Mosaïque

Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
AccueilAccueil  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 LA VIE LIBERTINE DU ROI DAGOBERT

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
epistophélès



Nombre de messages : 8789
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: LA VIE LIBERTINE DU ROI DAGOBERT   Jeu 11 Déc - 0:28

Vivre dans la compagnie de trois futurs saints et dépuceler, dès l'âge de douze ans, une petite bergère dans un taillis, voilà qui est beaucoup moins banal que de mettre sa culotte à l'envers...
C'est pourtant ce dernier trait - dont personne ne se risquerait à certifier l'authenticité - qui a été retenu par le peuple dans l'histoire savoureuse de Dagobert.
Il est vrai que les couplets qui rapportent cette étourderie royale ont été écrits plus de mille ans après la mort du souverain et que, dans ces conditions, certaines erreurs sont excusables.
Il est pourtant navrant de penser que, pour une grande partie du public, Dagobert - à cause de cette chanson - paraîtra toujours sous les traits d'un personnage distrait qui confondait l'envers avec l'endroit ; alors qu'il existe de lui un autre aspect beaucoup plus propre à frapper l'imagination populaire.
Je veux parler de son goût pour le libertinage.
Car si ce souverain mérovingien fut un homme politique que Michelet n'hésitait pas à comparer à Louis XIV, il fut surtout un roi gaillard et truculent que l'on pourrait rapprocher de Henri IV.


C'est donc une histoire bien leste que la sienne et l'on comprend que saint Eloi n'en ait pas été très satisfait...
A douze ans, un jour qu'il chassait tout seul le renard dans la forêt qui entourait Clipiacus(Clichy), il rencontra une petite bergère dont la vue le mit dans de bonnes dispositions et l'entraîna dans un fourré...
Dès lors, le jeune Dagobert prit goût à la chose et considéra d'un oeil nouveau les charmantes jeunes filles qui vivaient au palais pour le service et l'agrément du roi Clotaire II, son père.
Car Dagobert avait de qui tenir. On aimait la bagatelle dans la famille Mérovée. D'ailleurs, le fondateur de la dynastie était né dans des circonstances fort curieuses.
Clodion, dit le Chevelu, n'ayant pas eu d'enfant, sa femme se lamentait. Un jour, qu'elle se promenait sur une plage déserte près des bouches du Rhin, un "génie de la mer" sortit de l'eau et la viola. C'est, du moins, ce qu'elle raconta lorsque, neuf mois après, elle mit au monde un fils qui fut appelé Mérovée...
Plus tard, Clovis - dont les moines écrivirent le nom en latin Clodovicus ou Ludovicus, , ce qui devint Louis en français - Clovis eut une vie amoureuse plus calme ; mais son fils Clotaire se signala par des débauches extraordinaires. Il eut simultanément jusqu'à cinq épouses prétendues légitimes, sans compter toutes les amies" d'un moment", et s'amusait, nous dit-on, à tuer les officiers qui avaient de jolies femmes, pour avoir le plaisir, ensuite, de "badiner" avec leurs veuves...
Quant à Clotaire II, père de Dagobert, il avait auprès de lui, à Clichy, sa femme, la reine Bertrude, sa maîtresse, la blonde Sichilde et de charmantes jeunes filles fort expertes aux jeux du lit...
Il s'amusait certains jours, dit-on, à les contenter toutes, deux fois...
Cette hérédité poussera le jeune Dagobert à des désordres érotiques auprès desquels les frasques de Henri IV sont des plaisanteries de patronage...

A vingt, il avait fait le tour, si j'ose dire, de toutes les belles servantes du palais.
Envoyé à Trêves par Clotaire II, avec le titre de roi d'Austrasie, il reçut bientôt l'ordre de venir épouser Gomatrude, soeur de Sichilde. C'est-à-dire la soeur de la maîtresse de son père... Fils respectueux, il obéit et fit le voyage de trêves à Clichy pour célébrer ses noces avec la gracieuse Gomatrude. Peu formaliste, il vint avec sa maîtresse, une jeune paysanne qu'il avait découverte dans les bois...
Après son mariage, Dagobert retourna en Austrasie avec les deux femmes qui ne tardèrent point à se haïr...
Un jour, excédé par les reproches de la reine, le jeune roi lui donna une paire de gifles et s'en alla combattre les Saxons. Saine occupation qui lui rendit sa belle humeur.

Un an plus tard, Clotaire II mourut et Dagobert devint roi des Francs. Aussitôt, il partit pour la résidence royale de Clichy, accompagné de Gomatrude (sa maîtresse était morte en couches quelque temps auparavant). Saint Eloi, orfèvre et monétaire de son père, l'accueillit avec des larmes de joie.
- Oh ! mon roi ! s'exclama-t-il.
Etranglé par l'émotion, il ne put en dire davantage.
A Clichy, se trouvait un demi-frère de Dagobert, Caribert, que Clotaire II avait eu de Sichilde. Craignant que Caribert n'ait des vues sur l'héritage royal, le nouveau souverain pensa à le faire tuer, comme il était de coutume dans la famille Mérovée lorsqu'un parent gênait.
Découragé dans son dessein par saint Eloi et son ministre Dadon (le futur saint Ouen), il envoya Caribert à Toulouse avec le titre de roi d'Aquitaine. Mais redoutant de détruire ainsi l'unité du royaume Franc, il le fera tuer quelques années plus tard par un ami sûr.
A vingt-six ans, Dagobert se sentit du dégoût pour la reine. Il s'en ouvrit à saint Eloi qui soupira :
- Oh ! mon roi !...
Mais il y avait cette fois, dans le ton, quelque chose de réprobateur.
- Je suis le maître, dit Dagobert furieux. Et puis j'ai trouvé une autre femme. Elle s'appelle Nanthilde. Je veux l'épouser.

Cette Nanthilde, certains chroniqueurs nous disent que Dagobert l'avait connue à Clichy où elle était la plus belle fille du palais. D'autres historiens nous présentent différemment les choses :
Un jour que Dagobert entendait chanter matines à Reuilly, il aurait été charmé par la voix d'une novice.
- Qu'on me l'amène ! se serait-il écrié.
La supérieure lui aurait alors présenté Nanthilde dont les formes étaient prometteuses.
- Je la veux, aurait dit Dagobert qui ne savait pas cacher ses sentiments.
Et, faisant éloigner les autres novices trop curieuses à son gré, il l'aurait "épousée" sans attendre davantage.
Après quoi, s'étant rhabillé, il aurait ramené Nanthilde à son palais.
Quoiqu'il en soit, Dagobert répudia Gomatrude qui entra au couvent de Neuilly à la place de Nanthilde...

Le jeune souverain qui n'avait qu'un but : maintenir l'unité de son royaume, partit alors avec sa nouvelle épouse faire un voyage de propagande chez les Burgondes. Ils furent reçus avec enthousiasme. Dans chaque ville, Dagobert, assis sur un trône d'or fin, ciselé par un des trois orfèvres, disciples de saint Eloi, rendait la justice. Naturellement cet amour de l'équité le poussait à châtier les traîtres. Mais il le faisait de façon tout à vait personnelle, on va le voir :
Lorsqu'un de ses hommes l'avait trompé, ou lorsqu'il apprenait qu'une de ses comtes tramait quelque complot, il faisait venir le coupable, lui assurant qu'on ne toucherait pas un cheveu de sa tête. L'autre, mis en confiance, arrivait et se prosternait devant le roi.
- Mets-toi à genoux, disait Dagobert, et demande-moi pardon. Après qui il ne sera plus jamais question de cette affaire entre nous...
Le coupable, ravi d'en être quitte à si bon compte, s'agenouillait et baissait la tête. Alors, Dagobert faisait un léger signe et un de ses gares, un colosse nommé Berthaire, s'approchait sans bruit et, d'un seul coup d'épée, tranchait la tête du traître.
Or, l'habileté de Berthaire était si grande que son épée atteignait le cou sans qu'un seul cheveu fût touché...
Et Dagobert était heureux d'avoir tenu sa parole.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8789
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: LA VIE LIBERTINE DU ROI DAGOBERT   Jeu 11 Déc - 0:45

Puis il arriva qu'un jour, le souverain qui allait avoir trente-deux ans, se sentit un goût moins vif pour la reine Nanthilde.
Il enleva la fille d'un cardeur de laine de Senlis, une jeune blonde nommée Ragnétrude, et l'installa au palais royal dans une chambre somptueuse.
Après avoir embrassé courtoisement la reine et dévoré un gigot entier, il alla rejoindre la jeune fille avec quelques provisions de bouche.
- Qu'on ne nous dérange sous aucun prétexte ! hurla-t-il.
Et il vérrouilla la porte.
On ne le revit que trois jours plus tard.


Indulgente aux faiblesses des rois, Nanthilde cacha sa peine. Elle se montra même gentille avec Ragnétrude, ce qui fit plaisir à Dagobert. Aussi, pour la remercier, décida-t-il d'aller une nuit sur deux coucher avec elle....
Cette petite organisation ne tarda pas à porter ses fruits : un jour, Ragnétrude mit au monde un fils qu'on nomma Sigebert.
Puis, ce fut le tour de Nanthilde, qui donna le jour à un garçon qu'on baptisa Clovis, comme son aïeul.
Ravi de voir combien ses affaires étaient prospères, Dagobert installa alors une troisième concubine au palais royal. Une nommé Berchilde.
Pour réussir cet exploit, il avait dû vaincre l'hostilité de saint Eloi qui lui disait une fois de plus, avec colère :
- Oh ! mon roi !

En effet, Berchilde était en puissance d'époux.
Comme Dagobert, en bon chrétien, ne voulait pas commettre le péché d'adultère avec une femme mariée, il fit bientôt tuer le mari gênant. Dès lors, la conscience tranquille, il entra dans la couche de Berchilde et y demeura cinq jour pleins. Après quoi, il s'en fut à la chasse, et dit, paraît-il, à ses amis :
- Maintenant, je la connais comme ma poche !
Ce qui parut bien gaulois pour un Franc...

Enfin, en 638, Dagobert, âgé alors de trente-six ans, usé par la débauche et les fatigues de la guerre, fut emporté par une mauvaise fièvre. Il mourut sans prononcer un mot. Car la légende est fausse, qui veut que le roi Dagobert se soit écrié sur son lit de mort :
- Il n'est si bonne compagnie qui ne se quitte. Adieu !...

Devant une existence pareille, comment ne pas être pris de pitié pour le compte d'Estournel, auteur de la vieille chanson du roi Dagober qui se contenta, pour ses couplets, d'une histoire de culotte ? Quelle belle chanson gaillarde il eût pu faire... Les petites filles ne la chanteraient peut-être pas, mais tous les étudiants la connaîtraient...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
LA VIE LIBERTINE DU ROI DAGOBERT
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Caricature
» Bon Mercredi
» Les sablonnières de Fontenay : Approche historico-géologique

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Mosaïque :: Bibliothèque :: HISTOIRE D'AMOUR DE ...-
Sauter vers: