fourreau, proclamant que quiconque verra le sabre dégaine mourra. Depuis quelques années, il a énormément grossi, il pèse 140 jilos et sa corpulence n'est pas loin d'être monstrueuse. Pourtant, malgré toute son assurance, la pression des autorités de Manti est trop forte et le groupe s'en va, pour se fixer à Duchesne, toujours dans l'Utah.

Les membres de la secte s'entassent dans une petite maison de deux pièces. Quand les voisins demandent de quoi ils vivent, Immanuel leur répond qu'il attend un arrivage d'or qui les mettra pour toujours à l'abri du besoin. En fait, il emprunte aux banques et il fait ce qu'on appelle de la cavalerie, empruntant à une autre banque, pour rembourser la première. Ce qui ne l'empêche pas de déclarer à qui veut l'entendre :

- Je vais bientôt m'emparer de l'univers !


Fin 1971, alors qu'il est menacé sur ses maigres biens, il déménage à la cloche de bois et va s'installer de nouveau à Salt Lake City. Des plaintes sont déposées pour escroquerie et délit de fuite. La famille se sépare des autres disciples, même si ces derniers gardent toute leur vénération à leur "messie". Les David survivent encore plus mal qu'auparavant. Immanuel, qui est ceinture noire de karaté, parvient à donner quelques cours, Rachal s'occupe de sa nombreuse progéniture...

Au milieu des années 1970, tout change brutalement. Un des élèves de karaté devient disciple de la secte. Or, il s'agit d'un homme d'affaires richissime, qui inonde le gourou de ses dons : en tout, près de 100 000 dollars, une fortune ! Le FBI, qui n'a pas lâché Longo-David depuis le début, pense à une escroquerie et ouvre une enquête, mais ne trouve rien.

En attendant, leur nouvelle richesse permet à Immanuel, Rachal et leurs enfants de changer totalement d'existence. Ils louent une suite de trois pièces au onzième étage d'un palace, l'International Dunes, avec une vue imprenable sur Salt Lake City. Immanuel règle tous les jours en espèces les 90 dollars de la location.

Son état mental ne s'arrange pas. Il prétend maintenant être à la fois Dieu le Père, Jésus-Christ et le Saint-Esprit. Son état physique ne s'améliore pas non plus : il a encore grossi et dépense une fortune pur s'habiller sur mesure. Les enfants ne sont toujours pas scolarisés. Rachal leur donne quelques rudiments de connaissances, mais s'attache surtout à l'enseignement moral et en premier lieu à l'obéissance. Ils doivent faire ce qu'on leur dit en toute circonstance. De plus, ils n'ont droit de parler à personne. Quand la femme de ménage vient dans la suite, ils sont enfermés dans une pièce, pendant qu'elle en fait une autre.

Courant 1978, Immanuel se consacre à un projet grandiose : détruire l'Etat de Californie. Pour quelle raison ? Il ne le dit pas. En revanche, il explique longuement à Rachal comment il va procéder :

- Par télépathie, uniquement par télépathie ! Le Tout-Puissant va m'envoyer sa force spirituelle et je n'aurai plus qu'à la diriger contre ceux qu'il faut détruire. Je commencerai par San Francisco...
Margit-Rachal écoute, éblouie, ce récit. Plus que jamais, elle mesure la chance qu'elle a eue de rencontrer son Dieu ! ........ Re- Rolling Eyes

Malheureusement, on a beau se prendre pour Dieu, on n'échappe pas à la machine judiciaire. Charles-Immanuel est rattrapé par une vieille affaire, une escroquerie du temps d'avant sa richesse. Il est sommé de se présenter devant la police et il sait qu'il sera immédiatement incarcéré, jusqu'au moment du procès. Or, la prison, il ne l'envisage à aucun prix !
("Ben, tu m'étonnes Exclamation geek ")

Le 1er août 1978, sans prévenir Rachal, il quitte Salt Lake City à bord d'une camionnette. Il fait quelques dizaines de kilomètres et s'arrête dans la campagne. Quant on le retrouve, le lendemain matin, il est mort. Il s'est suicidé avec les gaz d'échappements.

On annonce la nouvelle à Rachal le jour même. Elle n'a pas de réaction apparente. Elle fait preuve d'un calme impressionnant. Elle va voir le directeur de l'hôtel et lui demande ce qui se passerait si elle ne réglait pas ses factures. Il lui répond de ne pas s'inquiéter : ils auront tout le temps de voir cela ensemble.
Elle ne réplique rien et va se coucher, avec ses enfants.

Le lendemain matin, 3 août, elle fait sortir les sept enfants sur le balcon de leur suite. Il est 8 heures du matin. Il y a pas mal de monde sans la rue, notamment des piétons sortis prendre l'air, car, plus tard dans la journée, il fera trop chaud. C'est alors qu'un des promeneurs lève machinalement les yeux et pousse un cri.

- Mais qu'est-ce qu'ils font ?

Autour de lui, les gens regardent et découvrent une scène incroyable. Là-haut, sur le balcon du onzième étage, une femme a rangé ses sept enfants par ordre de taille. Elle est allée chercher des sièges. Elle installe le plus jeune de ses enfants sur un tabouret de bar. Elle ne dit que deux mots !
:
- Monte, Rebecca.

Sans poser de question ni manifester une émotion quelconque, la petite Rebecca, 6 ans, monte avec précaution sur le tabouret et s'y maintient de son mieux en équilibre. Rachal place alors deux chaises, sur lesquelles elle fait monter Bruce, 8 ans et Joseph, 9 ans ; eux aussi d'exécutent sans un mot. En bas, dans la rue, tout s'es figé, les piétons comme la circulation.
Des cris horrifiés éclatent :

-Arrêtez ! Arrêtez !

On veut croire à une mise en scène. Non, ça n'en est pas une !
Rachal vient de se placer derrière Rebecca, en équilibre sur son tabouret. Une légère poussée suffit pour que l'enfant tombe dans le vide. Ensuite, elle se contente d'ordonner :

- Saute, Bruce !... Saute Joseph !

Et tous, par ordre de taille, jusqu'à Eva-Rachal, la plus grande, s'exécutent, sans hésitation, sans peur, comme s'ils plongeaient dans une piscine. Enfin, quand ses sept enfants se sont écrasés, Rachal enjambe la balustrade et tombe à son tour trente mètres plus bas...

Lorsqu'on relèvera les corps affreusement mutilés, on découvrira un des enfants encore en vie : Eva-Rachal, la plus âgée. Un arbre a miraculeusement ralenti sa chute et l'a projetée sur un massif de buis. Il lui faudra quand même un an d'hôpital pour se remettre sur pieds. Elle sera ensuite adoptée par une famille de Salt Lake City... A la question qui lui a été mille fois posée :

- Mais pourquoi as-tu sauté ?
Elle a répondu à chaque fois :

- Parce que maman m'avait dit de le faire.

Elle aussi était une femme soumise.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Mar 16 Mai - 16:20

SOEUR FELICITE

Il est 21 h, ce 27 juin 1967 et Minna Kempel se prépare à passer sa première nuit de garde à l'hospice gériatrique de Schaffhouse, en Suisse. L'établissement, réservée à une clientèle fortunée, est à la fois cossu et charmant. Il est installé dans un vaste parc ombragé de sapins. Au loin, on aperçoit les premières cimes des Alpes.

Minna Kempel non plus ne manque pas de charme. Elle est très jeune, elle a juste 21 ans, elle vient de terminer ses études d'infirmière et l'hospice de Schaffhouse est son premier poste.
Elle arrive de la campagne, dont elle a le charme frais et naturel : teint rose, des joues rebondies, des nattes blondes, qui dépassent du bonnet blanc réglementaire. Pourtant, elle est loin d'avoir la physionomie réjouie qui devrait être la sienne en ce jour. Dans la salle de garde où, pour l'instant, elle est seule, elle regarde furtivement de droite à gauche ; de temps à autre, elle sursaute, quelquefois même, elle réprime un léger tremblement.
Bref, il est visible qu'elle a peur et cette peur a une cause : soeur Félicité.

Soeur Félicité est l'infirmière chef de l'établissement. C'est elle qui est en charge du recrutement et c'est elle qui a reçu Minna Kempel pour son entretien d'embauche... Cette dernière ne cesse de la revoir assise devant elle. Qu'elle soit sans charme, c'est, après tout, normal pour une religieuse : une grande femme sèche, à l'air revêche et à la voix cassante. Mais ce n'est pas cela qui a mis Minna si mal à l'aise. C'est au contraire les efforts qu'elle faisait pour être aimable, les sourires qu'elle lui adressait. Elle ne saurait dire pourquoi, mais ces attentions la glaçaient.
Soeur Félicité a fini par lui proposer un poste d'infirmière stagiaire et elle a accepté. C'était un excellent début de carrière, de plus, très bien payé... L'infirmière chef a conclu :

- Nous commencerons par une garde de nuit. Nous la feron ensemble. C'est la meilleur façon de débuter.

Minna Kempel se lève brusquement de son siège, comme si elle se mettait au garde-à-vous.

- Ma soeur...

Soeur Félicité vient d'entrer silencieusement, presque furtivement. Elle regarde, immobile, la jeune fille. Elle a un large sourire, qui produit un curieux effet sur son visage aux allures chevalines.

- Cela me fait plaisir d'être avec vous. Vous allez voir, tout va bien se passer. Décontractez-vous, ma petite.

Minna murmure timidement :

- Oui, ma soeur.

Soeur Félicité empoigne un chariot et prend la jeune infirmière par le bras :

- Venez avec moi. Je vais vous montrer. C'est tout simple...

Sur ses pas, Minna Kempel pénètre dans le service pudiquement nommé des "malades chroniques". C'est là que sont regroupés les grabataires, pour qui il n'y a plus d'espoir.
Soeur Félicité entre successivement dans les chambres individuelles distribuées autour d'un long couloir. Le malade de la chambre 23 emplit tout le service de ses cris. En arrivant dans sa chambre, soeur Félicité s'adresse à lui d'une voix dure :

- Voulez-vous bien vous taire !

Le vieillard a les yeux hagards. Il continue à crier de plus belle. Soeur Félicité prend une seringue sur un plateau et lui fait rapidement une piqûre. Elle se retourne vers Minna :

- Comme cela, il va nous ficher la paix...

La première ronde est terminée ; Minna est de retour dans la salle de garde avec l'infirmière chef. C'est le moment qu'elle redoutait. Elle ne sait toujours pas pourquoi, mais la perspective de passer plusieurs heures avec cette femme la terrorise.
L'infirmière chef se dirige vers un vaste réfrigérateur. Au milieu des flacons de plasma et des ampoules, elle saisit une bouteille et un petit pot en verre contenant une matière noire... Soeur Félicité s'assied sur un des deux lits de camp de la salle de garde. Elle parle d'une voix aussi douce que possible :

- Venez mon enfant...

Terriblement mal à l'aise, Minna s'approche. Elle désigne la bouteille :

- Mais c'est du champagne !
- Oui, du champagne français. Et cela, c'est du caviar... Je parie que tu n'en as jamais goûté.... Allez viens ! Assieds-toi ici, près de moi.

Minna va s'asseoir à l'autre bout du lit. C'est à cet instant qu'un hurlement retentit en provenance des chambres. Soeur Félicité se lève, plantant là sa bouteille et son caviar.

- C'est le 12 ! Il a déjà fait le même coup la semaine dernière ! Cette fois-ci, il ne va pas nous embêter longtemps !

A grandes enjambées, la religieuse quitte la salle de garde. Minna Kempel est tellement retournée qu'elle reste immobile. Elle écoute ces hurlements sinistres qui ne cessent pas. Et soudain, c'est plus sinistre encore : le hurlement fait place à une sorte de hoquet, de cri d'agonie.

Minna bondit.Elle se rue dans la chambre 12. L'infirmière chef, un verre d'eau à la main, se tient près du lit. Elle dit simplement :

- Il s'est étouffé en buvant. Il est mort.

Minna Kempel contemple, les yeux agrandis d'horreur, le visage violacé. Soeur Félicité l'entraîne hors de la pièce.

- Il ne faut pas être nerveuse comme cela. Vous en verrez d'autres, ma petite !

Presque aussi blanche que sa blouse, la jeune infirmière suit la religieuse. Une brusque angoisse la fait s'arrêter devant la chambre 23. Elle y entre et en sort presque aussitôt en poussant un cri :

- Il est mort !

Soeur Félicité hausse les épaules.

- Ah ?... C'est aussi bien pour lui.

Minna s'appuie à un mur.

- Ma soeur, je vais me trouver mal ! Je ne peux pas continuer ma garde. Excusez-moi.

L'infirmière chef la considère avec une moue méprisante.

- Ah ces jeunes, ça n'a pas de nerfs ! Ca va pour cette fois-ci, mais la prochaine fois, vous êtes renvoyée.

Et Minna Kempel s'en va en chancelant.


Le docteur Kübler, 29 ans, vient juste d'être nommé au centre gériatrique. Frais émoulu de la Faculté, il ne manque ni de distinction, ni de charme, avec ses cheveux très bruns, son menton bleuté et ses yeux gris. En face de lui, Minna Kempel a demandé à le voir de toute urgence :

- Alors, mademoiselle, vous avez un problème ?

Minna Kempel rougit sous sa coiffe blanche sans que l'on sache si c'est à cause de sa démarche ou du regard du jeune médecin.

- Eh bien voilà, docteur...

Et d'une voix aussi ferme qu'elle le peut, elle fait le récit complet de ce qui s'est passé la veille. A mesure qu'elle parle, le jeune médecin tient de plus en plus mal en place. Lorsqu'elle se tait, il explose.

- Ainsi vous accusez soeur Félicité d'avoir eu des intentions équivoques à votre égard ? Une religieuse ! Vous vous rendez compte de l'énormité de ce que vous dites.

- Je n'ai fait que raconter ce qui s'est passé...
- Il y a vingt-cinq ans que soeur Félicité est chez nous et personne ne s'est plaint d'une pareille chose !
- Peut-être que c'est déjà arrivé et que d'autres n'ont pas eu le courage...

Le docteur Kübler se lève.

- Bien. Allons voir ces deux décès que vous dites suspects... Je vous préviens que si vous avez menti, il y aura des suites.

Avant d'entrer dans les chambres des malades, le médecin tient pourtant à faire une vérification. Il se rend dans la salle de garde et ouvre le grand réfrigérateur. Un long examen n'est pas nécessaire : en écartant les fioles de plasma et les produits pharmaceutiques, il découvre une bouteille de champagne ouverte et un petit pot de verre contenant du caviar. Il ne dit rien mais c'est l'air profondément troublé qu'il prend la direction des chambres...

Peu après, il se redresse au-dessus du lit 23 :

- Coma diabétique : c'est incompréhensible ! Ce malade n'avait jamais fait de diabète.

Dans la chambre 12, la surprise du médecin est plus grande encore.

- Un verre d'eau ? Vous êtes certaine ? Mais enfin ce n'est pas possible, à moins de l'avoir fait exprès !

Le docteur Kübler regarde l'infirmière dans les yeux.

- Je vous interdit de parler de cela à quiconque. Vous m'avez compris ?

Le jeune Minna balbutie un petit "oui" et le docteur la quitte rapidement.

Peu après, il se dirige d'un pas rapide vers le bâtiment voisin, qui sert de logement au personnel. Il a en main la clé de l'appartement de soeur Félicité, dont il a un double, comme de toutes les portes de l'établissement.

Il est 11 h du matin. Soeur Félicité, qui prend ses repas avant les malades, est au réfectoire et il ne risquera pas d'être dérangé. Werner Kübler ouvre la porte et pousse un cri. Même dans ses pires suppositions, il ne s'attendait pas à cela !

L'appartement de soeur Félicité est d'un luxe insensé. Des bibelots rares, des tapis de prix, un téléviseur dernier modèle, une chaîne haute fidélité ultra sophistiquée et une foule de gadgets électroniques. Mais ce n'est pas encore cela le plus surprenant, c'est ce qu'il découvre dans les penderies et les tiroirs : des robes de grands couturiers, de la lingerie fine, des sous-vêtements invraisemblables : bas résille, culottes noires à froufrou, etc.

Le docteur Kübler se dispose à s'en aller ; il en sait assez. Mais il a encore l'idée de fouiller dans le tiroir de la table de nuit. Et, cette fois, c'est la stupeur ! Le médecin palpe entre ses doigts trois petits sachets de poudre blanche. Il en ouvre un, le porte à son nez. Il a trop d'expérience pour avoir le moindre doute : c'est de l'héroïne. Non seulement soeur Félicité mène un train de vie de milliardaire avec de l'argent forcément volé, non seulement elle semble avoir des moeurs totalement incompatibles avec ceux d'une religieuse, mais en plus, elle se drogue !

Dans l'état qu'on imagine, Verner Kübler revient dans son bureau. Il a une dernière chose à vérifier : ces morts suspectes dont lui a parlé Minna. En ouvrant les archives du centre gériatrique, où sont consignés tous les décès, il est presque déjà certain de ce qui'l va découvrir...
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MessageSujet: : LE MAL AU FEMININ   Mar 16 Mai - 19:33

Après un quart d'heure de lecture, le docteur Kübler se prend la tête dans les mains : pour les deux années précédentes, le nombre de morts est cinq fois plus élevé pendant les gardes de soeur Félicité. Durant le temps où la religieuse veillait sur ses malades, pas moins de quarante décès. Bien sûr, il faut compter avec les morts naturelles, mais quand même !

Werner Kübler ouvre alors le dossier de soeur Félicité... Il y a vingt-cinq ans qu'elle est entrée au centre comme stagiaire et elle a gravi tous les échelons jusqu'à devenir infirmière chef. Les attestations de son patron précédent en font foi : elle a toujours fait preuve d'une compétence professionnelle remarquable.
Seulement, il y a quatre ans, en 1963, elle a été opérée d'une tumeur au cerveau. L'opération a réussi, mais les chirurgiens n'ont pas pu refermer la boîte crânienne. Ils lui ont posé à la place une prothèse en plastique. Le dossier de soeur Félicité fait état, à cette époque, de plusieurs congés de maladie pour des migraines incoercibles. Elle a même, six mois après, dû faire un séjour dans une maison de repos. Mais en sortant, elle a demandé et obtenu de réintégrer son poste...

Cette fois, pour le docteur Kübler, tout est clair. Souffrant atrocement des suites de son opération, soeur Félicité a dû être soignée par des drogues, genre morphine, et elle y a pris goût.
En même temps, son cerveau dérangé l'a entraînée à des comportements de plus en plus aberrants... Il faut immédiatement mettre un terme à cette situation !

25 avril 1967. Dans son bureau, le commissaire Hoffmann interroge soeur Félicité, infirmière chef de l'hospice gériatrique... Le commissaire Hoffmann n'est pas à l'aise. D'abord parce que c'est la première fois qui'l a affaire à une religieuse et ensuite parce que les déclarations du docteur Kübler, qui ont motivé son intervention, sont probablement incroyables.

Soeur Félicité toise le policier sans aucune gêne. Elle a l'air tout à fait sûre d'elle-même.

- Voyez-vous, ma soeur, le docteur Kübler m'a dit certaines choses... Enfin, il m'a tenu des propos graves à votre sujet.

Soeur Félicité lance au commissaire Hoffmann un regard direct :

- Vous voulez parler des petits vieux que j'ai aidés à passer ?
- Aidés à passer !...
- Oui. Tantôt, c'était une piqûre d'insuline, tantôt je leur demandais de respirer très fort et je leur faisais avaler un verre d'eau. Ils s'étouffaient immédiatement... Vous comprenez, ils faisaient quelque fois tellement de bruit la nuit !

Le commissaire Hoffmann considère la religieuse... Son regard sans grâce est très calme, comme si elle était soulagée d'avouer, comme si elle attendait depuis longtemps que tout cela se termine ainsi.

- Et l'argent avec lequel vous vous achetiez ces articles de luxe ?

Soeur Félicité hausse les épaules.

- Après leur mort, je fouillais dans leurs affaires. Les pensionnaires sont riches, vous savez. Les héritiers ne se sont aperçus de rien ; en tout cas, ils n'ont rien dit.

Soeur Félicité a été, bien sûr, arrêtée... A Schaffhouse, le scandale a été énorme, à la mesure de la réputation de l'hospice gériatrique. La suite de l'enquête a établi qu'elle n'avait pas moins de trente meurtres à son actif. Elle s'était approprié des sommes représentant plusieurs centaines de milliers de francs suisses de l'époque, une fortune ! Depuis son opération, elle avait fait des achats massifs de stupéfiants dans toutes les pharmacies de la région à l'aide d'ordonnances qu'elle avait dérobées à l'hôpital.
Soeur Félicité n'a pas été jugée. Les psychiatres l'ont reconnue irresponsable et elle a été internée. Avec ses migraines incoercibles et son crâne en plastique, comment en aurait-il été autrement ? Souhaitons seulement pour elle que, s'il lui est arrivé de crier la nuit, l'infirmière chef ait été patiente.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Mar 16 Mai - 21:04

ITINERAIRE D'UNE MEURTRIERE

Peu de criminels ont eu une enfance heureuse, mais celle d'Aileen Wuornos dépasse tout ce qu'on peut imaginer dans la noirceur et dans le drame !

Elle naît le 29 février 1956, sous le nom d'Aileen Pittman, à Rochester, Michigan. Elle a un frère aîné, Keith, d'un an plus âgé qu'elle. Sa mère, Diane, est très jeune, presque adolescente : elle a 15 ans au moment de son mariage. Son père, lui aussi, est jeune, mais c'est peu de chose par rapport au reste ! Leo Dale Pittman est un pédophile psychopathe. Aileen ne le connaîtra jamais. Au moment de sa naissance, il purge une peine pour viol et tentative de meurtre sur un garçon de 8 ans. Par la suite, il ne cesse de faire des allées et venues entre la prison et l'hôpital psychiatrique, jusqu'au moment où il meurt, poignardé dans sa cellule par un codétenu. Aileen a alors 13 ans. Sam ère ne se sent plus la force de continuer de les élever, son frère et elle, et les confie à sesparents, Lauri et Britta Wuornos... Jusqu'à présent la vie d'Aileen n'était pas rose, elle va devenir un enfer.

Si le couple adopte légalement les deux enfants, dont le nom de famille devient, désormais, Wuornos, c'est bien tout ce qu il fait pour eux. Le grand-père est violent, spécialement avec Ailenn. Il la bat fréquemment, il lui reproche l'air qu'elle respire et l'accuse d'avoir gâché la vie de sa fille en naissant. La grand-mère est alcoolique. Aileen et Keith la détestent et tentent de la faire brûler dans son sommeil, avec des chiffons imbibés d'huile et d'essence. A partir de ce moment, elle les poursuit de sa haine et l'atmosphère devient encore plus irrespirable à la maison.

Aileen fait des fugues, seule ou avec son frère, avec lequel elle a certainement, même si ce n'est pas prouvé, des relations sexuelles. Il y a déjà longtemps qu'elle se donne aux garçons.
Elle a commencé du temps où elle était avec sa mère. Elle s'est prostituée dès 11 ans, pour des cigarettes, ce qui lui a valu le surnom de "cochonne aux cigarettes" et le mépris de tout le monde, les garçons comme les filles. En outre, avec les années, en plus de ses désordres sexuels, son caractère s'aigrit, elle devient colérique, violente. On ne compte plus ses crises en tout genre.

A l'âge de 14 ans, elle tombe enceinte, déclarant que sa grossesse est la conséquence d'un viol par un inconnu. Elle donne naissance, en mars 1971, à un garçon, à la Maison des mères célibataires de Détroit. L'enfant est immédiatement placé, pour être adopté. Cette épreuve, Aileen la traverse seule. Un médecin avise ses grands-parents de la nécessité de faire suivre la jeune fille, mais ils ne l'entendent pas ainsi. Ils sont furieux contre elle et ne croient pas à la thèse du viol. Ils la considèrent comme une dévergondée et le lui répètent à longueur de journée.

Britta, la grand-mère, ne le répète pas longtemps. Elle est parvenue au dernier degré de l'alcoolisme et elle meurt, trois mois plus tard, d'une cirrhose du foie. La conséquence ne se fait pas attendre. Le grand-père, Lauri, n'a pas la moindre envie d'élever seul les deux enfants et il les jette à la rue sans autre forme de procès.


Aileen Wuornos n'a pas encore 15 ans et, pour elle, c'est le début d'une chute sans fin. Elle quitte définitivement l'école. Elle est sans argent, sans éducation, sans rien connaître au monde du travail. Keith est son seul lien avec la réalité. Tous deux tentent de revenir chez leur mère. Mais celle-ci est effrayée de découvrir à quel point ils ont changé et elle n'accepte de les reprendre que s'ils se plient à sa discipline. Pour le frère et la soeur, il n'en est pas question : ils préfèrent s'enfuir.

Ils mènent une vie errante, allant de ville en ville en auto-stop et dormant dans les bois ou dans des voitures. Elle devient "prostituée à temps plein", comme elle le dira elle-même plus tard. C'est elle qui les fait vivre tous les deux, avec les quelques dollars qu'elle gagne. Elle n'a pas grand succès auprès des hommes. Elle n'est pas vraiment laide, mais avec ses cheveux blonds tout raides et son air renfrogné, elle a quelque chose d'ingrat et de dur. Cela dure plusieurs années, jusqu'à ce que Keith décide de s'engager dans l'armée. Elle a 18 ans, elle est maintenant complètement seule et elle bascule dans la délinquance.


Quelques semaines après ce départ de Keith, elle est interpellée pour conduite en état d'ivresse, comportement contraire aux bonne moeurs et tir au pistolet à partir d'un véhicule. Quelques semaines plus tard encore, elle est arrêtée pour voies de fait et trouble à l'ordre public, après avoir provoqué un esclandre dans un bar et avoir lancé une boule de billard à la tête du barman.
Dans les deux cas, elle s'en tire avec du sursis.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Mer 17 Mai - 0:56

En 1976, année de ses 20 ans, surviennent plusieurs événements. Son grand-père se suicide, ce qui ne suscite chez elle que soulagement. Mais l'autre décès, qui arrive peu après, l'affecte profondément : son frère Keith meut d'un cancer foudroyant, à 21 ans seulement. Il avait placé une assurance-vie à son nom de 20 000 dollars. Cette somme importante pourrait permettre à Aileen de commencer une nouvelle vie. Mais elle la dilapide en quelques mois.

A la fin de la même année, se produit un événement qui pourrait tourner pour elle de manière plus favorable encore. En faisant de l'auto-stop, comme elle en a l'habitude, elle fait la connaissance de Lewis Grass Feel. L'homme est âgé, il a 69 ans, mais il est riche et fait partie des notables de la petite ville de Floride où il habite. Il est immédiatement séduit et lui propose le mariage. Elle accepte et la voilà installée chez lui. Mais alors qu'elle devrait se tenir tranquille et profiter de l'aisance miraculeuse qui lui tombe du ciel, elle est incapable de rompre avec ses habitudes. Elle fréquente le bar local, elle est impliquée dans plusieurs altercations et, comme son mari lui fait des reproches, elle le frappe avec sa propre canne. Celui-ci demande et obtient le divorce. Leur union n'a pas duré dix semaines !

Tout reprend donc comme avant pour Aileen : une vie minable, alternant les liaisons sans lendemain et la prostitution, qui est son quotidien. Elle est toujours aussi violente, et ses délits s'aggravent. Le 20 mai 1981, elle est arrêtée en Floride, pour l'attaque à main armée d'une petit commerce. Elle est condamnée à une peine d'un an de prison ferme, qu'elle accomplit entièrement. Dès sa sortie, elle est de nouveau arrêtée, après avoir tenté de déposer des chèques falsifiés dans une banque. Emprisonnée et libérée de nouveau, elle est plusieurs fois suspectée de vol d'armes à feu, mais bénéficie du doute.
Une chose est certaines, pourtant : à partir de ce moment, elle ne se déplace plus qu'armée, ce qui, aux Etats-Unis, est légal.


Les années passent dans la même grisaille et c'est au cours de l'année 1985 que se produit le grand événement de sa vie. Ce soir-là, Aileen Wuronos se trouve dans un bar gay de Daytona. Cela lui arrive de temps en temps, il y a des moments où elle est totalement dégoûtée des hommes et où elle n'a pas envie de travailler. Elle est au bar, en train de finir sa bière, lorsqu'une voix s'élève à côté d'elle.

- Si tu veux, je t'en offre une autre...

Aileen Wuornos se retourne. Celle qui vient de parler est jeune, environ 25 ans, mais d'un physique sortant pour le moins de l'ordinaire. C'est une grande rousse aux allures de camionneur. Aileen la considère avec méfiance et hostilité :

- Pourquoi est-ce que tu m'offres une bière ?
- Parce que cela me fait plaisir.
- Tu es lesbienne, c'est ça ?
- T'occupe pas. Ca me fait plaisir, je te dis.

Aileen Wuornos finit par accepter et elles se mettent à discuter. Elle apprend que sa nouvelle connaissance s'appelle Tyria Moore et qu'elle est femme de ménage dans un hôtel. A la fin de la soirée, Aileen Wuornos accepte de la suivre chez elle. De toute façon, elle ne sait pas où coucher, alors ! Et puis, avec une femme, elle n'a pas peur...

Contrairement à ce qu'on pouvait attendre et à ce qu'imaginait Aileen elle-même, c'est le début d'une grande passion.
Aileen n'avait pourtant jamais eu de penchant homosexuel, mais elle a fini par prendre les hommes en horreur. Il faut dire que, dasn ses activités de protituée, leplus souvent en auto-stop, elle n'a rencontré que les pires d'entre eux : des êtres grossiers, violents, libidineux, pervers.

De son côté, Tyria Moore partage ses sentiments. Elle n'a pas connu les mêmes épreuves qu'Aileen et sans doute est-elle touchée par cette femme blessée par la vie, qui fait face comme elle peut. Mais les sentiments n'ont pas besoin d'explication : c'est ainsi, c'est tout. Tyria quitte son métier de femme de ménage et elles vivient ensemble de manière itinérante, sur les routes de Floride, l'Etat qu'elles préfèrent toutes les deux. Aileen, comme elle l'avait fait avec son frère, assure le quotidien de leurs revenus par la prostitution.


Pendant quatre ans, elle ne se quittent pas, fréquentent des motels misérables, quelquefois couchant dans des granges et dans des bois. Cela ne les empêche pas de verser de temps en temps dans la délinquance. Aileen, en particulier, reste hyper-violente. En juillet 1987, la police retient les deux femmes pour interrogatoire à la suite d'une bagarre dans un bar et coups et blessures avec des bouteilles de bière. L'année suivante, Aileen est accusée d'avoir agressé un chauffeur dans un bus. L'incident reste mineur et elle n'est pas inquiétée, mais les choses auraient bien pu mal tourner, car il ne faut pas oublier qu'elle a dans son sac un revolver, dont elle ne se sépare jamais.

C'est le 30 novembre 1989 que tout bascule. Cette nuit-là, Aileen fait du stop sur une petite route du comté de Volusia. Cela fait des heures qu'elle attend et pas une voiture ne s'arrête. Enfin un gros break se range près d'elle. L'homme baisse la vitre du passager, la dévisage un moment et dit seulement :

- Monte !

Il est bâti comme un colosse, mal rasé, il est tout sauf attirant, mais la jeune femme n'a pas le choix, elle s'exécute... A la première intersection, il quitte la route, s'engage dans un petit bois et coupe le moteur. Aileen Wuornos demande :

- Qu'est-ce que tu veux que je te fasse ?

Au lieu de répondre, il se jette sur elle tout en ouvrant la boîte à gants. Il s'empare d'un cordelette et elle se retrouve les mains liées par devant. Il a un ricanement.

- Les putes, c'est marrant, elles m'excitent, mais en même temps j'ai envie de leur faire mal ! Ne bouge pas...

Il la quitte pou aller chercher quelques chose dans le coffre... Aileen Wuornos ne perd pas son sang-froid. L'homme ne s'est pas méfié. Il a laissé son sac près d'elle. A l'intérieur, il y a son revolver et, même avec les mains attachées, elle peut s'en servir sans problème. Quand il revient, elle le brandit et tire. Il fait un grand bond en arrière, elle sort et tire encore, jusqu'à ce qu'il ne remue plus. Elle se détache et le laisse là, non sans avoir pris les 500 dollars qui se trouvaient dans son portefeuille. Elle démarre et abandonne la voiture non loin du motel où elles sont avec Tyria.
Elle a maintenant retrouvé tout son calme. Elle jette l'argent sur le lit. La grande rousse a un cri de satisfaction.

- Eh bien, dis donc, ils ont été généreux, aujourd'hui !
- Il y a des fois, comme ça...

Les jours suivants, tout en continuant sa vie itinérante avec sa compagne, à qui elle a décidé de cacher la vérité, elle suit l'enquête dans les journaux. La victime a été tuée de plusieurs balles dans le coeur et les poumons. La police du comté de Volusia n'a pas de piste, elle pense au crime crapuleux d'un auto-stoppeur. Aileen apprend aussi que l'homme, Bill Hornett, gérant d'un magasin d'électronique, avait été condamné pour viol et coups et blessures. Elle est certaine d'avoir échappé au prie, peut-être à la mort.
Mais elle pense aussi aux 500 dollars. Elle n'avait jamais rapporté autant d'argent en une seule soirée. Et, peu à peu, naît en elle l'idée de recommencer. Cette fois, il ne s'agira pas de se défendre, mais de tuer pour de l'argent.

Elle ne met pas six mois pour passer à l'acte. Le 19 mai 1990, Charles Humphrey, 56 ans, ancien commandant de l'U.S. Air Force, est retrouvé mort, dans le comté de Marion. Il a reçu six balles dans la tête et le torse. Sa voiture est découverte peu après, dans le comté voisin de Suwannee. De toute évidence, il s'agit d'un crime crapuleux d'auto-stoppeur, son argent liquide ayant disparu. Mais ainsi qu'Aileen Wuornos peut l'apprendre en lisant les journaux, la police de Marion est aussi désorientée que, précédemment, celle de Volusia. Alors, elle recommence et sans attendre !

Le 31 mai 1990, Charles Carskaddon, 40 ans, ouvrier de rodéo à temps partiel, est tué de neuf balles, dans le comté de Pasco. Devant la similitude des trois meurtres, une enquête groupée est décidée et confiée à la police de Miami. Le lieutenant Taylor, qui en est nommé responsable, décide d'employer les grands moyeux. Avec la collaboration des principaux médias de Floride, radio, télévision, journaux, il lance une campagne d'information, mettant les automobilistes en garde contre un dangereux auto-stoppeur criminel.

Malgré cela, les meurtres continuent. Le 10 juin, David Spears, 43 ans, ouvrier en bâtiment, est victime d'une agression exactement semblable : son corps criblé de balles est retrouvé en bordure de l'autoroute 19, dans le comté de Citrus. Pour le suivant, il n'y a pas de certitude, mais de fortes présomptions. Peter Siems, 65 ans, a quitté la ville de Jupiter, sur la côte est de la Floride, à destination du New Jersey, mais ni lui ni sa voiture ne seront retrouvés.

Bon, je continuerai demain. Là, j'ai un coup de barre. M'en vais faire dodo. .......
Sleep
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Mer 17 Mai - 19:10

"Cela ne s'arrête pas ! Troy Burress, 50 ans, vendeur de saucisses à Ocala, est découvert le 4 août 1990 dans un secteur boisé, en bordure de la route d'Etat 19, dépendant du comté de Marion. Il porte deux impacts de balle, tous deux mortels. Sa voiture sera découverte à son tour quelques jours plus tard.

Au siège de la police de Miami, règne une vive effervescence. Il est quasiment impossible à tout habitant de la Floride d'ignorer la présence d'un auto-stoppeur criminel. Pourtant, les conducteurs continuent à en prendre et de nuit, par-dessus le marché, période où, selon les autopsies, ont eu lieu les crimes.
Cela semble fou, invraisemblable, à moins que... C'est le lieutenant Taylor qui a l'intuition décisive, en faisant le point avec son équipe.

- Et si les automobilistes ne s'étaient pas méfiés, parce que l'auto-stoppeur leur semblait inoffensif ?
- Qu'est-ce que vous entendez par "inoffensif" ?
- Une femme, par exemple.
- C'est impossible ! Les tueuses en série, cela n'existe pas.
- Cela existe. C'est très rare, mais cela existe...


Le lieutenant Taylor ne tergiverse pas longtemps sur son hypothèse. Pratiquement au même moment, lui parvient un témoignage capital. Il s'agit d'une habitante d'orange Springs, qui a été témoin d'un accident de voiture. Le véhicule a quitté la route et a heurté violemment un muret. Deux femmes étaient à l'intérieur, une blonde et une rousse. Elle est allée voir si elles étaient blessées. Elles ne l'étaient pas. Elles l'ont suppliée de ne rien dire et elles se sont enfuies à pied.

La police de Miami se rend sur place et elle n'est pas déçue !
Les plaques d'immatriculation ont été changées, mais le numéro du châssis permet d'identifier le véhicule comme celui de Peter Siems, la victime non retrouvée. A l'intérieur, figurent deux types d'empreintes féminines, dont celles d'Aileen Wuornos, fichée par la police. L'autre n'est pas fichée, mais son physique si particulier permet d'en dresser facilement un portrait robot.
Les avis aux automobilistes désignent désormais des auto-stoppeuses, tandis que la police recherche activement les deux femmes. Elle ne tarde pas d'ailleurs à apprendre l'identité de la seconde : il s'agit de Tyria Moore, qui a été reconnue par ses anciens employeurs.

Pourtant, malgré cela, elles échappent aux poursuites et Aileen se permet même de récidiver. Le 19 novembre 1990, le corps en partie dénudé de Walter Antonio, 62 ans, est retrouvé près d'une route d'exploitation forestière, dépendant du comté de Dixie. Il a été tué de quatre balles. Sa voiture est retrouvée cinq jours plus tard, dans le comté de Brevard.
Tout a pourtant une fin. Le 7 janvier 1991, Aileen Wuornos est reconnue par le patron du bar de motards The Last Resort, dans le comté de Volusia. C'est elle, il est formel, mais il précise aussi qu'elle est seule. L'arrestation est décidée pour le lendemain et la police choisit d'employer la ruse. Il faut la faire parler, savoir en particulier où est Tyria Moore. Car, si les plus fortes présomptions pèsent sur elle, il n'y a pas de preuve véritable pour les meurtres. On n'a retrouvé ses empreintes que dans la voiture de Speter Siems, dont le corps est toujours introuvable ; dans les autres, elle a pris soin de ne pas en laisser...

Le soir suivant, deux policiers prenant l'apparence de motards (blouson de cuir, bottes, gros ceinturon) se rendent dans le bar.
Elle est attablée au comptoir, apparemment sans méfiance et elle est effectivement seule. Ils s'asseyent à côtoé d'elle.

- Salut ! On peut t'offrir une bière ?

Elle a un grognement en guise d'assentiment et la conversation s'engage. Mais elle ne dit pratiquement rien, elle se contente de boire. Les policiers constatent même avec stupeur qu'elle boit plus et qu'elle tient mieux l'alcool qu'eux. Au bout d'un moment, comprenant qu'ils n'arriveront à rien, ils l'arrêtent pour le vol de la voiture de Peter Siems, car dans l'immédiat, aucun autre chef d'accusation ne peut être retenu contre elle.
Interrogée, Aileen Wuornos refuse obstinément de dire où est Tyria Moore, mais ce ne sera pas nécessaire, car, le jour même, cette dernière est localisée chez sa soeur, à Scranton, en Pennsylvanie. Ramenée à Miami, elle est interrogée à son tour, mais il apparaît vite que non seulement elle est innocente des meurtres, mais qu'Aileen Wuornos les lui avait cachés. Elle n'a compris qu'à la publication de l'avis de recherche contre Aileen et elle. Elle a alors pressé sa compagne de questions, mais cette dernière est restée évasive. Récemment, elle lui a demandé de quitter la Floride et de se réfugier dans sa famille.


Comme il est fréquent aux Etats-Unis, la police lui propose un marché : obtenir les aveux d'Aileen Wuornos en échange de l'impunité. Tyria Moore hésite, elle a de réels sentiments pour Aileen, mais elle finit par céder.

- Ok. C'est d'accord. Qu'est-ce qu'il faut faire ?
- Lui téléphoner...

On lui fait appeler la prison d'Etat de Floride où Aileen Wuornos est incarcérée. Un matériel dernier modèle permet d'enregistrer la conversation... Celle-ci ne tarde pas à s'engager.
La voix de Tyria Moore est suppliante.

- Par pitié, Aileen, sauve-moi !
- Qu'est-ce qui t'arrive ? Où es-tu ?
- Dans un motel, en Floride. La police m'a conduite à Miami. Elle m'a relâchée, mais elle va m'arrêter encore, j'en suis sûre !
- Qu'est-ce qu'elle te reproche ?
- D'être ta complice pour les meurtres. Dis-leur que ce n'est pas vrai ! Dis-leur que c'est toit qui as tout fait !
- Je ne vois pas de quoi tu parles...
- Je t'en supplie ! Je suis innocente. Dis-leur que c'est toi et pas moi... Si tu m'aimes, Aileen...

Il y a un silence et puis :

- Ok, je leur dirai.


Aileen Wuornos raccroche. Tout a été enregistré, mais ce sera inutile. Le jour même, elle passe aux aveux complets, affirmant qu'elle a été victime de tentatives de viol et qu'elle n'a fait que se défendre.
Conformément aux bizarreries de la loi de Floride, Aileen Wuornos n'est pas jugée en une seule fois pour tous les meurtres, mais il se déroule plusieurs procès, les uns pour une seule affaire, les autres pour des affaires groupées.

Le premier procès, concernant Bill Hornette, celui qui avait tenté de l'agresser, s'ouvre le 14 janvier 1992. L'accusée prétend avoir été violée et n'avoir fait que se défendre et ses avocats rappellent le lourd passé judiciaire d'Hornett. Des psychiatres cité par la défense déclarent que Wuornos est instable mentalement et qu'ils on t diagnostiqué chez elle des troubles de la personnalité, avec des désordres mentaux assimilables à de la schizophrénie. Mais c'est le témoignage de Tyria Moore qui fait la plus grosse impression.

La jeune femme, qui bénéficie désormais de l'impunité, vient à la barre sans un regard pour son ancienne compagne. Et, tandis que celle-ci, totalement bouleversée, se prend la tête dans les mains, elle raconte son retour au motel après le crime.

- Elle n'était absolument pas émue. C'était comme si ce qu'elle avait fait était sans gravité. Elle a jeté les 500 dollars sur le lit et c'est tout.

Ces propos doivent sembler accablants aux jurés, car, le 27 janvier 1992, après une courte délibération, ils condamnent l'accusée à la peine de mort. En entendant la sentence, celle-ci est prise d'un de ses accès de violence. Elle se dresse dans le box :

- Je suis innocente ! J'ai été violée ! J'espère que vous serez violés, sacs à merde d'Amérique !

Le 31 mars 1992, Aileen Wuornos est jugée pour les trois meurtres de Charles Humphrey, Troy Burress et David Spears.
Cette fois, elle plaide coupable, mais cela ne change rien.
Toujours selon l'étonnante loi de Floride, elle est condamnée trois fois à la peine capitale. En juin de la même année, elle plaide de nouveau coupable pour le meurtre de Charles Carskaddon et se voit infliger la peine de mort pour la cinquième fois. En février 1993, enfin, elle est jugée pour le meurtre de Walter Antonio et condamnée une sixième fois à la peine capitale...
Ce sera tout. Même si elle avait volé sa voiture, aucune charge n'est retenue contre elle pour le meurtre de Peter Siems, dont on n'a pas retrouvé le corps.

Commence alors pour Aileen Wuornos l'épreuve des condamnés américains à la peine capitale : l'interminable attente dans le couloir de la mort. Son appel auprès de la Cour suprême des Etats-Unis est rejeté en 1996. En 2001, elle n'en peut plus de cette situation. Elle annonce qu'elle ne fera plus appel. Elle fait une requête pour se séparer de son avocat et arrêter tous les recours.
Peu après, le gouverneur de Floride Jeb Bush mandate trois psychiatres, pour un examen définitif. Leur conclusion est que la condamnée comprend qu'elle va mourir et pour quels crimes elle va être exécutée. Rien ne s'oppose à ce qu'elle subisse sa peine.

Durant cette période, Aileen Wuornos accorde une série d'entretiens au journaliste Nick Broomfield. On y retrouve ce mélange de puérilité et de violence qui la caractérise. Elle a cette formule sur sa mort prochaine :

- C'est comme un voyage avec des anges, à bord d'un vaisseau spatial...

Mais, à un autre moment, elle s'en prend vivement à son intervieweur :

- Vous m'avez cassée, toit, la société, les flics et le système. Une femme violée va être exécutée et servir à écrire des livres, à faire des films et de la merde !

Aileen Wuornos a été exécutée par injection létale, le 9 octobre 2002, à la prison d'Etat de Floride. Elle est dixième femme exécutée aux Etats-Unis, depuis que la Cour suprême a rétabli la peine capitale, en 1976, et la deuxième en Floride.
Elle a été incinérée, ses cendres ont été rapportées dans son Michigan natal et dispersées sous un arbre".
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Mer 17 Mai - 21:28

LA DERNIERE GUILLOTINE

- Mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien lui trouver tous à la Germaine ?

C'est une phrase qui revient souvent dans les conversations des habitantes de Baugé, un gros bourg à une trentaine de kilomètres de Saumur, dans le Maine-et-Loir... "Ils", ce sont les hommes, leurs maris, le plus souvent, et "la Germaine", c'est Germaine Leloy. Elle a tout juste 30 ans, en cette année 1947 et il faut bien reconnaître qu'elle ne paye guère de mine. Les cheveux bruns mal peignés, le visage rougeaud, les yeux inexpressifs, la taille enrobée, elle est le plus souvent vêtue comme l'as de pique et d'une propreté douteuse. Mais il faut croire qu'il n'y a pas besoin d'être une beauté fatale pour conquérir les hommes. Elle sait y faire, voilà tout, elle se montre aguichante, entreprenante et bien peu lui résistent.


Germaine Leloy est la femme du charbonnier de Baugé. Elle est issue d'une famille modeste et nombreuse. Après des études médiocres, qui lui ont tout juste permis de lire et écrire, elle a été bonne à tout faire dans plusieurs femmes, jusqu'au jour où elle a rencontré Albert Leloy... Lui non plus, ce n'était pas la richesse. IL venait d'un milieu presque aussi pauvre. Ils se sont mariés en 1936 et ils ont pris une ferme en location.
L'exploitation agricole leur a permis d'accumuler un pécule, avec lequel ils ont pu racheter, début 1947, le commerce de bois et charbon de Baugé. Oh, ce n'est pas mirobolant ! Une boutique exiguë, avec un petit logement attenant, un vieux camion fatigué pour faire les livraisons et le commis charbonnier, qui fait partie du lot, Raymond Boulissière, 18 ans, tout aussi défavorisé que ses patrons et moins instruit encore.

Mais ce n'est pas cela qui peut attendre l'enthousiasme d'Albert ! Tenir un commerce, c'est le rêve de sa vie. Alors, tant pis si ce n'est pas le plus grand ni le plus luxueux, tant pis si l'adresse du magasin - 40 rue du Cimetière - n'est guère engageante, il se lance à fond dans l'aventure. Il va travailler sans relâche, pour qu'ils aient des vieux jours heureux, Germaine et lui !

Germaine Leloy, justement, a une demande à lui faire, peu après qu'ils sont installés.

- Maintenant que nous voilà commerçants, il faudrait passer devant le notaire.
- Pourquoi faire ?
- Pour signer des papiers officiels, comme les bourgeois.

Albert Leloy n'en voit pas bien la nécessité, mais puisque cela fait plaisir à Germaine, il s'empresse de la satisfaire. Ils vont donc devant un notaire de Saumur et il faut un testament par lequel il lui lègue tous ses biens. Il prend, en plus, une assurance vie d'un montant de 50 000 francs.

Après quoi, il se met au travail avec acharnement. Il s'occupe des livraisons, quelque fois avec Raymond Boulissière, quelque fois sans lui ; il parcourt des centaines de kilomètres pour livrer son anthracite, se levant à l'aube et ne rentrant qu'à la nuit. Germaine, de son côté, reçoit les commandes dans le magasin. Pour cela, elle a, dit-elle, besoin de l'assistance du jeune Raymond. C'est la raison pour laquelle il n'est pas toujours avec son mari dans le camion.

Comme on peut s'en douter, l'assistance du commis n'est nullement nécessaire à Germaine, mais elle a jeté son dévolu sur lui et elle veut l'avoir à ses côtés, pour son entreprise de séduction. Ce n'est, d'ailleurs, pas bien difficile. Le jeune homme, qui a douze ans de moins qu'elle et qui est un peu simple d'esprit, n'est pas en mesure de repousser ses avances. Ils deviennent amants.
Elle n'en prend pas d'autre. Avec son mari, elle n'a jamais été affectueuse, mais son caractère s'aigrit encore. Quand il revient, épuisé, de ses tournées, elle n'a pas de mot trop méprisant pour lui.

- Un gagne-petit, un minable : voilà ce que tu es !

Albert Leloy est, au contraire, vivement épris de sa femme. Il est bien au courant de quelques rumeurs concernant son infidélité, mais il n'a jamais voulu y croire.

- Je t'assure que je fais ce que je peux...
- Parce que tu penses qu'avec ce que tu rapportes, je peux m'acheter des bijoux ou des robes ?
- Tu en auras, je te le promets.
- Avec toi, c'est toujours plus tard !

Et ce sont des cris, quelquefois des assiettes cassées qui résonnent dans le petit logement de la rue du Cimetière...
Mais si ces scènes étaient courantes depuis des années, cette fois, Germaine va plus loin. Quand son mari n'est pas là, elle se met à parler à Raymond Boulissière.

- Si Albert cassait sa pipe, ça nous arrangerait bien !
- Il ne faut pas dire ça.
- Imagine un peu : tu deviendrais le patron !

Le jeune homme est totalement sous la coupe de sa maîtresse, mais il est quand même effrayé par le tour de la conversation.
- De toute manière, monsieur Albert se porte bien.
- On pourrait changer ça...
- Ne compte pas sur moi !
- Je ne te demande rien. Je me chargerai de tout...

Et, jour après jour, Madeleine revient à la charge auprès de son jeune amant. Pour elle-même, elle est déterminée, mais elle se rend compte que, s'il avait un rôle actif, il risquerait de flancher. Ce qu'elle veut, c'est son silence... Au début, elle parle d'empoisonnement. Et puis, elle change d'avis.

- J'ai trouvé un plan ! Je l'ai mis au point et tout colle. Tu n'auras qu'une seule chose à faire.
- Je ne veux pas devenir un criminel !
- Qui te parle de ça ? Il s'agit de presque rien. Ecoute...


10 décembre 1947. Il est 23 h, lorsqu'on tambourine au 42 rue du Cimetière, une maison contiguë au commerce de bois et charbon. Les voisins ouvrent et se trouvent en face de Germaine Leloy.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Mon mari a été assassiné ! Prévenez vite les gendarmes...

Ceux-ci ne tardent pas à arriver et découvrent une scène particulièrement atroce. Albert Leloy est dans la chambre, gisant sur le lit, le visage tourné vers le mur. Sa tête baigne dans le sang. Il a une ouverture béante au sommet du crâne et une autre sur le côté droit de la tête. Sang et matière cérébrale maculent le mur, tout comme le bois du lit. Il n'y a pas de sang sur les draps, ce qui laisse à penser qu'il ne s'est pas débattu et qu'il a été tué dans son sommeil. Les vêtements de la victime sont posés sur une chaise... Sa femme leur raconte ce qu'il s'est passé.

- Un peu avant 23 h, je cousais et mon mari somnolait, lorsqu'on a frappé à la porte donnant sur la rue. Je n'ai pas ouvert, mais mon mari m'a dit de le faire.
- Il ne dormait pas ?
- Je suppose que ça l'a réveillé... J'ai ouvert et un inconnu s'est précipité sur moi. Il m'a renversée, puis il s'est dirigé dans la chambre d'Albert.

Germaine s'interrompt quelques instants avant de reprendre son récit... L'homme a sorti une hachette. Elle ne l'a pas suivi dans la chambre, mais elle a entendu qu'il frappait des coups. L'homme est revenu peu après. Il lui a dit avec violence :

- Donne-moi les économies du ménage !

Elle a tenté de refuser, mais il a sorti alors un canif et lui a porté deux coups, au front et à la joue.

- Si tu n'obéis pas, je te crève les yeux !

Terrorisée, Germaine Leloy a plongé la main dans le portefeuille de son mari, d'où elle a extrait une dizaine de milliers de francs.

- Tu te moques de moi ? Je veux beaucoup plus !

Alors, elle lui a remis le contenu d'une boîte métallique cachée dans une armoire, soit environ 90 000 francs. A ce moment, elle a tenté de s'enfuir, mais elle s'est retrouvée face à face avec un autre individu, qui l'a menacée avec un revolver. Puis, le meurtrier s'est enfui, avec son complice.

Les gendarmes, qui ont écouté en silence, posent pour la première fois une question :

- A quoi ressemblaient les agresseurs ?
- L'assassin avait une quarantaine d'années, il faisait environ 1,70 m, il avait les cheveux gris. Il portait une canadienne noire, avec un col très abîmé et une casquette.
- Et le complice ?
- Je ne sais pas, je ne l'ai pas vu assez. Tout ce que je peux dire c'est qu'il n'étaient de Baugé ni l'un, ni l'autre.

Voilà... C'est ce récit abracadabrant qui constitue le "plan" de Germaine Leloy. Malgré sa mauvaise réputation conjugale, un empoisonnement aurait eu des chaces minimes de passer inaperçu, tandis que ce scénario n'est pas crédible un seul instant. Les gendarmes constatent, en outre, que, si Germaine Leloy porte bien deux estafilades verticales au front et à la joue, elle n'est ps décoiffée et que ses vêtements ne sont pas même froissés.

Le juge d'instruction arrive peu après rue du Cimetière. Lui non plus n'est pas dupe. Il remarque l'absence de trace de lutte dans la maison. D'autre part, aucun meuble n'a été fouillé. Germaine Leloy ne cesse de crier :

- Mon pauvre Albert, mon argent !

Mais son ton sonne faux et elle ne verse aucune larme.

Le juge fait quand même son travail. Il ne veut laisser aucune piste inexplorée. Il recherche des individus étrangers à Baugé, qui se trouveraient dans la région et fait procéder à plusieurs interpellations dans les hôtels des environs. Deux hommes paraissant suspects sont arrêtés. Germaine Leloy est convoquée pour les identifier, mais elle nie les avoir jamais vus.

Pendant ce temps, on interroge Raymond Boulissière. Le jeune homme est absolument terrorisé de se trouver devant les gendarmes.

- Ce n'est pas moi ! Je n'ai rien fait.
- Onne dit pas que c'est toi. Mais parle-nous de madame Leloy. Tu l'aimes bien, madame Leloy...

Le commis nem et pas plus de quelques minutes pour reconnaître qu'il est l'amant de sa patronne. A partir de là, il avoue facilement le reste.

- Elle m'a demandé de cacher l'argent.
- Les économies du ménage ?
- Oui.
- Où elles sont ?
- Dans mon lit.

On retrouve, effectivement, sous son matelas, chez sa mère où il vit, 86 590 francs. Quant à la hachette, elle est dissimulée sottement dans le camion du charbon. Il ne fait plus de doute que c'est Germaine qui a tué son mari. Le seul point à éclaircir est l'importance du rôle de Raymond Boulissière.

Amenée chez les gendarmes, Germaine Leloy est interrogée sans relâche. Elle nie farouchement. Elle avoue ses relations adultérines avec le commis, mais c'est tout. Puis, les questions se faisant deplus en plus pressantes, elle reconnaît le meurtre, mais elle charge Raymond : c'est lui qui a tué son mari, elle-même n'a été que complice. Les gendarmes n'y croient pas, il n'aurait pas tenu le coup psychologiquement et ils le lui disent. Alors, elle accuse un de ses anciens amants, un fermier de Baugé,ce qui laisse tout aussi incrédules ses interlocuteurs. Enfin, elle craque : elle avoue avoir agi seule.


Le 10 décembre, elle a donné à son amant les économies du couple, qu'il a cachées dans sa chambre. Le lendemain, un peu avant 23 h, alors qu'Albert dormait à poings fermés, elle lui a asséné deux coups de hachette sur la tête. Ensuite, elle s'est coupé le visage avec un rasoir, elle a lavé la hachette et est allée la cacher dans le camion. Après, elle a été prévenir les voisins.

Nous sommes le 13 décembre, il n'y a pas deux jours que le crime a eu lieu et l'enquête est déjà terminée ! Germaine Leloy est arrêtée, de même que Raymond Boulissière. Ils sont écroués à la maison d'arrêt de Saumur.

Leur procès a lieu un an plus tard, le 26 novembre 1948, devant la cour d'assises d'Angers. Les faits sont si clairement établis que les débats sont prévus pur durer seulement un jour, chose exceptionnelle dans une affaire de cette gravité. La culpabilité de Germaine Leloy ne fait aucun doute, le seul point pouvant faire débat est la part prise par Raymond Boulissière.
Mais les psychologues sont particulièrement clairs à ce sujet : si l'accusée est peu intelligent, lui est proche de la débilité et il était totalement dominé par elle. Il n'a pu avoir qu'un rôle de comparse.

Le défenseur de Germaine, maître Loison, tente bien d'obtenir l'indulgence du jury, mais en vain et, à l'issue d'une rapide délibération, elle est condamnée à mort, tandis que Raymond Boulissière se voit infliger dix ans de prison... Cinquante ans exactement plus tard, dans une interview au quotidien régional La Nouvelle République, , l'avocat reviendra sur l'impossibilité de sa tâche :

"C'était un vrai bonhomme, cette femme-là, une vraie brute, il faut bien le reconnaître !"

Le pourvoi en cassation est refusé et, le 20 avril 1949, le recours en grâce est rejeté par le président Vincent Auriol. Il choisit, selon l'expression officielle, de "laisser la justice suivre son cours". C'est une décision très étonnante. Les femmes sont souvent graciées et les crimes passionnels bénéficient traditionnellement de l'indulgence. On peut penser que la brutalité du meurtre a joué contre la condamnée, même si Christine Papin, dont il est question dans cet ouvrage, avait, avec sa soeur Léa, commis un crime plus horrible encore et avait été graciée par Albert Lebrun.

Mais il ne sert à rien de se poser ces questions. Un président de la République n' pas à donner les raisons de son acceptation ou de son refus de la grâce et aucun ne l'a jamais fait...

La guillotine est dressée dans la prison d'Angers et, le 21 avril 1949 à l'aube, Germaine Leloy est réveillée par les autorités. En prison, elle s'est beaucoup rapprochée de la religion et elle connaît une fin très digne. L'adjoint du bourreau Desfournaux écrira plus tard :

"Elle nous parlait d'une voix douce, on était tous émus. Je lui ai coupé sa chevelure, puis, quand j'ai donné des coups de ciseaux dans son corsage pour dégager ses épaules, mais pas trop bas pour qu'on ne voie pas sa poitrine, j'ai vu qu'elle avait dissimulé des images pieuses.Malgré le règlement, on les lui a laissées. Elle est morte en murmurant des prières."

Telle fut la fin de Germaine Leloy et elle l'a fait entrer pour toujours dans les annales criminelles ; elle est la dernière femme guillotinée en France."
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 18 Mai - 14:19

LE MARTYRE DE JENNIFER

Nous sommes le 9 mai 1987. Un homme et une femme d'une trentaine d'aannées, Craig et Kathy Bush, arrivent devant les urgences de l'hôpital de Fort-Lauderdale, en Floride. La femme est blonde comme les blés et rès corpulente, l'homme n'a pas de signe particulier, si ce n'est qu'il tient serrée contre lui une petite forme emmitouflée dans une couverture : leur fille Jennifer, âgée de 6 mois.

Dans l'hôpital, compte tenu de l'état de l'enfant, qui est toute rouge de fièvre et qui respire avec difficulté, un médecin les prend immédiatement en charge.

- Que s'est-il passé ?

C'est la femme qui répond :

- Nous l'avons trouvée comme cela ce matin. Nous avons préféré vous l'amener tout de suite.
- Vous avez bien fait...

Le docteur procède à un rapide examen.

- Nous allons la mettre sous oxygène.
- Vous savez ce qu'elle a ?
- Pas encore. Il faut d'abord s'occuper de son insuffisance respiratoire...

Tandis qu'une infirmière s'empare de la fillette, le praticien se veut rassurant :

- Ne vous inquiétez pas. On va trouver et la guérir !

Mais le médecin se trompe. On n'est pas près de trouver. Ce qui vient d'arriver n'est que le début d'une longue et épouvantable histoire. Le calvaire de Craig et Kathy Bush vient juste de commencer. Sans parler de celui de Jennifer. Et, dans son cas, ce n'est pas de calvaire qu'il faut parler, c'est de martyre !

Nous sommes à présent le 18 août 1994. Sept ans ont passé depuis la première hospitalisation de Jennifer. Pendant ces sept ans, elle a connu leplus affreux des drames. Elle n'a cessé de souffrir de maladies mystérieuses à répétition. Elle a été hospitalisée plus de deux cents fois et a subi quarante opérations graves, avec ablation de la vésicule biliaire, de l'appendice et d'une partie des intestins ! Et tout cela, sans résultat ou, du moins, sans découvrir la nature de son mal.

Indépendamment de ce que cela représente pour l'enfant, la situation pose aux parents un terrible problème matériel. Kathy et Craig Busch sont des gens modestes. Lui est mécanicien dans un garage ; elle n'exerce plus de profession depuis 1993. Avant, elle était secrétaire médicale, mais l'état de santé de Jennifer l'occupe à plein temps.

Or, aux Etats-Unis, même s'il y a eu des améliorations depuis, la Sécurité sociale est loin d'être ce qu'elle est chez nous. Elle est pratiquement réservée aux nécessiteux. Les autres doivent souscrire des assurances personnelles très coûteuses. Des gens comme les Busch n'en ont pas les moyens et se ruinent en soins. Voulà pourquoi Craig et Kathy ont pris l'initiative d'écrire à la Maison blanche. Ils ont raconté leur drame aux autorités du pays et Hilary, la femme du président Clinton, qui est favorable à une extension de la Sécurité sociale, les a invités personnellement. Elle a fait de Jennifer le porte-drapeau de cette cause généreuse...

L'événement, qui a lieu sur le perron de la Maison Blanche, a déplacé les principales chaînes de télévision du pays. La première dame des Etats-Unis reçoit lapetite fille, maintenant âgée de 7 ans et demi. Jennifer toute mignonne dans sa robe d'été, un peu frêle, peut-être, lui tend un tee-shirt rose avec l'inscription : "Les amis de Jennifer". Elle prend la parole d'une voix intimidée :

- S'il vous plaît, Madame, voulez-vous donner ce tee-shirt au Président ? Comme ce la chaque matin, il pensera à tous les enfants qui sont dans mon cas.

Hilary Clinton a un sourire et, tandis que scintillent les flasches et que ronronnent les caméras, elle prend Jennifer dans ses bras pour lui donner un baiser.

Après le départ d'Hilary, les journalistes se précipitent vers le couple Bush... C'est la mère qui leur répond, le père se tient en retrait ; il doit être plus timide ou plus réservé. Kathy Bush, au contraire, occupe le devant de la scène avec assurance. Elle ne semble nullement gênée par son obésité, comme c'est courant aux Etats-Unis.

- La santé de Jennifer me préoccupe depuis sa naissance. J'ai consulté des dizaines de médecins, elle a subi des tas d'opérations, mais sans amélioration du tout.
-Qua exactement Jennifer, madame Busch ?
- Elle a sans arrêt des troubles digestifs, des nausées, des vomissements et puis d'autres malaises tout aussi inquiétants.
- Mais de quelle maladie s'agit-il ?

Kathy Bush pousse un profond soupir.

- Si nous le savions...
- Vous n'avez pas consulté de spécialistes ?
- Vous pensez bien ! Les meilleurs de tous les Etats-Unis. Nous avons dû parcourir le pays de long en large pour les rencontrer. Cela n'a servi à rien, mais nous a coûté une fortune.
- Justement. A combien estimez-vous les sommes que vous avez dépensées pour votre fille ?
- Nous avons fait nos comptes, mon mari et moi. En huit ans, cela fait trois millions de dollars. Et ce n'est pas fini, malheureusement !

Trois millions de dollars de 1994, c'est rois millions d'euros d'aujourd'hui ! Ce chiffre est répété par les médias de tout le pays. La réaction est unanime : il faut faire quelque chose pour les Bush, qui vient un véritable enfer et, en particulier, pour Kathy, cette mère admirable !

Du jour au lendemain, c'est la célébrité pour le couple et leur petite fille. Une association est créée : "Les amis de Jennifer", qui a pour programme la réforme immédiate de la Sécurité sociale. Elle recueille des centaines de milliers de signatures. Des tee-shirts semblables à celui remis à la femme du président sont fabriqués en masse, ainsi que des posters représentant le visage de la fillette.

Mais parallèlement, une souscription est organisée et elle obtient un succès plus grand encore. Les dons de tout le pays affluent vers la modeste maison de Fort-Lauderdale. Aux journalistes qui les interrogent, les Bush restent discrets sur le montant. Mais on peu s'apercevoir bientôt qu'il couvre beaucoup plus que les dépenses de santé. Le couple ne tarde pas à s'acheter une villa de star, avec piscine grand modèle. Dans le garage, sont rangées deux voitures de luxe et un modèle d'Harley Davidson plutôt cher.

Mais après tout, pense l'opinion, ce n'est qu'une compensation méritée. Jennifer a un cadre de vie plus agréable. C'est bien normal, avec toutes les souffrances qu'elle a endurées.

Malheureusement, l'enfant n'en profite pas longtemps. En avril 1995, peu après l'emménagement dans la luxueuse demeure, sa santé s'aggrave brusquement. Elle est soignée de nouveau, à l'hôpital principal de Fort-Lauderdale pour une affection toujours aussi inquiétante et mystérieuse. Mais cette fois, les choses se passent encore plus mal que d'habitude. Malgré les soins intensifs qui lui sont prodigués, son état ne s'améliore pas. Elle gît, de plus en plus pâle, sur son oreiller. C'est incompréhensible, inexplicable ! A moins que...

Peggy Palmer, l'infirmière en chef, est une personne qui a la tête sur les épaules. Cela fait plus de trente ans qu'elle fait ce métier et elle n'a jamais vu une chose pareille. Ces rechutes à répétition ne correspondent à rien. Elle veut comprendre ! Alors, elle fait ce que personne n'avait fait avant elle : elle examine de fond en comble tout ce qui entoure la malade c'est-à-dire son lit, ses médicaments, ses instruments de soins. Et c'est en retirant de son bras la sonde intraveineuse destinée à la nourrir qu'elle pousse un cri :

- Mon Dieu !

Ce qu'elle vient de découvrir est proprement terrifiant : ce sont des traces d'excréments. Il est absolument impossible qu'il s'agisse d'une faute du personnel soignant. C'est volontairement qu'on a introduit ces matières sur la sonde, ce qui aurait pu entraîner une infection mortelle. Mais qui a pu faire cela ?

Qui ?... En y réfléchissant, il n'y a qu'une seule réponse à cette question !... Peggy Palmer court chez le directeur de l'hôpital, qui ne peut en croire ses oreilles.

- Une chose pareille dans mon établissement, c'est insensé !
- Je crois que votre établissement n'y est pour rien, Monsieur.
- Comment cela ?
- Les mêmes faits ont dû se produire dans tous les hôpitaux où est allée Jennifer.
- Vous ne voulez pas dire que... ?
- Si, Monsieur. Maintenant que j'y repense, Jennifer a eu des poussées de fièvre tout de suite après le passage de sa mère.
- Madame Bush, cette femme admirable ! C'est elle que vous accusez d'être un monstre ? Vous insinuez qu'elle tue sa fille à petit feu pour se faire de l'argent ?
- Je n'insinue rien du tout, Monsieur. Je parle de ce que j'ai vu. Et je parle d'une enfant qui est peut-être en danger de mort !

Le directeur est devenu tout pâle.

- Vous avez raison : il faut prévenir la police. Je m'en charge. Il faut le faire discrètement. Vous vous rendez compte du scandale si ce n'est pas la vérité ?

Une enquête discrète est donc menée, tandis que Peggy Palmer et ses collègues se relaient nuit et jour au chevet de la petite malade, surveillant, en particulier, tous les gestes de sa mère. Ils peuvent constater deux choses : que Kathy Bush en manifeste une grande irritation et qu'à partir de ce moment l'état de santé de la malde s'améliore rapidement.

Quant aux investigations policières, elles vont dans le même sens et elles sont accablantes. On découvre que le couple Bush n'avait jamais vu , contrairement à ses dires, les plus grands spécialistes du pays, qui auraient certainement décelé que l'enfant n'avait rien. D'autre part, ce n'est pas pour s'occuper de sa fille que Kathy a quitté son poste de secrétaire médicale, elle a été renvoyée pour escroquerie.

Kathy Bush est arrêtée le 15 avril 1996 et elle seule, l'enquête ayant établi qu'elle avait agi à l'insu de son mari. Inutile de dire que l'opinion publique américaine, qui en avait fait son héroïne, est stupéfaite et horrifiée.

L'accusée clame son innocence, avec l'assurance qu'elle avait toujours manifestée, devant les micros et les caméras :

- C'est une machination contre la Sécurité sociale ! Je suis victime d'une chasse aux sorcières !

Mais il est impossible de la croire. Entre-temps, Jennifer a été confiée à une clinique ultra-moderne, qui a pratiqué sur elle les examens les plus sophistiqués. Le résultat est sans appel : l'enfant était certainement saine à sa naissance et toutes ses maladies ont été provoquées par empoisonnement. Jennifer a subi deux cents hospitalisations, quarante opérations, a perdu sa vésicule biliaire et une partie de ses intestins du fait de sa mère !

Du coup, les médias, qui avaient encensé cette mère courage pendant des mois, ne trouvent pas de mots assez durs contre elle. On réclame de toutes parts la peine de mort. C'est alors que des psychiatres se font entendre, pour apporter une information, qui est somme toute, un peu rassurante.

En fait, ce n'est pas par appât du gain que Kathy Bush s'est comportée de cette manière, c'est en raison d'une maladie du comportement, connue sous le nom de "syndrome de Münchhausen". Il concerne toujours une mère et son enfant. La mère rend le rend malade, afin de s'occuper de lui, de se faire plaindre et de se donner de l'importance auprès des médecins.

Grâce à leur argent, les Bush peuvent facilement obtenir la liberté sous caution de Kathy et commence alors une longue bataille juridique, afin d'empêcher le procès. Mais, malgré tous leurs efforts, celui-ci a lieu en 1999, trois ans après la découverte de la vérité.

Entre temps, les Bush ont été déchus de leurs droits parentaux sur Jennifer, qui a été placée dans une famille d'accueil jusqu'à sa majorité. Après de longues tractations, Craig Bush et ses deux fils (car le couple a deux autres enfants, auxquels Kathy n'a infligé aucun mauvais traitement) sont autorisés à rendre visite à Jennifer.

Le procès de Kathy s'ouvre devant le tribunal du comté de Broward, dont dépend Fort-Lauderdale. La mère de Jennifer est accusé de tentative d'empoisonnement et risque théoriquement vingt ans de prison. Son système de défense n'est pas fait pour arranger les choses. Elle a obligé ses avocats, des vedettes du barreau payées fort cher, à plaider l'innocence. Ils ne peuvent que répéter, comme elle ne cesse de le faire, que tout cela n'est qu'un complot des ennemis de la Sécurité sociale ; elle-même est une mère admirable, qui n'a jamais fait le moindre mal à sa fille.
Mais son meilleur soutien va lui venir des psychiatres. Ils exposent à la cour et aux jurés ce qu'est ce syndrome de Münchhausen, dont elle ne veut pas entendre parler.

- Chez ces personne, toujours des femmes, il y a un besoin de se donner de l'importance, en rendant malade un de leurs enfants.

Le président tient à traduire ce diagnostic en termes juridique :

- Vous voulez dire qu'elles ne peuvent pas faire autrement, qu'elles ne sont pas responsables ?
- Je ne dis pas cela, Votre Honneur. Madame Bush est saine d'esprit et elle est accessible à une sanction pénale, mais sa responsabilité est quand même diminuée.
- Dans quelle mesure ?
- C'est très difficile à dire. Le syndrome de Münchhausen et quelque chose de nouveau ; nos connaissances sont limitées....

C'est sans aucun doute cette déclaration qui vaut à Kathy Bush une certaine indulgence. A l'issue des débats, elle est condamnée à cinq ans de détention. En prison, elle est autorisée à correspondre avec sa fille, sous la supervision d'un thérapeute et elle est libérée en 2004, après avoir purgé la quasi-totalité de sa peine.

L'année suivante, Jennifer atteint sa majorité. Selon sa volonté, elle quitte sa famille d'accueil et rejoint Kathy, à laquelle elle est restée très attachée. Elle nie toute maltraitance de sa part et n'a pas voulu témoigner contre elle.
Aujourd'hui, elle est mariée, elle a des enfants et elle exerce la profession d'assistante sociale. Elle n'est pas sujette au syndrome de Münchhausen, qui n'est même pas, pour elle, un mauvais souvenir. Tout cela n'a jamais existé, elle a été la plus heureuse des filles, avec la plus aimante des mères.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 18 Mai - 16:05

LA DIABOLIQUE DE DALLAS

L'histoire commence comme un véritable conte. Autour du berceau de Joy Aylor, née à Dallas un beau jour de 1949, toutes les bonnes fées se sont, semble-t-il, donné rendez-vous. La fée fortune, d'abord. Son père est un architecte connu dans tout le pays et multimilliardaire. La petite fille vit dans les villas les plus somptueuses, entourée d'une flopée de domestiques : gouvernantes, bonnes, cuisinières et chauffeurs stylés, qui conduisent une armada de voitures dernier modèle.

La fée intelligence ne s'est pas montrée moins généreuse. Dès son plus jeune âge, Joy Aylor est douée en tout et, lorsqu'elle commence sa scolarité, elle est première dans l'ensemble des matières... La fée beauté se manifeste la dernière, mais avec quel éclat ! Une fois sortie de l'adolescence, elle s'épanouit d'un coup. Elle est absolument superbe : des cheveux châtain foncé, des yeux clairs, un visage et un corps admirables. C'est l'une des meilleures élèves et l'une des plus belles filles de son collège.

Inutile de dire que tous les garçons lui tournent autour. Mais elle ne perd pas la tête, elle reste réservée, modeste, et, à 18 ans, elle fait un mariage d'amour. L'homme de son coeur se nomme Larry Davis. Il a deux ans de plus qu'elle, il est son condisciple au collège et ils se déclarent leur flamme lors d'un match de base-ball.

Le jeune homme n'est pas riche,mais le père de Joy l'accueille sans la moindre réserve. Il lui semble habile et débrouillard ; il construira les maisons qu'il dessinera. Et l'association marche parfaitement. L'argent s'ajoute à l'argent, le couple est fabuleusement riche, roule dans des voitures de sport européennes, reçoit le Tout-Dallas au cours de réceptions somptueuses. Pour mettre un comble à leur bonheur, en 1970, Joy et Larry ont un fils, Cristopher.

Voilà... Tout pourrait s'arrêter là, mais c'est alors que se manifeste une dernière fée, qui va faire de ce conte enchanté un cauchemar. Comment pourrait-on la nommer ? Peut-être la fée perverse, la fée maléfique ou plutôt, pour reprendre le surnom qu'on donnera plus tard à Joy Aylor, la fée diabolique.

Pendant plusieurs années, tout se passe normalement, dans un bonheur sans nuage et puis, brusquement, quelque chose change dans le caractère et le comportement de Joy. Ce changement restera le grand mystère de cette affaire. D'un jour à l'autre, ce n'est plus la même femme. La Joy réservée, modeste fait place à une sorte de vamp dévergondée. Elle se maquille de manière agressive, vulgaire, elle dépense une fortune chez un chirurgien esthétique pour se faire grossir les seins.

Que s'est-il passé ? Si elle avait eu un accident qui avait provoqué un traumatisme crânien, tout s'expliquerait, mais rien de tel ne s'est produit... Larry n'en revient pas. Il cherche à comprendre.

- Tu ne te sens pas bien ?
- Je me sens merveilleusement bien ! Pourquoi me demandes-tu cal ?
- Je ne te reconnais plus. Tu as l'air d'une actrice de film porno !

La réponse est accompagnée d'un éclat de rire.

- L'ancienne Joy n'existe plus. Maintenant, il y en a une nouvelle et il faudra que tu t'y fasses !

Mais Larry ne s'y fait pas. Il tient six mois, pas davantage. Et il lui propose une séparation amiable. Il s'installe, avec le consentement de sa femme, dans le plus grand des ranchs de la famille. C'est la fin d'un couple à qui tout semblait sourire, mais la rupture s'est faite sans drame.

C'est du moins, ce que pense Larry. La vérité est que, sans que personne ne s'en rende compte, Joy est devenue un monstre.

Il prend une maîtresse, une jeune femme en instance de divorce, une de ses anciennes clientes, Rozanna Gailiunas. Joy n'y fait aucune objection, elle fréquente même le couple, se montrant aimable et naturelle, puis prend, elle aussi, un amant, un collaborateur de Larry...

4 octobre 1983 : la bonne de Rozanna Gailiunias, qui vit seule dans un pavillon des faubourgs de Dallas, entre dans la chambre de sa patronne et découvre un spectacle d'horreur. Rozanna gît sur son lit. Elle est attachée avec un chiffon dans la bouche. Avant d'avoir été abattue de deux balles dans la tête, elle a été torturée.

Dès le départ, pour la police, Larry Davis est le principal suspect. Il est interrogé pendant des jours.

- Qu'est-ce qui s'est passé, M. Davis ? Vous vous êtes disputés ?
- Nous nous entendions très bien. Tous nos amis vous le diront.
- Ils nous l'ont dit, effectivement. Mais un accès de colère est toujours possible...
- Enfin, elle a été torturée avant d'être tuée. Je ne suis pas capble d'une monstruosité pareille !

Les policiers finissent par conclure que Larry, qui n'avait pas de mobile et pas le profil de l'assassin, est innocent. Ils suivent alors une autre piste : ils interrogent celui qui est encore officiellement le mari de la victime, le Dr Peter Gailiunias. Il n'aurait pas supporté de divorcer et aurait assassiné sa femme, peut-être. Mais tout comme Larry Davis, ce dernier clame son innocence et les choses en restent là. L'affaire est provisoirement classée... Il y avait bien une troisième piste, mais la police n'a pas jugé bon d'aller dans cette direction.

Une fois disculpé, Larry est rentré dans son ranch et il est encore sous le coup des émotions qu'il vient de vivre, quand, sans se faire annoncer, Joy vient le voir.

- J'ai voulu te faire une surprise !

Larry n'en revient pas. Ce n'est pas la Joy perverse avec laquelle il avait rompu. Elle a perdu son étrange et inquiétant sourire. Elle est même particulièrement douce, prévenante. Elle se jette dans ses bras.

- Je ne t'abandonnerai pas, Larry ! Je ne sais pas ce qui m'a pris. J'ai dû traverser une mauvaise période. Mais maintenant, tout va redevenir comme avant. Ne me repousse pas, je t'en supplie !

Comment refuser ? Avec la mort de Rozanna, Larry Davis se retrouve brutalement et tragiquement seul. Et voici que la seule femme qu'il ait aimée, et qui'l croyait perdue pour toujours, lui revient.
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MessageSujet: LE MAL AU FEMININ   Jeu 18 Mai - 18:27

Scrogneugneu........ je tape la suite d' l'histoire. J'abandonne un moment mon clavier pour finir de préparer mes spaghettis. Je reviens, le texte : disparu Exclamation ..... Evil or Very Mad
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