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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO

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epistophélès



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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 10 Déc - 13:57

L'ex-marquise sortit de prison le soir même, le commissaire, bon enfant, ayant affirmé qu'elle était une vraie sans-culotte... Mais elle ne s'installa pas chez Tallien, comme certains historiens le prétendent.
Discrète, elel retourna chez elle, à l'hôtel Franklin, où l'attendaient son fils et ses domestiques.
Dans les semaines qui suivirent, sa liaison avec Tallien devint pourtant quasi officielle. On les vit à la Maison Nationale, dans les rues, en voiture. Ils ne se cachèrent plus.

Tout Bordeaux sut donc bientôt que la belle Espagnole partageait la couche du commissaire, et celui-ci en fut très fier. Ce fils de domestiques savourait, en effet, comme une espèce de revanche, le fait de posséder une marquise...


Les sentiments de celle-ci étaient différents, Gastine nous dit :

"Dans le lit de Tallien, dans ses bras, elle répond assurément à ses étreintes ; elle est essentiellement vibrante... Mais elle ne l'aime pas. Il n'exerce sur elle aucune attirance. En chacune de leurs "entrevues intimes", elle doit vaincre d'abord sa répugnance pour se mettre à son diapason. C'est le dur métier d'une prostituée de bas étage qu'elle fait pour sauver cette beauté dont elle est si fière."

Un jour, elle dira de lui :

- Quand on traverse la tempête, on ne choisit pas toujours sa planche de salut...


Cette planche de salut, Thérésia, avec son insouciance habituelle, faillit la lâcher pour un bel homme dont elle aimait les manières douces à la ville et les manières fortes au lit : le futur maréchal Brune, qui s'avisait de marcher sur les brisées du commissaire (Brune n'avait alors que le grade de général et commandait l'armée révolutionnaire de Bordeaux).
Tous les jours, le fougueux militaire montait à l'assaut de la citoyenne Cabarrus qui se laissait investir par toutes les brèches...

Naturellement, Tallien ne tarda pas à apprendre l'existence de ce rival. Décidé à s'en débarrasser définitivement il envoya à Paris un long rapport qui démontrait l'inutilité d'une armée à Bordeaux.
La Convention, faisant confiance à son représentant, signa un décret en date du 20 frimaire an II (10 décembre 1793) supprimant l'Etat-Major de l'armée qui se trouvait dans le département du Bec-d'Ambès (c'était le nom que la Convention avait donné à la Gironde après l'arrestation des Girondins).
Et Brune, fort marri, dut quitter sa chère Thérésia...


Tallien, débarrassé de ce fâcheux, voulut prouver à ceux qui critiquaient sa liaison que la citoyenne Cabarrus était une bonne révolutionnaire. Il organisa, le 30 décembre, une fête de la Raison au cours de laquelle un discours sur l'Education, écrit par sa maîtresse, fut lu en public.
Le succès fut complet ; non pas tellement à cause du texte que les auditeurs écoutèrent d'une oreille distraite, mais grâce à Thérésia elle-même, que tout le monde lorgnait.
Il faut dire que la fine mouche avait tout fait pour être le point de mire de l'asssistance.
"Elle portait, nous dit la duchesse d'Abrantès, un habit d'amazone en casimir gros bleu, avec des boutons jaunes et le collet et les parements en velours rouge. Sur ses beaux cheveux noirs, alors coupés à la Titus et bouclés tout autour de sa tête, dont la forme était parfaite, était posé, un peu de côté, un bonnet de velours écarlate bordé de fourrure.
Elle était admirable de beauté dans ce costume."


Dès lors, la liaison de Tallien et de Thérésia fut acceptée par tous, et l'ex-marquise de Fontenay afficha publiquement son intimité avec le représentant de la Convention.
"On la voyait presque chaque jour, nous dit Aurélien Vivie, en compagnie du proconsul et, nonchalemment étendue dans sa calèche, parcourir la ville dans des atours pleins de coquetterie et gracieusement coiffée du bonnet rouge."
Pardois, la jeune femme s'amusait, aux côtés de son amant, à personnifier la Liberté. Elle allait alors en voiture découverte, affublée d'un bonnet phrygien, "tenant une pique d'une main et mettant l'autre sur l'épaule du représentocrate Tallien."


Ces cavalcades avaient sur Thérésia de très curieux effets. Elles émouvaient ses sens... Ayant représenté la Liberté, n'était-il pas normal après tout qu'elle désirât prendre les attitudes les plus libres ? ...
A peine rentrée dans son hôtel, elle quittait son péplum et paraissait nue aux yeux exorbités de Tallien qui jetait alors sa redingote sur un fauteuil, retirait son bel uniforme et - très simplement - se moquait des conventions
...
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epistophélès



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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 10 Déc - 20:05

On a raconté beaucoup de choses fausses sur les relations amoureuses de Thérésia et de Tallien à Bordeaux. Certains historiens ont prétendu, par exemple, que les amants se retrouvaient à la Maison Nationale, où habitait le commissaire de la Convention, et "aimaient à s'éjouir sur un grand lit" au moment même où l'on exécutait des aristocrates. La guillotine étant installée sous les fenêtres mêmes de Tallien, les ébats auraient été accompagnés, aux dires de ces auteurs, par les cris des victimes, les coups sourds du couperet et les couplets du Ca ira ...

"Dès que le bourreau recevait un condamné, écrit l'un d'eux, les deux amants commençaient leur duo et Tallien s'ingénait à déposer son pollen révolutionnaire sur le pistil de Thérésia, à l'instant précis où la tête était séparée du tronc.

" - A la mort de chaque royaliste, disait-il alors avec emphase, nous devons engendrer un petit républicain."

Et cet historien, qui omet, bien entendu, de citer ses sources, ajoute qu'après l'amour les deux amants chantaient souvent, par manière de plaisanterie, une curieuse parodie de la Marseillaise, dont voici le premier couplet :


O toi, céleste guillotine,
Tu raccourcis reines et rois,
Par ton influence divine,
Nous avons reconquis nos droits (bis).
Soutiens les lois de la patrie,
Et que ton superbe instrument
Devienne toujours permanent
Pour détruire une secte impie.

Aiguise ton rasoir pour Pitt et ses agents.
Remplis (bis)
Ton divin sac des têtes des tyrans.


Le second couplet avait ce refrain inattendu :

Aux armes, couples heureux ! Forgez votre destin !
Neuf mois (bis)
Et donnez-nous un fier républicain
...


(Ces couplets sont du citoyen SYLVAIN MARECHAL.)

Tout cela est amusant, mais absolument faux. Thérésia désapprouvait trop les décapitations ordonnées par le Comité de surveillance pour en user comme d'un aphrodisiaque. La preuve en est qu'un jour, se trouvant par hasard chez son amant au moment où la guillotine fonctionnait, elle s'emporta :

- Je ne veux plus voir cela, dit-elle, en montrant la sinsitre machine.
- Et bien ! répliqua le proconsul, j'irai habiter votre hôtel.
- Non. Je reviendrai ici. Ce n'est pas vous qui devez partir, c'est l'échafaud.

Thérésia et Tallien ne furent donc pas les sadiques, les désaxés sexuels que l'on a voulu parfois présenter.

Mais s'ils n'ont pas mêlé les victimes de la Terreur bordelaise à leurs jeux galants, les deux amants n'ont pas eu pour autant une attitude irréprochable à l'égard de celles-ci.
Trop sains pour en tirer du plaisir, ils en tiraient profit...


A ce moment, Tallien et ses accolytes avaient organisé un trafic fort rentable : moyennant une somme rondelette dont le montant variait suivant leurs besoins. Ils libéraient des détenus promis à la guillotine.
Ceux qui ne pouvaient payer étaient naturellement décapités. Wallon, par exemple, cite le cas de J.-B Dudon, ancien procureur général du parlement de Bordeaux, que sa femme essaya de sauver à prix d'or.
"Elle alla solliciter Rey, l'affilié de Lacombe et son entremetteur dans le marché qu'il faisait des têtes soumises à son jugement. Lacombe demandait deux mille louis ; elle lui en donna cent. Elle n'en avait pas davantage.

" - Eh bien ! il est f...., dit Lacombe.

"Et il le condamna après avoir partagé les cent louis avec Rey."


Connaissant ces moeurs, Thérésia pensa qu'elle pouvait utiliser son influence sur Tallien pour créer un petit commerce rentab le et faire quelques économies. Elle organisa donc, dans son hôtel, un "Bureau de grâces" que Sénart présente ainsi dans ses Mémoires :

"La Cabarrus avait chez elle un bureau dans lequel on vendait les grâces et les libertés, et où l'on traitait à des prix excessifs ; pour racheter leur tête, les riches payaient avec empressement des 100 000 livres ; l'un d'eux, ayant eu la faiblesse de s'en vanter, fut repris le lendemain et guillotiné de suite."

Tout le monde ne commettait pas l'imprudence de ce malheureux ; et de nombreux aristocrates obtinrent des grâces et des passeports pour l'étranger par l'entremise de la jolie citoyenne. Dès huit heures du matin, les parents des condamnés faisaient queue dans le salon de l'hôtel Franklin. En voyant apparaître Thérésia, ils se jetaient à genoux et demaindaient humblement ce qu'il fallait verser pour empêcher l'exécution d'un fils, d'une mère ou d'un mari... Devant tant de détresse, tant de douleur, tant de deuils, la jeune fmme finit par être prise de compassion. Abandonnant tout trafic, elle usa dès lors, de son pouvoir pour sauver - gratuitement - le plus de monde possible.

Chaque soir, elle allait trouver Tallien avec un dossier de lettres suppliantes, et lui démontrait l'horreur des massacres qu'il préparait. Caressante - de la parole et du geste - elle obtint ainsi, entre deux étreintes, toutes les grâces qu'elle désirait...

Finalement, la guillotine fut démontée, et Bordeaux respira. L'ex-marquise avait arrêté la Terreur.
Sur ce point, tous les historiens sont d'accord.


Ecoutons Mahul :

"L'empire que cette créature prit sur Tallien modéra sa fougue révolutionnaire et l'amena insensiblement à l'heureuse disposition qui devait lui faire racheter autant qu'il pouvait être possible, les crimes de sa vie passée."

Lacretelle précise :

"Les familles éplorées eurent souvent recours, avec succès, à une intercession qu'on voyait chaque jour plus puissante sur le coeur de Tallien."

Lamartine est du même avis, mais dans style particulier :

"C'est une de ces femmes dont les charmes sont des puissances, et dont la nature se sert, comme de Cléopâtre ou de Théodora, pour asservir ceux qui asservissent le monde, et pour tyranniser l'âme des tyrans..."

Prudhomme est également catégorique :

"Elle (Thérésia) est parvenue à adoucir la férocité de son futur époux. A peu près comme l'on apprivoise un jeune tigre.
Elle eut l'art de le détrouner de ses occupations sanguinaires."

Enfin, Fleischmann écrit à son tour :

"Grâce à Thérésia, l'échafaud connut des jours de relâche, la moisson des têtes coupées diminua, la clémence régna dans Bordeaux. Sur la belle poitrine soulevée de Thérésia, Tallien oubliait la tâche que lui avait confiée le Comité de salut public. L'amour lui fit dédaigner la politique
."
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epistophélès



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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Dim 11 Déc - 18:57

Après avoir arrêté la guillotine, Thérésia pensa qu'il convenait de faire améliorer le sort des pauvres gens qui croupissaient dans les prisons.
Un soir, alors que Tallien reprenait son souffle après une jute où elle avait donné avec baucoup d'allant le meilleur d'elle-même, la jeune femme plaida la cause des prisonniers.
Le Commissaire de la Convention, anéanti de volupté, promit. Cinq jours plus tard, lors de la séance d'installation du nouveau Comité de surveillance, il prononça un discours dont ses amis s'étonnèrent :

"Du régime des prisons, dit-il en substance, seront désormais bannies toutes ces mesures d'une inutile rigidité, et les parents et amis des prévenus pourront leur envoyer toutes les douceurs, toutes les consolations que la nautre et l'humanité commandent."


Dès lors, les détenus du fort du Hâ eurent une vie moins pénible. Sachant q'uils devaient ce nouveau régime à Thérésia Cabarrus, ils lui rendirent hommage.
L'un d'eux composa même en son honneur une chanson un peu libre, qui se chantait sur l'air de la Carmagnole, et dont voici un couplet :
[i]

Beau sexe, il faut en convenir (bis)
Toi seul daigna nous secourir (bis)
D'un service si doux,
Nous nous souviendrons tous,
Nous saurons te le rendre,
Oui, c'est un fait (bis)
Nous saurons te le rendre
Au petit trou du guichet ![/
i]

Rien ne pouvait faire plus plaisir à Thérésia que cette galante promesse ...
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epistophélès



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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Dim 11 Déc - 19:16

TALLIEN RENVERSE ROBESPIERRE PAR AMOUR POUR THERESIA CABARRUS



"Le 9 thermidor est le plus beau jour de ma vie puisque c'est un peu par ma petite main que la guillotine a été renversée."
- Mme TALLIEN -



PENDANT quelques mois, Tallien se désintéressa complètement des destinées révolutionnaires de Bordeaux pour se consacrer au corps adorable de Thérésia.
Dès cinq heures du soir, le commissaire de la Convention quittait son bureau d'un pas rapide. Son air soucieux, ses sourcils froncés, auraient pu faire croire qu'il se rendait à une séance du Tribunal militaire. En réalité, il se dirigeait vers l'hôtel Franklin où l'ex-marquise, désinvolte comme à l'accoutumée, l'attendait nue sur un lit.
Leurs étreintes duraient parfois cinq ou six heures de suite.
"Thérésia, nous dit Arsène Privat, était douée d'un tempérament exigeant. Il lui fallait parvenir à l'inconscience, à l'évanouissement, à la syncope, pour être heureuse.
Bien souvent, un homme ne suffisait point à l'amener jusqu'à cet état. Elle avait alors recours à l'amabilité d'un voisin, d'un invité ou d'un passant pour suppléer au manque de forces de son amant attitré.
"Tallien, on le pense bien, ne tolérait l'aide de personne dans ce domaine. Il tenait à oeuvrer seul. Belle fierté qui le conduisait parfois à exécuter des performances exténuantes et dignes de l'Antique.
"Après les joutes amoureuses, dont les figures étaient chaque fois plus avantes et plus compliquées, le valeureux amant tombait sur le bord de la couche, essoufflé, sans forces et l'oeil éteint. Thérésia poussait alors son cri de guerre et, à coups de pied, à coups de griffes, à coups de dents, parvenait à rendre un peu de nerf au Conventionnel.
"Hélas ! il arrivait qu'à la huitième ou neuvième reprise, les efforts de l'ardente jeune femme fussent longs à produire leurs effets. Rendue furieuse par le désir, elle menaçait alors de faire confectionner une petite guillotine que, dans son délire lubrique, elle destinait à la virilité déficiente de son amant...
"Ces accès de colère, qui s'accompagnaient d'injures fort grossières, ne produisaient aucun effet sur le ressort intime de Tallien. Au contraire. Le pauvre semblait accablé. Plus le ton montait, plus les choses, de son côté, allaient en s'amenuisant.
Finalement, l'ex-marquise, l'écume aux lèvres, rugissait, se roulait sur le tapis et se livrait à des excentricité illicites dont la vue rendait quelque vigueur au malheureux révolutionnaire qui donnait bientôt des signes d'intérêt.
"Immédiatement, Thérésia se précipitait et tirait profit de ces heureuses dispositions...
"Tallien, on le conçoit, sortait épuisé pour des heures de ces combats où il devait être à la foi le picador, le matador et le taureau, et son travail s'en trouvait un peu négligé..."


Naturellement, Robespierre ne tarda pas à savoir que son commissaire, complètement sous le charme de Thérésia, délaissait la Cause. Des rapports secrets partaient, en effet, quotidiennement de Bordeaux vers le Comité de salut public pour dénoncer non seulement la conduite de Tallien, mais sa mansuétude à l'égard des aristocrates, ses exactions, ses tripotages et sa vie luxurieuse avec une ci-devant.

Un jour, le commissaire apprit que la Convention le soupçonnait de "modérantisme". Affolé, il envoya de longues lettres pour tenter de se justifier. Robespierre, qui n'admettait aucune faiblesse, répondit en annonçant qu'il allait faire effectuer une enquête à Bordeaux.
Tallien, se sentant perdu, pensa que le seul moyen de se tirer d'affaire était d'aller à Paris et de se défendre lui-même.
Il partit pour la capitale à la fin de février 1794, fort inquiet à la pensée de laisser sa maîtresse seule
...
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epistophélès



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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Dim 11 Déc - 19:42

La solitude de Thérésia ne fut pas de longue durée. Le lendemain, elle faisait entrer dans son lit Ysabeau, l'adjoint de Tallien.
Heureuse de profiter de sa liberté retrouvée, elle devint ensuite la maîtresse de Lacombe, président du Tribunal militaire, et de quelques autres qui, pour des raisons diverses, lui "donnaient des démangeaisons à l'écrevisse".

D'extraordinaires orgies eurent alors lieu à l'hôtel Franklin, et l'émissaire envoyé par Robespierre pour enquêter sur l'état d'exprit des conventionnels délégué à Bordeaux fut un peu effaré lorsqu'il en apprit les détails.
Ce jeune homme, âgé de dix-neuf ans, s'appelait Marc-Antoine Jullien. Thérésia résolut de le circonvenir en employant les moyens qu'elle avait - si j'ose dire - sous la main.
Elle y parvint sans peine, et le candide garçon, qui était venu pour redonner aux Bordelais la foi républicaine, se retrouva, un soir, tout penaud mais ravi, dans le lit de Thérésia.


Les jours suivants, il renvint à l'hôtel Franklin, et la maîtresse du proconsul, dont la fantaisie amoureuse était d'une richesse inépuisable, lui donna tant de plaisirs nouveaux qu'il parut définitivement conquis.
Lorsqu'elle crut l'avoir sous sa dépendance, Thérésia, qui, depuis le départ de Tallien, ne se sentait pas en sécurité à Bordeaux, proposa au jeune homme de s'enfuir avec elle en Amérique.

Jullien était un pur révolutionnaire. "Les délices du corps de Thérésia ne lui faisaient point oublier son devoir. "Il feignit d'accepter la proposition qu'on lui faisait, mais dépêcha à Paris un rapport sur sa maîtresse.

Ecoutons Sénart :


"Ce *** (ces prudents astérisques remplacent, bien entendu, le nom de Jullien) avait envoyé au Comité de sûreté générale une copie de la lettre que la prostituée Cabarrus lui avait écrite, et dans laquelle elle l'invitait à passer dans l'Amérique septentrionale avec elle, parce qu'elle voulait fuir ce Tallien qui l'avait compromise ; elle lui offrait de partager avec lui sa fortune, qui serait plus que suffisante pour eux deux."

En apprenant cette tentative de "séduction de fonctionnaire", Robespierre entra dans une violent colère.
Il y avait longtemps que la citoyenne Cabarrus l'agaçait.
Il savait fort bien qu'elle était à l'origine de la transformation de Tallien, il savait qu'elle rendait doux comme des agneaux les conventionnels les plus féroces, il savait qu'Ysabeau et Lacombe commençaient à être sous son influence ; il décida d'en finir avec cette femme dangereuse pour la Révolution.

La faire arrêter à Bordeaux ? Elle avait dans cette ville trop d'amis, trop d'amants, pour que cela fût possible.
Il fallait, pour la jeter en prison d'abord, et la diriger sur la guillotine ensuite, l'obliger à venir à Paris.
Comment ?


Robespierre réfléchit et trouva un moyen. Il rédigea, le 27 germinal an II (16 avril 1794), une loi qui chassait les ci-devant nobles de toutes les cités maritimes et frontières, donnant comme raison "que les personnes visées par cette loi pouvaient favoriser secrètement, dans les villes désignées, les entreprises royalites poursuivies par l'étranger".
Thérésia, ex-marquise de Fontenay, dut quitter Bordeaux sur-le-champ.

Elle le fit en compagnie d'un jeune -mais vigoureux - amant de quatorze ans, nommé Jean Guéry, qui lui consacrait l'exclusivité de ses forces juvéniles et, nous dit-on "calmait chez elle à chaque étape l'énervement spécial que produisait en son "corbillon" le balancement de la diligence et les cahots de la route"...

Ils se dirigèrent vers Orléans. Or, à quelques lieues de Blois, il se passa une scène que l'avenir devait rendre piquante
.

"Il y avait, nous dit Louis Sonolet, un relais au bourg de la Chaussée-Saint-Victor. Quittant un intant la diligence, Thérésia s'était assise sur la branche transversale d'une croix à hauteur d'homme, qui se dressait sur le chemin. Un jeune homme la contemplait, admirant sa beauté, la grâce de sa pose. A la fin, il s'approcha de l'exquise voyageuse et lui demanda avec la plus parfaite courtoise si elle n'avait pas besoin de se rafraîchir. Ce jeune homme était le comte Joseph de Caraman, dont le père, marquis de Caraman, était propriétaire du château de Ménars, l'un des plus importants de la région. La fugitive accepta l'offre gracieuse. Onze ans plus tard, c'était la main de l'aimable comte qu'elle devait accepter. A cette époque, une croix d'imposantes dimensions fut érigée en action de grâces à la place où elle était assise, consacrant la première rencontre des futurs époux."
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epistophélès



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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 12 Déc - 19:01

Coucou ! Bon, et bien je n'aurais pas eu le temps de finir le volume VI. Cependant, une bonne nouvelle : j'emporte avec moi la suite, concernant François Ier (que j'en finisse une bonne fois pour toute avec ce volume ... scrogneugneu ... scratch ........... geek ).

Je prends l'avion demain matin à 6 h 20.

Vous bibizzzzzzzzzzzzzz toutesetoussssssssssss......... Very Happy
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epistophélès



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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 12 Déc - 20:12

Bon, suis bonne pâte, vous en met encore quelques lignes ..... tongue


Après une halte de quelques jours à Orléans, la citoyenne Cabarrus et son jeune amant arrivèrent à Paris le 20 mai.
Robespierre se frotta les mains. Il tenait son ennemie.
Sans perdre une minute, il prit l'arrêté suivant :

"Le Comité de salut public arrête que la nommée Cabarrus, fille d'un banquier espagnol et femme d'un nommé Fontenay, ex-conseiller au Parlement de Paris, sera mise sur-le-champ en état d'arrestation et mise au secret et les scellés apposés sur ses papiers. Le jeune homme qui demure avec elle et ceux qui seraient trouvés chez elle seront pareillement arrêtés."

Quelques jours plus tard, Thérésia était conduite à la prison de la Petite-Force.
Robespierre crut être à tout jamais débarrassé de cette "dangereuse femelle".
Il venait, en fait, de signer l'arrêt de mort de la Révolution.



Tandis que Thérésia tremblait de peur dans sa cellule - car une incarcération, en mai 1794, constituait la première étape vers la guillotine - Tallien faisait mille démarches pour se protéger contre la colère de Robespierre.
Pendant tout le mois de juin, il se démena, rencontra des amis, fit jouer des relations, et, finalement, le 21 juin, obtint une victoire quasi inespérée.Lui, le suspect, fut élu président de la Convention pour quinze jours.
Robespierre devint fou furieux. Ayant en main le rapport de Jullien prouvant les exactions de l'ex-proconsul de Bordeaux, il décida de répondre à l'adresse par la force. Dans un discours violent prononcé à la tribune de la Convention, il accusa Tallien d'avilir le Comité de salut public.

L'amant de Thérésia se vit déjà entre les mains du bourreau. Pâle, défait, il rentra chez lui, et, d'une écriture tremblante écrivit une lettre fort plate à son ennemi. Le soir, n'ayantpas reçu de réponse, il se rendit courageusement au domicile de Robespierre. On ignore comment se passa l'entrevue, mais il est facile de l'maginer en lisant ce texte de Barras, qui rendit visite, lui aussi, au charmant Jacobin :


"Robespierre était debout, enveloppé dans une spèce de chemise-peignoir : il sortia tdes mais de son coiffeur, sa coiffure achevée et poudrée à blanc. Les bésicles qui'l portait ordinairement n'étaient point sur son visage et, à traver la poudre qui couvrait cette figure déjà si blanche à force d'être blême, nous aperçûmes deux yeux troubles que nous n'avions jamais vus sous le voile des verre.
"Ces yeux se portèrent vers nous d'un air fixe et tout étonné de notre apparition. Nous le saluâmes à notre manière, sans aucune gêne, avec la simplicité des temps.
"Il ne nous rendit nullement notre salut, se tourna vers son miroir de toilette suspendu à la croisée donnant sur la cour, puis alternativement vers une petite glace destinée sans doute à orner la cheminée, mais qui ne la garnissait nullement ;il prit son couteau de toillet, racla la poudre qui cachait son visage, en respectant soigneursement les angles de sa coiffure ; il ôta ensuite son peignoir, qu'il plaça sur une chaise tout pèrs de nous, de façon à salir nos habits, sans nous demander aucune excuse et sans même avoir l'air de faire attention à notre présence.
"Il se lava dans une espèce de cuvette, qu'il tenait à la main, se nettoya les dents, cracha à plusieurs reprises à terre sur nos pieds, sans nous donner aucune marque d'attention et presque aussi directement que Potemkine qui, comme on sait, ne se donnait point la peine de détourner la tête et, sans avertissement, ni précaution, crachait à la face de ceux qui se trouvaient devant lui.
"Cette cérémonie achevée, Robespierre ne nous adressa pas la parole davantage... Il était et restait debout, sans nous offrir de nous asseoir... Je n'ai rien vu d'aussi impassible dans le marbre glacé des statues ou dans le visge des morts déjà enselvelis...
"Voilà quelle fut notre entrevue avec Robespierre. Je ne puis l'appeler un entretien, puisqu'il n'ouvrit pas la bouche ; il se pinça seulement les lèvres déjà fort pincées, sous lesquelles j'aperçus une espèce de mousse bilieuse qui n'était nullement rassurante."


Après une entrevue de ce genre, Tallien ne retrouva pas son calme. Au contraire...
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Martine



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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mar 13 Déc - 8:10

Bon voyage Miss !!!
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mar 13 Déc - 11:50

C'est gentil d'être venue nous en donner encore une petite ration en attendant ton retour flower
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epistophélès



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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 31 Déc - 16:04

L'ex-proconsul ne tremblait pas seulement pour lui. Il pensait avec angoisse à Thérésia dont la situation était beaucoup plus périlleuse encore que la sienne. Depuis que Robespierre avait fait voter la terrible loi de Prairial, la guillotine fonctionnait sans arrêt, et toute personne emprisonnée devait nécessairement y être conduite.
Grâce à sa mère qui habitait le Marais, Tallien réussit à louer une mansarde, 17, rue de la Perle, à deux pas de la Petite-Force. De là, il espérait apercevoir sa bien-aimée à l'heure de la promenade des prisonniers.
Hélas ! les murs étaient trop hauts, et il n'y parvint pas. En revanche, il se créa des intelligences dans la place ; par l'intermédiaire d'un gardien, il put faire savoir à Thérésia qu'il veillait sur elle. Chaque jour, en effet, malgré son état de demi-suspect, il multipliait les démarches pour la faire libérer avant qu'elle ne fût citée devant le Tribunal révolutionnaire.


Cette comparution, il le savait, équivalait à un arrêt de mort. Il n'y avait plus alors ni instruction, ni interrogatoire, ni débats, Fouquier-Tinville, qui régnait en maître, s'était amusé à calculer qu'il pouvait, en faisant marcher les affaires rondement, envoyer soixante personnes par heure à l'échafaud...

Or les hommes politiques à qui Tallien allait demander aide pour son amie vivaient, eux aussi, dans la crainte d'être arrêtés ; tous, après avoir déploré la dictature de Robespierre, s'en tiraient avec des promesses. Et les jours passaient...


La Terreur était alors à son point culminant.
L'ex-proconsul, découragé, commençait à se laisser aller à sa mollesse habituelle lorsque, le 7 thermidor au soir, il trouva, glissé sous sa porte, ce mot que Thérésia avait réussi à lui faire passer :


De la Force, le 7 thermidor.
L'administrateur de police sort d'ici ; il est venu m'annoncer que demain je monterai au Tribunal, c'est-à-dire à l'échafaud. Cela ressemble peu au rêve que j'ai fait cette nuit. Robespierre n'existait plus et les prisons étaient ouvertes. Mais grâce à votre insigne lâcheté, il ne se trouvera bientôt plus personne en France capable de réaliser mon rêve
.


Ce billet cingla littéralement Tallien. Accusé de lâcheté, il résolut de montrer à sa maîtresse ce qu'il était capable de faire. Il réfléchit :
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epistophélès



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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 31 Déc - 16:25

Le temps n'était plus aux démarches. Le lendemain, le surlendemain au plus tard, Thérésia serait condamnée à mort, et conduite à la guillotine. Il fallait empêcher cette exécution.
Comment ?

En supprimant l'homme qui dirigeait la tuerie depuis des mois et faisait couler un fleuve de sang dans les rues de la capitale. Celui qu'on appelait l'Incorruptible...
Tallien prit un papier, écrivit : "Soyez aussi prudente que j'aurai du courage, mais calmez votre tête, et courut porter ce mot au gardien de la Petite-Force qui le fit passer à Thérésia. Après quoi, il alla rencontrer secrètement quelques conventionnels, qui partageaient sa haine pour le dictateur et les incita à la révolte
.

- Il faut se débarrasser du tyran ! leur dit-il. Si vous voulez m'aider, nous respirerons bientôt librement.


Le lendemain, 8 thermidor, tandis que Robespierre, à la tribune, demandait l'épuration du Comité de sûreté générale et du Comité de salut public, menaçant du couperet tous ceux qui ne pensaient pas exactement comme lui, Tallie, aidé de Fouché, préparait la journée décisive.

Et ce fut le 9 thermidor ...
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Lun 2 Jan - 9:38

(Youpie, Episto de retour ! d'ailleurs, j'adore le homard thermidor clown )
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 2 Jan - 20:05

En arrivant à l'Assemblée, Tallien avait un air décidé qui ne lui était pas habituel. L'image de Thérésia conduite devant Fouquier-Tinville le galvanisait. Rencontrant Goupilleau de Montaigu, il lui dit :

- Viens être le témoin du triomphe des amis de la liberté : ce soir Robespierre ne sera plus !

La séance s'ouvrit. Saint-Just monta à la tribune et lut un discours assez habile, dans lequel il dénonçait les ennemis du Comité de salut public, afin de rallier toute la Convention. Peut-être serait-il parvenu à détourner les esprits si Tallien ne l'avait interrompu.
D'une voix tornitruante, l'amant de Thérésia réclama des accusation directes et qualifia les propos de Saint-Just d'"insinuations lâches".


Cette interruption fut le signal des attaques. Billaud-Varennes se leva à son tour et traita Robespierre de révolutionnaire rétrograde...
Mis en cause, le dictateur bondit à la tribune. Accueilli aux cris de : "A bas le tyran !", il ne put prononcer un mot. Alors, Tallien prit sa place et, de plus en plus agressif, brandit un poignard en criant :

- Citoyens représentants, je me suis armé d'un poignard pour percer le sein du nouveau Cromwell dans le cas où vous n'auriez pas le courage de le décréter d'accusation !


Ce geste, qui eût paru insensé quelques jours auparavant, électrisa l'Assemblée qui applaudit Tallien à tout rompre.
Robespierre, blême, tenta de se faire entendre. S'adressant à Thuriot, qui occupait le fauteuil présidentiel, il s'écria :

- Pour la dernière fois, président d'assassis, je te demande la parole ! ...
- Tu l'auras à ton tour ...
- Non ! non ! hurla la salle. A bas le tyran ! Hors la loi ! ...

Epuisé, ruisselant de sueur, Robespierre comprit qu'il était perdu. Il baissa la tête, et l'Assemblée vota l'arrestation.
Tallien respira. Thérésia était sauvée !


Quelques heures plus tard, l'Incorruptible se fracassait la mâchoire d'un coup de pistolet en tentant de se suicider (l'intervention du gendarme Merda tirant sur Robespierre est une légende inventée par Merda lui-même qui voulait laisser un nom dans l'Histoire), et, le lendemain, on le traînait à la guillotine...

Tallien, par amour pour sa maîtresse - qui sortit de prison le 12 - venait d'arrêter la Révolution.

(La chute de Robespierre fut connue assez rapidement das les prisons, car chacun s'ingénia à faire parvenir la nouvelle aux détenus.
Andrieux l'apprit par ses filles d'une amusante façon. Elles allèrent se poster à un endroit où il pouvait les apercevoir et secouèrent vivement leurs robes pour attirer son attention. Puis, prenant chacune une pierre dans la main, elles se mirent à la baiser. Après quoi, elles firent le geste de se couper le cou. Andrieux, intrigué, finit par comprendre que cette bizarre pantomime signifiait : Robe baise pierre est guillotiné... Cf. LUCIEN PEREY, la fin du XVIIIe siècle, et Mme DUCREST, Mémoires sur l'impératrice Joséphine
.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 2 Jan - 21:02

UNE FEMME JALOUSE VEUT EMPOISONNER BONAPARTE



Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir - LES ACTES DES APÔTRES -



LE soir du 21 novembre 1787, une petite ise glaciale souffalit sous les arcades du Palais-Royal. Les jeunes personnes qui hantaient cet endroit et que l'on nommait, suivant l'humeur ou l'éducation, des gourgandines, des putains ou des blanchisseuses de tuyaux de pipe, marchaient pour se réchauffer.
De temps à autre, l'une d'elles accostait un passant, vantait ses spécialités, proposait des distractions voluptueuses telles que le chien gourmand, le papillon oriental ou la trompette japonaise, charmantes gâteries qui étaient alors à la mode.


Alléché, mais méfiant, l'homme demandait un devis.
Après avoir discuté pour la forme, il se laissait finalement entraîner dans un escalier mal éclairé qui conduisait vers une chambre où tous les plaisirs promis lui étaient assez honnêtement administrés.
Vers onze heures, il n'y eut plus qu'une fille sous les arcades. Frissonnante, elle allait rentrer chez elle, lorsqu'un jeune lieutenant d'artillerie sortit de l'ombre.
Petit, sec, maigrichon, son aspect n'avait rien d'aimable.


Pendant quelques secondes, il eut l'air d'hésiter, et la fille pensa qu'il s'agissait d'un garçon gêné par sa vertu et curieux de choses galantes. Elle ne se trompait pas.
Depuis quelque temps, cet officier imberbe et boutonneux était tourmenté par une virilité naissante et s'itéressait en cachette à toutes les manifestations de l'érotisme. Il aimait s'informer de la vie des entremetteuses, des courtisanes et des lesbiennes, lisait des ouvrages libertins, recherchait des recettes de volupté et, le soir, notait dans un cahier des renseignements sur "l'eau des pucelles", les "pastilles à la Richelieu destinées à donner de l'ardeur", ou sur les bons effets de mouche cantharide...

Malgré cet intérêt pour les femmes, il était encore vierge à dix-huit ans et en souffrait.
Son physique ingrat n'était pas uniquement responsable de cet état navrant. Le jeune lieutenant avait un autre handicap : son nom. S'il ne s'était pas appelé Napoleone di Buonaparte, sans doute aurait-il connu, depuis longtemps déjà, les joies du "minou-minette" comme on diait alors ; mais dès qu'il se présentait toutes les filles éclataient de rire.


C'est pourquoi, en ce soir de novembre, toute honte bue, il était venu au Palais-Royal pour y rencontrer une de ces demoiselles caressantes et discrètes, qui savent donner du plaisir à un client sans lui demander son nom...

Voulant paraître un homme, il attaqua d'abord la prostituée sur son métier, puis, avec la brusquerie des timides, il lui demanda crûment comment elle avait perdu son pucelage. Après quoi, il alla perdre le sien...
Mais je crois qu'il vaut mieux laisser au jeune Bonaparte le soin de nous conter lui-même cette scène fameuse que tant d'historiens ont dénaturée.


"Jeudi, 22 novembre 1787, à Paris.

"Hôtel de Cherbourg, rue du Four-Saint-Honoré.
"Je sortais des Italiens et me promenais à grands pas sur les allées du Palais-Royal. Mon âme agitée par les sentiments vigoureux qui la caractérisent, me faisait supporter le froid avec indifférence ; mais l'imagination refroidie, je sentis les ardeus de la saison et gagnai les galeries. J'étais sur le seuil de ces portes de fer quand mes regards errèrent sur une personne du sexe. L'heure, sa taille, sa grand jeunesse, ne me firent pas douter qu'elle ne fût une fille. Je la regardai. Elle s'arrêta, non pas avec cet air grenadier, mais un air convenant parfaitement à l'allure de ma personne. Ce rapport me frappa. Sa timidité m'encouragea et je lui parlai... Je lui parlai, moi qui, pénétré plus que personne de l'odieux de son état, me crois toujours souillé par un seul regard ! ...
Mais son teint pâle, son physique faible, son organe doux, ne me firent pas un moment en suspens (?). Ou c'est, me dis-je, une personne qui me sera utile à l'observation que je veux faire, ou elle n'est qu'une bûche.


" - Vous avez bien froid, lui dis-je ; comment pouvez-vous vous résoudre à passer dans les allées ?
" - Ah ! monsieur, l'espoir m'anime. Il faut terminer ma soirée.

"L'indifférence avec laquelle elle prononça ces mots, le systématique de cette réponse, me gagna, et je passai avec elle.

" - Vous avez l'air d'une constitution bien faible, je suis étonné que vous ne soyez pas fatiguée du métier.
" - Ah ! dame, monsieur, il faut bien faire quelque chose.
" - Cela peut-être, mais n'y a-t-il pas de métier plus propre à votre santé ?
" - Non, monsieur, il faut vivre !

"Je fus enchanté. Je vis qu'elle me répondait, au moins, succès qui n'avait pas couronné toutes les tentatives que j'avais faites.

" - Il faut que vous soyez de quelques pays septentrionaux, car vous bravez le froid.
" - Je suis de Nantes, en Bretagne.
" - Je connais ce pays-là... Il faut Made (sic) que vous me fassiez le plaisir de me raconter l'histoire de la perte de votre pucelage.
" - C'est un officier qui me l'a pris.
" - En êtes-vous fâchée ?
" - Oh oui ! je vous en réponds. (Sa voix prenait une saveur, une onction que je n'avais pas encore remarquée). Je vous réponds : ma soeur est bien établie actuellement. Pourquoi ne l'eussé-je pas été ?
" - Comment êtes-vous venue à Paris ?
" - L'officier qui m'avilit, que je déteste, m'abandonna. Il fallut fuir l'indignation d'une mère. Un second se présenta, me conduisit à Paris, m'abandonna, et un troisième, avec lequel je viens de vivre trois ans, lui a succédé. Quoique Français, les affaires l'ont appelé à Londres, et il y est. Allons chez vous.
" - Mais qu'y ferons-nous ?
" - Allons, nous nous chaufferons et vous assouvirez votre plaisir.

"J'étais loin de devenir scrupuleux. Je l'avais agacée pour qu'elle ne se sauvât pas quand elle serait pressée par le raisonnement que je lui préparais en contrefaisant une honnêteté que je voulais lui prouver ne pas avoir..."


Ce premier contact quasi clandestin avec ce qu'il appelait "les personnes du sexe" allait être de début d'une extraordinaire carrière d'amoureux ; puisque, nous dit Jean Savant, "ses liaison et ses passades dépassent sans conteste, par le nombre, celles du Vert Galant, du Roi Soleil et du Bien-Aimé".

Or, loin de perdre du temps au lit, Bonaparte y forgeait son destin. En effet, presque toutes les femmes dont il fut l'amant entre 1789 et le 13 vendémiaire, lui ouvrirent une porte, l'aidèrent à gravir un échelon ou le ramenèrent vers la "route impériale" lorsqu'il semblait s'en éloigner.
Les premières lui servirent à perfectionne une technique amoureuse encore chancelante.
"Humbles ouvrières, travaillant dans l'ombre à l'élaboration d'un grand homme, elles ont droit à notre reconnaissance.
Sans elles, Bonaparte n'aurait peut-être pas su éblouir les autres, celles qui, éperdues de gratitude, sauteront du lit, toutes palpitantes encore de plaisir, pour lui offrir la puissance et la gloire.
C'est à ces obscures et ardentes amoureuses, sans lesquelles l'Empire n'eût point existé, que nous rendrons tout d'abord un rapide, mais fervent hommage
.
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Ven 6 Jan - 9:27

Hello Miss, alors ce voyage ?? Tu nous en cause ??
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MARCO



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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Ven 6 Jan - 9:28

Oups .. je rajoute un petit "s" à cause .. Embarassed
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 7 Fév - 20:32

Au printemps 1789, après avoir conté quelque temps fleurette à une jeune Bourguignonne, Manesca Pillet, rencontrée à Auxonne, Bonaparte fut envoyé à Seurre où des émeutes avaient éclaté. Il sut s'y organiser une existence agréable. Son travail l'obligeant à courir à la fois dans les rues de la petite cité et dans la campagne, il eut bientôt deux maîtresses, l'une aux champs, une ravissante fermière, Mme G... de F..., et l'autre à la ville, Mme Prieur, qui était la femme d'un haut fonctionnaire.

(Cette dame devait revoir son amant en 1805. A ce moment, Napoléon, qui venait d'être sacré empereur, se rendait à Milan pour s'y faire couronner roi d'Italie. A Chalon, où il s'arrêta, de nombreuses personnes sollicitèrent l'honneur d'être reçues par le souverain. Mme Prieur, qui s'était retirée et vivait sagement dans cette ville, fut du nombre. Avant l'audience, l'Empereur jeta un coup d'oeil sur la liste des visiteurs et vit le nom de sonancienne maîtresse. Il se tourna vers le chambellant en souriant :

- Il paraît que vous connaissez mes aventures de garnison. Soyez discret et faites entrer.

Mme Prieur fut introduite immédiatement.
Elle dut avoir bien du mal à reconnaître en cet empereur, qui déjà prenait de l'embonpoint, le petit lieutenant dont les jambes maigres faisaient voler ses draps seize ans auparavant - Cf. THIARD, Souvenirs)


Pour augmenter son confort, et ne point laisser sa virilité inactive lorsque la pluie le tenait à la maison, il devint, en outre, l'amant de la fille de ses logeurs...
Ainsi organisé, il vécut en Bourgogne quelques mois fort savoureux et fort enrichissants pour son avenir.

Ver la fin de l'été, il imagina d'utiliser la Révolution naissante pour débarrasser la Corse de la tuelle française. Aussitôt, il demanda un congé et partit pour Ajaccio avec le dessein de devenir chef de l'île.
Dès son arrivée, il se mit au service de Paoli et fit, en compagnie de son frère Joseph, des discours fort applaudis contre les envahisseurs.
Il eut bientôt des occupations plus agréables.


Un jour, il rencontra une jeune femme, Mme Daletti, don le tempérament généreux faisait la joie d'un époux.
L'oeil pétillant de cette gracieuse personne attira Bonaparte, qui, délaissant l'organisation d'une garde nationale, utilisa les principes de stratégie qu'on lui avait enseignés à l'Ecole militaire pour une conquête plus pacifique
...
Mme Daletti avait un lit acueillant. Elle se rendit rapidement au fougueux artilleur.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 8 Fév - 15:14

Cette liaison dura quelques mois ; puis Napoléon fit la connaissance d'une Ajaccienne aux yeux dorés pour laquelle il délaissa un peu sa première conquête.
Comprenant qu'elle avait une rivale, Mme Daletti, qui avait des principes, résolut immédiatement d'assassiner l'infidèle.
Voici comment Doris nous conte cet épisode peu connu :


"Un des capitaines de la garde nationale, M. Givorni Daletti, avait pour épouse l'une des plus jolies femmes de l'île, et, longtemps, Napoléon vécut avec elle dans une intimité dont le mari, seul, paraissait ne point s'apercevoir. Il était, chez eux, de tous les repas, de toutes les fêtes. L'absence même du mari n'empêchait point la femme de le recevoir. Tout à coup, Napoléon semble être moins assidu. Mme Daletti lui reproche avec douceur de promener son inconstant hommage dans d'autres maisons. Il cherche à se justifier. Mais, dans ce coeur de femme, la jalousie s'était glissée. Alors, plus de repos, il faut que Napoléon lui revienne tout entier, ou elle se vengera.
"Un soir, Napoléon reçut un billet de cette fougueuse amante. Elle lui annonçait que son époux allait souper en ville et l'engageait à venir le remplacer.
"Cette invitation flattait trop l'amour-propre du jeune homme pour qu'il la repoussât. Il accourut.
"Le souper se passe gaiement, mais Mme Daletti semble préoccupée. Plus d'une fois, Bonaparte la surprend à le regarder d'un oeil farouche. Après le souper, il rentre chez lui et se couche. Au bout de deux heures, il est réveillé par des tiraillements d'entrailles. Il appelle au secours. Vite, sa mère, ses soeurs, les domestiques, sont sur pied. Mme Laetizia, tendrement attachée à son fils, pousse un cri en entrant dans sa chambre. L'excès du mal avait entièrement décomposé ses traits. Un médecin est appelé, qui ordonne une potion. Elle procure un peu de soulagement."
(Les amours secrètes de Napoléon et des princes et princesses de sa famille, d'après les doucments historiques de M. de B..., Paris 1815. - Cet ouvrage, que l'on attribua longtemps à BOURRIENNE, est en réalité de DORIS -

Laetizia fit prévenir M. et Mme Daletti, qui arrivèrent au point du jour. La femme passant dans la ruelle, dit à Napoléon, en feignant la pitié :

- Qu'avez-vous, mon pauvre ami ?
- Je l'ignore, mais je souffre cruellement.

Alors, s'approchant de son oreille, elle ajouta à voix basse :

- Vous m'avez lâchement abandonnée. Pour me récompenser de vous avoir tout sacrifié, je vous ai vu porter chez mes rivales un amour que vous aviez juré de garder pour moi seule ; mais je me suis vengée. Je vous ai empoisonné ; publiez mon crime, moi je publierai le vôtre. Mon mari est là : il sait comment un Corse punit la perte de son honneur !


Bonaparte comprit qu'il valait mieux se taire. Il appela sa mère et lui dit que Mme Daletti venait de lui rappeler que, la veille, en soupant chez elle, il avait, seul, mangé d'un plat de champignons.
De nouveau, le médecin fut mandé, et Napoléon reçut tous les contrepoisons nécessaires.
Quelques jour plus tard, il était sur pied, au grand désapointement de Mme Daletti
.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 8 Fév - 15:37

Bonaparte, qui avait une permission de six mois, aurait dû rallier son régiment au début de mars 1790.
Mais comme il aimait bien sa famille, il ne put se décider à repartir et demeura en Corse un an encore.
Pour occuper son temps, entre deux discours vilents contre la monarche
ie, il allait se promener dans la montagne et cueillait de jolies fleurs en compagnie de sa nouvelle maîtresse. Lorsqu'il pleuvait, les deux jeunes gens se mettaient tout simplement au lit.
Le petit lieutenant d'artillerie vécut ainsi une année délicieuse loin d'une France agitée par la Révolution.
En février 1791, après dix-huit mois d'absence, Bonaparte dut tout de même retourner à Auxonne où était son régiment.

Ses camarades le trouvèrent changé. Les jeunes femmes corses lui avaient laissé au coeur une amertume qui le rendait rêveur et romantique. Le soir, il écrivait des pensées désabusées sur l'amour :

"Je le crois nuisible à la société et au bonheur individuel des hommes, notait-il. Enfin, je crois que l'amour fait plus de mal... et que ce serait un bienfiat d'une divinité protectrice que de nous en défaire et d'en délivrer le monde."

Ce qui ne l'empêcha pas de concourir, à quelque temps de là, pour un prix de l'Académie de Lyon avec un petit ouvrage déclamatoire et amphigourique sur la passion amoureuse...


Ces activités annexes ne semblent pas avoir indisposé l'armée. Il fut nommé "lieutenant en premier".
Ravi, il décida de fêter ce nouveau grade en allant se reposer un peu, demanda un congé de douze mois et repartit cueillir des fleurs à Ajaccio... Ces vacances ne furent pas uniquement consacrées à l'étude de la flore.
Comme à l'accoutumée, il se pencha aussi sur la faune et s'intéressa particulièrement aux jeunes bergères.
Occupation si captiviant qu'à l'expiration de son congé, il négligea de rejoindre son régiment et fut rayé des cadres de l'armée. Très ennuyé, il bondit à Paris en juin 1792 pour demander sa réintégration. Disert, habile, il fit tant de discours qu'on le nomma capitaine...
Fou de joie, il courut à Marseille, s'embarqua et retourna en Corse savourer sa joie pendant neuf mois.
Tandis qu'il se promenait dans les montagnes en galante compagnie, la Convention déclarait la patrie en danger. Cette nouvelle ne le troubla pas. Le calme de son île lui semblait préférable à l'agitation des champs de bataille où l'on risque, à tout moment, de recevoir un mauvais c
oup.


(JEAN SAVANT : "Bonaparte ne participe pas à la lutte nationale contre l'envahisseur. Il est alors, systématiquement, en permission. Les combats et la gloire de Valmy, de Jemmapes, etc. ne l'attirent pas. Au plus fort des dangers courus par la France, il reste confiné dans sa Corse bien-aimée, et, s'il la quitte enfin, en juin 1793, c'est parce qu'il en est chassé par ses compatriotes, et, par eux, menacé de mort." - Les amours de Napoléon - )
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 8 Fév - 19:55

Pendant l'été 1793, Napoléon entra en lutte contre Paoli, qui voulait livrer la Corse à l'Angleterre. Immédiatement, tous les partisans du vieillard attaquèrent la famille Bonaparte. Bientôt, la situation devint intenable et Laetizia, suivie de ses enfants, se réfugia sur le continant. A peine arrivé, le jeune officier, qui était de nouveau rayé des cadres de l'armée, fut guidé par son étoile. Il rencontra la première femme qui allait le pousser à devenir un héros... Ecoutons encore Doris :

"Les troubles politiques de la Corse forcèrent bientôt Napoléon et sa famille à se réfugier en France. Ils débarquèrent à Marseille où Napoléon fit la connaissance d'une femme peu ordinaire : Charlotte Midelton, fille d'une Française décédée et d'un navigateur américain. Son père lui laissait la plus grande liberté. Cette femme était admirablement moulée, et, quoique les traits de son visge ne fussent point réguliers, il était difficile de résister aux feux lancés par ses admirables yeux noirs.
Son langage était extraordinaire, tout rempli de mataphores et de néologismes, ce que Napoléon lui reprochait quelquefois. A cela, Charlotte répondait :


"Vous êtes un routinier, j'ai mille fois plus pensées que votre langue ne possède de mots. Il faut bien que j'en forge lorsqu'elle ne m'en fournit plus !
"Cette hardiesse plaisait au jeune homme. Il parla d'amour et fut bientôt heureux. Mais il ne fallait pas à Charlotte un amant ordinaire. Non moins ambitieuse que Napoléon, ce fut elle qui l'exhorta à renter dans la carrière qu'il avait abandonnée.
"Elle parvint même à le faire recommander auprès de Barras, alors en mission dans le département du Var, et Bonaparte reprit le grade de lieutenant d'artillerie.
"Bientôt, il fut nommé chef de bataillon. Ce fut en cette qualité qu'il assista au siège de Toulon
.
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Jeu 9 Fév - 9:39

Je ne sais pas si tu es capable de taper du texte avec ton épaule, Episto, mais peut-être peux-tu lire ? voilà pour toi les deux tomes en ligne des amours secrètes de Napoléon par Doris :

http://books.google.be/books?id=9Rgrp13PSG0C&pg=PR3&dq=Amours+secrettes+de+Napol%C3%A9on+Buonaparte,+Volume+1&hl=fr&sa=X&ei=VIUzT4T5KpDs-gbc692HAg&ved=0CD0Q6AEwAQ#v=onepage&q&f=false

http://books.google.be/books?id=5cGWdRhlhKgC&pg=PA284&dq=Amours+secrettes+de+Napol%C3%A9on+Buonaparte,+Volume+1&hl=fr&sa=X&ei=VIUzT4T5KpDs-gbc692HAg&ved=0CDcQ6AEwAA#v=onepage&q&f=false


Dernière édition par Bérengère le Mar 14 Fév - 10:22, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 11 Fév - 12:21

CA vous botte hein les filles les zamours secrètes !!
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MessageSujet: LA REINE MARGOT    Lun 13 Fév - 18:58

"Tout le monde sait que le succès de ce siège revient à l'audace du futur monarque. Malgré des officiers plus anciens, mais plus timides, il fit établir une batterie qui foudroya les assiégeants. Ce qui n'a pas été dit par tous les historiens, c'est que ce fut d'après le conseil de Charlotte que Napoléon fit construire cette batterie ; qu'elle ne le quittait point, même au plus fort de l'action, et que, losque Bonaparte, voyant tomber ses meilleurs canonniers, saisit lui-même le refouleur, c'est l'intrépide Charlotte qui portait les dernières gargouses".
(Emmanuel Davin précise que, lors du siège, Charlotte Midelton aurait rejoint Bonaparte sous le costume d'un jeune officier nommé Dutrenel. - Bonaparte et l'Américaine Charlotte Midelton à Toulon en 1793 -)

"Toulon fut pris, et le nom de Bonaparte commença à avoir beaucoup de retentissement dans l'armée. Au plaisir qu'éprouvait notre jeune héros succéda vite un chagrin cuisant : Charlotte, rappelée par son père, fut obligée de partir pour l'Amérique."

La jeune fille pouvait disparaître. Elle venait de lancer Bonaparte vers son prodigieux destin
...
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 13 Fév - 19:30

BONAPARTE CHEF D'ARTILLERIE DE L'ARMEE D'ITALIE GRÂCE A MARGUERITE RICORD



Si Bonaparte fût resté lieutenant d'artillerie, il serait encore sur le trône. - M. PRUDHOMME -


TRES tôt, Bonaparte comprit l'importance du rôle que pouvaient jouer les femmes dans l'ascension d'un homme galant et vigoureux. Il résolut de les utiliser pour parvenir à un grade élevé.
Déjà, pour obtenir le commandement de l'artillerie devant Toulon, il avait dû devenir l'amant de la citoyenne Catherine Carteaux, femme du général, une pulpeuse créature de trente-deux ans qui aimait se dévouer pour les jeunes officiers... Grâce à elle, il s'était fait connaître de l'état-major. Lorsque le commissaire de la Convention, Salicetti, l'avait proposé pour commander l'artillerie, la "citoyenne générale" s'était entremise auprès de Carteaux, et ce poste lui avait été confié
...

(Napoléon n'oublia pas les bontés qu'avait eues Catherine pour Bonaparte. Devenu empereur, il la combla de cadeaux et de pensions. CF. JEAN SAVANT : "Quand elle se manifestait à lui, elle ne s'en retournait jamais les mains vides. A chaque fois, des sommes de l'ordre de 1 200 000 de nos francs (anciens), ou bien 1 800 000, ou simplement 900 000, quand ce n'était pas 5 400 000 francs.
"Ces gratifications et "petits cadeaux" en souvenir du passé étaient indépendants des pensions régulières et des gros traitements. Au reste, Carteaux mourut au printemps de 1813, et Catherine obtint alors une pension deux fois supérieure à celle habituellement accordée à la veuve d'un officier général..." - Les amours de Napoléon - )


Après la reprise de Toulon, Bonaparte, sur la demande de Salicetti, fut nommé général de brigade.
Cette promotion ne le satisfit pas longtemps. Insatiable et impatient, il rêva de monter plus haut encore en utilisant des appuis politiques.
Malheureusement, petit général inconnu, il était incapable, seul, d'entrer en relations avec les grands chefs de la Révolution.
Là encore, une femme allait lui servir d'intermédiaire.


Deux membres de la Convention avaient été délégués près de l'armée d'Italie : Augustin Robespierre (frère cadet de Maximilien) et Jean-François Ricord, un farouche Montagnard. Celui-ci était venu à Nice avec sa jeune femme, Marguerite (née Rossignolly), une ravissante brune qu'un ardent tempérament poussait à des écarts. C'est ainsi que, pendant le voyage, elle n'avait pas trouvé déplacé de se partager entre son époux et le jeune Robespierre. Courant d'un lit à l'autre, elle donnait à chacun des marques de tendresse dont la diversité témoignait d'une imagination fertile et d'une fantaisie débordante.
Finalement, Charlotte Robespierre, qui accompagnait son frère, avait été informée de ces turpitudes. Elle se fâcha :

- Tu vas me faire le plaisir de quitter cette putain, avait-elle dit, sans même chercher à agrémenter sa phrase d'un mot drôle.

Candide, Robespierre le Jeune était allé répéter à Mme Ricord les propos de sa soeur. La femme du conventionnel, ayant trouvé l'épithète un peu vive, avait fait chasser la pauvre Charlotte qui était repartie, en sanglotant, pour la capitale.


En province, l'arrivée d'une femme à la cuisse légère ne tarde pas à être signalée dans les milieux militaires : Bonaparte sut donc rapidement que Mme Ricord avait une réputation flatteuse. Il décida de l'utiliser pour entrer en relations avec les deux conventionnels délégués à Nice.
S'étant fait présenter, il devint le chevalier servant de Marguerite. Pendant quelques jours, la belle lui fit porter des paquets, ramasser son éventail et tenir la bride de son cheval ; puis elle eut envie de services plus sérieux et l'entraîna dans son lit...

Bonaparte, qui connaissait la boulimie amoureuse de Mme Ricord, voulut se montrer sous un jour favorable.
Au prix d'efforts surhumains, il réussit à épuiser la jeune femme. Ayant cueilli, dans ses yeux, un regard de reconnaissance, il rentra chez lui les reins meurtris, mais fier de son exploit...
Dès le lendemain, Marguerite parla de Bonaparte à Robespierre et à Ricord.

- C'est un homme prodigieux. Voilà l'officier qui doit commander l'armée d'Italie. Il faut que vous le connaissiez et que vous le fassiez connaître à Maximilien. Ce général Bonaparte, j'en suis certaine, sera, si vous voulez l'aider, l'un des grands hommes de la Révolution.

Les deux conventionnels, très impressionnés par les propos de Marguerite, demandèrent à rencontrer Napoléon.
Bientôt le petit général devint leur ami intime, et, au début de 1794, Augustin Robespierre, sur les conseils réitérés de Mme Ricord, le fit nommer chef de l'artillerie de l'armée d'Italie.
Grâce à ne femme, Napoléon allait donc pouvoir faire sa première apparition sur l'un des théâtres de la guerre extérieure.


(Marguerite, tout comme Catherine fut comblée de cadeaux par Napoléon après 1804. Un seul exemple donnera une idée des largesses de l'Empereur. En 1813, il fit remettre à Mme Ricord une somme de 36000 de nos francs.)

La réputation galante de Marguerite était naturellement venue aux oreilles de Salicetti, qui, sachant par la rumeur publique que Bonaparte était arrivé rapidement à ses fins, voulut, lui aussi, pénétrer dans le lit de la belle.
Un soir, très poliment, il demanda à Mme Ricord si elle voyait un inconvénient à devenir sa maîtresse.
Marguerite éclata de rire. Extrêmement vexé, le commissaire de la Convention voua dès lors une haine féroce à Bonaparte qui devait en subir les effets quelques mois plus tard
.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT    Mar 14 Fév - 19:48

Tandis que son compatriote se désséchait de jalousie, Napoléon continuait d'organiser l'offensive contre l'Italie avec ses amis et Marguerite. Mis dans le secret des intentions les plus cachées de la Convention, il fut chargé par Ricord d'une mission à Gênes.
A sont tour, il alla s'installer à Nice, chez un riche négociant, Joseph Laurenti, dont la maison était située sur la route de Villefranche (cette maison porte le n°6 de l'actuelle rue Bonaparte).
Dans cette famille, il y avait une jeune fille de quinze ans dont Bonaparte tomba amoureux. Sur cette période peu connue de la vie du futur empereur ; Joseph Laurenti a écrit une page charmante :


"La plus étroite amitié s'établit entre le jeune général et la famille Laurenti, qui se composait de deux filles et un fils. Les repas se prenaient dans la salle à manger donnant sur un grand jardin planté d'orangers, sous lesquels les jeunes gens allaient jouer et rire. A ses heures de travail, dans le grand salon du premier, on le voyait brusquement devenir pensif, roulant sans doute dans sa tête des montagnes de projets. Ses yeux s'arrêtaient parfois sur un tableau espagnol représentant un guitarero, que nous possédons encore, et qu'il aimait beaucoup. Il se promenait dans les longes avenues d'orangers, traçant, avec sa canne, des plans rapides, qui'l effaçait avec le pied.
"Les jeunes gens allaient souvent jouer et rire (devenu Premier Consul, Bonaparte organisera, à la Malmaison, de grandes parties de barres, de cache-cache et de "quatre coins...")
"Bonaparte avait, pour une de mes jeunes filles, nommée Emilie, une préférence marquée, il avait parlé de mariage. Mme Laurenti, qu'il aimait appeler maman, lui fit comprendre que l'âge de sa jeune fille l'obligeait à ajourner ses projets."


Bonaparte fut extrêmement déçu. Croyant de plus en plus à l'importance des femmes dans la destinée d'un homme, il aurait aimé épouser cette petite Méridionale.
Après Charlotte, qui lui avait permis de reprendre Toulon ; après Catherine, qui l'avait mis en contact avec l'état-major ; après Marguerite, qui l'avait fait nommer chef de l'artillerie de l'armée d'Italie, Emilie, fille d'un riche négociant, lui aurait apporté la fortune dont il avait besoin pour vivre et faire vivre sa famille.
Malgré le refus de Mme Laurenti, il continua de faire la cour à la jeune fille. Déjà fort coquette, Emilie se montrait ravie de l'intérêt qu'elle inspirait à un général et eût désiré devenir sa femme.


"Touchée dans son coeur juvénile, écrit Pierre Leroy, elle aimait Bonaparte, rêvait d'être embrassée par lui et, candidement, lorsqu'il parlait de ses futures batailles, elle imaginait un acte surnaturel qui lui eût permis de mourir à sa place..."
... Elle ignorait qu'elle allait peut-être lui sauver la vie.


[color=green]Les événements du 9 thermidor ne furent connus à Nice que le 17 dans la soirée. Aussitôt, une "épuration" eut lieu. Tous ceux qui avaient approché Augustin Robespierre pendant son séjour dans la ville furent accusés de sympathie pour la Montagne et arrêtés.
Salicetti, qui ne décolérait pas depuis que Marguerite Ricord lui avait refusé l'entrée de sonlit, vit là l'occasion de se venger de Bonaparte r=blue]]("a la chute des deux Robespierre, Bonaparte, accusé de relations avec le parti de la Montagne et d'une trahison absurde ayant pour but de perdre l'armée en la jetant en Piémont, devint suspect au parti triomphant." - Journal de JOSEPH LAURENTI -

Salicetti courut à Barcelonnette et dénonça son compatriote à la Convention.

- Ce général est dangereux, dit-il. Il y a quelques mois, il s'est rendu à Gênes pour se concerter avec les ennemis de la nation afin de livrer de nouveau Toulon aux Anglais et d'ouvrir la frontière aux armées piémontaises.


Cette accusation était stupide, puisque Bonaparte était allé à Gênes sur l'ordre de Ricord, délégué de la Convention, mais Salicetti parvint à convaincre deux autres commissaires aux armées, Albitte et Laporte. Tous trois expédièrent au général Dumebion l'ordre de relever Bonaparte de ses fonctions et de l'arrêter.

"Dans les circonstances, où l'on se trouvait, écrit Joseph Laurenti, l'ordre équivalait à une condamnation à mort, car les instructions des représentants enjoignaient de faire immédiatement transporter Bonaparte à Paris."
Le jeune général fut arrêté le samedi 23 thermidor (9 août).

D'après tous les auteurs de manuels, on l'aurait alors conduit au fort carré d'Antibes, d'où il ne serait sorti que treize jours plus tard.
Il s'agit là d'une légende. En réalité, M. Laurenti, prenant pitié de ce jeune homme qui aimait sa fille et que sa fille aimait, se rendit auprès des commissaires du peuple et se porta garant du "suspect".

Il le nota d'ailleurs sans ambiguïté dans son Journal :

"Il se jugeait perdu. Un ami s'occupa de son salut. M. Laurenti se porta sa caution et fit si bien que le général, dispensé du terrible voyage à Paris, fut simplement condamné à garder les arrêts de rigueur dans la maison de son hôte..
."
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