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 LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO

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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 16 Nov - 12:01

Ces fantaisies pseudo-historiques n'ayant pas suffi à faire oublier leur compromission dans l'affaire de la Compagnie des Indes, Fabre et Chabot décidèrent d'étourdir leurs collègues de l'Assemblée par des fêtes civiques. Poursuivant leur campagne contre la religion catholique, ils obtinrent que Notre-Dame de Paris fût débaptisée et appelée officiellement le Temple de la Raison.
L'inauguration de ce nouveau culte eut lieu le 20 brumaire (10 novembre 1793).
On avait construit dans la nef un petit temple d'une architecture "simple et majestueuse", disent les ordonnateurs de la cérémonie. Sur la façade, on lisait :
"A la philosophie.".
A l'entrée, pour remplacer les saints, "ces anciennes idoles", on avait disposé les bustes de Jean-Jacques Rousseau, de Voltaire, d'Helvétius, et de quelques autres philosophes. L'autel était élevé sur une montagne rappelant celle de Jérusalem. Au-dessus d'un rocher, brillait le "flambeau de la vérité".

Le cortège, précédé de la municipalité, se montra vers dix heures. Entre deux rangs de jeunes filles en blanc, la tête ceinte d'une couronne de chêne, la déesse Raison souriait à la foule.
Pour tenir ce rôle, Fabre avait choisi une de ses maîtresses, Mlle Maillard, chanteuse à l'Opéra.

Curieux choix, car cette jeune et très jolie demoiselle menait la vie la plus excentrique et la plus déraisonnable qui fût... Elle partageait son coeur entre plusieurs amants dont elle aimait recevoir simultanément les vigoureux hommages.


- Mon rêve, disait-elle, a toujours été d'être comblée...

Sa vie agitée et extravagante fut pleine de bizarres aventures. Je n'en citerai qu'une qui donnera une idée de son caractère singulier : elle aimait à se promener en costume masculin. Un jour, étant ainsi vêtue, elle cravacha, en plein bois de Boulogne, un officier qui venait d'insulter une promeneuse. Furieux, l'homme demanda réparation par les armes, et un duel au pistolet eut lieu le lendemain.
La chanteuse ,ayant blessé son adversaire, déboutonna le haut de sa tunique et fit jaillir ses seins nus.

- Voilà, dit-elle, qui vous a battu... Je suis une femme.

Honteux, l'officier ramassa son pistolet, grimpa dans sa voiture, et partit immédiatement se cacher en province, tandis que Mlle Maillard allait, avec ses témoins, "se mettre la fesse à l'air" sous les fougères...

C'est donc cette demoiselle que Fabre avait choisie pour personnifier la divinité que la République proposait à la France.
Elle fit son entrée dans la "ci-devant" Notre-Dame, gravement assise sur un siège antique porté par quatre hommes déguisés en druides...
Elle était vêtue d'une draperie blanche comme une vestale, portait le bonnet phrygien et tenait une pique d'ébène à la main...

Lorsqu'elle fut au pied de la montagne, tous les assistants entonnèrent l'Hymne à la Raison, dont Maire-Joseph Chénier avait écrit les paroles sur une musique de Gossec, puis le cortège, précédé de musiciens, se rendit à la Convention.
Là, Mlle Maillard descendit de son trône portatif et alla prendre place auprès du président qui l'embrassa. Après quoi, tout le monde retourna à Notre-Dame, et la chanteuse s'installa sur l'autel pour y être adorée par le bon peuple.


Le culte de la Raison, s'il faut en croire Sébastien Mercier, commença de curieuse façon. Si, dans la nef, les nouveaux dévots s'inclinaient devant Mlle Maillard en criant : "Vive la Liberté, vive la Patrie !", dans les coins sombres de la cathédrale, des scènes moins édifiantes se déroulaient.
"On avait masqué, nous dit l'auteur de Paris sous la Révolution (Sébastien MERCIER, 1789-1798), le devant des chapelles collatérales de la nef avec de grandes tapisseries, et non sans projet. Du sein de ces réduits obscurs partaient des rires aigus qui attiraient des aventuriers ; en soulevant un coin de tapisserie, ils laissaient entrevoir aux passants des scènes pour le moins aussi pittoresques que celles de la tentation de Saint-Antoine."


Les jours suivants, la même cérémonie eut lieu dans toutes les églises de Paris. A Saint-Eustache, le culte donna lieu à des scènes d'orgies. On avait dressé, dans la nef, des tables surchargées de bouteilles, de saucissons, d'andouilles et de pâtés.
"Sur les autels, nous dit encore Mercier, on sacrifiait à la fois à la luxure et à la gourmandise."
A l'intérieur du choeur, on avait planté un décor champêtre, avec petites chaumières, rochers et bouquets d'arbres. Des bandes de jeunes filles y couraient effrontément après les hommes et s'y faisaient "chatouiller la carmagnole" de façon lestement patriotique...

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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 16 Nov - 14:08

La nouvelle religion crée par Fabre et Chabot dégénéra bientôt en une vaste bacchanale. Toutes les petites comédiennes voulurent représenter la Raison, et les deux amis firent, pour cela, passer des "examens" au cours desquels ils cherchaient les caractéristiques de cette Raison en un étrange endroit...

Puis, nous dit Louis Blanc, "la divinité trouva ses personnifications dans d'impures courtisanes. Elle trôna sur les tabernacles entourée de canonniers qui, la pipe à la bouche, lui servaient de grands prêtres. Elle eut des cortèges de Bacchantes qui suivaient d'un pas aviné à travers les rues son char rempli de musiciens aveugles, et, roulant à côté, un autre char où figurait, au sommet d'un rocher tremblant, un Hercule d'opéra armé d'une massue de carton. Il y eut un moment où Paris devint la ville aux mascarades, et cela tout en criant :
"A bas les momeries !".


Cette religion ridicule finit par irriter Robespierre qui en interdit les manifestations et créa le culte de d'Etre suprême.
Furieux, en outre, de voir Fabre mener une existence luxueuse avec une comédienne couverte de bijoux, il ordonna l'arrestation de tous les "protégés" du baron de Batz, considérés comme des "agents de l'étranger".
La manoeuvre de l'ex-comédien avait échoué.

Le 24 nivôse (13 janvier 1794), il fut arrêté et conduit au Luxembourg. Bientôt Chabot, Basire, Delaunay et les frères Frey prirent le même chemin. Un procès qui devait éclabousser la Convention commençait. Au bout de trois mois d'instruction, l'affaire avait pris une telle ampleur que les Jacobins voyaient des suspects partout et que la guillotine fonctionnait sans relâche...

Le 16 germinal, jour de la "sainte" Laitue (5 avril), tous les accusés furent condamnés à mort.
Le lendemain, pour la plus grande joie du baron de Batz, qui avait su miser sur la sensualité de Fabre, quinze révolutionnaires de la première heure, dont l'auteur du calendrier républicain, étaient décapités...


Pendant que le baron de Batz dirigeait avec machiavélisme Fabre d'Eglantine vers l'échafaud, à Louveciennes, Mme Du Barry était en butte aux entreprises hardies de son dernier amoureux.
Après avoir tenté vainement de la rencontrer, Greive pensa que le seul moyen de l'approcher et d'en faire sa maîtresse était de l'arrêter. Il la surveilla, s'acquit la complicité de Zamor, le serviteur noir que Louis XV avait donné à Mme Du Barry, et adressa bientôt à la Convention une lettre dénonçant l'activité secrète de l'ancienne favorite.

Cette lettre n'ayant eu aucun effet, Greive fit rédiger une adresse signée par trente-six habitants du village, précisant que "le manoir de cette femme était le refuge ou le rendez-vous de tous les scélérats qui conspiraient contre la patrie...
Le soir même, on procéda à l'arrestation des domestiques de la comtesse, tandis qu'elle-même était gardée à vue dans son château.

Greive, ravi, touchait au but. Celle qu'il appelait "la bacchante couronnée de lierre et de roses" n'allait pas tarder à être à lui.
Il fit imprimer une brochure intitulée : Mort à la comtesse de Louveciennes, et obtint finalement du Comité de salut public un mandat d'arrêt pour celle qu'il désirait.

Le 22 septembre, il se présenta chez elle :

- Suivez-moi ! J'ai ordre de vous conduire à Paris, où vous serez incarcérée à Sainte-Pélagie !

Au bas de la "montagne de Bougival", la voiture qui les emmenait vers la capitale croisa le cabriolet de M. d'Escoure. Greive ordonna au chevalier de s'arrêter, le fit descendre et prit sa place en compagnie de la comtesse.
Enfin, il était seul avec elle ! Aussitôt, il voulut la prendre dans ses bras. Epouvantée, Mme Du Barry le repoussa. Il lui offrit la liberté la vie sauve à la condition qu'elle devînt sa maîtresse.
Elle ne répondit pas. Dépité, Greive s'ingénia, jusqu'à Paris, "par les gestes les plus indécents", à se montrer odieux avec elle... ("La plume, écrira-t-elle, quelques jours plus tard, se refuse à retracer toutes les horreurs et les outrages dont il s'est rendu coupable."

Mme Du Barry resta deux mois dans sa prison, au secret absolu. Pendant ce temps, Greive, rendu furieux par son échec, fit fouiller le château de Louveciennes et accumula des preuves contre sa victime.
Le 6 décembre, à neuf heures du matin, le procès commença. La comtesse fut d'abord interrogée. De sa voix douce, elle dit s'appeler Jeanne Vaubernier et être la femme Du Barry. Elle ajouta qu'elle était née à Vaucouleurs, en Lorraine, et qu'elle avait quarante-deux ans.
En réalité, elle en avait cinquante, mais son élcat était si grand encore que personne ne sourcilla.

Le greffier donna ensuite lecture de l'acte d'accusation, puis les témoins prêtèrent serment et Greive vint à la barre. Il se présenta ainsi :

- Georges Greive, né en Angleterre et député des Etats-Unis d'Amérique.

Sa déposition fut accablante. Il accusa l'ex-favorite d'avoir empêché le recrutement à Louveciennes, d'être entrée en contact, à Londres, avec des émigrés, et surtout, d'avoir simulé le vol des bijoux pour se rendre en Angleterre et y comploter contre la République.
N'ayant pu posséder Mme Du Barry, "le citoyen des Etats-Unis" l'envoyait à la guillotine.

A 11 heures du soir, elle était condamnée à mort..


Deux jours plus tard, elle monta dans la charrette, devant Greive qui ricanait, et fut conduite place de la Révolution.
Tout le long du chemin, la malheureuse poussa des cris déchirants et demanda pardon aux Parisiens de ses fautes passées. Son désespoir était si atroce que, dans la foule, une femme du peuple, raconte-t-on, se tourna vers sa voisine et eut ce mot extraordinaire :

- Si elles criaient toutes comme celle-là, moi je ne viendrais plus !

En voyant la guillotine, Mme Du Barry se roula dans le fond de la charrette en demandant grâce. Pour la faire descendre, il fallut qu'un garde la prît dans ses bras et la portât jusqu'à l'échafaud. Sur la planche, elle supplia :

- Encore une minute, monsieur le bourreau !

Alors elle jeta un cri affreux, un "cri inhumain", qui glaça d'effroi tous les assistants, et le couperet tomba...
La dernière grande favorite des rois de France venait de mourir..
.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Jeu 17 Nov - 20:39

DANTON ET CAMILLE DESMOULINS GUILLOTINES A CAUSE DE LEURS FEMMES



Une bonne épouse doit savoir conduire son mari très loin - Paul BOURGET -



En ce début d'année 1794, la plupart des grands acteurs de la Révolution étaient passés sous le "rasoir patriotique".
Le Comité de salut public, effrayé par les succès des troupes ennemies et croyant la patrie perdue, condamnait à mort tous les "tièdes".
Or si deux des membres les plus importants de la Convention pouvaient être, à ce moment, accusés d'avoir quitté la "ligne du parti", la responsabilité en incombait entièrement à leurs trop amoureuses épouses.
Ces deux hommes étaient Desmoulins et Danton.


Camille, après son mariage, avait vu le danger. Soupçonné de s'amollir auprès d'une femme riche, il s'était rejeté dans la mêlée et avait mis un point d'honneur à écrire des articles aussi violents que par le passé. Lucile, qui partageait son enthousiasme et ses haines, l'aidait, trouvant le mot piquant ou l'épithète cocasse qui devait donner de la saveur au pamphlet.
"Penchée sur son épaule, nous dit Fleury, elle le regardait écrire, s'absorber, rouler sa plume entre ses doigts. Quand il avait terminé son article, elle voulait le lui entendre lire, et c'étaient des éclats de rire et des folies qui animaient encore la verve de Camille.
"Dans ce ménage heureux, heureux autant qu'on peut l'être, c'étaient mille folles querelles, mille raccommodements, mille soufflets, mille baisers. Quelquefois, Lucile mettait son mari en colère. Elle le boudait et lui jouait un charvari en faisant aller sur son piano les griffes de sa chatte". (ED. FLEURY, Camille Desmoulins).

Mais ces querelles ne duraient jamais bien longtemps, et Lucile venait se pelotonner aux pieds de son héros.
Elle l'adorait. Ed. Fleury rapporte qu'il a eu en main "un méchant papier sur lequel Lucile avait griffonné le nom de Camille, vingt fois répété, entrelacé dans des additions, dans des profils grotesques, dans des arabesques qui n'avaient pas le sens commun".


Bientôt, les craintes des patriotes s'étaient vérifiées.
Camille, transformé par la douceur de son foyer, par le charme apaisant de Lucile, par le plaisir de recevoir des amis (Brune, futur maréchal d'Empire ou Danton, venu en voisin) s'était embourgeoisé. Sa plume était devenue moins virulente. Il avait cessé de s'intéresser aux malheurs de la patrie pour s'occuper de son bonheur à lui.


Au mois de juillet 1792, Lucile lui avait donné un fils qu'on s'était empressé de baptiser Horace, et il avait perdu encore un peu de son goût pour les tueries...
Le 10 août, pourtant, traîné par des amis, Camille s'était mêlé aux manifestants ; mais bien vite il avait regagné son lit où Lucile l'attendait en tremblant...
Le 11, à l'aube, on était venu lui apprendre que la monarchie avait été renversée et que Danton était ministre de la Justice.

Il s'était précipité chez son ami et l'avait trouvé au lit où il dormait encore :

-Eh ! ... Tu es ministre de la Justice !
- Quoi ?
- Oui, ministre !

Danton lui avait donné une grande claque dans le dos :

- Dans ce cas, je te nomme secrétaire du Sceau !

Puis le tribun s'était levé en chantant la Chandelle de l'Abbé, ce qui témoignait chez lui d'une joie profonde...
Investi de pouvoirs officiels, Camille avait considéré, dès lors, le petit peuple qui réclamait du pain, comme un ramassis de dangereux trublions et s'était déclaré défenseur de l'ordre....

Quinze jours plus tard, il avait emménagé avec Lucile, place Vendôme, au "palais des Lamoignon" , rempli de meubles précieux et de magnifiques tapisseries des Gobelins
...
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 18 Nov - 19:15

ZUT DE ZUT, LE TEXTE S'EST EFFACE.... OBLIGEE DE TOUT RECOMMENCER ... Evil or Very Mad Sad



Une existence nouvelle commençait pour l'ancien agitateur.
Le dimanche, les Desmoulins invitaient leurs amis au Clos Payen - la maison de campagne des Duplessis à Bourg-la-Reine (devenu Bourg-Egalité) - et Lucile organisait des jeux.
Pendant quelques heures, les farouches Cordeliers s'amusaient comme des enfants et gambadaient dans le jardin.
Atous, la jeune femme avait donné des surnoms : Fréron était appelé Lapin ; Camille, Bouli-Boula ; Danton, Marius ; Mme Duplessis, Melpomène ; Brune, Patagon, et Lucile, Pouleau ou la Poule de Cachan, en souvenir d'une poule qui, séparée de son coq, s'était laissée mourir de faim.


Cette vie calme et bucolique continua de métamorphoser Camille. Elu député à la Convention, il ne se fit reparquer à la tribune que par des discours extravagants, où le désir de faire parler de lui était manifestement plus grand que la passion politique. D'ailleurs, lorsqu'il lui arrivait d'écrire un article, c'était plus par démangeaison d'écrivain que par conviction...
Devenu littérateur de la Révolution, il ne songeait pas, les pieds dans ses pantoufles, aux conséquences que pouvaient avoir ses écrits.
C'est ainsi qu'il publia l'Histoire des Brissotins qui devait, à son grand étonnement, conduire les Girondins à la guillotine...
La Révolution, alors, l'agaça...
La dictature du Comité de salut public lui déplut, et son goût récent de l'ordre se trouva choqué par toutes ces têtes coupées qui traînaient place de la Révolution...


Il en parla à Danton qui, depuis quelque temps, paraissait de moins en moins aux séances des Jacobins et semblait, lui aussi, fatigué de faire couler du sang.
Le tribun haussa les épaules.

- J'ai, pour l'instant, d'autres préoccupations, dit-il.

En effet, il allait se remarier avec Mlle Gély, une adorable adolescente de seize ans et ne songeait qu'à l'amour. Il confia à son ami que, sa future belle-mère étant royaliste, ses idées républicaines le gênaient un peu.

- L'important, dit Camille, est d'être heureux avec la femme qu'on aime.


Danton suivit ce conseil. Le lendemain, il alla déclarer à Mme Gély qu'il se repentait d'avoir voté la mort du roi, que la République lui paraissait une chimère et qu'il était prêt à se marier religieusement.
La cérémonie eut lieu à Saint-Germain-des-Prés...
(1)


(1) Sa première femme, Gabrielle Charpentier, était morte en février 1793. Danton se trouvait alors en Belgique. Il revint à Paris le 18. Fou de chagrin, il se précipita au cimetière et fit exhumer Gabrielle pour la voir une dernière fois. Ce fait est attesté par le catalogue du Salon de 1793, qui mentionne "un buste de la citoyenne Danton exhumée après sept jours et moulé sur le cadavre par le citoyen Desenne, sourd-muet".
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 18 Nov - 19:31

Après quoi, Danton et son épouse partirent passer leur lune de miel loin de la guillotine, à Arcis-sur-Aube...
Demeuré seul, Camille n'eut plus qu'une idée : vivre calmement avec Lucile et son petit Horace.
C'est alors qu'il fonda Le Vieux Cordelier où il demanda l'ouverture des prisons, cria à la tyrannie et prêcha la modération (1)

Quelques semaines plus tard, le 31 mars 1794, il était arrêté, ainsi que Danton, dont la retraite sentimental à Arci-sur-Aube n'avait pas été du goût de Robespierre...(2
)



(1) Dans le n° 5 du Vieux Cordelier, Camille Desmoulins dénonçait les relations d'Hébert avec le banquier hollandais Jean Conrad Kock, qui habitait le village de Passy :
"Toi qui me parles de mes sociétés, écrivait-il en apostrophant le rédacteur du Père Duchesnes, crois-tu que j'ignore que tes sociétés, c'est une femme Rochechouart, agent des émigrés ; c'est le banquier Kock, chez qui toi et ta Jacqueline, vous passez à la campagne les beaux jours de l'été ? Penses-tu que j'ignore que c'est avec l'intime de Dumouriez, le banquier hollandais Kock, que le grand patriote Hébert, après avoir calomnié dans sa feuille les hommes les plus purs de la République, allait, dans sa grande joie, lui et sa Jacqueline, boire le vin de Pitt et porter des toasts à la ruine des réputations des fondateurs de la liberté ?"

Ce texte alarma Saint-Just qui dénonça les hébertistes à la tribune de la Convention. les dîners galants auxquels participaient le Père Duchesne et sa femme, une ancienne religieuse du couvent de la Conception-Saint-Honoré, furent donc l'un des griefs que l'on retint contre le publiciste, ainsi que le prouve l'acte d'accusation rédigé par Fouquier-Tinville :
"Il paraît que c'est chez le banquier hollandais Kock, à Passy, que se rendaient les principaux conjurés ; que là, après avoir médité dans l'ombre leur révolte criminelle et les moyens d'y pourvoir, ils se livraient, dans l'espoir d'un succès complet, à des orgies poussées fort avant dans la nuit."
Après de courts débats, Jean-Conrad Kock, Hébert et leurs amis furent condamnés à mort et exécutés le 4 germinal an II (24 mars 1794). Le banquier hollandais laissait un fils âgé de quelques jours. Ce bébé devait devenir l'un des plus malicieux romanciers français sous le nom de Paul de Kock...


(2) "La fougueuse passion de Danton pour sa seconde femme n'a pas peu contribué à l'amollir dans sa Capoue conjugale d'Arcis-sur-Aube." - Victorien SARDOU
.)
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 18 Nov - 20:42

En arrivant au Luxembourg, où il devait être incarcéré, Camille, qui était fort émotif, éclata en sanglots.
Danton l'apostropha :

- Pourquoi pleurer ? Puisqu'on nous envoie à l'échaufaud, montons-y gaiment ! ...

Cette phrase ne releva pas le moral de Camille qui se laissa menier tristement jusqu'à la cellule située dans les derniers étages du palais où Robespierre avait décrété qu'il serait mis au secret.
Dès qu'il fut seul, il examina la pièce. C'était une chambre sans confort, mais propre, dont la fenêtre s'ouvrait au ras du plancher. En se pendant, il aperçut le jardin du Luxembourg et l'allée où il avait rencontré onze ans plus tôt Mme Duplessis et ses filles... Cette vision fit redoubler ses sanglots.
Il alla en gémissant vers la table et écrivit une longue lettre à Lucile.


Ma Lucile, ma vertu, mon ange, la destinée ramène dans ma prison mes yeux sur ce jardin où je passai huit années de ma vie à te suivre. Un soin de vue sur le Luxembourg me rappelle une foule de souvenirs sur nos amours. Je suis au secret, mais jamais je n'ai été, par la pensée, par l'imagination, presque par le toucher, plus près de toi, de ta mère, de mon petit Horace.
Je ne técris ce premier billet que pour te demander les choses de première nécessité. Mais je vais passer tout le temps de ma prison à técrire ; car je n'ai pas besoin de prendre ma plume pour autre chose et pour ma défense - ma justification est tout entière dans mes huit volumes républicains. C'est un bon oreiller sur lequel ma conscience s'endort dans l'attente du tribunal et de la postérité.
O ma bonne Lolotte, parlons d'autre chose ! Je me jette à genoux, j'étends les bras pour t'embrasser, je ne trouve plus mon pauvre Loulou et cette pauvre Daronne.
Envoie-moi un pot à eau, le verre où il y a un C et un D, nos deux noms ; une paire de draps, un livre en 12 que j'ai acheté, il y a quelques jours, à Charpentier et dans lequel il y a des pages en blanc mises exprès pour recevoir des notes. Ce livre roule sur l'immortalité de l'âme. J'ai besoin de me persuader qu'il y a un Dieu plus juste que les hommes et que je ne puis manquer de te revoir. Ne t'affecte pas trop de mes idées, ma chère amie, je ne désespère pas encore des hommes et de mon élargissement ! Oui, ma bien-aimée, nous pourrons nous revoir encore dans le jardin du Luxembourg ; mais envoie-moi ce livre. Adieu, Lucile ! Adieu, Daronne ! Adieu, Horace ! Je ne puis pas vous embrasser, mais aux larmes que je verse, il me semble que je vous tiens encore contre mon sein.

Ton Camille.


En lisant cette lettre, Lucile fut écrasée de chagrin. Elle courut chez Mme Danton qui lui apprit en pleurant, elle aussi, que son mari avait été mis au secret.

- Alors, pourquoi suis-je libre ? s'écriat Lucile. Est-ce parce que je ne suis qu'une femme . Pense-t-on que je n'oserai élever la voix ? J'irai aux Jacobins. J'irai voir Robespierre. Il a été notre ami, il a été le témoin de notre mariage ; il ne peut être notre assassin.

- Je vous accompagne, dit Mme Danton.

Les deux femmes allèrent au Comité de salut public, mais Robespierre refusa de les recevoir.
Comprenant que tout effort était inutile, Lucile voulut tout au moins apporter un dernier réconfort à Camille.
Tous les jours, elle se rendit avec sa mère au Luxembourg et s'assit sur un banc, en face de la prison. Là, courageusement, elle essayait de sourire ; quand les larmes lui piquaient trop les yeux, elle s'en allait...

Le 12 germinal an II (2 avril 1794), Camille fut transféré à la Conciergerie. Avant de quitter le Luxembourg, il avait écrit à Lucile une lettre extraordinaire qui, malheureusement, ne parvint jamais à la jeune femme. C'était un long cri de désespoir et d'amour :


Le sommeil bienfaisant a suspendu nos maux. On est libre quand on dort ; on n'a point le sentiment de sa captivité ; le ciel a eu pitié de moi. Il n'y a qu'un moment je te voyais en songe, je vous embrassais tour à tour, toi, Horace et Daronne, qui était à la maison ; mais notre petit avait perdu un oeil par une humeur qui venait de se jeter dessus, et la douleur de cet accident m'a réveillé. Je me suis retrouvé dans mon cachot. Il faisait un peu de jour.
Ne pouvant plus te voir et entendre tes réponses, car toi et ta mère vous me parliez, je me suis levé au moins pour te parler et t'écrire. Mais, ouvrant une fenêtre, la solitude, les affreux barreaux, les verrous qui me séparent de toi, ont vaincu toute ma fermeté d'âme. J'ai fondu en larmes, ou plutôt, j'ai sangloté en criant dans mon tombeau :
"Lucile ! Lucile ! O ma chère Lucile, où es-tu ?..." (Ici, on remarque la trace d'une larme).
Hier au soir, j'ai eu un pareil moment, et mon coeur s'est également fendu quand j'ai aperçu dans le jardin ta mère. Un mouvement machinal m'a jeté à genoux contre les barreaux, j'ai joint les mains comme implorant sa pitié, elle qui gémit, j'en suis sûr, dans ton sein. J'ai vu hier sa douleur (ici encore une trace de larme) à son mouchoir et à son voile baissé, ne pouvant tenir à ce spectacle. Quand vous viendrez, qu'elle s'asseye un peu plus près de toi, afin que je vous voie mieux. Il n'y a pas de danger à ce qu'il me semble... mais surtout, je t'en conjure, ma Lolotte, par nos amours éternelles, envoie-moi ton portrait ; que ton peintre ait compassion de moi, qui ne souffre que pour avoir eu compassion des autres ; qu'il te donne deux séances par jour. Dans l'horreur de ma prison, ce sera pour moi une fête, un jour d'ivresse et de ravissement, celui où je recevrai ce portrait.
En attendant, envoie-moi de tes cheveux ; que je les mette contre mon coeur. Ma chère Lucile ! me voilà revenu au temps de mes premières amours, où quelqu'un m'intéressait par cela seul qu'il sortait de chez toi. Hier, quand le citoyen qui t'apporta ma lettre fut revenu :
"Eh bien ! vous l'avez vue ? lui dis-je, comme je le disais autrefois à cet abbé Landreville, et je me surprenais à le regarder comme s'il fût resté sur ses habits, sur toute sa personne, quelque chose de toi. C'est une âme charitable, puisqu'il t'a remis ma lettre sans tarder. Je le verrai, à ce qu'il paraît, deux fois par jour, le matin et le soir. Le messager de nos douleurs me devient aussi cher que l'aurait été autrefois le messager de nos plaisirs.

Camille s'arrête un instant de gémir pour noter un détail sur ses voisins de cellule :

J'ai découvert une fente dans mon appartement ; j'ai appliqué mon oreille, j'ai entendu la voix d'un malade qui souffrait. Il m'a demandé mon nom, je le lui ai dit.
"O mon Dieu !" s'est-il écrié à ce nom, en retombant sur son lit, d'où il s'était levé, et j'ai reconnu distinctement la voix de Fabre d'Eglantine.
"Oui, je suis Fabre, m'a-t-il dit. Mais toi ici ! la contre-révolution est donc faite ?"
Nous n'osons cependant nous parler, de peur que la haine ne nous envie cette faible consolation, et que, si on venait à nous entendre, nous ne fussions séparés et resserrés plus étroitement ; car il a une chambre à lui, et la mienne serait assez belle si un cachot pouvait l'être.

Mais ma chère amie ! tu n'imagines pas ce que c'est que d'être au secret sans savoir pour quelle raison, sans avoir été interrogé, sans recevoir un seul journal ! C'est vivre et être mort tout ensemble ! C'est n'exister que pour sentir qu'on est dans le cercueil ! On dit que l'innocence est calme, courageuse. Ah ! ma chère Lucile, ma bien-aimée ! Souvent mon innocence est faible comme celle d'un mari, celle d'un père, celle d'un fils ! Si c'était Pitt ou Cobourg qui me traitassent si durement ; mais mes collègues, mais Robespierre, qui a signé l'ordre de mon cachot ; mais la République, après tout ce que j'ai fait pour elle ! C'est là le prix que je reçois de tant de vertus et de sacrifices ! En entrant ici, j'ai vu Hérault-Séchelles, Simon Ferroux, Chaumette, Antonelle ; ils sont moins malheureux ! aucun n'est au secret. C'est moi qui me suis voué depuis cinq ans à tant de ahine et de périls pour la République, moi qui ai conservé ma pauvreté au milieu de la Révolution, moi qui n'ai de pardon à demander qu'à toi seule au monde, ma chère Lolotte, et à qui tu l'as accordé, parce que tu sais que mon coeur, malgré ses faiblesses, n'est pas indigne de toi, c'est moi que des hommes qui se disaient mes amis, qui se disent répuglicains, jettent dans un cachot, au secret, comme si j'étais un conspirateur ! Socrate but la ciguë, mais, au moins, il voyait dans sa prison ses amis et sa femme.

Combien il est plus dur d'être séparé de toi ! Le plus grand criminel serait trop puni s'il était arraché à une Lucile autrement que par la mort qui ne fait sentir, du mois, qu'un moment la douleur d'une telle séparation.
Mais un coupable n'aurait point été ton époux, et tu ne m'as aimé que parce que je ne respirais que pour le bonheur de mes concitoyens.... On m'appelle
...
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 19 Nov - 13:23

Ouh là suis en retard moi, je viendrai lire ca ce soir ..
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 19 Nov - 19:03

A son retour dans la cellule, Camille reprit sa plume :

Dans ce moment, les membres du tribunal révolutionnaire viennent de m'interroger. Il ne me fut fait que cette question : si j'avais conspiré contre la Révolution. Quelle dérision ! Et veut-on insulter ainsi au républicanisme le plus pur ! Je vois le sort qui m'attend. Adieu, ma Lolotte, mon bon loup ; dis adieu à ton père. Tu vois en moi un exemple de la barbarie et del'ingratitude des hommes.
Mes derniers moments ne te déshonoreront point. Tu vois que ma crainte était fondée, que mes pressentiments furent toujours vrais. J'ai épousé une femme céleste par ses vertus ; j'ai été bon mari, bon fils, j'aurais été bon père.
J'emporte l'estime et les regrets de tous les vrais républicains, de tous les hommes, la vertu et la liberté. Je meurs à trente-quatre ans, mais c'est un phénomène que j'aie traversé, depuis cinq ans, tant de précipices de la Révolution sans y tomber et que j'existe encore, et j'appuie ma tête avec calme sur l'oreiller de mes écrits...
Oh !ma chère Lucile ! J'étais né pour faire des vers, pour défendre les malheureux, pour te rendre heureuse, pour composer avec ta mère et mon père, et quelques personnes selon notre coeur, un Otaïti. J'avais rêvé une République que tout le monde eût adorée. Je n'ai pu croire que les hommes fussent si féroces et si injustes (et c'est lui qui écrit ça ! pfffffff Evil or Very Mad )
Comment penser que quelques plaisanteries dans mes écrits contre des collègues qui m'avaient provoqué effaceraient le souvenir de mes services.
Nous pouvons bien emporter avec nous ce témoignage, que nous périssons les derniers républicains ! Pardon, chère amie, ma véritable amie que j'ai perdu du moment où on nous a séparés ; je m'occupe de ma mémoire. Je devrais bien plutôt m'occuper de te la faire oublier. Ma Lucile, mon bon Loulou, ma poule à Cachan, je t'en conjure, ne reste point sur la branche, ne m'appelle point par tes cris ; ils me déchireraient au fond du tombeau. Va gratter pour ton petit, vis pour mon Horace, parle-lui de moi. Tu lui diras, ce qu'il ne peut entendre, que je l'aurais bien aimé !
Malgré mon supplice, je crois qu'il y a un Dieu. Je te reverrai un jour, ô Lucile, ô Annette. Sensible comme je l'étais, la mort, qui me délivre de la vue de tant de crimes, est-elle un si grand malheur ? Adieu, Loulou, ma vie, mon âme, ma divinité sur la terre ! Je te laisse de bons amis, tout ce qu'il y a d'hommes vertueux et sensibles. Adieu, Horace, Annette, Adèle ! Adieu, mon père ! Je sens fuir devant moi le rivage de la vie. Je vois encore Lucile ! Je la vois, ma bien-aimée, ma Lucile. Mes mains liées t'embrassent et ma tête séparée repose encore sur toi ses yeux mourants...


Cette lettre, Lucile ne la lut jamais. Entre deux stations, sur le banc du Luxembourg, la jeune femme avait rencontré un ami du général Dillon. Celui-ci, bien qu'arrêté, espérait, du fond de sa prison, fomenter un soulèvement contre les comités.
Dénoncée comme conspiratrice, Lucile avait été conduite à la Conciergerie le 5 avril.
Camille apprit l'arrestation de sa femme en plein tribunal révolutionnaire et fut écrasé de chagrin.


Le lendemain, il était conduit à l'échafaus avec Danton. (Avant de mourir, Danton, qui considérait l'Incorruptible comme une femmelette s'écria :
- Si je laissais mes c... à Robespierre, cela irait mieux au Comité de salut public !
mais personne ne prit cette proposition au sérieux.)

Tous deux mouraient victimes de l'amour. Sans leurs épouses qu'ils adoraient, ni l'un ni l'autre, en effet, ne se fussent "embourgeoisés". Leur "déviationnisme", pour employer un terme de notre temps, commença le jour où ils connurent la douceur d'un foyer...


Pendant six jours, Mme Duplessis multiplia les démarches pour faire libérer sa fille. Elle écrivit finalement à Robespierre qui avait désiré un moment devenir son gendre en épousant Adèle :

Ce n'est donc pas assez d'avoir assassiné ton meilleur ami, tu veux encore le sang de sa femme...
Ton monstre de Fouquier-Tinville vient de donner l'ordre de l'emmener à l'échafaud ; deux heures encore, et elle n'existera plus. Robespierre, si tu n'es pas un tigre à face humaine, si le sang de Camille ne t'a pas enivré au point de perdre tout à fait la raison, si tu te rappelles encore nos soirées d'intimité, si tu te rappelles les caresses que tu prodiguais au petit Horace que tu te plaisais à tenir sur tes genoux, si tu te rappelles que tu devais être mon gendre, épargne une victime innocente, mais si ta fureur est celle d'un lion, viens nous prendre aussi, moi, Adèle et Horace. Viens nous déchirer tous trois de tes mains encore fumantes du sang de Camille ; viens, viens, et q'un seul tombeau nous réunisse
...



Cette lettre n'eut aucun effet sur Robespierre. L'Incorruptible ignorait la pitié.
S'il eût connu lui aussi la douceur d'un foyer, peut-être eût-il agi différemment. Mais sa liaison avec Eléonore Duplay n'avait rien de romantique. Il demandait à cette jeune fille amoureuse de lui une chose précise qui semblait nécessaire à son équilibre d'homme, et c'était tout.
Il laissa donc partir Lucile pour la guillotine.

Le 24 germinal, à six heures du soir, après avoir dit d'un ton joyeux :"Je vais donc revoir mon Camille !)
elle monta prestament les marches de l'échafaud.
L'instant d'après, au fond du panier, nous dit le bourreau Sanson, "sa tête semblait sourire, comme dans une extase heureuse.
.."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Dim 20 Nov - 17:27

LES CHOUANS VAINCUS A CAUSE DE LA MAÎTRESSE DU GENERAL HOCHE



Charette, toujours galant envers les dames, l'accueillit avec empressement - A. BILLAUT -



LA légende nous dit que le catoblépas était un animal si bête qu'il se mangeait les pieds sans s'en apercevoir...
Au printemps 1794, la Révolution n'était pas loin de ressembler à ce quadrupède stupide. Tous les jours, le Comité de salut public, croyant supprimer les suspects et des antipatriotes, envoyait à l'échafaud des hommes qui étaient ses plus sûrs soutiens... Autodestruction dont le peuple ne pouvait que se féliciter, puisqu'elle allait, peu à peu, faire rentrer les choses dans l'ordre.


Or, tandis qu'à Paris les révolutionnaires connaissaient avec stupéfaction les souffrances qu'ils avaient infligées pendant quatre ans à leurs ennemis et mouraient en poussant des gémissements romantiques, en Vendée, M. de Charette, à la tête de ses chouan, continuait de mener une existence à la fois militaire et voluptueuse.
Courant, le jour, à la poursuite des Bleus chargés par la Convention de réprimer l'insurrection vendéenne, il passait ses nuits à montrer à de belles amies que "la marche dans les halliers n'avait point affaibli son ardeur aux jeux du lit".
Il tint même à prouver, certains soir, qu'il pouvait être dans le même moment capitaine et amant. Le 3 avril 1794, vers minuit, alors qu'il était en train de combler la ravissante Mme de Monsorbier qui avaitpourtant un fier tempérament, on frappa à laporte de sa chambre.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il, sans s'arrêter d'oeuvrer pour le plaisir de sa dame.
- Un groupe de Bleus esst signalé à l'entrée de la forêt. Il se dirige vers le village.
- Je ne peux pas sortir. Postez des hommes dans les premières maisons du bourg et laissez approcher l'ennemi.

Le Choua alla transmettre les ordres de M. de Charette dont les ébats amoureux n'avaient pas été interrompus un instant.

Quelques minutes plus tard, un autre Vendéen vint frapper à la porte :

- Les Bleus avancent lentement.
- Où sont-ils ?
- A la hauteur de la maison Nivert.
- Que dix homme contournent la maison Follereau et prennent les Bleus à revers.
- Devons-nous attaquer ?
- Non, pas sans mon ordre !


Pendant tout ce dialogue, M. de Charette avait continué, nous dit Pierre Gundeau, "son galant entretien avec Mme de Monsorbier". La dame, stupéfaite de tant de sang-froid, ne savait s elle devait admirer ou se vexer.
Voyant que son amant montrait tous les signes d'un violent plaisir, elle prit le parti d'admirer...

Toutes les cinq minutes, une nouvelle estafette venait prendre les ordres du chef qui menait ainsi, de front, deux combats.
Lorsqu'il eut posté tous ses hommes aux endroits stratégiques, M. de Charette, la main sur le sein de sa maîtresse, cria d'une voix calme :

- Attaquez !

Aussitôt transmis, l'ordre fut exécuté. Des coups de feu éclatèrent dans la nuit, et la bataille commença. "M. de Charette, nous dit Pierre Guindeau, en suivant toutes les phases. Mars et Vénus l'habitaient en même temps."

Enveloppés, cernés, les Répblicains furent rapidement anéantis. Un messager vint annoncer, toujours à travers la porte, la victoire au chef maraîchin.

- Bravo ! dit-il, vous avez été merveilleux !


C'était exactement ce que pensait Mme de Monsorbier de son extraordinaire amant.
- J'irai tout à l'heure interroger les prisonniers, dit encore M. de Charette qui pensait à tout vraiment.
Faites-les venir...

Il fut interrompu par un grand cri. Mme de Monsorbier venait de sombrer dans la volupté.
Alors le chef maraîchin se laissa gagner par le plaisir.
Il avait mené à bien ses deux affaires
.
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Lun 21 Nov - 11:54

rhooooooooooooo Embarassed
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 21 Nov - 19:28

Cette démonstration fut naturellement connue de toutes les amazones vendéennes qui, dès lors, considérèrent M. de Charette comme un dmi-dieu...
Sa réputation d'amoureux fervent et de soldat austère s'étendit même parmi les Républicains à la suite d'une curieuse aventure.
Un soir, un officier patriote, nommé Naudy, allait se coucher avec sa femme lorsqu'on vint l'informer que Charette et son armée se ruaient vers la ville.
Affolé, il sauta sur un cheval et s'enfuit, abandonnant son épouse. Une demi-heure plus tard, Charette entrait précisément dans la maison où se trouvait cachée Mme Naudy, et demandait le gîte et le couvert...
Il ne se doutait pas qu'il allait avoir aussi le reste...


Après le repas, il remercia la maîtresse de maison de son accueil. Celle-ci en profita pour lui demander une grâce.

- Il y a , ici, une dame républicaine qui se cache. Accepteriez-vous d'être généreux avec elle ?

- Qu'elle se montre, dit Charette souriant.

Mme Naudy parut. Sa grâce, ses yeux bleus, séduisirent le Chouan qui fit apporter un vin pétillant pour trinquer.

- Je vous prends sous ma protection, madame ! ...

Toute la soirée, la jeune femme fut sous le charme. Eblouie par la courtoisie et l'élégance de ce chef militaire, elle admirait son esprit, ses yeux, son costume, la plume blanche qui flottait à son chapeau, ses dentelles, sa cravate, sa veste violette, brodée de soie verte et d'argent.
A minuit, elle était amoureuse.


Ravie de se venger d'un mari assez égoïste pour fuir en l'abandonant, elle accepta de suivre Charette dans sa chambre.
A minuit et demi, le chef vendéen remportait une éclatante victoire sur les Républicains...
Heurex de pouvoir montrer à une représentante du parti adverse "la puissance virile de la rébellion, il multiplia les attaques, et ne consentit à dormir qu'au moment où Mme Naudy, exténuée, lui demanda grâce d'une voix mourante
".
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Lun 21 Nov - 21:15

Franchement , quelle idée de s'appeler Charette !
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 22 Nov - 19:53

Hélas ! cette belle humeur et cet amour des dames devaient conduire M. de Charette à sa perte.
Tout d'abord, les Républicains tentèrent de le ridiculiser par ne chanson ironique dont voici deux couplets :


Le beau Monsieur de Charette,
Vive la loi !
En amour, rien ne l'arrête,
A bas le roi !
Il a dix femmes dans son lit
Pour y passer de folles nuits,
A bas le roi !
Vive la loi !

C'est un vrai foudre de guerre,
Vive la loi !
Mais il ne le montre guère,
A bas le roi !
Car ses plus glorieux combats,
Ne sont livrés qu'entre deux draps
A bas le roi !
Vive la loi !


Les Chouans répliquèrent par une chanson qui se chantait sur le même air :

Si le merveilleux Charette,
Vive le roi !
Peut contenter d'une traite,
A bas la loi !
Jusqu'à dix femmes et même mieux,
C'est qu'il est plus ardent qu'un Bleu !
A bas la loi !
Vive le roi
!


(Ce couplet, on en conviendra, ne ressemble guère à la fameuse chanson de M. de Charette qui a été écrite cent ans plus tard par le romancier Paul Féval :

Monsieur de Charette a dit à ceux d'Ancenis (bis)
Mes amis !
Nous allons ramener la fleur de lys.
Prends ton fusil Grégoire,
Prends ta gourde pour boire,
Prends ta Vierge d'ivoire,
Nos messieurs sont partis,
Pour chasser la perdrix
!


Cette supériorité n'allait pas empêcher le chef chouan d'être vaincu.
A la fin de 1794, M. de Charette, qui a vait refusé de se joindre aux autres armées vendéennes pour demeurer à Legé, "au milieu de ses dames", était à bout de souffle.
"Sans poudre, sans munitions, nous dit Emile Gabory, presque sans soldats, il parcourait, comme une bête traquée, les étroits chemins du Bocage."


Une femme devait le perdre.
Un soir, dans un bois, près de Saint-Hilaire-de-Loulay, alors qu'il venait de repousser une attaque des Bleus, une élégante cavalière parut au détour d'un chemin et lui dit :

- Êtes-vous M. de Charette ?
- Pour vous servir, madame !

La jeune femme poussa un soupir :

- Enfin, dit-elle.

Puis elle descendit de cheval et se présenta :

- Je suis la marquise Du Grégo. Depuis deux jours, les Républicains me poursuivent. Mon père a émigré, mon mari a été fusillé à Quiberon. Protégez-moi !
Comme elle était jolie, Charette l'amena sans tarder dans une chaumière où, sur une couche rustique, il lui montra son savoir-faire...


Or, Mme Du Grégo était une espionne. Maîtresse du général Hoche, elle avait été envoyée à Saint-Hilaire par son amant pour découvrir les retraites chouannes...

Pendant quelques jours, elle suivit les Vendéens de village en village, notant leurs moyens de camouflage, leurs cachettes, leurs signaux de ralliement et le nom de leurs ravitailleurs. Et puis, un matin, elle s'aperçut que, prise à son jeu, elle était devenue, elle aussi, amoureuse du chef maraîchin.

Dès lors, elle cessa de s'intéresser à la guerre pour ne penser qu'au moment où Charette la tiendrait dans ses bras. Sans doute, sa mission se serait-elle terminée ainsi, dans la douceur d'une idylle classique, si, un jour, la sémillant veuve n'avait appris qu'elle était supplantée par une jolie villageoise...
Le soir même, sans rien dire, elle quitta le camp des Chouan, retourna vers Hoche, et lui livra le secret des refuges de son amant trop volage.


Quelques jours plus tard, M. de Charette était pris. Conduit à Nantes, il fut condamné à être fusillé et mourut noblement.

Sa disparition marqua la fin de la guerre de Vendée qui, commencée sous l'impulsion de quelques belles fanatiques, se terminait à cause d'une femme jalouse...
!

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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mer 23 Nov - 8:10

Ha ha, c'est très vilain mais c'est bien fait, na rendeer
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 26 Nov - 20:28

THERESIA CABARRUS ARRÊTE LA TERREUR A BORDEAUX



Cette femme tenait dans sa main le coeur de celui qui tenait la vie et la mort - LAMARTINE -



Un matin de juin 1784, dans le château de Saint-Pierre de Caravenchel de Arriba, près de Madrid, une ravissante fillette lisait un roman à l'ombre d'un eucalyptus.
Agée de douze ans, elle en paraissait dix-sept. Grande, admirablement faite, elel avait des cheveux qui lui tombaient aux reins, des yeux frippons et des seins dont on parlait avec émerveillement dans toute la région...


Voici d'ailleurs comment la décrit Louis Gastine :
"Elle n'a pas les bras maigres, ses bras promettent déjà, au contraire, par leur charmantes rondeurs, de devenir des merveilles ; sous peu, ils tiendront généreusement cette promesse. Son col gracieux n'a rien de frêle. Il s'attache sur une gorge ronde et des épaules exquises. Ses mollets sont d'une agréable ampleur, ses genoux n'ont rien d'anguleux, et sa poitrine, malgré les corsages peu flatteurs, met en relief des prisonniers dont l'indomptable résistance défie par avance les plus ardents aussauts."


Cette enfant dotée d'une si précoce séduction s'appelait Thérésia Cabarrus.
Née en 1773 de parents français, elle était Espagnole depuis 1781, son père, François Cabarrus, banquier à Madrid, s'étant fait naturaliser à cette date avec toute sa famille.

Mais pour lors, ce changement de nationalité la laissait absolument indifférente ; sa principale et d'ailleurs seule préoccupation étant l'amour...
A douze ans, elle se sentait, en effet, profondément troublée par les hommes, et les regardait parfois avec une insistance qui faisait murmurer.
Ce matin-là, elle lisait donc un roman lorsque la voix de son père retentit dans le jardin.

- Thérésia ! Viens embrasser ton oncle.

L'adolescente soupira. L'idée de quitter sa lecture pour aller saluer un oncle qu'elle n'avait jamais vu l'agaça. Elle se leva pourtant et se rendit vers la maison où le frère de Mme Cabarrus, qui venait de France, était déjà en train de boire un verre de vin cuit.
En entrant dans le salon, elle demeura saisie. Cet oncle, qu'elle imaginait vieux, ventripotent et chauve, était un homme de trente-deux ans, élégant et fort séduisant.

- Maximilien, voici ta nière, dit Mme Cabarrus.

L'oncle, fort troublé lui aussi, considérait cette ravissante jeune fille et pensait que les liens de la famille étaient bien doux, qui allaient lui permettre de tenir, sans plus attendre, Thérésia dans ses bras...


Ce coup de foudre réciproque allait avoir des suites. Le soir même, l'oncle et la nièce se promenaient bras dessus, bras dessous, dans le parc de Caravenchel. Lorsqu'ils furent assez éloignés de la maison, Maximilien attira Thérésia Cabarrus vers lui et l'embrassa sur la bouche.
L'adolescente, qui rêvait d'un tel baiser depuis des mois, sentit un feu l'embraser "en son intimité", et s'offrit avec la belle impudeur des purs.
Des choses, alors se passèrent sur l'herbe, et Thérésia commença ainsi dans une atmosphère familiale une carrrière amoureuse qui devait la conduire loin.

Le lendemain, confus à la pensée de ce qu'il avait fait, Maximilien Galabert alla demander à François Cabarrus la main de Thérésia.
Pour toute réponse, le financier jeta son beau-frère à la porte.
La pauvre adolescente, contrainte à une chasteté que sa récente initiation rendait fort péniblen, considéra dès lors les hommes avec un oeil chaud qui embrasait les plus timides.


Au début de 1785, François Cabarrus, affolé à la pensée de la meute d'adorateurs qui traînait derrière sa fille, décida d'aller habiter Paris, où, croyait-il, les jeunes gens étaient moins entreprenants qu'à Madrid...

Un jour de février, une berline s'arrêta sur le quai d'Anjou, dans l'ïle Saint-Louis, devant l'hôtel de M. de Boisgeloup. Toute la famille Cabarrus en descendit. Elle y remonta l'instant d'après, car le maître de maison étant décédé quelques jours auparavant, les hurlements sinistres de la veuve indiquaient clairement que le moment était mal choisi pour venir demander l'hopitalité
.



(Le deuil, à cette époque, s'accompagnait de rites compliqués et rigoureux. Les Goncourt, dans leur étude sur la femme au XVIIIè siècle, en donnent un aperçu :

"Le mari mort, les tableaux, les glaces, les meubles de coquetterie, tout ce qui est, aux murs, une espèce de vie et de compagnie, est voilé.
Dans la chambre de la femme, une tenture noire recouvre les lambris.
A la fin du siècle seulement, la nuit des murailles sera un peu moins sombre et, la mode de la mort se relâchant de sa sévérité, la chambre de la veuve n'aura plus, pendant l'année du veuvage, qu'une tenture grise. Le mari mort, la femme met sur sa tête, jette sur ses cheveux, le petit voile noir que gardent toute leur vie et partout, même dans leurs toilettes de cour, les veuves non remariées ; et, tout habillée de laine noire, elle demeure dans l'appartement en deuil, dont la porte ne s'ouvre qu'aux visites de condoléance et aux salutations de la parenté. Il est d'usage qu'elle se tienne quelque temps ainsi renfermée. La pudeur de l'habit qu'elle porte lui ferme les promenades publiques, et l'allée des Veuves (actuellement avenue Montaigne) est le seul endroit public où elle ose se montrer."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 28 Nov - 20:18

Fuyant ces lieux désolés, les Cabarrus allèrent s'installer dans un hôtel particulier de la place des Victoires.
Après quoi, ils se mirent à fréquenter les salons où Thérésia put faire son éducation mondaine et frivole.

A ce moment, tout Paris se passionnait pour un étrange pari qu'avaient tenu deux hommes très en vue.
Rapportons cette histoire telle qu'elle est contée par un contemporain et telle que la petite Thérésia dut l'entendre :

"Deux hommes, au cours d'un dîner, s'étant raconté mutuellement leurs bonne fortunes, avaient fait ensemble une gageure : à qui jouirait de la femme de son voisin le plus subtilement des deux, sans que le mari s'en aperçut, quoique ce fût en sa présence.
"Le premier s'avisa d'une invention assez subtile. Son voisin avait une petite salle sur la rue, éclairée par des fenêtres clouées, en sorte qu'elles ne s'ouvraient point par-dehors, ni par-dedans, et, pour entrer dans la salle, il fallait faire une grande tournée dans la maison.
"Ce galant attendit le moment où son voisin se trouvait dans cette salle, seul avec sa femme, assis auprès du feu. Passant dans la rue, il les regarda par cette vitre, leur donna le bonjour et, s'approchant du carreau s'écria :


"- Comment, mon voisin, n'avez-vous point de honte de faire l'amour à votre femme devant tout le monde ?
"- Mon ami, répondit le jeune sot de mari, êtes-vous fol ou ivre ? Ma femme est en un coin de feu et moi en l'autre ; bien loin de faire ce que vous dites, nous bavardons paisiblement.
"- Pour qui me prenez-vous ? dit le galant. Vous imaginez-vous que je ne vois goutte ? Encore avez-vous si peu de honte que vous ne vous retirez pas, cela est extrêmement vilain. N'avez-vous point d'autre lieu, chez vous, où vous puissiez être en liberté, sans donner de scandale à ceux qui vous voient ?
"- Vraiment, mon pauvre compère, lui dit ce mari, je crois que vous vous moquez de moi, car il n'est rien de plus faux que ce vous dites.
"- Il faut donc, répliqua le galant, si ce que vous dites est vrai, que je me trompe moi-même et que ce verre me fasse voir de travers et prendre une chose pour une autre.
"- Voilà bien une curieuse histoire, dit le mari.
"- Je vous prie, mon compère, reprit l'autre, de venir à ma place, j'irai à la vôtre, et vous verrez que vous vous y tromperez tout comme moi.
"Le mari, qui était fort niais, vint dans la rue, et le voisin entra dans la chambre et, sitôt qu'il se vit seul avec la femme, dont il était l'amant depuis longtemps, il la prit, la renversa et lui fit l'amour devant le feu, aux yeux du mari qui, à travers la vitre, s'écria :


"- Hola ! Ha ! de par le diable, mon ami, que faites-vous là ?
"- Moi, mon cousin, répondit le galant, je jure que je suis en un coin de cheminée et votre femme à l'autre. Je vous le disais bien que ce verre déformait...
"- Assuérment, dit l'imbécile, car je jurerais que vous accolez ma femme.
"En disant cela, il rentra dans la sallle, où les amants avaient repris une postiion convenable.
"- Ah, ma mie ! le méchant verre, dit le mari. Il faut assurément changer ces vitres-là. En attendant montons à l'étage, de crainte que quelqu'un ne nous voie, car on serait scandalisé...
"Sitôt qu'elle fut seule, l'épouse fit mettre d'autres vitres aux fenêtres, de peur que son mari, les voulant éprouver de nouveau, ne s'aperçut de la fourberie.
"Le galant alla conter son exploit à l'homme avec qui il avait fait la gageure. Celui-ci l'écouta un peu dépité, car il n'espérait pas pouvoir faire de meilleure fourberie.
Toutefois, il ne perdit pas courage. Il aimait la femme d'un meunier qui demeurait à un quart de lieue de là, où il faisait moudre son blé. Il avertit cette femem de sa gageure et de ce qu'elle avait à faire, et lui donna charge que, quand son mari rapporterait sa farine, elle l'accompagnât, ce qu'elle ne manqua pas de faire. Lui, étant averti de l'heure, s'en alla au-devant d'eux et les rencontra en chemin. Il donna le bonjour au meunier et lui dit :


" - Comment, mon compère, il semble que vous soyez bien chargé.
" - Oui, assurément, répondit l'autre, ce sac de farine est bien lourd.
" - Vous voilà bien empêché de peu de chose, dit le galant en riant. Je ne suis pas plus fort que vous, et pourtant je gage que je porterai bien aisément vous, votre femme et le sac de farine.
" - Je vous mets au défi, dit le meunier, piqué.
" - J'accepte, répondit l'autre. A condition que vous vous mettiez comme il me plaira, afin que je vous puisse prendre plus à mon aise.
" - Accepté, dit le meunier.
"Le galant fit alors mettre le meunier à plat ventre sur l'herbe, plaça le sac de farine sur lui, et renversa la femme dessus, à qui il retroussa les jupes.
" - Atendez, dit-il au meunier, ne bougez pas, je vais essayer de vous porter ainsi...
"Et, ce disant, il commença à faire l'amour à la jeune femme.
" - Je vous entends souffler, dit le mari en riant, c'est plus difficile que vous ne le croyiez...
" - Oui, répondit l'autre, mais je veux essayer encore...
"Et il mena à bien son galant combat, sur le dos même du cocu
...

"Après quoi, feignant de n'avoir pas les bras assez longs pour tout embrasser, il se releva, rabaissa les jupes de la femme qu'il venait de posséder, et dit au meunier :

" - Ma foi, mon ami, vous aviez raison... J'y renonce ! ...
"Il retira alors le sac de farine, et le mari se releva tout joyeux.
" - Je savais bien, dit-il, que vous perdriez ! ...


La petite Thérésia ouvrait ses oreilles toutes grandes, on s'en doute, pour écouter ce genre d'histoires contées sans euphémismes - car on s'exprimait assez crûment dan sles salons parisiens de cette époque. Un exemple suffira à donner le ton.

Un soir, Mme d'Aine, au cours d'une réception, dit à Mlle Anselme :

- Mademoiselle Anselme, vous avez le plus vilain c... qui se puisse voir. Il est noir, ridé, maigre, sec, petit, plissé, chagriné.

Aussitôt, toute l'assistance s'étonna :

- Elle a un si joli visage, comment pourrait-elle avoir un vilain c... ?

Melle Anselme, pas le moins du monde offensée, répliqua posément que "de son c..., elle ne se soucait guère, puisqu'elle ne le voyait pas".

Alors, Mme d'Aine se mit à rire et avoua qu'il ne s'agissait là que d'un rêve qu'elle avait fait. Puis elle ajouta :

- Si vous ne voulez pas que je vous voie avec le vilain c... de mon rêve, montrez-nous celui que vous portez...

L'autre s'exécuta, et l'on put constater que le vilain rêve de Mme d'Aine ne correspondait pas à la réalité...

Thérésia, qui entendait des propos semblables chez toutes les amies de sa mère, ne tarda pas à envisager l'existence sous un angle spécial.
Délicieuse éducation, qui n'allait pas tarder à porter ses fruits
...
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 6 Déc - 19:50

Durant l'été 1785, l'adolescente, dont les treize ans étaient éblouissants, fut fréquemment reçue avec ses parents chez le marquis de Laborde, le fameux banquier de Louis XVI. Un soir, sous un prétexte futile, l'un des fils du banquier, qui luis faisait la cour, l'entraîna dans les allées du parc.
Thérésia n'attendait que cette occasion pour montrer au jeune homme toutes lespossibilités de sa riche nature. Elle bondit sur lui, l'embrassa, l'attira à terre, s'allongea sur les fougères et fut une maîtresse ardente et pleine de fantaisie.
Dès lors, les deux amants se retrouvèrent presque chaque nuit dans les fourrés du parc pour se livrer, au clair de lune, à d'extraordinaires ébats.
Malheureusement, alerté par un domestique, le banquier mit fin à ces rencontres et tança son fils.
Celui-ci riposta en déclarant qu'il voulait épouser Thérésia.
Le banquier éclata de rire :

- Epouser une demoiselle qui, à treize ans, est aussi délurée, mais, mon fils, vous voulez donc être cocu toute votre vie ?

C'était le langage du bon sens ; et le jeune homme quitta bientôt la France pour oublier cette fillette trop précoce. (Le malheureux n'eut pas à traîner longtemps son désespoir. Quelques mois après,il mourait sur les brisants de la côte américaine avec une partie de l'expédition La Pérouse).


M. Cabarrus, qui avait été mis au courant de l'aventure par M. de Laborde, jugea prudent de chercher un mari pour Thérésia dont la coquetterie devenait inquiétante. Il ne le trouva pas tout de suite, les époux éventuels étant beaucoup plus disposés à faire entrer la femme-enfant dans leur lit que dans leur vie...
En 1787, enfin, parut chez les Cabarrus un jeune conseiller du roi en sa cour de Parlement, Jean-Jacques Devin de Fontenay, qui sembla vouloir être un prétendant sérieux.
Séduite à la fois par la dot et par la beauté de Thérésia, il fit une demande et fut agréé par François Cabarrus, ravi de donner sa fille à un noble.
Le mariage eut lieu le 21 février 1788. Jacques Devin de Fontenay avait vingt-six ans, Thérésia quinze et demi...


Les nouveaux époux s'installèrent dans une luxueuse maison de l'île Saint-Louis et organisèrent aussitôt des fêtes brillantes qui attirèrent toute la jeunesse aristocratique de Paris.
Des jeux aussi anodins ne pouvaient suffire à satisfaire le tempérament volcanique de Thérésia. Elle chercha bientôt des plaisirs plus lestes et finit par mettre un peu de piquant dans les réceptions "en prêtant gentiment son petit bijou de famille à chacun des invités", lesquels étant bien élevés, s'en servaient, nous dit-on, "avec délicatesse".
Charmante époque...

Un autre que M. de Fontenay aurait pu se choquer de la générosité de son épouse. Lui n'en faisait rien ; car, nous précise l'auteur de la Chronique galante, "ce jeune homme, également doué d'une humeur volage et d'un tempérament ardent, avait installé chez lui une fille de boutique avec laquelle il faisait l'amour quand sa femme recevait ses partenaires..."
Tout le monde était donc satisfait.


Thérésia, dont la beauté s'affirmait chaque jour, aimait tant l'amour qu'elle avait pour principe de ne jamais refuser ses faveurs à un homme qui lui plaisait.
Aussi prenait-elle ses amants dans les lieux les plus divers. Un jour de juillet, alors qu'elle se promenait dans Paris, elle fut surprise par une grosse pluie d'orage. En quelques minutes, les ruisseaux débordèrent, et elle dut, selon l'usage du temps, faire appel à un passeur pour traverser les rues inondées.
L'homme qui lui offrit ses services était un beau Savoyard râblé d'une vingtaine d'années. Elle monta à cheval sur son dos, tandis que, gentiment - et toujours suivant l'usage - il glissait les mains sous ses jupes pour lui tenir les cuisses. La jeune femme se sentit alors embrasée par un désir furieux.
A la façon dont elle se collait contre lui, le Savoyard devina qu'il troublait sa jolie cliente.

- Où dois-je vous porter ? demanda-t-il d'un ton hypocrite.
- Chez moi, répondit à voix basse Thérésia.


Lorsqu'ils furent arrivés, elle fit entrer ce beau garçon dont elle avait senti jouer les muscles pendant tout le trajet et le conduisit directement dans sa chambre.
Surexcitée par ce voyage à dos d'homme, elle se jeta sur le lit et le passeur passa un bon moment
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mar 6 Déc - 20:47

" et le passeur passa un bon moment " ...Cool
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 7 Déc - 10:50

La jeune marquise, contrairement à ce qu'on pourrait croire, n'avait pas toujours les jambes en l'air. Ses journées étaient remplies par mille autres activités secondaires : elle recevait des hommes de lettres, faisait représenter des pièces de théâtre dans son château de Fontenay, jouait de la harpe, et composait de petits poèmes libertins... En mars 1789, elle commanda son portrait à Mme Vigée-Lebrun. Cette idée allait lui permettre de faire une curieuse rencontre.
Un jour qu'elle posait chez son ami Rivarol, un ouvrier imprimeur vint apporter des épreuves à l'écrivain.

- Voulez-vous les corriger, dit-il, je les attends.

Thérésia le regarda ; c'était un jeune homme fort beau. Aussitôt, l'oeil allumé, elle imagina tout le plaisir qu'elle pourrait en tirer et l'appela :

- Que pensez-vous de ce portrait ? demanda-t-elle.

Le garçon s'approcha.

- Il est ravissant, puisqu'il est ressemblant.

La marquise sourit et son regard fit comprendre au galant imprimeur qu'elle était prête à commettre avec lui "l'acte mouvant du belutage". Mais Rivarol avait terminé ses corrections. Il raccompagna le commissionnaire et revint dans le salon.


- Quel est ce beau garçon ? demanda Thérésia.
- Un prote qui travaille chez mon imprimeur Panckoucke.
- Comment s'appelle-t-il ?
- Tallien ...

Thérésia venait de voir pour la première fois celui qui, cinq ans plus tard, deviendrait son mari...


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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mer 7 Déc - 10:52

MARCO a écrit:
" et le passeur passa un bon moment " ...Cool
Et c'est de l'histoire de France, ça ? lol!
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 7 Déc - 12:04

La prise de la Bastille et les premières émeutes de la Révolution ne troublèrent pas la vie galante de la marquise de Fontenay. La ravissante Espagnole continua de faire entrer dans son lit tous les hommes qu'on lui présentait et le récit de ses exploits amoureux fut bientôt colporté par la rumeur publique.

La Chronique scandaleuse s'en fit même l'écho. Dans son numéro d'avril 1791, on peut lire en effet "que Mme de Fontenay se donne complètement et avec ivresse à tous les familiers de sa maison".
Le Journal de la cour et de la ville surenchérit, donnant des détails fort scabreux, et tout Paris fut bientôt au courant "des moindres mouvements de croupe de la belle marquise de Fontenay", comme dit un mémorialiste badin.


A l'automne 1792, la guillotine fit soudain peur à Thérésia. Le fait d'avoir troqué son titre de marquise contre celui de citoyenne Fontenay ne lui parut pas suffisant pour se sentir en sécurité. Le 5 brumaire, une nouvelle précisa le danger : la Convention venait de signer un arrêté ordonnant l'incarcération des "ci-devant conseillers révolutionnaires", M. de Fontenay était menacé.
Affolés, les époux décidèrent de quitter Paris avec leur fils âgé de trois ans. Après mille démarches, ils obtinrent un passeport, et, le 3 mars 1793, partirent aussitôt pour Bordeaux où Thérésia comptait retrouver son oncle, le galant Maximilien Galabert, qui l'avait rendue femme en sa douzième année.

A peine arrivé, le ménage, qui, depuis longtemps était désuni, se disloqua. Le 25 avril, le divorce fut prononcé et, tandis que Jean-Jacques de Fontenay émigrait, Thérésia, reprenant son nom de Cabarrus, se lança dans de nouvelles aventures amoureuses.
La première fut assez singulière.


A Bordeaux, la jeune femme avait retrouvé ses frères, dont elle était séparée depuis 1788. L'aîné était un beau garçon de vingt et un ans, aux épaules larges et aux yeux brûlants. Il trouva sa soeur ravissante ; elle le trouva désirable. Tous deux avaient le même sang, la même habitude suivre leurs instincts...
Le premier baiser manqua de chasteté.
Ayant, le soir même, repris goût aux plaisirs de l'inceste, elle regretta de n'avoir point quelques cousins pour organiser de joyeuses réunions familiales ; mais elle revint bien vite vers des amours plus normales en devenant la maîtresse d'un boulanger et de ses deux mitrons.


Au mois de juillet, la jeune femme décida de faire un voyage à Bagnères avec l'oncle Galabert, son frère et deux amis qui étaient amoureux d'elle ; Edouard de Colbert et Auguste de Lamothe.
Quatre hommes ne constituaient point pour Thérésia de trop copieuses provisions de voyage.
Hélas ! comme chacun jalousait les autres, les choses ne tardèrent pas à s'envenimer. Un soir, le grope s'arrêta dans une auberge où il n'y avait que trois chambres. Aussitôt, l'oncle décida que la première serait occupée par Thérésia, la seconde par les domestiques et la troisième par les hommes. On plaça donc quatre matelas par terre, au milieu de cette pièce, et chacun s'installa. Or, depuis quelques jours, Thérésai semblait montrer une préférence pour Auguste de Lamothe, et les trois autres se méfiaient.

Ecoutons le récit de cette nuit mouvementée, conté par le héros lui-même, le bel Auguste :


"Je remarquai une sorte d'alliance entre Edouard de Colbert, Cabarrus (le frère) et Galabert. Ce soir-là, on me plaça de manière que je sois entouré des trois autres : ceci avait une raison.
"Depuis que le voyage avait commencé, nous avions trouvé le moyen de nous réunir, Mme de Fontenay et moi, c'est-à-dire que j'avais obtenu la permission de lui dire que je l'aimais, et elle m'écoutait sans colère. Ce même soir, nous devions enfin nous entendre mutuellement, car je croyais, je sentais qu'elle m'aimait, et, cependant, je me désespérais, car elle ne faisait encore que m'écouter ; aussi, lorsque je me vis ainsi entouré, il me prit un vertige causé par la colère, qui me fit perdre toute pensée retenue, et je résolus de parler à Thérésia ou de tuer tout ce qui y mettrait obstacle. J'avais de fort bons pistolets ; ils étaient chargés et toujours auprès de mon lit, mais le bruit aurait pu l'effrayer. Je pris avec moi, dans mon lit, un grand couteau à découper que je trouvai sur la table où nous avions soupé et que j'emportai avec moi sans que l'on s'en aperçut. Nous nous couchâmes. Avant de faire une tentative pour me lever et passer au milieu de tous ces corps qui semblaient s'entendre pour me barrer le passage, je voulais m'assurer que tous sommeillaient.
"Au bout d'une heure, mes gardiens étaient endormis, alors je me levai. Mais lorsque je voulus me chausser, je ne trouvai ni souliers, ni bottes. Cabarrus (frère) avait tout fait emporter, sur le conseil d'Edouard de Colbert.
"Je ressentis une telle colère que si, dans ce moment, l'un d'eux s'était réveillé, je lui aurais donné un coup de couteau ou lui aurais cassé la tête, mais ils ne bougèrent pas. Cette mesure m'explique leur sécurité et pourquoi ils s'étaient endormis si paisiblement. Je ne voulus pas leur donner cause gagnée et je passai au milieu d'eux avec des précautions dont le détail amuserait, et j'allai trouver celle qui m'attendait...
"... A mon retour dans notre chambre, Edouard de Colbert, qui s'était réveillé, me parla sur un ton qui me déplut. Nous nous battîmes à l'heure même, et j'eus le bonheur de recevoir un coup d'épée. Je dis "le bonheur", car, sans ce coup d'épée, je n'aurai jamais peut-être appris combien j'étais aimé : Mme de Fontenay, au désespoir de ma blessure, qu'elle croyait encore plus dangereuse, se mit à mon chevet, déclara à son frère et à son oncle qu'elle serait ma seule garde, qu'elle était ma maîtresse et prétendait agir à sa guise.
"Thérésia et moi, heureux comme on l'est quand on s'aime et qu'on est libre, passâmes le temps de ma convalescence dans le plus beau pays, ressentant au coeur une joie qui n'a plus de pareille dans le reste de la vie.
"
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 7 Déc - 13:16

Tandis que Thérésia filait le parfait amour avec Auguste de Lamothe, Bordeaux était agité par une belle fièvre révolutionnaire. On s'armait de piques, de fusils, de pistolets, on se rassemblait pour crier "mort aux tyrans", on débaptisait les rues, on jetait des oeuvres d'art par terre en chantant le"Ca ira", on incendiait les presbytères, on décapitait les statues gallo-romaines, on pendant les fonctionnaires, on déterrait de vieux cadavres d'aristocrates pour leur cracher au visage, on allait en groupe uriner contre les églises, bref, on préparait dans l'enthousiasme et la grandeur une France nouvelle.

Naturellement, les Bordelaises, semblables à toutes les femmes de France, étaient atteintes du virus politique.

"On voyait, écrit Aurélien Vivie, les épouses abandonner leur ménage, les soins à donner à leurs enfants et aux affaires domestiques pour se réunir sur les places publiques où les plus audacieuses haranguaient la foule ébahie et parlaient sur toutes les questions à l'ordre du jour avec une volubilité qui émerveillait les auditeurs.
C'était un spectacle à la fois risible et déplorable."


Bientôt ces charmantes personnes fondèrent un club baptisé "les Amies de la Constitution". On les vit alors, munies de piques et de fusils, faire l'exercice sur les places publiques en criant :

- A mort la vermine empoisonnée ! ...

Cette curieuse insulte s'adressait au clergé réfractaire qui énervait les fougueuses sans-culottes de la Gironde.
Certaines préconisaient des solutions fort bizarres pour se débarrasser des prêtres anticonstitutionnels.

- Je voudrai, disait, par exemple, la citoyenne Lée, fille de bas étage, que tous les départements fissent la dépense d'embarquer tous les curés pour les vendre au roi du Maroc...
Lequel en eût été, probablement, bien embarrassé
...
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 7 Déc - 13:52

Or, brusquement, en juin 1793, toutes ces ardentes révolutionnaires apprirent une nouvelle qui les stupéfia, les députés girondins venaient d'être arrêtés à Paris...
Cette décision causa une émotion considérable à Bordeaux où les révolutionnaires, prenant naturellement le parti de leurs représentants, se déclarèrent immédiatement contre Robespierre. Brandissant les piques qui étaient, la veille, destinées aux aristocrates, ils annoncèrent leur intention de former une nouvelle Convention nationale à Bourges, et de s'insurger contre la dictature parisienne.
Aussitôt, d'autres départements imitèrent la Gironde et se soulevèrent, décidés à arrêter la Révolution et à écraser Paris.

La vieille rivalité qui a toujours existé entre les villes de province et la capitale allait donner naissance à ce mouvement que l'on appela "Fédéralisme". Près des deux tiers de la France se déclarèrent contre la Convention. Les paysan des Cévennes arborèrent le drapeau blanc, comme ceux de la Vendée. A Bordeaux, aucune des lois décrétées par la Convention ne fut plus exécutée. A Caen, à Lyon, à Marseille, les fleurs de lys reparurent.
La cause de la Révolution semblait perdue.


Alors, Robespierre et ses amis prirent peur et envoyèrent dans toutes les villes insurgées des commissaires investis de pouvoirs étendus.
Bordeaux reçut le plus sanguinaire, le plus violent, le plus dénué de scrupules.
Il s'appelait Jean-Lambert Tallien.


Cet ancien ouvrier imprimeur s'était signalé par tant d'actes de cruauté, lors des massacres de Septembre, que la Convention admirative et reconnaissante, lui avait donné, à vingt-six ans, un siège au Comité de Sûreté générale.
C'est à ce titre qu'il avait été désigné pour réprimer l'agitation révolutionnaire de la Gironde.
Doué d'un talent oratoire très limité - les propos fades qui tombaient de sa bouche l'avaient fait surnommer "robinet d'eau tiède" - il ne chercha pas à convertir les Bordelais par un discours ; dès son arrivée, il fit installer la guillotine sur la place Nationale et condamna à mort tant de suspects qu'au bout de trois jours le bourreau, harassé, demanda grâce...

Les Bordelais, terrifiés, s'enfermèrent dans leurs maisons. Pour les forcer à sortir de chez eux, Tallien décida d'incendier une partie de la ville. Fort heureusement, Brune empêcha la réalisation de ce projet navran
t.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 7 Déc - 15:07

Alors, le commissaire de la Convention fit perquisitionner jour et nuit, arrêter tous les suspects et, nous dit un mémorialiste, "les têtes tombèrent comme des pommes un jour de grand vent d'automne"...
Insensible au chagrin, au courage, à la générosité des amis ou des parents de ses victimes, Tallien, le 25 octobre, alla jusqu'à faire apposer sur les murs une affiche ainsi libellée :

"Les citoyennes ou autres individus qui viendraient solliciter pour les détenus, pour obtenir quelque grâce, seront regardés et traités comme suspects."


Or, malgré cet avertissement, le 13 novembre, alors que toute la ville tremblait de peur, le Comité de surveillance reçut une pétition demandant la levée des scellés apposés dans l'hôtel de la veuve Boyer-Fonfrède, un Girondin guillotiné à Paris le 31 octobre précédent.

Tallien et ses acolytes furent stupéfaits. Qui donc osait les braver ainsi en pleine Terreur ?

- C'est une femme, dit Chaudron-Rousseau, second commissaire.
- Son nom ? demanda Tallien.
- Il s'agit d'une certaine citoyenne Cabarrus.


C'était en effet Thérésia qui, avec l'insouciance de ses vingt ans et son audace habituelle, intervenait pour une amie.
Tallien, grand coureur de jupons, connaissait la réputation galante de la ci-devant marquise. Aussi la convoqua-t-il sur -le-champ
.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 9 Déc - 20:48

Deux heures plus tard, un peu inquiète, Thérésia arrivait au Comité de surveillance. Lorsqu'elle pénétra dans le bureau de l'homme qui faisait trembler Bordeaux, elle ne put s'empêcher de pousser une exclamation. Taillien, qui l'avait reconnue lui aussi sourit.

- Je crois que nous nous sommes déjà rencontrés, dit-il.
- Je crois, en effet, répondit la jeune femme, soudain rassérénée.

Alors le commissaire se montra entreprenant, et, comme Thérésia n'était pas femme à laisser passer une occasion de se faire trousser, les choses furent menées assez rondement
.

Une heure après cet entretien, au cours duquel "robinet d'eau tiède" n'avait pas eu à faire de gros efforts d'éloquence, Thérésia rentra chez elle ayant obtenu satisfaction sur tous les plans. Tallien, en effet, lui avait promis de faire lever les scellés dans les appartements de Mme Boyer-Fonfrède.

Ravi d'avoir fait la connaissance d'une femme aussi belle, Tallien retrouva Thérésia dès le lendemain, dans un endroit plus confortable que son bureau de représentant de la Convention. Par la suite, il alla chaque soir oublier avec elle, pendant quelques instants, l'existence de Robespierre, de la Convention, de la guillotine, et même de la République une et indivisible...


Hélas ! comme le dit pertinemment la sagesse des nations, les heureux font toujours des jaloux. Un jour, un mouchard écrivit au Comité de salut public :

Nous dénonçons le nommé Tallien représentant du peuple, pour avoir des liaisons intimes avec la nommée Cabarrus, femme divorcée de l'ex-noble Fontenelle (sic), qui a tant d'influence sur son esprit qu'elle est la protectrice de sa caste, nobles fianciers et accapareurs. Si cette femme reste plus longtemps auprès de Tallien, la représentation nationale va tomber dans le discrédit qui, au contraire, a le plus grand besoin de jouir de la confiance du peuple
.

Tallien fut-il informé de cette dénonciation ? Sans doute, car lui aussi avait ses espions à Paris. Craignant d'être rappelé, il cacha soigneusement sa liaison, et l'on put croire que les deux amants avaient rompu.
Les choses devaient se compliquer brusquement : un soir de décembre, la jeune femme fut arrêtée dans la rue par des gendarmes qui lui demandèrent la carte de sûreté dont tout bon patriote devait être muni. Ne possédant pas ce précieux papier, Thérésia fut conduite au fort du Hâ et incarcérée.
Cette fois, Tallien allait être obligé d'avouer publiquement ses sentiments...

Dès qu'elle se trouva enfermées dans le cachot où les agents du Comité de surveillance l'avaient conduite sans grands ménagements, Thérésia écrivit à son amant.
Le gardien à qui elle remit sa lettre, subjugué par la beauté de sa prisonnière, promit de la faire parvenir sans délai au commissaire de la Convention.
Une heure plus tard, Tallien la lisait dans son bureau de la Maison Nationale.
Très ennuyé, car il craignait un scandale, il joua une comédit dont personne, d'ailleurs, ne fut dupe.


- Je ne sais ce que me veut cette femme, dit-il en montrant la lettre à ses collaborateurs. Mais je crois utile d'aller lui rendre visite.

En revêtant sa longue redingote de gros drap bleu, barrée de l'écharpe tricolore, coiffant son grand chapeau militaire surmonté du haut panache, il boucla son ceinturon où pendait un sabre et partit pour la forteresse, accompagné de deux gendarmes.
Au fort du Hâ, le groupe fut escorté par un porte-clefs qui ouvrit la porte du cachot.


En voyant paraître Tallien, Thérésia respira. Mais le commissaire avait les sourcils froncés :

- Tu as demandé à me voir, citoyenne ?

Thérésia comprit et répondit sur le même ton :

- Oui, citoyen, pour me justifier ... Car on ne peut suspecter mon civisme. De plus, j'ai des révélations à te faire...

Tallien se tourna vers ses compagnons :

- Laissez-nous, je vais entendre cette femme.

Les gendarmes et le porte-clefs sortirent, laissant les deux amants dans la cellule.
Au bout d'un quart d'heure, les trois hommes qui attendaient dans le couloir, surpris de ne pas entendre d'éclats de voix, allèrent coller leur oreille contre la porte. Ce qu'ils perçurent ressemblait fort peu à un interrogatoire.
Thérésia et Tallien, en effet, étaient en train de connaître des minutes extatiques sur la paille humide du cachot... (GASTINE, dans son style particulier, écrit à ce propos : Les lèvres goulues du proconsul issu de larbins ont assurément savouré la grisante caresse des lèvres de la future Mme Tallien." - La belle Tallie
n
-
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