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 LE PAS DU JUGE

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epistophélès



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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Jeu 28 Mai - 22:33

Antoine Fouquier-Tinville
Fouquier-Tinville

Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait représentant Antoine Quentin Fouquier-Tinville.

Données clés
Naissance 10 juin 1746
Herouël (Aisne
Décès 7 mai 1795 (à 48 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
Magistrat : procureur puis juge
Autres activités
Accusateur public près le Tribunal révolutionnaire
Compléments
Il est responsable d'environ 2 600 morts à la guillotine.


Antoine Quentin Fouquier de Tinville, dit Antoine Fouquier-Tinville2, né à Herouël (Aisne), le 10 juin 1746, mort guillotiné à Paris le 7 mai 1795, est un homme de loi et révolutionnaire français, accusateur public du Tribunal révolutionnaire. C'est Fouquier-Tinville qui eut l'idée de propager de fausses rumeurs pour juger la reine Marie-Antoinette.

Antoine Fouquier de Tinville naît à Hérouel le 10 juin 17463 et est baptisé deux jours plus tard (d'où l'erreur fréquente de sa date de naissance). Il est le second d'une fratrie de cinq enfants. Son père, Elie (ou Eloy) Fouquier de Tinville, cultivateur et seigneur d'Hérouël lui attribue le nom de la terre de Tinville, tandis que celui d'Hérouël échoit à son frère ainé, Pierre-Eloy4. Les deux frères cadets auront ceux de Foreste et de Vauvillé. Sa mère, Marie-Louise Martine, vient d'une famille aisée.

Une formation de juriste
Grâce à l'intervention de son oncle maternel, l'abbé Martine de la Motte, il entre au collège de Noyon où il étudie durant six ans. Puis, sous la pression paternelle qui voit d'un meilleur œil une carrière dans la magistrature que dans les ordres, il entre comme clerc-apprenti chez Maître Cornillier, procureur du roi au Châtelet, à Paris, puis en 1769 chez Maître Berthereau, aussi procureur. Besogneux, acharné au travail et très consciencieux, il se fait si bien remarquer de son patron qu'il devient premier-clerc, puis grâce à l'aide de sa famille et d'un emprunt, il peut racheter à Maître Cornillier sa charge lorsque ce dernier se retire, en 1774. Le 21 janvier 1774, la Chambre des Procureurs au Châtelet lui délivre son "admittatur".

Vie familiale et déboires professionnels[modifier | modifier le code]
Il épouse, le 19 octobre 1775, sa cousine germaine, Dorothée Saugnier, dont il aura cinq enfants. Commence une période de bonheur pour le procureur Fouquier de Tinville. Hélas, sa femme meurt des suites de l'accouchement de sa dernière fille, en 1782, et avec ce décès, son monde se délite peu à peu. Il se remarie toutefois quelques mois plus tard avec une jeune fille de la petite noblesse, Henriette Gérard d'Aucourt, dont il aura deux enfants.

Cependant, dans l'atmosphère affairiste de l'époque, le magistrat semble ne pas avoir pu s'empêcher de se mêler d'entreprises hasardeuses, et il doit vendre sa charge, en 1783, pour rembourser ses dettes. Suit une période où l'on ne trouve plus trace de lui, sinon plus tard dans les lettres de ses amis.

Criblé de dettes, il obtint un emploi dans les bureaux de la police du roi et, en 1789, devint commissaire de son quartier.

Les opportunités de la Révolution[modifier | modifier le code]
La Révolution française allait permettre à Fouquier-Tinville de donner toute sa mesure. Il émerge de l'anonymat lorsqu'il obtient un poste de commissaire à la section dite de "Saint-Merry", dans le quartier où il réside avec sa famille. C'est de là qu'il reprendra pied dans la carrière de la magistrature, peu à peu.

Avec l'appui de son cousin, Camille Desmoulins, il obtint d'être désigné directeur d'un des jurys d'accusation du tribunal extraordinaire du 17 août 1792, créé pour juger les royalistes arrêtés lors de la journée du 10 Août 1792. Après la suppression de ce tribunal, le 29 novembre 1792, il devint substitut de l'accusateur public du tribunal criminel de la Seine. Le 12 mars 1793, il fut nommé juge au tribunal de Saint-Quentin mais il s'abstient de prendre son poste immédiatement. Il est finalement élu par la Convention accusateur-public du nouveau tribunal criminel extraordinaire (futur tribunal révolutionnaire). Il donne alors sa démission du poste au tribunal de Saint-Quentin.

Accusateur public

Acte de condamnation du Comité de salut public.
La montée en puissance
Le 10 mars 1793, la Convention nationale avait créé le tribunal criminel extraordinaire, qui porta le nom de Tribunal révolutionnaire à partir du 8 brumaire an II (29 octobre 1793). En sa séance du 13 mars, la Convention procéda à l'élection des membres de ce tribunal. Louis-Joseph Faure fut élu accusateur public, par 180 voix sur 377 votants. Furent élus substituts : Fouquier-Tinvillle, 163 voix, Fleuriot-Lescot, 162 voix et Donzé-Verteuil, 162 voix. Faure déclina la proposition et Fouquier-Tinville accepta la fonction.

C'est lui qui fut le moteur du tribunal, qui accueillit les juges et les jurés, qui choisit la salle, qui rédigea les actes d'accusation, qui fit appliquer la loi, qui reçut le bourreau, qui fixa le nombre de charrettes de condamnés, qui rendit compte au Comité de salut public.

Initialement surveillé par la commission des six, le tribunal est, dès le début de son activité, débarrassé de cette tutelle, et c'est à l'accusateur public qu'échoit l'ensemble des prérogatives de faire arrêter, poursuivre et faire juger, sur dénonciation des autorités ou des citoyens.

Les grands procès pendant la Terreur
C'est lui l'accusateur public aux procès de Charlotte Corday, (17 juillet 1793), de la reine Marie-Antoinette, (23-25 vendémiaire an II, 14-16 octobre 1793), des Girondins, (3-9 brumaire an II, 24-30 octobre 1793), de Barnave (7-8 frimaire an II, 27-28 novembre 1793), de Madame du Barry (16-17 frimaire an II, 6-7 décembre 1793), des Hébertistes, (1er-4 germinal an II, 21-24 mars 1794), des Dantonistes (13-16 germinal an II, 2-5 avril 1794), d'Elisabeth, sœur de Louis XVI, du comte et de la comtesse de Sérilly et de leur famille (21 floréal An II, 10 mai 1794), des Carmélites de Compiègne (29 messidor an II, 17 juillet 1794).

C'est encore lui, qui après le 9 thermidor, procéda à la reconnaissance d'identité des rebelles mis hors-la-loi Robespierre, Saint-Just, Couthon etc., avant leur envoi à la guillotine.

La chute
Dès le 10 thermidor (28 juillet 1794), le Comité de salut public s'occupa du renouvellement complet du tribunal et Barère présenta à la Convention une liste de juges et de jurés. En tête de la liste figurait le nom de Fouquier-Tinville, avec la mention accusateur public. Ce n'est que trois jours plus tard que Fréron s'étonna de voir le nom de Fouquier-Tinville sur la liste et demanda un décret d'arrestation contre lui.

Prévenu de sa prochaine arrestation, Fouquier-Tinville, sûr de son bon droit et de la reconnaissance de son innocence, va se rendre de lui-même.

Le procès du Tribunal révolutionnaire

Portrait pris sur le vif de Fouquier Tinville pendant son procès, par Vivant Denon, (coll. part.).
L'accusation[modifier | modifier le code]
Son procès fut celui du Tribunal révolutionnaire. Le 8 germinal an III (28 mars 1795), Fouquier-Tinville et ses vingt-trois coaccusés (dont Marie Joseph Emmanuel Lanne) comparurent devant le tribunal révolutionnaire réorganisé par la loi du 8 nivôse an III (28 décembre 1794). Six autres étaient en fuite. Judicis était le nouvel accusateur public.

Il l'accusait notamment, surtout depuis la loi du 22 prairial an II (10 juin 1794), d'avoir mis en jugement un nombre considérable de personnes qui ne s'étaient jamais connues, de les comprendre dans le même acte d'accusation, et de leur approprier le même délit ; d'avoir mis en jugement et fait exécuter certaines personnes, sans qu'il y eût contre elles aucun acte d'accusation, d'avoir fait exécuter certaines personnes sans qu'il y eût contre elles ni jugement ni condamnation ; que par suite de précipitation, il y eut substitution d'une personne à une autre, que des personnes non condamnées furent exécutées à la place de personnes condamnées ; que des jugements d'un grand nombre de personnes sont toujours en blanc et ne comportent aucun dispositif alors que ces personnes sont toutes exécutées, etc.

Les témoins
Du 9 germinal an III (29 mars 1795) au 12 floréal (1er mai), 419 témoins, dont 223 à décharge et 196 à charge, telle la ci-devant comtesse de Sérilly, rescapée in extremis de la guillotine et qui se présenta son acte de décès à la main, furent entendus.

La défense
Le 12 floréal, le substitut Cambon prononça son réquisitoire et pendant un jour et demi, Fouquier-Tinville présenta sa défense. Il termina le 14 floréal en ces termes : « Ce n'est pas moi qui devrais être traduit ici, mais les chefs dont j'ai exécuté les ordres. Je n'ai agi qu'en vertu des lois portées par une Convention investie de tous les pouvoirs. Par l'absence de ses membres, je me trouve le chef d'une conspiration que je n'ai jamais connue. Me voilà en butte à la calomnie, à un peuple toujours avide de trouver des coupables. » Les 15 et 16 floréal, les défenseurs de ses coaccusés s’exprimèrent.

Le verdict
Le 17 floréal (6 mai), la délibération dura deux heures, et à 5 heures il fut donné lecture du jugement. Fouquier-Tinville et quinze de ses coaccusés, Foucault, Scellier, François Garnier-Launay5, Leroy, dit Dix-Août, Renaudin, Vilate, Prieur, Châtelet, Girard6, Lanne, Herman7, Boyaval, Benoît8, Verney et François Dupaumier9, furent condamnés à mort, « convaincus de manœuvres et complots tendant à favoriser les projets liberticides des ennemis du peuple et de la République, à provoquer la dissolution de la représentation nationale, et le renversement du régime républicain, et à exciter l'armement des citoyens les uns contre les autres, notamment en faisant périr sous la forme déguisée d'un jugement une foule innombrable de Français, de tout âge et de tout sexe ; en imaginant, à cet effet, des projets de conspiration dans les diverses maisons d'arrêt de Paris ; en dressant, dans ces différentes maisons des listes de proscriptions, etc., et d'avoir agi avec de mauvaises intentions ». Maire, Harny, Deliège, Naulin, Lohier10, Delaporte, Trinchard, Duplay, Brochet, Chrétien, Ganney, Tray11, Guyard12, Beausire et Valagnose13, acquittés, furent mis en liberté le même jour14.

L'exécution
Ramené à la Conciergerie, Fouquier-Tinville écrivit ces dernières lignes : « Je n'ai rien à me reprocher : je me suis toujours conformé aux lois, je n'ai jamais été la créature de Robespierre ni de Saint-Just ; au contraire, j'ai été sur le point d'être arrêté quatre fois. Je meurs pour ma patrie et sans reproche. Je suis satisfait : plus tard, on reconnaîtra mon innocence ».

Son exécution eut lieu le lendemain matin, place de Grève. Il fut le dernier guillotiné des seize condamnés à mort.

Postérité
Le nom de Fouquier-Tinville est resté à la postérité comme le type même de l'accusateur ou de l'intellectuel violemment inquisitoire, arbitraire, sans nuances et sans respect pour les droits de l'accusé.



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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Jeu 28 Mai - 22:41

Jean-Marie Collot, dit Collot d'Herbois ou simplement d'Herbois, est un comédien, auteur dramatique, directeur de théâtre et député de Paris à la Convention nationale né à Paris le 19 juin 1749 et mort en déportation à Cayenne en Guyane le 8 juin 1796. Il fut membre du Comité de salut public.


Le comédien et dramaturge
Jean-Marie Collot est fils de Gabriel-Jacques Collot, un marchand-orfèvre parisien. On sait peu de chose sur ses premières années ; il semble toutefois que ses parents aient connu des difficultés financières, peut-être même une rupture

À l'âge de 18 ans, il commence une carrière d'acteur, adoptant d'Herbois comme nom de scène. Il joue alors à travers la France et même l'Europe, de 1767 à 1784. Il se produit notamment à Avignon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Caen, Angers, Nancy, Marseille, Anvers, La Haye et enfin Lyon.

Collot arrive à Lyon en 1782 et y demeure deux ans. C'est à cette époque que s'insère l'épisode controversé des sifflets. Selon les témoignages du général Beurnonville et de Mme Jenny Chevalier, née Poirot, ancienne artiste, avec son mari, du théâtre de Lyon, précédé dans cette ville d'une détestable réputation, il y aurait été victime de déboires et d'échecs qui auraient suscité chez lui une rancune tenace. Plusieurs auteurs contemporains, parmi lesquels Louis Marie Prudhomme et Antoine François Bertrand de Molleville, affirment également que Collot d'Herbois, en tant que comédien, a été régulièrement sifflé par le public lyonnais, ce qui, selon eux, aurait causé sa rancœur envers la population de la ville et inspiré la violence de ses actions à Lyon durant la Révolution. En revanche, d'après le témoignage de l'abbé Guillon de Montléon, écrivain royaliste par ailleurs très critique à l'égard de Collot, qui se trouvait à Lyon à l'époque, il ne reçut jamais « une pareille mortification », se comportait avec dignité, était reçu dans le monde et figura dans les fêtes organisées par l'intendant Flesselles

Il est engagé comme auteur dramatique et directeur du Théâtre de Genève, où, acteur le mieux payé, il touche 6 000 livres. De retour à Lyon en 1787, il y dirige le théâtre avant d'obtenir une place à Genève le 22 février 1798.

En 1772, il écrit des pièces, qu'il signe de son patronyme accolé à son nom de scène : Collot d'Herbois. Certaines de ses pièces, comme Lucie ou les parents imprudents, drame en 5 actes et en prose créé le 14 mars 1772 et imprimé par Chappuis, un libraire bordelais9, ou le Paysan magistrat, comédie en 5 actes et en prose imitée de Calderón, jouée à Bordeaux en 1781 et à Paris, au Théâtre Français, à partir du 7 décembre 178910, connurent un certain succès. Il cesse toutefois d'écrire lorsqu'il prend un emploi de direction, vraisemblablement assez lourd.

Avant avoir dirigé le théâtre de Genève, il rentre à Paris en 1789, s'installant au village de Chaillot.

Le révolutionnaire
La carrière politique de Collot d'Herbois commence avec sa participation au Club des Jacobins. Il s'illustre en participant au printemps 1791 à la défense des Suisses de Châteauvieux, accusés de mutinerie. Son renom s'accroît après son intervention en leur faveur et leur libération, obtenue grâce à ses efforts, son déplacement jusqu'à Brest pour les y chercher, le banquet citoyen qui célèbre l'événement, sont à l'origine de l'un des rares poèmes publiés de son vivant par André Chénier.

À l'automne 1791, il remporte un concours organisé par les Jacobins pour publier un almanach destiné à expliquer, en des termes aisément compréhensibles, les avantages de la monarchie constitutionnelle. C'est l'Almanach du Père Gérard, qui remporte un succès de diffusion certain et lui confère une grande popularité parmi le peuple parisien. Il va même plus loin : il défend le suffrage universel et condamne l'esclavage des Noirs dans les colonies par les blancs qui "se sont furieusement noircis la face dans l'opinion publique en défendant leur supériorité sur "les bons nègres"11. Il faut dire que cet almanach fut sélectionné par un jury jacobin composé de Clavière, Grégoire, Condorcet, Lanthenas, Polverel et Dussault : les quatre premiers étaient membres de la Société des Amis des Noirs.

Ses opinions deviennent alors de plus en plus radicales, le portant à l'« extrême gauche » de l'opinion publique parisienne. Très populaire chez les Jacobins et chez les Cordeliers, il occupe peut-être un poste dans la Commune insurrectionnelle et dans la journée du 10 août 1792. À ce titre, il fut le 28 avril 1792 dénoncé par un journal girondin, la Chronique du Mois comme un opposant à la guerre d'attaque au côté de Robespierre, Marat, Camille Desmoulins, Fréron, Robert. Président de l'assemblée électorale parisienne, il est élu député de Paris à la Convention nationale, le 3e sur 14 avec 553 voix sur 573 votants, et siège sur les bancs de la Montagne.

L'un des tout premiers à exiger l'abolition de la monarchie, il est en mission à Nice pendant le procès de Louis XVI. De retour pour le jugement, il vote pour la mort sans sursis. Opposé à la Gironde, il remplit encore plusieurs missions dans le Loiret, dans l'Oise et dans l'Aisne et préside l'assemblée du 13 au 27 juin 1793.

Collot d'Herbois en mission
Le 18 novembre 1792, Collot est envoyé avec Marc David Lasource et Goupilleau de Fontenay en tant que représentant du peuple en mission dans le pays de Nice, tout juste rattaché à la France, pour y enquêter sur les troubles qui avaient suivi l'arrivée des troupes françaises13. Il rentre en urgence à Paris pour voter la condamnation du roi en janvier 1793.

Il est ensuite envoyé dans la Nièvre et le Loiret avec Jacques Léonard Laplanche pour la levée des 300 000 hommes de mars à mai 1793, puis dans l'Oise avec Jacques Isoré pour s'occuper du ravitaillement de Paris d'août à septembre 1793.

C'est cependant sa mission à Lyon, après la chute de l'insurrection fédéraliste, qui est la plus célèbre.

Son rôle sous la Terreur
Partisan de la Terreur, il entra au Comité de salut public le 6 septembre 1793 en même temps que Billaud-Varenne.

Envoyé en mission à l'automne 1793, il commanda avec Fouché, Albitte et Laporte les représailles contre la révolte fédéraliste à Lyon. Ils y établirent un comité de démolition, en même temps qu'une commission révolutionnaire et un comité de séquestre. Les remparts et plus de deux cents maisons de Lyon furent démolis. La Terreur régna dans la ville, où la commission de justice multiplia les condamnations à mort. Le canon et la fusillade furent même temporairement préférés à la guillotine, jugée trop lente. Collot d’Herbois, ainsi que Robespierre, a été au centre de l'affaire dite des « chemises rouges », à la suite d'un attentat par son voisin de palier (Henri Admirat) contre sa personne. Dans la nuit du 22 au 23 mai 1794, Admirat a tiré un ou deux coups de pistolet sur Collot à bout portant, sans pourtant avoir réussi à l’atteindre. Arrêté, Admirat a déclaré que son but initial avait été d’assassiner Robespierre et que n’ayant pas pu trouver ce dernier, il a porté son choix sur Collot. L’affaire a été présentée comme un complot de l'étranger contre la représentation nationale et Admirat fut exécuté, vêtu de la chemise rouge des assassins et empoisonneurs, avec Cécile Renault et cinquante trois prétendus complices, le 29 prairial an II (17 juin 1794).

Cependant, dans les comités, la tension était de plus en plus vive : d'après Barras, particulièrement bien informé, Collot d'Herbois frappa Robespierre au cours d'une discussion très vive, conduisant ce dernier à s'éloigner dorénavant du Comité de salut public où il était en minorité depuis des mois : « Si la tyrannie méthodique, si la terreur organisée avaient un siège quelque part, écrivit Charles Nodier, c'était dans les comités de gouvernement depuis longtemps déjà désertés par Robespierre »16. Collot d'Herbois, comme Fouché, n'ignorait pas que Robespierre était parfaitement informé par Couthon, à qui ils avaient succédé à Lyon, des pillages et détournements dont la rumeur les accusait. Dubois-Crancé avait lui aussi témoigné en leur défaveur ; et à Collot et Fouché, inquiets, s'agrégèrent peu à peu un certain nombre de représentants à mauvaise conscience. Des listes de noms circulaient, et on disait que prochainement des accusations très graves seraient lancées par Robespierre et Saint-Just contre certains membres de la Convention.

Le 9-Thermidor, Collot d'Herbois présidait la Convention nationale et, avec Billaud-Varenne, Tallien et Fréron, il fut un des artisans du décret d'arrestation contre Maximilien de Robespierre et son frère Augustin, Saint-Just, Le Bas et Couthon. C'est peut-être à lui que Robespierre lança cette célèbre apostrophe : « Me donneras-tu la parole, président d'assassins ? ».

Après Thermidor, Jean-Marie Collot-d'Herbois fut mis en accusation avec d'autres membres du Comité de salut public et du Comité de sûreté générale, sur dénonciation, notamment, de Lecointre. Il fut décrété d'arrestation puis condamné à la déportation en Guyane en vertu du décret du 12 germinal an III (1er avril 1795), et il fut embarqué en même temps que Billaud-Varenne le 7 prairial an III (26 mai 1795) ; Barère et Vadier, également condamnés, ne furent pas déportés. Il mourut d'une fièvre à l'hôpital de Cayenne le 20 prairial an IV (8 juin 1796).


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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Jeu 28 Mai - 22:45

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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Ven 29 Mai - 3:00

Deuxième partie


1 - Marie-Joseph Chénier


J'ai passé la journée et une partie de la nuit à lire l'étrange confession que mon frère André a fait déposer, hier, 6 thermidor, avec son linge sale, chez mes parents.
Malgré toute l'affection que j'éprouve pour lui, je demeure confondu par l'aberration qui a marqué ses choix politiques.La Révolution avait tout pour séduire cet amoureux de la Liberté.
Or, après l'avoir saluée avec enthousiasme, il a cru bon de la renier, de la railler, de la maudire. Et moi avec elle ! Au lieu d'obéir au courant inévitable de l'Histoire, il a combattu les plus généreuses initiatives du nouveau pouvoir avec rage et souvent avec mauvaise foi. Mes adjurations, mes mises en garde les plus chaleureuses n'ont servi qu'à exaspérer ses sentiments antidémocratiques. Sans doute est-ce son orgueil démesuré qui l'a crispé dans cette attitude de refus ? Le châtiment était inévitable. Les patriotes ne lui ont pas pardonné ses libelles haineux, ses discours incendiaires.
Je suis désespéré de son incarcération. Mon père m'a supplié cent fois d'intervenir pour faire libérer André. Mais, bien que je siège à la Convention, mon influence a tellement baissé au sein de l'Assemblée, je me suis fait tellement d'ennemis parmi mes collègues, Robespierre me considère avec une telle méfiance qu'il serait maladroit de ma part de solliciter la grâce de mon frère. Au lieu de servir sa cause, j'aggraverais les soupçons qui pèsent sur lui. Comme je l'ai expliqué à mes parents, la meilleure chance qu'a encore André d'échapper à une sentence exemplaire c'est de se faire oublier. Qu'il reste à l'ombre, dans sa cellule, que personne ne parle de lui à l'extérieur, qu'il disparaisse dans la masse anonyme des détenus, et il s'en tirera sans dommage ; que des démarches répétées attirent l'attention su rlui, et le pire sera à craindre. Je ne bougerai donc pas en dépit de ma tendresse pour cette belle tête égarée.
Ce n'est pas moi qui le sauverai, mais la tournure que prendront les événements.
En effet, les jours de Robespierre me semblent comptés. Un à un, ses amis, effryés par ses excès, le lâchent sournoisement. A la faveur d'une réaction, le régime évoluera, sans doute, vers moins de rigueur. Les portes des prisons s'entrebâilleront.

Cette perspective apaise ma conscience. J'aurais été très gêné si j'avais dû prendre publiquement la défense d'André. En demandant l'indulgence pour lui, au plus fort de la Terreur, je me serais compromis auprès de ceux qui lui reprochent son manque de civisme. Qui sait même si je ne me serais pas retrouvé à Saint-Lazare à ses côtés, pour complicité dans les attaques contre la République , Trop de gens auraient été ravis de mettre André et Marie-Joseph Chénier dans le même sac ! Or, au point de notoriété où je suis parvenu, je ne peux risquer une telle déchéance. Je n'ai aucune raison de sacrifier ma carrière et peut-être ma vie, à un frère qui ne doit s'en prendre qu'à lui-même des malheurs dont il est frappé. Sa "confession" le condamne, à mon sens, plus encore que ses actes. Il n'a rien compris, il a tout gâché, et maintenant il met ses proches dans un cruel embarras. Moins on se souviendra de lui, mieux cela vaudra pour tout le monde.

Un choc terrible ! En ouvrant Le Journal du soir, qui donne régulièrement la liste des victimes, j'apprends qu'André a été exécuté la veille, 7 thermidor, à six heures de l'après-midi. Ma première pensée est pour mes parents. Le coeur lourd, les jambes faibles, je leur rends visite. En voyant monpère, j'ai à peine la force de parler. Pour le préparer à l'affreuse nouvelle, je balbutie :
- André vient de paraître devant le Tribunal...
- Eh bien ? demande mon père d'une voix étranglée par l'angoisse.
Je garde le silence. Les larmes noient mes paupières.
Le vieil homme pâlit, chancelle, s'appuie au dossier d'un fauteuil et gémit avec désespoir :
- Les scélérats ! Ce n'est pas cela qu'ils m'avaient promis !
Cette phrase m'étonne. Je reprends mes esprits et demande :
- Que voulez-vous dire ? Que vous a-t-on promis ? Qui avez-vous vu ? Quand ? Comment ?...

Pressé de questions, il m'avoue, entre deux sanglots, que, croyant bien faire, il s'est adressé à Barère, le 4 thermidor, pour le prier d'intervenir en faveur d'André et que le "décemvir" lui a dit, en le reconduisant aimablement à la porte : "Votre fils sortira dans trois jours."
Trois jours plus tard, en effet, André a quitté la prison, mais pour être conduit à l'échafaud. En écoutant mon père, la fureur m'empoigne. Je suis persuadé qu'en présentant sa requête il a involontairement désigné André à ses exécuteurs. S'il s'était tu, comme je le suppliais de le faire, André serait encore vivant. Indigné par cette fatale maladresse, je crie à mes parents qu'ils ont tué mon frère en croyant le sauver. Mon père se lamente :
- Mon cher fils, ne m'accablez pas ! Je suis bien malheureux.
Je le prends dans mes bras et nous restons ainsi, de longues minutes, enlacés et mêlant nos pleurs. Ma mère, qui assiste à l'entretien, est la seule à garder son sang-froid.
- Personne n'est responsable ! dit-elle. C'est la fatalité. André savait, depuis le début, ce qui l'attendait s'ils persistait dans la voie qu'il avait choisie. Il a creusé sa propre tombe !
Pas un soupir. Je l'admire de se dominer à ce point (elle se domine pas, elle est soulagée de cette disparition Rolling Eyes ). Plus que jamais elle me paraît digne des héroïnes de l'Antiquité (manque plus que la harpe... Rolling Eyes les violons n'existant pas dans l'Antiquité).
En tout cas, ce n'est pas elle qui me reprochera de n'avoir rien tenté pour sortir André de prison (c'est sûr, ça ne risque pas).

Les corps d'André, ainsi que les dépouilles des vingt-cinq autres victimes décapitées dans la journée, a été jeté dans une fosse commune, creusée au fond d'un jardin conventuel de la rue Picpus. Impossible de l'identifier, de le dégager pour lui assurer une sépulture décente. Cette circonstance aggrave encore le remords de mon père. Je crains que le chagrin ne lui fasse perdre le sens commun. Mon frère avait trente et un ans.

Hier, le 9 thermidor de l'an II, Robespierre est tombé. Ses ennemis de la Convention ont voulu l'arrêter. Il s'est placé sous la protection de la Commune de Paris et a cherché refuge à l'Hôtel de Ville. Là, devant l'assaut des troupes régulières, il s'est tiré, dit-on, un coup de pistolet qui lui a brisé la mâchoire. Traîné, mourant, jusqu'à la guillotine, il a eu le cou tranché par le même couperet qui avait décapité André. Trop tard. A deux jours près, mon frère aurait sauvé sa tête. J'enrage de cette malchance. Et cependant j'éprouve un immense soulagement à l'idée que l'ère des massacres organisés est finie. Est-ce parce qu'André ne respire plus que je respire mieux ?
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MARCO



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MessageSujet: Re: LE PAS DU JUGE   Ven 29 Mai - 18:14

3 heures du mat Episto! Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiii
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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Ven 29 Mai - 20:14

2

Madame Chénier


André a succombé, victime de ses idées. Il m'a fait mal durant toute ma vie. Il continue dans la mort. Vais-je le maudire ou le pleurer ? Désormais, ma ligne de conduite est tracée. Ayant perdu un fils, je dois redoubler d'amour pour les autres. Ou plutôt "pour l'autre", pour Marie-Joseph. En vérité, il est le seul enfant qui me reste. Constantin-Xavier, Louis-Sauveur, Hélène sont des comparses. Je ne les nomme que pour mémoire (charmante mamôche... Rolling Eyes tongue ).
Mais lui, lui... Marie-Joseph... Je n'écrirai plus rien dans cet agenda parce que plus rien n'a d'importance.


3

Marie-Joseph Chénier


Grâce à Dieu, j'ai pu traverser ce tumulte sanglant sans y laisser trop de plumes. Prudent, je me suis abstenu, ces derniers temps, de participer aux décisions politiques du régime. Je me contentais d'être le poète officiel de la Révolution. Je la glorifiais dans mes vers sans la suivre dans ses actes. Néanmoins, j'eus à subir de fâcheux contretemps. Lors de la représentation de ma tragédie, Caïus Gracchus, au moment où l'acteur tenant le rôle du tribun lançait l'apostrophe fameuse : "Des lois et non du sang", il y avait eu des bravos dans la salle, mais un député montagnard s'était dressé au parterre, criant qu'il était honteux d'applaudir une maxime inspirée par l'esprit des contre-révolutionnaires. On l'avait fait taire. Je m'étais rendu compte, ce soir-là, à quel point j'étais vulnérable. Caïus Gracchus avait été immédiatement retiré de l'affiche. Instruit par cet échec politique, je m'étais promis de me conformer davantage désormais au goût du jour.
La tragédie que j'écrivis ensuite, Timoléon, inspirée de Plutarque, évoquait l'histoire de ce citoyen de Corinthe qui préfère sacrifier son frère plutôt que de le voir soumettre le pays à la tyrannie. Les administrateurs de police, ayant examiné la pièce, avaient confirmé son civisme. Robespierre n'avait soulevé aucune objection à la mise en répétition projetée. La générale avait été fixée au 19 floral an II. Je m'attendais à un franc succès. Mais, au second acte, le complice de Timoléon, Anticlès, paraissait devant l'assemblée du peuple et, exhibant un diadème, proposait l'établissement du pouvoir royal. Il n'en fallut pas plus pour déclencher la colère de certains conventionnels disséminés parmi le public. Ils avaient vu dans ce simple jeu de scène une invitation à excuser les complots monarchistes. La représentation s'acheva dans le tumulte.
En sortant du théâtre, abasourdi et malade d'inquiétude, je me suis rendu auprès du Comité de sûreté générale et, pour preuve de ma bonne foi, ai brûlé moi-même, devant les membres de cette redoutable institution, le manuscrit de ma tragédie. Nul ne peut imaginer à quel point il est douloureux, pur un auteur, de procéder ainsi à la destruction de son oeuvre. En regardant les pages qui se consumaient dans la cheminée, j'avais l'impression d'être moi-même livré aux flammes sur un bûcher de l'Inquisition.
Quand l'autodafé fut terminé, je demandai un certificat constatant mon geste de parfait citoyen.
Le document me fut délivré séance tenante.
Mais je n'en gardai pas moins une pensée d'amertume et d'insécurité.

Mon autre frère, Louis-Sauveur, ayant été également emprisonné, je me sentais doublement suspect. Comment aurait-on voulu que, dans cette indécision sur mon propre sort, j'entreprisse des démarches au profit de qui que ce fût ? J'étais devenu moi-même, sans le vouloir, un ennemi de Robespierre. Peut-être me jalousait-il pour mes succès de poète ? Il a toujours eu des prétentions littéraires. Un auteur malchanceux à la tête d'un pays dont les trois quarts des habitants ne savent pas lire !

Enfin, il a trébuché. La France respire. Elle a trop cru en lui. Il l'a soûlée de phrases et de sang. Il l'a trompée. Elle ne le lui a pas pardonné. Si l'au-delà existe, André doit s'y réjouir de la revanche qui vient d'être prise par nos compatriotes sur le responsable de son infortune.

Peu après le 9 Thermidor, je m'empressai de tirer de son cachot mon frère Louis-Sauveur. Il me remercia avec effusion d'une action si rapide et si efficace. Mes parents, eux aussi, me surent gré de ce sauvetage in extremis, qui rachetait un peu, à leurs yeux, la fin tragique d'André. Je m'occupai également de ma pièce Timoléon. J'en avais certes brûlé le manuscrit, en plein Comité de sûreté générale, mais je savais que ma principale interprète, Mademoiselle Vestris, en possédait une copie. Le vent avait tourné. Tous ceux qui avaient participé, de près ou de loin, au régime dictatorial imposé par Robespierre avaient été balayés. J'espérais qu'à la faveur de ce changement d'atmosphère politique je pourrais commencer une seconde carrière.
Et, en effet, je n'eus pas de mal à faire remettre ma pièce en répétition au Théâtre de la République. Annoncée dès le 20 thermidor, dix jours après l'exécution de Robespierre, elle fut représentée, pour la première fois le 25 fructidor suivant. Ce soir-là, ma tragédie ne souleva aucun scandale. Mais elle ne remporta pas non plus le triomphe que j'escomptais. Je devinai que le public se détournait spontanément de toute oeuvre littéraire qui lui paraissait inspirée par l'esprit républicain de l'an II.

La réaction a envahi le pays fatigué, écoeuré et incertain de son avenir. Aux yeux des imbéciles, j'ai le tort de m'être trouvé jadis du côté des régicides. Je dois, à présent, naviguer au jugé entre de nombreux écueils.
Je regrette qu'André ne soit plus là pour discuter de la meilleure conduite à prendre, face au nouveau désordre où nous voici plongés. Mais, je le connais, cette fois encore, il ne serait pas de mon avis.
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epistophélès



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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Dim 31 Mai - 21:57

4

Marie-Joseph Chénier


Je n'avais certes pas prévu que la représentation de mon Timoléon me vaudrait des reproches d'une telle perfidie. Les ennemis royalistes d'hier, relevant la crête, prirent prétexte de ma tragédie pour m'accuser d'avoir évoqué sur scène un fratricide antique, alors que je n'avais rien tenté pour sauver de la mort mon propre frère. On fit paraître sur moi, dans les journaux, de petits articles venimeux, me comparant à Caïn après le meurtre d'Abel. Même à la Convention, j'eus à supporter des insinuations ignobles sur mon peu d'empressement à secourir un de mes proches emprisonné par le monstre Robespierre. Pendant plus d'un an, je subis ces allusions qui me blessaient au plus chaud de mon coeur. Ma mère me conseillait de ne pas répondre à ces coups d'épingle, par crainte de provoquer un éclat qui eût compromis ma situation - somme toute enviable;
Mais je souffrais dans mon orgueil d'être à tout propos moqué, désigné du doigt, éclaboussé par le sang d'un juste au pied de la guillotine. A bout de patience, je publiai mon épître sur La Calomnie[i] pour stigmatiser mes détracteurs. Elle était d'une belle venue :

[i]Mentir est le talent de ceux
qui n'en ont pas ;
Nuire est la liberté qui convient
aux esclaves...
La calomnie honore en croyant
qu'elle outrage...


Je m'insurgeais contre ces valets que j'entendais me reprocher le sort d'un frère infortuné.

Je croyais avoir cloué le bec aux noirs corbeaux de la médisance. Mais ils avaient, me semble-t-il, juré d'avoir ma peau. Le stupide François-Pierre Léger répliqua à mon poème par des vers infamants. Imaginant la réaction d'André à mes excuses tardives, il lui faisait dire :


Vivant, il fallait me répondre,
Non me pleurer après ma mort...


L'abominable Fonvielle me reprochait de baiser des bourreaux les bras ensanglantés.
Le plat Souriguière me faisait avouer : Mon frère mort, je bâille... et le venge en bâillant...
Le répugnant Michaud s'exclamait :


Je sais que Chénier, fidèle à Melpomène
Peut tuer ses héros ailleurs
que sur la scène...


Ou encore :

Connaissez-vous monsieur Chénier ?
Il vient de faire une sainte homélie
Sur les journaux et sur la calomnie...


A on tour, réfugié à l'étranger, Rivarol me gratifiait d'un surnom terrible : le frère d'Abel Chénier.
Il y eut même des chansons satiriques sur des airs populaires :


Je vis périr André, mon frère ;
Et Dieu sait si j'en fus navré !
Dans cette commune misère
Il est vrai je ne songeais guère
A secourir ce cher André,
Ce bon André, ce pauvre André !
Mais tout entier à mon effroi
Je ne m'occupais que de moi.


Ces sarcasmes ne me laissaient pas de répit.
J'hésitais à me montrer en public. Dans le regard de mes collègues députés ou même des inconnus que je croisais dans la rue, je croyais lire la condamnation d'un passé dont je me refusais à rougir. De tous côtés, je ne voyais que sourires en coin, je ne devinais que sous-entendus fielleux. Au milieu de mon sommeil, il m'arrivait de me dresser sur mon séant, l'oreille aux aguets, parce qu'il me semblait que mon frère m'appelait par mon nom. Une nuit, je vis en rêve sa tête, tranchée au ras du cou. Elle était entrée dans ma chambre et flottait, suspendue dans l'air telle une méduse dans l'eau. Le corps avait dû rester dans son trou de terre, avec les autres.
Dégouttant d'un jus rouge, les lèvres livides, les yeux révulsés, la tête parlait, parlait... Mais aucun son ne sortait de sa bouche. L'image était si précise, que je m'éveillai en sursaut et allai vérifier s'il n'y avait pas des taches de sang sur le plancher. Tout était propre. Malgré cette évidence, je ne pus me rendormir.


A quelque temps de là, je reçus par la poste une petite boîte, en forme de cercueil, avec, à l'intérieur, une tête de chat coupée. Cette boule de poils avait un rictus horrible. Un billet anonyme accompagnait l'envoi : Pour toi, Caïn, en souvenir de ton frère Abel.
Je faillis vomir. La mesure était comble. Pénétré de dégoût et d'indignation, de lassitude et de révolte, je pris un pistolet dans le tiroir de ma table. Incapable de confondre mes ennemis ni se supporter plus longtemps leurs attaques, j'avais résolu de me brûler la cervelle. Mais, au moment d'appuyer sur la détente, un éclair de raison m'éblouit. Il n'était pas dans mon caractère de me laisser abattre. Tout au long de ma vie, j'avais fait front. Allais-je renoncer au combat parce que quelques lâches plumitifs s'acharnaient à me chercer des poux dans la tête ? J'avais une trop haute idée de ma valeur comme poète et comme tribun pour abandonner la partie. Mon orgueil me tenait lieu de courage. Comme souvent dans les moments difficiles, je me rendis chez ma mère (les jupons de mamôche Twisted Evil ) et lui fit part de mon désarroi. Elle me remonta le moral. Elle prétendit même que ces viles diffamations serviraient à la longue mon prestige auprès du public. "Les persécutions injustifiées grandissent ceux qu'elles ont pour but de détruire", disait-elle. Une fois de plus, je fus de son avis. Elle avait l'art de survoler les événements avec une froide clairvoyance. Je retournait souvent la voir pour me retremper auprès d'elle dans la foi en mon avenir.
En revanche, mon père était devenu incapable de formuler le moindre conseil, de manifester la moindre réaction. Ebranlé par l'exécution d'André, il n'était qu'une misérable loque. Il confondait les dates et les noms. Parfois, il croyait qu'André était encore de ce monde. Il disait :
- Qu'il entre ! Laissez-moi seul avec lui ! Je voudrais lui parler d'homme à homme...
Pour ne pas le contrarier, ma mère et moi sortions de la chambre. Au bout d'un moment, il nous rappelait :
- Où étiez-vous ? J'ai vu André... Nous nous sommes expliqués à coeur ouvert... Il est parti... Tout va bien... Quand est-ce qu'on mange ?...
Et, aussitôt après, il se mettait à pleurer comme un enfant. Jamais il ne me demandait de mes nouvelles, jamais il ne lisait les journaux. Il s'était peu à peu exclu de l'univers de ses contemporains. Sa vie s'était terminée un certain 7 thermidor. Il mourut d'un arrêt du coeur, le 7 prairial an III (26 mai 1795), dix mois, jour pour jour, après que son fils favori eut été guillotiné. Il avait soixante-douze ans.
Nous lui fîmes des funérailles très honorables. Des représntants de la section locale accompagnèrent son corps jusqu'au cimetière. Il y eut même un discours sur la tombe. On était loin de la fosse commune où gisaient les restes de son fils supplicié.

Veuve, ma mère supporta son deuil avec vaillance ( Rolling Eyes Rolling Eyes ). Pourtant, quand elle vit que mes adversaires, non contents de m'accuser de fratricide, affirmaient encore que j'étais un fils ingrat, ayant abandonné ses parents dans le malheur, elle s'insurgea à son tour avec véhémence. Ce fut elle qui eut l'idée de faire paraître, sous sa signature , une lettre de protestation dans le journal La Sentinelle.[i]
Bien entendu, je l'aidai dans la rédaction de cette missive solennelle où elle affirmait que j'étais le seul soutien et la seule consolation de la famille, que Robespierre m'avait toujours considéré avec méfiance, que je n'avais cessé de faire de discrètes démarches auprès des autorités pour sauver le vertueux André et que la disparition de ce frère bien-aimé m'avait frappé d'une incurable blessure. Sa réponse à mes détracteurs s'achevait par un témoignage de tendresse à l'égard du meilleur des fils qui, aujourd'hui, disait-elle, lui "tenait lieu de tout".


Cette mise au point et cette bénédiction maternelle ne suffirent pas à étouffer complètement les ragots. Mais ils s'espacèrent. Ce qui m'aida à traverser ce lac de boue, ce fut, outre la confiance de ma mère, la présence dans ma vie d'une créature remarquable par son énergie et son dévouement : Madame de Labourchardie . Je l'avais rencontrée au Palais-Royal et dans d'autres lieux de plaisir. Elle était d'une allure provocante et d'un caractère violent. J'admirais les rondeurs de son corps à travers les tenues transparents qu'elle se plaisait à porter pour affrioler les hommes.
Après les rigueurs révolutionnaires, l'époque était à la galanterie, voire à la licence. La Franche entière avait soif de jouir après avoir tremblé. Très vite, Madame de Labouchardie était devenue ma maîtresse. Pour plus de commodité, je l'avais installée sous mon toit. Restée seule, ma mère était venue nous rejoindre. Je vivais entre deux femmes, l'une jeune, belle, délurée, l'autre vieillissante et quelque peu guindée, mais toutes deux amoureuses de moi. Cet avantage sentimental me consolait de mes récents déboires politiques.
Au vrai, mes ennemis ne tardèrent pas à porter leurs coups sur la femme que j'avais choisie pour compagne. A peine avait-elle emménagé dans mon appartement qu'un impertinent, voulant la railler pour ses toilettes légères, lui avait envoyé un coffret portant cette inscription : [i]Une robe pour Madame,
et renfermant une feuille de vigne. Madame de Labouchardie s'étrangla de colère. Elle avait le verbe haut et l'injure facile. Du haut de sa fierté outragée, elle exigea que je répondisse dans les journaux par un article cinglant. Mais ma mère estima que l'offense ne méritait pas l'honneur d'une réponse de ma part. J'étais trop grand pour me collecter avec un malotru. "Gardez vos flèches pour des adversaires d'une autre envergure", me dit-elle.
Je suivis son conseil, Madame de Labouchardie me bouda pendant deux jours, puis rit avec nous de l'aventure. Elle offrit même de se montrer un matin dans la rue avec, sous une robe diaphane, la feuille de vigne qu'elle avait reçue. Elle était si hardie de manières qu'elle eût été capable de le faire. Ma mère et moi l'en dissuadâmes. La vie continua pour notre trio sans autres anicroches.
Après tout, nous n'étions pas trop à plaindre. Mes ennemis s'essoufflaient. Mes pièces, qu'on remontait de temps à autre, me rapportaient pas mal d'argent. Le pays se relevait doucement des folies révolutionnaires.
Hoche pacifiait la Vendée. Le culte catholique renaissait en catimini. Nos armées victorieuses contraignaient la Prusse et l'Espagne à reculer. Et l'évolution politique des esprits aboutissait à la Constitution de l'an III, qui prévoyait sagement la séparation des pouvoirs. L'exécutif devait être détenu par cinq directeurs, tandis que deux Conseils, celui des Cinq-Cents et celui des Anciens, se partageaient les tâches législatives. Etant donné ma connaissance des affaires publiques et ma réputation de poète patriote, auteur du Chant du départ, , je n'eus pas de mal à me faire élire au Conseil des Cinq-Cents.
Cette consécration acheva de me faire oublier les injures dont j'avais été l'objet depuis la mort de mon frère. A certains moments, je me demandais si j'avais été véritablement, jadis, moi aussi, séduit par Robespierre. Son sens de l'honnêteté et son talent d'organisateur en faisaient certes une sorte de génie, mais il avait poussé trop loin l'intransigeance dogmatique. Tout ce qu'on pouvait lui reprocher, c'était d'avoir voulu plier la réalité à la théorie. Il avait manqué d'humanité par excès d'intelligence. Je m'étais éloigné de lui à l'heure précise où il commençait à dévier de la ligne droite (ben voyons ! Rolling Eyes ). Ce n'était ni lui, ni André, chacun dans son idéal absurde, qui était dans le vrai, c'était moi, parce que j'avais su composer avec les événements (plus opportuniste que toi, tu meurs ! Razz ) et les passions humaines. Après tant de vicissitudes, et bien que le régime eût changé, j'étais de nouveau un élu de la nation. N'était-ce pas la preuve de mon savoir-faire ?
Avec un fils membre du Conseil des Cinq-Cents, ma mère redressa le front. Nous changeâmes d'appartement. Ma nouvelle dignité m'incita à prier Madame de Labouchardie de porter dorénavant des tenues plus décentes, sinon à la maison, du moins dans les salons.
Elle refusa. De toute façon, elle n'aimait pas obéir. Pouvais-je lui en vouloir de braver la bienséance, moi qui avais toujours agi sans me soucier du qu'en-dira-t-on ? Ma mère non plus ne lui tint pas rigueur de son entêtement dans la coquetterie. Il nous arrivait souvent, en fin de journée, de nous attabler, tous trois, devant une bonne bouteille. Ma maîtresse buvait sec. Le vin lui montait au cerveau.
Elle riait, plaisantait et jurait pour un rien.
Une fois ivre, elle m'entraînait dans notre chambre. Je la suivais, heureux de ses bonnes dispositions. Ma mère approuvait notre entente, tout en regrettant que Madame de Labouchardie n'eût pas plus de distinction naturelle. Dans ces moments de liesse familiale, je me disais que, si André était né pour souffrir, j'avais, moi, reçu du ciel le don d'être heureux malgré toutes les traverses de mon destin.
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MessageSujet: Re: LE PAS DU JUGE   Lun 1 Juin - 14:20

study
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epistophélès



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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Lun 1 Juin - 20:59

5

Marie-Joseph Chénier


Avec le temps qui passe, le souvenir d'André devrait s'estomper dans ma mémoire. Or, c'est le contraire qui se produit d'une façon diabolique. Alors que je sais n'être nullement responsable de sa mort, je ne cesse de revenir, par la pensée, à nos vies parallèles à tous deux. C'est chaque jour que se plaide dans ma tête le procès de notre affection et de notre conflit. Il suffit que j'entende prononcer son nom par un quidam pour que ma chair se hérisse comme sous la menace d'une agression. Même mes fonctions au Conseil des Cinq-Cents ne me distraient pas de cette obsession morbide.
Devant mes collègues, je feins de me passionner pour les événements de la France, mais , en fait, c'est un combat intérieur qui accapare toute mon attention.
D'ailleurs, au sein de l'Assemblée, règne un tohu-bohu assez caractéristique de l'époque.
Toutes les opinions s'affrontent au grand jour.
Les réchappés de la Terreur s'opposent aux anciens Jacobins, les conservateurs et les royalistes s'insultent dans des joutes oratoires auxquelles j'évite de participer. Par réaction contre les violences de la Révolution, on surveille l'activité des clubs et des sociétés populaires, on favorise l'essor de la presse, on prône le libéralisme de bon aloi... Sans me désintéresser de la politique, je n'y mets plus la même flamme que quelques années auparavant. Mon regard est ailleurs. Peut-être dans le passé.

Après la mort de mon père, qui détenait les manuscrits d'André, ceux-ci furent remis, comme il se doit, à mon frère aîné Constantin-Xavier, devenu le chef de la famille.
D'abord, il les laissa dormir dans une armoire, sans même y jeter un coup d'oeil.
Puis, ayant été nommé consul à Elbing, il décida de se décharger de ce précieux dépôt en le confiant à Louis-Sauveur. Mais ce dernier, dès sa libération de prison, avait été réintégré dans l'armée et combattait au loin.
Ce fut donc moi, le cadet, qui héritai de cette masse de feuillets disparates, déchirés par endroits, et couverts d'une écriture à peine lisible. Outre le récit, fort incomplet, de la vie d'André, que j'avais parcouru autrefois, la veille de son exécution, il y avait là de tout : des poèmes anciens, des brouillons de lettres, des notations diverses, des vers sans queue ni tête. Je renonçai vite à ce fatras.

Ce fut avec étonnement que je vis paraître, le 20 nivôse an III, dans La Décade philosophique, l' Ode pour une jeune captive
de mon frère. Sans doute était-ce un de ses amis qui avait communiqué une copie du poème à la rédaction de la revue. Cette publication inopinée me troubla au point que je me demandai si je ne devais pas, surmontant ma paresse, fouiller parmi les papiers d'André dans l'espoir d'y découvrir encore un morceau de choix. Après tout, n'ayant pu sauver sa vie, il m'appartenait de sauver sa mémoire.
Mais je n'avais guère le temps de me livrer à cette recherche. L'étude des dossiers qui m'arrivaient du Conseil des Cinq-Cents et le souci de poursuivre mon oeuvre personnelle ne me laissaient que peu de loisirs.
Malgré tout, j'allai chercher la liasse de feuillets dans un placard et l'ouvris au hasard sur ma table. En contemplant ces pages qui avaient connu le contact de la main d'André, mon coeur se serra de remords et d'angoisse.
Il était là tout entier, dans ces lignes serrées, dans ces taches d'encre, dans ces ratures, dans ces mots jaillis de son cerveau en des heures de solitude. Il me soufflait son haleine au visage. Je ne comprenais plus ce que je lisais. Le vertige me prit. Je rapportai les manuscrits dans leur cachette. Mais je n'en fus pas quitte pour autant avec ce que je considérais comme une obligation sacrée. Il me semblait qu'une nouvelle mission m'était dévolue. Ramener au grand jour ce trésor enfoui, rendre la voix à une ombre.
Un soir, après que ma mère se fut retirée dans sa chambre, je parlai librement de mes intentions, encore très vagues, à ma maîtresse.
Nous étions assis dans la salle à manger, devant un flacon de Xérès qui m'avait été offert par un groupe de mes collègues. J'aimais ces petites libations amoureuses avant le passage au lit. On parlait de tout et de rien, on se lutinait entre deux rasades. Avant même que j'eusse exposé toutes les données du problème qui me tourmentait, Madame de Labouchardie s'exclama :
- Tu n'y penses pas, Maris-Joseph ! Occupe-toi de défendre ton oeuvre, non la sienne ! Le vrai Chénier, c'est toi, ce n'est pas lui ! Ce ne sera jamais lui !
- Mais j'ai le devoir de ...
- Tu n'as d'autre devoir que de servir ta propre carrière ! Personne ne se soucie de savoir si ton frère a laissé derrière lui des poèmes inédits. Garde-les donc sous ton coude. Il est toujours dangereux de réveiller le chat qui dort !
- - Il y a peut-être là-dedans des choses magnifiques !
- Les as-tu lues ?
- Certaines... oui...
- Et comment les juges-tu ?
- Deux ou trois m'ont paru intéressantes...
- Ce n'est pas suffisant ! Tu dois oublier tout cela ! Tu as mieux à faire !

Elle se leva, s'approcha de moi d'une démarche onduleuse, s'assit sur mes genoux et devint effrontément câline :
- Je ne veux connaître qu'une seul Chénier : toi ! L'autre n'est qu'un empêcheur de danser en rond !

Pouvais-je résister à de si douces paroles, à des caresses si précises ? Nous eûmes tout juste le temps de nous réfugier dans notre chambre pour y faire l'amour.
La cause était entendue : André Chénier devait demeurer inconnu pour que Marie-Joseph Chénier gardât tout son lustre. J'étais à la fois soulagé et honteux, exaucé et fautif. Il me semblait que, par ma décision, mon frère venait d'être condamné à mort pour la seconde fois.

La jeune captive de mon frère fut réimprimée dans l'Almanach des Muses. Le succès inattendu que ce poème eut auprès des lecteurs me donna à réfléchir. En dépit de la promesse faite à Madame de Labouchardie, j'eus scrupule à me taire plus longtemps et envoyai au Mercure de France, sous le titre : Elégie dans le goût ancien, les vers qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui La Jeune Tarentine.
Toutefois, pour complaire à ma maîtresse, qui me reprochait d'avoir imprudemment tiré ce morceau de l'oubli, je le fis suivre d'une note rédactionnelle destinée à excuser les défauts de l'auteur, assassiné dans la fleur de l'âge par le Tribunal révolutionnaire : "Les vers manuscrits qu'il a laissés et qu'il n'eut pas le temps de revoir, écrivais-je, manque trop souvent de correction et de pureté, mais on y trouve plus d'une fois le goût antique et le talent du poète." Cette légère réserve dans la présentation de La Jeune Tarentine irrita certains laudateurs de mon frère et on me le reprocha ouvertement dans la presse. J'en fus ulcéré comme d'une rebuffade imméritée. J'étais bien mal remercié, pensais-je, de mon dévouement à la mémoire d'André. Madame de Labouchardie triomphait :
- Je t'avais pourtant dit de te tenir tranquille ! En t'occupant d'André Chénier, tu ne t'attireras que des ennuis !

Ma mère fut de son avis. Je décidai d'en rester là et de ne plus rien tenter désormais pour révéler au public les productions de mon frère. Le souci que j'avais de poursuivre mon oeuvre personnelle eût excusé cette attitude aux yeux de tous les honnêtes gens.
J'étais entré dans une période de grande fécondité. Sautant d'un sujet à l'autre, je multipliais les hymnes patriotiques, les pièces de théâtre et les poèmes inspirés par l'Antiquité.
Tout me réussissait. En même temps, je brûlais de me rendre utile à mon pays par mon travail aux Cinq-Cents. Cette double activité fut vite récompensée. Elu membre de l'Institut, dans la classe des Arts et Lettres, je considérai que j'avais atteint le sommet des honneurs.

Cependant, le monde, autour de moi, changeait à une vitesse inquiétante. Malgré les querelles entre Jacobins et royalistes, malgré les complots et les coups d'Etat avortés, malgré la guerre, le Directoire continuait à gouverner vaille que vaille nos destinées. On parlait beaucoup du jeune général Bonaparte qui avait humilié les Autrichiens lors de la brillante campagne d'Italie et lancé une expédition hasardeuse en Egypte. Mais, déjà, une deuxième coalition de se formait entre l'Angleterre, l'Autriche et la Russie. Il fallut la victoire de Masséna à Zurich pour sauver la France. En dépit de ces succès répétés, les nostalgiques de la Révolution ne perdaient pas l'espoir de dominer à nouveau le pays.
Or, voici que, revenu d'Egypte, Bonaparte s'emparait du pouvoir par un coup d'Etat, le 18 brumaire. Ce soulèvement militaire me révolta. J'avais trop le goût de la démocratie pour accepter l'usurpation, fût-elle le fait d'un général rendu populaire par ses exploits.
Je le proclamais haut et fort, Bonaparte m'en tint rigueur et s'arrangea pour m'écarter de la vie publique.

Dans l'intervalle, mon frère Louis-Sauveur, avait épousé Madame Landais, une veuve assez riche, ce qui avait immédiatement arrangé ses affaires. Ils ne tardèrent pas à avoir un fils, Gabriel. Moi, j'hésitais à me marier. Je me trouvais bien de ma liaison libre avec Madame de Labouchardie. Et elle ne demandait pas autre chose que cette cohabitation amoureuse.
Le Consulat remplaçait le Directoire.
J'avais traversé sans dommage tous les régimes qui s'étaient succédé en France depuis la chute de la royauté. Cette fois, j'étais réduit à la portion congrue. De mes fonctions précédentes, il ne me restait que mon siège à l'Institut. Je dus restreindre mes dépenses et déménager, avec ma mère et Madame de Labouchardie, dans un appartement plus modeste. Néanmoins, je fis contre mauvaise fortune bon coeur. J'avais d'ailleurs une trop longue expérience des bouleversements politiques pour ne pas m'avancer avec prudence dans les coulisses du pouvoir. J'évitais de me prononcer en public entre l'idole du moment. L'Empire venait d'avaler le Consulat. Il y avait de nouveau un trône en France.
Occupé par un aventurier, mais peu importe !

A l'occasion du sacre de Napoléon par le pape, je donnai au théâtre, sur le conseil de Fouché, ma tragédie de Cirus. C'était, malgré quelques vers d'inspiration libérale, une adhésion aux idées du nouveau maître du pays. Elle me valut de vifs reproches de la part des anciens Jacobins, sans me mériter la bienveillance de l'Empereur. Mon Epître à Voltaire et ma Promenade à Saint-Cloud, exprimant la douleur d'un républicain devant le naufrage de la liberté, ne firent qu'aggraver le ressentiment de Napoléon à mon égard.
Mon espoir, à présent, était d'asseoir solidement ma renommée en publiant mon théâtre complet.
Je voulais que, par-dessus les remous des affaires publiques, la postérité connût la grandeur et l'originalité de mon art (qué modestie !... tongue )
Heureusement pour moi, l'indifférence quasi générale qui se manifestait pour la poésie de mon frère laissait le champ libre à ma conquête de la gloire. Certes, il y avait eu une allusion flatteuse aux qualités des vers d'André Chénier dans Le Génie du Christianisme de ce vantard de Chateaubriand ; certes, quelques esprits délicats prétendaient que l'auteur de La Jeune captive avait du génie et que sa mort prématurée constituait une grande perte pour la littérature française. Mais, dans l'opinion d'un large public, il n'y avait qu'un Chénier, moi !
Ma mère et Madame de Labouchardie m'encourageaient dans l'idée d'une édition définitive de mon oeuvre, capable d'éclipser une fois pour toutes, es pâles productions de mon frère. Mais le pays était continuellement en guerre et l'époque me paraissait mal choisie pour un événement intellectuel de cette importance. D'ailleurs, en prenant de l'âge, ma mère devenait moins catégorique dans ses conseils. Elle laissait Madame de Labouchardie conduire la barque. Ses forces baissaient, sa raison clignotait. Elle s'éteignit en 1808, à mon domicile, rue de Richelieu. Cette disparition me laissa désemparé. Je venais de perdre mon alliée de toujours. En la circonstance, Madame de Labouchardie fut admirable d'abnégation et d'autorité. Le soir même de l'enterrement, alors que nous nous retrouvions, fatigués et malheureux, dans l'appartement où flottait encore le souvenir de celle qui avait été "la belle Grecque", elle me saisit les deux mains et, me regardant au fond des yeux, prononça d'une voix ferme :
- Je prends la relève, Marie-Joseph. Désormais, c'est moi qui te servirai de confidente et de conseillère. Avec moi à tes côtés, tu n'auras rien à craindre de personne. Fais-moi confiance en tout, et tu accéderas au pinacle que tu mérites !
La vérité m'oblige à dire que ce serment de ma maîtresse atténua considérablement mon chagrin. Je repris immédiatement mes travaux. Aujourd'hui encore, à quarante-six ans, je me sens une âme juvénile. Ma plume ne ralentit pas. A l'Académie française, qui a été rétablie dans toutes ses prérogatives, en 1803, comme partie essentielle de l'Institut, je siège parmi des confrères qui me respectent.
Aucun d'entre eux ne s'est encore avisé de me parler du malchanceux André Chénier. L'Empereur m'a même demandé d'écrire un Tableau historique de l'état et des progrès de la littérature française depuis 1789.
Je l'ai rédigé avec soin et impartialité. En cours d'exécution, la question s'est posée à moi de savoir si je devais, dans cette étude, faire figurer le nom de mon frère. A la réflexion, je décidai que c'était inutile. En effet, André n'avait presque rien publié à cette époque. Il ne méritait donc pas d'être mentionné dans la liste des auteurs remarquables. Lui accorder un tel privilège eût été, de ma part, d'une bienveillance trop voyante pour n'être pas suspecte. En revanche, j'ai cité mon propre nom dans l'Introduction de cet ouvrage, comme auteur dramatique ayant eu quelque succès.
Pouvais-je, en toute bonne foi, agir autrement ? J'ai lu mon texte, une fois terminé, à Madame de Labouchardie. Elle l'a approuvé de bout en bout. Il m'est agréable de constater à quel point elle me comprend et m'admire.
Peut-être devrais-je l'épouser ? Mais il y a trop longtemps que nous vivons en concubinage pour que le mariage apporte un agrément quelconque à notre union. Au fond, malgré les changements de régime, elle et moi sommes marqués par les moeurs libres du temps de la Révolution et du Directoire. Il eût été impossible de traverser ces périodes d'enthousiasmes, d'erreurs, de frayeurs et d'indépendance sans en garder l'empreinte pour la vie.
André a voulu l'ignorer. Il s'est opposé à l'irrésistible mouvement de l'Histoire. Par entêtement. Par fierté. C'est sans doute ce qui l'a perdu. Je songe que j'aurai, moi aussi, à paraître, un jour, devant un Tribunal. Pas devant celui qui a condamné André ; devant celui des générations futures, qui apprécie le poids d'une oeuvre. Tout écrivain attend, en tremblant, le verdict de ces juges impitoyables. Mes écrits sont-ils dignes de passer à la postérité ou sont-ils voués à finir dans un débarras ? Qui l'emportera, devant nos descendants si pointilleux, d'André Chénier ou de Marie-Joseph ? Je m'aperçois que tout est prétexte à ressusciter la mémoire de mon frère. Il est temps que je m'arrête de parler de lui si je veux avoir une chance de lui survivre. Du reste, je suis fatigué. Je peux à peine diriger mes idées, tenir ma plume.
Madame de Labourchardie, inquiète pour un rien dès qu'il s'agit de ma santé, a décidé de faire venir le médecin.




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epistophélès



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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Lun 1 Juin - 21:21

1

Madame de Labouchardie



La mort de Marie-Joseph Chénier, survenue le 10 janvier 1811, après une douloureuse maladie, m'a prise au dépourvu. Il n'avait arrêté aucune disposition testamentaire. Ses funérailles, le 12 janvier, ont été grandioses.
Presque toute l'Académie française s'était dérangée. Les discours se sont succédé sur sa tombe. Celui de Monsieur Arnault a été particulièrement émouvant. Il a dit, entre autres belles choses : "La tribune et le théâtre retentissent encore de ses triomphes... Chénier fut du petit nombre des hommes qui osèrent élever la voix en faveur de l'ordre et de l'humanité... Regrettons-le, Messieurs, pour notre gloire plus encore que pour la sienne ! Il avait fait assez pour lui ; mais il pouvait faire encore plus pour nous."
Ayant intensément partagé la vie de Marie-Joseph, je veux, à mon tour, lui rendre un dernier hommage. D'ailleurs, le manuscrit de ses Mémoires porte cette suscritpion : "A Madame de Labouchardie qui en fera ce que bon lui semble." Je possède également le manuscrit des Souvenir d'André Chénier. Je les ai lus l'un et l'autre avec émotion. Curieusement, lorsque je les ai soumis à quelques amis de bon conseil, ils m'ont dissuadée de les publier pour ne pas ternir l'image de ces deux défunts fraternels. Je ne puis néanmoins me résigner à détruire ces pages, témoins d'un passé encore si proche. Je les laisserai donc dormir dans un tiroir fermé à clef. Les deux frères de Marie-Joseph qui demeurent en vie, Louis-Sauveur et Constantin-Xavier, jugeront si ces textes intimes valent la peine d'être imprimés.

En ce qui me concenrne, je jure d'employer ce qui me reste de forces à servir la carrière posthume de Marie-Joseph Chénier. C'est le seul de la famille qui, à mon sens, mérite estime et admiration. Ses oeuvres complètes vont être bientôt publiées alors que personne ne songe encore sérieusement à exhumer celels d'André Chénier. Ce dernier, que je n'ai pas connu, a tellement tourmenté Marie-Joseph que je le hais rétrospectivement. A cause de lui, mon cher compagnon était assailli de remords insidieux. Il se croyait responsable d'une mort que nul n'aurait pu empêcher. Des années après le 7 thermidor, il cherchait encore à se justifier des calomnies dont l'accablaient des concurrents jaloux.
Peut-être cette ignoble suspicion a-t-elle hâté sa fin ? Au moment d'expirer, il a eu ce mot atroce : "Je vais rejoindre André. Mais, moi, je serai entier. Pourvu que tout se passe bien entre nous !" Malgré ses protestations, j'ai fait venir un prêtre pour faciliter son passage dans l'autre monde.

Le vicomte de Chateaubriand s'est présenté, la même année, au fauteuil laissé vacant par Marie-Joseph à l'Académie française. Il a été élu, mais un ordre de Napoléon lui a interdit de prononcer en public son discours jugé subversif. J'ai eu connaissance de cet éloge traditionnel du défunt par le récipiendaire, et ai constaté avec amertume que l'auteur du Génie du Christianisme profitait de la circonstance pour célébrer au passage le talent d'André Chénier, ce qui était superflu et même déplacé.
J'espère de tout coeur qu'une telle manifestation de sympathie envers "le frère décapité" ne se renouvellera pas. Il faut que le théâtre de Marie-Joseph connaisse une gloire comparable à celle de Corneille, de Racine, de Voltaire.
Il faut qu'il écrase de son génie l'ombre de son rival, dont le principal mérite est d'avoir été guillotiné sous la Révolution. Il faut que la vérité de Marie-Joseph l'emporte sur la légende de son frère. Je vais prier Dieu - puisque Dieu est de nouveau à la mode - pour que l'oeuvre d'André Chénier tombe dans l'oubli comme sa tête est tombée dans le panier de son.
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MAINGANTEE



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MessageSujet: Re: LE PAS DU JUGE   Lun 1 Juin - 21:23

Merci Episto!
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epistophélès



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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Lun 1 Juin - 21:33

2

Gabriel Chénier



Moi, Gabriel Chénier, né en 1800, fils de Louis-Sauveur, je tiens à apporter le témoignage suivant sur mes oncles, André et Marie-Joseph Chénier.
Je ne les ai jamais rencontrés, mais la tradition familiale m'a beaucoup appris sur leur compte. Je ne les juge point, je les aime et les plains tous les deux pour des raisons différentes. Ils ont cruellement souffert l'un et l'autre, l'un par l'autre. André avait, je crois, un caractère à la fois abrupt et passionné ; Marie-Joseph, tout aussi violent en apparence, sut mieux louvoyer à travers les bourrasques. Il n'était sans doute pas un héros, manqua parfois de courage moral et même physique, mais fit preuve, en maintes occasions de son talent et de son honnêteté.
Le premier recueil de vers d'André Chénier parut en 1819. C'était les débuts littéraires d'un auteur mort vingt-cinq ans plus tôt. Les oeuvres de Marie-Joseph Chénier, connues depuis longtemps, furent, elles aussi, imprimées et réimprimées. Il se trouve que les poèmes d'André ont gagné très vite la faveur du public, alors que Marie-Joseph n'a pas eu la consécration posthume qu'il espérait.
Chateaubriand, Sainte-Beuve, Millevoye, d'autres encore, ont proclamé leur admiration pour le premier sans s'attarder aux qualités du second. Ainsi, même morts, mes deux oncles continuent leur lutte pour la gloire. Et j'assiste au lent et sûr triomphe du poète guillotiné sur le poète académicien. J'avais rangé leurs volumes joliment reliés, côte à côte, sur un rayon. Il y a huit jours, un incendie s'est déclaré dans la maison. Par chance, les flammes ont été vite maîtrisées.
J'ai compris l'avertissement. Cédant à une superstition peut-être absurde, j'ai séparé, dans ma bibliothèque, la p roduction littéraire des frrèes ennemis.
Depuis que leurs livres respectifs se tournent le dos, mes journées sont plus joyeuses, plus laborieuses et mes nuits plus sereines. ...
Very Happy

FIN
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Berengere



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MessageSujet: Re: LE PAS DU JUGE   Mar 2 Juin - 10:00

"Qui l'emportera, devant nos descendants si pointilleux, d'André Chénier ou de Marie-Joseph ?"
Google est formel : c'est définitivement André cheers

Merci beaucoup, Episto. Tu as droit a deux minutes tout entières de repos.
.
.
Bon,  maintenant, tu nous recopies quoi ? tongue
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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Mar 2 Juin - 11:26

è m'prend pour qui la Bérengée obsessionnelle du bouquin ? ....... tongue

J'avais emprunté également "Pierre le Grand". Mais à sa lecture, j'ai été découragée.

Si certains d'entre vous ont des idées de lecture, dites-le moi. ....
Wink
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Berengere



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MessageSujet: Re: LE PAS DU JUGE   Mar 2 Juin - 11:36

J'aime toujours tes choix jusqu'à présent. Donc si ça reste historique, je devrais aimer. Ou alors, du Bellemare ? en fait, j'apprécie tout ce qui est anecdotique aussi.
Et comment, que je te prends pour qui ? c'est qui, qui s'appelle "Episto", mhhhhhhh ? clown
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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Mar 2 Juin - 11:51

Very Happy
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MAINGANTEE



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MessageSujet: Re: LE PAS DU JUGE   Jeu 4 Juin - 12:46

du Chapsal ??
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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Jeu 4 Juin - 14:00

J'ai pris note, les filles. ........ Wink
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MARCO



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MessageSujet: Re: LE PAS DU JUGE   Ven 5 Juin - 20:47

Elle est toujours vivante Chapsal?
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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Ven 5 Juin - 22:46

En 2014, elle avait 89 ans.
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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Ven 5 Juin - 23:16

La prochaine fois, DOmi, je regarderai si la bibliothèque à du Chapsal. ... Wink
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MessageSujet: LE PAS DU JUGE   Sam 6 Juin - 10:38

Bon, hier soir, après être rentrée à la maison, vous ai tapé une nouvelle de Bellemare. Mais après "envoyer", y s'est barré. J'étais vénère. De toute façon, en lisant en même temps que je claviais, je ne trouvais pas l'histoire passionnante.
Je vous résume. Ca se passe au Mexique, dans les années 60. Des cadavres (13 )sont découverts, sans tête. Et apparemment la police mexicaine ne se bat pas pour découvrir la vérité. Pas d'identité des victimes, jusqu'à ce que l'on retrouve la tête d'une femme. C'était une anglaise. Le mari décide d'envoyer un détective privé sur place.
Et c'est ce dernier qui découvrira que c'était un bagagiste qui assassinait des étrangers, pour les voler.
Les têtes n'ont jamais été retrouvées.

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MessageSujet: Re: LE PAS DU JUGE   Aujourd'hui à 20:17

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