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 P. Bellemare et J.F. Nahmias

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epistophélès

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MessageSujet: P. Bellemare et J.F. Nahmias   Lun 12 Déc - 17:25

Tom est donc enfermé, peut-être pour le restant de ses jours, mais qu'est-ce que cela change pour lui ?... Ou plutôt si, cela change quand même son existence. En mieux. En prison, au moins, il est correctement nourri et il n'est pas battu. Pour le reste, il est aussi solitaire qu'avant.
Et puis, après deux premières années tristes et monotones, il se produit un petit miracle ! Il est affecté à l'atelier de la prison où, tout de suite, son habileté fait merveille. Il découvre les postes de radio et se passionne pour cette technique qu'il ne connaissait pas. Bientôt, tous les détenus prennent l'habitude de lui donner leurs appareils à réparer.
Ils le payent en cigarettes. Il ne fume pas, mais il les échange contre autre chose.
Lorsque le prisonnier responsable de l'atelier est libéré, c'est tout naturellement Tom qui prend sa place. Chacun l'apprécie dans l'établissement et lui-même devient moins renfermé. Il parle plus volontiers. Il n'y a que quand on lui demande pourquoi l a commis ce crime horrible qu'il se ferme.
Quoique, maintenant, il aimerait s'entretenir à ce sujet, mais avec un psychiatre, sous le couvert du secret professionnel. Car, aussi extraordinaire que cela paraisse, il n'en a pas rencontré, à part un seul, un bref moment, juste après son arrestation, pour savoir s'il était sain d'esprit ou non. Tom fait une demande pour avoir une consultation, mais le psychiatre de l'établissement est débordé et ne lui répond pas. Il n'est là qu'à mi-temps et il a trop à faire avec sa propre clientèle.

Les années passent. Tom Walker a écrit à ses parents, mais ils n'ont pas répondu. Il n'a jamais reçu la moindre visite. Son atelier de réparation s'est spécialisé dans la radio, puis dans la télévision et est devenu le meilleur de tout le pays. Les autres pénitenciers envoient les appareils présentant des pannes difficiles pour qu'il les répare. Tom est tellement apprécié dans sa prison qu'il bénéficie du régime de sécurité minimum. Il peut se déplacer librement dans tous les locaux et sortir avec un gardien, notamment pour faire des réparations dans d'autres établissements pénitentiaires.

Au bout de dix-neuf ans, Tom présente une demande de libération conditionnelle. Il a trente-trois ans et tout plaide en sa faveur. Il est devenu un des meilleurs spécialistes radio-télé du pays, il a un avenir professionnel solide et sa conduite est irréprochable. Mais sa mauvaise étoile ne l'oublie pas. La commission est présidée à ce moment par un vieux pasteur rigide, qui a pratiquement refusé toutes les remises de peine qu'on lui a demandées...
L'homme prend connaissance de son dossier relatant le triple meurtre qui l'a envoyé derrière les barreaux et esquisse une grimace.
- Depuis dix-neuf ans que vous êtes en prison, quels efforts avez-vous faits pour vous améliorer ? Avez-vous cherché l'aide d'un conseiller ?
- Un conseiller ?
- Oui, un psychiatre ou un prêtre.
- Une fois, j'ai demandé à être entendu par un psychiatre, mais il était trop occupé.
- Et un prêtre ? Vous êtes catholique, je crois...
- Il m'est arrivé de parler avec l'un d'eux.
- Walker, avez-vous demandé à Dieu de vous pardonner votre crime ? Vous êtes-vous repenti comme un vrai chrétien ?
Tom ne s'attendait pas à cette question. Il bredouille :
- Je regrette beaucoup d'avoir fait cela...
- Si vous êtes mis en liberté conditionnelle, pouvez-vous aller vivre chez vos parents ?
- Non, monsieur, ils ne voudraient pas de moi.
- Vous seriez donc seul?
- Mais je pourrais vivre facilement. Je suis le meilleur réparateur radio-télé du pays. Toutes les autres prisons m'envoient leur matériel pour que je le répare.
- Vous ne vous prenez pas pour rien, à ce que je vois !
- Mais c'est la vérité, monsieur.
- Très bien Walker. Vous serez avisé en temps voulu de la décision...
Tom sort accablé de la comparution. Il est certain que le résultat est négatif et, effectivement, deux semaines après, il apprend que sa demande est rejetée.

Il a alors une grave crise d'asthme, comme il n'en avait pas eue depuis son enfance. Il est hospitalisé pour la première fois. Le médecin du pénitencier le connaît de réputation et le soigne avec humanité.
Lorsqu'il est rétabli, il prend le temps de s'entretenir avec lui.
- Pour moi, votre asthme est d'origine psychologique. C'est sans doute ce que pense aussi le psychiatre.
- Je ne sais pas, docteur.
- Vous ne lui avez pas parlé de votre asthme ?
- Je n'ai pas pu. Je n'ai jamais rencontré de psychiatre.
Et Tom raconte ce qu'il a déjà dit : il a fait une demande pour en rencontrer un deux ans après son incarcération,mais ce dernier a répondu qu'il n'avait pas le temps.
- Vous avez été interné dix-neuf ans sans voir un psychiatre ?
- Oui, docteur.
- Mais c'est effarant ! Et, de toute manière, c'est illégal. La visite d'un psychiatre est obligatoire avant la comparution devant la commission des libertés conditionnelles. Le refus qui vous a été opposé sera annulé. Vous pourrez présenter une autre demande. Mais avant, vous allez passer une visite...
Et c'est ainsi qu'après dix-neuf ans de détention, Tom Walker voit enfin un psychiatre... Il est reçu par un homme à la quarantaine chaleureuse, avec qui il se sent en confiance. Il raconte sans se faire prier son enfance : sa mère, la cabane sans chauffage, l'interdiction de communiquer avec ses frères et soeurs, le vol à la cantine, le placement chez son oncle et sa tante, le meurtre... Il y a un silence et le médecin lui pose une question :
- Avez-vous vraiment aimé quelqu'un ?
- J'ai bien aimé M. Olsen, le concierge de ma première école...
- Je ne vous demande pas qui vous avez bien aimé, je vous demande si vous avez vraiment aimé quelqu'un.
- J'ai aimé un petit chat...
- Racontez-moi cela.
Alors Tom éclate en sanglots et, pour la première fois, il dit tout, toute l'histoire qui est la cause du crime, les tortures physiques et morales qu'il a endurées pendant des années, jusqu'à la profanation de la tombe, qui a tout fait exploser. Lorsqu'il a terminé, le psychiatre a un sourire.
- Je vais faire mon rapport et, croyez-moi, la commission vous accordera votre liberté !


C'est effectivement ce qui s'est passé et d'autant plus facilement que le pasteur avait été remplacé entre-temps par quelqu'un de beaucoup plus ouvert. Tom Walker a été libéré trois mois plus tard et s'est installé dans une petite ville du centre des Etats-Unis. Il a été d'abord réparateur radio-télé à domicile, puis, avec l'argent qu'il a réussi à mettre de côté, il a monté un petit commerce d'audio-visuel, qui est vite devenu prospère.
Tom a préféré vivre seul, car, estimait-il, avec son physique et son caractère renfermé, il n'était pas du genre à trouver l'âme soeur. Mais dès sa libération, il s'est choisi un ami qui ne l'a plus quitté. A l'un de ses gardiens dont la chatte venait de mettre bas, il a demandé un chaton.
Tom a quitté sa prison en compagnie d'un petit chat.


FIN
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