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 NAPOLEON ET LES FEMMES

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epistophélès

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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 4 Mar - 19:18

Au mois de juin, las d'attendre, d'espérer et de désespérer, Bonaparte envoya à Joséphine cette lettre amère, dont je respecte l'orthographe :

Ma vie est un cochemar perpetuel. Un pressentiment funeste mempeche de respirer...
Tu es malade, tu m'aime, je t'ai affligé, tu es grosse, et je ne te verai pas. Cette idée me confond. J'ai tant de tord avec toi que je ne sais comment les espier.
Je taccuse de rester a Paris et tu y étais malade. Pardonne moi, mon amie. Lamour que tu ma inspiré ma otée la Raison : je ne la retrouverai jamais. Lon ne guérit pas de ce mal-la.
Mes pressentiments sont si funestes que je me bornerai a te voir, a te presser contre mon coeur et mourir ensemble.
Quand a moi, point de consolation, point de repos, point d'espoir jusqua ce que (...) par une longue lettre tu mesplique ta maladie.
Joséphine, comment peux-tu rester tant de tens sans mécrire ? Ta dernière lettre, bien-aimée, est du 3 de ce mois. Encore est-elle affligeante pour moi. Je lai cependant toujours dans ma poche. Ton portrais et tes lettres sont sans cesse devan mes yeux...
Je ne suis rien sans toi. Je conçois à peine comment j'ai existé sans te connaître ? Ah Joséphine, si tu eusse eu mon coeur, serais-tu restée depuis le 29 au 16 (du 29 floréal au 16 prairial an VI. C'est-à-dire du 18 mai au 14 juin 1796) pour partir ? Aurais-tu prete l'oreil a des amis perfides qui voulaient peutetre te tenir eloigne de moi ? Je subsone tout le monde. Jen veux a tous ce qui tentoure.
Je te calculais partie depuis le 5, et le 15 arrive a Milan...
Toutes mes pensees sont concentrée dans ton alcove, dans ton lit, sur ton coeur...
Je sais bien que jamais je ne pourrais te voir un amant : encore moins ten offrir un... Lui dechirer le coeur et le voir serais pour la la meme chose. Et après, si je losais porter la main sur ta personne sacree... Non je ne loserais jamais, mais je sortirais d'une vie ou ce qui existe de plus vertueux maurait trompé.
Mille baisé sur les yeux, sur les lèvres, sur la langue, sur ton c..
Te souviens-tu de ce reve ou jotais tes souliers, tes chiffons, et je te faisais entre toute entière dans mon coeur ? Pourquoi la nature na-t-elle pas arrenge cela comme cela ? Il y a bien des choses a faire...


Ces lettres passionnées, ces lettres qui comptent parmi les plus étonnantes de la littérature amoureuse, étaient loin de produire sur Joséphine l'effet qu'en escomptait Bonaparte. Arnault, qui se trouvait rue Chantereine le jour où Murat vint en remettre une à la jeune femme, nous a laissé ce témoignage :


"Cette lettre qu'elle me fit voir portait, ainsi que toutes celles que Bonaparte lui avait adressées depuis son départ, le caractère de la passion la plus violente. Joséphine s'amusait à ce sentiment, qui n'était pas exempt de jalousie. Je l'entends encore lisant un passage dans lequel, semblant repousser des inquiétudes qui, visiblement le tourmentaient, son mari lui disait : S'il est vrai, pourtant ! Crains le poignard d'Othello ! Je l'entends dire, avec son accent créole, en souriant : Il est drolle, Bonaparte !
L'amour qu'elle inspirait à un homme aussi extraordinaire la flattait moins sérieusement que lui ; elle était fière de voir qu'il l'aimait presque autant que la gloire ! elle jouissait de cette gloire, qui, chaque jour, s'accroissait, mais c'est à aris qu'elle aimait en jouir au milieu des acclamations qui retentissaient sur son passage à chaque nouvelle de l'armée d'Italie. Son chagrin fut extrême quand elle vit qu'il n'y avait plus moyen de reculer..."
Alors elle mit une condition : elle exigea que son amant Hippolyte Charles, fût du voyage... Ce que Carnot, qui commençait à avoir des craintes pour le bon moral du général Bonaparte, accepta de bon coeur...

Joséphine demeura encore quinze jours à Paris. Les bals, les dîners, les soirées un peu lestes, auxquels elle était conviée, l'amusaient tant que, chaque matin, elle annonçait en riant à son entourage :

- Décidément, nous ne partirons que demain !

Il faut dire qu'en cette année 1796, la vie parisienne était une fête perpétuelle, où toutes les extravagances étaient permises.
Les Muscadins, les Incroyables, habillés comme des polichinelles portaient des redingotes grotesques, se rabattaient les cheveux en "oreilles de chiens", et ne sortaient qu'armés d'un gros bâton noueux.

Or, au moment même où les hommes s'engonçaient dans des cravates qui montaient jusqu'à la bouche et dans des cols qui les empêchaient de tourner la tête, les femmes, comme pour rétablir l'équilibre, se promenaient dans des robes d'une légèreté affriolante.

Ecoutons Roger de Parnes :


"Renonçant à toute pudeur, voulant à toute force être remarquées, elles se montraient presque nues, sans chemise, au pied de la lettre, sans jupon, à peine un corset, peut-être des pantalons couleur de chair, et avec cela une tunique grecque en belle et claire mousseline qui, à part ce qu'elle laissait entrevoir, ne cachait ni les bras, ni les jambes, ni la gorge. Des bracelets sans nombre, et dessinés sur les formes antiques les plus pures, ornaient les bras et le bas du mollet. Au lieu de souliers, on portait des sandales. Le pied se trouvant aussi à découvert, on ornait chacun de ses doigts de bagues chargées de camées précieux ou garnies de diamants."

Joséphine, tout comme Mme Tallien, portait ces robes suggestives de Merveilleuse. Elle trouvait un plaisir extrême à montrer ses jambes jusqu'à mi-cuisse en parcourant les boulevards accompagnée d'Hippolyte Charles.
Le soir, toujours suivie de ce bellâtre stupide, qui ne s'exprimait qu'au moyen de calembours, elle allait danser
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 4 Mar - 19:48

Les bals du Directoire étaient assez coquins.Les femmes y venaient le plus souvent la poitrine nue et se livraient aux plus immodestes excentricités. Un témoin note avec humeur :

"Qui croirait, en voyant ces bals que la guerre est sur nos frontières, sur les bords du Rhin, de la Sambre, de la Meuse, au-delà des monts et sur toutes les mers ? Que l'Europe conjurée menace opiniâtrement la France, la République, la Constitution, Paris, les bals et même tous les danseurs ?..."

Au milieu de ces bals apparaissait parfois une Merveilleuse dans un costume extravagant. Ecoutons encore Roger de Parnes :


"Quel bruit se fait entendre ? Quelle est cette femme que les applaudissements précèdent ? Approchons, voyons.
La foule se presse autour d'elle. Est-elle nue ? Je doute...
Approchons de plus près ; ceci mérite mes crayons. Je vois son léger pantalon, comparable à la fameuse culotte de peau de Mgr le comte d'Artois, que quatre grands laquais soulevaient en l'air pour le faire tomber dans le vêtement de manière qu'il ne formât aucun pli, lequel, ainsi emboîté tout le jour, il fallait déculotter le soir, en le soulevant de la même manière, et encore avec plus d'efforts. Le pantalon féminin, dis-je, très serré, quoique de soie, surpasse peut-être encore la fameuse culotte par sa collure parfaite ; il est garni d'espèces de bracelets, le justaucorps est échancré savamment, et sous une gaze artistement peinte, palpitent les réservoirs de la maternité. Une chemise de linon clair laisse apercevoir les jambes et les cuisses, qui sont embrassées par des cercles en or et diamants. Une cohue de jeune gens l'environne avec la langage d'une joie dissolue ; la jeune effrontée semble ne rien entendre. Encore une hardiesse de Merveilleuse ; il reste si peu à faire tomber que je ne sais si la pudeur véritable ne gagnerait pas à l'enlèvement du voile transparent. Le pantalon couleur de chair, strictement appliqué sur la peau, irrite l'imagination et ne laisse voir qu'en beau les formes et les appas les plus clandestins."

Dans cette tenue aphrodisiaque, les danseuses se collaient contre leurs cavaliers et se trémoussaient en mesure jusqu'au moment où une âme charitable soufflait les chandelles.
Alors, Merveilleuses et Muscadins s'allongeaient sur le plancher et, oubliant un instant les charmes du rigaudon (de la danse), connaissaient les joies savoureuses de la plus vieille danse du monde..
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 4 Mar - 20:04

On comprend que Joséphine ait préféré les agréments de cette vie aux aléas d'un voyage sur les champs de bataille. A la mi-juin, elle était toujours à Paris. Alors Bonaparte "les sens en feu", annonça qu'il allait quitter l'armée d'Italie pour courir étreindre sa femme.
En apprenant cette décision, Carnot, ministre de la Guerre, fut atterré. Il chargea Barras de convaincre Joséphine.
Le Directeur se rendit rue Chantereine et trouva son ex-maîtresse au lit avec Hippolyte Charles.

- Un arrêté du Directoire vient d'ordonner la délivrance de vos passeports pour l'Italie, dit-il. Vous partirez demain.

Joséphine éclata en sanglots.


- Vous connaissez Bonaparte. Il va me poser mille questions sur les causes de mon retard. Sa colère va être terrible... Surtout lorsqu'il s'apercevra que je ne suis pas enceinte comme je le lui avait annoncé... Que vais-je lui dire ? Vous devriez me faire un papier certifiant que je ne pouvais pas quitter Paris et que c'est vous qui m'en empêchiez...
Barras accepta et, le soir même, lui faisait parvenir cet extraordinaire certificat qui devait enlever tout soupçon à Bonaparte :


"Le Directoire, qui s'était opposé au départ de la citoyenne Bonaparte dans la crainte que les soins que lui donnerait son mari ne le détournassent de ceux auxquels la gloire et le salut de la patrie l'appellent, était convenu qu'elle ne partirait que lorsque Milan serait prise. Vous y êtes ; nous n'avons plus d'objections à faire. Nous espérons que la myrte dont elle se couronnera ne dépassera pas les lauriers dont vous a déjà couronné la victoire."

Ainsi couverte par un papier officiel, Joséphine pouvait affronter sans crainte celui que les émigrés commençaient à appeler "le général cornaparte".


Le 26 juin, après avoir dîné au Luxembourg avec Barras, elle monta dans une berline et partit vers son mari en pleurant "comme si elle allait au supplice".
Dans sa voiture se trouvaient Joseph Bonaparte, Junot, la jolie femme de chambre Louise Compoint, et, bien entendu, Hippolyte Charles...
Dès le premier soir, cette expédition ressembla, pour Joséphine et son amant, à un voyage de noces. Sans se soucier du frère de Napoléon, ils se précipitaient à chaque halte vers la chambre qui leur était réservée et, fougueusement, se donnaient du plaisir avec les moyens que la nature avait mis à leur disposition, tandis que Junot faisait de même avec Louise Compoint...


Pendant ce temps, à Milan, Bonaparte repoussait courageusement toutes les belles Italiennes qui voulaient le séduire.
Par amour pour Joséphine qu'il croyait fidèle, il refusa même de devenir l'amant de la Grassini, célèbre cantatrice qui voulait lui offrir, selon le mot de Saliceti, son "contre dos"...
Mais le soir, il était obligé de prendre des bains froids..
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 5 Mar - 19:55

J'ai l'impression que les aventures de Napoléon n'ont pas autant de succès que celles des souverains précédents....... scratch .......... Razz


BONAPARTE VEUT FAIRE FUSILLER L'AMANT DE JOSEPHINE


Il y a des coups de feu au coeur qui se perdent. - LA SAGESSE DES NATIONS -



LE 9 juillet au soir, trois berlines, blanches de poussière, s'arrêtèrent au ras des marches du palais Serbelloni, à Milan.
Les dix mille personnes qui s'étaient amassées devant la fastueuse demeure du président de la République cisalpine pour voir la générale Bonaparte, poussèrent des hurlements qui, selon un mémorialiste à l'imagination créatrice, "firent trembler le marbre"...
Verte de peur au fond de sa voiture, Joséphine serrait la main d'Hippolyte Charles.

- Que me veulent-ils ? murmura-t-elle.

Junot la regarda, un peu étonné :

- La foule vous acclame, madame !


Cette simple phrase aurait dû faire comprendre à la Créole qu'en trois mois un extraordinaire changement s'était effectué dans son existence. Femme d'un petit général sans grand avenir au mois de mars, elle se trouvait, en ce début de juillet, l'égale d'une souveraine... Mais Joséphine avait un esprit borné. Habituée aux futilités et aux jouissances immédiates, elle trouva agréable qu'on la reçut avec enthousiasme et respect, mais n'en tira aucune conclusion.
Souriant à Hippolyte Charles, qui, sans aucune gêne, prenait pour lui une part des acclamations et répondait à la foule par des gestes de la main, elle dit :

- Ils sont gentils ! ...


Un garde s'était précipité. La portière s'ouvrit et Joséphine descendit en s'efforçant de prendre une allure princière.
Une sonnerie de trompette éclata, et tous les gardes, "voulant rendre hommage à l'amour de leur général", mirent sabres au clair... Un peu effaré par ce brouhaha, Hippolyte Charles descendit à son tour de la berline.
Ignorant toute pudeur, il emboîta le pas à la future impératrice, qui fit ainsi une entrée triomphale au palais Serbelloni accompagnée de son amant.


Quatre jours plus tard, Bonaparte, que la guerre retenait à Vérone, put enfin s'échapper. Il ordonna une fête grandiose pour célébrer l'entrée officielle de son épouse dans la ville de Milan et arriva au triple galop. A peine descendu de cheval, il se jeta dans les bras de Joséphine avec une fougue qui surprit agréablement les gens du commun.
Après quoi, il l'entraîna dans le palais où une réception avait été organisée.
En traversant les magnifiques galeries à colonnes garnies d'objets d'art, de tableaux, d'aiguières d'or, de fleurs rares, de livres aux reliures enrichies de pierreries, le jeune général murmura

- Tout cela a été placé ici sur mon ordre, pour toi, Joséphine...


La Créole sourit en pensant que ce petit Bonaparte était bien gentil, et qu'elle allait pouvoir vivre fort agréablement avec Hippolyte...
Dans la plus grande des galeries, se trouvait une centaine de personnes, officiers, diplomates, artistes célèbres, femmes en robes d'apparat, qui s'inclinèrent en voyant paraître Joséphine.

- Voici ta cour ! dit Bonaparte à mi-voix.

Là encore, la jeune femme aurait pu constater qu'on ne la traitait pas comme une simple générale, et que l'attitude respectueuse de tous ces gens qui observaient l'étiquette royale devant elle témoignait du prestige extraordinaire de son époux...
Mais Joséphine continuait de ne rien comprendre.
Ces personnalités s'étaient dérangées pour elle ? Tant mieux, on allait pouvoir bavarder. Et elle sourit gentiment à l'envoyé du roi de Sardaigne, au ministre du pape, aux représentants du doge de Venise, du grand duc de Toscane, des ducs de Parme et de Modène, et au physicien Volta.


Tandis que chacun se courbait devant elle, incorrigible, Joséphine pensait que certains de ces messieurs étaient bien beaux et qu'elle en ferait volontiers ses amants.
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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 6 Mar - 16:19

Peut-être parce que c'est maintenant que ça devient intéressant ? tant qu'il était rien du tout et sortait avec rien du tout, rien de bien particulier.
Mais maintenant que la même chose va se passer avec une archiduchesse dans un mââgnifique palais et des courtisans, on va se retrouver à la bonne époque de la Montespan lol!
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 6 Mar - 20:29

Après cette réception, Bonaparte, "incapable de se maîtriser plus longtemps", prit sa femme par la main et l'entraîna vers la chambre qu'il avait lui-même décorée pour leurs retrouvailles.
Déshabillé avec la rapidité d'un homme qui veut sauver un nageur en péril, il arracha les vêtements de Joséphine, fit voler les jupons, brisa les baleines, rompit des cordons, déchira les dentelles et ne s'arrêta un instant que pour baiser "le petit sein blanc élastique" dont il rêvait depuis des semaines...
Quand la jeune femme fut entièrement nue, il la porta sur le lit et lui montra qu'un artilleurs, devenu commandant en chef, n'en conserve pas moins, dans l'intimité, toutes les qualités légendaires de son arme...
L'abstinence qu'il avait supportée depuis le mois de mars l'avait mis dans un tel état qu'il se montra galant compagnon pendant un jour entier.
Le surlendemain, enfin calmé, il remit son uniforme et descendit déjeuner. Joséphine n'attendait que ce moment. Encore essoufflée - mais mise en goût - par les jeux de l'amour conjugal, elle fit venir Hippolyte, qui profita, sans tergiverser, de la situation.


Quelques heures plus tard, Bonaparte dut quitter Milan et partir assiéger Mantoue.
Le soir, Charles s'en alla à son tour pour rejoindre l'armée Leclerc. Demeurée seule, la future impératrice organisa des fêtes et se fit courtiser par les beaux Italiens qu'elle avait remarqués. La plupart n'eurent aucun mal à prendre, dans son lit, une savoureuse revanche sur Bonaparte.
Lui, pendant ce temps, continuait de bousculer les troupes autrichiennes avec une belle allégresse. Tout se passait selon sa volonté et il était heureux. A Marmirolo, pourtant, un incident vint troubler sa félicité. Il écrivit aussitôt à Joséphine ce mot qu'une estafette alla porter sous la mitraille :


J'ai perdu ma tabatière. Je te prie de m'en choisir une un peu plate et d'y faire écrire quelque chose de joli dessus avec tes cheveux.
Mille baisers aussi brûlants que tu es froide. Amour sans bornes et fidélité à toute épreuve.
(Lettre du 30 messidor an IV - 18 juillet 1796 - )

On ignore si Joséphine fit décorer la nouvelle tabatière avec ses cheveux, mais on peut être assuré que le désir de collégien exprimé par le général en chef de l'armée d'Italie l'amusa. Habituée au cynisme des beaux Italiens qui la prenaient sur des sofas, des tapis ou des coins de table, comment n'eût-elle pas souri d'un amour aussi "fleur bleue" ? ...
Un soir, l'un de ses amants lui apprit que des trafics fructueux avaient lieu à l'Etat-Major. Elle entrevit aussitôt d'une belle source de profit et décida de faire obtenir à Hippolyte un emploi "aux fournitures de l'armée".
Elle écrivit à Bonaparte qui lui répondit le 21 juillet, de Castiglione, par cette lettre inquiétante :


Tu dois à cet heure bien connait Milan. Peutetre as-tu trouvée cet amant que tu y venais cherché. Seulement, tu lauras trouvé sans que je te l'ai offert. Cette idée ne laisse pas... Mais non, ayons meillr (meilleure) idées de notre mérite. A propos, lon m'assure que tu connais depuis longtemps et BEAUCOUP (mot souligné de trois traits rageurs) ce Monsieur que tu me recommande pour une entreprise. Si cela pouvait être, tu serais un monstre...


Joséphine n'osa pas insister et ne parla plus de M. Charles... Pour donner le change, elle consentit même à aller retrouver son mari aux armées.

Celui-ci avait écrit :
Je te prie de venir le 7 à Brescia, où le plus tendre des amants t'attend...


"Bonaparte ne croyait pas si bien dire, note M. Louis Hastier, car l'amant que Joséphine rejoignit ce jour-là ne fut autre que Charles."

Ecoutons Hamelin :

- Nous nous rendîmes à Brescia. Nous n'y trouvâmes pas le général, mais une lettre qui disait qu'il nous attendait à Crémone. Il était tard et, malgré mes instances, Mme Bonaparte s'obstina à demander à coucher à Bresci, alléguant qu'elle était trop fatiguée pour aller plus loin. Elle prit l'appartement de son mari et moi celui d'un aide-de-camp.

" - Montez chez vous, me dit-elle. Je vais me coucher : on mettra la table auprès de mon lit et nous souperons ensemble.

"Quand je redescendis, je vis trois couverts, et je lui demandai quel était le troisième convive.
" - C'est ce pauvre Charles, me répondit-elle. Il revient d'une mission et il s'est arrêté à Brescia où il avait appris ma présence.
"Il entra dans le même moment, et nous soupâmes. Sachant ce que je savais et voyant ce que je voyais, mon personnage était fort peu amusant. Le repas fut bientôt fini, et nous nous retirâmes, mais, au moment de passer la porte, une voix languissante se fit entendre pour rappeler Charles. Je continuai mon chemin.
"Avant de me coucher, je m'aperçus que j'avais laissé mon chapeau et mes armes dans le salon qui précédait la chambre à coucher ; je voulus aller les reprendre. Le grenadier de faction devant la porte me dit que personne ne pouvait entrer.

" - Qui vous a donné la consigne ?
" - La femme de chambre.

"Je compris que l'héroïne de Peschiera (où, au passage, la voiture de Joséphine fut canonnée par une chaloupe autrichienne) était redevenue la femme galante de Paris."


En fait, elle n'avait jamais cessé de l'être...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 7 Mar - 20:48

Le lendemain, Joséphine se rendit à Crémone où Bonaparte l'attendait en déchirant nerveusement les pages d'un gros livre de cantiques qu'un prélat lui avait offert...
Pendant deux jours, ils demeurèrent au lit, et Barthélemy nous dit que "le Corse s'y montra aussi fougueux qu'à Lodi".

Mais le 11 août au matin, les régiments autrichiens marchèrent sur Crémone. Aussitôt informé, Bonaparte se tourna vers Joséphine.

- Lève-toi et repars pour Milan... J'ai commis une folie en te faisant venir ici... Pardonne-moi.

La Créole se rhabilla à la hâte et monta dans sa voiture en pleurant.

- J'ai peur ! gémissait-elle.
- Pars ! sois tranquille, lui dit Bonaparte, Würmser paiera cher les larmes qu'il te fait verser....


Le retour à Milan fut mouvementé. Près d'une forêt, Joséphine essuya le feu d'une troupe de uhlans qui lui tuèrent deux chevaux. Affolée, elle quitta sa berline et emprunta une charrette de paysan.
Le lendemain soir, alors qu'elle se croyait en sûreté, son convoi passa à deux cents mètres d'une bataille. Des boulets ricochèrent jusqu'à elle.
Epouvantée, elle se jura de ne plus jamais retourner voir son mari aux armées.
En arrivant à Milan, elle trouva la ville pavoisée pour célébrer la victoire de Castiglione, que Bonaparte venait de remporter "pour la venger de Würmser"...
Indifférente, ne pensant qu'à la peur qu'elle avait éprouvée, elle s'enferma dans sa chambre avec Hippolyte...


Dès le lendemain elle reprit part aux fêtes en compagnie des Merveilleuses qui constituaient sa suite. Tous les soirs, elle allait danser en toilette légère et "savourer tous les plaisirs". Il n'était pas rare qu'au milieu du bal elle quittât ses amies pour entraîner Hippolyte Charles dans le jardin. Là, dans l'ombre d'un buisson, derrière une statue de marbre, une vasque ou simplement contre un arbre, elle se faisait "caresser l'as de trèfle", comme on disait alors dans la bonne société.
Un soir, les deux amants furent surpris par un orage au moment où, couchés dans un massif, "ils laissaient parler la nature"... Le premier coup de tonnerre avait été si violent que Joséphine, impressionnée, s'était à demi évanouie. Hippolyte l'avait alors prise dans ses bras pour la ramener au salon, et tous les invités s'étaient fort réjoui de voir la générale "les jupons en désordre", et le capitaine "mal reboutonné"...


Pendant trois mois, Bonaparte vécut en pensant au moment où il pourrait serrer Joséphine dans ses bras.
Pour se rapprocher ce corps tant désiré, il remportait des victoires qui stupéfiaient l'Europe...
Lorsqu'il avait un instant de répit, il griffonnait un mot plein de passion. La lette ci-dessous donnera une idée de ce que les courriers allaient porter à Milan au péril de leur vie :


Je vais me coucher, ma petite Joséphine, le coeur plein de ton adorable image, et navré de rester tant de temps loin de toi.
Bon Dieu, que je serais heureux si je pouvais assister à l'aimable toilette, petite épaule, un petit sein blanc, élastique, bien ferme. Par-dessus cela une petite mine avec le mouchoir à la créole, à croquer.
Tu que je n'oublie pas les petites visites. Tu sais bien, la petite forêt noire... Je lui donne mille baisers et j'attends avec impatience le moment d'y être... tout à toi.
La vie, le bonheur, le plaisir ne sont que ce que tu les fais.
Vivre dans une Joséphine,c 'est vivre dans l'Elysée.
Baiser à la bouche, aux yeux, sur l'épaule, au sein, partout, partout
.


Le 24 novembre, après le coup d'éclat d'Arcole, il annonça son arrivée à Milan.

Il ne manque à ton mari, écrivait-il, que l'amour de Joséphine pour être heureux.

En recevant cette lettre, Joséphine haussa les épaules. Elle avait décidé de se rendre à Gênes, où le Sénat organisait une fête au palais des Doges, et l'arrivée de son mari ne lui semblait pas un événement suffisant pour la retenir à Milan. Elle partit accompagnée d'Hippolyte...
Le 26, Bonaparte descendit de voiture devant le palais Serrbelloni. Animé par le désir qui lui donnait chaque nuit des rêves libertins, il se précipita dans l'appartement de sa femme. La chambre était vide.
Il appela. Une femme de chambre parut.

- Où est-elle ?

La domestique, très ennuyée, baissa la tête :

- Madame est à Gênes !

Il la regarda un instant, sans rien dire, puis, apercevant des officiers, des gardes, des gens du palais, qui s'attroupaient pour voir le plus célèbre général d'Europe en proie à des chagrins domestiques, il cria :

- Laissez-moi seul, je suis fatigué !

Quant touT le mond eut disparu, il demanda à la femme de chambre de faire venir Gonthier. Le maître d'hôtel accourut, et Bonaparte le questionna.

- A-t-on reçu ma lettre ?
- Oui, mon général, Madame nous a annoncé votre arrivée.
- Elle est partie quand même...
- Oui, dans sa berline de voyage...
- Avec qui ?
- Avec Louise Compoint, sa dame de compagnie...
- C'est tout ?
- Non, il y avait aussi, le capitaine Charles...

Bonaparte, nous dit-on "pâlit de façon effrayante".

- Merci Gonthier, je n'ai plus besoin de vous !

Quant il fut seul, il écrivit à Joséphine cette lettre amère


J'arrive à Milan ; je me précipite dans ton appartement ; j'ai tout quitté pour te voir, te presser dans mes bras... tu n'y étais pas ; tu cours les villes avec des fêtes ; tu t'éloignes de moi lorsque j'arrive ; tu ne te soucies plus de ton cher Napoléon... Le malheur que j'éprouve est incalculable ; j'avais le droit de n'y pas compter. - Je serai ici jusqu'au 9 dans la journée.
Ne te dérange pas ; cours les plaisirs ; le bonheur est fait pour toi. Le monde entier est trop heureux s'il peut te plaire, et ton mari est bien, bien malheureux...


De Charles, il ne disait pas un mot. Pourtant, ce "petit polichinelle" l'agaçait. Il résolut de s'en débarrasser et le désigna pour accompagner Marmont à Rome.
Joséphine apprit cette nouvelle à son retour de Gênes et s'effondra dans les bras d'Hippolyte.

- Je ne veux pas que tu partes ! ...
- C'est un ordre, je suis officier, je dois obéir...

Eperdue, bégayante, elle barbouilla de ses larmes le visage du capitaine qui se laissait embrasser d'un air ennuyé.
Finalement, Charles précipita les adieux et partit vers la ville éternelle, après s'être discrètement essuyé les joues.
Joséphine, pour la première fois de sa vie, demeura fidèle à son amant. En 1797, elle obtint même de Napoléon qu'il fût nommé "capitaine en pied au Ier régiment de hussard".


Satisfaite de cet exploit, elle attendit des nuits meilleures et, pendant quelques mois, mena une vie exemplaire. Ce fut à ce moment qu'elle collabora, de façon indirecte et cocasse, à la création d'un tableau célèbre. Un jour, le peintre Gros qui se trouvait à Milan manifesta le désir de faire le portrait du général dont toute la France parlait.

- Je n'ai pas le temps, dit Bonaparte. Et puis, je ne pourrais pas poser, je ne sais pas être immobile.

Gros s'adressa à Joséphine qui eut une idée.

- Venez demain après déjeuner, dit-elle, je le ferai tenir tranquille...

Le lendemain, le peintre vint installer son chevalet dans la salle à manger au moment où le général prenait son café.

- Qui vous a permis d'entrer ? ...
- Moi, dit Joséphine. J'ai promis à M. Gros qu tu serais un modèle parfait. Alors, viens ici...

Et, pour empêcher Bonaparte de remuer pendant la séance de pose, elle le prit sur ses genoux.
Pendant plusieurs jours, le même scène se renouvela, et c'est ainsi que Gros put faire le premier portrait du vainqueur de Lodi
.
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Jeu 8 Mar - 16:57

L'intérêt que continuait de porter Joséphine à Hippolyte Charles fit naître une nouvelle crise de jalousie chez Bonaparte. Il ordonna une enquête et apprit que son hussard servait d'intermédiaire entre les commissaires du Directoire, "tous tarés", et les fournisseurs aux armées. On l'informa, en outre, qu'avec la complicité de Joséphine, ce curieux capitaine trafiquait sur les vivres et dirigeait vers sa maîresse les trésors saisis dans les villes. Boîtes de médailles, bracelets de perles, colliers de diamants, tableaux, orfèvrerie, tout un amoncellement de richesses était ainsi en possession de Joséphine.
Bonaparte, incrédule devant tant d'infâmie, demanda où sa femme cachait ces trésors. On le conduisit alors dans deux petites chambres situées sous les combles...
Atterré, il exigea le silence sur cette affaire et fit dire à Joséphine qu'il l'attendait dans son cabinet. Elle arriva, souriante, coquette. Le regard dur de Bonaparte la surprit.

- Qu'y a-t-il, mon ami ?

Il la regarda bien en face :

- Le capitaine Charles vient d'être arrêté...

L'effroi qu'il lut sur le visage de sa femme lui fit mal. Il eût voulu alors la prendre dans ses bras, la consoler. Il continua :

- J'ai appris qu'il favorisait le pillage ; grâce à lui Glot, Auger, Ouvrard, ont obtenu des marchés scandaleux... Grâce à lui et grâce à toi... Car toi, ma femme, tu es devenue la complice d'un officier sans honneur...

Joséphine se mit à pleurer. Il tourna la tête.

- Demain matin, Charles passera en conseil de guerre et à midi il sera fusillé ! ...

La Créole poussa un cri et tomba évanouie. Cette fois, l'émotion fut plus grande que la colère chez Bonaparte. Il bondit, porta Joséphine sur un canapé, la ranima, s'accusa de brutalité, murmura des excuses...
- Je te pardonne, dit-elle. A une condition : c'est que nous n'en parlions plus jamais... Fais-moi ce plaisir...
- Pourtant, dit Bonaparte, quand un officier est convaincu de malversation...
- Charles ? Mais c'est un polichinelle ! ... On s'est servi de lui. Si tu veux le punir, chasse-le de l'armée, renvoie-le à Paris.

Bon enfant, Bonaparte acquiesça.
Le lendemain, Hippolyte quittait Milan.
Huit jours plus tard Joséphine décidait de regagner la France[/color].

Au mois de décembre 1797, Joséphine, laissant Bonaparte en Italie, monta dans sa berline et fila vers Paris.
Son voyage fut triomphal. Dans chaque ville qu'elle traversait, la foule, heureuse de voir "celle qui avait reçu du ciel l'honneur de partager la couche d'un héros digne de l'antiquité", poussait des hurlements de joie.
On tirait le canon, les trompettes sonnaient, les enfants jetaient des fleurs, et des poètes venaient lui lire des strophes dont le style boursouflé était racheté par une émotion sincère.
La Créole acceptait tous ces hommages avec une gentillesse où perçait un peu d'impatience. On la sentait pressée de repartir, et les braves gens hochaient la tête :


- Sans doute le général lui a-t-il confié une mission, disaient les uns.

D'autres, l'oeil brillant, murmuraient que "le rein puissant de Bonaparte avait peut-être donné un fruit à Joséphine"...
Comme toujours, les braves gens se trompaient, et la vérité était bien différente.
En abrégeant les fêtes, en poussant ses chevaux, en écourtant ses nuits, Mme Bonaparte n'avait qu'une idée : retrouver au plus vite son cher Hippolyte
..
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Jeu 8 Mar - 18:38

Bérengère, j'avais encore oublié d'agrandir le texte. J'ai suivi ton conseil et suis allée sur "éditer". C'est super ! Merci !............ Very Happy Wink

Elle le rejoignit près de Nevers, et leur première nuit fut extrêmement agitée. Après quinze jours de séparation, les deux amants, perdant toute mesure, se jetèrent dans la volupté avec une telle ardeur que des incidents burlesques interrompirent à plusieurs reprises leurs amours...

Ecoutons Pierre Adelin :


"Dès que Joséphine eut quitté sa voiture, M. Charles l'entraîna dans une chambre où, pour la commodité des ébats, deux lits avaient été disposés côte à côte.
Ayant éparpillé leurs vêtements sur le plancher, ils se précipitèrent avec tant de fougue qu'un petit tapis, disposé pour rendre plus douce la descente de lit, se bouchonna et les fit choir à grand fracas. Une femme de chambre alertée, vint voir ce qui se passait. Elle découvrit Joséphine et M. Charles allongés tout nus sur le dos, les pieds emprisonnés par le tapis et riant à perdre haleine. L'instant d'après, ils étaient debout et se montraient tant de bonnes dispositions que la domestique jugea discret de regagner l'office.
"Dès qu'ils furent seuls, les deux amants montrèent sur la double couche, où bientôt, se culbutant comme de jeunes chiens, ils roulèrent de-ci de-là, animés sseulement par leur fringale de plaisir.
"Joséphine, qui avait pris des leçons de galanterie auprès de Mme Tallien, suggérait à son amant des figures compliquées, mais fort distrayantes, qui lui permettaient de donner libre cours à sa frénésie."


Leur entrain ne tarda pas à être excessif. Au point que les deux lits, agités par tant de passion, glissèrent sur le parquet bien ciré, s'écartèrent, et que le couple chut de nouveau avec un grand bruit.
La petite femme de chambre réapparut, aida les amants à sortir de leur position bouffonne et retourna vaquer à ses affaires.
Nullement découragés par ces contretemps, Hippolyte et Joséphine remontrèent sur un lit et reprirent leur savoureuse occupation. Hélas ! la force du petit capitaine devait déclencher une nouvelle catastrophe. Alors qu'il s'efforçait, par un moyen éprouvé, d'amener sa maîtresse à la béatitude, la tenture qui servait de fond de lit se décrocha et recouvrit les amants qui se trouvèrent brusquement dans l'obscurité. Attirée par leurs cris, la femme de chambre vint les délivrer sans dire un mot et disparut. Pensant que, désormais, une bonne partie de son service allait consister à replacer la générale Bonaparte et M. Charles "dans les conditions propices au déduit", elle demeura dans le couloir avec un petit travail de couture...


Le lendemain, Joséphine et Hippolyte reprirent doucement la route, bien décidés à faire étape dans toutes les auberges confortables...
Or, tandis qu'ils batifolaient ainsi, Bonaparte, après un crochet à Rastadt, arrivait à Paris. Avant même de saluer les membres du Directoire, il se fit conduire rue Chantereine (qui venait d'être débaptisée en son honneur et s'appelait maintenant rue de la Victoire) pour y embrasser sa femme.

Tout comme à Milan, il appela, ouvrit les portes, traversa des pièces vides et rencontra enfin une domestique.

- Où est madame ?

Ses yeux devinrent jaunes, nous dit-on, lorsqu'il apprit que Joséphine n'était pas encore rentrée à Paris. Il n'avait pas retiré son chapeau qu'un maître d'hôtel vint le saluer :

- Je dois vous remettre ceci, mon général !

C'était un paquet de factures. Profitant de son séjour en Italie, Joséphine avait fait transformer et meubler sa maison. Le coût s'élevait à trente millions de nos anciens francs... Bonaparte, complètement abattu, s'enferma dans sa chambre...
Trois jours plus tard, il se rendit tristement au palais du Luxembourg où le Directoire organisait pour lui une cérémonie fastueuse. Lorsqu'il parut, accompagné de Talleyrand, alors ministre des Relations extérieures, tous les assistants se levèrent pour crier :


- Vive la République ! Vive Bonaparte !

Mais que lui importait la présence des ministres, des ambassadeurs, des membres du conseil des Anciens et du Conseil des Cinq-Cents, des magistrats, des hauts fonctionnaires, des représentants de l'armée et du Tout-Paris de l'époque, puisque Joséphine n'était pas là !

Dès lors, cette fête n'avait aucun intérêt. Il alla remettre le traité de Campo-Formio, écouta les discours, les éloges, les poèmes, les hymnes, les cantates et reçut les accolades d'un air distrait. Malgré les ovations, il ne pensait qu'à sa femme. Puisqu'elle n'était pas là, c'est qu'elle le trompait. Et si elle le trompait, il devait divorcer...
Après la cérémonie, il rentra chez lui et se cloîtra pour songe aux modalités d'une séparation qu'il jugeait inévitable.
Mais quand Joséphine, aguichante et coquette, parut le 2 janvier 1798, avec mille bonnes raisons pour justifier son retard, il se jeta à ses pieds et pardonna...


Quelques jours plus tard, Hippolyte Charles arrivait à son tour et s'empressait d'envoyer sa démission au ministère de la Guerre afin de pouvoir trafiquer en toute sécurité avec les fournisseurs des armées. Bientôt, sur la recommandation de Joséphine, il entra à la compagnie Bodin, entreprise qui faisait de gros bénéfices en livrant aux soldats du Directoire des guêtres trop étroites, des chemises trop courtes, des souliers en carton, du fourrage en roseaux de marécage et des chevaux hors d'état de servir. Détails navrants qui n'empêchaient pas la Créole de toucher sans remords la "commission" que lui remettait M. Bodin. (Cf. Mme de REMUSAT : "Pour se tirer d'affaire, elle cherchait à vendre le crédit qu'elle avait sur les gens puissants de cette époque et se compromettait par d'imprudentes relations.")
Comme tout finit par se savoir, le 17 mars, Bonaparte apprit par son frère Joseph que Joséphine était en relation avec ce trafiquant et qu'elle rencontrait chaque jour Hippolyte dans une maison du faubourg Saint-Honoré. Furieux, il alla trouver sa femme, lui dit en termes vifs ce qu'il pensait, cassa une potiche pour agrémenter la scène et partit en claquant la porte.
Joséphine écrivit aussitôt à Hippolyte pour le mettre en garde. La lettre qu'elle lui envoya nous est parvenue.
Elle contient non seulement la preuve de sa compromission, mais encore l'expression de sa haine pour la famille Bonaparte. La voici, avec son orthographe très particulière :


Josephe a eu hier une grande conversation avec son frère ; à la suite de cela, on m'a demandé si je connaissais le citoyen Bodin, si c'était moi qui venait de lui procurer la fourniture de l'armée d'Italie, qu'on venait de le lui dire, que Charles logeait chez le citoyen Bodin, n°100, faubourg Saint-Honoré et que j'y allais tous les jours ? J'ai répondue que je n'avais aucune connaissance de tout ce qu'il me disait ; que s'il voulait divorcé qu'il n'avait qu'à parlé ; qu'il n'avait pas besoin de ce servir de tous ces moyens ; que j'étais la plus infortunée des femmes et la plus malheureuse.
Oui, mon Hippolyte, ils ont toute ma haine ; toi seule a ma tendresse, mon amour ; ils doivent voir combien je les aborres par l'état affreux dans lequel je suis depuis plusieurs jours ; ils voyent les regrets, le désespoir que j'éprouve de la privation de te voir aussi souvent que je désire. Hipolyte ; je me donnerai la mort ; oui, je veux finir (une vie) qui me sera désormais à charge si elle ne peut têtre consacrée. Hélas ! qu'ai-je donc fait à ses monstres, mais ils auront beau faire, je ne serai jamais la victime de leurs atrocités.
Dis, je t'en prie, à Bodin, qu'il dise qu'il ne me connaît pas ; que ce n'est pas par moi qu'il a eu le marché de l'armée d'Italie ; qu'il dise au portier du n°100 que, lorsque l'on demandera si Bodin y demeure, il dis qu'il ne le connaît pas ; qu'il ne ce serve des lettres que je lui ai donné pour l'Italie que quelques heures parès son arrivée dans ce païs-là, et quand il en aura besoin ; sache, entre nous soit dit, si Jubié n'est pas lié avec Josephe. Ah ! ils ont beau me tourmenté, ils ne me détacherons jamais de mon Hipolyte ; mon dernier soupire sera pour lui.
Je ferai tout au monde pour te voir dans la journée. Si je ne pouvais pas, je passerai ce soir chez Bodin et demain matin je t'enverrai Blondin pour t'indique une heure pour te trouver au Jardin des Mousseau
. (Cet ancien domaine de Philippe-Egalité fut ouvert au public sous la Révolution. Ce qu'il en reste est devenu notre parc Monceau.)
Adieu, mon Hipolyte, mille baisers brûlants, comme mon coeur, et aussi amoureux...

Ayant envoyé cette lettre de midinette illétrée, Joséphine alla retrouver Bonaparte et le couvrit de caresses, ce dont il lui sut gré...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 9 Mar - 20:42

L'ANGLETERRE REVELE L'INFORTUNE CONJUGALE DE BONAPARTE



C'est à dater du Caire que Bonaparte se résigne à l'emploi prédestiné de cocu intégral. - MAXIMILIEN VOX -



L'ACCUEIL délirant de deux cent mille Parisiens "affolés d'enthousiasme" avait révélé à Bonaparte son extraordinaire popularité. Un soir qu'il revenait de voir Barras, la foule, en avance de sept ans sur les évènements, l'avait, avec une singulière prescience, acclamé véritablement comme un souverain.
Il était rentré chez li fort troublé.
Devant le feu de bois qui flambait dans sa cheminée, il réfléchissait aux possibilités, que le destin lui offrait peut-être, de faire un coup d'Etat.

L'avilissement du Directoire avait pris une telle ampleur que le peuple français désirait un régime propre, un gouvernement solide, un homme n'ayant trempé dans aucune combinaison politique. Or, depuis quelque temps, Bonaparte pensait sérieusement que le ciel l'avait choisi pour être cet homme-là. Au cours d'une promenade dans le parc du château de Monbello, (où il avait institué une étiquette royale), il s'était confié, un jour, à Miot, ministre de France à Florence :

- Ce que j'ai fait jusqu'ici n'est rien encore... Croyez-vous que ce soit pour faire la grandeur des avocats du Directoire, des Carnot, des Barras, que je triomphe en Italie ? Croyez-vous que ce soit pour fonder une République ? Quelle idée ! Une République de trente millions d'hommes ! avec nos moeurs et nos vices ! Où en est la possibilité ? C'est une chimère dont les Français sont engoués, mais qui passera comme tant d'autres. Il leur faut de la gloire, les satisfactions de la vanité ; mais, de la liberté, ils n'y entendent rien.

Enfermé dans sa chambre, il se demanda s'il allait tenter de prendre le pouvoir. Les conditions paraissaient favorables ; l'armée l'adorait, le peuple lui montrait une véritable vénératio, les Directeurs semblaient à ses pieds, quelques amis pouvaient l'aider... Il marcha de long en large toute la nuit. Au matin, peu sûr de sa victoire, et pensant qu'un échec serait irrémédiable, il avait décidé d'entreprendre, avant de tenter un coup d'Etat, une action propre à le rendre l'égal de César ou d'Alexandre...
Le trait de Campo Formio, en confirmant la défaite des Autrichiens, avait rendu la paix au continent. Restait l'Angleterre. Pour la forcer à cesser les hostilités, Bonaparte décida de menacer la route des Indes en s'emparant de l'Egypte.

Le Directoire, ravi de se débarrasser de ce général un peu encombrant, lui fournit de l'or, des soldats, des bateaux et, le 4 mai 1798, il qitta Paris, accompagné de Joséphine, de Bourrienne, de Duroc et de Lavalette.
Nommé depuis peu membre de l'Institut, il emmenait également avec lui tout un groupe de savants qui devaient étudier le passé de ce pays alors si mal connu.


A plusieurs reprises, pendant le voyage, Joséphine, qui commençait à comprendre l'imprudence de sa conduite légère et peut-être aussi à entrevoir le destin de celui qu'on appelait le "général Victoire", demanda à faire partie de l'expédition. Bonaparte refusa. Pour essayer de l'attendrir, un soir, elle se montra jalouse, parla des femmes merveilleuses qu'il allait rencontrer en Orient, bouda, pleurs. Il lui fut répondu que la flotte anglaise faisait courir de trop grands dangers à l'entreprise "pour qu'on songeât à y mêler une épouse aimée..."
Le 8 mai au soir, le cortège de berlines arriva à Toulon, et, le lendemain, Bonaparte monta à bord du vaisseau amiral, l'orient. Joséphine le suivit jusque dans sa cabine et le supplia une fois encore, de l'emmener.
La réponse fut nette :

- J'ai défendu aux femmes de s'embarquer avec les troupes. Le général en chef ne doit pas donner le mauvais exemple... Va plutôt à Plombières. On dit que les eaux y sont bonnes pour stimuler les "fécondités paresseuses". Tu en reviendras peut-être en état de me donner un fils. C'est la plus grande joie que tu pourrais me faire !


Ils s'embrassèrent longuement, et Joséphine, fort déconfite, redescendit à terre. Aussitôt, le canon tonna, les fanfares jouèrent des hymnes républicains, et l'Orient, suivi de cent vingt navires, quitta le port. Sur le quai, longtemps, longtemps, la Créole agita son mouchoir... Napoléon, de son côté, faisait des signes avec son chapeau sans se douter que, dissimulées dans le fond des bateaux de l'expédition, trois cents femmes déguisées en hommes par leurs maris ou leurs amants, partaient avec lui conquérir l'Egypte...
Quand la dernière voile eut disparu, Joséphine rentra dans sa chambre en regrettant que les circonstances ne lui permissent point de goûter à l'un de ces beaux marins qui la regardaient passer avec le désir manifeste de la prendre à l'abordage
...
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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 10 Mar - 17:23

Ah, c'est là que le Saumon et les crevettes entrent en scène ? Cool
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 10 Mar - 20:34

Le lendemain, tandis que sa femme quittait Toulon pour se rendre à Plombières, Bonaparte organisait la vie à bord de l'Orient. Pour continuer à s'instruire tout en voyageant, il décida de réunir chaque jour ses savants et de discuter avec eux d'histoire, de sciences et de religion. Les séances avaient lieu le soir après le dîner. Leur austérité était souvent troublée par les facéties de Junot, qui ne savait qu'inventer pour se moquer des "académiciens". Un exemple de ces plaisanteries nous est donné par Arnault :

"Quelques incidents bouffons, écrit-il, avaient tempéré parfois le sérieux de ces séances qui n'étaient pas du goût de tout le monde et auxquelles le général en chef avait presque exigé que tout le monde assistât. Ils provenaient presque tous de Junot, à qui le général passait beaucoup de choses et qui s'en permettait beaucoup.

- Général, dit-il au président le jour de l'ouverture, pourquoi Lannes (et, dans ce nom , il ne faisait pas de la première syllabe une brève), pourquoi Lannes n'est-il pas de l'Institut ? N'y devrait-il pas être admis sur son nom ?"

Après ces réunions éducatives, Bonaparte allait se coucher, tantôt avec le mal de mer, tantôt avec le doux souvenir de Joséphine...


Après avoir, en passant, pris de l'île de Malte aux chevaliers, il débarqua le 2 juillet à Alexandrie. Aussitôt, à travers les sables brûlants, il s'élança contre les mameluks qui voulaient lui couper la route du Caire.
Malgré la chaleur qui obligeait les Français à ne marcher que la nuit, malgré la soif qui terrassait des compagnies entières, il réussit à culbuter l'ennemi devant les Pyramides et entra solennellement dans la capitale égyptienne le 24 juillet.
Son premier soin fut de s'installer, à la façon d'un sultan, dans le plus beau palais de la ville et d'écrire à Joséphine une série de lettres amères. Les nouvelles qu'il avait reçues de France n'étaient pas, en effet, très réconfortantes. Il savait par son frère Joseph qu'en allant à Plombières, sa femme avait retrouvé Hippolyte à Lyon et que les deux amants étaient en train de tout faire pour que les eaux minérales lui donnassent un héritier...
C'est pourquoi, deux fois par jour, un pli rempli de reproches parait du Caire à destination des Vosges.


Or, le 1er août, une nouvelle effarante parvint à Bonaparte : l'escadre anglaise avait complètement anéanti la flotte française devant le rivage d'Aboukir. Et, pour comble de malheur, Nelson avait intercepté le courrier où s'étalait l'infortune conjugale du vainqueur des Pyramides...
Bonaparte s'attendit au pire. Il avait raison : un mois plus tard, le gouvernement anglais publiait la correspondance saisie et révélait au monde ses malheurs domestiques. C'est ainsi que l'Europe entière put lire avec la joie que l'on devine cette lettre (à l'orthographe enfantine), adressée par Napoléon à son frère Joseph :


Tu varra dans les papiers public la relation des batalle de la conquête de l'Egypte qui a été assé disputé pour ajouter une feuille à la gloire militaire de cette armée.
J'ai beaucoup de chagrin domestique, car le voile est entièrement levée. Toi seul me reste sur la terre ton amitié m'est bien chère. Il ne me reste plus pour devinir misantrope qu'à te perdre et te voir me trair (trahir).
C'est une triste position que d'avoir à la fois tous les sentiments pour une même pesonne dans son coeur
- tu m'entends.
Fais en sorte que jaye une campagne à mon arrivée soit près de Paris ou en Bourgogne, je compte y passer l'hiver et m'y enterrer, je suis annué (ennuyé) de la nature humaine.
J'ai besoin de solitude et d'isolement, la grandeur m'annuie, le sentiment est desséché, la gloire est fade, à 29 ans, j'ai tout puisé (épuisé). Il ne mes reste plus qu'à devenir vraiment Egoïste.
Je comte garder ma maison, jamais je ne la donnerai à qui que ce soit. Je n'ai plus de quoi vivre. Adieu mon unique ami...


En éditant ces lettres, l'Angleterre n'avait pas pour seul but d'amuser les populations européennes. Bientôt, Londres expédia des exemplaires de son recueil à Nelson, qui les achemina vers l'Egypte, afin de ridiculiser le chef des troupes françaises en montrant le désarroi qui régnait dans son coeur...
Ainsi, l'infidélité de Joséphine risquait de démoraliser notre armée au moment précis où celle-ci se trouvait prisonnière en Afrique
...
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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 11 Mar - 20:07

Tiens, Episto, c'est toujours du Breton, ce que tu nous recopies ici ?
Bonne soirée Cool
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 13 Mar - 11:29

Oui, Bérengère, c'est toujours du Guy Breton ......... Very Happy
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 13 Mar - 17:18

BONAPARTE PREND UNE MAITRESSE POUR RECONQUERIR SON PRESTIGE



Le signe de la virilité constitue en France un vrai bâton de commandement. - R.-M. ARLAUD -



A Paris, Barras et ses amis apprirent le désastre d'Aboukir avec une indécente satisfaction. Persuadés que Bonaparte était à tout jamais perdu dans les sables, ils organisèrent des bals et envisagèrent l'avenir d'un coeur léger. Grâce à Nelson, ces messieurs allaient pouvoir continuer à trafiquer en toute quiétude sur le ravitaillement des Français, sans avoir à redouter un coup d'Etat de ce général trop populaire à leur gré.
Certains ne se gênaient pas pour remercier à haute voix la Providence.

- Nous voilà enfin débarrassés de ce petit ambitieux, disaient-ils.

Rue de la Victoire, Joséphine participait secrètement à leur allégresse. Lorsque la nouvelle lui avait été annoncée, elle s'était, en bonne comédienne, jetée sur un canapé et avait pleuré bruyamment.

- Pauvre Bonaparte, comme il va avoir chaud !

Après quoi, elle s'était rendue à une fête en compagnie de M. Charles.


Quelques jours plus tard, l'arrivée d'une fausse information à Paris lui avait donné l'occasion de montrer le fond de sa pensée. Alors qu'elle assistait à une réception au Luxembourg, un secrétaire s'approcha de Barras et lui remit un message. Aussitôt, les invités, devinant qu'il s'agissait d'une nouvelle provenant d'Egypte, s'arrêtèrent de danser et se groupèrent au milieu du salon. Le Directeur demanda le silence et dit :

- Mes amis, j'ai une bien triste nouvelle à vous apprendre : on m'annonce que le général Bonaparte a été assassiné au Caire.

"La marque profonde d'une affliction , nous dit Masdas, se lut dans les yeux des danseurs, et Joséphine, qui s'appuyait sur le bras d'Hippolyte, glissa dans un fauteuil, feignant de se trouver mal."

Barras se tourna vers elle :

- Oh ! pardon, madame !

Il ajouta :

- Mes amis, le deuil qui nous frappe tous est trop affligeant pour que notre fête se poursuive. Nous allons nous séparer et je vais rester seul avec le docteur Dufour, qui va donner des soins à la générale Bonaparte...


Quand le dernier invité eut franchi la porte, Joséphine se redressa, épanouie. Puis elle éclata de rire et demanda à Barras :

- Au moins, est-ce bien sûr que Bonaparte ait été assassiné ?

gaiement, le Directeur la rassura :

- Je le crois, le correspondant qui m'en informe n'a aucun intérêt à mentir.

Alors, elle battit des mains :

- Ah ! je respire. Ah ! mon ami, si cela est certain, je ne serai plus aussi malheureuse. C'est un homme qui n'a jamais été attaché qu'à lui-même, à lui seul. C'est l'égoïste le plus dur, le plus féroce qui ait jamais paru sur la terre. Il n'a jamais connu que son intérêt, son ambition...


Ne voulant pas croire à son bonheur, elle demanda encore :

- Mais est-il vraiment mort ?
- Je le crois.

Cette fois, elle sauta de joie.

- Ah ! le méchant homme de moins ! Vous ne pouvez vous faire une idée de ce que c'est que cet homme-là. Il ne rêve que de méchanceté. Il invente des tours à jouer sans cesse aux uns et aux autres. Il faut qu'il tourmente tout le monde
...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 13 Mar - 18:24

Tandis que les Parisiens croyaient que Bonaparte, embaumé par les Egyptiens, allait être envoyé au cabinet d'histoire naturelle du Muséum (2), le jeune général, devinant la réaction du Directoire, se disposait à revenir en France par les Indes, après avoir réalisé le rêve d'Alexandre...
Dès le premier jour, il s'était adressé à ses soldats de façon superbe :

- Nous n'avons plus de flotte, eh bien ! il faut mourir ici ou en sortir grands comme les Anciens ! Cet évènement nous contraint à accomplir de grandes choses, nous les accomplirons ! Des mers nous séparent de la patrie, mais aucune mer ne nous sépare de l'Asie, et l'Asie touche à l'Europe... Nous sommes nombreux, nous ne manquerons pas d'hommes pou recruter nos cadres ; nous avons des armes et des munitions en quantité ; au besoin, les savants que j'ai amenés nous en fabriqueront... Un avenir immense s'ouvre devant nous ! ...


Ces extraordinaires paroles avaient galvanisé les troupes, et tout le monde, des tambours aux généraux, avait accepté d'accomplir des prodiges...
Tandis que les savants de l'Institut d'Egypte s'en allaient mesurer le sphinx, faire des fouilles et scruter les hiéroglyphes, les hommes de troupe étaient affectés à de formidables travaux : adduction d'eau, construction de moulins à vent, fours à cuire le pain, fabrication de bière, distillation d'eau-de-vie, etc.


(2) Cf. Grand combat au bois de Boulogne entre deux députés, un entrepreneur, un gros fournisseur de la République et un architecte, pour des propos tenus contre Bonaparte, qu'on disait être embaumé par les Egyptiens et envoyé en France pour figurer en momie au cabinet d'histoire naturelle, par ROUSSET, homme de loi.

Bonaparte allait presque tous les jours inspecter les "chantiers", où son apparition était accueillie avec enthousiasme. Or, un matin, il s'aperçut que les soldats, tout en l'acclamant, le considéraient avec un ari goguenard. Il en conclut que des exemplaires du recueil anglais contenant la copie de ses lettres à Joséphine leur étaient parvenus et qu'ils connaissaient sa disgrâce conjugale.
Très ennuyé, il rentra dans son palais.

Après avoir réfléchi, il pensa que le meilleur moyen de retrouver son prestige était de prendre une maîtresse et de l'afficher généreusement. Il appela Berthier :

- Cherchez-moi les plus belles femmes du pays et amenez-les-moi
.

(La duchesse d'Abrantès ajoute que certains officiers se contentèrent de ces adipeuses et odorantes personnes et que Junot avait eu en Egypte, d'une esclave abyssinienne appelée Xraxarane, un enfant naturel nommé Othello...)

[ Quelques jours plus tard, nous dit Bourrienne, un mameluk lui présenta "une demi-douzaine de femmes d'Asie dont on vantait les grâces et la beauté ; mais leur tournure et leur obésité les firent renvoyer tout de suite[/color]


Bonaparte fut inquiet. Il se demanda avec angoisse s'il allait pouvoir tromper Joséphine et faire connaître ainsi à son armée qu'il n'était plus l'aveugle mari d'une infidèle
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 13 Mar - 19:23

Un jour de septembre, alors qu'il se rendait à cheval, en compagnie de son état-major, à une fête organisée non loin du Caire, il croisa sur la route une caravane d'ânes montés par des soldats qui revenaient joyeusement vers la ville. Parmi eux, se trouvait une jeune femme blonde aux yeux bleus, dont le vent faisait voler la robe, découvrant des jambes d'une ligne parfaite.
Son rire argentin fit se retourner Bonaparte, qui la considéra, nous dit-on, "avec un mélange de stupeur et d'admiration".
Le soir, en rentrant dans son palais, il demanda à Berthier le nom de cette jeune personne qu'il avait rencontrée. Le Major-général fit une rapide enquête et revint auprès de Bonaparte.

- Il s'agit, dit-il, de la citoyenne Pauline Fourès, qui s'est habillée en homme pour suivre son mari jusqu'ici. Malgré son âge - elle n'a que vingt ans - elle a montré un courage exemplaire pendant la terrible traversée du désert. Là où les hommes tombaient, victimes du soleil, du sable et du vent brûlant, elle marchait sans murmurer. Les soldats du 22e Chasseurs en sont tous amoureux, mais ils la respectent, car elle forme avec son mari un ménage modèle...

Qui était donc cette ravissante Pauline, qui venait d'attirer l'attention du général en chef ?

La duchesse d'Abrantès va nous le dire :


"Pauline est née à Carcassonne. Son père est un homme comme il faut, sa mère, je crois, une femme de chambre ou cuisinière. L'éducation de la jeune fille se ressentit de ces deux natures qui avaient formé sa vie.
Elle reçut quelque instruction et se fit ouvrière. Elle était une des plus jolies de la ville et parfaitement vertueuse.
Sa conduite était régulière, ce qui ne nuit pas à la vertu à Carcassonne. Car il n'en va pas là comme à Paris...
"On avait nommé Pauline Bellisle, Bellilote, parce qu'en effet, elle était charmante. C'était surtout dans la maison d'une personne de mes amis qu'elle avait reçu ce surnom. M. et Mme de Sales avaient pour elle des bontés qu'elle justifiait, et tous deux la traitaient plutôt comme une enfant à eux que comme une ouvrière venant faire une journée.
"M. de Sales avait, un jour, du monde à dîner. Au dessert, il fut question, comme presque toujours alors en province, de chanter des chansons. Bellilote était dans la maison. M. de Sales fut la chercher et, malgré sa résistance, la conduisit à table. Elle chanta, récita des vers avec grâce et facilité. A cette époque, la chose était rare, pour ne pas dire unique, parmi les ouvrières, non seulement de province, mais encore de Paris.
Bellilote fit donc impression. Elle le sentit et, à dater de ce jour, son parti fut arrêté :

"- Je veux aussi être maîtresse de maison, dit-elle à M. de Sales. M. Fourès m'offre l'avantage d'une fortune médiocre, mais indépendante, je l'accepte.
"Et elle l'épousa.

"Peu de temps après, l'annonce de l'expédition d'Egypte parvint jusqu'à Carcassonne. Fourès, qui avait sevi, voulut répondre à l'appel qu'on faisait à tous les militaires retirés, mais encore en état de porter les armes. On savait bien qu'on partait, mais on ignorait où on allait. Fourès partit pour Toulon, lieu du rendez-vous général. Mais comme il aimait beaucoup sa femme, il voulut l'emmener avec lui, n'importe où l'on allât, et la jeune femme, qui avait l'humeur aventureuse, ne demanda pas mieux que de quitter son nid pour voler au loin et essayer ses jeunes plumes. Elle s'habilla donc en homme, et ils arrivèrent en Egypte sans que Napoléon l'eût seulement entrevue."

Cette blonde pulpeuse allait permettre à Bonaparte de reconquérir son prestige auprès de l'armée d'Orient...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 16 Mar - 20:27

Avant de mettre Pauline dans son lit, Bonaparte devait connaître une bien curieuse aventure.
Un matin, la générale Verdier vint le trouver dans le palais dont il avait fait sa résidence.

- Citoyen général, dit-elle, très excitée, Berthier m'a dit que vous cherchiez une jeune personne avenante et experte pour occuper vos loisirs. Il m'a dit aussi votre déconvenue en voyant les esclaves obèses et trop parfumées qu'on vous avait trouvées. A votre intention, je me suis rendue dans plusieurs harems et j'ai découvert une ravissante vierge de seize ans, aux prunelles immenses. On me l'a montrée nue. Son corps est souple, ses seins sont fermes et bien placés, ses cuisses sont élastiques, ses jambes sont longes et son duvet est soyeux...

L'oeil de Bonaparte perdit pendant une seconde sa légendaire assurance. Ravie de l'effet que produisait sa description, la citoyenne Verdier continua :

- Cette merveille s'appelle Zenab. Elle est la fille du cheik El Bekri, qui a bien voulu accepter de me la confier pour un soir. Si elle vous plaît, vous pourrez en user et même en abuser...
- Quand puis-voir cette personne ? dit-il simplement.
- Elle doit venir goûter cet après-midi chez moi.
- J'y serai !


A quatre heures, le jeune général, sanglé dans un uniforme de gros drap bleu qu'il était seul à porter par 35° à l'ombre, arriva chez la générale Verdier. Zenab était là avec sa mère, grignotant des montagnes de gâteaux à la confiture d'eucalyptus. Immédiatement séduit, Bonaparte fit quelques compliments à la jeune fille, félicita la maman, but une tasse de café et se retira.
Sur le pas de la porte, il dit à Mme Verdier :

- Qu'on me l'amène ce soir !

Très contente d'elle, la générale rentra dans son salon et transmit l'invitation de Bonaparte aux deux Egyptiennes, qui poussèrent de grands cris de joie...

- Il faut voir là une faveur du ciel, dit la maîtresse de maison, car le général Bonaparte est l'homme le plus puissant de la terre.

Zenab et sa mère tombèrent à genoux, baisèrent le tapis et regagnèrent leur maison en remerciant Allah.
Elles le remercièrent avec plus de ferveur encore deux heures plus tard, lorsqu'un soldat français vint apporter à Zenab, de la part du général en chef, un coffret rempli de somptueux cadeaux : bracelets, colliers, écharpes précieuses et fruits glacés...


Le soir, tandis que Bonaparte attendait avec impatience la petite Arabe dont la beauté et la grâce orientale l'avaient ébloui, Mme Verdier eut une idée malencontreuse. Croyant rendre Zenab plus séduisante, elle la transforma en petite Parisienne "aidée de quelques Française, nous dit Marcel Dupont, elle changea sa coiffure, lui fit un chignon, l'affubla d'une longue robe Directoire, gaina ses longues jambes brunes de bas à coins dorés, emprisonna ses jolis pieds dans d'étroits souliers de satin. Engoncée, mal à son aise, marchant avec peine, l'infortunée Zenab avait perdu tout son charme".

A dix heures, cette poupée fardée fut introduite au palais d'Elfy-Bey, où Bonaparte, en robe de chambre chamarrée, s'apprêtait à passer une nuit étourdissante.
En la voyant entrer, il demeura saisi :

- Qui est-ce ? dit-il.

Un aide de camp lui expliqua que la générale Verdier avait cru bien faire en donnant un aspect européen à la petite Zenab. Bonaparte fut atterré, et son ressort intime, qui était tendu vers l'exotisme, se relâcha...
Comprenant qu'elle décevait, l'adolescente, qui se faisait une fête de perdre sa virginité, éclata en sanglots.
Devant ce gros chagrin d'enfant, le général fut pris de pitié.

- Allons, ne pleure pas, dit-il, et déshabille-toi !

Paternel, il l'aida à dégrager sa robe, à retirer ses bas et à défaire son chignon. Quand elle fut entièrement nue, il lui trouva le corps le plus joli qu'on pût imaginer, et ne tarda pas à en montrer une belle satisfaction.
En deux enjambées, il la porta sur un lit et lui "mit la main au delta", comme disaient les membres de l'expédition avec ce sens inné de l'image que possèdent les hommes du peuple.
Cette fois, la fillette sécha ses larmes et sourit timidement. Tant de gentillesse la remplissait d'une joie candide.

- Merci, général ! disait-elle.

Flatté, Bonaparte s'activait avec bonté.
Puis il passa aux hoses sérieuse, et Zenab devint femme en montrant le visage extasié d'une enfant à qui l'on donne un gros bonbon...


Au petit jour, Bonaparte fit reconduire la petite Zenab chez son père avec des cadeaux plus fastueux encore que les précédents. Mais cette aventure fut sans lendemain. Pour se venger de Joséphine et de l'Angleterre, il fallait à Napoléon autre chose qu'une enfant...
Il repensa alors à Pauline Fourès et se demanda commen il pourrait la rencontrer.
Le hasard allait l'aider...
Depuis quelque temps,la vie au Caire s'organisait. Des cafés, des boutiques, des établissements de bains, s'ouvraient chaque jour, et l'on attendait, en ce mois de novembre 1798, la création d'un établissement dont l'animateur voulait faire l'équivalent du fameux Tivoli où tous les Parisiens allaient s'amuser le dimanche. Voici en quels termes alléchants ce lieu de plaisirs avait été annoncé par le Courrier d'Egypte
:

"Le jardin est le plus grand et le plus beau du Caire. Il est couvert d'orangers, de citronniers et autres arbres odoriférants. Au moyen de plusieurs puits à roues déjà existants, il y aura de l'eau courante dans toutes les parties.
"On trouvera dans la maison tous les amusements, toutes les commodités qu l'on pourra désirer. Il y aura un cabinet de littérature, où seront réunis des livres de choix...
"Enfin, on réunira dans ce lieu tout ce qui pourra contribuer aux plaisirs de la société qui le fréquentera. Si Paris a un Tivoli, un Elysée et tant d'autres jardins délicieux, il faut que Le Caire ait aussi un lieu d'agrément dont le nom soit pompeux, mais où l'on puisse s'amuser. D'ailleurs, ce sera peut-être le moyen d'attirer dans nos sociétés les habitants du pays et leurs femmes et de leur faire prendre insensiblement les habitudes, les goûts et les modes français."

L'inauguration de ce "Tivoli égyptien" avait été fixée au 30 novembre, jour où, sur l'ordre de Bonaparte, devait avoir lieu le lancement d'une montgolfière.
A quatre heures, la machine, qui - précisaient des affiches imprimées en arabe - "volait par des moyens inventés par les Français", s'éleva au-dessus de la place Esbekieh, à l'intense stupéfaction des Egyptiens. Après quoi, la foule se rendit à Tivoli , où le directeur, Dargevel, un ancien condisciple de Bonaparte à Brienne, attendait ses invités devant un massif de jasmins géants.
En quelques minutes, les visiteurs envahirent les allées, découvrant à chaque détour une attraction nouvelle : des jongleurs, des almées, des balançoires, des chevaux de bois, un marchand de glaces, un orchestre, une salle de billard, un restaurant turc, etc.


Bonaparte arriva vers six heures, suivi de Junot. Il admira les jardins, applaudit les acrobates et allait se diriger vers des danseuses, lorsqu'on le vit s'arrêter brusquement, pâlir, et regarder une jeune femme qui descendait des balançoires en riant aux éclats.
Cette femme était Pauline Fourès.
Laissant là Junot, il se précipita vers elle, s'inclina et lui adressa quelques compliments d'artilleur. Ravie d'avoir été remarquée par le général en chef, mais atrocement intimidée, la jeune femme bredouilla des mots inintelligibles.
Bonaparte s'inclina de nouveau et lui baisa la main :

- J'espère que nous nous reverrons bientôt et dans un lieu plus intime, dit-il en la quittant.

Candide, Pauline se réjouit alors à la pensée que cette rencontre pouvait être bonne pour la carrière de son mari
...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 16 Mar - 20:45

Le surlendemain matin, Bonaparte, qui, on le sait, pouvait faire plusieurs choses à la fois, fit appeler Junot, et, tout en dictant une note destinée aux memebres de l'Institut d'Egypte, lui dit :

- Tu te souviens de la citoyenne Fourès : il faut que je la revoie.

Puis il jeta les grandes lignes d'une réorganisation des musiques militaires et continua :

- Son mari est parti ce matin en colonne dans le delta ; tu vas en profiter pour aller chez elle.

Il conçut ensuite un projet d'uniforme pour les mameluks appelés à servir dans la marine et conclut :

- Tu lui feras comprendre habilement qu'elle me plaît et tu tâcheras de lui faire accepter de venir dîner avec moi.


Junot avait beaucoup de qualités,mais il manquait de finesse. Il se rendit chez Pauline, claqua les talons, salua et dit sur le ton qu'il aurait pris pour faire une proclamation à ses soldats :

- Citoyenne ! je viens de la part du général Bonaparte. Vous lui plaisez. Il voudrait que vous deveniez sa maîtresse ! ...

La jeune femme fut saisie. Les yeux durs, elle regarda Junot sans rien dire. Tant de maladresse la navrait.
Depuis deux jours, elle était prête, en effet, à se donner à Bonaparte ; mais une proposition aussi brutale, aussi grossière, l'empêchait maintenant d'accepter.

- Colonel, dit-elle, vous direz au général que j'aime mon mari, et que je ne l'ai jamais trompé !

Très ennuyé, Junot chercha un moyen d'arranger les choses et crut bien faire en ridiculisant Fourès. D'un ton ironique, il le mit en parallèle avec Bonaparte. Cette fois, Pauline lui désigna la porte...


L'aide de camp revint piteusement au palais d'Elfi-Bey et raconta son entrevue à Bonaparte.
Celui-ci comprit qu'il n'avait pas bien choisi son ambassadeur.
Le soir même, il envoyait Duroc, son deuxième aide de camp, chez Pauline. Duroc était galant, habile, diplomate. Il commença par déplorer "l'initiative inadmissible" du soudard qui s'était présenté le matin ; puis, voyant la jeune femme rassérénée, il lui parla longuement de l'admiration que le général avait pour elle et de la hâte qu'il avait de la revoir...
Enfin, au moment de prendre congé, il déposa un petit coffret sur le guéridon :

- Le général m'a chargé de vous remettre ceci en souvenir de la soirée de Tivoli, dit-il.

Dès qu'il fut parti, Bellilote ouvrit le coffret et trouva un magnifique bracelet égyptien enrichi de pierreries et de diamants.
Jamais la petite couturière de Carcassonne n'avait vu un aussi beau bijou. Elle fut éblouie et pensa qu'il devait être bien agréable de vivre en compagnie de ce généreux général...


"Et, comme le dit un de ses biographes, en échange de ce joyau, elle avait déjà dans le secret de son coeur, donné son "petit bijou" à Bonaparte...
" (PAUL DURUY, La Souveraine d'Orient, 1887)
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 17 Mar - 0:04

Dès lors, Duroc vint chaque matin, très régulièrement, apporter à Pauline une lettre du général, accompagnée d'un cadeau.
La jeune femme lisait avec délices les déclarations passionnées que le Corse avait écrites pendant la nuit, puis s'en allait cacher les nouveaux bijoux dans un coffre dont Fourès ignorait l'existence.
Au bout de quinze jours, Bellilote commença à s'impatienter. Le désir, bien légitime, qu'elle avait de remercier son adorateur avec les moyens que la nature lui avait donnés, finit par lui causer "une démangeaison locale"" dont le remède était - hélas ! - au palais d'Elfi-Bey... Ses nuits furent bientôt troublées par des rêves d'ne lubricité dont elle s'étonnait elle-même au réveil. "Certains de ses songes, nous dit Paul Duruy, étaient créés par une imagination tellement débridée qu'ils avaient pour Pauline une réelle valeur éducative. La petite Carcassonnaise, en effet, était restée très pure, et se bornait, pour l'apaisement de ses sens, à des conjonctions extrêmement orthodoxes. Ses propres rêves lui ouvrirent soudain bien des horizons..."


Mise ainsi en appétit, elle devint nerveuse et pensa que le général ne semblait pas pressé de lui donner rendez-vous. Alors qu'elle commençait à désespérer, elle reçut une carte du commandant du Caire, le général Dupuy. Celui-ci l'invitait à dîner - seule -. Ce qui surprit beaucoup le lieutenant Fourès.

- Il est bien étonnant, dit-il, que je ne sois pas invité avec ma femme, car enfin je suis officier.

Pauline lui fit valoir qu'elle ne pouvait pas se dérober à une invitation, qui, "venant d'un général, était presque un ordre militaire", et s'en alla chez les dupuy, coeur battant.
Elle avait bien raison d'être émue et son mari n'avait pas tort d'être inquiet. Ecoutons la duchesse Abrantès :

"Mme Fourès fut parfaitement accueillie Il n'y avait que peu de monde à dîner, et tout se passa tranquillement et sans que rien pût faire préjuger ce qui devait arriver. Mais au moment où on allait servir le café, on entendit un grand mouvement dans la maison, les deux battants s'ouvrirent avec fracas, et le général en chef parut. Dupuy s'excusa beaucoup de ce que le général les trouvait encore à table et lui demanda de prendre au moins une tasse de café, ce que Napoléon accepta."

Cette mise en scène avait été organisée naturellement par Bonaparte, qui vint s'asseoir auprès de Pauline.
Après lui avoir adressé quelques mots, il prit sa tasse de café et - comme par mégarde - la renversa sur la robe de la jeune femme.
Tout le monde poussa de grandes exclamations, et Bonaparte, feignant la confusion, proposa de réparer lui-même le dommage :

- Je suis désolé, dit-il, où y a-t-il de l'eau ?
- Dans ma chambre, répondit le général Dupuy.
- Allons-y, je ne veux pas que vous conserviez un mauvais souvenir de ce dîner, à cause de moi...

Pauline suivit Bonaparte dans la chambre.
Ils ne reparurent que deux heures plus tard !
"Les apparences étaient à peu près conservées", nous dit-on. Pourtant, les deux amants avaient un air à la fois las et triomphant qui en disait long sur leur façon d'effacer les taches de café
...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 17 Mar - 20:21

Rentré dans son palais, Bonaparte pensa que le lieutenant Fourès allait être bien gênant désormais. Résolu à faire de Bellilote sa favorite ordinaire et à l'afficher aux yeux de tous, il décida d'éloisgner l'importun.
Le lendemain, Berthier, chef d'état-major, convoqua le lieutenant qui accourut aussitôt :

- Mon cher Fourès, lui dit-il, plus heureux que nous, vous allez revoir la France !
- Moi !
- Oui, le général en chef, qui a eu sur vous d'excellents rapports, vous envoie en Europe porter des dépêches au Directoire. Voici l'ordre.

Le mari trompé - et ahuri - lut ceci :


Au citoyen Fourès, lieutenant de chasseurs.

Quartier général, au Caire, le 28 frimaire an VII.

Il est ordonné au citoyen Fourès, lieutenant au 22e régiment de chasseurs à cheval, de partir par la première diligence à Rosette, pour se rendre à Alexandrie et s'y embarquer sur un brick qui lui sera fourni par le commandement de la marine, auquel, il remettra l'ordre ci-joint du général en chef.
Le citoyen sera porteur des dépêches ci-jointes, qu'il n'ouvrira qu'en mer et dans lesquelles il trouvera ses instructions.
Je lui remets une somme de trois mille francs pour subvenir aux frais de sa mission.
Par ordre du général en chef.

Signé :
BERTHIER.

Vous quitterez Le Caire dans une heure, ajouta le général, la voiture et son escorte sont prêtes.

- Je vais dire à ma femme de préparer rapidement nos bagages, dit Fourès.

Berthier sursauta :

- Votre femme ? Vous n'y pensez pas ! La faire figurer dans une mission pareille serait un scandale !
Songez en outre que vous pouvez être surpris par la croisière anglaise, et imaginez les dangers auxquels la pauvre pourrait être exposée ! Dangers de tous ordres, mon cher : risque de recevoir un mauvais coup, risque de tomber aux mains des officiers de S.M. britannique, lesquels, vous ne l'ignorez pas, tiennent la mer depuis des mois et sont affamés de chair fraîche ! Soyez raisonnable et mettez ce projet de côté.
- Nous veillerons ici sur la citoyenne Fourès !


Alors, le lieutenant, fort étonné "des faveurs particulières qui venaient le chercher dans son obscurité", alla faire ses bagages.
A sa femme, il expliqua en bombant le torse que le général en chef avait enfin reconnu ses mérites. Mais, nous dit la duchesse d'Abrantès, Pauline, qui connaissait les raisons du choix de Bonaparte, "luidit adieu avec un oeil pleurant et l'autre riant..."
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 17 Mar - 20:30

LES ANGLAIS INTERROMPENT L'IDYLLE DE BONAPARTE AVEC PAULINE FOURES



L'Angleterre m'a empêché de vivre heureux - NAPOLEON -


LE lieutenant Fourès était un homme de principes. Il aimait accompagner chacune de ses actions d'un cérémonial propre à en souligner l'importance et susceptible d'en intensifier l'éclat.
Pressé par le temps, il chercha quelle petite fête pourrait donner un semblant de solennité à son départ.
L'idée lui vint alors qu'au lieu d'un "dîner pour prendre congé", il pourrait organiser avec sa femme n petit "déduit d'adieu"... Il appela Pauline et, dans son dur jargon militaire, lui exposa son projet. Ayant reçu l'approbation qu'il souhaitait, il la conduisit sur un lit, où, tout aussitôt, ils se donnèrent une belle fête...

Pendant une heure, nous dit Léonce Deschamps, "les deux époux, dans un grand désordre de membres voltigeants, savourèrent plusieurs fois la coupe d'amour". Le même auteur ajoute, avec un lyrisme saugrenu : "Les jambes de Pauline, qui s'agitaient en l'air, faisaient comme de petits signes d'adieu au passé avec lequel elle allait rompre..."

Finalement, Fourès, "quittant les régions paradisiaques de la volupté, remit pied à terre" sans se douter qu'il venait de batifoler avec Pauline pour la dernière fois...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 21 Mar - 13:09

A cinq heures du soir, émerveillé par sa propre chance et pendant que le destin avait vraiment pour lui des attentions particulières, il quitta le Caire d'un coeur léger.
Or, à peine "la poussière soulevée par les chevaux de l'escorte" était-elle dissipée que Junot sortit d'une maison voisine et se présenta chez Pauline.
La jeune femme se trouvait encore dans l'état où le lieutenant l'avait laissée après leur séance d'adieux...
Elle se voila dans un peignoir et, tout essoufflée encore, reçut Junot.
Celui-ci claqua les talons, salua et récita la phrase que Bonaparte, prudemment, lui avait fait apprendre par coeur :

- Citoyenne, le général vous prie à dîner, ce soir, au palais d'Elfi-Bey

Pauline, un peu étonné tout de même par autant de précipitation, s'inclina :

- J'y serai ! répondit-elle.


Le soir, assise à la droite du général en chef, "elle illumina par sa beauté toute l'assemblée qui avait été réunie en son honneur". Avec cette extraordinaire faculté d'adaptation qu'ont les femmes, l'ancienne ouvrière de Carcassonne sut immédiatement jouer son rôle de favorite. Au dessert, on l'eût prise pour la maîtresse de maison...
A minuit, elle se trouvait d'ailleurs à la porte du salon, aux côtés de Bonaparte, pour dire au revoir aux invités...
Quand tout le monde fut parti, le général en chef, qui s'était montré, tout au long du repas, tendre et facétieux, conduisit la jeune femme dans sa chambre et lui fit, en guise de bienvenue, exactement ce que Fourès lui avait fait en manière d'adieu...


Tandis qu'au palais d'Elfi-Bey, les deux amants se savouraient ainsi à corps perdus, le lieutenant roulait en direction d'Alexandrie. A Om Dinar, le premier relais, il ouvrit le pli que lui avait remis Berthier et lut cet ordre qui contenait tous les détails de sa mission :


Quartier général, au Caire, 27 frimaire An VII.
Le bâtiment sur lequel vous vous embarquerez vous conduira à Malte. Vous remettrez les lettres ci-jointes à l'amiral Villeneuve et au général-commandant de Malte.
Le commandant de la Marine à Malte vous donnera sur-le-champ un bâtiment pour vous conduire dans un port d'Italie qu'il jugera le plus sûr, d'où vous prendrez la route pour vous rendre en toute diligence à Paris et remettre les dépêches ci-jointes au gouvernement.
Vous resterez huit à dix jours à Paris ; après quoi, vous reviendrez en toute diligence en venant vous embarquer dans un port du royaume de Naples ou à Ancône.
Vous éviterez Alexandrie et aborderez avec votre bâtiment à Damiette.
Avant de partir, vous aurez soin de voir un de mes frères membre du corps législatif ; il vous remettra tous les papiers et imprimés qui auront paru depuis messidor.
Je compte sur votre zèle, dans tous les événements imprévus qui pourraient survenir dans votre mission, qui est de faire parvenir vos dépêches au gouvernement et d'en apporter les réponses.

Signé
: BONAPARTE

Ce texte, qui impressionna Fourès, pose un problème aux historiens : Bonaparte croyait-il à la possibilité d'un tel voyage alors que les Anglais étaient maîtres de la Méditerranée et que leurs bateaux croisaient sans arrêt devant Alexandrie ? C'est peu probable. A telle enseigne que les dépêches dont il avait chargé Fourès ne contenaient que des informations sans importance : occupation de Suez par le général Bon, expédition dans la haute Egypte par Desaix, organisation de l'armée, rassemblements turcs en Syrie. Pour éloigner un mari gênant, Bonaparte n'hésitait donc pas à sacrifier un navire de guerre et son équipage...
Comme l'écrit Marcel Dupont : "Les grands hommes ont parfois des faiblesses devant lesquelles un simple honnête homme reculerai
t..."
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 21 Mar - 13:35

Fourès s'embarqua le 28 décembre sur l'aviso Le Chasseur, commandé par le capitaine Laurens.
Celui-ci ne cacha pas au lieutenant les difficultés de l'entreprise.

- Exactement devant nous, dit-il avant même de lever l'ancre, se trouve la croisière anglaise, composée de trois vaisseaux de haut bord et de deux frégates. Je ne veux pas être pessimiste, mais je pense que nous avons à peu près une chance sur quatre de forcer ce blocus.
De toute façon, nous ne pouvons partir qu'à la nuit close. Le Chasseur est un fin voilier, et, en naviguant tous feux éteints, si le vent nous reste favorable et si nous ne faisons aucune fâcheuse rencontre, nous serons au lever du jour à soixante milles de la côte.

A sept heures du soir, l'aviso leva l'ancre et sortit du port. Fourès, anxieux, refusa de se coucher et demeura près du capitaine à scruter la nuit.
Pendant douze heures, il resta ainsi sur la passerelle à entendre le sifflement du vent et le craquement des mâts, attentif au moindre bruit étranger. A chaque instant, il lui semblait voir apparaître la masse gigantesque d'un vaisseau anglais...
A l'aube naissant, il descendit au carré pour boire un pot de vin chaud. C'est à ce moment qu'un homme cria :

- Une voile à l'arrière !

Le capitaine Laurens pris sa lunette :

- C'est un Anglais. Il nous aura rattrapés dans cinq heures environ... Détruisez vos dépêches ! Nous allons être pris !

Fourès, espérant un miracle, préféra cacher les précieux papiers, soigneusement roulés, dans une partie fort intime de son individu...
A midi, Le Chasseur était arraisonné.


Aussitôt, l'équipage abattit la voilure et fit culbuter les quatre pièces de canon dans la mer. A une heure, deux officiers anglais montaient à bord avec un équipage de prise. En deux voyages, le capitaine Laurens, ses officiers, ses matelots et Fourès furent conduits à bord du vaisseau britannique Le Lion.

Dès qu'il sut que le lieutenant était un chargé de mission de Bonaparte, le commandant anglais appela des aides. "On le fouilla, nous dit la duchesse d'Abrantès, on lui enleva jusqu'à sa chemise pour chercher avec soin s'il ne cachait pas encore quelque missive importante, car, en examinant celles qu'il avait celées avec une extrême adresse, le capitaine anglais n'y trouva que des lieux communs, qui même avaient été, il se le rappelait, dans une dépêche qui avait eu le bonheur de passer quelques semaines avant, et dont le Directoire avait fait parade dans le Moniteur."

- Comment vous appelez-vous ?
- Jean-Noël Fourès !

A ce nom, le capitaine du Lion, qui, nous dit encore la duchesse d'Abrantès, "avait des nouvelles de l'Egypte aussi fraîches et aussi circonstanciées que s'il eût été habitant du Caire ou d'Alexandrie, fit un clin d'oeil à son second".
L'idée de gêner Bonaparte "dans le bon déroulement de ses amours" lui parut de nature à satisfaire le gouvernement de Londres.

- Monsieur, dit-il à Fourès, avant de rentrer en Angleterre, le vaisseau que Sa Majesté m'a fait l'honneur de me confier doit faire une longue randonnée dans les mers d'Orient. Je suis contraint de garder prisonniers les officiers et l'équipage du Chasseur, mais, quant à vous, puisque votre mission est devenue sans objet, je m'en voudrais de vous imposer une croisière devant durer de longs mois. Si vous êtes disposé à me donner votre parole d'honneur de ne point servir contre l'Angleterre tant que durera la guerre, je serai heureux de vous déposer en tel point de la côte égyptienne qu'il vous plaira de me désigner...
- Je vous donne ma parole, dit Fourès, fou de joie.

Le soir même, le capitaine du Lion, ravi de jouer un bon tour à Bonaparte, ramenait le lieutenant en Egypte.

... Il devait y apprendre, nous dit Mme d'Abrantès, "que tous les crocodiles n'étaient pas dans le Nil"...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 21 Mar - 14:01

En pleine nuit, une embarcation du Lion déposa Fourès dans une petite crique située non loin d'Alexandrie. L'aube le trouva assis sur un rocher, claquant des dents, mais heureux à la pensée de revoir bientôt sa Bellilote.
Vers huit heures, un Egyptien qui passait l'accepta dans sa voiture à âne et, à midi, le lieutenant atteignit la ville.
Aussitôt il courut chez Marmont, commandant d'Alexandrie, et lui conta son aventure.

- Grâce à l'extraordinaire clémence de l'officier anglais, dit-il, rayonnant de joie, je vais pouvoir faire une bonne surprise à ma femme.

Le général - qui savait que Bonaparte venait d'installer Pauline dans un palais somptueux, à deux pas du sien - parvint à ne pas éclater de rire, mais pensa que la vie valait la peine d'être vécue.

- Je crois, dit-il, que vous feriez mieux de rester ici. Votre mission est interrompue, mais pas terminée.
Le général Bonaparte va nécessairement vous envoyer des consignes. Il serait maladroit de votre part de prendre une initiative pouvant lui déplaire...

Fourès hocha la tête :

- Je suis sûr qu'il comprendra ma hâte. Et puis, j'ai perdu mes dépêches ; je ne suis qu'une malle vide. Que feriez-vous d'une malle vide à Alexandrie ? Si elle doit être de nouveau remplie, il faut que je retourne au Caire.

Marmont, s'il s'amusait, était tout de même inquiet à l'idée du scandale qui allait éclater. Ne sachant plus quel argument utiliser, il prit un ton rude et dit :

- Je n'ai pas qualité pour vous retenir, lieutenant, mais un homme averti en vaut deux : si vous retournez au Caire, il pourrait vous en cuire !

Fourès sourit :

- Sans doute, le général en chef sera-t-il déçu par mon échec, dit-il, mais il sera si content de me revoir sain et sauf, alors que les Anglais pouvaient me garder prisonnier, qu'il me pardonnera ! ...

Tant de naïveté, tant d'assurance stupide, finirent par agacer Marmont. Il pensa que cet imbécile méritait une leçon et le laissa partir...


Fourès s'embarqua sur un djerme qui remontait le Nil et, six jours plus tard, arriva au Caire. Impatient d'embrasser Pauline, il courut chez lui. En trouvant la maison vide, sa stupeur fut immense.
Il appela, ouvrit toutes les portes, remarqua qu'une couche de poussière recouvrait les meubles et que tous les objets qui appartenaient à sa femme avaient disparu. Comme il n'était aussi sot qu'il en avait l'air, il en conclut que Pauline était partie.
Alors, nous dit Léonce Deschamp : "Il s'assit sur un coffre, considéra la situation, pesa le pour et le contre, et dut se résoudre à admettre que, malgré son grade de lieutenant de chasseurs, il était cocu ! ..."

Cette découverte le rendit furieux.
D'un pas vif, il courut au cercle où se réunissaient les officiers du 22e Chasseurs, afin de connaître le nom de son rival.
Quand il entra, quatre lieutenants jouaient aux cartes.

- Où est Pauline ? hurla-t-il.

Les quatre homme se regardèrent fort ennuyés. L'un d'eux alla prudemment fermer la porte, puis revint à sa place.

- Ta femme est chez le général Bonaparte !

Et par le menu, comme il s'agissait d'une histoire quelconque, il conta à Fourès comment Pauline l'avait trahi.
Le pauvre apprit ainsi qu'elle habitait dans un magnifique palais situé sur le Birket-el-Ratle et presque contigu au palais d'Elfi-Bey, que tous les jours, à trois heures, elle allait rejoindre Bonaparte, qu'elle se promenait à ses côtés, que les soldats l'avaient surnommée Clioupâtre et Notre-Dame de l'Orient, qu'elle présidait les dîners du généralissime et qu'elle ne rentrait dans son palais qu'au petit matin.

Gentiment, l'officier précisa à Fourès que toutes la garnison du Caire désapprouvait la conduite de Pauline et que le général en chef avait droit à des épithètes peu flatteuses..
Le lieutenant n'en éprouva aucune consolation. Sans dire un mot, il rentra chez lui, prit une cravache et se dirigea vers le Birket-el-Ratle.


En arrivant devant le magnifique palais qu'habitait Pauline, sa colère redoubla. Les mâchoires serrées, il traversa une cour plantée de sycomores, longea des fontaines aux eaux chantantes, et se perdit dans un dédale de somptueux salons où s'entassaient des tapis, des coussins, des objets précieux. Un domestique vint à sa rencontre ; il le bouscula, ouvrit des portes et, soudain, découvrit Pauline, nue dans sa baignoire...
En le voyant paraître, la jeune femme - qui le croyait à Malte - fut horrifiée. Elle tenta de se sauver, appela à l'aide, supplia ; mais Fourès l'attrapa par les cheveux et, sept fois, la cravacha au sang...
Les hurlements qu'elle jugea bon de pousser en cette occasion finirent par attirer les domestiques, qui - non sans mal - s'emparèrent du lieutenant et le jetèrent dans la rue.
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