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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO

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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 1 Déc - 20:39

"Gabrielle d'Estrées, dont elle savait que le roi voulait faire sa femme, la laissait pareillement indifférente. Mieux, elle montrait presque de l'amitié à son égard.

C'est ainsi que, lorsque Henri IV disposa en faveur de la favorite d'une magnifique abbaye qui lui appartenait, elle se déclara enchantée, ayant reçu trop de plaisir, écrivit-elle au roi, que chose qui dépendait de moi ait pu être propre pour témoigner à cette honnête femme combien j'aurai toujours de volonté de servir à son contentement et combien je suis résolue d'aimer et honorer toute ma vie ce que vous aimez
.

A quelques temps de là, elle poussa l'amabilité jusqu'à écrire à Gabrielle elle -même cette incroyable lettre :

Prenez, je vous prie, assurance de moi et m'obligez tant que de la donner au roi et de croire que mes désirs se conforment entièrement à ses volontés et aux vôtres. J'en parle en commun, les estimant si unies que, me conformant à l'une je le serai aussi à l'autre... Je vous prierai trouver bon que je vous parle librement et comme à celle que je veux tenir pour ma soeur et que, après le roi, j'honore et j'estime le plus...


On ne peut pas être plus gentil avec la maîtresse de son mari.

La favorite fut très touchée par cette lettre et pensa avec joie que la répudiation se ferait sans trop de difficultés.

Mais elle était prudent et savait ne pas se fier uniquement aux hasards de la chance. C'est pourquoi, tandis que M. Erard continait ses négociations, elle préparait avec ses conseillers intimes (et avec sa famille) une combinaison qui devait lui assurer une souveraineté indépendante et héréditaire, pour elle et ses enfants.


Desclozeaux, son principal biographe, nous dit à ce propos :
"Ses proches n'apportaient aucune réserve dans leurs velléités ambitieuses et il fut un moment où ils parlèrent même de constituer en Champagne ou en Franche-Comté une principauté relevant de la couronne et tenue à foi et hommage par Gabrielle et son fils César.

Mais un tel cadeau ne pouvait s'obtenir de la seule générosité de l'amant ; il fallait mériter la reconnaissance du roi en étant l'inspiratrice d'une conquête ou d'un grand fait d'armes.
C'est pouquoi, le 17 janvier 1595, Gabrielle poussa Henri IV à déclarer la guerre à l'Espagne.


Aussitôt, Philippe II, qui s'était assuré le concours des Ligueurs, riposta en envoyant des troupes en Picardie, en Bretagne et en Bourgogne, où quelques héros commencèrent à s'étriper avec soin. Mais les premiers combats ne furent pas très sérieux et Henri IV, qui détestait se déranger pour rien continua de gooûter les douceurs de la maix aux côtés de Gabrielle dont les talents amoureux l'émerveillaient, chaque jour un peu plus. Depuis qu'elle rêvait d'une couronne, la favorite, en effet, se surpassait...

En reconnaissance, le roi lui fit alors cadeau du château de Montceaux, fort beau domaine situé à deux lieues de Meaux, que Gabrielle aménagea immédiatement de façon confortable et luxueuse grâce aux sommes considérables que le Trésor lui versait chaque année. Naturellement, le meuble auquel elle était redevable de tant de bienfaits fut l'objet de soins particuliers. Immense et capable de résister aux joutes amoureuses les plus ardentes, il occupait la moitié de la chambre. Surmonté d'un baldaquin aux rideaux de velours jaune, ses draps étaient de satin blanc et ses taies d'oreillers de soie brodée d'argent aux chiffres H et G entrelacés.

Un tel luxe, au moment où le menu peuple criait misère et où le roi lui-même manquait d'argent, fit jaser. De nombreux pamphlets inspirés par les Ligueurs circulèrent dans Paris contre celle qu'on appelait déjà la marquise de Montceaux (en fait, elle n'eut droit à ce titre qu'à partir de septembre 1596), et des chansonniers, des poètes se permirent de lui envoyer de petits conseils rimés qui témoignent de la liberté de ces heureux temps.

Je n'en donnerai qu'un exemple : ce sonnet d'une étonnante audace adressé à Gabrielle par Guillaume de Sablé
:

Pensez, Madame, à vous : la fortune est muable ;
Vous avez la faveur, ne la négligez point.
Craignant que quelque jour ne vous laisse en pourpoint ;
Faîtes des serviteurs et rendez-vous aimable.

Mainte autre devant vous, qui ont fait le semblable
Par un esprit prudent ont prévu à ce point
D'établir leur bonheur ferme, si bien à point
Qu'à la postérité leur gloire est perdurable.

Ce que je vous en dis, Madame, assurez-vous
Que c'est pour votre bien, et ne suis point jaloux
De vous voir prospérer autant que dame aucune
Mais je vois à regret, comme chacun voit bien,
Que le nombre est petit à qui vous faites bien.
Pensez-vous établir par là votre fortune ?


La favorite n'allait pas tarder à suivre les conseils que lui donnait le poète...

Au mois de mai, Henri IV, apprenant queles Espagnols attaquaient la Bourgogne, laissa Gabrielle et courut rejoindre ses armées à Dijon. Dès la première rencontre, il s'aperçut que les forces de Philippe II étaient mieux équipées et plus nombreuses que les siennes. Il les battit tout de même à Fontaine-Fançaise ; mais sa pauvreté lui avait fait frôler le désastre et il pensa qu'il était grand temps de mettre les Finances du royaume entre les mains d'un homme habile et sûr.

De retour à Paris, il s'en entretint avec Gabrielle qui, justement, cherchait à se faire des créatures, suivant le conseil de Guillaume de Sablé.


- Prenez Rosny, dit-elle.

A ce moment les Finances étaient dirigées par un Conseil composé de personnages puissants que le roi voulait ménager. Craignant q'un brusque remplacement de ces messieurs par un surintendant ne prît l'allure d'un coup de force, il décida d'opérer en douceur. Il alla trouver Sully (bien que M. de Rosny ne s'appelât Sully qu'à partir de 1605, c'est sous ce nom que je le désignerai dès maintenant) et lui proposa de travailler pendant quelque temps avec ceux du Conseil afin d'endrmir leur méfiance.

- Ainsi, dit-il, les caressant et les assurant de votre amitié, ils ne vous dénieront point la leur, et il arrivera même qu'en vous donnant quesques louanges sur la forme de votre conduite, lorsque je les mettrai sur ce propos, je prendrai de là occasion de vous mettre avec eux sans qu'ils s'y puissent directement opposer ni dire que vous ne savez rien aux Finances.

Sully refusa, trouvant le procédé inélégant. Alors, le roi furieux courut chez Gabrielle pour la mettre au courant de son échec.
- Tout est de votre faute, dit la favorite. Vous êtes le roi: vous n'avez qu'à commander, et le Conseil vous obéira...

Le lendemain Henri IV revint chez Sully, le prit par la main et lui dit :

- Vous ne savez pas ? J'ai conté à ma maîtresse tous les discours et contestations que nous eûmes hier, vous et moi, sur lesquelles nous avons eu de grandes et longues disputes. Enfin, elle m'a mis tant de raisons en avant, qu'elle m'a quasi persuadé que vous aviez raison et moi tous les torts du monde vous vous vouloir établir en des affaires de telles importances et tant chatouilleuses que sont les Fiances, par l'intervention, agréation et obligation d'aucun autre que de moi seul.


Quelques jours après, Sully faisait ses débuts aux Fiances. Ainsi, nous dit Dreux du Radier :
"L'Etat dut à Gabrielle le grand homme qui devoit en régler le grand ressort, et la France en jouit plus tôt qu'elle n'auroit fait à sa persuasion."

Hélas !Sully devait se montrer bien ingrat à l'égard de la favorite...

Pendant ce temps, la guerre voulue par la châtelaine de Montceaux continauait pour le plus grand profit des Espagnols. Le 21 avril 1596, une nouvelle vint affliger tout le pays : Calais était tombé aux mains d'une armée ennemie conduite par le cardinal d'Autriche.

Aussitôt, le peuple accusa Henri IV, non sans raison, d'être responsable de cet échec. On murmura "qu'il s'amusait un peu beaucoup avec la marquise" et que le plaisir qu'il trouvait dans le lit de sa maîtresse l avait empêché d'aller se porter au secours de Calais.

Un quatrain composé par Sigogne eut alors beaucoup de succès
:

Ce grand Henri qui voulait estre
L'effroi de l'Espagnol hautain
Maintenant fuit devant le prêtre
Et suit le c.. d'une putain
.

Ce qui était vrai : mais un peu leste...

Un distique latin, plus brutal encore, fit la joie des lettrés, des clercs et même des bons prêtres qui ont toujours aimé à rire :


Te mars avexit, Venus opprimit. O scelus ! Ensis cuspide quod parfum est, cuspide penis abit

C'est-à-dire :

Mars t'a élevé, Vénus t'abaisse. O crime ! Ce qui a été acquis à la pointe de l'épée s'en va à la pointe du v.."
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MARCO

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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mer 1 Déc - 21:20

ces histoires me semblent malheureusement encore bien proches de ce que nous connaissons encore , hélas, de nos jours en vivant en royauté !!
LE peuple vit dans la misère et les souverains dans l'opulence ..
L'histoire est un éternel recommencement !



MArco amer ..
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Jeu 2 Déc - 20:31

L'EDIT DE NANTES : OEUVRE DE GABRIELLE

C'est sa réhabilitation, c'est l'honneur de sa vie d'avoir aidé Henri IV dans l'accomplissement de cette oeuvre de tolérance - DESCLOZEAUX -


Après la perte de Calais, tout le monde pensa que le roi organiserait la défense des autres villes menacées par les Espagnols. Henri IV lui-même le pensait sincèrement, oubliant, comme toujuors, qu'il était l'esclave de sa passion pour Gabrielle.

Au début du mois de mai, il écrivait d'Abeville, à M. du Plessis-Mornay :

Nous passerons notre été ici et à Amiens, pour être à la tête des ennemis, s'ils entreprennent quelque chose
.

Mais huit jours plus tard il était à Montceaux, près de sa maîtresse...

Il devait y rester jusqu'en octobre, batifolant dans la forêt, banquetant avec ses amis, racontant des histoires galantes, et surtout se livrant avec la favorite à d'exténuants plaisirs sur le grand lit blanc à baldaquin.Comme tous les amoureux du monde, Henri IV donnait à son amie tout ce qu'il possédait. Il faisait même plus encore : il lui offrait ce qui appartenait à l'Etat.


C'est ainsi que, le 25 août 1596n il lui fit cadeau de la totalité des biens "du feu Bocquet, habitant à Paris, et de ses enfants qui avaient tué ledit défunt", que le 31 du même mois il la gratifia du produit d'amendes importantes, que le 2 septembre, il lui abandonna le montant de tous les trop-perçu dont les receveurs de Guyenne et du Rouergue étaient astreints à faire la restitution, et qu'un peu plus tard, anticipant sur les recouvrements qu'il escomptait, il lui fit don de trente-deux mille livres à provenir sur la vente des offices de judicature dans la province de Normandie...

Avec et argent, la nouvelle marquise de Montceaux fit embellir son château et exécuter d'important travaux de terrassements.


Le peuple, qui n'aimait déjà pas beaucoup Gabrielle, s'émut de ces libéralités, et le libelle suivant circula dans Paris :


Du Roy et de la Marquise

Ho ! vous parlez de notre roy,
- Non, fais-je. Vous jure ma foy
Par Dieu, j'ai lâme trop réale
Je parle de Sardanapale
Con sempre star in bordello
Hercule no se flatta immortello (les pamphlétaires utilisaient souvent l'italien pour dire des grossièretés)
Au royaume de Conardise
Où pour madame la Marquise
Les grands monts sont mis à Montceaux
Et toute la France en morceaux.


Or tandis que le roi détournait allégrement les sommes destinées au Trésor, l'argent manquait pour mener la guerre contre les Espagnols. Des régiments entiers menaçaient d'abandonner leurs postes si les soldes n'étaient pas payées, et Sully, effrayé par la légèreté de son souverain, partageait l'accablement du peuple.

Bientôt, Henri IV lui-même fut épouvanté par son dénuement. Dépouillé par son insatiable maîtresse, portant des chemises déchirées et des pourpoints troués au coude, il entrevit la catastrophe et décida de s'adresser directement aux représentant du pays pour leur demander de lui venir en aide.

Au mois d'octobre, il convoqua une assemblée de notables, à Rouen, afin d'étudier avec eux le moyen de rétablir ses finances. Croyant habile de frapper les populations normandes par le spectacle d'une Cour brillante et élégante, il demanda à Gabrielle, seule personne riche du royaume, de le précéder en grande pompe. La favorite, bien qu'enceinte de huit mois, fit le voyage et arriva à Rouen dans une luxueuse litière. Le premier pésident, Claude Groulard, vint la saluer comme s'il s'agissait d'une souveraine, et l'archevêque lui demanda très humblement si elle voulait accepter de loger au palais abbatial de Saint-Ouen.

Seul, le chapitre de la cathédrale montra quelque mauvaise humeur, alléguant qu'il s'agissait d'une concubine ; mais le prélat intervint et exigea qu'on fût plein de prévenances pour la bien-aimée de Sa Majesté.

Ce saint homme compréhensif était, il est vrai, Antoine de Bourbon, frère naturel du roi...

Le lendemain, Henri IV arriva à son tour et ouvrit l'assemblée des notables par quelques mots d'esprit, avant d'exposer ses difficultés. Gabrielle, qui était particulièrement intéressée par la réussite de cet "emprunt national" l'écoutait, dissimulée derrière une tapisserie.


Hélas ! les députés, eux firent la sourde oreille, et Henri IV dut connaître l'humiliante nécessité de s'adresser à la reine d'Angleterre, qui lui prêta deux cent mille écus, et à la Hollande, qui lui consentit une avance de quatre cent cinquante mille florins.

Malgré ses souci, Henri IV connut tout de même à Rouen, une grande joie : c'estlà que Gabrielle donna le jour à leur deuxième enfant : une fille qu'on prénomma Catherine-Henriette.


Au début de février 1597, la Cour quitta la Normandie et rentra à Paris où le roi se mit sans plus tarder à dépenser l'argent qu'on lui avait prêté, en organisant des bals somptueux pour distraire sa maîtresse.

On le vit même un certain jour de février pousser l'inconscience jusqu'à faire une mascarade et à visiter toutes les maisons où l'on donnait un divertissement. Gabrielle, qui était pendue à son bras, "le démasquait et le baisait partout où il entrait", nous dit un chroniqueur
.

C'est au cours d'une de ces fêtes, un soir de mars, alors que princes, seigneurs et gentilshommes lutinaient des dames avec une belle impudeur, qu'on vint lui apprendre la prise d'Amiens par les Espagnols.
La nouvelle le stupéfia.

Après un an passé à "rire et à baller", le roi se trouvait brusquement au bord de l'abîme. Paris, en effet, risquait d'être attaqué par l'ennemi et pris à son tour...


Bouleversé, extrêmement pâle, le Béarnais pensa à haute voix :

- C'est assez fait le roi de France, dit-il, il est temps de faire le roi de Navarre !

Puis il se tourna vers Gabrielle qui pleurait :

- Ma maîtresse, il faut quitter nos armes et monter à cheval pour faire une autre guerre.


Les invités se retirèrent dans le plus grand désarroi et la favorite, se sentant peut-être indirectement responsable de cette seconde défaite, réunit à la hâte tout l'argent qu'elle put se procurer, environ cinquant mille livres, et le remit au roi.
Après quoi, elle se fit préparer une l itière et quitta Paris dès l'aube avec les premières troupes qui marchaient sur Amiens.
Ce départ ressemblait à une fuite, et c'en était une d'ailleurs. Connaissant les sentiments des Parisiens à son égard, la favorite ne voulait pas rester seule dans la capitale en l'absence du roi. Elle préférait partager la vie des soldats qui allaient mettre le siège devant la cité prise par les Espagnols
.
"
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 3 Déc - 10:35

Tu as raison Marco, quand tu dis que rien n'a changé.

Et si l'Histoire de France est écrite avec humour par Guy Breton, elle n'en est pas moins vraie. Et j'avoue que quand je tape les chapitres, certains me dépriment profondément, sutout quand j'arrive sur les passages de dépenses somptuaires faîtes par des hommes qui se prennent pour des dieux.


Bon, foin de jérémiades. ........... Heuuuuuu, suis tout de même de mauvaise humeur ......... Y fait froid, y crachine et me sens comme une "nourse" prête à hiberner. NA ! .......... geek Razz
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 3 Déc - 20:48

"Henri IV la suivit de près et, le 28 mars, ils étaient tous deux sous les murs d'Amiens.

Vint mille hommes se trouvaient déjà à pied d'oeuvre dans un immense camp, tout hérissé d'en seignes et d'oriflammes claquant au vent. Gabrielle fit planter sa tente de cuir non loin de celle du roi et commença à donner son avis sur les opérations militaires, ce qui ne tarda pas à créer une grande confusion.

La présence de la favorite amusait d'ailleurs les soldats qui composaient entre eux des chansons ordurières et ne se cachaient pas pour dire que leur camp était devenu un bordeau... Cette grosse plaisanterie avait le don de faire rire le roi...


- Il faut bien qu'ils s'occupent, disait-il.

En effet, les Espagnols, qui possédaient des ressources considérables, se gardaient b ien de sortir et les Français, qui manquaient d'artillerie, ne pouvaient attaquer. Chacun restait donc sur ses positions.
Bientôt, d'astucieux commerçants, comprenant que la siège serait long, vinrent installer des petites boutiques volantes pour offrir quelques distractions aux militaire.

"Il n'y avait jusqu'aux cabarets, tav ernes et cuisines de Paris, dit Legrain, qui ne fussent transportés aux tentes del'armée et marqués de la même enseigne qu'ils avaient dans la capitale. En sorte qu'on disait que c'était une seconde ville de Paris nouvellement bâtie devant Amiens."


Ce camp étonnant eut rapidement l'aspect d'une immense foire et les gens des environs accoururent en foule pour le visiter. Des bandes de filles venaient s'y amuser avec les soldats, et les Espagnos, stupéfaits, se demandaient, du haut de leurs murailles, en l'honneur de qui avait lieu cette kermesse.

Il vint même des dames et des gentilshommes de Paris, ravis de connaître l'atmosphère d'un siège. Gabrielle, jouant les maîtresses de mmaison, leur faisait visiter les différents quartiers, leur expliquant le fonctionnement des canons et les initiait avec esprit aux travaux exécutés par les sapeurs.
Après quoi, elle invitait à dîner sous sa tente, les visiteurs de marque et l'on mondanisait...

On ne s'étonnera pas, dans ces conditions que le siège ait duré plus de six mois. C'est en effet, le 19 septembre seulement que la garnison espagnole, épuisée, démoralisée, accepta de se rendre.


Aussitôt, Gabrielle retourna à Paris pour préparer le retour triomphal du roi. La favorite pouvait être satisfaite, les événement l'avaient servie : au cours d'un engagement, le grand maître de l'artillerie ayant été tué, elle avait obtenu que son père, Antoine d'Estrées, reçut la charge importante et lucrative que laissait le défunt ; en outre, s'étant acheté pour cent vingt mille écus le compté de Beaufort, elle avait vu avec joie le roi ériger, unn soir de victoire, cette terrre en duché paierie. Elle était donc maintenant duchesse...

Sa joie fut de courte durée. En arrivant à Paris, elle apprit qu'on l'appelait "duchesse d'ordure"...
Ce qui la désapointa.


Mais ni les railleries, ni les insultes ne pouvaient freiner son ambition. Dès que les combats en Picardie furent terminés, elle attira l'attention du roi sur la Bretagne, tenue par le dernier rebelle du royaume, le duc de Mercoeur.

- Il faut aller à Angers et négocier une paix honorable, dit-elle.

Au début de 1598, Henri IV partit pour la Bretagne accompagné d'une armée et de Gabrielle, qui se trouvait de nouveau enceinte...

La favorite se péoccupait-elle donc enfin de la France ? Non. Elle désirait simplement marier son fils César avec Françoise, fille unique du duc de Mercoeur et l'une des plus riches héritières du royaume.

A Angers, elle dirigea elle-même les négociations et obtint ce qu'elle désirait "avec une habileté dont beaucoup ne la jugeaient pas capable".



Le contrat de mariage des deux enfants fut signé le 5 avril. Aussitôt, la duchesse de Beaufort se rendit à Nantes pour prendre possession du gouvernement de Bretagne dont le duc de Mercoeur s'était démis en faveur de César. .. Elle exultait,. Pourtant, sa joie était ernie par les attaques venimeuses des protestants qui la détestaient, l'accusaient ouvertement de s'enrichir aux dépens de l'Etat et demandaient sa disgrâce immédiate. C'est alors que pour les amadouer elle poussa le roi à signer, le 13 vril, le fameux Edit de Nantes qui mettait fin à la guerre religieuse.
Une fois de plus, sa ruse lui faisait gagner la partie...


Gabrielle avait une bonne nature : dès que les signatures furent sèches au bas du pacte qui mettait fin aux guerres religieuses en France, elle rentra dans sa chambre, fit appeler le roi... et accoucha d'un gros garçon.

Ce second fils reçut le nom d'Alexandre et le titre de Monsieur, comme un enfant de France.

Henri IV, une fois de plus, fut ravi. Prenant ses familiers par le bras, il ne pouvait s'empêcher de leur dire avec un gros rire :

- Voilà qui me change de la reine Marguerite, qui était stérile comme un radis creux...

Phrase légère, sans doute, et peu galante, mais qui témoignait de l'amertume profonde du souverain.
Car plus que ses infidélités, c'est son infécondité qu'il reprochait à la reine Margot. L'avenir de la dynastie le préoccupait. Après sa mort, les Ligueurs s'opposeraient certainement au couronnement de César, malgré Mayenne (En 1595, Mayenne s'était réconcilié avec le roi grâce à Gabrielle, qui avait demandé au duc en échange "la promesse de se déclarer, lui et les siens, en faveur de ses enfants et de leur mettre, après la mort de Henri IV, la couronne sur la tête à l'exclusion de tous les princes du sang), et soutiendraient les prétentions du jeune prince de Condé. Des troubles graves, une guerre civile peut-être s'ensuivraient...


Pour éviter ces malheurs à la France, Henri devait obtenir du Pape l'annulation de son mariage et l'autorisation d'épouser au plus tôt Gabrielle.

Ayant pris la décision d'écrire à Rome, le Béarnais se sentit de meilleure humeur et, tout content à l'idée de ses noces prochaines, il alla passer la nuit avec Melle des Fossés, une charmante blondinette qui lui voulait du bien.

Le lendemain, il convoqua Sully qui n ous raconte en détail leur entrevue. Après quelques considérations sur la politique, le roi aborda, sans en avoir l'air d'y toucher, le sujet qui lui tenait à coeur :


- Aux présentes difficultés, il semble impossible d'apporter des remèdes certains, dit-il, si je ne me dispose à donner des enfants venant de moi à la France, comme c'est chose que j'ai toujours désirée, et de laquelle j'ai pris bonne espérance, depuis que l'archevêque d'Urbin m'a donné avis que le Pape facilitera mon démariage. De sorte que, pour l'accomplissement de ce dessein, il ne me restera plus qu'à voir s'il y aura moyen de trouver une femme assez bien conditionnée.

Le ministre fut intrigué par ce préambule, et se caressa la barbe avec nervosité.

- Si on l'obtenait par souhait, reprit le roi, je voudrais trouver en celle-là sept qualités principales, à savoir : beauté en la personne, pudicité en la vie, complaisance en l'humeur, mobilité en esprit, éminence en extraction, fécondité en génération et grands Etats en possession. Mais je crois que telle femme n'est jamais née, ni prête à naître. Partant, voyons un peu ensemble quelle fille ou femme, dont nous avons ouï parler, serait à désirer pour moi, soit dedans, soit dehors le royaume.


Sully commença à voir où le roi voulait en venir ; mais il ne dit rien.

- Je vous dirais pour le dehors, poursuivit Henri IV, qu'à l'Infante d'Espagne, quelque vieille et laide qu'elle soit, je m'accommoderais assez, pourvu qu'avec elle j'épousasse aussi les Pays-Bas. Mais le roi Philippe est bien éloigné de ce dessein. Je ne refuserais pas non plus la princesse Arabelle d'Angleterre, pourvu qu'elle eût été déclarée héritière présomptive.
L'on m'a parlé aussi de certaines princesses d'Allemagne. Mais les femmes de ce pays ne me reviennent nullement. Et, si j'en épousait une, je croirais toujours avoir un tonneau dans mon lit. Le duc de Florence a aussi une nièce, Marie, rose et blonde, que l'on dit assez belle (Marie de Médicis, future épouse de Henri IV), mais de la même race que la reine Catherine, laquelle a causé tant de maux à la France et à moi-même ; partant, j'appréhende fort cette alliance que d'aucuns me conseillent. Voilà pour les étrangères.
Quant à celles du royaume, vous avez ma nièce de Guise, belle, de grande taille et d'apparence d'avoir de beaux enfants, laquelle me plairait fort, nonobstant de petits bruits que certains font courir sur son compte, car, pour mon goût, j'aimerais mieux une femme qui fit un peu l'amour qu'une qui eût mauvaise tête.

Mais j'appréhende la trop grande passion qu'elle témoigne pour ses frères de Lorraine.

Cette fois, Sully, un peu agacé, prit la parole

- Hé ! quoi donc, Sire ? De tant d'affirmatives et de négatives, je ne saurais conclure autre chose sinon que vous désirez bien être marié, mais que vous ne trouvez point de femme sur la terre qui vous convienne.
A ce compte, faudrait-il implorer l'aide du ciel, afin qu'il fit rajeunir la reine d'Angleterre ou ressusciter Marguerite des Flandres, Anne de Bretagne ou Marie Stuart ?
Pour mon opinion, ni biens, ni royale extraction ne vous sont absolument nécessaires. Ayez seulement une femme que vous puissiez aimer et qui vous fasse des fils, pour que tous les bons français se réjouissent et les aiment de tout leur coeur.

Henri IV crut que Sully approuvait son choix et dit en souriant :


- Si vous concluez principalement à ces trois conditions que la femme soit belle, d'humeur complaisante et qu'elle me fasse des fils, songez un epu vous-même si vous n'en sauriez pas connaître quelqu'une en qui tout cela se fût rencontré ?

Le ministre fit semblant de chercher et secoua la tête.

- Or sus, que diriez-vous si je vous la nommais ?

- Nommez-la donc, Sire, répondit Sully, car pour moi j'avoue que je n'ai pas assez d'esprit pour cela.


- Oh ! la fine bête que vous êtes ! s'écria le roi en éclatant de rire. Mais je vois bien où vous voulez en venir en faisant ainsi le niais et l'ignorant, c'est en l'intention de me la faire nommer. Or donc, le ferai-je car vous me confesserez que toutes ces trois conditions peuvent être trouvées en ma chère maîtresse, la duchesse de Beaufort.

Sully fronça les sourcils. Aussitôt le Béarnais, avec sa souplesse habituelle, fit machine arrière.


- Non que pour cela je veuille dire que j'aie songé à l'épouser, se hâta-t-il d'ajouter, mais seulement pour savoir ce que vous en diriez si, faute d'autre femme, cela me venait quelque jour en fantaisie, vous ordonnant de m'en parler librement, puique je vous ai choisi pour me dire mes vérités en particulier.

Le ministre des Finances garda un moment le silence, puis gravement, lentement, il donna son opinion
:

- Vous rendant obéissance, Sire, je vous dirai qu'outre le blâme général que vous pourriez encourir, et la honte qu'un repentir vous apportera lorsque les bouillons d'amour seront attiédis, je ne puis imaginer nul expédient plus propre à développer les intrigues, embarras et prétentions qui surviendront à cause de vos enfants, nés de si diverses manières et avec des formes tant irégulières. Pour le premier d'iceulx, on ne saurait nier qu'il soit né d'un double adultère. Le second fils que vous avez à présent se croira plus avantagé à cause que ce ne sera plus que sou un simple adultère. Et ceux qui viendront après, lorsque vous serez marié, ne faudront de prétendre qu'eux seuls doivent être estimés légitimes. A toutes ces difficultés, je vous laisserai penser à loisir avant de vous en dire davantage.

Ce n'était pas du tout la réponse à laquelle s'attendait le roi. Il se leva et dit seulement :

- Ce ne sera pas trop mal fait, car vous en avez assez dit pour la première fois.
Sans rien ajouter, Sully quitta la pièce, laissant Henri IV de fort méchante humeur
.
"
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 3 Déc - 21:24

"Quelques jours plus tard, le roi, revenant de la chasse vêtu très eimplement, et n'ayant avec lui que deux ou trois gentilshommes, passa la Seine au quai Malaquais. Voyant que le batelier ne le reconnaissait pas, il dui demanda ce qu'on disait de la paix de Vervins qui venait d'être signée avec les Espagnols.

- Ma foi, je ne sais pas ce que c'est que cette belle paix, dit le brave homm, mais il y a des imôts sur tout, et jusque sur ce misérable bateau avec lequel j'ai bien de la peine à vivre.

- Et le roi, dit Henri IV, ne compt-t-il pas mettre ordre à tous ces impôts-là ?

- Le roi est un bon homme, reprit le batelier; mais ila une putain à laquelle il faut tant de belles robes et tant d'affiquets que cela ne finit point ; et c'est nous qui payons cela. Passe encore si elle n'était qu'à lui, mais on dit qu'elle se fairt caresser par bien d'autres...

Une fois de plus, ce n'était pas ce que le roi espérait entendre...


Il eut pourtant l'exprit d'en rire ; mais le lendemain il envoya chercher le batelier et lui fit répéter devant Gabrielle tout ce qu'il avait dit la veille.

Le malheureux, rouge de confusion, dut s'exécuter.
En entendant certain mot, la favorite entra dans une violent colère.

- Il faut le faire pendre ! cria-t-elle.

- Attendez, dit le roi, ce n'est pas tout. La fin est la meilleure.

Les dernières phrases, bredouillées par le batelier mirent Gabrielle dans un état voisin de l'hystérie.

"Les yeux, qu'elle avait fort beaux, lui sortaient littéralement de la tête et perdaient ainsi, nous dit un contemporain, beaucoup de leur charme habituel."

Le roi voulut la calmer :

- Il s'agit d'un pauvre diable que la misère met de mauvaise humeur. Je ne veux plus qu'il paye rien pour son bateau ; et je suis sûr qu'il chantera tous les jours : Vive Henri ! Vive Gabrielle !


Furieuse, la duchesse de Beaufort se retira dans sa chambre et le batelier rentra chez lui complètement éberlué ; mais le roi se souvint de la leçon et, le soir même, il demandait à Sully de ne pas ébruiter ses projets matrimoniaux...

Cette précaution était un peu tardive, car toute la Cour connaissait déjà les intentions de Henri IV par Gabrielle, qui ne pouvait s'empêcher de parler "du jour où elle serait reine".

Pourtant, en cette fin de mai 1598, le mariage du roi n'était pas, au Louvre, le principal sujet de conversation. On ne s'entretenait, en effet, que d'une aventure burlesque qui venait d'arriver à une dame de compagnie, la charmante Mme de Vitry.


Un soir, cette jeune femme, qu'embrasait un grand feu intérieur, avait, en l'absence se son mari, attiré plusieurs gardes dans sa chambre pour une de ces petites réunions intimes qui apportent généralement beaucoup d'apaisement aux dames ardentes.

Or, au moment où tout ce monde était très occupé, un bruit de pas résonna dans le couloir et Mme de Vitry, épouvantée, murmura :

- Mon mari !

C'était en effet, le chevalier de Vitry qui rentrait plus tôt que prévu.

Aussitôt, les gardes cachèrent tous leurs vêtements dans un coffre et se glissèrent entièrment nus sous le lit.

Il était temps, le mari entrait. Aaprès avoir embrassé sa femme, il se coucha et se montra "galant compagnon". Soudain, dans la chambre, éclata un énorme éternuement, bienôt suivi d'un second, d'un troisième, d'un quatièrme et d'un cinquième...
C'étaient les cinq gardes qui s'enrhumaient.

Fort intrigué, M. de Vitry regarda sous le lit, découvrit les amants de sa femme et tout se termina dans un grand bruit de dispute,, de coups, de larmes et de reniflements.

Depuis, on n'appela plus Mme de Vitry que Mme des Cinq-Gardes
..."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 3 Déc - 21:55

QUI A EMOISONNE GABRIELLE D'ESTREES ?
La favorite embarrassait tout le monde - même le Saint-Siège -
Léonce PERRET

Pendant tout le printemps de 1598, Henri IV eut l'âme d'un collégien. Délaissant les affaires de l'Etat, il se promenait en rêvant dans la forêt de Fontainebleau et dessinait un peu partout ce monogrape ( S - un S coupé d'un trait) qui était censé représenter sous forme de rébus le nom de la favorite (Il est vrai que Henry IV, en bon méridional, ne faisait pas la différence entre le son"é" et le son "ait". Il devait lire S-trait : Estrées. - Signalons que ces rébus figurent toujours sur les lambris du château de Fontainebleau - , après quoiil rentrait dans son cabinet, pour y travailler à une chanson d'amour qu'il composait dans le goût du temps.

Lorsqu'elle fut terminée, il s'en montra satisfait et l'envoya à sa "fiancée", avec un petit mot :


Ces vers vous représenteront mieux ma condition
et plus agréablement que ne le ferait la prose. Je les ai dictés, non arrangés."


Il s'agissait de "Charmante Gabrielle", chanson à la fois mièvre et solennelle, qui devait avoir, pour des raisons incompréhensibles, un extraordinaire succès pendant près de trois cents ans. (Pour composer cette chanson, Henri IV se serait fait aider par un poète de la Cour. Bertaud, peut-être...)

En voici un extrait :
Charmante Gabrielle,
Percé de mille dards,
Quand la gloire m'appelle
Sous les drapeaux de Mars

Cruelle départie,
Malheureux jour !
Que ne suis-je sans vie
Ou sans amour !

L'amour sans nulle peine
M'a par vos doux regards,
Comme un grand capitaine,
Mis sous vos étendards
Cruelle départie ...

Je n'ai pu dans la guerre
Qu'un royaume gagner !
Mais sur toute terre
Vos yeux doivent régner.
Cruelle départie...

Le dernier couplet contenait une allusion très claire au mariage projeté :

Partagez ma couronne,
Le prix de ma valeur ;
Je la tiens de Bellone,
Tenez-la de mon coeur,
Cruelle départie
...

On peu s'étonner qu'après sept ans de liaison Henri IV s'exprimât avec ce lyrisme de soupirant. Cest, nous dit joliment Dupleix, "que les appas de la dame étaient si puissants et si attrayants que sa passion amoureuse croissait avec la jouissance de son objet"

En recevant ces vers, la duchesse de Beaufort comprit qu'elle touchait enfin au but. Le roi lui avait bien souvent promis de l'épouser, mais jamais encore il n'avait exprimé aussi clairement son intention de la faire monter sur le trône. Elle en fut bouleversée au point que "son maintien ordinaire changea"

A partir de ce jour, elle ne se déplaça plus que lentement, le buste raide, les traits figés et la tête aussi droite que si elle eût déjà supporté le poids d'une lourde couronne.


Oui, elle était presque reine et l'Europe entière le sut bientôt. Les dames de la Cour lui rendirent les honneurs dus à une souveraine, les gentilshommes baisièrent le bas de sa robe, elle reçut les ambassadeurs et assista aux conseils privés du roi, où, comme partout, elle sut montrer une aimable autorité.

Ces réunions au cours desquelles se décidait l'avenir du pays ne l'intimidaient nullement. Elle y prenait la parole, discutait des impôts ou de l'attribution d'une charge militaire, sans cesser d'être coquette. Parfois, nous dit Pierre de l'Estoile, elle se penchait vers le roi et lui tendait ses lèvres...
Ce qui choquait les membres de l'assemblée, mais donnait aux débats un ton bien agréable..
."


Je fais une pause-thé ........ Very Happy
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 3 Déc - 22:14

"La puissance de la duchesse de Beaufort fut dès lors immense, incalculable. Source et dispensatrice de toutes les faveurs, elle agissait en maîtresse absolue, au grand déplaisir des familiers du roi qui songeaient avec angoisse au moment où elle serait vraiment la reine. Henri IV, il est vrai, se montrait fort maladroit. Non seulement, nous dit Cheverny dans ses Mémoires,

"il ne faisait plus aucune grâce, il ne donnait aucune charge ni aucun gouvernemeent, si ce n'est à la prière de la duchesse, mais encore, il voulait qu'on al remerciât des faveurs qu'il accordaitet que ce fût à elle qu'on en reportât la reconnaissance."

Presque reine, Gabrielle se trouvait à tous points de vue sur les marches du trône. Elle n'habitait pas encore au Louvre bien que le roi eût mis à sa disposition un grand appartement ; mais elle avait quitté l'hôtel du Bouchage pour venir s'installer dans une maison sise rue Fromenteau, toute proche du palais, et un couloir secret, gardé jour et nuit par quatre gardes, permettait à Henri IV d'aller, quand il le voulait, passer quelques savoureux instants chez sa maîtresse. L'ardeur du roi était toujours aussi grande, en effet, et un chroniqueur nous dit " que le désir d'amour l'obligeait parfois à interrompre pour une demi-heure des entretiens très importants".

Pourtant, si l'on en croit la rumeur publique du temps, cette virilité n'était pas suffisante pour apaiser les sens exigeants de Gabrielle que l'on accusait d'avoir des bonté pour Claude Vallon, son écuyer, et le quatrain suivant circulait ouvertement dans la capitale.

Madame la Marquise à sa Tante,


Mon Dieu ! que j'ai eu peur - n'en dîtes rien, ma tante, -
Que le roi n'aperçût Vallon dessus mon lit.
Puisque lui seul (le roi) ne fait que m'ouvrir l'appétit,
Il me faut bien chercher ailleurs qui me contente

(On accusa la favorite d'être la maîtresse du duc de Mayenne et du comte de Soissons.)
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 3 Déc - 22:33

"Ces pasquins ne troublaient pas le roi qui, depuis le marage de M. de Bellegarde, seul rival à ses yeux, avait une confiance aveugle en la fidélité de la favorite.

Rome lui causait bien d'autres soucis. Depuis des mois, malgré l'action sournoise de cardinaux amis de la France, Clément VIII refusait de prononcer l'annulation du mariage royal.


Le Saint-Père, parfaitement renseigné par Alexandre de Médicis, cardinal de Florence (futur Pape Léon XI), son légat à Paris, savait que Henri IV voulait épouser Gabrielle et ce projet lui déplaisait. Il pensait, avec quelque raison, que le comportement du roi de France laissait un peu à désirer et se refusait à s'associer au scandale en permettant à la concubien de prendre la place de l'épouse légitime. Il faut dire que le cardinal de Florence ne faisait rien pour rendre la favorite sympatique au Pape. Au contraire. Il écrivait par exemple :

On dit qu'elle accapare tout l'argent du roi, qui devrait servir à d'autres fins, qu'elle vend la justice et c'est par sa faute que le roi n'a point de succession légitime !".
Ou encore : "La Gabrielle s'est vengée et continue à se venger en empêchant les réformes et en soutenant certains personnages afin qu'on n'examine pas leurs comptes, etc.

Cette attitude franchement hostile était dictée par des raisons personnelles. Le légat, en effet, désirait depuis longtemps faire épouser à Henri IV sa nièce Marie de Médicis.

De nombreux agents secrets envoyés par le grand duc de Toscane étaient chargés, en liaison avec le légat, de vanter les qualités de la jeune Florentine et de créer ainsi un mouvement d'opinion en sa faveur.

Ces personnages, bien entendu faisaient surveiller étroitement la favorite et apyaient tous ceux qui pouvaient leur apporter des renseignements croustillants sur sa conduite
.

L'un deux, Bonciani, put ainsi envoyer en Toscane la lettre suivante :

"On parle actuellement d'une chose de très grande importance, quant au dévergondage de Mme de Montceaux : à savoir qu'un serviteur du roi, aui a épousé une femme de chambre de cette dame, dernièrement lorsque Sa Majesté alla à Fontainebleau, lui a dit qu'étant son serviteur et vassal il se trouvait plus obligé envers sa Majesté qu'enver Mme de Montceaux. Pour cette raison, il lui affirmait donc, comme chose abssolument certaine pour la tenir de sa femme, que ni le fils, ni la fille que Sa Majesté croyait siens n'étaient en réalité de lui, et que sa dite femme avait été contrainte par Mme de Montceau d'introduire parfois dans sa chambre deux hommes dans la même nuit. Sa Majesté s'en ouvrit immédiatement à Mme de Montceaux, qui à cette nouvelle s'évanouit. Elle nia ensuite de la façon la plus formelle les faits et elle insista pour qu'on recherchât la vérité. Mais celui qui a fait ces révélations, et qui a été mis en prison, les maintient avec une telle obstination, qu'il s'offre à les prouver, même sur sa tête. Parce que cela est assez conforme à ce qu'on pense de la conduite, l'opinion du cardinal est que le roi arrivera finalement à ouvrir les yeux et à se résoudre à se marier pour son bien et pour le repos de son royaume.

La Cour était devenue un nid d'intrigues...
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 4 Déc - 17:43

J'avais lu " La favorite embrassait tout le monde - même le Saint-Siège " Razz
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Dim 5 Déc - 0:53

Marco, mon petit Marco ............ Change de lunettes !....... Razz
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Dim 5 Déc - 2:16

"Alors que les Florentins esssayaient, par tous les moyens de barrer la route du trône à Gabrielle, Henri IV, qui souffrait d'un ennui vénérien que lui avait laissé l'abbesse de Longchamp, tomba malade à Montceaux (c'est l'abbesse Catherine de Verdun qui lui avait laissé ce fâcheux "souvenez-vous de moi" - Mémoires de Bassompierre -

Malgré les soins que lui donna la favorite bouleversée, il fut pris un soir d'une syncope qui le laissa "deux heures sans parler ni mouvoir". Des médecins, des ministres, des gentilshommes accoururent aussitôt à son chevet en montrant un tel affolement que le peuple s'imagina que le roi était mort.

Huit jours plus tard, il allait mieux ; mais un rapport de Paris lui apprenait qu'au bruit de son décès les ducs de Montpensier, de Joyeuse et d'Epernon s'étaient réunis dans le but de former un conseil de Régence et d'écarter du trône le fils de Gabrielle.

Les difficultés dans lesquelles il risquait de laisser la France un jour lui apparurent alors, et il demeura perplexe.

Est-ce dès cet instant qu'il commença à moins désirer son mariage avec Gabrielle ? C'est possible. En tout cas, sans rien changer dans son attitude à l'égard de la favorite, il entra peu de temps après en pourparlers avec la famille de Marie de Médicis ...

La duchesse de Beaufort, loin d'imaginer une telle trahison, rayonnait de bonheur depuis que son amant était guéri. Elle le cajolait, l'embrassait, le caressait, et lui demandait quand il se déciderait à annoncer officiellment leur mariage.

- Bientôt, bientôt, disait Henri IV, lorsque les circonstances le permettront.


Fin décembre on baptisa Alexandre, ce qui donna lieu à des fêtes extraordinaires dont le prix s'éleva à plus de cent mille écus. Sully, en voyant sur la note "pour les frais du baptême d'Alexandre Monsieur comme Enfant de France" se permit de murmurer d'un ton bourru :

- Il n'y a pas d'enfant de France !

Piquée, Gabrielle alla se plaindre au roi qui, pour la première fois, prit la défense de son ministre et répondit sèchement :

- Je vous déclare que si j'était réduit à cette nécessité que de choisir à perdre l'un ou l'autre, je me passerais mieux de dix maîtresses comme vous que d'un serviteur comme lui !


Après cette scène qui se termina par un baiser de paix, Gabrielle rentra chez elle folle d'inquiétude. Voulait-il toujours l'épouser ? Serait-elle reine ?

Rendue nerveuse par une quatrième grossesse, elle alla, dès le lendemain consuter des devins réputés. Leurs prédictions l'anéantirent. L'un deux lui dit qu'elle ne se remarierait jamais, un autre qu'un enfant lui ferait perdre toute espérance, et un troisième qu'elle mourrait jeune et ne verrait pas le prochain jour de Pâques.


Très alarmée, elle courut retrouver le roi, qui la rassurat en riant.

Une fois de plus, elle le supplia de presser Rome et de l'épouser rapidement.

Une fois de plus, Henri IV promit.

Enfin, poussé, harcelé, le 2 mars 1599, alors qu'il venait de demander au grand-duc de Toscane un portrait de Marie de Médicis, il annonça officiellement à la Cour qu'il avait l'intention de se marier avec la duchesse de Beaufort
(la duplicité de Henri IV a été récemment démontrée par M. Jacques Bolle, qui a fouillé les archives des Médicis. Cf. son ouvrage "Pourquoi tuer Gabrielle d'Estrées ? Cet auteur cite entre autres une lettre du chanoine Bonciani au grand-duc de Toscane, datée du 9 mars, d'où il ressort que le roi a demandé à l'ambassadeur florentin s'il comptait rester en France après son mariage avec la princesse Marie de Médicis).

En gage de sa promesse, il lui passa au doigt la bague qu'on lui avait donnée le jour de son sacre.

Inondée de joie, la favorite commença aussitôt à faire exécuter sa robe de mariée
.
"
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 6 Déc - 2:24

"Un mois plus tard, elle était à Fontainebleau, heureuse d'être libérée de tous ses sombres pressentiments. Détendue, souriante, elle entraînait Henri IV dans les jardins où fleurissaient les premières violettes.
Ils se promenaient bras dessus, bras dessous, s'embrassaient au pied des arbres et rentraient au château en riant. Or on approchait de Pâques , et le père Benoît, confesseur du roi, qui trouvait inconvenant que les amants vécussent ensemble pendant la semaine sainte, alla un matin les retrouver dans le parc.


- La duchesse de Beaufort ne doit pas rester ici, dit-il, car cela risquerait de causer un scandalee qui vous serait, Sire, préjudiciable. Elle doit rentrer à Paris, où elle en profitera pour faire seule une retraite fervente afin d'édifier le peuple sur ses sentiments religieux.

Henri IV et Gabrielle se regardèrent, consternés. Le conseil du prêtre était sage, ils ne songeaient ni l'un ni l'autre à le contester ; mais ils étaient pris soudain d'angoisse.

- Rentrons, dit la favorite simplement.


Le lendemain, en pleurant, elle alla prendre le coche d'eau à Melun. Le roi l'accompagnait.

- Je suis sûre que nous ne nous verrons plus jamais, lui dit-elle.

Henri IV, très ému, regarda le bateau s'éloigner, puis il rentra à Fontainebleau les yeux pleins de larmes.


A quatre heures du soir, Gabrielle débarquait quai de l'Arsenal. Des amis l'attendaient, qui la conduisirent chez un autre ami du roi, le financier florentin Zamet, où elle dîna. Le repas fut exquis : pourtant un fruit qu'elle prit au dessert lui laissa un arrière-goût amer, et c'est avec "le feu au gosier" et des "tranchées à l'estomac" qu'elle monta se coucher.

Le surlendemain, tout Paris se répétait avec stupeur que la favorite était mourante...


Que s'était-il passé ?

Gabrielle, après une nuit fort agitée, avait quitté, le mercredi matin, la maison de Zamet et pour se rendre à l'église du Petit-Saint-Antoine où elle s'était confessée, car elle voulait faire ses pâques le jeudi saint.

Le soir, elle avait assisté à l'office des Ténèbres en compagnie de la princesse de Lorraine, puis elle était rentrée se coucher chez Zametoù brusquement, elle avait été prise de convulsions.

Dès qu'elle s'était sentie un peu mieux, elle avait supplié son entourage de la faire porter chez sa tante.


- Je ne veux pas rester un instant de plus chez Zamet ! s'était-elle écriée.

On l'avait transportée chez Mme de Sourdis, où elle s'était plainte de violents maux de tête. Le lendemain, pourtant, elle avait tenu à se rendre à Saint-Germain-l'Auxerrois pour y communier, puis elle était rentrée se coucher en chancelant, et de nouvelles convulsions avaient tordu son corps pendant plus d'une heure.

Depuis, elle étouffait, les yeux exorbités, le visage rendu hideux par la souffrance.

De temps en temps, elle réclamait le roi. Elle avait eu la force lde lui griffonner une lettre entre deux crises et se désolait à la pensée que Fontainebleau était à quinze lieues de Paris.


- Quand il arrivera, je serai morte, gémissait-elle.


Des convulsions de plus en plus terribles la secouèrent durant la nuit de jeudi à vendredi. Au matin, sa tête était tournée presque devant derrière et sa bouche complètement tirée sur le côté gauche, "rejoignait l'épaule", ce qui n'était pas bon signe.

Naturellement, tout Paris suivait avec curiosité les phases de cette atroce agonie. De porte en porte, les bonnes gens se transmettaient les nouvelles que colportaient les domestiques de la duchesse, et y ajoutaient le plus souvent des commentaires peu charitables. En effet, les conversations se terminaient généralement par
:

- Elle va donc enfin crever, cette putain-là !

Ce qui ne peut être tenu pour une gentillesse...

Au début de l'après-midi, on apprit que Gabrielle avait perdu la vue, l'ouïe "et les autres sens", et cette nouvelle plut...

Pressentant la fin, les Parisiens se rendirent en foule au cloître Saint-Germain-l'Auxerrois avec l'espoir insensé d'entrer subrepticement dans la maison de Mme de Sourdis et d'assister à la mort de la favorite
.

Pendant ce temps, Henri IV, accompagné d'une petite suite, galopait vers Paris. A Essones, il vit venir à sa rencontre trois cavaliers qui faisaient de grands signes. Il s'arrêta. C'était Ornano, Bassompierre et Pomponne de Bellièvre. Angoissé, il demanda :

- Quelles nouvelles ?

Bassompierre baissa les yeux et dit :

- Sire, la duchesse est morte !


Le roi demeura un instant comme foudroyé et ses amis durent le conduire dans une abbaye voisine où il se coucha, "la bave aux lèvres". Après être demeuré "aussi immobile qu'un saint de pierre", il rejeta tout à coup draps et couvertures et sauta sur le plancher en criant qu'il voulait aller au chevet de la morte pour la tenir encore une fois dans ses bras. Bassompierre et Ornano l'en dissuadèrent, disant que Gabrielle était affreusement défigurée par les tourments qu'elle avait endurés et qu'il valait mieux ne pas gâcher le souvenir qu'il avait d'elle.

Ces arguments frappèrent Henri IV qui retomba dans un profond abattement et finit par se laisser ramener à Fontainebleau, sans soupçonner, bien sûr, qu'à Paris sa bien-aimée respirait encore.

Qui donc avait eu l'idée de faire ce mensonge au roi ? Un curieux personnage qui n'avait pas quitté le chevet de la favorite et qui s'appelait Fouquet la Varenne. C'était un ancien cuisinier devenu ambassadeur et homme de confiance de Henri IV.

Au début de l'après-midi, il était allé trouver Ornano et Bassompierre et leur avait dit que la duchesse était morte.

- Allez immédiatement au-devant de Sa Majesté, avait-il ajouté, annoncez-lui la nouvelle et faîtes en sorte qu'elle ne vienne pas à Paris.

Que craignait-il donc ?

Avait-il peur que Gabrielle pût encore parler au roi et lui fit des révélations sur la maladie qui l'emportait ?

On pourrait le croire. Car ce n'est pas sans une raison très grave qu'on empêche un homme d'embrasser une dernière fois la femme qu'il aime ; surtout quand cet homme est le roi...


Quoi qu'il en soit, l'attitude de Fouquet la Varenne semble bien étrange. Mais nous verrons par la suite qu'il n'était pas le seul, en cette fin de semaine sainte de 1599, à se conduire bizarrement
."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 6 Déc - 16:49

"Dans le courant de l'après-midi, la foule qui stationnait devant l'hôtel de Mme de Sourdis, on s'aperçut tout à coup qu'un valet avait oublié de fermer la porte, aussitôt, les Parisiens envahirent les appartements, pénétrèrent dans la chambre où Gabrielle agonisait seule, abandonnée de tous, et se bousculèrent autour du lit, cherchant à apercevoir la peau devenue noire et le visage déformée de celle qu'ils haïssaient. Certains ne se gênaient pas pour faire des réflexions grossières, d'autres dérobaient des bibelots.
C'est ainsi que Mme de Martigues, qui avait réussi à se faufiler au premier rang, se pencha sur Gabrielle, lui prit les mains en pleurant, lui retira habilement ses bagues et les mêla à son chapelet...


A six heures du soir, on chassa tous les badauds et La Rivière, médecin du roi, vint examiner la duchesse. Il constata qu'elle était dans le coma, se releva aussitôt et murmura :

- Hic est manus Domini (Ici est la main de Dieu.)

Puis il se retira.

A l'aube du samedi saint, 10 avril 1599, ainsi que l'avait prédit le devin, Gabrielle d'Estrées, marquise de Montceaux, duchesse de Beaufort et maîtresse du roi de France, rendit l'esprit à quelques pas du Louvre où l'attendait la chambre des reines...
Elle avait vingt-six ans.


Or, à ce moment même, il se passait, à Rome, une scène étrange. Le pape Clément VIII qui, depuis quelques semaines, hésitait à annuler le mariage du roi de France, dans la crainte que celui-ci n'épousât aussitôt sa maîtresse, sortit de sa chapelle privée et dit à ses familiers, avec un gros soupir de soulagement :

- Dieu y a pourvu !

Phrase singulière, on le reconnaîtra.


La mort de cette jeune femme rayonnante de santé était tellement inexplicable que le roi ordonna une autopsie qui eut lieu dans la soîrée du samedi. Après avoir retiré "par pièces et lopins" l'enfant que portait Gabrielle, les médecins constatèrent qu'elle avait "le poumon et le foie gâtés, une pierre en pointe dans le rognon, le cerveau offensé", et conclurent à l'empoisonnement.

Le peuple, qu a souvent du flair en ces occasions, murmura aussitôt qu'il s'agissait d'un crime politique.

A la Cour, des diplomates et des conseillers, qui savaient combien le grand-duc de Toscane tenait à marier sa nière au roi de France, partageaient cette opinion.

Dans une lettre chiffrée adressée au duc de Ventadour, le président Vernhyes écrivait :


"Ses parents et serviteurs reconnaissaient dans sa mort un coup du ciel. Mais elle est soupçonnée de poison, principalement des siens... Les médecins disent qu'un citron qu'elle mangea chez Zamet lui fit mal..."


La main de Dieu ou le poison ? Il est bien difficile de se prononcer ; mais il faut avouer que la disparition de Gabrielle arrangeait bien des gens :

1° Henri IV, qui regrettait de lui avoir promis le mariage, 2° Sully, qui ne voulait pas la voir monter sur le trône, 3° le Pape, qui se trouvait délivré d'un problème embarrassant, et surtout 4° le grand-duc de Toscane à qui, un an auparavant, le chanoine Bonciani écrivait secrètement :"Sans la duchesse, on traiterait du mariage de votre nièce avant quatre mois. Toujours s'accroît l'amour du roi pour sa dame ; cela deviendra un mal incurable si Dieur n'y met sa Sainte Main..."

Or cette main de Dieu, dont tout le monde parlait sur un ton hypocrite, n'aurait-elle pas été fortement aidée par une main humaine . On peut le supposer, je crois, sans trop de témérité. Dans ce cas, qui donc aurait empoisonné Gabrielle ?

Zamet ? Ce n'est pas impossible, car le financier florentin était en relation avec le grand-duc de Toscane qui n'avait pas hésité, quelques années auparavant, à faire empoissoner son neveu et sa nière Bianca Capello.

Sully ? Ce n'est pas impossible non plus. Sans doute était-il au courant du projet d'union avec Marie de Médicis ; mais connaissant la faiblesse et la versatilité de Henri IV, il savait qu'une nuit d'amour en compagnie de Gabrielle pouvait faire rompre les négociations avec Florence. Et il était prêt à tout pour empêcher la favorite d'être reine de France. Le 10 avril, il prononça d'ailleurs une phrse ambiguë :

"Ma fille, dit-il à sa femme en souriant, la corde a rompu, voilà le roi délivré de beaucoup de maux !"
Ce qui donna lieu à des commentaires perfides.

Fouquet la Varenne ? C'est très possible aussi. Et l'on peut se demander si ce curieux personnage n'a pas essyé d'écarter les soupçons qui pouvaient peser sur lui, lorsqu'il a écrit à Sully, le 9 avril :

"Que la duchesse avait dîné chez Zamet et que son hôte l'avait traitée de viandes les plus friandes et délicates et qu'il savait être selon son goût..." Ajoutant :
"Ce que vous remarquerez avec votre prudence, car la mienne n'est pas assez excellente pour présumer des choses dont il ne m'est pas apparu..."

  • Main de Dieu ou main d'un homme ?
    Les historiens, depuis trois cent cinquante ans, ne parviennent pas à se mettre d'accord.

    Les obsèques de la duchesse de Beaufort eurent lieu le lundi de Pâques à Saint-Germain-l'Auxerrois avec une grande pompe. Après l'absoute, Pierre-Matthieu, ennemi juré de Gabrielle, prononça une oraison funèbre qui dut faire plaisir à bien des gens, mais dont il aurait pu se dispenser.
"

La mort la prit, dit-il, au temps que celles qui veulent être réputées belles après leur mort doivent désirer de mourir avant le flétrissement de leur beauté. Car quand elles meurent vieilles et qu'il n'y a plus en la bouteille que la lie, on ne se souvient plus de ce qu'elles ont été, et il ne s'en parle que comme dun flambeau qui tombe en cendres ou comme des fleurs qui, autant qu'elles étaient agréables, vives et droites sur la plante, déplaisent et puent quand elles sont cueillies et décolorées
."

Le peuple, on s'en doute, ne fut pas plus charitables et des épitaphes cruelles circulèrent pendant quelques jours. En voici un exemple :

Ci-gît le malheur de la France
Ci-gît le bordeau de la Cour
Ci-gît la grand'réjouissance
Des filles et femmes d'amourLe lendemain, la bien-aimée du roi était enterrée à l'abbaye de Maubuisson pour le plus grand plaisir des bonnes gens
..
.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 6 Déc - 17:35

LE ROI EPOUSE MARIE DE MEDICIS POUR LIQUIDER LES DETTES DE LA FRANCE
La dot est la raison du mariage. L'amour en est le prétexte
COMMERSON.

Après les obsèques de la duchesse de Beaufort, Henri IV retourna à Fontainebleau, prit le deuil en noir, ce qu'un roi n'avait jamais fait, et traça quelques phrases d'une main lasse à l'intention de sa soeur Catherine :

"Mon affliction est aussi incomparable comme l'était le sujet qui me la donne, les regrets et les plaintes m'accompagneront jusqu'au tombeau... La racine de mon amour est morte, elle ne rejettera plus ..."[/
i]

On était le 15 avril.

Le 16, des amis du Béarnais, ceux que Sully appelait "les portes-poulets et conseilleurs de débauches", navrés de voir leur souverain dans une telle tristesse, pensèrent qu'ils devaient essyer de lui changer les idées. Et comme ils le connaissaient bien, ils lui parlèrent d'une ravissante jeune fille nommée Henriette d'Entragues qui habitait Malesherbes.

Le roi était plongé dans son chagrin. Il releva la tête et demanda d'une voie cassée :

- Comment est-elle ?

Les autres expliquèrent qu'elle était blonde, gracieuse, intelligente, cultivée, qu'elle avait les yeux bleus et la fesse attirante.

Une petite lueur s'alluma dans le regard du roi, qui demanda de nouvelles précisions. On lui apprit alors que la jeune personne était la fille de la fameuse Marie Touchet, l'ancienne maîtresse de Charles IX, et qu'elle semblait avoir hérité le tempérament ardent qui avait fait la fortune de sa mère.

Ces détails plurent à Henri IV. Les ayant entendus, il dîna de bon appétit, se montra enjoué et déclara à plusieurs reprises qu'il avait grande envie d'aller chasser du côté de Malesherbes.


Ainsi, six jours après la mort de Gabrielle, "la racine de l'amour" faisait déjà des efforts pour rejeter....

La perspective de connaître une belle fille avait transformé le roi en quelques instants ; au point que la Cour, pourtant habituée à ce genre de choses, en fut frappée et que le lendemain, Nicola Rapin, fils du poète, écrivit :[i]"On met déjà Mlle d'Entragues sur le trottoir ... Un clou chasse l'autre".


A la fin du mois d'avril, alors que Sully poursuivait les pourparlers avec l'oncle de Maris de Médicis, Henri IV partit avec ses amis, auxquels s'était joint Bassompierre, pour chasser le lièvre près de Malesherbes.

" Mme d'Entragues, nous dit Sauval, ayant été avertie du dessein qu'on avait d'embarquer le roi avec une de ses filles, l'envoya prier de venir se reposer chez elle."

Henri IV, abandonnant la chasse, courut au château de Malesherbes. Quand il vit Henriette, il imagina les bons moments qu'on pouvait passer avec elle, et montra une satisfaction qui fit plaisir aux parents.

Le soir même, il voulut pénétrer dans la chambre de la belle et lui montrer qu'à quarante-huit ans il était encore fougueux. Mais il trouva porte close.

Henriette, à qui sa famille avait fait la leçon, refusa d'ouvrir et le roi dut rendter dans son lit, la tête basse...

Le lendemain matin, il était "tout soupirant d'un grand amour";

C'est ce qu voulait Mme d'Entragues, qui rêvait de voir sa fille prendre la place de Gabrielle d'Estrées.

Plusieurs soirs de suite, Henri IV alla secouer, sans succès, la porte de la jeune fille. Enfin, déçu, amer et "le coeur gonflé de sentiments", il quitta Malesherbes et rentra à Fontainebleau.

Quinze jours plus tard, il revint, fit sa cour humblement et parvint à s'isoler un moment avec Henriette. La petite rouée, sans protester, se laissa prendre le bras, la taille et le tétin, puis, "comme piquée aux fesses", se sauva soudain avec des cris de vierge offensée, abandonnant le roi, "fort embarrassé de sa contenance..."


Le lendemain matin, Charles de Valois, demi-frère de la jeune fille (c'était un bâtard que Marie Touchet avait eu de Charles IX), vint trouver Henri IV et, d'un ton désagréable, le pria , devant témoins, de cesser ses assiduités. Le roi le prit fort mal. Il injuria Charles, alla saluer ses hôtes et quitta Malesherbes.

Comme toutes ses émotions lui avaient échauffé le sang, il ne rentra pas à Fontainebleau, mais se dirigea vers Chateauneur où habitait la maréchale de la Châtre, mère de deux jeunes filles ravissantes.

A peine arrivé, il se précipita sur l'aînée, l'accompagna jusque dans sa chambre et, sans lui laisser le temps de s'étonner, lui fit profiter des bonnes dispositions dans lesquelles Henriette le mettait depuis un mois.


Le lendemain, il regagna Paris, sans se douter que Mme de la Châtre, émue, confuse et reconnaissante, commençait à faire, elle aussi, de beaux rêves pour sa fille..."
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 6 Déc - 20:30

"Après quelques jours consacré à la rancoeur, Henri IV se réveilla un beau matin pris d'un désir fou de revoir Henriette.

Montant dans une litière, il se fit conduire à Marcoussis, près de Blois, où Mme d'Entragues et son mari feignaient de séquestrer leur fille depuis que Charles de Valois avait fait son esclandre
.

On le reçut très fraîchement, mais, comme il fallait bien que l'intrigue avançât un peu, il fut tout de même autorisé à rencontrer Henriette en privé. Pendant deux heures, celle que Sully devait appeler "la pimbêcher et rusée femelle" se laissa prier, supplier, implorer, puis finalement demanda cent mille écus...
Henri IV, tout joyeux, remonta dans sa litière et revint à bride abattue à Paris pour réclamer la somme à Sully. Celui-ci poussa les hauts cris, car il avait à fournir, quesques jours après, quatre millions pour le renouvellement de l'alliance avec les Suisses.

Le roi ayant insisté, le ministre dut obéir, mais, pour donner à Henri IV une idée de sa folie, il fit porter la somme en petites monnaies qu'un valet vint étaler dans le cabinet royal. Quand le compte y fut, le plancher était entièrement recouvert et le Béarnais ne put s'empêcher de dire :

- Ventre-saint-gris ! Voilà une nuit bien payée.


Ce qui ne l'empêcha pas de grimper dans sa litière et de retourner à Marcoussis avec les cent mille écus.

Henriette l'accueillit gentiment et reçut l'argent avec une élégante simplicité. Aussitôt, le roi la prit par la main et voulut la conduire vers un lit confortable. Elle l'arrêta.

- Je suis observée de si près qu'il m'est impossible de vous donner toutes les preuves de reconnaissance et d'amour que je ne puis refuser au plus grand des rois et au plus aimable des hommes. Je vous ai tout promis, je vous accorderai tout : mais il faut le pouvoir...

Voyant le roi effondré, elle ajouta avec un adorable sourire :

- Ne nous flattons point, nous n'aurons jamais la liberté si nous ne l'obtenons de M. et Mme d'Entragues.
Ce n'est plus moi qu'il s'agit de vous rendre favorable, je n'y suis que trop disposée. Vous avez obtenu mon coeur, que n'êtes-vous pas en droit de demander ?

Puis elle prit le roi par la main, l'embrassa, se fit chatte, autorisa quelques privautés et avoua finalement que ses parents ne consentiraient à les laisser dormir ensemble que s'il acceptait, "afin de garantir leur honneur dans le monde et leur conscience envers Dieu", de lui signer une promesse de mariage.


A ce moment, Mme d'Entragues entra dans la pièce et Henri, qui avait besoin de réfléchir, prit congé.

Lorsqu'il fut dehors, il s'aperçut qu'il avait été dupé encore une fois. Furieux, il se rendit d'une traite à Chenonceaux où il savait que la reine Louise de Lorraine, veuve de Henri III, vivait entourée d'un bataillon de filles d'honneur aussi jolies que perverses. Et dès le premier soir, il donna bien de l'agrément à l'une d'elles, Marie Babou de la Bourdaisières qui, "se trouvant être une cousine de Gabrielle, avait beaucoup de goût pour la chose...

Séduit, il ne quitta guère le lit de la belle, s'enivra de plaisir pendant trois jours et rentra à Paris calmé.


Mais l'image obsédante de Henriette ne tarda pas à venir le hanter de nouveau, et un soir, après avoir convoqué Charles de Valois, il rédigea la promesse de mariage dans les termes exigés par M. d'Entragues.

Avant de la porter à Henriette, il alla la montrer à Sully qui, sans rien dire, la déchira. Henri fut stupéfait. Incapable de prononcer un mot, il ramassa les morceaux de papier que le ministre avait jetés sur le sol et partit pour Malesherbes. Là, il reconstitua la lettre dont voici le texte effarant
:

"Nous, Henry quatrième , par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, promettons et jurons devant Dieu, en foi et paroles de Roi, à messire François de Balzac, sieur d'Entragues, Chevalier de nos ordres, que nous, donnant pour compagne damoiselle Henriette-Catherine de Balzac, sa fille, au cas que, dans six mois, à commencer du premier jour du présent, elle devienne grosse, et qu'elle en accouche d'un fils, alors à à l'instant nous la prendrons à femme légitime épouse, dont nous solenniserons le mariage publiquement et en face de notre sainte Eglise, selon les sollenités en tels cas requises et accotumées. Pour plus grande approbation de laquelle présente promesse, nous promettons et jurons comme dessus de la ratifier et renouveler sous notre seing, incontinent après que nous aurons obtenu de Notre Saint-Père, le Pape la dissolution du mariage entre nous et dame Marguerite de France, avec permission de nous remarier où bon nous semblera. En témoin de quoi nous avons écrit et signé la présente. Au bois de Malesherbes, ce jourd'hui premier octobre 1599."

Le soir même, Henriette ouvrait son lit au roi de France et faisait en sorte qu'un heureux événement vînt bien vite obliger celui-ci à tenir sa promesse...

Quelques jours plus tard, Henri IV rentra à Paris en compagnie de la nouvelle favortie. Il était un peu exténué, car Henriette, dans sa hâte d'être enceinte, ne lui avait guère laissé de répit, l'attirant sur les lits, les coffres, les tapis, la paille des écuries, l'herbe des prés, bref dans tous les endroits propres au jeu d'amour, et même, nous dit-on, "dans les placards à vêtements"...

A Paris, elle continua son manège et le roi, heureux d'avoir trouvé une maîtresse qui voulût bien répondre à son tempérament, se livrait à des exploits qui n'étaient pas sans inquiéter la Cour.
Car tout le Louvre était au courant des exigences de la favorite.


- S'il continue, murmurait-on, il n'aura jamais la force d'épouser Mlle de Médicis.

Au début de décembre, Henriette annonça au roi qu'elle attendait un enfant. Il était temps, car un historien de l'époque nous dit que le pauvre "ne pouvait plus fournir à l'appointement"...

En apprenant qu'il allait être père, le Béarnais fut vivement contrarié; car il n'avait pas du tout l'intention d'épouser sa maîtresse. Or cette grossesse pouvait l'obliger à rompre avec la Toscane et à placer sur trône de France une petite intrigante qui ne l'aimait pas. Se sentant coupable, il alla trouver Sully et lui demanda de faire accélérer les pourparlers avec l'oncle de Marie de Médicis.


Cette parole fit plaisir au ministre qui détestait Mlle d'Entragues, dont il avait deviné l'ambition, et qu'il considérait "comme une franche putain et une belle garce"

Ravi de pouvoir oui être désagréable, il alla répéter à quelques intimes ce que lui avait dit le roi. Deux heures plus tard, toute la Cour en était informée et souriait avec ironie en regardant Henriette.

Celle-ci ne fut mise au courant que le lendemain.
Sa colère fut terrible. Elle accourut au Louvre, entra dans le cabinet du roi en claquant les portes, poussa des cris, hurla des injures et, finalement, jura d'ameuter le royaume et d'exhiber la promesse de mariage si une autre qu'elle devenait reine de France.


Henri IV n'aimait pas les scènes. Il écouta celle-ci avec ennui. Quand Henriette, à bout de souffle, s'arrêta de parler, il dit simplement :

- Encore faut-il que vous ayez un garçon !

La favorite rougit, ne trouva rien à répondre, et s'en alla très vexée
.

Le lendemain, une litière roulait sur la route d'Orléans. A l'intérieur, ruminant sa colère, se trouvait Henriette qui, toutes affaires cessantes, se rendait à Notre-Dame de Cléry pour demander à la Vierge de lui faire avoir un enfant du sexe masculin....

Pendant que la favorite faisait ses oraisons au bord de la Loire, une nouvelle importante parveait à Paris : le Pape venait enfin d'annuler, par un acte daté du 15 décembre, le mariage de Henri IV et de la reine Margot. (Le mariage fut annulé pour avoir été contracté entre une princesse catholique et un prince hérétique - qui se trouvaient être, en outre, des parents rapprochés à un degré prohibé par l'Eglise - et pour avoir été imposé de vive force à la princesse Marguerite par sa mère Catherine de Médicis

Le roi était libre...


Aussitôt il aborda avec Baccio Giovannini, représentant du grand-duc de Toscane, la question de la dot de Marie de Médicis. Il faut dire que cette question était capitale, puisque le roi de France, en épousant la riche princesse florentine, cherchait moins à trouver l'âme soeur qu'à réaliser une bonne opération financière.

En effet, la Toscane était depuis longtemps créancière de la France. Pour conquérir son royaume, Henri IV avait eu souvent recours aux caisses du grand-duc Ferdinand qui s'était toujours montré d'une extrême générosité. Il lui devait 973 450 ducats d'or et espérait bien, en faisant monter Marie de Médicis sur le trône, liquider définitivement cette dette.
En outre, pour arranger un peu les finances du royaume qui se trouvaient alors en piteux état, le roi comptait recevoir de Toscane une grosse somme d'argent frais.

Il demanda 1 500 000 écus d'or.

Le grand-duc était, certes, flatté de remettre une Médicis sur le trône de France, et reconnaisssait qu'un tel honneur devait appeler un échange de bons procédés, mais il trouva tout de même les prétentions de Henri Iv un peu excessives et discuta.

De longs débats commencèrent pendant lesquels le roi ne se gêna pas pour parler ouvertement de son prochain mariage
.

Lorsqu'elle revint de Cléry, Henriette trouva donc la Cour en pleine effervescence. Apprenant ce qui se tramait, elle entra dans une fureur qui faillit lui faire perdre la raison et menaça, une fois de plus, le roi d'un scandale retentissant.

Henri IV, avec sa rouerie habituelle, lui assura que tout cela n'était qu'une affaire politique qiui ne devait avoir aucune suite, et parvint à la calmer.

Cette habilité lui permit de retrouver ses"petits garçons" (c'est ainsi qu'ilappelait les seins de sa maîtresse) et de prendre du bon temps pendant deux mois...


Au début de mars 1600, les négociateurs franco-florentins se mirent finalement d'accord. Le grand-duc donnerait 600 000 écus d'or, dont 350 000 seraient versés le jour des noces et le reste défalqué de la dette.

L'opération sembla bonne à Henri IV qui, sans rien dire à Henriette, envoya M. de Sillery à Florence pour signer le contrat.

Les fiançailles furent alors annoncées officiellement et Henriette d'Entragues, dont l'indignation était compréhensible, cria si fort que les ambassadeurs italiens, qui écoutaient généralement aux portes, coururent se réfugier dans leurs chambres. Fort embarrassé, le roi commença par lui faire dont de la terre de Verneuil, érigée en marquisat, - ce la la détendit un peu, puis il jura sur sa foi qu'il n'avait pas l'intention d'épouser Marie de Médicis. De nouveau Henriette reprit espoir Sachant qu'il était très amoureux, elle croyait pouvoir tout attendre de lui, même une rupture avec la Toscane...


Rassurée pour un temps, elle retrouva sa douceur et redonna, nous dit-on, "bien du plaisir au roi..."

Pourtant, à mesure que les semaines passaient, Henri IV devenait plus nerveux. Lorsque Henriette entra dans son septième mois, il pensa avec angoisse que si elle accouchait d'un garçon, il allait se trouver pris entre la promesse de mariage signée à Malesherbes et l'engagement signé à Florence par M. de Sillery.
Une telle éventualité l'empêchait un peu de dormir.

Heureusement, le ciel vint à son secours. Un jour, à Fontainebleau, alors que Henriette était couchée, la foudre tomba par la fenêtre ouverte dans la chambre qu'elle occupait et passa sous le lit. La favorite eut une telle frayeur qu'elle fit une fausse couche et mit au monde un garçon qui mourut presque aussitôt...

En apprenant cette aventure, Henri IV fut bien soulagé. Il embrassa la pauvre Henriette, dont les rêves venaient de s'envoler, et partit pour Lyon, le coeur guilleret.


Sur la route, il batifola, rencontra des amis, fit la fête, s'arrêta à Moulins pour y passer huit jours entre les bras de Marie Babou de La Bourdaisière, et se mit à échanger des lettres d'amour avec sa fiancée florentine. Dans l'une d'elle, sa belle humeur revenue lui faisait écrire :"Comme vous désirez la conservation de ma sante, je vous recommande aussi la vôtre, afin qu'à votre arrivée nous puissions faire un bel enfant..."


Cette correspondance devint de plus en plus tendre.
Le roi appelait sa fiancée "ma maîtresse" et s'exaltait comme à l'ordinaire, lui jurant un amour éternel et baisant "un million de fois" ses mains.[i]

Peu à peu, il se prit à son propre jeu et finit par désirer cette petite Florentine qu'il ne connaissait que par un portrait d'ailleurs très idéalisé...

Il fut décidé alors que le mariage aurait lieu à Florence par procuration, et le roi chercha l'homme qu'il pourrait envoyer là-bas pour le représenter dans une circonstance aussi solennelle.

Comme il n'avait pas le sens des convenances, il ne trouva rien de mieux que de désigner Roger de Bellegarde, l'ancien amant de Gabrielle, celui-là même qu'il avait découvert un jour sous le lit de sa maîtresse...

La cérémonie eut lieu le 5 octobre, célébrée par le cardinal Aldobrandini
, délégué par le Pape.

En apprenant que tout était accompli, Henriette, qui se trouvait à Lyon où le roi l'avait fait venir, eut une sursaut de colère. Elle traita son amant de menteur et lui demanda quand viendrait sa "banquière".

- Aussitôt que j'aurai chassé toutes les putains de la Cour, répondit Henri IV.

Après quoi, ils se battirent froid pendant quelques jours.

Le 30 octobre, Marie de Médicis débarqua à Toulon.
Le 3 novembre, elle était à Marseille, le 16 à Aix et le 2 décembre à Lyon, où elle eut la surprise de ne pas trouver le roi. Désinvolte, celui-ci était allé faire un petit voyage en compagnie d'Henriette avec laquelle il s'était de nouveau réconcilié.
Il n'arriva que huit jours plus tard.

Comme il était neuf heures du soir, il alla directement frapper à la porte de la reine. Elle allait se coucher et se trouvait déjà déshabillée. En voyant son mari, elle se jeta à genoux ; mais il la releva, la prit dans ses bras et la baisa longuement sur les lèvres.

- J'entends que vous me prêtiez la moitié de votre lit, dit-il, car je n'ai pas apporté le mien.

Sans attendre la réponse, il se déshabilla à son tour et se coucha à côté de Marie de Médicis.

Dix minutes plus tard, elle était reine de France...
"
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Jean2

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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mar 7 Déc - 11:56

Quel sale type cet Henri !!
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 7 Déc - 12:53

En effet, Jean2. Une fois que l'on connaît bien le personnage, l'admiration s'estompe.

Dans les manuels scolaires, je me souviens que l'on nous enseignait qu'il avait exigé que le peuple mangeât une poule au pot tous les dimanches. Et que donc," c'était un bon roi".

L'Histoire nous était enseignée de façon très très édulcorée, et fort tronquée. ...... Very Happy
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 7 Déc - 12:55

Quand j'aurai terminé le volume, je reprendrai le 1er, celui concernant Clovis.
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 7 Déc - 20:44

"HENRIETTE D'ENTRAGUES VEUT AMEUTER L'EUROPE CONTRE LE ROI
Quand l'amour est extrême, il se croit tout permis. - CAMPISTON -


Le premier contact entre les nouveaux époux fut assez fâcheux. Le roi trouva la reine molle, fade, trop grasse, niaise et inexpérimentée, tandis que Marie de Médicis était incommodée par la forte odeur de bouc qui émanait de lui.
Un historien du temps nous dit même

"qu'il puait tellement qu'elle se trouva mal".


(Tallemant des Réaux :" Quand Marie de Médicis coucha avec lui pour la première fois, elle ne laissa pas d'être terriblement parfumée, quelque bien garnie qu'elle fût d'essences de son pays
")Bref, ils eurent tous deux "un empêchement à leur ivresse" et gardèrent de leur nuit de noces un souvenir plutôt désagréable. Mais ils ne s'étaient pas mariés pour s'amuser, et dès le lendemain soir, malgré le peu de goût qu'ils avaient l'un pour l'autre, ils se remirent courageusement à la tâche et s'efforcèrent de ne pas oeuvrer en vain.

Le ciel est secourable aux consciencieux : la reine se trouva enceinte.


Aussitôt, le roi quitta Lyon et retourna à Paris où l'attendait Henriette d'Entragues. Après ces quelques jours consacrés au devoir, il avait hâte de connaître un peu de plaisir. La grosse Florentine à l'esprit lent lui avait donné la nostalgie de sa fine et spirituelle maîtresse. A peine arrivé dans la capitale, il se rendit à l'hôtel de Larchant, où elle habitait, et lui prouva que le mariage n'avait point épuisé ses forces. Ils restèrent plusieurs jours au lit. Quand ils se relevèrent, Henriette était enceinte, elle aussi...

Le désir de retrouver la femme qu'il aimait avait fait commettre au roi une grosse faute : il avait laissé Marie de Médicis seule en compagnie des aventuriers de tout poil qu'elle avait amenés d'Italie et qui composaient sa suite.

Or parmi ces personnages sans scrupule se trouvaient une femme et un homme qui allaient bientôt jouer un rôle désastreux dans notre pays. Ils s'appelaient Léonora Dosi (Elle ne prit que par la suite le nom de Galigaï, sous lequel on la connaît aujourd'hui) et Concino Concini...

Elle était la soeur de lait de la reine ; intelligente, ambitieuse, rouée, elle avait acquis une autorité considérable sur la Florentine qui ne cherchait qu'à lui faire plaisir.


C'était, nous dit un de ses biographes, "une petite personne fort maigre et fort brune, de taille assez agréable, aux traits accentués et réguliers".
Elle avait vingt-sept ans.

Lui, remplissait auprès de la reine les fonctions d'écuyer. Il était, nous dit-on "vaniteux et vantard, souple et hardi, rusé et ambitieux, pauvre et avide."
Il avait vingt-cinq ans.


Ils étaient faits pour s'entendre.
Ils firent mieux : ils s'aimèrent.


Pendant le voyage, Léonora était tombée amoureuse de Concini et l'avait attiré sans sa chambre, car c'était une femme de tête.

Flatté d'avoir été remarqué par une dame qui vivait dans l'intimité de la reine, et supputant les avantages que pouvait lui apporter une telle liaison, l'écuyer avait cédé.

Depuis, c'était lui, par l'intermédiaire de Léonora, qui dirigeait Marie de Médicis... On conçoit, dans ces conditions, l'importance de la faute du Béarnais qui abandonnait la reine au moment où il aurait dû se montrer vigilant.

Au lieu de renvoyer en Italie tous ces "freluquets" bruyants, bavards et ambitieux, qui n'étaient venus en France que pour y chercher fortune, et couper ainsi tous les liens sentimentaux qui unissaient la Florentine à son pays, il laissa s'établir des habitudes. Et lorsque la reine le rejoignit à Paris, au début de février 1601, les Italiens étaient déjà installés dans leurs fonctions. Léonora était demoiselle d'atours, titre qui n'était donné en France qu'aux dames de la noblesse, et Concini avait la haute main sur toute la suite de Marie de Médicis.
Les jeux étaient faits...


En arrivant au Louvre, la nouvelle reine fut fort déçue. Elle s'attendait à entrer dans un palais merveilleux, comparable à ceux qu'elle avait connus à Florence, et ne trouva qu'un vieux bâtiment gris, sale et poussiéreux, où les appartements qui lui étaient destinés n'avaient même pas été aménagés.

C'est alors que le roi commit une deuxième faute.

Au lieu de chercher à faire oublier cette négligence par beaucoup de gentillesse, il organisa une petite rencontre d'une incroyable muflerie.

La reine n'était pas arrivée depuis deux heures qu'il vint, en effet, lui présenter Henriette d'Entragues :

- Cette femme a été ma maîtresse, dit-il, et veut être aujourd'hui votre humble servante.
La favorite, il faut bien le reconnaître, ne fut pas mieux traitée en cette occasion que Marie de Médicis.
Lorsqu'elle s'inclina pour baiser la robe de sa souveraine, selon l'usage, le roi, trouvant probablement qu'elle ne montrait pas un respect suffisant, l'attrapa par le bras et l'obligea rudement à se mettre à genoux.

Henriette se releva furieuse et quitta le salon, laissant Marie de Médicis un peu interdite. Tout le monde avait été gêné par cette scène, sauf Henri IV, bien entendu, qui s'amusait beaucoup à la pensée que ces deux femmes étaient enceintes de ses oeuvres.
Il en parlait d'ailleurs sans cesse, précisant même avec cette belle goujaterie qui le caractérisait :

- Il me naîtra bientôt un maître et un valet ...


Néanmoins, il installa Henriette au Louvre, à quelques pas des appartements de la reine, et passa son temps à faire la navette de l'une à l'autre.

Lorqu'elle fut connue du menu peuple, cette absence de préjugés frappa les esprits. Il s'ensuivit quelques désordres. A l'exemple du roi, bien des gens voulurent, en effet, connaître les joies de l'adultère et un vent de folie souffla tout à coup sur Paris où les mauvais lieux, appelés clapiers, proliférèrent rapidement.

Il y eut bientôt une telle concurrence que les tenanciers de ces établissements furent obligés de rechercher des "distractions" originales et propres à attirer l'honorable clientèle.

L'un deux eut l'idée du "jeu des cerises", petit intermède qui consitait à faire venir dans la salle commune une ravissante jeune fille d'aspect affriolant et de la faire se déshabiller lentement. Lorsqu'elle était complètement nue, les clients jetaient des cerises (ou des noix, suivant la saison) sur le plancher.
La demoiselle devait alors se baisser pour les ramasser et se montrer ainsi "dans des postures intéressantes".
Quand elle avait fini, l'atmosphère était assez tendue...


Naturellement, les bons prêtres essayaient d'en diguer cette vague de lubricité. Mais ils se faisaient mal recevoir :

- Allez donc faire vos sermons au roi qui a deux femmes, leur répondait-on.

Et les bons prêtres, fort gênés, baissaient la tête.


Pendant tout l'été 1601 les ventres de la reine et de la favorite s'arrondirent en même temps, pour la plus grande joie du roi.

Malheureusement, les deux futures mamans ne partageaient pas sa belle humeur. Elles s'entredéchiraient à belles dents et faisaient, à tour de rôle, d'interminables scènes de jalousie à Henri IV qui s'en tirait, comme d'habitude, par des promesses ou des cadeaux. La reine, moins intelligent que la favorite, était la plus terrible. Elle poursuivait le roi dans les couloirs en hurlant des injures. Parfois, elle allait jusqu'à le battre, ce qui n'était jamais arrivé à un roi de France.

- Malheureuse, lui dit un jour Sully qui venait d'assister à une de ces scènes navrantes, vous ignorez donc que Sa Majesté pourait vous faire décapiter ?

- Il n'a qu'à quitter sa poutane, glapit-elle.

Et elle sortit en donnant des coups de pied dans les meubles.


Fin septembre, comme elle arrivait à terme, on fit appeler une sage-femme nommée Louise Bourgeois, qui nous a laissé de savoureux souvenirs. Ecouton-la :

"Le roi me dit :
- Mamie, il faut bien faire ; c'est une chose de grande importance que vous avez à manier.

Je lui répondis :
- J'espère, Sire, que Dieu m'en fera la grâce.
- Je te crois, dit le roi
Et s'approchant de moi, il me dit tout plein de mots de gausserie (car le roi ne cessait de penser à la gaudriole, même pendant que sa femme accouchait)
Le roi me demandait à toute heure si la reine accoucherait bientôt , et quel enfant ce serait. Pour le contenter je lui dis qu'oui. Il me demanda derechef quel enfant ce serait, je lui dis que ce serait ce que je voudrais.
- Eh quoi. N'est-il pas fait ?
- Je lui dis qu'oui, qu'il était enfant, mais que j'en ferais un fils ou une fille, ainsi qu'il me plairait.
- Il me dit :
- Sage-femme, ppuisque cela dépend de vous, mettez-y les pièces d'un fils.
Je lui dis :
- Si je fais un fils, Monsieur, que me donnerez-vous ?
- Je vous donnerai tout ce que vous voudrez, plutôt tout ce que j'ai.
- Je vous ferai un fils, et ne vous demande que l'honneur de votre bienveillance, et que vous me vouliez toujours du bien...
Il me le promit et me l'a tenu..."

Le 27 septembre, la reine accoucha à Fontainebleau et Louise Bourgeois nous conte comment elle revigora le nouveau-né, qui se trouvait un peu déficient :

"J'enveloppai bien l'enfant, ainsi que j'entendais ce que j'avais à faire. Le roi vint auprès de moi, regarde l'enfant au visage, que je vis en grande faiblesse. Je demande du vin à M. de Lozeray, l'un des premiers valets de chambre du roi. Il apporta une bouteille ; je lui demande une cuiller. Le roi prit la bouteille qu'il tenait. Je lui dis :

- Sire, si c'était un autre enfant, je mettrais du vin dans ma bouche et lui en donnerais, de peur que la faiblesse ne dure trop.
Le roi me mit la bouteille conte la bouche, et me dit :
- Faîtes comme à un autre.
J'emplis ma bouche de vin, et lui en soufflai ; à l'heure même, il revint et savoura le vin que je lui avais donné récit véritable de la naissance de Messeigneurs et Dames, les enfants de France, par Louise Bourgeois, 1632)

C'est ainsi que le futur Louis XIII entra dans la vie en buvant un grand coup de rouge.

Louise Bougeois présenta alors le nouveau-né à l'assistance.
"Et, nous dit Héroard, médecin du roi, l'on put voir un enfant grand de corps, gros d'ossements, fort musculeux..., les parties génitales à l'aveant dur corps et le croupion tout velu."

Ce spectacle pourtant bien anodin attira les jeunes femmes de la Cour, tout heureuses de contempler ce qui leur permettrait peut-être un jour d'être de puissantes favorites.

"Mme la duchesse de Bar, soeur du roi, qui considérait les parties si bien formées de ce beau corps, ajoute Héroard, ayant jeté sa vue sur celles qui le faisaient être dauphin, se retourna vers Mme de Panjas et lui dit qu'il en était bien parti (pourvu)."
Tout le monde éclata d'un gros rire.

Apprès quoi, on fit la fête, et Marie de Médicis, fière d'être la première à donner un héritier au roi, se rengorgea dans son lit et prit l'attitude hautaine d'une grosse dinde.

Quelques semaines plus tard, Henriette, un peu jalouse d'avoir été distancée, mit au monde, à son tour, un garçon, que l'on baptisa Henri...

Comme le Béarnais ne perdait pas une occasion d'être désagréable à son épouse, il déclara que cet enfant était plus beau que celui de la reine. Ce qui n'arrangea pas les choses entre les deux femmes
..."
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MAINGANTEE

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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mer 8 Déc - 12:05

Aah ca les poules il aimait .. y a pas à dire !! Laughing
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MARCO

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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mer 8 Déc - 17:33

je n'avais jamais entendu parler du jeu de cerises !!! Shocked
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 8 Déc - 19:24

Exact DOmi ........... Razz

Tiens, Marco paraît très intéressé par les cerises. .......... geek
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Jeu 9 Déc - 19:20

"La naissance du petit Henri raviva les espérances anciennes de la favorite :

- La Florentine tient son fils, disait-elle, mais moi, je tiens le dauphin. J'ai toujours la promesse que le roi m'a signée et je suis prête à la montrer à l'Europe entière...

Poussée par ses parents, qui ne décoléraient pas depuis l'arrivée en France de Marie de Médicis, elle voulut, dès lors, qu'on la regardât comme la femme légitime du roi et la véritable reine de France...


Aussi refusa-t-elle de permettre que son fils fût conduit à Saint-Germain pour être élevé avec les autres enfants du Béarnais.

- Je ne veux pas, dit-elle, qu'il soit en compagnie de tous ces bâtards...

Bien entendu, le propos fut rapporté à la reine qui entra dans une vive colère et traita, une fois de plus la marquise de putane ... Pour se venger , la favorite s'amusa à imiter devant le roi et en public les manières lourdes et l'accent italien de Marie de Médicis. Au lieu de s'offusquer, Henri IV s'esclaffa et voulut que tous ses amis - un peu gênés - rient avec lui.

Le lendemain, la reine fut mise au courant de cette petite séance d'imitation. Elle s'en plaignit au roi, qui lui répondit avec son inconscience habituelle "qu'elle ne devait pas se fâcher pour des bouffonneries faites simplement pour divertir..."


Cet argument, on s'en doute, ne calma pas la Florentine qui demanda le renvoi immédiat de la marquise.

Agacé, Henri IV chargea Sully de réconcilier les deux femmes et s'en fut oublier ses ennuis domestiques avec la duchesse de Villars, soeur de Gabrielle d'Estrées, qui, depuis quelque temps, "frétillait du croupion tout en le regardant". Malgré son sourire séduisant, cette jeune personne était amère. A la mort de la duchesse de Beaufort, il lui avait semblé anormal, en effet, de ne pas devenir favorite, "comme si, nous dit Charles Merki, le roi eût été tenu de choisir encore dans la famille..."


Henri IV la mit dans son lit ; mais il la trouva fade et leur liaison dura peu. La pauvre en fut atrocement déçue, car elle s'était livrée "contre sa pudeur" à mille extravagances perverses dans l'espoir de paraître mieux douée que la marquise de Verneuil.

Son échec la fâcha tellement qu'elle résolut de séparer Henriette du roi. Sachant que la favorite trompait quelque peu Henri IV avec le prince de Joinveille, elle courut chez ce jeune homme, frétilla comme elle le savait bien faire, l'enjôla et devint sa maîtresse.


Deux heures plus tard, elle avait entre les mains des lettres fort tendres que la marquise de Verneuil avait envoyées au prince. C'était tout ce qu'elle désirait.

- Prêtez-les moi, dit-elle

L'autre accepta et Mme de Villars courut montrer ces papiers compromettants à la reine qui bondit de joie.

- Il faut absoloument qué lé roi les voie !
- Je m'en charge, répondit la duchesse.

Lorsque Henri IV eut les lettres sous les yeux, il fut très fâché. Car non seulement Mme de Verneuil y avait écrit des choses fort impudiques qui prouvaient son intimité avec le prince de Joinville, mais elle le traitait lui, le roi, de vieux barbon...


Comme il avait horreur des scènes, il chargea un de ses confidents d'aller jeter des injures à la tête de la favorite. Mais Henriette était rouée. Elle parvint à faire croire qu'il s'agissait de lettres écrites par un faussaire, et elle rentra en grâce, tandis que Mme de Villars était chassée du Louvre.

C'est à ces pauvres intrigues que la Cour de France passait son temps en l'an de grâce 1602...

On allait avoir bientôt d'autres préoccupations
."
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Jeu 9 Déc - 20:03

"François d'Entragues, père de Henriette, lorsqu'il fut mis au courant du complot ourdi par Mme de Villars, trembla rétrospectivement à la pensée que sa fille eût pu être à tout jamais chassée par Henri IV.
Et il pensa qu'il était grand temps d'ameuter l'Europe contre ce roi "qui n'avait pas tenu sa promesse de mariage", et de faire reconnaître son peti-fils Henri comme le véritable héritier du trône de France ...

Un conseil de famille se tint à Malesherbes et le comte d'Auvergne, frère utérin de Henriette, prit la direction des opérations. Par l'intermédiaire du maréchal de Biron, qui conspirait avec l'étranger, il entra en relation avec Philippe III d'Espagne.

- Ma soeur a été trompée, dit-il. Voulez-vous l'aider à faire valoir ses droits ?

L'Espagnol, comprenant qu'il y avait là une occasion inespérée de diviser la France, promit son appui ; et il fut décidé qu'à la mort de Henri IV -dont on envisageait avec tranquillité d'avancer la date - la couronne subtilisée au dauphin passerait sur la tête du fils d'Henriette.


Mais le complot fut découvert le 15 juin 1602 et Biron fut arrêté à Fontainebleau. Cette nouvelle provoqua une immense émotion dans toute la France, car le maréchal, héros d'Arques, d'Arcy, de Fontaine-Française, était l'objet de la vénération populaire.

Le compte d'Auvergne ne tarda pas à être appréhendé également et les deux homme se retrouvèrent à la Bastille...

Alors le nom d'Entragues commença d'être murmuré. Aussitôt interrogée, Henriette jura, naturellement, ses grands dieux qu'elle n'était au courant de rien, et on la mit hors de cause ainsi que son père.

Le procès se déroula donc sans eux. A l'issue des débats, le roi, qui ne voulait faire nulle peine à sa maîtresse, eut la faiblesse de gracier le comte d'Auvergne. Quant au maréchal de Biron, dont se désintéressait la favorite, il fut quelques jours plus tard proprement décapité.


La conspiration avait échoué ; néanmoins rien n'était perdu pour Henriette puique la famille d'Entragues, dont le toupet et l'habilité faisaient l'admiration des spécialistes, était intacte.

Il n'my avait plus qu'à recommencer. C'est à quoi le comte d'Auvergne s'employa sans tarder...

A ce moment, la reine et la favorite étaient de nouveau enceintes, "le roi leur ayant donné à toutes deux bon et effectif picotin".

Marie de Médicis accoucha le 22 novembre 1602 d'une fille qu'on nomma Elisabeth et la marquise de Verneuil, le 21 janvier 1603, d'une fille également, qui fut appelée Gabrielle-Angélique.

Toute la Cour fêta ce double événement, et le bon peuple, toujours facile à émouvoir, se réjouit d'avoir un souverain aussi vert et aussi galant...

Brusquement, une nouvelle vint troubler cette joie générale : on apprit qu'un des secrétaires du roi, un nommé l'Hoste, chargé du déchiffrement des dépêches, était accusé d'avoir livré des secrets militaires et politiques à l'ambassadeur d'Espagne. La police voulut l'arrêter, mais il se sauva et se noya dans lla Marne.


Une enquête fut ordonnée.

Aussitôt, le comte d'Auvergne quitta Paris précipitamment et se réfugia dans ses terres. Cette attitude étrange éveilla les soupçons de la Cour, et tout le monde jasa sans aménité. Seul le roi, qui était d'une grande mansuétude à l'égard du demi-frère de sa maîtresse, ne fit aucun commentaire. On devait pourtant savoir assez vite que ce triste personnage était l'âme de la nouvelle conspiration.

Avec l'appui de l'Espagne et le concours d'une grande partie de la noblesse, il voulait faire reconnaître Henriette comme femme légitime du roi. Son plan était simple : la marquise se réfugiait avec ses enfants en Espagne, où Philippe III lui promettait une pension de cinquante mille livres et des places fortes, elle mariait son fils à une infante et attendait la mort de Henri IV. A ce moment, il suffisait de supprimer le dauphin et de faire monter Henri de Verneuil sur le trône...

En apprenant ces détails, le roi fut accablé ; car il lui fallait, cette fois, laisser châtier la famille d'Entragues dont la culpabilité était évidente.
Après avoir hésité longtemps, il lui apparut soudain que c'était peut-être là l'occasion de reprendre sa fameuse promesse de mariage, et il fit arrêter François d'Entragues.


Au cours d'une perquisition au château de Malesherbes, la police découvrit des lettres du roi d'Espagne qui prouvaient la trahison du père d'Henriette. Se voyant perdu, celui-ci, comme l'avait espéré le roi, pensa s'en tirer en rendant la fameuse promesse et indiqua l'endroit, où il la tenait cachée. Envoyé par Henri Iv, M. de Loménie partit immédiatement pour Malesherbes, où il trouva le papier "dans une petite bouteille de verre bien lutée et enclose, dans une plus grande bouteille et du coton, le tout bien luté et muré dans l'épaisseur d'un mur".

En revoyant cette promesse, cause de tous ses maux, le roi pousssa un gros soupir de soulagement.


Quelques jours après, il fit arrêter le comte d'Auvergne et garder à vue la marquise de Verneuil dans son hôtel du faubourg Sain t-Germain - ce qui fit grand plaisir à la reine.

- - Tout est fini avec la marquise, dit le roi à ses familiers.

Et, pour bien le prouver, il prit sur-le-champ une nouvelle maîtresse...

C'était une blonde dont le corsage " laissait apercevoir le beau modelé des épaules et de la poitrine"
Elle s'appelait Jacqueline de Bueil...

Rouée, elle n'accepta d'entrer dan sle lit du roi que contre une forte somme. Tallemant des Réaux nous dit que "Henri IV, qui ne cherchait que de belles filles, et qui, quoique vieux, estoit plus fou sur ce chapitre-là qu'il n'avoit esté en sa jeunesse, la fit marchander et en conclut à trente mille écus".

Sully paya en maugréant, et le Béarnais put s'offrir son tendron.

Après quoi, il songea à lui trouver un mari et fixa son choix sur Philippe de Harlay, comte de Cesi. Le mariage qui eut lieu le 5 octobre 1604 fut suivi d'une scène curieuse. En voyant le jeune homme entrer avec sa maîtresse dans la chambre nuptiale, le roi devint subitement jaloux. Il bondit, enfonça la porte, chassa Philippe de Harlay, se coucha auprès de Jacqueline de Bueil et "demeura à savourer les douceurs du déduit jusqu'au lendemain, tandis que le marié rongeait son poing dans une chambre voisine
...

Malgré cette nouvelle maîtresse, qu'il devait bientôt faire comtesse de Moret, Henri IV ne tarda pas à avoir la nostalgie de sa chère marquise. On le vit bien au cours du procès qui eut lieu à la fin de l'année 1604 : lorsque la Cour eut condamné à mort François d'Entragues et le comte d'Auvergne, et suggéré " de faire mettre la marquise de Verneuil dans un couvent, le roi intervint et accorda sa grâce. Les deux hommes virent alors leur peine communée en emprisonnement perpétuel et la favorite fut acquittée...
(François d'Entragues resta deux mois à la Bastille. Le comte d'Auvergne, qui avait accusé sa soeur au cours du procès : douz ans ...)"

Une fois de plus, l'amour avait été plus fort que la raison d'Etat..
.
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