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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 NAPOLEON ET LES FEMMES

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epistophélès

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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Sam 9 Fév - 18:17

POUR REUSSIR SON COUP D'ETAT DE STRASBOURG, LOUIS-NAPOLEON COMPTAIT SUR UNE CANTATRICE : MADAME GORDON


La République est une belle femme mamelue et fessue qui allaite en chantant - JULES FERRY -


DES que Mathilde eut quitté Arenenberg, Louis-Napoléon put se consacrer entièrement à une entreprise qu'un aventurier venu de Londres, le vicomte Fialin de Persigny (en réalité, il s'appelait simplement Fialin. Il s'était donné lui-même son titre sans parvenir à prendre les bonnes manières qui eussent dû lui correspondre. Aussi disait-on qu'il ressemblait à un homme de bonne compagnie, comme la chicorée ressemble au café), était venu lui proposer quelques mois plus tôt. Il s'agissait ni plus ni moins de tenter un coup d'Etat à Strasbourg avec l'appui de l'armée, de marcher sur Paris et de prendre le pouvoir.
Au début de l'été, un certain nombre d'officiers pressentis par des hommes de Persigny, se déclarèrent prêts à soutenir le prince.

Malheureusement, les deux plus importants, le colonel Vaudrey et le général Voirol, n'étaient pas encore acquis au complot.

- Il importe, dit Louis-Napoléon à Persigny, de gagner ces deux hommes à notre idée. Leur adhésion en entraînera d'autres et affermira celles que nous avons déjà obtenues. Vaudrey qui commande les 3e et 4e régiments d'artillerie, plus un bataillon de pontonniers, est un allié indispensable. C'est au 4e d'artillerie que l'empereur a fait ses premières armes lors du siège de Toulon. C'est encore le 4e qui l'accueillit à Grenoble, après son retour de l'île d'Elbe. Ces souvenirs sont suffisants pour me permettre de demander aux hommes de me suivre. Mais il faut d'abord que Vaudrey se rallie. Je sais qu'il a fait la plupart des guerres de l'Empire, qu'à Waterloo il s'est montré héroïque. A lui seul, il dirigeait vingt-quatre bouches à feu. Je sais aussi qu'il est déçu par le gouvernement de Louis- qui ne lui donne aucun galon. Mais je n'ignore pas que cet ancien soldat de l'empereur est un homme de devoir, soumis à la discipline et ennemi du désordre. Sans se soucier de ses idées personnelles, il lancera ses hommes contre nous...
-Peut-être a-t-il un point faible, suggéra Persigny.
- Renseignez-vous !

Quelques jours plus tard, un agent du vicomte revint à Arenenberg, l'air épanoui.

- Le colonel Vaudrey a une faiblesse, dit-il
- Laquelle ? demanda le prince.
- Il aime les femmes...

Louis Bonaparte et Persigny se regardèrent en souriant. Ils savaient, dès lors, comment s'assurer l'appui du fringant colonel.
Une fois de plus, une femme allait sortir de l'ombre, pour écrire une page de notre histoire..
.
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epistophélès

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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 11 Fév - 13:03

Cette jeune femme, ce fut Persigny qui la trouva.
- Il faut qu'elle soit jolie, intelligente, rusée, bonapartiste, sensuelle, et de moeurs faciles, avait dit Louis-Napoléon.
Le vicomte s'était incliné :

- Toutes ces qualités se trouvent réunies chez une jeune femme dont j'ai fait la connaissance à Londres. Elle a vingt-huit ans, elle est née à Paris, son nom de jeune fille est Eléonore Brault. Après avoir fait des études aux conservatoires de Paris et de Milan, elle a chanté à Venise et à Londres. En 1831, elle épousa sir Gordon-Archer, commissaire des guerres à la légion franco-espagnole. Elle chanta ensuite à Rome et à Florence, où son mari mourut du typhus. Fervente bonapartiste - son père était capitaine de la garde impériale - elle revint alors en Angleterre, où elle donna des concerts chez le roi Joseph. Ce fut là qu'un jour de 1835 je la rencontrai...

Un semblant de lueur apparut dans l'oeil terne de Louis-Napoléon :

- Nue, comment est-elle ?

Persigny, dont l'enthousiasme faisait plaisir à voir, décrivit alors sa maîtresse en utilisant des adjectifs qui eussent convenu à la Chapelle Sixtine.
Le prince hocha la tête :

- Et au lit ?

Cette fois, Persigny évoqua complaisamment toute une série de souvenirs personnels et fit ressortir le caractère mutin et inventif de Mme Gordon dans le domaine amoureux. Le tableau fut si alléchant que Louis-Napoléon déclara qu'il désirait rencontrer au plus tôt cette femme exceptionnelle et juger par lui-même de ses possibilités.

- Où est-elle ?
- A Baden-Baden. Elle y donne un concert le Ier juillet. J'ai déjà pris des billets...

Louis-Napoléon, mis en verve par cette exaltante perspective, se fit conduire immédiatement à Gottlieben, où il passa avec la fille supposée d'Hudson-Lowe, une de ces nuits qui comptent dans la vie d'un homme...
Quelques jours plus tard, le prince et Persigny se trouvaient dans la grande salle du casino de Baden-Baden.
Soudain, le rideau se leva et une dame de vastes dimensions parut sur scène. Elle pouvait avoir 1,80 m. Ses cheveux étaient noir jais, ses yeux flamboyants, sa carrure digne d'un grenadier et sa poitrine gigantesque.
Louis-Napoléon qui aimait les femmes bien en chair, sepencha vers Persigny :

- Avec ce décolleté, je crois qu'elle ferait la conquête d'un corps d'armée...

Mme Gordon chanta. Sa voix de contralto, qu'elle développait en faisant de l'escrime et du tir, fit trembler les lustres.
Le prince augura bien de l'avenir.

- Je connais les officiers, dit-il, une telle femme doit pouvoir séduire un colonel... En outre, elle pourra lire les proclamations...

A la fin du concert, il fit porter à la chanteuse une gerbe tricolore. Lorsqu'elle sut qui lui avait envoyé ces fleurs, Mme Gordon manqua de s'évanouir.

- Comment puis-je remercier le prince ? demanda-t-elle à Persigny.
- En le recevant ce soir chez vous.

A minuit, Louis-Napoléon et Persigny pénétraient dans le salon de Mme Gordon.
La maîtresse de maison, les larmes aux yeux, se jeta à genoux devant le prince.
Galamment, il la releva et s'aperçut avec amertume qu'il lui arrivait à la poitrine.

- Je ne suis pas musicien, mais j'aime votre façon de chanter, dit-il en posant sur elle ces yeux délavés et indéchiffrables qui plaisaient tant aux femmes.

La cantatrice lui répondit par un regard propre à faire fondre un igloo.


Fort heureusement, une jolie servante anglaise annonça le souper. "Louis offrit son bras, nous dit Alfred Neumann. La chanteuse s'en empara et aussitôt le pressa énergiquement contre elle.
Louis eut chaud et se sentit rougir. Son bras était obligé de s'apercevoir qu'elle ne portait pas de corset. Elle ne le lâcha que pour s'asseoir à la petite table ronde, mais alors, elle établit de nouveau le contact avec les jambes. Louis s'efforçait en vain de retrouver son ironie. Il faisait peu d'honneur au dîner et gardait un visage glacial.
Mme Gordon ne s'en apercevait pas, ou du moins n'en était que plus ardente. Elle mangeait, buvait et écrasait le genou de son voisin qui n'avait plus la place de reculer."


Après le dessert, Mme Gordon déclara qu'elle avait à s'entretenir en tête à tête avec le prince. Persigny se leva, salua et regagna son hôtel.
Dès qu'elle fut seule avec Louis-Napoléon, la belle Eléonore, animée par un bonapartisme utérin, se leva, prit son invité par la main et lui dit :

- Voulez-vous boire une tasse de café, Altesse ?

Puis, nous dit encore Neumann, "elle le conduisit dans un boudoir où il y avait un grand divan et une petite table chargée d'une cafetière, de tasses, de flacons de liqueur et de verres. Elle ferma la porte et poussa ostensiblement le verrou".

Alors, il se passa quelque chose d'extraordinaire. Mme Gordon s'avança vers le prince, le prit dans ses bras puissants, le souleva comme un enfant, le coucha sur le divan et commença à le déshabiller dans le but évident de procéder à un viol...
Louis-Napoléon cria, se débattit. En vain. "La gigantesque chanteuse, écrit Simon Jolivert, bondit sur le divant et fit disparaître sous elle le futur Napoléon III. A moitié étouffé sous les jupons, les flots de dentelles et les seins montrueux de la diva, le pauvre essayait de sortir son grand nez ver un air moins confiné. Finalement, le goût qu'il avait pour les femmes fut plus fort que la honte, et la nature le mit en état de répondre courtoisement à la fougue dont il était l'objet..."

Tout se termina à la satisfaction de chacun.
Après quoi, Mme Gordon, redevenant parfaite maîtresse de maison servit le café... Lorsqu'il eut terminé sa tasse, le prince, qui savait vivre, cligna de l'oeil et ramena Eléonore, toute ronronnante, vers le divan où il dirigea, cette fois brillamment, les opérations.
Mais il n'avait pas eu besoin de cette seconde passe d'armes pour acquérir la certitude que la maîtresse de Persigny était exactement la femme qu'il fallait pour prendre en main le colonel Vaudrey...

Le lendemain, Louis-Napoléon fit part à Mme Gordon de ses projets politiques. La cantatrice montra immédiatement un enthousiasme débordant.


- Altesse, cria-t-elle, je veux vous aider. Votre cause est, à mes yeux, la plus noble qui soit au monde. Je me battrai comme un homme et je mettrai Strasbourg à feu et à sang, s'il le faut.
N'oubliez pas que j'ai chassé le tigre aux Indes et couru la savane avec mon pauvre mari...

Le prince s'efforça de tempérer cette belle fougue en expliquant qu'il s'agissait moins de détruire Strasbourg que de s'y faire des amis...

- Avec les 12 000 hommes de la garnison, les 100 canons et les armes qui se trouvent à l'arsenal, dit-il, il y a de quoi transformer en milice toute la population de l'Est. Après avoir pris Strasbourg, nous marcherons sur Paris. A Reims, notre armée comptera 100 000 hommes, et, en moins de cinq jours, nous nous installerons aux Tuileries, accueillis par une foule en délire...
Eléonore, dont les gros seins se soulevaient au rythme de son émotion, avait les yeux flamboyants.

- Jamais je n'aurais espéré collaborer à une telle entreprise ! dit-elle. Qu'attendez-vous de moi ?

Le prince parla des officiers qui commandaient la place de Strasbourg.

- Le général Voirol, dit-il a reçu la visite d'un de nos amis. C'est un timoré qui doit son grade au gouvernement de Louis-Philippe. Je ne pense pas qu'on puisse compter sur lui. Reste le colonel Vaudrey. Les colonels ont parfois plus d'importance que les généraux. Leur action sur la troupe est plus directe. Qui persuade un colonel, tient le régiment ; et un régiement pèse plus lourd dans la balance que toutes les grosses épaulettes.... C'est pourquoi il faut décider Vaudrey... Par tous les moyens !

Louis-Napoléon regarda fixement Eléonore, et ajouta :

- Ce sera votre rôle !

Mme Gordon comprit tout de suite ce qu'on attendait d'elle. Elle se redressa fièrement et le prince sut qu'elle était prête à faire don de son corps...
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epistophélès

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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 11 Fév - 16:42

Quelques semaines plus tard, suivant un plan établi par Persigny, un concert de bienfaisance fut organisé à Strasbourg avec le concours d'Eléonore.
Tous les officiers de la place vinrent écouter cette femme dont la poitrine avait été décrite avec lyrisme par des journalistes à la solde du prince.
Lorsqu'elle parut sur scène, il y eut une rumeur dans la salle. Mme Gordon, bien décidée à frapper un grand coup, était vêtue d'une robe moulante, dont l'échancrure s'arrêtait à la pointe des seins.
Puis elle chanta, et les spectateurs s'aperçurent, avec une intense émotion, que chaque note un peu haute faisait jaillir hors du décolleté "les deux fraises de la cantatrice"...


A l'entracte, les officiers, cramoisis, s'entretinrent avec chaleur des qualités exceptionnelles de la diva. Naturellement, le colonel Vaudrey était parmi les plus enthousiastes. Tout frétillant, et le coeur rempli de projets, il se rendit dans la loge de Mme Gordon. Celle-ci éprouva une heureuse surprise en l'entendant se présenter.
A cinquante-six ans, le colonel était encore très séduisant. Sa taille, sa moustache, ses larges épaules, son imposante poitrine (légèrement rembourrée de coton, il est vrai) attiraient le regard des dames. Eléonore pensa que le sacrifice ne lui serait pas trop pénible.
De son côté, Vaudrey paraissait déjà plus que séduit. Ecoutons Alfred Neumann : "Le colonel s'arrêta sur le seuil de la loge, ouvrit de grands yeux, posa la main sur son coeur comme s'il souffrait à force d'admiration, puis s'avança enfin."

Après quelques compliments, l'officier, habitué aux conquêtes rapides, saisit la main de la cantatrice et la caressa. Puis, il se pencha et "couvrit le bras d'Eléonore de baisers remontants.
La jeune femme attendait patiemment qu'il eût atteint l'épaule. Finalement, elle lui dit qu'il la reverrait sans doute à la soirée que le général donnait après le concert".

Deux heures plus tard, il la revit, en effet, et cette nouvelle rencontre donna lieu à une scène assez bouffonne, si l'on en croit Alfred Neumann :


Mme Gordon se montra pleine de réserve et ne retira même pas le châle de dentelle qui couvrait ses épaules, sa poitrine et ses bras. Le colonel, ne la quitta pas une minute. Son chef, Voirol, que sa femme surveillait trop attentivement pour qu'il eût même une pensée libertine, fut obligé de le prendre à part pour l'engager à mieux se tenir en public. Il lui conseilla, notamment, de renoncer à soulever devant tout le monde le châle de Mme Gordon.
" - Alors, je chanterai, mon général, dit Vaudrey.
"Il fit volte-face et se dirigea vers le piano.
Là, il chanta une chanson à boire, allemande, pour déplaire à Voirol qui était germanophobe. Comme on l'applaudissait vigoureusement, Mme Gordon vint le féliciter en souriant. Il lui baisa la main avec ferveur, et elle ajouta :

" - Nous allons chanter ensemble !


"Ils chantèrent une complainte bretonne, qui eut un immense succès, puis la chanson de Béranger, sur l'empereur : Parlez-nous de lui, grand-mère. Il y eut un instant de silence dans la salle, puis les officiers, les jeunes surtout, hurlèrent en choeur : "Parlez-nous de lui !"

Le général était consterné ; il applaudit par politesse, mais bien après les autres. Mme Gordon pressa légèrement les bras du colonel, et lui dit à l'oreille :

" - C'est gentil de votre part..."

Ainsi, dès la première soirée, Mme Gordon avait réussi à séduire Vaudrey, à dresser le colonel contre son général et à faire se manifester les sentiments bonapartistes des jeunes officiers...

"A minuit, la cantatrice regagna son hôtel. Vaudrey l'accompagna. Il sortit à son bras, d'un pas souple et triomphant. Elle habitait à l'hôtel de la Ville de Paris : le chemin n'était pas assez long pour une déclaration. La voiture y fut bientôt arrivée. Le colonel prit la chanteuse dans ses bras, et dit, d'un ton suppliant, qu'il connaissait tout près de là un petit hôtel. Elle se contenta de rire...

- Mon Dieu ! quand partez-vous ? demanda-t-il désespéré.
- Demain.
- Et quand vous reverrai-je ? Quand, et où ?

Elle haussa les épaules : il savait bien qu'elle vivait à Badet-Baden. Enfin, elle se laissa embrasser. Il gémit :

- Je viendrai bientôt ... Il faut que je vous revoie !"

... Le poisson était bien accroché.

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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 11 Fév - 18:15

La semaine suivante, le colonel Vaudrey se rendit à Baden-Baden. Mme Gordon le reçut avec une infinie gentillesse. Mais lorsqu'il essaya de la renverser sur le canapé, elle prit un air sévère :

- Colonel, je ne m'appartiens pas. Je suis dévouée corps et âme à une cause qui m'est plus chère que la vie. Je sais que vous m'aimez sincèrement... Vous m'êtes très sympathique, mais je ne peux pas me donner à un homme qui ne partage pas mes opinions politiques...

Vaudrey, dont le désir occupait tout l'entendement, prit Eléonore par les épaules et la pressa contre lui :

- La cause que vous défendez ne peut être que bonne. Je suis prêt à vous aider...

Et il chercha à lui glisser la main sous les jupes.

Mme Gordon recula :

- Vous me le jurez ?
- Je vous le jure !

Alors, elle bondit sur le colonel avec une sauvagerie calculée, et lui donna un baiser dont l'audace dépassait les limites du savoir-vivre.
Cette fois, Vaudrey crut qu'il arrivait à ses fins. Il essaya de s'emparer des seins de la cantatrice. Eléonore s'esquiva encore, et dit en rougissant :

- Un peu de patience, mon ami. Dans un instant, vous connaîtrez un bonheur que beaucoup d'hommes vous envieront ...

Et elle sortit de la pièce après avoir envoyé au colonel un baiser mutin du bout des doigts.
Vaudrey alla s'asseoir dans un fauteuil et attendit plein d'espoir. Au bout de quelques minutes, un pas retentit dans le couloir. Le colonel se précipita vers la porte, prêt à saisir dans ses bras Mme Gordon, qu'il imaginait vêtue d'un déshabillé transparent.
Mais ce fut un homme qui entra. Un homme petit, malingre, doté d'un grand nez et d'un teint olivâtre.
Et Vaudrey, horrifié, reconnut le prince Louis-Napoléon.
C'était le bonheur qu'Eléonore lui avait promis...

Louis-Napoléon tortilla un instant sa moustache en considérant d'un oeil torve le colosse qui se tenait devant lui au garde-à-vous.

- Colonel, dit-il enfin, Mme Gordon m'a beaucoup parlé de vous, de votre intelligence et de vos sentiments français. Je suis content de vous voir.
Vaudrey fut un peu surpris par le fort accent allemand de ce prince qui venait lui parler de la France. Mais il n'en laissa rien voir.

- Asseyez-vous, mon ami, dit Louis-Napoléon.

Quand Vaudrey se fut timidement posé sur le bord d'un canapé, le prince prit ses aises dans un fauteuil et dit :

- Colonel, je vous ai écrit, il y a quelques semaines. Vous n'avez pu donner de réponse immédiate à mon aide de camp. J'ai compris que vous aviez besoin de réflexion. Je ne pouvais pas croire que votre silence fût définitif. Je vois que j'avais raison. Je prépare de grandes choses, je veux que vous y soyez associé.

Avec un sourire entendu, le prince ajouta :

- D'ailleurs, Mme Gordon, que vous tenez visiblement sous votre charme, a beaucoup insisté auprès de moi pour que votre participation soit importante. Or pas plus que vous, colonel, je ne sais refuser à une jolie femme...

La ficelle était un peu grosse; tongue mais Vaudrey, aveuglé par l'amour ne vit, dans tout ce discours, qu'un témoignage indiscutable de l'intérêt que lui portait la cantatrice...
Rouge jusqu'aux oreilles, il remercia, se déclara honoré et, l'oeil fixé sur le lit entrouvert de la belle Eléonore, promit son appui, sans savoir ce qu'on attendait de lui.
Louis-Napoléon se leva, tendit une main molle que Vaudrey, enthousiasmé par ce petit discours, serra fébrilement et disparut.

Presque aussitôt, Mme Gordon rentra dans la chambre et, sans un mot, vint se coller, contre le colonel. Après un long baiser, elle lui indiqua par une mimique appropriée, qu'elle était prête à lui donner le meilleur d'elle-même.
Dès lors, les événements se précipitèrent.
Si Vaudrey n'avait aucune expérience politique, en revanche il savait trousser une dame, la renverser sur un lit et lui donner l'illusion, pendant quelques minutes, que le pays était occupé par des Cosaques.
L'instant d'après, la belle Eléonore se trouva donc écrasée, tripotée, malmenée, écartelée, au point qu'à l'ultime moment elle fut incapable de pousser cette fameuse note artistique qui faisait, d'habitude, l'admiration de ses partenaires...

Toute la nuit, elle dut subir les assauts délicieux du colonel, dont le désir semblait augmenter à chaque reprise.
Le lendemain matin, Vaudrey fut catégorique :


- Je suis obligé de rentrer à Strasbourg ; mais je t'emmène. Je t'installerai dans un appartement près de la caserne.

Mme Gordon sourit amoureusement. Un appartement près de la caserne d'artillerie, c'était une position merveilleuse, inespérée, au coeur de Strasbourg. Elle accepta en gazouillant...
Avant de quitter Baden-Baden, Vaudrey rencontra une fois encore Louis-Napoléon qui le mit vaguement au courant de ses projets et l'informa qu'il avait décidé, pour correspondre avec lui en toute tranquillité, de créer un personnage et de prendre un nom d'emprunt.

- Je serai votre fiancée, ajouta-t-il simplement.

Et comme le colonel, absolument ahuri, le considérait avec des yeux ronds, il précisa :

- Je m'appellerai Louise Wernert... Vous prendrez le nom que vous voudrez...

Puis, très digne, il regagna ses appartements.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mar 12 Fév - 14:49

Deux jours plus tard, Vaudrey installait Mme Gordon à Strasbourg, au 4 de la rue des Orphelins, dans une maison située devant la caserne d'artillerie.
Dès lors, chaque matin, avant de rejoindre son bureau, il alla rendre une fougueuse visite à sa maîtresse. Après lui avoir montré ses bons sentiments, il faisait part à Eléonore de l'état d'esprit des officiers strasbourgeois. Tous, sauf le général Voirol qui était attaché à Louis-Philippe, semblaient favorables à l'avènement d'un Bonaparte. Les affaires du prince paraissaient donc en bonne voie.


"Vaudrey s'en réjouissait, nous dit Raymond Penot, en voyant la joie éclairer les yeux de sa belle amie." Pourtant, il hésitait encore à se lancer complètement dans l'aventure. Il avait promis son aide, il adorait Mme Gordon ; mais, comme tous les militaires disciplinés, il se sentait un peu mal à l'aise au moment de trahir...
Devinant les scrupules qui tourmentaient son amant, Eléonore demanda au prince de lui écrire.
Louis-Napoléon lui envoya alors la plus extravagante des lettres de conjurés. En voici le texte :


Monsieur, je ne vous ai pas écrit depuis que je vous ai quitté, parce qu'au commencement j'attendais une lettre où vous m'auriez donné votre adresse. Cependant, aujourd'hui que vous vous occupez de mon mariage, je ne puis m'empêcher de vous adresser personnellement une phrase d'amitié. Vous devez assez me connaître pour savoir à quoi vous en tenir sur les sentiments que je vous porte, mais, pour moi, j'éprouve trop de plaisir à vous les exprimer, pour que je garde le silence plus longtemps. Monsieur, à vous seul tout ce qui peut faire vibrer mon coeur : passé, présent, avenir. Avant de vous connaître, j'errais sans guide certain ; semblable au hardi navigateur qui cherchait un nouveau monde, je n'avais, comme lui, que dans ma confiance et dans mon courage, la persuasion de la réussite ; j'avais beaucoup d'espoir et peu de certitude ; mais lorsque je vous ai vu, monsieur, l'horizon m'a paru s'éclairer et j'ai crié : Terre ! Terre ! Razz
Je crois de mon devoir, dans les circonstances actuelles, où mon mariage dépend de vous, de vous renouveler l'expression de mon amitié et de vous dire que, quelle que soit votre décision, cela ne peut influer en rien sur les sentiments que je vous porte. Je désire que vous agissiez entièrement d'après vos convictions et que vous soyez sûr que, tant que je vivrai, je me rappellerai avec attendrissement vos procédés à mon égard. Heureuse si je puis vous donner un jour des preuves de ma reconnaissance.
En attendant que je sache si je me marierai ou si je resterai vielle fille, tongue je vous prie de compter toujours sur ma sincère affection.
(Texte publié au moment du procès par la "Gazette des Tribunaux" du 3 novembre 1836)
Louise Wernert[i]

Cette lettre galvanisa Vaudrey. Il se jura de ne point laisser le prince Bonaparte vieille fille Razz Razz et courut se jeter aux pieds d'Eléonore.

- Le prince m'a écrit, lui dit-il. Je suis sa Terre ! Il peut compter sur moi. Vous pouvez tous compter moi. Il se mariera ! ...

Mme Gordon ne connaissait pas le contenu de la lettre princière. Elle crut néanmoins comprendre, à travers ces propos insolites, que le colonel était prêt à entrer dans le complot...
Encore fallait-il le soustraire, jusqu'au coup d'Etat, à l'influence du général Voirol et de quelques officiers attachés au gouvernement, pendant que Persigny continuerait sa propagande bonapartiste à Strasbourg.

Un matin, elle se blottit dans ses bras :

- Si nous partions faire un petit voyage d'amoureux ? J'ai envie d'être seule avec toi.

Vaudrey possédait une maison de campagne près de Dijon. Fou de joie, il y emmena Eléonore. "Là, pendant quinze jours, nous dit Alphonse Beaumont, les deux amants se livrèrent à une série de tableaux vivants directement inspirés du Kâma-Soutrâ "(tiens ! eux aussi. tongue ).
Femme de tête, Mme Gordon n'en oubliait pas pour autant les desseins du prince. Entre deux effusions, elle préparait le colonel au rôle capital qu'il allait avoir à jouer au moment de l'insurrection.
(L'acte d'accusation dira d'elle : "C'est la femme froide et réfléchie qui, usant de tous les moyens d'influence, spéculant sur l'affection qui lui est portée, entraîne à sa ruine l'homme qui l'aime.")

Le 24 octobre, Vaudrey et Eléonore quittèrent la Bourgogne pour se rendre à Colmar où ils descendirent à l'hôtel de ll'Ange, sous le nom de M. et Mme de Cessay. Ils y retrouvèrent Persigny qui leur donna les dernièresinstructions, et, le 26, les deux amants étaient de retour à Strasbourg.
Une grande exaltation les animait. Le vicomte leur avait confié, en effet, que le coup d'Etat était fixé irrévocablement au 30 octobre à l'aube...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mar 12 Fév - 15:06

Juste pour info (ça n'est pas dans le livre). Mme Gordon, espionne avérée de Louis-Napoléon, sera acquittée lors de son procès, mais peu à peu abandonnée par ceux qu'elle avait servis. Elle mourra dans une solitude totale à l'âge de 41 ans.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mar 12 Fév - 15:31

Toujours pour info :

"Après le procès, Louis Napoléon fut autorisé à s'exiler en Amérique. Le colonel fut acquitté, mais mis à la retraite.
En 1851, sa fidélité à la cause bonapartiste fut récompensée par le poste de gouverneur des palais des Tuileries et de l'Elysée et par le grade de général de brigade (31.12.1852)
Elu conseiller général du canton de Baigneux-les-Juifs en 1852. Il fut nommé sénateur la même année.
En 1854, il fut promu grand officier de la Légion d'Honneur.
Il mourut trois ans plus tard à l'âge de 72 ans, à Jours-les-Baigneux. Un autel a été élevé en sa mémoire dans l'église de ce petit village par sa veuve et ses deux fils
.
"
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mar 12 Fév - 18:08

Il neigeait sur Strasbourg, le 28 octobre 1836, à 11 heures du soir, lorsque Louis-Napoléon, le nez dissimulé derrière le col de sa redingote, descendit de voiture devant une maison de la rue de la Fontaine.
Le cocher l'aida à porter son bagage jusqu'à la petite chambre que Persigny avait préparée pour lui, et regagna la rue.
Le prince alla près de la fenêtre. Un long moment, il rêva en regardant tomber la neige. Puis il ouvrit sa malle, en tira l'uniforme qu'il devait porter le surlendemain et coiffa le chapeau de général arrangé, sur les conseils de Persigny, de façôn à rappeler celui de l'empereur. Devant une glace, il chercha la position à donner à cette coiffure qu'il n'avait jamais portée. Finalement, il la posa franchement en travers de la tête, comme le faisait Napoléon Ier.

Mais il se trouva ridicule et en fut contrarié.
Il se coucha de méchante humeur. Le lendemain, Vaudrey vint lui soumettre le plan des opérations. Rien n'avait été laissé au hasard : le 4e régiment d'artillerie, encadré par les officiers liés au mouvement d'insurrection, devait soulever le 3e régiment d'artillerie et le 46e régiment d'infanterie tandis que les détachements avaient pour mission de s'emparer du général Voirol, d'arrêter le préfet et de faire imprimer des affiches.
Le soir, Louis-Napoléon alla s'installer discrètement dans la maison qu'occupait Mme Gordon, 4, rue des Orphelins, dîna d'une aile de poulet, étala son uniforme sur un canapé, rédigea quelques proclamations, écrivit une lettre à sa mère et se coucha, tandis que Vaudrey, dans une pièce voisine, allait passer une dernière nuit d'amour avec la belle Eléonore.


A 6 heures du matin, les opérations commencèrent. Le colonel Vaudrey rassembla ses troupes dans la cour de la caserne Austerlitz et, sans un mot, se plaça au centre.
Les braves artilleurs, stupéfaits, se demandaient déjà si le roi lui-même n'allait pas apparaître, lorsque Louis-Napoléon, précédé d'un chef d'escadron portant un drapeau surmonté d'une aigle, se présenta à la grille.
Le colonel se précipita, salua le prince de l'épée et cria :

- Soldats ! Une grande révolution s'accomplit en ce moment. Vous voyez ici, devant vous, le neveu de l'empereur. Il vint se mettre à votre tête. Il arrive sur le sol français pour reconquérir les droits du peuple : le peuple et l'armée peuvent compter sur lui, il leur rendra la gloire et la liberté... Soldats, le neveu de l'empereur peut-il compter sur vous ?

Un immense cri s'éleva :

- Vive l'empereur !

Alors Louis-Napoléon prit la parole. Il parla de son oncle, d'Austerlitz, de Wagram, de la gloire passée, puis il marcha soudain vers un officier et, nous dit un témoin, "l'embrassa convulsivement".
Ce geste inattendu provoqua un enthousiasme extraordinaire. Le prince, pensant que l'affaire s'engageait bien, prit le commandement et, musique en tête, le régiment quitta la caserne pour se diriger vers la demeure du général Voirol qu'il fallait "neutraliser" le plus rapidement possible.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mar 12 Fév - 20:21

Attirés par le bruit, les braves Strasbourgeois se mirent aux fenêtres sans comprendre ce qui se passait, mais prêts à crier n'importe quoi. Une anecdote le prouve : sur le pnt Saint-Guillaume, le prince alla serrer chaleureusement la main d'un passant :

- Nous comptons sur vous.

L'autre, ahuri, retira son bonnet et, croyant bien faire hurla aussitôt :

- Vive le roi !

Vaudrey s'approcha vivement :

- Imbécile ! Il faut crier "Vive l'empereur !".

Le passant ne discuta pas. Il retira de nouveau son bonnet et cria :

- Vive l'empereur !


Bientôt, la petite troupe arriva devant la maison de Voirol. Louis-Napoléon entra, suivi de Vaudrey. Le général était en caleçon et vert de peur.

- Que voulez-vous ?

Le prince, pour qui le succès du coup d'Etat ne faisait pas de doute, prit un ton paternel

- Général, je viens vers vous en ami. Je serais désolé de relever notre vieux drapeau tricolore sans un brave militaire comme vous. La garnison est pour nous. Décidez-vous et suivez-moi...

Le petit général se redressa :

- Non, vous vous trompez. La garnison n'est pas pour vous. Et je ne vous suis pas.

Louis-Napoléon se trouva fort embarrassé par ce refus auquel il ne s'attendait pas. Et, pour tenter d'entraîner Voirol, il voulut renouveler le geste qui avait eu tant de succès dans la cour de la caserne. Il ouvrit les bras et dit affectueusement :

- Venez, brave général, que je vous embrasse... (La déposition de Voirol au procès).

Cette phrase ne produisit pas l'effet qu'il escomptait. Voirol, complètement affolé, courut se réfugier derrière une table. Alors Vaudrey, furieux, mit la main sur l'épaule du général en caleçon, il cria :

- Bien, monsieur Voirol. Au nom de l'empereur je vous casse de votre grade et je vous arrête. Si vous essayez de fuir ou de résister, les hommes feront usage de leurs armes. Suivez-moi.

Le général s'inclina :

- Je cède à la contrainte, dit-il. Mais je vous prie, Monseigneur, d'attendre quelques minutes. Je vais m'habiller.
- Alors, je vous accompagne, dit Vaudrey.
- Malheureusement, Mme Voirol est encore en négligé...

Le prince, toujours galant, interdit à Vaudrey d'entrer dans les appartements du général et Voirol disparut sur une courbette.
Au bout de dix minutes, les deux hommes commencèrent à trouver le temps long. Avec la permission du prince, le colonel poussa la porte.
Dans la chambre, Mme Voirol, en papillotes, était seule. Le général avait fui par un deuxième escalier...
Le prince se précipita dans la rue :

- Vite à la caserne Finkmatt !

Mais le général Voirol avait déjà eu le temps d'alerter les officiers du 46e d'infanterie et de leur donner l'ordre formel de résister. En arrivant dans la cour de la caserne Finkmatt, Louis-Napoléon et ses hommes furent donc littéralement pris dans une souricière, arrêtés et désarmés.
La galanterie du prince avait fait échouer le coup d'Etat
.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mer 13 Fév - 19:21

Tandis que Persigny parvenait à quitter Strasbourg grâce à la complicité de Mme Gordon (qui était également sa maîtresse), Vaudrey et Louis-Napoléon furent conduits à la citadelle.
Quelques jours plus tard, le prince était transféré à Paris où le préfet de Police, M. Delessert, le reçut avec beaucoup de respect. Pendant deux heures, dans la grande salle à manger de la préfecture, Louis-Napoléon conversa avec son aimable geôlier, sans se douter qu'au même instant le destin s'amusait à nouer des fils.


En effet, dans cette salle même, les enfants de M. Delessert, Cécile et Edouard, venaient presque chaque matin, sous la direction d'un sous-officier du bataillon des sapeurs-pompiers, prendre des leçons de gymnastique en compagnie de deux jeunes filles espagnoles dont l'une s'appelait Eugénie de Montijo... (Future impératrice des Français).
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mer 13 Fév - 19:49

EN AMERIQUE, LOUIS-NAPOLEON SE LANCE DANS LA DEBAUCHE


La route impériale est une route galante qui passe par les buissons d'Arenenberg, les alcôves de Florence et les bas-fonds de New-York... - MARTIN ROUSSET -



LOUIS-NAPOLEON n'était pas à Paris pour être jugé. Le roi,sachant qu'un procès ne pouvait être que profitable à la cause du prince, avait décidé d'étouffer l'affaire. Seuls, les comparses allaient comparaître devant le tribunal de Strasbourg. Le principal inculpé, traité comme un gamin turbulent, devait être conduit en Amérique...
Le 15 novembre, Louis-Napoléon arriva à Lorient, où il embarqua sur la frégate à voiles l'Andromède
.[i]

Après un voyage mouvementé et une escale insolite à Rio de Janeiro, il débarqua à New York au début de janvier 1837 avec, pour toute fortune, quinze mille francs en or que Louis-Philippe lui avait fait paternellement remettre au moment de quitter la France.

Tandis que le futur empereur se promenait dans Broadway, découvrant un monde nouveau entièrement voué aux affaires, dans une salle du palais de justice de Strasbourg, ses complices passaient en cour d'assises.
Lorsque Mme Gordon parut dans le box des accusés aux côté de Vaudrey et de cinq autres conjurés, il y eut un long murmure admiratif dans le public. La cantatrice, très élégante, arborait un chapeau de satin blanc, une robe de soie noire et un collet de dentelle à grandes broderies.
Dans ses réponses aux questions du président, elle montra une grande ferveur à l'égard du prince et révéla que, le matin de l'insurrection, elle avait rencontré le général Voirol au moment où celui-ci s'enfuyait de son domicile pour aller alerter la garnison contre les conjurés.

- J'avais sur moi deux pistolets, dit-elle très simplement. J'ai eu envie de vous brûler la cervelle. Puis j'ai pensé que vous étiez du complot et je vous ai laissé passer.

Le petit général eut un frisson rétrospectif.


Au bout de douze jours de débats, le jury acquitta tout le monde, à la grande joie du public strasbourgeois qui organisa un défilé dans la ville et un banquet pour fêter les complices du prince.

(Cet acquittement qui stupéfia la Cour et le ministère Molé, prouve à quel point Louis-Napoléon s'était acquis la population de Strasbourg. Sans son acte de galanterie, il aurait très bien pu réussir son coup d'Etat, marcher sur Paris et prendre le pouvoir. Cette réussite eût peut-être fait faire à la France l'économie d'une révolution - celle de 1848 - )...

Après quoi, Mme Gordon se rendit à Paris, (en réalité, elle fut prié d'aller chanter sous d'autres cieux) puis à Londres, où elle retrouva Persigny qui eut la rude tâche de remplacer dans son lit à la fois Louis-Napoléon, le fougueux colonel Vaudrey et une douzaine d'officiers strasbourgeois à qui la cantatrice accordait régulièrement l'usufruit de son corps satiné...

A New York, Louis-Napoléon apprit l'acquittement de ses complices avec un grand soulagement. Sa joie, pourtant, était gâchée par une autre nouvelle. Sa mère l'informait qu'à la suite de l'affaire de Strasbourg le roi Jérôme, furieux, lui refusait la main de la princesse Mathilde. "Je préférerais, avait-il écrit, donner ma fille à un paysan, plutôt qu'à un homme assez ambitieux et assez égoïste pour aller jouer la destinée d'une pauvre enfant qu'on allait lui confier..."

Cette décision accabla le prince qui, malgré ses frasques, était toujours amoureux de sa ravissante cousine. Il fut sombre pendant quelques jours. Puis, il décida de se changer les idées.
Et, comme il lui fallait oublier à la fois son échec politique et cet amour impossible, il se lança dans une débauche dont on allait parler longtemps dans les chaumières américaines.
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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Jeu 14 Fév - 12:42

Ah, ça redevient mieux, c'est une période de l'Histoire que je connais moins cheers
I love you
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 14 Fév - 18:46

Tout d'abord, nous dit Arthur Pendary, "il fréquenta les lupanars et s'y comporta de telle façon que les pensionnaires étaient épouvantées en le voyant arriver".
Après quoi, il alla chercher des filles sur les trottoirs et organisa dans l'appartement qu'il occupait à l'Old City Hotel, des réunions assez lestes. Un soir, une jeune femme qu'il avait conviée à une de ces "parties" s'échappa, bondit dans l'escalier en hurlant et ameuta l'hôtel. Les voisins se précipitèrent. La pauvre raconta alors que le prince lui avait demandé, pour égayer les autres invités, d'utiliser un verre de lampe à des fins que n'avait point prévues. Pigeon. Comme elle s'y était refusée, on lui avait cassé le verre sur la tête...

De telles aventures devaient, naturellement, donner naissance aux plus extravagants racontars. On alla jusqu'à prétendre que Louis-Napoléon avait vécu, à New York, des charmes de quelques filles faciles. En 1862, Eugène de Mirecourt, dans une brochure publiée à Genève, se fit l'écho de ces accusations. Ecoutons-le :

"Comme il avait été chassé de l'hôtel de New York dans Reade Street, où il devait une misérable somme qu'il oubliait toujours de payer, il se réfugia chez une femme qui était ce que l'on appelle : en chambre. Il vécut pendant plusieurs mois aux dépens de cette malheureuse ; il remplissait du rest auprès d'elle me même office qu'auprès des maîtresses de maisons publiques.
Il était à la fois son protecteur, son pourvoyeur et son amant. Il y avait aussi souvent des disputes et des batailles chez la maîtresse de Louis Bonaparte quand venait le quart d'heure de Rabelais, ou la note à payer : le futur constable de Londres (Après le 2 Décembre, les adversaires du régime impérial firent courir le bruit que, pendant l'un de ses séjours à Londres, Louis-Napoléon aurait été un moment "constable", c'est-à-dire officier de police...) employait souvent la violence pour faire exécuter les clients récalcitrants, ce qui lui valut de nouveaux démêlés avec la police. Mais un soir, la chose devint plus grave que d'habitude, et un malheureux jeune homme que Louis Bonaparte et sa maîtresse avaient roué de coups parce qu'il ne voulait pas subir leur exigences - qu'il trouvait par trop exorbitantes - alla se plaindre d'avoir été battu et dévalisé. On emprisonna le neveu du grand empereur qui fut écroué (enfermé) à la prison du parc, sous la prévention de vol, de coups et blessures. Dans sa détresse extrême, il s'adressa à un avocat, devenu depuis éditeur du Brookly Advertiser, , pour qu'il voulût bien se charger de sa défense devant les tribunaux. Ce fut à l'habileté de son défenseur qu'il dut d'échapper à la condamnation qui le menaçait, et d'être acquitté.

"Voici ce qu'écrivait plus tard cet honorable avocat quand l'ex-détenu de la prison de New York fut devenu empereur : "Nous supposions peu, à cette époque (1837), que ce jeune homme débauché qui fut notre client et qui nous doit encore le prix de nos conseils, les frais et les déboursés de son affaire, deviendrait empereur des Français. Nous croyons, néanmoins, que la réalisation de ses espérances ambitieuses ne fera que hâter l'arrêt terrible évidemment suspendu sur sa tête.

"Mais cette vie de gêne et de misère, malgré les moyens honteux qu'employait Louis Bonaparte pour alimenter ses basses passions, ne pouvait longtemps satisfaire ses besoins de toute nature. Du reste, il était à bout de ressources et d'expédients ; il avait été chassé de trois lupanars qu'il fréquentait : ses exigences par trop crapuleuses auprès des prêtresses de ces lieux de débauche l'avaient fait mettre à la porte. Sa maîtresse qui, elle aussi, avait été arrêtée, moins heureuse que lui, avait été condamnée et était toujours en prison ; la police de New York avait l'oeil sur lui et l'empêchait de se créer de nouvelles ressources par des moyens honteux".

Sans doute, Eugène de Mirecourt allait-il un peu loin en affirmant que Louis-Napoléon avait été souteneur à New York : mais on doit reconnaître que cette partie de la vie du futur empereur des Français demeure, aujourd'hui encore, fort mal connue...
Et puis comme le disait Octabe Mirbeau, "quand on veut diriger une nation, il convient de connaître tous les métiers"...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Jeu 14 Fév - 19:01

En juin 1837, Louis-Napoléon reçut une lettre alarmante d'Arenenberg. La reine Hortense lui annonçait qu'elle allait être opérée, qu'elle se sentait perdue et qu'elle désirait le voir.
Le 27, il s'embarqua. Le 23 juillet, il était à Londres où, l'ambassade de France lui refusant un passeport, il usa de la protection du consul de Suisse pour passer en Hollande et, de là, en Allemagne. Le 4 août, il était au chevet de sa mère.
Deux mois plus tard, le 5 octobre, à l'aube, la douce reine Hortense, minée par un cancer, rendait le dernier soupir. Elle allait avoir cinquante-cinq ans.
Le lendemain, Mme Salvage de Faverolles, confidente d'Hortense, demanda un entretien particulier à Louis-Napoléon.

- J'ai une importante révélation à vous faire.
- Parlez.
- Vous avez un demi-frère...

Le prince blêmit mais ne dit rien.

- Il s'appelle Auguste de Morny. Il a vingt-sept ans. Son père est comte Charles de Flahaut, lui-même bâtard de M. de Talleyrand. Et l'on prétend qu'il descend de Louis XV par son aïeule maternelle, Adèle du Buisson de Longpré. (1)
- Où vit-il ?
- A Paris. Il a participé à la campagne d'Algérie et s'est couvert de gloire devant Constantine. Il mène, aujourd'hui, la vie d'un dandy, lance la mode, fréquent la Cour, fait du journalisme, et donne des fêtes.
- Un jour, peut-être, je le rencontrai.

Louis-Napoléon alla s'accouder à la fenêtre.
Les yeux fixés sur le lac de Constance, il sembla se plonger dans une de ses habituelles rêveries. En réalité, il se demandait comment il allait pouvoir utiliser ce demi-frère - comme lui enfant de l'amour - qui lui tombait du ciel...


(1) En réalité, si Louis XV mit gaillardement dans son lit Adèle du Buisson de Longpré (on la signale au Parc-aux-Cerfsà, il ne fut pas le père d'Adélaïde, future Mme de Flahaut. Celle-ci n'en était pas pour autant la fille de Jacques Filleul, mari de sa mère (son père putatif), mais celle d'un riche fermier général, Bouret, dont la pétulante Adèle du Buisson de Longpré était devenue la maîtresse...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Ven 15 Fév - 18:15

Le moment de renouveler la tentative de Strasbourg n'était pas venu. Au bout de quelques semaines, Louis-Napoléon quitta sagement la Suisse avant d'en être expulsé et alla s'installer à Londres.
En apprenant cette nouvelle, Louis-Philippe , tout joyeux, alla trouver la reine Amélie :

- Je crois, mon amie, que nous en avons fini avec ce lunatique ambitieux qui se prend pour son oncle, dit-il.

Après quoi, rassuré sur l'avenir de son règne il alla écouter le préfet de police lui conter le dernier scandale parisien. Le roi bourgeois, tout comme Louis XVIII, aimait, en effet, les anecdotes légères et les rapports de police croustillants.

Ce jour-là, 5 février 1839, Sa Majesté fut particulièrement gâtée. Une aventure extraordinaire venait d'arriver à l'épouse d'un avocat fort prisé au faubourg Saint-Germain, Mme de Raucourt.
Cette charmante jeune femme, qui aimait à se faire "câliner la bergamote", comme disait M. de Chateaubriand dans ses bons jours, avait eu l'idée, pour la Chandeleur, d'un divertissement assez curieux.
Elle avait convié une dizaine de messieurs de ses amis à venir chez elle "pour y faire sauter la crêpe".
Les invités avaient pris ce singulier pour un archaïsme ou une figure de style. Ils se trompaient. Il n'y allait bien avoir qu'une crêpe...
A l'heure dite, les invités se présentèrent chez la belle Arlette (M. de Raucourt était pour lors en voyage à Montpellier) et le dîner fut servi.
Seule femme au milieu de dix hommes, l'hôtesse fut l'objet de mille compliments galants. Quand vint le moment du dessert, elle se leva :

- La crêpe vous sera servie au salon.

Un peu surpris, les invités suivirent Mme de Raucourt dans une pièce voisine où flambait un grand feu, mais où rien ne semblait avoir été préparé pour la dégustation des crêpes.
La femme de l'avocat ferma la porte et vint se placer au centre du salon. Avec un sourire ambigu, elle dit alors :

- J'ai un aveu à vous faire... La crêpe, c'est moi...

Et comme les messieurs n'osaient pas comprendre ce qu'on attendait d'eux, elle dégrafa sa robe, qui glissa à terre, et expliqua qu'elle entendait être considérée comme une crêpe. Chacun devant la retourner avant de la déguster... Razz

Les invités, fous de joie, acceptèrent avec empressement et le divertissement commença.
Allongée sur un sofa, Mme de Raucourt exécuta d'abord avec un jeune baron une figure des plus classiques. Le second partenaire vint alors la retourner et lui fit plaisir, "sans qu'elle eût le loisir de le contempler" tongue . Un troisième se présenta, fit, de nouveau, exécuter un demi-tour à la ravissante "crêpe" et se montra homme de bonne compagnie. Les sept autres en firent autant... Après quoi, tout le monde recommença.
Au total, Mme de Raucourt fut près de trente fois (quelle santé ! tongue ) retournée et comblée au cours de cette merveilleuses nuit de la Chandeleur.


Hélas ! la chair est faible. Après ce savoureux mais exténuant dessert, les invités et l'hôtesse s'endormirent dans des fauteuils sans même songer à réparer le désordre de leurs vêtements.
C'est dans cet état que M. de Raucourt, fort surpris, les découvrit au petit matin en rentrant de voyage. Il s'ensuivit, on s'en doute, une scène vaudevillesque, la plupart des invités ayant encore, nous dit un chroniqueur : "la nature à l'air"...
Cette aventure combla de joie Louis-Philippe qui se la fit conter plusieurs fois
.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Ven 15 Fév - 18:33

Pendant ce temps, à Londres, Louis-Napoléon retrouvait Mme Gordon et Persigny, et commençait avec eux à préparer un nouveau coup d'Etat. (1)
Dux-huit mois plus tard, pensant avoir tout organisé et tout prévu, il s'embarquait pour Boulogne. Expédition malheureuse qui devait le conduir - ainsi que nous l'avons dit - au fort de Ham, la Chambre des Pairs l'ayant condamné, cette fois, à être interné à perpétuité...
Dès qu'il fut enfermé dan sla sinsitre forteresse picarde, le prince, voulant utiliser ses loisirs forcés à cultiver son esprit, commanda des centaines de livres et se fit installer un laboratoire pour y procéder à des expériences de physique.
Mélomane, il se livrait aussi au plaisir du bel canto et, certains soirs, les gardiens, médusés, pruent l'entendre exécuter, avec son compagnon de captivité, le général de Montholon, de savoureux duos d'opéra (2) ...

"Hélas ! écrivait-il, à une amie anglaise, tout cela remplit le temps, sans remplir le coeur..."


Les sens tendus, il adressa une lettre à M. Duchâtel, ministre de l'Intérieur, pour lui demander l'autorisation de recevoir des femmes.
Le fonctionnaire refusa, disant "qu'il ne pouvait prêter l'oreille à une demande aussi immorale, mais qu'il fermerait les yeux sur la manière dont le prisonnier observait les bonnes moeurs".
Le prince n'allait pas tarder à mettre à profit cette hypocrite permission.
..


(1) Ses préparatifs furent troublés par un étrange duel avec le comte Charles Léon, fils que Napoléon Ier avait eu de la ravissante Eléonore Denuelle de la Plaigne. (v. tome VII des Histoires d'Amour de l'Histoire de France). Sur le terrain, les deux bâtards se disputèrent à propos du choix des armes. La police fit irruption et tout le monde fut conduit au poste.

(2) Trois hommes partageaient la captivité de Louis-Napoléon : Montholon, condamné à vingt-cinq ans de détention, le docteur Conneau, frappé d'une peine de cinq ans d'emprisonnement, et le valet de chambre Thélin, que bien qu'ayant bénéficié d'un non-lieu, avait tenu à accompagner son maître.
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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 18 Fév - 16:56

Mince j'ai au moins 10 pages de retard !
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 18 Fév - 17:37

En attendant qu'une femme pût pénétrer dans la citadelle de Ham et apporter quelques instants d'évasion à l'illustre prisonnier, celui-ci devait se contenter de regarder, à travers les barreaux de sa fenêtre, les jolies Picardes qui allaient laver leur linge à la rivière.
Matin et soir, il était à son poste d'observation et, l'oeil allumé, déshabillait ces jouvencelles qui eussent été bien étonnées de savoir que le rebondi rustique de leur corsage faisait rêver un futur empereur.
Un jour, Thélin vint informer le prince que la comédienne Virginie Déjazet, de passage à Saint-Quentin, où elle donnait quelques représentations, s'était présentée au poste de garde.

- Elle a demandé l'autorisation de vous voir.

Lorsque l'officier lui a dit que les visites étaient interdites, elle est partie fort mécontente.
- Comment est-elle ?
- C'est une jeune femme gracieuse, fort élégante, qui porte une robe blanche et une ombrelle.

Louis-Napoléon rêva un instant à tout ce qu'il aurait pu faire avec une comédienne et manifesta un évident regret.

- Peut-être viendra-t-elle rôder autour de la citadelle, dit Thélin.


Cette idée parut intéressante au prince qui alla, à tout hasard, se mettre à l'affût derrière ses barreaux.
Au bout d'une demi-heure, il eut un pincement au coeur. Sur la route, une jeune femme portant une ombrelle se promenait en regardant attentivement le fort. Il lui fit signe. Elle s'arrêta aussitôt, les yeux fixés sur la petite fenêtre d'où proéminait le nez princier.
A la pensée qu'elle était contemplée par le neveu de l'empereur, Virginie Déjazet tremblait littéralement d'émotion. (La comédienne était bonapartiste depuis qu'elle avait pour amant Arthur Bertrand - fils du général Bertrand -, de Sainte-Hélène).

Au bout de quelques minutes, sortant de son trouble, elle eut une idée ravissante. Pour laisser au prisonnier un joli souvenir de sa visite, elle se mit à chanter, en agitant légèrement son ombrelle, la Lisette de Béranger.
Quand elle eut fini, elle envoya un baiser à Louis-Napoléon, qui, nous dit un contemporain, "répondit par des saluts plusieurs fois répétés".


Quelques jours plus tard, Louis-Napoléon parcourait le chemin de ronde, l'oeil fixé, selon son habitude, sur les demoiselles qui se promenaient, lorsqu'une jeune fille passa sur la route. Par jeu, le prince lui fit un petit signe de la main. La demoiselle, qui connaissait naturellement l'identité du prisonnier de la citadelle, reçut un choc et tomba amoureuse (si vite ? waouh ! Shocked) . Louis-Napoléon devint pour elle, nous dit Hector Fleischmann, "le héros de ses rêves et le prince charmant de ses nuits solitaires".
Or, Thélin, qui avait le droit de se promener en ville, fréquentait justement chez les dames où la jeune fille - une petite Parisienne venue se reposer à Ham - était en pension. "Informé du sentiment profond que son maître avait fait naître dans ce coeur virginal, nous dit Julien Perseau, il imagina de faire entrer l'adolescente dans la citadelle."
Il y parvint, grâce à la complicité du portier dont il était devenu l'ami, et, un après-midi, la petite Hélène G... se trouva devant Louis-Napoléon. Elle se jeta aussitôt à genoux et lui embrassa frénétiquement les mains.
Le prince, troublé, l'aida à se relever, lui adressa quelques paroles polies, la porta sur un lit, et, sans autre préambule, la viola copieusement.
La demoiselle, qu'une maladie de poitrine portait à la bagatelle, serait bien restée toute la journée dans la chambre du captif ; Napoléon l'en dissuada prudemment. Car, si le ministre de l'Intérieur avait donné l'ordre aux géôliers de fermer les yeux sur les frasques du c, il n'avait point parlé des oreilles. Or, l'incandescente jouvencelle poussait, "dans le plaisir", des cris propres à ameuter toute la garde du fort.


Louis-Napoléon, l'ayant remerciée de sa visite, lui suggéra avec habileté de renter chez elle.
La jeune poitrinaire obéit à regret.
Mais le lendemain, les yeux brillants, elle aborda Thélin dans un chemin de terre et lui demanda quand elle pourrait retourner voir le prisonnier.

- Je vais demander au prince, dit prudemment le valet de chambre.

Louis-Napoléon redouta que cette trop bruyante maîtresse ne lui fît interdire à jamais les visites de femmes plus discrètes. Il fit répondre que de nouvelle mesures disciplinaires, prises par le ministère de l'Intérieur, rendaient désormais toute rencontre impossible.
Alors, par un curieux phénomène de transfert, la jeune fille, privée de son prince charmant, reporta son amour sur Thélin.
Le valet de chambre, ravi, profita de l'aubaine.
Il en profita tant que la malheureuse, hélas ! ne tarda pas à mourir d'épuisement..
.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 18 Fév - 17:50

Pendant ce temps, Louis-Napoléon était plein d'espoir. Mme Renard, la femme du portier,consigne de la citadelle, venait d'engager comme repasseuse une ravissante jeune fille de vingt ans dont la poitrine ferme, la fesse bien placée et l'oeil bleu faisaient généralement l'admiration des amateurs.
Elle s'appelait Eléonore Vergeot (cette jeune personne est parfois surnommée par certains historiens - on ne sait trop pourquoi - la "belle Sabotière").
Son père était tisseur. Elle était grande, saine, vigoureuse et fort intelligente.
L'ayant aperçue du haut de sa tour, le prince avait immédiatement compris que cette adorable jeune fille lui était envoyée par le Ciel.
Un jour, celui-ci acheva son oeuvre : Mme Renard chargea Eléonore d'aller porter son repas au prisonnier. En la voyant entrer dans sa chambre, Louis-Napoléon fut ébloui.

- Posez ce plateau sur la table, mon enfant, et dites-moi qui vous êtes.

La fille du tisseur se raconta gentiment, tandis que l'oeil princier la déshabillait.

- Je crois que votre éducation a été un peu négligée, dit enfin le captif. J'aimerais à la parfaire. Accepteriez-vous de venir ici une heure ou deux par jour, afin que je vous apprenne l'histoire, la syntaxe, et un peu de science ?
Eléonore rougit de plaisir.


- Bien sûr, Monseigneur, si toutefois Mme Renard m'y autorise...
- Elle vous y autorisera.

Dès le lendemain, en effet, Eléonore venait prendre sa première leçon d'histoire.
Mais le prince, dont le programme d'éducation était des plus vastes, allait bientôt lui apprendre autre chose.
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 18 Fév - 19:12

La jeune fille était d'un naturel affectueux. Aussi ne fit-elle aucune difficulté lorsque le prince, sous prétexte de lui enseigner la grammaire, l'attira sur ses genoux. Elle ne sourcilla point davantage quand, dans le but évident de rendre son cours mois austère, il l'embrassa dans le cou, lui mordilla l'oreille et lui mit la main dans le corsage. Enfin, elle n'attacha qu'une valeur éducative au geste de Louis-Napoléon quand celui-ci, entreprenant de lui expliquer pourquoi les Français, dans leur langue, doivent transformer "boulanger" en "boulangère", "neveu" en "nièce", "héros", en héroïne", "abbé" en "abbesse" et "serviteur" en "servante", crut bon de lui glisser la main sous la jupe et de lui tâter l'endroit qui est l'origine du genre féminin...
La récréation qui eut lieu sur le lit princier parut bien, à Eléonore, d'une gentillesse un peu poussée, mais elle n'osa pas en faire la remarque dans la crainte de déplaire à un professeur aussi savant et aussi empressé.
Il ne s'agissait pourtant que de ces "amusettes pour grandes personnes" dont parle Félicien Champsaur.

Louis-Napoléon, fort émoustillé par cette belle fille aux seins durs, désira des plaisirs plus vigoureux et rêva de ces corps à corps terribles qui assouplissent les lits.

- Viens ce soir, dit-il.

Eléonore, qui commençait, elle aussi, à éprouver un certain trouble, accepta.


Pendant quatre heures, le prince, tendu vers l'avenir, attendait sans pouvoir se livrer à la moindre occupation. De temps en temps, gêné par l'expansion intempestive de son sentiment, i l était obligé de faire une petite promenade dans sa chambre. A 9 heures, enfin, Eléonore gratta à la porte.
Il bondit, la prit dans ses bras, la couvrit de baisers, la déshabilla et la porta sur son lit. La suite, tous les historiens sont d'accord, fut exaltante.

"Quand elle vint la première nuit, sentant le linge fraîchement repassé, écrit Albert Neumann, il fut heureux comme il ne l'avait jamais été avec une femme. La citadelle n'existait plus, la chambre nue devenait intime, et les barreaux eux-mêmes n'étaient là que pour protéger leur amour.
Elle dormit près de lui, dans le grand lit nuptial, paisiblement. Il y avait de la gaieté jusque dans son sommeil. Louis ne dormait pas, il la regardait en souriant."

Au matin, Eléonore voulut quitter le lit comme une servant et regagner discrètement sa petite chambre. Louis-Napoléon la retint :

- Non, reste ! Je ne songe pas un instant à te cacher. Je t'aime bien.

Elle resta près de lui, ravie, mais un peu inquiète.


A 8 heures, le commandant de la citadelle vint faire sa visite quotidienne. Le prince le reçut en robe de chambre, comme d'habitude, réclama les journaux, parla du temps, et soudain ouvrit la porte de sa chambre et dit en souriant :

- Commandant, jetez donc un coup d'oeil avant de fermer les yeux une fois pour toutes.

Le gouverneur s'exécuta, découvrit Eléonore dans le lit de son prisonnier et blêmit :

- Prince, c'est impossible !
- Demarle, répliqua Louis-Napoléon très calme, c'est ma femme. C'est elle qui me permet de supporter cette existence. Si vous me l'enlevez, je m'évade. Si vous me reprenez, je m'évade encore, et si vous finissez par me mater, je me pends.
Réfléchissez.

Le commandant s'en alla sans rien répondre.
Se souvenant des directives du ministre de l'Intérieur et redoutant d'ennuyeuses complications, il préféra, dès lors, ignorer ce qui se passait chez le prince.

A partir de ce jour, Eléonore habita avec Louis-Napoléon. "Elle prenait soin de lui et l'aimait, dit encore Alfred Neumann. Elle ne repasssait plus, mais sentait toujours le linge frais. Elle chantait, riait, bavardait quand il le désirait, et devenait soudain muette et invisible quand il travaillait à son bureau ou tenait avec ses amis des conversations sérieuses et un peu difficles à comprendre.
Elle avait le don de sentir quand sa joie de vivre devait être bruyante et quand il fallait y mettre une sourdine. En un tournemain, elle transforma les deux pièces avec quelques morceaux d'étoffe, elles devinrent habitables. Les soldats, qui n'avaient pas le droit de regarder le nouveau Napoléon ricanaient, en voyant sa femme, et l'appelaient l'impératrice.
Ce titre ne déplaisait pas à Eléonore. En dehors des deux pièces, elle se montrait légèrement infatuée. Elle transportait à travers les couloirs et les rues une allègre dignité de souveraine".

Tout le monde fut bientôt au courant de la liaison du prince et de la petite repasseuse.
On en parla à Ham, on en parla à Saint-Quentin, on en parla à Paris... Dans l'entourage du roi, de beaux esprits firent des mots et prétendirent que Louis-Napoléon, étant sobre, avait toujours aimé les "repas sages"... Les chansonniers s'en donnèrent à coeur joie et les caricaturistes montrèrent le prince en train de faire repasser une chemise de nuit ornée d'un aigle...
Tandis que les orléanistes ricanaient, Louis-Napoléon et Eléonore, derrière leurs barreaux, filaient le parfait amour. Aux petits soins pour son amant, qui rédigeait alors un ouvrage sur l'Extinction du paupérisme, la jeune fille rêvait du jour où peut-être elle monterai su rle trône impérial... Animée par cet espoir extravagant, elle apprenait avec passion l'histoire, la littérature, la géographie et la grammaire que le prince lui enseignait toujours régulièrement...

Un jour, elle eu le coeur inquiet. Le commandant Demarle vint annoncer à Louis-Napoléon qu'une dame, munie d'une permission spéciale du ministère de l'Intérieur, désirait le voir. Il s'agissait d'une autre Eléonore : Mme Gordon.
Louis-Napoléon la reçut. En la voyant entrer, massive et gauche, la petite repasseuse fut rassurée.
Mme Gordon venait offrir au prisonnier un moyen de s'évader.

- J'ai vu le ministre, M. Duchâtel, dit-elle, haletante. Il m'a dit que vous embarrassiez fort le gouvernement et qu'il ne serait pas mécontent si j'avait l'intention de vous aider à fuir. Certes, il ne peut pas commander au gouverneur d'ouvrir la porte en fermant les yeux, mais il croit qu'il ne serait pas bien difficile de vous faire sortir en vous donnant un uniforme de soldat. Une fois dehors, vous trouveriez un homme qui vous donnerait un passeport, un billet pour Mexico et une renonciation à signer.

Louis-Napoléon l'écoutait ; les yeux vagues.
Quand elle eut terminé, il se contenta de dire en souriant :

- Merci, chère amie. Merci. Mais je suis bien ici !

Mme Gordon se retira, éberluée. Comment eût-elle pu supposer que Louis-Napoléon Bonaparte, neveu du grand empereur, préférait le corps voluptueux d'une petite Picarde à la liberté ?
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 18 Fév - 23:12

AU PORT DE HAM, LOUIS-NAPOLEON DEVIENT PERE



Il profita de sa captivité pour se livrer à mille petits travaux - MARIE-NOELE BON -



UN matin d'août 1842, Eléonore entra dans le cabinet de travail de Louis-Napoléon, se plaça devant le bureau où s'amoncelaient des dossiers et dit simplement :

- Je suis enceinte.

Le prince se leva. Fort embarrassé, il chercha une phrase gentille qui pût laisser croire que la nouvelle lui faisait plaisir. Tout à coup, il lui vint à l'esprit que le corps merveilleux d'Eléonore allait changer. Cette pensée l'assombrit.
En le voyant froncer les sourcils, la jeune fille crut qu'il craignait des complications avec le gouvernement.

- Dès que ce sera gênant, dit-elle, j'irai à Péronne où j'ai une tante.

Alors, il l'embrassa.

Eléonore quitta Ham au mois de décembre. Le 25 janvier 1843, elle accouchait à Paris d'un gros garçon qui reçut les prénoms princiers d'Eugène-Alexandre-Louis.
Puis, laissant l'enfant en nourrice chez sa tante, elle revint à la citadelle. Louis-Napoléon qui, pendant trois mois, avait dû se consoler avec la maîtresse de Montholon, une Irlandaise qui se disait comtesse de Lee, la retrouva avec joie.
S'intéressa-t-il à son fils ? Une lettre qu'il écrivit, quelques mois plus tard, à son amie d'enfance Hortense Cornu donnera une idée de ses sentiments paternels :

Votre ami va bien (il s'agit d'Eugène). Sa plaie au bras est fermée. Vous êtes bien bonne de vous intéresser à lui. C'est un chagrin pour moi de ne pas le voir, car, lorsqu'on est, comme moi, isolé, on s'attache à tout... (charmant Rolling Eyes )

On s'attache à tout ...
En février 1844, Louis-Napoléon commença à s'occuper de son fils, ainsi que nous le prouve cette lettre adressée également à Mme Cornu :

Ma chère Hortense,

Je ne viens pas aujourd'hui vous parler canons, mais cependant faire un nouvel appel à votre amitié.
J'ai une proposition à vous faire, mais je vous prie de me répondre franchement et de me dire si cela vous gêne.
Je veux parler de votre petit ami. Il va être sevré et je voudrais le placer sous une surveillance plus sûre. Je vous proposerai donc de le prendre chez vous avec une femme pour le soigner. De cette manière, je serai bien tranquille sur le sort de ce petit être auquel il m'est impossible de ne pas m'intéresser. Il est clair que nous nous entendrions sur la dépense que cela vous occasionnerait.
Et, puisque j'ai tant fait de vous demander ce service et d'entrer dans ces détails, la mère demande à son tour, si, lorsqu'elle irait le voir, elle pourrait loger dans sa chambre.
Si cette proposition, comme il peut bien être, vous était désagréable ou impossible, répondez-moi sans gêne, cela ne diminuera en rien la sincère amitié que je vous porte.


N. B.


Mme Cornu ayant, bien entendu, accepté, le petit Eugène fut conduit à Paris et Louis-Napoléon, tranquille de ce côté, put se consacrer entièrement à ses travaux littéraires et à Eléonore.
Les soins qu'il leur prodigua donnèrent des fruits, puisque les Etudes sur le passé et l'avenir de l'artillerie parurent en librairie et que la jeune repasseuse eut un second enfant.
Celui-ci naquit le 8 mars 1845, à Paris, rue Capron. On le prénomma Louis-Alexandre-Ernest et Mlle Vergeot, perdue dans ses rêves, pensa qu'elle venait de donner un second prince héritier à la couronne impéraile...
L'avenir se chargea de la détromper. Or que devinrent les deux bâtards ?


Eugène, après de brillantes études, se lança dans la Carrière et fut sous-secrétaire d'Etat en Russie où il causa un scandale retentissant en enlevant une actrice qui était la maîtresse de l'ambassadeur. Plus tard, il fut nommé vice-consul à Rosas, et en 1868 consul à Zanzibar. Mais l'empereur, qui conservait une tendresse particulière pour cet enfant de l'amour, devait faire plus encore. En 1869, le le créa comte d'Orx, du nom d'un domaine qu'il lui donna dans les Landes.
Eugène se maria avec une demoiselle Volpette et mouru en janvier 1910 dans son château de Castets à Saint-André-de-Seignaux, laissant trois enfants.


Son frère Louis Vergeot alla s'installer au Mexique où il se maria. Après avoir connu mille aventures, il décida de rentrer en France au début de 1870. Dès son retour, il écrivit à Napoléon III pour lui demander une entrevue et un peu d'argent pou s'acheter une maison. Sa lettre était affectueuse :

Cher père, je vous en supplie, rendez-moi à moi-même. Recevez-moi dans vos bras paternels que j'aie au moins le bonheur de vous voir, de vivre à vos côtés, comme un homme honorable.
Si vous m'aimez comme je vous aime, toute froideur sera rompue, je désire vous faire oublier le passé et qu'on dise : Il fait l'honneur de son père et soutient dignement son nom.


En toute simplicité, ce mot était signé : Louis-Napoléon
.

L'empereur ne répondit pas. Mais Louis fut fait comte de Labenne et reçut le poste de receveur des Finances. En 1879, il se remaria avec la fille d'un banquier, Mlle Paradis. Il mourut à trente-huit ans, en 1882.
Quant à Eléonore, mariée en 1858 à Pierre-Jean François Bure, frère de lait de Louis-Napoléon, elle s'installa à Paris au 21 Champs-Elysées dans un appartement dont les cinq fenêtres lui permettaient de voir les Tuileries. Le soir, avec son mari, elle allait se promener autour du Palais où elle avait rêvé un moment d'avoir sa cour.
Les habitants de son quartier connaissaient, par les pamphlets publiés après 1848, sa liaison avec le souverain.
Certaines femmes la considéraient avec envie.
D'autres se moquaient de son allure paysanne.

- Mme Bure a peut-être été autrefois la Belle Sabotière, disaient-elles en ricanant, elle n'est plus belle, tout en restant bien sabotière.

Ces critiques laissaient Eléonore indifférente.
Elle vécut jusqu'en 1886 en conservant un souvenir extasié du temps où elle égayait, d'une cuisse alerte, la captivité d'un futur empereur...


(Juste pour info : Eléonore avait eu également un fils avec Pierre Bure, avant leur mariage. Après leur union, il légitima son enfant ainsi que les fils de Louis-Napoléon, qui étaient nés de père inconnu).
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Lun 18 Fév - 23:26

Au début de mai 1846, une équipe de maçons vint effectuer des travaux au fort de Ham.
Louis-Napoléon, qui commençait à se lasser d'Eléonore dont les deux maternités avaient, nous dit Jean Deruelle, "un peu alourdi les appas", pensa qu'il pourrait peut-être profiter du remue-ménage causé par les ouvriers pour tenter une évasion.
Dès que son plan fut élaboré, il feignit de tomber malade et demanda à Eléonore de quitter la forteresse pour quelques jours. La jeune femme insista pour demeurer à son chevet et le soigner.

- Non. Je suis un malade insupportable, lui dit-il doucement. Je préfère être seul...

Eléonore dut se résigner à partir.
Au moment des adieux, le prince la pirt dans ses bras et lui dit à l'oreille :

- Ne va pas chez tes parents, ni chez ta tante de Péronne.
- Où dois-je aller ?
- Chez Mme Gordon, à Paris. Elle te recevra fort gentiment.

Eléonore regarda son amant avec inquiétude.

- Pourquoi dois-je aller à Paris ?
- Parce que nous ne devons pas rester si près l'un de l'autre...


Depuis six ans qu'elle vivait jour et nuit avec lui, Eléonore avait appris à lire sur le visage de Louis-Napoléon. Elle connaissait le petit pli du front qui annonçait les colères et la teinte de son oeil quand il mentait.
Elle vit tout de suiste qu'il ne lui disait pas la vérité et devina le projet insensé qui nécessitait son départ. S'efforçant de sourire, elle dit simplement :

- C'est peut-être parce que l'on ne doit pas me trouver si l'on me cherche...
Alors, il la pressa contre lui, l'embrassa tendrement et lui dit adieu.
..


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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mar 19 Fév - 19:03

Dès qu'Eléonore eut pris le chemin de Paris, Louis-Napoléon demanda à Thélin, son valet de chambre, de lui rapporter de Saint-Quentin une chemise de grosse toile, un pantalon, deux blouses, un tablier, une cravate, un foulard, une casquette et une perruque.
- Ces habits, qui vous permettent de prendre l'aspect d'un ouvrier, suffisent peut-être à vous faire traverser sans danger la cour de la forteresse et même à gagner la campagne, lui dit Thélin. Mais comment ferez-vous ensuite, Monseigneur, pour passer à l'étranger ?

Louis-Napoléon tortilla sa moustache. Thélin venait d'aborder là un problème qui le tourmentait depuis qu'il avait décidé de s'évader.

- Sans un passeport en poche, l'entreprise ne vaut même pas la peine d'être tentée, ajouta le valet de chambre.
- J'ai confiance en mon destin, dit simplement Louis-Napoléon. Le Ciel y pourvoira !

Et le Ciel y pourvut.


Quelques jours plus tard, alors que Thélin usait à la pierre ponce la casquette trop neuve qu'il avait achetée, le commandant Demarle, gouverneur du fort, vint annoncer une visite à Louis-Napoléon. Il s'agissait d'une ravissante Anglaise, lady Crawford, accompagnée de sa fille.
Le prince les reçut avec joie et, tout en parlant de Londres, cette ville qu'il aimait tant, une idée soudaine lui vint :

- Peut-être, dit-il, pourriez-vous me rendre un service.

Lady Crawford et sa fille poussèrent des cris de plaisir à la pensée de pouvoir être utile à ce prince qu'elles admiraient passionnément. ... Rolling Eyes


- Voilà, expliqua Louis-Napoléon, mon valet de chambre doit se rendre en Belgique dans quelques jours, pour une affaire de famille, et il n'a pas de passeport. Peut-être pourriez-vous lui prêter celui d'un de vos domestiques ?

Les deux femmes montrèrent un air navré qui glaça le prisonnier.

- Ma demande a l'air de vous gêner, dit-il.

Lady Crawford soupira :

- Non, Monseigneur, mais nous avions espéré un instant que c'est à vous-même que nous pourrions être de quelque utilité... Est-ce donc là tout ce que vous avez à nous demander ?

Louis-Napoléon s'efforça de garder un ton neutre et dit :

- Oui, c'est tout ! ... Mais avez-vous ce passeport ?

- Les deux femmes sourirent :

- Bien sûr !

Et fouillant dans une pochette, lady Crawford en tira un papier qu'elle tendit au prince.
Cette fois, l'aventure pouvait être tentée...

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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mar 19 Fév - 19:25

Le 25 mai, de bon matin, Louis-Napoléon revêtit les vêtements d'ouvrier maçon, salit la blouse avec du plâtre, rasa sa moustache, se frotta le visage avec du rouge, mit la perruque, et se coiffa de la casquette. Après quoi, il se chaussa de grands sabots rembourrés qui le grandissaient un peu et se glissa entre les dents une pipe en terre qu'il alluma.
Une planche de sa bibliothèque était prête.
L'ayant placée sur son épaule il se retourna vers Thélin et le docteur Conneau.

- Alors ?

Les deux hommes furent ébahis : le prince était méconnaissable.

- Il faut maintenant que le chemin soit libre, dit-il. Thélin, tu vas aller inviter les ouvriers qui travaillent dans l'escalier à prendre un verre à ma santé dans la salle à manger du rez-de-chaussée.
Le valet y courut. Naturellement, les maçons acceptèrent avec empressement l'invitation du prince, et, délaissant leur chantier, se rendirent en plaisantant vers la salle à manger.
Thélin revint alors vers son maître :

- Le chemin est libre, Monseigneur.


Louis-Napoléon ajusta sa planche de façon qu'elle lui dissimulât complètement la figure d'un côté et s'engagea dans l'escalier...
L'aventure commençait ...

Lorsqu'il arriva dans la cour, le prince avait les jambes un peu flageolantes. Il vit heureusement son valet de chambre, Thélin, qui parlait à un des gardiens et s'efforçait de lui faire tourner le dos à la porte.
Il tendit l'oreille.

- Le prince est souffrant, disait le valet de chambre. Je dois aller chez le pharmacien chercher une purgation.


Louis-Napoléon, caché par sa planche, passa sans encombre et s'engagea dans la cour remplie de soldats qui se chauffaient au soleil. C'est alors que, brusquement, l'entreprise lui parut insensée. Pris de tremblements, il laissa tomber sa pipe au moment précis où le lieutenant de service passait à sa hauteur.
Cet incident pouvait tout compromettre, car un véritable ouvrier n'aurait pas laissé les débris de sa bouffarde (sa pipe) sur le pavé. Posément, malgré une peur qui lui tordait l'estomac, le prince se baissa donc sans lâcher sa planche, ramassa les morceaux et repartit vers la porte.
Là, il prit une voix rude et demanda à passer.
Le factionnaire le regarda un instant, sembla hésiter, puis ouvrit la grille. Un tambour venait à ce moment. Intrigué par la mise du fugitif et peut-être par le rouge dont celui-ci avait cru bon de se colorer le visage, il se retourna plusieurs fois, mais ne dit rien.
Louis-Napoléon atteignit le pont-levis et le franchit pendant que le sous-officier planton était occupé à lire une lettre.


En vingt-cinq pas qu'il s'efforça de rendre calmes, le prince fut hors de cette citadelle où il avait passé six ans. C'est alors qu'il vit arriver vers lui deux ouvriers qui le regardèrent longuement. L'un d'eux, heureusement, crut reconnaître un camarade.

- Oh ! c'est Berthoud ! dit-il.

Ils passèrent et le prince continua son chemin vers la campagne. Après avoir marché pendant deux kilomètres, il s'assit avec sa planche sur le rebord d'un fossé, face au cimetière et attendit.
Thélin apparut bientôt dans une voiture de louage, le fit monter près de lui, et prit la direction de Saint-Quentin. Tout en roulant, le prince jeta une partie de son déguisement par la portière. Et l'on est en droit de se demander ce que pouvaient penser les paysans en voyant passer ce cabriolet d'où s'échappaient des sabots, une blouse, une casquette et même un pantalon...
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MessageSujet: L'APRES NAPOLEON ...   Mar 19 Fév - 20:04

Le prince ne pénétra pas dans Saint-Quentin.
Tandis que Thélin allait changer de chevaux, il contourna la ville à pied et gagna la route de Valenciennes où, près d'un ruisseau, son valet de chambre devait le reprendre.
Il parvint le premier à l'endroit convenu et attendit. Au bout d'une demi-heure, fort inquiet, il se demanda si Thélin ne l'avait pas distancé.
Et, comme une voiture passait devant lui, allant vers Saint-Quentin, il l'arrêta.

- N'auriez-vous pas croisé un cabriolet ? demanda le futur empereur.
- Non, mon brave, je n'ai rien vu sur la route et pourtant je roule depuis deux heures.

Louis-Napoléon, rassuré, remercia cet aimable voyageur sans se douter que, le destin étant farceur, il avait arrêté le procureur du roi...
Enfin, Thélin parut et ils filèrent tous les deux vers Valenciennes. De temps en temps, Louis-Napoléon, angoissé à la pensée que sa disparition avait dû être signalée au fort, demandait au postillon d'aller plus vite.
Au bout d'un moment, celui-ci, agacé, se retourna et dit :

- Vous m'em......, à la fin !


Le prince se tut jusqu'à Valenciennes.
Là, les deux fugitifs se firent conduire à l'auberge du Plat d'Etain où lady Crawford, prévenue par un complice, les attendait depuis la veille.
En voyant entrer le prince rasé et coiffé d'une perruque, l'Anglaise fut prise d'un énorme fou rire.
- Monseigneur ! Monseigneur ! hoquetait-elle.

Profondément vexé, Louis-Napoléon voulut prendre un air digne et chercha la pointe de ses défuntes moustaches pour la tortiller. Geste qui ne fit qu'accroître l'hilarité de lady Crawford.
Enfin, le jeune femme se clama et, toute confuse, remit un passeport pour Thélin.
Aussitôt, les deux hommes se rendirent à la gare. Pendant plus de deux heures, ils y attendirent le trains de Bruxelles, mêlés à une foule d'où le prince craignait, à chaque instant de voir surgir des gendarmes alertés par le commandant Demarle.
Cinq minutes avant l'arrivée du train, Louis-Napoléon sentit ses jambes devenir soudain exagérément molles. Un ancien garde du fort de Ham, devenu employé de chemin de fer s'approchait d'eux. Voyant le danger, Thélin se précipita, la main tendue vers le cheminot, et engagea une longue conversation. Le prince en profita pour aller cacher son nez trop reconnaissable derrière un tas de valises.

L'arrivée du train mit fin à son angoisse. Il sauta dans un wagon, suivi de son valet de chambre, et les deux hommes, grâce aux passeports de lady Crawford, franchirent la frontière sans incident.
Quatre heures plus tard, ils étaient à Bruxelles, tandis que Louis-Philippe, informé par le télégraphe Chappe de cette extraordinaire évasion, entrait dans la plus belle colère de son existence.
Le lendemain, lady Crawford et sa fille vinrent rejoindre Louis-Napoléon.

- Nous voici libres de nous mettre entièrement à votre disposition, dit la charmante Anglaise.


Le prince, qui était chaste depuis le départ d'Eléonore Vergeot, considéra les deux femmes avec des yeux chauds.
Laquelle choisir ?
Le viol de la jeune fille lui sembla une entreprise hasardeuse, longue, compliquée et fatigante. Il opta pour la mère.
Le soir, après le café, il entraîna donc lady Crawford dans sa chambre, sous un prétexte futile, et lui mit galamment la main à la fesse.
L'Anglaise se crut au paradis.
L'instant d'après, elle lui donnait, sur le lit, les preuves de son indéfectible attachement...
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