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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 AU TEMPS DE L'AIGLON

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epistophélès



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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Sam 30 Mar - 17:50

De retour à Paris, l'empereur put se croire un moment le grand Napoléon, dont il copiait les manières depuis sept ans. Il rentrait auréolé de gloire militaire et retrouvait une favorite nommée Walewska...
Depuis le départ de Virginia, le souverain était, en effet, l'amant de la ravissante Marie-Anne de Ricci, l'épouse de ce comte Walewski que Napoléon avait conçu près de Schoenbrun, au cours d'une nuit avec son amie polonaise...
La jeune femme l'accueillit joyeusement et, dès le lendemain, en voiture fermée, elle allait le retrouver dans la garçonnière qu'il avait louée rue du Bac pour y cacher ses fredaines.

Tant de précautions étaient superflues : la Cour connaissait tout de la nouvelle liaison, l'impératrice n'en ignorait aucun détail et le comte Walewski fermait les yeux pour conserver le portefeuille des Affaires étrangères.


(Le général Ricard écrit : "A Fontainebleau, l'Empereur a fait construire un petit escalier qui va de sa chambre à l'alcôve de la chambre de Mme W... La chambre de M. W... communique pourtant avec celle de sa femme. Le mari est probablement sourd et ne visite pas son épouse.")

La complaisance sans limites du ministre fut révélée par M. de Chaumont-Quitry un soir, à Compiègne. Comme on parlait de la favorite, la princesse Mathilde s'écria :

- Mme Walewska est une véritable petite rouée qui a su, tout en couchant avec l'empereur, se faire une amie de l'impératrice ; mais elle a une peur bleue de son mari et je mettrais ma main au feu que M. Walewski ignore tout...
M. de Chaumont-Quitry riposta aussitôt :

- Votre Altesse impériale est, je crois, dans l'erreur la plus complète; l'ignorance de M. Walewski est une comédie ; je l'ai vu, de mes yeux vu, dans le parc de Villeneuve, tourner la tête et rebrousser chemin lorsqu'il entrevoyait dans une allée l'empereur et sa femme. Mais j'ai vu mieux que cela cette année à Cherbroug. Un matin, M. Waleski et moi, nous nous trouvions dans une pièce qui précède la chambre de l'empereur. Mocquard arrive pour parler au souverain, il ouvre la porte sans frapper, puis recule stupéfait dans mes bras ; par la porte ouverte j'avais pu voir Mme Walewska au bras de l'empereur, et M. Walewski, placé à côté de moi, a dû voir tout ce que j'ai vu...
La princesse Mathilde alors voulut bien admettre que l'empereur montrait parfois une assez grande liberté d'allure, même en chemin de fer :

- Je sais, dit-elle, que l'empereur est très imprudent, qu'il ne se gêne guère et que, l'année dernière, à Compiègne, comme nous étions tous en chemin de fer dans le wagon impérial, divisé en deux compartiments, Mme Hamelin et moi avons été témoins des entraînements amoureux de Sa Majesté pour Mme Walewska... Mme Hamelin et moi étions assises contre la porte battante qui sépare les deux compartiments. L'empereur était seul d'un côté avec Mme Walwska ; l'impératrice, M. Walewski, tout le monde enfin, se trouvait dans l'autre compartiment.
La porte battait par le mouvement même du wagon et nous a permis de voir mon très cher cousin à cheval sur les genoux de Mme Walewska, l'embrassant sur la bouche et plongeant une main dans son sein.

Le comte Horace de Viel-Castel, qui rapporte ces propos dans ses Mémoires ajoute un trait qui achève de nous dépeindre Napoléon III :

"Le soir, après cette conversation, en revenant à Paris, Quitry me disait qui'l avait quelquefois surpris l'empereur en bonne fortune, que, dans ces cas-là, l'empereur le salue et tire sa moustache, que lui en fait autant sans rire, tous deux avec la gravité des chantres entonnant l'Epître, et que tout est dit..."

Mme Walewska n'avait pas plus de pudeur que l'empereur et son comportement laissait parfois à désirer. A ce propos, le même Chaumont-Quitry nous conte cette anecdote significative :

"Cette petite intrigante de Mme Walewska est une si rouée putain que je l'ai surprise un jour à deux pouces d'une langue fourrée avec Fould..."


La liaison de Napoléon III et de Mme Walewska dura près de deux ans pendant lesquels la favorite reçut des cadeaux somptueux et fit accorder à son mari des "faveurs d'argent" inouïes.
Les libéralités du souverain firent d'ailleurs jaser les braves gens et, un jour, le maréchal Vaillant traduisit la pensée général en une phrase d'une crudité toute militaire.
C'était à Pierrefonds. Mme Walewska admirait un lézard-gargouille qui venait d'être placé dans la partie restaurée du château :

- C'est très bien exécuté, dit-elle ; mais voilà une conduite d'eau qui doit coûter cher !...
- Moins que la vôtre ! répliqua le maréchal Vaillant.

Ce qui n'était pas du meilleur goût, mais avait du moins l'avantage d'être compris de tout le monde
.
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epistophélès



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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Sam 30 Mar - 20:59

SCANDALE EN EUROPE, L'IMPERATRICE EUGENIE FAIT UNE FUGUE


Ce ne fut qu'un éclat de rire de Londres à Saint Petersbourg. - Dr CABANES -


Sa liaison avec Mme Walewska n'empêchait pas Napoléon III de continuer à s'intéresser à des rondeurs plus plébéiennes.
Connaissant les goûts du souverain, Bacciochi invitait dans la garçonnière de la rue du Bac de ravissantes danseuses, chez qui la légèreté de la cuisse n'était pas due uniquement à la pratique du jeté-battu ou de l'entrechat...
L'empereur venait alors prendre avec ces jeunes femmes des distractions qui, nous dit le docteur Breille, "lui décongestionnaient heureusement le cerveau".
Oeuvre utile, si l'on en croit un auteur du XVIe siècle qui écrivait : "Les souverains et hommes publics qui s'échauffent le sang et s'alourdissent le cerveau dans la conduite des affaires de l'Etat, doivent recourir souvent à l'amour physique pour se clarifier l'esprit et rendre celui-ci plus propre aux intrigues de cour et autres procédés de gouvernement."
L'auteur ajoute :"L'acte amoureux, s'il est accompli avec une femme ardente, avisée et gracieuse, permet de chasser les humeurs peccantes qui se forment dans le corps et risquent d'obscurcir l'entendement." (PIERRE DE VIVET, L'Amour et le corps humain.)


Napoléon III n'avait pas à craindre de tels désagréments. Plusieurs fois par semaine, de jeunes ballerines au sang vif venaient l'aider avec gentillesse et ingéniosité à clarifier son esprit, pour le plus grand bien des affaires de l'Etat...
Ces demoiselles n'étaient pas toujours conviées dans la garçonnière de la rue du Bac. Parfois, l'empereur les faisait venir dans l'appartement secret qu'il avait fait aménager aux Tuileries.
Hélas ! dans sa hâte de chasser ses humeurs peccantes, le souverain ne prenait pas toujours la précaution de tirer le verrou.

Un soir de novembre 1860, l'impératrice, descendue à l'improviste, ouvrit la porte du petit cabinet où elle savait que son époux se retirait souvent pour lire d'austères traités de balistique, et poussa un cri :
Napoléon III, en compagnie d'une jeune femme complètement déshabillée, était en train de se livrer à une occupation qui n'avait rien de spécifiquement militaire...
C'était la première fois qu'Eugénie prenait l'empereur en flagrant délit d'adultère. Elle referma la porte et remonta dans sa chambre en pleurant.
Napoléon, tout penaud d'avoir été découvert, "répara vivement le désordre de sa toilette, salua la demoiselle qui, pour se donner une contenance, avait éclaté en sanglots, et courut rejoindre l'impératrice". (AMEDEE PRADIER, Les Secrets des Tuileries.)

Il y eut alors une scène terrible. Mêlant le français à l'espagnol, Eugénie injuriait le souverain qui baissait son gros nez. Finalement, l'impératrice annonça qu'elle ne se rendrait pas à Compiègne et qu'elle allait faire un voyage à l'étranger.
Cette fois, Napoléon III fut atterré. D'une voix tremblante, il essaya de démontrer qu'un tel déplacement était maladroit, que l'opposition ne manquerait pas d'en tirer des conclusions fort désobligeante et que toutes les cours d'Europe allaient s'amuser à leurs dépens...

Ces arguments n'eurent aucun effet. Quelques jours plus tard, accompagnée de quatre personnes seulement, Eugénie partit pour l'Ecosse.

Pendant près d'un mois, le coeur triste, elle parcourut sous la pluie le plus mélancolique des pays.
On la vit à Carlisle, à Holyrood, à Glasgow et dans les lochs où dansaient d'étranges brouillards.
Elle se faisait appeler comtesse de Pierrefonds.
Les autorités respectaient son incognito ; mais l'Europe, comme l'avait prévu Napoléon III, s'étonnait de cette fugue. Jamais encore une impératrice n'avait, dans l'histoire du monde, quitté le domicile conjugal...

Au début de décembre, Eugénie revint à Paris. Son chagrin s'était apaisé. Pourtant, elle n'eut plus pour l'empereur, les élans qu'elle avait jadis. Parfois, elle le regardait d'un oeil fixe, et les habitués de la Cour disaient alors que "Sa Majesté l'impératrice considérait dans son souvenir des images bien peu agréables"... (IMBERT DE SAINT-AMAND, L'Impératrice Eugénie.)
Napoléon III n'aimait pas du tout ce genre de regard. Il regrettait l'heureux temps de liberté qu'il avait connu pendant la campagne d'Italie.
Et certains soirs, devant l'impératrice renfrognée, il rêvait d'une belle guerre qui l'éloignerait pendant quelques mois du Palais des Tuileries. Un familier de la cour put alors noter sur ses carnets : "Il serait capable de mettre le feu aux quatre coins de l'Europe pour se soustraire à une scène de ménage..."
C'était vrai.
On le verra ainsi céder à l'impératrice au sujet du pape pour se faire pardonner de nouveaux entretiens amoureux dans la garçonnière de la rue du Bac.
..
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Lun 1 Avr - 17:30

L'hiver, pour fuir l'impératrice, Napoléon III allait parfois patiner sur le lac gelé du bois d Boulogne.
En redingote et chapeau haut de forme, il exécutait de savantes figures au milieu des Parisiens émerveillés et s'amusait, nous dit-on, à imiter, un pied en l'air, la pose du Génie de la Bastille. (On imagine mal, de nos jours le chef de l'Etat allant faire ce genre d'acrobaties sur le lac du bois de Boulogne,, ou même sur le bassin de l'Elysée...)
Avec cette belle désinvolture qui le caractérisait, il donnait souvent des rendez-vous galants sur la glace. On le voyait alors guider de charmantes demoiselles sur leurs patins. La plus remarquée fut Miss Sniell, une très jolie Anglaise qui savait tomber, raconte M. de Fleury, "en donnant au public le plus ravissant et le plus impudique des spectacles".

Un jour de janvier 1863, Eugénie accompagna l'empereur. Tous deux virevoltaient depuis quelques instants lorsqu'une jeune femme emmitouflée d'hermine et bottée de cuir rouge s'élança sur la galce et se livra à une série d'extraordinaires évolutions.
L'empereur s'arrêta, intrigué :

- Qui est-ce ?

Le prince Joachim Murat sourit :

- Une Américaine, sire, Mrs Moulton.
- Elle est ravissante... J'aimerais la complimenter...

Le prince Murat alla, d'une glissade savante, rejoindre la gracieuse patineuse. Napoléon le suivit.
Il arriva, rapporte Lillie Moulton, "hors d'haleine et soufflant comme une locomotive".
L'Américaine fit une révérence. L'empereur la releva :

- Mes compliments, Madame. Vous patinez à merveille ! ...

Mrs Moulton, rougissante, expliqua qu'elle s'adonnait à ce sport depuis son enfance.
Napoléon III bondit sur l'occasion qui s'offrait :

- Il faut, en effet, avoir commencé très tôt pour atteindre à cette perfection. Oserais-je demander à une aussi brillante patineuse de guider sur la glace l'humble patineur que je suis ?...

Mrs. Moulton, ravie, répondit qu'elle en serait à jamais honorée. Puis, elle prit l'emepreur par la main et l'entraîna dans une course folle devant la cour stupéfaite et l'impératrice fort pincée.
A certain moment, le chapeau impérial s'envola et alla rouler sur la glace. Mrs Moulton, en une pirouette élégante, s'en saisit et le tendit au souverain.
L'instant d'après, tous deux, bras dessus bras dessous, atteignaient la berge. La cour applaudit et quelques dames particulièrement venimeuses se tournèrent vers l'impératrie. Elles furent ébahies :
Eugénie, maintenant, souriait.
On n'allait pas tarder à en connaître la raison...

Le lendemain, tout Paris était au courant de la rencontre de l'empereur. Et les gens bien renseignés se racontaient que Mrs Moulton, née Lillie Greenought, vingt ans plus tôt, à Boston, était la femme de Charles Moulton, fils d'un richissime banquier américain installé en France dès le règne de Louis-Philippe. On précisait qu'elle habitait un délicieux hôtel, rue de Courcelles, et qu'elle était cantatrice.
C'était vrai : Lillie chantait. Elève de Manuel Garcia - le frère de la Malibran - elle possédait une voix qui , d'après les spécialistes du temps, avait la "rondeur et la coloration des plus ravissantes perles". Et les familiers de la cour disaient malicieusement que l'empereur allait être ravi "de connaître un aussi bel organe"...

Mais Eugénie avait son plan.
Quelques jours plus tard, Lillie Moulton fut invitée aux Tuileries. Napoléon III, croyant que l'impératrice avait décidé de se montrer désormais compréhensive, "fit le beau" en pétrissant sa barbiche, et bredouilla quelques compliments éculés.
Or, au moment où son oeil vitreux semblait pris de vertige devant le décolleté impressionnant de la jeune Américaine, Eugénie apparut, souriante :

- Voulez-vous m'accompagner, madame Moulton ?

La cantatrice salua l'empereur et suivit la souveraine jusqu'à l'extrémité du salon.
Là, brillant, élégant, spirituel, le duc de Morny contait les derniers potins parisiens devant un groupe d'auditeurs charmés.
Mrs. Moulton fut immédiatement séduite.

"Il lui sembla soudain, nous dit Lambert, qu'elle se trouvait devant un personnage dont elle ne connaissait que la caricature". (En effet, Napoléon III était un vivant portrait-charge de son demi-frère.)

Le duc de Morny s'inclina et plongea son regard de séducteur dans celui de Lillie, qui rougit.

- J'aimerais beaucoup vous entendre chanter, madame.
- Quand vous voudrez...

Cela s'engageait bien.
Eugénie, rassurée, alla rejoindre l'empereur qui, pour lors, marchait en crabe, selon son habitude, au milieu des invités.
Quelques semaines plus tard, l'impératrice ap
pprenait que le duc de Morny était devenu l'amant de la sémillante Américaine. Son plan avait réussi...
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mar 2 Avr - 17:21

Naturellement, la souveraine ne pouvait pas aiguiller toutes les jolies femmes vers le lit de son demi beau-frère. Malgré sa vigilance, certaines parvenaient jusqu'à la garçonnière de la rue du Bac. C'est ainsi qu'au printemps de 1863, l'une des plus célèbres courtisanes de Paris vint, à plusieurs reprises, s'y faire donner ce qu'on appelait l' "obole impériale".
Elle était, depuis quelques années, marquise de Païva, éblouissait la capitale par un luxe tapageur et vivait dans un des plus beaux hôtels des Champs-Elysées. (Cet hôtel existe toujours. Il se trouve au 25, avenue des Champs-Elysées)
Ses débuts avaient été plus modestes. Thérèse Lachmann était née dans un ghetto de Pologne.
A seize ans, elle avait épousé un petit tailleur français, Antonin Villoing. Elle avait alors échangé pour la première fois ses haillons contre une vraie robe.
Puis elle était allée mener une vie galante dans les bas quartiers de Constantinople, de Londres et de Berlin, avant d'échouer, en 1841, à Paris.

Là, elle avait fait le trottoir, animée par la folle ambition de devenir un jour l'une des reines de Paris.
Le ciel devait curieusement l'aider...
Un soir qu'elle était assise sur un banc des Champs-Elysées, guettant le client devant une masure, elle avait fait une rencontre déterminante. Ecoutons-la nous conter elle-même ce souvenir.

- Sur ce banc, j'étais, un soir, assise ; pas un sou dans mes poches ; à peine une croûte de pain. Aux pieds, des souliers troués qui prenaient l'eau à la plus légère averse. Sur le dos, un chiffon rapiécé vingt fois. Je ne connaissais personne. Je restais là, regardant passer les calèches. Sans envie, parc que je savais qu'un temps viendrait où je roulerais, moi aussi, en calèche et couverte de diamants. Oui, je savais cela, mais je ne savais pas où je coucherais cette nuit-là, ni comment je mangerais le lendemain. Un homme, à la nuit tombante, vint s'asseoir auprès de moi. C'était Henri Herz, le pianiste. Il n'était pas riche, il était gauche, il me parla doucement, il ne voyait pas, dans l'obscurité grandissante, mes sales nippes, ni mes cheveux dépeignés, ni la maigreur de mes épaules. Il fut bon pour moi. Je ne l'ai pas oublié. Je me suis juré, cette nuit-là, que, lorsque je serais riche, lorsque j'aurais conquis Paris, je ferais élever un palais à la place de la masure qui m'avait vue à demi nue, le ventre torturé par la faim.

Or, dix ans plus tard Thérèse, qui était devenue marquise de Païva (elle avait épousé, en 1851, le marquis Ajauro de Païva, cousin du ministre du Portugal à Paris) - Dès demain, vééé faire le trottoir à Paris .... tongue -, avait reçu, au même endroit, un autre signe de la bienveillance des dieux. Elle revenait du Bois en calèche avec Arsène Houssaye.
Ses bras, ses mains, ses chevilles étaient couverts de bijoux. Désignant la masure à l'écrivain elle avait dit :

- Regardez cette petite maison. Un jour, là, je me suis fait une promesse.

Puis, elle s'était laissé aller à conter son histoire. Après quoi, elle avait demandé :

- Savez-vous à qui est cette bicoque ?

Houssaye avait alors éclaté de rire :

- A moi !
- Ne plaisantez pas !
- Je ne plaisante pas. C'est une ébouriffante coïncidence : j'ai acheté terrain et bicoque, hier soir, à Emile Pereire...
- C'est extraordinaire !... Ecoutez ! Je ne veux pas savoir combien vous avez payé le tout ; je vous en donne le double. Il me faut ce terrain ! Il m'est promis depuis dix ans. Je l'ai toujours considéré comme étant à moi !
- Je l'ai payé deux cent mille francs, avait dit Houssaye, il est à vous pour le même prix. C'est une trop belle histoire pour que je veuille y gagner un sou !


La Païva avait embrassé l'écrivain.

- Je me souviendrai de votre geste. Et, vous savez, je suis "homme de parole". Quand je dis quelque chose, c'est du solide. Si jamais vous avez besoin de moi... (Cette histoire se trouve dans les Souvenirs d'un demi-siècle, d'Arsène Houssaye. Elle a été certainement très enjolivée par l'écrivain...)

En 1856, l'hôtel de la Païva avait commencé à sortir de terre et tout Paris s'était amusé d'un mot d'Edmond About. Quelqu'un lui ayant demandé où en étaient les travaux, l'écrivain avait répondu :

- Oh ! L'hôtel de la Païva est presque terminé... Il y a déjà le trottoir...

La liaison de l'empereur avec cette courtisane de haute volée dura peu. Le jour où elle comprit qu'elle ne serait jamais reçue aux Tuileries, Thérèse cessa de venir rue du Bac. Napoléon ne la regretta pas.
Plus tard, il dira :

- Elle ne parlait que du prix de ses meubles !

Cette fois encore, Eugénie poussa un soupir. Elle ne se doutait pas qu'une femme beaucoup plus dangereuse allait entrer bientôt dans la vie de l'empereur.
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epistophélès



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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mar 2 Avr - 19:27

L'EMPEREUR DES FRANCAIS DEVIENT L'AMANT DE "DE MARGOT LA RIGOLEUSE"


Il aimait le peuple et savait le lui prouver. - ANTOINE FILON -



LE 16 juin, malgré l'orage qui menaçait Saint-Cloud, l'empereur partit faire un tour en calèche.
Soudain, un énorme coup de tonnerre éclata, et tout aussitôt une pluie diluvienne s'abattit sur le parc.
Les promeneurs coururent se réfugier sous les arbres. Une ravissante jeune femme, que l'averse avait surprise alors qu'elle traversait un carrefour fort découvert, était blottie au pied d'un chêne, la robe collée contre le corps, les cheveux dégoulinant, les chaussures pleines d'eau.
Elle attendait en frissonnant la fin de l'orage lorsqu'une voiture aux armes impériales apparut dans l'allée. C'était l'empereur qui rentrait.
La jeune femme s'inclina respectueusement.
Quelque chose d'assez extraordinaire alors de passa : de la calèche, une couverture jaillit et vint tomber dans la boue aux pieds de la belle promeneuse.
Napoléon III avait eu, nous disent les historiens du temps, "une inspiration de galant homme".

Voulant juger de l'effet produit, il se pencha un instant hors de la capote ruisselante et sourit : la jeune femme, toujours immobile sous son arbre, semblait stupéfaite.
Quand la calèche eut disparu, elle ramassa le plaid, s'en couvrit la tête et les épaules, et rentra chez elle.
Le destin venait de mettre sur le chemin de l'empereur l'une des amoureuses les plus ardentes et les plus expérimentées de son siècle.


Elle se nommait Julie Leboeuf, mais se faisait appeler Marguerite Bellanger. C'était une fille assez grande, mince, blonde, fort drôle, dont les mots, nous dit-on, "étaient des cabrioles". Son goût pour la plaisanterie l'avait fait surnommer par ses amants "Margot la Rigoleuse". Elle avait, nous dit Marie Colombier, "ce charme" peuple "si provocant qui ravit les grands heureux de s'encanailler".
Douée d'une extrême souplesse, elle s'amusait, ajoute un de ses biographes, "à entrer dans les salons sur les mains, à la stupéfaction des dames, mais au ravissement des messieurs qui admiraient les plus belles jambes du monde".

Elle était née en 1839 à Saint-Lambert, un petit bourg du Maine. En 1856, elle avait quitté son village pour Nantes où, après avoir une une bonne dizaine d'amants, elle avait acquis une solide technique amoureuse dans le lit d'un président du tribunal.
Ayant ainsi fait son apprentissage, elle était venue à Paris où, naturellement, l'art dramatique l'avait attirée. Elle était entrée dans la troupe d'un minuscule théâtre de la rue de la Tour-d'Auvergne. Hélas, ses débuts n'avaient pas été très brillants. Ecoutons Frédéric Lolliée qui en tenait le récit de Ludovic Halévy :


"Elle avait eu l'ambition de jouer Mademoiselle de Belle-Isle, tout comme Mme Arnould-Plessy. Elle devait y paraître, ce soir-là, en même temps qu'une femme rendue célèbre par le détournement d'un mineur, un mineur de dix-sept ans, le jeune Brousse, qui, après s'être laissé séduire sans résistance, fut réclamé par sa famille, s'assagit, devint sur le tard un homme grave et fonda les prix d'Académie.
"Armée d'un beau courage, et d'ailleurs jolie comme un coeur, Marguerite entra en scène. Elle manquait évidemment de préparation. Elle parut gauche ; et les amateurs de céans commencèrent à manifester leur opinion d'une manière indiscrète.
Les murmures grossissaient jusqu'au tapage. Elle ne s'obstina point mais, arrêtant les frais du dialogue sur un dernier mot au public : "Zut" ! elle ramassa ses jupes et quitta la scène.
"Ces façons lestes n'étaient pas pour ramener le calme dans les esprits. L'assistance, qu'on laissait là sans pièce et sans acteurs, poussait des cris aigus.
Le directeur Boudeville était dans la désolation et conjurait Meilhac de ramener la fugitive.
" - C'est une affaire très ennuyeuse, soupirait-il, et, ce qui est plus désagréable encore, c'est que nous allons être obligés de rendre l'argent !... Voyons, mon cher monsieur Meilhac, vous avez de l'autorité sur cette capricieuse. Décidez-la donc à revenir !...
"Meilhac ne dit pas non, va retrouver Marguerite Bellanger dans la coulisse, lui fait valoir de bonnes raisons , et n'obtient, malgré tout, aucun succès de son ambassade.

- Je joue pour m'amuser, répliquait-elle. Je ne veux pas qu'on m'ennuie ! Et puis, j'en ai assez !

"Les gens, au-dedans, continuaient leur vacarme.
On avait éteint le gaz en la salle. N'importe, ils réclamaient encore à pleine voix, au milieu de l'obscurité.
Il fallut cependant qu'ils s'en allassent. Et ce fut l'unique représentation de Mlle Bellanger."
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JEAN



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MessageSujet: Re: AU TEMPS DE L'AIGLON   Jeu 4 Avr - 15:49

study
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epistophélès



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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Dim 7 Avr - 14:05

Pfffffffff ! Quelle impatience, JEAN !... tongue
Mais merci de ton intérêt ! ........ Very Happy Wink


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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Dim 7 Avr - 14:37

C'était donc cette joyeuse cocodette, sémillante et incongrue, qui avait reçu, non pas le mouchoir comme au temps de Louis XV, mais la couverture impériale.
Marguerite, rentrée chez elle, se fit un bol de vin chaud et se coucha sous le plaid orné d'un "N"...
Le lendemain matin, sa résolution était prise. Elle s'habilla, fit un paquet de la couverture et se rendit à Saint-Cloud.

- Je viens solliciter une audience de Sa Majesté, dit-elle à la garde.

Un aide de camp vint s'entretenir avec elle, puis se rendit auprès de l'empereur.

- Majesté, une jeune femme sollicite une audience...

Napoléon III haussa les épaules :

- Que veut-elle ?
- Elle déclare qu'elle a un paquet à remettre en mains propres à Votre Majesté.
- Comment est cette femme ?
- Elle est jeune, blonde, et assez jolie...
- Faites-la entrer.

Quelques instants plus tard, Margot la Rigoleuse pénétrait dans le cabinet impérial, son paquet sous le bras. Après une révérence, elle dit sans se troubler :

- Sire, je viens rendre à César ce qui est à César. Il s'agit d'une couverture que Votre Majesté a eu la bonté de me prêter hier...

Napoléon III sourit :

- Vous étiez transie...

Puis il s'inquiéta de sa santé et finit par la prendre familièrement par l'épaule.
Marguerite se serra contre lui. Sentant que l'empereur était envahi par un grand trouble, elle se permit, nous dit Alphonse de Tréville, "quelques mouvements d'une savante lascivité". Le front impérial s'empourpra. Alors la jeune femme poussa Napoléon dans un fauteuil et s'assit sur ses genoux.

- Voici donc, dit-elle en riant, ces fameuses moustaches qui font trembler l'Europe...

Le souverain l'embrassa, puis la conduisit sur un sopha où il se laissa guider seulement par la nature.
Une heure plus tard, les jambes flageolantes, l'oeil vitreux, il la reconduisait à la porte. Elle était radieuse.

- Adieu, cher Seigneur, lui dit-elle. (C'est ainsi que, pendant les deux ans que dura leur liaison, Margot appela Napoléon III.)

L'empereur des Français venait de bénéficier des bonnes leçons données jadis à Margot par le président du Tribunal de Nantes...

On dit que le manteau de vison était la Légion d'honneur des femmes.
Au XIXe siècle, les demi-mondaines ne se contentaient pas d'une fourrure pour signaler leur réussite.
Il leur fallait posséder un hôtel particulier et un bel attelage.
Aussi, quelques jours après sa première visite à Saint-Cloud, Marguerite Bellanger quittait-elle son petit appartement de la rue Boccador pour aller s'installer, rue des Vignes à Passy, dans un ravissant hôtel que Napoléon III venait de lui offrir.

Pendant un mois, le souverain se rendit régulièrement dans cette maison pour y prendre, en compagnie de la cocodette, un plaisir illicite, fatigant, mais bien agréable.
Il y contracta bientôt des habitudes. En arrivant, il s'asseyait dans un grand fauteuil, buvait un verre de sirop de menthe et jouait avec l'épagneul de Margot. Après quoi, il entraînait la jeune femme vers la chambre où un grand lit frais les accueillait. (I)


(I) Un jour, ils se retrouvèrent dans un petit pavillon de chasse, près de Saint-Cloud. Comme l'empereur, peu empressé, contemplait la forêt, elle lui dit :

- Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Vous n'êtes pas venu ici pour enfiler des perles... A moins que je ne sois la perle, ajouta-t-elle avec un gros rire.
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epistophélès



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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Lun 8 Avr - 16:35

Au mois de juillet, Napoléon III annonça qu'il partait faire sa cure à Vichy.
Marguerite s'assit sur les genoux impériaux :

- Emmenez-moi ! ...

Le monarque commença par refuser :

- Impossible ! ... L'impératrice sera avec moi.
Votre présence à Vichy risquerait de provoquer des drames. Je n'ai pas besoin de ce genre de soucis en ce moment ! ...

Margot savait que les nouvelles de l'expédition du Mexique n'étaient pas très bonnes. Elle insista pourtant :

- Cher Seigneur, vous n'avez rien à craindre. Personne ne saura que je vous ai suivi. Je serai très sage ! ...

Puis elle fit valoir au "cher Seigneur" qu'entre deux verres d'eau minérale, il aurait ainsi la possibilité de jouer avec elle au "tire-bouchon auvergnat"...

Cette fois, Napoléon III réfléchit (I).

- Eh bien, soit ! Tu viendras ! ...

La jeune femme l'embrassa.

Le 16 juillet, l'empereur et l'impératrice arrivaient à Vichy et s'installaient dans le chalet du parc qui leur était réservé.
Le 18, Margot débarquait à son tour et louait une chambre dans un hôtel.
Pendant quelques jours, tout se passa sans incident ; mais un soir que l'empereur se promenait au bras d'Eugénie place Rosalie (aujourd'hui place de l'Hôpital), un bel épagneul noir s'élança vers lui en aboyant joyeusement. C'était le chien de Margot.
La pauvre, très ennuyée (mon oeil tongue ), faisait des signes désespérés à l'animal qui continuait de manifester son affection en léchant les mains de l'empereur.
L'impératrice dit simplement :

- Ce chien semble vraiment bien vous connaître ! ...


Puis, dans un regard pour sa rivale, elle lâcha le bras du souverain et regagna seule ses appartements.
Penaud, Napoléon III la suivit. Un quart d'heure plus tard, la résidence impériale était le théâtre d'une scène épouvantable. Tour à tour en français et en espagnol, selon son habitude, Eugénie hurlait à l'adresse de Margot des insultes rares et fort désobligeantes.
Napoléon III voulut calmer l'impératrice. Il s'y prit mal :

- Je ne te comprends pas, ma bonne Ugénie, dit-il tendrement. Pourquoi montrer tant de sévérité aujourd'hui pour Mlle Bellanger ? Tu acceptais bien, hier encore, mes bêtises avec Mme V...

La souveraine bondit :

- Comment ? Mme V... était aussi votre maîtresse ?...

L'empereur comprit qu'il venait de commettre une grosse gaffe. Il baissa le nez.

- Je l'ignorais, reprit Eugénie. Mon Dieu, oui, je l'ignorais. Voici la première fois que j'apprends une de vos infidélités de votre propre bouche ! ...

Le soir même, elle quitta Vichy et rentra à Saint-Cloud.


Le départ de l'impératrice causa une vive surprise et l'on se demanda quel drame couvait encore dans le ménage impérial. Des valets indiscrets se chargèrent de répondre aux questions que se posaient les baigneurs. Tout Vichy sut bientôt, en effet, que, libéré de la présence de son épouse, l'empereur faisait venir, presque chaque soir, Marguerite Bellanger dans son chalet.

Au mois d'août, Marguerite suivit Napoléon III à Plombières. En septembre, elle était avec lui à Biarritz où, d'ailleurs, il la trompa. Obligé pendant plus d'un mois d'honorer deux femmes particulièrement ardentes, le souverain qui, à cinquante-cinq ans, était presque gâteux, eut une alerte dont s'inquiéta son entourage. Ecoutons Viel-Castel :

"L'empereur a eu à Biarritz une nouvelle maîtresse ; c'est une femme jeune, élégante, et très excellente écuyère qui vit maritalement, m'a-t-on dit, avec un Belge qui prête les mains à ce commerce.
"Or, en revenant de chez M. Fould, l'empereur a couché avec ladite dame et y a pris tant de plaisir que le lendemain, à déjeuner, soit fatigue, soit tout autre chose, il s'est trouvé mal et qu'il a eu même, quelques heures plus tard, une seconde faiblesse..."


En novembre, Napoléon III revint aux Tuileries et Margot à Passy.
Tous les jours, vers quatre heures de l'après-midi, le souverain allait retrouver la favorite. En le voyant monter dans son coupé privé, les familiers de la Cour hochaient la tête :

- L'empereur, disaient-ils, va chez son confesseur !...

Et, pour ceux qui semblaient ne pas comprendre, on ajoutait :

- Oui, Sa Majesté se rend chez l'abbé... Langer! ...

Cette plaisanterie amusa les Parisiens tout l'hiver.

Heureuse époque ! ...


(I) Dans ce cas-là, nous dit-on, il penchait d'abord la tête de côté, ce qui le faisait ressembler à "un perroquet ayant avalé de travers", puis il tirait ses moustaches en avant et se donnait ainsi l'air d'une grosse écrevisse...
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Lun 8 Avr - 17:29

Au mois de novembre, un bruit courut la capitale : on se chuchotait de bouche à oreille que la maîtresse de l'empereur était enceinte. En effet, la taille de la demoiselle s'arrondissait visiblement.
Au mois de janvier, Marguerite cessa de sortir et, le 24 février 1864, on apprit qu'elle avait mis au monde un garçon baptisé Charles, que trois personnes - des familiers de la princesse Mathilde - avaient déclaré à la mairie du 8e arrondissement "né de parents inconnus"...

Personne ne fut dupe, naturellement, et l'on attribua la paternité de ce petit Charles à Napoléon III.

- "Margot la Rigoleuse" a donné un petit frère au prince impérial et aux enfants de La Sabotière, disaient les Parisiens en clignant de l'oeil.

Leurs plaisanteries furent interrompues au mois d'avril, lorsque des gens bien informés affirmèrent que, si l'enfant avait bien l'empereur pour père, il n'était pas de Marguerite Bellanger...
Alors, qui était sa mère ?... Et pourquoi cette mystification ?


Une explication circula bientôt dans les milieux de l'opposition. La voici rapportée par Lambert dans une brochure publiée en 1871 :

"En 1863, Napoléon III manifesta le désir de goûter aux charmes un peu acides d'une vierge.
Aussitôt, des amis obligeants - que ne ferait-on pas pour plaire à une Majesté - se mirent en quête d'une demoiselle jolie, délurée et possédant un papa dévoué aux Bonaparte. Ils ne cherchèrent pas longtemps : cet oiseau rare se trouvait à portée de la main. Il s'agissait de Mlle Valentine Haussmann, fille cadette du préfet démolisseur. Cette jeune personne avait quinze ans.
Elle était ravissante, précoce et peu farouche. De plus, son père n'avait rien à refuser à l'empereur.
"Valentine fut donc conduite un jour rue du Bac où elle eut l'honneur d'être dévirginisée par le fils de la reine Hortense.
"Hélas ! quelques mois plus tard, la demoiselle s'aperçut qu'elle allait être mère. Elle en informa Napoléon III qui trembla. Quel scandale, en effet, dans toute l'Europe, si l'on apprenait que l'empereur des Français avait donné un enfant à une fillette de quinze ans!... Il fallait au plus vite préparer une substitution permettant de mettre hors de cause la maladroite Rolling Eyes Valentine.
"L'évadé du fort de Ham eut alors l'idée de demander à sa maîtresse du moment, Marguerite Bellanger, de faire semblant d'être enceinte. La jeune femme accepta et, pendant que la fille du baron Haussmann cachait sous une crinoline l'arrondi de son petit ventre, Margot, au contraire, s'entourait de tissu, de bandages et de coussins de plus en plus volumineux pour faire illusion.
"Cette comédie s'acheva le 24 février lorsque le médecin se présenta chez Marguerite Bellanger , rue des Vignes, les bras chargés d'un gros paquet entouré de linges. Après avoir franchi la porte de la chambre où la jeune femme était couchée, il lui dit :

" - Ca y est !... Voilà l'enfant. Criez !


"Obéissante, Margot poussa des hurlements tandis que le bon docteur retirait un nouveau-né du paquet.
"Le lendemain, tout Paris apprenait que l'ancienne cocodette avait mis un enfant au monde. Le baron Haussmann pouvait se promener le front haut. La farce était jouée..."
(Ce fils de l'empereur prit le nom de Charles Leboeuf. Après une vie paisible et obscure, il mourut en 1902.)

Que faut-il penser de cette extravagante histoire qui semble avoir été imaginée par un auteur de roman feuilleton ?
Il est difficile de le dire.
Pourtant, trois faits semblent l'authentifier.

I° Un soir de 1863, au bal des Tuileries, la jeune Valentine Haussmann, ayant, par mégarde, pris la place de Mme Oscar de Vallée, celle-ci dit d'un ton aigre :

- Je vous cède la place, mademoiselle, car l'on voit bien que vous êtes la maîtresse ici !

2° Au mois de janvier 1864 la femme de chambre de Marguerite Bellanger déclara à plusieurs dames de Passy :

- C'est curieux, quand Madame est au lit, elle paraît beaucoup moins grosse que quand elle est debout !...

3° Le 24 février, jour de la naissance, la même domestique raconta que l'accoucheur était venu chez Marguerite avec un paquet volumineux d'où s'échappaient des bruits bizarres :

- J'ai cru qu'il apportait des chiots à Madame !...

Alors ?
Il semble donc bien exact que Napoléon III ait demandé à sa maîtresse de devenir la "mère" du fils qu'il avait donné à Mlle Haussmann...



Bien entendu, l'impératrice qui était "protégée des nouvelles du dehors", comme le dit joliment un mémorialiste, ignora tout de cette machination.
Ravi d'avoir échappé à une série de scènes de ménage, Napoléon III multiplia dès lors ses frasques.
Mal lui en prit. Un jour d'août, il tomba en syncope alors qu'il revenait de chez Margot. Cette fois Eugénie eut peur.
Le lendemain matin, elle appela Mocquard :

- J'ai une course à faire. Je désire que vous m'accompagniez. J'ai commandé le petit coupé.
Quand ils furent assis dans la voiture, elle dit simplement :

- Chez Marguerite Bellanger !

Mocquard fut effaré :

- Quoi ! Majesté !... Nous allons chez cette fille ?
- Oui. J'ai deux mots à lui dire...

Un quart d'heure plus tard, le coupé s'arrêtait devant la maison de Marguerite. Eugénie descendit et sonna. Une femme de chambre ouvrit :

- Je veux voir Mlle Bellanger tout de suite. Je suis l'impératrice !...

Stupéfaite, la domestique fit entrer Eugénie. Au fond du salon Marguerite était étendue sur un divan. Elle se leva d'un bond, mais Eugénie n'attendit pas la révérence :

- Mademoiselle, vous tuez l'empereur, dit-elle.

La cocodette tomba à genoux en pleurant :

- Votre Majesté!... Votre Majesté!...
- Si vous avez quelques respect pour moi et quelque attachement pour l'empereur, reprit Eugénie, vous devrez renoncer à lui et vous ferez en sorte qu'il renonce à vous. Il faut que vous ayez quitté cette maison demain.

Margot promit. Alors, l'impératrice se tourna vers Mocquard :


- Monsieur Mocquard, Mademoiselle recevra par votre entremise les dédommagements mensuels auxquels je lui reconnais droit.

Puis, tournant le dos à Marguerite, elle regagna son coupé. L'entretien n'avait duré que quelques minutes.
Aussitôt rentré au palais, Mocquard courut informer l'empereur de l'équipée de l'impératrice.
Napoléon III, fort ennuyé, se rendit dans la chambre d'Eugénie. Un scène violente éclata alors entre les deux époux, à la grande satisfaction des domestiques qui, tous, pensaient à écrire leurs mémoires...
Finalement, l'impératrice s'écria :

- Eh bien ! si elle ne s'en va pas, c'est moi qui m'en irai!

Quelques jours plus tard, en effet, sous prétexte d'une cure, elle partit incognito pour Schwalbach, dans le Nassau.
L'empereur, vexé à la pensée que l'Europe entière commentait en ricanant ses aventures conjugales, envoya des télégrammes suppliants à Eugénie.
Au bout de six semaines, celle-ce accepta de revenir à Paris. Mais elle y posa une condition :
"Qu'il n'y eût plus, entre elle et l'empereur, de rapports d'époux."
Napoléon III, piteux, accepta.
Alors, la souveraine rentra aux Tuileries, bien résolue à utiliser désormais, dans le domaine de la politique, les foreces qu'elle employait jusque-là dans le lit impérial...
Ce qui allait coûter cher à la France...

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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Lun 8 Avr - 18:01

Au début de novembre, sur la demande expresse de l'impératrice, Marguerite Bellanger fut priée de quitter Paris pour quelque temps. La jeune femme ne récrimina point. Elle exprima seulement le désir de voir une dernière fois l'empereur. Celui-ci se rendit donc un après-midi à Montretout où elle avait une délicieuse maison. Il s'assit et, d'un ton triste, commença à invoquer la raison d'Etat. Margot l'interrompit d'un geste, retira sa robe sous laquelle elle était nue et s'allongea sur un canapé en disant :

- Voilà, cher Seigneur, tout ce que vous devrez oublier...


Tortillant sa moustache, le souverain promena pendant quelques minutes son oeil délavé sur ces appas qu'il connaissait bien ; après quoi, et malgré les conseils du docteur Conneau, son médecin habituel, il rendit à la jeune femme un vigoureux hommage en guise d'adieu.
Le lendemain, Margot allait se retirer dans la ferme paternelle, à Villebernier, près de Saumur
.
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Lun 8 Avr - 21:48

Pendant trois mois, Napoléon III - qui avait secrètement renoué avec Valentine Haussmann - connut quelque tranquillité dans son ménage. Si elle ne souriait pas, du moins l'impératrice ne faisait-elle plus de scènes. Ce qui constituait une amélioration qu'appréciaient les valets sensibles.
Ce temps calme, hélas, dura peu.
Les souveraines les mieux préservées de la rumeur publique ont toujours à côté d'elles une dame suffisamment idiote ou suffisamment venimeuse pour les informer de ce qu'elles devraient ignorer. C'est ainsi qu'un jour de février, Eugénie apprit que Marguerite Bellanger avait eu, l'année précédente, un enfant. Elle courut aussitôt chez l'empereur :

- Je viens d'apprendre que vous avez un fils de cette crapule, cria-t-elle. La France sera bientôt remplie de vos bâtards !...
- Ugénie, implora le souverain.
- Laissez-moi parler ! Je ne veux pas que l'Europe me soupçonne d'être la complice de vos adultères ! Cette fois, je pars pour Biarritz où je vivrai désormais !

Napoléon dit alors en tremblant :

- Je sais que Marguerite Bellanger a eu un fils ; mais cet enfant n'est pas de moi !...
- Donnez-m'en la preuve !

Et Eugénie sortit en claquant la porte.
L'empereur, affolé, fit appeler immédiatement M. Devienne, premier président de la Cour d'appel de la Seine. "Aux termes des statuts de la famille impériale, c'est à ce magistrat, en effet, qu'incombait la mission de conciliation prévue par le code au cas d'instance en séparation entre les époux."


- Monsieur, Devienne, j'ai une mission importante à vous confier. Vous allez prendre tout à l'heure le train pour Saumur. Là, vous louerez une voiture et vous demanderez que l'on vous conduise à Villebernier où se trouve Mlle Marguerite Bellanger. On vous indiquera la ferme de ses parents... Vous la prierez de vous écrire une lettre...

Napoléon III sembla soudain un peu gêné. Il alluma une cigarette et continua :

- ... Une lettre dans laquelle elle vous avouera qu'elle m'a trompé... Que l'enfant qu'elle a eu est d'un autre - je n'ai pas besoin qu'elle donne de nom - ... Et qu'elle m'en demande pardon...

M. Devienne s'inclina :

- Comptez sur moi, sire...

L'empereur le retint :

- Ce n'est pas tout ! Elle devra aussi m'écrire, à moi, une lettre d'adieu dans laquelle elle se déclarera coupable, implorera mon pardon et manifestera de la reconnaissance pour ce que j'ai fait pour elle...
Cette lettre, mon cher Devienne, vous devrez naturellement la lui dicter... Allez, et songez que du résultat de votre mission dépend ma tranquillité !...

M. Devienne pensa que les préoccupations de Napoléon III, au moment où l'empereur Maximilien se rendait coupable au Mexique, de procédés blessants pour la France, étaient pour le moins singulières. Il n'en dit rien purtant et promit de remplir sa mission.
Le lendemain, le premier président à la Cour d'appel arrivait à Saumur et se faisait conduire à Villebernier. Là, il trouva Margot "en capeline rustique, mangeant une soupe aux choux et vidant des pichets de cidre". (ADRIEN DANSETTE, Op. cit.)
Elle entraîna M. Devienne dans sa chambre. Tous deux eurent alors un long entretien. Le premier président de la Cour d'appel de la Seine, assis sur une chaise boîteuse, démontra à la jeune femme avec beaucoup d'adresse que les lettres qu'il lui demandait seraient, pour l'empereur, un témoignage de tendresse et d'amour. Margot était bonne fille : elle accepta d'écrire, sous la dictée, l'aveu d'une faute qu'elle n'avait pas commise...
En échange de sa docilité, M. Devienne lui annonça que Sa Majesté la faisait propirétaire de la magnifique terre de Mouchy.

Margot raccompagna le premier président jusqu'à sa voiture avec force révérences et lui proposa de le rejoindre le soir à Saumur. Comme personne ne pouvait l'entendre, elle aurait même ajouté à mi-voix :

- Et tu sais, mon vieux, tu vas me payer à souper!...

Mais le digne M. Devienne n'était pas venu pour batifoler avec l'ex-favorite. Ayant accompli sa mission, il avait hâte de revenir à Paris...
Le lendemain, l'empereur alla montrer les lettres de Margot à l'impératrice avant de les enfermer dans un coffret où on les découvrit en septembre 1870, après la chute de l'empire.
Voici la première, destinée à M. Devienne :


Monsieur,

Vous m'avez demandé compte de mes relations avec l'empereur et, quoi qu'il m'en coûte, je veux vous dire toute la vérité. Il est terrible d'avouer que je l'ai trompé, moi qui lui dois tout ; mais il a tant fait pour moi que je veux tout vous dire ; je ne suis pas accouchée à sept mois, mais bien à neuf. Dites-lui que je lui en demande pardon.
J'ai, Monsieur, votre parole d'honneur que vous garderez cette lettre. Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

MARGUERITE BELLANGER.


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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 10 Avr - 14:22

L'autre est adressée à l'empereur :

Cher Seigneur,

Je ne vous ai pas écrit depuis mon départ, craignant de vous contrarier ; mais, après la visite de M. Devienne, je crois devoir le faire, d'abord pour vous prier de ne pas me mépriser, car sans votre estime, je ne sais ce que je deviendrais ; ensuite pour vous demander pardon. J'ai été coupable, c'est vrai, mais je vous assure que j'étais dans le doute. Dites-moi, cher Seigneur, s'il est un moyen de racheter ma faute, et je ne reculerai devant rien ; si toute une vie de dévouement peut me rendre votre estime, la mienne vous appartient, et il n'est pas un sacrifice que vous me demanderiez que je ne sois prête à accomplir. S'il faut, pour votre repos, que je m'exile et passe à l'étranger, dites un seul mot et je pars. Mon coeur est si pénétré de reconnaissance pour tout le bien que vous m'avez fait que souffrir pour vous serait encore du bonheur. Aussi, la seule chose dont à tout prix je ne veux pas que vous doutiez, c'est de la sincérité et de la profondeur de mon amour pour vous. Aussi, je vous supplie, répondez-moi quelques lignes pour me dire que vous me pardonnez. Mon adresse est : Mme Bellanger, rue de Launay, commune de Villebernier, près Saumur.
En attendant votre réponse, cher Seigneur, recevez les adieux de votre toute dévouée, mais bien malheureuse.

MARGUERITE.


Ainsi, le fils de Napoléon III et de Valentine Haussmann devenait officiellement celui de Marguerite Bellanger et d'un inconnu...
C'est tout ce que demandait Sa Majesté l'empereur...
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MessageSujet: Re: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 10 Avr - 14:24

study
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 10 Avr - 14:45

L'EXTRAVAGANTE EQUIPEE DE L'IMPERATRICE EUGENIE DANS UN BAL VILLAGEOIS


Elle aimait la poudre et les bals... - JACQUES MOUSSEAU -



DE nombreux pamphlétaires ont prétendu que l'impératrice Eugénie, malgré son peu de goût pur le jeu que les poètes du XVIIIe siècle appelaient aimablement "le criquon-criquette", s'était vengée des infidélités de l'empereur.
Certains lui ont prêté une liaison avec un fringant officier de chasseurs. D'autres, une idylle un peu poussée avec le duc d'Ossuna. D'autres enfin l'ont dépeinte sous les traits d'une ardente maîtresse de maison chez qui il était agréable de se casser un bras.
Voici, en effet, ce que nous conte sans sourciller l'auteur de "Paris sous le bas-Empire", publié en 1871 à Londres :


"Un soir, le comte de Glaves, en conduisant un quadrille (une danse) échevelé aux Tuileries, tomba sur le parquet et se fractura le bras gauche. On transporta, par ordre de l'impératrice, le blessé dans une des chambres du palais.
"La nuit suivante, Napoléon III fut tiré de son sommeil de lion par le bruit de joyeux éclats de rire.
Il se leva et se rendit dans l'appartement d'Eugénie.
"Jugez de son effroi. Elle en était absente ! Mortifié et fort en colère, il parcourut en chemise tous les corridors du palais en criant à tue-tête :
"- Où es-tu Eugénie ? Où es-tu ?
"Dans sa course furieuse, il arriva tout à coup devant la chambre du comte de Glaves et y pénétra sans frapper.
"Ô surprise ! Ô terreur ! Il vit son épouse couchée à côté du blessé et put se convaincre que tous les membres de l'Espagnol n'étaient pas fracturés.
"Une heure après, un agent de police prenait le comte de Glaves et le conduisait à la frontière.
"Napoléon III aurait dû se rappeler, quand il épousa Mlle de Montijo, ces vers immortels :

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N'en défend pas les rois !"
(LAMBERT, Paris sous le bas-Empire, 1871)

Naturellement - est-il besoin de le dire - tout cela est entièrement inventé. Eugénie ne trompa jamais l'empereur. Pourtant, comme toutes les femmes, elle aimait exciter le désir des hommes qui l'entouraient et sentir leur trouble. Plaisir un peu équivoque, dont son pudique biographe, Frédéric Lolliée, jamais à court d'euphémismes, parle en termes voilés. Il nous dit en effet que la souveraine avait le goût" d'allumer les âmes".
Elle en "alluma" beaucoup. De nombreux personnages qui fréquentaient la Cour furent, en effet, amoureux d'elle : Sesto, qui épousa plus tard la veuve du duc de Morny, Edmond About, Octave Feuillet, Viollet le Duc, Metternich, le chevalier Nigra, etc.
Ce goût du flirt poussa souvent l'impératrice à commettre des imprudences extravagantes que seule sa fougue espagnole parvient à expliquer. La marquise Irène de Taisay-Chatenoy, qui fut, un soir, dans la chambre bleue de Compiègne, renversée sur un lit comme une servante d'auberge par Napoléon III, raconte dans ses Mémoires l'étonnante aventure survenue à Eugénie lors d'un séjour de la Cour à Fontainebleau.
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 10 Avr - 14:54

Ben voyons ! Voilà, qu'à l'instar de JEAN, Bérengère a décidé de me persécuter. ........ scratch ............ Razz tongue
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MessageSujet: Re: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 10 Avr - 15:12

Moi ? je suis innocente comme l'oisillon qui tète encore sa mère ! Laughing
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 10 Avr - 15:43

Shocked J'ignorais que les z'oiseaux étaient des mammifères ............ Shocked Shocked ............ geek
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 10 Avr - 17:49

L'impératrice, ayant appris qu'un village voisin célébrait sa fête patronale, désira se mêler incognito au bal champêtre "afin d'avoir l'âpre plaisir d'être serrée à pleins bras par quelque rustre"...
Elle appela Mme de Grenelle :

- Trouvez-nous deux costumes de paysannes, nous nous déguiserons et nous irons danser !...

La jeune comtesse trouva facilement les jupes, les sarraus (tabliers), les fichus, les coiffes et les sabots qui convenaient, et déposa le tout dans la cabane d'un cantonnier. Après quoi, "craignant une responsabilité trop lourde", elle avertit son mari. Epouvanté, celui-ce alerta Duperron et Ravillet (l'un, aide de camp, et l'autre, écuyer de l'empereur) et leur demanda de se joindre à lui, sous un déguisement de paysan, pour protéger la souveraine dans son équipée.
Le soir, Mme de Grenelle mena discrètement l'impératrice à la cabane du cantonnier, et toutes deux changèrent de vêtements. Transformées en villageoises, elles coururent au bal où, bientôt, deux maçons les invitèrent à danser. "Prises d'une tardive pudeur, nous dit-on, elles refusèrent en riant. Mais les ouvriers insistèrent pur les faire boire et valser. Excités par leur grâce et quelques verres de vin, ils s'enhardirent et, l'un deux prenant la souveraine par la taille, manifesta le désir de l'embrasser ; le second ne s'en tint pas aux intentions et plaqua un solide baiser sur la joue de Mme de Grenelle qui poussa un petit cri de peur et de satisfaction."

A ce moment, trois villageois qui étaient dissimulés dans un coin d'ombre se levèrent avec l'intention évidente d'intervenir.
Il s'agissait de Duperron et de Ravillet commandés par . de Grenelle qui, voyant sa femme si ardemment embrassée, estimait que la plaisanterie pouvait prendre fin. Tous trois entreprirent de pousser les maçons trop entreprenants. Mais ceux-ci se fâchèrent et, "d'une voix avinée apostrophèrent ceux qui semblaient vouloir leur prendre leurs charmantes payses. Une dispute s'ensuivit avec bousculades et horions (coups de poings)".

Alors, un des "villageois" s'approcha de l'impératrice et murmura :

- Ne craignez rien, Majesté !...


Eugénie, "confuse et rassérénée", reconnut Duperron. Elle prit Mme de Grenelle par la main et recula d'un pas tandis que les cinq hommes se battaient à coups de pieds et à coups de poings.
Tout à coup, nous dit la mémorialiste, "des casquettes volèrent et,avec elles, ô stupéfaction, les perruques et les fausses barbes des deux maçons dans lesquels on reconnut le prince de Nassau et le prince Murat !...
Tous deux, en effet, avaient été mis au courant de l'équipée de l'impératrice et, pris du désir de corser la comédie, s'étaient déguisés à leur tour. "Malheureusement, le dîner préalable trop copieux et les vins, trop abondants, leur avaient échauffé la tête, et ils en étaient venus à dépasser les bornes de la familiarité avec l'impératrice et Mme de Grenelle".

Les braves gens du village, pensant que les deux faux maçons étaient des brigands recherchés par les gendarmes, tombèrent sur eux à bras raccourcis.
M. de Grenelle, l'aide de camp et l'écuyer de l'empereur eurent bien du mal à les faire monter sains et saufs dans les voitures qui les avaient amenés de Fontainebleau.
Quant à Eugénie et Mme de Grenelle, elles profitèrent du désordre pour courir jusqu'à la cabane du cantonnier. Un quart d'heure plus tard, les deux femmes, mal remises de leurs émotions, montaient dans un coupé qui attendait à une croisée de chemins et se faisaient ramener au château de Fontainebleau.


Bien entendu, l'empereur fut informé de l'aventure d'Eugénie. Il se fâcha, disant qu'une souveraine ne devait pas courir les bals de village, même sous un déguisement. Pour toute excuse, l'impératrice éclata en sanglots.
Elle allait, bientôt, commettre une imprudence plus grande encore...
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 10 Avr - 18:38

Un soir, au cours d'un bal masqué donné chez le duc de Morny, Eugénie, déguisée en marquise du XVIIIe siècle et le visage dissimulé par un loup de velours bleu, s'amusait à circuler parmi les invités en accentuant sa langoureuse démarche d'Espagnole.
L'un des plus célèbres don Juan de l'époque, le marquis de Charnacé, était là, habillé en domino.
Ce personnage, que ses opinions légitimistes empêchaient d'être invité à la Cour, n'avait jamais approché l'impératrice. Il fut intrigué par cette mystérieuse marquise et la suivit en lui murmurant à l'oreille quelques-uns de ces compliments dont il avait le secret et qui donnaient généralement aux femmes, nous dit-on, "l'envie irrésistible de s'aller coucher en position d'offrande".

Eugénie fut troublée. M. de Charnacé s'en aperçut et devint plus pressant :

- Viens dans le salon rose et laisse-moi voir ton visage. Je t'aime (le tutoiement était de rigueur entre dominos.)

Eugénie, cette fois, eut peur d'être allé un peu loin. Elle s'échappa, courut à l'autre extrémité du salon et se perdit dans un groupe de danseurs.
M. de Charnacé retrouva sa mystérieuse marquise dans une petite pièce, assise auprès de la duchesse de Bassano. Tendrement, il la prit par la main et l'entraîna vers une fenêtre.
Eugénie, ravie de vivre une telle aventure, le suivit en tremblant.

- Je ne te quitte plus, lui dit-il à l'oreille. S'il ne m'est pas permis de connaître ce soir le visage que tu caches sous le velours, je veux savoir au moins ton nom.
Elle secoua la tête.

- Tu n'y consens pas, c'est bien. Je le saurai cependant. Bientôt, on appellera ta voiture. Je serai là, et, si je n'ai pas entendu le mot que j'espère, je volerai aussi vite que les chevaux pour être en même temps à ta porte. Il ne me sera pas difficile, alors, de connaître ton nom ! ...

Très mal à l'aise, Eugénie réfléchit un instant.
Soudain, elle eut une idée :

- Ecoute, murmura-t-elle, si ton coeur n'est pas sincère en ses déclarations, je n'ai pas à m'en préoccuper. Suis ton caprice. Mais si, au contraire, je dois croire aux sentiments que tu exprimes, je te demande de ne pas chercher à trahir mon secret.
En échange de ta parole, je te promets de répondre au désir que tu manifesteras si ce désir est raisonnable!...

- Que puis-je souhaiter, sinon un rendez-vous ?
- Un rendez-vous ! La chose n'est pas simple !...
Tu l'auras cependant; mais ce ne sera pas chez moi. Vois ce domino, là-bas, qui me fait signe d'abréger la conversation ; c'est mon mari qui s'impatiente et me presse de revenir... Adieu ! Tu pourras me voir demain après-midi, à trois heures, au Bois de Boulogne, près du lace. Je serai dans un landau découvert, je passerai deux fois un mouchoir sur mes lèvres et tu sauras que c'est moi...

M. de Charnacé, ravi de voir que, somme toute, l'intrigue commençait bien, rentra chez lui en chantonnant.

Le lendemain, à l'heure indiquée, il était près du lac, guettant le landau de la belle inconnue. Or, tandis qu'il rêvait aux suites possibles de son aventure, un mouvement se produisit dans l'allée. Des piqueurs venaient de s'annoncer, devançant l'attelage de l'impératrice. Respectueux, le marquis se découvrit pour saluer la souveraine qui passait devant lui à l'allure ralentie de ses chevaux. Soudain, il se crut victime d'une hallucination : lentement, à deux reprises, Eugénie se passa un mouchoir sur les lèvres...
M. de Charnacé fut accablé. Ainsi, lui, le plus pur des légitimistes, avait fait la cour à l'impératrice !...
Il n'était pas encore revenu de son effarement que l'écuyer de service - c'était ce jour-là le baron de Bourgoing - se détacha du cortège et vint à lui :

- Monsieur, dit-il, Sa Majesté vous fait demander quel jour il vous serait agréable d'être invité aux Tuileries ?...
- L'honneur que me fait Sa Majesté et sa gracieuse intention me comblent de gratitude, répondit le marquis. Je me permettrai de l'en remercier par une lettre qui lui parviendra demain.

Le baron Bourgoing sourit :

- Oh ! Les lettres ne vont pas si vite ni si facilement aux mains de l'impératrice ! Il serait préférable que je puisse lui transmettre votre réponse de vive voix !...

Le marquis ne voulait point passer par l'intermédiaire d'un écuyer :

- Souffrez, dit-il, que je maintienne ce que je viens de dire et veuillez avoir la bonté de présenter à Sa Majesté mes hommages.

M. de Charnacé rentra chez lui, "le haut de forme soucieux et la moustache basse". Repoussant les épreuves de son dernier livre, il écrivit une lettre dans laquelle il disait notamment : "Madame, en me rendant à une invitation aussi séduisante, j'eus contenté le plus cher désir de mes yeux ; mais d'y obéir serait démériter auprès de Votre Majesté ; car ce serait donner un démenti au caractère inviolable des principes que Votre Majesté me connaît. Je prie Votre Majesté de me permettre d'en décliner la tentation..."

Eugénie fut-elle déçue, de ne point voir aux Tuileries - chez elle - cet homme qui, l'espace d'un soir, l'avait troublée ? Peut-être.
Quoi qu'il en soit, elle le rencontra toujours avec un plaisir évident et lui montra jusqu'à la fin de l'Empire une sympathie particulière qui fit souvent jaser.
Ecoutons Frédéric Lolliée :


"Elle agréa de reprendre l'intime causerie en d'autres occasions de fêtes, encore chez le duc de Morny. Elle fit davantage.
Elle ne craignait point de favoriser d'une sorte d'entretien public l'homme qui avait su parler à son âme ou à son caprice. C'était aux courses de Fontainebleau. Laissant sa cour en arrière, elle avança de plusieurs pas et demeura quelques moments à causer, seule à seul, avec le féal et intransigeant monarchiste. Ce fut une sorte de scandale politique dans le cortège impérial.
Descendre de sa tribune pour aller presque au-devant d'un gentilhomme de lettres qu'on ne voyait pas aux Tuileries, n'était-ce pas outrepasser les bornes de la fantaisie ? Les ralliés non plus n'en revenaient pas de surprise. Pourquoi ? Qu'était-il ? Qu'avait-il fait ?"

Ce qu'il avait fait ? Il avait, à la faveur d'un quiproquo, tenu à Eugénie des propos égrillards ; ce que personne, pas même Napoléon III, ne s'était permis auparavant. Il avait exprimé son désir en des termes clairs ;ce qui, pour une souveraine habituée au langage ampoulé des courtisans, constituait un hommage d'un goût nouveau et fort émoustillant.
Bref, il avait, pendant quelques instants, donné à l'impératrice des Français la vertigineuse impression d'être courtisée comme une soubrette...
N'est-ce pas là le désir secret de toute grande dame ?
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MessageSujet: Re: AU TEMPS DE L'AIGLON   Jeu 11 Avr - 13:20

epistophélès a écrit:

Bref, il avait, pendant quelques instants, donné à l'impératrice des Français la vertigineuse impression d'être courtisée comme une soubrette...
N'est-ce pas là le désir secret de toute grande dame ?
Ben voyons !
Ce sont des gens qui pensent comme ça qui font des DSK.
Episto, t'as vu, je garde ton topic au chaud
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MessageSujet: Re: AU TEMPS DE L'AIGLON   Dim 21 Avr - 21:55

Bouhouhouuuu ! Sad
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Lun 22 Avr - 18:12

Merci, Bérengèrichou ! ............. Wink Mouaaaaaaaaasmackkkkkkkkkks ............ Very Happy
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Lun 22 Avr - 18:33

LE "FLIRT" D'EUGENIE ENTRAÎNE LA FRANCE DANS LA DESASTREUSE CAMPAGNE DU MEXIQUE


Le flirt, c'est jouer avec les allumettes. Et quand on joue avec les allumettes, on finit toujours par mettre le feu quelque part. - GEORGES BELLEC -



EUGENIE commit tant d'imprudences que certains familiers de la Cour se permirent à son endroit des regards et des propos d'une polissonnerie dont Napoléon III lui-même s'émut.
L'un de ces effrontés paya d'ailleurs cher son insolence.
Ecoutons deux chroniqueurs bien renseignés, Charles Simond et M.-C. Poinsot :

"Un officier des plus assidus au Palais se vit subitement congédié ou, ce qui revient au même, mis par ordre dans la nécessité d'aller prendre du service en Afrique. Pourquoi ? Parce que l'empereur, à plusieurs reprises, avait découvert des oeillades incendiaires, des sourires équivoques et, s'il en distribuait, lui, avec abondance, il n'aimait point que sa femme en fût aussi prodigue."

Or, lors d'une chasse à Fontainebleau, ce jeune et beau soupirant, qui galopait derrière le cheval de l'impératrice, dit d'une voix claironnante à un de ses amis :

- Voilà deux croupes superbes, mon cher ! Et je redeviendrais bien vulgaire cavalier sans galons si l'on me priait de les soigner l'une et l'autre, comme le dernier de mes hommes d'écurie !

Plaisanterie d'une verdeur toute militaire et - il faut bien le dire - d'un goût douteux, mais qui amusa l'ami. Celui-ci riait déjà sans retenue, quand une voix retentit qui jeta un froid.
Elle appartenait, en effet, à Napoléon III :

- Une croupe vous suffira, Monsieur ! Et vous irez la panser en Kabylie !

Les deux officiers baissèrent la tête. Le lendemain, le coupable était dirigé sur un régiment d'Afrique et ne revint jamais en France...

Un autre amoureux, le prince de Cammerata, qui rêvait de se livrer sur l'impératrice au plus savoureux des crimes de lèse-majesté, connut un sort plus cruel encore, si l'on en croit certains mémorialistes.
Ce gentilhomme, à qui la passion - et peut-être aussi l'attitude provocante d'Eugénie - avait fait perdre le sens des convenances, s'oublia, un soir de bal aux Tuileries, jusqu'à se pencher sur "l'objet de ses désirs" et lui dit à haute voix :

- Je t'aime !...

La souveraine blêmit. L'espace d'une seconde, elle comprit combien elle avait été légère et à quelles insolences elle risquait de s'exposer désormais.
Comme nous le dit Pierre de Lano avec un humour gaulois : "Aujourd'hui, le prince Cammerata la tutoyait en public et se permettait de lui avouer sa passion ; demain, il mettrait la main à ses fesses impériales..."


"Comme une couleuvre blessée", Eugénie courut vers l'empereur et lui apprit ce qui venait de se passer.
Le soir même, le prince de Cammerata fut livré au policier Zambo qui l'abattit d'un coup de pistolet dans la tête...
Mais la coquetterie de l'impératrice n'eut pas seulement des conséquences fâcheuses sur le destin de quelques hommes de la Cour. Elle devait en avoir aussi sur celui de la France. L'un des "flirts" d'Eugénie fut, en effet, à l'origine d'une des entreprises les plus malheureuses et les plus sanglantes du Second Empire : la campagne du Mexique...
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Lun 22 Avr - 19:55

Tout commença un matin, à Biarritz. L'impératrice se promenait en calèche, "son petit chapeau hongrois posé sur le front, son ombrelle à la main".
Sur le trottoir, un jeune homme la salua respectueusement. Il était beau, portait un collier de barbe et avait l'oeil chaud. Eugénie le regarda et reconnut avec surprise un de ses amis d'adolescence, José Hidalgo, un jeune Mexicain qui l'avait fait danser jadis en Espagne. L'ancien "joli coeur des tertulias de Carabanchel", comme l'appelle plaisamment M. Jean Descola, était maintenant diplomate. L'impératrice l'invita à venir le lendemain bavarder avec elle. José Hidalgo était un charmeur. Il devint vite un familier de la villa "Eugénie".
Ravie, séduite, passionnée, la souveraine l'écoutait parler du Mexique, ce malheureux pays que l'arrivée au pouvoir de Juarez avait livré à l'anarchie.

- Il faut chasser cet ancien berger d'Oaxacal, disait José Hidalgo, ressusciter la nouvelle Espagne, sauver la race latine et le catholicisme par une restauration monarchique !...

Eugénie, vibrante, pensait que son ancien danseur avait toutes les qualités requises pour devenir un nouveau Cortès.
C'est alors qu'elle décida de l'aider, et de pousser Napoléon III à intervenir dans les affaires mexicaines...



Le rôle d'Eugénie allait être déterminant. Quelques graves auteurs, gênés, sans doute, par l'apparition gracieuse d'une femme au milieu de conseillers d'Etat et de chefs militaires, assurent que l'impératrice n'eut aucune part dans la préparation de la guerre du Mexique. Je me permets de les renvoyer à la source la plus autorisée qui soit, en l'occurence : à l'impératrice elle-même.
En effet, un jour de 1904, Eugénie devait avouer sa responsabilité totale à M. Maurice Paléologue, au cours d'un entretien qui eut lieu à l'hôtel Continental, face à ce jardin des Tuileries où flottaient tant de fantômes.
M. Maurice Paléologue venait de s'excuser de rapporter un mot du général Pendézec, assez sévère sur l'expédition du Mexique :
"A cette évocation, écrit l'ambassadeur, l'impératrice rejette le buste en arrière, comme si une décharge électrique lui sillonnait l'épine dorsale. Et, d'une voix forte, les prunelles étincelantes :


" - Vous excuser... Pourquoi ? Je n'ai pas honte du Mexique ; je déplore : je n'en rougis pas... Je suis même toujours prête à en parler, car c'est un des thèmes que l'injustice et la calomnie ont le plus exploités contre nous.
"Elle s'applique alors, poursuit M. Paléologue, à me démontrer que l'aventure mexicaine, dont les origines ont un si mauvais renom, fut au contraire la résultante d'une méditation très élevée, (au ras des paquerettes alors, rhé, rhé... tongue ) l'accomplissement d'une très haute pensée politique et civilisatrice :
" - Je vous affirme que, dans la genèse de l'entreprise, les spéculations financières, les recouvrements de créances, les bons Jecker, les mines de la Sonora et du Sinaloa ne tinrent aucune place ; nous n'y songions même pas. C'est beaucoup plus tard que les agioteurs et les fripons cherchèrent à profiter des circonstances...

"Puis, elle me rappelle que, dès 1846, le captif de Ham rêvait de constituer, dans l'Amérique centrale, un solide empire latin qui eût barré la route aux ambitions des Etats-Unis. C'est le Nicaragua qui'l visait, de préférence, à cause des facilités qu'on y aurait trouvées pour le creusement d'un canal interocéanique. Aussi eut-il vite fait d'apercevoir l'opportunité d'une intervention française au Mexique, le jour où la dictature de Juarez y déchaîna de nouveau les passions révolutionnaires, tandis que la guerre de Sécession dressait l'un contre l'autre, et pour longtemps, les deux moitiés de grande république voisine.
"Qaund l'impératrice a terminé son préambule je lui demande :

- " - A quelle date l'idée s'est-elle cristallisée dans l'esprit de Napoléon III ? D'où lui est venue l'incitation finale et décisive ?
"Brusquement :

" - Cela s'est fait en 1861, à Biarritz, par moi.

"Dans cette déclaration tranchante, je reconnais ce que j'ai maintes fois observé chez l'impératrice, le courageux parti pris de revendiquer hautement toutes les responsabilités propres, si accablantes qu'elles puissent être pour sa mémoire.
"Elle me raconte ensuite les entretiens qu'elle eut à Biarritz pendant l'automne de 1861, avec un émigré mexicain. Don José Hidalgo qu'elle accueillait, depuis quelques années, dans son cercle intime..."


Le rôle capital joué par l'impératrice dans la campagne du Mexique ne peut donc plus être discuté.
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