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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 NAPOLEON ET LES FEMMES

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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 8 Avr - 11:46

Seul de tous les généraux, il ne s'était pas présenté rue de la Victoire, bien qu'il eût servi naguère en Italie sous les ordres de Bonaparte.

- Je ne veux pas attraper la peste, disait-il.

Au bout de deux semaines, cédant aux prières de Désirée, à qui Joseph et Julie avaient fait la leçon, il consentit à se rendre chez son ancien chef.
L'entrevue failli être orageuse. Après avoir vanté la situation brillante de la France, il regarda Bonaparte bien en face et dit :

- Je ne désespère pas du salut de la République, et je suis certain qu'elle saura bien contenir ses ennemis extérieurs et intérieurs.

Sans Joséphine, qui, fort habilement, fit dévier la conversation sur des futilités, les deux hommes en seraient probablement venus à des mots - et peut-être à des gestes - regrettables...


Quelques jours plus tard, Bonaparte, sachant par son frère Joseph que Désirée avait un peu calmé Bernadotte, s'invita à déjeuner chez son adversaire.
En compagnie de Joséphine, il se rendit rue Cisalpine, où habitait le Béarnais et fut reçu par son ex-fiancée, défaillante d'émotion. Aussitôt, il se lança dans des discours interminables qui n'avaient pour but que de dissimuler le trouble extrême qui l'étreignait lui aussi.
Pendant tout le repas - qui fut gai -la jeune maîtresse de maison le regarda, fascinée. Sans doute, devant cet homme, dont le nom commençait à faire trembler le monde et dont la présence à Paris affolait le Directoire, pensait-elle au petit officier timide qui lui faisait la cour à Marseille.


Après le dessert, les deux ménages partirent pour Mortefontaine où Joseph Bonaparte venait d'acheter une maison de campagne. Dans la voiture, Désirée, placée en face de Napoléon, genoux contre genoux, "sentit renaître en son coeur toute la pasion qui l'avait naguère consumée".
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 8 Avr - 13:37

A Mortefontaine, délaissant les sujets aimables et mondains, les hommes abordèrent les questions qui les passionnaient. Le résultat fut désastreux. En effet, tandis que Joséphine redoublait de charme et de grâce avec Julie et son ancienne rivale, Bonaparte eut, dans le parc, une discussion assez violente avec Bernadotte.
C'est à ce moment que Désirée prit la décision de servir de façon effective cette fois, les desseins politiques de l'homme qu'elle continuait d'aimer, d'aider les conspirateurs et même d'espionner son mari.


Ce dévouement inattendu de la part d'une fiancée abandonnée était-il sans arrière-pensée ? Certains historiens supposent, avec quelque vraisemblance, que Désirée espérait ainsi s'attacher de nouveau Bonaparte et l'amener à répudier Joséphine... Cette hypothèse est défendue entre autres par Léonce Pingaud, qui écrit :

"On a pu se demander si un sentiment de jalousie et de vengeance contre Mme Bonaparte n'influait pas alors sur sa conduite. Bonaparte était rentré à Paris, aaverti des infidélités publiques de sa femme et décidé à divorcer d'avec elle. Mme Bernadotte, ressaisie par de tendres souvenirs, entrevit-elle la perspective d'un autre divorce lui permettant de réparer le passé et de s'unir au conquérant de l'Egypte, au maître du lendemain ? A cette époque de relâchement moral, un tel projet n'était pas impossible, et certains indices transmis par les traditions l'appuient."
Quoi qu'il en soit, au retour de Mortefontaine, Désirée commença son travail. Tâche obscure et passionnée, sans laquelle Bonaparte n'aurait sant doute pas réussi son coup d'Etat
...
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 8 Avr - 15:08

Chaque matin, la jeune femme rencontrait sa soeur Julie et lui racontait en détail tout ce qui s'était dit, tout ce qui s'était passé dans sa maison entre Bernadotte et les autres Jacobins ennemis de Bonaparte.
Elle notait les conversations, les noms des généraux qui voulaient protéger le Directoire, et, le soir, avant de s'endormir, demandait d'un air candide à son mari ce qu'il préparait pour empêcher "ce brigand de Napoléon" de prendre le pouvoir.
Le lendemain, les confidences de Bernadotte parvenaient rue de la Victoire, où Bonaparte pouvait immédiatement se préparer à déjouer les manoeuvres de ses adversaires.
Etrange collaboration dont peu d'historiens ont parlé, bien qu'elle fût connue de plusieurs contemporains.
Barras, par exemple, écrit dans ses Mémoires :


"L'inclination de Mme Bernadotte pour les Corses (Joseph et Napoléon) était une véritable dépendance qui l'entraînait à un abandon dangereux de tous les détails personnels des intimités politiques de son mari..." Et il ajoute : "Et voilà comment Bonaparte, par le moyen de Joseph, et Joseph , par le moyen de la femme de Bernadotte, faisaient la police jusque dans le lit de Bernadotte."

Mais celui-ci était finaud. Il finit par s'étonner de l'intérêt subit que prenait sa femme pour la politique. Le jour où ses amis lui apprirent que des propos secrets échangés rue Cisalpine avaient été répétés à Bonaparte, il comprit que sa femme était liée aux conspirateurs.
Trop amoureux pour la gronder, il se contenta de prendre quelques précautions. Ecoutons encore Barras :


"S'étant aperçu plus d'une fois des inconvénients que lui suscitait cette alliance dans son intérieur, il prit le parti de veiller sur lui-même avec soin, pour se livrer le moins possible à sa femme par son caractère expansif. Lorsqu'il parlait avec abandon à son secrétaire intime et que Mme Bernadotte entrait dans le cabinet de son mari, il se taisait ou changeait de conversation, faisant même signe à son secrétaire de garder le silence devant l'indiscrète, qu'il appelait quelquefois en riant la "petite espionne"...
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 8 Avr - 20:35

Le soir du 17 Brumaire, Bonaparte et Joséphine allèrent dîner au ministère de la justice, chez Cambacérès.
Le Corse avait tenu à faire entrer dans son complot cet important jurisconsulte dont l'influence était considérable. Comme l'écrit Albert OLIVIER :

"Etant grand maître dans la maçonnerie, ayant un frère archevêque et des moeurs spéciales, Cambacérès touchait, si l'on peut dire, tout un monde particulier."

De tels appuis ne l'empêchaient pas d'être parfois l'objet de tendancieuses railleries. C'est ainsi que le général Danican, dans les Brigands démasqués, avait écrit sur lui, après le 13 Vendémiaire :


Si vous avez peau douce et fne
Et chute de reins d'Apollon,
Vite il vous suit à la sourdine,
Il vous attaque, et, sans façon,
Du plat d'une main pateline,
Il vous caresse le menton :
La luxure adoucit son ton,
De petits noms doux il vous nomme
Et même en plein jour il est homme
A viteliser son garçon.


Mais ce genre de brocard ne suffisait point à émouvoir Cambacérès, qui continuait de vivre tranquillement, entouré de disciples "blancs comme lait et frais comme la rosée..."
(En ces temps de désordre, Cambacérès n'était pas le seul à vivre entouré de mignons. Barras lui-même avait les siens. Et Albert Olivier nous rappelle que "d'être arrivé un jour où Barras venait d'en perdre un, noyé dans un bassin de sa propriété, et d'avoir tenu les propos qui convenaient, avait permis à Talleyrand de décrocher le portefeuille des Affaires extérieures, plus peut-être que l'appui de Mme de Staël".)


Le soir du 17 Brumaire, tous ces éphèbes virvoltaient dans les salons du ministère de la Justice ; mais ni Bonaparte, ni Joséphine, ne frient à leur endroit la moindre allusion déplacée.
L'heure, il est vrai, n'était pas aux plaisanteries égrillardes. Les convives, qui étaient tous du complot, devaient prendre en dînant leur dernières dispositions.

- Et Bernadotte ? dit Cambacérès.
- Nous n'avons rien à craindre de sa part, répondit Bonaparte. Il fera la mauvaise tête, parlera bien fort de son respect de la Constitution, de sa foi jacobine et de son mépris pour les fauteurs de désordre, mais il n'entreprendra rien de grave contre nous.

- Il y a quelques jours, vous l'appeliez pourtant "l'homme-obstacle".

Bonaparte sourit :

- J'ai trouvé le moyen de lui lier les pieds et les mains sans même qu'il s'en doute... Alors qu'il croit encore vouloir notre perte, au fond de son coeur, grâce à une complicité que je vous révélerai un jour, il nous déteste beaucoup moins... (A Sainte-Hélène, Napoléon avouera au général Gourgaud que cette alliée était Désirée...)

- Et le président Gohier ,
- J'ai un autre projet pour l'avoir avec nous.



Onze heures sonnèrent. Bonaparte se leva, prit congé et rentra chez lui, suivi de Joséphine. A peine arrivé, il obligea celle-ci à s'asseoir devant son petit bureau.

- Pour rassurer Gohier, dit-il, je me suis invité à dîner chez lui pour demain. Mais ce n'est pas suffisant.
Il faut le tenir ici dès le mamtin. Il est amoureux de toi. Tu vas lui demander de venir... Ecris ...
Et il dicta :

Venez mon cher Gohier, et votre femme, déjeuner avec moi demain, à 8 heures du matin.

Joséphine releva la tête :

- A huit heures du matin ? Il va trouver cela curieux !
- Non... Il croira que tu t'ennuies de lui, il sera flatté... Continue...

... N'y manquez pas. J'ai à causer avec vous de choses très intéressantes. Adieu, mon cher Gohier, comptez toujours sur ma sincère amitié.LAPAGERIE-BONAPARTE.

Lorsque Joséphine eut signé, Bonaparte éclata de rire :

- Ainsi, et grâce à toi, Gohier sera demain mon allié ou mon prisonnier
...(1)

Malgré l'heure tardive - il était minuit - il envoya son aide de camp porter le billet au Luxembourg ; puis il adressa un message à Moreau , MacDonald et Lefèvre pour leur demander de se rendre chez lui à cheval dès le lever du jour. Après quoi, un peu anxieux tout de même, il se coucha. Il allait être trois heures du matin.

(1)C.f. le général baron GOURGAUD, qui rapporte ces propos de Napoléon à Sainte-Hélène : "Gohier, assez bon vivant, mais un imbécile, d'ailleurs, venait souvent chez moi. Je ne sais s'il était mon partisant, mais, au moins, il faisait la cour à ma femme. Tous les jours, à 4 heures, il venait à la maison. Lorsque j'eus fixé la date du 18, je voulus lui tendre un guet-apens. En fait de conspiration, tout est permis. Je voulais que Joséphine, n'importe comment, l'invitât à venir à 8 heures déjeuner avec elle. Je l'aurais, alors, bon gré, mal gré, fait monter à cheval avec moi; il était président du Directoire, sa présence pouvait faire beaucoup.)
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MARCO

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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 9 Avr - 18:35

Smile
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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 10 Avr - 12:15

Pas un pour racheter l'autre Laughing
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 10 Avr - 20:17

Bonsoir les Amis(ies) ! Ce soir, je n'ai pas trop le courage de vous mettre la suite Napoléonienne. J'ai eu une rude journée. Je vous mets ça demain.

Poutous à vous toutesetoussssssssssssssss..........
Very Happy Wink
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 11 Avr - 20:46

L'AMOUR PERMET LE COUP D'ETAT DU 18 BRUMAIRE


Depuis Adam, il n'y a guère eu de méfait dans ce monde où une femme ne soit entrée pour quelque chose. - William THACKERAY -



LE 18 brumaire, Bonaparte se leva à cinq heures du matin. La nuit était encore complète. Il ouvrit la fenêre, chercha "son étoile", la découvrit entre deux arbres, plus scintillante, plus grosse, plus bleutée que jamais, et fut rassuré.
Mis de bonne humeur par ce clin d'oeil du destin, il alla faire sa toilette en chantant : Vous m'avez jeté un regard, Marinette, petite romance à la mode dont il détériora consciencieusement la mélodie...
A six heures, le bruit d'un "long piétinement de légions en marche", fit trembler les maisons et réveilla les habitants de la rue de la Victoire. C'était les qutre cents dragons commandés par le colonel Sebastiani qui passaient devant l'hôtel de Bonaparte, avant d'aller se placer près des Tuileries, suivant le plan convenu.


Stupéfaits par ce défilé matinal, les braves gens demeurèrent à l'affût, en robes de chambre et en bonnets de coton, derrière leurs volets entrouverts. Ils ne devaient pas le regretter. A partir de six heures et demie, des généraux en grande tenue, bottés, culottés de blanc et portant le bicorne à plumage tricolore, arrivèrent à cheval chez Bonaparte qui les avait conviés.
Nos Parisiens, emmitouflés jusqu'aux oreilles, virent passer Murat, Lannes, Berthier, Junot, Moreau, MacDonald, et beaucoup d'autres dont ils ne connaissaient pas encore les noms.

Bientôt, les voisins du futur empereur s'interpellèrent d'une fenêtre à l'autre, et un mémorialiste rapporte les propos échangés par le couple Baron et la dame Soulard, habitant respectivement au 45 et au 46 de la rue de la Victoire :

"- C'est donc aujourd'hui qu'on va chasser les pourris ?
"- Ca se pourrait bien !
"- Ce soir, on aura peut-être un roi ! ... (A cette époque, pour le peuple, il n'y avait que deux régimes politiques possibles : la République ou la Monarchie. Bonaparte lui-même ne songea à l'Empire que beaucoup plus tard.)
"- Taisez-vous donc !
"- Je répète ce qu'on m'a dit... Il paraît que Barras a demandé au comte de Provence de monter sur le trône. (Authentique. Barras traitait depuis quelque temps avec Louis XVIII.)
"- Taisez-vous ! On n'a pas fait la révolution pour revoir un roi... Ce qu'il nous faut, c'est un bon républicain, honnête et propre... J'espère bien que le général Bonaparte va se décider à jeter dehors les cinq pourris..."


A huit heures, tandis qu'aux Tuileries le Conseil des Anciens était informé, sur l'ordre secret de Bonaparte, d'un prétendu complot royaliste, les époux Baron virent arriver une dame rue de la Victoire.
C'était Mme Gohier, qui venait, seule, déjeuner avec Joséphine, le président du Directoire s'étant méfié. (Bonaparte, déçu, demanda à Mme Gohier d'écrire à son mari pour l'obliger à venir. Fine mouche, la femme du Directeur acquiesça et fit porter le mot suivant au Luxembourg :
"Tu as bien fait de ne pas venir, mon ami, tout ce qui se passe ici m'annonce que l'invitation était un piège. Je ne tarderai pas à te rejoindre ! ...)


A huit heures et demie, alors que toute la rue était encombrée de voitures , de chevaux, de gardes et d'officiers qui discutaient avec force gestes, Joseph Bonaparte arriva, suivi du général Bernadotte en civil.
Une demi-heure plus tard, M. Baron, Mme Baron et leur voisine virent ressortir le mari de Désirée Clary, pâle de fureur. Ils devaient apprendre, le soir, qu'une scène assez violente s'était déroulée chez Bonaparte.
En voyant entrer Bernadotte, le Corse avait sursauté :

- Comment, vous n'êtes pas en uniforme !

L'autre s'était redressé :

- Je ne suis pas de service !
- Vous y serez dans un moment. Le Conseil des Anciens m'a nommé ce matin commandant de Paris, de la garde nationale et de toutes les troupes de la division... Allez mettre votre uniforme ; vous me rejoindrez aux Tuileries, où je vais de ce pas.
- Jamais !
- En ce cas, vous allez demeurer ici jusqu'à ce que je reçoive le décret des Anciens...

Bernadotte, livide, avait alors sorti sa canne-épée :

- Il est possible de me donner la mort, mais je ne suis pas un homme qu'on retienne malgré lui ! ...

Bonaparte, sachant bien que Désirée tenait son mari en main, s'était contenté de sourire :

- Tout ce que je vous demande, général Bernadotte, c'est que vous me donniez votre parole d'honneur que vous n'entreprendrez rien contre moi.

Le Béarnais avait réfléchi un instant. La dernière - et très habile - phrase de Bonaparte l'avait touché. Ne s'était-il pas engagé envers sa femme - et cela au nom de leur amour - à ne rien faire contre Bonaparte ?

Il avait relevé la tête :

- Oui, comme citoyen, je vous donne ma parole d'honneur de ne point agir.
- Qu'entendez-vous par -là ?
- J'entends que je n'irai point dans les casernes et les lieux publics pour travailler l'esprit des soldats et du peuple...

Puis il était parti, furieux d'être ainsi paralysé à cause de la femme qu'il aimait
.
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Jeu 12 Avr - 20:03

Or, à ce moment, Bernadotte pouvait encore empêcher le coup d'Etat. Il lui eût suffit de courir chez ses amis de l'Assemblée, de révéler ce qui se passait rue de la Victoire, et de faire voter un décret mettant Bonaparte hors la loi...

Ecoutons Thibaudeau :

"Avec un décret de mise hors la loi, Augereau et Jourdan, qi étaient là tout prêts, et Bernadotte, qui attendait en secret l'événement, auraient pur entraîne les grenadiers de la garde des Conseils, qui n'avaient pas l 'esprit de l'armée, et ébranler les autres troupes."

Mais Bernadotte aimait sa femme. Lié par la promesse qu'ail avait faite - et pour ne point lui déplaire - il demeura neutre et laissa faire les conjurés.
Plus tard, il reconnaîtra sa "lâcheté" et dira à Lucien, dont l'attitude dans ses fonctions de président des Cinq Cents avait été fort discutable :


"Oui, vous avez forfait à votre devoir, à votre conscience républicaine, car, vous le saviez mieux que moi, la mise hors la loi était juste... Mais est-ce bien à moi de vous reprocher de n'avoir pas imité les grands modèles de patriotisme que l'histoire nous offre, quand moi-même j'ai pu faillir aussi grâce aux prières de Joseph ? Pourquoi ? Je le demande. Parce que Joseph est le mari de Julie, soeur de Désirée, ma femme. Voilà pourtant à quoi tiennent les destinées d'un grand empire.
"Vous le savez, le faubourg Saint-Antoine était à moi ; nous avions des armes et des hommes qui n'auraient pas été des jobards pour s'en servir sous mes ordres. Mais non, tout a été de travers ce jour-là !
La faiblesse a triomphé : grâce à vous dans l'Orangerie, et grâce à moi en me laissant enjôler dans de belles paroles quand je pouvais tout empêcher
!".

Une fois de plus, l'amour jouait un rôle déterminant dans l'histoire de notre pays...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Jeu 12 Avr - 20:25

A 9 heures, les Baron et Mme Soulard qui, ce matin-là, délaissèrent complètement leurs habituelles occupations, virent une voiture officielle s'arrêter devant chez Bonaparte. Trois hommes, dont un messager d'Etat en grand costume, en descendirent :

- C'est une délégation de l'Assemblée, dit M. Baron. On vient chercher Bonaparte pour le mettre au pouvoir.

M. Baron, dans son enthousiasme, précipitait un peu les événements. En réalité, les trois hommes venaient transmettre au Corse le secret du Conseil des Anciens, précisant qu'en raison du complot découvert, le Corps législatif était transféré à Saint-Cloud, et que "le général Bonaparte, chargé du commandement des troupes parisiennes, devait prendre toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de la représentation nationale".


Ce texte, rédigé par ses complices, allait permettre au Corse de renverser le Directoire.
Un quart d'heure plus tard, les Baron et Mme Soulard virent des gardes sortir en courant de l'hôtel Chantereine, monter sur leurs chevaux et partir au triple galot.

- Ils partent pour arrêter les membres du Directoire, dit Mme Soulard.

La brave femme se trompait. Les gardes allaient transmettre l'ordre d'afficher les proclamations que Bonaparte avait fait imprimer la veille, et faire distribuer des tracts...

"Soudain, nous dit Gaston Ponthier, tous les habitants de la rue de la Victoire crièrent ensemble :

" - Le voilà !

"Et tout aussitôt, on entendit :

" - Vive Bonaparte ! Sauvez la République ! A bas le Directoire !"

Le Corse venait d'apparaître sur un cheval blanc, suivi des généaux. Sous les acclamations, le cortège se dirigea vers le boulevard de la Madeleine et les Tuileries.
A dix heures, Bonaparte prêtait serment devant l'Assemblée. A onze heures, Sieyès, Roger Ducos et Barras démissionnaient, tandis que Gohier et Moulins (qui refusaient de se démettre étaient gardés au Luxembourg par des sentinelles.
A midi, il n'y avait plus de Directoire...


Le soir, assez content de lui, Bonaparte rentra rue de la Victoire, où Joséphine l'attendait, un peu inquiète.

- Tout s'est bien passé, lui dit-il en riant. Si bien même que je n'ai pas eu à prononcer aux Tuileries le discours que j'avais préparé.
- Quel dommage ! dit Joséphine, qui s'était assise sur ses genoux, il était si bien... J'aimais beaucoup tes formules : "Je vous ai laissé la paix, et je retrouve la guerre ; je vous ai laisssé des conquêtes et l'ennemi passe vos frontières..."
- Attends, dit Bonaparte. Je ne l'ai pas prononcé aux Tuileries, mais la foule l'a entendu tout de même... Après la séance, alors que je me trouvais dans le jardin, Bottot, le secrétaire de Barras, est venu m'apporter la démission de notre ami. Il m'a servi d'interlocuteur et, devant les troupes, je lui ai récité le discours que tu aimais tant... Mon succès fut extraordinaire...

Joséphine, ravie, embrassa son mari dans le cou.

- Le pauvre Bottot a dû être bien étonné que tu t'adresses à lui en termes aussi pompeux.
- Aussi, ai-je bien pris soin de le rassurer à voix basse pendant que l'on m'applaudissait...
- Va-t-il suivre Barras à Grosbois ?
- Non, il abandonne la politique et redevient dentiste...
- C'est peut-être un sage, soupira Joséphine
.

(Après la chute de Barras, François-Marie Bottot, que Bonaparte considérait comme l'espoir du Directoire, quitta en effet la scène politique et créa avec sa soeur une fabrique d'eau dentaire : l'eau de Bottot ...)
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 14 Avr - 20:12

Bonaparte ne répondit pas. Quand il avait sur les genoux le corps adorable de la Créole, il n'avait ni l'envie, ni la possibilité de philosopher... "Son esprit, nous dit le docteur Jourdan, était littéralement embrasé par un désir qui lui retirait la plupart de ses facultés intellectuelles. De plus, la sensation de sa propre force, après une victoire, par exemple, le mettait dans un état qui lui eût permis de prendre très honorablement part à quelque cérémonie priapique... Il lui fallait alors une femme dans le plus bref délai.
Vainqueur sur les champs de bataille, il avait besoin de montrer au lit ses dons et ses talents de surhomme."
(Dr Pierre Jourdan, La complexion amoureuse de Bonaparte.)

Sa nomination à la tête des troupes de Paris, la démision de Barras, la chute du Directoire, le transfert des Assemblées à Saint-Cloud, étaient autant de victoires qui, en cette soirée du 18 Brumaire, mettaient Bonaparte d'humeur galante.
Il prit Joséphine dans ses bras et la porta sur son lit. Là, avec une belle fougue, il lui prouva qu'il avait à lui tout seul autant de force et de virilité que les cinq directeurs détrônés.
Après ce quintuple hommage, il embrassa son épouse encore ronronnante de plaisir et alla se coucher dans sa chambre.


La journée de Bonaparte avait été bien remplie. Il restait toutefois deux décisions importantes à faire voter par les Assemblées : la révision de la Constitution de l'an III et la création d'un consulat provisoire ... Une partie difficile restait à jouer.
Avant de s'endormir, Bonaparte plaça à portée de sa main deux pistolets chargés.
A tout hasard
...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 14 Avr - 20:23

J'ai le clavier atteint de dyslexie... et ses touches résistent à ma frappe. ........ C'est skiant ... scratch Mais je vous rassure, je ne vous laisse pas tomber, sauf que je tape moins parce que ça m'énerve. .......... scratch scratch ............ Wink
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 16 Avr - 13:52

Le matin du 19 Brumaire, Paris était extrêmement calme. Le menu peuple, qui ne comprenait rien à la politique, s'imaginait que Bonaparte, auquel il attribuait des fonctions vagues, mais officielles, "dirigeait le gouvernement" et n'en demandait pas plus.
Aussi, les braves gens s'entretenaient-ils d'un sujet bien différent. Le bruit courait que le corps du maréchal de Turenne avait été transporté au Jardin des Plantes, et qu'il figurait dans la salle du Muséum, entre un squelette de girafe et une carapace de tortue géante...
Information étonnante qui scandalisait les âmes sensibles. Fort heureusement, les gazettes vinrent rassurer les esprits. Voici ce que l'une d'elles publiait au sujet de cet étrange évènement :


"Le cadavre de Turenne repose maintenant au cabinet d'histoire naturelle, à côté du squelette d'une girafe ; est-il convenable que les restes de ce grand guerrier demeurent exposés à une profanation journalière ? Pourquoi sont-ils là ? Est-ce par dérision ? Ce serait un crime.
"La gloire de Turenne ne tient pas, il est vrai, au lieu où son corps repose ; d'ailleurs, celui-ci n'a pas été choisi dans un mauvais dessein ; bien au contraire, on a vu en lui un moyen de conserver ces vénérables reliques. Il y a trois ans que le citoyen Desfontaine, professeur de botanique au Jardin des Plantes, passant par Saint-Denis, apprit que les autorités d'alors délibéraient sur le dernier supplice et les dernières ignominies auxquels ils pourraient condamner cette momie d'aristocrate, encore trop vivante pour eux. Il se rendit à la maison commune, il représenta que le corps de Turenne pourrait servir à des démonstrations d'histoire naturelle et le demanda pour le musée du Jardin des Plantes de Paris ; et voilà le héros sauvé des mains des barbares, comme le cadavre d'un criminel est sauvé de la voirie pour passer sous le scalpel d'un chirurgien. Telle est la cause de la translation de Turenne au Muséum ; ce nest donc point pour l'enseignement de l'histoire naturelle qu'il est là, c'est parce que l'histoire naturelle l'a réclamé quand la raison, la justice, la reconnaissance publique, l'abandonnaient ; elle luia donné asile, et n'a point prétendu l'avilir."


(Par la suite, les restes de Turenne furent transportés au musée des monuments français. En 1800, Bonaparte les fit solennellement déposer sous le dôme des Invalides.)

Cette mise au point calma les braves gens.
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 17 Avr - 20:43

Tandis que les Parisiens se passionnaient ainsi pour les restes de Turenne, Bonaparte arrivait à Saint-Cloud, où les députés s'apprêtaient à tenir leur première assemblée.
Les esprits étaient échauffés. A la tribune, les orateurs se succédaient pour crier :

- A bas les dictateurs ! Vive la Constitution ! Pas de Cromwell ! ...

A trois heures de l'après-midi, Bonaparte, qui bouillait d'impatience, pénétra dans la salle des Anciens, suivi de ses aides de camp, s'imaginant vaincre l'hostilité des députés en rappelant ses victoires.
Hélas ! il se lança dans des phrases interminables, bafouilla, tenta d'improviser, chercha ses mots, et perdit pied lamentablement dès que des murmures hostiles s'élevèrent des rangs.
Ecoutons Bourrienne :


"Tous les discours que l'on a arrangés, depuis l'évènement, pour Bonaparte, diffèrent entre eux, cela doit être : il n'en a point été prononcé aux Anciens, à moins que l'on appelle discours une conversation brisée avec le président, conversation tenue sans noblesse, sans dignité. On n'entendait que ces mots : frères d'armes... franchise de soldat.
. Les questions du président se pressaient assez rapidement : elles étaient claires. Rien de plus confus, de plus mal énoncé, que les paroles ambiguës et entortillées de Bonaparte. Il parlait sans suite de volcans, d'agitations sourdes, de victoires, de constitution violée ;il reprochait même le 18 Fructidor, dont il fut le premier prompteur et le plus puissant soutien... Puis venaient César, Cromwell, Tyran ...
Il répéta plusieurs fois : "Je n'ai plus que cela à vous dire", et il ne disait rien."
Brusquement, un membre des Anciens lui cria :

- Et la Constitution ?

Alors Bonaparte, désemparé, se mit à bredouiller des mots sans suite, et, nous dit Bourrienne, on ne comprit plus rien que "18 Fructidor... 30 Prairial ... hypocrites ... ntrigants ... je ne le suis pas ...je vais tout vous dire ... J'abdiquerai le pouvoir aussitôt que le danger qui menace la République sera passé"...
Puis, les murmures devinrent plus violents, et son discours fut encore plus dépourvu de suite et d'ordre...
A plusieurs reprises, le président lui demanda de s'expliquer clairement. Ne sachant que répondre, Bonaparte se mit à crier :

- Souvenez-vous que je marche accompagné du dieu de la victoire et du dieu de la fortune.
Alors Bourrienne, gêné, le tira par la manche et lui dit tout bas :

- Sortez, général, vous ne savez plus ce que vous dites...

Et, le prenant paar le bras, il l'entraîna, pantelant, hors de la selle. Dans le couloir, le Corse retrouva ses amis.

- Te voilà dans de beaux draps ! lui dit Augeron.

Et Sieyès soupira :

- Tout est raté !


Conscient d'avoir été ridicule, et voulant se racheter, Bonaparte se rendit alors à l'Orangerie, où siégeait le Conseil des Cinq Cents. Son entrée fut saluée par des clameurs furieuses :

- Sortez ! Vous n'avez pas le droit d'être ici. Vous violez le sanctuaire des lois... Hors la loi, le dictateur ! A bas le dictateur ! ... Vive la République et la Constitution de l'an III ...

Malgré les appels au calme du président, Lucien Bonaparte, le général fut bousculé, saisi au collet, frappé de coups de poing...
Sans avoir pu prononcer une parole, il sortit, livide, et se jeta dans les bras de Sieyès en bredouillant :

- Général ! ils veulent me mettre hors la loi !

Puis il timba en syncope.

En s'entendant appeler "général", l'abbé Sieyès, qui de sa vie n'avait été militaire, pensa que Bonaparte ne jouissait plus de toutes ses facultés et que le coup d'Etat avait définitivement échoué
.
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 20 Avr - 11:39

Tout semblait, en effet, bien compromis. C'est alors que Lucien eut une idée. Il fit courir le bruit que son frère avait failli être assassiné. La garde bouleversée par cette fausse nouvelle, se groupa devant l'Orangerie. Aussitôt, Murat profita de cette émotion. Désignant la salle du Conseil, il cria :

- Il faut venger votre général ! Allez ! Foutez-moi tout ce monde -là dehors !

Les soldats n'attendaient que cet ordre. Baïonnette au canon, ils bondirent dans la salle et chassèrent les députés, qui s'enfuirent par les portes et par les fenêtres...
A minuit, Lucien, ayant pu réunir une trentaine d'élus, fit admettre la création d'une "commission consulaire exécutoire, composée des citoyens Sieyès, Roger Ducos et de Bonaparte"...
La farce était jouée. L'émotif général pouvait rentrer chez lui.
Ecoutons encore Bourrienne qui l'accompagna jusqu'à la rue de la Victoire :


"A trois heures du matin, je montai avec Bonaparte dans sa voiture, et nous revînmes à Paris. Bonaparte était extrêmement fatigué après tant d'assauts et de tribulations ; un nouvel avenir s'ouvrait devant lui, aussi était-il entièrement absorbé dans ses pensées, et, pendant la route, il ne me dit pas un seul mot. Mais, arrivé à sa maison de la rue de la Victoire, à peine fut-il monté dans sa chambre, après avoir été dire bonsoir à sa femme, qui était au lit et dans la plus vive inquiétude de ne pas le voir arriver, qu'il me dit devant elle :

" - Bourrienne, j'ai donc dit bien des bêtises ?
" - Pas mal, général !"

Ce qui était assez vrai.


Mais tout cela devait bientôt être oublié et, dès le lendemain, une chanson flatteuse courait Paris :

Je me disais l'autre jour, a parte
Quand de nos maux verrons-nous donc le terme ?
Lors, un esprit me répond, a parte,
Bientôt, bientôt, un héros juste et ferme
Viendra chasser hors de votre cité
Tous les brigands, les loups qu'elle renferme,
Et vous rendra votre tranquillité.
- Ah ! vive Dieu ! C'est un bon a parte...(bis
)


Le futur empereur avait déjà ses courtisans.
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MORGANE

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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 20 Avr - 15:02

J'aime bien
cette histoire avec Napoléon
je continuerai à lire
Merci EPisto
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 20 Avr - 15:59

LA GRASSINI TROMPE BONAPARTE AVEC UN VIOLONISTE



Il avait un bon coup d'archet - Mme d'ABRANTES -



LE 20 brumaire (11 novembre), à dix heures du matin, Bonaparte et Joséphine s'installèrent au Luxembourg. Le général-consul arpenta avec orgueil les salles de ce palais où il était désormais chez lui.

- Aurais-tu imaginé qu'un jour tu coucherais dans l'ancien château de Monsieur, frère du roi ?

La Créole se contenta de sourire, et Bonaparte crut que son épouse était à ce point émeveillée que la parole lui manquait. En réalité, Joséphine souriait en pensant que le destin était bien amusant qui la ramenait avec son mari dans ces salons et cette chambre où elle s'était tant de fois déshabillée en compagnie de Barras...


Pendant trois mois, Bonaparte et Joséphine restèrent au Luxembourg. Chaque matin, le consul, ayant déjeuné à dix heures, recevait des visites, lisait des rapports, signait des lettres, s'informait des événements, faisant ainsi son apprentissage d'homme d'Etat. Quand tout le monde était pati, il passait son temps à vavarder avec Joséphine, à chantonner quelques chansons à la mode, ou bien encore à taillader soigneusement le bras de son fauteuil au moyen d'un canif...
Occupation peu enrichissante pour l'esprit, sans doute, mais qui avait l'avantage de coûter moins cher à la France que l'entretien d'une maîtresse et, qui de plus, lui laissait le loisir de penser à son avenir...


Le 12 décembre, la nouvelle Constitution ayant été acclamée, le pouvoir exécutif fut confié à Bonaparte, qui reçut le titre de "Premier Consul". Deux autres consuls, Cambacérès et Lebrun, devaient l'assister dans ses fonctions. Aussitôt, il quitta le Luxembourg et alla s'installe aux Tuileries. En arrivant, il donna une grande claque dans le dos de son secrétaire et dit !

- Bourrienne, ce n'est pas tout d'être aux Tuileries, il faut y rester ! ...

Puis il visita les appartements et découvrit des bonnets phrygiens peints sur les murs. Il appela l'architecte Lecomte :

- Faites-moi disparaître tout cela, luli dit-il. Je ne veux pas de pareilles saloperies !

Après quoi, il entraîna Joséphine dans "la couche des rois".

- Allons, petite Créole, dit-il en riant, venez vous mettre dans le lit de vos maîtres !

Et fidèle à sa coutume de fêter galamment chacune de ses victoires, il la rejoignit d'un bond pour goûter le "joli péché du monde
"...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 20 Avr - 18:06

Quelques jours après son avènement, Bonaparte, soucieux de se faire adopter par le peuple français, qui commençait déjà à être las de la guerre, écrivit à toutes les puissances d'Europe pour leur faire des propositions de paix. La Russie et la Prusse se montrèrent favorables et nouèrent des relations amicales avec la France, mais l'Autriche et l'Angleterre demeurèrent rétives à tout projet de détente.
Il fallait donc conquérir la paix par une suprême victoire.

Aussitôt, Bonaparte, ravi, se mit à tailladr son fauteuil en préparant un plan de bataille.
Au début de février, il fut interrompu dans ses travaux d'ébénisterie par l'arrivée de Duroc.
Furieux, il rangea son canif.

- Pourquoi me déranges-tu ?

Le premier aide de camp lui tendit une lettre. Sans répondre, le Corse fit sauter les cachets et blêmit. La lettre était de Pauline Fourès.


A sa sortie du lazaret de Marseille, la jeune femme avait appris la stupéfiante ascension de son amant. Se voyant déjà installée au palais du Luxembourg à la place de Joséphine, elle avait bondi dans une voiture en partance pour Paris. Dès son arrivée dans la capitale, elle était allée trouver quelques anciens amis d'Egypte : Berthier, Lannes, Murat, Mone, Berthollet, avec l'espoir qu'ils l'aideraient à approcher le nouveau maître de la France. Mais tous l'avaient éconduite presque grossièrement. L'un d'eux s'était même laissé aller jusqu'à lui dire :

- Le Premier Consul n'a pas besoin de putain.

Ce qui lui avait fait gros coeur.

Alors, elle s''était adressée à Duroc qui, lui, avait bien voulu servir d'intermédiaire.
Tout cela était dans la lettre que lisait Bonaparte.
Tout cela et aussi deux phrases par lesquelles Pauline précisait qu'elle n'avait quitté l'Egypte que par amour et que son plus grand désir était de revoir - ne serait-ce qu'un instant - son cher amant...

Extrêmement ému, Bonaparte replia la lettre et marcha en silence pendant quelques instants.


- C'est impossible, dit-il soudain. Impossible. Va lui dire que si je n'écoutais que ma tendresse, je lui ouvrirais mes brasMais les choses ont changé. Ma nouvelle position m'oblige à donner l'exemple, et je ne peux installer ma maîtresse à côté de ma femme.

Il ajouta :

- Va lui dire aussi que, non seulement je ne peux la revoir, mais que je lui prescris de quitter Paris. Qu'elle prenne une maison aux environs, qu'elle soit discrète, et je veillerai à que qu'elle ne manque de rien. Tu lui donneras ce bon de soixante mille francs (dix-huit millions de nos anciens francs) à toucher sur la caisse des jeux.

Après quoi, il congédia Duroc et se remit à taillader le bras de son fauteuil en s'efforçant de penser à la guerre...



(Pauline s'installa dans un petit château situé à Belleville. Pendant des mois, elle essaya de rencontrer le Premier Consul. On la vit dans les bals, au théâtre, à l'Opéra, l'oeil aux aguets. Mais la chance ne la servit jamais. De temps en temps, Duroc lui signait un nouveau bon, qu'elle allait toucher à la caisse des jeux. Aussi vivait-elle largement.
Durant l'été 1801, Fourès vint sonner à sa porte et prétendit reprendre la vie commune, sous le prétexte que leur divorce n'avait pas été confirmé par la justice française.
Bonaparte fut informé aussitôt de ce retour. Affolé à la pensée qu'il pouvait être ridiculisé dans une affaire de cocuage, il donna l'ordre formel à Pauline de se remarier avant un mois sou peine d'être exilée, ainsi que Fourès.
Bellilote, qui avait une petite cour d'admirateurs, était depuis quelque temps courtisée par le chevalier de Ranchoup. Elle l'épousa en octobre 1801, et, le Premier Consul leur ayant offert comme cadeau de mariage un poste de vice-consul à Santander, ils partirent aussitôt pour l'Espagne
.)
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 20 Avr - 18:21

Au mois d'avril 1800, la France disposait de quatre armées : celle du Nord, commandée par Brune, celle du Danube, sous les ordres de Jourdan, qui avait été obligée de repasser le Rhin ; celle d'Helvétie, conduite par Masséna, qui avait battu les Suisses à Zurich, enfin l'armée d'Italie, qui se rallait en désordre sur les cols des Apennins.
L'Autriche avait, de son côté, deux grandes armées : l'une en Italie, sous les ordres du maréchal Mélas, qui devait s'empare de Gênes, de Nice et de Toulon, où se trouvaient déjà les Anglais ; l'autre en Allemagne. La ligne d'opération s'étendait donc de Strasbourg au Var.
Au début de mai, Moreau, ayant passé le Rhin, coupa en duex les armées autrichiennes. C'est alors que Bonaparte décida de faire franchir les Alpes à quarante mille hommes par le Grand-Saint-Bernard pour aller surprendre le maréchal Mélas en Lombardie.


Le 16 mai, le Premier Consul, quitta Paris et courut vers la Suisse. A Genève, il organisa la formidable entreprise qu'il avait conçue. Passionné par ce projet, il lui arrivait pourtant de délaisser ses cartes pour penser au corps délectable de Joséphine. Un soir, il lui écrivit ce mot badin qui indique clairement le sens de ses rêveries :

Je suis à Genève, ma bonne amie, j'en partirai cette nuit .J'ai reçu ta lettre du 27 (floréal). Je t'aime beaucoup... Je désire que tu m'écrives souvent et que tois persuadée que ma Joséphine m'est bien chère.
Mille choses aimables à la petite cousine. Recommande-lui d'être bien sage. Entends-tu
?


Est-il besoin de préciser que l'expression "la petite cousine" servait au ménage Bonaparte, tout comme "la petite forêt noire" à désigner le "joli corbilon" de la charmante consulesse...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 20 Avr - 19:46

Le passage du Grand-Saint-Bernard commença dans la nuit du 14 au 15 mai. En quelques jours, les qurante mille soldats, les vivres, les tonneaux de vin, les munitions, les affûts de canons placés dans les troncs de sapins creusés et tirés chacun par cent hommes, tout passa. Et, tandis que Mélas refusait encore de croire à l'arrivée des Français, Bonaparte entrait triomphalement à Milan...
Parmi les fêtes qui furet organisées en son honneur, un concert donné à la Scala devait avoir des conséquences galantes;


En voyant paraître sur scène la Grassini, le Premier Conusul, ébloui, se demanda pourquoi, deux ans plus tôt, il l'avait refusée, alors qu'elle s'offrait à lui. La voix merveilleuse de la cantatrice acheva de le rendre amoureux. A la fin du spectacle, plus pâle que d'habitude, "il la fit demander, dit le Mémorial, et, après que le premier mouvement d'une prompte connaissance, elle se mit à lui rappeler qu'elle avait débuté précisément lors des premiers exploits du général de l'armée d'Italie.

" - J'étais alors, dit-elle, dans tout l'éclat de ma beauté et de mon talent. Il n'était question que de moi dans les Vierges du Soleil.Je séduisais tous les yeux. J'enflammais tous les coeurs. Le jeune général seul était demeuré froid, et, pourtant, lui seul m'occupait. Quelle bizarrerie ! Quelles singularité ! Quand je pouvais valoir quelque chose, que toute l'Italie était à mes pieds, que je la dédaignais héroïquement pour un seul de vos regards, je n'ai pu l'obtenir ; et voilà que vous les laissez tomber sur moi aujourd'hui que je n'en vaux pas la peine, que je ne suis plus digne de vous."


Voulant s'assurer "qu'elle en valait encore la peine", Bonaparte l'emmena immédiatement chez lui, soupa avec elle, et, avant le dessert, incapable de se contenir plus longtemps, la traîna vers le lit, où, dans un grand - mais très mélodieux -cri, elle se donna sans restriction...
Au petit matin, Bourrienne, étant venu annoncer au Premier Conseul la capitulation de Gênes, trouva les deux amants dormant enlacés.
Le 13 juin, Bonaparte quitta Giuseppina pour aller battre les Autrichiens à Marengo et revint bien vite se remettre au lit.


(La victoire de Marengo provoqua un enthousiasme incroyable dans toute la France. Pendant trois jours, on dansa dans les rues, on s'enivra et l'on tira des feux d'artifice. Bonaparte commença à prendre l'aspect d'un surhomme. A tel point qu'un brave inventeur, qui devait être récompensé dans une exposition, envoya ce mot extraordinaire aux Tuileries : "Si le Premier Consul, au lieu de me donner une médaille, voulait faire un enfant à ma femme, je serais bien content..."- Arch. Nat. F. 7,3830 -)
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 21 Avr - 20:37

=violet]]"Les plus grands amoureux, écrit gravement le docteur Simon Walter dans son savant ouvrage sur Le sexe et ses environs, ont besoin d'entractes pour laisser à leurs sens repus - ou simplement rassasiés - le temps de puiser dans la merveilleuse réserve de la sève humaine, le tonus capable de rendre à la branche molle la rigidité et le piquant de l'épine ..."

Soumis aux mêmes lois que le commun, Bonaparte et la Grassini occupaient leurs entractes à fréquenter les milieux artistiques de Milan. Il srecevaient des compositeurs, des comédiens, des musiciens, des chefs d'orchestre. Un soir, ils invitèrent le chanteur Marchesi, dont certaines notes, nous dit Abragui, "éveillaient des échos dans les grottes utérines de belles spectatrices".

Comme tous les cabos, cet artiste était sensible au luxe un peu clinquant. Il fut donc choqué en voyant l'uniforme très simple que portait Bonaparte, et devint méprisant.
Aussi, lorsque le Premier Consul lui demanda de chanter un air, se redressa-t-il de toute sa petite taille pour répondre avec un regard terrible :

- Signor Zénéral, si c'est oun bon air qu'il vous faut, vous en trouverez oun excellent en faisant oun pétit tour dé zardin...

Bonaparte n'aimait pas beaucoup ce genre de plaisanteries. Marchesi fut arrêté sur-le-champ et conduit en prison pour six mois.


Au cours d'une autre soirée, Bonaparte fit la connaissance de Cressentini, le célèbre chanteur quidevait sa voix cristalline à un émondage dont Abélard, quinze cints ans plus tôt, avait déjà été la victime.
Après le concert, le futur empereur, voulant encourager le mérite sous toutes les formes, eut une idée assez singulière, il décora le castrat de la croix des braves.
Naturellement, cet acte scandalisa bien des gens. Certains prétendirent qu'un être qui avait perdu les attributs de la virilité ne pouvait porter une médaille réservée aux hommes complet.

La Grassini inervint :

- Bonaparte a bien fait dé loui donner cet ordre, dit-elle. Il le mérite...
- Pourquoi ? demanda quelqu'un.

La cantatrice prit un air tragique :

- Hé...Né fout-ce qu'à cause dé ses blessoures...


Tout le monde éclata de rire, et Bonaparte "comprit, nous dit Julien Brisson, que sa maîtresse, comme toutes les femmes sensuelles, supportait malaisément qu'un homme fût privé des hochets de la bagatelle ]..."[/size]
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 23 Avr - 19:55

Bonaparte était si fier d'avoir séduit "la cantatrice la plus belle d'Europe" qu'il décida de la ramener en France afin de l'exhiber et d'en tirer une gloire nouvelle.
Au soir du 25 juin, le quatrième bulletin de l'Armée annonça cette nouvelle en termes tellement pompeux que les Français, un peu surpris, se demandèrent s'il s'agissait d'une prise de guerre ou d'un amoureux caprice. Ils ne devaient pas tarder à être fixés.
Le 3 juillet, la Grassini arrivait à Paris avec des allures de grande favorite. Descendant d'une berline tirée par huit chevaux, elle salua la foule d'un geste royal et s'installa dans un hôtel que lui avait loué son amant au 762 de la rue Caumartin.
Dès lors, chaque nuit, Bonaparte alla la retrouver incognito, enveloppé dans une grande houppelande. Les Parisiens qui assistaient à ces rendez-vous nocturnes, cachés derrière leurs volets, en conclurent que le nouveau régime avait bien des rapports avec l'ancien, et certains vieillards, contemporains de Louis XV, s'en trouvaient rajeunis... Le 14 juillet 1800, le Premier Consul fit chanter sa prima donna à l'Eglise des Invalides, transformée en temple de Mars. Le menu peuple vint en foule pour admirer la voix, le visage et les formes de "la dame qui couchait avec le nouveau maître". Le succès de cette cérémonie érotico-politique fut considérable. On compara la Grassini à une source chantante, à une Vénus démocratique et à une émanation sonore de la Révolution française.
Ce qui était curieux pour une Italienne
.

Devenue l'idole de la capitale, elle reçut de Bonaparte la mensualité rondelette de vingt mille francs (six millions de nos anciens francs), fréquenta chez M. de Talleyrand et fut admise dans le salon très fermé de Pierre-Jean Garat, le plus célèbre chanteur pédéraste dont le tout-Paris copiait les tics...
C'est chez lui qu'un soir de décembre elle rencontra n jeune violoniste nommé Pierre Rode, beau garçon à l'oeil tendre, dont elle aima bientôt le coup d'archet...
Pendant plusieurs mois, elle reçut ainsi alternativemet chez elle le premier violon et le Premier Consul, faisant des comparaisons ""peu flatteuses pour le futur empereur, dont les étreintes avaient un caractère furtif qui laissait souvent les dames sur leur désir..."

Bonaparte fut informé de son infortune par hasard. Un soir qui'l reprochait à Fouché de n'être au courant de rien, le policier répondit :



- Oui, il y a des choses que j'ignorais, mais que je sais maintenant. Par exemple : un homme de petite taille, couvert d'une redingote grise, sort assez souvent par une porte secrète des Tuileries à la nuit noire et accompagné d'un seul domestique, il monte dans une voiture borgne et va chez la Signora Grassini. Quand il a terminé ce qu'il y va faire, et qu'il s'en revient aux Tuileries, un grand jeune homme arrive à son tour et prend place dans le lit de la cantatrice. Ce petit homme, c'est vous, et le grand jeune homme, c'est le violoniste Rode, avec qui la signora vous fait des infidélités.


Bonaparte, fort gêné par cette révélation, ne répondit rien. Il tourna le dos à Fouché qui se retirait d'un air suave, et se mit à siffler une chanson italienne pour se donner une contenance.

Une semaine plus tard, la Grassini quittait Paris avec son violoniste
...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 24 Avr - 15:47

Mme JUNOT GUY-ELLE LA MAÎTRESSE DE BONAPARTE ?



Il y a des questions qui équivalent à des réponses - Jean JAURES -



AU cours de l'été 1801, Joséphine, qui espérait toujours donner unhéritier à son mari, retourna prendre les eaux de Plombières, auxquelles on prêtait, je l'ai dit, des vertus fécondantes...
Pendant son absence, Bonaparte s'installa à la Malmaison avec Hortense et quelques jolies femmes. Laure (c'est pas mouaaa, je jure ! geek ) Permont, future duchesse d'Abrantès qui venait, à vingt ans, d'épouser Junot, était du nombre.

Jamais le Premier Consul ne fut aussi gai qu'à cette époque. Il riait, jouait aux cartes, faisait réciter des vers et courait après ses invitées sur les pelouses en jouant aux barres...
Il courait aussi après elles d'une autre façon. Et Mme Junot, devenue duchesse d'Abrantès, racontera un jour, dans ses Mémoires, une bien curieuse histoire. Ecoutons-la :


"Un matin, je dormais profondément. Tout à coup, je suis éveillée par un coup très violent frappé près de moi, et tout aussitôt, j'aperçois le Premier Consul près de mon lit ! Je crus rêver et me frottai les yeux. Il se mit à rire :

"- C'est bien moi, dit-il. Pourquoi cet air étonné ?

"Je pris ma montre. Il n'était pas cinq heures.

"- Vraiment, dit-il quand je la lui montrai, il n'est que cette heure-là ? Eh bien ! tant mieux, nous allons causer !".

"Et, prenant un fauteuil, il le plaça au pied du lit, s'y assit, croisa ses jambes et s'établit là." Il tenait à la main un énorme paquet de lettres. Pendant un bon quart d'heure, installé sur les draps comme sur son bureau, il dépouilla son courrier en faisant des commentaires ironiques à Mme Junot qui était toujours couchée.
Soudain, il s'écria :
- Ah ! ça ! Voici une attrape !

Et il retira d'un pli, une, deux, trois, quatre enveloppes portant l'inscription : Au Premier Consul. Pour lui seul et en mains propres.

"Il était enfin arrivé à la dernière enveloppe. Toutes celles qu'il avait enlevées sentaient l'essence de rose à n'y pas résister. J'avais attiré une de ces enveloppes et je regardais l'écriture, qui était assez jolie, lorsque le Premier Consul se mit à rire.

" - C'est une déclaration, dit-il, non pas de guerre, mais d'amour. C'est une belle dame qui m'aime, dit-elle, depuis le jour où elle me vit présenter le traité de paix de Campo Formio au Directoire. Et, si je veux la voir, je n'ai qu'à donner des ordres au factionnaire de la grille du côté de Bougival pour qu'il laisse passer une femme vêtue de blanc, qui dira : Napoléon ! Et cela, ma foi, dès ce soir.

" - Mon Dieu, m'écriai-je, vous n'allez pas faire une pareille imprudence ?

"Il ne me répondit pas, mais me regarda fixement :

" - Qu'est-ce que cela vous fait que j'aille à la grille de Bougival ?
" - Ce que cela me fait ? Ce qu'il peut vous arriver ? Mais, général, voilà d'étranges questions. Comment ne voyez-vous pas que cette femme est une misérable gagnée peut-être par vos ennemis ? Mais le piège est lui-même trop grossier...

"Napoléon me regarda encore, puis il se mit à rire :

" - Je disais cela pour plaisanter, me dit-il ; croyez-vous donc que je sois assez simple, assez bête, pour mordre à un pareil appât ? Imaginez-vous que tous les jours je reçois des lettres de ce genre-là, avec des rendez-vous indiqués tantôt ici, tantôt aux Tuileries, tantôt au Luxembourg ; mais la seule réponse que je fasse à ces belles missives, et la seule qu'elles méritent, c'est celle-ci.
"Et allant vers la table, il écrivit quelques mots. C'était un renvoi au ministre de la police.
" - Diable ! voilà six heures, dit-il en entendant sonner une pendule. Adieu, Madame Junot !

"Et s'approchant de mon lit, il ramassa tous ses papiers, me pinça le pied à travers mes couvertures et, me souriant avec cette grâce qui éclairait sa figure, il s'en alla en chantant d'une voix fausse et criarde :


Non, non, z'il est impossible
D'avoir un plus bel enfant.
Un plus aimable. Ah ! si vraiment...


(La duchesse d'Abrantès précise que Bonaparte a toujours prononcé : "z'il est impossible". Ce qui n'a rien d'étonnant, puisqu'on sait qu'il s'exprima toute sa vie dans un français très approximatif. Il disait : les îles "Philippiques" pour "Philippines", "secion" pour "session", point "fulminant" pour point "culminant", "armistice" pour "amnistie" et, "rentes voyagères" pour rentes viagères"...)
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 24 Avr - 19:08

Quand Bonaparte eut disparu, Mme Junot se leva et s'habilla en pensant à cette curieuse visite matinale.
Le soir, vers neuf heures dans le salon, le Premier Consul s'approcha d'elle et lui dit tout bas :

- Je vais à la grille de Bougival.

Mme Junot le regarda dans les yeux :

- Je n'en crois pas un mot. Vous savez très bien que vous feriez trop de mal à la France s'il vous arrivait de succomber.

Interloqué, Bonaparte resta un instant songeur, puis, renonçant à son projet, passa dans la salle de billard.
Le lendemain matin, Mme Junot fut encore réveillée par le même coup à la porte, et le Premier Consul entra, comme la veille, avec un paquet de lettres et de journaux à la main. Ayant déjà ses habitudes, il s'installa sur le lit et ouvrit son courrier en plaisantant avec la jeune femme. Après quoi, nous dit Mme d'Abrantès, "il me pinça encore le pied à travers la couverture, me dit bonjour et descendit dans son cabinet en marmottant quelques fausses notes
..."
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 24 Avr - 19:10

Bon, demain, je vais acheter un autre clavier. Celui-ci me gonfle ! Les touches sont hyper dures à la frappe et n'arrêtent pas de me faire sauter les lettres. Je ne tape plus avé les doigts, mais presque au burin ! ... Razz tongue
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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   

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NAPOLEON ET LES FEMMES
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