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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 NAPOLEON ET LES FEMMES

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epistophélès

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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 4 Mar - 13:56

La grande tragédienne avait alors trente ans.
Le prince-président qui était allé l'applaudir à Londres en 1845, chargea Fleury de l'inviter à dîner à l'Elysée.
Rachel vint et ne repartit que le lendemain matin...
Cette victoire facile réconforta Louis-Napoléon.
Très fier de sa conquête, il convia régulièrement la tragédienne qui se promena bientôt dans les salons élyséens avec une grande liberté d'allure.
Nous avons, à ce sujet, le témoignage d'Arsène Houssaye. L'écrivain étant invité au palais présidentiel, y recontra une Rachel fort à son aise.


Ecoutons-le :

"Arrivé à l'Elysée, on me fit entrer dans un premier salon, puis dans un second, puis dans un troisième où je vis venir à moi, souriante, Mlle Rachel. Il semblait qu'elle fût chez elle.
Mais n'était-elle point chez elle partout ? Elle était d'ailleurs depuis quelque temps "la maîtresse de la maison."
Le prince-président était volage. Après Rachel, il voulut connaître Alice Ozy, ravissante personne qui triomphait aux Variétés. Alice avait été déjà - ou allait être - la maîtresse de Théophile Gautier, de Théodore de Banville et de Chassériau qui venait de la peindre en Nymphe endormie.
Elle fut flattée par l'invitation du président de la République et accourut à l'Elysée à la suite de Fleury.
A la fin du repas, Louis-Napoléon lui demanda de se mettre nue, comme elle le faisait chez Chassériau. La jeune femme obéit docilement. Alors le prince la porta sur un sopha et oublia pendant quelques instants la dignité qui' s'attache aux fonctions de président de la République...

Alice Ozy ne revint pas à l'Elysée. Quelques jours plus tard, en effet, Louis-Napoléon trouva sur son bureau une gravue légère qui lui donna à réfléchir. Cette image représentait la jeune comédienne nue, en galante compagnie et les deux mains occupées. La légende disait "Ozy, noçant, les mains pleines (jeu de mots "aux innocents..." Razz )"
Le prince-président décida de se tourner désormais vers les femmes du monde...

Le fidèle Fleury, qui était le grand maître des plaisirs du prince-président, se mit en quête de gracieuses personnes ayant à la fois le sein ferme, la fesse joliment arrondie, un tempérament de braise et un nom dans la haute société.
Mais le brave aide de camp ne savait pas bien distinguer entre le monde et le demi-monde. Un soir, il amena à l'Elysée une certaine Mlle B..., fille d'un charcutier de la rue Saint-Victor, qui possédait, grâce à la générosité de quelques messieurs, un attelage somptueux sur lequel elle n'avait pas hésité à faire peindre des armoiries.
Cette fausse noble qui s'efforçait de paraître bien née et de se donner grand air, n'en conservait pas moins, dans le privé, un certain laisser-aller...


L'entrevue avec Louis-Napoléon fut, de ce fait, agrémentée d'un incident fort pittoresque. Voici le récit qu'en fit la jeune femme le lendemain soir à quelques amis, récit que l'un de ces privilégiés nota dans ses Mémoires.

- Vous connaissez tous Fleury, l'aide de camp du président de la République. Eh bien, messieurs, ce grand personnage m'enleva hier, entre onze heures et minuit. La voiture du ravisseur roula mystérieusement jusqu'à l'entrée du parc; je me trouvai bientôt devant le plus haut et le plus puissant personnge de ce tems. Un souper délicieux nous fut servi. Ah ! quel fier buveur, mes amis, que ce haut et puissant personnage !
Je devinai ce qu'il attendait de moi. Sans faire la mijaurée, je m'exécutai de mon mieux et, comme je m'aperçus que, sur le chapitre des plaisirs, il ne souffre aucun retrandement, je lui procurai leplus robuste bonheur qu'il pût désirer.
Je le mis dans un véritable état d'hébétement.
Nous bûmes encore, et voici que, brusquement, un petit besoin m'obséda. Oui, j'eus une envie folle de faire pipi. Je suis sans gêne dans ces moments-là.


" - Mon prince, lui dis-je, voulez-vous aller vers la fenêtre et chanter, s'il vous plaît, la chanson de la reine Hortense...

"Sans comprendre les raisons qui me poussaient à désirer entendre la chanson qu'avait composée sa mère, il alla vers la fenêtre et commença à chanter avec une belle voix de basse :

Partant pour la Syrie
Le jeune et beau Dunois
Alla prier Marie
De bénir ses exploits.
Faites, reine immortelle,
Lui dit-il en partant,
Que j'aime la plus belle
Et sois le plus vaillant.


"Tandis qu'il interprétait cette belle romance en tambourinant sur le carreau, moi, j'allai ouvrir le petit meuble qui se place toujours à la tête du lit et je me soulageai. Lorsqu'il s'aperçut de mon stratagème, le président éclata de rire et se tint les côtes pendant un quart d'heure. Quand il fut calmé, il ouvrit son secrétaire et me dit :

"- Tiens, tu es si drôle que tu mérites une double récompense...

"Et il me donna dix mille francs (environ cinq cent mille francs anciens).
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epistophélès

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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 4 Mar - 18:55

Bien qu'il se fût amusé de cette scène inattendue, le futur empereur spécifia à Fleury qu'il désirait, à l'avenir, de vraies femmes du monde. Alors, l'aide de camp alla promener son regard de connaisseur dans des milieux plus sélects, cependant que le prince-président faisait lui-même sa petite chasse personnelle... Tant d'efforts conjugués finirent par faire entrer dans le lit présidentiel la ravissante marquise de Belboeuf.
Cette liaison dura quelques mois et Louis-Napoléon, ravi de pouvoir se montrer avec une dame de bonne société, ne fit rien pour cacher les liens qui l'unissaient à cette jolie marquise. Au contraire. Viel-Castel nous raconte qu'à un bal du 15 août, au château de Saint-Cloud, on vit le président "prendre les cuisses de Mme de Belboeuf, qui n'en parut ni surprise ni émue".
Sans doute y était-elle habituée dans le privé.


Au bout de quelque temps, Louis-Napoléon, qui conservait toujours un tendre sentiment pour Miss Howard sans qui les choses, pour lui, n'eussent pas été ce qu'elles étaient, quitta la marquise de Belboeuf et devint l'amant de Lady Douglas. ("La princesse Mathilde prétend que lady Douglas couche avec le président. Il faut avouer que tout le donne à penser" VIEL-CASTEL, Mémoires)
IL lui sembla, en effet, qu'en prenant du plaisir avec une Anglaise il trompait un peu moins la douce Harriett. Mais les amours n'étaient jamais de longue durée chez Louis-Napoléon. Il avait le coeur aussi volage que sa mère.
Un jour, il chassa la belle lady et n'eut plus de pensée que pour la comtesse de Guyon.

C'était une jeune femme libre d'allure et de paroles. L'amour et ses environs, comme dit Victor Hugo, constituaient chez elle une véritable idée fixe. Pour tout dire, elle ne pensait qu'à cela.
Une anecdote, rapportée par Lambert, va nous fournir la preuve qu'elle s'entourait d'amies ayant les mêmes préoccupations qu'elle. Un jour qu'elle faisait une promenade dans la forêt de Fontainebleau en compagnie de Mme de Persigny, elle avisa un âne qui broutait.
Considérant avant toute chose certaine partie de cette bête, elle s'écria :

- Voyez donc, chère amie, comme cet animal est fort.
- Quoi ? dit l'autre, cela vous étonne !... Mais mon mari est comme cla...
- Pas possible ,
- Je vous assure... Il n'entre pas dans mon bracelet...
- Eh bien ! mesurez... nous verrons s'il y a une différence...


Aussitôt, ces dames se mirent à l'oeuvre. La comtesse saisit l'âne par la tête afin qu'il ne bougeât point, tandis que Mme de Persigny, ayant ôté son bracelet, fixait celui-ci sur la partie qui les intéressait toutes les deux. Cette entreprise émut l'animal dont les sens s'éveillèrent. Affolée, Mme de Persigny, voulut retirer le bracelet. Impossible. La comtesse de Guyon vint alors à l'aide de son amie, et les deux femmes tirèrent de toutes leurs forces sur le bijou. L'âne, brave bête qui ignorait le vice, poussa un cri de douleur et s'enfuit au galop.
Les deux amies coururent à sa poursuite jusque dans une ferme voisine où l'animal avait trouvé refuge. Là, elles expliquèrent leur aventure au fermier qui, riant aux larmes, s'empressa de restituer le bracelet... Razz


La comtesse de Guyon, on s'en doute, fit passer de belles nuits à Louis-Napoléon. Puis, comme de toutes les autres, le prince-président s'en lassa et jeta son regard sur la comtesse Le Hon, épouse de l'ambassadeur de Belgique, délicieuse jeune femme que l'on appelait à Paris, l'ambassadrice aux cheveux d'or...
Mais cette troublante personne avait déjà un amant.
Et cet amant était M. de Morny, demi-frère du futur empereur...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 7 Mar - 21:59

QUAND M. DE MORNY HABITAIT "LA NICHE à FIDELE"


Ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, c'est le chien - CHARLET -


M. DE MORNY était, on le sait, le fruit d'amours coupables. Sa mère, la reine Hortense, en avait reçu la semence du général de Flahau lequel était un vigoureux bâtard que M. de Talleyrand avait eu de Mme de Flahau.
Morny résumera d'ailleurs un jour sa situation en une phrase amusante.

- Je suis fils de reine, petit-fils d'évêque, frère d'empereur... et tout cela est naturel ... ( en 1856, il épousera Sophie Troubetzkoï, qui était la fille naturelle du tsar Nicola Ier...)


Son nom aurait dû s'orthographier Demorny.
En effet, lors de sa naissance en 1811, il avait été - grâce à la complaisance d'un couple de braves gens - déclaré à l'était civil "fils de Louise-Emilie-Coralie Fleury, épouse du sieur Auguste-Jean-Hyacinthe Demorny, propriétaire à Saint-Domingue , demeurant à Villetaneuse, département de la Seine".
Mais, dès l'âge de quinze ans, le jeune Auguste signa "de Morny".
A vingt ans, il se donna lui-même le titre de comte et se lança dans une vie où, nous dit un mémorialiste, "la bagatelle et les plaisirs avaient plus de place que la méditation". Bel homme, dandy cultivé, causeur étincelant, grand séducteur, il sut plaire aux femmes et en tirer quelques avantages.


En 1832, il fit la connaissance aux Tuileries, où il était souvent convié par son ami le duc d'Orléans, de la jeune et ravissante comtesse Le Hon, fille du banquier Mosselmann et femme de l'ambassadeur de Belgique. Cette délicieuse blonde que l'on devait surnommer "l'ambassadrice aux cheveux d'or" avait tout juste vingt ans. Elle était si belle, rapportent les chroniqueurs de l'époque, "qu'aux bals de la Cour, aucun bijou n'ornait ses toilettes : sa peau fine, sa taille mince, sa splendeur naturelle eussent affadi les joyaux".
Morny en tomba amoureux et, sans se soucier de Philippe d'Orléans, qui était alors l'amant de la belle comtesse, il fit sa cour et, bientôt, comme disent les romanciers pudiques, "il fut agréé..."


La liaison du sous-lieutenant et de l'ambassadrice devint rapidement officielle. On s'habitua à voir ensemble ces deux êtres élégants, racés, spirituels, qui lançaient la mode, faisaient des mots et brillaient d'un éclat presque insolite sur le Paris bourgeois du bon Louis-Philippe.
L'ambassadeur, de vingt ans plus âgé que sa femme, avait fini par accepter cette situation, flatté peut-être d'avoir montré, en choisissant Mlle Mosselmann, qu'il possédait les mêmes goûts que M. de Morny...

Ce ménage à trois dura des années et, lorsque la comtesse Le Hon, en 1839, mit au monde une petite fille, les Parisiens chantèrent malicieusement ce petit couplet qui ne dut faire qu'un plaisir limité à l'ambassadeur de Belgique :


Quel est ce visage blond
Qui ressemble à la reine Hortense ?
C'est la fille à Monsieur Le Hon
Morny soit qui mal y pense...
(pour Morgane : c'est un jeu de mots, la phrase exacte étant : honni soit qui mal y pense)

Sa liaison avec la jolie comtesse n'empêchait pas Morny de courtiser des dames peu farouches et d'organiser en leur compagnie des soirées assez lestes.
C'est ainsi qu'il connut chez Mme de Villeplaine une certaine Mme G... qui, le voyant intéressé par sa personne, lui dit à l'oreille :

- Venez chez moi, je vous montrerai mon champ de bataille.

Alléché, il s'y rendit.

Ecoutons un biographe :

"Le champ de bataille était, en l'espèce, un très large lit dans une pièce abondamment pourvue de glaces. Il y avait là des miroirs de toutes sortes, des psychés, des spécimens venus de Venise et des Gobelins. Un vrai musée.

" - Vous êtes collectionneur ? demanda Morny.
" - Oui. Chacun à ses passions, répondit-elle en souriant.

"Morny vit par la suite dans quel sens il fallait prendre le mot passion. Mme G. l'entraîna sur son "champ de bataille" et il put constater qu'elle n'avait rien à apprendre des plus expertes courtisanes. Elles multipliait les jeux et les poses avec une fantaisie étourdissante."

Hélas ! quelque temps après, le jeune comte apprit que Mme G... avait dans saé chambre, parmi ses nombreux miroirs, une glace sans tain par laquelle des messieurs venaient, contre une somme fort importante, assister à ses acrobatiques ébats.
Furieux d'avoir été l'acteur involontaire de "tableaux vivants", à l'usage de vieillards lubriques, il ne remit plus jamais les pieds sur le champ de bataille de Mme G...

Naturellement, la comtesse Le Hon fut informée de l'aventure. Peinée, elle chercha un moyen de s'attacher Morny par des liens solides. Comme elle était fille de banquier, elle pensa que la seule façon de tenir son amant était de lui donner quelques subsides.
Morny avait alors peu de fortune. Il vivait de l'argent de poche que lui sonnait son père et d'une petite rente versée par la reine Hortense. Il fut ébloui par les propositions de sa maîtresse et accepta sans se troubler de mettre, selon le mot d'un de ses biographes, "le lit de ses amours en portefeuille"...
Il fut décidé que la comtesse Le Hon aiderait Morny à se lancer dans les affaires. Un notaire rédigea le contrat de commandite et, bientôt, le petit-fils de M. de Talleyrand devint propirétaire à Bourdon, dans le Puy-de-Dôme, d'une raffinerie.
Devenu sucrier, le comte montra un sens aigu des affaires et gagna une fortune en peu d'années. En 1842, il se fit élire député à la grande joie de Mme Le Hon, et revint s'installer à Paris.
La comtesse venait de faire construire au Rond-Point des Champs-Elysées un somptueux hôtel ; elle lui donna un petit pavillon situé à l'entrée de sa demeure. Morny, semblant ainsi jouer le rôle de chien de garde, le pavillon fut surnommé, par les Parisiens : "la niche à Fidèle" ou "la niche à Toto".
Ainsi, au moment même où Louis-Napoléon, à Londres, était hébergé et nourri par miss Howard, Morny, à Paris, était logé et commandité par l'ambassadrice de Belgique...
Les deux hommes avaient beau n'être que demi-frères, ils possédaient quelques points communs...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 7 Mar - 22:30

J'ai fait des recherches et voilà ce que j'ai trouvé sur M. de Morny :

"Sa fille naturelle, Louise Le Hon, épousa en 1858 le prince Nicolas Poniatowski, dont elle eut trois enfants. Parmi sa descendance, on compte notamment Michel Poniatowski, ancien ministre de l'intérieur des gouvernements de Jacques Chirac et de Raymond Barre, et ses fils Ladislas Poniatowski (1946) et Axel Poniatwski (1951), hommes politiques français, ainsi que leur lointaine cousine Sarah Poniatowska qui épousa le chanteur Marc Lavoine.

On attribue également à Morny, la paternité de Sarah Bernhart, qui fut sa protégée de même que sa mère.
Une rumeur lui prête également la paternité de Georges Feydeau, la liaison de sa mère Léocadia Zéléwska avec le duc de Morny, qui s'était prolongé même après son mariage avec Ernest Feydeau, était de notoriété publique.

C'est le duc qui créa la station balnéaire de Deauville."
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Ven 8 Mar - 21:33

Après la révolution de 1848, le salon de la comtesse Le Hon devint un centre d'opposition orléaniste. La charmante maîtresse de maison, qui avait flirté avec les fils du roi-citoyen et badiné avec l'académicien Jean Vatout, fils naturel de Philippe-Egalité (demi-frère, par conséquent, de Louis-Philippe .....pale ), se sentait fort attachée sentimentalement aux représentants de la monarchie de Juillet.
Morny, ami du duc d'Orléans, partageait, bien entendu, les idées politiques de sa blonde amie.
Aussi vit-il sans enthousiasme Louis-Napoléon se faire élire député de la Deuxième République. Ce demi-frère, dont il avait suivi avec une pitié amusée les aventures lors des événements de Strasbourg et de Boulogne, ne lui inspirait aucune sympathie particulière. Il l'avait entrevu ne fois, par hasard, dans une rue de Londres et n'en avait conservé qu'un souvenir vague.
Ce jour-là, Morny était avec son père dans Regent Street.
Un inconnu les avait salués.


- Qui est-ce ? avait dit Morny.
- Le prince Louis-Napoléon.
- Ah ! ...

Et il n'avait pas même tourné la tête


Mais, lorsque cet extravagant demi-frère fut élu président de la République, Morny se demanda s'il n'y avait pas là une belle carte à jouer. Perplexe, il se confia à la comtesse Le Hon qui, malgré ses sentiments orléanistes, le poussa à se présenter à l'Elysée.
Morny s'y rendit. Il fut reçu immédiatement par le prince-président. Face à face pour la première fois, les deux hommes restèrent pendant quelques instants sans dire un mot. Leur extrême ressemblance les troubla profondément.
Morny, de son oeil vif, implacable, vit que Louis-Napoléon était sa propre caricature. Il eut envie d'en sourire.
De son côté, le prince-président considéra avec un peu d'amertume cette version déplumée mais embellie de lui-même.
La conversation, enfin, s'engagea.

Plus tard, Morny devait écrire : "Nous ne nous plûmes guère et, si je n'avais suivi que mon goût, je n'y serais pas retourné."
Mais Mme Le Hon veillait... et Morny revint souvent à l'Elysée...


J'ai un problème ce clavier. Désolée. Je continuerai demain.

Bibizzzzzzz lunaires
.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Sam 9 Mar - 18:55

Peu à peu, une amitié - ou peut-être plus simplement une connivence - s'établit entre les deux demi-frères. Dès ce moment, sans se l'avouer, Morny et Louis-Napoléon comprirent qu'ils avaient besoin l'un de l'autre pour détruire la République qu'ils haïssaient avec la même ardeur.
Naturellement, Mme Le Hon fut la confidente de son amant. Tout de suite, elle regarda le problème en face.

- Louis-Napoléon ne peut ramener les Orléans. Il réinstituera l'Empire. Cette monarchie, à tout prendre, est préférable à la République de médiocres que nous a donnée la Révolution de février. Et puis... vous avez une chance d'y être ministre...
Morny fut, dès lors, un des intimes du prince-président.
En 1851, Louis-Napoléon, prouvant, une fois de plus, qu'il avait les mêmes goûts que son demi-frère, jeta un oeil gourmand sur la comtesse Le Hon. Le commandant Fleury, son confident, se chargea de lui faire comprendre qu'il existait déjà suffisamment de liens naturels l'unissant à Morny pour qu'il fût besoin d'y ajouter celui-là...
Le prince-président, la mort dans l'âme, dut renoncer à montrer la rigidité de ses principes républicains à la ravissante ambassadrice...

A ce moment, on était en juillet 1851, Louis-Napoléon avait d'ailleurs d'autres soucis. Elu pour quatre ans, avec des frais de représentation qui lui semblaient dérisoires (deux millions cinq cent soixante mille francs-or), il voulait obtenir une prolongation de ses pouvoirs et un crédit supplémentaire de un million huit cent mille francs par an.
Or, Thiers avait résumé l'opinion de l'Assemblée par ces mots :

- Pas un sou ! Pas un jour ! ...

La seule solution était donc de proposer une réforme de la Constitution. Malheureusement, la demande de révision fut repoussée par l'Assemblée. Louis-Napoléon se trouvait dans l'obligation de faire un coup d'Etat. Il en accepta tous les risques sachant que la querelle des partis lui faciliterait les choses.
Ecoutons Maxime Du Camp :

"La division était telle que nul parti n'était assez puissant pour tenir en échec cet homme taciturne, d'apparence apathique, qui était soutenu par une idée fixe et qui en poursuivait la réalisation avec la ténacité d'un maniaque. Il laissait les orateurs parler, les journalistes écrire, les représentants du peuple se disputer, les généraux destitués l'injurier, les meneurs de groups parlementaires le menacer; il restait seul, muet, impénétrable. Ses adversaires le traitaient d'idiot et se rassuraient. Enfermé à l'Elysée, tortillant sa longue moustache, fumant ses cigarettes et marchant le front baissé, à l'ombre des grands arbres, il écoutait toutes ces rumeurs et mûrissait son projet."

Ses adversaires politiques n'étaient pas les seuls à le traiter d'idiot. Un jour, Mlle George (l'ex-maîtresse de Napoléon Ier), alors âgée de soixante-quatre ans, rencontra Victor Hugo, et lui tint les propos suivants que le poète nota dans ses carnets :


"Quant au président, c'est un niais, je le déteste. D'abord, il est fort laid. Il monte bien à cheval et il est bon cocher. Il monte bien à cheval et il est bon cocher. Voilà tout. J'y suis allée. Il m'a fait répondre qu'il ne pouvait pas me recevoir. Quand il n'était que le pauvre diable de prince Louis, il me recevait place Vendôme des deux heures de suite et il me faisait regarder la colonne, ce bêta-là. Il a une maîtresse anglaise, une blonde très jolie, qui lui fait toutes sortes de queues (elle le fait cocu). Je ne sais pas s'il le sait mais tout le monde le sait.
Il va aux Champs-Elysées dans une petite voiture russe qu'il mène lui-même. Il se fera flanquer par terre quelque jour, par ses chevaux ou par le peuple. J'ai à Jérôme : "Je déteste votre soi-disant neveu."
Jérôme m'a mis la main sur la bouche en disant : "Tais-toi, folle !" Je lui ai dit : "Il joue à la Bourse; Achille Fould va le voir tous les jours à midi et en reçoit les nouvelles avant tout le monde, puis il va faire de la hausse ou de la baisse. Cela est sûr pour les dernières affaires du Piémont. Je le sais" Jérôme m'a dit : "Ne dis pas des choses comme cela. C'est avec des propos comme cela qu'on a perdu Louis-Philippe !"
"Monsieur Hugo, qu'est-ce que cela me fait à moi, Louis-Philippe ?"

Bien que ce genre de propos ait perdu Louis-Pphilippe, il ne semble pas que Louis-Napoléon s'en soit beaucoup inquiété. Il préparait lentement, consciencieusement son coup de force, plaçant aux postes clés du gouvernement et de l'armée les hommes sur lesquels il savait pouvoir compter.
Cette activité secrète ne l'empêchait pas de s'intéresser aux dames. Au contraire. L'excitation qui animait son esprit paraissait se propager dans tout son individu... C'est ainsi qu'il eut, brusquement, le désir de renouer avec Rachel dont il regrettait parfois les étourdissantes initiatives et le beau talent d'hystérique.
La tragédienne revint donc à l'Elysée.
Pas pour longtemps.

Un soir, après un dîner trop copieux sans doute, le prince-président s'endormit dans un fauteuil.
Soudain, un bruit l'éveilla. Le spectacle qu'il découvrit alors le déçut beaucoup : Rachel, allongée sur le tapis, était en train de se donner à un maître d'hôtel.
Olympien, le prince-président se leva et sortit sans dire un mot.
Il est juste d'ajouter, toutefois, qu'il n'en pensait pas moins...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Sam 9 Mar - 20:10

MISS HOWARD FINANCE, PAR AMOUR, LE COUP D'ETAT


Les hommes politiques sont bien souvent des pions que poussent dans l'ombre quelques femmes spirituelles ou machiavéliques -
JEAN JAURES -



A la fin de l'automne 1851, Louis-Napoléon montra une fringale amoureuse dont le brave Fleury lui-même fut étonné. "Le prince, nous dit Lambert, exigeait deux et parfois trois femmes par jour."

Ces jeunes personnes qui recevaient l'hommage présidentiel sur un coin de canapé, jouaient sans le savoir un rôle important dans la préparation du coup d'Etat.
Louis-Napoléon avait, en effet, besoin d'elles pour s'éclaircir les idées. La mise au point du dispositif destiné à renverser la République en une nuit exigeait une lucidité que le prince n'avait pas de façon habituelle. Son esprit, on le sait, était en permanence obscurci par un désir amoureux. La rencontre , même furtive, d'une dame accueillante et muette (cette condition était essentielle), lui permettait d'avoir, pendant quelques heures, une pensée claire et une vue nette des obstacles qui l'attendaient. C'est pourquoi, pendant les nuits où, silencieusement, secrètement, il fignolait son plan ou préparait des projets de proclamation, Fleury demeurait à proximité avec quelques jeunes femmes peu farouches et bien choisies.
De temps en temps, lorsque le président avait des difficultés à trouver une belle phrase ou un moyen expéditif de se débarrasser de ses adversaires, il quittait son bureau et se rendait dans le petit salon où l'aide de camp attendait en compagnie de ses dernières recrues.
Louis-Napoléon en désignait une du doigt, l'entraînait dans un deuxième salon, la renversait sur un sopha, lui montrait un vigoureux intérêt et la saluait poliment. Après quoi, l'esprit dégagé, il retournait dans son cabinet pour rédiger d'une plume alerte une brillante péroraison ou une liste de personnalités à arrêter...


Le coup d'Etat avait été fixé au 2 décembre, date anniversaire d'Austerlitz et du sacre de Napoléon Ier. Seuls, Morny et miss Howard étaient dans la confidence.
Tandis que le bel Auguste s'ingéniait à noyauter l'armée et à préparer l'opinion au moyen d'agents secrets, Harriet, une fois de plus, réunissait des fonds pour financer l'opération. Elle vendit ses chevaux, hypothéqua ses maisons de Londres et mit en gage ses derniers bijoux. Au comte d'Orsay, son ami, elle écrivit qu'elle jetait dans la fournaise les meubles de Bernard Palissy... (Elle remit au prince deux cent mille francs-or, c'est-à-dire environ quatre-vingts millions de nos anciens francs).

Sa confiance en Louis-Napoléon, il est vrai, était totale.

- Je sais que vous réussirez, lui disait-elle. Vous êtes vraiment l'homme providentiel que la France attend...

Miss Howard était toujours éperdument amoureuse de son prince. Celui-ci, malgré ses nombreuses infidélités, lui demeurait, de son côté, tendrement attaché. Après avoir éparpillé au cours de la journée une précieuse semence dynastique avec des demoiselles dont il ne connaissait parfois ni le nom, ni l'âge, ni l'origine, il allait, le soir, savourer l'atmosphère quiète du petit hôtel de laM rue du Cirque.
Harriet l'installait près de la cheminée où flambait un grand feu de bois, puis elle s'asseyait par terre, à ses pieds, et lui racontait, dans un charmant idiome franco-anglais qu'elle s'était inventé, tout ce qu'elle avait pu entendre dans la journée au sujet du coup d'Etat.
Un soir, elle conta une anecdote qui amusa beaucoup Louis-Napoléon :

- Tout le monde en parle, dit-elle, mais personne n'y croit. Hier, chez Mme Le Hon, Mme Dosne a eu un mot qui prouve à quel point vos adversaires politiques sont loin de soupçonner vos projets. Comme le général Estancelin exprimait ses craintes, la belle-mère de M. Thiers l'interrompit : "Monsieur Estancelin, il ne faut pas dire de ces choses... Personne ne veut de dictature, pas même de celle de mon gendre...

- Cette chère Mme Dosne, dit en souriant le prince-président, l'amour l'aveugle...

Pourtant, un point inquiétait miss Howard :

- La veille du grand jour, comment ferez-vous pour cacher tous vos préparatifs ?

Louis-Napoléon cligna de l'oeil :

- Rassurez-vous, chère amie, je donnerai une grande réception à l'Elysée afin que personne ne soupçonne rien...

Le soir du Ier décembre, en effet, on dansait dans les salons du palais présidentiel. Sans montrer la moindre trace d'anxiété, le prince allait d'un groupe à l'autre et bavardait de la mode féminine.
A certain moment, il s'éclipsa et se rendit dans son cabinet où Mocquart et Persigny l'attendaient. Calmement, il tira une clé de sa poche, ouvrit un tiroir du bureau, y prit un volumineux dossier et écrivit sur la chemise en grosses lettres : "Rubicon". Puis il le tendit à ses amis :

- Tout est là, messieurs... Allez porter les textes d'affiches à l'Imprimerie Nationale. Il faut que tout soit placardé avant l'aube... Vous, M. Mocquart, faites recopier cette circulaire qui doit être portée cette nuit à tous les ministres.
Ici, personne ne se doute de rien...

Après quoi, toujours souriant, il reparut dans les salons. Là, ayant plaisanté un instant avec la princesse Mathilde et le docteur Véron, il s'approcha du colonel Vieyra, chef d'état-major de la Garde Nationale, qui était auprès d'une cheminée. Sans cesser de sourire, il lui dit à voix basse :

- Il faut que vous couchiez ce soir à l'état-major... C'est pour cette nuit ! ...

Puis, il fit quelques compliments à deux jeunes femmes qui bavardaient et retourna dans son cabinet. Morny venait d'y arriver avec MM. de Maupas, de Saint-Arnaud et de Beville. Le prince-président leur indiqua rapidement les fonctions qu'ils auraient à assumer dans le nouveau gouvernement et retourna finir la soirée avec ses invités.
A minuit, ceux-ci prirent congé et Louis-Napoléon regagna son cabinet.
Cette fois, tout était prêt : l'appel au peuple, la proclamation à l'armée, le décret dissolvant l'Assemblée nationale et l'acte mettant Paris en état de siège. En outre, soixante ordres d'arrestation avaient été lancés contre les militaires et hommes politiques antibonapartistes.
Il n'y avait plus qu'à attendre...

- Allons nous coucher, dit Louis-Napoléon, et qu'on me réveille à cinq heures...

Morny lui serra la main en souriant :

- Quoi qu'il arrive, vous aurez demain une sentinelle à votre porte..
.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mar 12 Mar - 20:23

Louis-Napoléon se rendit d'un pas calme dans sa chambre, se dénuda complètement, fit, selon son habitude, quelques mouvements d'assouplissement devant l'armoire à glace, enfila une chemise de nuit, se coiffa d'un bonnet de coton, monta dans son lit, souffla la chandelle et, la tête enfouie dans un immense oreiller, s'endormit comme un enfant...
Tandis qu'il faisait de beau rêves, le Palais-Bourbon était occupé par le 42e de ligne et la police procédait aux arrestations des hommes hostiles à une dictature.
Le général Cavaignac, le général Bedeau, le général Leflo, le général Changarnier, ainsi qu'une dizaine de députés cueillis à leur domicile, étaient déjà à la prison de Mazas lorsque le commissaire Hubaut aîné se présenta place Saint-Georges chez M. Thiers.
L'arrestation vaudevillesque du petit bonhomme vaut d'être contée
:

Il pouvait être cinq heures du matin lorsque le commissaire, suivie d'un domestique mal réveillé, pénétra dans la chambre du futur libérateur du territoire. Il écarta les rideaux en damas cramoisi doublés de mousseline blanche et toucha l'épaule de M. Thiers qui dormait paisiblement, coiffé d'un bonnet de coton.

- M. Thiers, réveillez-vous... Je suis M. Hubaut aîné, commissaire de police.

Le député ouvirt un oeil, parut effrayé et s'assit en tremblant sur son lit.

- De quoi s'agit-il ?

Le commissaire fut simple dans ces explications :

- De vous arrêter, dit-il avec courtoisie.

Alors, nous dit le rapport de police, M. Thiers fut pris d'une véritable terreur. "Ses paroles étaient incohérentes." Avec volubilité, il cria qu'il ne voulait pas mourir, jura qu'il n'était pas un criminel, qu'il ne conspirait pas, qu'il ne s'occuperait plus de politique et affirma qu'il allait se retirer à l'étranger...
Le commissaire put enfin prendre la parole :

- Soyez tranquille, on n'en veut pas à vos jours...

Cette parole sembla rassurer M. Thiers qui changea de ton. Toujours assis sur son lit, et toujours coiffé d'un bonnet de coton, il s'adressa au commissaire comme s'il se fût trouvé à la tribune de la Chambre :

- Qu'entendez-vous faire, monsieur ? Savez-vous que je suis représentant ?
- Je dois exécuter les ordres que j'ai reçus.
- Mais c'est un coup d'Etat qu'on fait là. Savez-vous que cela peut vous conduire à l'échafaud ? Suis-je le seul qu'on arrête ?
- Je l'ignore. Veuillez vous lever, monsieur, je vous prie.

M. Thiers repoussa les draps, descendit du lit, alla se placer devant la cheminée où flambait un bon feu et retira sa chemise de nuit. Il apparut alors complètement nu devant les policiers stupéfaits. Tout en exposant son devant et son derrière aux flammes, il fit encore un petit discours politique au commissaire, puis il plaça sur sa poitrine une pièce de flanelle large et épaisse tenue au cou à l'aide d'un ruban, passa une chemise et enfila son caleçon.
Dans cette tenue digne de la scène du Palais-Royal, il courut tout à coup vers un meuble comme s'il allait y prendre des pistolets :

- Et si je vous brûlais la cervelle, monsieur ? criat-il en roulant des yeux furibonds.

Le commissaire demeura calme :

- Oh ! Je vous crois bien incapable d'un pareil acte, M. Thiers.

Le petit Marseillais, un instant décontenancé, se dressa sur ses ergots :

- Mais connaissez-vous la loi ? Savez-vous que vous violez la Constitution ?

Le commissaire sourit :

- J'exécute les ordres qui me sont donnés comme j'exécuterais les vôtres quand vous étiez ministre de l'Intérieur...

Cette fois, M. Thiers se tut. Lorsqu'il fut habillé, M. Hubaut aîné le pria de descendre. A ce moment, Mme Thiers, Mme Dosne et Mlle Félicie Dosne, alertées par le bruit, parurent à la porte dans d'élégants déshabillés de nuit. En voyant leur cher petit homme entouré d'agents de police, elles éclatèrent en sanglots et se jetèrent dans ses bras.

- Vous ne l'emmènerez pas, cria Mme Dosne à M. Hubaut aîné. M. Thiers est député, donc inviolable.

Le commissaire lui montra son mandat.

- J'ai des ordres, madame.

Alors les trois femmes, en larmes, embrassèrent longuement M. Thiers qui, s'étant coiffé d'un gigantesque chapeau, abandonna finalement son harem et suivit les policiers à la prison de Mazas...

A l'aube, les Parisiens furent réveillés par des appels de clairon, des galops de chevaux, des roulements de caissons. Effarés, ils sortirent de chez eux et découvrirent sur les murs, les arbres, les réverbères, les affiches annonçant le coup d'Etat. Peu désireux d'aller se glacer les os par ce petit matin d'hiver glacial pour tenter de sauver une République mal constituée, ils regagnèrent pour la plupart le coin de leur feu...

Durant toute la matinée, dans un salon de la rue du Cirque, miss Howard reçut des amis qui la tinrent au courant des réactions de la capitale.
A 8 heures, on vint lui dire que l'événement était, en général, bien accueilli, et que dans certains quartiers, des hommes du peuple s'étaient même écriés :

- C'est crânement joué !

Mais vers neuf heures, Harriet apprit que des groupes se formaient dans les faubourgs et que des députés de gauche s'élevaient contre le coup d'Etat. A 10 h 30, elle entendit un grand brouhaha à côté de l'Elysée. C'était Louis-Napoléon qui allait faire à cheval, en grande tenue de général, un petit tour dans Paris. Il était précédé d'un peloton de cavaliers, pistolet au poing, et accompagné d roi Jérôme, du prince Murat, du maréchal Exelmans, du colonel Fleury et de quelques autres amis sûrs.
Misse Howar trembla. Comment Paris allait-il réagir ?
A midi, le prince-dictateur rentra à l'Elysée et aussitôt Fleury courut rue du Cirque.
Harriet se précipita vers lui.

- Alors ?
- Tout s'est bien passé. Quelques exaltés ont bien crié "Vive la République !" mais, dans l'ensemble, le peuple s'est montré déférent. A la Concorde, le général Cotte a crié : "Vive l'empereur !", et les gendarmes mobiles se sont mis à hurler : "Aux Tuileries !"... Nous avons cru un moment que le prince allait s'y rendre directement, mais le roi Jérôme s'approcha de lui.
J'étais à deux pas. Je l'ai entendu crier : "Louis, tu vas trop vite ! Crois-moi, n'entre pas encore au château ! " Alors le prince a tourné bride et est revenu par le pont Royal, le quai d'Orsay, le Palais-Bourbon. Là, la foule l'applaudit. Enfin, sur les Champs-Elysées, un groupe d'hommes cria : " Vive Napoléon !"...


Miss Howard, qui avait écouté ce récit avec passion, eut soudain les larmes aux yeux. Le cri de ces Parisiens anonymes l'émouvait infiniment.

- Je suis sûre maintenant que "nous" allons réussir, murmura-t-elle.
Cette première victoire, en effet, était un peu la sienne.
Mais on ne peut s'empêcher de penser à la malice du destin qui, pour permettre aux Français de crier à nouveau : "Vive Napoléon !" , avait utilisé une Anglaise...

Au début de l'après-midi, le Dr Evans vint dire à miss Howard que Paris était toujours calme. Il est vrai qu'une véritable armée "homme contre homme, baïonnette contre baïonnette", écrit Apponyi, occupait les Champs-Elysées, les quais, la place du Carrousel, la place de l'Hôtel -de-ville, la rue de Rivoli, les boulevards, et que 200 000 soldats entouraient la capitale. Le dentiste américain signala toutefois à Harriet qu'une quarantaine de députés, hostiles au coup d'Etat, avaient réussi à pénétrer au Palais-Bourbon.

- Ils ont déclaré le président de la République déchu de ses fonctions. Mais M. de Morny, informé aussitôt de cette réunion, vient de donner l'ordre d'évacuer le Palais.
A 3 heures, un autre ami vint dire à miss Howard que les députés aveint été expulsés par la gendarmerie, que certains s'étaient laissé traîner par terre, bref, que la République de 48 se terminait en pantalonnade...
A 5 heures, Mocquard fit une apparition rue du Cirque :

- Fleury, qui chevauchait sur les boulevards en tête d'une colonne, a été blessé d'un coup de pistolet à la nuque. On vient de le ramener à l'Elysée. D'autre part, un groupe d'étudiants républicains s'est heurté à un fort détachement de gardes municipaux. Il y a eux morts et quelques blessés.
Le sang venait de couler pour la première fois, et miss Howard, soudain eut peur :

- Pourvu que cela ne dégénère pas en révolution, murmura-t-elle...

A 8 heures, le Dr Evans revint et la rassura :

- La journée s'est assez bien passée. Certes, une foule énorme s'est promenée sur les boulevards en criant, de temps à autre : "Vive la République!", et en montrant le poing aux officiers, mais les magasins sont restés ouverts; la Bourse n'a enregistré qu'une baisse insignifiante et les théâtres, ce soir, jouent comme d'habitude...

Vers minuit, Harriet devait apprendre que les députés, après s'être rassemblés en différents endroits pour tenter de créer un comité de résistance, se trouvaient réunis quai de Jemmapes, autour de Victor Hugo et qu'ils avaient décidé de soulever le faubourg Saint-Antoine.

- Vont-ils faire dresser des barricades ? murmura miss Howard.
- C'est probable.

Inquiète de nouveau, tremblant pour son cher prince, elle demanda ce qu'avait dit Victor Hugo pour enflammer leurs adversaires.
- Il a dit : "Qu'espérons-nous ? Rien ! Que ferons-nous ? Tout !"...


Cette éloquence de tribun politique rassura complètement Harriet...

- S'ils parlent ainsi, dit-elle en souriant, nous pouvons aller nous coucher et dormir tranquilles...


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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 14 Mar - 15:11

Miss Howard avait raison. Pendant deux jours, il y eut bien quelques échauffourées, des fusillades, des coups de pistolet, mais le peuple parisien, ébloui par le nom de Napoléon, ne suivit pas les organisateurs de l'insurrection.

On arrêta 26 642 personnes et tout rentra dans l'ordre.
Seules, alors, les âmes sensibles plaignirent le malheureux député Baudin qui, pour vingt-cinq francs, avait fait une démonstration inutile...
Le coups d'Etat était donc réussi.
Aussitôt, tandis que M. Thiers, qui avait été emprisonné un moment au fort de Ham, était transporté en Allemagne, Louis-Napoléon prépara son plébiscite. Et, le 21 décembre, par 7 430 000 "oui" contre 640 000 "non", le coup de force fut approuvé. Le prince était président de la République pour dix ans.
En fait, l'empire était virtuellement restauré.
Alors miss Howard, folle de joie, pensa que le prince, devenu maître de la France, était maintenant libre de l'épouser.
Un soir, elle lui en parla, Louis-Napoléon, pour toute réponse, lui baisa le creux de la main.
Naïve, elle en conçut un espoir démesuré et, déjà, se vit impératrice.
Le prince avait, pour l'heure, d'autres préoccupations. Certes, il préparait son futur règne, mais s'attachait de préférence à certains problèmes, en apparence anodins.
Celui du harem, par exemple.

Considérant que tout souverain devait avoir sous la main, pour son délassement moral, un groupe de dames bien constituées, il demanda à son nouveau surintendant des plaisirs, le comte Bacciochi (cousin de Louis-Napoléon par Elisa Bacciochi, soeur de Napoléon Ier) d'aller lui chercher au Moyen-Orient quelques-unes de ces odalisques dont la beauté, l'expérience et le goût pour la volupté étaient généralement chantés par les poètes...
Le pauvre comte devait rapporter de cette expédition un curieux souvenir. Ecoutons Eugène de Mirecourt.


"Bacciochi fut chargé par Louis-Napoléon de rétablir le Parc aux Cerfs. A cet effet, il fit un voyage à Constantinople dans le but de procurer des beautés orientales à son maître, de lui acheter des Circassiennes et des femmes grecques, pour peupler son sérail ; ce projet honteux fut adroitement déguisé sous celui d'une mission secrète ayant pour objet l'annexion de la province de Tunis à nos possessions africaines. Cette idée, toute impériale, fut abandonnée devant le scandale qu'elle souleva et la réprobation universelle qui l'accueillit.
"Les proxénètes en furent pour leur honte. Ils durent se contenter de servir les produits indigènes sur la couche présidentielle et renoncer aux odalisques du prophète.
"Mais cette mission ne fut pas, cette fois, toute d'agrément pour le signor Bacciochi dans les nombreux essais qu'il fit des beautés soumises à son choix ; il attrapa avec une superbe Africaine à la peau luisante et noire comme l'ébène, aux formes vigoureusement scluptées, aussi dures que le marbre noir, une très mauvaise maladie. La fille des tropiques lui avait si profondément inoculé son virus que le malheureux Mercure galant chancelait au bout de quelques jours. Le mal fit des progrès tellement effrayants que l'infortuné Bacciochi eut la plus grande hâte de revenir à Paris ; il se présenta clopin-clopant devant le prince qui fut très contristé du piteux état dans lequel était réduit le dévoué pourvoyeur de ses plaisirs. Il lui recommanda de onsulter au plus tôt le célèbre Riccord. Quand l'illustre docteur vit l'état déplorable dans lequel était réduit le pauvre Bacciochi, il s'écria :


"Malheureux ! où diable as-tu attrapé cela ? Tu as donc fréquenté la femme d'un sénateur, car elles seules font de pareils cadeaux à leurs amants."

Cette opinion, je m'empresse de l'écrire, n'engage que le Dr Riccord...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 14 Mar - 16:19

STENDHAL, AMOUREUX DE LA JEUNE EUGENIE DE MONTIJO




L'amour a toujours été pour moi la plus grande des affaires ou plutôt la seule - STENDHAL -



AU début de 1852, Louis-Napoléon quitta l'Elysée et s'installa aux Tuileries. Aussitôt, on le vit agir en souverain. Il fit frapper des pièces de monnaie qui, si elles portaient encore, côté pile, les mots République Française, avaient, côté face, son profil et ses prénoms : Louis-Napoléon Bonaparte; il distribua solennellement des aigles pour la hampe des drapeaux et donna à sa garde personnelle l'uniforme de la garde impériale...
Naturellement, cette élévation comblait d'aise miss Howard qui, à tout hasard, s'était fait faire la reproduction exacte du lit de Joséphine de Beauharnais... Chaque nuit, elle y faisait des rêves un peu plus précis.
Ecoutons Fleury :


"L'ambition de la maîtresse avait grandi avec les événements. Une femme comme elle, belle entre toutes, aimée, intelligents, pouvait prétendre aux plus hautes destinées... Par cela même qu'elle avait donné des preuves de dévouement, elle avait droit d'aspirer à la récompense de son habile abnégation..."
Et Fleury ajoute :
"Bien que les relations avec miss Howard fussent très agréables, bien qu'elle ne se départit jamais d'une politesse presque déférente avec nous, son attitude s'était modifiée. Elle devenait plus exigeante pour les rencontres et les promenades qui ne se faisaient plus avec la réserve accoutumée... Si les revues avaient lieu à Versailles, elle ne restait plus à distance, perdue dans la foule. On demandait pour elle une place spéciale, bien en vue."

Bientôt, on apprit que, lorsque le prince allait passer quelques jours au château de Saint-Cloud, miss Howard l'y accompagnait en cachette. Un soir de bal, il y eut même un petit scandale. A un certain moment, Louis-Napoléon quitta discrètement le salon où l'on dansait et se rendit jusqu'à l'appartement d'Hariett. Lorsqu'il reparut sous les lustres, une demi-heure plus tard, les invités se regardèrent horrifiés : le prince-président portait sur son pantalon les traces évidentes de sa récente activité.

L'attitude nouvelle de miss Howard, jusque-là si effacée, irrita l'entourage de Louis-Napoléon.
Et, un soir, Viel-Castel nota dans son Journal :

"Avant-hier, à l'Opéra, grande représentation à laquelle assistait le président. Ovations, cantate, acclamations... Le public le plus bienveillant a été affligé de voir, en grande loge, couverte de diamants, Mme Howard, la maîtresse du président ; cela fait mauvais effet. Le prince Jérôme avait sa maîtresse dans sa loge. Nous sommes un peu trop au fait de ce bagage de maîtresses ; ceci n'est plus de notre temps... L'entourage du président est détestable."

Au mois de septembre, miss Howard, pensant que le prince ne pouvait épouser qu'une noble, acheta, près de Versailles, le château de Beauregard dont elle ne tarda pas à porter le nom...
Mais Louis-Napoléon ne fut pas sensible à cette métamorphose et, s'il continua de parader dans Paris avec sa maîtresse, il n'en demeura pas moins aussi secret quant à ses intentions matrimoniales.
Alors, miss Howard voulut brusquer les choses et forcer la main de son amant en officialisant sa situation. Elle assistait aux revues, elle allait au théâtre, elle suivait le prince au château de Saint-Cloud, mais jamais elle n'avait paru aux Tuileries. Elle décida de s'y rendre sans y être conviée.

Un soir de glala, Louis-Napoléon la vit soudain entrer, éblouissante et radieuse au bras du colonel de Beville - qu'on appela dès lors le colonel de Bévue... - Il ne dit rien, la salua respectueusement et continua de sourire. Mais il ne devait jamais lui pardonner cette erreur.
Quant à son entourage, il fut scandalisé.

Ecoutons Fleury :

"Quel ne fut notre étonnement, lorsque nous vîmes apparaître au bras du colonel de Beville, gagné à sa cause, miss Howard escortée du comte Bacciochi et précédée d'une femme de son entourage jouant, pour la circonstance, le rôle de la comtesse de Béarn (la comtesse de Béarn avait accepté de jouer le rôle de marraine lors de la présentation officielle de Mme du Barry à Versailles).
Dans une toilette de bon goût, l'air radieux, avec sa tête de camée antique, sa taille élevée, son port de duchesse, celle qui devait bientôt s'appeler la comtesse de Beauregard de Béchevêt fut remarquée par sa beauté incomparable. Inconnue de la plupart, elle fut prise heureusement pour une lady arrivée de Londres pour assister au bal d'un ami. Mais, à partir de cette soirée, miss Howard nous apparut sous son véritable jour : celui d'une grande courtisane dont il fallait à tout prix déjouer les projets ambitieux... L'impression fâcheuse produite par l'apparition de la maîtresse fut courageusement signalée dans le rapport du préfet de police. C'était une arme ... Il fallait s'en servir avec habileté. J'entrepris cette tâche..."


Un jour, en effet, Fleury se permit de dire au prince qu'il souhaitait fort le voir sortir de certaines chaînes et se marier avec une princesse.

- Un mariage princier aurait ce résultat considérable de consolider la confiance au-dedans et de conquérir au-dehors l'ascendant nécessaire pour combattre les préjugés et les méfiances que ne manquera pas d'inspirer le retour de votre dynastie.
Et, comme Louis-Napoléon demeurait impénétrable selon son habitude, le colonel Fleury posa une question directe :

- Avez-vous songé à quelque princesse en âge et en situation d'être épousée et de vous être accordée ?

Cette fois le prince sortit de son mutisme :

- Je reconnais la justesse de vos observations... Mais ma situation est délicate à l'égard des cours. Mon nom les effraye et, quels que soient les services que je leur rende en replaçant l'autorité sur sa base, je ne crois pas le moment venu d'aspirer, comme mon oncle, à une grande alliance...

Après une petite hésitation, il ajouta :

- Cependant, j'ai entamé des négociations avec ma tante, la grande-duchesse Stéphanie, au sujet de sa petite-fille, la princesse Caroline Wasa.

Fleury fut rassuré.


Hélas ! quelques semaines plus tard, le prince Wasa répondait que sa fille était "presque" engagée avec le prince héritier de Saxe... C'était une gifle pour Louis-Napoléon qui, fort désappointé, chargea son cousin Walewski, ambassadeur de France à Londres, de demander la main d'une nièce de la reine d'Angleterre, Adélaïde de Hohenlohe. Walewski revint penaud : les parents d'Adélaïde étant protestants avaient répondu que leur fille n'épouserait pas un catholique...
Cette fois, l'entourage de Louis-Napoléon fut atterré :

- Il va se résoudre à épouser miss Howard, murmurait-ton aux Tuileries, et nous aurons une impératrice anglaise au passé plus que douteux...
Fleury et ses amis se trompaient, miss Howard était déjà reléguée au rang des anciennes maîtresses.
Dans le coeur de Louis-Napoléon, en effet, venait de naître un nouvel amour, bien faible encore, mais qui allait grandir... car il était espagnol...

L'objet de cet amour était une admirable créature de vingt-sept ans, grande, distinguée, un peu rousse, au teint rose-thé et aux yeux bleus, qui possédait les plus belles épaules du monde, une poitrine ferme, de longs cils et une bouche où les connaisseurs décelaient quelques signes annonciateurs d'une émouvante perversité...
Elle se nommait Eugénie de Montijo. (prononcez : Montirrro)
Louis-Napoléon l'avait rencontrée chez la princesse Mathilde et, nous dit un courtisan, "s'était, dès la première entrevue, senti troublé dans les augustes parties de sa nature masculine."
L'idée bien arrêtée de la faire ronronner dans un grand lit avait, dès lors, occupé toute sa pensée.

Mais Mlle de Montijo n'était pas de ces jeunes personnes qui se jettent au cou du premier venu.
Elle avait, nous dit M. de Blaye dans son style pittoresque, "baissé les yeux dès qu'un éclair lubrique était apparu dans la brume bleutée du regard de Louis-Napoléon".

Qui était Eugénie de Montijo ?
Une jeune fille de l'aristocratie espagnole dont le père, un ancien officier de l'armée de Napoléon, répondait au nom sonore de Cypriano Guzman Palafox y Portocarrero, comte de Teba et de Montijo.
Sa mère était l'héritière d'un Ecossais, William Kirckpatrick y Grivegnée, qui avait fait une belle fortune à Malaga dans le commerce des fruits et des vins fins.
Douée d'un fier tempérament, cette dame que l'on avait mariée très jeune, et un peu contre son gré ) don Cypriano, montrait à l'égard des messieurs qui lui plaisaient une grande liberté de mouvements. Et l'on chuchotait à Grenade "qu'elle prenait du plaisir là où les honnêtes femmes ne doivent trouver qu'à redire"... Aussi lui attribuait-on un grand nombre d'amants. Certaines gens qui se disaient bien renseignés assuraient même qu'Eugénie et sa soeur Paca étaient les fruits de "l'ensemencement de la comtesse Manuela de Montijo par M. Prosper Mérimée".
Ragots stupides, bien entendu, puisque la comtesse de Montijo ne fit la connaissance du sarcastique Prosper qu'en 1830, c'est-à-dire quatre ans après la naissance d'Eugénie.
(En revanche, ce fut la dona qui ensemença l'esprit de Mérimée en lui donnant, un soir, au cours d'une conversation, le sujet de Carmen...)

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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 14 Mar - 16:51

En 1834, la comtesse de Montijo vint, avec ses deux filles, s'installer à Paris où elle retrouva Mérimée. Ravi de revoir la charmante Manuela dont il avait été probablement l'amant, l'auteur de la Chronique du règne de Charles IX se plut à devenir le précepteur des deux fillettes espagnoles.
Bientôt, un deuxième personnage illustre devint le familier du salon de la comtesse de Montijo. Il se nommait M. Beyle et devait se rendre célèbre sous le nom de Stendhal.
Bien qu'elle n'eût que neuf ans, Eugénie tomba amoureuse de ce M. Beyle qui contait si bien les histoires. Plus tard, elle devait confier à Augustin Filon : "Nous n'en dînions pas (ma soeur et moi) tant nous étions impatientes de l'entendre.
A chaque coup de sonnette, nous courions à la porte d'entrée. Enfin, nous le ramenions, triomphantes, au salon, le prenant chacune par une main, et nous l'installions dans son fauteuil, près de la cheminée."

Là, Stendhal prenait les deux fillettes sur ses genoux et leur racontait les batailles de Napoléon.
"Nous ne lui donnions pas le temps de respirer, nous lui rappelions la victoire où il avait laissé l'Empereur auquel nous avions pensé toute la semaine, attendant impatiemment le magicien qui le ressuscitait pour nous. Il nous avait communiqué son fanatisme. Nous pleurions, nous frémissions, nous étions folles..."
Et Eugénie ajoutait : "Il est le premier qui ait fait battre mon coeur..."

Pendant quatre ans, M. Beyle vint chaque jeudi chez la dona Manuela et, peu à peu, lui aussi tomba amoureux de la ravissante Eugénie...

Amour pur qui nous vaut peut-être quelques-unes des plus belles pages de notre littérature. En effet, de nombreux stendhaliens assurent que ce fut pour elle qu'il écrivit, dans la Chartreuse de Parme, le récit de la bataille de Waterloo.
Abel Hermant, entre autres, écrit :" Les plus profanes s'aperçoivent que cet épisode si complaisamment développé ne mène à rien, qu'il n'a aucun rapport avec la suite du roman, que, s'il était supprimé, l'économie du livre y gagnerait peut-être : on y perdrait trop et on n'aurait garde de souhaiter ce sacrifice barbare; mais, comment ne point songer, quand on lit ces pages, au gros M. Beyle, dans son fauteuil, ses deux petites amies sur ses deux genoux, et leur contant chaque jeudi les batailles de Napoléon ?"

Oui, Stendhal était amoureux d'Eugénie - qu'il appelait Eoukénia - et dans ces notes mystérieuses et souvent inintelligibles dont il remplissait les marges de ses manuscrits, cet étrange prénom revient souvent.
Le 17 mars 1839, les deux fillettes retournèrent à Madrid où leur père venait de mourir. Stendhal fut désespéré. Des mois plus tard, obsédé par cette date, il notait sur une page de la Chartreuse de Parme : "Le 17 mars 1839, départ d'Eoukénia, cour des Messageries." Plus loin, on trouve cette note que les spécialistes de la cryptographie eurent bien du mal à déchiffrer : "P. y E. in Olo."
Ce qui signifie - on le sait maintenant - que Paca et Eugénie étaient passées à Oloron d'où la future impératrice des Français avait envoyé à l'écrivain une très gentille lettre.


Ainsi, tout au long des manuscrits de Stendhal, le nom ou l'initiale de la fillette aux yeux bleus vient témoigner, en contrepoint, d'une tendre et constante préoccupation...
Un jour, M. Beyle, le coeur gonflé d'amour, et peut-être aussi de reconnaissance à l'égard de sa petite inspiratrice, écrivit en langage clair, au bas d'un de ses cahiers : "J'ai fait ce détail pour Eouk..."
Ainsi, à quatorze ans, Eugénie de Montijo, jolie rousse au regard troublant, aidait, sans le savoir, l'un des plus grands romanciers de tous les temps, à révéler son génie...
(Stendhal ne devait pas revoir sa chère Eoukénia. Il mourut en 1842, gardant près de lui les lettres qu'elle lui avait écrites.)
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 14 Mar - 18:26

A Madrid, Eugénie, qui avait des goûts virils, menait une vie fort désinvolte pour une jeune fille de son temps. On nous dit qu'elle "chevauchait sans selle, nageait à la brasse et ferraillait comme un vieux bretteur", ce qui choquait fort les dames de la haute société.
Imaginative, grande lectrice de romans de cape et d'épée , la future impératrice rêvait d'être enlevée par des brigands et de vivre avec eux quelque épouvantable et merveilleuse aventure. Parfois, elle s'identifiait aux personnages de ses romans jusqu'à copier leurs propres réactions. Un jour, un officier anglais s'étant moqué de sa façon de monter à cheval, elle s'enfonça un canif dans le poignet...


A seize ans, Eugénie fut l'une des plus ravissantes jeunes filles de Madrid. Quand elle passait à cheval sur la promenade du Prado, tous les officiers la lorgnaient avec des yeux de loups affamés et certains ne pouvaient s'empêcher de lui adresser un compliment sur ses cheveux roux. Or, précisément, ses cheveux roux la désespéraient.
Elle les considérait comme une tare et les peignait longuement avec un démêloir de plomb pour qu'il pâlissent. Ce curieux procédé eut, en quelques mois, un effet prodigieux : Eugénie devint blonde...
Dès lors, pour elle tout changea. Elle considéra les hommes avec une assurance provocante et se mit à rêver d'enlèvement par un seul brigand...
Maxime Du Camp, qui la rencontra en 1842, fut frappé par sa liberté d'allure. Ecoutons-le :

"Nous étions en train de faire une partie dont je ne sais plus le nom, qui se joue avec de petites quilles qu'il faut abattre d'une certaine manière, lorsqu'une jeune fille entra en criant : "Pouah, quelle tabagie !" Elle serra la main de lord Howden, dit bonjour en espagnol à Mérimée et, comme nous nous inclinions pour la saluer, elle sauta sur le billard et se mit à danser la cachucha. Faisant jaillir ses hanches, poussant sa poitrine en avant, claquant des doigts, soulevant sa jupe et se trémoussant, la tête inclinée, les yeux mi-clos, elle chassait du pied les billes et riait. Lord Howden lui prit le mollet; elle lui donna une tape sur la tête, s'élança vers la porte et disparut. C'était Eugénie-Marie de Guzman, comtesse de Teba..."

Cette nouvelle attitude inquiéta Mérimée qui écrivit un jour à la comtesse de Montijo : "Je crains pour Eugénie les sous-lieutenants de hussards sans un sol vaillant, mais pourvus de belles moustaches et d'un brillant uniforme. Voilà ce qui me fait désirer de la voir pourvue pas trop tard, c'est-à-dire avant qu'elle ait commencé le premier chapitre du roman..."

Le premier chapitre du roman que Mérimée redoutait pour sa "chère petite Eugénie" allait être bien douloureux...
Un jour de 1842, la comtesse de Montijo reçut la visite d'un de ses cousins. C'était un beau jeune homme de vingt et un ans, aux grands yeux tristes et au visage encadré de favoris. Fabuleusement riche, il était duc d'Albe et douze fois grand d'Espagne.
Aussitôt, Eugénie et sa soeur Paca tombèrent amoureuses de leur beau cousin.
De son côté, le duc d'Albe se sentit fortement attiré par les deux jeunes filles, mais sans pouvoir fixer son choix.
Pendant des semaines, il se promena tantôt au bras de l'une, tantôt au bras de l'autre, et tout Madrid, amusé, se demandait laquelle des deux soeurs deviendrait duchesse...

Finalement, au printemps de 1843, le duc, ayant bien réfléchi, alla déclarer à Mme de Montijo qu'il voulait épouser Eugénie.
La comtesse, qui avait une préférence marquée pour sa fille aînée, cacha son mécontentement...

- Je vais réfléchir, dit-elle simplement.

Le duc, un peu étonné, se retira. Aussitôt, Mme de Montijo alla trouver Eugénie et lui ordonna de décourager son soupirant.

- Je veux qu'il épouse ta soeur.


Tout d'abord, la jeune fille regimba. Elle aimait le duc et voulait devenir sa femme. Des scènes pénibles eurent lieu pendant deux semaines.
Finalement, la comtesse, usant de tous les arguments - allant jusqu'à frapper sa fille en public - réussit à imposer sa volonté. Un jour, en larmes, Eugénie alla faire l'éloge de sa soeur au duc d'Albe.

- C'est elle que vous devez épouser... Elle vous aime...

Le jeune homme, peu stable en ses sentiments, se laissa facilement convaincre, ce qui acheva de désoler la pauvre Eugénie.
Le lendemain, après avoir tenté de s'empoisonner avec des têtes d'allumettes, elle lui écrivit cette extraordinaire lettre qui la montre tout entière avec son orgueil, sa franchise, sa superbe et son besoin d'héroïsme :


Le 16 mai 1843. Mercredi soir.

Mon très cher cousin,

Tu trouveras très drôle que je t'écrive une lettre comme celle-ci, mais, comme i y a une fin à toutes les choses de ce monde, ma fin est très près d'arriver et je veux t'expliquer tout ce que mon coeur contient, et c'est plus que je peux supporter. Mon caractère est fort... Mais quand on me traite comme un âne, qu'on me bat devant le monde... mon sang bout et je ne sais ce que je fais. Beaucoup de monde croit qu'il n'y a personne au monde plus heureuse que moi, mais on se trompe. Je suis malheureuse parce que je me le fait être, j'aurais dû naître un siècle plus tôt.
Tu dirais que je suis romantique et sotte, mais tu es bon et u pardonneras à une pauvre fille qui a perdu tous ceux qui l'aimaient et quiq est regardée avec indifférence par tout le monde, même par sa mère, sa soeur, et, oserai-je le dire, par l'homme qu'elle aime le plus, pour lequel elle aurait demandé l'aumône et même consenti à son propre déshonneur : cet homme, tu le connais.
Ne dis pas que je suis folle, je t'en prie, aie pitié de moi : tu ne sais pas ce que c'est que d'aimer quelqu'un et en être méprisée.
Il y a du monde qui sont né (sic) pour être heureux : tu es un de ceux-là. Dieu veuille que ça te dure toujours. Ma soeur est bonne : elle t'aime, votre union ne sera pas retardée longtemps : alors, rien ne manquera à votre bonheur. Si vous avez des enfants, aimez-les également : songez qu'ils sont tous vos fils et ne froissez jamais l'amitié de l'un pour montrer plus d'affection à l'autre. Suivez mes conseils et soyez heureux : ainsi vous le désire,

Ta soeur, Eugénie.

Ne me persuade pas : c'est inutile. J'irai finir ma vie loin du monde et de ses affections; avec l'assistance de Dieu, rien n'est impossible et mes résolutions sont prises, car mon coeur est brisé.


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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 14 Mar - 19:00

Or, à quelque temps de là, alors qu'elle descendait un escalier à cheval sur la rampe, elle temba assez rudement au pied d'une vieille dame qui la releva et lui dit :

- Donne-moi ta main, petite. Je vais te dire la bonne aventure... Tu as des lignes merveilleuses ! ... Tu iras très haut, tu vivras cent ans et tu finiras dans la nuit...

De cette prophétie, Eugénie ne retint qu'une chose : elle vivrait cent ans. Ce qui lui parut long pour pleurer son amour perdu...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 14 Mar - 19:41

LOUIS-NAPOLEON RENCONTRE EUGENIE CHEZ SON EX-FIANCEE



Il y a de curieux carrefours... - LE GUIDE BLEU -



PACA de Montijo épousa le duc d'Albe le 14 février 1844.
Aussitôt, la comtesse songea à marier sa deuxième fille et invita tous les jeunes gens titrés de Madrid. Une nuée de prétendants se mit alors à papillonner autour d'Eugénie comme des éphémères par un beau soir d'été...
La future impératrice, qui aimait beaucoup les hommages, oublia peu à peu le duc d'Albe. Elle retrouva son rire, sa coquetterie, ses manières désinvoltes et se promena dans les avenues madrilènes au bras d'un si grand nombre de messieurs que l'on ne tarda pas à murmurer "qu'elle s'était fait planter une banderille dans l'Alcazar... tongue " (Ces racontars devaient être repris et amplifiés sous le Second Empire par des pamphlétaires de l'opposition.)

La réalité était beaucoup plus fade : Eugénie se contentait de flirter. Pudique, malgré ses allures émancipées, elle donnait même de grands coups d'éventail sur les mains de soupirants trop audacieux.
La liste de ceux qui en reçurent est assez longue. Citons : le marquis d'Alcanicès, futur duc de Sestos, le vicomte d'Aguado, un Rothschild, le comte d'Oultremont, Camerata, petit-fils d'Elisa Bonaparte, le duc de Doudeauville, l'écrivain Edouard Delessert, son cousin Ferdinand de Lesseps, et même le duc d'Aumale, fils de Louis-Philippe, qui pensa un moment l'épouser.

Tous ces "fiancés" passèrent rapidement dans la vie d'Eugénie. Elle riait avec eux, faisait du cheval en leur compagnie, dansait dans leurs bras, mais leur refusait obstinément sa main.
Un jour, pourtant, elle hésita. Le prétendant, il est vrai, avait un nom prestigieux.
Il s'appelait Napoléon.
C'était le fils de Jérôme Bonaparte, le frère de la princesse Mathilde et le neveu de l'empereur.
C'était aussi l'ambassadeur à Madrid du prince-président, Louis-Napoléon.


Eugénie, dont l'enfance avait été bercée par les légendes de l'épopée napoléonienne, fut émerveillée. Elle reçut le prince Napoléon - que ses intimes appelaient Plon-Plon - avec une chaleur tendre qui étonna Mme de Montijo.

- Cette fois, pensa la comtesse, ma fille va se marier. Et elle va devenir princesse ! ...

Ravie, elle laissa entendre au prince que l'union qu'il souhaitait avait son agrément. Aussitôt, le gros Plon-Plon écrivit au prince-président pour lui faire part de ses projets. La réponse qu'il reçut le glaça. Elle avait été dictée à Louis-Napoléon par un destin malicieux. Mais personne alors ne pouvait en savourer la drôlerie. La lettre, en effet, contenait cette phrase :

Vous n'y pensez pas, mon cousin, Mlle de Montijo est de ces filles avec qui l'on couche mais que l'on n'épouse pas...

Le prince Napoléon ne tarda pas à rompre toutes relations avec Eugénie.
Vexée, Mme de Montijo décida de voyager. Elle se rendit à Spa avec sa fille et descendit à l'hôtel de Flandre. Là, vint bientôt s'installer un autre Espagnol qui avait été l'amant de la comtesse et s'intéressait maintenant à Eugénie : le duc d'Ossuma. Tout de suite, il fit une cour pressante à la jeune fille, et, d'après certains mémorialistes, le flirt, cette fois, aurait dépassé les limites du badinage mondain.
Ecoutons Stelli :


"Le soir, quand les ombres descendaient lentement des montagnes entre lesquelles fuient les eaux de l'Amblève, le promeneur attardé remarquait, dans la vallée sinueuse, un jeune homme et une jeune fille amoureux du silence et du mystère.
A voir leurs bras tendrement enlacés, l'échange de leurs regards satisfaits, l'expression de leur bouche frémissante, on devinait que ce n'était point là un couple de naturalistes étudiant les caractères géologiques des bandes calcaires ou le plissement des couches perpendiculaires et renversées.
"L'une de ces promenades fut poussée jusqu'à la grondante cascade de Côo. Un artiste, du haut des rochers, admirait le magnifique spectacle de l'Amblève, semblable, par ses fuites, à une série de lacs où se miraient les douces étoiles d'un ciel argenté. Il aperçut à ses pieds, sur un banc de quartz schisteux, ce que le chevalier Saint-Aignan nommait "deux personnes en une", c'est-à-dire un beau seigneur groupé avec une belle dame.
"Quand l'artiste se rapprocha de la cascade, le banc de schiste était désert; mais deux ombres effarouchées s'en éloignaient; en passant devant elles, notre indiscret rêveur crut reconnaître la jeune comtesse et le jeune duc, qui logeaient à l'hôtel de Flandre..."


Mais cette fois encore, Eugénie rompit et Mme de Montijo alla s'installer à Paris. Les deux femmes y louèrent un appartement au 12 de la place Vendôme et fréquentèrent bientôt les salons les plus aristocratiques de la capitale.
Un soir, dans un de ces salons, Eugénie fit la connaissance du prince-président. Cette première rencontre fut contée de bien des façons par les historiens et les mémorialistes. Plus tard, on en fit une chanson qui eut, dans les milieux de l'opposition, un immense succès et dont voici quelques extraits :

La belle au fin fond de l'Espagne
Habitait.
Ah ! la buveuse de champagne
Que c'était.
Quoi que Badinguette* eût pour père (* Louis-Napoléon était surnommé "Badinguet")
A c' qu'on dit,
Presque tous les célibataires
De Madrid.
Et si, sur sa naissance on jase
A gogo,
On la nomma par antiphrase
Montijo

Un jour sa vieille maugrabine
De maman
Lui dit : "Nous somm's dans la débine
Bigrement.
V'là ton visage qui s'dégomme
Tous les jours ;
Faut songer à te faire un homme
Pour toujours.
Car, depuis qu't'es pas mal âgée,
Nous mangeons
Un peu trop de vache enragée :
Délogeons !"

V'là Badinguette qui débarque
A Paris
Badinguet qui la remarque
Se sent pris.
"Ah ! dit-il, je l'jur' sur mon âme,
Soyons francs;
Oncle Jérôme, cette femme
Vaut dix francs !"
"Non, dit Jérôme, elle en vaut douze,
Entre nous,
Car jamais on n'a vu d'Andalouse
Au poil roux !"

Voilà Badinguet qui pour cause
Cherch' moyen :
De l'avoir pour très peu de chose,
Ou pour rien.
Il s'en va trouver la duègne,
Pas honteux,
Et les embarque pour Compiègne,
Tout's les deux.
C'est là que, n'pouvant plus attendre,
Le grossier,
Dans un grand bal osa lui prendre
Le fessier...


Les choses - on le devine - ne se passèrent pas aussi lestement. Louis-Napoléon et Eugénie de Montijo se rencontrèrent, pour la première fois, dans le salon de la princesse Mathilde, lieu guindé où les invités n'avaient point l'habitude de mettre la main au "fessier" des dames...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 14 Mar - 20:32

Depuis longtemps, la princesse Mathilde tremblait à la pensée que Louis-Napoléon pouvait épouser miss Howard. Un soir, bien décidée à aider le destin, elle donna, dans son appartement de la rue de Courcelles, un dîner en l'honneur du prince-président et invita Eugénie de Montijo dont elle venait de faire la connaissance.
Le résultat fut stupéfiant.
A peine entré dans le salon, Louis-Napoléon se pencha vers sa cousine :

- Mathilde, qui est donc cette jeune femme ?
- Une nouvelle venue, une étrangère, de famille andalouse : Mlle de Montijo...

Le prince hocha la tête :

- Ah ! Vraiment ? Mais il faut me la présenter...

Dix minutes plus tard, Louis-Napoléon, dans un coin de cheminée, faisait à Eugénie une cour fort pressante.
L'oeil gourmand, main malheureuse, il considérait avec émotion les bras nus, les épaules, le cou délicat et la poitrine provocante de la belle Espagnole.
"Il ressemblait, écrit Stelli, à un enfant devant un beau gâteau à la crème..."


Tout en la dégustant du regard, il s'enquit des goût de la jeune fille. En apprenant qu'elle aimait lire, il vit là une occasion d'être agréable et promit de lui envoyer son Traité d'Artillerie.
Ouvrage bien sérieux sans doute pour une demoiselle, mais qu'Eugénie se déclara poliment enchantée de recevoir...
Le lendemain, un garde lui apportait le Traité ainsi qu'une invitation à un bal. Bientôt, les dames de Montijo devinrent des habituées de l'Elysée.

Un soir, le prince-président, qui ne voyait en Eugénie qu'une favorite possible, essaya de placer une main qui s'impatientait. Un coup d'éventail assez sec vint lui rappeler qu'il n'avait point affaire à une danseuse de l'Opéra... Pourtant, Louis-Napoléon pensa qu'il arriverai à ses fins et poursuivit sa cour.
Quelque temps après, comme il passait à cheval sous les fenêtres de la jeune fille, il s'inclina :

- Comment arrive-t-on chez vous ?

Elle lui répondit en souriant :

- Par la chapelle...

Louis-Napoléon, cette fois encore, crut à une boutade. Il continua d'être galant, invita aux chasses, envoya sa loge à l'Opéra et fit porter des fleurs. En vain. La belle acceptait tout, mais ne donnait toujours rien.
Le soir du 31 décembre 1849, la princesse Mathilde organisa une soirée pour fêter l'année nouvelle. Le prince-président et Eugénie, y furent naturellement conviés.
Quand les douze coups de minuit sonnèrent, la princesse Mathilde - à la demande de Louis-Napoléon, qui avait son plant - s'écria :

- Minuit ! Tout le monde s'embrasse !

Aussitôt, le prince se précipita sur Eugénie.
Mais celle-ci était souple. Glissant vivement entre les mains présidentielles, elle s'échappa et courut se mettre à l'abri derrière un fauteuil.

- C'est l'usage en France, bredouilla Louis-Napoléon en la rejoignant.

Eugénie lui lança son regard bleu et dit simplement :

- Ce n'est pas l'usage dans mon pays.

Cette fois, le prince comprit que les choses n'iraient pas aussi vite qu'il l'avait espéré et que - suivant le mot de Stelli - "il n'était pas pressant de bassiner le lit".


Alors, il résolut d'attirer la jeune fille dans un traquenard. Un matin, Eugénie et sa mère reçurent une invitation à venir dîner à Saint-Cloud où le prince s'était installé pour l'été.

Elles s'y rendirent et eurent la surprise de trouver le château vide. Des valets vinrent leur expliquer que le prince-président les attendait à Combleval, pavillon caché au milieu du parc, sur le chemin de Villeneuve-l'Etang.
Une voiture conduisit les deux femmes.
A Combleval, elles trouvèrent Louis-Napoléon seul avec son fidèle Bacciochi.

- Nous allons dîner tous les quatre, dit-il en fixant Eugénie de façon gênante.
Puis il mena ses invités à la salle à manger, et il devint vite évident que Bacciochi tout comme la comtesse n'étaient là que pour faire tapisserie.
"Tout ce repas, nous dit Stelli, ne fut qu'une longue approche en vue d'une nuit sur laquelle la maman espagnole eût dû fermer les yeux."
Après ce stupéfiant "tête-à-tête" devant témoins, le prince proposa une promenade dans le parc et offrit son bras à Eugénie, tandis que Bacciochi se chargeait de Mme de Montijo.
Cette fois, la jeune fille se figea et, d'un ton sec, rappela Louis-Napoléon aux convenances :

- Monseigneur, ma mère est là.

Le prince n'insista pas et les deux dames changèrent de cavalier en silence. La promenade, on le conçoit, manqua de gaieté...

Une heure plus tard, Mme de Montijo et sa fille rentraient à Paris, atrocement humiliées, l'une d'avoir été considérée comme une maîtresse possible, l'autre comme une mère complaisante...
Pour oublier l'affront, elles partirent en villégiature sur les bords du Rhin.
Le prince-président était, lui aussi, fort déçu par la soirée de Combleval. Mais il ne chercha pas l'oubli dans les voyages. Il fit venir à Saint-Cloud une petite actrice du Théâtre-Français qui lui enseigna, nous dit-on, de façon fatigante mais agréable, "les différentes postures du mariage chinois"..
.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Ven 15 Mar - 0:51

A leur retour d'Allemagne, les dames de Montijo furent conviées à une réception à l'Elysée.
Louis-Napoléon, que l'échec de Combleval n'avait pas découragé, se montra fort galant avec Eugénie, et les témoins remarquèrent "que ses yeux semblaient attachés, comme des sangsues, aux épaules tombantes de la jeune fille...
Le lendemain, le prince-président, qui cherchait décidément à plaire par les moyens les plus inattendus, envoya à Eugénie son livre intitulé l'Extinction du Paupérisme.
Le jeune Espagnole fut d'abord déroutée par le titre. Puis elle lut l'ouvrage et découvrit en Louis-Napoléon un être rêveur et un peu chimérique, assez semblable à elle-même. Elle en fut touchée.
Si touchée même qu'au lendemain du coup d'Etat, alors que les barricades s'élevaient dans Paris, elle écrivit à Bacciochi pour lui annoncer qu'elle mettait à la disposition du prince, s'il échouait dans son entreprise, tout ce qu'elle possédait.
Sans doute ce que possédait Eugénie n'était-il guère important. Mais le geste émut Louis-Napoléon. Il lut et relut cette proposition - étrange de la part d'une jeune fille qu'il avait essayé de violer - et pensa que les femmes étaient douées à son égard d'une stupéfiante générosité...


Pendant toute l'année 1852, le prince-président, sans abandonner ni miss Howard - qui avait financé son coup d'Etat - ni les petites danseuses de l'Opéra - dont les cuisses légères venaient égayer son lit -, poursuivit la lente et difficile conquête de l'Espagnole.
Régulièrement, il lui écrivait de longues lettres de collégien amoureux, pleines de citations de Racine et d'images poétiques empruntées aux chansonnettes du temps.
En retour, Eugénie, aidée par Mérimée qui s'amusait follement, répondait à cette littérature de midinette par des pages pleines de vues profondes sur l'art de gouverner un Etat ou sur le mécanisme des alliances depuis Louis XV.
A l'automne, les dames de Montijo, qui avaient voyagé pendant tout l'été, rentrèrent à Paris.
Aussitôt, Louis-Napoléon les convia à Fontainebleau où il donnait une chasse à courre. Elles y arrivèrent le 12 novembre, par un train spécial frété pour les invités.

Au château, elles furent modestement logées dans l'aile Louis XV, au second étage, dans des chambres donnant sur le jardin anglais.
Personne alors n'aurait pu soupçonner qu'Eugénie serait trois mois plus tard impératrice des Français...
Le 13 novembre, il y eut une grande chasse.
La jeune Espagnole, montant un cheval des écuries du prince, s'y montra une cavalière éblouissante de hardiesse. Le soir, Louis-Napoléon lui fit remettre le pied du cerf. Honneur qui stupéfia ceux qui, deux semaines plus tard, allaient constituer la "cour"...
Le lendemain était la veille de la sainte Eugénie. Le prince fit porter des fleurs à Mlle de Montijo et la pria d'accepter le cheval qu'elle montait la veille. Cette fois, on jasa et le prince Napoléon, frère de la princesse Mathilde, fit à haute voix des plaisanteries fort déplacées... Agacée, la pauvre Eugénie écrivit au comte de Galve, beau-frère de Paca : tu ne peux pas te figurer ce que l'on raconte sur moi depuis que j'ai accepté ce cheval du diable..
.

Elle omettait de dire que Louis-Napoléon, sous le fallacieux prétexte de lui montrer la statue de Charlemagne, avait essayé de l'entraîner sur un canapé...

Le séjour à Fontainebleau se termina le 18 novembre. Le 21, par 7 824 189 "oui" contre 233 145 "non", le plébiscite consacrait le rétablissement de l'Empire, qui fut solennellement proclamé le Ier décembre. Cette fois, Mme de Montijo pensa qu'il fallait jouer serré. Louis-Napoléon pouvait, dans un moment de tendresse et de reconnaissance, être ramené vers miss Howard. Il pouvait aussi, cédant aux pressions de Morny et de Mathilde, s'unir à une princesse étrangère. La comtesse devait, nous dit Fillon, "pousser l'empereur à désirer si fort la possession du corps délectable d'Eugénie que rien d'autre au monde ne dût plus compter pour lui".
Mme de Montijo réussit parfaitement
.

Bientôt, le nouveau souverain ne put voir Eugénie sans montrer une énorme et gênante émotion. Phénomène à ce point évident que les familiers des Tuileries, se poussant du coude, ne nommèrent plus Napoléon III que Sa Majesté l'Ampleur...
Razz
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Ven 15 Mar - 1:09

Le 18 décembre, Napoléon III invita la cour - et les dames de Montijo - à Compiègne. Il voulait tenter un dernier assaut (obstiné le mec tongue ) avant de se décider au mariage. Sur ses ordres, l'architecte Lefuel avait percé le mur de la chambre destinée à Eugénie.
Au cours de la première nuit, la jeune fille fut réveillée par d'insolites attouchements. Elle poussa un cri. Une voix qu'elle connaissait bien murmura alors :

- N'ayez pas peur... c'est moi.

A la lueur du feu qui flambait dans la cheminée, elle reconnut l'empereur.
Très calme tout à coup, elle ramena sur elle les couvertures que le souverain avait soulevées et dit :

- J'avais cru venir dans la maison d'un gentleman...


Napoléon III, penaud, repartit par la porte dérobée, "emportant, nous dit-on, sa courte honte et mordu par un amour qui ne lui laissait plus son libre arbitre".

Le lendemain, Eugénie le salua avec un sourire un peu ironique, mais ne refusa pas la promenade qu'il lui proposait de faire dans le parc. La matinée était belle et cette promenade fut pour l'empereur l'occasion de se faire pardonner son incartade de la nuit. Ecoutons M. de Maupas qui assista à la scène :

"Les pelouses étaient couvertes d'une rosée abondante et les rayons du soleil donnaient à toutes les gouttelettes qui chargeaient encore les herbes des reflets et des transparences diamantées. Mlle Eugénie de Montijo, dont la nature était pleine de poésie, se plaisait à admirer les effets capricieux et magiques de la lumière. Elle avait fait remarquer, en particulier, une feuille de trèfle si gracieusement chargée de gouttes de rosée qu'on eût dit un vrai bijou tombé de quelque parure. La promenade finie, l'empereur prenait à part le comte Bacciochi qui, quelques instants après, partait pour Paris. Il rapportait, le lendemain, un délicieux bijou qui n'était autre qu'un trèfle dont chacune des feuilles portait un superbe diamant imitant des gouttes de rosée. Le comte avait fait imiter avec une rare perfection la feuille admirée la veille par la future souveraine."

Le soir même, une loterie fut organisée et le hasard - aidé par Bacciochi - fit gagner à Eugénie ce ravissant joyau...
Aussitôt, la cour murmura que la jeune Espagnol se devait bien - en échange - de donner à l'empereur son "petit bijou de famille"...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Ven 15 Mar - 1:36

NAPOLEON III POSE UNE COURONNE DE VIOLETTES SUR LA TÊTE D'EUGENIE



Il y a des gestes qui en disent long... - PAUL CLAUDEL -


UN matin, Napoléon III eut besoin de parler de son amour à quelqu'un. Il fit appeler le comte Fleury, le pria de s'asseoir et alla vers la fenêtre.
Un long moment, il regarda en silence les arbres du parc qui semblaient dormir sous le ciel d'hiver.
Puis, il se retourna :

- Fleury, j'aime Mlle de Montijo.

Le comte sourit.

- Je le comprends, sire, et je vois bien que ce n'est pas d'aujourd'hui. Mais alors, il n'y a qu'une chose à faire... Epousez-la !

Napoléon III baissa les yeux.

- J'y pense sérieusement, dit-il.

Il y pensait, en effet, depuis quelques jours, donnant ainsi raison à la princesse Mathilde qui, un soir, avait déclaré :

- Louis épousera, si elle le veut, la première qui lui refusera ses faveurs...

Mme de Montijo connaissait ce mot. Aussi rappelait-elle quotidiennement à sa fille de ne pas se laisser entraîner sur un lit par l'empereur...
Eugénie n'avait pas besoin de ses conseils. Elle savait fort bien manoeuvrer pour aiguiser le désir du souverain et amener celui-ci au but qu'elle s'était fixé.
Un soir, on joua au vingt et un. Mlle de Montijo était à la droite de Napoléon III. De temps en temps, lorsqu'elle se trouvait embarrassée, elle consultait son voisin. Or, nous dit le comte Fleury, "il arriva qu'en relevant les cartes, elle trouva deux figures. Elles les montra à l'empereur avec un regard interrogateur. A ce regard, il répondit :

" - Tenez-vous-en au point. Il est très beau !
" - Non, répliqua-t-elle. Je veux tout ou rien !
"Et elle demanda des cartes. La personne qui les donnait lui jeta un as. Elle abattit alors son jeu avec un sourire où la volonté semblait affirmer son triomphe sur la fortune..."

La phrase "je veux tout ou rien" fit une grosse impression sur la cour. Toutes les jeunes femmes qui frétillaient devant l'empereur avec l'espoir d'attirer son regard, pensèrent que la "petite Montijo" venait de commettre une gaffe.
Elles en ricanèrent pendant toute la soirée. Le lendemain devait leur apporter une énorme déception : à la fin du dîner, Napoléon III prit une couronne de violettes qui ornait la table et la posa sur le front d'Eugénie.
Cette fois, les membres de la cour pâlirent.
L'empereur allait-il faire une déclaration ? Prononcer un mot pour justifier ce geste extravagant ? Ou tout au moins dire une plaisanterie pour retirer tout sens symbolique à ce couronnement ?
Non ! Il se leva en souriant et se dirigea vers le salon où l'on installa les tables de jeu.
La soirée se passa en chuchotements effarés.

Si Napoléon III était maintenant fermement décidé à épouser Eugénie, une question, pourtant, le tourmentait : la jeune Espagnole était-elle encore pure, à vingt-six ans ?
Un matin, alors qu'il se promenait dans le parc avec elle, le souverain lui posa tout benoîtement la question.
Mlle de Montijo le regarda dans les yeux :

- Je vous tromperais, sire, si je ne vous avouais pas que mon coeur a parlé, et même plusieurs fois ; mais ce que je puis vous dire, c'est que je suis toujours mademoiselle de Montijo...
Napoléon respira.
Et, en revenant à petits pas vers le château, il arracha d'un chêne une branche de lierre, l'arrondit en couronne et la psa tendrement sur la tête d'Eugénie :
- En attendant l'autre, dit-il...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Ven 15 Mar - 19:15

A la fin de décembre, la cour rentra à Paris.
Aussitôt, Napoléon III se rendit chez miss Howard. Il lui tardait, en effet, de rompre cette liaison à laquelle, pourtant, il devait tout. De plus, il était inquiet. L'Anglaise avait gardé toutes ses lettres, tous ses billets, et il craignait que, dans un accès de désespoir, elle ne les envoyât à Eugénie...C'était donc pour les lui reprendre - ou pour les lui acheter - qu'il venait rue du Cirque.
Miss Howard savait que Napoléon III aimait Mlle Montijo. Elle le savait et en souffrait cruellement; mais elle ignorait que l'empereur, parlant d'elle, avait dit à Eugénie :

- Je ne la verrai plus...


Aussi accueillit-elle avec une tendresse un peu triste cet amant qu'elle adorait.
Dès les premiers mots, elle comprit que cette soirée annonçait une rupture. Sans rien dire, livide, terrée au fond de son fauteuil crapaud, elle écouta l'empereur parler d'argent, de "restitution de lettres", de "dédommagement", de titres, de "nécessité dynastique", d'"indemnités"... Quand il eut terminé, elle lui rappela doucement sa promesse de mariage. Par délicatesse, elle ne fit pas allusion aux sommes importantes qu'il lui devait, mais évoqua les temps difficiles qu'ils avaient vécus ensemble. Alors, il fuma une cigarette d'un air boudeur et finit pas s'endormir. Quand il s'éveilla, le feu se mourait dans la cheminées et il était seul. Hariett, effondrée, était allée se coucher. Le lendemain, encore endolorie par l'incroyable muflerie de l'empereur, elle écrivit à un de ses compatriotes cette lettre amère :

Sa Majesté est venue hier soir m'offrir une indemnité de renvoi : oui, le comté, titre personnel, transmissible, un château et un mari français convenable par-dessus le marché... Oh ! quelle pitié que tout ça ! Une dose de laudanum ferait mieux mon affaire... Le seigneur tout-puissant a passé deux heures en discussion avec moi... Plus tard, il s'est endormi sur le sofa rouge et a ronflé pendant que je pleurais...

Le 31 décembre, Napoléon III donna une réception aux Tuileries. Les dames de Montijo y étaient, bien entendu, conviées. Au moment où elle allait passer le seuil de la salle des Maréchaux, Eugénie fut bousculée par Mme Fortoul femme du ministre de l'Intérieur qui lui lança d'une voix acide :

- Je ne cède pas le pas à une aventurière !

Livide, Eugénie se rangea et dit :

- Passez, madame !

Après quoi, elle alla prendre place avec sa mère à la table de l'empereur. Tout de suite, celui-ci vit que la jeune fille avait les larmes aux yeux. Il se pencha :

- Qu'y a-t-il ?
- Il y a, sire, qu'on m'a insultée ce soir mais qu'on ne m'insultera pas une seconde fois... Je quiterrait Paris demain...

Alors, Napoléon posa doucement, tendrement, sa main sur le poignet d'Eugénie :

- Ne partez pas... Demain, on ne vous insultera plus...

Après le dîner, Mme de Montijo rentra se coucher avec "des feux d'artifice" dans la tête...

Le lendemain, Ier janvier 1853, Mme de Montijo pensa que l'empereur allait venir incognito lui présenter ses voeux et en profiter pour demander la main d'Eugénie. Très énervée, elle fit mettre des fleurs dans tous les vases, se para d'une robe de soie vert d'eau et alla se poster à la fenêtre.
Tout au long du jour, de nombreuses voitures s'arrêtèrent devant le 12, place Vendôme, mais Mme de Montijo ne vit sortir d'aucune d'entre elles le gros nez qu'elle attendait.
Le soir, deux plis amers descendaient de sa bouche...
Le 2 janvier, la comtesse attendit avec encore un peu d'espoir. Le 3, elle attendit avec angoisse, le 4 avec colère, le 5 avec haine. Finalement, le 6, elle convia chez elle son cousin, Ferdinand de Lesseps, son ex-amant Prosper Mérimée et le cpmte de Galve, frère du duc d'Albe, son gendre.

- Que dois-je faire ? leur dit-elle.

Le futur perceur d'isthmes fut formel :

- Il faut partir, quitter Paris, la France même et donner ainsi une leçon à Napoléon III.

Eugénie était de cet avis.

- Nous devons partir tout de suite. Sans un adieu et sans un mot.

Puis elle avoua qu'elle préparait sa malle depuis la veille et elle éclata en sanglots. Cette fois, Mme de Montijo explosa :

- Je ne veux pas que tu souffres ! Partons pour Rome et que notre départ soit comme une gifle à l'empereur. Cet homme n'est qu'un fourbe. Il a trompé toute sa vie !

A ce moment, Mérimée intervint :

- Non ! Ne partez pas. Vous auriez l'air de fuir. Toute la cour ricanerait ... Le 12 janvier, il y a un grand bal aux Tuileries. Vous y serez invitées. Allez-y et annoncez vous-mêmes à l'empereur votre résolution...

A la pensée que la cour pouvait ricaner, la comtesse blêmit :

- Vous avez raison. Ne partons pas. Soyons les plus fortes
.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Ven 15 Mar - 19:48

Or, tandis que Mme de Montijo s'apprêtait à livrer le dernier combat, Napoléon III subissait les assauts des membres de sa famille et de ses mais intimes.
Tous lui démontrèrent que, pour assurer ce second empire naissant, il devait s'unir à une princesse de sang royal et non à une "Mlle de Montijo".
A tous, il répondit simplement :

- Je l'aime...

Alors Plon-Plon donna des coups de poing sur les tables, la princesse Mathilde cria que ce mariage serai la perte de l'Empire et Persigny, agrippant l'empereur par un bouton de son habit, hurla :

- Ce n'est pas la peine d'avoir risqué le coup d'Etat avec nous pour épouser une lorette...

Napoléon III, impassible, répéta :

- Peut-être, mais je l'aime...

Finalement, l'ex-roi Jérôme lui mit la main sur l'épaule :

- Fais-en à ta tête... Puisque tu l'aimes, prends-la pour femme... Tu auras au moins une belle fille dans ton lit...

Le 12 janvier, les dames de Montijo arrivèrent aux Tuileries où toute la cour les considéra d'un eoil ironique et méprisant. Un incident allait figer tous les sourires...
Ecoutons un témoin, le comte de Hübner, ambassadeur d'Autriche :

"Mlle de Montijo parut au bras de James Rothschild, toujours sous le charme de la jeune Andalouse. Un de ses fils conduisait Mme de Montijo.
Ces messieurs comptaient placer leurs "dames" sur la banquette occupée par les femmes des ministres. Une d'elles (Mme Drouyn de Lhuys), passionnément contraire au mariage et ne voulant pas l'admettre comme possible, dit sèchement à Mlle de Montijo que ces places étaient réservées aux femmes des ministres. L'empereur s'en aperçut, se précipita vers les deux dames espagnoles en détresse et leur assigna des tabourets près des membres de sa famille..
Grande fut la confusion de la sévère gardienne des règles de l'étiquette, qui s'aperçut trop tard de son erreur.
Mais plus grande la surprise des témoins de cette scène presque burlesque, qui leur révélait les intentions matrimoniales de l'empereur. On peut dire qu'à ce bal a eu lieu la déclaration de mariage."


Malgré l'honneur qui venait de lui être fait, Eugénie était toujours résolue à quitter Paris.
Au second quadrille, l'empereur l'invita. Très troublés tous les deux, ils dansèrent un long moment en silence. Enfin, Napoléon III parla :

- Qu'avez-vous ? Vous paraissez fatiguée ? ... Il faudrait pourtant que je vous parle...
- Moi aussi, sire. Je dois vous faire mes adieux.
- Comment ?
- Je pars demain.

L'empereur pâlit.

- Venez !

Et, devant les invités ébahis, il entraîna la jeune fille vers son cabinet. Ils en sortirent une demi-heure plus tard, souriants et presque goguenards. Toute la cour, immédiatement, pensa qu'une scène importante venait de se jouer.
Mais laquelle ?


Personne ne pouvait soupçonner que l'empereur des Français venait - presque sous la dictée d'Eugénie - d'écrire une lettre adressée à une autre femme.
Cette femme, il est vrai, était Mme de Montijo.

Quant à la lettre, la voici
:

Madame la Comtesse,

Il y a longtemps que j'aime Mademoiselle votre fille et que je désire en faire ma femme. Je viens donc aujourd'hui vous demander sa main, car personne plus qu'elle n'est capable de faire mon bonheur, ni plus digne de porter une couronne.
Je vous prierai, si vous y consentez, de ne pas ébruiter ce projet avant que nous ayons pris nos arrangements.
Recevez, Madame la Comtesse, l'assurance de mes sentiments de sincère amitié.


Napoléon.

Mme de Montijo allait pouvoir remettre des fleurs dans les vases de son salon...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Ven 15 Mar - 20:10

Quand elle eut pris connaissance de la lettre de l'empereur, Eugénie embrassa sa mère et s'en alla dans sa chambre rédiger calmement ce bulletin de victoire pour la duchesse d'Albe :

Ma chère et bonne soeur,
Je veux être la première à t'annoncer mon mariage avec l'empereur. Il a été si noble, si généreux avec moi, il m'a montré tant d'affection que je suis encore tout émue. Il a lutté et vaincu..
.


Napoléon III, dans sa lettre à Mme de Montijo, avait demandé que son projet de mariage ne fût pas ébruité. Il ignorait que ses valets du palis, fort bien renseignés, allaient se charger de propager la nouvelle.
Le 16, en effet, tout Paris était au courant et s'effarait. Ecoutons Horace de Viel-Castel :


"Le mariage fait un bruit du diable. Hier, la Bourse a eu une baisse de deux francs. Les anciens partis se réveillent pour cirer au scandale, pour parler de l'honneur national compromis, pour faire courir les bruits les plus calomnieux sur Mlle de Montijo. Le faubourg Saint-Germain fait le scandalisé, l'empereur ne dit mot et poursuit son projet. Thiers répète à qui veut l'entendre, dit-on, qu' "il n'y a rien à craindre des gens qui ne sont que gris, mais qu'il faut redouter le moment où ils sont tout à fait saouls."

D'autres approuvaient ce mariage pour des raisons saines. M. Dupin, par exemple, qui déclarait :

- L'empereur fait bien d'épouser qui lui plaît et de ne pas se laisser marchander quelques scrofuleuses princesses d'Allemagne aux pieds larges comme les miens. Du moins, lorsque l'empereur b... sa femme, se sera par plaisir et non par devoir...

Or, tandis qu'Eugénie savourait son triomphe et que tout Paris commentait passionnément l'annonce du mariage impérial, que faisait Napoléon III ?
Il préparait sa nuit de noces.
En effet, chaque après-midi, l'empereur recevait dans un salon secret des Tuileries une jeune danseuse de l'Opéra connue pour sa science amoureuse. "Cette demoiselle, prénommée Adèle, nous dit Stelli, avait acquis ses talents en travaillant pendant quelques années chez une courtisane de la rue d'Antin où fréquentait tout ce que Paris comptait de plus vicieux, de plus dépravé et de plus imaginatif. Elle connaissait toutes les attitudes enseignées par les Chinois et avait même inventé une figure qu'elle appelait tout bonnement le tire-bouchon, mais dont certains grands personnages de la cour ne parlaient qu'avec respect."


Cette brillante partenaire avait, quelque temps auparavant, enseigné au comte Fleury toutes les subtilités d'un petit jeu amoureux que l'on trouve décrit dans les manuels d'érotisme sou le nom évocateur de "sauterelles gourmandes"...
En compagnie d'Adèle, on peut donc penser que l'empereur améliorait son savoir-faire dans le but, fort louable, d'émerveiller Eugénie de Montijo, au soir des noces impériales...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Ven 15 Mar - 21:01

MISS HOWARD DEVIENT DAME DE BEL-EBAT



Il y a des coïncidences exagérées... - LOUIS PAUWELS -


LE 21 janvier, Napoléon III ayant demandé la main d'Eugénie - et l'ayant obtenue - se trouva soudain fort embarrassé.
Comment allait-il annoncer ses fiançailles à miss Howard ?
Après avoir longuement réfléchi le souverain pensa que le plus simple était de ne rien dire du tout, d'éloigner l'Anglaise et de faire en sorte qu'elle apprît la nouvelle par les journaux.
Il se rendit donc rue du Cirque avec un bon sourire.
Harriet l'accueillit avec joie, lui sauta au cou, lui tira les moustaches et l'entraîna sur un sofa où elle se montra disposée à se faire reluire" le casse-noisettes", comme disaient alors les poètes que le Romantisme n'avaient point contaminés.
Napoléon III, qui connaissait les femmes, pensa qu'une petite politesse mettrait miss Howard dans d'heureuses dispositions pour l'écouter. Il retira sa redingote et la posa soigneusement sur un fauteuil. Puis il dénoua sa cravate et déboutonna son col, car il était sujet, nous dit Léon Peneau, "qu grossissement du cou pendant l'effort amoureux".
Quelques secondes plus tard, miss Howard, "belle frégate anglaise, voguait toutes voiles dehors, sur la mer agitée des amours."

Lorsqu'ils eurent terminé leurs ébats, les deux amants, fort satisfaits d'eux-mêmes, allèrent s'asseoir auprès du feu et l'empereur parla :


- Ma chère Harriet, dit-il, j'ai décidé de vous charger d'une mission officielle.
Cette marque de confiance fit rougir de plaisir miss Howard. Ele embrassa tendrement Napoléon III qui lui expliqua alors qu'il était menacé d'un scandale par un maître chanteur anglais.

- Vous allez vous rendre à Londres, dit-il. Là, il vous faudra étudier l'affaire et prendre des contacts discrets avec les personnes dont voici la liste. M. Jean Mocquard vous accompagnera dans ce voyage. Vous partez demain.

Harriet, folle de joie à la pensée de pouvoir rendre sercie à son amant bien-aimé, prépara aussitôt ses bagages. Et, le lendemain, à l'aube, accompagnée du chef de cabinet de l'empereur, elle monta dans sa calèche et partit pour le Havre où il était convenu qu'elle devait s'embarquer aussitôt pour l'Angleterre.
Alors Napoléon III soupira. Il allait pouvoir, en toute tranquillité, annoncer officiellement ses fiançailles. Quand les journaux publieraient la nouvelle, miss Howard serait en Angleterre.


Et quelques heures plus tard, tandis que la jeune femme et M. Mocquard roulaient vers la côte normande, l'emepreur s'adressait aux Corps constitués réunis dans la salle du Trône. Certain de s'être à tout jamais débarrassé de la malheureuse Harriet, il parla, d'un ton badin, de son projet de mariage :

- L'union que je contracte n'est pas en accord avec les traditions de l'ancienne politique.
"C'est là son avantage.
"Quand, en face de la vieille Europe, on est porté pa la force d'un nouveau principe à la hauteur des anciennes dynasties, ce n'est pas en vieillissant son blason et en cherchant à tout prix à s'introduire dans la famille des rois qu'on se fait accepter.
C'est plutôt en se souvenant toujours de son origine et en prenant franchement devant l'Europe le titre de parvenu, titre glorieux quand on "parvient" par le suffrage d'un grand peuple. Je vins donc dire à la France : j'ai préféré une femme que j'aime et que je respecte à une femme inconnue dont l'alliance eût eu des avantages mêlés de sacrifices..."

Puis, il évoqua Eugénie avec une émouvante tendresse :

- Celle qui est devenue l'objet de ma préférence est d'une naissance élevée. Française par le coeur, alle a, comme Espagnole, l'avantage de ne pas avoir en France de famille à laquelle il faille donner honneurs et dignités. Catholique et pieuse, elle adressera au Ciel les mêmes prières que moi pour le bonheur de la France. Gracieuse et bonne, elle fera revivre dans la même position les vertus de l'Impératrice Joséphine. (Cette dernière phrase, on s'en doute, fit sourire les membres de l'Assemblée, qui savaient que la chasteté n'avait pas été la vertu principale de Joséphine.)

Le soir même, les dames de Montijo s'installèrent à l'Elysée. Aussitôt, Eugénie écrivit à sa soeur cette lettre célèbre :

Hermana mia,

J'arrive dans ce moment à l'Elysée, je n'ai pas eu un moment pour te dire l'émotion que j'éprouve. Tout ce moment est bien triste. Je dis adieu à ma famille, à mon pays, pour me consacrer exclusivement à l'homme qui m'a aimée au point de m'élever jusqu'à son trône. Je l'aime, c'est une grande garantie pour notre bonheur, il est noble de coeur et dévoué ; il faut le connaître dans sa vie intime pour savoir à quel point il faut l'estimer. Son discours a produit un effet magique parce qu'il parle au peuple et au coeur, deux choses qu'on n'invoque jamais inutilement en France. Aujourd'hui, je regarde encore avec effroi la responsabilité qui va peser sur moi et cependant j'accomplis ma destinée.
Je tremble, non de peur des assassins, mais de paraître moindre dans l'Histoire que Blanche de Castille et Anne d'Autriche. Je t'envoie le discours de Louis-Napoléon, je suis sûre qu'il te plaira.
Adieu. Aujourd'hui, c'est pour la première fois qu'on a crié : "Vive l'impératrice ! Dieu veuille que ça ne change jamais, mais l'adversité me trouvera plus ferme et courageuse que la prospérité.
Ta soeur qui t'adore.


Eugénie.

Après avoir annoncé son mariage, Napoléon III était rentré dans ses appartements, avait dîné et s'était couché le coeur léger...
Il ne se doutait pas que les hasards d'une dépression atmosphérique allaient bouleverser tous ses plans. En effet, une grosse tempête s'étant élevée sur la Manche, miss Howard et M. Mocquard dans l'impossibilité d'embarquer, avaient dû passer la nuit dans une auberge du port...
Et le 23, au matin, à l'heure même où l'empereur, de plus en plus guilleret, se levait en chantonnant, Harriet, qui attendait le paquebot de Southampton, acheta un journal, y jeta un coup d'oeil distrait et blêmit : sur la première page s'étalait ce titre :

"Sa Majesté l'Empereur a annoncé ses fiançailles avec Mlle de Montijo."

Miss Howard éclata en sanglots :

- Voilà donc pourquoi il m'envoyait en Angleterre ! ...

Mais elle se reprit bientôt et déclara simplement :

- Nous rentrons à Paris !

Une demi-heure plus tard, la jeune femme et M. Mocquard, fort gêné, se trouvaient dans la calèche qui, à bride abattue, roulait vers la capitale.
Dans la soirée, malgré une rupture d'essieu qui occasionna un retard de six heures, miss Howard arrivait rue du Cirque.

- Allez dire à l'empereur que je suis là, dit-elle au chef de cabinet, et ajoutez qu'il aura très bientôt de mes nouvelles.

Après quoi, elle entra chez elle.


Un spectacle extraordinaire l'y attendait. Les meubles étaient renversés, saccagés, les fauteuils éventrés. On avait retiré les tiroirs des commodes, des secrétaires, des buffets et leur contenu s'empilait dans le plus grand désordre sur le tapis.
Epouvantée, Harriet bondit au premier étage : là, sa garde-robe avait été pareillement maltraitée : ses fourrures lacérées, ses dentelles déchirées, son linge en morceaux recouvraient tout le plancher.
Alors, elle courut vers son boudoir : toutes les serrures avaient été fracturées et le secrétaire béant était, nous dit Mme Simone André-Maurois, "pareil à une châsse profonde après le sacrilège"...

Harriet s'approcha en tremblant et vit que le tiroir secret avait été arraché. Elle fouilla fébrilement dans la cachette, en retira des écrins où ne manquaient "ni un pendentif, ni une boucle d'oreille", mais sa main chercha en vain les lettres que lui avaient envoyées naguère son "cher empereur"...
Dès lors, miss Howard comprit tout : il ne s'agissait pas d'un cambriolage, mais d'une perquisition.
Napoléon III, à la veille de ses noces, avait eu cette idée monstrueuse d'utiliser la police pour reprendre ses lettres d'amour...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Sam 16 Mar - 0:22

Juste une question : chaque soir, je continue "Histoires d'amour ........." mais je ne sais même pas si vous lisez. Dois-je persister, sans savoir si vous suivez ? J'avoue que suis un peu vexée de prendre le clavier sans savoir.
Je me suis engagée avec plaisir, mais je ne sais même pas si ça vous amuse ou vous intéresse.
A part Marco, qui, dernièrement avait suggéré un ralentissement, parce qu'il avait du mal à suivre (là, il rigolait Wink ), vous ne manifestez pas vraiment un grand intérêt.
Un brin du plaisir de lire ce que je m'ingénie à vous taper depuis presque un an, me rassurerait vraiment.
Vous n'imaginez pas le travail que cela nécessite.
Il y a longtemps que j'aurais pu terminer, si j'avais eu un scanner. Ce n'est pas le cas. Alors, bêtement, je tape, comme ne idiote.
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MessageSujet: Histoires d'amour de l'Histoire de France   Dim 17 Mar - 20:38

Bonsoir,
J'ai trouvé votre site en faisant une recherche sur Google concernant Neipperg.
Pour mon usage personnel et pour mes petites-filles, j'ai décidé de taper les dix volumes des Histoires d'amour de l'Histoire de France en agrémentant le texte par des photographies. Et donc, je tape, je tape, je tape, c'est ma façon de m'occuper agréablement... et cela depuis des mois.
Cela a été un vrai bonheur de trouver votre travail car (depuis Neipperg) je fais des copier/coller. Je n'ai plus qu'à relire et faire ma présentation.
Je vous remercie pour votre patience et votre régularité à faire paraître votre travail.
Je pense qu'il doit y avoir beaucoup d'autres personnes qui sont intéressées. mais oublient de vous laisser un message.
Je vous souhaite une très bonne soirée.
Cordialement.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Dim 17 Mar - 23:46

Ophélie, ce n'est pas toi que j'attendais suite à mon message. Mais la surprise y est très agréable.
Par contre, si tu espères me supplanter.......... scratch ....... oublie .......... Razz
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