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 AU TEMPS DE L'AIGLON

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epistophélès

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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mar 19 Mar - 17:00

On raconte qu'un soir de 1867, dans le jardin des Tuileries, une certaine baronne de P. entreprit de séduire le jeune roi Louis II de Bavière venu à Paris pour l'Exposition.
Le souverain - que l'on disait vierge - semblait fort embarrassé par les propos badins et enjôleurs de la jolie rouée. Soudain, il fixa une statue et dit :

- Je voudrais, pour l'aimer, une femme toute blanche et toute de pierre comme celle qui est là, devant nous.

Mme de P. sourit :

- Mais, Sire, c'est l'histoire de Pygmalion que vous voudriez renouveler.
- Oui ! et c'est impossible, n'est-ce pas ?

La jeune femme se fit chatte :

- Mais non, Sire, ce n'est pas impossible !
- Vous croyez ?
- J'en suis certaine !
- Comment ferez-vous revivre cette histoire ?
- Tout simplement, Sire, en revêtant un maillot blanc...

Louis II de Bavière secoua la tête :

- Non, ce serait un mensonge. Sous le maillot, il y aurait un être vivant, et c'est une femme toute blanche et toute de pierre qu'il me faudrait pour l'aimer.

Mme de P., un peu effrayée, battit en retraite. Le lendemain elle confiait à une amie :

- Cet homme est fou ! Il veut des femmes de pierre...
Ce n'est certes pas aux Tuileries qu'il en trouvera...

Elle avait raison.

Les femmes qui fréquentaient aux Tuileries sous le Second Empire n'étaient pas de pierre. Elles cachaient sous leurs vastes crinolines de redoutables tempéraments qui correspondaient d'ailleurs parfaitement aux exigences démesurées de Napoléon III.
L'Empereur était, en effet, un érotomane qui entrait en transes à la vue du moindre jupon. Aussi, de 1852 à 1870, les femmes de la Cour furent-elles les maîtresses du pouvoir. Prises - avec ivresse Rolling Eyes - sur des coffres, entre deux portes , sur un coin de table, derrière un rideau,dans un fauteuil, contre un mur, sous le manteau d'une cheminée, au travers d'un lit ou au fond d'un placard, elles tiraient de leur apparente faiblesse une authentique puissance.
Et l'on peut dire, aussi étrange que cela puisse paraître, que se sont toutes ces cuisses légères qui constituèrent pendant dix-huit ans le bras séculier de la France.
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epistophélès

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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mar 19 Mar - 18:46

NAPOLEON III FAIT ROUGIR L'IMPERATRICE AVEC DES HISTOIRES LESTES



La pudeur est une seconde chemise - STHAL -


IL ne faut pas tortignonner, comme disait le marquis d'O à Henri IV.
Non, il ne faut pas tortignonner.
Si M. Fould, l'officier de l'état civil du quartier des Tuileries, put rentrer chez lui le 29 janvier 1853 en disant :

- Je viens de marier devant la loi S.M. l'Empereur et Mlle de Montijo...

En réalité, Eugénie ne devint véritablement impératrice des Français que pendant la nuit du 30 au 31 janvier au château de Villeneuve-l'Etang, sur un grand lit que le Souverain se chargea de transformer avec sa fougue habituelle, en un champ de bataille qui préfigurait - en petit - nous dit Pierre de Lano, "la plaine de Reischoffen le 6 août 1870, après le passage des célèbres cuirassiers"...
Le biographe de Napoléon III eût put, avec plus de vraisemblance encore, comparer la couche impériale à la place de Sébastopol, le 8 septembre 1855, car, pour s'emparer de la "petite redoute" d'Eugénie de Montijo, il avait fallu onze mois pleins à Napoléon III, c'est-à-dire le temps exact qu'il faudra à l'armée de Mac-Mahon pour prendre le fort de Malakoff...


Cette nuit de noces fut assez décevante pour l'empereur qui s'attendait à trouver une Espagnole chaude et vibrante et qui, selon le mot peu élégant d'Alexandre Dumas, "dut beluter une femme aussi sensuelle qu'une cafetière"... Razz
La lune de miel de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie fut cependant fort tendre.
L'empereur, tout à la joie de sa victoire, badinait gentiment et montrait avec un plaisir enfantin ses dons d'amuseur. Chaque repas était prétexte à mille facéties. Dès l'entrée, Napoléon III transformait sa serviette en un lapin qu'il faisait sauter sur la table.
Puis, tout en contant des anecdotes, il modelait, en mie de pain, des petits bustes à la ressemblance des principaux personnages de la Cour. Enfin, il se livrait, au dessert, à d'éblouissantes expériences de physique amusante. Devant Eugénie, émerveillée, il retournait un verre rempli d'eau sur une feuille de papier, transformait une orange en lanterne vénitienne, ou faisait tenir en équilibre, sur la pointe d'une lame de couteau, un bouchon dans lequel étaient piquées deux fourchettes...
A tous ces témoignages d'un amour de jouvenceau, Eugénie répondait par une bonne volonté attendrissante. Elle avait été distinguée, élue par le monarque, elle était devenue, à Notre-Dame, son épouse légitime, il lui semblait donc indispensable, en bonne Espagnole respectueuse des traditions, de donner à Napoléon III quelques marques d'une tendresse qu'elle allait bientôt, tout naturellement, sentir naître dans son coeur.


Au bout de quelques jours de cette vie idyllique, Eugénie demanda à son mari de la mener à Trianon.
Elle voulait, au début de son règne, se recueillir un moment à l'endroit où Marie-Antoinette avait vécu ses plus beaux jours.
Enfin, le 7 février, les souverains regagnèrent Paris et l'impératrice s'installa aux Tuileries.
Tout de suite, elle s'adapta merveilleusement au rôle qu'elle allait devoir tenir pendant dix-sept ans.
Car c'est bien d'un rôle qu'il s'agissait. N'avait-elle pas écrit à sa soeur Paca : Depuis hier, on me donne le titre de Majesté et il me semble que nous jouons la comédie... Quand je faisais chez toi mon rôle d'impératrice, je ne savais pas que je le jouerais nature...


Et elle jouait à être la souveraine la plus élégante, la plus souriante, la plus courtoise d'Europe. Scrupuleuse, elle tint à prendre des leçons de maintien auprès d'une tragédienne.
Le destin étant malicieux, comme chacun le sait, elle choisit Rachel, et les domestiques du palais savourèrent pendant quelques jours le plaisir voluptueux de voir l'ex-maîtresse de Napoléon III enseigner à l'impératrice les subtilités de la révérence...


Cette dignité un peu affectée d'Eugénie ne s'accordait pas toujours, il faut bien le dire, avec le laisser-aller de l'empereur.
Alors qu'elle l'appelait Sire et le vouvoyait, lui, au contraire, la tutoyait, même en public, et l'appelait par son prénom qu'il prononçait d'ailleurs Ugénie...
L'impératrice était fort choquée par les libertés de langage de son mari. Napoléon III, en effet, avait un vocabulaire assez vert et un goût prononcé pour les histoires grivoises dont il connaissait un nombre impressionnant...

Un jour, il la fit rougir en lui racontant l'aventure arrivée à un fringant capitaine des Guides, nommé Duval.
Cet officier avait été convié par une princesse qui le considérait depuis longtemps d'un oeil gourmand.
Avant de se rendre à l'invitation, il en avait parlé à ses camarades qui, bien entendu, avaient fait mille plaisanteries :

- Quand on se rend chez Mme Putiphar, s'était écrié l'un d'eux, il faut être décidé à en sortir comme Joseph...
- N'ayez crainte, avait répondu Duval. Cette princesse n'a rien de séduisant. Elle est grosse comme une baleine et je n'ai aucune envie de devenir son amant...

Le lendemain, ses camarades l'interrogèrent :

- Alors ? ... Reviens-tu comme Joseph ?...

Duval baissa la tête :

- Non... Comme Jonas ! ...
tongue
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mar 19 Mar - 19:09

Mais l'impératrice rougit bien plus encore lorsque Napoléon III lui raconta l'horrible mésaventure dont avait été victime un familier de la Cour.
Ce personnage - le vicomte Agénor de V. - était un déséquilibré sexuel qui ne pouvait éprouver de plaisir qu'avec des vierges. Aussi offrait-il aux fruits verts qui voulaient bien mûrir en sa compagnie des sommes fabuleuses. Une jeune courtisane qui, pourtant, avait déjà "rôti le balai" avec une grande partie des Cent Gardes, pensa qu'elle pouvait tirer profit de ce goût prononcé pour les primeurs. Elle alla trouver une vieille entremetteuse qui connaissait une pommade permettant aux femmes de se refaire une virginité, et lui en acheta - à prix d'or - un grand pot.
Quelques jours plus tard, ayant appliqué la pommade miraculeuse à l'endroit voulu, elle rencontra le vicomte qui, fou de joie, crut avoir affaire à une véritable pucelle.
Or, le lendemain, le bel Agénor, pénétrant dans le cabinet de toilette de sa nouvelle maîtresse, aperçut le pot de pommade. Souffrant d'une gerçure aux lèvres, il pensa bien faire en s'appliquant un peu de cette matière grasse. Hélas ! nous dit un mémorialiste, "à sa grande stupéfaction, ses lèvre se contractèrent et se rétrécirent au point que sa bouche finit par former un orifice si étroit qu'il n'y pouvait même plus introduire son doigt..."
En entendant cette histoire, Eugénie fut plus pincée que jamais...


Un soir de mars 1853, un grand bal costumé eut lieu au Palais des Tuileries. L'empereur, l'oeil mi-clos, considérait les dames de la Cour avec "l'air d'un renard à l'affût près d'un poulailler"!
Soudain, son regard s'alluma. Une jeune femme venait de paraître dans un costume étrange dont le décolleté laissait voir presque intégralement les plus jolis seins du monde.
La main agacée, l'empereur tortilla sa moustache...
Bien loin de partager son ravissement, l'impératrice Eugénie se montra scandalisée :

- Il est bon de montrer ses épaules, murmura-t-elle, mais pas jusqu'au nombril !

A ce moment, le président Dupin qui, lui aussi, considérait depuis quelques instants ce généreux décolleté, fut interpellé par la jeune femme :

- Qu'avez-vous à me regarder ainsi, monsieur le président ?

M. Dupin s'en tira par un compliment :

- J'admirais, chère madame, l'originalité de votre costume... Que représente-t-il ?
- Je suis Amphitrite, la déesse de la Mer...

M. Dupin sourit :

- Amphitrite !... Ah ! oui... Mais à marée basse alors!...

La jeune femme s'éloigna, rouge de confusion.


L'impératrice avait entendu le dialogue. Loin de s'en amuser, comme on pourrait le croire, elle s'en montra choquée, trouva la plaisanterie grossière et cessa, pendant plusieurs mois, d'inviter M. Dupin à ses réceptions...
Eugénie, en effet, malgré une adolescence agitée, était fort prude. Cette sévérité à l'égard du badinage s'accompagnait d'ailleurs d'un mépris hargneux pour les jeux du lit. Absolument dénuée de sensualité, la pauvre impératrice traitait de "saletés" les galantes entreprises de son époux.


De nombreuses anecdotes témoignent de la rigidité de l'impératrice devant un mot ou une représentation un peu leste. Un jour, Prosper Mérimée, qui lui faisait visiter l'abbaye de Cluny, se pencha vers elle et lui dit à l'oreille :

- Ici, je vous défends de lever la tête !

Eugénie se redressa :

- Je voudrais bien savoir qui oserait me défendre quelque chose ! dit-elle.

Et levant la tête, elle aperçut au-dessus d'elle une gargouille où les artistes du XIIIe siècle avaient mêlé agréablement la malice, le symbolisme et la gaillardise. Il s'agissait d'un moine en train de traiter assez familièrement un gros porc...
Blême de colère, Eugénie donna sur le bras de Mérimée un grand coup d'ombrelle.

- C'était pour me faire voir ce genre de choses que vous avez voulu être nommé inspecteur des monuments historiques ? Je vous félicite !...

Et elle ramena dare-dare l'auteur de Colomba aux Tuileries.
[i]
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mar 19 Mar - 19:52

Naturellement, cette pruderie s'accompagnait d'une certaine candeur. La Cour put en avoir la preuve un jour que l'impératrice visitait une exposition. S'arrêtant devant une statue qui représentait La Pudeur, elle émit quelques crigiques :

- Ces épaules sont trop étroites, dit-elle. Ce n'est pas joli !

Nieuwerkerke qui l'accompagnait lui fit remarquer qu'une figure de jeune fille devait avoir des formes moins développées qu'une figure de femme et "que ce peu de développement convenait même à l'expression du sentiment pudique".
L'impératrice répondit avec sa vivacité habituelle, et sans réfléchir au sens que des esprits malicieux pouvaient donner à ses paroles :

- On peut être très pudique sans être étroite ! Je n'en vois pas la nécessité !...

Les officiels eurent bien du mal à ne pas éclater de rire...

Par sa pudibonderie, son austérité, son peu de goût pour le déduit, Eugénie était à l'opposé des dames de la Cour. Aux Tuileries, en effet, tout n'était que désordre et beauté, luxe, spasme et volupté...
Voici le tableau que nous en brosse un témoin, le comte Horace de Viel-Castel :

"Quant à la vertu des femmes, je n'ai qu'une réponse à faire à ceux qui m'en demanderaient des nouvelles ; c'est qu'elles ressemblent fort aux rideaux des théâtres, car leurs jupons se lèvent chaque soir plutôt trois fois qu'une.
"Les femmes n'ont même plus assez des hommes, la tribaderie fait parmi elles de grands progrès.
"A notre époque, on ne vit que par les sens et on ne leur refuse rien de ce qui peut satisfaire leurs caprices.
"Les péd... ne sont plus honnis ; le marquis de Custine est reçu comme un homme très aimable.
"Pourvu que vous n'attentiez pas aux vices de votre voisin, il respectera les vôtres.
"La conversation du monde voile à peine le libertinage de la pensée ; les femmes raffolent des entretiens gazés, c'est-à-dire polissons, mais avec des mots honnêtes, c'est ce qui se décor du titre de bonne compagnie.
"Qu'un homme demande crûment à une femme : "Voulez-vous coucher avec moi ?", ce sera un malappris, de mauvais ton ; mais qu'il lui dise en se portant à des attouchements définitifs : "Vous me rendez fou !" et qu'il la traite sans façon, il n'est plus qu'un homme à bonnes fortunes, un charman
t".

La pudeur de la pauvre impératrice était chaque jour, on s'en doute, mise à rude épreuve. D'autant que l'empereur et Morny se faisaient un malin plaisir de la tenir au courant des turpitudes de la haute société. C'est ainsi qu'un matin, ils lui contèrent cette anecdote sur Marie d'Agoult que nous rapporte M. de Viel-Castel :

"La comtesse d'Agoult est cette femme enlevée par Liszt dont elle a trois enfants, puis revenue à Paris, maîtresse d'Emile de Girardin, de Lehma, etc, puis enfin écrivain socialiste sous le nom de Daniel Stern.
"Un soir, où nous étions seuls à prendre le thé chez elle au coin du feu, elle me dit :

"- J'ai voulu savoir quel bonheur il pouvait y avoir à être à deux hommes en même temps.
"- Comment ? répondis-je.
"- Comment ? répliqua-t-elle, vous avez mangé des sandwiches ?
"- Oui...
"- Savez-vous comment on les fait ?
"- Parbleu ! c'est un morceau de pain avec du beurre d'un côté et du jambon de l'autre (à l'époque, le sandwich était réellement préparé ainsi. Aujourd'hui, Marie d'Agoult serait ... le jambon !)
"- Très bien ! j'ai fait un sandwiche, et j'étais le pain..."


On imagine l'émotion d'Eugénie en apprenant qu'il existait de tels divertissements...
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 20 Mar - 18:16

L'IMPERATRICE EUGENIE, TROMPEE, INTERDIT SON LIT A L'EMPEREUR



Jamais l'exil n'a corrigé les rois. - BERANGER -


UN soir de fête aux Tuileries, Napoléon III se promenait dans les salons d'un air soucieux. La princesse Mathilde s'approcha et lui demanda ce qui le tourmentait.

- J'ai fort mal à la tête, lui répondit l'empereur. De plus, je suis poursuivi par trois femmes.
- Comment pouvez-vous vous donner tant de tracas ? Trois femmes, c'est de la folie !

L'empereur prit alors sa cousine par le bras et lui désigna ses trois amoureuses :

- J'ai, voyez-vous, la blonde du rez-de-chaussée, dont je cherche à me défaire. J'ai, ensuite, la dame du premier, qui est dans doute fort belle mais qui m'assomme. J'ai encore la blonde du second qui, celle-là, est en chasse de moi et me poursuit.

La princesse Mathilde sourit :

- Mais... l'impératrice ?...

Napoléon III haussa les épaules.

- L'impératrice ? Je lui ai été fidèle les six premiers mois de notre union, mais j'ai besoin de distractions... Je ne peux me faire à rien de monotone... Cela ne m'empêche pas de toujours revenir à elle avec plaisir...

(Toute cette conversation a été rapportée par la princesse Mathilde elle-même.)

Cette dernière phrase voulait être galante. Elle était mensongère. En réalité, Napoléon III n'éprouvait aucun agrément à retrouver sa froide épouse et il n'entrait dans son lit que par devoir. Comme nous le dit Stelli, "lorsque l'empereur, les moustaches bien lissées et la tête froide, venait bricoler l'impératrice, il le faisait avec application, l'oeil bleu fixé sur un rêve dynastique"...

Dans ces conditions, on est en droit de se demander s'il ne faut pas féliciter Napoléon III, dont on connaît l'humeur volage, d'avoir été fidèle à Eugénie pendant six mois...
Au terme de ces cent quatre-vingts jours de sagesse et de constance, l'empereur, à bout de forces, se jeta un soir une une ravissante jeune femme blonde un peu écervelée, dont l'éclat, depuis quelque temps, émerveillait la Cour.
Elle se nommait Mme de La Bédoyère.
C'était, nous dit Frédéric Lolliée, "une fleur de bal et de soirées. Le jour, son teint avait quelque chose d'incolore et d'effacé. La nuit, tout s'avivait en elle, sans artifices, les bluets de ces prunelles et le rose de son visage".

Mme de Metternich était plus catégorique encore :

- Quand Mme de La Bédoyère apparaît, c'est un lustre qui s'allume...

Papillon ébloui, Napoléon III vint tournoyer autour de cette lumineuse jeune femme de façon si désordonnée que toute la Cour sut bientôt que Sa Majesté l'impératrice allait être cornette...
Quelques jours plus tard, la chose était faite.
On vit alors Mme de La Bédoyère reparaître aux Tuileries avec un air extasié "qui en disait long sur les hommages qu'elle avait reçus de l'empereur".

Pendant quelque temps, elle put à peu près tout se permettre, les courtisans lui pardonnant, bien entendu, toutes ses étourderies. L'une d'elles est assez réjouissante. Un soir de réception, Mme de La Bédoyère vit entrer une petite dame brune qu'elle ne connaissait pas. Se penchant ver M. Rouher, qui était son plus proche voisin, elle dit :

- Qui est donc ce petit pruneau ?

Le ministre s'inclina en souriant :

- C'est ma femme, Madame !

Mme de La Bédoyère, fort gênée, s'excusa, quitta M. Rouher et alla vers un groupe d'amis.

- Il vient de m'arriver, leur dit-elle en riant, la chose la plus désagréable mais la plus drôle du monde.
Je parlais avec M. Rouher quand une petite dame brune - vous voyez... celle qui est là-bas - entre dans le salon, et je m'écrie : "Qui est donc ce petit pruneau ?...

- Et j'ai eu l'honneur de vous répondre : "Madame, c'est ma femme"...

Mme de La Bédoyère se retourna. Derrière elle, se trouvait, toujours souriant, M. Rouher qui l'avait suivie...

Napoléon III dont Mérimée disait : "Il se monte la tête pour un chat coiffé pendant une quinzaine de jours, puis, quand il y est parvenu, il se refroidit et n'y pense plus", se lassa vite de cette charmante gaffeuse.Pour la remercier des bons moments qu'elle lui avait procurés, il donna à son mari - déjà chambellan - une charge de sénateur et porta ses regards sur d'autres appas.
(La promotion de M. de La Bédoyère fit rire toute la Cour. Et M. de Viel-Castel put écrire : "Son père a été fusillé en 1815. Sa femme en a fait un superbe cocu.
Ah ! monsieur le sénateur
Je suis humble serviteur !
")

Après six mois de calme, il avait besoin de s'agiter un peu. Il loua donc rue du Bac un petit hôtel situé entre les quais et le boulevard Saint-Germain et en fit sa garçonnière. Le soir, vêtu d'une redingote bleue et d'un pantalon gris à sous-pied, coiffé d'un chapeau de bourgeois, sa canne de rhinocéros à la main, il sortait des Tuileries par une petite porte discrète.
Une voiture, où se trouvaient déjà deux gardes du corps, le conduisait alors rue du Bac. Là, il retrouvait, selon les jours, une actrice, une cocodette, une soubrette, une femme du monde, une courtisane...

Tout lui était bon, en effet. Il l'avoua lui-même un jour qu'aux Tuileries on jouait à répondre à cette devinette : "Quelle femme a le plus de valeur en amour, du point de vue purement passionnel : la femme du monde ou la courtisane ?"
Quand vint son tour de répondre, il dit :

- Toutes les femmes se valent en amour, quelle que soit la qualité sociale de leur élégance !

Puis il ajouta en souriant :

- Un jardin sur lequel nul ne met le pied contient d'excellents fruits que goûte seul son propriétaire. Pourquoi le jardin ouvert à tous ne renfermerait-il pas d'aussi délicieux fruits ?


Ce goût pour la femme fut à l'origine d'un savoureux incident. Un soir de fête, l'empereur qui traversait un petit salon obscur aperçut une jupe allongée sur un canapé. Il s'approcha, glissa sa main, caressa une jambe et risqua quelques privautés.
Un cri éclata.
Et Napoléon III n'eut plus qu'à présenter ses plus humbles excuses à l'évêque de Nancy, qui fatigué par la fête, était venu se reposer un moment sur ce canapé et s'était benoîtement endormi...
Razz
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 20 Mar - 18:53

Eugénie, bien entendu, ne soupçonnait rien des frasques impériales. Elle glissait au milieu des turpitudes de la Cour comme un beau cygne blanc sur une nappe d'eau douteuse. Rien ne l'atteignait. Au milieu des bals où, selon l'expression d'un mémorialiste, "les regards n'étaient que des appels à la luxure", elle souriait de son sourire un peu triste et un peu pincé de femme frigide.
Placée, par une disgrâce de la nature, hors du courant qui entraînait les hommes et les femmes vers la volupté, elle était incapable d'imaginer des êtres tourmentés par le désir d'amour. Aveuglée, en outre, par la bonne opinion qu'elle avait de sa beauté, elle ne concevait pas que l'empereur pût lui préférer une autre femme...

La surprise fut donc totale, lorsqu'elle apprit que Napoléon III avait renoué avec Miss Howard...
Ce regain de faveur datait de la fin du mois de juin. Le 2 juillet, en effet, un "observateur" écrivait au préfet de police Maupas :

Il se dit que Louis-Napoléon a repris complètement toutes ses relations avec Miss Howard, ce qui fait lever quelques nuages dans le ménage impérial. (Archives du ministère impérial de la Police)

Le policier aimait l'euphémisme. En réalité, ces quelques nuages étaient une véritable tempête qui secouait les Tuileries. L'impératrice ne pouvait supporter qu'on touchât à ses affaires. De plus, elle était maniaque. Pour un coussin déplacé dans sa calèche elle devenait blême de colère. On imagine, par conséquent, sa fureur et sa peine en pensant aux objets impériaux dont Miss Howard d'une main brouillonne pouvait déranger la belle ordonnance... tongue

Des scènes terribles eurent lieu pendant quelques semaines. Les valets et les courtisans, ravis, vécurent l'oreille tendue vers les appartements privés ; et le préfet de police put noter à la date du 21 septembre :


"L'impératrice, ayant appris qu'il y avait entre l'empereur et Miss Howard un rapprochement (selon les uns), une simple correspondance (selon les autres), aurait signifié à son auguste époux son intention de quitter Saint-Cloud et la France, si l'empereur ne voulait pas prendre soin de sa dignité et mieux comprendre ce qu'il doit à la femme qu'il a choisie. Une scène très vive aurait eu lieu. Sa Majesté l'impératrice aurait dit à l'empereur qu'elle ne tenait pas au trône, mais à son mari ; que ce qu'elle avait épousé, ce n'était pas le souverain, mais l'homme ; et qu'un premier outrage serait décisif... L'empereur, toujours calme et doux, même quand il a tort, aurait fini par apaiser cette colère en s'engageant à rompre toute correspondance avec la personne en question."

Mais Napoléon III ne tint pas parole car, le lendemain, M. Maupas notait encore :

"22 septembre 1853. - Miss Howard reprend le dessus, au grand déplaisir de l'impératrice. L'ancienne maîtresse a des caprices fort chers... Tout récemment, il a fallu consentir à lui donner 150 000 F que M. Mocquard a jugés indispensables pour la faire rester un peu tranquille..."
Misse Howard, en effet, prenait un malin plaisir à se placer sur le passage des souverains pour les saluer.
Eugénie, les yeux fixes, les narines frémissantes, demeurait immobile, tandis que Napoléon III, d'un large coup de chapeau, rendait le salut...
Les jours où l'empereur allait inspecter ses troupes au camp de Satory, la favorite, qui habitait alors Versailles (d'où elle surveillait les travaux entrepris à Beauregard), se promenait sur la route en voiture légère.
L'impératrice n'étant pas là, ces rencontres ne se bornaient pas - on s'en doute - à un simple coup de chapeau...

Ecoutons Fouquier :


"Aux environs de Versailles, j'étais quelquefois convié aux Loges, chez Brinquant. Je ne puis oublier un fait qui me fut conté par Mme Brinquant mère et qui a la couleur de son époque. Napoléon III était venu à Versailles passer la revue des troupes au camp de Satory... Après le défilé, il regagnait une voiture qui l'attendait. C'était celle de Miss Howard... avec laquelle il se rendait au château de Beauregard, voisin du Chesnay. Pour transformer sa tenue militaire en tenue civile, il avait, dans cette voiture enlevé son képi et sa tunique, revêtu un haut-de-forme et une redingote, en gardant sa culotte d'uniforme rouge et ses bottes vernies. Ceux qui l'ont vu traverser les rues de Versailles avec cet accoutrement bizarre dans le pony-chaise de Miss Howard, ne l'ont pas oublié. L'amour pour la belle Anglaise expliquait tout..."

Naturellement, l'impératrice fut informée de ces escapades. Cette fois, elle ne cassa pas une assiette, elle ne prononça pas une injure, elle décréta simplement "uns suspension des rapports légitimes et défendit à son seigneur et maître l'accès de ela chambre nuptiale"...
Napoléon III fut très ennuyé, car il désirait fonder une dynastie. Or, Eugénie était la seule femme au monde qui pût donner un héritier au trône. Il fallait donc, à tout prix, qu'elle acceptât de recevoir le pollen impérial.
Napoléon III, la mort dans l'âme, demanda à Miss Howard de quitter la France pour un moment et de faire un séjour en Angleterre où, aux termes du contrat de rupture de 1852, elle devait, d'ailleurs, trouver un mari.
Harriet, effondrée, capitula. Rendue méconnaissable par le chagrin, elle partit quelques jours plus tard pour Londres en emmenant son fils et les deux bâtards que l'empereur avait eus, au fort de Ham, d'Eléonore Vergeot.
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 20 Mar - 19:16

Alors seulement, Eugénie rouvrit son lit à l'empereur. Celui-ci s'y précipita avec la volonté bien arrêtée de forger le prochain maillon de la chaîne des Bonaparte...
Hélas ! les mois passèrent sans apporter aucune espérance au couple impérial, et Eugénie, qui avait fait une fausse couche en avril 1853, se désolait.
Furieux d'oeuvrer inutilement avec une femme pour laquelle il n'avait plus d'attirance, Napléon III se tourna de nouveau vers des demoiselles espiègles et "actives de la fesse" comme dit Lambert, qui, si elles ne pouvaient lui donner de dauphin, lui procuraient du moins de profondes satisfactions...
En février 1854, la malheureuse impératrice apprit coup sur coup que son mari la trompait avec une jeune comédienne et que Miss Howard était à Paris, dans son hôtel de la rue du Cirque, pour quelques semaines... Elle s'enferma dans sa chambre et pleura.
Ce chagrin, auquel se mêlait l'humiliation de ne pouvoir donner un héritier à l'empereur, fut vite connu du public et, le 7 février, l'informateur habituel du préfet de police écrivit :

L'impératrice est d'une très grande tristesse qu'on attribue, soit à la douleur de n'avoir pas d'enfant, soit à l'affliction intime que lui donne son époux. Il est beaucoup question d'une demoiselle A... qui serait, pour le moment, la rivale préférée par l'Empereur. L'ancienne affection, dégénérée en amitié pour Miss Howard, perpétue d'ailleurs toujours et les visites aux Champs-Elysées sont d'une extrême fréquence...

Cette fois, l'impératrice changea de tactique. Pour ramener l'empereur vers elle, il lui sembla que le seul moyen était de lui donner un enfant. Et ce fut elle, cette fois, qui demanda tous les soirs à son mari de venir la rejoindre...
Cette persévérance fut bientôt couronnée de succès.
En mai, Eugénie annonça à Napoléon III qu'elle était enceinte.

(c'est à ce moment, le 16 mai exactement, que Miss Howard, définitivement délaissée, se maria avec un de ses compatriotes, Clarence Trelawny. Elle mourra le 19 août 1865 dans son château de Beauregard.)

Hélas ! trois mois plus tard, elle faisait encore une fausse couche.
La Cour s'alarma :


- Jamais nous n'aurons de "dauphin" !

Informé des bruits qui couraient, Napoléon III, furieux, manda aux Tuileries le célèbre accoucheur Paul Dubois.

- Veuillez, je vous prie, examiner l'impératrice !...

Dubois était timide. A la pensée de se glisser en un endroit réservé à Sa Majesté, il fut pris de panique :

- Je vais vous envoyer une sage-femme de la maternité, dit-il
- Jetez au moins un coup d'oeil, proposa amicalement l'empereur...

Mais Dubois, rougissant, s'y refusa.
Le lendemain, la sage-femme se présentait au palais. Penchée sur Eugénie, elle se livra à une inspection prolongée, puis releva la tête :

- Tout est en bon état, sire ! dit-elle.

La France respira...
tongue
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Jeu 21 Mar - 18:39

Lorsque la Cour apprit la déclaration de la sage-femme, certains commencèrent à murmurer que le "défaut" n'était peut-être pas chez l'impératrice mais chez l'empereur. Les plus hardis allaient jusqu'à prétendre que les excès génésiques dont le souverain se rendait coupable depuis vingt ans, avaient fort bien pu entamer ses facultés procréatrices.

- Il est usé, déclaraient-ils.

D'autres, plus indulgents, assuraient que les soucis qui assaillaient Napoléon III en début d'année 1854, l'empêchaient "de hanter l'impératrice avec la belle humeur qui le caractérisait".
Le baron V., dans une lettre à son beau-frère, résumait cette opinion en termes crus :

Songez, écrivait-il, que la France est ravagée par le choléra, que les dernières récoltes ont été catastrophiques et que nous sommes menacés d'une guerre avec la Russie...
Comment voulez-vous qu'il ... érige ! ...
(Le mot employé par le baron - on s'en doute - est moins scientifique.)

L'empereur, en effet, était fort soucieux. Le tsar, qui voulait s'emparer de Constantinople, avait occupé, à la fin de 1853, les principautés danubiennes et armait, à Sébastopol, une flotte imposante. En accord avec l'Angleterre, Napoléon III, qui s'était assuré la neutralité de l'Autriche et de la Prusse, avait résolu de donner un premier signal de résistance à la Russie en envoyant la flotte française de la Méditerranée à Salamine, avec l'ordre de pénétrer dans la mer Noire au moindre incident.
A la fin de février, la flotte anglaise se joignit à nos unités.
On était à la veille de la guerre.
Et, Napoléon III qui, avant d'être couronné, avait affirmé : "L'Empire, c'est la Paix", formule heureuse qu avait généralement plus, était fort ennuyé...
Au mois de mars, la destruction par les Russes d'une flottille turque à Sinope fut le signal du début des hostilités.
La flotte franco-anglaise entra dans la mer Noire, et, le 27, la France déclarait la guerre à la Russie, décision qui allait précipiter des milliers d'hommes vers la "fournaise de Sébastopol", faire connaître aux Parisiens l'existence de la Crimée et permettre à une ancienne maîtresse de l'empereur de faire un joli mot d'esprit.


Au moment de la déclaration de guerre, Rachel, en effet, se trouvait à Saint-Pétersbourg où elle donnait une série de représentations. A regret, elle dut faire ses malles pour rentrer en France. Mais, avant son départ, les officiers de la Garde l'invitèrent à dîner.
Ne voulant pas déplaire à ces militaires qui, la veille encore, l'applaudissaient, elle accepta.
Au dessert, on servit le champagne et un colonel se leva, coupe en main :

- Nous ne vous disons pas adieu, Madame... mais au revoir ! Car, ajouta-t-il au milieu des rires de ses camarades, nous entrerons bientôt à Paris et nous boirons encore à votre santé et à vos succès !...

Rachel ne sourcilla point. Elle se leva à son tour et répondit en souriant :

- Messieurs, je vous remercie beaucoup de votre réception et de vos voeux ; mais je dois vous avertir que la France ne sera certainement pas assez riche pour offrir le champagne à ses prisonniers de guerre ! ... tongue

Ce qui jeta un froid.

Dès que les trente mille soldats français furent en route vers la Crimée, où vingt-cinq mille Anglais devaient les rejoindre, Napoléon respira.
La guerre étant commencée, il pouvait de nouveau s'intéresser à l'impératrice.
Hélas ! celle-ci se plaignit bientôt de douleurs "causées par les bons soins répétés de l'empereur", et les médecins prescrivirent un séjour à Biarritz.
En pleine guerre, la Cour quitta donc les Tuileries pour aller en villégiature au bord de l'Atlantique.
Dès son arrivée, Napoléon III décida que, pour permettre à l'impératrice de prendre plus facilement le repos dont elle avait besoin, toute étiquette était bannie.

- Plus de service d'honneur, plus d'audiences, dit-il, nous sommes entre amis ! ...

Aussi chaque soir, après dîner, l'impératrice organisait-elle des jeux auxquels tout le monde participait - même l'empereur qui prenait un vif plaisir à sauter par-dessus les chaises, les fauteuils et les canapés...
Naturellement, les familiers de la Cour étant "grands amateurs de folâtrerie", les amusements de la villa Eugénie prirent rapidement un tour assez spécial. Et charles Simond nous dit que les distractions les plus prisées étaient "ces petits jeux qui permettent les frôlements équivoques ou amènent d'amusantes culbutes, les jupes étant pour lors très évasées et les pantalons ouverts"...

Certains jeux étaient, il est vrai, assez curieux.
Ecoutons encore Charles Simond :

"Un homme à genoux, enfouissait sa tête dans les jupes d'une femme assise, et les autres, hommes et femmes mêlés, montaient sur son dos jusqu'à ce qu'il pliât sous la charge et que la grappe humaine s'effondrât dans un méli-mélo amusant et parfois suggestif.
'Il y avait aussi une très naïve distraction qui consistait à s'asseoir en cercle, les jambes étendues de façon que les pieds des hommes et des dames se rejoignissent. On jetait alors au milieu un bracelet, un mouchoir, un soulier, que l'on faisait passer sous les jambes de chaque joueur, tandis qu'en dehors du cercle une personne cherchait à s'emparer de l'objet qui courait ainsi sous les pantalons noirs et les jupes bouffantes. Il arrivait que l'objet se mussât trop longtemps dans un même endroit. Il fallait alors que le "chat" essayât de mettre la main sur la "souris" - tels étaient les termes employés - ce qui prêtait à des méprises tout à fait délicieuses..."
Le jeu de cache-cache lui-même perdait, au cours de ces soirées, beaucoup de son innocence ainsi qu'on va le voir :

"Un soir, une dame qui sacrifiait volontiers sur les autels de Lesbos, voulut profiter du jeu pour essayer de conquérir une jeune femme pour laquelle elle éprouvait un fort penchant. Sournoisement, elle avait guetté de quel côté cette dernière se sauvait, et se précipita. Arrivée au lieu où elle était sûre de la trouver, elle la serra si fort et avec un tel luxe de palpations et d'attouchements non équivoques, que la personne, soumise à ce régime de caresses intensives, éleva une voix indignée. Stupéfaction ! Il y avait eu substitution et les avances allaient à un vieux laideron à qui il fallut faire d'humbles excuses ! ...

Enfin, on s'amusait à Biarritz - tout comme on le fera plus tard à Compiègne - aux tableaux vivants...
Ce divertissement, qui consistait à représenter des scènes galantes, et le plus souvent mythologiques, donna lieu à une bien jolie lettre d'adolescente.
La fille du maréchal Magnan ayant été choisie pour tenir le rôle d'Eros, écrivit à son père :

Mon cher père, je fais l'Amour ce soir, envoyez-moi au plus vite tout ce qui est nécessaire...

On imagine la tête du maréchal en recevant ce billet.
...... Razz
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Ven 22 Mar - 19:49

Le 27 août, Napoléon III quitta Biarritz pour se rendre à Boulogne où il devait rencontrer le prince Albert, époux de la reine Victoria.
Eugénie resta seule avec ses dames de compagnie.
Aussitôt, les gens mal intentionnés murmurèrent que la jeune souveraine allait profiter de sa liberté pour "mettre au front de l'empereur les attributs que celui-ci lui faisait porter depuis un an"...
C'était mal connaître Eugénie. Alors que, seule et libre, elle eût pu, en Espagnole coquette, faire tourner les têtes, elle se contenta de faire tourner les tables...


Le spiritisme, en effet, la passionnait. Depuis quelques temps déjà, elle évoquait des esprits et correspondait avec de célèbres défunts.
Certains, particulièrement doués pour les cancans, lui avaient même donné des renseignements fort précis sur les belles favorites de l'empereur et, s'il faut en croire d'estimables historiens, ce fut par cette étrange voie qu'elle apprit la liaison de Napoléon III et de Mme de La Bédoyère...

A Biarritz, Eugénie interrogea les tables sur la guerre de Crimée, cherchant à savoir si les combats seraient longs et si la flotte franco-anglaise coulerait beaucoup de navires russes. Mais les esprits se montrèrent peu bavards et l'impératrice dut se contenter de participer - sans le concours de l'au-delà - à l'optimisme général...

(Plus tard, l'impératrice accordera toute sa confiance à un occultiste écossais nationalisé américain, du nom de Douglas Home. Cet aventurier, qui était, pense-t-on, un agent secret de l'Allemagne, fut un peu le Raspoutine de la cour de Napoléon III.)

Le 18 septembre, elle quitta Biarritz et gagna Bordeaux où l'empereur était venu à sa rencontre. En retrouvant l'impératrice, Napoléon III montra une joie enfantine. Devant la foule amassée sur les marches de la gare, il lui baisa passionnément les mains et lui prit le bras avec une tendresse qui émut le petit peuple.
Le lendemain, les souverains montèrent dans le trains de Paris (la ligne Paris-Bordeaux était ouverte depuis le 18 juillet 1853.) et regagnèrent les Tuileries.
Le séjour à Biarritz et les bains de mer répétés avaient fait le plus grand bien à Eugénie. Aussi les médecins conseillèrent-ils à Napoléon III de "reprendre des essais dans le lit conjugal."


Pendant tout l'hiver, l'empereur, d'un coeur vaillant, s'efforça d'être efficace. Hélas ! pas plus que les armées franco-anglaises qui piétinaient devant Sébastopol, nous dit A. de Sazo, il ne put "rédiger un bulletin de victoire"...

Naturellement, les bruits les plus fâcheux circulaient à la Cour. Des gens qui se disaient bien renseignés assuraient que l'impératrice était affligé d'une malformation qui obligeait l'empereur à d'épuisantes acrobaties. D'autres racontaient que, dans son adolescence, Eugénie avait été déflorée par un officier espagnol trop bien pourvu qui l'avait mutilée... D'autres, enfin, plus aimables, se contentaient de dire, en haussant les épaules, que Napoléon avait épousé une radis creux...
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Sam 23 Mar - 19:24

Tous ces propos, bien entendu, étaient rapportés à l'Empereur et le pauvre en souffrait. Aussi dut-il ravi lorsque, au début de 1855, plusieurs scandales bien parisiens vinrent, pour un moment, détourner l'attention maligne des courtisans.
Le premier éclata le 13 janvier. Le voici rapporté par cette mauvaise langue de Viel-Castel :

"On parle bien bas dans le monde d'une petite affaire de Mme la comtesse de Nansouty née Perron, qui depuis quelque temps affectait les dehors d'une grande piété, renonçait presque au monde et ne portait plus de bijoux. Le mari voulut voir les bijoux, on lui refusa leur exhibition, il se fâcha, s'empara de la clé du secrétaire ! ... Pas de bijoux !... Il cherche partout... rien... et Mme de Nansouty refuse de s'expliquer.
"Le comte de Nansouty consulte le commissaire de police qui conseille une visite générale dans l'hôtel. Mme Nansouty, froide, hautaine, impassible, ne s'y oppose pas. Les bijoux sont retrouvés chez la femme de chambre qui les réclame comme un don de sa maîtresse. Le comte de Nansouty lui répond :

"- Votre maîtresse, si elle vous avait donné ces bijoux, nous l'aurait dit, puisqu'elle sait que le commissaire de police fait une fouille générale ; vous n'êtes qu'une voleuse !

"La femme de chambre exaspérée, voyant qu'il y allait de la prison, et de la cour-d'assise, s'écrie alors :

"- Eh bien ! si c'est comme ça et que Madame me laisse accuser, je vais tout vous dire : ces bijoux sont bien à moi ; je suis l'amant de Madame, et pour me décider à coucher avec elle, ce que je ne voulais pas faire, elle m'a donné peu à peu tous ces bijoux...

"A cette assertion, on descend dans la chambre de la comtesse qui, perdant tout son calme, tombe dans des spasmes nerveux et pleure à sanglots.
"La femme de chambre devinet arrogante, nomme tous "ses amants", parmi lesquelles la marquise d'Ada.
Elle maintient son assertion sur la possession des bijoux et finit par exiger 80 000 F pour prix de son silence..."

Le second scandale fut également provoqué par une dame aux moeurs infléchies... Il éclata le 31 janvier. Ce jour-là, on apprit à la Cour que la marquise de Beaumont, née Dupuytren, avait été surprise dans une maison de filles "alors qu'elle s'exerçait à la fricatelle"...

Tout le monde éclata de rire.
Hélas ! les chefs d'Etat ne peuvent compter indéfiniment sur les turpitudes de leurs sujets pour dstraire le pays. Bientôt ces histoires furent oubliées et la Cour recommença à ironiser sur la stérilité de l'impératrice.
Au mois d'avril, la mort dans l'âme, les souverains se rendirent à Londres où la reine Victoria les avait conviés. Accueillis avec cordialité, ils se laissèrent aller, un soir, à confier à la jeune reine - qui était une "pondeuse d'enfants" - leur regret de n'avoir point d'héritier. Victoria s'exprimait sans périphrase. Elle se tourna vers l'empereur :

- C'est bien simple, dit-elle. Mettez un coussin sous les reins de l'impératrice !...

Le conseil devait être bon, car deux mois plus tard, Eugénie, triomphante, annonçait à l'empereur qu'il allait être papa.
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Sam 23 Mar - 20:48

LE CURIEUX JOURNAL INTIME DE LA COMTESSE DE CASTIGLIONE


Elle courait tracer un signe mystérieux dans son journal quand on lui avait mis la main aux fesses. - CLAUDE VILLARET -


LE 8 septembre 1855, après un siège de douze mois, les zouaves de Mac-Mahon s'emparèrent de Sébastopol.
La guerre de Crimée touchait à sa fin.
Alors on commença à parler d'un congrès international réunissant les plénipotentiaires des nations belligérantes en vue "d'un règlement de la question d'Orient et d'une cessation des hostilités". "La paix que nous voulons, écrivit un journaliste optimiste, doit asseoir l'Europe sur des bases solides et durables pour mille ans. De plus, elle doit effacer à tout jamais le souvenir humiliant du Congrès de Vienne..."


Or, la conclusion de cette paix que tout le monde espérait, allait avoir une influence déterminante sur le destin d'une jeune Piémontaise de dix-huit ans que ses amis appelaient "la plus jolie femme d'Europe"...
Elle se nommait Virginia Oldoïni, vivait à Turin, entourée d'admirateurs éblouis et portait, depuis son mariage, célébré le 9 janvier 1854, le titre de comtesse de Castiglione...
Son enfance avait été singulière.
A l'âge où les petites filles jouent encore à la poupée, la future comtesse, dont la grande beauté stupéfiait tous les hommes, était courtisée comme une femme.
Consciente du désir qu'elle inspirait aux messieurs haletants, elle murmurait, dit-on, avec un petit sourire méprisant, baissant à peine ses yeux verts :

- Soyez patients ! Je vais grandir...

Et tout le monde avait envie de crier :

- Plus vite ! Plus vite ! ... Razz


A seize ans, sa vue aurait dû être interdite aux apoplectiques.
A ce moment, elle épouse François Verasis, comte de Castiglione, qui est attaché à la maison du roi de Piémont, Victor-Emmanuel, et qui a dix ans de plus qu'elle.
Quelques semaines plus tard, elle est présentée au souverain. Celui-ci la contemple en montrant tous les signes d'un trouble extrême. Il bafouille, s'empourpre et doit finalement, ""sa nature étant demeurée très instinctive, cacher sous son chapeau la manifestation inopinée d'une débordante admiration pour la comtesse".
Flattée, la jeune femme rêve aussitôt d'aventures romanesques et de cabrioles dans une couche princière.
C'est alors que - pensant lui faire plaisir - Castiglione lui donne un enfant. Comment pourrait-il supposer, le maladroit , que Virginia, empêchée de recevoir, pendant les dernières semaines de sa grossesse, les admirateurs qui encombrent généralement son salon, va lu reprocher d'être privée d'hommages à cause de lui ?
L'enfant naît le 9 mars 1855. C'est un garçon, dont elle s'occupe peu. Elle préfère tenir son Journal intime.

Ce journal, Alain Decaux l'a retrouvé, en 1951, à Rome. Il constitue, sans doute, le plus extraordinaire document dont un historien puisse rêver. Virginia s'y montre telle qu'elle est avec ses petitesses, ses roueries, ses rares élans, son orgueil et ses étonnantes façon de midinette. Ne la voit-on pas, en effet, tracer un B (barré) lorsqu'on l'a embrassée, un F (barré) lorsuq'elle s'est donnée complètement et un BX lorsqu'on lui a fait, si j'ose dire, des caresses intermédiaires ?
Ce code, elle va bientôt avoir l'occasion d'en utiliser toutes les finesses.
Depuis quelque temps, un ami d'enfance, Ambrogio Doria, avec qui elle a joué jadis à La Spezia, lui fait la cour. Après ses relevailles (quelque temps après son accouchement), ce soupirant devient plus pressant et, un soir de juin, tout émue de ce qui vient de se passer, elle écrit :


Je suis allée à la messe à neuf heures. En revenant par le jardin, j'ai trouvé Ambrogio Doria qui est venu dans ma chambre, pendant que les domestiques déjeunaient.
Je me suis déshabillée, mis le peignoir blanc, sans peigne ; causé jusqu'à onze heures sur le canapé. BX... Il est parti par le jardin.
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Lun 25 Mar - 18:24

Ce BX si facilement accepté va décider de sa carrière amoureuse.
Doria revint quelques jours plus tard, alors que le comte de Castiglione est allé passer la soirée chez un ami, et Virginia écrit dans son Journal :


J'ai dîné avec la Vimerati, seule. François était chez Cigala. Elle est partie à sept heures, quand Doria est venu dans le salon. Causé dans l'obscurité. BX. BX. BX. BX...

Cet ardent Ambrogio aura droit à un F (barré) le surlendemain, 7 juillet...
Quelques jours plus tard, la jeune comtesse écrit :

Doria revenu. Resté jusqu'à cinq heures. Causé dans ma chambre...

Un F (barré) témoigne de l'intérêt que Virginia a pris à cette conversation...
Comme il n'y a que le premier faux pas qui coûte, la belle Nicchia (c'est le nom que lui donnent ses admirateurs) ne va pas s'arrêter en si mauvais chemin...
Ambrogio Doria a un frère, Marcello, dont le nom apparaît bientôt dans le Journal intime. Et, à la date du 13 octobre, Virginia trace les chiffres suivant : 12, 5, 18, 19, 21, 5, 13, 20, 18, 20, 17, 11, 5, 11, 9, 19, 1, 21, 5, 3, 12, 14, 9...

Ce qui signifie : Marcello est venu sur le lit avec moi...


Les doux ébats auxquels se livrait Nicchia avec les frères Doria ne furent bientôt plus à la mesure de son orgueil grandissant. Elle rêvait d'étreintes royales...
Une occasion inespérée d'utiliser sa beauté à des fins exaltantes allait lui être donnée...
Cavour, premier ministre de Victor-Emmanuel et cousin de la volcanique comtesse, avait un grand dessein : faire l'unité de l'Italie qui était alors un véritable puzzle : on y trouvait le Piémont, royaume de la Maison de Savoie, la Lombardie et la Vénétie, provinces occupées par les Autrichiens, les duchés de Parme, de Modène et de Toscane, les Etats de l'Eglise et le royaume des Deux-Siciles.

Pour parvenir à unifier ces Etats et à chasser les Autrichiens, il fallait le concours d'un souverain européen puissant et favorable à l'Italie. Il n'y en avait qu'un, en cette fin de 1855, au moment où les armées françaises venaient de remporter une victoire définitive en Crimée sur les troupes du tsar : c'était Napoléon III...
Cavour connaissait la réputation galante de l'empereur. Il résolut de se passer des habituels diplomates et d'envoyer à Paris la comtesse de Castiglione, avec une mission précise : devenir la maîtresse de Napoléon III et amener celui-ci à prendre parti pour la péninsule.

Informée des intentions de Cavour, Virginia, enthousiaste, n'eut plus, dès lors, qu'un seul but : noter dans son Journal intime :Causé avec Napoléon III. F...
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Lun 25 Mar - 19:35

Le 16 novembre 1855, à huit heures du soir, un personnage mystérieux vint frapper à la porte du jardin de Virginia. Le valet Pongio, qui attendait sous un arbre - il pleuvait - se précipita, s'inclina profondément et accompagna le visiteur qui se diregea d'un pas rapide vers la maison.
Là, une porte-fenêtre s'ouvrit et la comtesse de Castiglione, vêtue d'une robe de velours noir, fit une respectueuse révérence.
Victor-Emmanuel, roi de Piémont, venait rendre visite à la plus belle femme d'Europe...
Il entra, retira son manteau et alla s'asseoir près d'un grand feu de bois qui pétillait dans la cheminée.

L'oeil allumé, il considéra Virginia dont les seins fermes pointaient sous le velours. Mais ses mains demeurèrent sagement sur les bras de son fauteuil.
Le roi n'était pas venu chez Mme de Castiglione pour se livrer à des gamineries.
Après quelques paroles aimables, il prit un ton grave et parla de l'Italie, des provinces occupées par l'Autriche, de la nécessité d'une unification et de la mission qu'il avait décidé de lui confier auprès de Napoléon III...

- Le général Cigala, votre oncle, dit-il, vous a déjà parlé de notre projet. Je tenais à vous demander moi-même si vous acceptez de servir de cette façon un peu spéciale la cause de l'unité italienne...

Mme de Castiglione sourit :

- J'accepte, sire ! ...

Le roi inclina la tête :

- Je vous remercie, Madame. D'ici peu, nous vous donnerons des instructions précises et un code pour vous permettre de correspondre avec nous sans danger... Dans quelques je dois me rendre à Paris en compagnie de M. Cavour. Nous préparerons votre arrivée.
A dix heures, Victor-Emmanuel quitta Virginia et rentra dans son palais en pensant que l'empereur des Français allait être amené à oeuvrer pour l'unité de l'Italie par un canal bien agréable.


Tout était prêt pour que la comtesse pût aller faire, selon le mot de Saint-Aulaire, "de la politique d'oreiller" dans le lit de Napoléon III.
Le 20 novembre, le roi de Piémont monta dans un wagon spécialement aménagé pour son auguste personne. Le surlendemain, il était à Paris.
L'empereur l'accueillit avec une grâce exquise, s'enquit de l'Italie, "ce pays qu'il aimait tant", et des familles qu'il y avait connues autrefois.
Les réponses de Victor-Emmanuel stupéfièrent la Cour pourtant peu farouche. Le roi, en effet, se plaisait à raconter des anecdotes graveleuses sur les dames de la haute société piémontaise avec des gestes fort nombreux et fort déplacés.
Scandalisé, le comte de Viel-Castel nota un soir dans son journal :


"Le roi de Piémont est un véritable sous-officier, il en a le ton et les manières ; il fréquent beaucoup^les filles et paraît fort disposé à traiter cavalièrement toutes les femmes ; sa conversation est plus que légère ; sa légèreté du fond n'est pas même gazée par la pudeur de l'expression, il aime le terme grossier. Il parle sans retenue de ses bonnes fortunes et il nomme les femmes les plus considérables de Turin en disant simplement : "celle-là a couché avec moi".
"On nommait une famille de la plus haute aristocratie, il a souri en articulant hautement qu'il avait couché avec la mère et les filles."


Napoléon III fut plus indulgent que le comte de Viel-Castel. Quand il sut que le roi de Piémont était - tout comme lui - un grand coureur de jupons, il fit en sorte que son hôte conservât de la France un souvenir ébloui...
Un soir, à l'Opéra, voyant que Victor-Emmanuel lorgnait avec insistance une ravissante danseuse, l'empereur murmura :

- Cette petite vous intéresse ?...

Le Piémontais baissa ses jumelles :

- Beaucoup ! Combien coûterait-elle ?

Napoléon III sourit :

- Je ne sais pas, demandez à Bacciochi, il connaît tout dans ce domaine...

Victor-Emmanuel se tourna ver le premier chambellan - celui que l'on nommait "le grand ordonnateur des plaisirs de l'empereur" :

- Vous connaissez cette danseuse ?...
- La troisième à droite ? C'est Eugénie Ficre... Elle est délicieuse et facile. On a écrit sur elle ce quatrain :

Eugénie est un petit rat
Cher aux pachas !
- Paye, dit-elle, et tu verras
Mes entrechats !...


Victor-Emmanuel était cramoisi :

- Combien ? dit-il.
- Oh ! sire... pour Votre Majesté se serait cinquante louis...
- Ah diable ! c'est cher !...

Alors Napoléon se pencha :

- Bacciochi, vous mettrez cela sur mon compte !...


Pendant que Victor-Emmanuel racontait ses bonnes fortunes et passait son temps avec les danseuses, Cavour, lui, agissait. Il rencontrait Walewski, devenu ministre des Affaires étrangères, s'efforçait de l'intéresser à la cause de l'Italie et surtout - très habilement - préparait l'arrivée de Mme de Castiglione.
Car, comme le dit Alain Decaux (à qui, pour cette "dame de coeur de l'Europe", il faut toujours revenir)
"il y eut, en effet, - aussi surprenant, aussi romanesque que le fait puisse apparaître - une véritable préparation à la venue de Virginia à Paris".

Devant des auditeurs extasiés, Cavour dépeignait le visage, l'élégance, les charmes de la comtesse aux yeux verts...
Certains s'enquéraient :

- Ne viendra-t-elle pas un jour à Paris ?...

Le premier ministre italien hochait la tête :

- Peut-être...

Bientôt, toute la capitale ne parla plus que de Mme de Castiglione...
Alors, Victor-Emmanuel et Cavour se rendirent à Londres pour y saluer la reine Victoria et rentrèrent à Turin.
Virginia, à qui, quelques jours auparavant, un agent secret était venu donner le chiffre au moyen duquel elle correspondrait désormais avec Cavour, préparait ses malles.
Ces préparatifs n'empêchaient pas l'ardente comtesse de songer à la bagatelle ainsi qu'en témoigne son Journal intime :

Mercredi 12 décembre. Fait les caisses, travaillé. A une heure venu Doria dans ma chambre sur le canapé.
Causé. F
(don de sa personne) jusqu'à trois heures.

A ce rythme, il fallut près d'une semaine pour remplir les caisses.
Le 17, veille du départ, Ambrogio Doria vint, en larmes, faire ses adieux à Virginia. Elle le consola de son mieux :

Dans ma chambre, Doria sur le canapé, puis près du feu, assise par terre. F. F.

Quelques heures plus tard, alors qu'elle bouclait ses dernières malles, on vint l'avertir que le roi l'attendait dehors. Sans doute devina-t-elle que Victor-Emmanuel se montrerait entreprenant car elle renvoya tout son monde avant de le faire entrer dans le salon. Que se dirent-ils ? On ne le saura sans doute jamais. Mais au moment de quitter celle qui avait le sort de l'Italie "entre ses jolies mains", Victor-Emmanuel fut animé par un beau désir. Ils étaient dans le jardin. Malgré l'endroit - et la saison -, le roi se montra fougueux amant, ainsi que nous le prouve ce passage du Journal de Virginia :

A onze heures, il est parti. Je l'ai accompagné jusqu'au jardin où il m'a cinq...F.F... Je suis venue dans la toilette arranger les choses...

C'était, si j'ose dire, coup de l'étrier car, le lendemain, Mme de Castiglione quittait Turin.
Honorée par un roi, elle allait se faire déshonorer par un empereur
.
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Lun 25 Mar - 20:25

Mme de CASTIGLIONE SEDUIT NAPOLEON III SUR L'ORDRE DU ROI DE PIEMONT


Quand le diplomate a échoué, il reste la femme... - Proverbe turc -


AVANT de s'embarquer pour la France - et pour Cythère - Virginia se rendit à Florence où elle voulait embrasser sa mère. Là, un bienheureux hasard hasard lui fit retrouver le comte Lao Bentivoglio, quadragénaire ardent qu'elle avait connu quand elle était petite fille. Elle lui sauta au cou, par habitude.
Le comte était impressionnable et imaginatif. Il rêva aussitôt de la prendre sur ses genoux, comme il le faisait encore cinq ans auparavant, et de jouer à la petite bêbête qui monte...
Le soir même, il lui fit part, sur un ton humble mais pressant, de son désir de renouer avec le passé...
La jeune comtesse, flattée de cet hommage inattendu, se contenta de sourire. Bentivoglio, plein d'espoir, décida alors de l'accompagner à Gênes où elle devait embarquer et de profiter de l'affolement du départ pour se glisser dans son lit...

- Je devais prendre le bateau pour la Syrie, dit-il (il venait d'être nommé consul de France à Alep), mais je vous suis.

(Bentivoglio, d'origine italienne, était de nationalité française. Il avait exercé à la cour de Napoléon III les fonctions de "lieutenant des chasses à tir".)

Virginia lui donna un léger coup d'éventail sur les doigts et il comprit que ses affaires étaient en bonne voie.
Deux jours plus tard, ils arrivaient à Gênes. La présence du mari ne gêna pas le consul qui, à la faveur des derniers préparatifs et entre deux amoncellements de caisses, parvint d'une main experte à s'assurer du bien-fondé de son admiration. La petite comtesse ne donna bientôt plus de coups d'éventail et le soir du 25 décembre, elle mit son corps délicieux dans les souliers de Bentivoglio...
Le comte Lao fut ivre de joie? Jamais il n'avait eu un aussi beau cadeau de Noël. Il le dit à Virginia qui lui promit d'être à lui jusqu'à l'embarquement.
Le bonheur des deux amants dura dix jours. Ce fut pour la jeune femme une liaison enrichissante, exaltante et pourtant sans danger. Le comte de Castiglione, impatient de voir arriver le bateau de Marseille, tenait, en effet, les yeux fixés sur l'horizon sans se douter que son épouse se familiarisait avec le roulis et le tangage sur un grand lit où Bentivoglio faisait office de lame de fond.
Ces dix jours furent un enchantement pour le consul. Plus tard, il écrira à Virginia :

Je t'aimais quand tu avais douze ans, même quand tu en avais dix et je t'aimerai toute la vie. Je savais que j'aimais quelqu'un avant de te le dire, mais je ne savais pas que c'était toi ; mes yeux, mon coeur se sont ouverts le jour où tu es arrivée à Florence et que je t'ai embrassée sur le front dans la chambre de ta mère ; quand tu es entrée, un voile est tombé et je vis le véritable amour, le seul vif, puissant, terrible, qui me fera ou beaucoup de bien ou beaucoup de mal.

Et, comme il aimait la précision, il évoquera "le souvenir du 25 décembre 1855 au 4 janvier 1856 et quel commencment de 1856 ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! C'est donc un véritable rêve et dois-je le considérer comme tel désormais ?
"


Le consul avait été tellement ébloui qu'il finissait par croire à une sorte d'hallucination. Tout était bien vrai cependant. Comme l'écrit de façon savoureuse Alain Decaux : "Ce qui prouve que le "rêve" de Bentivoglio fut des plus palpables, c'est que Virginia, un mois plus tard, conçut quelques inquiétudes sur un point très précis. Elle s'empressa d'en faire part à Bentivoglio, en l'accusant, ce qui paraît hasardeux étant donné les entretiens qu'elle avait eus les jours précédents avec Victor-Emmanuel et Ambrogio Doria." Très ennuyé, Bentivoglio répondit aussitôt :

Je vous donne ma parole que je n'ai fait aucun Casa del Diavolo qui puisse avoir des suites désagréables, pourtant vous savez ou vous ne savez pas qu'il arrive de drôles de choses en ce genre; ce que je peux vous jurer sur la tête de ma mère, c'est que je suis innocent comme l'enfant qui vient de naître, mais prenez vos précautions, si vous craignez quelque événement de ce côté là...
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mar 26 Mar - 17:14

Mais, le 4 janvier 1856, jour de l'embarquement, Virginia ne connaissait pas encore ces craintes. Surexcitée par l'aventure que représentait pour elle la traversée Gênes-Marseille, elle courait d'une chambre à l'autre pour y embrasser à tour de rôle, et avec la même tendresse, Bentivoglio, Ambrogio Doria, qui étaient venus lui faire leurs adieux, et son mari qui, pourtant, partait avec elle...
Après une courte halte à Marseille, les Castiglione arrivèrent à Paris le 6 janvier. Ils s'installèrent aussitôt dans un appartement luxueux qu'une agence leur avait trouvé à l'entresol d'un immeuble situé 10, rue de Castiglione...

Dès qu'elle eut retiré son manteau de voyage, Virginia ouvrit sa fenêtre, regarda les fiacres qui passaient, se pencha un peu, vit les arbres du jardin des Tuileries et sourit. Le malicieux hasard qui la faisait résider dans une rue dont elle portait lenom, la plaçait également à proximité du palais où vivait l'homme qu'elle devait séduire.


Le 9 janvier, Mme de Castiglione fit une entrée éclatante dans le monde parisien. Conviée par la princesse Mathilde (la princesse, qui avait passé une partie de son enfance à Florence avec son père, le roi Jérôme, connaissait fort bien le grand-père de Virginia, Antoine Camporecchio. Celui-ci avait été le conseiller de la famille Bonaparte en exil.), elle arriva avec des plumes roses dans les cheveux. "Elle semblait, nous dit un témoin, le comte de Reiset, une marquise d'autrefois coiffée à l'oiseau royal."

Tout le monde l'admira, l'entoura, lui fit mille compliments. Soudain, on annonça l'empereur.
Mme de Castiglione blêmit. L'homme qu'elle devait rallier à la cause italienne venait d'entrer. Elle le croyait grand, majestueux, jupitérien. Il était petit, un peu voûté, il trottinait sur de courtes jambes et posait sur l'assistance un oeil bleu délavé.

La princesse Mathilde présenta les Castiglione au souverain. Le regard impérial devint alors un peu plus vif et s'attacha au décolleté de Virginia. Les invités considéraient la scène en silence. Au bout de quelques secondes, Napoléon III, dont l'intérêt allait croissant, tortilla sa moustache et dit quelques mots aimables à la jeune femme. Toutes les oreilles féminines se tendirent. Qu'allaient répondre Virginia ?
La jeune comtesse, tremblante pour la première fois de sa vie, ne trouva rien à dire et se contenta de baisser le plus ravissant nez du monde.
Alors, le souverain, un peu déçu, s'éloigna et dit à haute voix - selon son habitude :

- Elle est belle, mais elle paraît être sans esprit !

Cette phrase, on le devine, plongea dans le ravissement toutes les femmes qui, depuis l'entrée de Virginie dans le salon de la princesse Mathilde, souriaient avec une envie de mordre...


Virginia devait prendre sa revanche quelques jours plus tard.
Le 26 janvier, invitée à un bal par l'ex-roi Jérôme, ellel arriva - au bras de son mari - à l'instant précis où Napoléon III se retirait. La reconnaissant, le souverain inclina la tête et dit galamment :

- Vous arrivez bien tard, Madame...

Virginia fit une petite révérence :

- C'est vous, sire, qui partez bien tôt...


Ce n'était pas une réplique étourdissante d'esprit, mais le ton en était si désinvolte que les témoins demeurèrent stupéfaits. Quant à Napoléon III, il considéra avec un intérêt nouveau cette belle Florentine qui semblait vouloir entamer avec lui un dialogue badin.
Le soir même, le comte Bacciochi, dont Viel-Castel nous dit "qu'il alimentait le lit de son maître de toutes less femmes et filles que convoitait la luxure impériale", reçut l'ordre d'inscrire Virginia sur la double liste des "invitations sourantes" et des "invitations réservées".
Le poisson avait mordu
Il était temps.

Le tsar ayant reconnu sa défaite le 16 janvier, les journaux annonçaient que la paix serait réglée en février par un Congrès réuni à Paris. Déjà les Parisiens accrochaient des drapeaux à leurs fenêtres. Déjà des bals s'organisaient.
Cavour, qui s'apprêtait à quitter Turin pour venir suivre à Paris les travaux du Congrès, écrivit une lettre pressante à Virginia :

Réussissez, ma cousine, par les moyens qu'il vous plaira ; mais réussissez...

Ces conseils étaient superflus. La comtesse de Castiglione savait déjà par quels moyens elle amènerait Napoléon III à défendre les intérêts de l'Italie au moment de la signature du traité de paix. Mais il fallait le revoir. Et le revoir sans tarder.
On imagine donc sa joie lorsqu'elle reçut une invitation de Sa Majesté pour un bal donné au palais de Tuileries le 29 janvier.
Non seulement le poisson avait mordu, mais il se manfestait.
Il n'y avait plus qu'à ferrer...
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mar 26 Mar - 17:34

Le 19 janvier, à neuf heures du soir, le chef des huissiers du palais annonça :

- Le comte et la comtesse de Castiglione !


Tout le monde se tourna vers la porte. Et Virginia, éblouissante dans une robe bleu argent - de la couleur de ses yeux - pénétra pour la première fois aux Tuileries. D'un pas léger, elle se dirigea en compagnie de son mari jusqu'à la salle des Maréchaux où se trouvaient les trônes de Leurs Majestés.
Là, elle fit une exquise révérence devant Napoléon III qui put ainsi plonger un oeil salace dans le fond d'un décolleté fort généreux. Il en fut, nous disent les témoins, "profondément émus dans ses fibres".
En se relevant, la comtesse lança savamment son regard dans celui du souverain et se dirigea vers la salle de jeux où elle attendit, sûre d'elle-même. Ce ne fut pas long.


Quelques minutes plus tard, l'empereur, quittant son trône, venait retrouver la jeune femme qui, le lendemain, allait pouvoir écrire dans son journal :

"L'empereur est venu me parler. Puis tout le monde regardait et sont (sic) venus me voir. Je riais..."

Elle pouvait rire, en effet, car sa "mission" s'annonçait bien.

Les jours suivants, l'empereur devait se montrer avec elle de plus en plus empressé, ainsi qu'en témoigne le Journal intime:

Samedi 2 février - A neuf heures, je suis allée au petit bal des Tuileries, où je suis restée jusqu'à deux heures ; causé avec l'empereur qui m'a donné à souper des oranges...

Mardi 5 février - Je suis allée au bal costumé de M. Le Hon où j'ai parlé avec l'empereur masqué...

Jeudi 21 février - Peignée avec la poudre, perles, plumes ; allée au concert des Tuileries où il n'y avait que les diplomates. Dîné, causé avec l'empereur...

25 février - Allée au concert des Conférences de paix commencées aujourd'hui...

Ce soir-là, Virginia dut avoir avec Napoléon III une conversation assez importante touchant la politique, car le lendemain Cavour, qui venait d'arriver à Paris, écrivait à son ami Luigi Gibrario, chargé à Turin, durant son absence, des Affaires étrangères :

Lundi 25 février, nous entrons en scène. Je vous avertis que j'ai engagé dans la carrière la très belle comtesse de XXX et l'ai initiée à coqueter et à séduire, si le cas se présentait, l'empereur.
Elle a commencé discrètement sa mission au concert des Tuileries d'hier. Adieu.


L'unification de l'Italie était en bonne voie...
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mar 26 Mar - 20:03

Tandis que Virginia oeuvrait dans l'ombre pour son pays, Paris fêtait joyeusement l'ouverture du Congrès. Une atmosphère de fête régnait dans tous les quartiers, car, une fois de plus, le bon peuple croyait que ce traité allait lui valoir la paix pour mille ans...
Or cette joie s'accrut subitement le 27 février grâce à une aventure fort savoureuse qui venait d'arriver à Alexandre Dumas.
L'auteur des Trois Mousquetaires habitait rue de Rivoli avec Ida Ferrier, une comédienne de moeurs légères qu'il venait d'épouser. Elle occupait un appartement au premier étage, lui trois pièces au quatrième.
Un soir, il se rendit à un bal aux Tuileries. Trois quarts d'heure plus tard, il revint tout crotté, se fit ouvrir l'appartement de sa femme et pénétra dans la chambre d'Ida en maugréant :

- C'est dégoûtant, il fait un temps de chien, j'ai glissé dans la boue. Je ne peux pas aller à cette soirée, je viens travailler près de toi.

Ida tenta de le renvoyer dans son appartement.

- Non, dit Dumas, tu as un bon feu. Ma chambre est froide. Je m'installe ici...

Et, prenant du papier, de l'encre, une plume, il se mit à travailler devant la cheminée.
Au bout d'une demi-heure, la porte du cabinet de toilette s'ouvrit et Roger de Beauvoir, à peu près nu, apparut en disant :

- Après tout, j'en ai assez de geler dans ce cabinet !

Dumas, tout d'abord surpris, se leva et, furieux, injuria l'amant de sa femme. En homme habitué à écrire pour le théâtre, il improvisa une tirade majestueuse, dont il fut visiblement satisfait.
Ida se faisait toute petite dans le lit.Quant à Roger de Beauvoir qui était l'amant de Mme Dumas bien avant que celle-ci ne fût mariée, il écoutait en grelottant.
Enfin, Alexandre, montrant la porte d'un grand geste, s'écria :

- Et maintenant, Monsieur, désertez ma demeure, nous nous expliquerons demain matin !

Dehors, la pluie claquait contre la vitre et le vent hurlait. Changeant de ton, Dumas dit à Beauvoir :

- Je ne peux tout de même pas vous renvoyer par ce temps-là. Asseyez-vous au coin du feu. Vous passerez la nuit dans ce fauteuil.

Et, se remettant devant ses papiers, il reprit son travail.

A minuit, il se coucha aux côtés d'Ida et souffla les bougies. Au bout d'un moment, le feu s'étant éteint, il entendit Roger de Beauvoir claquer des dents.

- Tenez, monsieur de Beauvoir, je ne veux pas que vous vous enrhumiez.

Et il lui lança un édredon.
Mais le beau Roger continuait de grelotter, et Dumas l'entendit tisonner quelques derniers charbons.

- Ecoutez, je ne veux pas que vous preniez du mal, dit-il. Venez vous coucher. Nous nous expliquerons demain matin.

Beauvoir ne se le fit pas dire deux fois et se glissa dans le lit auprès d'Ida et d'Alexandre. Deux minutes plus tard, le trio dormait du sommeil de l'innocence.


A huit heures du matin, Alexandre Dumas s'éveilla le premier et secoua Beauvoir en souriant :

Nous n'allons tout de même pas nous brouiller pour une femme, même légitime, dit-il.
Ce serait stupide.
Puis, saisissant la main de Roger, il la posa sur la partie peccante de son épouse et termina par ces mots magnifiques :

- Roger, réconcilions-nous, comme les anciens Romains, sur la place publique...
:
P
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 27 Mar - 20:00

NAPOLEON III DEVIENT L'AMANT DE Mme DE CASTIGLIONE AU COURS D'UNE FÊTE DE NUIT


Une fête où l'on ne se trémousse pas, est une fête où l'on s'ennuie. - GYP -



LE 15 mars au soir, l'impératrice, qui était au terme de sa grossesse, se mit à crier qu'elle allait accoucher.
Ce fut aussitôt l'affolement au palais.
Les médecins, les princes, les dignitaires qui devaient assister à la naissance de l'enfant impérial, couraient en tous sens. Mme de Montijo, venue d'Espagne pour la circonstance, clamait des conseils que personne n'écoutait, et l'empereur trottinait en pleurant...


(Persigny écrira à lord Malmesbury : "L'empereur, qui n'a pas quitté une minute la chambre de sa femme, était dans un état nerveux indescriptible. Il a sangloté sans interruption pendant quinze heures !")

L'accouchement le plus vaudevillesque de l'Histoire commençait...
Tout d'abord, l'un des médecins qui s'agitaient autour d'Eugénie, M. Jobert de Lamballe, fut pris d'une indigestion, se trouva mal et tomba sur le tapis. Il fallut le porter rapidement dans une pièce voisine et lui donner des soins.
Ensuite, ce fut l'empereur qui, toujours en larmes, eut un malaise. On dut l'emmener dans u salon où il s'allongea sur un canapé, secoué par de gros sanglots.
Enfin, à trois heures, Eugénie poussa un grand cri et le prince impérial vint au monde.
Le docteur Conneau alla chercher l'empereur :

- Sire... Un fils ! Venez ! ...


Napoléon III, titubant d'émotion, s'élança vers la chambre, se prit le pied dans le tapis et tomba dans les bras de Conneau. Les gardes se précipitèrent et l'on porta le souverain jusqu'au lit d'Eugénie. Celle-ci venait d'avoir une petite syncope. Elle demanda faiblement :

- Alors ? Est-ce une fille ?

L'empereur s'était agenouillé par terre. Il bredouilla :

- Non !

Les yeux de l'impératrice brillèrent de joie.

- C'est un garçon ?

Napoléon III, complètement égaré, secoua de nouveau la tête :

- Non. ........ Razz

Eugénie fut affolée.

- Mais alors, qu'est-ce que c'est ?

Le docteur Dubois s'approcha vivement :

- Mais si, Majesté, c'est un fils !...

L'impératrice l'interrompit :

- Non ! C'est une fille, mais on me le cache. Je veux savoir ! ......... Razz Razz

Le docteur prit le nouveau-né et montra à l'assistance "les pièces qui en faisaient un prince de sexe masculin".
On applaudit.

Alors l'empereur, soudain exalté, se releva d'un bond et détala en direction des salons où l'attendaient pêle-mêle, les dignitaires, les fonctionnaires de la Cour et les domestiques du palais.

- C'est un fils ! C'est un fils ! criait-il.

Fou de joie et incapable de se contrôler, il se jeta sur les premières personnes qu'il rencontra et les embrassa à pleines joues...
Leur air effaré lui fit retrouver enfin un peu de dignité. Confus, il murmura :

- Je ne puis vous embrasser tous !... Mais je vous remercie de l'intérêt que vous me témoignez !

Puis il regagna la chambre de l'impératrice en s'essuyant les yeux...


On pouvait croire que cette suite de scènes bouffonnes était terminée. Il n'en était rien.
A quatre heures, M. Fould, ministre de la Maison de l'empereur, annonça qu'il venait de dresser l'acte de naissance. Et, s'inclinant, il se tourna vers le prince Napoléon, premier du sang.
Mais Plonplon était de for méchante humeur.
Jusqu'au dernier moment, il avait espéré qu'Eugénie mettrait au monde une fille. Le prince qui venait de naître lui retirait son titre d'héritier présomptif et l'éloignait à tout jamais du trône...
L'oeil mauvais, il refusa de signer.
M. Fould, interloqué, insista, disant que le paraphe de Son Altesse était indispensable. Mais Son Altesse secoua la tête et tapa du pied.

- Non !

[size=18]Soudain, un événement imprévisible se produisit :
Plonplon, prenant ses jambes à son cou, se précipita hors du salon.
Une extravagante poursuite s'engagea. Le prince Murat, Morny, Fould et Baroche, président du Conseil d'Etat, courant aux trousses du prince, criaient :

- Altesse ! Altesse ! Signez !

Mais Plonplon, malgré son embonpoint, galopait à travers le palais. Enfin, le groupe arriva dans un petit salon où sommeillait la princesse Mathilde. Le bruit la réveilla en sursaut :

- Que se passe-t-il ?

M. Fould lui expliqua respectueusement que Son Altesse ne voulait pas signer l'acte de naissance du prince impérial. Elle haussa les épaules :

- Ne voyez-vous pas, mon frère, que le fait de signer ou non ce papier d'état civil ne change rien à rien ? Le prince impérial est né. Qu'y pouvez-vous ?...

Le prince Napoléon prit donc la plume que lui tendait M. Fould, mais, d'un geste rageur, fit une énorme tache d'encre sur la page du registre d'état civil.
Le ministre de la Maison de l'empereur dut se contenter de cette singulière signature
...
[/size]
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Mer 27 Mar - 20:28

En apprenant la naissance de l'héritier du trône, Mme de Castiglione fut ravie. Elle pensa que l'empereur, libéré des soucis que lui causait la grossesse de l'impératrice, allait pouvoir lui consacrer tout son temps et tout son esprit.
Sûr d'elle-même, Virginia ne donna dès lors, plus de limites à son outrecuidance.
Elle parut à la Cour dans des décolletés tellement audacieux qu'un soir le colonel de Gallifet fixant ses seins à peu près nus, lui dit :

- Je les connais maintenant, les deux superbes rebelles à tout frein. Mais prenez garde, comtesse, tout à l'heure, les vêtement des hommes vont devenir trop étroits !...

La phrase était leste. Pourtant, elle fit sourire Virginia. Il est vrai qu'elle ne détestait pas les plaisanteries les plus graveleuses. Un soir, chez Mme de Pourtalès, Vimercati lui tendit un drageoir rempli de bonbons à la fleur d'oranger, en lui disat :

- Comtesse, aimez-vous sucer ?...
- Sucer quoi ? répondit Virginia en éclatant d'un rire égrillard.

Les témoins, pourtant habitués à un certain laisser-aller, demeurèrent pantois...


Un matin de mai 1856, Virginia se réveilla de mauvaise humeur. Elle rejeta ses draps de soie noire (elle couchait dans des draps noirs pour faire ressortir la blancheur laiteuse de sa peau), se leva, retira sa chemise de nuit et se plaça, nue, devant une grande glace. Longuement, avec amour, elle regarda ce corps dont rêvaient tous les hommes de la Cour, ses seins qui pointaient vers le ciel, son ventre à peine bombé, ses cuisses parfaites, sa croupe émouvante, son "buisson touffu" et soupira...

On était le 9 mai. Il y avait donc exactement quatre mois qu'elle avait rencontré Napoléon III pour la première fois, et le désir impérial ne s'était encore manifesté que par un tortillement de moustache, une lueur dans le regard ou une rougeur subite.
A aucun moment, le souverain n'avait cherché à l'entraîner sur un canapé. Mieux : il n'avait jamais eu, à son endroit - si j'ose ainsi m'exprimer -, un de ces gestes rapides, mais précis, qui en disent plus long qu'un poème et que la femme de Cro Magnon devait déjà considérer comme un hommage...
Connaissant la réputation galante de l'empereur des Français, Virginia était atrocement vexée.
Que fallait-il donc faire pour que Napoléon III sortît de son étonnante réserve ? Le plus simple, pensa la jeune femme, était de montrer que la nature ne l'avait pas seulement dotée d'un ravissant visage, mais que le reste constituait un "morceau" digne d'un souverain.
Peu habituée au demi-mesures, Mme de Castiglione décida de se rendre aux Tuileries dans une tenue qui ne laisserait à peu près rien ignorer de son corps.
L'entreprise était audacieuse. Elle réussit. Ecoutons un témoin effaré, le comte de Maugny, nous conter l'arrivée de la comtesse à peine voilée au palais impérial.


"Je n'oublierai jamais un certain bal costumé aux Tuileries où elle apparut à demi nue comme une déesse antique. Ce fut une révolution. Elle était en Romaine de la décadence, la chevelure dénouée, retombant épaisse et soyeuse sur ses luxuriantes épaules ; sa robe, fendue sur le côté, laissant voir une jambe moulée dans un maillot de soie et un pied invraisemblable de perfection, surchargé de bagues de prix à tous les doigts, à peine protégé par de mignonnes sandales. Précédée du comte Walewski qui faisait écarter la foule, et donnant le bras au comte de Flamarens, encore très décoratif quoiqu'il eût passé depuis longtemps l'âge de la galanterie, elle arriva vers deux heures du matin, après le départ de l'impératrice et provoqua un tumulte indescriptible.
On l'entourait, on se pressait pour la voir de plus près. Les femmes, perdant la tête et n'ayant plus aucun souci de l'étiquette, montaient sur les banquettes afin de la mieux observer ; quant aux hommes ils étaient littéralement hypnotisés."


Si les femmes montèrent sur les canapés et si les hommes furent congestionnés, on imagine bien que l'empereur ne demeura point indifférent. Il lorgna, les yeux mi-clos selon son habitude, tout ce que Virginia lui avait jusqu'alors caché et prit de bonnes résolutions.
Le lendemain, avec son sens inné du vaudeville, il alla demander à l'impératrice d'avoir la gentillesse d'inviter Mme de Castiglione à une partie de campagne..
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Jeu 28 Mar - 1:10

Trois semaines plus tard, un valet de pied à la livrée impériale apportait à Virginia la lettre suivante :

Chère Madame. Je suis chargée de la part de l'impératrice de vous dire que vous recevrez une invitation pour vendredi soir à Villeneuve-l'Etang et que vous êtes priée d'y aller en robe montante et en chapeau, parce qu'on se promènera sur le lac et dans le parc. Je serai heureuse, chère Madame, de vous y rencontrer.
Recevez, je vous prie, mille amitiés.

EMILIE DE LAS MARISMAS.


Virginia comprit que les événements allaient se précipiter...
Le vendredi soir, elle arriva à Villeneuve-l'Etang vêtue d'une robe de mousseline transparente et coiffée d'un chapeau garni d'une auréole de Marabout blanc.

"Toilette d'apparition, écrit la comtesse Stéphanie Tascher de la Pagerie. Que de vertu il eût fallu pour y résister, et ce n'était point de vertu que se piquaient les hommes dans ces sortes de réunions !..."

Napoléon III fut subjugué ! Il se précipita vers Virginia et, tandis que la fête de nuit commençait, il entraîna la jeune femme vers l'étang où l'on avait disposé des barques ornées de lanternes vénitiennes.
L'une d'elles était pavoisée.

- Celle-ci est la mienne, dit-il. Voulez-vous que nous fassions un tour jusqu'à l'île ?

Virginia monta dans la barque et l'empereur prit les rames.
L'instant d'après, ils voguaient en silence.
On ne devait les voir réapparaître que deux heures plus tard. Napoléon III était un peu décoiffé et la robe de Virginia avait perdu sa belle allure...
Tous les invités, naturellement ricanèrent et le comte de Viel-Castel put écrire le lendemain dans son Journal :


"A la dernière fête de Villeneuve-l'Etang, la comtesse de Castiglione s'est longuement égarée dans une île placée au milieu du petit lac ; elle est revenue, dit-on, un peu chiffonnée et l'impératrice a laissé voir quelque dépit..."
La pauvre Eugénie. Elle avait bien pensé à exiger de ses invités des robes montantes. Elle n'avait pas prévu les dangers des promenades en barque...


Dès le lendemain, tout Paris sut que l'empereur était devenu, de façon champêtre, l'amant de Mme de Castiglione. Bientôt, une petite chanson un peu leste courut dans le peuple :

Aussitôt que la comtesse
A retiré son corset,
Elle court, elle s'empresse
Vers le lit de Badinguet.
Gai, gai, larirette,
Vers le lit de Badinguet.

Elle se blottit, conquise,
Dans les bras de son emp'reur
Qui, retirant sa chemise,
Lui fait voir... sa "belle humeur".
Gai, gai, larirette,
Lui fait voir... sa "belle humeur".

Mais ici rien ne l'étonne
Car, chaq'jour, de sa maison,
Elle aperçoit la colonne
D'un autre Napoléon...
Gai, gai, larirette,
D'un autre Napoléon ...
(Virginia habitait alors rue de Castiglione, à deux pas de la place Vendôme.)

Cette chanson plut beaucoup à Virginia...

Si Mme de Castiglione aimait les histoires graveleuses et ne détestait pas tenir elle-même des propos fort lestes, en revanche aucune polissonnerie ne se mêlait à ses jeux amoureux avec l'empereur.
Elle se considérait alors en service commandé, prenait gravement son plaisir, et lorsque le souverain lui demandait une de ces gentillesses qui se font entre amants, elle gardait l'oeil fixé sur la péninsule italienne.
Entre deux étreintes, elle amenait fort habilement la conversation sur son pays, exposait les inconvénients d'une Italie divisée, pleurait avec art et notait les réactions de Napoléon III.
Le soir, un rapport chiffré parait pour Turin.
Ainsi, nous dit Alain Decaux, "put-elle vivifier chez l'empereur les sympathies italiennes et informer très régulièrement Cavour de l'état d'esprit du souverain français..."


Ce travail d'agent secret dura jusqu'au mois de juillet.
A ce moment, Napoléon III quitta Saint-Cloud pour aller prendre les eaux de Plombières.
Virginia resta à Paris et s'ennuya.
Elle n'était pourtant pas aussi seule qu'elle se l'imaginait. Le ministre de l'Intérieur, soupçonnant l'activité occulte de cette trop bruyante Italienne, la faisait surveiller. On la suivit, on nota ses propos, on épia ses rencontres? On ouvrit même ses lettres, sans résultat d'ailleurs, car la belle était rusée. Elle avait obtenu - par un sourire - du directeur général des Postes, que son courrier italien lui fût déposé à la légation de Sardaigne. En outre, et pour plus de sûreté, elle avait séduit le comte de Puliga, secrétaire de la légation.


Ce brave homme, follement amoureux, lui écrivait :
"Je vous ai quittée avec le coeur si gros, si gros, que dans la rue je me suis senti le visage couvert de larmes...
Quand je me sépare de vous, il me semble vraiment que toutes mes fibres se déchirent et toutes mes entrailles aussi."


Ce n'était certes pas cet idolâtre qui allait remettre à la police les lettres que Virginia recevait du Piémont...
Pendant tout l'été, et malgré une surveillance constante, la comtesse put ainsi demeurer en relation avec Cavour, à l'insu d'un ministre pourtant perspicace.
Napoléon III revint de Plombières, montra à Virginia que la séparation n'avait pas entamé son bel allant, fit des prouesses de jeune homme, puis s'en alla reprendre son souffle à Biarritz. A son retour, toujours aussi amoureux, il fit inviter Mme de Castiglione à Compiègne. (I)


La Cour fut éberluée. La maîtresse de l'empereur allait donc dormir sous le même toit que l'impératrice ?
Qu'allait dire Eugénie ?
Eugénie ne dit rien.
Malgré sa jalousie, malgré son chagrin, elle pensa qu'il était adroit de se taire, sachant bien que Mme de Castiglione ne pouvait faire une longue carrière dans la coeur volage de son mari.
Le séjour à Compiègne fut pour Virginia un enchantement. Dans la journée, la Cour admirait sa façon de se vêtir, et la nuit, l'empereur appréciait ses déshabillés. Lorsque tout le monde était couché, il allait, en effet, la retrouver dans sa chambre et lui donnait un vigoureux échantillon des forces impériales...

Traitée en favorite officielle, Mme de Castiglione se crut Mme de Pompadour. Son orgueil, dès lors, ne connut plus de bornes et un jour, un journaliste ayant écrit quelques phrases enthousiastes sur sa beauté, elle y ajouta - sans rire - les lignes suivantes :


"Le Père Eternel ne savait quelle chose il créait le jour où il l'a mise au monde. Il la pétrit tant et tant que, lorsqu'il l'eût faite, il perdit la tête en voyant son merveilleux ouvrage..."

Elle fit photographier ses pieds, ses mollets, ses mains, ses épaules, promena sa beauté dans les salons comme s'il se fût agi d'une châsse que l'on dût vénérer, poussa l'audace jusqu'à porter les mêmes coiffures que l'impératrice, agrémentées des mêmes ornements, et n'adressa plus la parole aux femmes. ( Episto :Là, je crois qu'en plus de sa bêtise, la folie commençait à la gagner... tongue )
Cette attitude grotesque irrita, bien entendu, toute la Cour. Et la malicieuse Mme de Metternich résuma, un soir, l'opinion générale, en disant de Mme de Castiglione qu'elle était "bête à couper au couteau".
Le mot fit rire. Il n'était pas excessif. On en eut la preuve le jour où Virginia écrivit sur une photographie ces trois phrases d'une magnifique sottise : "J'églae les plus hautes dames par ma naissance ; je les surpasse par ma beauté ; je les juge par mon esprit!" ........ Razz
Agacé par tant de vanité, Mérimée, qui tournait la manivelle du piano mécanique à Compiègne pour faire danser la Cour, déclara un soir :

- Elle m'exaspère ! Son impertinence me met en fureur et j'ai souvent envie de lui retrousser les jupes et de la fesser à main plate. Puis de lui faire subir les derniers outrages...

Il ajouta en riant :

- Qui sait d'ailleurs si cela ne provoquerait pas en elle de merveilleuses réactions !...


L'auteur de Colomba avait raison. Mme de Castiglione avait besoin d'être fessée...
Malheureusement personne n'eût osé meurtrir un endroit qui plaisait tant à Sa Majesté l'empereur des Français !...

La Cour revint à Paris passer l'hiver et Virginia continua ses extravagances au grand déplaisir de l'impératrice qui commençait à montrer, elle aussi, de l'irritation. On en eut la preuve au cours d'un bal donné au ministrèe des Affaires étrangères. Mme de Castiglione arriva vêtue en "Dame de Coeur".
Eugénie examina la robe de la favorite, parsemée de gros coeurs en velours rouge, attarda son regard sur l'un d'eux, placé en un endroit "peu favorable" et dit :

- Le coeur est un peu bas !...

Toute la Cour éclata de rire.

Mme de Castiglione ne sourcilla pas. L'air hautain et méprisant, elle passa dans un autre salon où, hiératique, elle se donna en spectacle à des invités qui avaient bien du mal à cacher leurs ricanements.
Ces mondanités ne faisaient pas oublier à Virginia le but de son voyage en France. Sur l'oreiller, elle continuait d'intéresser l'empereur à l'Italie. Parfois, se blottissant dans ses bras, elle lui parlait tendrement du rôle que pourrait jouer la France. Et Napoléon III commença à songer sérieusement à une intervention armée...



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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Jeu 28 Mar - 1:16

Oups ! j'ai oublié le :... Laughing

(I) Chaque année, la Cour impériale passait un mois à Compiègne, de la mi-octobre à la mi-novembre. Napoléon III faisait alors inviter par "série" tout ce que la France comptait d'illustre. Chaque "série" demeurait une semaine à Compiègne. Il y avait la série diplomatique, la série militaire, la série sérieuse, constituée de personnages officiels, la série élégante, etc. Tous les courtisans rêvaient d'être conviés à ces festivité que l'on appela bien vite "les Compiègnes".
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Jeu 28 Mar - 1:33

Les deux amants se retrouvaient - quand Virginia était seule à Paris - au 28 de l'avenue Montaigne où les Castiglione avaient loué un hôtel Or, une nuit d'avril 1857, alors que l'empereur sortait de la maison de la comtesse et regagnait son coupé qui l'attendait devant la prte, trois hommes s'élancèrent vers lui. Il n'eut que le temps de monter dans la voiture et de crier : "Aux Tuileries !"
Les individus cherchèrent à saisir le cheval à la bride, mais le cocher les cingla d'un grand coup de fouet. Ils s'éloignèrent en hurlant et la voiture put filer vers le palais.
Recroquevillé sur la banquette, Napoléon avait passé un très mauvais moment.
Le lendemain, tout Paris savait que le souverain avait failli être assassiné en sortant de chez sa maîtresse.
On imagine sans peine la jolie scène de ménage que dut subir ce jour-là Sa Majesté.


La police ne tarda pas à mettre la main sur les agresseurs de l'empereur.
Il s'agissait de trois Italiens nommés Tibaldi, Grilli et Bartolotti, qui appartenaient à un goupe de conspirateurs dirigé par le révolutionnaire Mazzini.
Un aventurier nommé Giraud servait d'agent de liaison entre les trois hommes et Ledru-Rollin qui, de Londres, où il était exilé, avait accepté de patronner le complot.
Mais au dernier moment, ce politicien, dont on ne dira jamais assez le ridicule, la balourdise et la poltronnerie, avait, dans un instant d'affolement, dénoncé Giraud à la police impériale. Arrêté aussitôt, celui-ci se croyant trahi "par le socialisme tout entier", s'était empressé de donner le nom de ses complices...
Ainsi, une fois de plus, les hommes de 1848 faisaient involontairement le jeu de Napoléon III...
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Jeu 28 Mar - 20:53

Naturellement, la nationalité des trois conspirateurs fit jaser les ennemis de Mme de Castiglione :

- Cette Italienne a certainement trempé dans le complot !... D'ailleurs, il fallait être bie renseigné pour savoir que l'empereur se rendait, cette nuit-là, précisément, au 28 de l'avenue Montaigne!...

Virginia, informée des bruits qui couraient fut épouvantée. Elle s'enferma chez elle. Eut-elle, à ce sujet, des conversations avec l'empereur ? C'est probable, bien qu'elle n'en ait rien noté dans ses carnets...
Quoi qu'il en soit, lorsqu'au mois d'août, le procès des trois Italiens commença, Napoléon III craignant probablement des révélations gênantes, conseilla à Virginia de faire un voyage en Angleterre. (I)...
Bien entendu, les conjurés ne parlèrent point de Mme de Castiglione, et la comtesse - qui avait eu le temps de séduire, à Londres, le duc d'Aumale - revint à Paris, souriante et soulagée.
Fût-elle en vérité mêlée à ce complot ? Il est difficile de le croire, car on ne voit pas les raisons qui l'eussent poussée, en avril 1857, alors qu'elle était au faîte de sa faveur, à faire assassiner l'empereur.
Pourtant, le général Estancelin fit un jour de troublantes révélations. Dans une lettre privée qu'à publiée Alain Decaux, le général écrivait en effet :


Vous ai-je rappelé qu'un agent de police près de l'empereur était venu trouver quelqu'un que je sais (vraisemblablement l'un des princes d'Orléans avec lesquels Estancelin était très lié.) pour assassiner le grand chef (Napoléon III), et que cet individu était en rapport avec la comtesse de Castiglione ? Vous ai-je renvoyé l'écho lointain de ces paroles dans une conversation à deux :
- Si je l'avais fait assassiner, qu'auriez vous dit ?
- Rien !...
Non, je ne m'étonne de rien. Mais ce n'eût pas été par vengeance d'amour ni par intérêt. C'était donc une raison politique... Laquelle ?


Et le général Estancelin concluait :

Il reste beaucoup à approfondir dans les ténèbres de cette grande existence si agitée. Et d'ailleurs, sait-on jamais la vérité de ce que dit une femme et une femme politique surtout ?

Le mystère demeure entier.

(I)A ce moment, Viel-Castel écrit dans son Journal :
"Il est curieux, en lisant les détails de cette affaire, de voir avec quel soin on évite de nommer la comtesse de Castiglione dont les assassins devaient surveiller l'hôtel dans la prévision de pouvoir y surprendre l'empereur, soit à son arrivée, soit à son départ... Toute cette finesse est comme le secret de polichinelle..."



Revenue à Paris, Virginia renoua immédiatement ses relations galantes avec l'empereur. Le comte de Castiglione ayant eu la bonne idée de retourner en Italie, les amants purent se rencontrer en toute tranquillité.
Au mois d'octobre, la comtesse fut de nouveau conviée à Compiègne. Elle y trouva l'empereur et tous les invités fort joyeux à cause d'une aventure assez leste qui venait d'arriver à la femme du docteur Koreff, médecin de Marie Duplessis.
Ecoutons cette aventure contée par un chroniqueur du temps, le fameux Lambert, qui se disait "élève posthume de Saint-Simon et de Tallemant des Réaux" :

"Mme Koreff avait de jolies dents, assez de gorge, la langue bien pendue ; toute sa petite personne était d'une pétulance à ne s'endormir ni su rles marguerites cueillies au printemps ni sur la rhubarbe conjugale : on pouvait l'aimer pour elle-même.
"Le marquis Harrenc de la Condamine, qui fut assez longtemps son cavalier servant, resta toutefois à l'état de soupirant. Si la porte dérobée lui avait résisté, il avait s'ouvrir à deux battants celle du grand escalier, et l'estime lui faisait les honneurs du logis comme l'avant-coureur d'un sentiment plus tendre.
"Loin que le mari fût jaloux, il sortait la plupart du temps en laissant sa clef sur la porte, de sorte que, si les domestiques s'absentaient en même temps que leur maître, on entrait sans sonner et sans être annoncé.
"Le marquis ne s'en fit pas faute, un beau matin, où il apportait à la hâte une lettre de recommandation que Mme Koreff lui avait demandée la veille, en faveur d'un de ses protégés, surnuméraire dans un ministère. Il s'arrêta au seuil de la chambre à coucher, craignant d'y trouver son amie endormie. Ayant entendu parler, il avança résolument.
"Un spectacle imprévu l'attendait.
"Mme Koreff, complètement nue, se trouvait sur le lit en compagnie du jeune surnuméraire qui était "vêtu" seulement d'une chaîne d'or et d'une médaille de saint Boniface.
"Laquelel médaille, ajoute Lambert, ne pouvait cacher grand-chose à la nudité du jeune homme, attendu que, pour la liberté de ses mouvements et afin de ne point incommoder Mme Koreff, il la tenait entre ses dents...
"Fort troublé de voir cette femme qui'l désirait, "recevoir d'un autre ce qu'il eût tant aimé lui donner", le marquis se recula. Son geste fit tomber une canne posée contre le mur. Les deux amants effarés tournèrent la tête.
"Devant leur confusion, le visiteur s'esquiva avec l'intention généreuse de faire comme s'il n'avait rien vu.

"Son embarras recommença pourtant le lendemain lorsqu'il rencontra Mme Koreff et que celle-ci essaya de s'excuser. La voyant rougissante, il ne put s'empêcher de lui dire :

" - Mais Madame, pourquoi pas moi ?...
" La réponse de la jeune femme fut sublime :
" - C'est que je tiens trop à mes amis !... dit-elle en baissant les yeux.


Mme de Castiglione devait oublier bien vite cette amusante histoire. Sa liaison avec l'empereur allait, en effet, prendre fin brusquement, quelques jours après.
Un soir, rue du Bac, où elle s'était rendue, le souverain l'accueillit avec une froideur qui la stupéfia.
Elle demanda des explications. D'une voix sèche, il répondit qu'elle avait "parlé".
Craignant toujours la jalousie de l'impératrice, Napoléon III exigeait de ses maîtresses une discrétion absolue et se montrait sans pitié pour les "bavardes".

Mme de Castiglione crut à une rupture passagère, alors qu'elle venait d'être à tout jamais disgraciée.
Pendant cinq semaines, elle attendit en tremblant, un mot, un appel, un signe de pardon. En vain.
Finalement, humiliée, désespérée, persuadée d'avoir "raté" sa mission, elle prit le train pour l'Italie emportant, en guise de réconfort, le souvenir extasié de ses dernières nuits avec l'empereur.
Ce souvenir lui sera si cher que, quarante-deux ans plus tard, faisant son testament et décrivant minutieusement sa toilette funéraire, elle demandera à être ensevelie dans "la chemise de nuit de Compiègne, 1857"...


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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Jeu 28 Mar - 23:44

Mme DE CASTIGLIONE TRIOMPHE : NAPOLEON III DECIDE D'INTERVENIR EN ITALIE



Les femmes n'aiment que les guerres qu'elles ont fait déclarer. - BALZAC -


EN Italie, Virginia refusa de reprendre la vie commune avec son mari. Elle loua, aux environs de Turin, la villa Gloria et s'y installa en compagnie de son fils, le petit Georges, qui avait près de trois ans.
Elle eut voulu y cacher son humiliation, mais Cavour vint lui rendre visite. Au bord des larmes, elle lui révéla les raisons de son "échec". Le premier ministre fort déçu, exprima ses craintes avec netteté :

- Napoléon III, dit-il, est un homme dont on peut attendre tous les revirements. Votre présence à ses côtés était nécessaire pour combattre l'influence de l'impératrice... Eugénie a peur de l'unité italienne car, en bonne catholique, elle est hostile à tout changement susceptible d'atteindre le Saint-Siège...
Favorable à l'Autriche, elle peut rallier l'empereur à ses idées...


Mme de Castiglione baissa la tête.

- J'ai essayé, croyez-le bien...

Cavour continua :

- Eugénie continue d'être jalouse de vous. Et sans doute pense-t-elle que ce serait une belle victoire de femme que de pousser l'empereur à devenir l'allié des ennemis de l'Italie...

Virginia était accablée. Après avoir cru en la toute-puissance de sa beauté, cette défaite lui donnait un vertige amer.

- Que dois-je faire ?
- Rien... Attendons !


Le 16 janvier 1858, en ouvrant le journal, elle apprit que Napoléon III avait failli être victime d'un attentat. Alors qu'il se rendait à l'Opéra avec l'impératrice, trois bombes lancées par Orsini avaient éclaté devant la voiture impériale. Les souverains étaient sains et saufs, mais on déplorait 156 blessés et 8 morts...
Ce nouvel attentat risquait de monter l'opinion française contre l'Italie et d'amener l'empereur à se rapprocher de l'Autriche.
Mme de Castiglione, cette fois, fut atterrée. Elle ignorait que le peuple est capable des réactions les plus inattendues.
Au procès, Orsini déclara qu'il avait agi par patriotisme :

- J'ai voulu tuer l'empereur parce qu'il s'opposait à la libération de mon pays !

Et Jules Favre, devant un auditoire soudain attentif lança un appel de l'accusé à Napoléon III :

- Que Sa Majesté ne repousse pas le voeu suprême d'un patriote sur les marches de l'échafaud, qu'elle délivre ma patrie et les bénédictions de vingt-cinq millions de citoyens la suivront dans la postérité !...

Alors, le peuple fut retourné. Orsini devint un héros. On en parla avec des tremblements dans la voix. L'impératrice elle-même déclara qu'il avait "toute son estime". Et, lorsque cet homme qui avait atrocement massacré des femmes et de enfants monta vers la guillotine, des centaines de Parisiennes étaient en larmes...
Comme l'écrit Alain Decaux :

"En France comme en Italie, on s'émut, on fut conquis, bouleversé, enthousiaste. L'empereur s'était trouvé ancré dans son rêve italien qui, lors du procès, avait secoué l'opinion. L'action de la comtesse de Castiglione, très vite, allait ainsi trouver sa justification et se récompense..."

Dans sa villa piémontaise, Virginia suivit avec l'intérêt que l'on devine l'évolution de la politique française.
Au mois de mai, elle apprit que Napoléon III avait chargé Mac-Mahon d'une mission secrète en Italie.
En juillet, on vint lui dire en confidence que Cavour, invité par l'empereur, se rendait à Plombières sous le nom de Giuseppe Benso, pour envisager une action commune. A son retour, le premier ministre lui fit part des conditions posées par Napoléon III :

- L'empereur accepte de nous aider à chasser les Autrichiens de nos territoires, à condition que la Savoie et le comté de Nice deviennent français...
J'ai fini par accepter... En outre, il demande que la fille aînée du roi Victor-Emmanuel épouse le prince Napoléon, son cousin... J'ai accepté aussi, malgré l'extrême jeunesse de la princesse Clotilde et la vie agitée du prince Napoléon...
Mme de Castiglione, peu à peu, reprit confiance.
Ses longues conversations avec Napoléon III n'avaient pas été inutiles : la France allait aider l'Italie à se libérer des Autrichiens.
Un peu réconfortée, elle rêva de se réinstaller à Paris et de redevenir favorite malgré la présence aux Tuileries de Marie-Anne Walewska, la nouvelle maîtresse de l'empereur.
Elle écrivit au prince Poniatowski pour lui demander conseil. La réponse fut des plus franches :


Je ne l'ai pas vu encore (Napoléon) : il me traite mal, parce qu'on l'a persuadé qu'il existait des rapports entre nous ; du reste, il croit avec beaucoup d'autres que tu es la maîtresse du roi (Victor-Emmanuel) ; et on a dit en sa présence : "Maintenant qu'elle est séparée (de son mari), elle ne le sera plus reçue nulle part." Au fond, il ne s'intéresse pas à toi : ça a été un caprice qui lui a causé des ennuis et il préfère ne plus en entendre parler. Vérité très dure, mais il est préférable que tu la connaisses pour te servir de guide et n'être pas induite en erreur. Si tu faisais le coup de la restitution (des bijoux), je ne crois pas que tu aurais beaucoup à gagner : ou il accepte, et alors c'est fini, ou il refuse en te donnant toutes les bonnes paroles possibles, et alors les affaires se compliquent... En ce qui concerne l'empire de son coeur, je crois que ni toi ni d'autres ne l'auront jamais. Je te dis cela parce que je serais vexé si tu perdais il banco et il beneficio (le banc et le bénéfice).

Le prince, on le voit, était de bon conseil...
Un peu plus loin, Poniatowski parlait de Marie-Anne Walewska :

Elle est toujours en faveur, mais un peu refroidie avec la Patronne (l'impératrice).

Des mois passèrent, pendant lesquels Virginia se tint à l'affût des nouvelles.
Au mois de mars 1859, elle apprit avec joie que, malgré l'Angleterre, qui voulait maintenir la paix, et malgré l'impératrice, qui s'opposait à la guerre (I) Napoléon III recevait Cavour à Paris. Enfin, le 20 avril, les journaux annoncèrent que l'Autriche, exaspérée par les provocations du Piémont, venait d'adresser un ultimatum à Turin. Le jeune François-Joseph sommait Victor-Emmanuel de désarmer dans les trois jours.
Cavour rejeta l'ultimatum. C'était la guerre ! Le 24 avril, les régiments de Paris se dirigèrent vers la gare de Lyon au milieu d'une foule en délire.
A la villa Gloria, Virginia suivit les événements avec émotion.
Le 3 mai, elle trembla en lisant dans les journaux que Napoléon III, laissant la régence à l'impératrice, venait de rejoindre l'armée dont il qssumait le commandement suprême. "Dans quelques jours, disait le communiqué, l'empereur sera en Italie."
Alors, un grand espoir naquit dans le coeur de Virginia et, à tout hasard, elle fit préparer la chemise de nuit de compiègne...


(I) Crf. OCTAVE AUBRY : "L'impératrice, que Napoléon, pour être plus libre dans sa vie privée, laisse prendre part aux affaires et qui en parle maintenant avec les ministres, les ambassadeurs, à bâtons rompus, d'une façon impulsive et capricante, l'impératrice jette flammes, prédit les pires catastrophes." Le Second Empire.
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MessageSujet: AU TEMPS DE L'AIGLON   Ven 29 Mar - 0:00

Napoléon III débarqua à Gênes, le 12 mai. Dès cet instant, Virginia, frissonnante, attendit une lettre, un billet, un mot...
Mais l'empereur ne pensait pas à elle. Il était tout à "sa"guerre. C'était la première fois, en effet, qu'il commandait des troupes en campagne ; la première fois qu'il allait pouvoir imiter les gestes, la voix et les mouvements de menton de son oncle vénéré. On comprendra que, dans son trouble, il ait un peu oublié Mme de Castiglione...
Après avoir embrassé Victoir-Emmanuel, il se rendit, moustaches bien lissées, à Alexandrie pour y diriger les opérations militaires. Tout de suite, les combats furent favorables aux troupes piémontaises et Virginia, cachée dans sa villa, put suivre la marche triomphante de son "petit homme".
A défaut de lettres d'amour, elle recevait des bulletins de victoires.
Ce fut Casteggio, Palestro, Magenta, Solferino...


A ce moment, la Prusse, que les succès français commençaient d'inquiéter, annonça qu'elle mobilisait. Apeuré, Napoléon III conclut, le 6 juillet, un armistice avec l'Autriche. Après quoi, il se rendit à Turin pour y faire ses adieux à Victor-Emmanuel.
Le roi était effondré. Au terme de l'accord franco-autrichien, le Piémont ne s'agrandissait que de la Lombardie et de Parme. La Vénétie restait à l'Autriche, et Modène et Florence étaient rendues à leurs princes.
On était loin de l'unité italienne espérée par Cavour.
Aussi l'empereur fut-il reçu assez froidement.

Quand il sortit du palais royal, il eut un choc : aux fenêtres flottaient des drapeaux en berne et les vitrines étaient remplies de portraits d'Orsini, l'homme qui avait voulu l'assassiner...
Comprenant qu'il n'avait pas intérêt à s'attarder, il repartit immédiatement pour la France, sans même songer à faire les quelques kilomètres qui le séparaient de la villa Gloria...
Horriblement vexée, Virginia rangea en pleurant sa chemise de nuit historique..
.
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