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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 NAPOLEON ET LES FEMMES

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epistophélès



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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 21 Fév - 19:31

LE portrait de Napoléon qui sera proposé dans ce livre surprendra sans doute.
C'est que les historiens tristes, graves et compassés ont dénaturé la véritable figure de l'Empereur. Soucieux de le peindre sous les traits d'un demi-dieu, ils ont volontairement omis de nous le montrer sous son aspect le plus humain, c''est-à-dire dans un lit avec une dame.
Or, Napoléon adore les femmes. Elles l'obsèdent,. Pour aller les retrouver, il laisse ses dossiers, ses plans de bataille, ses soldats, ses maréchaux. Pour les attirer, il leur distribuait des milliards de notre monnaie. Pour les séduire, il leur écrit des milliers de lettres d'amour.
Pour les caresser, il leur consacre tant de jours et tant de nuits qu'on se demande où il trouve le temps de diriger son Empire et de faire la guerre...
Sait-on qu'à lui tout seul il eut plus de maîtresses que Louis XV, François Ier et Henri IV réunis ? ...

La compagnie des femmes qui est à ce point indispensable qu'il est impossible de comprendre son caractère si l'on refuse de le voir s'ébattre sur une courte-pointe. Avec ses belles amies, il montre, en effet, l'une de ses qualités essentielles : la gaminerie.
Cette gaminerie qui le pousse à jouer à saute-mouton sur la pelouse de la Malmaison avec les demoiselles de la Cour, à se cacher sous des coussins pour faire rire Mlle George, à s'habiller en bourgeois pour aller nuitamment retrouver une maîtresse en ville, à se promener dans Paris sous un déguisement en compagnie de Marie Walewska ou à courir, pieds nus, dans les couloirs de Fontainebleau à la poursuite d'une jolie lectrice de l'Impératrice dont la fesse bien placée l'a mis de bonne humeur...

Toutes ces femmes ne se contentent pas de lui donner quelques instants de plaisir. Certaines ont une influence considérable sur sa destinée : Joséphine lui permet d'avoir le commandement en chef de l'armée d'Italie, Pauline Fourès l'aide à reconquérir son prestige en Egypte, Désirée Clary est son efficace complice dans le coup d'Etat du 18 brumaire, etc.

Nous voilà loin de la Légende...
Bien entendu, ce portrait un peu insolite d'un Napoléon gamin et coureur de jupons n'était possible qu'à la condition expresse de l'étayer sur des preuves irréfutables. C'est pourquoi il m'a paru souvent indispensable de citer longuement les témoins des scènes les plus extraodinaires.
On pourra ainsi constater que Napoléon n'avait pas toujours la main dans l'échancrure de son
gi
let.
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epistophélès



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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 21 Fév - 19:34

Oups, je pense que vous aurez rectifié de vous même : "... pour les attirer il leur distribue (et non pas à l'imparfait)...
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epistophélès



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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 21 Fév - 20:01

JOSEPHINE APPORTE EN DOT A BONAPARTE LE COMMANDEMENT EN CHEF DE L'ARMEE D'ITALIE




La dot est la raison du mariage; l'amour est le prétexte. - COMMERSON -



LE 2 octobre 1795, vers quatre heures de l'après-midi deux gendarmes à cheval venus de Paris se postèrent à l'entrée du pont de Croissy-sur-Seine et, sans perdre une minute, se mirent à rouler soigneusement leurs moustaches avec cet air pensif et soupçonneux qui caractérisait déjà la maréchaussée.
Au même instant, de Nanterre à Bougival, soixante-dix de leurs collègues, installés le long de la route, de cent mètres en cent mètres occupaient leur pouce et leur index gauche à un travail identique.
Ce déploiement de forces n'était pas destiné à protéger le passage d'un convoi militaire ou d'une personnalité en mission.
Si soixante-douze gendarmes étaient en trains de se tortiller la moustache en ce beau jour doré d'automne sur une route d'Ile-de-France, c'est que Barras, comme chaque decadi, avait décidé d'aller prendre un plaisir inavouable - mais bien naturel - avec Mme de Beauharnais, locataire d'une petite maison à Croissy.


(La future impératrice avait loué cette maison en 1793 grâce à une de ses compatriotes des Antilles, Mme Hosten. Après l'arrestation du vicomte de Beauharnais, Joséphine, inquiète pour ses enfants, avait placé ceux-ci en apprentissage, Hortense chez une marchande de robes à Paris, et Eugène chez un menuisier de Croissy, nommé Cochard.)

Pour corser les ébats, le président de la Constitution, qui manifestait parfois en amour un curieux instinct grégaire, avait convié chez sa maîtresse quelques belles amies turbulents, légères et toujours prêtes à se laisser courtiser pour le mauvais motif. Un dîner avait été prévu.
Aussi, vers cinq heures, une grande voiture partie des Champs-Elysées, où Doyen, traiteur ami de Barras (notre actuel Le Doyen), l'avait emplie de victuailles choisies, de paniers de vin et de champagne, arriva-t-elle chez Mme de Beauharnais. Marie-Rose sortit et fit signe au cocher d'aller fermer les portes du jardin. Il était inutile, par ces temps de disette que les habitants de Croissy apprissent que les maîtres de la Convention ne participaient pas au jeûne national.

Quand le jardin fut clos, on sortit les provisions et l'on dressa la table dans un petit salon, près d'une cheminée où des bûches avaient été préparées. Au moment de mettre le couvert, Marie-Rose alla emprunter des assiettes et des verres à son voisin, M. Pasquier, qui devait, un jour, devenir maître des requêtes et préfet de police de l'Empereur
...


(Cf. le chancelier PASQUIER : "La maison de Mme de Beauharnais avait, comme c'est assez la coutume chez les Créoles, un certain luxe d'apparat ; à côté du superflu, les choses les plus nécessaires faisaient défaut. Volailles, gibier, fruits rares, encombraient la cuisine - nous étions alors à l'époque de la plus grand disette - et, en même temps,on manquait de casseroles, de verres, d'assiettes, qu'on venait emprunter à notre chétif ménage." (Mémoires)

Vers six heures, une autre voiture arriva. Elle contenait Mme Tallien, Mme Hamelin, cette Créole lascive dont la démarche envoûtait les hommes, et deux jeunes gens vigoureux que la belle Thérésia emmenait toujours avec elle "en-cas".
Marie-Rose les accueillit en poussant des exclamations mondaines dont le côté excessif frappa le cocher, qui était un brave homme.
Puis, tout le monde s'installa sous une tonnelle de roses pour y bavarder à perdre haleine des derniers scandales de la capitale.
A sept heures moins le quart, Barras arriva seul, à cheval. Les trois femmes vinrent l'embrasser tendrement, et l'on se mit aussitôt à table, tandis que les soixante-douze gendarmes, leur travail terminé, retournaient à Paris au petit trot, la moustache impeccable
.
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epistophélès



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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 22 Fév - 18:14

Le repas fut gai. Dès le potage, Marie-Rose, Mme Tallien et Mme Hamelin, ayant retiré leur robe légère, apparurent entièrement nues. 0 l'entrée, Thérésia trempa la pointe de ses seins dans le verre de champagne de Barras. A la volaille, Marie-Rose se piqua "une giroflée dans le corbillon". A la salade, Fortunée Hamelin se noua une serviette autour de la taille et exécuta une petite danse aphrodisiaque. A l'entremets, Thérésia se mit à quatre pattes sur le tapis, "et entreprit d'imiter la démarche ondulante de la panthère d'Afrique". Finalement, aux fromages, Marie-Rose alla s'asseoir sur les genoux du conventionnel, et, "d'une fesse allègre, nous dit le baron de Bouillé, lui montra qu'elle avait de bons usage". (Baron de Bouillé, Mémoires.)

Les choses prirent alors une tournure moins gastronomique. La future impératrice entraîna le futur directeur sur un canapé et se conduisit, nous dit encore M. de Bouillé, "en bonne hôtesse soucieuse du bien-être de ses invités".
Or tandis que Barras devenait ainsi le successeur d'une giroflée, Mme Tallien s'allongeait devant le feu avec un de ses "en-cas" et Mme Hamelin "livrait son corps savoureux à la gourmandise du dernier convive".
La nuit se termina de façon mouvementée. Et lorsque, au petit matin, le soleil perça la brume qui flottait sur la Seine, Marie-Rose et ses invités dormaient sur le tapis, dans un navrant désordre...


A sept heures, les soixante-douze gendarmes, l'oeil fixé sur une ligne d'horizon imaginaire, étaient de nouveau à leur poste, du pont de Croissy à la barrière du Roule, pour protéger le retour de Barras et de ses aimables comparses. Il ne fallait pas que des personnages ayant oeuvré avec tant de fougue pour la défense des libertés démocratiques risquassent d'être attaqués par les brigands de grand chemin ou par quelques mauvais sujets royalistes.
A neuf heures, Barras, l'air un peu las, sortit de chez Marie-Rose. Il fit quelques pas dans le jardin, huma les senteurs d'automne et se trouva bien. Il allait détacher son cheval, lorsque Mme de Beauharnais, vêtue d'un peignoir transparent, le rejoignit en sautillant sur les graviers :

- Paul !

Elle se suspendit à son cou, câline, gazouillant, charmeuse. Il comprit. D'un ton un peu sec, il demanda !

- Combien te faut-il ?

Elle baissa le nez :

- Je dois trois mille francs pour quelques robes... (neuf cent mille de nos anciens francs.)
- Je te les ferai porter ce soir.

Elle se colla à lui et l'embrassa longuement. L'air un peu excédé, il se dégagea, lui tapota la joue, monta sur son cheval et partit au galop vers Paris...
Marie-Rose rentra chez elle toute joyeuse, sans se douter que sa demande d'argent allait à tout jamais la séparer de Barras et changer son destin.


Sur la route, le conventionnel réfléchit. Quelques jours auparavant, Mme Tallien était venue lui demander une grosse somme pour Marie-Rose. Il avait refusé. Mais Thérésia était allée droit au secrétaire, l'avait ouvert et s'était emparée de tout l'argent qui s'y trouvait.

- Il faut, mon cher, avait-elle dit en riant que vos maîtresses ne manquent de rien. Ne vous servent-elles pas suivant vos goûts ? (COMTE DE MONTGAILLARD, Souvenirs)

Il avait ri à son tour. Mais, ce matin, il était soudain fatigué d'entretenir une femme qui ne pouvait résister devant un bijou ou un morceau de chiffon, jetait l'argent par les fenêtres et faisait des dettes comme une fille galante "en pensant que la Nature, dans sa prévoyance, lui avait placé sous le nombril le moyen de payer ses factures" (BARON DE BOUILLE, Mémoires.)

Il décida de rompre.
Mais qu'allait devenir Marie-Rose ?


Barras réfléchit un instant, puis sourit. Une idée assez amusante venait de naître dans son esprit. Pour se débarrasser de la jeune femme, il allait lui faire épouser le petit Bonaparte, qui charchait depuis des mois à établir sa position par un mariage mondain.
Pour faire accepter cette union insolite à la très snob Mme de Beauharnais, il suffirait de sortir de l'ombre le maigre général qu'elle avait entrevu un soir chez Mme Tallien et de lui donner de l'avancement. Quant au petit Corse, il serait ravi de s'allier à une famille aristocratique.
Chacun aurait donc l'impression de faire une bonne opération, et le futur Directeur, délivré de cette liaison encombrante, pourrait se consacrer entièrement à la belle Thérésia, dont il avait - surtout depuis la nuit précédente - apprécié le talent amoureux
.
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epistophélès



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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 22 Fév - 19:52

Tandis que Barras réparait ainsi son avenir, Marie-Rose prenait une collation avec ses amis. A dix heures, Mme Tallien, Mme Hamelin et leurs deux chevaliers servants remontèrent dansla voiture quiles avait amenés.
Au dernier moment, Mme de Beauharnais se joignit à eux.

- Je vous accompagne jusqu'à la route de Paris, je reviendrai à pieds.


Au deuxième tournant, elle descendit ; le cocher fouetta son cheval et Marie-Rose resta un instant sur la route à faire de grands signes d'adieu à ses amis.
Quand la voiture eut disparu, la vicomtesse revint vers Croissy en flânant, cueillit des fleurs et contempla, par-dessus les arbres d'un parc, les toits d'une grande propriété bâtie sur le coteau.
Cette demeure l'attirait à cause d'une légende. On racontait qu'au XIe siècle, un chef normand, nommé Odon, s'était installé à cet endroit pour attaquer les voyageurs, les rançonner les égorger au besoin. La tradition ajoutait que le barbare se faisait amener les femmes et les demoiselles des environs et les violait sauvagement sur un coffre...
Cet exécrable Odon répandait une telle terreur dans la région que le peuple avait surnommé son repaire la mala mansion
(la mauvais maison). par la suite, et pendant des siècles, les villageois prétendirent que le diable s'était installé dans les ruines du manoir abandonné.
Ces légendes n'avaient pas empêché les moines de Saint-Denis de venir s'y livrer à l'agriculture. Et Marie-Rose savait que, depuis 1792, l'ancien repaire d'Odon (rebâti au XVIIe siècle) appartenait à un riche banquier, M. Lecoulteux de Canteleux.
Or, cette propriété, qui faisait rêver la future impératrice, et dont, par une curieuse prescience, elle avait fait le but habituel de ses promenades, c'était la Malmaison
.

Barras arriva à Paris vers midi, fringant, détendu et content de lui. Au moment ou il descendait de cheval, un secrétaire de la Convention vint, en courant, lui annoncer des nouvelles alarmantes. Les royalistes, qui espéraient une restauration des Bourbons, avaient, depuis quelques jours, gagné de nombreux partisans dans les sections de la Garde nationale, et l'on pouvait s'attendre au pire...
Le lendemain, 4 octobre (12 vendémiaire), les choses empirèrent brusquement. Les conventionnels apprirent avec stupeur que les monarchistes, qui disposaient de quarante mille hommes, s'apprêtaient à marcher sur les Tuileries. Epouvantés, ils nommèrent Barras commandant en chef de l'armée de l'Intérieur.
Celui-ci commença par suspendre le général Menou, qu'une horreur native des combats avait conduit à négocier avec les insurgés. Puis il dit aux conventionnels, qui grelottaient de peur :

- Il n'y a rien de plus facile que de remplacer Menou. J'ai l'homme qu'il vous faut. C'est Bonaparte, l'officier qui sauva Toulon. Il fera ce que l'on voudra.

Le Comité de Salut public accepta avec enthousiasme. (Il est à noter que la Convention ne se serait peut-être pas montrée aussi générese si Fréron, qui était amoureux de Pauline Bonaparte, n'avait pas désiré conquérir les bonnes grâces du frère)
Mais Barras expliqua que ce petit général corse était en disponibilité depuis qu'il avait refusé d'alle rservir dans les rangs de l'armée de Vendée.

- Qu'il soit remis en service actif, décréta le président du Comité de Salut public, dont la sueur coulait le long des joues.

C'était tout ce que demandait Barras. Aussitôt, il envoya chercher Bonaparte à l'hôtel du Cadran Bleu, rue de la Huchette.
Un garde, porteur d'un ordre rédigé à la hâte, courut jusqu'au garni crasseux et malodorant où demeurait le futur empereur. Il revint, une demi-heure plus tard, bredouille
.

Barras, furieux, donna l'ordre, alors, de fouiller les hôtels et les cafés où fréquentait habituellement son protégé. A neuf heures du soir, vingt-cinq garnis et dix-sept tavernes avaient été visités en vain.
Où se trouvait donc Bonaparte ?
Où ?
Chez l'adversaire
...
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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Jeu 23 Fév - 10:39

Super, Episto, voilà qui promet des heures de plaisir, encore un tout grand merci pour ta peine flower
"tandis que Barras devenait ainsi le successeur d'une giroflée", tout de même, qu'en termes jolis ces choses-là sont dites lol!
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epistophélès



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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Jeu 23 Fév - 19:41

Depuis cinq heures de l'après-midi, en effet - et c'est une chose que la plupart des historiens omettent généralement de dire - il était en pourparlers avec les insurgés. Privé de solde, mal vu de ses supérieurs, n'ayant pour vivre qu'un petit emploi au service topographique de l'Armée, il avait eu l'idée de proposer son épée aux ennemis de la Convention, dans l'espoir d'être grassement rétribué.
La discussion était âpre. Les royalistes, traitant Bonaparte comme un mercenaire, lui offraient pour son travail une simple somme d'argent. Un peu vexé, il discutait le prix, demandait des aides de camp et exigeait un poste important en cas de victoire.
Finalement, l'affaire allait être conclue lorsqu'une pendule sonna six heures. Bonaparte se leva soudain.

- Nous reprendrons cette discussion dans la soirée, dit-il. Excusez-moi, une affaire urgente m'appelle dans Paris. A tout à l'heure.
Il partit en courant.

Cette affaire "urgente" qui allait décider de son destin, était un rendez-vous sentimental. Ecoutons le baron de Bouillé :
"La veille du 13 vendémiaire, écrit-il, Napoléon quitta les royalistes, qui, déjà, le considéraient comme un des leurs, pour aller retrouver au Théâtre Feydeau (Opéra-Comique) une petite ouvrière prénommée Suzanne, qui habitait rue de la Sourdière, dans un hôtel où le jeune officier passait parfois la nuit à se livrer avec elle à la plus agréable des occupations.
"Cette demoiselle, dont on ignore le nom, était âgée de dix-huit ans. Elle faisait des portraits pour vivre. Bonaparte l'avait connue, un soir, au théâtre de la République, où il allait souvent grâce à des billets de faveur que lui donnait son ami Talma."

Le baron ajoute ce détail piquant :
"Lorsque Bonaparte rendait une galante visite à Suzanne, la chambre qui abritait leurs amours était tellement exiguë qu'il devait poser son épée sur une chaise et sosn bicorne sur un pot à eau. Après quoi, il accomplissait son savoureux forfait... La jeune fille était à ses petits soins ; elle s'occupait de son linge, reprisait ses bas, astiquait son épée et lui mijotait de grands plats de saucisses aux lentilles dont il se régalait."

Doris, précise de son côté :
"Cet amour fut une bonne fortune pour Napoléon. En se cotisant avec sa jeune artiste, il ne dépensait pas en une semaine la somme qu'il dépensait en un jour avant de la connaître."

La fameuse étoile de Bonaparte avait donc, en ce soir du 12 vendémiaire an V, la forme d'une ravissante et blonde demoiselle. Car il est à peu près certain que s'il avait dirigé les opérations du côté royaliste, les conventionnels eussent été massacrés le 13 vendémiaire.
Louis XVIII serait alors monté sur le trône et il n'y aurait jamais eu d'Empire...
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epistophélès



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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Jeu 23 Fév - 19:43

Excusez-moi. Je voulais agrandir le texte, comme je fais d'habitude, et me suis trompée. J'ai cliqué sur "envoyer" ..... Embarassed ........ Laughing
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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 24 Fév - 8:52

Ah, tout de même ! je me demande comment aurait été notre vie dans ce cas. Pas de code Napoléon, déjà...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 26 Fév - 13:38

Bonaparte retrouva Suzanne au Théâtre Feydeau, où l'on jouait Lodoïska, de Cherubini. Ils entrèrent main dans la main et attendirent avec impatience que le principal interprète entonnât ce couplet de haute poésie que tout Paris chantait alors :

Perdre ma belle
Plutôt le jour,
Je vis pour elle
Et meurs d'amour
...


A l'entracte, un ami les rejoignit dans leur loge. Il était essoufflé.

- Barras te cherche partout, dit-il à Bonaparte. Il vient d'être nommé commandant en chef de l'armée de l'Intérieur et veut te prendre comme commandant en second.

Puis il apprit sa réintégration dans l'armée et lui décrivit l'affolement qui régnait à la Convention.

- Tu n'as pas une minute à perdre.

Bonaparte, pensant que sa réintégration et les fonctions que lui réservait Barras étaient plus intéressantes que les propositions des royalistes, abandonna Suzanne aux délices de la musique de Cherubini et courut aux Tuileries.


Barras le reçut très mal :

- Où étais-tu ?
- Au théâtre.
- Au théâtre quand la République est en danger. Tu es fou !

Vexé, Bonaparte se contenta de demander quel poste lui était réservé dans la lutte contre les insurgés.

- Toutes mes positions sont commandées par les officiers qui sont arrivés les premiers, répondit sèchement Barras. Tu seras l'un de mes aides de camp...


Après quoi, le commandant en chef se rendit aux nouvelles et apprit que les royalistes avaient l'intention d'attaquer à quatre heures du matin. Il se tourna vers Bonaparte, qui le suivait tête basse.

- Tu vois s'il y a un moment à perdre, et si j'ai eu raison de te gronder de n'être pas venu plus tôt... (Cette phrase extraordinaire, quand on songe qu'elle s'adresse à un homme qui sera huit ans plus tard Empereur et maître du monde, est citée par Barras lui-même dans ses Mémoires.)


Puis il se radoucit et fit comprendre à son protégé qu'il avait les pouvoirs d'un commandant en second.
Alors Bonaparte chargea un jeune officier de cavalerie plein de fougue - c'était Murat, son futur beau-frère - d'amener aux Tuileries les canons qui étaient remisés aux Sablons et mal gardés. A l'aube du 13 vendémiaire, grâce à ce coup d'audace, il allait pouvoir tenir tête aux insurgés.
Dans la matinée, ceux-ci groupèrent leurs troupes rue Saint-Honoré et rue de la Convention (aujourd'hui, rue Saint-Roch). Immédiatement, Bonaparte, qui n'avait à sa disposition que sept mille hommes, fit des Tuileries un camp retranché.
A cinq heures du soir, les royalistes attaquèrent. Ils se trouvèrent face à face avec celui qui, la veille, leur offrait son épée... Balayés par un feu violent sur le pont Royal, puis sur les marches de l'église Saint-Roch, ils durent prendre la fuite, laissant cinq cents morts sur le pavé.

L'insurrection était finie.

Le 24 vendémiaire (16 octobre), la Convention reconnaissante nomma son défenseur général de division et commandant en chef de l'armée de l'Intérieur. Devenu du jour au lendemain héros national, Bonaparte fut fêté, acclamé, invité. Lui qui, la veille encore, ne savait où déjeuner, vit s'ouvrir tous les salons. Chacun voulait recevoir la vedette du jour, le "général Vendémiaire..."
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 26 Fév - 14:09

Barras profita de cet engouement pour préparer le mariage qui devait le débarrasser de Mme de Beauharnais. Il organisa un dîner où furent conviés Cambacérès, Fréron, Carnot, Talma, Bonaparte et son jeune frère Lucien, le banquier Ouvrard, Mme Tallien et Marie-Rose.
Celle-ci ne reconnut pas le "chat botté" timide et gauche qu'elle avait rencontré dans le salon de Thérésia. "Champion prodigieux poussé en huit jours", selon le mot d'Octave Aubry, Bonaparte montrait une autorité, une aisance, qui le métamorphosaient. Placée à côté de lui, la Créole l'interrogea longuement sur la Corse, qu'elle confondait d'ailleurs avec la Sicile...
Ses propos enfantins, son zézaiement, amusèrent le jeune général, qui lui répondit avec une verve qui devait beaucoup au chambertin de Barras.


Du coin de l'oeil, le futur directeur observait ses deux invités. Le premier contact semblait bon. Augurant bien de l'avenir, il embrassa dans le cou la belle Thérésia, dont les dents éclatantes contrastaient avec les chicots noirs de Mme de Beauharnais...
Après le dîner, ce que Barras, avec son expérience des femmes entretenues, avait exactement prévu, se passa dans l'esprit de Marie-Rose : constatant que le conventionnel se détachait d'elle au profit de Mme Tallien, elle pensa que Bonaparte pourrait lui être utile, et décida de le revoir.

Comment ? Elle chercha un stratagème et - femme rusée - le trouva. Apprenant que le général venait d'ordonner le désarmement des Parisiens, elle lui envoya son fils...

Voici comment Napoléon raconte lui-même cette scène capitale :


"On avait exécuté le désarmement général des sections. Il se présenta à l'état-major un jeune homme de dix à douze ans, qui vint supplier le général en chef de lui faire rendre l'épée de son père qui avait été général de la République. Ce jeune homme était Eugène de Beauharnais, depuis vice-roi d'Italie. Napoléon touché de la nature de sa demande, et des grâces de son âge, lui accorda ce qu'il demandait : Eugène se mit à pleurer en voyant l'épée de son père. Le général en fut touché, et lui témoigna tant de bienveillance que Mme de Beauharnais se crut obligée de venir, le lendemain, lui en faire des remerciements. Napoléon s'empressa de lui rendre visite".

La ruse réussit, et quelques jours plus tard, en effet, Bonaparte, flatté par la visite de Mme de Beauharnais, alla sonner à la porte cochère de l'hôtel de la rue Chantereine, où la Créole habitait depuis le 10 vendémiaire (la rue Chantereine avait été tracée au milieu d'un marais où l'on entendait chanter les petites grenouilles appelées reinettes - d'où son nom. Plus tard, elle deviendra la rue de la Victoire)
Reçu comme un ami, il admira cette femme élégante, qui lui semblait riche et puissante...
Ainsi, tous deux pensaient faire une bonne affaire.
Tandis qu'elle croyait avoir trouvé un protecteur, lui, de son côté, pensait à la fortune qu'avait dû laisser M. de Beauharnais
.
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 26 Fév - 14:59

Cette première entrevue avait donné bon espoir à Marie-Rose, qui s'était , avec délices, sentie déshabillée par le regard ardent du petit général.
Elle espéra une nouvelle visite. Mais Bonaparte, occupée par ses fonctions, se fit attendre. Impatiente, elle lui envoya un mot qui ne laissait rien ignorer de ses désirs
:

Ce 6 au soir.
Vous ne venz plus voir une amie qui vous aime, vous l'avez tout à fait délaissée : vous avez bien tort, car elle vous est tendrement attachée (sic).
Venez demain septidi déjeuner avec moi. J'ai besoin de vous voir et de causer avec vous sur vos intérêts.
Bonsoir, mon ami, je vous embrasse.

Veuve Beauharnais
.

Un peu éberlué en recevant ce mot, Bonarparte répondit le jour même :

Je ne conçois pas ce qui à pu donner lieu à votre lettre. Je vous pris de me faire le plaisir de croire que personne ne désire autant votre amitié que moi, et n'est plus prêt que moi à faire quelques chose qui puisse le prouver. Si mes occupations me l'avaient permis, je serais venu moi-même porter ma lettre.

Bonaparte
.


Le soir même, il revint rue Chantereine, où Mme de Beauharnais le retint à dîner. Après le desser, elle l'entraîna dans sa chambre.
Sans perdre une seconde, il se précipita sur elle, la renversa sur le lit et la troussa avec une ardeur à laquelle la vicomtesse fut sensible. Après quoi, dévêtu en un clin d'oeil, il bondit dans les draps, sourcils froncés, "comme un pompier entre dans la fournaise"..."
A deux heures du matin, Joséphine (c'est désormais, lenom qu'elle portera) s'endormait le corps léger...
Le lendemain, Bonaparte lui envoya ce mot dont nous avons respecté l'orthographe très personnelle.
7 heures du matin.

Je me réveille plein de toi. Ton portrait et le souvenir de lénivrante soirée d'hiers n'ont point laissé de repos à mes sens. Douce et incomparable Joséphine, quelle effet bizarre faîtes-vous sur mon coeur ! Vous fâchez-vous ? Vous vois-je triste ? Etes-vous inquiète ? Mon âme est brisé de douleur, et il nest point de repos pour votre ami... Mais en est-il donc davantage pour moi, lorsque, me livrant au sentiment profond qui me maîtrise, je puise sur vos lèvres et sur votre coeur, une flame qui me brule. Ah ! C'est cette nuit que je me suis aperçu que votre portrait n'est pas vous ! Tu pars à midi, je te verai dans 3 heures. En attendant, mio dolce amour, reçois un million de baisé ; mais ne men donne pas, car il brule mon sang.

B.P
.
(Buona-Parte)
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 26 Fév - 15:51

Pendant quelque temps, les deux amants se retrouvèrent en cachette, et lorsque Bonaparte fut nommé commandant en chef de l'armée de l'Intérieur, il décida d'épouser Joséphine.
Malgré tout l'amour qu'il éprouvait pour la jeune veuve, il désira prendre l'avis d'un ami de bon conseil.
Et le destin étant toujours malicieux, c'est à Barras qu'il s'adressa...

En voyant Bonaparte l'air embarrassé, le Directeur (La Convention ayant déclaré sa mission terminée le 26 octobre 1793, avait cédé la place à un Directoire composé de Barras, Carnot, Letourneau, Rewbell et Larrevellière-Lepeaux) comprit que ses plans se réalisaient point par point. Ne voulant pas se laisser deviner, il commença par prendre un air sévère et reprocha au général les présents fastueux qu'il faisait à Joséphine avec l'argent de l'armée de l'Intérieur :

- Il parait que tu as pris la Beauharnais pour l'un des soldats du 13 vendémiaire que tu devais comprendre dans la distribution : tu aurais mieux fait d'envoyer cet argent à ta famille qui en a besoin et à laquelle je viens encore de faire passer un secours.

"Bonaparte rougit, écrit Barras dans ses Mémoires, mais ne désavoua point qu'il eût fait des présents considérables.
"Comme je plaisantais sur sa générosité, où je craignais de voir l'effet d'une passion sans mesure, il se mit à rire lui-même et me dit :

" - Je n'ai point fait de cadeaux à ma maîtresse ; je n'ai point voulu séduire une vierge ; je suis de ceux qui aiment mieux trouver l'amour tout fait que l'amour à faire... Eh bien ! dans quel état que ce soit Mme de Beauharnais, si c'était bien sérieusement que je fusse en relation avec elle, si ces présents que vous me reprochez d'avoir faits, c'étaient des présents de noces, citoyen Directeur, qu'auriez-vous à redire ?"

Barras eut une terrible envie de rire. Il fit semblant de réfléchir et dit :

- Après tout, cette idée de mariage n'est pas tellement ridicule...
- Et puis Mme de Beauharnais est riche, dit Bonaparte.


Le luxe de la jeune femme avait ébloui le petit général ; il ignorait que Joséphine ne vivait que d'emprunts et que les biens dont elle se disait propriétaire à la Martinique appartenaient en fait à sa mère...

- Ma foi, dit encore Barras, puisque tu me consultes, je te répondrai par tes propres paroles : pourquoi pas ? Tu es isolé, tu ne tiens à rien. Ton frère Joseph t'a montré la route du mariage : le voilà tiré de la misère avec la dot de Clary. Tu me dis que tu es à la fin de tes ressources et que tu n'as pas de temps à perdre ; eh bien! marie-toi : un homme marié se trouve placé dans la société, il offre plus de surface et de résistance à ses ennemis..."

C'est exactement les encouragements que Bonaparte venait chercher. Il remercia et s'en fut le coeur à l'aise, laissant Barras savourer sa jubilation...


Mais, comme dans un vaudeville bien réglé, le Directeur devait voir arriver bientôt la jeune veuve, qui venait quêter conseil.

Ecoutons-le nous raconter la scène :


"Quelques jours après, Mme de Beauharnais vint à son tour me faire sa confidence. Elle commença par bien établir qu'elle n'était portée à ce nouveau lien par aucun mouvement de coeur. De tous les hommes qu'elle aurait pu aimer, ce petit" chat botté" est certainement le dernier ; il n'a rien qui lui revienne. Il tient à une famille de mendiants et qui n'a recueilli d'estime dans aucun pays : mais il a un frère qui a fait un grand mariage à Marseille, et qui promet d'aider les autres..."
"Mme de Beauharnais me confesse que Bonaparte lui avait fait des cadeaux d'une magnificence qui lui permettait de croire qu'il avait plus de ressources qu'on ne lui en connaissait.
" - Pour moi, me dit-elle, je n'ai pas cru devoir le mettre dans le secret de ma position si cruellement gênante ; il me croit une certaine fortune actuellement, et il pense que j'ai de grandes espérances du côté de la Martinique. Ne lui laissez rien savoir de ce que vous savez, cher ami : vous feriez tout manquer. Du moment que je ne l'aime pas, vous entendez que je puis faire cette affaire ; c'est vous que j'aimerai toujours, vous pouvez y compter. Rose sera toujours à vous, à votre disposition, quand vous lui ferez un signe. Mais je sais bien que vous ne m'aimez plus, me dit-elle en versant tout à coup un torrent de larmes qu'elle avait à commandement : c'est là le plus grand de mes chagrins ; je ne pourrait jamais m'en consoler, quelque chose que je fasse. Quant on a aimé un homme tel que vous, Barras, peut-on connaître au monde un autre attachement ?...
" - Et Hoche ? lui répondis-je avec fort peu d'émotion et presque en riant, vous l'aimiez aussi par-dessus tout, et pourtant l'aide de camp et Vanakre, et tutti quanti (1). Allons, vous êtes une fière enjôleuse..."

Le mot étonna Mme de Beauharnais, qui, ne sachant quel parti prendre se mit à pleurer à chaudes larmes et à baiser les mains de Barras. Excédé, il sonna son valet de chambre et demanda qu'on fît préparer sa voiture pour ramener chez sa visiteuse.
"Je lui donnai l'un de mes aides de camp pour l'accompagner... Ses larmes étaient taries ; le visage, tout à l'heure décomposé, avait repris sa mignardise tranquille et ses coquetteries usitées.
"Mon aide camp me dit au retour que la dame était arrivée chez elle en très bonne santé. Quelques soupirs lui étaient seulement échappés dans la route, et elle n'avait que proféré ces mots :

" - Pourquoi a-t-on un coeur qui ne dépend pas de soi ? Pourquoi avoir aimé un homme comme Barras ? Comment cesser de l'aimer ? Comment s'en détacher ? Comment jamais songer à un autre qu'à lui ? Répétez-lui, je vous en conjure, combien je lui suis dévouée, et que je n'aimerai jamais que lui, quelque chose qu'il arrive de moi dans le monde..."

De tels propos flattèrent bien entendu le Directeur. Il se félicita pourtant d'avoir poussé à temps cette maîtresse encombrante dans les bras de Bonaparte
...



(1) Marie-Rosse était devenue la maîtresse de Hoche à la prison des Carmes où tous deux se trouvaient internés en 1793. Après thermidor, elle avait voulu le faire divorcer pour devenir sa femme ; mais le beau général s'y était refusé, disant crûment "qu'on pouvait bien se passer un moment de catin pour une maîtresse, mais non la prendre pour femme légitime". Il avait ajouté : "qu'on me laisse désormais tranquille, je la livre à Vanakre, mon palefrenier." Ce Vanakre (ou Van Aker) était un gardien d'écurie avec qui Marie-Rose prenait parfois du plaisir. Elle lui avait, d'ailleurs, fait cadeau de son portrait dans un médaillon d'or. Peu regardante, lorsqu'il s'agissait de mettre un homme dans son lit, la future impératrice avait eu auparavant, pour amants, : un aide de camp de Hoche, un jardinier, un garde et même des nègres...)
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MARCO



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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Lun 27 Fév - 21:06

Smile merci!
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epistophélès



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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mar 28 Fév - 20:19

Au même instant, rue Chantereine, Joséphine retrouvait son "fiancé" et lui donnait une version toute pesonnelle de l'entrevue qu'elle venait d'avoir avec Barras.

- Cet homme a été odieux, dit-elle. Il a essayé de me violer. Il y a longtemps qu'il me faisait la cour ; mais, cette fois, j'ai dû me battre. Il me tenait serrée, nous sommes tombés sur le tapis, et je me suis évanouie.

Bonaparte entra dans une grande colère et déclara qu'il allait demander raison à Barras des outrages portés contre la vertu de sa future épouse.
Dans un geste qui eût inspiré une jolie toile au baron Gros, il saisit son épée. Affolée, la Créole lui prit le bras, se fit caressante et dit :

- Ecoute, Barras a des manières un peu brusques, c'est vrai, mais c'est un homme bon et serviable. Il est fidèle en amitié, et quand on a su l'intéresser, on est sûr qu'il ne vous abandonne point et vous sert chaudement. Prenons donc les choses et les hommes comme ils sont. Barras peut-il nous être utile dans sa position ? Certainement. Tirons-en donc tout ce que nous pourrons et ne nous occupons plus du reste.

Ce petit discours avait calmé Bonaparte. Habitué à tirer parti des situations les plus équivoques, il prononça en souriant cette phrase que les historiens napoléonâtres se gardent bien de citer :


- Oh ! S'il veut me donner le commandement de l'armée d'Italie, je lui pardonne tout : je serai le premier à me montrer le plus reconnaissant des hommes, je ferai honneur à la nomination, et nous aurons de bonnes affaires ; je réponds qu'avant peu nous roulerons dans l'or... (Cité par Barras dans ses Mémoires)

Rien ne pouvait allécher davantage Joséphine.

- Tu auras ce commandement, promit-elle.

Bonaparte savait remercier. Il prit la Créole dans ses bras, la porta sur un lit, la déshabilla complètement et s'efforça de lui être agréable par des moyens éprouvés...


Dès cet instant, selon le mot de Roger de Parnes, "Bonaparte mit sa fiancée au service de son ambition".
Presque chaque jour, il envoya Joséphine chez Barras pour solliciter le commandement en chef de l'armée d'Italie, en feignant d'ignorer les liens qui avaient uni - et qui unissaient encore - le Directeur et la vicomtesse.
Cette absence de préjugés étonna bien des gens, à commencer par Barras lui-même.
Ecoutons-le :


"L'avouerai-je ? Oui, je l'avouerai, puisque je fais mes Mémoires sans leur avoir donné le titre fastueusement modeste de Confessions ; j'ai dit, autant que je le puisse révéler un Français élevé dans les principes de la chevalerie, que je n'étais pas sans quelques accointances, déjà surannées il est vrai, mais cependant très réelles, avec Mme Beauharnais.
"Il y a peu d'orgueil de ma part, d'autres diraient beaucoup de modestie, dans cette révélation. Il en résultait néanmoins une position telle qu'elle ne pouvait échapper à la connaissance de personnes qui étaient au courant de ma vie intérieure. Aussi, Mme Beauharnais était-elle signalée généralement comme l'une de mes premières liaisons, et Bonaparte, qui était fréquemment chez moi, était l'un de ceux qui pouvaient le moins ignorer ce qu'il en était ; mais il paraît que, sous le rapport qui touche les hommes ordinaires, cela lui était tout à fait indifférent et qu'il avait à cet égard une grande supériorité.
"Ainsi, lorsqu'il préparait son union avec Mme Beauharnais, et qu'il ne pouvait croire ma relation finie, c'était lui-même qui m'amenait au Directoire sa future épouse par la main ; elle lui servait déjà dans les affaires, comme elle l'avait servi dans son avancement.
"Comme il avait toujours quelque chose à me demander, il croyait être moins demandeur en faisant solliciter par elle.
"Mme Beauharnais m'ayant plusieurs fois voulu parler sans témoins me priait sans cérémonie de passer dans mon cabinet avec elle seule. Bonaparte restait dans le salon à l'attendre et faisait la conversation avec les personnes qui s'y trouvaient.
"Un jour, Mme Beauharnais eut à m'entretenir plus particulièrement qu'à l'ordinaire ; et notre séance se prolongea plus que je ne l'aurais voulu ; elle me parlait avec l'effusion de la tendresse qu'elle me disait avoir toujours eue pour moi et à laquelle ne pouvait la faire renoncer son lien projeté. Me serrant dans ses bras, elle me reprochait de ne plus l'aimer, me répétant que j'étais ce qu'elle avait le plus aimé au monde et dont elle ne pouvait se détacher au moment où elle allait devenir la femme du "petit général".
............................................................................................................................................................................

"Je me trouvais presque dans la situation de Joseph à l'égard de Mme Putiphar. Je mentirais cependant si je prétendais avoir été aussi cruel que le jeune ministre de Pharaon.
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"Je sortis de mon cabinet avec Mme Beauharnais, non sans quelque embarras de mon côté..." ("La crudité des termes dans ce passage est telle, nous dit Georges DURUY, qui publia les Mémoires du Directeur, que, tout en laissant Barras y exprimer assez clairement sa pensée, j'ai dû, par respect pour le lecteur, retrancher quelques lignes.")


Quelques jours plus tard, Barras, ravi de se débarrasser à si bon compte de cette hystérique, faisait nommer le "petit général" commandant en chef de l'armée d'Italie. ( Barras se charge de la dot de Joséphine qui est le commandement en chef de l'armée d'Italie - Lucien BONAPARTE -)

Joséphine, ayant obtenu ce qu'elle voulait, annonça alors qu'elle allait se remarier avec ce Buonaparte dont les Parisiens prononçaient si mal le nom et dont elle connaissait, elle, si bien l'impétueuse ardeur..
.
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Mer 29 Fév - 20:17

LA NUIT DE NOCES AGITEE DE BONAPARTE




Adam et Eve étaient heureux au Paradis terrestre, quand vint la bête - MASSILLON -



LE 9 mars 1796, vers huit heures du soir, six personnes se morfondaient dans un salon de la mairie du 2è arrondissement, rue d'Antin.
Il y avait là, entourant la cheminée, Joséphine, Calmelet (un homme de loi), Le Marois 'aide de camp de Bonaparte), Barras, Tallien, et l'officier d'état civil, le citoyen Collin-Lacombe.
Dehors, la pluie tombait à verse.

- J'espère qu'il n'a pas oublié, murmura Joséphine.
- Il a beaucoup de travail, dit Barras ; il prépare son départ pour l'Italie. Des problèmes sans nombre doivent être résolus sur-le-champ.


Joséphine ne répondit pas, et l'"on n'entendit plus que le crépitement des bûches dans la cheminée.
A quoi songeait-elle alors, les yeux fixés sur les flammes ? Peut-être à cette vieille Caraïbe de Fort-de-France qui lui avait dit, lorsqu'elle avait sept ans : "Tu épouseras un surhomme et tu monteras sur un trône..." ("On sait que Joséphine croyait aux pressentiments, aux sorcières ; on lui avait prédit, dans son enfance qu'elle ferait grande fortune et qu'elle serait souveraine" - Mémorial de Sainte-Hélène - )
Et peut-être en avait-elle quelque mélancolie...
Le petit général jaune et malingre auquel, ce soir, elle allait lier sa destinée, n'avait, en effet, rien d'un surhomme, ni d'un futur souverain...
Elle y avait cru, pourtant à cette prédiction. Au point de supporter sans défaillance son internement dans les prisons de la Révolution.

A neuf heures, l'officier d'état civil s'endormit, et les témoins, qui n'osaient plus regarder la "fiancée", marchaient de long en large.
A dix heures enfin, un pas sec retentit dans l'escalier, la porte s'ouvrit avec fracas et Bonaparte entra en courant. Il bondit sur Collin-Lacombe et le secoua :

- Allons, allons, monsieur le Maire, mariez-nous vite...

L'officier d'état-civil, les paupières encore lourdes de sommeil, ouvrit son registre, et l'assistance écouta sans broncher la lecture de l'acte de mariage qui offrait cette amusante singularité d'être à peu près entièrement faux :
Bonaparte, par galanterie, s'y était vieilli d'un an. Joséphine, par coquetterie, s'y était rajeunie de quarante-huit mois. Le marié y était domicilié à la mairie et son témoin n'avait pas l'âge requis... Curieux acte officiel, on en conviendra, pour un jeune homme qui devait donner son nom au Code civil...


Après la lecture de ce texte plein de fantaisie, les phrases rituelles furent prononcées, les signatures apposées, et tout le monde se retrouva sur le trottoir.

- Merci de vous être dérangés, dit Bonaparte aux témoins stupéfaits. A demain. Bonne nuit.

Puis il entraîna Joséphine dans une voiture, qui partit à toute allure vers la rue Chantereine. ( Le salon où eut lieu ce mariage historique existe toujours. C'est aujourd'hui, le bureau du directeur de la Banque de Paris et des Pays-Bas, 3, rue d'Antin).

Ce mariage était, pour le petit général, une bonne affaire. En épousant la veuve Beauharnais, il entrait dans la société des 'ci-devant", dont il enviait le luxe et l'élégance, il se "francisait" et devenait propriétaire d'un gracieux hôtel entouré de jardins... La fortune que Joséphine lui avait fait miroiter était, sans doute, inexistante, mais, en revanche, la Créole lui apportait en dot le commandement en chef de l'armée d'Italie. ("Je n'épousai Joséphine que parce que je croyais qu'elle avait une grande fortune. Elle le disait. Il n'en était rien." - Déclaration de Napoléon au général Bertrand -)
C'est donc avec un sourire satisfait qu'il déshabilla son épouse, bien décidé à lui faire subir les plus délicieux outrages
...
(Napoléon avait su rapidement découvrir tous les côtés agréables de la "bonne affaire" qu'il faisait (c'était son mot). Il l'avouera un jour au général Bertrand dans son charmant langage :
- Elle avait un je ne sais quoi qui plaisait. C'était une vraie femme. Elle avait le plus joli c.. qui fût possible..
.)
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Jeu 1 Mar - 20:19

Au moment d'entrer dans le lit, Bonaparte s'aperçut que Fortuné, le carlin de Joséphine, dormait sur le couvrepieds.
Il fit un geste pour le chasser, mais la Créole protesta :

- Tu ne vas déranger ce pauvre chien, qui, pour une fois, a eu l'adorable idée de venir dormir sur mon lit, dit-elle. Regarde comme il te fait de bons yeux... Il faudrait être sans coeur pour le renvoyer.
Le général aimait bien que chaque chose fût à sa place : les hommes à la guerre, les amants au lit et les chiens dans leur niche. Il eut fortement envie de jeter le carlin par la fenêtre, mais il pensa qu'un éclat de ce genre serait un mauvais prologue à une nuit de noces et préféra se glisser dans les draps sans rien dire.
Dès qu'il fut en contact avec le corps souple et tiède de Joséphine, ses pensées changèrent d'orientation et, nous dit joliment M. de Ravine, "le petit chien hargneux fut oublié au profit de la douce marmotte que la future impératrice élevait en cachette à la jonction de ses cuisses tendres et satinées..."


Après quelques gestes aimables destinés à préciser ses intentions, Bonaparte se jeta sur Joséphine avec une ardeur frénétique qui effraya le chien.
Fortuné n'était pas habitué à voir brutaliser ainsi sa maîtresse. Il se mit à aboyer furieusement.
Bonaparte, tout en continuant à donner de sa personne, essaya de calmer l'animal par des propos doucereux et flatteurs. Il le compara successivement - mais en vain - à un joli petit mouton doré, à un lapin rose et à un ange. Finalement, il lui envoya un grand coup de pied dans le ventre.
Le chien tomba sur le tapis en émettant des cris plaintifs, et les époux reprirent leur savoureux ouvrage.

Tout à coup, Bonaparte poussa un grand cri, et Joséphine, heureuse, pensa que son mari venait d'atteindre l'extase. Elle se trompait : ce cri, en effet, était un hurlement. Fortuné, qui avait réussi, en s'aidant des pattes et du museau, à se glisser sous les draps, venait de planter ses crocs dans le mollet gauche du futur vainqueur d'Austerlitz...


Après cette aventure, il fut impossible au couple de continuer ses ébats. Le général ne tendait plus vers le plaisir.

"Jusqu'au matin, nous dit encore M. de Ravine, Joséphine, navrée, dut mettre des compresses de tilleul sur la blessure de son invalide ; lequel, crispé au fond du lit, assurait, d'un ton geignard, qu'il allait mourir enragé."

Ainsi se termina, de façon vaudevillesque, la nuit de noces du plus grand homme de tous les temps...



(Plus tard, Napoléon conta la chose au membre de l'Institut Louis-Vincent ARNAULT, qui la nota dans ses Souvenirs d'un sexagénaire : "Vous voyez bien ce monsieur-là, me dit-il en désignant le chien gambadant, c'est mon rival. Il était en possession du lit de madame quand je l'épousai. Je voulus l'en faire sortir : précaution inutile ; on me déclara qu'il fallait me résoudre à coucher ailleurs ou consentir au partage. Cela me contrariait assez, mais c'était à prendre ou à laisser. Je me résignai : le favori fut moins accommodant que moi? J'en porte la preuve à cette jambe...")
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JEAN



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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Jeu 1 Mar - 20:21

Merci Episto. pour ton énergie .. en sachant que tu n'es pas bien . c'est encore plus appréciable ..
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 2 Mar - 10:17

Arriba ! arriba ! JEAN m'a causé perso ! Z'êtes verts de jalousie vous z'autres, hein, hein ......... nananèrrrreuuuuuuuuuu........... Razz geek

Vous poutounèje avé en prime un sunny magnifique ! ............ Very Happy Wink
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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Ven 2 Mar - 14:25

Bah, trop la chaaaance ! mais il ne doit pas exagérer, tout de même, sinon tu vas perdre de ton rendement sur ce topic Very Happy
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epistophélès



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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 3 Mar - 0:34

Le lendemain, un journal annonçait le mariage en ces termes assez peu respectueux :
"Le général Buona-Parte, si connu en Europe par ses nombreux exploits (on dit qu'avant d'être général de la République française ce Corse était clerc chez un huissier à Bastia), avant de retourner à l'armée moissonner de nouveau les lauriers de Mars, voulait cueillir les myrtes de l'Amour. Ce qui, en langue vulgaire, signifiait qu'il voulait se marier.
"L'amour et l'hymen viennent, en effet, de couronner ce jeune héros.
"Il a épousé Mme Beauharnais, jeune veuve de quarante-deux ans, et qui n'était pas mal lorsqu'il lui restait encore une dent pour embellir le plus petite bouche du monde.
"La cérémonie a été très gaie. Les témoins étaient messieurs Barras (...), Tallien et sa belle Cabarrus.
"Messieurs Tallien et Barras ont été d'une amabilité charmante. Ils ne pouvaient regarder le général Buona (sic) sans rire, comme s'ils venaient de soulager leur coeur et d'acquitter leur conscience. ( Bulletin politique de Paris et des départements, sexidi, 6 germinal an IV)

Deux jours plus tard, le 11 mars, Bonaparte quitta Paris pour aller prendre son commandement à Nice.
A Chanceaux, on lui remit un pli. C'était une lettre de Désirée Clary, la petite Marseillaise à laquelle il avait donné sa foi quelques mois plus tôt.
Fort mal à son aise, il lut ces mots qui allaient rester gravés dans sa mémoire et faire naître un remords dont il ne devait jamais se délivrer.


Vous m'avez rendue malheureuse pour le reste de ma vie et j'ai encore la faiblesse de vous tout pardonner.
Vous êtes donc marié. Il n'est donc plus permis à la pauvre Eugénie (c'est le prénom que lui donnait Napoléon) de vous aimer, de penser à vous. Et vous disiez que vous m'aimiez ? ... Vous marié !
Non, je ne puis m'accoutumer à cette idée ! Elle me tue. Je n'y puis survivre ! Je vous ferai voir que je suis plus fidèle à mes engagements et, malgré que vous ayez rompu les liens qui nous unissaient, jamais je ne m'engagerai avec un autre, jamais je ne me marierai.
Mes malheurs m'apprennent à connaître les hommes et à me méfier de mon coeur. Je vous fis demander par votre frère mon portrait. Je vous renouvelle ma demande. Il doit vous être bien indifférent, surtout à présent que vous possédez celui d'une femme sans doute chérie. La comparaison que vous devez faire ne peut qu'être à mon désavantage, votre femme étant supérieure en tout à la pauvre Eugénie, qui peut-être ne la surpassait que par son extrême attachement pour vous.
Après un an d'absence, moi qui croyais toucher au bonheur ! Moi, qui espérais vous revoir bientôt et devenir la plus heureuse des femmes en vous épousant !
- A présent, la seule consolation qui me reste est de vous savoir persuadé de ma constance. Après quoi je ne désire que la mort. La vie est un supplice affreux pour moi depuis que je ne puis plus vous la consacrer.
Je vous souhaite toutes sortes de bonheurs et de prospérités dans votre mariage ; je désire que la femme que vous avez choisie vous rende aussi heureux que je me l'étais proposé et que vous le méritez. Mais, au milieu de votre bonheur, n'oubliez pas tout à fait votre Eugénie, et plaignez son sort.
Eugénie.


Bonaparte, peu fier, plia la lettre et la mit dans sa poche... L'idée d'une séparation commença dès lors à le hanter. Elle le poursuivra jusqu'à Sainte-Hélène, alors même qu'il aura donné une fortune considérable à la petite Marseillaise devenue reine de Suède...
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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 3 Mar - 0:42

Rhé, rhé ...... sache Bérengère, que je suis poly ......... euh .......... polyvalétudinaire ..... euh ......... zut, c'est pas ça ........ PolyVALENTE ! Vouiiiiiiiiiii ! Je peux m'investir tout en étant occupé sur autre chose........ Un gémeau sait gérer ses quatre pattes .......... Razz geek
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Jean2



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MessageSujet: Re: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 3 Mar - 12:02

Tu carbures à quoi pendant que tu nous tapes tes histoires de France ??
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epistophélès



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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Sam 3 Mar - 20:07

Au cours de ce voyage vers la Méditerranée, l'amour de Bonaparte pour sa femme se transforma en une passion frénétique. A chaque halte, il montrait le portrait de Joséphine aux militaires qui venaient l'accueillir.

- N'est-ce pas qu'elle est belle ?

Et, plusieurs fois par jour, il écrivait des lettres que des estafettes couraient porter rue Chantereine.
Le style en était passionné :

Chaque instant m'éloigne de toi, adorable amie, et, à chaque instant, je trouve moins de force pour supporter d'être éloigné de toi. Tu es l'objet perpétuel de ma pensée. Mon imagination s'épuise à chercher ce que tu fais. Si je te vois triste, mon coeur se déchire et ma douleur s'accroît ; si tu es gaie, folâtre avec tes amis, je te reproche d'avoir bientôt oublié la douloureuse séparation de trois jours ; tu es alors légère et, dès lors, tu n'es affectée par aucun sentiment profond.
Comme tu vois, je ne suis pas facile à contenter.
Ecris-moi, ma tendre amie, et bien longuement. Et reçois les mille et un baiser de l'amour le plus tendre et le plus vrai.


Bientôt, le ton changea. Torturé par l'amour, le désir et la jalousie, Bonaparte écrivit des lettres d'un romantisme effréné.
Dans l'une d'elles, écrite à Nice, il envisageait sérieusement de se hacher le coeur avec les dents, excès qui semble peu compatible avec la dignité d'un général en chef...
Ecoutons-le :

Je n'ai pas passé un jour sans t'aimer. Je n'ai pas passé une nuit sans te serrer dans mes bras. Je n'ai pas pris une tasse de thé sans maudire la gloire et l'ambition qui me tiennent éloigné de l'âme de ma vie.
Au milieu des affaires, à la tête des troupes, en parcourant les champs, mon adorable Joséphine est seule dans mon coeur, occupe mon esprit, absorbe ma pensée. Si je m'éloigne de toi avec la vitesse du torrent du Rhône, c'est pour te revoir plus vite. Si, au milieu de la nuit, je me lève pour travailler, c'est que cela peut avancer de quelques jours l'arrivée de ma douce amie.
Et, cependant, dans ta lettre du 23 au 26 ventôse (13 au 16 mars 1796), tu me traites de VOUS. Vous toi-même !
Ah ! mauvaise, comment as-tu pu écrire cette lettre !
Qu'elle est froide ! Et puis, du 23 au 26, restent quatre jours, qu'as-tu fait, puisque tu n'as pas écrit à ton mari ?
Ah ! mon amie, ce VOUS et ces quatre jours me font regretter mon antique indifférence. Malheur à qui en serai la cause ! Puisse-t-il pour peine et pour supplice éprouver ce que la conviction et l'évidence (qui servit ton ami) me feraient éprouver ! L"Enfer n'a pas de supplice ! Ni les Furies, de serpent ! Vous ! Vous ! Ah ! que sera-ce dans quinze jours ?...
Mon âme est triste, mon coeur est esclave, et mon imagination m'effraie... Tu m'aimes moins. Tu seras consolée. Un jour, tu ne m'aimeras plus. Dis-le-moi. Je saurai au moins mériter ce malheur...
Adieu femme, tourment, bonheur, espérance et âme de ma vie, que j'aime, que je crains, qui m'inspire des sentiments tendres qui m'appellent à la Nature, et des mouvements aussi volcaniques que le tonnerre.
Le jour où tu diras : "Je t'aime moins" sera le dernier de mon amour ou le dernier de ma vie.
Si mon coeur était assez vil pour aimer sans retour, je le hacherais avec les dents !
Joséphine ! Joséphine ! ... As-tu cessé de m'aimer ?

Les fins de lettres témoignaient d'une idée fixe :

Je t'embrasse les seins, et plus bas, beaucoup plus bas, écrivait Bonaparte. Ou bien : Je t'embrasse tout, tout. Ou encore : J'embrasse ta petite forêt noire..
.

Ce qui était à la fois champêtre et un peu coquin...
En recevant ces missives échevelées, Joséphine riait :

- C'est du délire ! disait-elle.

Et tandis que Bonaparte, excité par le souvenir des nuits mouvementées qu'il avait connues avec sa femme, se retournait sur son lit, la Créole accordait l'usufruit de son corps satiné à tous les jeunes gens qui le lui demandaient poliment.
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epistophélès



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MessageSujet: NAPOLEON ET LES FEMMES   Dim 4 Mar - 16:02

BONAPARTE SE COUVRE DE GLOIRE EN ITALIE PAR AMOUR POUR JOSEPHINE



L'homme qui se laisse gouverner par sa femme n'est ni soi, ni sa femme : il n'est rien - NAPOLEON -


AU début d'avril 1798, ayant réuni les bandes d'hommes déguenillés qui formaient les troupes du Directoire, Bonaparte entra en Italie et prépara son plan d'attaque contre les Autrichiens.
Ceux-ci, dirigés par le général Beaulieu, avaient à leurs côtés les Piémontais du roi Sarde. Leur intention était de franchir l'Apennin, de renverser les "va-nu-pieds" à cocardes tricolores et de marcher "sans se débotter" jusqu'à Lyon. Pour empêcher cette ruée de soixante mille soldats aguerris et bien équipés, Bonaparte n'avait que trente-huit mille hommes affamés et en haillons. Il les enflamma par des promesses de pillages :

"Soldats ! vous êtes nus, mal nourris, on vous doit beaucoup : on ne peut rien vous donner. Votre patience, le courage que vous montrez dans ces rochers, sont admirables, mais ne vous procurent aucune gloire. Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir, et vous aurez richesses, honneurs et gloire :".
La horde l'acclama :

- Voilà un chef, dirent les hommes. Celui-là sait ce qu'il veut !


Or, ce jeune général, qui était en train de créer la plus extraordinaire armée de tous les temps, n'avait pourtant q'une idée en tête : sa femme. A chaque instant, on le voyait courir vers un tronc d'arbre, vers un tambour, vers une pierre plate, pour y écrire un billet passionné, qu'une estafette s'en allait sur-le-champ porter à Paris...
Le soir, au bivouac, les soldats respectaient son silence, s'imaginant qu'il mettait au point la bataille du lendemain. Ils eussent été bien étonnés d'apprendre que leur chef pensait au corps voluptueux de Joséphine.
Et ils se fussent aussi moins tourmentés en voyant les sourcils froncés de Bonaparte, s'ils avaient pu deviner que sa colère ne préparait point un combat sanglant, mais une lettre pleine de jalousie.
Quand il imaginait la vie de Joséphine dans la capitale, son entourage d'amis, de bellâtres et de godelureaux avantageux, le petit Corse était, en effet, torturé.
Le 7 avril, d'Albenga, il écrivit (je respecte l'orthographe) :


Je reçois une lettre que tu interrompt pour aller, dis-tu, à la campagne, et, après cela, tu te donne le ton d'être jalouse de moi, qui suis ici accablé daffaires et de fatigues ! ... Il ext vrai que j'ai des tord. Dans le prinpten (printemps), la campagne est belle ; et puis l'amant de dix-neuf ans s'y trouvait sans dout.


Cet "amant de dix-neuf ans", Bonaparte l'avait inventé, sans s'imaginer, bien sûr, que la réalité dépassait de beaucoup se fiction.
Car Joséphine continuait de s'amuser comme par le passé et de recevoir chaque nuit, dans sa chambre, les hommes vigoureux qu'exigeait son tempérament...


Pressé de terminer la guerre pour revoir sa femme, Bonaparte se jeta sur les Autrichiens avec une fougue qui les stupéfia. En quinze jours, il remporta six victoires, enleva vingt et un drapeaux à l'ennemi, vola cent tableaux au pape, vingt au duc de Parme, trente au duc de Modène, encaissa cinquante millions, pilla les bibliothèques, vida les musées, et signa un armistice avec le Piémont.
Fier de lui-même, il désira montrer toute sa puissance à Joséphine. Des lettres pressantes l'invitèrent à venir en Italie.
Mais le jeune Créole n'avait aucune envie de quitter la douceur de Paris, où elle était fêtée et adulée, pour l'inconfort des champs de bataille. De plus, son dernier amant en titre, Hippolyte Charles, beau lieutenant de hussards, lui donnait trop de plaisir pour qu'elle songeât à l'abandonner...
Pendant des semaines, Bonaparte la supplia de venir le rejoindre. Les prétextes futiles qu'elle donnait pour justifier ses retards le rendaient furieux et inquiet.


Ecoutons Marmont : "Le général Bonaparte pensait sans cesse à sa femme. Il la désirait, il l'attendait avec impatience... Il me parlait souvent d'elle et de son amour avec l'épanchement et l'illusion d'un très jeune homme.
Les retards continus qu'elle mettait à son départ le tourmentaient péniblement, et il se laissait aller à des mouvements de jalousie et à une sorte de superstition qui était fort dans sa nature. Un jour, la glace du portrait de Joséphine, qu'il portait toujours sur lui, se cassa par hasard ; il pâlit d'une manière effrayante : "Ma femme est bien malade ou infidèle !".

On sait qu'elle se portait bien ! ...


A la fin de mai, Bonaparte envoya Murat porteur d'un message pressant. Le résultat ne fut pas celui qu'attendait le général : Joséphine devint la maîtresse de Murat...
Cette nouvelle liaison lui donna un joli teint.

C'est alors que, pour demeurer à Paris, elle prétendit qu'elle attendait un enfant. Murat fut chargé d'annoncer la nouvelle à Bonaparte, qui, fou de joie, bouleversé, confus, bondit sur sa plume et écrivit :


Il est donc vrai que tu es enceinte. Murat me l'écrit ; mais il me dit que cela te rend malade et qu'il ne croit pas prudent que tu entreprennes un aussi long voyage.
Je serai donc encore plusieurs mois loin de tout ce que j'aime. Serait-il possible que je n'aie pas le bonheur de te voir avec ton petit ventre ? Cela doit te rendre intéressante.
Tu m'écris que tu as bien changé. Ta lettre est courte, triste et d'une écriture tremblante.
Qu'as-tu mon adorable amie ? Je croyais être jaloux, mais je te jure qu'il n'en est rien. Plutôt que de te savoir mélancolique, je crois que je te donnerais moi-même un amant ...


Le pauvre ! Joséphine n'avait vraiment pas besoin des bons offices de son mari dans ce domaine... Elle savait se servir elle-même.
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