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 NAPOLEON ET LES FEMMES

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epistophélès



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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mer 20 Fév - 20:31

LE COMTE D'ORSAY DEVIENT L'AMANT DE LADY BLESSINGTON, L'AMI DE LORD BLESSINGTON ET LE MARI DE MISS BLESSINGTON


Il nouait des intrigues aussi bien que ses cravates - JOSE ARTUR -


MALGRE les attraits savoureux de lady Crawford, Louis-Napoléon ne s'attarda pas à Bruxelles. Il passa rapidement en Angleterre et gagna Londres où des amis l'attendaient.
Là, pour oublier les six ans de pénitence qu'il avait vécus au fort de Ham, il se jeta avec fureur dans une vie de débauche dont les Anglais, à la fois stupéfaits et envieux, allaient conserver longtemps le souvenir.
Au cours de ses fredaines, le prince rencontra le dandy le plus fameux de l'époque ; le comte d'Orsay. Ce personnage allait avoir dans la vie de Louis-Napoléon - et par conséquent dans le destin de la France - une importance capitale.
Sans lui, en effet, il n'y aurait peut-être pas eu le second Empire. Aussi, mérite-t-il ici un petit portrait.


Alfred d'Orsay était arrivé à Londres en 1821.
Il avait alors vingt ans et Paris, qu'il venait de quitter, copiait depuis deux ans déjà ses coiffures, ses gilets, ses cravates, ses cannes, et jusqu'à sa façon de sourire. Son père désirait le voir entrer dans l'armée. Il préférait se composer des costumes dont chacun devenait, le lendemain, un uniforme...
Naturellement, les plus jolies femmes de Paris étaient amoureuses de lui. Son jeu consistait à ne pas les conquérir trop vite. Il les faisait languir et les malheureuses étaient exténuées, haletantes lorsqu'elles pénétraient chez lui.

- Entrez, entrez, disait-il, de sa voix ensorceleuse, vous êtes si belle que je vais vous croquer !
- Enfin ! pensait la dame qui, déjà se pâmait à demi et regardait le divan comme une terre promise.

Alors, sans qu'elle comprît tout de suite ce qui allait se passer, il l'installait sur un coussin et longuement, cruellement, avec un sourire moqueur, il faisait d'elle un très élégant croquis...
Elève d'Isabey, il se servait de son art pour faire subir une dernière épreuve aux pauvres enflammées qui s'en allaient comme elles étaient venues, et devaient attendre en s'étiolant le moment choisi par le bel Alfred pour être croquées telles qu'elles désiraient l'être...

Cette réputation de fashionable et de séducteur avait, bien entendu, passé la Manche.
Quand il arriva en Angleterre, toutes les dames de la gentry qui tenaient salon se le disputèrent.
D'abord attiré chez lady Holland, il se lassa vite de cette femme autoritaire. Un soir qu'il dînait chez elle, en compagnie de la fine fleur de l'aristocratie anglaise, la jeune femme fit tomber successivement sa serviette, son éventail, sa fourchette et sa cuiller. A chaque fois, Alfred d'Orsay, très courtois, se baissa pour ramasser l'objet.
Finalement, la nerveuse lady jeta son verre par terre. Alors, n'y tenant plus, le comte se tourna vers le valet qui se trouvait derrière lui et dit :

- Voulez-vous mettre mon couvert sur le parquet ? Je finirai de dîner là. Ce sera plus commode pur Milady.

Lady Holland n'invita plus jamais Alfred d'Orsay..
.

Celui-ci s'en moqua d'ailleurs, car il n'était pas à Londres depuis un mois que, déjà, les portes de l'un des salons les plus extraordinaires de la ville s'ouvraient devant lui : celui de lord et lady Blessington.
Le jeune homme, avec sa chevelure bouclée, sa barbe en collier, sa stature d'athlète et son élégance exquise, fit une grosse impression sur les dames présentes. Mais la plus impressionnée fut sans doute lady Blessington elle-même. Agée de trente ans, elle était dans toute la splendeur de sa beauté et s'ennuyait auprès d'un mari que des excès de jeunesse avaient usé à quarante ans.
Elle même aurait pu porter les marques d'un passé mouvementé. En effet, avant d'être l'épouse de lord Blessington, elle avait été la femme du capitaine Saint-Léger Farmer, un ivrogne auquel son père l'avait donnée en règlement d'une dette. Shocked
Brutalisée par ce soudard, elle s'était enfuie avec un autre officier, lequel, au bout de quelques années, l'avait "cédée" Rolling Eyes , pour une assez forte somme, à lord Blessington. Finalement, celui-ci l'avait épousée quand elle était devenue veuve.
Mais ce passé n'avait laissé aucune trace dans les yeux clairs et candides de la blonde Margaret.

En la voyant, Alfred d'Orsay tomba amoureux pour la première fois de sa vie.
Pourtant il ne devint pas tout de suite l'amant de lady Blessington, car il craignait qu'un adultère mondain ne brisât sa carrière de fashionable.
Il était venu, en effet, à Londres, dans un but précis : détrôner le roi du dandysme George Brummel. Cet homme, sur qui on contait mille anecdotes, l'enchantait par son insolence. Ne racontait-on pas que Brummel avait quitté l'armée parce qu'on devait s'y poudrer les cheveux alors que ce n'était plus la mode ? qu'il râpait ses vêtements neufs au papier de verre pour que le tissu ressemblât à une "nuée"? qu'il portait des gants si fins et si étroits que ses mains étaient moulées comme dans une mousseline mouillée et que le contour de ses ongles était apparent ? qu'il chiffonnait quatorze cravates avant d'en nouer une ? qu'il collectionnait sept cents cannes et qu'il saluait les dames d'un simple coup de tête pour n'avoir pas à déranger la savant inclinaison de son haut-de-forme ?

Tant d'insolence et d'orgueil choquait la délicatesse du jeune Français qui brûlait de montrer aux Londoniens ce qu'était un véritable fashionable à Paris. Or, comment devenir un authentique dandy avec une liaison ?.
..
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mer 20 Fév - 20:54

Pendant quelques mois, tout en flirtant avec la divine lady, Alfred donna le ton à la jeunesse comme il l'avait fait à Paris. Toutes ses fantaisies, même involontaires, créaient la mode. Un jour de pluie, il acheta pour rentrer chez lui un "paltok" à un marin ; cette grossière capote fut immédiatement adoptée par tous les élégants et, du même coup, le "paletot" inventé. (La même aventure devait d'ailleurs arriver, cent ans plus tard à Jean Cocteau, qui lança par hasard, la mode des duffle-coats après la libération).
La belle lady devint bientôt si pressante que le comte, la mort dans l'âme, dut espacer ses visites.
Quand il revenait à Saint-James Square, Margaret avait les yeux pleins de larmes et lord Blessington le grondait :

- On ne vous voit plus ! Faudra-t-il donc que je vous installe un appartement ici ?

Poursuivi par la sympathie aveugle du mari, et traqué par l'amour de la femme qu'il adorait, Alfred d'Orsay était sur le point de succomber, lorsqu'une lettre de France vint l'avertir que son père lui avait fait obtenir un brevet d'officier pour un régiment de Valence.
Il fit ses adieux aux Blessington effondrés et partit rejoindre son poste. Mais trois mois plus tard, le couple, qui ne pouvait se passer de lui, venait le rejoindre en France et lui offrait un voyage en Italie.
Alfred d'Orsay, abandonnant l'armée pour un sourire (et une situation ! - je me disais aussi - tongue ) suivit ses amis. Et, sous le ciel lumineux de Gênes, il devint, enfin, l'amant de la belle lady.
La satisfaction de la pauvre amoureuse, qui se consumait depuis plus d'un an, fit plaisir à voir.
Le lendemain, Blessington la félicita sur sa bonne mine.

- Le grand air vous fait du bien, chère amie, vous n'avez jamais été si belle. ....... Razz (cocu et aveugle)Razz

Elle rougit, cependant que, dans un coin, Alfred prenait un air humble...
A Gênes, le trio rencontra un autre célèbre dandy, lord Byron, qui, d'un coup d'oeil, comprit ce qui se passait entre Margaret et le comte.
Il surnomma celui-ci : "Cupidon déchaîné."

- Que c'est drôle ! dit lord Blessington, sans comprendre. Cela vous va parfaitement.

C'est Margaret, cette fois, qui baissa les yeux...


Après Gênes, le trio visita toute l'Italie pendant six ans.
La douceur du climat méditerranéen ayant eu des effets aphrodisiaques sur la divine lady, le comte d'Orsay ne tarda pas à s'étioler à son tour...
Un jour, Blessington l'appela et lui fit une proposition ahurissante :

- Vous savez que j'ai une fille, Harriett, d'un premier mariage. Je lui lègue la moitié de ma fortune si vous consentez à l'épouser...

Alfred, très gêné, demanda à réfléchir.
Le soir, dans la chambre de Margaret, il rapporta l'entretien.
L'infernale lady éclata de rire et expliqua que c'était elle qui avait eu cette idée :

- Accepte, je t'en supplie. Tu m'auras près de toi et tu auras du même coup la fortune de mon mari.

C'était plus qu'il n'en fallait pour convaincre le dandy. Son mariage avec Harriett, âgée de quinze ans, fut célébré à Naples le Ier décembre 1827.
Bien entendu, cette union ne changea en rien ses relations avec Margaret.
Et chaque soir, avec une fougue que le temps ne parvint pas à entamer, il allait faire à sa belle-mère ce que la morale eût exigé qu'il fît à son épouse...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mer 20 Fév - 21:17

En 1829, tout le monde arriva à Paris et s'installa dans un hôtel particulier de la rive gauche.
Il y avait bientôt sept ans que la divine lady était la maîtresse du comte d'Orsay et le vieux lors continuait à ne rien voir.
Or, tout le monde était au courant de la liaison et bien des gens murmuraient ce que fait dire Sacha Guitry à l'un de ses personnages :" Être aveugle à ce point, cela s'appelle fermer les yeux..." tongue
Ils avaient tort ! Lord Blessington ignorait vraiment son infortune. Et ce fut pour lui une cruelle surprise, lorsqu'un jaloux du comte d'Orsay vint lui apprendre ce qui se passait
Il en eut d'ailleurs une attaque d'apoplexie qui l'emporta.


Alfred et Margaret eurent le chagrin que l'on pense. Mais, après l'enterrement, ils se réinstallèrent ensemble à Londres, toujours suivis d'Harriet, aussi aveugle que son père.
Pourtant, une nuit, la jeune comtesse eut une pénible révélation. Souffrant d'un malaise, elle se leva pour aller demander des soins à sa belle-mère et trouva les deux amants dormant à demi nus sur leur lit.
Folle de rage, elle s'enfuit et emporta, outre ses robes et se bijoux, les titres de propriété qu'elle avait hérités...
Alfred d'Orsay était ruiné. Comme lady Blessington avait, de son côté, à peu près dilapidé sa fortune, tous deux furent contraints de travailler. Margaret écrivit des Livres de Beauté et un ouvrage intitulé Conversations avec Byron[i] (qui remporta un beau succès) tandis qu'Orsay dessina, peignit et sculpta pour le plus grand plaisir de la gentry qui s'arracha immédiatement ses oeuvres.

Malgré sept ans d'absence, en effet, le prestige du dandy n'avait point diminué. Les snobs continuaient de copier ses costumes, ses manières, ses habitudes et ses tics. Le moindre de ses gestes créait une mode. Un soir, il rencontra un négociant en toile à demi ruiné qui lui demanda son aide.

- Dans quinze jours, lui répondit Orsay, tout Londres portera des costumes faits dans votre toile.

Le négociant soupira :

- C'est impossible, monsieur, ma toile est grossière, personne n'en voudra pour se vêtir.
- Croyez-moi. Demain, mon tailleur viendra vous acheter de quoi me faire un costume. Ce costume, je ne le porterai qu'une fois dans Regent Street, entre midi moins le quart et midi. Cela suffira pour que tous les snobs, voulant m'imiter, me demandent d'où vient ce "merveilleux tissu" et se ruent chez vous...
Quinze jours plus tard, tous les Londoniens élégants étaient vêtus de toile à sac, et le négociant de drap fin... Razz

Si le comte d'Orsay s'amusait de la bêtise de ses admirateurs, il savait aussi s'en servir. C'est ainsi qu'un jour il utilisa l'engouement ridicule dont il était l'objet pour sortir d'un bien mauvais pas.
L'anecdote est savoureuse :
Au cours d'un dîner, où les vins avaient coulé un peu trop généreusement, le bel Alfred s'était montré agressif à l'égard d'un inconnu "dont la forme des oreilles l'indisposait".

- De telles oreilles sont tout juste bonne à recevoir un coup de pistolet, avait-il dit à haute voix.

L'inconnu s'était contenté de répondre :

- Vous aurez mes témoins demain matin.

Le lendemain, le comte d'Orsay se leva la bouche pâteuse et se souvint de son duel. Un peu ennuyé, il envoya un ami prendre des renseignements sur son adversaire et apprit bientôt, avec le désagrément que l'on imagine, qu'il avait provoqué l'un des meilleurs tireurs de Londres.
Il eut alors une idée et appela ses témoins :

- Allez trouver cet imbécile et dites-lui exactement ceci : "Le comte d'Orsay est toujours décidé à vous rencontrer les armes à la main, mais attention ! vous vous exposez à une mort certaine. Car, après ce duel, il va devenir élégant de se battre avec vous ; tout le monde va vous provoquer et finalement, malgré votre talent de tireur, vous restez sur le pré...
"

L'autre comprit à quel danger il s'exposait et renonça à se battre...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 21 Fév - 18:09

En 1840, Alfred d'Orsay rencontra Louis-Napoléon dont l'évasion du fort de Ham l'avait beaucoup amusé.

- Que puis-je faire pour vous, Monseigneur ?

Le prince lui expliqua très franchement sa situation : il avait peu d'argent, peu de relations, mais un désir profond de se distraire avant de préparer un nouveau coup d'Etat contre Louis-Philippe.
Orsay s'inclina et promit d'organiser d'aimables soirées avec des demoiselles ravissantes bien que de petite vertu.
Quelques jours plus tard, il tenait parole.
Louis-Napoléon fut convié dans l'appartement d'un certain lord Bradley où Alfred avait réuni des danseuses peu farouches et des comédiennes réputées pour leurs talents de société... tongue
La soirée commença de façon banale par un dîner aux chandelles que le prince présida avec une grâce charmante. C'est ainsi que, avant de boire, il avait soin de faire tremper dans son verre la pointe du sein gauche de ses deux voisines qui étaient entièrement nues.
Au dessert, les choses prirent brusquement une orientation particulière. Ecoutons Ernest Auffray nous conter la chose :

"L'une des comédiennes, nommée Kitty Odler, s'écria soudain :

" - Jouons aux petits jardins !
"Et, sortant de table, elle alla s'allonger sur le tapis où elle se piqua une marguerite dans l'abricot"

Aussitôt, tous les invités l'imitèrent et le salon fut orné du plus extraordinaire parterre fleuri que l'on puisse imaginer.

- Qui sera mon jardinier ? cria Kitty Odler.
Louis-Napoléon, qui aimait les fleurs, se précipita et se livra sur la comédienne à de savoureux travaux de jardinage. Les autres convives, abandonnant leur crème glacée, suivirent l'exemple princier et bondirent sur les petits massifs qui leur étaient offerts.

Il s'ensuivit quelque désordre.

Pendant plusieurs mois, le comte d'Orsay procura ainsi des distractions originales à Louis-Napoléon, puis, sa fortune s'amenuisant, il dut bientôt se consacrer entièrement aux travaux de peinture et de sculpture qui permettaient de vivre.
Pourtant, entre deux dessins, il devait rendre un dernier et inestimable service au prince en lui présentant une ravissante aventurière qui s'appelait miss Howard...

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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 21 Fév - 19:08

LA VERITE SUR LA RENCONTRE DE LOUIS-NAPOLEON ET DE MISS HOWARD


Elle avait de l'argent, il n'en avait pas. Ce fut le coup de foudre. ... Razz - PIERRE BOULANGER -



LES pamphlétaires antibonapartistes s'ingénièrent à présenter miss Howard sous les traits d'une prostituée de bas étage. Ils voulaient ainsi, nous dit Adolphe Ibbels, "faire rejaillir la boue du ruisseau londonien sur la radieuse tunique du prince Bonaparte". On le vit bien lorsqu'un journaliste crut résumer spirituellement la situation en deux phrases qui eurent un succès considérable : "Louis-Napoléon se considère comme le dauphin de l'Empereur. Hélas ! ce dauphin n'est qu'un maquereau !"
La plupart des pamphlets publiés entre 1848 et 1875 font des amours de miss Howard et de Louis-Napoléon un roman crapuleux et sordide.
Pour donner une idée de leur ton, il me suffira de citer quelques extraits d'un petit ouvrage publié à Genève, en 1862, et diffusé dans toute la France par les soins de zélés républicains. L'auteur prétend y relater le début des relations du prince et de la jeune Anglaise. Ecoutons-le :


"En Angleterre comme en Amérique, Louis Bonaparte n'était pas riche. Aussi chercha-t-il tout d'abord des amours faciles qui, non seulement ne le ruineraient pas, mais encore pourraient, au besoin, lui être d'une grande utilité. Il avait, du reste, depuis longtemps, contracté l'habitude de vivre aux dépens des femmes, et cet honnête moyen d'existence lui avait trop bien réussi pour qu'il ne cherchât pas une occasion de l'employer de nouveau.
"Le hasard, ce protecteur des coquins, le servit encore cette fois à sohait. Un soir, qu'enveloppé dans une longue redingote boutonnée jusqu'au cou pour se protéger de l'humidité du brouillard, le futur empereur se promenait sur les trottoirs de Londres, il rencontra une jeune miss, assez jolie, qui, comme lui, hantait l'asphalte. A sa mise, comme à sa démarche, notre homme vit tout de suite à qui il avait affaire. Il suivit donc la belle qui rentra immédiatement à son logis, non sans s'être retournée plusieurs fois pour bien s'assurer qu'elle était suivie. Arrivée chez elle, moyennant trois shillings, le prince put goûter le bonheur le plus complet avec la belle qui s'abandonna à lui sans voile.


"Par une des affinités mystérieuses qui attirent entre elles certaines natures, Louis Bonaparte et sa récente conquête sentirent dès les premiers jours le plus vif attrait l'un pour l'autre.
Aussi se rencontrèrent-ils dès lors tous les soirs.
La belle Elise - c'est ainsi qu'elle se nommait - congédia son amant de coeur, un marin nommé Sampaïo, et lui donna l'altesse impériale pour successeur. Hélas ! malgré les nombreux clients à qui la tendre miss prodiguait ses charmes, l'escarcelle (le porte-monnaie) de nos deux tendres amants restait vide.
"Louis Bonaparte chercha donc un moyen d'utiliser d'une manière plus fructueuse les charmes de sa maîtresse. Voici comment il s'y prit : Il connaissait à Londres un nommé Jack-Young-Fritz-Roi qui tenait un brelan où il allait souvent jouer.
Il lui proposa, pour attirer de nombreux chalands dans sa maison, de se servir de sa maîtresse dont il lui vanta les charmes et la séduction. L'honorable industriel voulut bien essayer et fut si content des débuts, qu'il engagea l'adroite Elise et lui donna, ainsi qu'à son amant devenu son croupier, une large part dans les bénéfices.

"Chaque jour, Elise pipait de nouveau étourneaux dont l'or et les livres sterling passaient rapidement dans la caisse de Jack-Young-Fritz-Roi qui, pour donner plus de cachet à sa maison, fit l'acquisition pour Elise - qui prit dès lors le nom de miss Howard - d'un élégant coupé et de deux superbes poneys. Notre séduisante miss, richement vêtue, se prélassait presque tous les jours à Hyde Park, nonchalamment étendue dans sa voiture. Elle put, dès lors, viser à des conquêtes plus élevées. Sa beauté, sa grâce, son adresse et sa coquetterie captivèrent de nombreux adorateurs qui venaient chaque soir, pour lui plaire, se faire plumer chez Jack. Ses charmes furent alors mis au plus haut prix. Ce n'était plus trois misérables shillings, mais mille livres sterling qu'il fallait pour la posséder. Lord Clebden paya généreusement ce prix, et la tendre Laïs lui prodigua les trésors de sa beauté. D'autres joueurs, piqués des préférences qu'elle accordait au noble lord, sollicitèrent les mêmes faveurs qu'ils obtinrent au même prix : aussi la misère de l'amant de miss Howard fit place à l'opulence, le prince impérial put faire une figure digne de son rang et de la race auguste à laquelle il appartenait. Le constable de Londres devint un parfait gentleman, on le vit briller dans les théâtres et dans les courses, le cirque d'Eglington fut témoin de son triomphe..."

Il était, on le pense bien, difficile de mentir davantage.


Mais alors, qui était miss Howard ? Et d'où venait-elle lorsque Louis-Napoléon la rencontra ?
On ne devait le savoir qu'en 1958.
C'est, en effet, grâce aux travaux de Mme Simone André-Maurois que l'on connaît enfin le vrai visage de la femme qui plaça le conspirateur malheureux de Strasbourg et de Boulogne sur le trône de France et fit le Second Empire.
Miss Howard n'était qu'un pseudonyme. Elle s'appelait en réalité Elizabeth Ann Haryett.
Contrairement aux affirmations de certains historiens qui la font naître "sans papa ni maman, sur un trottoir de Douvres", elle avait vu le jour à Brighton en 1823. Son père, Joseph Gawen Haryett, exerçait l'élégante profession de bottier pour dames, et sa mère, en bonne et pieuse protestante, tenait l'ouvroir de la paroisse.

A quinze ans, Elizabeth se sentit attirée par le théâtre et déclara à ses parents abasourdis qu'elle voulait devenir actrice.
Les Haryett s'y opposèrent fermement et la jeune fille sombra dans un désespoir shakespearien. A ce moment, on était en 1839, le fils d'un riche marchand de chevaux, Jem Mason, la remarqua. "A quinze ans, nous dit Mme Simone André-Maurois, elle avait acquis l'art subtil de troubler les hommes. Ils n'en souffraient pas tous, mais tous étaient charmés."
Jem Mason tomba amoureux. Lorsqu'il sut quels désirs animaient Elizbeth, il décida d'en tirer parti.

- J'ai mes entrées dans les coulisses de tous les théâtres, dit-il, je peux vous aider à débuter.

La jeune fille fut éblouie. Quelques jours plus tard, elle s'enfuyait avec Jem et devenait sa maîtresse.
A Londres, Elizabeth, se sachant définitivement brouillée avec les siens, prit le nom d'Howard, le prénom d'Harriet, la qualité d'orpheline, et vécut somptueusement avec son amant dans Oxford Street.
Grâce à ses relations, Jem Mason réussit à lui faire obtenir des engagements dans de petits théâtres. Elle s'y montra peu douée.

En 1842, à dix-sept ans, miss Howard était une des élégantes à la mode. Ses attelages et ses bijoux faisaient l'admiration des snobs. Pourtant, elle n'était pas heureuse. "Jem, qui l'avait séduite, refusait de l'épouser (hi, hi, il était moins grave de cocufier un(e) époux(se) que d'avoir un amant qui refusait de vous épouser tongue )
C'était un libertin sans scrupule et un cynique sans illusion. D'une provinciale candide et confiante, il avait fait cette petite fille entretenue."
Ce fut alors qu'elle rencontra Francis Mountjoy Martyn, major aux Life Guards. Celui-ci avait trente-deux ans. Il était affligé d'une épouse de santé fragile, pleureuse et languissante. Il tomba amoureux d'Harriet, lui offrit une merveilleuse maison à Saint John's Wood et une fortune placée sous l'administration de plusieurs trustees.
La jeune fille accepta.


Le 16 août 1842, en échange de toutes ses bontés, elle donna au major un gros garçon que l'on appela Martin-Constantin Haryett et que l'on présenta au pasteur du quartier comme le fils de Joseph Gawen Haryett...
Nantie de ce petit frère qui eût bien étonné le bottier de Brighton, miss Howard continua de jouer un rôle de premier plan dans la vie mondaine de Londres. Or, un soir de 1846, dans le salon de lord et lady Blessington, le comte d'Orsay, devenu son ami, la présenta à un petit homme à l'oeil vague qu'il appelait Monseigneur et Son Altesse Impériale.
Harriet fléchit le genou.
Deux destins venaient de se rencontrer pour fonder un Empire...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Sam 23 Fév - 0:59

Le coup de foudre fut immédiat.
Tandis qu'un semblant de lueur teintait concupiscemment l'oeil de Louis-Napoléon, une flamme d'admiration faisait briller la prunelle intelligente de miss Howard.
Harriet avait alors tout juste vingt-trois ans. Elle était d'une éclatante beauté. Un des ses admirateurs nous la décrit ainsi : "Une tête de camée antique sur un corps superbe." Louis-Napoléon, lui, était beaucoup moins séduisant. A trente-huit ans, il présentait déjà un visage marqué, usé, avachi, aux bajoues ballottantes, à l'oeil cerné et à la moustache jaunie par la cigarette. Court sur jambes, il semblait toujjours trottiner et n'avait quelque prestance qu'à cheval, où son grand buste faisait illusion. Bref, cet exilé, qui sortiat de prison sans un sou vaillant, n'avait rien qui pût séduire une jeune et ravissante courtisane habituée à se donner soit pour une fortune, soit pour éprouver du plaisir avec un joli et ardent garçon. Mais Louis-Napoléon avait pour miss Howard d'autres attraits.


Comme tous les Anglais - comme toutes les Anglaises - Harriet vouait paradoxalement un véritable culte à Napoléon. Aussi l'air abruti et la misère de ce prince lui importaient peu. Il lui suffisait de penser que Louis-Napoléon s'était, dans son enfance, trémoussé en braillant sur les genoux de l'Empereur pour être saisie, nous dit Edgar Shirer, "d'une émotion qui lui procurait une irritante démangeaison au plus profond de l'intimité.
Pendant toute la soirée, le prince et miss Howard, unis par une connivence secrète et spontanée, établirent un dialogue public qui avait déjà toutes le qualités et toute la saveur d'un tête-à-tête.
C'est pour elle, en effet, qu'il évoqua ses souvenirs ; c'est à elle qu'à travers un nuage de fumée de cigare, et sans se soucier des autres invités, il raconta les coups d'Etat manqués de Strasbourg et de Boulogne, sa vie au fort de Ham, son évasion ;c'est pour la faire sourire qu'il s'amusa à placer dans sa phrase quelques mots insolites ; c'est pour elle, enfin, qu'il raconta sa jeunesse à Arenenberg. Sans la quitter des yeux, il parla pendant deux heures. Sans fuir son regard, elle l'écouta dans un ravissement croissant.
Le lendemain ils se revirent. Le surlendemain ils étaient amants.

Tout de suite, Louis-Napoléon fut émerveillé.
Il faut dire que miss Howard, en courtisane accomplie, connaissait - si j'ose dire - son métier sur le bout du doigt. Consciencieuse et sachant que toute profession exige un tour de main, elle s'était documentée auprès d'hommes et de femmes expérimentés et n'avait pas craint de chercher des recettes compliquées ou anciennes dan sdes ouvrages techiniques tels que les Dialogues de l'Arétin ou les Contes de Boccace.
Elle y avait appris des postures originales, des fantaisies peu connues et de revigorantes caresses.
Le prince comprit qu'il n'était pas tombé sur une enfileuse de perles (une fainéante). Il décida de garder pour lui cette extraordinaire amoureuse et d'en user abondamment.
Comme il avait toutefois du savoir-vivre, il exprima son sentiment en termes voilés :


- Je vous aime, dit-il.

Miss Howard, fort troublée, éclata en sanglots :

- Vous ne connaissez rien de ma vie.

Et tête basse, elle avoua que, depuis cinq ans, elle vivait avec un homme marié dont elle avait eu un fils.
Louis-Napoléon sourit :

- Eh bien ! moi, j'ai deux fils. Deux bâtards. Ils sont nés lorsque j'étais à Ham. Ce sont les fruits de la captivité... Nous aurons donc trois enfants.


Miss Howard, comme toutes les femmes de son espèce, pensait vite. Elle comprit que l'intérêt que lui portait ce prince pouvait la conduire aux plus hautes destinées. Elle savait que, malgré deux échecs, Louis-Napoléon conservait un immense prestige, que les plus grands noms d'Angleterre l'entouraient de leur sympathie respectueuse et que des hommes politiques aussi avertis que Disraëli voyaient en lui le futur empereur des Français.
Le lit où elle se trouvait nue sur les couvertures et les draps en désordre lui sembla la première marche vers le trône.
Aussi, après avoir donné au prince un nouvel aperçu de ses connaissances, elle se rhabilla à la hâte et courut annoncer au majors Montjoy-Martyn qu'elle avait décidé de le quitter.
Le malheureux ouvrit de grands yeux :

- Pourquoi ?

Elle lui expliqua alors que l'amour venait de lui être révélé par une Altesse Impériale et que son caractère entier l'empêchait de se partager entre deux hommes.
Le major fut galant et généreux. Il accepta la rupture et laissa à Harriet sa fortune, ses propriétés, ses bijoux, ses attelages.

Quelques jours plus tard, Louis-Napoléon quittait l'hôtel modeste où il vivait et, avec cette superbe désinvolture des grands, allait s'installer dans la somptueuse demeure que la courtisane venait de louer à Berkeley Street.
Son existence changea immédiatement. Grâce à la fortune de sa maîtresse, il put donner des réceptions, chasser le renard, circuler dans Londres en voiture, monter des chevaux splendides, avoir sa loge à Covent Garden et s'habiller comme un dandy.
Ce genre de vie, on s'en doute, choqua quelques personnes à principes, notamment certains Français qui voyaient avec tristesse un prétendant au trône impérial entretenu par une demi-mondaine.
L'un d'eux, Alexis de Valon, écrira un jour à sa mère, demeurée en France, cette lettre assez sévère pour le fils d'Hortense :

J'ai la joie de rencontrer ici, souvent, le prince Louis, un de ces noms que l'on invoque dans la disette générale, une de ces branches que l'on veut saisir au moment de se noyer... Il suffit de voir ce petit monsieur, commun et mal famé pour sentir toute la vanité des espérances que l'on met en lui. Sa taille ne va guère au rôle qu'on veut lui faire. Figure-toi un petit bonhomme de quatre pieds et demi, laid et vulgaire, avec de grosses moustaches et des yeux de cochon. Voilà pour la figure. Au moral, il vit publiquement, au grand scandale de la pudeur anglaise, avec une actrice de quinzième ordre, fort belle, d'ailleurs, nommée miss Howard. Cette conduite, qui lui a peu à peu fermé les portes de la haute société de Londres, le rejette et le pousse dans le monde des cabotins...

Mais les quolibets et railleries ne troublaient pas Louis-Napoléon. Le destin avait placé miss Howard sur sa route, elle était belle, intelligente, fortunée ; elle embellissait ses nuits, elle ornait ses jours et pouvait, en finançant un mouvement politique, l'aider à atteindre le but qu'il s'était fixé. Pourquoi se fût-il arrêté à des considérations de morale bourgeoise ?
Tandis que Louis-Napoléon menait cette existence paresseuse et confortable, Harriet, confiante en l'étoile de son prince, se préparait à tenir les délicates - mais enivrantes - fonctions d'égérie impériale. Pour combler les failles d'une instructions assez rudimentaire, elle engagea des professeurs, étudia les lettres, l'histoire, l'art, la philosophie.
Or, son professeur d'histoire, l'écrivain Alexander William Kinglake, à qui le célibat pesait, pensa que d'un aussi séduisante élève il pourrait faire une maîtresse. Connaissant le passé de miss Howard, il se crut autorisé à mener les choses rondement. Un matin, sans même prononcer un mot aimable, il se pencha sur Harriet et lui mit la main à la fesse.
La jeune femme pirt un air outragé qui eût fort étonné une bonne partie de la gentry. Kinglake, stupéfait, essaya alors de lui tâter un sein.
Il reçut une gifle magistrale.
La petite courtisane était morte. Une Pompadour naissait...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 25 Fév - 18:47

LE TRÔNE DE LOUIS-PHILIPPE ECLABOUSSE PAR DES SCANDALES



Un parapluie ne sert à rien quand on a les pieds dans la boue - PROVERBE CANADIEN -



TANDIS que Louis-Napoléon et miss Howard se savouraient mutuellement, en France, le trône de Louis-Philippe était éclaboussé par une série impressionnante de scandales : deux Pairs de France, MM. Teste et Cubières, étaient condamnés pour corruption, le prince d'Eckmüh donnait un coup de couteau à sa maîtresse, "une vieille catin qui ne valait même pas un coup de pied", le comte Mortier tentait de tuer sa femme, le prince de Bergues était convaincu d'avoir falsifié les jetons d'un cercle, le chef d'escadron Gudin, de la Maison royale, était surpris trichant au jeu, le ministre de la Justice, Mardu du Nord, mourait dans des circonstances mystérieuses, un général était accusé d'escroquerie, un magistrat était suspecté de vol, enfin, le bruit courait que la duchesse d'Orléans, veuve depuis 1842, avait une liaison coupable avec un Pair de France...
L'armée, la magistrature, la noblesse, la famille royale même étaient touchées et, selon le mot du chancelier Pasquier : "Le haut de la société commençait à épouvanter le bas..."


Deux autres scandales allaient achever de fissurer profondément l'édifice monarchique de la famille d'Orléans.
Le premier éclata au printemps de 1847.
Le 10 juin , exactement.
Ce jour-là, tout Paris apprit que le comte de B... avait une curieuse façon de célébrer l'anniversaire de sa femme. Ecoutons l'auteur de la Chronique indiscrète pour 1847 nous conter les faits dans son style savoureux :

"On connaît le comte de B..., ce petit homme à moustache tombante et aux épaules tristes. On sait comment il se battit en duel il y a deux ans à la suite d'une orgie organisée chez Mme de V...
Je le rappelle toutefois pour ceux qui l'auraient oublié. Au cours d'une soirée d'où toute contrainte était exclue, un quidam d'une particulière exubérance détériora le "bijou de famille" (c'est l'expression dont se servent nos dandies pour désigner ce que la nature a si bien fendu chez les personnes du sexe), détériora le "bijour de famille", dis-je, d'une dame que le comte de B... se préparait justement à honorer. Une altercation peu courtoise s'ensuivit.
"Je note ici les propos tels qu'ils m'ont été rapportés :

" - Monsieur, vous n'êtes qu'un rustre. Je désirais m'intéresser à cette dame, vous l'avez rendue inutilisable pour plusieurs jours... Razz
" - Pardonnez-moi, cher ami, tout le monde ne peut pas se fournir chez Lilliput...
"Cette insulte touchant ses parties nobles exaspéra le comte qui demanda immédiatement réparations au quidam.
"Le lendemain, les deux hommes échangèrent des coups d'épée, se balafrèrent allégrement le visage et retournèrent chez eux ravis.

"Par la suite, le comte de B.. trouva des dames en parfait état de marche et put sacrifier à Vénus sans incidents.
"Puis il chercha une épouse et la découvrit en 1846, en la personne de Stéphanie-Anne N..., fille d'un général au sang chaud qui s'était distingué dans la Grande Armée en servant avec une égale bravoure Cupidon et son empereur.
"Stéphanie est ravissante. Elle possède, d'après la rumeur publique, la plus jolie poitrine de Paris et a hérité de son père une tempérament ardent qui la pousse à des excès dont son mari ne fut pas longtemps le seul bénéficiaire.
"Un soir, le comte de B... la trouva sur un canapé du salon en compagnie d'un cocher. Fou de rage, il chassa le trop galant phaéton, fit mine de pardonner à l'infidèle, mais décida de lui administrer une punition publique et exemplaire.

"Or quelques jours plus tard, le 9 juin, Stéphanie atteignit ses vingt-trois ans. Le comte de B... vit là une occasion de se venger. Il invita quelques-uns de ses amis intimes et leur annonça que le dessert serait accompagné d'une surprise. La jeune comtesse très alléchée demanda de quoi il s'agissait.

" - De votre gâteau d'anniversaire, se contenta de répondre le comte en souriant.

"On dîna. Le repas fut orné d'anecdotes, de chansons et d'histoires lestes. Après le fromage, le comte se leva :

" - Le gâteau d'anniversaire que je destine à Stéphanie est dans le salon. Chère amie, conduisez nos invités...
"La jeune comtesse, sans se méfier, se leva et alla ouvrir la porte du salon.
"Le spectacle qu'elle y découvrit lui glaça le dos.
"... Dans le salon, il y avait vingt-trois cochers !
"Les invités, un peu étonnés, demandèrent des explications.

" - Je connais les goûts de ma femme, dit le comte. Je sais que ce "gâteau d'anniversaire" lui plaira... elle va d'ailleurs le déguster devant vous...

"La malheureuse Stéphanie, voyant que son mari ne plaisantait nullement, se jeta à genoux en pleurant, demanda grâce et jura qu'elle ne serait plus jamais infidèle.
"Le comte fut inflexible. Il fit asseoir ses amis, leur servit du cognac et, devant ce public un peu gêné, un peu troublé aussi, la petite comtesse dut - si j'ose dire - souffler les vingt-trois chandelles de son "gâteau d'anniversaire"...
"Naturellement, le lendemain, tout Paris connaissait l'aventure et s'en gaussait."

Cette histoire, on s'en doute, fut habilement exploitée par les partis de l'opposition. "Voici donc, écrivait un pamphlétaire, les turpitudes où se complaît la haute société qui nous gouverne. Le roi "boeuf-gras" à la tête de poire, est assis sur un trône pourri".


Le deuxième scandale éclata le 18 août 1847. Ce jour-là, vers dix heures le matin, les Parisiens apprirent avec stupeur que la duchesse de Choiseul-Praslin, fille du maréchal Sébastiani, ministre et ambassadeur de Louis-Philippe, avait été assassinée à l'aube dans son hôtel du faubourg Saint-Honoré.
La malheureuse avait été égorgée, déchiquetée, tailladée à coups de couteau, et assommée avec la crosse d'un pistolet. Les murs de sa chambre, les tapis, les meubles, la cheminée étaient couverts de sang.
Dans l'après-midi, le public, à l'affût des nouvelles, apprit que le préfet de police, devant cette boucherie, avait dit à ses collaborateurs :

- C'est du mauvais travail... Du travail d'amateur... C'est un homme du monde qui a fait cela.
Dès lors, avec effarement, la police et tout Paris commencèrent de soupçonner le duc Théobald de Choiseul-Praslin, Pair de France, conseiller général, député, représentant d'une des plus nobles familles de France et ami du roi, d'avoir égorgé sa femme.
Le destin, aidé par une ravissante demoiselle et quelques dames attirées par les charmes de Lesbos, venait de donner le dernier coup au trône où somnolait bourgeoisement le gros roi Louis-Philippe...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 25 Fév - 19:13

Le duc était protégé par l'inviolabilité de la Pairie. Il ne pouvait être arrêté - ni même accusé formellement - sans une décision du roi.
Pourtant, le code criminel permettait d'appliquer le droit commun à un pair lorsque celui-ci "était poursuivi par la clameur publique". Les représentants de l'opposition connaissaient parfaitement le texte de la loi. Aussi, dans la soirée, vit-on apparaître une foule grondante autour de l'hôtel de Choiseul-Praslin. De braves gens, venus du Roule, du faubourg Saint-Antoine, des Ternes et de Vaugirard, dûment chapitrés, hurlaient de toutes leurs forces :

- A mort ! A mort ! A la guillotine ! A la lanterne ! Assassin ! ...

Le préfet Allard, n'osant prendre la responsabilité d'arrêter un pair de France en l'absence de Louis-Philippe (celui-ci était à Eu), décida simplement que le duc serait surveillé nuit et jour par huit agents de police...
Jusqu'à 3 heures du matin, la foule demeura faubourg Saint-Honoré. Assis au bord des trottoirs, les Parisiens, ravis de profiter de cette belle nuit d'été, se racontaient des anecdotes assez croustillantes sur le ménage Choiseul-Praslin.
Certains prétendaient que, depuis quelques années, le duc, rassasié de sa femme dont dix accouchements avaient déformé les appas, était l'amant de Mlle Deluzy, la gracieuse gouvernante qu'il avait engagée pour ses enfants.

D'autres ajoutaient que cette demoiselle avait pris un tel ascendant sur le duc, qu'à Vaux-le-Vicomte, où les Choiseul-Parslin possédaient le château qu'avait fait édifier jadis le surintendant Fouquet, on eût pu croire qu'elle était la châtelaine... Situation difficile qui donnait lieu à d'épouvantables scènes de ménage.
De là à supposer que le duc avait tué sa femme pour vivre en toute quiétude avec sa maîtresse, il n'y avait qu'un pas. La foule le franchissait naturellement, avec cette simplicité des coeurs purs, et allait même jusqu'à accuser Mle Deluzy d'avoir participé à l'assassinat.

- Elle était cachée dans un placard avec un couteau de cuisine, disait-on. C'est elle qui a donné le premier coup à la duchesse.

Aussitôt, une bordée d'injures montait de la foule et allait faire vibrer les vitres de l'hôtel où le duc, affalé dans un fauteuil, livide et tête basse, répondait aux questions des policiers;
La victime elle-même n'était pas épargnée.
D'après ces braves gens, en effet, la duchesse aurait eu du goût pour ces petits ouvrages de dames qui firent autrefois la gloire de Mme Sapho...

- Peut-être le duc a-t-il découvert la duchesse avec une tendre amie, suggéraient certains.
- Qui sait, ajoutaient ceux qui avaient le goût de la perfection, s'il ne l'a pas trouvée avec Mlle Deluzy...

De temps en temps, un homme donnait à cette hargne et à ce dégoût un caractère politique :

- Ah ! elle est belle la monarchie de Juillet ! criait-il.

Un autre reprenait :

- Nous sommes gouvernés par de la pourriture !


Ainsi, peu à peu, la foule était-elle amenée à identifier le régime avec un duc lubrique et assassin, et à attribuer à la famille royale tous les débordements d'une certaine société faisandée...
Or, qu'y avait-il de vrai dans toutes ces histoires dont les Parisiens se délectaient en cette belle nuit d'été ?
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 25 Fév - 19:51

En 1824, Théobald de Choiseul-Praslin avait épousé la jeune Fanny Sébastiani, fille unique du comte Horace Sébastiani, maréchal de France et lui avait donné, en seize ans, dix beaux enfants.
En 1848, le duc engagea pour eux, une institutrice, Mlle Després, dont il devint rapidement l'amant. En 1840, cette dame, ayant été fécondée par la semence ducale, dut quitter la famille (là, je crois qu'il y a erreur de date).
Une certaine demoiselle Thsundy lui succéda auprès des enfants et dans le lit de Théobald.
Cette demoiselle ne resta en place que dix mois.
Et le Ier mars 1842, le duc engagea, en se léchant les babines, la ravissante Henriette Deluzy dont l'oeil pervers, le déhanchement et le sein dur lui faisaient augurer de beaux moments.

- Vous serez chargée, mademoiselle, de l'éducation de mes enfants. Vous en aurez l'entière responsabilité...

Il répéta d'un air grave :

- Je dis bien : "l'entière responsabilité", car la duchesse ne doit en aucune façon s'en occuper... Pour des raisons que je ne puis vous dévoiler, j'ai dû rédiger un règlement dont je vous prierai de respecter scrupuleusement les termes.
Et le duc tendit à Henriette un peu effarée, le texte suivant :


"La gouvernante mangera avec les enfants dans leur chambre à la campagne et à la salle à manger à Paris.
" La gouvernante sera chargée de toutes les dépenses concernant les enfants : toilette, instruction, femmes de chambre, bonnes, plaisirs.
"La gouvernante règlera en un mot ce qui concerne les enfants sous sa responsabilité. Les enfants ne sortiront qu'avec leur gouvernante. La gouvernante décidera quelles personnes les enfants recevront ou ne recevront pas.
"La gouvernante devra tout décider elle-même et ne pas consulter d'avance les parents qui se réservent seulement le droit d'observation.

"Mme de Praslin ne montera jamais chez ses enfants. S'il y en a de malade, elle n'entrera que dans la chambre du malade, ne le fera jamais sortir sans saq gouvernante, ne les verra qu'en présence de M. de Praslin ou de la gouvernante".

Mlle Deluzy ne demanda aucune explication sur cet extraordinaire règlement qui empêchait une mère de pénétrer dans la chambre de ses enfants.


Devinant qu'elle entrait dans une maison où le drame couvait, elle se contenta de placer la feuille de papier dans son réticule en promettant soumission et obéissance.
Un mois plus tard, elle était la maîtresse du duc et commençait à régenter toute la maison au grand déplaisir de Fanny qui ne fit rien pour cacher sa jalousie.
Les scènes devinrent bientôt quotidiennes.
En juillet 1847, sur l'intervention personnelle du maréchal Sébastiani, Mle Deluzy fut priée de se retirer.
Un mois plus tard, la duchesse de Praslin était découverte égorgée dans sa chambre...


Les mobiles du crime paraissent clairs : le duc, animé par une de ces passions que les moralistes jugent excessives, désira supprimer l'obstacle qui le séparait de sa maîtresse.
Un point reste, pourtant, obscur dans cette affaire : pourquoi la duchesse n'avait-elle pas le droit de s'occuper de ses enfants ? Il faut, nous dit le Dr Cabanès, "chercher la réponse du côté de Lesbos..."
Retournons, une fois encore, en arrière : Fanny avait eu , dans son adolescence, une préceptrice, Mlle Mendelsohn, connue pour ses amitiés particulières. Son nom avait été mêlé à une affaire de moeurs assez scabreuse et on l'avait accusée d'avoir sur ses élèves une influence pernicieuse.
Dès lors, tout s'éclaire : Fanny, qui avait été initiée aux jeux lesbiens par Mlle Mendelsohn, revint probablement, à plusieurs reprises, à ses premières amours. (Le comte Horace de Viel Castel, dans ses [i]Mémoires
, fait d'ailleurs allusion à une liaison qu'aurait eue la duchesse avec Mlle Després). Informé de ce vice, le duc avait immédiatement soupçonné sa femme des pires turpitudes, allant jusqu'à l'accuser de vouloir corrompre ses propres filles...
D'où le règlement.
Mais l'affaire allait avoir d'autres rebondissements, au grand dam de ce malheureux Louis-Philippe...


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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 25 Fév - 20:09

Le 19 août, au cours de l'après-midi, un bruit étrange courut Paris. Lancé on ne sait où, il fut bientôt véhiculé par mille bouches gourmandes de Neuilly à Chaillot, atteignit les hauteurs de Montmartre, se faufila dans les ruelles de la Butte-aux-Cailles, se gonfla aux Ternes et s'épanouit dans les jardins de Vaugirard. On racontait que le duc de Choiseul-Praslin n'avait tué sa femme ni pour les beaux yeux de Mlle Deluzy, ni pour préserver ses enfants d'une corruption possible, mais pour défendre l'honneur d'une des femmes les plus haut placées de la dynastie orléaniste.
Cette femme, les braves gens en prononçaient le nom en tremblant. Il s'agissait, murmurait-on de la duchesse d'Orléans, dont le mari, premier héritier du trône de France, s'était, cinq ans plus tôt, tué accidentellement près de la porte des Ternes.


(Le 13 juillet 1842, le jeune duc se rendait au château de Neuilly dans une calèche tirée par deux chevaux. Il était onze heures et demi du matin. Il faisait très chaud. Soudain, près de la porte des Ternes, les chevaux s'emballèrent. Se voyant en danger, le duc sauta sur la route et se fractura le crâne. Transporté dans l'arrière-boutique d'une épicerie, il mourut à 4 heures de l'après-midi sur un grabat, entouré de la famille royale en larmes. Il avait trente-deux ans. Une petite chapelle fut élevée sur l'emplacement de l'épicerie. Elle existe toujours au n° 25du boulevard Pershing.)

A ceux qui s'étonnaient que la duchesse pût être mêlée au meurtre de Mme de Choiseul, on expliquait fort sérieusement qu'après trois ans d'un chaste veuvage, la jeune femme était devenue, en 1845, la maîtresse du duc de Choiseul-Praslin. Les mêmes informateurs ajoutaient que, le 17 août, Mme de Praslin avait découvert dans le secrétaire de son mari une correspondance compromettante pour la bru du roi. Elle avait alors menacé le duc de faire éclater un scandale en alertant la presse d'opposition et en publiant les lettres.
Epouvanté, le duc s'était introduit , à l'aube du 18 août, dans la chambre de sa femme pour y reprendre les documents. Devant la résistance de al duchesse, il était allé jusqu'au meurtre pour s'en emparer.
Qu'y avait-il de vrai dans cette histoire ?

Depuis cent seize ans, les historiens en discutent âprement, les uns pour affirmer que la duchesse d'Orléans était fort capable d'avoir un amant, les autres pour la défendre avec une passion qui confine à l'amour paternel. tongue
En 1847, les Parisiens n'avaient pas, on s'en doute, le même souci de la vérité historique.
Aussi répétaient-ils allégrement que la veuve du prince héritier n'était qu'une "Marie-couche-toi-là..."


Ils en étaient là de leurs commentaires lorsque le 20 août, une nouvelle stupéfiante courut la capitale : de duc de Choiseul-Praslin, malgré la surveillance de la police, avait réussi à absorber de l'arsenic. Il était mourant.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mar 26 Fév - 19:27

Naturellement, ce suicide parut suspect. Et de nombreux journalistes, reflétant l'opinion populaire, accusèrent le gouvernement d'avoir fourni le poison au duc. L'un d'eux écrivit : "La cour fait disparaître un témoin gênant."
Affolé par l'ampleur que commençait à prendre l'affaire, Louis-Philippe ordonna, le 21, la réunion de la Chambre des Pairs ou Cour de justice. Le duc fut immédiatement arrêté et transporté, moribond, à la prison du Luxembourg, rue de Vaugirard. Le 24 au soir, il mourait sans avoir avoué son crime.
Aussitôt, la Chambre des Pairs se dépêcha de prendre un arrêt déclarant que, l'action publique étant éteinte à l'égard de l'accusé, il y avait lieu de clore le dossier. De son côté, le procureur général s'empressa de suivre la même politique. L'affaire fut classé.


(Mlle Deluzy, qui avait été arrêtée après la découverte du crime, fut relâchée, son innocence ayant été facilement reconnue. Elle s'embarqua pour l'Amérique où elle épousa un pasteur presbytérien du nom de Harry Field. Après sa mort, survenue en 1876, son mari réunit les papipers qu'elle avait laissés et les publia sous le titre inattendu de Scènes de la vie familiale en France...)

Le préjudice moral causé à la Cour par l'opportun suicide du duc n'en fut pas atténué pour autant. Au contraire. Car le peuple demeura plus que jamais persuadé que la Chambre des Pairs avait fourni l'arsenic au duc pour sauver l'honneur de la duchesse d'Orléans et protéger ainsi la famille royale.... Un jour de 1849, le chancelier Pasquier parlant avec Victor Hugo résuma parfaitement cette opinion.

- Tenez, le peuple, nous ne lui ôterons jamais de l'idée que nous avons empoisonné le duc de Praslin. Ainsi l'accusé assassin et les juges empoisonneurs ; voilà l'idée qu'il s'est faite de toute l'affaire. D'autres croient que nous avons fait sauver ce misérable duc et que nous avons mis un cadavre quelconque à sa place ! Il y a des gens qui disent : "Praslin est à Londres et y mange cent mille livres de rente avec Mlle Deluzy." C'est avec tout cela, des propos, des commérages, des choses terribles qu'on a sapé ce vieux monde vermoulu.

(Le bruit courut, en effet, que le duc avait survécu à sa tentative de suicide et qu'il avait fini ses jours en Angleterre.
Plusieurs personnes certifièrent l'y avoir rencontré. Et, en 1905, le journal La Libre Parole
publia une attestation d'un ancien comptable au cimetière Montparnasse. Celui-ci déclarait qu'un fossoyeur nommé Constant avait été chargé, vers la fin du second Empire, d'exhumer le cadavre du duc de Choiseul-Praslin. Or, dans le cercueil, il avait trouvé des cailloux...)

Le "vieux monde vermoulu", issu de la Révolution de 1830, allait, en effet disparaître à la suite de tous ces scandales.
Le peuple, écoeuré, déçu, commença à considérer le gros Louis-Philippe avec des yeux neufs et peu enclins à l'indulgence.
Aussi lorsque, en février 1848, le roi, poussé par son ministre Guizot - lui-même influencé par sa maîtresse, la princesse de Liéven - interdit un banquet organisé par les partisans d'une réforme de la Constitution, les Parisiens profitèrent-ils de l'occasion.
Des barricades s'élevèrent en quelques heures et des cortèges sillonnèrent les boulevards en chantant des refrains séditieux. Un vent de révolte souffla soudain de Charonne à Passy. Et quand, le 24, la troupe tira sur la foule massé sur le boulevard des Capucines, la manifestation d'humeur se transforma tout à coup en une révolution.
A quatre heures de l'après-midi, Louis-Philippe abdiquait. A cinq heures, vêtu d'une redingote, coiffé d'un chapeau rond, il traversait en courant les Tuileries d'où l'émeut approchait, parvenait place de la Concorde, grimpait avec la reine dans un fiacre et quittait Paris comme un voleur, avec quinze francs en poche.


Le soir, les fugitifs couchaient à Dreux. Le lendemain, ils gagnaient Evreux, puis Trouville.
Là, ils s'embarquaient, malgré le mauvais temps, sur l'Express et passaient en Angleterre.
A ce moment, les Parisiens fêtaient leur nouvelle République et chantaient, en mimant la démarche lourde de leur ex-souverain, ce couplet qu'un auteur populaire avait adapté sur l'air célèbres des Boeufs, de Pierre Dupont :

Hier, dans une riche étable,
Vivait un boeuf gras, vieux grigou :
L'acajou remplaçait l'érable
Des grands boeufs blancs marqués de roux.
Chacun admirait sa bedaine (son ventre)
Ronde l'hiver, ronde l'été,
Il gagnait dans une semaine
Plus d'argent qu'il n'en eût porté,

Refrain

Adieu, roi sacrilège !
Que l'Anglais te protège.
File, file au plus tôt,
Ou bien sur le carreau
Nous traînerons Louis-Philippe et Guizot.

Car les Français, habitué à tout finir par des chansons, enterraient ainsi joyeusement cette monarchie vieille de mille ans, qui venait de disparaître, de façon imprévue, à cause de quelques dames à la cuisse légère...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mar 26 Fév - 20:03

CES POLITICIENS DE 1848 QUE LES FEMMES ALLAIENT AIMER ...



Les femmes adorent souvent nos plus grands ridicules... - CREBILLON FILS -


LOUIS-PHILIPPE avait quitté la France en laissant dans la capitale insurgée sa belle-fille, la duchesse d'Orléans, et son petit-fils, le comte de Paris, en faveur de qui il avait abdiqué.

- Adieu, lui avait-il dit avant de partir, soyez courageuse !

La jeune femme était devenue livide :

- Quoi ? Vous allez me laisser seule ici, sans parents, sans amis...

Alors Louis-Philippe, dont le gros ventre tremblait, "agité, nous dit-on, par la peur", lui avait répondu d'un ton hypocrite :

- Ma chère Hélène, il s'agit de sauver la dynastie et de conserver la couronne de votre fils. Restez pour lui...

Puis, tenant d'une main son chapeau et de l'autre son pantalon mal boutonné, il s'était précipité à travers le jardin des Tuileries, suivi de la reine Marie-Amélie.

(Louis-Philippe était bien placé, lui, dont le père, Philippe-Egalité, avait voté la mort de Louis XVI, pour savoir ce que les révolutionnaires font des rois qui se laissent prendre.)

Une heure plus tard, la duchesse d'Orléans,ayant recouvré son calme, s'était courageusement rendue à la Chambre des Députés, en compagnie de ses deux fils. (La duchesse d'Orléans avait un second fils, Robert, duc de Chartres, né e 1840. C'est le grand-père de l'actuel comte de Paris).

Tout s'était d'abord bien passé. L'Assemblée qui, sans doute, continuait de ne pas prendre la révolution au sérieux, l'avait accueillie par des acclamations enthousiastes, et le président Dupin s'était respectueusement incliné. Il avait alors voulu proclamer le comte de Paris roi des Français "avec la régence à son auguste mère" et s'était écrié :

- Messieurs, il me semble que la Chambre, par ses acclamations unanimes...

Mais, alors que les députés paraissaient favorables, la Chambre avait été brusquement investie par un groupe de révolutionnaires.
Ces individus, dirigés par un garçon boucher armé d'un couteau, s'étaient précipités dans les tribunes en poussant des cris de mort en en hurlant :

- A bas la Régence ! A bas la Régence ! Vive la République !


Immédiatement, le plus grand désordre avait régné. Ecoutons un témoin : "Le comte de Paris fut saisi à la gorge par un forcené qui essaya de l'étouffer. Un garde national parvint heureusement à s'emparer de l'enfant et le rendit à sa mère qui avait été séparée de ses deux fils par une vague populaire."

Tandis que la duchesse s'enfuyait, protégé par des amis, M. de Lamartine en un discours lyrique et obscur, avait demandé la nomination d'un gouvernement provisoire...
Ledru-Rollin était alors monté à la tribune et avait fait, à genoux, en agitant sa grosse tête et son toupet clownesque, une longue déclaration d'amour à la République.
Deux heures après, alors que le peuple saccageait les Tuileries et pillait le Palais-Royal, un gouvernement provisoire avait été constitué sous la présidence de l'incolore Dupont de l'Eure.

Le lendemain, 26 février, la République avait été proclamée et, le 6 mars, Rachel qui, fort excitée par les événements, rêvait, selon son expression, "d'être b..... sur le corps d'un guillotiné", chanta, en transes, la Marseillaise au Théâtre Français.

Aussitôt, le gouvernement provisoire, désireux de flatter le peuple, donna à chaque citoyen le titre de magistrat et institua ce que ni Robespierre, ni Saint-Just - rendus prudents par leur connaissance profonde de la foule - n'avaient voulu : le suffrage universel.
Dès lors, une nouvelle ère commençait. On le vit bien au cours de la période électorale qui s'ouvrit à la fin du mois de mars. Les murs de France se couvrirent d'affiches écrites dans un style auquel ni Sully, ni Richelieu, ni Colbert, ni Choiseul, ni Talleyrand, ni Casimir Périer, ni Guizot n'avaient habitué les Français. Le ton employé par les candidats députés était, en effet, d'une bouffonnerie rarement atteinte. Nous devons en donner un aperçu pour montrer à quels hommes politiques les femmes - continuant à être les instruments du destin - allaient désormais avoir affaire.

Voici quelques exemples de cette littérature emphatique et prétentieuse qui annonçait à la fois le style de nos parlementaires et celui de nos agents de publicité :

"Citoyens !
"Encouragé par des patriotes sincères, je viens offrir à la Patrie mon intelligence, mon coeur et mon bras !
"Serai-je trouvé digne de vos suffrages ? C'est ce que vous aurez à résoudre.
"En tout cas, sachez que de ma bouche ne s'échappera jamais qu'un cri : Vive la République !"

Louis Langomanzino.

La réaction de ce brave homme, lorsqu'on lui marchait sur le pied, par exemple, devait sembler curieuse. Aussi ne fut-il pas él
u.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mer 27 Fév - 18:03

Tous les moyens étant bons pour s'attirer les suffrages, certains candidats attendrissaient les électeurs en écrivant sans sourciller : "Citoyens !... je suis un enfant naturel de la Patrie..."
Ou encore : "J'offre mon dévouement à la République, ma nourrice !"

Il y avait aussi les faux humbles !
"Je n'accepterai qu'en m'humiliant et avec une extrême défiance de moi-même l'orageux et souverain mandat dont vous voudrez bien m'honorer..."

Bien entendu, rien n'arrêtait de tels hommes.
Et pour s'assurer les voix des croyants dont le républicanisme n'était pas encore bien affirmé, on en vit déclarer qu'avec la République de 1848 [i]le péché originel était effacé...


D'autres tranchèrent de façon inattendue, mais catégorique, d'épineuses questions théologiques :
"France ! Sois digne de Paris, affranchis le monde ! Dieux le veut, ou il n'existe pas ! ..." (j'ai laissé la faute d'orthographe faite par l'auteur de la déclaration)

Tous ceux qui avaient pris part aux journées de Février - même en tant que spectateurs - ne manquaient pas de le rappeler : ceux qui n'avaient pas eu cette chance ou ce courage s'en tiraient habilement, comme Etienne Arago : "Pour moi, écrivait-il, la plume a été une arme et j'ai fait feu avec l'idée comme avec un fusil..."

Un certain J.B. Amyot écrivait : "Une ère de liberté s'ouvre pour la France. Saluez-la ! ...
Que les fronts s'inclinent pour en remercier l'Être suprême et que les bras se lèvent pour être prêts à la défense des droits du pays..."
Position difficile et fatigante qui rebuta les électeurs...

Certains se paraient de titres étranges. Voici le début d'une affiche qui fut apposée dans le I4e arrondissement :

"Jean Théodore Joulet, fils de peintre en bâtiment de l'empereur défunt, propriétaire à Paris, se présente aujourd'hui avec une supériorité virile plus forte que jamais..."

Hélas ! les femmes en 1848 ne votaient pas ; aussi le pauvre ne fut-il pas envoyé à la Chambre...


Un autre donnait comme preuves de ses capacités à représenter la nation, qu'il était "médecin des aliénés de Bicêtre" !
On ne peut pas l'accuser de démagogie... Razz

L'ouvrier et le paysan avaient droit, bien entendu, à des attentions toutes spéciales.
Un certain M. Ortolan, "donnait son coeur à tous les travailleurs de la tête et des bras"...

Et un général écrivait sans rire : "L'agriculture est négligée. N'est-il pas honteux qu'il existe en France un département des Landes lorsqu'on peut le transformer en département des Prairies ?"

Enfin, un autre s'écriait : "Votez pour moi, cultivateurs, maraîchers, vignerons, vous qui ne voulez pas que le sol tremble !"
Peut-on refuser sa voix à un homme qui peut empêcher les tremblements de terre ?

Quelques purs républicains ne craignaient pas de citer des détails épouvantables pour faire honnir à jamais l'ancien régime : "J'ai lu dans l'Histoire de France, écrivait un ferblantier qui se présentait dans le 6e arrondissement, qu'un seigneur, en revenant de la chasse avait froid aux pieds ; voulant une chaleur douce, il fit ouvrir le ventre d'un de ses vassaux et mit ses pieds dedans !..."

Malgré cet agréable talent de conteur, le ferblantier ne fut pas élu.

Il y avait aussi - déjà - des candidats pleins de fantaisie ; l'un d'eux présentait ainsi, à Marseille, son programme peu banal :

"Citoyens ! Sous un système d'Egalité et de Fraternité je viens d'acquérir la conviction que tous les hommes n'étaient point égaux.
"La nature m'a donné des sentiments généreux, un patriotisme élevé et un coeur grand mais une petite taille.
"Je croyais qu'on mesurait les hommes à leur valeur personnelle et non point au plus ou moins de centimètres de leur stature.
"Comme je ne suis pas le seul à être petit et que beaucoup de parias de mon espèce doivent se trouver à Marseille, je propose à tous ceux dont la stature est exiguë de se trouver dimanche prochain, à I0 heures, Plaine Saint-Michel, pour organiser une compagnie. Nous prouverons à tout le monde que si la nature fait de petits hommes, les petits hommes peuvent faire de grandes choses.
"La République trouvera en nous de zélés défenseurs..."

Le signataire ne fut pas élu, bien qu'à la date indiquée un grand nombre de petits hommes se fussent mis sous ses ordres...
Un autre afficha le texte suivant, destiné aux vingt-deux mille sourds-muets de France :

"Vous avez besoin de quelques amis parlants. Je vous offre mon concours sincère et désintéressé.
S'il vous faut une voix pour défendre votre cause et pour porter la connaissance de vos besoins à l'oreille de la Nation, je serai cette voix..."

Mais ce brave homme ne parvint pas à se faire entendre des sourds-muets qui allèrent, si j'ose dire, porter leurs voix ailleurs.

Le citoyen Muré, précurseur de l'automation, écrivait :

"Ce n'est point d'organiser le travail qu'il s'agit, il faut organiser l'oisiveté par la multiplication infinie des machines. Il faut que tous les ouvriers soient remplacés par des chiens savants chargés de surveiller les usines."

Enfin, un certain citoyen Duvivier terminait ainsi un long et extravagant panégyrique du communisme :

"Pour mettre nos doctrines en pratique et accepter franchement leurs conséquences, les hommes parvenus à l'âge de trente ans sont trop corrompus par les anciennes moeurs, trop endurcis, trop encroûtés dans l'ancien système ; on ne saurait déraciner chez eux des habitudes invétérées et qui sont passées à l'état de seconde nature. Il faut que ces hommes disparaissent de la société pour qu'elle soit régénérée. Il est indispensable, en un mot, de supprimer les hommes de trente ans et au-dessus. Ceux qui sont dévoués à nos principes, qui en veulent sérieusement le triomphe, doivent donc prendre une généreuse initiative en sortant volontairement de la vie, et s'immoler en philosophes pour assurer la régénération du monde et le bonheur de l'humanité". (hihi, ça me rappelle une nouvelle de S. King que j'ai lue récemment tongue )

Il eut, on s'en doute, peu d'électeurs.
Mais, bientôt, les femmes allaient s'en mêler : les fameuses Vésuviennes dont le nom, ainsi qu'on le verra, se trouvait justifié par un tempérament volcanique
...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mer 27 Fév - 18:45

LES ARDENTES VESUVIENNES SE DONNAIENT POUR LA REPUBLIQUE


Pour une femme ardente tous les prétextes sont bons... - MARCEL PREVOST -


TOUT commença le Ier mars 1848. Ce jour-là, les Parisiens ébahis purent lire une affiche ainsi conçue :

"Le citoyen Borme fils, auteur de plusieurs machines de guerre lançant trois cents boulets ou paquets de mitraille à la minute, auteur du Feu Grégeois avec lequel on peut incendier et couler bas les flottes ennemies, auteur d'un moyen avec lequel deux mille citoyennes peuvent lutter contre cinquante mille homme ennemis,

"AUX CITOYENNES PARISIENNES,
"MES SOEURS EN REPUBLIQUE.

"Citoyennes,
"La République vous doit le quart de son existence, c'est par vos exhortations que vos pères, vos frères, vos amis ont affronté la mitraille le 4 février.
"Vous avez mérité de la Patrie, citoyennes, et c'est par cette considération que j'ai demandé au gouvernement provisoire de vous enrégimenter sous le titre de VESUVIENNES.
"L'engagement sera d'un an ; pour être reçues, il faut avoir quainze ans au moins out trente ans au plus et n'être pas mariée.
"Présentez-vous tous les jours, de midi à 4 heures, 14, rue Sainte-Apolline, où vos noms, prénoms, professions, âges et demandes seront inscrits.
"Salut et fraternité.
"Vive, vive et vive la République !

BORME FILS."


M. Borme fils venait d'avoir là une idée propre à lui assurer de savoureuses soirées...
Les femmes, en effet, se présentèrent en foule rue Sainte-Apolline et l'auteur du Feu Grégeois n'eut qu'à faire son choix. Il en retint une cinquantaine qui constituèrent non seulement une ardente phalange destinée à lutter par tous les moyens pour l'émancipation de la femme, mais encore le plus fougueux harem qui se puisse imaginer.

Voic comment un contemporain nous conte une réunion du Club-légion des Vésuviennes :

"Le citoyen Borme aime les femmes et veut les émanciper. Tâche sublime qui lui vaut déjà la reconnaissance profonde de toutes nos soeurs en République. Chaque soir, ce valeureux émancipateur réunit à son domicile un groupe de jeunes femmes qu'il catéchise soigneusement. Ses arguments sont simples mais efficaces :

- Citoyennes, dit-il, qu'est-ce que la Liberté ? Une femme. Qu'est-ce que l'Egalité ? Une femme. Qu'est-ce que la Fraternité ? Une femme. Qu'est-ce que la République ? Une femme. Et l'on voudrait vous empêcher de voter, de participer à la conduite du char de la Nation ? Citoyennes, le gouvernement provisoire doit tomber. Oui, il faut qu'il tombe... à vos genoux...

De tes discours mettaient les femmes dans un état proche de la pâmoison. Au cours de la troisième réunion, sentant que son auditoire était mûr, le citoyen Borme fils prit soudain un air sévère et ajouta :

- Citoyennes, pour que l'on reconnaisse vos droits, il faut briser toutes les chaînes qui vous lient et font de vous les esclaves de l'homme. Commencez par la plus barbare de toutes : celle du mariage.

A ce moment, les yeux des jeunes femmes brillèrent.

- Refusez d'être liée à un homme, asservie par un homme. Usez de votre corps librement.
Prouvez-vous à vous même que vous êtes un être libre et vous aurez le droit de vous dire une bonne républicaine...

A ces mots, les jeunes Vésuviennes furent transportées d'enthousiasme.

- Cet acte, continua hypocritement M. Borme fils ne doit pas être entaché par la luxure. Il s'agit d'un rite de libération, rien d'autre...
Et, baissant les yeux, il ajouta :
- Ce rite, citoyennes, je m'offre à l'accomplir avec vous pour la République une et indivisible.

Alors, les Vésuviennes, animées par les plus purs sentiments républicains, se précipitèrent sur M. Borme fils et cherchèrent à lui retirer ses vêtements.

- Chacune son tour, dit sévèrement le citoyen.
- Moi ! moi ! moi ! criaient les Vésuviennes qui rêvaient de s'allonger sur l'autel de la Patrie.

Mais M. Borme fils était méthodique et saage :

- Par ordre alphabétique, dit-il.


Et prenant par le bras les deux jeunes femmes qui avaient été désignées par leurs initiales, il les emmena dans ses appartements privés. Là, au nom de la République, et en vertu de pouvoirs qu'il s'était lui-même conférés, il leur donna à tour de rôle une très agréable sensation d'être...
C'est ainsi que, chaque soir, grâce à M. Borm fils, quelques jeunes Parisiennes s'émancipèrent sans avoir besoin du Gouvernement Provisoire..
.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mer 27 Fév - 20:05

En attendant d'être officiellement enrégimentées, les ardentes disciples du citoyen Borme organisèrent à Belleville une sorte de phalanstère (du grec phalanx, formation militaire et stereos, solide).
"Elles y étaient logées, nourries et recevaient en outre dix francs par mois", nous dit Henri d'Alméras. Leur costume, pour bien montrer l'égalité des sexes, se rapprochait autant que possible de celui de l'homme. La plupart portaient une jupe, une redingote à épaulettes et se coiffaient d'un képi. Certaines allaient jusqu'à porter des pantalons. Toutes s'initiaient au maniement d'armes.
Astreintes, en effet, de quinze à vingt ans, au service militaire, elles devaient être divisées en trois corps : les Ouvrières, les Vivandières et les Infirmières.
Un jour, toutes ces jeunes citoyennes, précédées d'une bannière tricolore, où les plus habiles avaient brodé, en lettres d'or, le mot Vésuviennes,
se rendirent à l'Hôtel de Ville pour présenter leurs revendications.
Elles réclamaient : I° le droit de vote; 2° le mariage obligatoire pour les hommes à vingt-six ans et pour les femmes à vingt et un ans ; 3° la participation de l'homme aux soins du ménage.
Elles furent reçues avec quelques sourires ironiques par les représentants du Gouvernement Provisoire.
Après quoi, elle regagnèrent leur phalanstère bellevillois en chantant cet hymne qu'un chansonnier s'était amusé à publier dans une revue satirique et qu'elles avaient - en toute innocence - adopté :


Vésuviennes, marchons, et du joug qui nous pèse,
Hardiment affranchissons-nous !
Faisons ce qu'on n'osa faire en quatre-vingt-treize,
Par un décret tout neuf, supprimons nos époux !
Qu'une vengeance sans pareille
Soit la leçon du genre humain.
Frappons : que les coqs de la veille
Soient les chapons du lendemain...

Quand le tour sera fait, à ce sexe barbare
Quand plus rien ne restera,
Pour les ensevelir, je veux que l'on prépare
Un monument où l'on lira :
Vous qui passez, priez pour l'âme
Du sexe fort mis à néant.
Le sexe fort battait sa femme,
Mais le battu devient battant !
En avant ! Délivrons la terre
De tyrans trop longtemps debout !
A la barbe faisons la guerre,
Coupons la barbe, coupons tout !


Ce fut là leur seule manifestation politique.
Mises en goût par les chaudes soirées qu'elles passaient en compagnie de M. Borme fils, les jeunes femmes ne tardèrent pas à transformer leur phalanstère en un lieu hospitalier où les amoureux de la République pouvaient, au nom de l'égalité et de la fraternité, passer un bon moment...
Dès lors, les Vésuviennes - à qui ce nom convenait de plus en plus - se consacrèrent uniquement à l'amour. Sous prétexte de les convertir à leurs idées, elles attiraient chez elles des hommes, qui s'en retournaient à leur domicile dans un état d'épuisement que le style boursouflé et emphatique des manifestes féministes n'était pas suffisant à expliquer.
Tout citoyen qui venait prendre leur défense et coombattre pour leur émancipation étaut sur-le-champ - et sur un grand lit - récompensé par une ou plusieurs disciples de M. Borme fils.

Un soir, ces ardentes républicaines ayant organisé une réunion publique et contradictoire, où les hommes étaient conviés, un auditeur monta sur l'estrade qui servait de tribune et commença son discours par ces mots :

- Citoyennes ! Je serai bref, je vous préviens, car la femme est un sujet sur lequel il est agréable de s'étendre...

On ne connut jamais la suite : les Vésuviennes, enthousiasmées, acclamèrent le brave homme, le portèrent en triomphe jusque dans leur dortoir où, finalement, nous dit un échotier du temps, "elles le déshabillèrent avec gourmandise, l'étendirent sur des matelas jetés à terre et lui donnèrent, à trois, un merveilleux souvenir des premières élections législatives"...
Hélas ! les temps ont changé. Et les femmes politiques de notre époque n'ont plus les mêmes égards pour ceux qui les défendent ! ...
Razz
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 28 Fév - 1:10

QUAND M. DE LAMARTINE ETAIT PRIS POUR UNE FEMME LEGERE[/size



Si vous êtes victime d'un quiproquo, prenez les choses avec le sourire. - BARONNE DE MESLE - (Manuel du Savoir-vivre.)


[size=18]LE 26 février 1848, Louis-Napoléon Bonaparte travaillait tranquillement à la bibliothèque du British Museum. Plongé dans un énorme Traité d'artillerie, il prenait des notes en vue d'un intéressant ouvrage sur 'l'art et la manière de tuer le plus grand nombre de soldats au moyen d'un seul coup de canon"...
Soudain, un personnage "paraissant en proie à la plus vive émotion" entra dans la salle, se dirigea rapidement vers le prince, se pencha vers son auguste oreille et, sans même le saluer, lui dit à voix basse :

- Louis-Philippe vient d'abdiquer !

Louis-Napoléon avait appris dans les collèges suisses à penser lentement (le-vez, bais-ser, main-ten-ant pas-sons à l'au-tre pau-pière Razz - Coluche -). Il ne réagit pas tout d'abord. Immobile, les yeux mi-clos, il semblait se répéter mentalement la phrase. Au bout de quelques instants, un déclic parut enfin se produire dans son esprit. Il se leva d'un bond, prit son ami par le bras et l'entraîna précipitamment vers la porte en oubliant ses gants et son parapluie.
Un quart d'heure plus tard, il était à King Street. Miss Howard, qui venait d'être informée des nouvelles de France, l'attendait avec impatience :

- Votre heure est venue, Louis, dit-elle. A Paris, les révolutionnaires semblent divisés. Ils ne savent encore quel régime choisir. Ils hésitent, se chamaillent, n'ont aucun programme. Leurs noms sont inconnus du peuple. Ils viennent de créer une République vide. Ce vide, vous pouvez le combler... Il faut partir immédiatement pour la France !

Le prince prit un air gêné. La jeune femme comprit :

- Vous savez bien que ma fortune est à votre disposition.

Rasséréné, Louis-Napoléon embrassa Hariett.

- Merci, dit-il. Grâce à vous, avant un an je serai à la tête de la France.

Après quoi, ayant empoché l'argent que miss Howard avait sorti de son coffre personnel, il courut jusqu'à la gare, sauta dans le train et gagna Folkestone. Là, le destin étant malicieux, il embarqua sur le paquebot qui venait précisément d'amener le duc de Nemours, deuxième fils de Louis-Philippe...
Le Ier mars, il était à Paris. Il se rendit rue du Sentier chez Vieillard, son ancien précepteur d'Arenenberg qui l'hébergea.
Sans perdre un instant, il écrivit au gouvernement provisoire :

Messieurs, le peuple de Paris a détruit les derniers vestiges de l'invasion étrangère, j'accours pour me ranger sous le drapeau de la République.

Le lendemain, vêtu comme un dandy, il alla se présenter chez Lamartine, au ministère des Affaires étrangères, boulevard des Capucines.
L'amoureux d'Elvire le reçut avec courtoisie, le remercia de sa visite ne des termes qui eussent semblé excessifs à un Chinois obséquieux, Razz le félicita avec lyrisme d'être venu se mettre au service de la République, mais se permit de lui rappeler que la loi interdisant l'accès du territoire aux membres de la famille Bonaparte n'avait pas été abrogée, et qu'il se pourrait, par conséquent, qu'un gendarme se présentât bientôt rue du Sentier...
Louis-Napoléon qui avait déjà passé soixante-treize mois en prison, ne se le fit pas dire deux fois. Il s'inclina, laissa le poète osseux à ses rêveries démocratiques, alla reprendre ses bagages et regagna Londres rapidement.

Pendant deux mois, Louis-Napoléon et miss Howard suivirent les événements dans les journaux. Ils apprirent - et cela les amusa - que certains membres du gouvernement provisoire, grisés par le pouvoir, oubliaient déjà les grands principes égalitaires qu'ils prônaient dans leurs discours pour goûter des joies peu démocratiques.
L'ineffable Ledru-Rollin roulait dans les carrosses du roi, Garnier-Pagès chassait à Chantilly, Armand Marrast faisait des dîners fins à Trianon en galante compagnie tandis que Ferdinand Flocon, installé à Saint-Cloud, avait pris possession du Petit Château.
De Mme Flocon, ancienne grisette qui venait de prononcer ce mot demeuré célèbrre : "C'est nous qui sont les princesses", un journaliste écrivait en mars 1848 ces lignes dont le prince Bonaparte et sa compagne se délectèrent :


"Il paraît que les voitures du ministère de l'Agriculture et du Commerce sont bien mal suspendues, car S. Exc. Mme Flocon les a reléguées sous la remis, après s'en être servie une fois.
Elle a déclaré que se sont de véritables fiacres.
Son Excellence a été horriblement cahotée, elle a les nerfs si délicats, qu'elle ne peut supporter maintenant que le voitures de Mme la duchesse d'Orléans."

Ces façons de singer les princes que l'on avait chassés à coups de fusils finirent par émouvoir le peuple. Les braves gens se demandèrent, avec quelque logique, si cette révolution n'avait pas été faite au seul profit d'une poignée d'ambitieux.
Et les chansonniers composèrent des couplets ironiques sur Mme Flocon :

Vous avez, ô princesse, une liste civile,
Des pages, une cour - outre un palais en ville,
Vous avez, m'a-t-on dit, les clés de Trianon ;
Vous signez des brevets, comme une grande reine,
O vous, naïve enfant, qui saviez mettre à peine,
L'orthographe de votre nom.
Etes-vous plus heureuse, ô reine provisoire,
En voyant vos laquais rire de votre gloire,
Se refusant parfois d'annoncer vos parents ?
Vous qui marchiez jadis d'une si leste allure,
Etes-vous plus joyeuse - , hélas ! - dans la voiture
De la duchesse d'Orléans ?


La déception du peuple fut bien plus grande encore lorsque les petits journaux révélèrent que les nouveaux maîtres de la France se conduisaient dans le privé avec autant de désinvolture que les tyrans. Des détails sur leur vie intime furent rapidement connus. On apprit que la sémillante Mme Flocon était la maîtresse de Lamartine, ministre des Affaires étrangères, et "qu'elle le rendait chaque soir étranger aux affaires, par des caresses expertes".
On apprit que Ledru-Rollin, dont on savait déjà qu'il était paresseux, gourmand et sensuel, organisait au ministère de l'Intérieur des réceptions qui dégénéraient en orgies, que d'extraordinaires bacchanales avaient lieu dans son hôtel et que ce qu'il préférait dans le régime républicain, "c'était la liberté de mettre la main sous les jupes des jeunes citoyennes"...

Un journaliste écrivait :

"Le citoyen Ledru-Rollin aime beaucoup les femmes. Ce sexe, il est vrai, lui a apporté un précieux appui. On sait qu'il épousa une riche Irlandaise séduite par son toupet artistement peigné, son torse avantageux et ses trémolo, ce qui lui permit, sous la monarchie de Juillet, de subventionner des journaux d'opposition et d'accroître sa popularité.
"Mais ce serait faire injure à ce pur républicain que de le croire attiré seulement par les femmes fortunées. Il aime d'un même amour les jeunes ouvrières qui ne possèdent pour toute richesse qu'un minois (visage) charmant, un corsage bien rempli et une croupe (les fesses) appétissante. Ceux qui en douteraient n'ont qu'à aller jeter un coup d'oeil par le trou de la serrure de l'hôtel de la rue de Grenelle..."

Ledru-Rollin eut bientôt, dans toute la France, une telle réputation de don Juan et de libertin, que les histoires les plus extravagantes coururent sur son comte. On lui prêta des aventures sans nombre. Des gazetiers de province, qui n'avaient jamais entendu parler du chantre d'Elvire, allèrent jusqu'à raconter que le ministre de l'Intérieur avait pour maîtresse une femme de mauvaise vie surnommée la Martine...
Fable qui eut une telle fortune qu'en Corrèze, au moment des élections, des villageois disaient :

- Nous aurions bien voté pour le duc Rollin (sic), mais tant qu'il vivra avec cette putain de Martine, nous ne voulons pas entendre parler de lui...

Tous ces potins, on s'en doute, faisaient la joie de Louis-Napoléon et de miss Howard qui voyaient leur heure arriver lentement, mais sûrement...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 28 Fév - 17:10

LOUIS-NAPOLEON EST ELU GRÂCE A MISS HOWARD



Le suffrage universel est le symbole même de la démocratie - HENRI BARBUSSE -


IL y a en chacun de nous, d'après certaines doctrines hindoues, un nombre considérable de personnages fort différents qui, tout à tout, prennent les rênes de notre "conduite".
Nous sommes ainsi menés successivement et sans le savoir par le "moi" arriviste, le"moi" flâneur, le "moi" agressif, le "moi" indifférent, le "moi" mystique, le "moi" luxurieux, etc.
En avril 1848, alors que la France votait, Louis-Napoléon était dirigé, lui, par un "moi" d'une effroyable sensualité.
En effet, le prince, sachant que le temps travaillait pour lui, passait ses après-midi dans une chambre de Regent Street en compagnie de deux demoiselles qui avaient, entre autres qualités, un sourire charmant, des yeux malicieux, la main fine et un grand lit.
Ecoutons un contemporain, l'auteur de l'Argus de Londres
:

"Louis-Napoléon ne se contentait pas alors des charmes pourtant fort émouvants de miss Howard. Chaque jour, après le café, il quittait King Street sous prétexte d'aller étudier de près les pièces d'artillerie qui se trouvait à la Tour de Londres, et gagnait l'appartement de Regent Street où deux jeunes personnes fort accueillantes le recevaient avec de grands transports."

Ces demoiselles se nommaient Helen et Betsy, pouvaient avoir dix-huit ans et possédaient un savoir-faire qui leur avait acquis la considération des membres de la haute société londonienne et même de certains personnages de la Cour. De plus, elles se disaient soeurs, ce qui ajoutait à l'intérêt que leur portait la clientèle.
Le prince les avait connues par l'intermédiaire du comte d'Orsay qui en aimait les contours.
Depuis, il les visitait régulièrement et cherchait à apaiser auprès d'elles les ardeurs qu'un printemps particulièrement suave éveillait en son auguste sexe.

"Les ébats, nous dit l'auteur de la chronique indiscrète, avaient lieu dans une chambre tendue de bleu ciel où un lit, large de neuf pieds (2,75 m, environ), permettait les plus audacieuses combinaisons.
"Helen et Betsy devaient raconter plus tard à des amis que Louis-Napoléon montrait, au cours de ces rencontres quasi quotidiennes, une telle virilité qu'à plusieurs reprises elles durent appeler une de leurs voisines - courtisane également - afin qu'il pût étancher complètement sa soif de caresses..."

Après ces acrobaties amoureuses, le prince remettait son pantalon à sous-pied, ses bottines, sa jaquette, son haut-de-forme et revenait en trottinant sur ses petites jambes jusqu'à King Street où miss Howard l'attendait en lisant les journaux français.

Le 28 avril, il la trouva dans un état de surexcitation qui lui donna à penser que des nouvelles importantes étaient arrivées du continent.

- Nous avons les résultats des élections, dit la jeune femme. Lisez ! Lisez ! C'est extraordinaire ! ...
Louis-Napoléon promena son oeil éteint sur la feuille qu'on lui tendait et lut des noms qui, pour la plupart, lui étaient inconnus. Soudain, il pâlit : parmi les élus se trouvaient plusieurs membres de la famille impériale : le prince Napoléon (surnommé Plon-Plon), fils du roi Jérôme, le prince Pierre, fils de Lucien, et le prince Murat, petit-fils de l'ancien roi de Naples...

- Il y a des élections complémentaires au mois de lui, dit miss Howard, vous devez être candidat. Vos cousins ont été élus, il n'y a pas de raison pour que vous ne le soyez pas...
- Ils ne sont pas prétendants au trône, eux ! répondit le prince.
- Eh bien ! il faut créer un mouvement d'opinion en votre faveur... Ma fortune, je vous le répète, est à votre disposition.

Immédiatement, un plan de propagande fut élaboré par le prince, miss Howard et le fidèle Persigny. On allait payer des journalistes, des dessinateurs, des auteurs de chansons et s'entendre avec des colporteurs pour que des brochures contenant la biographie de Louis-Napoléon fussent diffusées dans toutes les campagnes. Il fallait, en outre, exploiter la nostalgie de l'Empire que le brave Béranger entretenait dans l'esprit du peuple avec ses chansons. Ce la nécessitait des frais considérables.
Persigny fit les comtes. Pour financer cette campagne publicitaire sans précédent dans l'histoire, il fallait environ cinq cent mille francs (plus de 150 millions de nos anciens francs).

- Vous aurez cet argent après-demain, dit simplement miss Howard.

Mais Louis-Napoléon connaissait la force des railleries. Il savait que si les chansonniers et les caricaturistes étaient informés de cette aide financière, il allait être l'objet d'attaques féroces et malicieuses dont il ne se relèverait pas. Il fut donc convenu que, pour sauver les apparences, la jeune Anglaise lui vendrait à crédit des terres qu'elle possédait dans les Etats romains, à Civita Vecchia, sur lesquelles il se ferait prêter de l'argent.
Quelques jours plus tard, en effet, le marquis Palavicino avançait au nouveau "propriétaire" la somme de soixante mille écus romains, soit trois cent vingt-quatre mille francs...
Pour arrondir la somme, miss Howard vendit quelques bijoux et les amis du prince, dirigés par Persigny, commencèrent leur campagne. En quelques semaines, des centaines de milliers de gravures, de récits, de complaintes rappelant les victoires de la Grande Armée, des milliers de portraits de Napoléon et de son neveu, des tonnes d'images populaires illustrant des anecdotes plus ou moins authentiques sur la redingote grise, le petit chapeau, la main dans le gilet, les pincements d'oreilles et les "Je t'ai vu à Wagram, toi, tu es un brave", furent littéralement déversées sur les chaumières françaises.

Une telle propagande devait porter ses fruits :
le 4 juin aux élections complémentaires, le prince fut élu dans quatre départements à la fois : la Seine, l'Yonne, la Charente-Inférieure et la Corse. En apprenant les résultats, la foule massée devant l'Hôtel de Ville hurla ce slogan lancé par Persigny : "Poléon - nous l'aurons ! -" Alors, brusquement , les républicains s'alarmèrent.
Prudhon écrivit dans le Peuple : "Il y a huit jours, le citoyen Bonaparte n'était qu'un point noir dans un ciel de feu ; avant-hier ce n'était qu'un ballon gonflé de fumée ; aujourd'hui, c'est un nuage qui porte dans ses flancs la foudre et la tempête."
Le 10 juin, plusieurs milliers de personnes se dirigèrent vers la Chambre en criant : "Vive Napoléon II", et une échauffourée eut lieu. Le 13, l'Assemblée, fort émue, se réunit. Il s'agissait de savoir si l'élection de ce prince encombrant serait validée. Lamartine et Ledru-Rollin se déclarèrent furieusement hostiles. Au contraire, Jules Favre "au nom du peuple qui avait élu Louis-Napoléon", se prononça favorablement.
Louis Blanc le suivit, déclarant avec emphase :

- Laissez le neveu de l'empereur s'approcher du soleil de notre République ; je suis sûr qu'il disparaîtra dans ses rayons.

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epistophélès



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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 28 Fév - 23:56


Finalement les députés votèrent l'admission du nouvel élu.
En apprenant ces faits, Louis-Napoléon décida, sur les conseils de miss Howard, de jouer au plus malin et d'utiliser une arme toujours efficace en politique : l'hypocrisie. Il écrivit à l'Assemblée sur un ton humble que son élection étant prétexte à des troubles déplorables, il préférait "pour le maintien d'une république sage", donner sa démission. Ajoutant, toutefois que, si le peuple lui imposait des devoirs, il saurait les remplir.
Manoeuvre habile qui augmenta encore sa popularité, car les braves gens s'imaginèrent qu'il avait dû se retirer sur l'ordre du gouvernement.


Deux mois passèrent pendant lesquels Persigny et ses amis, exploitant le mécontentement des Français (la fermeture des Ateliers Nationaux avait fait éclater des troubles sanglants en juin), organisèrent des clubs bonapartistes.
Pour financer ce mouvement, il fallait encore de l'argent. Miss Howard, de plus en plus amoureuse de son grand homme, vendit ses écuries, son argenterie et quelques-uns des plus beaux bijoux qui lui restaient.
Ces sacrifices ne furent pas inutiles : le 17 septembre, aux nouvelles élections complémentaires, le prince était élu dans cinq départements, notamment dans la Seine où il avait réuni plus de cent mille voix. C'était un commencement de plébiscite...
Cette fois, Louis-Napoléon accepta son mandat, choisit d'être député de l'Yonne et prit le bateau pour la France. A Paris, il s'installa place Vendôme, à l'hôtel du Rhin. Le lendemain, miss Howard arrivait à son tour et descend
Le 26 septembre, le fils de la reine Hortense parut pour la première fois à l'Assemblée. Le II octobre, la loi d'exil qui frappait les Bonaparte était abrogée.
Miss Howard pouvait être fière. Grâce à elle, son amant venait de réussir, devant les hommes de Février éberlués, un véritable petit coup d'Etat...

La première apparition du prince-député à la tribune de la Chambre ne fut pas très brillante.
Incapable d'improviser, lisant ses discours avec un fort accent allemand, estropiant les mots, prononçant la République fouzabelle, il fut immédiatement considéré par les membres de l'Assemblée comme un personnage insignifiant.
M. Thiers, bombant le torse, s'écria :

- Té, il n'est pas très fort, ce prince Bonaparte. C'est un crétin qu'on mènera...
- Oui, messieurs, c'est un imbécile. D'ailleurs, il est coulé...

Après quoi, satisfait de cette formule définitive, il alla faire quelques pas dans les couloirs, afin de donner aux députés admiratifs, le spectacle de sa belle tête...


Tous ces bruits furent, naturellement, rapportés à miss Howard. Fine mouche, elle en félicita le prince :

- Bravo, Louis ! il vaut mieux passer aux yeux de vos adversaires pour un homme inoffensif. Nous arriverons plus sûrement à notre but.
Ce but, c'était la présidence de la République.


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MARCO



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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 1 Mar - 8:29

rhaaaaaaaa mais tu vas trop vite ! J'arrive plus à suivre !
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epistophélès



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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Ven 1 Mar - 11:09

Que veux-tu Marco, il me hâte de finir pour enfin, vous "conter" Terribles tsarines ........ Very Happy Wink
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Sam 2 Mar - 15:39

Pendant trois mois, grâce aux fonds de miss Howard, qui vendit, cette fois, ses meubles, sa maison de Londres et encore quelques bijoux, une extraordinaire propagande fut organisée.
Tous les moyens furent employés pour obliger les Français à ne penser qu'au prince. On utilisa même, sur les conseils de la jeune Anglaise, d'astucieux pickpokets, payés à prix d'or.
Ecoutons Alfred Neumann :

"Ces gens-là ne vous volent rien, mais font, au contraire, des cadeaux. Un passant, ayant la goutte au nez, veut prendre son mouchoir. Il trouve dans sa poche un petit objet dur et il oublie aussitôt de se moucher, car il est curieux.
Il tient à la main un médaillon de fer-blanc qui représente un aigle surmonté d'un N et comporte une agrafe ou un bouton. Il se met à réfléchir.
Où cet aigle peut-il être entré dans sa poche ?
Dans la foule, sur la place de la Bastille ? Il y retourne et, cette fois, ouvre l'oeil : il y a là un homme, simplement habillé, qui porte l'aigle à la boutonnière, et qui déjà s'approche :"Tiens, camarade !" Il a donné au passant un petit drapeau tricolore couronné d'un N avec une épingle.
Au verso, on lit : "Vive Louis-Napoléon !" Le passant continue son chemin en méditant. Devant l'église Saint-Paul, un homme vend des portraits de Napoléon , qu'il tient comme un jeu de cartes.
Il répète sans crier : "Un sou ! Un sou !". Au chapeau, il a le petit drapeau tricolore. Le passant, qui connaît l'inscription du verso, se sent déjà un peu conspirateur. Il donne un sou et reçoit la carte ; c'est un très vulgaire portrait de Napoléon avec en sous-titre : "L'homme".
Amusé, l retourne aussitôt la carte : il y a un autre portrait, avec la petite barbiche et une légende : "Le neveu de l'homme".

Ainsi, tandis que les amis de Ledru-Rollin et de Thiers considéraient Louis-Napoléon avec un air gouailleur (moqueur), des propagandistes payés par une femme amoureuse préparaient le pays à un véritable plébiscite.
L'élection présidentielle eut lieu le I0 décembre. Le lendemain,, grâce au télégraphe Chappe, les résultats parvinrent à l'Assemblée. Ils furent accueillis avec effarement : sur 7 327 345 suffrages exprimés, 5 534 226 voix désignaient le prince Louis-Napoléon. Les autres candidats étaient écrasés. Voici le décompte de leurs vois :

Cavaignac 1 448 107
Ledru-Rollin 370 119
Raspail 36 920
Lamartine 17 940
Changarnier 4 790

Il y avait, en outre, 12 600 voix perdues.
L'amour venait de bousculer toutes les habiles combinaisons préparées par les politicards" de février.

Le 20 décembre, Louis-Napoléon fut proclamé président de la République. Après avoir juré de rester "fidèle à la République démocratique, une et indivisible, et de remplir tous les devoirs que lui imposait la Constitution",
il alla s'installer au palais de l'Elysée.
Aussitôt, il se préoccupa de rapprocher de lui miss Howard. Le 22, il loua pour elle, 14 rue du Cirque, un petit hôtel dont les communs donnaient sur l'avenue Marigny.
Pour passer des jardins présidentiels dans celui de sa bien-aimée, il n'avait donc que cette voie tranquille et déserte à traverser.

Dès le premier soir, le prince-président, faussant compagnie à sa garde, sortit furtivement de l'Elysée et alla retrouver Harriet.
Comme le dit, de façon amusante, un mémorialiste, le baron de Séricourt, "il allait la remercier de ses bons offices avec les moyens que lui avait donnés la nature..."

Le 24 décembre, Louis-Napoléon, monté sur sa jument Lizzie passa en revue les troupes de la première division militaire. Miss Howard était présente dans une calèche.
La foule, bien entendu, la remarqua. Et, près du comte de Fleury, qui rapporte le propos, un Parisien s'écria :

- Qui a dit que Louis-Napoléon n'a pas d'esprit ? Il a ramené de Londres la plus belle femme et le plus beau cheval du monde !

Toute la France sut bientôt que le prince-président avait une favorite d'une incomparable beauté et que "l'esprit de cette jeune Anglaise égalait son élégance".
"Hélas ! nous dit encore le comte de Fleury, loin d'être un piédestal comme un cheval, elle menaçait de devenir bientôt une cause de sérieuses préoccupations."

On le vit bien l'année suivant, lorsque Louis-Napoléon, faisant un voyage de prestige dans les villes de province, fit réquisitionner, à Tours, pour y loger le comte Bacciochi, miss Howard et une dame de la suite,
la maison d'un certain M. André, receveur général des finances, qui était pour lors en villégiature dans les Pyrénées.
M. André était un protestant rigoriste. En apprenant que la maîtresse du président de la République avait logé chez lui, il entra dans une grande fureur, et envoya une lettre de
protestation au président du Conseil, Odilon Barrot :
"Serions-nous donc revenus à cette époque où les maîtresses des rois promenaient leurs scandales à travers les villes de France ?" écrivait-il.
Odilon Barrot chargea son frère, Ferdinand, secrétaire général de la présidence, de communiquer cette lettre au prince.
Celui-ci prit sa plus belle plume et répondit avec humeur :


Monsieur,
Votre frère m'a montré la lettre de M. André, à laquelle j'aurais dédaigné de répondre si elle ne contenait des faits faux qu'il est bon de réfuter.
Une dame à laquelle je porte le plus vif intérêt, accompagnée d'une de ses amies et de deux personnes de ma maison, désira voir le carrousel de Saumur ; de llà, elle vint à Tours ; mais n
de ne pas y trouver de logement, elle me fit prier de faire en sorte de lui en trouver un. Lorsque j'arrivait à Tours, je dis à un conseiller de préfecture qu'il me ferait grand plaisir de chercher un
pour le comte Bacciochi et pour les dames de sa connaissance. Le hasard et leur mauvaise étoile les conduisirent à ce qu'il paraît, chez M. André où, je ne sais pourquoi, on s'imagina que l'une d'elles s'appelait Bacciochi.
Jamais elle n'a pris ce nom; si l'erreur a été commise, c'est par des étrangers, indépendamment de ma volonté et de celle de la dame en question. Maintenant, je voudrais savoir pourquoi
M. André, sans prendre la peine de rechercher la vérité, veut me rendre responsable et de la désignation faite de sa maison et du faux nom attribué à une personne. Le propriétaire, dont le premier soin est de scruter la vie passé
de celui qu'il reçoit pour la décrier, fait-il un noble usage de l'hospitalité ?...
Combien de femmes, cent fois moins pures, cent fois moins dévouées, cent fois moins excusables que celle qui a logé chez M. André eussent été accueillies avec tous les honneurs possibles par ce M. André, parce qu'elles
auraient eu le nom de leur mari pour cacher leurs liaisons coupables ?
Je déteste ce rigorisme pédant qui déguise toujours mal une âme sèche, indulgente pour soi, inexorable pour les autres.
La vraie religion n'est pas intolérante ; elle ne va pas chercher à soulever des tempêtes dans un verre d'eau, à faire du scandale pour rien et à changer en crime un simple accident ou une méprise
excusable.
M. André, qu'on me dit puritain, n'a pas encore assez médité sur ce passage de l'Evangile où Jésus-Christ, s'adressant à des âmes aussi peu charitables que celle de M. André, dit, au sujet d'une femme qu'on voulait lapider : "Que celui..."
Qu'il pratique cette morale ; quant à moi, je n'accuse personne et je m'avoue coupable de chercher dans les liens illégitimes une affection dont mon coeur a besoin.
Cependant, comme jusqu'à présent, ma position m'a empêché de me marier ; comme, au milieu des soucis du gouvernement, je n'ai, hélas, dans mon pays, dont j'ai été si longtemps
absent, ni amis intimes, ni liaison d'enfance, ni parents qui me donnent la douceur de la famille, on peut bien me pardonner, je crois, une affection qui ne fait de mal à personne et que je ne cherche pas à afficher.
Pour en revenir à ce M. André, s'il croit comme il le déclare, sa maison souillée par la présence d'une femme qui n'est pas mariée, je vous prie de lui faire savoir que, de mon côté, je regrette vivement qu'une personne d'un dévouement
si pur et d'un caractère si élevé soit tombée, par hasard, dans une maison où, sous le masque de la religion, ne règne que l'ostentation d'une vertu guindée, sans charité chrétienne.
Faites de ma lettre l'usage que vous voudrez.


Odilon Barrot n'osa pas transmettre cette admirable lettre à M. André.
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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 2 Mar - 17:27

LES LECTURES GRIVOISES DE LOUIS-NAPOLEON



Un livre n'est excusable que s'il apprend quelque chose... - VOLTAIRE -



SI la liaison du prince-président était sévèrement commentée dans les milieux bourgeois, en revanche le menu peuple, lui, était ravi d'avoir placé à la tête du pays un homme
qui savait apprécier l'arrondi d'un sein, trousser une demoiselle et donner, entre deux portes, la preuve d'une belle virilité...
Louis-Philippe avait ennuyé tout le monde pendant dix-huit ans avec sa sagesse et sa fidélité.


- Ce roi des Français, avaient coutume de dire les femmes, n'est ni un vrai roi, ni un vrai Français...

La gaillardise de Louis-Napoléon rassurait le peuple.

- Celui-là, disait-on en clignant de l'oeil, il est bien de chez nous. Il aime les femmes comme l'empereur. (Hé bé ! si les Français avaient élu Louis-Napo pour sa libido hyper-active, alors ça volait vraiment bas dans leur tête - au dessous de la ceinture, dirais-je - ......
tongue

Ces propos étaient fidèlement rapportés au prince qui se félicitait d'avoir à présider aux destinée d'un peuple aussi large d'esprit.
Et chaque soir, sans se cacher - bien au contraire - il quittait l'Elysée pour aller retrouver miss Howard dans son ravissant petit hôtel de la rue du Cirque.
Là, libre de toute contrainte, nous dit le Dr Evans, un dentiste américain qui soignait la belle Anglaise, "le prince président passait ses soirées, prenant une tasse de thé ou buvant
à petits traits une tasse de café, ou fumant une cigarette, son chien noir à ses pieds ou sur ses genoux".
Le dentiste, qui fréquentait régulièrement chez miss Howard, ajoute :

"Il (le prince) prenait plaisir à la musique qu' l'on faisait dans ces soirée, bien qu'il ne fût pas grand amateur de musique, comme il l'avouait lui-même.
Ce qu'il cherchait dans cette maison, c'était les agréments d'un chez soi et la conversation de quelques intimes."

Le brave Dr Evans omet le principal : ce que Louis-Napoléon venait chercher rue du Cirque ne se trouvait ni dans les conversations, ni au coin du feu, mais dans le lit de miss Howard.
Dès que les invités avaient quitté l'hôtel, le prince entraînait rapidement Harriet dans sa chambre et, l'ayant troussée au bord du lit, il commençait par lui faire une vigoureuse politesse.
Après quoi, tous deux se déshabillaient et, par des moyens raffinés, cherchaient mutuellement à se faire plaisir...
Lorsqu'ils étaient parvenus à éteindre pour quelques heures la belle flamme qui les animait, miss Howard s'endormait souriante et comblée, et le président de la République regagnait son palais.

Dans ce palais, miss Howard ne paraissait jamais. Non que l'étiquette s'y opposât formellement, mais parce qu'une autre femme y régnait en maîtresse.
Cette femme était la cousine et l'ex-fiancée du prince : la princesse Mathilde, devenue la première "dame" du régime.
La fille du roi Jérôme présidait les réceptions et les bals ; elle s'occupait aussi personnellement de la bibliothèque du prince.
Connaissant le caractère libertin de Louis-Napoléon, elle s'ingéniait à lui trouver des livres légers. L'un de ces ouvrages est parvenu jusqu'à nous. Il s'intitule innocemment :

Description topographique, historique, critique et nouvelle du pays et des environs de la Forêt Noire, situés dans la province du Merryland, traduction très libre de l'anglais.

En voici quelques extraits, ils donneront une idée des goûts littéraires du prince-président :

"Le Merryland, où Terre de joie, est la portion d'un vaste continent borné, dans sa partie haute, autrement dit au nord, par une petite montagne appelée mont de Vénus, couverte d'un doux gazon.
"Dès ma première entrée dans ce délicieux séjour, je fis tout ce qu'il dépendait de moi pour acquérir une connaissance parfait de la position du Merryland. J le considérait sous tous ses différents points de vue.
"Entre beaucoup de choses, je m'appliquai à connaître la longitude, la latitude de ce pays, et je puis dire que mes remarques ne furent pas chargées d'une multitude d'erreurs puisque j'opérais
avec le meilleur instrument possible.
"A mon entrée au Merryland, mon instrument n'était inférieur à aucun. Mais, quelques années après, m'étant encore rencontré dans le même endroit et répétant mes expériences, je trouvai que la longitude et la latitude
avaient augmenté de plusieurs degrés, quoique je fusse au même point d'observation, et que je me servisse du même instrument que la première fois.
"Laissons à d'autres à dire comment s'opère ce phénomène. Selon moi, et toujours d'après l'expérience, cette augmentation surprenante ne manque jamais d'arriver lorsque la terre a porté ses fruits
et telle est la suite inévitable de deux ou trois récoltes que vous auriez beaucoup de peine à reconnaître le même endroit que vous cultiviez auparavant : le plus triste, c'est que la fécondité d'un terrain n'est pas la seule cause de cette variation dans son étendue ; le seul labour fréquemment répété, quoique le sol ingrat ne rende rien, produit à pe près le même effet.
"En général, cette contrée est si agréable que le voyageur qui peut y arriver sent des transports inexprimables du plus loin qu'il la découvre, et qui augmentent à mesure
qu'il en approche.


"On ne saurait traiter de chaque partie du Merryland en particulier ; le mieux est de parler des plus remarquables qui sont les suivants :
" I. A la fin du grand canal, vers la terre ferme, vous rencontrez deux forts appelés Labiaux entre lesquels il faut nécessairement passer pour arriver à l'intérieur du pays.
Les fortifications n'en sont pas extrêmement susceptibles de défense, quoiqu'il y ait courtine, ouvrage à corne, rempart, etc.
Elles peuvent bien défendre quelque temps l'entrée mais rarement, ou jamais, elles n'ont pu soutenir une attaque vigoureuse.

"2. Près des forts, on trouve la Métropole, ou capitale, appelée Clitoripolis. Cette partie est la plus précieuse aux femmes ; sans elle, sans cette place, elles ne se soucieraient pas du reste
de leur empire ; elles y sont si attachée qu'on peut dire que c'est là où leur âme réside. Elles ne goûtent véritablement de plaisir que dans cet endroit charmant. C'est le siège, le trône de la félicité.

"3. A l'extrémité supérieure du canal dont on a déjà parlé, il existe un magasin précieux, appelé Utéruge. Plaute nous en donne cette définition :

Il est comme la mer ; ce qu'on donne, il dévore,
Vous en donneriez trop, qu'il vous dirait : encore.


Ce magasin est d'une construction toute particulière; il faut aller au Merryland pour en trouver de pareils. Il est si admirablement fabriqué que ses dimensions sont toujours en raison de
ce qu'il contient, c'est-à-dire que, sans art ni violence, il s'élargit ou diminue à mesure que ce qu'on y dépose cube plus ou moins.
"On sait que le Merryland fut habité dès la chute d'Adam et que, sans ce premier père, il n'aurait pu s'y former de colonie. Après lui, les patriarches en cultivèrent le terrain avec soin.
David et Salomon y firent de fréquents voyages, un nombre infini de nos rois ont honoré cette contrée de leur auguste présence et de leur protection spéciale.
François Ier, chez les Français, Charles II, chez les Anglais, furent avec le Merryland dans une étroite alliance, ce uqi les mit, de leur temps, extrêmement en honneur.
Il ne fut pas méprisé de leurs successeurs. Quelques-uns y ont goûté bien des plaisirs et, très souvent, le succès des affaires qui se traitaient à leurs conseils dépendait de l'état
où étaient les choses dans la partie du Merryland qu'ils avaient le plus affectionnée."


Le prince-président allait bientôt prouver qu'il n'avait, sur ce point, rien à envier à François Ier.
[i][i]
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Dim 3 Mar - 19:46

Miss Howard souffrait de n'être pas admise à l'Elysée. Elle qui avait tout fait, tout donné pour permettre àLouis-Napoléon d'accéder aux plus hautes fonctions de l'Etat, devait, en effet, se contenter, les soirs de fête au palais présidentiel,
du bruit des valses brillantes qui parvenaient jusqu'à son hôtel.
Certains soirs, il lui arrivait de grimper sur les genoux du prince et de lui demander tendrement quand il l'autoriserait à "traverser la rue"...
Louis-Napoléon prenait alors un air gêné :

- J'ai trop peur que Mathilde ne vous fasse des affronts. Elle est terrible. Parce que vous avez un amant et un enfant sans avoir été mariée, elle vous ignorera ou prononcera devant vous des paroles cinglantes
qui vous causeront une peine infinie. Je ne veux pas que vous soyez humiliée...


La princesse Mathilde n'était pourtant pas un dragon de vertu. Et miss Howard, comme tout Paris, connaissait son passé. A vingt ans, son père l'avait littéralement vendue au comte Anatole Demidoff, richissime boyard qui
vivait fastueusement à Florence. Les jeunes époux étaient partis en voyage de noces à Saint-Pétersbourg.
Tout de suite, Mathilde s'était aperçue que son mari possédait le caractère le plus jaloux et le plus violent que l'on puisse imaginer. Véritable cosaque, il fouettait ses domestiques, giflait ses invités et brisait la vaisselle à coups de canne lorsque le potage manquait de sel.
En 1841, Les Demidoff s'étaient installés à Paris. Or, si toute l'aristocratie avait accueilli chaleureusement la nièce de l'empereur, Anatole, en revanche, s'était vu écarté. Le faubourg Saint-Germain trouvait ses manières
un peu trop tartares. Furieux, il avait alors décidé de retourner à Florence. Là, malheureusement, sa jalousie ayant pris un aspect morbide, il avait commencé à frapper la pauvre Mathilde. Des scènes atroces s'étaient déroulées devant le personnel horrifié.
Meurtrie de gifles et de coups de botte, la princesse se contentait d'aller pleurer dans sa chambre, n'osant se plaindre à personne.
Après Florence, les deux époux étaient repartis pour Saint-Pétersbourg.
C'est là que le scandale avait éclaté.
Un soir que le tsar donnait un bal, Demidoff refusa d'emmener Mathilde et partit seul au palais d'hiver. Aussitôt, la princesse donna l'ordre d'amener son traîneau et se fit conduire au bal. En la voyant entrer, Anatole devint blème de colère et voulut se précipiter pour la jeter dehors.
Mathilde courut vers le tsar, se jeta à ses pieds et, laissant tomber l'écharpe qui voilait ses épaules, montra sa peau marquée de grands sillons rouges.

- Qui vous a fait cela ? demanda le souverain.
- Mon mari... Délivrez-moi de cet homme !

Nicolas, fâché de voir sa cousine (la mère de Mathilde, Catherine de Wurtemberg, était la nièce de l'impératrice Marie-Féodorovna, mère d'Alexandre Ier) ainsi maltraitée, alla vers Demidoff et le semonça sévèrement. Anatole jura de s'amender, mais, quelques semaines plus tard,
il souffletait Mathilde en plein bal.
Le lendemain, la jeune femme allait trouver le tsar qui décrétait la séparation des époux.
Depuis, Mathilde vivait à Paris avec un artiste, le statuaire Nieuwerkerke qui était - le destin aimant décidément les situations amusantes - l'arrière-petit-fils de Mme Pater, favorite de Louis XV...
Cet officiel concubinage aurait dû rendre la princesse Mathilde indulgente à l'égard de miss Howard. Pas du tout ; elle considérait, au contraire, avec dédain et mépris cette "fille-mère" qui n'avait pas réussi à cacher ses
fredaines derrière ce que Sainte-Beuve appelait "le rideau que les femmes reçoivent en se mariant..."
Voilà pourquoi miss Howard ne parut jamais à l'Elysée...

La princesse Mathilde ne se contentait pas d'empêcher Louis-Napoléon de recevoir Harriet chez lui, elle s'ingéniait, en outre, à séparer les deux amants.
Connaissant le tempérament ardent du prince-président, elle l'incitait à se rendre fréquemment à l'Opéra, où elle savait que les danseuses - déjà - perdaient toute pudeur devant un titre politique.
Louis-Napoléon suivit les conseils de sa cousine, ce qui donna lieu, si l'on en croit certains chroniqueurs, à une scène assez savoureuse.


Ecoutons l'auteur des Amours de Napoléon III :

"Une fois, le président, ayant remarqué à l'Opéra une très jolie danseuse dont les jambes adorables lui faisaient espérer d'autres trésors plus voluptueux encore, désira ardemment la posséder sans voile; il chargea son pourvoyeur Bacciochi de prévenir l'objet de son caprice et de l'informer de ses désirs
Ce dernier écrivit à cette fille pour l'informer de l'heureuse aubaine qui l'attendait et lui envoya un exprès qui devait la conduire vers le prince.
Mais, par une erreur fatale, le messager porteur de la missive se trompa : il remit la lettre à la soeur de la danseuse, grosse fille qui cumulait la profession de figurante avec celle de courtisane, mais dont les robustes appas
étaient fort négligés par les chalands.
"A l'heureuse nouvelle qu'on lui communique, elle ne pouvait revenir de sa surprise; aussi suivit-elle avec le plus vif empressement son conducteur.

"Quand elle arriva, on lui dit d'attendre le prince qui ne tarda pas longtemps à venir la rejoindre; dans l'impatience où il était de s'assurer la possession de certains charmes auquels il rêvait,
il ne prit pas garde à la figure de sa conquête, il les dévora du regard et du toucher, et les trouva, paraît-il, tellement à son goût qu'il connut le plus vif plaisir et s'abandonna plusieurs fois à la volupté la
plus grande...
"... Il en était à approfondir son second ou son troisième examen avec la plus grande ardeur, quand on frappa vivement à la porte de son alcôve. C'était Bacciochi qui, s'étant aperçu de l'erreur de son messager,
arrivait avec la danseuse.


" - Prince, dit-il, vous êtes victime d'une erreur; on s'est trompé... je ramène la bonne : la jolie danseuse... Celle que vous avez est sa grosse soeur !...

"Mais il frappa inutilement pendant un bon moment : le prince, tout entier à son bonheur, n'entendait rien.
"Enfin, après un instant d'attente, la porte de l'alcôve s'ouvrit. Le mercure galant se confondit en excuses, ne sachant comment se faire pardonner.
"Louis-Napoléon sourit, puis, renvoyant la jeune personne dont il venait de ses délecter, il fit entrer la nouvelle venue dans sa chambre et lui donna, sur le lit encore tiède, tous les signes extérieurs d'une profonde sympathie..."

L'histoire fut rapidement connue du peuple qui n'en eut que plus d'admiration pour son galant président...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Dim 3 Mar - 20:10

Marco, vais essayer de ne pas taper trop vite, afin que tu puisses suivre le fil de l'Histoire sans paniquer....... clown


RACHEL REGNE AU PALAIS DE L'ELYSEE



Elle avait fait du lit présidentiel un petit théâtre où elle jouait, si j'ose dire, au pied levé... - DR JEAN GUERINEAU -




LES petites danseuses de l'Opéra ne constituaient qu'un hors-d'oeuvre pour Louis-Napoléon.
Mis en appétit par ces amuse-gueule, il désira bientôt des mets plus épicés et porta son ragard éteint sur les grandes actrices de l'époque. Son oncle avait été l'amant de Mlle Georges. Il voulut être celui de Madeleine Brohan.
Cette célèbre comédienne avait alors dix-sept ans. Elle était ravissante et possédait un esprit pétillant. Tout Paris répétait ses mots.
Un jour qu'elle annonçait ses fiançailles à une amie, celle-ci crut la vexer en disant :

- Ton futur, je le connais depuis longtemps. C'est mon futur passé.
- Oh ! madame, répondit doucement Madeleine Brohan, croyez que je n'espérais pas trouver un mari qui ne vous ait pas connue...

Un soir qu'un monsieur fort entreprenant l'abordait dans la chaussée d'Antin après l'avoir longtemps suivie, elle dit d'un ton sec :

- Vous vous trompez, monsieur, je suis une femme honnête.

Puis, ayant jeté un coup d'oeil sur le personnage qui était fort beau garçon, elle ajouta en soupirant :

- Croyez bien que je le regrette infiniment.


Un autre soir, dans un salon, comme elle racontait une histoire personnelle et passait rapidement sur un épisode, ses amis protestèrent, réclamant des détails.
Elle s'y refusa. Alors, une dame un peu pincée et fort mal élevée, lui dit :

- Il faut, madame, que ce soit quelque chose de bien vilain pour que vous teniez absolument à le cacher.

Madeleine Brohan répondit en souriant :

- Croyez-vous que je sois mal faite parce que je m'habille ?

A la sortie d'un théâtre, une de ses camarades lui dit certain soir, d'un ton un peu grinçant :

- Savez-vous, ma chère, que vous valez mieux que votre réputation ?... On me disait que vous étiez méchante...

- Oh ! répliqua gentiment Madeline, s'il fallait croire les gens... On m'avait bien dit, à moi, que vous étiez bonne...

Cet esprit se manifestait en toutes occasions.
L'ami avec lequel elle vivait lui ayant un jour fait remarquer que ses dépenses étaient excessives, elle promit de tenir un carnet de comptes.
Le soir même, elle commença docilement et écrivit :

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epistophélès



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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Dim 3 Mar - 20:42

Le prince-président savait tout cela. Il savait aussi que tout était séduisant chez Madeleine Brohan, et que ses yeux, ses seins, ses jambes avaient autant d'esprit qu'elle. Aussi pensa-t-il qu'il serait bien agréable de faire entrer dans son lit cette exquise demoiselle que désirait, chaque soir, un millier de spectateurs.
Il envoya auprès d'elle son fidèle Fleury. Le "grand ordonnateur des plaisirs" du président revint à l'Elysée avec un visage sombre.


- Alors ? demanda Louis-Napoléon.
- Elle refuse de venir dîner avec vous en tête à tête et m'a jeté à la figure l'enveloppe que vous m'aviez donnée pour elle. Furieuse, elle m'a dit qu'elle n'était pas à acheter.
(I)

Le prince-président alluma une cigarette et, sans répondre, alla faire un tour dans le parc.
Le soir, malgré une crise ministérielle qui durait depuis six jours, un grand dîner avait lieu au palais de Saint-Cloud. Le vicomte de Beaumont-Vassy qui y assistait nous y montre Louis-Napoléon ruminant son échec
:


"Le dîner fut triste; le prince était évidemment préoccupé et la crise que l'on traversait motivait amplement, à mes yeux, ces préoccupations empreintes sur sa figure pâle.
Mais que j'étais loin du compte ! J'ai su, depuis, quel était le sujet de ses méditations ce soir-là et, vraiment, cela n'avait rien de commun avec la politique.
Etrange et insaisissable personnage historique que celui-là qui, lorsqu'on le croyait absorbé par les grandes affaires de l'Etat, ne songeait, en réalité, qu'au refus très sec de telle actrice en renom
(chose assez rare d'ailleurs), et aux moyens à employer pour prendre avec telle autre une éclatante revanche...
"

Une petite israélite noiraude, mais douée d'un prodigieux talent, devait être cette "autre".
Elle s'appelait Rachel.



(I) Cf. Victor Vendex : l'Empereur s'amuse : La belle et séduisante tragédienne ne vendait pas ses faveurs. Aucun prix ne put les acheter. Sa dignité tint bon.
César en fut pour ses frais d'avances et dut se résoudre à dévorer en secret la honte de sa défaite et les remords de sa mauvaise intention.
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