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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO

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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 31 Oct - 14:08

Marat, je l'ai dit, avait été élu député lui aussi, avec Robespierre, Danton, Collot d'Herbois, Manuel, Billaud-Varennes, Camille Desmoulins et Philippe d'Orléans.
En apprenant cette victoire, Simonne Evrard était devenue folle de joie. Son Jean-Paul allait pouvoir enfin dire à la tribune tout ce qu'il écrivait dans son journal et répéter publiquement les propos qu'il lui tenait en particulier.

Fière d'être la compagne et la conseillère d'un homme qui allait faire trembler le monde par ses discours, elle s'était précipitée dans sa cusine pour préparer un grand plat de boudin aux fèves...


Hélas ! à la Convention, l'éloquence de Marat ne fut pas accueillie comme l'espérait la jeune femme. Ses appels incessants au meurtre et à l'insurrection commençaient à lasser tout le monde. Ecoeurés par l'attitude répugnante de ce Prussien qui, depuis deux ans, poussait les Français à s'entretuer (Marat, né dans le canton de Neuchâtel, était toujours sujet du roi de Prusse), certains députés déposèrent un projet de loi contre les excitations à la violence.

- Il est temps d'élever des échafauds pour ceux qui provoquent l'assassinat, déclara Kersaint à la tribune, le 25 septembre 1792.

Et, pour bien montrer quel personnage était visé par le projet de loi, Vergniaud vint lire la circulaire envoyée par Marat au lendemain des massacres des 2, 3, et 4 septembre, invitant les villes de province à imiter la capitale.


Une grande partie de l'assemblée hurla son dégoût pour "le crapaud fielleux qu'un vote stupide avait transformé en député".
En guise de réponse, Marat monta à la tribune, tira un pistolet de sa poche et menaça de se brûler la cervelle si un décret d'accusation était dressé contre lui.
Ce geste théâtral impressionna l'assemblée qui laissa partir librement le journaliste.
C'était une victoire. Simonne et son amant la célébrèrent bruyamment, le soir même, en leur nouveau logis de la rue des Cordeliers.


- Je leur ferai couper la tête à tous, disait Marat.
Leur sang coulera sur le pavé et j'irai, au nom du peuple dont je suis le défenseur, leur donner des coups de pied dans le ventre...


Simonne connaissait son homme. Elle savait qu'un tel rêve lui mettait l'eau à la bouche et ouvrait son appétit.
Aussi, gentiment, emplissait-elle son assiette de lentilles et de saucisson chaud aux confitures parès chaque explosion de haine
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 31 Oct - 14:29

Encouragé par cette femme qui avait adopté toutes ses idées, même les plus extravagantes, Marat continua de publier des articles, dignes d'un fou furieux, dans son journal qui s'intitulait, depuis le 25 septembre, le Journal de la République française.

Ces écrits, dirigés contre les Girondins, contribuèrent à accentuer la division dont souffrait la Convention.

- Il faut tuer tous les modérés, répétait-il. Un modéré n'est pas un républicain. Tuez ! Tuez !


Cette scission qui apparaissait entre les partis au pouvoir au moment précis où les armées prussiennes marchaient sur l'Argonne, inquiétait les vrais patriotes.
C'est alors qu'une femme tenta de réconcilier les frères ennemis. Cette femme s'appelait Amélie Candeille, jolie, intelligente, sensible, elle était comédienne et se passionnait pour la politique. Sincère répuglicaines, elle déplorait les excès commis sur les conseils de Marat et rêvait d'une nation unie, heureuse, fraternelle...


A la fin d'octobre 1792, elle organisa, chez son ami Talma, une soirée à laquelle furent invités Vergniaud et Danton. Amélie Candeille espérait profiter de l'atmosphère amicale de la réunion pour réconcilier les représentants des deux partis au pouvoir. Afin de parvenir plus sûrement à son but, elle donna à la conversation un ton badin, propice aux échanges de vues pacifiques. Déjà, les deux hommes plaisantaient cordialement, lorsque, soudain, un individu que personne n'avait invité fit une entrée spectaculaire dans le salon de Talma. Louise Fusil, camarade de théâtre d'Amélie, le décrit ainsi dans ses Mémoires :
"Il était en carmagnole, un mouchoir de damas rouge et sale autour de la tête, celui avec lequel il couchait probablement depuis fort longtemps ; des cheveux gras s'en échappaient par mèches."
L'homme avait, en outre, des pistolets apparents à la ceinture.
Horrifié, tout le monde avait reconnu Marat.

En quelques mots, l'"araignée prussienne" comme on commençait à l'appeler, dressa de nouveau l'un contre l'autre Vergniaud et Danton qui allaient se réconcilier. Puis, ayant fait renaître, selon le mot de Michelet qui conte la scène, "la terrible discorde", il regagna sa tanière de la rue des Cordeliers...


La généreuse entreprise d'Amélie Candeille avait échoué.


Tandis que la République naissante se trouvait déjà partagée, au Temple un phénomène inverse - et, ma foi, assez inattendu - se produisit. Les souverains, qui avaient vécu pendant dix-neuf ans l'un à côté de l'autre sans bien se voir, se découvrirent et se rapprochèrent...

Brusquement, Marie-Antoinette sentit naître en elle une immense tendresse pour le roi. Ce gros homme, à l'esprit lent, qui préférait naguère son lit au théâtre et un bon repas à un beau tableau, montrait dans l'adversité un courage moral, une dignité et une mansuétude à l'égard de ses ennemis qui forçaient l'admiration.

Emerveillée par tant de qualités soudain révélées, la reine tomba amoureuse de Louis XVI. Cet amour était, bien entendu, très différent de celui qu'elle vouait à Fersen, mais il toucha profondément le monarque qui, de son côté, admirait la dignité de Marie-Antoinette.

- Ah ! si l'on savait ce qu'elle vaut, disait-il, comme elle s'est élevée, à quelle hauteur de vues elle est arrivée !

Au moment d'être séparés pour toujours, un amour profond et indestructible les unissait.
Et l'on ne peut s'empêcher de penser que, si cet amour était né quinze ans plus tôt, la Révolution n'aurait peut-être pas eu lieu.

L'indifférence de Marie-Antoinette à l'égard du roi avait été, on le sait, à l'origine des ignobles calomnies qui devaient amener le peuple à détester sa reine. Dotée de tous les vices par des libellistes à gages ou de "beaux esprits" frondeurs, elle était apparue peu à peu sous les traits d'une Messaline que certains avaient fini par identifier avec la monarchie
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 31 Oct - 14:58

LES AMAZONES DE THEROIGNE DE MERICOURT FONT VOTER LA MORT DU ROI



Pareilles à des joueuses d'écarté, elles éprouvaient une véritable volupté à abattre le roi - Alain GORAGUER -



IL Y AVAIT, en 1787, à Chambéry, deux jeunes filles agréables à contempler qui avaient, nous dit-on, "le sein dur et bien dessiné, la bouche sensulle, la hanche ondulante et, dans l'oeil, une petite flamme perverse des plus alléchantes"
L'aînée était brune, avait quinze ans, et s'appelait Adèle. L'autre était blonde, avait quatorze ans, et se nommait Aurore.
Toutes deux étaient les filles du comte de Bellegarde, descendant d'une des plus anciennes familles de Savoie.

L'apparition d'un jeune homme les mettait dans un état de nervosité qui choquait généralement les personnes prudes. Dénuées d'hypocrisie, Adèle et Aurore, la bouche ouverte, considéraient en effet le monsieur avec des yeux brillants et un "remuement de coccyx qui en disait long sur leurs secrètes pensées
"...

Au mois d'octobre, M. de Bellegarde, effrayé à juste titre par ces manifestations, jugea prudent de marier Adèle au plus vite. L'adolescente, qui traînait derrière elle une meute d'hommes de tous âges, n'avait que l'embarras du choix : mais son père préféra désigner lui-même celui qui aurait la charge de satisfaire le tempérament exigeant de son héritière.

Ne voulant point, sans doute, qu'une telle source de plaisir sortît de la famille, il fixa son choix sur un de ses neveux, François de Bellegarde, général d'infanterie dans le royaume de Saxe. Ce militaire, qui avait vingt ans de plus qu'Adèle, quitta immédiatement l'armée saxonne pour devenir colonel dans celle du Piémont, afin d'être auprès de sa future épouse.

Melle de Bellegarde ne discuta point la décision paternelle. Elle épousa son cousin le 5 novembre 1787.

Le mariage n'apporta pas à Adèle l'apaisement qu'elle souhaitait. Elle donna deux enfants à son mari, mais conserva ses yeux chauds et ses manières impudiques devant les messieurs qui lui plaisaient.

La Révolution ne lui changea pas les idées. Au contraire. Parmi les émigrés qui venaient se réfugier en Savoie, elle espérait voir arriver l'ardent bretteur qu'elle désirait, et se tenait aux aguets à la fenêtre de son salon.
De son côté, Aurore, qu'animait une flamme de plus en plus ardente, considérait les nouveaux venus avec un intérêt passionné.

Hélas ! ni l'une ni l'autre n'eurent le temps de trouver l'homme de leur vie. Apprenant qu'une armée commandée par le général de Montesquiou menaçait la Savoie, le colonel Bellegarde décida d'envoyer sa femme, ses enfants, et sa belle-soeur à l'abri en Piémont.
Lui-même alla bientôt les rejoindre.


Emigrées, les deux soeurs continuèrent leurs habituelles manoeuvres de séduction. Elles parvinrent à entraîner dans leur sillage quatre jeunes gens vigoureux et oisifs, qui leur donnèrent, à longueur de journée, des satisfactions d'ordre privé.

Sans doute auraient-elles mené longtemps cette vie agréable si, en novembre 1792, la Convention n'avait pris un arrêté confisquant les biens de tous les émigrés. Pour échapper à cette saisie, il fallait être rentré en France dans les deux mois.

Les soeurs Bellegarde qui, depuis la mort de leur père, étaient propriétaires d'immenses domaines, résolurent de regagner la Savoie. Adèle abandonna son mari et ses enfants à Turin et partit avec Aurore.

A peine arrivées à Chambéry, les deux jeunes femmes apprirent que la Convention venait de déléguer dans leur ville quatre commissaires aux armées. Elles furent ravies.
Enfin, elles allaient pouvoir admirer ces hommes sanguinaires dont elles supputaient avec délices les possibilités viriles...


Les délégués étaient Philibert Simond, un prêtre défroqué ; Grégoire, un évêque constitutionnel ; Jagot, un ancien juge de paix, et l'avocat Hérault de Séchelles.

Devant ce dernier, les deux soeurs furent béates d'admiration. Hérault de Séchelles, issu d'une famille noble de Normandie, était, à trente-trois ans, un jeune homme élégant, beau, charmeur, qui avait la réputation d'un don Juan. Ses liaisons tumultueuses avec les plus belles courtisanes de Paris étaient connues ; on savait que, dans sa confortable maison de la rue Basse-du-Rempart, il recevait la fameuse Mme de Sainte-Amaranthe, qu'il avait eu pour maîtresse Suzanne Giroux, dite la Morency, et qu'il pouvait se montrer galant homme avec tout un sérail...


Surexcitées, Adèle et Aurore invitèrent Hérault de Séchelles et "dardèrent sur lui leurs prunelles enflammées". Le conventionnel tomba amoureux de l'aînée.
Pourtant, il lui déplut de mignoter cette charmante jeune femme en laissant seule la blonde Aurore. Aussi prit-il congé poliment, sans faire le geste qui eût amené Adèle sur ses genoux :

- Je reviendrai demain, si vous le permettez. Et je vous présenterai mon collègue Philibert Simond...

Le lendemain, il revint avec l'ancien prêtre, un fort bel homme, dont l'aspect vigoureux séduisit Aurore.
La conversation ce jour-là dura moins longtemps. A peine les présentations furent-elles faites que les deux couples s'allèrent coucher
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 31 Oct - 20:21

Hérault de Séchelles et Philibert Simond ne trompèrent point les espérances des deux jeunes femmes. Dix fois laissées mourantes sur l'oreiller, dix fois reprises, Adèle et Aurore connurent enfin - pour quelques minutes - l'impression délicieuse de n'être plus assises sur un charbon ardent.
Elles en conçurent un amour éperdu pour leurs amants et crurent nécessaires de se transformer en farouches révolutionnaires. Affichant leurs liaisons, "elles paradaient, nous dit Ernest Daudet, ceinturées d'écharpes tricolores, une cocarde à la poitrine, la taille serrée dans une carmagnole et coiffées d'un bonnet rouge, avec des sabots aux pieds, lorsqu'elles allaient fraterniser avec la populace, afin de témoigner publiquement de leur civisme".


L'engouement républicain des soeurs Bellegarde eut une influence considérable sur la population de Chambéry. A leur exemple, de nombreuses personnes, tièdes jusqu'alors, se rallièrent à la Révolution. Des aristocrates, flattés d'être reçus par les deux ravissantes filles, allaient festoyer en compagnie des délégués de la Convention, dansaient sur l'air de la Carmagnole et criaient gaiement "A bas le roi !".

Adèle et Aurore, que l'amour avait rendues aussi sanguinaires que Théroigne de Méricourt, chantaient le Ca ira en coupant le cou à des lapins...
Lorsqu'en 1793 elles allèrent s'installer avec Hérault de Séchelles à Paris, leur plus grande joie fut d'assister aux exécutions. Battant des mains, sautant sur place, elles regardaient tomber les têtes avec une allégresse enfantine.
"Un jour, nous dit André Pignet, on guillotina, devant elles, un noble d'origine savoyarde qu'elles avaient rencontré chez leur père.
Lorsque le couperet eut fait son oeuvre, elles crièrent gaiement : "Vive la Nation ".
Après quoi, elles s'en furent à la Convention où elles déclarèrent "que les exécutions étaient beaucoup plus intéressantes lorsqu'on connaissait les gens".
Charmantes créatures
. (1)




(1)En octobre 1793, Adèle, qui avait oublié mari, enfants, famille, sous les caresses de Hérault de Séchelles, divorça, avec l'espoir secret d'être épousée par son amant.
Hélas ! Robespierre allait empêcher cette union. Le 15 mars 1794, à l'heure même où Adèle et Aurore assistaient avec raviseement à l'exécution de six aristocrates, Hérault de Séchelles était arrêté avec Philibert Simond, et écroué à la prison du Luxembourg.
Le 5 avril, il était exécuté. Le 11, l'amant d'Aurore subissait le même sort.
Les deux soeurs, complètement anéanties, furent arrêtées à leur tour le 23 avril, mais le 9 Thermidor les sauva.
A leur sortie de prison, rendues malades par la chasteté, les deux nymphomanes se cherchèrent de nouveaux amants et fréquentèrent pour cela tous les salons parisiens. C'est ainsi qu'elles connurent Mme de Noailles qui les mena un jour dans l'atelier de David. Le peintre était en train d'exécuter son tableau : L'enlèvement des Sabines.
En voyant Adèle - qui était devenue la maîtresse de Rouget de Lisle - il dit simplement :


- Vous devez être très belle nue ?

La jeune femme joua les modestes, mais David ajouta :

- Voudriez-vous poser pour une des figures de mon tableau ?

Adèle, flattée, accepta, alla se déshabiller, posa ; et c'est ainsi qu'on peut la voir au milieu du célèbre tableau prêtant ses traits à l'admirable femme brune qui, les seins à l'air, est agenouillée près d'un enfant. Profitant d'un si beau modèle, David lui emprunta encore les jambes, les cuisses et les bras pour d'autres personnages.
Après quoi, Adèle, qui s'était vraiment identifiée aux Sabines, se fit enlever par le chanteur Garat, lequel, en une nuit d'amour, la reconvertit aux idées monarchiques.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 2 Nov - 13:50

Les demoiselles Bellegarde allaient bientôt connaître des sensations plus grandes encore. L'Autriche faisait alors d'immenses effortspour entraîner l'Europe entière dans une coalition contre les révolutionnaires français.
Cette alliance des princes plongea la Convention dans un désarroi inimaginable. Pris de panique, Danton, qui n'était pas pour les solutions aimables s'écria :

- Jetons-leur en défi une tête de roi !

Jusque-là, Louis XVI n'avait pas couru de danger.
Déchu, prisonnier au Temple, il n'en était pas moins garanti par la Constitution qui le déclarait inviolable. La suggestion de Danton allait changer les choses.

Décidée à impressionner l'Europe, la Convention accusa le souverain de trahison, et le cita à comparaître devant elle.
Pour la première fois depuis mille ans que la monarchie existait, un roi de France allait être jugé comme un criminel
.

Le procès commença le 11 décembre 1792 dans la salle du Manège, où siégeait l'Assemblée. Le 16 janvier eut lieu le vote des députés.
(On sait maintenant que Danton pensa un moment à sauver le roi, moyennant une forte récompense. Il prit secrètement des contacts avec l'Angleterre et différents ambassadeurs. Mais les millions qui lui furent offerts par le roi d'Espagne ne lui parurent pas suffisants, et il vota la mort).

Une foule disparate envahit les tribunes. "C'étaient surtout, nous dit Robert Hénard, des individus de bas étage et de la dernière condition, des forts de la Halle, des bouchers, le tablier retroussé sur la hanche, le coutelas pendu à la ceinture ; des charbonniers noirs de suie, des sans-culottes débraillés et en bonnet rouge.
Des places avaient été réservées au premier rang des gradins à des prostituées et aux maîtresses du duc d'Orléans, que des fiacres amenaient à la séance, "carapaçonnées de rubans tricolores", empanachées de plumes bleues et rouges."

La turbulence de ce public, qu'il fallait à tout prix empêcher de penser, était savamment entretenue par des femmes "au visage de haine", disséminées sur les gradins.

Devinant que les hommes chargés de juger Louis XVI allaient peut-être hésiter à devenir régicides, les amies de Théroigne occupaient, en effet, une bonne partie de la salle.


"Harengères qui traînaient partout avec elles une odeur de poisson crevé, catins de bas étage, on vit ces amazones, les bras nus, la robe retroussée, armées de sabres, de bâtons ou de piques, aller et venir dans les tribunes, dans les couloirs.
Comme la séance devait se prolonger, elles avaient apporté de quoi manger de de quoi boire. Elles s'empiffraient de charcuterie, elles absorbaient de grands verres de vin et, à moitié soûles, la bouche pâteuse et les griffes en avant elles menaçaient les députés suspects :

"-Sa tête ou la tienne !"

La présence des ces femmes nourries de discours de Théroigne intimida les tièdes, et Louis XVI fut condamné à mort
.

(On sait que Philippe-Egalité, tremblant de peur, vota pour la mort du roi, qui fut condamné à une voix de majorité... Quelques minutes auparavant, un Girondin nommé Rouzet vota contre la mort. Le destin ironique voulut que cet homme devînt l'amant de Marie-Adélaïde, duchesse d'Orléans, après l'exécution de Philippe-Egalité...)
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 2 Nov - 14:20

Melle de Méricourt s'en réjouit bruyamment, et ses amis vinrent la féliciter pour l'influence heureuse qu'elle avait eue au cours de ces journées capitales.
(Ce n'est qu'un an plus tard qu'on s'aperçut qu'elle était folle. Internée d'abord dans un asile du faubourg Saint-Marceau, elle fut ensuite conduite à la Salpêtrière, où elle mourut en 1817, à l'âge de cinquante-cinq ans...
Avouons qu'il est bien dommage qu'on ne s'en soit pas avisé plus tôt.)


En apprenant le verdict, le monarque hocha la tête et dit simplement :

- Mieux vaut enfin sortir de l'incertitude...

Après quoi, il s'occupa de son âme avec l'abbé Edgeworth. Le 20, Marie-Antoinette fut avisée qu'elle allait pouvoir se rendre, avec ses enfants et sa belle-soeur, dans la chambre du roi. Elle comprit immédiatement la signification de cette faveur...

A huit heures du soir, Louis XVI vit pour la dernière fois sa famille. Très calme, il narra les épisodes du procès, puis fit jurer à son fils de ne jamais chercher à le venger. Après quoi, il fallut se séparer. L'instant fut déchirant. Voyant ses enfants sangloter éperdument, Louis XVI eut alors une généreuse idée :

- Demain, avant de partir, je vous reverrai une dernière fois...

Mais, le lendemain matin, après une bonne nuit de sommeil, il se levait à cinq heures et allait se faire guillotiner, presque sans bruit, pendant que ses enfants dormaient encore
...


(Avant de mourir, Louis XVI voulut s'adresser au peuple. Un roulement de tambour couvrit sa voix. L'homme qui commandait les soldats et empêcha le roi de s'adresser une ultime fois à son peuple s'appelait Louis de Beaufrauchet. C'était le fils naturel de Louis XV et de Melle de Morphy...)

L'exécution eu lieu à dix heures.
Lorsque la tête du roi tomba, il y eut un moment de stupeur, stupéfié par l'acte - en vérité insensé - qu'il venait de commettre. Puis il se ressaisit.
"La foule, dit Mercier, s'en revint par les boulevards et la rue Saint-Honoré en causant familièrement, comme au retour d'une fête. Les uns rapportaient, dans de petits paquets, des cheveux du roi que le bourreau leur avait vendus ou distribués. D'autres, qui avaient trempé leur mouchoir dans le sang, y collaient leurs lèvres et diaient en ricanant :

"-Ah ! il est bougrement salé !

"... Aucune altération ne se peignait sur les visages.

Les cabarets étaient pleins de monde et, dans les boutiques des pâtissiers, on achetait des petits pâtés..."
L'exécution de Louis XVI ressemblait à une sinistre foire du Trône...
La mort du roi fut connue à Londres le 21 au soir.
Aussitôt, les théâtres interrompirent leurs représentations et les spectateurs entonnèrent le God save the King.
Mme du Barry, qui avait regagné l'Angleterre au lendemain de l'assassinat de son amant, se montra très affectée et pleura d'une façon que certains émigrés jugèrent un peu excessive...
Le fait d'avoir été longtemps la maîtresse d'un souverain donnait, il est vrai, à son chagrin un caractère spécial. En voyant disparaître la monarchie, elle avait l'impression de devenir veuve.
Elle prit le deuil.

On la vit à tous les offices célébrés pour le repos du roi, priant avec ferveur, sans se soucier des agents révolutionnaires chargés de l'espionner
.

Ces pieuses occupations ne ralentissaient pas son activité politique. Elle se consacrait aux émigrés sans ressources (aux prêtres surtout, qui, par milliers, vivaient dans un grand dénuement), distribuait une partie des sommes fabuleuses que lui avait données Louis XV, et secourait les victimes d'une révolution dont elle était en grande partie responsable...
Fin janvier, elle consentit un prêt de deux cent mille livres au duc de Rohan-Chabot qui avait besoin de quelques subsides pour financer l'insurrection chouane...Enfin, au début de mars, elle retourna en France, malgré les conseils de Pitt.
Or, à Louveciennes, l'ex-favorite devait susciter une passion qui allait la conduire à l'échafaud
.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 2 Nov - 17:59

A quarante-sept ans, Mme Dy Barry était encore très belle. Voici comment nous la dépeint le baron de Bouillé qui la vit à Londres à cette époque :

"Quoique la fraîcheur et le premier éclat de ses charmes eussent déjà disparu depuis longtemps, il en restait encore assez de trace pour laisser concevoir l'effet qu'ils avaient dû produire en retrouvant ses grands yeux bleus pleins de la plus douce expression, ses beaux heveux d'un blond châtain, sa jolie bouche, la forme arrondie de son visgae, dontle teint échauffé ne détruisait pas l'agrément, cette taille noble et élégante qui, malgré un peu d'embonpoint, avait encore de la souplesse et de la grâce ; enfin, ces formes toutes voluptueuses que déguisait peu sa toilette, surtout celle du matin."

Ces formes voluptueuses et les traces de charmes éclatants qui avaient tant plu à Louis XV troublèrent un très curieux personnage qui avait établi à Louveciennes un club de révolutionnaire. Cet homme s'appelait Georges Greive.
Il se disait "citoyen des Etats-Unis", se réclamait de services rendus à Washington et à Franklin, prétendait être l'ami de Marat et se nommait lui-même "factieux-anarchiste de premier ordre et désorganisateur du despotisme depuis vingt ans dans les deux hémisphères"...


Ce curieux sans-culotte s'était installé à Louveciennes alors que Mme Du Barry se trouvait à Londres. Ses intentions étaient simples : il voulait livrer l'ex-favorite au Comité de salut public et s'approprier sa fortune. Au mois de janvier, il avait réussi à faire apposer les scellés sur le château et s'imaginait qu'avec l'aide de quelques villageois excités ou aigris il lui serait facile de réaliser ses desseins.

Le retour de la comtesse changea bien des choses. D'abord et avec une audace incroyable - elle écrivit aux administrateurs du district pour se plaindre des mesures prises contre elel pendant son absence, et plaida si adroitement sa cause qu'on lui restitua le château de Louveciennes.
Ensuite, Greive la vit...


Ebloui, il la désira et fut, dès lors, animé par une curieuse passion faite d'amour, de haine et de jalousie.
Joseph Destour, dans son style pittoresque, ajoute que Greive était "poussé par une excitation de profanateur vers cette chair de luxe qui avait donné du plaisir à un tyran".
Déviation sexuelle que M. Kinsey n'a pas eu l'occasion de noter dans son amusant rapport
.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 2 Nov - 19:37

L'ETAT-MAJOR GALANT DE M. DE CHARETTE



Il avait fait de la luxure une qualité militaire - Pierre GUINDEAU -


LE 2 mars 1793, l'autorité militaire envoya en Vendée un décret de réquisition de trois cent mille hommes.
Les opérations devaient commencer le 10 mars.
Or, pendant huit jours, les Vendéennes, qui détestaient les révolutionnaires à cause de leur attitude à l'égard des "bons prêtres", incitèrent les hommes à la rébellion.
Certaines, nouvelles Lysistrata, allaient jusqu'à se refuser dans le lit conjugal, en disant à leur mari - avec cette simplicité charmantes des paysannes :

- Tu n'auras mon abricot que si tu prends ton fusil contre les Républicains !


Finalement, du 10 au 15 mars, la Vendée tout entière s'insurgeait.
Aussitôt les femmes, qui étaient à l'origine de cette guerre civile, prirent une part active aux opérations. On les vit les armes à la main. On les vit messagères, espionnes, infirmières. Leur rôle occulte fut considérable.

Ecoutons Michelet :


"Tout est mystère dans cette guerre. C'est une guerre de ténèbres et d'énigmes, une guerre fantôme, d'insaisissables esprits. Où donc pouvons-nous saisir le fuyant génie de la guerre civile ?
Regardons. Je ne vois rien, sinon, là-bas, sur la lande, une soeur grise qui trotte humblement et tête basse. Je ne vois rien. Seulement, j'entrevois entre deux bois une dame à cheval qui, suivie d'un domestique, va, rapide, sautant les fossés, quitte la route et prend la traverse.
Elle se soucie peu, sans doute, d'être rencontrée.
Sur la route même, chemine, le panier au bras, portant ou des oeufs ou des fruits, une honnête paysanne. Elle va vite et veut arriver à la ville avant la nuit.
"Mais la soeur, mais la dame, mais la paysanne enfin, où vont-elles ? Elles vont par trois chemins, elles arrivent au même lieu. Elles vont toutes les trois frapper à la porte d'un couvent. Voulez-vous dire qu'elles y viennent prendre les ordres du prêtre ? Il n'y est pas aujourd'hui. Oui, mais il y fut hier. Il fallait bien qu'il vînt le samedi confesser les religieuses. Confesseur et directeur, il ne les dirige pas seules, mais par elles, bien d'autres encore...
Femme et prêtre, c'est là toute la Vendée, toute la guerre civile. Notez que sans femme, le prêtre n'aurait rien pu ..."


Dès les premiers combats entre les chouans et les armées révolutionnaires, les républicains comprirent d'où venait la force de leurs ennemis. Et Mme de Sapinaud rapporte dan ses Mémoires, cette déclaration d'un commandant patriote :

"Ah ! brigands ! ce sont les femmes qui sont cause de nos malheurs ; sans les femmes, la République serait déjà établie et nous serions chez nous tranquilles..."

Les officiers républicains avaient tort de s'émouvoir à ce point. Instruits du désordre affligeant qui régnait dans les armées de l'Est, ils auraient dû deviner que les troupes vendéennes n'allaient pas garder longtemps leur belle sérénité.
Les choses ne tardèrent pas, en effet, à prendre un aspect plus galant que militaire...


Après quelques semaines de combats, les Vendéennes, "reprises par les ardeurs de leur sexe, considérèrent certains chefs chouan avec des yeux gourmands. François de Charette de La Contrie, entre autres, fut bientôt entouré d'une quantité de grandes dames, de paysannes à la cuisse légère et de prostituées venant de Nantes". (Pierre Guindeau, La vie privée de M. de Charette.)

M. de Charette possédait, il est vrai, une réputation non usurpée de don Juan. A Legé, où il avait établi son quartier général, les femmes qui constituaient son sérail ordinaire occupaient plusieurs maisons. Chaque soir, le chef maraîchin organisait des bals, où il dansait lui-même au son de la cornemuse avec ses belles amies.
Le bal terminé, M. de Charette entraînait dans sa demeure deux ou trois "sultanes" et passait, en leur compagnie, une nuit agitée au cours de laquelle son coeur royaliste connaissait des joies identiques à celles qui exaltaient les fibres républicaines du général Dumouriez...


Ainsi, deux chefs militaires, politiquement opposés, s'adonnaient avec la même fougue aux mêmes plaisirs, dans le même temps... Et l'amour, qui mettait en péril les armées de la Convention, allait empêcher les chouans de sauver la monarchie...
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 4 Nov - 20:30

Galant, voluptueux, M. de Charette ne se bornait pas à mettre les femmes dans son lit, il les plaçait à tous les postes importants. C'était une ravissante blanchisseuse de Machecoul qui combattait, habillée en homme, à la tête de ses troupes. C'était une certaine veuve Cazale qui s'occupait des relations avec l'Angleterre et les émigrés.
C'était sa fameuse "Bretonne", Marie Lourdais, accorte épicière, qui lui servait d'agent de liaison avec les autres armées vendéennes... La responsabilité des vivres, des armes, de la propagande, des chansons royalistes, etc., était confiée à Mlle Guerry, qui n'était âgée que de 15 ans, mai qui avait le plus joli tour de poitrine du monde ; à Mme de Bruc, dont les yeux bleus étaient ensorcelants ; à Mlle de Couëtus
(tiens, une cousine, sans doute de Mallaurie ........ Razz geek ), dont le tempérament est resté légendaire ; à Mlle de Rochette, qui avait des spécialités galantes fort prisées du général ; à Mlle de Voyneau, dont les cuisses étaient admirablement dessinées ; à Mme du Fief, qui avait une démarche lascive ; à Mme de La Rochefoucauld, qui "tant aimait l'amour" ; à Mme de Monsorbier, dont "la peau avait le gouût du péché" ; à Mme de Bulkeley, avait la fesse ronde et bien placée...

Il y avait enfin, dans cet extraordinaire état-major, une jolie petite brune qui combattait, fusil à la main, aux côtés de Charette. Pour des raisons sur lesquelles il semble inutile de s'étendre ici, le chef maraîchin l'avait surnommée le chevalier de la Berlinguette...

Toutes ces femmes finirent par faire de M. de Charette un héros de légende. "Lui qui, au début, humble et négligé dans sa tenue, ne se distinguait guère de ses officiers par l'uniforme, portait maintenant des cravates à dentelles flottantes, un chapeau chargé de plumes, des vêtements brodés de soie verte et d'argent.
Autour de lui, de brillantes cavalières formaient un contraste saisissant avec les malheureuses paysannes dont s'encombrait l'arrière-garde."

Toutes ces amazones étaient à tour de rôle - ou en même temps - les maîtresses de Charette, qui avait un rude tempérament.


Un soir, dans un château près de Montaigu, Mlle de Couëtus organisa une petite fête assez leste dont les participants devaient garder bon souvenir.
Après le dîner, elle annonça qu'on jouerait à cache-cache :

- Mais le règlement, expliqua-t-elle en souriant, sera, ce soir, un peu modifié. Les femmes iront se cacher et les hommes les chercheront. Lorsqu'ils les auront découvertes, elles leur accorderont ce qu'une femme donne généralement à son vainqueur...
Le jeu passionna tout de suite M. de Charette, qui s'écria gaiement :

- Tant qu'elle aura une roue, la Charette roulera ! ...

Ce qui était une sorte de devise dont il usait dans les grandes occasions.


Les femmes allèrent se cacher. Au bout d'un moment, les hommes partirent à leur recherche, et M. de Charette fut assez heureux pour découvrir, dans un réduit, la plus jolie blonde de l'assemblée, Mme de Chataigneau.
Après lui avoir fait plaisir, il reprit part au jeu, et découvrit Mlle de Bihan qui s'était cachée avec sa soeur dans un cellier. Les jeunes femmes ne connaissaient pas le bel allant de M. de Charette. Inquiètes à la pensée qu'il ne pourrait peut-être pas remplir ses devoirs par deux fois, elles sautèrent à son cou en criant :

- Moi ! Moi !Moi !

Le chef chouan les rassura :

- N'ayez aucune crainte, chacune aura sa part !

Et il ne les déçut pas.


Cette savoureuse partie de cache-cache devait influer sur le destin de M. de Charette. Les trois femmes qu'il avait si bien "découvertes" devinrent d'ardentes partisanes et mirent leur fortune à sa disposition. Un jour, les demoiselles de Bihan feront mieux encore ; alors que le chef maraîchin sera poursuivi par les républicains, elles attireront ceux-ci dans un bois et se feront tuer pour permettre à leur éblouissant amant d'un soir de se sauver vers Clisson...
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 5 Nov - 19:48

Passionné, impulsif, le chef vendéen était naturellement fort jaloux. Un jour, il s'aperçut qu'une de ses "amazones" "s'allait fairepiquer le berlingot" par un officier. Il résolut de se venger et chercha un moyen amusant. La belle le lui donna sans le vouloir en organisant une petite fête à l'occasion du mariage de sa soeur.

- J'espère dit-elle, que vous serez des nôtres, général. Nous danserons !

Le maraîchin se récusa, mais imagina une curieuse farce. Il déguisa quelques-uns de seshommes en républicains et leur donna l'ordre d'aller troubler le repas de noces.


L'irruption des faux patriotes provoqua une véritable débandade. Voyant les invités qui cherchaient à s'enfuir par les fenêtres, les intrus feignirent d'armer leurs fusils.

- Les femmes doivent rester ici, dirent-ils. Quant aux hommes, qui'ls sortent, ou nous tirons.

Il ne resta bientôt plus dans la pièce qu'un groupe de jeunes femmes tremblantes.

- Bien ! dirent les faux républicains, maintenant vous allez recevoir la visite de notre chef.


A ce moment, à la grande surprise des Vendéennes, M. de Charette entra.

- Excusez cette petite mascarade, dit-il, je l'ai imaginée pour passer un moment agréable avec l'une d'entre vous.

La "sultane", souriante, s'avança.

- Il ne s'agit point de vous, ma chère, qui accordez trop facilement ce que vous m'avez donné : mais d'une jeune femme qui, sans moi, serait probablement privée de plaisir en ce jour capital.

Et, sous les yeux des invitées de la noce, il se précipita sur la mariée, la troussa et lui rendit un hommage vigoureux.
Par cette curieuse façon de faire la guerre, M. de Charette allait sauver la République
.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 5 Nov - 20:34

LA REVOLUTION MISE EN PERIL PAR LES FEMMES



C'est nous qui faisons des femmes ce qu'elles valent, et voilà pourquoi elle ne valent rien - Mirabeau - ... scratch (sale c..)


IL se passa, un matin de mars 1793, dans l'armée de Dumouriez, une scène fort curieuse. Un jeune dragon qui marchait avec ses camarades tomba tout à coup sur le bord de la route en poussant des cris de douleur.
On se précipita autour de lui, et un officier lui demanda ce qu'il ressentait. Le soldat, que la souffrance semblait avoir quitté pour un instant, eut l'air gêné.
Finalement, il répondit à voix basse :

- Je vais avoir un enfant ! ...

L'officier, qui n'avait jamais vu de militaire sur le point d'accoucher, parut très étonné.
Alors le jeune dragon fondit en larmes.

- Je suis la femme de Jérôme Michaut, dit-il. Je l'ai suivi aux armées par amour.

On dressa rapidement une tente où Mme Michaut, une heure plus tard, mit au monde un futur républicain...


Le cas de cette épouse devenue dragon par amour n'est pas unique. Il y eut énormément de femmes qui préférèrent partager les dangers de la guerre aux côtés de leurs maris plutôt que de se morfondre, nous dit un mémorialiste, "dans un lit conjugal inerte et sans saveur"...
En outre, "elles estimaient que leur présence devait animer le courage des volontaires ; elles se réclamaient, en termes pompeux, des exemples de l'Histoire". Hélas ! ajoute Raoul Brice, à qui nous empruntons ces lignes, "si le sentiment qui les inspirait fut noble, leur intervention n'en eut pas moins des conséquences déplorables. Les troupes furent encombrées de personnes inutiles, difficiles à régenter et qui causèrent maints désordres".


Ces ferventes épouses suivirent tou d'abord leurs maris sans se cacher, une loi prescrivant aux autorités militaires de loger les femmes des soldats mariés.
Malheureusement, leur présence aux armées, loin de soutenir le courage des hommes, ne tarda pas à être un élément de trouble. Elles critiquaient les ordres des officiers, tentaient d'intervenir dans les conseils militaires, discutaient de la nécessité d'une attaque, déclaraient la soupe immangeable, bref, créaient un climat peu favorable à la préparation d'une offensive.
"De plus, elles voulaient que les hommes passassent la plus grande partie de leur temps à leur faire "cousuminette", comme on disait alors, et les soldats, qui étaient montés toute la nuit à l'attaque de Vénus, ne pouvaient , le jour venu, obéir aux appels de Mars."
(J.M BARREAU, Souvenirs d'un soldat de l'an II)

Il existait une autre cause de désordre, car chaque épouse devait défendre son soldat contre les attaques perfides de certaines "drôlesses" à la cuisse légère qui se conduisaient aux armées comme dans la vie civile.
Des scènes épiques eurent lieu dans quelques camps, notamment à Longwy, où, un soir, trente femmes se battirent pour les beaux yeux d'un militaire plus attaché aux réalités féminines qu'à l'idéal républicain...
"Ces furies, écrit un témoin, se montrèrent d'une férocité qui nous impressionna. Elles s'arrachaient des poignées de cheveux, se mordaient, se griffaient. J'en vis une qui, dans sa colère, déchira le corsage d'une adversaire et lui tordit le sein comme une blanchisseuse tord son linge.
La malheureuse s'évanouit.
"Une autre, ayant troussé sa rivale, lui arracha une grosse partie de son pelage, voulant par ce geste, nous expliqua-t-elle plus tard, "détériorer l'objet qui attirait son mari."

Finalement, le capitaine dut faire jeter des seaux d'eau sur les combattantes pour arrêter cette épouvantable scène...
De tels incidents détournaient les esprits de la la lutte.


Les hommes ne peuvent faire la guerre que s'ils sont entre eux. Tout le plaisir que ressentent généralement les soldats à vivre libres et loin de leur foyer était gâché par la présence de ces viragos qui prétendaient reconstituer sur les champs de bataille l'atmosphère de la vie familiale.

Des maris excédés tapèrent sur leurs épouses. Aux rixes entre femmes succédèrent bientôt les pugilats domestiques qui se poursuivaient tard dans la nuit et donnaient aux camps une allure bien peu guerrière.

Ces incidents finirent par retirer tout enthousiasme aux soldats de la Révolution. Pour fuir les scènes de ménage, certains désertèrent. Alors l'autorité militaire, dont on connaît la sensibilité, s'émut.


Des notes sillonnèrent la France :
"La quantité de femmes est effrayante, mandait l'agent Defrenne à Bouchotte, ministre de la Guerre ; ce sont autant de bouches infiniment coûteuses à la Révolution, et nos soldats finiront par n'être plus propres à rien."

De son côté, Carnot écrivait :
"Les cantonnements et les casernes sont engorgés de femmes ; elles énervent les troupes et détruisent, par les maladies qu'elles y apportent, plus de monde que le pire des ennemis."

A son tour, Seugnot déclarait :
"Les femmes de troupe, - c'est le nom que se donnent entre elles les épouses qui ont suivi les soldats aux armées - contribuent à donner aux hommes un très mauvais moral. L'enthousiasme faiblit et de nombreuses désertions nous sont signalées.
Il est urgent de renvoyer dans leur foyer toutes ces femelles au c.. trop chaud, qui sont en train de nous faire perdre la face aux yeux de l'Europe."


Alors Carnot, effrayé par l'état d'esprit des volontaires, envoya un rapport au comité de Salut public. Sa conclusion était nette :
"Il est urgent qu'on fasse sur ce point une loi très forte et très menaçante : débarrassez-nous des catins qui suivent l'armée, et tout ira bien
."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 7 Nov - 19:24

Le 30 avril 1793, la Convention publia un décret pour congédier les femmes se trouvant aux armées. A part les blanchisseuses, au nombre de quatre par bataillon ; les vivandières indispensables, qui devaient recevoir une marque distinctive délivrée par les généraux de division, toutes les femmes, que que soit leur rang, étaient considérées comme inutiles.
L'annonce de ce décret produisit, on s'en doute, un effet considérable. Les femmes de troupe commencèrent par protester, disant que leurs époux avaient besoin d'elles et qu'elles n'obéiraient jamais à un ordre injuste qui avait pour objet de diviser les ménages... Puis, voyant que les officiers avaient l'intention d'observer la loi, elles se révoltèrent et entraînèrent leurs maris dans la rébellion.

- Nous resterons, dirent-elles, ou bien nous partirons en emmenant nos époux.


Très ennuyés, les commandants préférèrent ignorer ce qui se passait dans les régiments, et le décret ne fut pas appliqué.
Cette capitulation ne fit qu'augmenter le désordre. Ayant mesuré leur pouvoir, les femmes de troupe dirigèrent pratiquement les camps. On les vit transformer les tentes en salons bourgeois, organiser un embryon de vie mondaine, recevoir, papoter, ragoter...
Le résultat ne se fit pas attendre : bientôt, tout le monde se détesta, ce qui n'est pas un bon état d'esprit pour une armée en campagne.
Une telle situation alarma les conventionnels.
Le 26 nivôse an II, l'adjoint du ministre de la Guerre, Jourdeuil écrivait au général Charbonnié, commandant en chef de l'armée des Ardennes :


Le ministre est informé que le décret du 30 avril, qui ordonne de congédier des armées les femmes inutiles au service, est éludé par des interprétations abusives, sous le prétexte que le décret ne parle que des camps et des cantonnements. Des officiers prétendent qu'ils peuvent avoir avec eux leurs femmes dans les villes sans contrevenir à la loi. D'autres n'habitent point, à la vérité, dans la même ville avec leurs femmes, mais ils les font venir dans les villes voisines, et se croient ainsi à l'abri de tout reproche. Dans le premier cas, ces femmes désoeuvrées n'ont d'autres ressources que de rassembler chez elles les officiers, et tout le temps qu'ils leur donnent est pris sur le devoir de leur état. Dans le deuxième cas, on fait des voyages fréquents ou des absences toujours trop longues lorsqu'on devrait être à son poste.
Ces abus convenaient aux satellites d'un roi. Ils sont indignes de soldats républicains, et ton devoir est de ne pas les tolérer dans l'armée que tu commandes.
Pour cet effet, je t'envoie la loi dont tu es chargé de maintenir l'exécution. Tu observeras que les femmes des officiers généréaux et de tous les autres officiers sont comprises dans l'exclusion. Tu verras que, s'ils s'opposent à cette disposition, ils doivent subir la peine de la prison la première fois et être destitués s'ils récidivent.
Je n'ai pas besoin de te dire que ta surveillance doit se porter sur les chefs comme sur les soldats, et qu'elle doit être encore plus sévère pour les premiers, parce que c'est à eux de donner l'exemple.


Chassées des armées comme "femmes de troupe", la plupart des épouses revinrent rapidement comme "soldats". En effet, J.M. Barreau nous dit que "les plus ardentes et les plus amoureuses de leurs maris firent mine de rentrer chez elles, mais trouvèrent le moyen de revenir pour recevoir les caresses conjugales, sans lesquelles elles ne pouvaient vivre. Rejetant l'habit de femme, elles adoptèrent l'uniforme masculin et s'enrôlèrent dans les armées de la Révolution en se faisant passer pour des hommes. Quelques officiers fermèrent les yeux et feignirent de ne point avoir découvert le stratagème. D'autres furent bel et bien trompés".

Hélas ! une telle solution, si elle permettait aux épouses de connaître des nuits enivrantes, ne changeait rien à la situation. Les intrigues continuèrent et le désordre demeura.
Cette anarchie faillit mettre la Révolution en péril.
Les soldats, fatigués par les récriminations de leurs épouses autant que par les nuits d'amour qu'elles exigeaient, perdirent leur bel allant et sombrèrent dans une affligeante apathie.

Pensant qu'il était plus important de renvoyer ces dames chez elles que de repousser l'ennemi hors des frontières, ils se battirent mollement. Le résultat fut désastreux. Tour à tout, les camps de Famars, Condé, Valenciennes, Mayence, Le Quesnoy, tombèrent aux mains des coalisés.
Une fois de plus, la Patrie était en danger à cause de femmes trop amoureuses...


"L'amour, disait Balzac, est responsable de toutes les défaites et de toutes les victoires."
En ce printemps de 1793, la situation donnait par avance raison à l'auteur de la Comédie Humaine.
Au moment même où l'amour animait quelques excitées et risquait de ruiner la République, il donnait toute sa force au seul homme désireux de sauver la monarchie.
Après l'exécution du roi, Fersen, atterré, s'était mis à chercher, avec une ardeur nouvelle, un moyen de sauver Marie-Antoinette. Au mois de mars, il crut avoir trouvé et écrivit :


Un autre moyen plus efficace de servir la reine serait, selon moi, des agents intelligents de l'Angleterre, qui gagneraient, à force d'argent et de promesses, les meneurs du parti d'Orléans, tels que Laclos, Santerre, Dumouriez ; car il ne faudrait pas s'adresser au duc d'Orléans, il est aussi nul et incapable que scélérat et poltron...


Dumouriez se laissa acheter et trahit, au mois d'avril, la République. Cet événement rendit le sourire à Fersen qui vit aussitôt les Jacobins vaincus, une restauration possible, Louis XVII sur le trône et Marie-Antoinette régente... Car c'était là le nouveau rêve d'Axel : donner le pouvoir à la femme qu'il aimait...
Dumouriez ayant livré aux Alliés quatre commissaires de la Convention, Fersen pensa que l'on pourrait échanger ces otages contre la famille royale, et des pourparlers furent engagés avec les membres de la Convention qui se montrèrent favorables au projet.
Mais le compte de Mercy, chargé par l'empereur de diriger les affaires politiques des Alliés, fit arrêter les négociations. Les souverains d'Europe, ravis de voir la France à feu et à sang, abandonnaient la reine et le jeune roi...
Alors une fois de plus, Fersen, inlassable, se mit en quête d'un autre moyen pour sauver Marie-Antoinette
...
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 7 Nov - 20:37

L'AMOUR DANS LES PRISONS REVOLUTIONNAIRES



Il semblait que tous les prisonniers voulussent consacrer les dernières heures de leur vie aux plaisirs que procure le sexe... - BEUGNOT -


Joseph Calvet écrit dans son Traité sur la sexualité :
"Aucun évènement, ni une guerre, ni un émeute, ni une révolution, ni même un bombardement, n'est capable d'empêcher les hommes et les femmes de se livrer aux plaisirs de la chair. Au contraire, la proximité du danger semble aiguiser les désirs et faire naître de véritables frénésies sexuelles
..."

Ce sociologue devait connaître mieux que nos historiens compassés l'histoire de la Révolution française.
En effet, d'extravagantes orgies furent organisées à l'ombre de la guillotine, aussi bien par les aristocrates que par les "amis de la nation"... Ceux qui attendaient lamort et ceux la donnaient étaient curieusement animés par la même ardeur amoureuse.


"On s'amusait d'autant plus librement, écrit Fernand Mitton, que tout le monde, apeuré, tremblait pour le lendemain, qu'à tout moment on voyait sa vie menacée, qu'à chaque instant le grand "rasoir national" et son "barbier" risquaient d'en trancher le fil. Aussi s'aimait-on furieusement, dans la crainte d'être séparés pour toujours."

En avril 1793, de nombreux "ci-devant" se réunissaient fréquemment chez la marquise de Verrières, dans le Marais. L'un d'entre eux, le comte de Breuil, a laissé des Mémoires fort piquants. Voici ce qu'il dit d'une de ces réunions où les belles aristocrates s'amusaient curieusement à perdre la tête...

"Mme de Verrières avait le goût des assemblées galantes. Un soir, elle invita trente personnes des deux sexes connues pour leur ardeur, et leur dit :
" - Mes amis, nous serons peut-êtrem orts demain. Morts sans avoir goûté tous les plaisirs, toutes les jouissances. J'ai pensé que certains d'entre vous passeraient ainsi dans l'autre monde avec le regret de n'avoir point donné à leur corps toutes les satisfactions qui lui sont dues. C'est pourquoi vous êtes tous ici ce soir
.
Avant de quitter ce monde en fièvre, que chacun fasse librement son choix, que les hommes possèdent les femmes qu'ils convoitent depuis longtemps, que les femmes se donnent aux hommes qu'elles désiraient en secret.
"Aussitôt, la soirée commença
.

"C'est alors qu'un valet parut. Rendu stupide par le spectacle qui s'offrait à ses yeux, il resta quelques secondes la bouche ouverte, sans rien dire.

" - Qui vous a permis d'entrer ? cria Mme de Verrières, fort en colère.
" - J'ai entendu la sonnette, bredouilla l'autre.
" - C'est faux ! Disparaissez ! cria la marquise.

"Le valet se sauva, et tous les invités reprirent leurs occupations. Deux minutes ne s'étaient pas passées que la porte s'ouvrait de nouveau, laissant apparaître un autre valet qui eut l'air aussi niais que le premier en voyant trente personnes nues dans le salon.

" - Je vous chasse ! cria Mme de Verrières.
" - Mais Madame avait sonné ...
" - Non ! allez-vous en !

"Le malheureux garçon disparut, et les ébats reprirent. Ils durèrent peu, car un troisième valet, essoufflé et cramoisi, ne tarda pas à apparaître.

" - Je vous chasse tous ! hurla Mme de Verrières excédée.
" - Mais la sonnette, Madame ...
" - Sortez !

"Il sortit en bredouillant des excuses, et l'hôtesse allait de nouveau se consacrer au plaisir quand sa main heurta un cordon tendu. Elle éclata de rire.

" - Voilà donc l'explication, dit-elle. Ce cordon, qui est relié à une clochette se trouvant dans l'office, était pris sous les coussins de ce lit. Chaque mouvement que nous faisions dans notre ardeur amoureuse alertait toute la domesticité...
"Les invités éclatèrent de rire, et l'on but du champagne pour continuer à servir Vénus..."


Cette orgie, qui avait été interrompue de si curieuse façon, ne se termina qu'à l'aube. Or, quelques heures plus tard, l'hôtesse et presque tous ses invités étaient arrêtés, jugés sommairement et conduits à la Conciergerie.
Là, ils se plurent, jusqu'au moment ou la charrette vint les prendre pour les mener à la guillotine, à commenter longuement leur dernière nuit.

Mise en verve par le rappel des minutes voluptueuses qu'elle avait vécues, Mme de Verrières demanda à ses compagnons "de lui procure encore une fois du plaisir avant que le couperet n'ait définitivement éteint ses sens".
Ils acceptèrent, et elle se donna à eux, dans un coin du chariot, avec une ardeur jamais égalée.
Après quoi, tout le monde alla se faire couper la tête.
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mar 8 Nov - 14:11

L'auteur n'est pas toujours très sérieux, ses sources sont parfois peu fiables. Je le prends de temps en temps en flagrant délit d'inexactitude. Bien des légendes se retrouvent hélas dans les livres d'Histoire. Par exemple, pour la romancière Benzoni, Marie de Médicis serait morte dans la pauvreté, le 3 juillet 1642. Or, moins d'un an auparavant, elle léguait - entre bien d'autres choses - 10.000 livres par année de service à ses écuyers. Son testament n'est pas vraiment celui d'une pauvresse jugez plutôt en cliquant ICI
Il a parfois tendance aussi à partir d'une anecdote isolée et d'en faire un fromage pour peu qu'elle colle avec sa façon très sexiste de voir les choses.
Cela dit, sa verve et son humour restent très plaisants Very Happy
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 8 Nov - 20:24

La plupart des prisons révolutionnaires furent le théâtre de scènes aussi peu édifiantes.
A la Conciergerie, les amants se retrouvaient dans une enceinte fermée de barreaux de fer.
"Là, nous dit un mémorialiste, chacun se dépouillait de cette pudeur grimacière, qui est bonne quand on peut attendre des moments favorables ou chercher des lieux commodes.
Le bruit des baisers et des soupirs amoureux parvenait jusqu'au fond des corridors sombres. Les maris redevenaient amants, les amants redoublaient de tendresse. Les plus tendres baisers étaient sans cesse pris et rendus sans résistance, comme sans scrupule ; à la faveur même d'un peu d'obscurité et de vêtements larges, l'amour a vu consumer ses plus tendres désirs. Il est vrai que ces plaisirs étaient quelquefois troublés par l'aspect des malheureux condamnés à mort qu'on descendait du Tribunal et qui traversaient l'enceinte. Alors, il se faisait un moment de silence ; on se regardait avec crainte, puis on s'embrassait avec un tendre intérêt, et les choses reprenaient insensiblement leur cours..." (Relation d'un détenu, publiée par l'Almanach des Prisons.)


Les nouveaux arrivants étaient accueillis avec une espèce de convoitise par les anciens prisonniers, qui, l'oeil brillant, supputaient tous les plaisirs qu'ils allaient connaître avec ces futurs partenaires.
Ceux-ci d'ailleurs, ne tardaient pas à imiter leurs devanciers. Ecoutons un homme qui vécut à la prison du Luxembourg :


"A mesure qu'il arrivait de nouveaux pensionnaires, le sensible Benoît (le concierge) les conduisait vers ceux qui, par leur profession, leur pays, leur caractère, leur section ou leur âge, semblaient promettre au détenu une société plus agréable. Déjà se formaient les connaissances, déjà les petits comités se resserraient dans un cercle plus étroit.
"L'amour avait le plus de part dans le choix des sociétés. Les Anglaises, moins vives, mais aussi tendres que les Françaises, se rangèrent à leur tour sous les drapeaux de la galanterie ; les petits vers, les couplets, le jeu, la médisance et la musique remplissaient les journées. Parfois, cependant, on était interrompu par la visite des municipaux qui n'étaient rien moins que damoiseaux. Marino, administrateur de police, qui, ensuite, fut juge à Lyon, et depuis guillotiné à Paris, ne se permit-il pas un jour de dire au cercle assemblé :

" - Savez-vous ce qu'on répand dans le public ? ...
Que le Luxembourg est le premier b....l de Paris ; que vous êtes ici un tas de p..... qui b..... et que c'est nous qui vous servons de maq.......". (Almanach des prisons)


Les termes dont usait ce Marino, pour être un peu vifs, n'en exprimaient pas moins l'exacte vérité.

Un ancien détenu nous cite le cas d'un jeune homme qui, "caché derrière un paravent, seule barrière à la curiosité indiscrète, goûtait tranquillement en en plein jour, dans les bras de sa maîtresse, les plaisirs de l'amour".
Ce témoin conclut :
"La publicité de certaines aventures galantes, la luxure de quelques dames parmi lesquelles il faut compter la citoyenne d'Orm... qui se payait avec usure de quelques années d'abstinence forcée, firent prendre à l'Administration de Police le parti de séparer les deux sexes."


A la prison de Port-Libre, rue d'Enfer, les "doux entretiens" se tenaient sous un acacia, et, nous dit Henri d'Alméras, ils "étaient poussés aussi loin que possible".

Allongés sur le gazon, prisonniers et prisonnières, complètement désaxés par la proximité de la mort, se livraient, le soir venu, à des parties qui préfiguraient honorablement celles du bois de Boulogne...
Lorsque Mme de Saint-Amaranthe entra dans ce lieu galant, tous les hommes qui s'y trouvaient détenus eurent le sourire, car l'ex-tenancière de tripot avait une réputation d'amoureuse bien établie à Paris. Maîtresse successivement de l'ex-duc de Lauzun, de Dumouriez, de Fabre d'Eglantine et de bien d'autres, elle avait, à quarante-huit ans, un corps admirable et une expérience qui faisait rêver les plus rudes...
Elle sut ne décevoir personne : en deux mois et demi, nous dit un ancien détenu, "elle se donna sans compter et fit le bonheur de tout le monde..."


Parmi ces ci-devants rendus hystériques par la silhouette de la guillotine, il se trouvait pourtant quelques êtres sentimentaux qui ne se contentaient pas d'amour physique. Ceux-ci soupiraient, écrivaient des vers et, selon le mot d'un mémorialiste, "sublimaient leurs étreintes"...
Pour eux, il n'existait qu'un seul espoir : mourir à deux. Une condamnation commune les mettait dans un état de bonheur indescriptible. Leurs derniers moments étaient alors consacrés à des caresses mutuelles. Et Beugnot nous cite cette anecdote :


"Une femme âgée de quarante ans, mais fraîche encore et qui conservait des beaux traits et une taille élégante, fut condamnée à mort, dans la première décade de frimaire, avec son amant, officier dans l'armée du Nord, jeune homme qui paraissait réunir un esprit élevé à une charmante figure. Ils descendirent du Tribunal vers les six heures du soir. On les sépara pour la nuit.
"La femme sut mettre en oeuvre des moyens de séduction dont elle usa avec succès. Elle obtint qu'on la réunirait avec son amant. Ils donnèrent cette dernière nuit aux amours, épuisèrent encore une fois la coupe de la volupté, et ne s'arrachèrent en quelque sorte des bras l'un de l'autre que pour monter dans la fatale charrette ..."


Tous n'avaient pas, hélas ! cette chance d'être condamnés ensemble. Celui qui devait survivre avait alors recours à un moyen très simple pour accompagner sa (ou son) bien-aimée sur l'échafaud. Il suffisait de crier : "Vive le roi !". Aussitôt le "délinquant" montait dans la charrette...
De tels actes d'amour effaçaient alors toutes les orgies des jours précédents
...
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 9 Nov - 10:40

ADAM LUX GUILLOTINE PAR AMOUR POUR CHARLOTTE CORDAY



Il l'aimait à en perdre la tête - Pierre RAFFET -


SI l'amour était une ultime et douce consolation pour les victimes de Fouquier-Tinville, il allait être pour Mme Roland la source de bien des malheurs.
A la fin de 1792, elle avait été accusée par Marat et Hébert de comploter la restauration de la monarchie avec un agent de l'Angleterre. Sur la demande de Roland, elle était venue à la barre de la Convention pour s'expliquer, et, son charme ayant subjugué les plus hostiles, toute l'Assemblée l'avait applaudie...
Ce triomphe devait être le dernier.


Dès le lendemain, le Père Duchesne avait publié un article venimeux :
"Nous avons détruit la royauté et, f... ! nous laissons s'élever à la place une autre tyrannie plus odieuse encore. La tendre moitié du vertueux Roland mène aujourd'hui la France à la lisière... Brissot est le grand écuyer de cette nouvelle reine ; Louvert, son chambellan ; Buzot, le grand chancelier ... Vergniaud, le grand maître des cérémonies.... Elle se tient tous les soirs, à l'heure des chauves-souris, dans le même lieu où Antoinette manigançait une nouvelle Saint-Barthélemy...
Comme la ci-devant reine, Mme Coco (c'est le surnom que l'on donnait à Mme Roland), étendue sur un sofa, raisonne à perte de vue sur la guerre, la politique... C'est dans ce tripot que se fabriquent toutes les affiches..."

Les jours suivants, décidé à abattre son ennemie par tous les moyens, Hébert avait dénoncé les amours de Buzot et de Manon par une lettre publique adressée au député de l'Eure :
"Devenu conventionnel, tu n'as pas manqué d'être un grand personnage, un des adorateurs de la vertueuse épouse du vertueux Roland. Quel plaisir de répéter à ses pieds le rôle que tu dois jouer le lendemain à la Convention, de la voir t'applaudir quand tu récites quelques bonne tirades contre Robespierre, de la voir se pâmer entre tes bras quand tu nous as emporté d'emblée quelque bon décret, soit pour bannir ceux qui ont fait la Révolution, soit pour allumer la guerre civile entre Paris et les départements..."


Cet article avait bouleversé Roland, qui "ne voulant point donner ses chagrins domestiques en spectacle au pays", s'était vu contraint de démissionner.
Après avoir rendu son portefeuille de ministre, il avait appelé Manon :

- Maintenant, dis-moi la vérité. Hébert a-t-il raison lorsqu'il écrit que Buzot est ton amant ?

Emue, livide, Manon avait alors tout avoué, et Roland s'était conduit en gentilhomme :

- Veux-tu que je te rende ta liberté ? Tu pourras épouser celui que tu aimes.

Mme Roland s'était redressée :

- Non ! je l'aime, mais je suis ta femme !

Les deux époux désunis avaient alors quitté les somptueux appartements du ministère pour regagner leur petit logement de la rue de la Harpe.
Ce noble retrait exalta Buzot qui, tous les jours, à la tribune, attaqua la Montagne avec une audacieuse violence. Reprenant les thèmes chers à Mme Roland, il fustigeait Marat, Hébert, Danton et réclamait l'arrêt des massacres. Cette éloquence eut un résultat navrant : le 30 mai 1793, Robespierre fit arrêter vingt et un députés Girondins...


Le lendemain, Buzot, qui avait pu échapper aux recherches, quitta Paris sur les conseils de Manon, tandis que Roland, au même instant, courait se réfugier à Rouen chez les demoiselles Malortié.
Restée seule dans la capitale, Mme Roland attendit stoïquement que son destin s'accomplît.
Deux jours plus tard, on venait l'arrêter...

Enfermée dans une cellule de l'Abbaye, elle poussa un soupir. Loin de l'agitation politique, elle allait pouvoir enfin se consacrer entièrement à son amour. Oubliant la République de Platon, délaissant ses habituelles préoccupations d'intellectuelle engagée, elle vécut dès lors dans une sorte de rêve. Le corps et l'esprit torturés par la passion, elle passait des heures prostrée sur son lit à gémir, à sangloter, à prononcer le nom de son bien-aimé...
Un jour, une femme parvint à lui faire remettre deux lettres de Buzot qui se cachait en Normandie. Elle les lut en pleurant, et le soir, à son tour, écrivit :


22 juin 1793.

Combien je les relis, tes lettres... Je les presse sur mon coeur. Je les couvre de mes baisers. Je n'espérais pas d'en recevoir... Je suis venue ici fière et tranquille ... Lorsque j'ai appris le décret d'arrestation contre les vingt-deux (sic), je me suis écriée :"Mon pays est perdu." J'ai été dans les plus cruelles angoisses jsuqu'à ce que j'aie été assurée de ton évasion ; elles ont été renouvelées par le décret d'arrestation qui te concerne, ils devaient bien cette atrocité à ton courage. Mais lorsque je t'ai su au Calvados, j'ai repris ma tranquilité.
Continue, mon ami, tes généreux efforts, Brutus désespéra trop tôt du salut de Rome aux champs de Philippes.
Le Midi t'offre dans tous les cas un refuge...
Moi, je jouis, à travers les grilles et le verrous, de l'indépendance de ma pensée. Je n'ai pas été fâchée d'être arrêtée, ne voit-tu pas aussi qu'en me trouvant seule c'est avec toi que je demeure ? Je dois à mes bourreaux de concilier le devoir et l'amour. Adieu, mon bien-aimé, adieu
.

Libérée, puis reprise aussitôt, Manon fut conduite à Sainte-Pélagie où elle continua de ne vivre que pour penser à son cher Buzot. Le 6 juillet, elle lui écrivit :

Je me suis fait apporter, il y a quatre jours, this dear picture que, par une sorte de superstition, je ne voulais pas mettre dans une prison ; mais pourquoi donc la refuser, cette douce image, faible et précieux dédommagement de l'absence de l'objet ? Elle est sur mon coeur, cachée à tous les yeux, sentie à tous les moments et souvent baignée de mes larmes...

Manon, jadis si froide, si cérébrale, sentait s'éveiller dans son corps des besoins de caresses. Elle comprenait enfin, mais trop tard, que l'amour n'était pas seulement une rencontre de beaux esprits...
Eperdue de passion, les sens en feu, elle espérait la mort comme une délivrance, sachant bien qu'elle ne reverrait jamais Léonar
d.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 9 Nov - 11:49

Or au moment où Manon, dans sa cellule, considérait sa vie austère et écrivait avec mélancolie :
"Je doute que jamais personne fût plus faite pour la volupté et l'ait moins goûtée", des membres éminents de la Convention faisaient en sorte de n'avoir point à exprimer un jour de tels regrets...
Ces messieurs qui oeuvraient depuis quelque temps sans que leur galante activité fût connue du menu peuple, eurent, au mois de juin 1793, l'imprudence de prendre des partenaires trop bavardes. Aussitôt, des bruits étranges commencèrent à courir.
On racontait à mots couverts que des réunions scandaleuses avaient lieu dans un pavillon de Choisy-le-Roi. Les Parisiens les mieux renseignés assuraient que certains députés fort estimés faisaient amener là des filles du Palais-Egalité et des mineures racolées de bon gré ou de force. Les fillettes, précisaient-ils, étaient déshabillées et lavées soigneusement devant certains messieurs à qui ce spectacle causait une joie profonde. Après quoi, "les spectateurs devenaient acteurs".


Cette histoire, colportée à voix basse de maison en maison, n'était pas sans inquiéter les esprits candides, qui, ne pouvant s'empêcher de faire un rapprochement entre les moeurs des républicains et celles des "tyrans" qu'on venait de détrôner, étaient pris de doutes sur la nécessité d'un changement...
Le scandale fut naturellement étouffé. Mais on peut en trouver trace aux Archives nationales dans cette note datée du 19 thermidor :


"Le jardinier de Fauvel, propriétaire d'une maison située à Choisy, a déclaré devant Blache, agent principal du Comité de sûreté générale, que les deux Robespierre, Lebas, Henriot, et ses aides de camp, Dumas, Fouquier, Didier, Benoît et Simon, du Comité révolutionnaire de Choisy, les Vaugeois, les Duplay, se réunissaient souvent dans sa maison, à Choisy, et s'y livraient à des orgies scandaleuses."
Si cette note est digne de foi, Fouquier-Tinville et Robespierre peuvent être considérés comme les fondateurs des ballets roses républicains...


L'arrestation des Girondins avait provoqué une immense émotion dans tout le pays, et bien des braves gens tremblèrent pour la Révolution.
A Caen, une jeune républicaine de vingt-cinq ans, Marie-Anne-Charlotte de Corday d'Armont, qui descendait de la soeur de Pierre Corneille et avait, pour cette raison, le sens de la tragédie, fut alarmée.
Ayant interrogé des Girondins qui fuyaient la capitale, elle comprit que Marat était à l'origine de tous les excès commis à Paris, et décida, par un beau soir de juillet, de tuer cette "bête malfaisante qui gangrenait la Révolution".
Le 9 juillet, elle prit la diligence de Paris. Après un voyage de deux jours, elle s'installa rue des Vieux-Augustins, à l'hôtel de la Providence.

Après avoir rédigé, en guise de testament, une Adresse aux Français, elle se rendit au Palais-Royal, acheta pour deux francs un couteau à découper, et se fit conduire en fiacre rue des Cordeliers.
Là, elle sonna.
C'est Simonne Evrard qui vint lui ouvrir.

- Je voudrais voir le citoyen Marat.
- Il ne reçoit personne.
- J'ai des choses très importantes à lui apprendre.
- L'Ami du Peuple est malade.

Et la porte claqua au nez de Charlotte qui revint à son hôtel où elle rédigea sur-le-champ, la lettre suivante :

Citoyen,

J'arrive de Caen ; votre amour pour la patrie me fait supposer que vous connaîtrez avec plaisir les malheureux événements de cette partie de la République. Je me présenterai chez vous vers huit heures ; ayez la bonté de me recevoir et de m'accorder un moment d'entretien. Je vous mettrai à même de rendre un grand service à la patrie...


Ayant posté ce mot, elle attendit huit heures et se rendit de nouveau rue des Cordeliers.
Une femme employée comme plieuse au journal La République française vint lui ouvrir la porte. Voyant Charlotte, elle appela Simonne Evrard.

- Encore vous, dit celle-ci.
- J'ai écrit au citoyen Marat, et il doit me recevoir.

Une discussion s'engagea entre la maîtresse du journaliste et Charlotte. Finalement, Marat, qui travaillait dans une pièce voisine, devinant qu'il s'agissait de la personne dont il avait reçu une lettre, cria :

- Qu'elle entre !

Charlotte entra et se trouva bientôt devant l'Ami du Peuple qui, assis dans une baignoire de cuivre en forme de sabot, écrivait sur une planchette de bois.
"Il me semble la voir devant mes yeux, écrit le comte d'Ideville dans son livre Vieilles Maisons et Jeunes Souvenirs, il me semble la voir debout, tremblante, appuyée contre cette même porte que nos mains touchent. Malgré l'invitation de l'homme, elle a hésité à s'asseoir sur l'escabeau placé près de la baignoire ; ses regards se fixent sur les regards hideux et lascifs du monstre. Elle nous apparaît bien telle qu'elle était alors, avec ses boucles de cheveux blonds épars, sous la coiffe du temps ; la poitrine haletante sous le fichu qui la couvre ; sa roble aux rayures brunes traîne sur le carreau humide. La voilà qui se lève, qui parle, s'anime, tandis que les yeux de la vipère s'allument à la pensée des victimes nouvelles qu'elle lui dénonce. Enfin, elle se penche..."

D'un coup précis, Charlotte enfonça son couteau dans la poitrine de Marat.
Le journaliste, qui avait tant désiré voir couler le sang des autres, fut naturellement fort alarmé en voyant le sien se répandre.

- A moi ! cria-t-il à l'adresse de Simonne Evrard. Ma chère amie ! ...

Simonne se précipita et buta dans Charlotte qui, très calme, au pied de la baignoire dont l'eau rougissait rapidement, attendait qu'on vînt la condamner à mort pour avoir délivré la France d'un étranger monstrueux...
(Le 22 août 1793, les frères et la soeur de Marat demandèrent et obtinrent que Simonne fût considérée officiellement comme l'"épouse" du journaliste. Jusqu'à sa mort, survenue en 1824, Simonne Evrard prit donc le titre de "veuve Marat"...)


Ce geste de Charlotte Corday fut, on s'en doute, diversement commenté. Pour ceux qui allèrent assister en gémissant aux funérailles grandioses commandées par la Convention, la jeune femme devint la "virago normande", la "monstrueuse parricide" ou le "chacal antirévolutionnaire". Pour les gens de bon sens, Charlotte apparut comme le symbole d'une saine réaction.
Des milliers de gens l'adorèrent.
Un homme l'aima.


Cet homme s'appelait Adam Lux. Il était né aux environs de Mayence en 1766, dans une famille de paysans. Lorsque la Révolution avait éclaté en France, il s'était enflammé pour les idées nouvelles, allant jusqu'à former avec des amis, un club pour la défense de la liberté et de la fraternité.
Ce club avait eu tant d'influence que, lorsque le général de Custine était entré dans la ville le 21 octobre 1792, la population entière avait demandé le rattachement de Mayence à la France.
Désigné pour porter à Paris le décret des Mayençais et siéger à la Convention, Adam Lux, quittant sa femme et ses trois enfants, était parti au mois de mars 1793, accompagné de deux adjoints aussi idéalistes que lui.

Reçu avec beaucoup d'égards par les conventionnels, qui l'admirent à leurs assemblées, il commença par connaître une joie sans mélange à la pensée de côtoyer des hommes qui étaient en train de transformer l'univers.
Cet enthousiasme ne devait pas durer.
La Convention lui apparut bientôt pour ce qu'elle était : un extraordinaire panier de crabes où tout le monde se haïssait, intriguait, s'injuriait sans aucune dignité.
Vue de près, la Révolution n'était pas du tout ce qu'il avait rêvé dans sa Rhénanie natale après avoir lu les théories échevelées de Jean-Jacques Rousseau.
Marat surtout lui faisait horreur. Il eût voulu le voir décapité, et souffrait de l'indifférence des députés à l'égard de ce "crapaud sanguinaire".
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 9 Nov - 13:20

Un jour, il eut une idée, curieuse en vérité. Pour secouer la torpeur de l'Assemblée, pour débarrasser le pays de Marat, il décida de monter à la tribune, de lire un discours où il dénoncerait tous les scandales dont souffrait la France et de se titer une balle de pistolet dans la tête.
Aussitôt, il écrivit à Pétion, pour lui faire part de ses intentions :


La violente indignation que je conçus contre le triomphe du crime et l'espérance que ma mort, dans une pareille crise, pouvait faire quelque sensation dans l'esprit des citoyens, m'ont déterminé à faire un sacrifice de mon sang et à finir une vie innocente par une mort plus utile à la liberté que ma vie ne pourrait jamais l'être.


Après quoi, il mit quelques amis au courant de sa résolution. Tous, fort sagement, lui conseillèrent de ne rien faire et tentèrent de lui démontrer que la solution qui consistait à se tuer pour délivrer la France de Marat, témoignait d'une logiqu défectueuse...

- Bien sûr, dirent-ils, vous en serez débarrassé, vous, mais nous ?

Adam Lux résolut alors de devenir martyr et publia un Avis aux citoyens français d'une extrême violence "contre les septembriseurs et les scélérats qui trompaient le peuple".
Après quoi, il attendit qu'on voulût bien lui faire l'honneur de le jeter dans une prison ou de le conduire à la guillotine.


C'est dans cette attitude inquiète qu'il apprit l'assassinat de Marat par Charlotte Corday.
Aussitôt, il conçut une admiration sans borne pour cette femme qui avait eu le courage de "terrasser le dragon".
Adam Lux était un être passionné. Son admiration se changea bientôt en amour, lorsqu'il sut que la jeune Normande était jolie, douce, et d'une extraordinaire dignité.

Pendant quelques jours, son unique but fut de la voir.
Lorsque le procès de Charlotte s'ouvrit, il courut au tribunal révolutionnaire et fut ébloui en constatant qu'elle était plus belle "que la plus belle fille de Mayence"...
Etonnante de calme, l'accusée se tenait debout devant Fouquier-Tinville.

Adam Lux entendit celui-ci demander avec hargne :

- Qu'espériez-vous en tuant Marat ?

Aussitôt, la réponse vint, douce et assurée :

- Rendre la paix à mon pays.

Le président du tribunal, peu habitué à rencontrer tant de calme chez une personne qu'il allait envoyer à la guillotine, essaya de troubler Charlotte en lui parlant du couteau, de la plaie et du sang qui avait éclaboussé la pièce où se tenait le journaliste. Mais Adam Lux lisait toujours sur le visage se sa bien-aimée la même satisfaction du devoir accompli.

Finalement, le président conclut :

- La lame fut plantée avec une précision extraordinaire. Il faut que vous soyez bien exercée à ce crime.
Cette accusation fit rougir Charlotte. Frémissante, elle s'écria :

- Oh ! le monstre ! Il me prend pour un assassin...

Phrase qui exalta le généreux Adam Lux ...


Le jour où Charlotte fut conduite à l'échafaud, le jeune Rhénan se rendit rue du Faubourg-Saint-Honoré pour la voir passer dans la charrette des condamnés. Au milieu de la foule qui insultait "son ange", il marcha jusqu'à la place de la Révolution, accompagnant Charlotte sur le chemin de la mort.
En pleurant, il la regarda monter, belle et sereine, vers la guillotine et crut mourir en entendant le couperet tomber...
Eperdu de douleur, il vit alors le bourreau prendre la tête de Charlotte et la souffleter, pour la plus grande joie des badauds toujours friands de spectacles insolites...
Rentré chez lui, il décida d'insulter la Convention en publiant un panégyrique de Charlotte Corday, dans l'espoir que cet écrit lui permettrait de mourir pour sa bien-aimée.


Quelques jours après, la brochure paraissait. C'était plus qu'une défense de la meurtrière de Marat, c'était un cri d'amour.

"Charlotte Corday, âme sublime, fille incomparable ! (l'autopsie du corps de la décapitée avait prouvé qu'elle était vierge) Je ne parlerai pas de l'impression que tu feras sur le coeur des autres, je me bornerai à énoncer les sentiments que tu as fait naître dans mon âme".

Défiant les membres du tribunal révolutionnaire, il écrivait en guise de conclusion :

"S'ils me veulent aussi faire l'honneur de leur guillotine, qui, désormais, à mes yeux, n'est qu'un autel sur lequel on immole les victimes, je les prie de faire donner à ma tête autant de soufflets qu'ils en firent donner à celle de Charlotte, je les prie de faire pareillement applaudir ce spectacle de tigres par leur populace cannibale..."

Ce texte était signé : Adam Lux, député extraordinaire de Mayence.
Le ton en était si violent que les conventionnels crurent tout d'abord à une plaisanterie. Lorsqu'il fut prouvé que le député rhénan en était bien l'auteur, un mandat d'arrêt fut lancé contre lui.
Le 4 juillet, il était conduit en prison.


Pendant trois mois, on hésita à envoyer à l'échafaud cet homme qui représentait la ville de Mayence. Pour justifier leur indulgence, les amis de Robespierre présentèrent Adam Lux comme un exalté irresponsable.

Furieux et désespéré à la pensée qu'on allait peut-être lui rendre la liberté, l'amoureux de Charlotte écrivit alors à Fouquier-Tinville, sous un faux nom, pour se dénoncer lui même...
Il obtint finalement ce qui'l désirait.

Le 2 novembre, le tribunal le condamnait à mort. Dès que les débats furent terminés, il demanda qu'on voulût bien le conduire à la guillotine.
La charrette attendait dans la cour ; il s'y rendit en courant.

- Le plus vite possible, dit-il à l'homme qui tenait les rênes.
Puis il grimpa d'un bond dans la voiture et manifesta, par des tapotements sur la planche qui servait de banc, son impatience de rejoindre Charlotte.

Arrivé place de la Révolution, il sourit, embrassa les aides du bourreau et, nous dit Forster,
"il ne monta pas à la guillotine, il s'y jeta..."
Quelques minutes plus tard, Adam Lux, ivre de joie, mourait pour sa bien-aimée.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 11 Nov - 20:10

AVANT DE MOURIR, MARIE-ANTOINETTE RECOIT A LA CONCIERGERIE LA VISITE D'UN AMOUREUX



Pour une grand amour, même les murs d'une forteresse ne sont pas un obstacle - STENDHAL -



L'EXECUTION de Marat avait produit un très bon effet sur les braves gens qui croupissaient dans les prisons. Certains voulurent voir là le signe d'une saine réaction et pensèrent qu'il fallait profiter de l'occasion pour sauver la reine.
C'est alors que quelques partisans audacieux tentèrent, à tour de rôle, de faire s'évader Marie-Antoinette. Il y eut Toulan et Jarjayes - qui pénétrèrent au Temple sous un déguisement et faillirent réussir - , le commissaire Lepître, le capitaine-épicier Cortey, le baron de Batz. Hélas ! tous ces efforts furent vains ; et le 2 août, la malheureuse reine, à qui l'on avait enlevé son fils quelques semaines auparavant, fut transférée à la Conciergerie pour comparaître devant le tribunal révolutionnaire.

En apprenant cette nouvelle, Fersen fut anéanti. Le 24 août 1793, il écrivit à sa soeur :


Vous savez sans doute, ma chère Sophie, en ce moment, le malheur affreux de la translation de la reine dans les prisons de la Conciergerie et le décret de cette exécrable Convention qui la livre au tribunal révolutionnaire pour être jugée. Depuis cet instant, je ne vis plus, car ce n'est pas vivre de souffrir comme je souffre. Si je pouvais encore agir, faire quelque chose pour sa délivrance, il me semble que je souffrirais moins. Ne pouvoir rien faire, voilà qui est affreux. Taube vous dira le seul espoir qui nous reste et que j'ai demandé. Une marche prompte sur Paris est tout ce qui reste à faire. Mais je demeure dans l'incertitude si ce projet sera adopté et suivi. Oh ! l'horreur de devoir attendre sans rien faire. Je donnerais ma vie pour la sauver, et je ne le puis. Mon plus grand bonheur serait de mourir pour elle, et ce bonheur m'est refusé... Adieu, ma chère Sophie. Priez Dieu pour elle et plaignez votre malheureux frère...


Fersen avait raison de se lamenter. Sa chère amie était traitée de façon ignoble.
Ecoutons un homme qui réussit à voir Marie-Antoinette dans son cachot :


"La chambre était petite, humide, fétide ; il n'y avait ni poêle ni cheminée. Il y avait trois lits : un pour la reine, l'autre, à côté du sien, pour la femme qui la servait ; le troisième, pour les deux gendarmes qui ne sortaient jamais de la chambre, pas même lorsque la reine avait des besoins ou des soins naturels à se donner.
"Le lit de la reine était, comme celui des autres, de bois ; une paillasse, un matelas et une couverture de laine ; les draps étaient de toile grossière et grise, comme ceux des autres, et il n'y avait pas de rideaux, mais un vieux paravent.
"La reine était vêtue d'un caraco noir ; ses cheveux, coupés sur le front et derrière, étaient tout gris ; elle était tellement amaigrie qu'on avait de la peine à la reconnaître, et si faible qu'à peine pouvait-elle se tenir sur ses jambes. Elle avait aux doigts trois anneaux, mais pas de bagues. La femme qui la servait était une espèce de poissarde dont elle se plaignait fort...
"La reine couchait toujours tout habillées en noir, attendant à tout moment d'être massacrée ou d'être menée au supplice, et voulant y aller en deuil. Michonis en pleurait de douleur. Il m'a confirmé les pertes de sang que la reine faisait et que, lorsqu'il fallu aller au Temple chercher le caraco noir et les linges nécessaires pour la reine, il n'a pu y aller qu'après une délibération du Conseil..."


En apprenant ces détails, Fersen, désespéré, comprit que Marie-Antoinette était perdue...


Pendant que le Suédois se lamentait, à Paris, le chevalier de Rougeville essayait à son tour de sauver la reine. Cet homme un peu fou était depuis longtemps amoureux de Marie-Antoinette et la suivait partout. Il l'avait protégée dans les journées du 20 juin et du 10 août, et rêvait de lui faire comprendre son amour par un acte héroïque.
Avec l'aide d'une riche Américaine, Mme de Tilleul, et de Michonis, l'un des administrateurs de police chargés de visiter Marie-Antoinette, il échafauda un projet audacieux. Son plan était d'entrer à la Conciergerie, de déguiser l'illustre prisonnière et de la faire sortir comme s'il s'agissait d'une blanchisseuse.


Le 28 août, il parvint à pénétrer avec Michonis dans le cachot de la reine. Là, il laissa tomber près du poêle (je croyais avoir lu plus haut, qu'il n'y avait pas de poêle... Shocked ) un oeillet rouge qui contenait un billet. Après le départ des deux hommes, la prisonnière lut le message et le détruisit aussitôt. Le lendemain, elle confia à un gendarme un papier où elle avait réussi à dessiner, en faisant des trous avec une épingle, cette phrase :
"Je suis gardée à vue, je ne parle ni écris."

- Voulez-vous donner ce morceau de papier à la femme du concierge ? dit-elle.

Mais le gendarme avait l'oeil. La veille, il avait remarqué le manège de Rougeville, et il supputa une tentative d'évasion. Après avoir considéré le morceau de papier dans tous les sens, il finit par remarquer les petits trous d'épingle et lut la phrase. Aussitôt, il courut informer son chef de ce qui'l avait découvert.


Le billet, bien anodin, devait rendre furieux les membres de la Convention. Hébert, dans son journal Le Père Duchesne, demanda l'exécution immédiate de la reine :
"Le bourreau doit jouer à la boule avec la tête de la louve... Il faut juger la tigresse d'Autriche... Elle devrait être hachée comme chair à pâté, pour tout le sang qu'elle a fait répandre..."

Et Marie-Antoinette fut transférée dans une cellule obscure et malsaine...
Ainsi, par la faut d'un amoureux trop zélé, la pauvre reine voyait sa détention devenir plus dure encore
...
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Dim 13 Nov - 21:58

Ouh là suis en retard vais lire tout ca !!
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 14 Nov - 20:03

Marie-Antoinette demeura dans ce cachot pendant quelques semaines.
Qu'attendait-on pour la juger ?
C'était bien simple. On attendait d'avoir trouvé des motifs d'inculpation contre elle. Car les juristes n'avaient relevé aucun indice de culpabilité, et l'on se demandait comment on allait bien pouvoir envoyer la malheureuse à la guillotine avec quelque apparence de légalité.

Finalement, le 5 octobre, Fouquier-Tinville (lui aussi a été guillotiné quelques temps après), très ennuyé, se plaignit par lettre de n'avoir aucune pièce dans son dossier.
La Convention lui fit cette réponse extravagante :

Nous n'avons pas de preuves à vous fournir. La République compte sur votre zèle pour y suppléer
...

C'était l'autoriser à inventer des motifs. L'accusateur public consulta des amis, et le ministre Hébert (lui aussi est passé à la guillotine) eut alors l'idée d'une accusation infâme. Il prétendit que la reine s'était livrée sur la personne de son fil, âgé de huit ans, à des attouchements impudiques. Ravi d'avoir inventé cette infamie, il courut voir le petit prince et, abusant indignement de son innocence, lui fit signer une déposition "par laquelle il accusait sa mère et sa tante de lui avoir donné des habitudes vicieuses et de l'avoir conduit à l'inceste".

Le pauvre enfant devint ainsi, sans le savoir, le complice des révolutionnaires.


Le lundi 14 octobre, la parodie de procès commença. L'acte d'accusation rédigé par Fouquier-Tinville comparait Marie-Antoinette à Messaline, Brunehaut, Frédégonde et Catherine de Médicis...
Après avoir passé en revue la vie de la reine, l'accusateur public arriva à la fable imaginée par Hébert, et s'écria :

"Enfin, la veuve Capet, immorale sous tous les rapports et nouvelle Agrippine, est si perverse et si familière avec tous les crimes, qu'oubliant sa qualité de mère et la démarcation prescrite par la nature, elle n'a pas craint de se livrer avec Louis-Charles Capet, son fils, et de l'aveu de ce dernier, à des indécences dont l'idée et le nom seuls font frémir d'horreur !..."

La reine, la tête haute, ne daigna pas répondre.
Un peu plus tard, au cours des débats, Hébert, substitut du procureur de la Commune, vint conter en détail les prétendues scènes de débauche qui se seraient déroulées entre la reine, Mme Elisabeth et le "jeune Capet".
Marie-Antoinette, cette fois encore, demeura impassible. Alors, un juré se leva :

- Citoyen président, je vous invite à vouloir bien faire observer à l'acusée qu'elle n'a pas répondu sur le fait dont à parlé le citoyen Hébert, à l'égard de ce qui s'est passé entre elle et son fils...

A ces mots, la reine se redressa et dit avec force :

- Si je n'ai pas répondu, c'est que la nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère.

Puis se tournant vers les femmes qui emplissaient les tribunes, elle ajouta :

- J'en appelle à toutes les mères qui peuvent se trouver ici...

Cette réponse fit une très forte impression sur le peuple et même sur les révolutionnaires.


Le soir, au cours d'un dîner, Vilate la rapporta à Robespierre. Celui-ci, furieux (lui aussi, guillotiné), cassa son assiette et sa fourchette en disant :

- Cet imbécile d'Hébert ! Ce n'est pas assez qu'elle soit réellement une Messaline, il faut qu'il en fasse encore une Agrippine, et qu'il lui fournisse, à son dernier moment, ce triomphe d'intérêt public...


Hélas ! si cette accusation s'effondrait à cause de son excès même, un autre chef d'inculpation était retenu contre la reine. On l'accusait d'avoir conspiré contre la Révolution.
Pour ce motif, Fouquier-Tinville, sans aucune preuve, requit la peine de mort.

A quatre heures du matin, on fit rentrer Marie-Antoinette dans la salle d'audience pour lui annoncer qu'elle serait guillotinée.
Après quoi, on la ramena à la Conciergerie.
Trois heures plus tard, Sanson venait la chercher... A midi, elle était décapitée...


En apprenant cette exécution, Fersen fut comme fou. Il écrivit une lettre délirante à sa soeur :


Ma tendre et bonne Sophie,

Ah ! plaignez-moi, plaignez-moi. L'état où je suis ne se peut concevoir que par vous. J'ai donc tout perdu dans le monde. Vous seule me restez. Ah ! ne m'abandonnez pas. Celle qui faisait mon bonheur, celle pour laquelle je vivais, oui, matendre Sophie, car je n'ai jamais cessé de l'aimer, non, je ne le pouvais, jamais un instant je n'ai cessé de l'aimer et tout du tout je lui aurais sacrifié ; je le sens bien en ce moment. Celle que j'amais tant, pour qui j'aurais donné mille vies n'est plus ! Ah ! mon Dieu, pouquoi m'accabler ainsi, par quoi ai-je mérité ta colère ? Elle ne vit plus ! Ma douleur est à son comble, et je ne sais comment je puis vivre et supporter ma douleur. Elle est telle que rien ne pourra jamais l'effacer. J'aurai toujours présente devant moi, en moi, son image ; le souvenir de tout ce qu'elle fut pour la pleurer toujours.
Tout est fini pour moi. Que ne suis-point mort à ses côtés ; que n'ai-je pu verser mon sang pour elle, pour eux !
Je n'aurais pas à traîner une existence qui sera une douleur perpétuelle et un éternel regret. Mon coeur, désormais, saignera autant qu'il battra. Vous seule pouvez sentir ce que je souffre et j'ai besoin de votre tendresse. Pleurez avec moi, ma tendre Sophie, pleurons pour eux.
Je n'ai pas la force d'écrire davantage. Je viens de recevoir la terrible confirmation de l'exécutio. On ne parle pas du reste de la famille, mais mes craintes sont affreuses. Oh ! mon Dieu, sauvez-les. Ayez pitié de moi
!



Désespéré, n'ayant plus de raison de vivre, Fersen s'attacha, pendant des mois, à réunir des objets qui lui rappelaient la douceur de Trianon et les jours où il parlait d'amour avec Marie-Antoinette...
Un jour, il reçut la copie du passage d'une lettre écrite en avril 1793 par la reine au général de Jarjayes. Et il lut en pleurant ces lignes pleines de tendresse qui le concernaient
:

Quand vous serez en lieu de sûreté, je voudrais bien que vous puissiez donner de mes nouvelles à mon grand ami qui est venu l'année dernière me voir ; je ne sais où il est ; ou M. Goguelat ou M. Crawfort, que je crois à Londres, pourront vous l'indiquer ; je n'ose pas écrir ; mais voilà l'empreinte de ma devise. Mandez en l'envoyant que la personne à qui elle appartient sente que jamais elle n'a été plus vraie. (cette devise était un cachet protant un pigeon volant, avec la devise : "Tutto a te mi guida")

Plus tard, Mme Sullivan lui adressa un billet de la reine qui était resté entre ses mains :

Adieu, mon coeur est tout à vous.
..

Ainsi, par-delà la mort, Marie-Antoinette semblait envoyer à Fersen des témoignages de son amour... Le Suédois en fut bouleversé et se sépara de la belle Eléonore Sullivan pour rester seul avec le fantôme de la reine qu'il avait tant aimée. Il vécut ainsi seize ans, partageant son temps entre la politique et la gestion de ses terres.
Le destin lui réservait une fin inattendue, une fin qui prouve que ces deux êtres étaient marqués du même signe...


En 1810, alors qu'au titre de grand maréchal du royaume, il accompagnait le prince Christian, celui-ci mourut frappé de congestion, en passant un régiment en revue.
Aussitôt, la rumeur accusa Fersen d'avoir empoisonné le prince. Des lettres anonymes parvinrent sur son bureau :

Si vous osez paraître aux obsèques, vous serez assassiné.

Le grand maréchal méprisa ces avis. Mais quand il voulut prendre sa place dans le cortège, des hommes brisèrent les vitres de son carrosse à coup de pierres et le traînèrent sur le pavé. D'un bond, Fersen se releva. Il fut rejeté à terre où la foule le piétina, déchira ses vêtements, le couvrit de crachats...
Finalement, un colosse sauta sur sa poitrine, dansa et lui enfonça les côtes, avant de lui écraser la tête à coups de botte.
Des femmes vinrent alors lacérer ses vêtements, et son corps nu resta longtemps dans un caniveau...
Ainsi, Fersen mourait, comme sa bien-aimée, victime d'une fureur populaire aveugle et injustifiée... (Dernier signe du destin : Axel mourut le 20 juin 1810, dix-neuvième anniversaire de la fuite à Varennes
...)
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 15 Nov - 17:39

Deux semaines après Marie-Antoinette, Mme Roland devait marcher, elle aussi, vers la guillotine. Ces deux femmes si différentes allaient connaître le même supplice et montrer la même dignité devant le bourreau...
Transférée à la Conciergerie à la fin d'octobre 1793, Manon, pourtant très surveillée, parvint à faire passer cet ultime message à Buzot :


Toi que je n'ose nommer ; toi que l'on connaîtra mieux un jour en plaignant nos communs malheurs ; toi que la plus terrible des passions n'empêche pas de respecter les barrières de la vertu, t'affligeras-tu de me voir le précéder aux lieux où nous pourrons nous aimer sans crime, où rien ne nous empêchera d'être unis ? ... Je vais t'y précéder et m'y reposer ; reste encore ici-bas, s'il est un asile ouvert à l'honnêteté, demure pour accuser l'injustice qui l'a proscrite...


Le 8 novembre, elle fut conduite à l'échafaud. Dans la charrette qui l'emmenait, se trouvait un homme complètement effondré à l'idée qu'il allait mourir. Elle s'efforça de l'encourager. Place de la Révolution, une gigantesque statue de la Liberté avait été dressée. En la voyant, Manon ne put résister au plaisir de faire une belle phrase :

- O Liberté ! cria-t-elle, que de crimes on commet en ton nom !

La charrette s'arrêta au pied de la guillotine.

- Montez le premier, dit-elle à son compagnon, vous n'auriez pas la force de me voir mourir.

Le bourreau protesta, disant que l'étiquette française voulait que les femmes eussent le pas sur les hommes.
Mme Roland sourit :

- Un Français peut-il refuser à une femme sa dernière requête ? Je saurai attendre !

A six heures dix, sa tête tombait.

(trois jours plus tôt, le 5 novembre, Philippe-Egalité, devenu suspect depuis la trahison de son ami Dumouriez, avait été exécuté ... En arrivant devant la guillotine, le premier responsable de la Révolution entendit un homme du peuple lui crier : "Tu voulais être roi... Ton trône va être un échafaud !". Ruiné, il laissait Mme de Buffon dans la misère...)

En apprenant la mort de Manon, Roland qui vivait caché près de Rouen, sortit de sa retraite, alla calmement dans un bois, attacha sa canne-épée à un arbre et, se précipitant dessus, se l'enfonça dans le coeur...

Quant à Buzot, désespéré, il écrivit à l'un de ses amis d'Evreux :

Elle n'est plus ; elle n'est plus, mon ami. Les scélérats l'ont assassinée. Jugez s'il me reste encore quelque chose à regretter sur la terre. Quand vous apprendrez ma mort, vous brûlerez ses lettres. Je ne sais pourquoi je désire que vous gardiez, pour vous seul, un portrait d'elle.

Traqué, il traversa la France en compagnie de Pétion. Finalement, les deux hommes, las de fuir, se suicidèrent en 1794, dans un bois de pins du Médoc. On retrouva leurs corps huit jours plus tard, déchirés par les loups.


Cette Révolution me semble avoir surtout été un immense règlement de compte. Et tout ces massacres inutiles pour finalement assister au retour de la royauté, pfffffffffffffffffffff. . (ce commentaire n'est pas de l'auteur, mais de moi)... Smile
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 15 Nov - 18:05

FABRE D'EGLANTINE FAIT DE SA MAÎTRESSE LA DEESSE RAISON



Il aimait les rimes et adorait la Raison - J.C. PERRIN -


TANDIS que la machine de Guillotin (pour Morgane, Guillotin, médecin, avait inventé la guillotine, dont il fut également victime. Au moment de monter sur l'échafaud, il a dû, sûrement, se donner des claques moralement... tongue ) fonctionnait dans une atmosphère de foire (au milieu de la foule des spectateurs, circulaient des marchands de gaufres, de bonbons et de rafraîchissements), de nombreux révolutionnaires s'efforçaient de joindre l'utile à l'agréable en utilisant leurs charges publiques pour s'enrichir.

Cette vénalité attira l'attention d'un royaliste fervent, le baron de Batz, qui rêvait d'éclabousser la République en mêlant quelques conventionnels à un scandale retentissant. Pour arriver à ses fins, il fixa son choix sur les deux révolutionnaires les plus tarés : Fabre d'Eglantine, à qui les maîtresses coûtaient cher, et François Chabot.
Cet ancien capucin, dont j'ai conté la vie de moine voleur et paillard (Histoires d'amour de l'Histoire de France, t. V), était devenu, à la faveur de la Révolution, un personnage important. En 1790, il avait fondé à Rodez une société jacobine sous le prétexte de traduire en patois, pour les paysans, les nouvelles lois de l'Assemblée constituante. Ce club lui avait permis de séduire de nombreuses jeunes femmes qui, transportées par son éloquence, s'étaient retrouvées couchées près de lui dans un lit.
Ayant été informé de ces faits, l'abbé Grégoire, évêque constitutionnel de Blois, qui aimait les hommes dynamiques, avait nommé Chabot vicaire épiscopal de son diocèse.
Abandonnant Rodez, l'ex-capucin s'était aussitôt rendu sur les bords de la Loire où les jeunes Blésoises avaient eu à souffrir de ses façons un peu lestes. Le nouveau vicaire, nous dit-on, chantait en effet plus souvent "Margot lève la cuisse" que les "Lamentations du pauvre pécheur".


Ses fonctions religieuses n'empêchaient pas Chabot de prêcher les idées révolutionnaires. Suffisamment intelligent pour comprendre qu'il était un raté, il savait que seule la politique pourrait lui permettre d'acquérir le luxe ou la fortune dont il rêvait. Chaque soir, vêtu d'une soutane sale, affectant des manières populaires, crachant par terre, s'exprimant avec vulgarité, il attaquait donc les aristocrates, "les profiteurs et les jouisseurs" devant un public enthousiaste.

- Voyez mes vêtements, disait-il, j'appartiens au peuple comme vous. Je suis homme d'Eglise (en réalité, il était prêtre interdit depuis 1789), mais je hais les nobles ! Prêtre constitutionnel, j'appartiens à ce nouveau clergé qui a renoncé au célibat. Pour ma part, j'aime les femmes et je ne m'en cache pas ! ... J'ai d'ailleurs, croyez-moi, tout ce qu'il faut pour leur plaire....
De tels propos étaient naturellement applaudis par le bon peuple, toujours content d'entendre une gaillardise, et Chabot renchérissait d'un ton papelard :

- Ce n'est pas parce que j'ai un robe, chères citoyennes, qu'il faut vous croire en sûreté avec moi... Je suis un homme et je ne m'en cache pas... Si vous en doutez, j'aurai vite fait de vous mettre la main au bénitier...


Lorsque le vicaire épiscopal, les mains jointes et les yeux baissés, atteignait ce degré de grivoiserie, la foule en délire l'acclamait aux cris - inattendus en vérité - de : "Vive la Patrie !"...

Porté en triomphe, il était alors ramené chez lui.
Aussitôt, le révolutionnaire, quittant sa vieille soutane, revêtait un costume coquet, se parfumait et s'en allait dîner dans un des petits salons de l'évêché en compagnie d'élégantes jeunes femmes, à qui, le repas terminé, il faisait une gentillesse sur un coin de table...


La démagogie de Chabot ne tarda pas à porter se fruits. En 1791, il fut élu député à l'Assemblée législative. Quittant définitivement la soutane, il alla s'installer à Paris, où il s'inscrivit à la Société fraternelle des deux sexes
...
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 15 Nov - 20:42

Ce club avait pour fondatrice une étrangère assez belle, qui se faisait appeler baronne d'Aelders et prétendait descendre d'un roi scandinave légèrement anthropophage. Ardente féministe, elle faisait des discours sur "les droits de la citoyenne" et passait aux de tous pour une amusante excitée. Or il s'agissait d'une espionne qui travaillait pour le Stathouder de Hollande. Son véritable nom était Etta Palm. Douée d'une audace extraordinaire, elle avait réussi à devenir la maîtresse de Claude Basire, le secrétaire du Comité de Sûreté générale, celui-là même qui était chargé de réprimer les complots contre la Patrie et contre la sûreté de l'Etat... Sur l'oreiller, ce naïf jeune homme confiait bien des secrets à la fausse baronne qui en profitait pour "le conseiller"... L'influence occulte d'Etta Palm devint bientôt immense. En outre, elle dirigeait depuis le début de la Révolution, par l'intermédiaire de filles galantes dont elle s'était entourée, un certain nombre d'hommes politiques (1)

Chabot l'intéressa. Informée de ses vices, elle lui présenta une jeune femme ardente et experte, Mlle Descoing, dont il devint immédiatement l'amant.
Pendant près de deux ans, cette demoiselle inspira tous les actes politiques, toutes les déclarations, tous les discours du futur "Montagnard".


Chabot, comme Basire, comme Delaunay, député d'Angers (cont Mlle Descoing s'occupa par la suite), et un grand nombre de révolutionnaires, ne fut donc qu'une marionnette dont la baronne d'Aelders tirait les fils, pour la plus grand joie des princes étrangers qui rêvaient d'amoindrir la France...

Cette liaison n'empêchait pas l'ex-capucin de mener la vie libertine que réclamait sa riche nature. En compagnie de son ami Claude Basire et de "filles à deux sols", il organisait des soirées d'un caractère osé. A ce sujet, le vicomte de Bonald, son biographe nous dit :
"Il se livrait aux orgies les plus scandaleuses. Rarement, il se couchait la tête saine, et plusieurs fois ses compagnons de débauche furent obligés de le porter ivre-mort sur son lit. Ses excès furent tels que son hôte, poussé par les autres locataires de la maison, lui signifia d'avoir à déménager!".

Chabot s'en fut habiter au 18 de la rue Saint-Thomas-du-Louvre, où il vécut assez confortablement grâce aux largesses d'une marquise sur le retour, dont, nous dit Louis Gzstine, "les attraits étaient maigres, mais la bourse bien garnie".


C'est à ce moment que le fameux baron de Batz, qui voulait "avilir la Révolution dans la personne de ses apôtres" et se faisait remettre les rapports sur tous les membres de l'Assemblée, fut informé de la vie déréglée du conventionnel.

- Avec un homme de cette trempe, dit-il à ses amis, je peux couvrir de boue la Révolution et sauver la monarchie...

Après avoir été le jouet de la baronne d'Aelders, Chabot allait devenir celui du baron de Batz.

Celui-ci envoya vers l'ex-capucin deux juifs autrichiens, les frères Schrönfeld, ses agents, qui se donnaient à Paris l'apparence du plus pur jacobinisme républicain, sous le nom de Junius et Emmanuel Frey. Pour endormir la méfiance de Chabot et le tenir à leur merci, les deux hommes eurent naturellement recours à une femme.
Cette femme était leur soeur, Léopoldine, âgée de seize ans, qu'ils présentèrent à l'ex-capucin comme un ange de vertu et de douceur. Aussitôt, notre conventionnel eut l'oeil congestionné.

- Léopoldine n'est pas à Paris depuis longtemps, dirent hypocritement les deux frères. Mais elle a déjà reçu une demande en mariage. Il est vrai qu'elle est bien jolie et que sa dot ferait rêver un prince...

La ruse était grossière. Elle réussit pourtant, et Chabot, attiré par la fortune des faux Frey, demanda la main de Léopoldine.
Les agents du baron de Batz exultèrent :

- Quelle joie de donner notre chère petite soeur à un patriote comme vous, dirent-ils.

Et sûrs de tenir désormais leur proie, ils annoncèrent que la dot ne serait versée qu'en 1798. Ebloui par le train de vie luxueux des deux compères, le fiancé accepta cette condition sans discuter.
Le mariage eut lieu en octobre 1793 et, nous dit-on, "Chabot prit un plaisir infini à initier sa jeune femme aux voluptés de l'amour"...


Le pauvre eût sans doute été fort déçu s'il avait deviné que la candide Léopoldine sortait en réalité du "sérail" de l'empereur d'Autriche Joseph II, auquel ses frères avaient commencé par la céder...

Les jeunes époux s'installèrent 19, rue d'Anjou, chez les Frey, dont ils reçurent une pension annuelle de 4 000 livres pour leur menus plaisirs.
Ainsi débarrassé de tous soucis matériels, Chabot passa dès lors tout son temps au lit avec Léopoldine qui, en petite fille rusée, lui montra peu à peu les ressources de son tempérament;


C'est alors qu'un ami des Frey, le conventionnel Delaunay, reçut du baron de Batz l'ordre d'agir. Un soir, sur un ton anodin, il demanda à Chabot de servir d'intermédiaire auprès de Fabre d'Eglantine et de verser à celui-ci une somme de cent mille francs pour se prêter à une curieuse combinaison.

- Il y aura d'ailleurs également cent mille francs pour vous ajouta Delaunay.

Chabot promit d'acheter Fabre.
Le premier scandale du régime républicain était en marche..
.



(1) "Le parti jacobin était rempli d'agents étrangers, souvent déguisés par des noms français d'emprunt, ou ne dissimulant même pas leurs origines, comme cettte baronne d'Aelders et l'apôtre du genre humain Anacharsis Cloots. Actifs, liés avec tous les députés remuants de l'Assemblée, ces agents de la franc-maçonnerie universelle étaient un des éléments moteurs qu'il faut connaître avant tout pour s'expliquer la plupart des mouvements de la Révolution". Louis GASTINE, les jouisseurs de la Révolution.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 16 Nov - 10:09

Le plan du baron de Batz était simple : Delaunay devait attaquer à la tribune la Compagnie des Indes qui avait été reconstituée en 1785 par Calonne et continuait, malgré les événements, à distribuer de respectables dividendes à ses actionnaires.

- Au terme de votre discours, lui dit le baron, vous demanderez la suppression de la compagnie. Alors Fabre, d'accord avec Chabot et Basire, fera signer un décret ordonnant la liquidation, ce qui aura pour effet de faire baisser les valeurs que vous achèterez aussitôt...

Après cette opération, Fabre devait falsifier le décret, rendre toute son importance à la société, et faire ainsi remonter les actions.
Tout fut exécuté point par point, l'ancien comédien, que les femmes poussaient à dépenser sans compter, ayant accepté la proposition de Chabot.


Alors le baron de Batz se frotta les mains. Il allait pouvoir faire s'entredéchirer les révolutionnaires. Ses desseins, je l'ai dit, étaient d'une hardiesse et d'un machiavélisme surprenants.
Ecoutons Lenotre :
"Arrêter la tourmente qui soufflait sur la France, il n'y fallait pas songer ; mais n'était-il pas possible, en l'activant, d'en hâter la fin ? Si l'on parvenait à faire naître la méfiance entre les divers partis qui se disputaient le pouvoir, ces hommes de proie n'allaient-ils pas tourner contre eux-mêmes leur fureur dévastatrice ?


Ils se prétendent intègres ; il sera facile de les corrompre et de les avilir. Ils ont à leur service la guillotine et la prison ; on les forcera à s'en servir, non plus contre leurs adversaires, mais contre leurs amis. En un mot, on enlisera la Convention dans un tel cloaque de boue et de sang, que le peuple se décidera enfin, par épouvante ou par dégoût, à en balayer les débris et à réclamer lui-même le rétablissement de la monarchie." (G. LENOTRE, Un conspirateur royaliste pendant la Terreur : le baron de Batz, 1904)

Lorsque Fabre et ses complices eurent l'argent en poche, le baron de Batz les fit dénoncer par un autre conventionnel qu'il avait également acheté.
Le scandale éclata. Aussitôt, certains membres de l'Assemblée qui avaient trempé dans d'autres combinaisons aussi louches, s'empressèrent d'attaquer Chabot et ses amis, dans l'espoir de paraître intègres. En quelques jours, la Convention se transforma en nid de vipères où chacun dénonçait furieusement son voisin...
Le baron de Retz avait réussi.
Se voyant en danger, Fabre d'Eglantine eut une idée pour détourner l'attention et montrer ses sentiments "patriotiques" : il prit la tête d'une immense campagne de déchristianisation et créa le calendrier républicain.


On a dit de ce calendrier qu'il était poétique. On a omis d'ajouter qu'il participait aussi du canular. On sait en effet que l'année républicaines contenant douze mois égaux de trente jours chacun, il restait cinq jours dans les années simples et six dans les années bissextiles. Que faire de ces jours qui contrariaient la belle ordonnance égalitaire ? On les groupa en fin d'année et on leur donna le joli nom de "sans-culottides"...

Certains ayant souri, Fabre déclara d'un ton sérieux :
"Il nous a paru possible, et surtout juste, de consacrer par un mot nouveau l'expression de sans-culotte, qui en serait l'étymologie. D'ailleurs, une recherche aussi intéressante que curieuse nous apprend que les aristocrates, en prétendant nous avilir par l'expression de sans-culotte, n'ont pas eu le mérite de l'invention."


Et, sans rire, il donna cette ébouriffante explication :
"Dès la plus haute Antiquité, les Gaulois, nos aïeux, s'étaient fait honneur de cette dénomination. L'Histoire nous apprend qu'une partie de la Gaule, dite ensuite Lyonnaise (la patrie des Lyonnais), était appelée la Gaule culottée (Gallia braccata) : par conséquent, le reste de la Gaule, jusqu'au bords du Rhin, était la Gaule non culottée ; nos pères, dès lors, étaient donc sans-culottes..
." (1)



(1)Le calendrier républicain amusa énormément les émigrés. Un soir, un officier russe qui revenait de Paris et se rendait à Saint-Pétersbourg, fut reçu au château de Schönbornlust où se trouvait toujours le comte de Provence. Il montra l'oeuvre de Fabre d'Eglantine. Tous les amis du prince s'esclaffèrent en lisant le nom des mois :
nivôse, pluviôse, ventôse, etc., et les noms des jours de la décade :
primidi, duodi, tridi, etc.
Mais ce fut du délire lorsqu'ils lurent les prénoms que Fabre avait choisis pour remplacer les noms des saints et des saintes du calendrier grégorien. Amoureux de la nature, le conventionnel-poète s'était plus à écrire, en regard de chaque jour, le nom d'un animal domestique, d'un fruit ou d'un instrument aratoire.
C'est ainsi que les prénoms Jean, Pierre, Paul, Nicolas, Adrien, étaient remplacés par Chiendent, Vache, Rhubarbe, Concombre, Pissenlit, Brouette, Pioche, Cochon, etc.
Très excitée, Mme de Balbi désira conserver cet amusant calendrier, mais le jeune Russe s'excusa, disant qu'il devait le rapporter à l'impératrice Catherine.
La favorite se tourna alors vers le comte de Provence :

- Vous savez ce qui serait gentil ?
- Quoi ?
- Ce serait de me copier ce calendrier.
- Mais, dit Monsieur, notre invité s'en va demain...
- Je pense qu'en une nuit, vous avez le temps de me donner cette preuve d'amour...

C'est ainsi que Son Altesse Royale passa la nuit entière à copier de sa main le calendrier républicain...

Peut-être l'aurait-il fait avec moins de ferveur s'il avait su qu'au moment même où il faisait cette tâche de scribouillard, Mme de Balbi "donnait de la fesse", selon l'expression du temps, dans le lit du beau chevalier de Jaucourt...
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