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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 La Bête du Gévaudan...

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epistophélès

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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Mar 16 Aoû - 16:03

Feu à volonté

Avec le développement des systèmes d'information et de communication, on constate rapidement que le phénomène des combustions spontanées est planétaire. Chaque année, une cinquantaine d'affaires enregistrées dans le monde. Et jamais une explication satisfaisante.
Premier exemple dans l'Illinois, au cours de la nuit de Noël 1885. Mrs Rooney, son mari Patrick et leur homme de main John Larson ont particulièrement arrosé leur réveillon, au whisky. Le lendemain matin, Larson émerge d'une nuit sans sommeil, une fanfare dans la tête. La migraine le rappe rudement aux temps à chaque marche de l'escalier. "Un bon café et tout ira mieux", se dit-il,. Mais la scène qui s'offre à lui quand il entre dans la cuisine, tout enduite d'une pellicule huileuse, chasse illico son mal de crâne. Patrick Rooney git sur le sol. Mort.
John saute sur son cheval et file chez le fils Rooney, qui demeure non loin. Ils reviennent au triple galop. Le décès de Patrick Rooney ne fait aucun doute. Quant à sa femme, elle semble avoir disparu dans un trou aux bords carbonisés, près de la table de la cuisine... La cavité, entre le plancher et la terre, forme une sorte de vide sanitaire.
Les deux hommes n'en croient pas leurs yeux : ne reste de la pauvre femme qu'un crâne calciné, un pied, quelques vertèbres, des os brûlés et un petit tas de cendres...
L'enquête vivement menée, aboutit à une impasse. Dans son rapport, le médecin légiste déclare que Patrick Rooney a succombé après avoir respiré la fumée dégagée par la combustion du corps de sa femme. Asphyxie, conclut le coroner. Mais l'ensemble de la scène reste inexplicable. Comment un corps peut-il brûler au point d'être réduit en cendres et de carboniser le plancher sans mettre le feu à la maison, et sans qu'aucune cause ne puisse justifier une température de plus de 1 000°C ? Faut-il y voir la volonté de Dieu ou du Diable ? Dans ce coin de Middle West, les superstitions ont encore la vie dure...

Une nouvelle affaire nous conduit en Angleterre, en 1904. Entrant dans sa cuisine, un fermier s'aperçoit avec stupeur que le dos de la robe de sa servante est en flammes et qu'elle ne paraît pas en avoir conscience. Elle balaie la pièce à l'opposé de la cheminée, où achève de se consumer des bûches. Lorsqu'il la prévient d'un cri, la fille sursaute, surprise : elle n'avait rien senti ! Elle s'en tirera avec quelques brûlures. Quant à savoir pourquoi ces flammes dans son dos...

Quatre ans plus tard à Whitley Bay, petite ville balnéaire du Northumberland. Ce 22 mars 1908, un drame très bizarre attise la curiosité de la presse britannique.
L'affaire commence avec l'irruption chez ses voisins de Margaret Dewar, une enseignante à la retraite qui, entre deux sanglots, déclare que sa soeur Wilhelmina est en train de brûler dans son lit. On se précipite, pour trouver la malheureuse femme... éteinte. Le cas fait grand bruit car, si le corps a subi une chaleur intense, les draps et les couvertures n'ont même pas roussi ! Et aucune trace de fumée dans la maison...
La police finit par suspecter Margaret, alors en état d'ivresse, de n'avoir pas dit toute la vérité. Elle finit par raconter qu'elle a aidé sa soeur, qui se consumait réellement, à se recoucher. La combustion s'est achevée dans son lit. Sa vie aussi. L'enquête sera close sans que la moindre explication satisfaisant ait pu être avancée par les enquêteurs...

Trente ans plus tard, toujours en Angleterre. Le 27 août 1938, Phyllis Newcombe s'apprête à quitter le Shire Hall, une salle des fêtes de Chelmsford, en compagnie de son fiancé Henry McAusland. Le coule vient de passer une agréable soirée. Ils ont beaucoup dansé. Soudain, la robe s'enflamme... La jeune fille crie et court vers la salle, où plusieurs jeunes gens étouffent les flammes avec leur veste. En vain : les brûlures sont trop graves et la jeune femme mourra en quinze jours.
L'enquête est délicate. Comment la robe a-t-elle pris feu ? Un mégot tombé d'un balcon ? La police procède à des essais : impossible de faire brûler un tissu de même nature, en quelques secondes, sur une grande surface... Mystère !
1938 toujours. Au cours d'une croisière au large de Norfolk, Mrs Mary Carpenter est soudain dévorée par les flammes, devant son mari et ses enfants impuissants.
En un clin d'oeil, la messe est dite : de la malheureuse, ne reste qu'un cadavre charbonneux, encore fumant.
Quelques instants auparavant, Mrs Carpenter était en pleine forme, heureuse des agréments de cette croisière familiale. Le feu, d'une rare intensité, n'a causé aucun dégât autour de la victime.
Le phénomène connaît des variantes, tout aussi mystérieuses. Ainsi le cas de James Hamilton. Le 5 janvier 1935, ce professeur de l'université de Nashville regagne son domicile après une agréable promenade. Il approche de chez lui quand il ressent une vive brûlure sur une jambe. Il pousse un cri de douleur et voit avec effroi une courte flamme courir sur son pantalon. Il l'étouffe aussitôt et s'empresse d'aller s'examiner : une brûlure d'environ huit centimètres sur sa peau. Son caleçon long à souffert du feu... mais pas son pantalon !
James Hamilton ne parvient pas à déterminer la cause de cette combustion bizarre. Il n'a rien approché d'inflammable, n'a pas été au contact d'essence ou d'un feu quelconque. Sa mésaventure s'achève sur un point d'interrogation angoissé : le phénomène va-t-il se reproduire ?
Il ne se reproduira pas, Dieu merci.
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epistophélès

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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Mar 16 Aoû - 17:25

Le cas Reeser

Floride, Etats-Unis. Mary Reeser, veuve bien en chair de soixante-sept ans, vit à Saint-Pétersbourg, dans le comté de Pinellas. On ne saurait choisir meilleur endroit pour couler une retraite paisible, comme le font nombre d'habitants de New York, Detroit et Chicago. La ville, sur une péninsule entre la baie du Tampa et le golfe du Mexique, jouir d'une moyenne de trois cent soixante jours d'ensoleillement annuel, d'où son surnom de "ville du soleil". Mary Reeser a donc de bonnes raisons d'être heureuse, ce 1er juillet 1951.
Ce soir-là, aux alentours de 21 heures, sa propriétaire passe lui souhaiter une bonne nuit dans son studio.  Elle ne remarque rien d'anormal. Mary, en robe de chambre, fume tranquillement une cigarette, assise dans un fauteuil.
Le lendemain matin, à 8 heures, lorsque la propriétaire se présente avec un télégramme, elle s'étonne que Mrs Reeser ne réponde pas. Elle frappe à plusieurs reprises. Aucune réponse. Afin d'en avoir le coeur net, elle se saisit de la poignée... Brûlante ! Appelé à la rescousse, un des deux ouvriers qui travaillaient non loin tourne la poignée à l'aide d'un chiffon épais, mais il doit pousser de toutes ses forces pour débloquer la porte, la chaleur ayant déformé le chambranle.
A l'intérieur, spectacle dantesque : une zone carbonisée, d'environ un mètre vingt de diamètre. Le fauteuil où sa locataire fumait paisiblement, la veille au soir, est calciné, de même que la table voisine. Les flammes ont léché le plafond car une poutre est noircie... Mais où  est passée Mary Reeser ?
Les premiers enquêteurs de la police qui se penchant sur la zone brûlée distinguent des ressorts de fauteuil, les cendres d'un guéridon et le squelette métallique d'un lampadaire, puis les restes du corps de la locataire et, enfin, des morceaux de son corps : un pied chaussé d'une pantoufle, brûlé jusqu'à la cheville, ainsi qu'un crâne rétréci et un tas de cendres... Au-dessus d'une ligne située à un mètre vingt du sol, les murs et les miroirs sont couverts d'une suie grasse : en dessous, l'appartement ne présente aucune trace, si ce n'est la zone carbonisée où gisent des fragments de mobilier et les restes de Mrs Reeser...


Pathologistes et experts en pyromanie, venus en renfort, s'avouent impuissants à résoudre ce mystère digne des X-Files. Ils sont en présence d'une femme de 85 kilos dont le poids a été ramené à un peu plus de ... 5 kilos !
Pour les spécialistes, pas de doute : il a fallu maintenir pendant trois heures une température de 2 500°C pour obtenir une telle combustion. Or rien d'autre n'a flambé !
Et comment expliquer qu'un gobelet en plastique soit retrouvé fondu, mais pas les brosses à dents posées à côté ?
Cela défie le sens commun !


Les pathologistes s'intéressent au pied chaussé d'une pantoufle. Pourquoi a-t-il été retrouvé intact, hors du cercle igné ? Aux enquêteurs, la propriétaire apporte une explication intéressante : Mary avait une jambe raide qu'elle étendait pour s'asseoir, ce qu'elle avait encore fait, la veille au soir, dans son fauteuil.
Mais le crâne de la malheureuse, réduit à la taille d'une balle de tennis ? Du jamais vu dans les annales des sapeurs-pompiers ! Des crânes brûlés, les soldats du feu en ont vu des dizaines... mais toujours intacts ! Car pour réduire un crâne en cendres, il faut l'avoir soumis à un feu d'enfer, et durant plusieurs heures...
Les enquêteurs piétinent. Ils demandent le renfort des fins limiers du FBI et du Dr Wilton M. Krogman, célèbre anthropologue, spécialiste des décès par combustion à l'université de médecine de Pennsylvanie. En dépit de son expérience, Krogman est ébahi.
- C'est, dira-t-il, la chose la plus stupéfiante que j'aie jamais vue. Je ne puis imaginer une crémation aussi complète sans plus de dommage dans la pièce...
La réduction du crâne représente également un véritable mystère à ses yeux car, expliquera-t-il, le crâne humain tend à grossir ou à exploser sous l'effet de la chaleur. Là, c'est le contraire.
Autre énigme : la présence de suie indique une combustion lente du corps. Incompatible avec les 2 500°C nécessaires pour réduire un être humain en cendres. Or, l'enquête démontre qu'aucun agent chimique n'a été détecté qui aurait pu allumer, voire accélérer le feu...

Harcelés par les médias avides d'explications, les enquêteurs se dirigent vers un scénario classique. Rendue somnolente par les somnifères, Mary Reeser aurait laissé tomber sa cigarette, laquelle aurait enflammé sa robe de chambre. Conclusion officielle ! Et pourtant, les spécialistes et le Dr Krogman sont formels ; la chaleur dégagée par le vêtement et le fauteuil en flammes n'ont pu suffire à incinérer le corps de la malheureuse. La crémation des os exige une température d'au moins 1 650°C. Par une telle chaleur, l'incendie aurait immanquablement gagné l'environnement de la victime et se serait propagé à tout l'étage, voire à l'immeuble.
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Mar 16 Aoû - 17:59

Combustion sur la route

Il existe pourtant des cas probants de combustions devant témoins. L'Américaine Jenna Winchester conserve le cuisant souvenir d'une expérience vécue en octobre 1980, en Floride. Elle était alors assise dans une automobile que conduisait son amie Leslie Scott, lorsque des flammes jaunes ont soudain jailli de son corps. Prise de panique, Jenna hurle à Leslie de lui venir en aide. La conductrice s'efforce d'éteindre le feu, perd le contrôle de son véhicule et s'emplafonne dans un poteau téléphonique.
La prompte intervention de son amie, puis des secours, a été déterminante : Jenna sort miraculeusement indemne de cette épreuve... mais elle a eu chaud ; son corps est brûlé à plus de 20%. Remise de cette violente émotion, incapable de se rappeler le moindre détail de l'incident, sinon qu'elle et son amie roulaient tranquillement, elle n'en tire qu'une conclusion ; elle a échappé à une combustion humaine spontanée. Faute d'autre explication...

Jenna Winchester n'est certes pas la première occupante d'un véhicule à prendre feu de la sort. Dans les différentes affaires mettant en cause une voiture ou un camion, les enquêteurs ont été étonnés de constater que le réservoir d'essence, même plein, n'avait pas été affecté.
Certains spécialistes ont conclu à une combustion intense mais très brève, concentrée à un endroit précis, sans propagation externe de chaleur. Nous voilà bien avancés...


Examinons le cas de Waymond P. Wood. Le 1er mars 1953, cet homme de cinquante ans, de bonne humeur, bavarde avec des amis. Une heure plus tard, son corps "noir et grillé" est retrouvé sur le siège avant de sa voiture fermée, près de Greenville, en Caroline du Sud. Le pare-brise est boursoufflé et les garnitures en plastique ont fondu. Mais le reste des tissus ne présente pas la moindre trace de détérioration par le feu...
Le premier témoin est le motard qui a donné l'alerte, intrigué par la fumée qui sortait de la Nash, laquelle roulait encore, en tanguant, pour finir sa course dans un fossé après deux tonneaux. Stupéfaction des pompiers et des policiers au moment de leur macabre découverte : un corps réduit en cendres et l'intérieur du véhicule pratiquement intact. Tout comme le réservoir... plein d'essence !
Quant à l'origine du feu, elle ne sera jamais déterminée.
Et ça continue ! Dallas, 23 octobre 1964. Olga Worth Stephens, ancienne actrice et productrice de cinéma reconvertie dans l'immobilier, vient de donner, bien malgré elle, un ultime et effroyable spectacle. Cette femme de soixante-dix-neuf ans venait de rendre visite à sa belle-soeur, Mrs Hal Worth, et attendait des amis, assise à l'arrière d'une voiture en stationnement sur un parking.
Tout s'est déroulé en un éclair. Des témoins ont assisté à l'inflammation instantanée de la malheureuse. En dépit de leur prompte intervention, il était trop tard pour sauver Mrs Stevens... Une fois de plus, le véhicule n'a subi aucun dommage, comme si ce feu intense s'était uniquement concentré... à l'intérieur de la victime !

Rebelote le 12 novembre 1974, à Savannah. Jack Angel s'endort dans sa caravane. Il se réveille quatre jours plus tard. Ce n'était pas le résultat d'une cuite mémorable car il ne boit presque pas d'alcool. Plus surprenant, sa main droite est noircie : elle a brûlé ! Il remarque également des taches de brûlures sur sa poitrine, ses jambes et son dos.
Mais il ne ressent aucune douleur. Il se lève pour prendre l'air et tombe évanoui devant sa caravane. Secouru par ses voisins, il est immédiatement admis à l'hôpital. On doit l'amputer de sa main et de son avant-bras gagné par la gangrène... Très vite, Jack est au centre des conversations passionnées des médecins, confrontés à un cas qu'ils n'ont jamais vu, encore moins étudié. Tous sont persuadé qu'il s'est consumé de l'intérieur. De larges zones brûlées, sur son corps, semblent indiquer qu'elles ont été exposées à un feu sous-cutané. Qu'est-ce à dire ? Le miraculé se souvient alors qu'à un moment de son sommeil profond il a perçu comme une explosion dans sa poitrine et qu'elle y aurait creusé un trou ! Un cauchemar, s'est-il dit. Mais les faits sont là. Et une fois de plus, malgré l'intense dégagement de chaleur qui a calciné sa main, les draps et les vêtements d'Angel n'étaient même pas roussis !

Vingt-quatre ans plus tard, c'est également un puissant feu intérieur qui sera constaté à Sydney, en Australie, le 24 août 1998. Une vieille dame, Agnès Phillips, attend sa fille, sagement assise dans sa voiture dont le moteur ne tourne pas. Atteinte de la maladie d'Alzheimer, elle dort.
Soudain, des passants voient de la fumée envahir l'auto, puis une bouffée de flammes. L'un des témoins ouvre la portière, arrache Mrs Phillips à la fournaise. Malgré la rapidité des secours, le feu a provoqué de graves blessures. Aussitôt évacuée vers un hôpital, Mrs Phillips présente des brûlures intenses aux bras, aux jambes, à la poitrine et à l'abdomen. Elle meurt quelques jours plus tard. Quant aux experts, ils restent cois : le feu n'est pas venu de la voiture, puisque le moteur était arrêté ; on n'a retrouvé aucune trace de produit inflammable et la victime n'était pas fumeuse.
De plus, la température ne dépassait pas les 16°C ce jour-là... mais plus de 2 000°C à l'intérieur du corps !
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Mar 16 Aoû - 19:01

Combustion... ou enfumage ?

Louisiane, 1952. Une femme appelle les secours, alertée par la fumée qui sort de l'appartement de Glen B. Dennery, son voisin. Sur place, le lieutenant des pompiers découvre une scène cauchemardesque, qui le laissera marqué à jamais. "L'homme gisait sur le sol, derrière la porte, dans un buisson de flammes, dira-t-il. Dans la pièce, absolument rien d'autre ne brûlait. L'homme était mort. J'ignore ce qui permettait au feu d'être si intense."
Le médecin légiste constate que la victime s'est coupée les veines à l'aide d'un couteau. Dennery se serait ensuite immolé. Mais nulle trace de liquide inflammable sur le corps carbonisé, pas de bidon d'essence, pas de boîte d'allumettes, pas de mégot !...
Et Jeannie Saffin ? Cette malade mentale de soixante-deux ans, qui prit feu subitement dans une cuisine où son vieux père se trouvait assis près d'elle ? Scène hallucinante ! Installée dans un fauteuil en bois, la malheureuse n'a ni bougé ni proféré la moindre plainte, tandis que les flammes - à Edmonton, en Angleterre, en septembre 1982 - enveloppaient son visage et ses mains. Inerte, comme étrangère au drame, insensible à la douleur... Alerté par un éclair de lumière, son père tourne la tête vers elle... Il réussit à la traîner jusqu'à l'évier, tout en appelant à l'aide son gendre, Donald Caroll... A grand-peine, unissant leurs efforts, ils parviennent à éteindre ce feu surnaturel et à prévenir les secours... Hélas, les brûlures et le traumatisme sont trop importants ! La pauvre femme mourra huit jours après son hospitalisation. Peu de dégâts chez la victime, hormis des brûlures sur les vêtements qui recouvraient le haut du corps. Sa fin tragique n'est pas l'unique choc éprouvé par sa famille. Son père et d'autres témoins accourus ont été pétrifiés par la vue du feu qu'elle vomissait par la bouche, tel un dragon, avec une sorte de rugissement !


Dès les premières manifestations de ce feu mystérieux, la frustration des scientifiques ne fait que croître. Les amateurs de paranormal, eux, s'en donnent à coeur joie. Un cas va leur permettre de mêler les ovnis à ce phénomène.
Le 17 juin 1971, dans un bois proche d'Arcis-sur-Aube, à quelques kilomètres de Troyes, des promeneurs qui suivaient une allée tombent en arrêt sur une carcasse de Simca 1000 au beau milieu d'une surface calcinée d'un rayon de quinze mètres. Ils s'approchent. Les vitres du véhicule ont littéralement fondu, preuve que cette zone a été exposée à une température élevée. Le pire les attend lorsqu'ils se penchent pour regarder à l'intérieur. Une forme humaine noircie est allongée sur le siège du conducteur, incliné en couchette. On discerne les bras en croix. Le corps brûlé porte sa ceinture de sécurité. L'enquête révèlera qu'il s'agit d'un certain Léon Eveillé, âgé de quarante ans. Certains enquêteur amateurs avancent qui'l pourrait avoir été victime d'un ovni. Des témoins affirment en effet avoir observé un appareil inconnu, évoluant à très basse altitude, juste avant le drame. Léon Eveillé a-t-il été victime d'un mystérieux rayon extraterrestre ? La question reste posée.
Ce n'est ni la première ni la dernière fois que les "petits hommes verts" sont mis à contribution pour expliquer... l'inexplicable. Prenons le cas d'Uruffe. A l'époque, certains enquêteurs amateurs se demandent si Ginette Kazmierczak n'avait pas été "désintégrée" par une arme de fabrication... extraterrestre !


La combustion humaine spontanée, il est vrai, semble prendre un malin plaisir à échapper aux catégories. Elle frappe à tout âge et n'importe où. Peut-être pas n'importe comment, cependant. C'st justement ce qui agace les scientifiques.
Comment expliquer que George Turner, citoyen britannique et sans histoire, se soit consumé soudain dans son camion, à Upton-by-Chester, le 7 avril 1958 ?
Comment expliquer le feu qui s'acharna sur Jack Larber, le 31 janvier 1959 ? Âgé de soixante-douze ans, ce résident de la maison de retraite Laguna Honda, à San Francisco, se trouvait dans son lit.
Une employée venait de le faire manger. Elle quittait la chambre, quand le vieillard prit feu sans une explication, sans raison, sous ses yeux. Elle tente aussitôt d'étouffer le brasier avec des couvertures... mais sans y arriver ! Larber, le lendemain, mourut de ses brûlures qui lui couvraient le corps, les bras et la figure. On ouvrit une enquête car la réputation de l'établissement était mise en question. Les enquêteurs, hélas, sérieux et motivés, ne purent fournir aucune explication sensée...
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Mar 16 Aoû - 19:39

Ventre en feu

Le 8 novembre 1951, à Upper Darby, en Pennsylvanie, une femme de cinquante et un ans, Helen Conway, est trouvée incinérée sur son fauteuil... mais en partie seulement, puisque les deux jambes sont intactes. Cela défie toute logique ! Et si le corps est totalement carbonisé, le fauteuil n'a pas brûlé, malgré un terrible dégagement de chaleur : au moins 2 000°C pendant plus d'une heure !
Les enquêteurs, médusés, proposent un semblant d'explication logique. Mrs Conway était fumeuse. Or la petite-fille de la victime lui avait apporté une boîte d'allumettes. Les enquêteurs suggèrent donc qu'elle s'est assoupie, laissant tomber sur elle sa cigarette allumée. CQFD ! Cette hypothèse n'explique évidemment pas l'intensité destructrice de l'incendie qui a réduit une grande partie de son corps en cendres, sans mettre le feu au fauteuil ni au mobilier...

Seize ans plus tard. Le 13 septembre 1967, à Londres, le chef d'une caserne de pompiers, Jack Stacey, est appelé d'urgence pour éteindre un feu qui a pris dans une maison abandonnée. Des passants ont vu, par une fenêtre, d'étranges flammes bleues fuser par instant d'une sorte de... paquet. Cinq minutes plus tard, Stacey est le premier à pénétrer dans la demeure.
Sous ses yeux stupéfaits, un homme, tel un flambeau, est la proie de cent feux qui lui lèchent la peau. Sur son ventre, une fente de dix centimètres crache des flammes multicolores. Et de Robert Francis Bailey - un sans-abri - ne reste sur le sol qu'un tas de cendres gris...
"A-t-on jamais vu ça ? se demande Stacey. Ni mes hommes ni moi, jamais aucun pompier n'a vu, de ses yeux vu, un corps humain brûler avec cette violence, cette célérité !" Et le soldat du feu, stupéfait, improvise. Il soulève sa lance, il la pointe et il vise l'abdomen enflammé du pauvre mendiant qui mord à pleines dents la rampe d'escalier (il faudra une barre pour la lui faire lâcher). Il parvient à éteindre mais l'homme est déjà mort. Un feu mystérieux ravageait du dedans les entrailles du malheureux martyre lorsque les pompiers furent témoins du pire...
Comme dans les autres cas, seuls les vêtements ont été brûlés, tandis qu'un trou calciné s'est ouvert dans le plancher, sous le ventre du sans-abri... comme s'il avait été transpercé par une mystérieuse colonne de feu ! Or il n'y avait ni, produit inflammable, ni gaz, ni même électricité dans cette maison abandonnée... Pour le chef Stacey, aucun doute : le feu provenait bien de l'intérieur du ventre du clochard...
(On a observé pareils cas de flammes jaillies du corps chez certains animaux. C'est ainsi qu'en mai 1968 deux vaches ont succombé de la sorte à Glendale, en Arizona, sous le regard éberlué de l'éleveur Andrew Patterson.).
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Mar 16 Aoû - 20:03

Toujours plus fort !

Comment expliquer aussi le phénomène effrayant qui a eu pour cadre le cercueil où reposait Mrs Satlow ? Le corps de la défunte s'est enflammé soudain, au matin du 10 décembre 1973. Il a été découvert consumé jusqu'aux hanches... alros que la morgue était fermée à clé !
Et ce bébé de sept mois qui prit feu dans sa poussette, en 1973, dans le salon de ses parents ? Comment l'expliquer ? Le bambin est sorti indemne de ce début d'incendie, mais sa mésaventure à laissé les autorités britanniques sur leur faim car rien dans cette pièce ne pouvait être à l'origine de cette combustion... Des médecins ont émis l'hypothèse qu'une bactérie répandue sur le petit corps aurait produit du méthane, lequel se serait transformé en vapeur au contact de l'air, avant de s'enflammer sous l'effet d'une décharge d'électricité statique produite par le frottement des vêtements sur sa peau... Se non è vero, e ben trovato.
Hypothèse démentie, hélas, par les tests.

En Irlande, le premier cas de combustion spontanée a été signalé en décembre 2010. Le corps de Michael Faherty, soixante-seize ans, est retrouvé calciné chez lui, à Clareview Park, Ballybane. Là encore, aucun indice pour étayer la thèse d'un crime. Pas de produits inflammables. Le salon où gisait le cadavre ne présente pas la moindre trace d'incendie. Ahurissant ! Faherty repose sur le dos, sa tête à proximité d'une cheminée. L'âtre pourrait-il être la cause de l'ignition ? Las, les pompiers, au terme de leur enquête, sont catégoriques : les analyses effectuées dans la cheminée excluent cette explication. Le Dr Ciaran McLoughlin, coroner du comté de Galway, doit se rendre à l'évidence. En l'absence du moindre indice susceptible d'orienter l'enquête dans une direction ou une autre, il conclut très officiellement à une combustion humaine spontanée. Et comme son confrère anglais Beccles, quelques années plus tôt, le médecin irlandais ne peut s'empêcher de déclarer n'avoir jamais rien vu de semblable, d'aussi stupéfiant en vingt-cinq ans de pratique.
Tous ces cas, certains récents, appellent deux commentaires. Premièrement, les combustions spontanées sont plus nombreuses qu'on ne pourrait le croire. Deuxièmement, aucune explication valable n'a jamais pu être apportée.
L'hypothèse scientifique la plus originale avance une interaction entre l'état physique de la victime et des conditions atmosphériques particulières, susceptible de déclencher une boule de feu d'une énergie colossale émettant des ondes radio semblables à celle d'un four à micro-ondes.
Cette explication, assurent des physiciens, rendrait compte du mystère des vêtements intacts sur les corps calcinés...

Les phénomènes de combustion spontanée sont considérés comme suffisamment rares pour qu'aucun Etat n'ait débloqué de budget afin d'en étudier l'origine. Un jour peut-être, quelque illumination intérieure permettra à un scientifique de résoudre ce brûlant mystère...
En attenant, l'énigme perdure. Y a-t-il en chacun de nous une énergie surpuissante, dont certains déclencheraient l'explosion par un état particulier de leur psychisme, tel un enfant qui , tapant au hasard sur le clavier d'un ordinateur, en "craquerait" le code secret... comme une allumette ?
Faute d'hypothèse plus convaincante, on en reste donc à la définition donnée en 1849 par le Dr Lagasquie dans son Dictionnaire de médecine usuelle : "Accidents rares, mais avérés, dans lesquels, avec ou sans la présence d'une matière quelconque en ignition, le corps humain, plein de vie et de santé, s'enflamme, se brûle partiellement ou se consume en presque totalité." On ne saurait mieux dire.


FIN
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Mer 17 Aoû - 22:44

LA BÊTE SANGLANTE DU GEVAUDAN

1764. Quand un monstre invincible répand la terreur...


Depuis 1764 à Pradelles, petite ville du Gévaudan à deux lieues (environ huit kilomètres) de Langogne, à la frontière administrative actuelle de la Lozère et de la Haute-Loire, départements qui seront créés par la Révolution en 1790.
Cette contrée montagneuse et sauvage, couverte de forêts profondes, de rivières cascadant dans des gorges escarpées, est semée de dizaines de bourgs, de villages et de centaines de fermes souvent isolées. En Gévaudan, où l'altitude moyenne est d'environ mille mètres, la nature est fort belle, mais rude et puissante. Ses habitants sont des fermiers, qui vivent pauvrement de l'élevage et de leurs cultures.
Soudain, des pleurs et des cris de douleur. Une fillette de huit ans arrive en hurlant dans une cour de ferme.
Ses parents, en plein labeur, sont stupéfaits. Ils ne reconnaissent pas leur fille ! Son visage est maculé de sang. Ses mains aussi. Ses vêtements sont déchirés et sa poitrine est couverte de griffures sanguinolentes. Ses prunelles dilatées expriment encore une terreur inouïe.
Entre deux sanglots, elle tente d'expliquer qu'elle vient d'être attaquée par une bête monstrueuse et sauvage. Ses parents sont muets de stupéfaction... Les vaches qu'elle gardait au champ, explique-t-elle, l'ont défendue et son parvenues à chasser le monstre à coups de cornes.

Elle s'arrête, renifle et poursuit son récit. On la questionne :
- Et les chiens, ils ne t'ont pas défendue ?
- Ils étaient si terrifiés qu'ils ont pris la fuite... Ils n'ont même pas aboyé contre la bête !
Le père et la mère de la bergère miraculée échangent un regard où l'incrédulité se mêle à la consternation. Quoi ? Nos chiens ont détalé ? Comment est-ce possible ?
C'est la réalité, hélas ! Deux heures après l'agression, les deux chiens sont enfin retrouvés, tremblant de peur, dans un buisson... La jeune fille a survécu. D'autres n'auront pas cette chance.

Immédiatement, on pense à l'attaque d'un loup particulièrement féroce. Il y a des milliers de loups en Gévaudan, comme dans toute la France. Chaque hiver, une centaine d'entre eux sont tués par les chasseurs de la région, qui reçoivent une prime en échange de leurs peaux. L'hiver précédent, en Gévaudan, cinquante-sept loups ont été abattus au cours du seul mois de février.
Les parents, puis tout le village rapidement alerté, font le rapprochement avec une agression dont une habitante de Langogne a été victime en avril 1764. Tôt un matin, on l'avait entendue crier dans le village :
- Prenez garde ! Prenez garde ! Un monstre rôde alentour ! Il a manqué m'occire !
A bout de souffle, le visage blême de peur, la pauvresse expliquait qu'elle devait la vie à ses génisses, au milieu desquelles elle s'était réfugiée et qui avaient repoussé la bête inconnue à coups de cornes... Oui, un monstre avait failli la dévorer ! Mais son récit n'a convaincu personne : la fille était un peu simplette...
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Mer 17 Aoû - 23:15

Du sang dans la montagne

Pourtant, il y a des précédents inquiétants, mais dans une région limitrophe du Gévaudan : en Dauphiné, non de Grenoble, à deux cents kilomètres de là, le mardi 25 octobre 1763, Anne Taquet, une femme d'une soixantaine d'années, de retour chez elle à la tombée de la nuit, a été soudain attaquée par une bête monstrueuse, sous le regard de deux enfants qui ont eu la prudence de se cacher dans une grange, mais qui ont observé la scène. Encore traumatisés, ils expliquent comment la bête a saisi violemment sa victime au cou, puis lui a dévoré le ventre et tous les membres, avant de s'acharner sur la tête qu'elle a fini par détacher et par emporter dans sa gueule monstrueuse...
La bête du Gévaudan est née. Elle va terrifier toute une région, puis la France où le roi Louis XV lui-même, en son château de Versailles, sera saisi de ses méfaits...
Fin octobre 1763, M. Darsac, maître des comptes à Grenoble, en villégiature dans son château de Sainte-Agnès, aperçoit un puissant anima inconnu traverser "plusieurs troupeaux de moutons, qui n'en furent pas effrayés, pour se jeter sur un petit berger de quatorze ans, secouru fort heureusement par un camarade plus âgé...
M. Darsac précise que la Bête "traversa alors (un) ruisseau avec une légèreté surprenante, monta avec la même vitesse la montagne", avant de se saisir "d'une jeune bergère, âgée de quinze ans, qui eut la présence d'esprit d'entourer son col de ses bras, ce qui lui sauva la vie parce que le secours arriva promptement".


Un prêtre affirme également avoir vu "le monstre d'assez près pour assurer qu'il est de la taille d'un très gros loup, couleur de café brûlé un peu clair, ayant une barre un peu noire sur le dos, le ventre d'un blanc sale, la tête fort grosse et moufline (sans doute au mufle accentué), une espèce de bourre qui forme une houppe sur la tête et à côté des oreilles, la queue couverte de poils comme celle d'un loup ordinaire, mais plus longue et la portant retroussée au bout".
C'est sûr, un monstre rôde.
La peur commence à se répandre dans cette région du royaume, par le bouche à oreille des colporteurs et des marchés.
Quel est donc ce loup si puissant, au comportement contraire à ce que tous les chasseurs savent ? Un loup qui attaque l'homme ? C'est extrêmement rare.
Toujours, les loups fuient l'être humain, même une fillette de huit ans. Sauf s'ils sont atteints de la rage...
Dans la mémoire des meutes, se transmet la certitude que l'homme est un prédateur dangereux, souvent invincible, doté quelquefois d'une arme terrible qui crache le feu et le tonnerre... Or, les fusils à pierre existent chez les paysans, même s'ils n'en possèdent pas tous - car cette arme, qui peut tuer un loup ou un sanglier à trente mètres, coûte cher -.

Dans les archives de l'époque, celles des curés, des gouverneurs et de la maréchaussée, on constate que l'animal a commencé à ravager le Vivarais et les environs de Langogne trois mois plus tôt. Du 13 mars au 16 juin 1764, on lui impute déjà la mort de six enfants sur la seule paroisse de Langogne, et au moins une sur la paroisse de Luc : celle d'Antoine Bonaventure Granat, un gamin de trois ans retrouvé mort le 24 mai, une semaine après qu'il eut disparu dans les champs...
Mais ces premiers morts dus à la Bête du Gévaudan n'apparaissent pas dans l'histoire "officielle". Pourtant, il est aisé de comprendre que le monstre devait se nourrir tous les jours ou presque, et que, depuis son passage meurtrier en Dauphiné un an auparavant, sa route a été jonchée d'agressions mortelles de petits bergers et de jeunes bergères...
Bien sûr, les chasseurs mènent la vie dure aux loups : ils en ont abattu soixante-dix-neuf en Gévaudant, entre le 10 mars et le 12 avril 1764. Mais ils doivent faire face à une épizootie qui a décimé leurs meutes de chiens de chasse. Une aubaine pour les loups.

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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Jeu 18 Aoû - 19:14

Premières victimes

C'est le samedi 30 juin 1764, de façàn incontestée, que commence le parcours sanglant de la Bête. Dans cette région sauvage, Jeanne Boulet, une adolescente de quatorze ans, garde les vaches. Occupation classique en Gévaudan, où les enfants ne vont pas à l'école, réservée aux fils de bourgeois - école payante et tenue par les prêtres -. C'est en fin d'après-midi, alors que Jeanne commence à rassembler les bêtes pour les reconduire à la ferme, que le monstre surgit. La malheureuse est attaquée au coucher du soleil, près du hameau des Hubacs, sur la paroisse de Saint-Etienne de Lugdarès.
A Pradelles, le meurtre fait grand bruit. Ceux qui ont vu les restes de la fillette comprennent qu'une bête féroce, inconnue en ces contrées, a sévi. Le corps de la fillette est méconnaissable. Les détails horribles traumatisent une population apeurée : la tête de la petite Jeanne a été tranchée, sa poitrine et ses épaules ont été dévorées. Le curé de la paroisse écrit sur le registre : "Dite tuée par la Beste féroce." La malheureuse pastourelle sera inhumée le 1er juillet, sans les sacrements de l'Eglise car il manque une bonne partie du corps.
Jeanne Boulet a le triste honneur d'être la première victime officielle de la Bête du Gévaudan, la première d'une longue et sanglante série. En réalité, il y en a eu bien d'autres depuis son passage sanglant en Dauphiné, un an auparavant. Mais, dans ces régions encore sauvages, son itinéraire sanglant n'a laissé que peu de traces, la mortalité par accident ou maladie étant, hélas, le quotidien des paysans.


Est-ce un loup atteint de la rage ? Il y e a de temps en autre. On les appelle les "loups carnassiers", des bêtes féroces qui n'hésitent pas à s'attaquer à l'homme et à en tuer plusieurs en une seule journée, avant d'être abattus.
La trace de telles attaques n'est d'ailleurs pas rare dans les archives de France. En 1810, dans la Meuse, un loup enragé tuera quarante personnes ; mais les battues seront aussitôt organisées et le loup abattu.
A cette date, bien sûr, on ignore encore ce qu'est la rage, dont le virus ne sera observé au microscope qu'en 1904, moins de vingt ans après la mise au point d'un vaccin par Pasteur, en 1885. Mais les paysans connaissent parfaitement, et depuis des siècles, les effets de la rage sur les loups qui en sont atteints.


Dans la région de Pradelles, après l'inhumation des restes de Jeanne, la vie agricole reprend. Mais la peur naît chez les enfants des fermiers que l'on envoie, chaque four, faire paître les troupeaux : les vaches donnent du lait, le lait permet d'avoir du beurre, de la crème et du fromage, et si l'on ne trait pas les vaches tous les jours... elles meurent. Tous les jours, samedi et dimanche compris. C'est la vie des campagnes.

Aucune attaque de la Bête mystérieuse et puissante jusqu'au 7 août 1764. Pourquoi le monstre ne se nourrit-il pas d'humains tous les jours ? Parce que sa nourriture est variée : il attaque les troupeaux de moutons, fort nombreux, élevés pour leur viande et pour leur laine, qui sert à faire le fil solide des vêtements et des couvertures. Et lorsqu'un mouton est tué, évidemment, aucune trace du méfait dans les archives...
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Jeu 18 Aoû - 20:20

Par ailleurs, la mort d'un enfant est affaire banale en ce milieu du XVIIIe siècle. La mortalité infantile, les accidents nombreux, les maladies graves déciment les familles de paysans. C'est l'une des raisons pour lesquelles les femmes font beaucoup d'enfants : il n'est pas rare qu'une paysanne en ait eu plus de vingt, dont souvent le tiers est décédé...
Mais soudain, le massacre reprend. La Bête s'enhardit.
Elle assaille une jeune fille en plein jour, à "deux coups de fusil" du hameau de Saint-Jean-des-Prés. La victime s'appelle Marianne Hébrard. Elle est dévorée le lundi 7 août 1764. Le cauchemar reprend. La Bête a faim. Elle veut s'offrir un festin de chair humaine !
Le lendemain, vers 17 heures, c'est au tour d'une adolescente de Masméjean-d'Allier d'être tuée par le "méchant loup", comme on l'appelle déjà. Âgée de quinze ans, elle gardait des moutons sur la pente d'un vallon. Aucun témoin de l'attaque, mais trois bûcherons qui s'activaient sur l'autre versant, en contrebas, voient soudain le troupeau bêlant et apeuré dévaler la colline dans leur direction.
Ils s'étonnent de ne pas apercevoir la bergère, grimpent jusqu'à la pâture et la découvrent, fisant dans son sang, égorgée et mutilée. Nul doute que la Bête vient de frapper, à en juger par les marques de crocs puissants.

Trois jeune gens dévorés en neuf jours : c'est le rythme normal de ses repas. Mais il y a des périodes sur lesquelles nous n'avons aucun témoignage. Ce qui ne veut pas dire que la Bête du Gévaudan épargne soudain ses attaques mortelles. Les raisons sont tout autres ; archives détruites notamment.
D'ailleurs, le mois d'août 1764 n'est pas achevé que la Bête assaille encore deux garçons - et les mange. Son appétit est grand : son macabre festin se poursuit les 6, 16, 26 et 28 septembre de la même année. En l'espace de trois mois, on dénombre vingt-cinq victimes, essentiellement des enfants de moins de douze ans, bergers et bergères. La Bergère, qui paraît affamée, s'acharne sur les cadavres. Elle dévore souvent la tête et la poitrine, lape leur sang, laissant des corps déchiquetés, méconnaissables.

Un vampire ? Un loup-vampire ? Tous les chasseurs sont formels : un loup, même enragé, n'attaque pas ainsi. Et il ne boit pas le sang de ses victimes. La peur augmente face aux meurtres de "la Bête qui suce le sang et coupe les têtes". Monstre inconnu et plein de hardiesse. Près d'Arzenc, il saute le muret d'un clos et happe à la gorge une vieille femme qui cueillait des pommes. Parvenant un instant à se dégager, la pauvre femme pousse un hurlement qui rameute les paysans des environs. Ils se précipitent avec leurs faux et leurs fourches, encerclent la créature qui, d'un coup de dents, achève sa nouvelle victime en lui broyant le cou, avant de bondir par-dessus la haie, menaçant les paysans apeurés, et de s'enfuir avec une rare vélocité !

Dans les campagnes, la colère gronde et lapeur grandit. Il est temps d'en finir avec cette diablerie de "Bête féroce". C'est ce qu'écrit Frévol de Lacoste, gouverneur militaire de Pradelles, le 20 septembre 1764.
Et pourtant, on pensait bien s'en être débarrassé. Un loup d'une taille extraordinaire, en effet, a été abattu entre les villages de Pradelles et de Luc, près de Langogne. Accouru sur place, le curé de Luc a même identifié avec certitude le monstre maléfique "qui dévorait les gens".
Sur le cadavre, on a trouvé des cicatrices, sans doute provoquées par lespaysans qui se sont défendus.
Mais le curé se trompe, hélas. Car les meurtres bestiaux reprennent quelques jours plus tard. La malédiction continue à frapper le Gévaudan.
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Jeu 18 Aoû - 21:44

Festin macabre

Cette fois, on ne parle plus que de la Bête : la Bèstia en langue d'oc, le patois local. En Gévaudan, comme ailleurs, on parle des langues régionales. Le français est réservé à une élite instruite, qui souvent connaît de surcroît le latin. Dans la région, tout le monde redoute le cri qui sème la terreur :
- La Bèstia ! La Bèstia !
Car la Bête attaque, tue et mutile. Chaque semaine, un ou plusieurs meurtres frappent les paysans du Gévaudan.
La rumeur se répand de ville en ville, de village en village. Les jours de marché, une fois par semaine, quelquefois deux à la belle saison, les paysans viennent vendre leurs productions aux bourgeois pour gagner quelques sous et acheter ce qu'ils ne peuvent produire : lames de faux, ciseaux, boucles de ceinture, boutons, ustensiles de cuisine... A cette occasion, des récits épouvantables, toujours exagérés, quelquefois inventés, se répandent. Ils seront répétés, exagérés et amplifiés dans les hameaux, lors du retour à la ferme...
Une terreur sans nom envahit les esprits. Cette Bête de grande force et d'une rare intelligence se joue des pièges, du poison et des hommes pour égorger, décapiter et dépecer ses victimes. Jamais on ne vit de blessures aussi horribles que celles infligées par elle à les enfants, garçons et filles, chargés de garder les troupeaux.


En cette époque où le monde rural échappe encore aux lumières de la Connaissance, la rumeur populaire n'est pas loin d'associer le Diable à la terrible créature.
Les membres du clergé sont d'abord prudents. Nombre de curés pensent que leurs ouailles, crédules et superstitieuses, en rajoutent. Peut-être a-t-on affaire à plusieurs loups ? Mais le mot "Bête" ne tarde plus à apparaître en toutes les lettres sur les registres des paroisses, de même que certains actes de sépulture qui portent la mention terrible : "Mangé par la bête" !
Car la Bête mange et ne s'en prive pas. Elle aime la chair fraîche. Le vendredi 28 septembre 1764, à Rieutort-de-Randon, elle ne fait qu'une bouchée d'une gamine d'environ douze ans qui rentrait chez elle en suivant son troupeau. Le drame, d'une incroyable rapidité, est d'autant plus atroce que la mère de la victime a tout vu, du seuil de sa maison où elle guettait son retour. La petites n'était plus très éloignée, et presque en sécurité, lorsque la Bête s'est abattue sur elle du haut d'une roche en surplomb du chemin. L'instant de stupeur passé, la pauvre femme a rameuté ses deux fils et s'est précipitée au secours de son enfant. Trop tard. La jeune victime gît, désarticulée, défigurée. Morte.
La Bête repasse à l'attaque dès le lendemain. Cette fois, elle se repaît d'une bergère de douze ans, la petite Magdelaine Mauras, qui elle aussi ramenait son bétail à la ferme familiale. Son corps est retrouvé aux Thors, vers 16 h 30. Il manque un bras au cadavre, par ailleurs dévoré au cou et à la poitrine.
Deux victimes en deux jours. Ce double témoignage, parvenu jusqu'à nous, indique bien que la Bête chassait tous les jours.

La Bête, maintenant harcelée par des chasseurs lancés à ses trousses, quitte le territoire de Langogne pour ravager, jusqu'en mai 1765, une vaste zone triangulaire dont Saint-Côme-d'Olt, Bonnac et Langogne figurent les pointes. Au centre, le petit bourg de Saint-Chély-d'Apcher.
Au cours du mois d'octobre 1764, un paysan, Jean-Pierre Pourcher, connaît l'émotion de sa vie, au terme d'une longue journée passée à battre des gerbes pour mêler la paille au regain - cette herbe qui pousse après la première fenaison. Il vient de disposer la paille au fond de sa grange isolée, ses aides ayant déjà regagné la maison pour le souper.
La pénombre s'installe. C'est ce moment de la journée que l'on dit, à juste titre, "entre chien et loup". Tout est calme. La neige étouffe le moindre bruit. Alors qu'il jette un regard à l'extérieur, il tressaille à la vue d'une forme noir qui suit le chemin en direction du bâtiment. Un pressentiment lui donne à croire qu'il s'agit de la Bête. En proie à une grande frayeur, il saisit son fusil, arme qu'il est un des rares habitants de la région à posséder, et se met en position à l'instant où surgit un animal qu'il n'a jamais vu. C'est bien le monstre, c'est lui... c'est La Bèstia ! Iil tremble si fort qu'il a du mal à viser. Alors, en bon chrétien, il appelle sur lui la protection divine, par un signe de croix, et tire à vingt mètres.
Touchée ! La Bête s'écroule... mais se relève aussitôt en grognant de façon terrible. Immobile, elle jette des regards où Jean Pourcher discerne les lueurs du Diable...
La Bête est furieuse. Son sang rougit la neige. Le paysan recharge maladroitement son arme : il pousse d'abord une bourre au fond du canon, puis il vide une dose de poudre, enfonce une balle de plomb, met un peu de poudre près de la lumière, ce minuscule trou à l'arrière du canon, pour relier la charge à la pierre à étincelles. L'opération lui prend bien une minute. La Bête est toujours là. Pourcher tire. Encore touchée, la créature s'effondre une nouvelle fois en poussant un cri rauque à glacer le sang. Puis elle se relève et s'enfuit vers la forêt, laissant une longue trace de sang sur la neige immaculée...
Cette bête, c'est le Diable ! Ses yeux lancent des éclairs comme les flammes de l'enfer... Le paysan tremble de tous ses membres. Il a tiré sur le Diable ! Ou tout au moins, sur un monstre invincible... Comment expliquer, sinon, que la Bête ait résisté à deux balles ?
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Ven 19 Aoû - 0:26

La traque

Et les meurtres continuent. Le 7 octobre, la Bèstia tue une jeune fille de vingt ans à Apcher et emporte sa tête.
Le lendemain, au Pouget, un adolescent de quinze ans échappe à la mort par miracle, mais avec trois blessures par griffes à la poitrine et la raison ébranlée à jamais.
Le même jour, en quête de son repas quotidien, la Bête attaque un berger de douze ans près du château de La Baume ; mais les boeufs que gardait le jeune homme, comprenant que leur petit maître est en danger, foncent sur l'intrus toutes cornes devant... Le jeune garçon aura la vie sauve, au prix d'une griffure à la joue.
Le lendemain, une battue est organisée, qui durera plusieurs jours. Elle est composée d'une centaine de chasseurs et de paysans de Marvejols. Où est la Bête ? Où se cache-t-elle ? Dans cette région de forêts épaisses et de taillis denses, ce ne sont pas les caches qui manquent ...
Coup de chance et adresse des pisteurs, la Bête est repérée...S es traces sont suivies... La voici ! Le cri terrible et qui enflamme la peur jaillit de plusieurs poitrines :
- A la Bèstia ! A la Bèstia !
La Bête est tapie derrière une muraille proche d'un bois, prête à bondir sur un jeune berger. Se voyant découverte et bientôt encerclée, elle bondit, passe devant deux chasseurs dont l'un tire à environ dix pas. Elle tombe... et se relève !
- Tire-la ! Tire-la ! hurle un rabatteur.
Le second chasseur tire. Il fait mouche... La créature s'effondre un instant sous le choc... Victoire ! On la croit tuée sur le coup. Pensez : deux balles à moins de dix pas... Pour sûr, la Bête est morte. Les hommes se précipitent. Mais soudain, l'animal se relève et s'enfuit vers le bois, d'une démarche incertaine, non sans avoir reçu un troisième coup de fusil ! On suit sa trace... On va l'avoir... On l'aura ! ... Le monstre est blessé "au gros sang"... autant dire mort !

Le voilà pourtant qui surgit hors du bois. Un chasseur tire. La créature reçoit une quatrième balle, s'effondre encore, se redresse encore ! Et d'un bond, malgré le sang suintant de ses multiples blessures, il disparaît dans les profondeurs de la forêt.
Chacun est stupéfait. Comment un animal, même inconnu, peut-il résister à quatre balles et déguerpir gaillardement ?
Les recherches s'accentuent. On est sûr de retrouver la Bête morte ou fort mal en point. Deux cents hommes sont mobilisés par les autorités. Il faut se rendre à l'évidence : malgré quatre tirs directs, la Bête est diaboliquement vivante. Le 9 octobre 1764, deux témoins affirment l'avoir aperçue. Elle boitait.
Le lendemain, manifestement affamée et remise de ses blessures avec une incroyable vitalité, elle attaque un adolescent de quatorze ans, près du village des Cayres.
Par chance, deux hommes proches de l'endroit la mettent en fuite, après qu'elle a blessé le garçon au côté droit et au front...
Le même jour, vers 18 heures, nouvelle attaque. Cette fois, c'est une bergère d'une dizaine d'années, sauvée d'une mort certaine par l'intervention rapide de deux garçons, âgés de treize et huit ans, dont l'un est le frère de la fillette. Ces deux héros, demeurant au Bergougnoux, n'ont pas hésité une seconde, laissant leur bétail pour foncer vers le buisson derrière lequel le monstre avait entraîné sa victime. Ils l'ont harcelé à l'aide d'une "lancette". Cette arme de fortune, bricolée par les paysans pour les petits bergers, se compose d'un simple bâton de noisetier d'un mètre cinquante, au bout duquel est solidement attachée une lame de couteau... Surprise, piquée à plusieurs reprises, la Bête s'est esquivée en grondant, laissant la bergère pantelante, mordue à la joue et griffée au bras, mais sauve... Elle a plus de chance que Marie Solinhac, dévorée le lendemain.

Le cauchemar continue. Les gens du cru se terrent. Ils n'osent plus aller aux champs et, la nuit venue, se barricadent. Ce qui n'empêche pas de se défendre. Mais le plus souvent, ils n'ont à opposer que des fourches et des haches à la menace maléfique. Bien peu possèdent un fusil ; trop cher et surtout trop dangereux aux yeux de l'intendant du Languedoc, qui redoute une de ces jacqueries toujours grondantes, provoquées par la misère régnante... Car en Gévaudan, la pauvreté est partout. Le peuple a faim. Dans vingt-cinq ans, en 1789, sa révolte deviendra révolution...
Mais quelle est donc cette Bête capable de tuer, au cours d'une même semaine, en des lieux distants de plusieurs dizaines de kilomètres ? Cette rapidité de déplacement ne surprend pas les chasseurs de loups. Ils savent que ces canidés sont capables de parcourir près de vingt-cinq lieues - une centaine de kilomètres - dans la journée... Alors ? Serait-ce bien une sorte de loup ? Les survivants jurent que non. L'animal terrifiant fait des bonds de dix mètres : un loup est incapable de tels exploits.
Pour l'heure, c'est donc "la Bête"... la Bèstia ! Les descriptions, convergentes, permettent d'en tracer un portrait assez fidèle. Elle est "grosse comme un veau, avec des pattes de devant plus courtes que les pattes de derrière. Et celles de derrière ont des sabots, tout comme un cheval. Son dos est couvert de poils rougeâtres. Une raie noire, large de quatre doigts, la partage du col à la queue. Une queue qu'elle a très longue. Elle a aussi d'énormes griffes.
Mais le plus repoussant est sa tête. Elle se termine par un groin, comme celle d'un porc. La gueule est énorme et pourvue de dents tranchantes. Enfin, les oreilles sont droites comme de petites cornes" (Louis Pauwels, Guy Breton, Nouvelles Histoires extraordinaires, Albin Michel, 1982, p.253).

Pour certains paysans, aucun doute possible : il s'agit du Diable, du Malin, de Satan. Mais comment s'en débarrasser ? Il faut absolument tuer la Bête ! Délivrer le Gévaudan de la peur qui menace les récoltes, les paysans n'osant plus travailler aux champs. Les autorités décident de réagir. On s'organise. Une chasse sera dirigée par l'aide-major Jean-Baptiste Louis François Boulanger, seigneur de Duhamel, capitaine des dragons. Ils sont cinquante-sept militaires, en garnison à Langogne, et une quinzaine d'entre eux ont des chevaux.

Le 14 octobre 1764, Duhamel et ses hommes enfourchent leurs montures. Le capitaine a vingt ans de carrière. Lieutenant au régiment de Cambis dès 1747, il est passé cornette au régiment de cavalerie Royal-Roussillon en 1756, avant d'intégrer en 1758 le régiment des volontaires de Clermont-Prince, en qualité d'aide-major d'infanterie avec le grade de capitaine. Deux ans plus tard, on le retrouve aide-major des dragons. Cet officier ne manque pas d'ambition et sait qu'avec ette affaire de la Bête, il tient une occasion de progresser. Une promotion serait la bienvenue, à condition de tuer le monstre.
Mais dès le 15 octobre, à Contendrès, la Bête décapite un adolescent de treize ans et lui dévore les poumons.
Une semaine plus tard, le 22 octobre, une jeune fille de Grazières, Marguerite Malige, âgée de dix-neuf ans, est décapité et dévorée. Détail horrible, la Bête a emporté la tête. Ses parents sont inconsolables. Ils n'auraient pas dû obliger la petite, malgré sa peur, à garder les vaches dans les pâturages...
La nouvelle de ce terrible meurtre se répand comme une traînée de poudre. Les enfants ne veulent plus aller garder les vaches. Mais il faut vivre... Alors les parents arment leurs petits de lancettes et les font partir en bandes, de bon matin, afin de se donner du courage. L'union fait la force.
Pendant ce temps, militaires, chasseurs, tous sont mobilisés contre le monstre qui écume la région. Ici et là, les autorités disposent des appâts empoisonnés. L'un des notables, Marie-Joseph-Emmanuel de Guignard, vicomte de Saint-Priest, s'en offusque. L'homme n'est pas n'importe qui. Chevalier, seigneur d'Alivert, Renage, Beaucroissantet autres lieux, conseiller du roi en ses Conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, intendant de justice, police et finance en la province du Languedoc, il n'ignore pas les dégâts "collatéraux", dirions-nous aujourd'hui, que risque de provoquer l'emploi de poison sans précaution. Le produit mortel, réaffirme-t-il non sans logique, pourrait faire des ravages parmi les "bons" animaux de la forêt, voire chez les chiens lancés à la poursuite du monstre. Par ailleurs, si la Bête y a goûté, elle semble n'en avoir pas souffert, ce qui la rend d'autant plus inquiétante.
Serait-elle indestructible ?
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Ven 19 Aoû - 21:22

Guet-apens macabre

Les autorités, jusque-là peu sensibles à l'affaire, commencent à s'émouvoir de cette hécatombe. La présence de l'armée est rassurante. Mais la Bête se moque de l'armée comme des chasseurs... Ses attaques mortelles continuent.
Le 24 octobre, un solide paysan de la terre de Peyre décide de li régler son compte en se mettant à l'affût derrière un mur, à proximité du frêle cadavre de sa fillette, en partie dévorée par la Bête. En chasseur averti, l'homme sait que le prédateur reviendra pour finir son festin. Il attend patiemment, sans doute avec la rage froide et la détermination qui, pour l'instant, retiennent son chagrin de père. La Bête viendra-t-elle dévorer les pauvres restes de son enfant ?
Soudain elle paraît ! Une rage contenue monte dans le coeur du chasseur. Il la vise à quarante pas et tire. Mais la poudre est humide. Le coup fait long feu. Le chasseur ne s'affole pas. Il recharge et tire à trois reprises ! En vain. La Bête se jette sur lui. L'homme est robuste. Il a eu le temps de sortir son paradou, un long coutelas. Fou de rage contre cette maudite Bête qi a dévoré sa fillette et qui s'en prend maintenant à lui, il se défend avec rage et bravoure...Mais, engourdi par sa longue attente dans le froid, il a perdu de sa force, alors que la Bête est agile et puissante. Soudain, elle se jette sur son cou, sa technique favorite pour prendre ses proies au licol et les égorger d'un coup de sa puissante mâchoire... L'homme hurle : "A la Bèstia !" C'est le cri de ralliement des courageux qui veulent bien porter secours en bravant la peur du monstre.
Deux paysans arrivent en courant, armés de fourches. La Bête lâche prise... le père de la fillette égorgée est sauvé. Mais le monstre court toujours...

Dans une lettre adressée le 26 octobre 1764 à Etienne Lafont, Jean François Charles de la Molette, comte de Morangiès, un des notables de la région, déplore le peu de fusils disponibles et précise : "Le grand nombre de ceux qui vont à ces sortes de chasses tumultueuses n'ont point d'armes à feu, ou en ont de mauvaises et s'en servent maladroitement, et le plus grand inconvénient est qu'ils ont peur quand ils voient cette Bête." On les comprend...
Le comte juge cependant intéressante la technique d'affût près des cadavres : "Si par malheur cette cruelle bête venait encore à dévorer quelque personne, écrit-il, il faudrait laisser le reste du cadavre sur les lieux, parce que la voracité de cet animal l'y ramène toujours (...)
Alors quelques bons tireurs se posteront et l'attendront vingt-quatre heures s'il est nécessaire."

Les autorités pensent cependant qu'il s'agit d'un énorme loup de plus de quarante kilos, alors que cet animal en pèse habituellement vingt-cinq. Des hypothèses terrifiantes commencent à circuler. Et s'il s'agissait d'un fauve d'Afrique ? Un lion, par exemple... Mais alors, comment expliquer sa présence en Gévaudan, où ne passe jamais aucun cirque ? A supposer qu'un lion soit arrivé par miracle jusqu'à cette contrée sauvage, il n'aurait pas survécu à l'hiver, quand le thermomètre descend souvent jusqu'à -20°C, voire -30°C.

On parle aussi d'une hyène, d'une panthère, ou encore d'un loup-cervier... Animaux mythiques, connus des seuls lettrés. Ce n'est pas non plus un ours ou un tigre. Alors ? Quel est ce monstre qui tue les humains par dizaines ?
Cette Bête mystérieuse et puissante n'a que trop nargué les autorités. Le capitaine Duhamel, appuyé par les curés des paroisses, décide la mobilisation générale. Ce monstre, on va le débusquer, malgré l'impénétrable forêt du Gévaudan... Le dimanche 28 octobre 1764, bravant le froid, le vent, la neige et la peur, dix mille paysans et chasseurs, encadrés par les militaires, se lancent dans une formidable battue. Echec total. Pas la moindre trace de la Bête...
C'est alors que se produit une rencontre incroyable, dans le canton de Peyre. Un garçon de douze ans, courageux mais inconscient, aperçoit la Bête du Gévaudan... et l'approche sans frayeur, un couteau à la main, criant à tue-tête :
- Veni, veni ! Viens ! Viens !
Aussi incroyable que cela paraisse, le monstre paraît déconcerté. Il prend peur et ... déguerpit !
Le lendemain, non loin de là, dans une ferme isolée, un fermier voit à son tour arriver le monstre. Il ne ressemble à aucun animal connu, surtout pas à un loup...

Effrayé, le paysan détale vers sa ferme en criant. Coups de chance, toute sa famille est dans la cour et se réfugie d'un bond dans la pièce à vivre, une grande cuisine où pend un chaudron sur la crémaillère de l'immense cheminée, coeur de la vie familiale dans toutes les fermes de ce temps.
- A l'abri ! La Bête arrive ! A la Bèstia ! crie le père de famille, qui n'a que le temps de claquer la lourde porte en bois derrière lui.
Il entend l'étrange et terrifiant grognement de la Bête, frustrée d'un repas qu'elle croyait servi. Debout comme un humain, elle griffe la porte de ses lourdes pattes...
Dressé sur ses pattes arrières, l'animal passe devant un fenestrou, braque ses prunelles sur l'homme, sa femme et ses enfants muets de peur, serrés les uns contre les autres, tremblants... Elle les scrute comme ferait un être humain. Son regard semble de feu. Ce ne peut être que le Diable !
Puis, lentement, la créature s'éloigne de la petite fenêtre et trotte vers la forêt proche. Mais la famille n'est pas pressée de s'approcher du fenestrou, pour vérifier que la Bête est bien partie...

Ces deux échecs ne la mettent pas de bonne humeur.
Le mardi 30 octobre, elle s'en prend à quatre hommes, profitant de leur frayeur pour couper net le bras de l'un d'eux... Puis elle fond sur une jeune fille, secourue à temps. La Bête, dans sa fureur, réussit tout de même à lui arracher la peau du cou et du crâne. La malheureuse en mourra de folie...
Puisque la chair humaine lui échappe pour l'instant, le prédateur se rabat sur un troupeau de moutons tranquillement occupés à brouter un pré de la paroisse de Chauchailles, en Auvergne. Mal li en prend, une fois de plus : une bergère vindicative tente de récupérer par la force un mouton que le monstre vient de saisir. La Bête saute sur la courageuse femme qu'elle blesse au visage, sans trop de gravité, avant de s'enfuir, car les hurlements de la bergère lui ont valu un prompt secours...
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Ven 19 Aoû - 21:36

Une vitesse de déplacement incroyable

Le 2 novembre 1764, le détachement de dragons commandé par Duhamel a pris ses quartiers à Saint-Chély. On compte déjà une quarantaine de victimes. Du jamais vu en France ! Mais depuis le 31 octobre, plus rien. Aucune attaque jusqu'au 17 novembre 1764. Dix-sept jours durant lesquels la Bête se nourrit sans doute de moutons et de gibier. En cette fin d'année 1764, pourtant, les bêtes ne sortent brouter que lorsqu'il n'y a pas de neige : autant dire jamais, car ici l'hiver est rigoureux. Ce silence n'est-il pas plutôt celui des registres et des chroniques ? On observe en effet des périodes, parfois longues de plusieurs semaines, où la Bête semble dormir... ou disparaître des archives, dont une partie n'a pas survécu à la Révolution.

Le Gévaudan vit dans la peur. La Bête attaque alternativement les moutons et les humains. Avec une préférence pour la chair fraîche des bergers et bergères, dont beaucoup n'ont pas douze ans... Chaque dimanche, dans les paroisses, les curés prêchent la nécessité des prières face à cette nouvelle épreuve qui frappe le monde paysan, habitué à des calamités plus naturelles...
Une autre certitude ajoute à l'angoisse : la quasi-simultanéité des attaques, en des lieux pourtant très éloignés l'un de l'autre... Y aurait-il deux bêtes féroces qui "sont presque toujours ensemble", comme l'affirme Duhamel dans une lettre adressée à M. Lafont, le 11 novembre 1764 ? La font en doute. Il s'en ouvre à M. de Saint-Priest trois jours plus tard, estimant que Duhamel se fonde sur des suppositions, et non sur un constat ; et de souligner le fait, bien établi, que "l'on n'en a jamais vu qu'une (bête) dans les différentes occasions où il y a eu des personnes attaquées".
Les journaux, bien modestes à l'époque où seul sait lire un paysan sur cent, s'emparent de cette affaire mystérieuse, assurés de tenir leurs lecteurs en haleine. Plus personne, ou presque, ne croit qu'il s'agisse d'une simple histoire de loups voraces. D'ailleurs, assure justement la Lettre de Paris en ce mois de novembre 1764, "il importe peu de savoir de quelle espèce ni de quelle figure est un animal si malfaisant ; l'important est qu'on le tue". Texte aussitôt repris par le Courrier d'Avignon
.
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Sam 20 Aoû - 0:38

Des primes sont promises à qui terrassera l'engeance.
Mais la peur paralyse les habitants de la région, tout de même obligés de circuler et de mener leur bétail aux pâturages, les tripes nouées...
Il faut aussi prendre en considération l'aspect politique. Les autorités locales sentent peser sur elles le regard interrogateur de Versailles, et surtout du roi Louis XV.
Elles n'ignorent pas que des journaux étrangers s'intéressent au cas de la Bête, qu'il convient donc de résoudre au plus vite. Sans quoi le risque serait grand de donner du royaume et de Sa Majesté une déplorable et risible image d'incompétence. En 1764, la France sort d'une défaite de la guerre de Sept Ans face à l'Angleterre. Point n'est besoin d'ajouter une nouvelle humiliation à la défaite de 1763.
Hélas, la météo ne favorise pas une traque déjà rendue délicate par la nature du terrain. Le 20 novembre 1764, la neige freine le capitaine Duhamel et une partie de ses dragons. Parti de Saint-Chély, le capitaine passe la journée à battre les bois, avant de prendre ses quartiers pour la nuit à Saint-Alban, où il apprend que la Bête a repris ses attaques la veille.
Le lendemain, mercredi 21 novembre, en dépit de conditions atmosphériques dégradées, il sillonne le bois de Bel-Ami, près de Crouzet-Plo, puis celui de Chazot, où il tombe face à la Bête. Elle s'enfuit si vite que le chasseur le plus proche, un maréchal des logis, n'a pas le temps de lever son arme pour l'ajuster. Duhamel tente bien de suivre la piste, mais au bout de quelques dizaines de mètres, il doit renoncer : la Bête s'est volatilisée dans la forêt touffue, souvent impénétrable aux chevaux de poursuite et même aux hommes à pied...

Il en faut davantage pour décourager le capitaine Duhamel qui, le 22 novembre, persiste dans sa traque, malgré la neige qui tombe en abondance. un paysan lui apprend qu'il vient d'être victime d'une attaque à une demi-lieue d'Apcher. Une nouvelle piste se présente, mais il faudra patienter pour la suivre car, dès le lendemain, la neige paralyse la chasse.
Réfugié au Malzieu avec sa troupe ainsi mise au repos forcé, Duhamel est informé, le 24 novembre, que deux bergers ont repéré la Bête vers Prunières et Apcher. Ils l'ont vue poursuivre un gros chien, puis l'éventrer et le dévorer, sa gueule rougie par le sang de ses entrailles encore fumantes... Epouvantés, ils ont pris la fuite...
C'est seulement le lendemain, dimanche 25 novembre, que Duhamel peut enfin lancer une battue dans les bois de Prunières et d'Apcher. En vain. Or, ce même jour, vers 17 heures, la Bête se manifeste en assaillant Catherine Vally, dite la Sabrande, une veuve d'une soixantaine d'années qui conduisait son unique vache dans un pré pour la faire paître et boire. La pauvre femme, originaire de Buffeyrettes et dont le corps est découvert le lundi, à été tuée en un instant ; puis le monstre a rongé son cou jusqu'aux épaules, dévoré sa poitrine et son estomac, avant de sucer le sang et d'emporter la tête. La routine !

Le capitaine Duhamel, qui veut piéger la Bête, obtient difficilement des enfants de la victime, Catherine Vally, que son cadavre soit ramené sur place. Il dispose cinq dragons en embuscade pendant la nuit, derrière un muret de pierre qui borde un champ. La nuit est longue, glaciale. Il y a soixante centimètres de neige. Toute une nuit à grelotter, la main sur le fusil à pierre... Mais les dragons en embuscade sont tenus éveillés par la peur, à défaut d'être réchauffés. Et au matin : rien. La Bête n'est pas venue. Peut-être a-t-elle flairé leur odeur, ou entendu leurs discussions à voix basse. Ces cinq soldats ont veillé inutilement le cadavre, qui sera enterré dans la journée. La famille est triplement effondrée : par la perte de leur mère, par l'état de la dépouille et par l'inutilité de la profanation.
Au mois, le cadavre décapité retrouve-t-il sa tête, qu'un paysan récupère dans un fossé à quelques centaines de mètres du lieu de l'agression. Le crâne est brisé en deux, ce qui donne une idée de la puissance extraordinaire des mâchoires de la Bête. Et il est rongé à l'intérieur comme à l'extérieur...


Les attaques continuent dans la région de Buffeyrettes, plus spécialement au lieu-dit La Besselade, où un homme doit se défendre contre la Bête. Avec un bâton pour seule arme, il multiplie les moulinets, frappe plusieurs fois le monstre à la tête, jusqu'à ce que deux garçons, qui travaillaient dans un pré, viennent lui prêter main forte, ayant entendu ses cris :
- A la Bèstia !
L'un des paysans pointe sa "lancette" et la Bête s'enfuit. Ces nouveaux témoins déclarent que leur étrange adversaire, de la taille d'un âne, présentait un large poitrail surmonté d'un long cou et d'une grosse tête, qu'il arborait des oreilles plus longues que celles d'un loup et un museau semblable à celui d'un cochon. Très longue et d'une hauteur de trois pieds, la fourrure courte et hérissée, la Bête est de couleur gris terne sur le dos et rouge clair sur le poitrail. Elle a la particularité de se dresser sur ses pattes de derrière, comme un homme, pour combattre et tuer avec ses puissantes pattes antérieures, pourvues de griffes impressionnantes.

Décidément, ce n'est pas un loup... D'ailleurs, les loups, qui disputent le territoire aux hommes depuis des siècles, ne sont pas avides de leur sang. Or la Bête le lèche à même le sol après avoir dévoré sa proie...
Sans se faire oublier - car elle obsède désormais tous les esprits -, la Bête se tient tranquille dès le 26 novembre 1764, du moins dans les archives ; mais elle reprend sa moisson macabre le 15 décembre, en tuant puis en décapitant Catherine Chastang, une femme de quarante-cinq ans qui gardait son troupeau dans les bois de Balsie. Le prédateur a massacré sa victime, qu'il a dévorée en partie et dont il a emporté la tête à plus de cent pas...
Dan la foulée, la Bête s'attaque à un adolescent de Chanteloube, âgé de seize ans, qui s'en tire miraculeusement grâce à l'arrivée opportune d'hommes armés. Mais il gardera les cicatrices de l'attaque toute sa vie.
Puis, le 20 décembre 1764, vers 17 heures, une femme vigoureuse de quarante ans, originaire de Civergols, près du village de Cavres, croise le chemin de la Bête. Celle-ci pousse un grognement terrifiant et passe à l'attaque. Mais la fille porte une hache et sait s'en servir. Elle sait aussi, grâce à la rumeur, que la Bête tourne autour de sa proie. Aussi s'adosse-t-elle à une haie et se défend-elle avec énergie et colère pendant un quart d'heure qui lui paraît un siècle. Elle hurle "a la Bèstia !"... mais dans cette campagne désertique, personne n'entend son appel au secours... Le tranchant de la hache touche la monstre à trois reprises et lui entaille le museau. Décidément, cette paysanne est trop coriace et sa hache trop dangereuse...
La Bête ensanglantée, qui ne s'attendait pas à pareille résistance, bat en retraite, piteuse, et s'enfonce dans la forêt proche, tandis que la femme terrifiée reprend son souffle. Elle a vu la mort de près... mais la Bête aussi !

Le capitaine Duhamel recueille avec intérêt le témoignage de cette femme courageuse. Elle fournit à l'officier une description précise de l'animal inconnu. Malgré sa peur, elle l'a vu à moins de deux mètres, pendant le plus long quart d'heure de sa vie.
Le capitaine des dragons note : "Cet animal est de la taille d'une vache de trois ans, la gorge et le ventre bancs, le poil du corps rouge et pas plus long que celui d'un loup, une bande noire le long du dos dont le poil est fort long. La queue de la longueur de celle d'un cheval, fort touffue et rougeâtre, tirant un peu sur le noir. Les pattes très fortes, avec six griffes de la longueur d'un doigt, la tête noire, fort large, les yeux grands et étincelants et le museau de la longueur de celui d'un cochon, avec cette différence que le bout du museau baisse au lieu de relever.
La guelle extraordinairement large (au moins d'un pied de la façon dont cette fille me le dépeint), les dents très longues, fort larges, pointues par le bout et distantes d'un demi-pouce l'une de l'autre, les oreilles droites et pas plus longues que celles d'un loup."
C'est l'une des meilleures descriptions de la Bête. Reste maintenant à la trouver et à la tuer.

Le 20 décembre 1764, au Puech, nouvelle attaque mortelle : la Bête dévore et décapite une fille de douze ans, puis emporte sa tête que l'on retrouvera dans un bois.
Deux jours plus tard, elle échappe de peur aux dragons et, peu après, se régale d'une femme de vingt-et-un ans à Pradt-en-Rouergue.
L'année s'achève quand Martial Matthieu, un berger du Besset, connaît un sort identique, tout comme deux autres garçons au cours de la même période, l'un de la paroisse de Chaulhac, l'autre, âgé de seize ans, décapité à la porte du Falzet, son village. La Bête s'enfuit tranquillement à l'approche des paysans armés, un bras fourré dans sa gueule...
Elle semble être partout à la fois et multiplie les agressions : le 27 décembre, à Saint-Privat-du-Fau, elle attaque un garçonnet que des voisins sauvent de justesse. Aussitôt après, à Pradels, près de Saint-Chély, une jeune fille d'une vingtaine d'années est dévorée vive. Le 28, une fillette de douze ans l'aperçoit sortant du bois de Saint-Martin-du-Born. La gamine se précipite vers son père en l'appelant au secours. L'homme épouvanté, n'a qu'un modeste bâton pour défendre deux vies. Pendant près d'un quart d'heure, il s'escrime tant bien que mal contre le monstre. La Bête est vive, elle tourne à toute vitesse autour de ses proies. Ses yeux de feu sont braqués sur la fillette... Le père hurle :
- A la Bestia !
Mais qui l'entendrait ? Quelques vaches, qui paissent non loin, regardent sans comprendre le père et la fille harceler la Bête. Puis, au bout d'un temps qui semble infini, les ruminants comprennent que leurs maîtres sont en danger. Soufflant, ils chargent cornes en avant... La Bête recule prestement, puis s'enfuit au petit trot vers la forêt touffue.
C'en est trop. Partout en Gévaudan, depuis six mois, la terreur gagne, amplifiée par le bouche à oreille et les sermons du dimanche. On ne parle que des assauts sanglants de la Bête, d'autant plus terrifiante qu'inconnue.
Paysans, chasseurs, dragons de Langogne, nul ne parvient à tuer le monstre mangeur d'enfants. La Bête déjoue les pièges, fuit le Gévaudan lorsque les troupes y pénètrent, pour s 'aller cacher dans quelque autre forêt touffue...


Les histoires vraies se mêlent à des récits fantasmagoriques inventés sous le coup de la terreur... Certains affirment l'avoir vue se déplacer comme un homme, dressée sur ses pattes arrières... D'autres jurent qu'elle s'assoirait sur une pierre comme un humain, gesticulant avec ses pattes de devant avant de bondir sur le malheureux témoin... On l'a vue franchir des rivières en deux ou trois bonds, c'est tout juste si elle ne marchait pas sur l'eau...
D'autres encore l'auraient entendue parler et rire !
Hyène, singe, léopard, loup-cervier, tigre, lion... Qui est-elle ? Cette Bête, assurément, c'est le Diable !
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Jean2

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MessageSujet: Re: La Bête du Gévaudan...   Sam 20 Aoû - 8:10

Elle m'a toujours fascinée cette bête
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epistophélès

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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Mar 23 Aoû - 0:16

Un châtiment de Dieu ?

Le lundi 31 décembre 1764, c'est fête dans toute la France. Une année s'achève, dure pour le peuple, souvent affamé par une caste de nobles et de nantis, dont les têtes ne tarderont plus à tomber... En Gévaudan, dans la grande ville de Mende, la cathédrale est pleine pour la grand-messe de fin d'année. Tous écoutent attentivement le sermon de Mgr Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré, l'évêque de la ville, cousin d'un ministre du roi Louis XV.
Vêtu de l'habit majestueux des grandes cérémonies chrétiennes, le prélat peaufine son homélie depuis deux semaines. Devant des centaines de fidèles venus assister à ce moment sacré, il commence par détailler les méfaits de la Bête, qui tue les humains par dizaines depuis six mois... De sa voix puissante, juché sur la chaire joliment décorée de la cathédrale, l'évêque rappelle les faits :
- Une créature féroce, inconnue dans nos climats, y paraît tout à coup par miracle sans qu'on sache d'où elle peut venir. Partout où elle se montre, elle laisse des traces sanglantes de sa cruauté : la frayeur et la consternation se répandent, les campagnes deviennent désertes ; les hommes les plus intrépides sont saisis à la vue de cet horrible animal, destructeur de leur espèce, et n'osant sortir sans être armés ; il est d'autant plus difficile de s'en défendre qu il joint à la force, la ruse et la surprise...
L'évêque marque une pause et observe son auditoire : les fidèles sont pétrifiés. En partie par le froid terrible qui sévit, en cette fin décembre 1764, jusqu'au coeur de l'édifice sacré ; mais surtout parce qu'il n'est pas un de ses fidèles chrétiens qui n'ait vu ou entendu parler du monstre sanguinaire... Les fidèles retiennent leur souffle : que va leur révéler Monseigneur, lui qui allie la puissance séculière du roi à la force infinie de Dieu ?

Après un temps d'arrêt, considérant les nobles et les bourgeois, les paysans et les ouvriers, tous attentifs à son discours, l'évêque précise que la Bête "attaque de préférence l'âge le plus tendre, le sexe le plus faible et les vieillards sur qui elle trouve le moins de résistance".
L'assistance frémit quand, après une nouvelle pause, il lance :
- Auriez-vous mérité la colère de Dieu ? Ressaisissez-vous, gens du Gévaudan, redevenez purs et la Bête s'éloignera !
Un silence plus pesant suit cette homélie dévastatrice.
Chacun, en son âme et conscience, s'interroge. Et si nos fautes étaient cause que le Diable a créé le monstre, venu punir ce monde de pécheurs ? Nos prières de mauvais chrétiens seront-elles de quelque effet contre la malédiction qui s'abat sur le Gévaudan ?
Face aux oeuvres du Diable, fruit du péché des hommes, l'évêque sort l'artillerie lourde : il fait exposer le Saint-Sacrement dans la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Privat et apostrophe le ciel :
- Jusqu'à quand, Seigneur, vous mettrez-vous en colère, comme si elle devait être éternelle ? Jusqu'à quand Votre fureur s'allumera-t-elle comme un feu ?

Les terribles paroles de l'évêque ont saisi les fidèles. Nombre d'entre eux ont baissé la tête lorsqu'il a prononcé ces mots : "Vos malheurs ne peuvent venir que de vos péchés... C'est parce que vous avez offensé Dieu." Et de rappeler :
- Dans tous les temps, Dieu a puni les péchés des hommes par des supplices semblables à celui dont vous éprouvez aujourd'hui toute la rigueur. Ne demandez donc plus d'où est venue la Bête féroce qui fait tant de ravages parmi nous. Ne vous mettez point en peine de savoir comment elle a pu pénétrer jusqu'à vous ; c'est le Seigneur irrité qui l'a lâchée contre vous ; c'est le Seigneur qui dirige sa course rapide vers les lieux où elle doit exécuter les arrêts de mort que sa justice a prononcés. Pères et mères qui avez la douleur de voir vos enfants égorgés par ce montre que Dieu a armé contre leur vie, n'avez-vous pas lieu de craindre d'avoir mérité, par vos dérèglements, que Dieu les frappe d'un fléau si terrible ? ...
Quel soin prenez-vous de leur éducation ? Au lieu de leur apprendre de bonne heure, et dès leurs plus tendres années, à craindre Dieu et à s'abstenir de tout péché, au lieu de leur recommander d'avoir Dieu dans l'esprit tous les jours de leur vie, et de ne jamais violer ses préceptes, d'être charitables en la manière qu'ils pourront, et de soulager les besoins de leur prochain selon leur pouvoir ; au lieu de leur inspirer de l'éloignement pour l'orgueil, pour les moindres injustices et surtout une grande horreur pour ce péché que l'Apôtre défend de nommer (il s'agit du péché de chair) ; bien loin de leur faire aimer l'état dans lequel Dieu les a fait naître, de leur faire regarder la pauvreté même comme un trésor, lorsqu'elle est accompagnée de la crainte de Dieu, et de la pratique du bien, ne leur inspirez-vous pas des sentiments tout opposés d'ambition, d'orgueil, de mépris pour les pauvres, de dureté pour les misérables ?
Et l'évêque de poursuivre son sermon accusateur :
- On vous voit bien moins occupés de leur salut que de leur fortune et de leur avancement, pour lequel tout vous paraît légitime, et ces passions naissantes que vous auriez dû arrêter et étouffer par des corrections salutaires, vous prenez soin au contraire de les nourrir et d'en faire éclore le germe ; heureux encore si vous n'étiez pas les premiers à les pervertir et les corrompre par la contagion de vos mauvais exemples ! Après cela faut-il être surpris que Dieu punisse l'amour déréglé que vous avez pour eux par tant de sujets d'affliction et de douleur qu'ils vous préparent dans la suite de votre vie ? Quelle dissolution et quel dérèglement dans la jeunesse de nos jours ! La malice et la corruption se manifestent dans les enfants , avant qu'ils aient atteint l'âge qui peut les en faire soupçonner. Ce sexe, dont le principal ornement fut toujours la pudeur et la modestie, semble n'en plus connaître aujourd'hui ; il cherche à se donner en spectacle, en étalant toute sa mondanité ; il se fait gloire de ce qui devrait le faire rougir. On le voit s'occuper à tendre des pièges à l'innocence, à usurper un encens sacrilège et à s'attirer, jusque dans nos temples, des adorations qui ne sont dues qu'à la divinité. Une chair idolâtre et criminelle qui sert d'instrument au démon, pour séduire et perdre les âmes, ne mérite-t-elle pas d'être livrée aux dents meurtrières des bêtes féroces qui la déchirent et la mettent en pièces ?

Ce n'est pas que nous regardions comme coupables toutes les personnes qui ont eu le malheur de périr de cette sorte. Dieu peut avoir permis ces tristes événements pour des raisons qui regardent leur salut et leur bonheur éternels ; mais cela n'empêche pas que Dieu ne leur ait fait subir la peine due aux péchés de leurs parents... Où trouverons-nous le remède à tant de maux ? Dans un véritable et sincère repentir, dans les larmes de la pénitence... Le monstre redoutable qui exerce sa fureur contre nous, ou sera exterminé ou Dieu le fera disparaître de nos contrées pour ne plus revenir. Loin de nous cette pensée folle que cet animal est invulnérable et indestructible ; que les pasteurs et tous ceux qui sont chargés du soin des âmes s'appliquent à dissiper, par de solides instructions, ces contes fabuleux dont le peuple grossier aime à se repaître, et à bannir de son esprit tout ce qui ressent l'ignorance et la superstition.
Cet animal, tout terrible qu'il est, n'est pas plus que les autres animaux à l'épreuve du fer et du feu ; il est sujet aux mêmes accidents et à périr comme eux. Il tombera infailliblement sous les coups qu'on lui portera, dès que les moments de la miséricorde Dieu sur nous seront arrivés. Hâtons-les, ces moments si désirables, par nos larmes et nos gémissements. Déjà cette miséricorde nous a ouvert une ressource. Les Etats de la province, sensibles aux calamités de ce pays, ont accordé une gratification à celui qui l'en délivrera, et nous avons lieu d'espérer que plusieurs bras s'armeront pour notre défense, n'auront d'autre succès que celui qu'il plaira à Dieu de leur donner...
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Mar 23 Aoû - 22:31

Mgr Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré est un homme intelligent et cultivé, et sans doute un chrétien sincère. Croit-il vraiment ce qu'il dit ? Ou bien, "conseil du roi en ses conseils", comme l'indique une de ses titres, croit-il au contraire qu'il est inespéré de faire porter à la Bête inconnue la responsabilité des peurs, des misères et du mécontentement sourd d'une population accablée par la pauvreté et les impôts royaux ? Derrière la dévotion, derrière l'attente, couve déjà la colère du peuple. Il convient de l'étouffer. L'évêque de Mende espère ainsi retourner la situation en faveur de l'Eglise et de la royauté, au moins pendant un temps.
Dans la nef, les têtes se courbent. Pour ces fidèles venus des campagnes, la parole de l'Eglise est vérité absolue. Les accusations de l'évêque ont tétanisé l'assemblée. Ceux qui ont perdu un proche craignent les regards accusateurs. Ceux qui ont été épargnés redoutent d'être à leur tour désignés comme mauvais chrétiens, livrés à de telles turpitudes que la bonté du Très-Haut s'est lassée, au point d'ordonner à la Bête de se repaître de leur enfant !
Au deuil provoqué par la perte d'un être cher dans des conditions atroces, bien peu veulent ajouter l'opprobre et la suspicion d'être eux-mêmes responsables du drame. Pour échapper la Bête-fléau de Dieu, chacun comprend qu'il doit se comporter en bon chrétien, exempt de tout péché, en élevant ses enfants suivant les préceptes de la vraie religion.
Conséquence aussi fâcheuse qu'imprévue de ce prêche incendiaire : désormais, bien des crimes de la Bête seront maquillés en accidents agricoles, de sorte que les archives n'en ont pas gardé trace... Les historiens ne disent pas merci à l'évêque de Mende !


Un mâle qui répand la terreur...

Malgré le retour de beaucoup dans le giron de l'Eglise, les échecs s'accumulent. Les battues sont des fiascos. Les prières n'ont aucun effet. Et la peur règne.
La Bête n'a pas attendu la fin de l'homélie et des messes ordonnées "pendant trois dimanches consécutifs dans toutes les églises collégiales, paroissiales et communautés séculières et régulières, exemptes et non exemptes (du) diocèse", pour justifier son r^le de fléau de fléau de Dieu, comme l'a baptisée l'évêque de Mende. Elle poursuit son oeuvre maléfique. La Bête aime dévorer les enfants ? Elle croque une fille du Villaret, de la paroisse de Saint-Chély, près du bois d'Aubrac, puis, dans la même paroisse, en attaque vainement une autre, sauvée de justesse par l'irruption de son père, faisant des moulinets avec sa fourche en hurlant comme un fou...
Comme si cette calamité ne suffisait pas, Dieu inflige aux hommes une inondation de l'Allier qui dure cinq jours. Ce début d'année 1765 est décidément favorable au monstre, qui semble bénéficier d'une protection divine... ou de la force de Satan. Le 1er janvier, une balle n'a fait que l'effleurer, lui arrachant quelques poils qui dégagent une odeur pestilentielle. Le Diable, on vous dit !
La Bête est donc bien invulnérable - ou plutôt les deux bêtes, car un paysan affirme les avoir vues ensemble, l'une étant plus petite, tandis que d'autres témoignages font état de sa présence au même moment en deux endroits différents. Jouirait-elle du don d'ubiquité ? Ou la Bête est-elle un mâle dominant, accompagné de sa femelle ?

De nouvelles informations affluent chez le capitaine Duhamel, qui affinent le portrait-robot du monstre : "de la grandeur d'un veau d'un an ; sa tête a un pied de largeur sur le devant, et son poitrail est aussi large que celui d'un cheval. Souvent on l'entend hurler la nuit : son cri est précisément comme celui d'un âne qui braît".

Le dimanche 6 janvier 1765, jour de l'Epiphanie, alors que les prières se font suppliques au Ciel pour qu'il délivre la province du malheur qui la frappe, la Bête est vue pendant une messe matinale. Elle tente d'enlever un gamin vers 9 heures. Mais son père, armé d'une lancette, parvient à déjouer l'attaque. De rage, le monstre se saisit du chien de la maison, le traîne sur deux cents pas et l'abandonne encore vivant !
Une heure plus tard, ce même dimanche, Delphine Courtiol, âgée de trente ans, est surprise et tuée dans son jardin de Saint-Juéry, sans être dévorée. La Bête a été dérangée dans son repas par la bravoure d'un chien de berger et des familles qui se rendaient à la messe.
Encore une heure environ, et c'est une jeune femme de vingt-cinq ans qui perd la vie, déchiquetée dans le bois de Montclergue, près de Morsanges.
La liste s'allonge avec Marie-Jeanne Saltel, signée et dévorée au Rieutort d'Aubrac. Le 8 janvier, jour de l'enterrement des restes de l'infortunée petite, c'est un adolescent de quatorze ans que la Bête terrasse à cinquante pas de la demeure familiale du Falzet. Après l'avoir décapité, elle emporte le corps au milieu d'une prairie pour y commencer son sinistre repas. Des témoins ne lui en laissent pas le temps et convergent vers elle. La Bête n'a d'autre ressource que la fuite, non sans avoir arraché un bras à sa victime...

La population du Gévaudan n'en a donc pas fini avec le châtiment de Dieu. Car il y a plus inquiétant encore : la Bête semble s'enhardir. Elle s'en prend à des groupes.
Le vendredi 11 janvier 1765, le prédateur se met en travers de la route de trois hommes sur le point de s'engager sur le pont d'Arifattes. Munis de lances, ils se défendent contre cet adversaire sanguinaire qui ne cesse de tourner autour d'eux, esquivant les pointes avec une extrême adresse.
Mais la Bête se lasse et finit par se retirer, laissant derrière elle trois hommes épuisés, traumatisés par ce combat. Chacun sait que la moindre faiblesse eût été fatale...
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epistophélès

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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Mar 23 Aoû - 23:04

Un héros de douze ans

Chez les paysans, les actes de courage se multiplient, qui pourraient bien correspondre aux signes divins annoncés par l'évêque.
La Bête s'est déjà heurtée à des résistances, mais jamais comme celle du samedi 12 janvier 1765. Vers 11 heures, ce jour-là, elle attaque sept enfants, cinq garçons et deux filles, occupés à garder du bétail sur la Margeride, près du Villeret, paroisse de Chanaleilles. L'assaut les prend par surprise.
- Vite ! Prenez vos lancettes ! crie le jeune Portefaix.
Autour de lui, Jacques Couston, douze ans, Jean Pic, douze ans, Joseph Panafieu, huit ans, Jean Veyrier, huit ans, Magdeleine Chausse, neuf ans et Jeanne Gueifier, huit ans. Tous arrachent vivement le bout de tissu que les parents ont placé au bout des lancettes, afin que leurs enfants ne se blessent pas en conduisant les vaches aux champs. Et tous pointent en tremblant ces petites lances de fortune vers la Bête qui décrit des cercles rapides autour de la petite troupe, selon sa technique habituelle.
Elle est très vive et très agile, et ses grognements terrifient les enfants. Portefaix s'impose comme chef de guerre. Il donne ses ordres :
- Les grands, devant avec moi ! Les filles derrière nous ! Les plus petits derrière les filles !
Chaque enfant obéit en tremblant, soumis à la voix autoritaire de Portefaix, qui semble connaître son affaire.
Soudain, la Bête bondit sur Joseph Panafieu, le plus petit, donc le plus faible, placé derrière les filles... Elle l'avait repéré. D'emblée, le monstre lui arrache la joue ; mais face à l'assaut vigoureux des quatre garçons du premier rang, elle doit lâcher, le petit corps en sang et se satisfaire de ce lambeau sanglant, sans lâcher la cohorte de son regard de feu. Soudain, elle bondit une nouvelle fois et, avec son mufle, bouscule l'un des garçons, un nommé Jean Veyrier, huit ans, qui se voit déjà mort. Trois de ses camarades volent à son secours et piquent à nouveau la Bête de toutes leurs forces. L'animal doit s'écarter, avant de fondre de nouveau sur le petit Veyrier, qu'elle saisit par un bras avant de filer avec sa proie.
C'est compter sans la réaction de Jacques Potefaix qui, en cette circonstance de péril extrême, révèle une rare bravoure alliée à un sens inné du commandement.

Ce gamin est déjà un petit homme courageux, comme la campagne en produit beaucoup, car les enfants y sont très tôt autonomes et responsables. Voyant que la Bête a déjà sa proie, l'un des petits crie :
- Vite ! Rentrons à la ferme pendant qu'elle mange !
Mais Portefaix, du haut de ses douze ans, rassemble sa troupe avec fermeté :
- Tous avec moi ! Pointez vos lancettes ! Pas question d'abandonner Jean !
Apeurés, mais subjugués par l'autorité naturelle qui se dégage de Portefaix, les six garçons et filles, en une troupe compacte, lancettes en avant, s'avancent en tremblant, serrés les uns contre les autres...
- Poussons-la vers la fondrière !
Les enfants comprennent la manoeuvre de leur patit chef : s'ils réussissent à faire reculer la Bête vers cette partie du champ où l'on s'enlise jusqu'aux genoux, elle aura plus de mal à se mouvoir et l'on pourra venir en aide à l'enfant qu'elle tient dans sa gueule... et qui hurle :
- Sauvez-moi !
La Bête n'a pas compris la manoeuvre. Elle continue de reculer, mâchoires serrées sur le bras du petit vacher.
- Visez les yeux ! crie Portefaix.
Ces yeux qui lancent des éclairs et terrifient les petits soldats de fortune... La Bête continue de reculer face aux lancettes qui tentent, en vain, de lui crever les yeux...
Ils la harcèlent tant et si bien, avec leurs piques et leurs cris, qu'elle s'enfonce enfin dans la boue cachée par les herbes... Le piège de Portefaix fonctionne !
La petite troupe crie et frappe à la fois. Mais ils ont beau hurler "a la Bèstia !", personne ne les entend... pour l'instant.
Enfin, un paysan alerté par le vacarme finit par accourir en renfort. L'homme, robuste, a sa fourche à la main. Le voyant apparaître, la Bête se dresse, lâche sa proie, cruellement blessée au visage et à un bras, et détale pour s'aller jeter dans un ruisseau. Des gouttes de sang perlent sur sa fourrure... Elle est blessée ! Ils la voient plonger dans le ruisseau, puis e rouler dans l'herbe avant de courir sur la route du Mazel. Peu après, elle assure son repas quotidien en dévorant un adolescent de quinze ans, originaire de la paroisse de Grèzes.
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Martine

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MessageSujet: Re: La Bête du Gévaudan...   Mer 24 Aoû - 7:57

Je m'y mets !
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Jean2

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MessageSujet: Re: La Bête du Gévaudan...   Mer 24 Aoû - 10:23

Je reconnais bien l'église qui pour un monstre ou l'autre  parle de colère de dieu .
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epistophélès

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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Jeu 25 Aoû - 22:49

Jacques Portefaix, grâce à son sens du commandement, a su désarçonner la Bête et lui infliger une défaite. Donc elle n'est pas invincible. Donc elle n'est peut-être pas le Diable. Portefaix montre à qui veut sa lancette, puissamment mordue, dont la lame pourtant solide porte la trace des dents du monstre. Chacun vient à la ferme familiale voir le jeune héros, toucher l'arme avec un frisson et se faire conter, pour la centième fois, le combat épique des petits fermiers...
Tout analphabète qu'il est, l'enfant a vaincu. Mais il a été bien secondé par ses six camarades, dont deux ont été cruellement mordus. Informé de l'exploit, l'évêque de Mende décide de gratifier les enfants d'une belle récompense et s'intéresse au cas de Portefaix, qui a manifesté un sens inné du commandement. Ce garçon, se dit-il, pourrait recevoir une bonne éducation et être utile au roi.
Louis XV apprend à son tour l'exploit des sept enfants, galvanisés par l'un des leurs, et réclame des détails. Le souverain admire le courage de cet habile meneur qui a su montrer intelligence et sang-froid face au monstre.
Une telle attitude, qui fait honneur au royaume, mérite récompense. D'emblée, une bourse de 300 livres - le prix de trois chevaux - lui est octroyée. Une aubaine pour la famille, bien pauvre, de cette région où l'on trime dur.
Conscient que son royaume a besoin d'esprits forts et courageux dans ses armées, Louis XV décide en outre de former l'adolescent à l'art militaire, puisqu'il semble posséder les talents et dispositions naturelles propres au métier des armes.
L'épisode fait le tour du Gévaudan. L'exploit du jeune Portefaix et de ses six petits camarades des deux sexes est magnifié, de village en village. Les colporteurs déclament des poèmes et chantent à sa gloire. Les paysans du Gévaudan, eux, retiennent que le monstre peut être défait... C'est une leçon pour tous ! Et chaque village en tire les conséquences : plus de bergers ou de bergères seuls dans les champs, mais des petits groupes d'enfants susceptibles de former de petites armées d'une dizaine de combattants équipés de lancettes, dans la mesure du possible - car, dans le Gévaudan sous-peuplé du XVIIIe siècle, il n'est pas toujours facile de rassembler plus de deux vachers...

Le prix du sang et des larmes

De son côté, nullement traumatisée par sa défaite, la Bête reprend son chassé-croisé avec les dragons du capitaine Duhamel, tout en décimant les gamins de la région.
Dans l'après-midi du 12 janvier 1765, quelques heures à peine après son échec face à la petite bande de Portefaix, elle se venge cruellement en massacrant Jean Châteauneuf, un adolescent de quatorze ans... Deux jours plus tard, à Lescure, elle ne laissera aucune chance à Pierre Marchet, un gamin de douze ans...
Le mardi 15 janvier 1765, Catherine Boyer, une jeune femme de vingt ans, succombe aux crocs acérés du monstre, qui s'est approché dans son dos à pas de loup, alors qu'elle épandait du fumier. L'attaque est si brutale, si foudroyante, que la malheureuse perd connaissance en chutant sur le sol. Le monstre lui arrache la peau de l'occiput, mange ses oreilles et son cou jusqu'aux vertèbres. Des villageois, témoins de la scène, se précipitent et parviennent à faire fuir la Bête par leurs clameurs. Mais il est déjà trop tard...
Et, comme pour montrer aux humains qu'ils ont tort de se féliciter de son échec face à la bande à Portefaix, elle décide d'attaquer des adultes. Sa prochaine victime est un costaud, armé d'un fusil, qui garde les vaches du village du Mazel. Alerté par les aboiements de son chien, qui a flairé la Bête, le berger tire sans viser et rate sa cible.
Nullement effrayée par la détonation, la Bête se jette sur le berger, tournoie autour de lui tandis qu'il la repousse en utilisant son arme comme un gros bâton. Bientôt étourdi par ce manège infernal, l'homme vacille, va s'effondrer quand une de ses vaches fonce sur la Bête, lui assène de violents coups de tête et l'oblige à s'éloigner. L'homme mettra bien du temps à se remettre de son effroi et fera des cauchemars jusqu'à la fin de sa vie.

Une fois de plus, dans cette contrée sauvage, des animaux domestiques se sont portés au secours de leurs maîtres, comprenant que les attaques dont ils sont l'objet méritent une action déterminée pour les sauver de la gueule du monstre.
Le jeudi suivant, vers 17 heures, un autre homme s'en tire également de justesse. Tous les renseignements sont transmis au capitaine Duhamel, qui réoriente sa chasse dans cette zone dès le lendemain. La Bête n'en a cure : le dimanche 20 janvier, elle tente un coup double, à Plagnes, en attaquant deux gamines dans leur jardin, l'une âgée de douze ans, l'autre de huit, sous le regard horrifié d'un troisième enfant. Elle capture l'aînée, assure sa prise avec une patte et s'efforce d'attraper la cadette, qui esquive. Blessée à la tête, la grande soeur se débat, hurle "a la Bèstia!" et s'accroche à un poteau, tandis que les habitants de la maison, alertés par les cirs, viennent rapidement à la rescousse, armés de fourches et de faux.
Voyant l'irruption de ces solides renforts, la Bête repart bredouille. Quant à la jeune fille, elle guérira ; mais elle revient de loin et conservera de cet épisode, outre des cicatrices, une sainte frousse agrémenté de cauchemars - tout comme sa soeur.

Ces attaques ont pour seul mérite d'établir un portrait-robot plus véridique. Duhamel, pour sa part, penche pour le croisement d'un lion avec une créature qu'il ne peut encore définir. Voici comment, fin janvier 1765, il décrit la Bête du Gévaudan, à partir des dizaines de témoignages recueillis : "Cet animal est de la taille d'un taureau d'un an. Il a les pattes aussi fortes que celles d'un ours avec six griffes à chacune de la longueur d'un doigt, la gueule extraordinairement large, le poitrail aussi fort que celui d'un cheval, le corps aussi long qu'un léopard, la queue grosse comme le bras, et au moins de quatre pieds de longueur, le poil de la tête noirâtre, les yeux de la grandeur de ceux d'un veau, et étincelants, les oreilles courtes comme celles d'un loup et droites, le poil du ventre blanchâtre, celui du corps rouge avec une raie noire large de quatre doigts depuis le col jusqu'à la naissance de la queue."

Les dragons qui l'ont aperçue complètent le portrait : cette Bête est "extrêmement velue, de couleur brune, le ventre fauve, la tête fort grosse, (avec) deux dents très longues qui lui sortent de chaque côté de la gueule, les oreilles courtes et droites, la queue fort ramée qu'elle dresse beaucoup en courant. Elle est haute sur ses jambes et a de grandes griffes fort larges. Il est des parties qui tiennent de l'ours, d'autres qui ont rapport au sanglier, d'autres qui ne conviennent ni à l'un ni à l'autre".

Jeanne Tanavelle aurait pu corriger et préciser ces descriptions, eût-elle survécu au terrible combat qu'elle a mené contre la Bête, le 22 janvier 1765, sur le chemin de Julianges à Chabanoles. Cette femme de trente-cinq ans a chèrement défendu sa vie à coups de couteau une bonne heure durant, assez longtemps pour avoir dévisagé son agresseur. Hélas, le monstre a remporté ce duel inégal, lacéré les vêtements de Jeanne, dévoré sa poitrine et son ventre, bu tout son sang et transporté sa tête à environ deux cents pas du corps.
Le spectacle est effroyable pour ceux qui, le lendemain, découvrent ses restes à moitié enterrés. Comme beaucoup d'animaux sauvages, la Bête, une fois rassasiée, a tenté d'enfouir les reliefs de son festin. Duhamel et les chasseurs s'attendent à ce qu'elle revienne sur les lieux de son forfait pour achever son repas ; mais, lorsqu'elle reparaît au crépuscule, le corps et la tête de Jeanne ont été récupérés et aucun piège n'a été tendu. Frustré de découvrir qu'on lui a volé sa pitance, l'animal pousse des hurlements si abominables que les habitants de Chabanoles n'osent plus sortir, sinon accompagnés et armés.
Le 27 janvier, couchée sur un tertre, la Bête effraie les femmes d'un moulin situé sur un affluent de la Truyère, entre Chabanoles et Feyrolettes, alors qu'elles se rendent à Lorcières pour assister à la messe. Un berger, présent sur les lieux, court aussitôt se réfugier à Feyrolettes et alerte les habitants. Lorsque ceux-ci, dûment armés, arrivent sur place, le monstre a disparu.
Il est pourtant toujours actif car, le 29 janvier, il attaque vainement deux hommes, avant de se rabattre, le lendemain, sur une adolescente de treize ans, Marianne Pradein, qui n'a pas froid aux yeux. "Hardie comme un dragon", elle justifie sa réputation lorsque la Bête lui saute dessus à Charmensac de Saint-Just, au nord-ouest de Saint-Chély. Non seulement elle lui tient tête, mais elle la saisit par une patte et la renverse à plusieurs reprises, ce qui ne l'empêche pas d'être mordue à la cuisse et d'avoir le visage et le cou déchirés. A gauche, Marianne, une jeune fille au courage exemplaire ; à droite, la Bête, surprise par tant de résistance du sexe dit faible. Combat incroyable ! Le monstre a reçu bien des coups de lancettes, qui tous n'ont percé sa toison si dense, mais c'est la première fois qu'un humain ose lui faire une prise de judo !
On parvient à soustraire la jeune fille, très mal en point, à la fureur d'un adversaire sans doute humilié, qui serait néanmoins arrivé à ses fins sans la prompte arrivée des renforts... ET Marianne rejoint Portefaix dans la liste des héros du Gévaudan... Soignée à l'hôpital de Saint-Flour, il semblerait qu'elle ait survécu à ce terrible combat.

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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Jeu 25 Aoû - 23:13

Par la force ou par la ruse

Le goût prononcé de la Bête pour les jeunes filles donne au capitaine Duhamel l'idée d'une ruse pour terrasser le monstre : déguiser une dizaine de ses dragons, parmi les plus aguerris, en... femmes ! Armées de fusils, il va de soi.
Les paysans sont partagés entre espoir et fou rire. Espoir que la Bête tombera dans le piège et que, pensant se repaître de jeunes femmes, elle se retrouvera soudain face à des soldats armés. Four rire quan les soldats vont quérir dans les fermes des robes usagées pour s'en affubler. Ainsi travestis, douze jours durant, ces fiers dragons escortent les enfants d'Aumont, du Puech, de Beauregard, de Termes, d'Albaret-le-Comtal, de Prunières, des Cayres et de Rimeize, quand ils mènent leur bétail aux pâtures ou quand ils en reviennent. Ils seront quittes pour le ridicule.
La ruse n'a d'autre effet que de conforter ceux qui croient que cette Bête est le Diable. Elle le prouve à Javols, par un jour de grand froid. Le jour où Duhamel met un terme à cette mascarade, le monstre s'offre le luxe de bondir sur un garçonnet. Longeant la rivière, elle guette l'instant propice et bondit sur un gamin de huit ans qui jouait aux quilles avec deux camarades. En un éclair, elle le prend par le col et repart par où elle est arrivée. Un paysan assiste à l'enlèvement et se jette dans la rivière pour regagner du terrain sur la Bête, embarrassée par sa charge. Des gens accourent, attirés par les hurlements des enfants et du paysan.
- A la Bèstia !
Un berger lance son chien à la poursuite du monstre qui est contraint d'abandonner sa proie. Le mâtin aboie, mais n'ose attaquer. L'enfant grièvement est blessé. Couché sur le ventre, il souffre de deux plaies au cou, dont une saigne abondamment. Une autre, juste au-dessus de la clavicule, est profonde. Par miracle, il survivra.
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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Ven 26 Aoû - 17:51

La Bête n'est pas seulement invulnérable : elle profite des mésententes qui affaiblissent ses adversaires. Les chasseurs ne cachent plus leur rancoeur à l'égard des dragons. La Barthe fils s'en plaint au marquis de Saint-Priest, accusant ouvertement les hommes du capitaine Duhamel d'arrêter et de menacer les chasseurs, afin que l'énorme prime leur revienne en cas de succès... Et de déplorer que "les dragons traitent le Gévaudan en vrai pays de conquête (et) exigent tout sans payer"... Non contents de ne payer ni leur hébergement ni la nourriture, les dragons du capitaine Duhamel sont accusés de détruire les récoltes. Cavaliers et fantassins, en effet, ne se gênent pas pour traverser les champs, y provoquant des dommages irréparables avant la prochaine semaison.

A la terreur provoquée par les multiples meurtres de la Bête, s'ajoutent donc les exactions des cinquante-sept dragons basés à Langogne. Le capitaine Duhamel s'efforce de plaider sa cause et celle de sa troupe. A juste raison, il met en avant les conditions de chasse très difficiles sur un terrain semé d'embûches naturelles, sans parler des rudes conditions climatiques et de la fatigue causée par les longues chevauchées par monts et par vaux. Mais les faits sont là : ses traques se soldent par un échec total.
Les rapports envoyés à la province, puis à la cour du roi à Versailles, s'accumulent et sont convergents : il est temps de faire quelque chose d'efficace pour débarrasser la région de ce monstre inconnu, qui n'a que trop tué et dévoré tant de jeunes sujets de Sa Majesté. Clément Charles François de l'Averdy, conseiller de Louis XV, décide d'envoyer en renfort un chasseur normand, réputé meilleur chasseur de loups du royaume. Ces paysans incultes et superstitieux, se dit-il, ne feront pas le poids face à ce seigneur qui a tué des centaines de bêtes dans plusieurs provinces du royaume.

Martin d'Enneval et son fils se préparent donc. Après quinze jours de voyage, ils arrivent en Gévaudan au milieu du mois de février 1765. Bardés de certitudes, ils sont sûrs d'avoir à affronter un loup d'un genre spécial, peut-être un loup enragé, mais un loup tout de même.
Il est bien temps qu'Enneval et fils entrent en scène car la Bête accélère la cadence de ses mises à mort.
A la terreur s'ajoute la psychose. Le monstre semble être partout à la fois... Le 6 février 1765, il surgit derrière un garçon de treize ans, à Chabanettes, sur le seuil même de sa maison. Mais l'adolescent, pourtant saisi au cou, conserve assez de calme pour se retourner et se défendre avec, en guise de bouclier contre les griffes et les crocs... son grand chapeau. Surprise par les moulinets du couvre-chef comme par l'arrivée de prompts renforts, la Bête, désarçonnée, renonce et bat en retraite sans demander son reste.
Le 8 février, à Grandvals, la Bête attaque un jeune berger d'environ dix ans. Alerté par ses cris, son père, armé d'une hache se rue sur elle. Il réussit à lui faire lâcher prise, avant de s'élancer à sa poursuite, bientôt rejoint par des paysans. Quoique vite distancés, les hommes voient nettement le prédateur traverser la petite rivière du Bès, debout sur ses pattes arrière...

Peu de temps après, la Bête dévore un enfant à Pennavavre, avant de s'en prendre quelques jours plus tard à Marie-Jeanne Rousset, une jolie gamine de douze ans. Ses parents, demeurant à Mialanette, l'ont envoyée chercher des braises au hameau de la Gardelle, leur feu s'étant éteint. Il était 15 heures, cet après-midi-là, quand le monstre l'a tuée, dévorant sa poitrine et la décapitant avant d'emporter la tête dans un bois... Sur les pauvres restes, découverts par une patrouille de paysans armés de fourches, on voit briller la croix que l'enfant portait depuis sa communion... et qui n'a pas suffit à la protéger de ce démon enragé.
Alerté, le comte Pierre-Charles de Morangiès se rend sur les lieux, accompagné des gens de sa maison, puis avertit à son tour le capitaine Duhamel, qui surgit avec ses dragons et entreprend une traque avec une centaine de paysans. A la nuit, on décide de tendre une embuscade à la Bête en disposant des pièges ici et là, et la tête de la fille dans l'un d'eux. Un maréchal des logis et huit dragons se dissimulent dans les environs, sur le qui-vive, prêts à intervenir. Méfiante, la Bête flaire sans doute le piège, sent la présence d'hommes en nombre et ne se montre pas.
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epistophélès

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MessageSujet: La Bête du Gévaudan...   Ven 26 Aoû - 20:06

Dès le lendemain, dimanche 10 février 1765, des milliers de personnes traquent la Bête dans les bois, sur un vaste territoire couvet de neige, autour de Mialanette. La nuit interrompt cette chasse épuisante, sans que l'on ait eu au moins la satisfaction de relever une trace du monstre. Les hommes, fourbus, savent qu'ils doivent recommencer le lendemain. Fléau de Dieu ou non.
Le lundi, au petit jour glacial, quand reprennent les recherches, la neige tombe en abondance, brouille la vue et recouvre les pistes, par la faute d'un vent violent et glacé. On croirait les éléments ligués pour contrecarrer les efforts du capitaine Duhamel et de ses soldats. Mais de la Bête, on ne voit ni la trace ni le moindre poil.
En revanche, des disputes éclatent entre certains notables de la région et les dragons. Une armée qui se divise perd généralement de son efficacité. Armée ? Le mot n'a rien d'exagéré, même si l'absence de résultats pourrait bien couvrir de ridicule ses chefs, subdélégués, consuls et notables qui la dirigent. La mobilisation concerne soixante-treize paroisses du Gévaudan, trente de l'Auvergne et du Rouergue, de même que tous les louvetiers chasseurs, les officiers, les soldats, les piqueurs et les rabatteurs disponibles. Les chiffres varient du simple au double, puisqu'on parlera de quarante mille combattants. Etienne Laffont se contente de la moitié. Quant à Duhamel, il évalue cette troupe à trente mille hommes, nombre considérable pour l'époque, puisqu'il représente plus de la moitié de la population actuelle de la Lozère !

La" Bête antropophage" est vue, tirée et blessée, sans être prise. Elle fausse compagnie à ses poursuivants. Une autre traque de grande envergure aboutit à une nouvelle impasse. Un paysan a repéré le monstre. Il est localisé, une battue organisée... en vain, une fois de plus. La chasse s'arrête à la nuit au Puy-de-Peyre. Les hommes tentent de dormir, non sans peine car ils sentent la présence de la Bête, qui pousse des hennissements semblables à ceux d'un poulain... Mais dans la nuit noire, chacun pense à un monstre inconnu envoyé par l'Enfer...

La traque s'intensifie

L'inconnu a toujours été source de frayeur. En ce début d'année 1765, alors que l'hiver est particulièrement rude, s'ajoute l'impossibilité de mettre un nom sur le danger mortel, sur ces hurlements glaçants, près des villages, à la nuit tombée... La mésentente croissante entre certains notables et les dragons constitue une entrave à la traque et fait le jeu de la Bête. Les conditions météorologiques déplorables compliquent un peu plus la situation. Mais ce n'est pas tout.
En ce mois de février 1765 s'amorce une situation des plus étranges. C'est une nouvelle attaque de la Bête, le 12, qui déclenche le mécanisme de ce mystère. Le monstre s'apprête à foncer sur l'employé d'une verrerie qui fend du bois non loin de son établissement. L'homme sursaute en voyant la Bête qui se dirige promptement vers lui et crie "a la Bèstia !" Ses appels alertent son patron, M. Verny de La Védrines. Aussitôt, celui-ci demande à un domestique de lui apporter son fusil. Il ajuste l'animal et tire, d'une distance de soixante pas, persuadé d'avoir fait mouche et brisé la patte arrière gauche du prédateur.
La Bête s'enfuit dans les bois proches - blessée à en juger par le sang qu'elle laisse derrière elle, M. de la Védrines et son domestique ne peuvent la poursuivre longtemps à cause de la nuit qui tombe et du brouillard.
Dans le rapport qui'l fait de cet épisode, M. de la Védrines affirme que des chasseurs locaux, les Chastel, ont déclaré avoir remarqué le boitillement de la Bête, qui se déplaçait sur trois pattes. Or, quelques jours plus tard, les Chastel contestent ce témoignage et déclarent qu'ils ne chassaient pas ce jour-là, en raison du mauvais temps. D'autres témoins cités par La Védrines affirment que le verrier n'a fait que tirer sur un gros chien...


Deux siècles et demi plus tard, les historiens s'interrogent toujours ; pourquoi M. de La Védrines aurait-il avancé le nom des Chastel, s'il ne les avait pas vus et s'il n'avait discuté avec eux ?
En attendant, la Bête se rit des hommes lancés par milliers à ses trousses. Qu'ils soient dix mille ou trente mille, elle passe entre les mailles du filet. Peu importe les efforts et les ruses de Duhamel : elle les évente. C'est simple : la Bête ne montre pas le bout de son effrayant museau.
Rien n'y fait, pas plus les battues que des récompenses aptes à motiver les chasseurs. 6 000 livres : c'est la plus importante mise à prix de la Bête, offerte par Louis XV à celui qui l'exterminera. De quoi acheter une soixantaine de bons chevaux... La fortune !
Et le roi n'est pas seul à mettre la main au gousset. Les Etats du Languedoc s'engagent à verser 2 000 livres à qui abattra le monstre, tandis que Mgr de Choiseul-Beaupré, du diocèse de Mende, en ajoute mille. Le Gévaudan et le Vivarais sont disposé à en remettre quatre cents. Au total, 9 400 écus choiront dans l'escarcelle du tombeur de la Bête ; l'équivalent d'une centaine de chevaux, soit environ 800 000 euros, si tant est que cette conversion soit possible.


La Bête n'est bientôt plus la seule préoccupation de Duhamel, puisqu'on signale l'arrivée de M. d'Enneval à Clermond-Ferrand, le dimanche 17 février 1765, accompagné de son fils, d'un valet, de piqueurs, de six limiers et de deux grands chiens. Le capitaine des dragons n'a pourtant guère le temps de s'en inquiéter car la Bête ne lui laisse pas de répit. Il apprend qu'elle vient d'être repoussée à coups de pierres par une femme... Quand il ne se précipite pas sur le lieu d'une tragédie, c'est pour courir vers tel autre. Les chevauchées se révèlent aussi épuisantes qu'inutiles. Le capitaine va de victime en victime, mais de la Bête du Gévaudan, point de trace...
Un certain Bonavel, aubergiste à Chanac, manque perdre la vie, sur la route d'Aumont à Saint-Chély, alors qu'il cheminait avec quatre mules chargées de provisions, notamment de la morue. Il se défend tant bien que mal, s'épuise rapidement et doit la vie sauve à son fils. A l'évidence, disent-ils ensuite à Duhamel, la Bête se dirigeait vers Le Puech et Le Fau. Le capitaine des dragons et sa troupe fouillent la zone, handicapés par la neige où ils enfoncent jusqu'à mi-jambes. Pendant ce temps, la Bête enlève une gamine de huit ans au centre du village. C'est compter sans le père qui arrache au monstre sa proie cruellement blessée qui meurt le lendemain, 22 février 1765.


Tous les jours ou presque, maintenant, la Bête sème la terreur, la mort et la désolation. En une occasion se produit encore un fait curieux : alors qu'elle s'en prend à deux enfants du Montel, dont l'un se défend avec une bassine, un chien, réputé excellent chasseur de loups, bondit sur elle pour lâcher immédiatement prise et s'écarter, comme incommodé par son odeur nauséabonde... ou tétansé par la peur. Les spécialistes pensent plutôt que le chien a flairé l'odeur d'un fauve redoutable.
De son côté, le capitaine Duhamel croit enfin tenir sa chance dans le bois de Sarroul, entre les villages de Recoules et Ginestoux, mais la Bête est trop éloignée des tireurs à pied pour être inquiétée. Un fourrier la poursuit bien à cheval et lui tire vainement dessus avec une carabine et un pistolet. La Bête prend rapidement du champ et bénéficie bientôt de la nuit qui interrompt la traque.
Tous ont constaté que l'animal n'est pas un loup, mais un mystérieux fauve, une bête massive à la démarche puissante, qui sème les meilleurs chevaux en quelques bonds...
Tandis qu'elle échappe encore une fois, M. d'Enneval, grand chasseur de loups, installe ses quartiers à Saint-Chély, comme Duhamel. Il choisit ce lieu car le monstre y passerait fréquemment, d'après les témoins qu'il interroge. Comme il l'écrit alors à un de ses amis, M. de La Fontaine : "Cette bête n'est nullement facile à avoir. Enfin, je ne perdrai courage qu'à la dernière extrémité."


Quant à la Bête... Cessons un instant l'énumération de ses crimes affreux. La litanie infernale des griffures, morsures, lacérations, décapitations, semble pourtant ne jamais devoir se terminer. Bien sûr, les populations sont maintenant sur leur garde et les secours militaires, soldats à pied ou à cheval, sans oublier la maréchaussée, ancêtre de notre gendarmerie, interviennent de plus en plus souvent... Le traumatisme, lui, s'enracine pour longtemps dans la région.

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