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 NAPOLEON ET LES FEMMES

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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 21 Mar - 14:22

Aussitôt alerté, Bonaparte vint au chevet de sa maîtresse.

- Il faut le faire arrêter, gémissait Pauline, le jeter en prison.

"Militaire avant d'être amant, nous dit Léonce Deschamp, il refusa de commettre une seconde faute" et déclara simplement :

- Je ne peux pas ; mais, dès demain, tu demanderas le divorce.


Naturellement, pendant huit jours, tous les Français du Caire ne parlèrent que de cette affaire. Le plus empressé à se moquer de Fourès fut le général Berhier :

- Ce pauvre Fourès n'a pas compris la chance qui s'offrait à lui, disait-il. Avec une femme pareille, lui qui est chasseur ne serait jamais rentré bredouille...

Berthier avait tort de se gausser. Ecoutons Joseph Turquan :

"Le major-général était loin de se douter, en persiflant ainsi le malheureux lieutenant, qu'il était à peu près dans la même situation d'homme trompé que celui dont il se moquait avec une si piquante verve. Sa maîtresse, la fameuse Mme Visconti, dont il était absolument fou, à qui il avait élevé un autel, non seulement dans son coeur, mais aussi sous une tente, à côté de la sienne, autel qu'on transportait à la suite de l'armée, sur lequel il avait placé le portrait de son idole, et devant lequel il récitait à genoux, chaque jour, ses litanies, Mme Visconti le trompait justement en ce moment avec M. Alexandre de Laborde et était constamment entourée d'une nuée de petits jeunes gens."


Comme dit le proverbe poitevin : "Ce sont toujours les plus cocus qui font les cornes..."


La semaine suivante, heureusement, un fait divers amusant fit oublier le scandale causé par Fourès.
Des prisonniers français venaient d'être rachetés aux Arabes.
L'un d'entre eux fut mandé par le général en chef qui désirait obtenir des renseignements sur les campements ennemis.
A la première question, l'homme fondit en larmes et, nous dit-on, "porta ses mais à son assiette".

- Pourquoi pleures-tu ? demanda Bonaparte.

L'autre expliqua, en sanglotant, que les Arabes avaient agi à son endroit (si j'ose dire) comme Henri III le faisait jadis avec les jeunes gens qui lui plaisaient...
Bonaparte éclata de rire :

- Grand benêt, le voilà bien malade ! En voilà une affaire ! Remercie le ciel, au contraire, d'en être quitte à si bon marché. Allons, ne pleure plus et réponds-moi ; qu'as-tu observé ?

Mais le malheureux était à ce point marqué par l'outrage qu'il avait subi, qu'on ne put tirer de lui aucune espèce de renseignements. Aux questions qu'on lui posait, il répondait en pleurant que dans l'attitude où on l'avait placé, il lui était impossible de faire la moindre observation.

Cette histoire savoureuse aida Pauline à oublier ses malheurs.
..
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 25 Mar - 1:42

EN LUI CONFIMANT SON INFORTUNE CONJUGALE JUNOT EMPÊCHE BONAPARTE DE BATTRE LES TURCS



L'idée qu'il pouvait être cocu le contrariait - MICHEL AUBRIANT -


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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 26 Mar - 11:31

Etonnant ! Laughing
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 26 Mar - 19:16

Dès que le divorce entre Jean-Noël Fourès et Pauline Bellille eut été prononcé par le commissaire ordonnateur Sartelon, Bonaparte reprit ses exhibitions.
Il fallait que tout le monde pût constater sa liaison avec Bellilote, que l'armée, les savants, les Anglais, la France, l'Europe et Joséphine apprissent qu'il avait une maîtresse et que cette maîtresse était la plus jolie Française d'Egypte. Il fallait qu'on oubliât à tout jamais son état de bouffon de mari trompé. Il fallait que Bellilote, amante ardente et talentueuse la nuit, devînt, le jour, l'instrument de sa vengeance et de son dépit amoureux.
Il la faisait caracoler à ses côtés, dans les rues du Caire, devant ses roupes et au milieu des Arabes qui l'avaient surnommée Sett-el-Sultant Kebir : la dame du grand sultan...

Pour ces promenades, Pauline possédait deux tenues éblouissantes ; l'une était un uniforme de général de division, habit bleu brodé d'or, culotte blanche collante, chapeau à plumet tricolore, l'autre était l'uniforme d'officier du 7e hussard, pelisse, dolman et culotte bleu de roi, collet, veste et ceinture écarlate, le tout recouvert de tresses hongroises et de broderies d'or.
En la voyant, les soldats disaient en souriant :

- Voilà notre générale !


Parfois, les deux amants s'en allaient en calèche sur les bords du Nil, escortés d'un peloton de cavalerie aux ordres de l'aide de camp de service.
Un soir, cet aide de camp fut Eugène de Beauharnais. Pendant toute la promenade, Bonaparte tint Pauline sur ses genoux, la caressa, l'embrssa sous les yeux mêmes de son beau-fils qui chevauchait à la portière de la voiture.


"Devant ce témoin qui pouvait tout raconter à Joséphine, donc lui révéler sa disgrâce, et la faire souffrir peut être comme il avait lui-même souffert, il se montra d'une tendresse à ce point excessive que ses gestes ressortissaient plus à la polissonnerie qu'au badinage. S'il avait pu prendre Pauline sur la banquette de la calèche, il l'aurait fait sans hésiter, non pas tant pour y trouver du plaisir que pour faire du mal à Joséphine qu'il haïssait de tout son amour."

Eugène n'apprécia point le procédé. Le lendemain matin, il courut chez le général Berthier et demanda à être relevé de ses fonctions auprès du général en chef.

- Versez-moi comme simple lieutenant dans une demi-brigade, dit-il, je ne veux plus assister à un tel spectacle.

En apprenant cette démarche, Bonaparte entra dans une violente colère. Il fit venir le jeune homme, le semonça vertement, le fit pleurer, puis lui pinça l'oreille.
Eugène demeura aide de camp, mais ne fut plus tenu d'assister aux effusions de son beau-père et de Pauline...


Pendant un mois, Bonaparte, qui ne goûtait pas seulement avec Bellilote "les joies savoureuses de la vengeance", mais encore un plaisir voluptueux et sain, vécut les heures les plus charmantes de son existence.
Hélas ! la guerre allait troubler cette lune de miel.
En février 1799, la Turquie, alliée à l'Angleterre et à la Russie, rassembla des troupes à Rhodes et en Syrie.
Dès qu'il sut qu'une armée avait déjà atteint la vallée du Jourdain, entre Bethléem et Jérusalem, Bonaparte décida de courir à sa rencontre et de se battre.

Le 10 février au matin, alors que douze mille hommes en ordre de marche l'attendaient devant la porte du Caire, Bonaparte se trouvait chez Pauline. Avant de partir, il voulait lui exprimer une dernière fois son attachement.

- Donne-moi un enfant, lui dit-il en se rhabillant, et, foi de Bonaparte, je répudie Joséphine et je t'épouse ! ...

Après quoi, il alla rejoindre ses troupes et partit pour la Syrie.
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 26 Mar - 20:52

Tandis que Pauline courait chez tous les sorciers égyptiens pour avoir cet enfant que son amant désirait tant, les Français arrivaient à Messoudyah.
En ce lieu, dont le nom signifie bien fortuné, Bonaparte devait avoir une révélation accablante. Alors qu'il doutait encore au fond de lui-même de l'infidélité de Joséphine, et qu'il avait tout particulièrement besoin de calme à la veille d'une bataille, Junot, avec son sens habituel de l'opportunité, le confirma dans tous ses soupçons. La réaction fut navrante. Ecoutons Bourrienne :


"Pendant que nous étions près des fontaines de Messoudyah, sous El Arichi, je vis un jour Bonaparte se promener seul avec Junot comme cela lui arrivait assez souvent. J'étais à peu de distance, et je ne sais pourquoi mes yeux étaient fixés sur lui pendant cette conversation.
"La figure toujours très pâle du général était devenue, sans que j'en puisse deviner la cause, plus pâle que de coutume. Il y avait quelque chose de convulsif dans sa figure, d'égaré dans son regard, et plusieurs fois il se frappa la tête.
"Après un quart d'heure de conversation, il quitta Junot et revint vers moi. Je ne lui avais jamais vu l'air aussi mécontent, aussi préoccupé. Je m'avançai à sa rencontre, et, dès que nous ous fûmes rejoints :

" - Vous ne m'êtes point attaché, me dit-il d'un ton brusque et sévère... Les femmes ! Joséphine !... Si vous m'étiez attaché, vous m'auriez informé de tout ce que je viens d'apprendre par Junot. Voilà un véritable ami. Joséphine ! ... M'avoir ainsi trompé ! Elle ! Malheur à eux ! J'exterminerai cette race de freluquet et de blondins ! ... Quant à elle, le divorce ! Oui, le divorce ! Un divorce public, éclatant ! ... Il faut que j'écrive ! Je sais tout !

"Ces exclamations vives et entrecoupées, sa figure décomposée, sa voix altérée, ne m'éclairèrent que trop sur le sujet de la conversation qu'il venait d'avoir avec Junot."


Avec patience, Bourrienne entreprit de le réconforter. Il suggéra que, peut-être, les accusations de Junot étaient exagérées et, our tenter une diversion, il lui parla de sa gloire.
A ce mot, qui pourtant lui était particulièrement cher, Bonaparte se renfrogna :

- Ma gloire, s'écria-t-il, oh ! je ne sais pas ce que je donnerais pour que ce que Junot m'a dit ne fût pas vrai, tant j'aime cette femme... Si Joséphine est coupable, il faut que le divorce m'en sépare à jamais, je ne veux pas être la risée de tous ces inutiles de Paris !
Je vais écrire à Joseph, il fera prononcer le divorce...


Quinze jours plus tard, l'armée se trouvait devant Saint-Jean-d'Acre que Bonaparte nerveux et abattu, ne put réussir à prendre, malgré le courage sublime de six mille Français dont les corps pourrirent au soleil...

Junot paya sa gaffe. En souvenir de Messoudyah, Bonaparte refusa toujours de le faire maréchal de France
.
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 28 Mar - 18:49

Bonaparte rentra au Caire le 14 juin. Derrière lui, les survivants de l'armée de Syrie portaient quelques drapeaux pris aux Turcs, pour faire croire à la population que les troupes françaises avaient emporté une victoire...
Bombant le torse, essayant de sourire, le général en chef passa entre deux haies d'Egyptiens silencieux, qui, déjà savaient comment s'étaient déroulées les opérations.
Après ce triste défilé, Bonaparte, mal à l'aise, courut chez Pauline, dont il était séparé depuis quetre mois.
Leur première étreinte fut longue et passionnée. "Les mains du général voltigeaient sur le corps adorable de la jeune femme, nous dit Léonce Deschamp. Glissant d'une éminence à un creux, elle semblaient s'assurer que rien n'avait changé et que tous les détails d'un relief familier se trouvaient bien à leur place."


Après ce tour du propriétaire, Bonaparte, voulant sans doute pousser son examen plus avant, porta Pauline sur le lit et la déshabilla. Quand elle fut entièrement nue, il lui prouva que quatre mois de campagne n'avaient point affaibli sa vigueur, et l'exercice se termina à la satisfaction de chacun.
Alors, le général en chef, souriant et essoufflé, s'allongea au milieu des draps froissés et savoura son bien-être. Tout à coup, il se tourna vers Pauline :

- Et l'enfant ? ... Notre enfant ?

La jeune femme, désolée, baissa la tête et avoua qu'elle n'avait encore aucune espérance.
Bonaparte se leva, soudain fâché, se rhabilla à la hâte et, poussé par son habituel besoin de confidence, courut chez Berthier. Sans préambule, il lui dit :


- Je voulais qu'elle me donne un enfant... Je l'aurais épousée... Mais la petite sotte ne sait pas en avoir !

Puis, sans attendre une réponse, il repartit d'un pas nerveux. Le propos fut bientôt rapporté à Pauline.

- Ma foi, s'écria-t-elle, ce n'est pas ma faute !

Ce qui était d'ailleurs assez vrai
!
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Jean2

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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 31 Mar - 8:47

Voilà donc où elle cache ses microbes ....
Atchoummmmm .. j'aurais jamais dû venir dans cette rubrique !
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 31 Mar - 20:14

Ca, c'est une façon détournée de la part de Jean2, pour me rappeler à mes devoirs de "conteuse"........... scratch ...... Razz geek
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 31 Mar - 20:30

Après ce court moment d'abandon, Bonaparte retrouva tous ses soucis. Et, bien souvent, le soir, il faisait appeler Pauline à Elfy-Bey pour lui confier ses inquiétudes. Jamais en effet, la situation n'avait été plus périlleuse pour lui ; son échec militaire allait réjouir les membres du Directoire qui le détestaient ; l'armée d'Orient, réduite à vingt-cinq mille hommes, était menacée d'une nouvelle attaque des Turcs, et lui-même se trouvait à la merci d'un soulèvement égyptien...
En outre - et de cela, bien entendu, il ne parlait pas à sa maîtresse - les révélations de Junot continuaient de le tourmenter.
Il eût été bien plus nerveux encore s'il avait su qu'à la Malmaison - domaine qu'elle avait acheté en faisant un emprunt - Joséphine procédait à des aménagements ruineux et jouait les châtelaines en compagnie de son cher Hippolyte Charles. Le soir, elle se promenait avec luidans les allées, et les passants attardés sur la route de Saint-Germain les contemplaient avec émotion. Trompé par la petite taille de l'ex-officier, il s croyaient que la citoyenne Bonaparte marchait en embrassant son fils Eugène...

Une voisine , les ayant aperçus ainsi enlacés, rentra bien vite chez elle pour y écrire ces lignes édifiantes :


"On la voit de la route et, le soir au clair de lune, lorsqu'avec sa robe blanche et son voile, elle s'appuie sur le bras de son fils qui est en habit noir ou bleu, cela fait un effet presque fantastique ; on dirait que ce sont deux ombres. Pauvre femme ! elle pense peut-être à son premier mari que les bourreaux de la Révolution ont tué ! Elle pense aussi à celui que Dieu lui a rendu et qu'un boulet de canon peut lui emporter en un instant. Comment fait-il, là-bas, pour entendre la messe au milieu de tous ces Turcs ?"

Mais Joséphine n'avait pas d'aussi pieuses préoccupations. Après la promenade, elle entraînait M. Charles sur un grand lit et composait avec lui des figures d'un caractère assez osé...
Sans connaître ces détails Bonaparte souffrait. Parfois, ils se penchait vers Pauline, l'oeil brillant et répétait :


- Pourquoi ne me donnes-tu pas d'enfant ? Je divorcerais et je t'épouserais aussitôt...

Seul un enfant de sa maîtresse pouvait en effet le délivrer de Joséphine et lui rendre son équilibre. Hélas ! la jeune femme demeurait obstinément stérile, et les semaines passaient
.
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Jean2

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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 2 Avr - 9:25

BEn oui quoi ... C'est pas un p'tit rhume qui doit t'empêcher de tapoter sur le clavier!
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 2 Avr - 19:48

Le 15 juillet, Bonaparte apprit que l'armée turque venait d'arriver à Aboukir. En quelques heures, il rassembla ses troupes et fonça vers la mer. Six jour plus tard, avec cinq mille hommes, il anéantissait un ennemi trois fois supérieur en nombre. ... L'échec de Saint-Jean-d'Acre était effacé.
Il résolut alors de profiter du prestige que lui donnait cette victoire - la dernière peut-être qu'il pouvait remporter en Egypte - pour aller renverser le Directoire et ramener l'ordre en France.


Sans prévenir personne, il prépara son départ, et, quand tout fut au point, il appela Pauline :

- Je sais que tu es brave. Ecoute-moi. Je regagne la France dont les nouvelles sont effrayantes. Nos troupes sont battues en Allemagne, en Italie, partout.
Les Autrichiens et les Russes sont sur le point d'envahir notre pays. La Vendée se soulève de nouveau. La famine et l'anarchie règnent. Le Directoire, composé d'incapables et de jouisseurs, est en train de conduire la France à sa perte. Je dois partir.

Pauline éclata en sanglots :

- Emmène-moi !
- C'est impossible. Je peux être pris par les Anglais. Tu dois toi-même prendre soin de ma gloire. Que ne diraient-ils pas en trouvant une femme à mon bord ?

Bellilote, pleura, supplia. Mais Bonaparte fut inflexible. Le lendemain, après avoir confié la jeune femme à Kléber, il s'embarquait secrètement sur la Muiron, avec quelques amis...

Demeurée seule, Pauline espéra qu'au cours des dernières nuits passionnées qu'elle avait passées avec son amant, "un germe créateur de Bonaparte s'était glissé dans son sein". Hélas ! les semaines passèrent sans lui apporter le signe qu'elle attendait...

- "Il" va m'en vouloir, disait-elle.

Et c'était là toute son amertume ; car la pauvre ne pouvait imaginer, bien sûr, que sa stérilité allait l'empêcher de devenir impératrice...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 2 Avr - 20:00

Les bâtisseurs de la légende napoléonienne prétendent que Bonaparte passa tout le temps de la traversée les yeux fixés sur "un petit soleil qui brillait nuit et jour avec éclat, et vers lequel semblait se diriger son navire".

- Nous n'avons rien à craindre, lui font-ils dire, car cet astre qui vient d'apparaître dans le ciel d'Occident est "mon étoile".

A les croire, après chaque repas, Bonaparte, la dernière bouchée avalée, quittait la salle à manger en courant et grimpait sur le pont pour la contempler, songeur, ce signe du destin. (Ce signe, entré dans la légende, faillit être officialisé. En 1801, Bonaparte voulut le prendre comme emblème lorsqu'il créa la Légion d'honneur, qu'il envisagea tout d'abord d'appeler l'Etoile.)


La vérité est, naturellement, bien différente.
Pourtant, s'il ne s'adonnait pas à l'astronomie populaire, Bonaparte n'en avait pas moins une activité extrêmement intéressante pour ses biographes : il jouait aux cartes...
Ce passe-temps paraîtra anodin. Il devient savoureux lorsqu'on lit les Mémoires de Bourrienne. Celui-ci rapporte en effet que le général ne dédaignait pas d'aider la chance par des procédés illégaux et généralement réprouvés par les autres joueurs. (Quand on le lui reprochait, il répondait le plus sérieusement du monde : "Il ne faut jmais rien laisser au hasard...")


La légende doit donc être modifiée. A l'image émouvante d'un jeune homme choisi par le destin et voguant vers la France les yeux fixés sur son étoile, il nous faut substituer celle d'un officier ambitieux allant vers le pouvoir en trichant...

La réalité n'est pas moins significative que la fiction, mais le symbole qui s'en dégage, nous en convenons, est différent.
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 2 Avr - 20:46

Le 2 octobre, après avoir, d'une façon quasi miraculeuse, réussi à percer le blocus anglais, Bonaparte débarqua à Ajaccio.
Fou de joie, il alla embrassr des cousins, sentir les fleurs de la montagne, bavarder avec des bergères, rêver dans un chemin de son enfance. Mais il n'uet pas le temps de renouer des relations avec les belles amies qu'il avait connues cinq ans plus tôt. Il le regretta, car malgré Pauline, dont il n'oublait pas l'adorable corps, malgré Joséphine, qu'il aimait douloureusement, il ne lui aurait pas déplu de calmer avec une vigoureuse Ajaccienne "les ardeurs qui s'étaient accumulées dans son principe depuis le départ du Caire".

Enervé par les six semaines de roulis, il regardait les jeunes filles d'un oeil brillant et s'interrompait parfois au milieu d'une phrase pour suivre du regard "la croupe ondulante d'une adolescente qui passait"...


Pendant six jours, une foule extraordinaire se pressa à sa porte, car, nous dit Bourrienne, "sa renommée avait considérablement augmenté sa famille".

De temps en temps, il voyait entrer chez lui une magnifique créature au sein provocant et à la fesse bien dessinée, avec laquelle il aurait bien volontiers repeuplé l'île ; mais c'était toujours une cousine, une jeune tante, une filleule...
Congestionné, il devait l'embrasser sagement sur les joues et lui demander des nouvelles des siens.

Cette contrainte familiale l'irritait :

- Décidément, il me pleut des parents ! disait-il en donnant de coups de pied dans les meubles.


Le 7 au soir, il remonta à bord de la Muiron sans avoir pu apaiser son tourment. Il en conçut quelque dépit et envia ceux qui avaient été assez heureux pour consacrer un peu de temps à l'amour. Il l'avoua d'ailleurs sans honte. Ecoutons Roustan, le mameluk qu'il ramenait d'Egypte, nous conter la chose dans son style particulier :

"Nous n'avons pas fait la quarantaine comme on fait ordinairement. Le général a débarqué, une heure après son arrivée en rade, ensuite descendu dans la maison qu'il était né. Le général il me fait demander comment je trouve son pays natal. Je lui dis :

" - Très bien, c'est un bon pays.
"Il me dit :
" - C'est rien. Quand nous serons arrivés à Paris, c'est bien autre chose !
"Il y avait plusieurs jolies femmes qui avaient beaucoup de bontés pour moi, comme étant étranger...
"Nous sommes embarqués de nouveau dans la frégate, partir pour Toulon, mais le temps était si mauvais, nous sommes obligés de retourner encore en Corse, et nous y avons été un jour entier, et nous sommes partis le jours après pour Toulon.
"Chemin faisant, le général et le général Berthier commencent à rire en me voyant, en disant :


" - Comment ! Tu es plus habile que nous ! Tu as eu déjà les femmes en France, et, nous, nous en avons encore pas eu !"
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 3 Avr - 20:02

Tandis que Bonaparte naviguait vers la France, à Paris, le Directoire contnuait sa fête burlesque. Merveilleuses, Muscadins, Incroyables, dansaient, organisaient des soirées légères et trafiquaient sur les denrées rares tout comme le feront, cent quarante-deux ans plus tard, leurs descendants, les "zazous", qui, vêtus de vestes trop longues et de pantalons trop courts, chaussés de mocassins à triples semelles et le front orné d'un toupet ridicule, danseront le swing au cours de folles surprises-parties, entre deux opérations de marché noir...

Toute cette "jeunesse dorée" gazouillait d'une façon grotesque, à l'imitation du chanteur de charme Garat, qui ne prononçait pas les "r".
Et, sur les boulevards comme aux Champs-Elysées, on pouvait entendre des propos ahurissants de bêtise.
Voici un exemple de leurs dialogues rapporté par un témoin, à la date du 2 octobre 1799 :


" - C'est incoyable, ma petite paole d'honneu panachée ! Avez-vous entendu Baas ?
" - Oh ! mon ché ami, quel gand diecteu ! Il a pononcé un discou meveilleux !
" -Et sa maîtesse ?
" - Laquelle, saqué faceu ? Il en a tois !
" - Lange ! Bien sû !"
(Marquis DE VILLADIEU, Souvenirs.)


Car, lorsque, ces jeunes gens ne s'entretenaient pas - dans leur zézaiement infantile - d'une bonne affaire de beurre ou de sucre, c'étaient des favorites de Barras qu'ils s'occupaient. Or, Mlle Lange, cette ancienne comédienne aux moeurs faciles, qui venait d'épouser Michel-Jean Simmons, un riche carrossier de Bruxelles - mais dont le corps charmant continuait d'agrémenter le lit du Directeur - était, depuis quelque temps, l'objet d'un intérêt amusé.
On commentait ses frasques, on énumérait ses amants, on engageait des paris sur le nombre de ses grains de beauté, on assurait qu'elle se faisait teindre "le duvet de la nature" aux couleurs de la Ville de Paris, on copiait la forme de ses chemises ; bref, elle était la coqueluche de la jeunesse dorée.
Fin septembre, elle fut l'héroïne d'un petit scandale bien parisien. Elle avait commandé son portrait à Giraudet, dont on commençait à louer le talent. Le peintre s'exécuta et exposa le tableau au Salon, où il obtint naturellement un immense succès.
Mlle Lange vint "se voir" en compagnie du critique de L'Arlequin du Salon. Lorsqu'elle fut devant la toile, elle poussa un cri d'horreur.

- Le peintre a retouché mon nez. C'est honteux !

Puis elle piqua une crise de nerfs. On dut l'étendre sur un canapé.
Le lendemain, le critique publiait un article extrêmement sévère sur Giraudet. Furieux, l'artiste se rendit au Salon, décrocha le portrait, le découpa en petits morceaux, et en fit un paquet qu'il envoya à sa cliente avec les débris du cadre. Après quoi, désireux de parfaire sa vengeance, il rentra chez lui et exécuta rapidement un autre tableau.
Trois jours plus tard, le public ravi pouvait admirer au Salon une grande toile représentant Mlle Lange compètement nue en Danaé, arrosée d'une pluie d'or.
A ses côtés, se trouvait un dindon figurant son mari...

- Les théologiens ne se disputeront plus, disaient en riant les beaux esprits, puisqu'on a vu "le sexe de Lange".


Ainsi s'amusait Paris, tandis que Bonaparte s'approchait secrètement des côtes de France...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 3 Avr - 20:22

BONAPARTE RENTRE A PARIS ET TROUVE LA MAISON VIDE



Eho ! Eho !
Je n'entends que l'écho... - Vieille chanson poitevine -


LE 9 octobre 1799, vers minuit, au premier étage de son hôtel de larue de la Victoire, Joséphine se trouvait dans une posture charmante et immodeste, qui eût inspiré n'importe quel peintre de ce XVIIIe siècle finissant.
Complètement nue, elle était allongée sur un lit, à côté d'Hippolyte Charles, qui par plaisanterie - et en manière d'hommage - "lui avait piqué une marguerite d'automne dans le crypsimen" (PIERRE BOUILLET, Joséphine et l'amour.)

Ainsi fleurie au bon endroit, elle ressemblait, nous dit-on, "à la déesse Flore elle-même"...
Après une joute amoureuse qui avait fripé les draps et éparpillé les oreillers sur le tapis, les deux amants, l'âme quiète, l'esprit calme et le corps dispos, savouraient leur bien-être en discourant à bâtons rompus...

- Il y a sept mois que je n'ai pas de nouvelles de Bonaparte. S'il n'est pas mort dans les sables, il ne vaut guère mieux ! C'est un homme fini, disait Joséphine en promenant sa main fine sur la poitrine velue d'Hippolyte.

Elle ajouta :

- Je calculais, ce matin, que je n'ai pas vécu douze mois avec lui, alors que nous sommes amants, nous, depuis plus de deux ans...

Elle eut un petit rire, mit son pied sur le ventre d'Hippolyte et conclut d'un ton faussement désinvolte :

- Mon vrai mari, c'est toi ! Je devrais divorcer et t'épouser...


Inquiète de l'effet produit par sa phrase, elle jeta un regard en biais sur son amant. Ce qu'elle vit ne lui donna pas bon espoir. L'ex-capitaine de hussards, épouvanté par cette brusque demande en mariage, avait, à tout hasard, pris un air buté et considérait le plafond sans rien dire. Elle l'observa un moment et bientôt ne le reconnut plus. A mesure que se précisaient, dans l'esprit d'Hippolyte, les conséquences d'une union avec la Créole, ses sourcils se rapprochaient, ses yeux devenaient ternes, sa bouche tombait, son nez s'allongeait, et l'ensemble de son visage prenait l'aspect d'un masque de polichinelle atterré.
Joséphine comprit qu'elle faisait fausse route. La veille, elle était allée demander conseil à Barras et à Gohier, président du Directoire. Barras s'était prononcé contre le divorce, mais Gohier, qui espérait devenir son amant, l'avait vivement engagée à se séparer de Bonaparte et à épouser M. Charles.

Le manque d'enthousiasme manifesté par celui-ci résolvait le problème... Incapable de fixer longtemps sa pensée, même sur une déception, elle entreprit de dérider Hippolyte en lui chatouillant les aisselles avec ses doigts de pieds.
L'ex-capitaine, comprenant que le danger était passé, respira, reprit un visage normal et s'occupa "avec légèreté, science et talent, du joli petit pot de fleurs de Joséphine..."


La nuit fut, comme à l'ordinaire, tumultueuse, et les deux amants, épuisés, s'endormirent au moment où la dernière diligence passait en grinçant sur le petit pont de la Grange-Batelière...

Le lendemain soir, Joséphine se rendit au Luxembourg, où les Gohier l'avaient priée à dîner
.
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Jean2

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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 4 Avr - 10:06

Ouff j'avais peur que tu n'aies déja mis les bouquins dans les cartons !
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 4 Avr - 13:09

Pendant tout le repas, les convives s'amusèrent d'une histoire qui courait la capitale, et dont le héros malheureux était un membre éminent de l'Institut.
Cette histoire, qui fit la joie des Parisiens en cet automne 1799, nous est rapportée ainsi par la Chronique secrète :


"M. L... était grand amateur de curiosités naturelles ; il travaillait à la formation d'un cabinet où les productions des quatre parties du monde venaient, tour à tour, prendre rang. Un beau jour, on apporte la superbe dépouille d'un tigre royal ; il la place sur une sorte de mannequin, de manière à lui rendre l'apparence de la vie, et il invite ses amis à venir l'admirer.
Or, tandis que M. L... s'occupait de zoologie, Mme L..., son épouse, s'intéressait passionnément à un jeune lieutenant de dragons de vingt-deux ans, beau comme Adonis, et taillé en gladiateur combattant.
"Dès que l'érudit quittait sa maison, le lieutenant y établissait son quartier général.
"Ce manège dura quelque temps, à la satisfaction des amants qui se savouraient en toute tranquillité...
Mais tout a un terme, et la mauvaise fortune a la fâcheuse habitude remplacer la bonne.

"Il advint que, dans le moment où l'on croyait notre illustre savant à l'Institut, il se présenta, non seul, mais en compagnie, amenant deux particuliers pour qu'ils vissent son tigre...
"Où cacher l'amant ? Toutes les issues sont fermées, et, s'il est rencontré, quel scandale ! Mais comment faire ? ... Une idée se présente. On ignore ce que veut le savant ; il ressortira peut-être... Et vite, vite, l'amant est niché sous la peau bigarrée. Il est fort à l'aise ; la carcasse est vaste, le mannequin posté très à propos.

"Cependant, le mari et les invités arrivent.

" - Ma femme, ces citoyens viennent voir ma peau !
" - Votre peau ?
" - Oui, celle de notre bête !
" - La voilà, citoyens !
" - Qu'elle est belle !

"Et chacun de s'extasier, et la dame de frémir. On tourne autour, on examine. L'un passe sa main sur le poil, l'autre soulève un pan...

" - Oh ! que vois-je, dit celui-ci ; on a doublé ce tigre avec un habit militaire...
"Il tire, on résiste, il ne lâche point ; tout à coup, un juron se fait entendre et les trois hommes bondissent vers la porte.

" - Attention ! crie l'un d'eux, il n'est pas mort !

"Et les voilà qui dévalent dans le jardin comme si le fauve était à leurs trousses.
"A cinquante pas de la maison, ils s'arrêtent, se concertent et décident de retourner voir le tigre.


" - Je suis pourtant sûr qu'il était mort, dit l'amateur de curiosités naturelles.

"Naturellement, le jeune lieutenant avait filé, et, quand nos trois hommes, un peu tremblants, soulevèrent la peau, ils ne trouvèrent qu'une carcasse vide..."

Le mari fut rassuré. Et, dans le silence de son cabinet, il put continuer à caresser, avec orgueil, la peau du tigre, tandis que la femme, dans la tiédeur d'un grand lit, caressait, avec amour, celle du dragon
...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 4 Avr - 13:27

Joséphine riait encore de cette histoire, lorsque, au dessert, un garde apporta une dépêche au président. L'yant lue, celui-ci sembla stupéfait et se tourna vers son invitée :

- Une dépêche vient d'arriver par le télégraphe optique. Bonaparte est en France ...

Ce fut comme un coup de foudre, Joséphine devint blême :

- Où est-il ?
- Il a débarqué hier à Fréjus. Dans deux jours au plus tard, il sera ici.


Prise de vertige, la Créole se sentit perdue. En arrivant à Paris, Bonaparte allait être informé de son inconduite par Laetitia, par Joseph, par Lucien, qui la haïssaient. Il fallait voler à se rencontre, le charmer, le reprendre par les sens... Elle se leva :

- Je vais au-devant de lui, dit-elle. Il est important pour moi que je ne sois pas précédée par ses frères, qui m'ont toujours détestée. Du reste, je n'ai rien à craindre de la calomnie. Quand Bonaparte apprendra que ma société particulière a été la vôtre, il sera aussi flatté que reconnaissant de l'accueil que j'ai reçu dans votre maison pendant son absence.

Et prenant congé, elle rentra chez elle immédiatement. Le lendemain matin, accompagnée de sa fille, elle montait dans la chaise de poste et s'élançait sur la route de Lyon...
Cette extraordinaire équipée a été contée par la reine Hortense (fille de la Créole).


"Le général Bonaparte débarqua à Fréjus au moment où il était le moins attendu. L'enthousiasme fut si grand que tous les habitants de la ville se portèrent vers la frégate, y montèrent et rompirent par-là les lois de la quarantaine.
"La France, à cette époque, était si malheureuse, que tous les bras lui furent ouverts et que toutes les espérances se tournèrent vers lui. Je partis avec ma mère pour aller à sa rencontre. Nous traversâmes la Bourgogne où, à chaque village, des arcs de triomphe étaient élevés. Lorsque nous nous arrêtions pour changer de chevaux, le peuple se pressait autour de notre voiture et nous demandait s'il était bien vrai que leur sauveur arrivât, car c'est le nom que la France entière lui donnait alors. L'Italie perdue, les finances épuisées, le gouvernement directorial sans force et sans considération, faisaient regarder ce retour comme un bienfait du ciel."

Mais Joséphine ne pensait pas à la politique. A peine voyait-elle les arcs de triomphe... Le visage crispé, les yeux fixés sur l'horizon, elle pensait :

- Que je le voie la première, et je suis sauvée
!
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 4 Avr - 13:42

En arrivant à Lyon, Joséphine vit avec stupéfaction que des ouvriers démontaient les portiques fleuris, décrochaient les lampions et roulaient les banderoles destinées à saluer en termes pompeux le retour du général.
Elle en conçut une inquiétude. Faisant arrêter sa voiture, elle passa la tête par la portière et interpella un homme :

- Je suis la citoyenne Bonaparte. Pourquoi retirez-vous ces drapeaux et ces feuillages ?

L'ouvrier la considéra un instant.

- Parce que la fête est finie, dit-il.

Joséphine se sentit mal à l'aise. Elle bredouilla :

- Et Bonaparte ?

L'autre fronça les sourcils :

- Le général Bonaparte ? Mais il y a deux jours qu'il est passé...


La pauvre eut alors l'impression que le sol s'affaissait sous ses pieds. Refusant pourtant de croire à une aussi effroyable réalité, elle dit encore :

- C'est impossible, je viens de Paris et je ne l'ai pas rencontré...

L'ouvrier éclata de rire :

- C'est qu'il y a deux routes, ma bonne dame... Vous avez pris celle de Bourgogne et le général celle du Bourbonnais...

Cette fois, Joséphine comprit qu'elle était perdue.
Elle alla se rasseoir dans le fond de la voiture. Son accablement était tel qu'elle ne pouvait articuler une parole. Et la berline serait sans doute restée longtemps en stationnement dans ce faubourg lyonnais si Hortense n'avait eu la présence d'esprit de crier au cocher :

- Vite, filons à Paris par la route du Bourbonnais. Et tâchons de le rattraper...

Une heure plus tard, les deux femmes remontaient à toute vitesse vers la capitale avec l'espoir insensé de rejoindre Bonaparte.
..
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 4 Avr - 13:57

Insensible aux cahots, Joséphine, livide, les traits tirés, réfléchissait. Pour la première fois de sa vie, elle se jugeait stupide, inconséquent et frivole. Elle, si rouée, si finaude d'habitude, avait abandonné, trompé, bafoué l'homme que toute la France acclamait - et qui, demain peut-être, prendrait la place de Barras au Directoire - pour un avorton tout juste bon à trafiquer et à faire des calembours... Son manque de clairvoyance l'avait conduite à s'afficher avec Hippolyte Charles sur le boulevards et au théâtre sans se soucier de la famille Bonaparte, qui devait être en train d'instruire le général de son infortune.
A cette idée, Joséphine frissonna.

A trente sept ans, déjà fanée, les dents gâtées, la peau flétrie, elle risquait d'être répudiée. Prise de vertige, elle pensa à ses deux enfants, aux dettes qu'elle avait contractées pour acheter la Malmaison, pour meubler somptueusement l'hôtel de la rue de la Victoire, pour s'habiller, pour recevoir... Renvoyée par Bonaparte, qui paierait ses créanciers ? Qui l'hébergerait ? L'habillerait ? La ferait vivre ? Barras ? Gohier ? Ni l'un ni l'autre ne voudrait se charger d'un million et demi de dettes et de deux enfants, en échange de charmes usés t d'un visage abîmé par les fards...
Effondrée, elle se mit à pleurer doucement.



Pendant ce temps, Bonaparte arrivait à Paris, accompagné d'Eugène de Beauharnais. Extrêmement ému à la pensée de revoir Joséphine, il se rendit immédiatement rue de la Victoire où - il n'en doutait pas - la maison était en fête pour le recevoir.
Lorsque la berline s'arrêta dans la cour de l'hôtel Chantereine, le Corse, oubliant les accusations portées par Junot les soupçons qui l'avaient tant fait souffrir au Caire, n'avait plus qu'une idée : serrer contre lui le corps adorable de sa femme...
Il sauta de voiture, courut vers la maison, entra et fut saisi : le vestibule était sombre et désert. Il appela, ouvrit des portes; les pièces étaient vides, froides. Furieux, il monta au premier étage et trouva un domestique :

- Où est ma femme ?
- Elle est partie à votre rencontre.
- C'est faux ! Vous mentez ! Elle est avec son amant ! Prenez toutes ses affaires, faites-en des paquets et portez-les chez le concierge. Elle les fera prendre.
A ce moment, Laetitia parut, les larmes aux yeux :

- Je t'attendais, dit-elle.

Puis, ayant embrassé son garçon, elle se lança dans un discours féroce et véhément contre Joséphine, qu'elle traita plusieurs de "putana"...

Le soir, Joseph, Lucien, Elisa et Pauline vinrent, à leur tour, accabler l'absente.
Quand il alla se coucher, Bonaparte était décidé à divorcer
...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 4 Avr - 15:54

Le lendemain, Collot, riche fournisseur aux armées d'Italie, financier rival d'Ouvrard et de Récamier, vint lui faire une visite. Il le trouva dans sa chambre, penché sur un grand feu, l'air abattu.
En deux mots, Bonaparte, qui, on le sait, ne pouvait rien garder pour lui, le mit au courant de sa décision.
Selon Bourrienne, qui rapporte cette scène dans ses Mémoires, Collot sursauta :

" - Quoi ? dit-il. Vous voulez quitter votre femme ?
" - Ne l'a-t-elle pas mérité ?
" - Je l'ignore, mais est-ce le moment de vous en occuper ? Soyez à la France. Elle a les yeux fixés sur vous. Elle s'attend à voir tous vos instants consacrés à son salut ; si elle s'aperçoit que vous vous agitez dans des querelles domestiques, votre grandeur disparaît. Vous n'êtes plus, à ses yeux, qu'un mari de Molière.
Laissez-là les torts de votre femme. Si vous n'en êtes pas satisfait, vous le renverrez quand vous n'aurez pas autre chose à faire. Mais commencez par relever l'Etat. Après, vous trouverez mille raisons pour justifier votre ressentiment ; aujourd'hui, la France n'en trouverait aucune, et vous connaissez trop bien nos moeurs pour ne pas sentir combien il vous importe de ne pas débuter par le ridicule.


" - Non. Mon parti est pris. Elle ne mettra pas le pied dans ma maison. Que m'importe ce qu'on dira, répliqua Bonaparte. On en bavardera un jour ou deux ; on n'en parlera plus le troisième. Au milieu d'évènements qui s'amoncellent, que sera-ce qu'une rupture ? La mienne ne sera point aperçue. Ma femme ira à la Malmaison. Moi, je resterai ici. Le public en sait assez pour ne pas se tromper sur les raisons de son éloignement.

" - Tant de violence, lui dit Collot, me prouve que vous en êtes toujours épris. Elle paraîtra, s'excusera ; vous lui pardonnerez vous serez plus tranquille."

Bonaparte sauta sur place, comme piqué par un insecte.

" - Moi ? lui pardonner ? Jamais ... Vous me connaissez bien... Si je n'étais pas sûr de moi, j'arracherais ce coeur et je le jetterais au feu..."


Le lendemain, vers 11 heures du soir, Joséphine arriva rue de la Victoire. Le concierge l'arrêta, fort gêné.

- Le général a défendu de vous laisser entrer.

Humiliée comme si on l'avait giflée, Joséphine éclata en sanglots. Emu, le portier ouvrit la grille.
Sur la porte de l'hôtel, Agathe, la camériste, attendait sa maîtresse.

- Le général s'est enfermé à clé dans sa chambre, murmura-t-elle.

Joséphine monta en pleurant, frappa à la porte, supplia, se coucha sur le palier, implora son pardon, bredouilla des mots sans suite, rappela le temps de leurs amours, leurs nuits de volupté, leurs caresses et finit par gémir doucement, la tête appuyée contre la porte, sans se douter que, dans la chambre, Bonaparte, déchiré par l'émotion, pleurait lui aussi...

Au bout d'une heure, la brave Agathe, qui sanglotait dans l'escalier, eut une idée ; elle alla chercher Hortense et Eugène, et leur demanda d'intercéder pour leur mère. Les deux enfants - qui pleuraient comme tout le monde (décidément, il faisait très humide chez Napo !) - se mirent à genoux et implorèrent Bonaparte dans le style du temps :

" - N'abandonnez pas notre mère ! ... Elle en mourra !... et nous, pauvres orphelins, nous dont l'échafaud a déjà dévoré le protecteur naturel, faut-il que l'injustice nous prive de celui que la Providence nous avait envoyé ? ...

Alors Bonaparte ouvrit la porte. Blême, les yeux brillants, il tendit les bras à Joséphine, qui s'y précipita...

Ecoutons-le nous raconter lui-même cette scène :

"On ne m'a pas fait un coeur pour voir impunément couler les larmes. J'ai été profondément ému ; je n'ai pas pu tenir aux sanglots de ces deux pauvres enfants ; je me suis dit : doivent-ils être victimes des fautes de leur mère ? Que voulez-vous que je fasse à cela ? On n'est pas un homme sans être faible."

Après l'avoir embrassée, Bonaparte entraîna Joséphine sur son lit. Et le lendemain, quand Joseph vint rue de la Victoire, il les trouva couchés tous les deux.
... Au cours d'une nuit savoureuse, le pardon avait été accordé
.
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 4 Avr - 16:39

DESIREE CLARY ALLIEE SECRETE DE BONAPARTE



En politique, il faut avoir l'appui des femmes ; les hommes vous suivront alors tout seuls. - Adolf HITLER -



APRES le départ de son frère, Bonaparte se leva, s'habilla et ouvrit la fenêtre. Des parfums d'automne pénétrèrent dans la chambre. Il les respira avec délices et contempla un long moment son jardin et la Butta Montmartre où s'étageaient les vergers, les vignes et les moulins à vent...
Des cultivateurs, la pioche sur l'épaule, s'en allaient à leurs champs. D'autres venaient des petits villages de la Chapelle ou des Batignolles en voitures à âne pour vendre leurs légumes, leurs fruits et leurs oeufs marché Saint-Honoré. Certains, dans de grands paniers couverts, portaient des fromages et du beurre destinés à quelque membre du gouvernement. En ces temps de disette, seuls les gens en place pouvaient, en effet, se payer des produits rares. La plupart des denrées coûtaient d'ailleurs fort cher, et le petit peuple, qui avant tant espéré de la Révolution, se retrouvait, après dix années de drame, plus malheureux qu'avant 1789...

La demi-livre de café valait 210 livres, un paquet de chandelles 625 livres, une voie de bois 7 300 livres ...
Quant au sucre, il était si rationné que les Français usaient d'un curieux stratagème pour le faire durer ; on en attachait un morceau au bout d'une ficelle fixée au plafond, et chaque membre de la famille le trempait un temps déterminé (et égal pour tous) dans sa tasse de café ou de tisane. Celui qui avait le malheur de le conserver quelques secondes de trop était injurié, nous dit-on, "comme s'il était rendu coupable d'un véritable v
ol"...

Bonaparte savait tout cela. Sa mère et ses frères lui avaient parlé longuement de la misère du peuple, de la dévalorisation des assignats, du scandale des agioteurs et de la malhonnêteté des membres du Directoire. Brusquement, il désira connaître les sentiments des Parisiens à l'égard des gouvernants. L'action qu'il projetait ne pouvait être entreprise que si le peuple de la capitale était prêt à le suivre, que si les cinq Directeurs avaient écoeuré toutes les classes de la société, que si, en un mot et pour utiliser l'expression dont il usait lui-même : "la poire était mûre"...
Il referma la fenêtre, embrassa Joséphine qui dormait en souriant, et descendit dans son bureau pour accueillir les différents personnages qui lui avaient annoncé leur visite.

Le corps et l'esprit apaisés par sa nuit d'amour, il les reçut courtoisement, les interrogea avec habileté, et, tout au long de cette première matinée de travail effectif, prit le pouls de la population parisienne.
Ce qu'il apprit l'enchanta...
Le régime était exécré, et chaque jour, ou presque, les habitants de la capitale trouvaient le moyen de se moquer ouvertement - et avec esprit - des cinq Directeurs.


C'est ainsi que le soir de la première représentation de la Caverne, au moment où les quatre voleurs qui figuraient dans la pièce avaient paru en scène, un spectateur s'était écrié :

- Il n'y en a que quatre ? Et le cinquième ?

La salle avait manifesté une telle joie que les comédiens, gagnés par le fou rire, s'étaient approchés de la rampe pour mêler leurs bravos à ceux du public, et qu'on avait assisté à cette scène incroyable et unique sans doute dans l'histoire du théâtre ; des acteurs alignés sur l'avant -scène et applaudissant un spectateur...
Bonaparte apprit également qu'un parfumeur de la rue de la Loi avait gagné beaucoup d'argent en vendant un éventail séditieux sur lequel étaient peintes cinq bougies allumées, dont une, placée au milieu, surmontait les quatre autres par sa grandeur. On lisait d'un côté ces mots : Supprimez-en quatre ; et, de l'autre : Il faut de l'économie.

Peu à peu, en effet, devant le scandale de l'incapacité du nouveau gouvernement, bien des gens envisageaient benoîtement un retour à la monarchie... Et Bonaparte, qui se disait farouchement républicain, malgré ses projets précis, feignit la colère en apprenant que les Incroyables et les Muscadins, dont les sentiments royalistes n'étaient un secret pour personne, réclamaient l'avènement de Louis XVIII par une chanson contre les Cinq Cents. (Le corps législatif était alors formé de deux assemblées : le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq Cents)

Cette chanson, bâtie sur un amusant "à peu près", s'intitulait : Les cinq sens.


Jusqu'à ce jour, de nos cinq sens,
On a vanté la jouissance ;
Mais aujourd'hui, moi je prétends
Qu'un seul est nécessaire en France.

Pour respirer un air malsain
Que sert un
odorat facile ?
Et réduit à mourir de faim

Le goût peut-il nous être utile ?

Dépouillés de tout, sans argent,
Du toucher que pouvons-nous faire ?
Et la vue est-elle un présent
Pour qui ne voit que la misère ?

Mais pour, d'un heureux changement,
Avoir la nouvelle prospère,
Des cinq sens,
l'ouïe est vraiment
Le seul qui nous soit nécessaire



L'éventualité d'un complot royaliste effleura un moment l'esprit de Bonaparte, qui fronça les sourcils.
Une petite histoire le dérida :

On racontait qu'un Gascon avait envoyé un mémoire au Conseil des Cinq Cents en l'intitulant :

"Mémoire au conseil des 500 000."

Quelqu'un lui ayant fait observer qu'il avait mis trois zéros de trop, le brave homme s'était écrié :

- Sandis ! je n'en mettrai jamais autant qu'il y en a...

Un visiteur, enfin, combla d'aise Bonaparte en lui apprenant que les ennemis du régime étaient si convaincus de voir la chute du Directoire que, deux mois plus tôt, à la nouvelle de la victoire d'Aboukir, beaucoup d'entre eux avaient porté des breloques représentant une lancette, une laitue et un rat, rébus concret qui signifiait " L'an sept les tuera"...

Le soir, Bonaparte, le coeur léger, se rendit au Th
éâtre Français en compagnie de Joséphine.

Au moment où il descendait de voiture, une femme l'aborda et lui dit :

- C'est fort bien, mon ami, de frotter les ennemis, mais tu devrais maintenant chasser les cinq coquins qui nous dévorent.

Puis elle ajouta en clignant de l'oeil :

- Toi au moins, si tu nous manges, le laurier ne manquera pas à la sauce...

Bonaparte éclata de rire et entra au théâtre où les braves gens qui, depuis Fréjus, semblaient le pousser à agir, l'applaudirent chaleureusement.
Décidément, la poire était bien mûre. Il ne restait plus qu'à la cueillir...

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 6 Avr - 19:47

Pendant le spectacle, sachant qu'il était indispensable, pour inspirer confiance aux braes gens, de donner tous les signes du bonheur conjugal, Bonaparte tint ostensiblement la main de Joséphine.
Au moment où il se préparait à conquérir le pouvoir, le moindre scandale de sa vie privée pouvait être - en effet - catastrophique. Il fallait que le peuple, las des désordres de Barras, désirât être gouverné par un homme vertueux, marié à une femme fidèle... Il fallait que son ménage fût le symbole de l'ordre qu'il voulait rétablir dans la nation...


Or, au même instant, à huit cents lieues de Paris, sur les bords du Nil, une femme amoureuse s'apprêtait à revenir en France, où elle voulait reprendre sa tumultueuse liaison avec Bonaparte.
Cette femme, c'était Pauline Fourès... Pauline, que le Corse, occupé par les soucis de la politique et les retrouvailles de Joséphine, avait un peu oubliée...

Après le départ de son amant, la pauvre Bellilote, mise en quarantaine par les officiers, repoussée par se anciennes "amies", était allée demander aide et protection à Kléber, le nouveau général en chef.
Prompt dans ses décisions, celui-ci l'avait mise immédiatement dans son lit. Comme il était fort beau, Pauline, à qui la chasteté commençait à peser, n'avait pas protesté... Pourtant, elle aimait Bonaparte, et son seul désir était de le rejoindre, de lui donner un fils, d'être sa femme. A plusieurs reprises, elle avait demandé à Kléber de l'autoriser à prendre un bateau. Trop heureux de retenir près de lui la maîtresse de l'homme qu'il traitait de déserteur, l'Alsacien avait refusé.


Pendant deux mois, patiemment, humblement, Bellilote pria, supplia. Désespérée, elle finit par s'adresser au docteur Desgenettes, qui alla plaider sa cause auprès de Kléber et obtint qu'elle fît partie du prochain convoi à destination de Marseille.
Folle de joie, Pauline reçut le lendemain son passeport et un bon pour une somme rondelette à toucher dans une banque d'Alexandrie, accompagnée de ce petit mot :


Ma chère amie, vous n'avez plus rien à faire ici.
Regagnez la France, où vous avez un ami qui ne peut manquer de s'intéresser à vous. Soyez heureuse et, au milieu de votre prospérité, pensez quelquefois à celuique vous laissez ici. Il eut un jour la main lourde, mais la prospérité dira qu'il avait le coeur bon.

Kléber

(Un soir, dans un geste de colère, Kléber l'avait lancée dans son jardin, "comme un paquet", par la fenêtre du salon - Cf. E. GUILLON, un trottin de l'an VII : Histoire de l'armée d'Egypte, Grande Revue, 1er novembre 1899)

A cet aimable billet était jointe une lettre de recommandation destinée au Général Menou, commandant de Rosette :

Au Caire, le 9 vendémiaire an VIII

La personne qui vous remettra cette lettre, mon cher général, est la citoyenne Forest (sic) ; elle désire passer en France, rejoindre le héros, l'amant qu'elle a perdu, et attend de votre obligeante courtoisie que vous lui ferez faire ce voyage le plus tôt possible et en bonne compagnie, et tout cela elle saura mieux le solliciter que moi.
Je vous salue bien cordialement.

Kléber
.


Pauline quitta Le Caire le 15 octobre, et, neuf jours plus tard, Menou envoyait cette lettre à Kléber :

Mon cher général, la belle est arrivée, mais je ne l'ai point vue. Je lui rendrai sans la voir tous les services qui seront en mon pouvoir, pourvu qu'il n'y ait rien à démêler avec le mari. Il y a longtemps que je sais et que j'ai éprouvé qu'il
ne revient rien de bon à se mêler d'affaires semblables. Soyez assuré qu'en France il sera parlé de celle-ci ; l'homme en question a beaucoup d'ennemis et il se trouvera au Corps législatif quelqu'un qui fera sur la galante aventure une discours de deux heures au moins. Vous voyez d'ici tout ce qu'on peut dire là-bas ? Nous serions bien arrangés, nous autres pauvres diables, si nous entrions pour quelque chose dans la bataille.

En attendant le départ du bateau et pour passer agréablement le temps, Pauline devint la maîtresse de Junot, qui , lui aussi s'apprêtait à quitter l'Egypte.
Enfin, le 25 octobre, tous deux montèrent à bord de l'America...

Huit jours plus tard, Bellilote débarquait à Marseille...

Si les fonctionnaires marseillais chargés de faire observer les lois sanitaires avaient agi à l'égard de Pauline comme avec Bonaparte, la jeune femme, à peine débarquée, eût sauté dans une voiture de poste et serait partie immédiatement pour Paris.


... Et le coup d'Etat du 18 Brumaire n'aurait peut-être pas eu lieu...

Les membres du Directoire, ainsi que les adversaires jacobins et royalistes du futur consul se seraient empressés, en effet, de réveler aux Parisiens que l'homme qui représentait à leurs yeux l'ascétisme et la vertu était "relancé" par une concubine.
Des pamphlets auraient révélé, sur un mode plaisant en termes gaulois, le rôle joué par Pauline au Caire.
Des libelles "remplis des turpitudes de ce héros réputé sans tache" (Baron de SOUBEILLE, Mémoires) seraient parvenus, par les soins des colporteurs, jusque dans les chaumières, et le bon peuple, déçu aurait pensé que ce Bonaparte, ne valait pas mieux que les autres...
Mais les fonctionnaires de Marseille firent leur devoir, et Pauline Fourès, soupçonnée d'être porteur du germe de la peste, comme tout voyageur revenant d'Egypte, dut subir la loi de la quarantaine
.
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 6 Avr - 20:29

Pendant qu'elle se morfondait dans un lazaret, son amant se préparait à renverser le Directoire, à chasser ceux qu'il appelait les "pourris" et à remplacer la Constitution de l'An III par une nouvelle charte propre à lui donner le pouvoir.
Avec la complicité d'un des Directeurs, Emmanuel Sieyès (les quatre autres étaient Barras, Roger-Duco, Moulin et Gohier) qui avait un texte tout prêt, il projetait de faire convoque le Conseil des Anciens en séance extraordinaire, d'y venir dénoncer un pseudo-complot contre la sûreté de l'Etat, de faire transférer, sous prétexte de le mettre à l'abri des agitateurs, le corps législatif au château de Saint-Cloud (en réalité, il s'agissait, bien entendu, de retirer aux députés la possibilité de soulever le peuple de Paris contre Bonaparte et ses complices.), de se faire nommer commandant en chef des troupes de Paris et de se présenter, enfin, devant le Conseil des Cinq Cents présidé par Lucien Bonaparte pour y faire élire trois consuls chargés de réviser la Constitution...


Après avoir pris de nombreux contacts et s'être assuré des concours dans tous les milieux, le Corse découvrit qu'il existait un homme, Jacobin fanatique et ambitieux, contre lequel il allait devoir lutter. Cet homme, depuis longtemps, le détestait et l'enviait. Un matin, il en parla à Bourrienne :

"Je crois bien, dit-il, que j'aurai Bernadotte et Moreau contre moi. Je ne crains pas Moreau ; il est mou, sans énergie. Je suis sûr qu'il préfère le pouvoir militaire au pouvoir politique ; on le gagnera, avec la promesse du commandement d'une armée. Mais Bernadotte ! Il a du sang maure dans les veines, il est entreprenant et hardi, il est allié à mes frères ; il ne m'aime pas ; je suis presque certain qu'il sera contre moi. S'il devenait ambitieux, il se croirait en droit de tout oser..."

Bourrienne, qui rapporte ces propos, ajoute :

"Le bruit courut que Bernadotte avait émis l'avis de faire traduire Bonaparte devant un conseil de guerre, tant pour avoir quitté son armée que pour avoir enfreint les lois sanitaires."


Or, pour "neutraliser" ce terrible adversaire, qui pouvait, d'un mot, ameuter les quartiers populaires et empêcher le coup d'Etat, Bonaparte allait avoir une alliée inattendue, inespérée, insolite même : Désirée Clary, son ex-fiancée...
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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 8 Avr - 11:34

Le 17 août 1798, Désirée avait épousé le général Bernadotte, "un beau parti sans doute, nous dit Frédéric Masson, mais le plus insupportable des Jacobins pionnants et maîtres d'école, un Béarnais qui n'a du Gaston ni la vive allure, ni l'aimable répartie, mais dont la finesse calculatrice cache toujours un double jeu, qui tient Mme de Staël pour la première entre les femmes parce qu'elle est la plus pédante et qui occupe sa lune de miel à faire des dictées à sa jeune femme."

Cette déplaisante cuistrerie n'empêchait pas Désirée d'être amoureuse de son mari.
"Elle l'aimait, raconte la duchesse d'Abrantès. Jusque-là, c'est assez naturel, mais cet amour devint un vrai fléau pour le pauvre Béarnais (Bernadotte était né à Pau), qui, n'ayant rien d'un héros de roman, se trouvait même fort embarrassé quelquefois de son rôle.
C'était des larmes continuelles. Lorsqu'il était sorti, c'était parce qu'il était absent ; lorsqu'il devait sortir, encore des larmes ; et losqu'il rentrait, elle pleurait encore parce qu'il devait ressortir... Peut-être huit jours après ! ..."


Malgré ce naïf attachement, Désirée n'oubliait pas l'homme avec lequel, quatre ans plus tôt, elle avait échangé des serments d'amour éternel. Et lorsque, le 6 juillet 1799, elle était devenue la mère d'un gros garçon que le destin devait se charger de mettre un jour sur le trône de Suède, elle avait écrit à Bonaparte pour lui demander d'en être le parrain.
Ce geste était une petite méchanceté bien féminine dirigée contre Joséphine qu'elle détestait et qu'elle appelait "la vieille". Sachant que Bonaparte était fort déçu de n'avoir point encore d'héritier, elle pensait ainsi lui donner quelque dépit.

Le Corse avait-il eu les regrets qu'elle espérait ? On ne le saura jamais ; car, pour toute réponse, il s'était contenté de demander à Désirée d'appeler son fils Oscar, ce qu'elle avait fait sans discuter...


Lorsqu'il était revenu d'Egypte, la jeune femme avait été saisie d'une immense émotion. Si son mari, l'esprit occupé par la politique, ne s'en était pas avisé, en revanche, Julie, sa soeur et Joseph Bonaparte, son beau-frère, en avaient été frappés.
Aussi, quand Bernadotte commença à se montrer ouvertement hostile au vainqueur des Pyramides, pensèrent-ils à utiliser Désirée pour l'amadouer et, peut-être, la ramener dans le camp familial
.
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