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 LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO

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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 25 Oct - 19:50

Libre enfin d'agir à sa guise, Marguerite fit du déduit le centre de ses préoccupations, décorant sa chambre de miroirs, apprenant de nouvelles caresses raffinées auprès d'un astrologue italien et commandant une cuisine aphrodisiaque pour son amant. Les menus étaient imaginés par elle. Sans dout lui donnait-elle des artichauts, du cresson, du céleri, des morilles, des asperges, des carottes, du poivre, du laurier, de la girofle, des écrevisses, du lièvre, des rognons de coq ou des bécasses, mets dont les bonnes vertus étaient déjà connues de son temps.

Mais il est très possible qu'en bonne et digne fille de Catherine de Médicis elle ait usé des étranges recettes imagninées, dit-on, par Nicolas Flamel, dont les recueils avaient au XVIè siècle un énorme succès auprès des personnes galantes. Voici ce que le gran alchimiste préconisait pour dedoubler de vaillance en amour :

"Il faut prendre des grains de satyrion pignon,de l'anis vert, de la roquette - en égale partie. Ajoutez y un peu de musc, de la queue de lézard pilée, une once de testicule de rat, un foie de fauvette, une moustache de chat coupée en menus morceaux, deux cornes de limaçon, une cervelle de passereau et de l'herbe appelée langue d'oiseau, autrement dit ornithoglosse, avec un peu de mouches de cantharides.
Faîtes confire le tout dans du miel purifié. Prenez-en tous les matins pendant huit jours à jeun, le poids d'une drachme, et ensuite tous les jours le poids d'un denier.
Et usez à vos repas de pois chiches, de carottes, d'oignons, et de la roquette en salade, mangez anis et coriande, pignons, et buvez un verre d'eau d'orties à tous les repas".

Mais ce genre de recettes était destiné au menu peuple.

Pour les gens qui disposaient de gros moyens financiers, Nicolas Flamel ordonnait des produits beaucoup plus rares, beaucoup plus coûteux et, naturellement beaucoup plus efficaces.

En voici un exemple :


"Prenez de la graine de bardane ; écrasez-la dans un mortier, joignez-y le testicule gauche d'un bouc de trois ans ; une pincée de poudre provenant des poils du dos d'un chien entièrement blanc, que vous avez coupés le premier jour de la nouvelle lune et brûlés le sptième. Vous mettrez le tout infuser dans une bouteille à moitié pleine d'eau-de-vid, et que vous laisserez débouchée pendant vingt et un jours pour qu'elle puisse recevoir l'influence des astres.
Le vingt et unième jour, qui sera précisément le premier de la lune suivante, vous ferez cuire le tout jusqu'à ce que le mélange soit réduit à l'état de bouillie très épaisse ; alors vous ajouterez quatre gouttes de semence de crocodile, et vous aurez soin de passer le mélange à travers une chausse.
Après avoir recuilli le liquide qui en découlera, il n'y aura plus qu'à en frotter les parties naturelles de l'homme impuissant, et sur le -champ, il fera des merveilles.
Ce mélante est ellement actif qu'on a vu des femmes devenir enceintes rien que pour s'en être frotté les parties correspondantes, afin d'en enduire l'homme sans qu'il s'en dout^t.


Comme il est assez rare de voir des crocodiles dans notre pays, ajoute prudemment Nicolas Flamel, et qu'il est très difficile de s'y procurer de la semence de cet animal, on peut la remplacer par celle de plusieurs espèces de chiens. Quoi qu'il en soit, on a fait et répété très souvent cette expérience et elle a toujours bien réussi."

Hélas ! la cuisine aphrodisiaque de la reine Marguerite poussa le malheureux Champvallon à de tels excès qu'un jour, épuisé, amaigri, quinteux, il quitta furtivement Paris et se réfugia à la campagne où il épousa une jeune fille aux sens calmes, nommée Catherine de la Mark.

Marguerite fut folle de douleur. Elle lui écrivit une lettre qui trahissait un grand désarroi :


"Il n'y a donc plus de justice au ciel, ni de fidélité en terre ! Triomphez, triomphez de ma trop ardente amour ! Vantez-vous de m'avoir trompée ; riez-en, et moquez-vous-en avec celle de qui je reçois cette seule consolation, que son peu de mérite vous sera le juste remords de votre tort. Een recevant cette lettre, la dernière, je vous supplie de me la renvoyer ; car je ne veux pas qu'à cette belle entrevue que vous ferez ce soir elle serve de sujet au père et à la fille de discourir à mes dépens".


Puis, rendue furieuse par la surexcitation où la mettait l'abandon de Champvallon, elle se dressa contre son frère et fit chorus avec ceux qui reprochaient à Henri III ses curieuses manies.

Chaste par la force des choses, elle eût désiré que tout le monde en fût réduit à son état.
Le roi prit très mal les quolibets vénimeux de sa soeur et attendit une occasion de se venger.


Or, un beau jour de juin 1583, Champvallon, que le duc d'Anjour avait chassé pour le punir d'une indiscrétion, vint tête basse se réfugier chez Marguerite.
- Je suis un misérable, bredouilla-t-il. Pardonnez-moi...


Elle ne le laissa pas achever, l'entraîna fougueusement vers son lit où tout se termina à la satisfaction de chacun, et pendant plusieurs semaines les deux amants, installés rue Couture -Sainte-Catherine, vécurent dans une telle ivresse qu'ils oublièrent de se montrer au Louvre.

Henri III, intrigué de ne plus voir sa soeur, fit enquêter par une femme de chambre qui le mit au courant des nouvelles relations de Marguerite avec Champvallon.

En outre, comme elle était serviable, elle lui révéla le nom de tous les amants qu'avait eu Margot précédemment, ajoutant à cette énumération des détails à faire rougir un corps de garde.
Le roi entra dans une violent colère et résolut de chasser de Paris la reine de Navarre après lui avoir infligé un affront public.

Le dimanche 7 août, un grand bal fut donné à la Cour. Henri III y convia sa soeur qui, sans défiance, vit prendre place sous le dais royal.

Soudain, au beau milieu de la fête, le roi, entouré de ses mignons, s'approcha de Marguerit et, à haute voix, l'apostropha devant toute l'assistance, la traitant de "vile putain" et lui reprochant son impudicité.


Les invités, extrêmement gênés, essayèrent de se glisser hors de la salle de bal :Henri III les rappela, leur demandant d'écouter ce qu'il avait à reprocher à la reine de Navarre.

- Car, je ne connais pas de pareille fille publique, cria-t-il. Elle a même accouché d'un enfant que lui a donné Champvallon.


Blême, les yeux baissés et les lèvres tremblantes, Marguerite se tenait immobile sous le dais, cependant que son frère, défiguré par la colère, nommait tous les amants que la femme de chambre lui avait cités.

Enfin, quand il eut répété tous les détails, même les plus immondes, il s'écria :

- Vos déportements ont infecté la capitale. Je vous ordonne de délivrer la Cour de votre présence contagieuse et de quitter Paris sur-le-champ. Allez retrouver votre mari, s'il veut encore de vous


(Cette scène est rapportée par Busbecq, diplomate, qui fut ambassadeur de Turquie vers 1580 et introduisit en Europe le lilas et le maronnier d'Inde).

Sans répondre, Marguerite se leva, traversa la foule silencieuse et ragagna son hôtel où une dernière déception l'attendait : Champvallon, inquiet pour sa personne, s'était enfui sans même lui dire adieu...
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 25 Oct - 20:34

MARGOT SEDUIT SON GEOLIER
Les femmes ont des armes secrètes qui leur permettent de prendre des forteresses. - Le Cardinal de Retz -

La reine Margot passa la nuit à détruire les lettres compromettantes que des amants imprudent lui avaient écrites, et , aupetit matin, elle quitta furtivement Paris, accompagnée de Mme de Duras et de Mme de Béthune, dont elle ne pouvait se passer.

Le soleil était haut déjà lorsque le carosse de la reine de Navarre s'engagea sur la route de Palaiseau.
Marguerite pleurait
:

- Il n'y pas dans le monde deux princessses plus malheureuses que moi et la reine d'Ecosse, disait-elle. Il ne se trouvera donc personne pour me donner du poison ?

Ses amies essayaient de la réconforter, lorsque, soudaint, une troupe d'arquebusiers surgit de la forêt et obstrua le chemin. La voiture stoppa.


Un officier s'approcha de la portière et demanda si la reine de Navarre était là.
- C'est moi ! dit Marguerite.
- Par ordre du roi, démasquez-vous, ainsi que les personnes qui vous accompagnent (à cette époque les dames en voyage portaient toujours un masque.)
Les trois femmes obéirent.

- Ces deux dames ont sans doute Mme de Duras et Mme de Béthune ?

- Oui !


- Alors, je dois leur donner cela de la part du roi.
Et l'officier leur flanqua une magistrale paire de gifles.

Avant que Margot n'ait pu faire un geste, un groupe d'arquebusiers intervint et tira hors du carrosse les deux confidentes qui poussaient des hurlements
.

- Attachez-les sur des chevaux, commanda l'officier.

Puis il salua la reine de Navarre, complètement désemparée, et donna l'ordre au cocher du carrosse de continuer son chemin
.

Quelques instants plus tard, les roues crissaient de nouveau sur la route de Palaiseau, et Marguerite, penchée à la portière, pouvait voir les soldats du roi ligoter Mme de Duras et Mme de Béthune, puis tourner bride et repartir au triple galop avec leurs prisonnières.

Que signifiait cet enlèvement ?


Il faisait partie d'un plan établi par Henri III qui, oubliant toute dignité, ne pensait qu'à salir la reine Marguerite.

Les deux confidentes furent conduites à l'abbaye de Ferrière, près de Montargis, pour y subir un interrogatoire. Le roi lui même posait les questions, demandant des détails sur les amants de sa soeur, les lieux où Marguerite les rencontrait et "mille précisions fort impudiques pour ce qu'elle touchaient au déduit, et qui firent rougir de confusion les deux dames".

- Vous n'êtes que vermine très pernicieuse, dit-il, je vous tiens pour complices des déportements de la reine de Navarre.

Et il les fit mettre en prison. Après quoi, il écrivit à son beau-frère pour lui spécifier clairement qu'il avait épousé une putain.

Le Béarnais, qui, pour lors, savourait les charmes de la délicieuse comtesse de Gramont, fut ravi.

Sautant sur l'occasion qui lui était offerte, il décida de ne pas reprendre avec lui une femme dont la famille elle même disait tant de mal.

En apprenant cette nouvelle, le roi comprit sa maladresse et envoya une autre lettre à Navarrre pour lui dire qu'on l'avait trompé et qu'il savait maintenant que Marguerite était un modèle de vertu.


Le Béarnais répondit qu'il s'en tenait à sa première résolution.

Alors Henri III, incapable de cacher sa mauvaise humeur, écrivit :
"Je sais comme les rois sont sujets à être trompés par faux rapports, et que les princesses les plus vertueuses ne sont bien souvent exemptes de la calomnie, même pour le regard de la feue reine, voire mère, je sais ce qu'on en a dit et combien on en a toujours mal parlé
"

En recevant cette lettre vénimeuse, le roi de Navarre éclata de rie et dit aux amis qui l'entouraient :

- Le roi me fait beaucoup d'honneur par toutes ses lettres : par les premières, il m'appelle cocu et par ses dernières, fils de putain. Je l'en remercie
.
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 26 Oct - 19:48

Je vous mets une parenthèse, sur la vie trépidente de Margot, pour vous conter une aventure amusante qui était arrivée à Alexandre Dumas..



"L'auteur des Trois Mousquetaires habitait rue de Rivoli avec Ida Ferrier, une comédienne de moeurs légères qu'il venait d'épouser. Elle occupait un appartement au premier étage, lui trois pièces au quatrième.

Un soir, il se rendit à un bal aux Tuileries. Trois quart d'heure plus tard, il revint tout crotté, se fit ouvrir l'appartement de sa femme et pénétra dans la chambre d'Ida en maugréant :

- C'est dégoûtant, il fait un temps de chien, j'ai glissé dans la boue. Je ne peux pas aller à cette soîrée, je viens travailler près de toi.

Ida tenta de le renvoyer dans son appartement.


- Non, dit Dumas, tu as un bon feu. Ma chambre est froide. Je m'installe ici...
Et prenant du papier, de l'encre, une plume, il se mit à travailler devant la cheminée.

Au bout d'une demi-heure, la porte du cabinet de toilette s'ouvrit et Roger de Beauvoir, à peu près nu, apparut en disant :

- Après tout, j'en ai assez de geler dans ce cabinet !

Dumas, tout d'abord surpris, se leva et furieux, injuria l'amant de sa femme. En homme habitué à écrire pour le théâtre, il improvisa une tirade majestueuse, dont il fut visiblement satisfait
.

Ida se faisait toute petite dans le lit. Quant à Roger de Beauvoir qui était l'amant de Mme Dumas bien avant que celle-ci ne fût mariée, il écoutait en grelottant.

Enfin, Alexandre, montrant la porte d'un grand geste, s'écria :

- Et maintenant, Monsieur, désertez ma demeure, nous nous expliquerons demain matin !


Dehors la pluie claquait contre la vitre et le vent hurlait. Changeant de ton, Dumas dit à Beauvoir :

- Je ne peux tout de même pas vous renvoyer par ce temps-là. Asseyez-vous au coin du feu. Vous passerez la nuit dans ce fauteuil.

Et, se remettant devant ses papiers, il reprit son travail.
A minuit, il se coucha aux côtés d'Ida et souffla les bougies. Au bout d'un moment, le feu s'étant éteint, il entendit Roger de Beauvoir claquer des dents.

- Tenez, monsieur de Beauvoir, je ne veux pas que vous vous enrhumiez.

Et il lui lança un édredon.


Mais le beau Roger continuait de grelotter, et Dumas l'entendit tisonner quelques derniers charbons.

- Ecoutez, je ne veux pas que vous preniez du mal, dit-il. Venez vous coucher. Nous nous expliquerons demain matin
.

Beauvoir ne se le fit pas dire deux fois et se glissa dans le lit auprès d'Ida et d'Alexandre. Deux minutes plus tard, le trio dormait du sommeil de l'innocence.

A huit heures du matin, Alexandre Dumas s'éveilla le premier et secoua Beauvoir en souriant :

- Nous n'allons tout de même pas nous brouiller pour une femme, même légitime, dit-il. Ce serait stupide.


Puis, saisissant la main de Roger, il la posa sur la partie peccante de son épouse et termina par ces mots magnifiques :

- Roger, réconcilions-nous, comme les anciens Romains, sur la place publique.
"
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Jeu 4 Nov - 10:54

"Pendant que les deux souverains échangeaient cette curieuse correspondance, Marguerite poursuivait lentement son voyage,.

Informée par Catherine des sentiments peu amicaux que nourrissait le Béarnais à son égard, elle ne se pressait point d'arriver à Nérac. Lorsqu'elle fut à Agen, elle s'installa dans une luxueuse maison en compagnie d'un officier de sa suite et attendit que le ciel fui fournit une occasion de retrouver son mari sans avoir à encourir d'affront.


C'est alors que Henri de Navarre eut une idée :

- Je ne reprendrai ma femme, fit-il savoir à Henri III, que si les troupes royales qui se trouvent en garnison dans les villes voisines de Nérac sont retirées.

Le roi fut atterré. Son stupide mouvement de colère risquait de l'obliger à dégarnir ses positions militaires dans le Midi. Pensant à la joie des Huguenots, il en voulu davantage encore à Marguerite, et à ses amants.

Pendant quelques jours, il s'entretint avec ses conseillers habituels et avec la reine mère de la décision à prendre.


Il espérait gagner du temps. Mais Navarre lui fit comprendre la nécessité d'une solution rapide en s'emparant de Mont-de-Marsan..

Affolé, Henri III promit au Béarnais de retirer les garnisons d'Agen et de Condom, et de limiter celle de Bazas à cinquante chevaux.


Marguerite, qui se trouvait toujours à Agen avec son bel officier, reprit la route aussitôt.

A Port-Sainte-Marie, elle rencontra Navarre qui l'embrassa sans prononcer un mot, et les témoins ne se gênèrent pas pour dire que cette réconciliation ne durerait guère...


Le roi de France ne sortait pas grandi de cette lamentable aventure. De plus, on pouvait craindre à tout moment un nouveau soulèvement huguenot dans le Languedoc. La situation était périlleuse, l'avenir avait des couleurs sombres, et Catherine de Médicis ne cessait d'abreuver son fils de reproches.

Fort heureusement le destin se chargea d'arranger les choses en faisant mourir brusquement le duc d'Anjour. Ce décès transformait en effet le Béarnais, ennemi de la couronne, en héritier du trône de France.

Henri III vit là une occasion de se réconcilier avec son beau-grère sans perdre la face et, tout heureux, déclara à Mornay, conseiller de Navarre : "Je reconnais votre maître pour mon seul héritier ; c'est un prince bien né et de bon naturel. Je l'ai toujours aimé et je sais qu'il m'aime ; il est un epu colère et piquant, mais le fond est bon."

Il n'était plus question de traiter Jeanne d'Albret de putain ...

Mornay transmit ces paroles à Navarre et y ajouta cet extraordinaire commentaire :

Les yeux d'un chacun sont arrêtés sur vous : il faut qu'en votre maison on voye quelque splendeur ; en votre conseil, une dignité ; en votre personne, une gravité ; en vos actions sérieuses, une constance, ès moindres mesmes, égalité. Ces amours si découvertes et auxquelles vous donnez tant de temps ne semblent plus de saison. Il est temps, sire, que vous fassiez l'apour à toute la chrétienté, et particulièrement à la France.


On imagine mal, de nos jours, un conseiller d'Etat écrivant une telle lettre à un futur président de la République...

Pendant quelques mois, Henri et Marguerite cohabitèrent sans trop de heurts. Il est vrai que les deux époux se voyaient assez peu, ayant, l'un et l'autre, des occupations fort absorbantes : tandis que la reine de Navarre recevait dans sa chambre tous les officiers de Nérac à qui elle voulait du bien, le roi, dont le tempérament exigeant ne pouvait se satisfaire facilement, donnait large ration de plaisir à ses maîtresses.

- N'avoir qu'une femme, c'est être chaste, disait-il.

Il en avait douze : Xaintes, fille de chambre de Marguerite, la boulangère de Saint-Jean, Mme de Potonville, la Baveresse "ainsi nommée pour avoir sué", Mme de Duras, que la reine avait pu faire venir à Nérac, Picotin Francoussaire, cuiseuse de pain, la comtesse de Saint Magrin, la nourrice de Casteljaloux, "qui lui voulut donner un coup de couteau, parce que d'un écu qu'il lui faisait bailler, il en retrancha quinze sols pour la maquerelle", les deux soeurs de l'Epée, Fleurette Dastarac, fille du jardinier du château de Nérac, et la favorite du moment, Corisande de Guiche, comtesse de Gramont
.
(Corisande était veuve de Philibert de Gramont, qui lui avait donné deux enfants : Antoine et Catherine. Cette dernière épousa en 1660 Louis Grimaldi, duc de Valentinois, ancêtre du prince Rainier III de Monaco).

Bientôt, la mésintelligence entre les époux se changea en hostilité. C'est à ce moment que Mme de Gramont, qui rêvait de se faire épouser par le Béarnais, commença à se montrer franchement désagréable avec Margot.

Un jour, elle tenta de l'empoisonner.

La reine de Navarre l'apprit à temps, mais fut agacée. L'obligation de faire goûter ses aliments par un domestique est déplaisant, car, outre qu'elle vous conduit parlois à perdre de bons serviteurs difficiles à remplacer, elle risque de vous faire manger les plats froids.

Aussi Margot décida-t-ele de ne pas demeurer plus longtemps dans un endroit aussi peu confortable.


Qulques jours plus tard, elle quittait Nérac, sous prétexte d'aller faire ses Pâques à Agen, ville catholique de son apanage.

Les Agenais lui firent un accueil enthousiaste, et elle s'installa dans la plus belle maison de la cité. Chacun pensait que la présence de la reine de Navarre allait faire marcher le commerce. On se réjouissait bruyamment :

- Des ambassadeurs de tous pays vont venir avec leur suite...
- Peut être même que la reine mère séjournera ici ! ...
- Avant un an, nous serons tous riches !


Les malheureux devaient rapidement déchanter. Car, à peine installée, Margot reçut la visite d'un envoyé du duc de Guise qui lui demanda si elle accepterait d'être l'auxiliaire de la Ligue dans le Languedoc et d'entreprendre une guerre contre Navarre."
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 5 Nov - 20:45

"Trop heureuse de pouvoir se venger des affronts reçus à Nérac, elle accepta et chargea son nouvel amant, Lignerac, bailli des montagnes d'Auvergne, de s'emparer de l'Agenais, de recruter des hommes et de fortifier la ville.

Lorsqu'elle se sentit à la tête d'une armée, Margot fut un peu grisée. Elle commença par prendre le titre de Marguerite de France et n'appela plus son mari que le prince de Béarn ; puis elle donna l'ordre d'aller attaquer Tonneins et Villeneuve-d'Agen, villes appartenant à Navarre.

L'expédition fut désastreuse : insuffisamment préparés et mal dirigés, les hommes de Libnerac furent battus à plate couture aux deux endroits et "transformés en defuncts".

Après cet échec, Marguerite dut procéder à un nouveau recrutement et à de nouveaux achats d'armes.
Or les ressources dont elle disposait étaient maigres et l'argent que lui avait promis Guise n'arrivait pas. Pour s'en procurer, elle dut créer des impôts et accabler de charges les habitants d'Agen.


Bien vite exaspérés, ceux-ci se révoltèrent, massacrèrent la plupart des soldats de la Ligue et livrèrent la ville aux troupes royales commandées par le maréchal de MatignoPrise entre une ville en pleine révolte et l'armée de Henri III, exposée à être rendue à son mari ou à son frère, Margot, épouvantée, monta en croupe derrière Lignerac et quitta la ville au triple galop.

Voici comment l'auteur du Divorce satyrique (qui parle au nom de Henri de Navarre) rappelle cet épisode :

"Etant malaisé que le poisson revienne à l'hameçon, et le corbeau à la charogne, ce haut-de-chausse à trois culs se laisse derechef emporter à la lubricité et débordée sensualité, me quittant sans mot dire et s'en allant à Agen, ville contraire à mon parti, pour y établir son commerce et avec plus de liberté continuer ses ordures ; mais les habitants, présageant d'une vie insolente d'insolents succès, lui donnèrent l'occasion de partir avec tant de hâte, qu'à paine se put-il trouver un cheval de croupe pour l'emporter, ni des chevaux de louage, ni de poste pour la moitié de ses filles, dont plusieurs la suivaient à la file, qui sans masque, qui sans devantier, et elle sans tous les deux, avec un désarroi si pitoyable qu'elles ressemblaient mieux à des garces de lansquenets à la route d'un camp qu'à des filles de bonne maison..."


La fuite de Margot amusa tout le royaume, et les parisiens composèrent de nombreuses chansons satiriques, dont voici un échantillon :

Le roi a la tête si grise
Qu'il ne fait plus que radoter
Sa soeur veut trop d'hommes porter
Elle est vraie fille de sa mère


Ce couplet montre avec quelle liberté et quel courage les chansonniers d'autrefois attaquaient les "personnages officiels".
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 6 Nov - 10:10

[size=18]Emportée par le cheval de Lignerac, Margot fit cinquante lieues sans selle, sans coussinet et arriva brisée exténuée et "la cuisse écorchée", au château fort de Carlat, près d'Aurillac.

Dès que le pont-levis fut relevé, elle respira,. Ce château où elle se trouvait sans argent et même sans linge pour se changer, était une véritable prison et "sentait plus la tanière de larron que la demeure d'une reine", mais elle y était à l'abri de son mari et surtout de son frère.

Lorsqu'il sut qu'elle s'était réfugiée à Carlat, Henri III ne put s'empêcher de dire publiquement :

- Les Cadets de Gascogne n'ont pu saouler la reine de Navarre, elle est allée trouver des muletiers et chudronniers d'Auvergne !

Sa Majesté ne se trompait pas de beaucoup.

Ce n'étaient pas des muletiers qui partageaient la couche de Margot à Carlat, mais à peu près tous les hommes de la garnison. Elle les invitait à tour de rôle.

C'était le seul moyen qu'elle eût à sa disposition pour supporter cet emprisonnement volontaire.


Il y avait d'ailleurs un certain risque à recevoir ces jeunes gens, car Lignerac était d'une jalousie féroce.

Un jour du printemps 1586, il entra dans la chambre de la reine ; Margot, souffrante, était couchée. A son chevet se trouvait le fils de l'apothicaire. Sans prononcer un mot, Lignerac poignarda le jeune homme dont le sang inonda le lit...

Ce manque d'usage déplut à Marguerite. Elle se débarassa bientôt de Lignerac et chercha un autre amant de coeur.


Elle choisit son écuyer, le noble et charmant Aubiac, qui s'était écrié en la voyant pour la première fois à Agen : "Oh ! l'admirable créature ! Je voudrais avoir couché avec elle, à peine d'être pendu quelque temps après. (C'était d'ailleurs parce qu'on lui avait rapporté ces paroles que la reine de Navarre avait engagé le jeune homme sur le champ...)

Margot et Aubiac s'entendirent assez bien, si l'on en croit Agrippa d'Aubigné, qui nous dit en une longue phrase :


"Elle l'éleva de l'écurie à la chambre, et s'en fit tellement piquer que son ventre, heureux en telle rencontre, en devint rond et enflé comme un ballon, vomissant en son terme un petit garçon, avec le secours d'une sage-femme que la mère de ce piqueur, pour l'amour de son fils, y avait conduite, assistée du médecin du May, lequel, outre sa profession, et de lui panser quelque aposthume sur son derrière, lui servit à ce coup de porter ce jeune prince, nouveau Lepandre mal emmailloté, en nourrice au village d'Escouviac, là auprès, si fraîchement né, que néanmoins, pour le froid enduré du long chemin, il en demeura pour toujours privé de l'ouïe et de la parole, et pour ces imperfections abandonné de l'amour et du soin de sa propre mère qui, ayant oublié les plaisirs de la conception, a longtemps permis qu'il ait gardé les oisons en Gascogne, où Melle d'Aubiac, son aïeule, l'a tant qu'elle a vécu, préservé de mourir de faim". (On ne sait rien de précis sur ce fils de Margot. D'après l'ambassadeur toscan Cavrina, il était noble, beau, audacieux. D'après Dupleix - 1569-1643 - il mourut tout jeune.

Dès qu'elle fut relevée de couches, Marguerite partit de Carlat sous la protection d'Aubiac pour se rendre discrètement au château d'Ibois, où le seigneur de Châteauneuf, Amblard d'Escorailles, devait lui donner asile.

Elle allait, dans cette aventure, perdre son bel amant et la liberté pour dix-neuf ans! ...[
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 6 Nov - 10:22

"Quelques jours après son arrivée, une troupe, dirigée par le marquis de Canillac, gouverneur d'Usson, se présenta à la poterne.

- Au nom du roi, je viens chercher la reine de Navarre !
Margo comprit qu'elle avait été trahie et qu'on allait la jeter dans quelque obscure prison.

Rapidement, elle fit raser et cacher Aubiac pour le soustraire à un châtiment certain. Malheureusement, Canillac, qui avait reçu l'ordre de s'emparer de la dame et de son amant, fouilla tout le château, décrocha les tentures, vida les meubles et finit par trouver le bellâtre, tremblant de peur, "en un coin du manteau de la cheminée".

Aussitôt, il le confia à une garde spéciale qui le conduisit à Saint-Cirque
.

En voyant disparaître son amant, Margot poussa des cris déchirants, se roula par terre et déclara qu'elle allait mourir, car elle aimait cet homme plus que sa vi
e.

Pour toute réponse, le marquis, qui savait Marguerite un peu excessive dans ses propos, lui ordonna de rester sagement dans sa chambre, jusqu'à nouvel ordre.
Puis il envoya M. de Montmorin demander à Henri III ce qu'il devait faire de sa prisionnière.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 6 Nov - 10:53

"Le roi venait justement d'apprendre, par l'abé de Choinin, que Marguerite s'était ralliée à la Ligue. Furieux, il écrivit à Villeroy :"

Mandez à Canillac qu'il ne bouge que nous n'y ayons pourvu bien et comme il faut.
Cependant, écrivez-lui qu'il la mène au château d'Usson. Que de cette heure, l'on arrête ses terres et ses pensions, tant pour rembourser le marquis que pour sa garde. Quant à ses femmes et hommes, que le marquis les chasse incontinent, et qu'il lui donne quelque honnête demoiselle et femme de chambre, en attendant que la reine, ma bonne mère, lui en ordonne de telles qu'elle avisera, mais que, surtout, il prenne bien garde à elle. Je ne la veux appeler dans les lettres patentes que soeur, et non chère et bien-aimée. La reine ma mère m'enjoint de faire pendre Aubiac, et ce soit en la présence de cette misérable, en la cour du château d'Usson. Faîtes que ce soit dextrement fait.
Mandez que l'on m'envoie toutes ses bagues, et par un bel inventaire, et qu'on me les apporte au plus tôt
."


Dès qu'il eut reçu cette lettre, Canillac poussa Margot dans un carosse solidement gardé et la fit conduire sous bonne escorte au château d'Usson, vieille forteresse bâtie sur la crête d'un pic inaccessible. C'était une prison merveilleusement choisie. Avec son vieux donjon carré et ses vingt tours de défense, ce nid d'aigle défait toutes les attaques. Un moine qui, y avait vécu disait que "le soleil seul pouvait y pénétrer en force"...

Margot fut enfermée dans les appartements les plus retirés. Après quoi, Canillac fit exécuter Aubiac.
- L'autorité du roi me fait perdre la vie et non mon démérite, s'écria le jeune amant de la reine de Navarre lorqu'on lui apprit qu'il allait périr.


Puis il baisa un manchon de velours bleu que lui avait donné Margot et il tendit son cou au bourreau. Le rêve audacieux qu'il avait osé faire s'était réalisé, il mourait content.

On avait creusé une fosse au pied de la potence. Le malheureux respirait encore quand il y fut jeté.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 6 Nov - 11:20

"Pendant quelque temps, personne ne sut ce qui se passait dans la forteresse d'Usson, et le bruit courut que Henri III avait fait assassiner sa soeur.

En réalité, Marguerite était en train de jouer au roi le plus beau tour de sa vie.

Un matin, elle avait fait savoir à Canillac qu'elle serait heureuse de le recevoir dans sa chambre. Le marquis, sans méfiance, vit et trouva sa prisonnière au lit, portant un vêtement léger et fort échancré, qui laissait voir "tétins blancs comme neige et piqués d'une framboise". Il en fut troublé et son oeil (il était borgne) "perdit de sa dignité au profit de la concupiscence".

Margot, qui le considérait en souriant, paupières mi-closes comprit qu'elle avait montré de sa personne un échantillon suffisamment prometteur pour que son geôlier désirât "toute la pièce".

Elle l'invita à s'asseoir près d'elle et l'entretin longuement de poésie, d'art et de littérature, affectant de ne rien voir de l'état hypertendu dans lequel se trouvait le malheureux.
(Brantôme dit, à ce propos : "Pauvre homme, que pouvait-il faire ? Vouloir tenir captive celle qui, de ses yeux et de son beau visage, peut assujettir en ses liens et chaînes tout le reste du monde comme un forçat ?".

Puis elle lui donna congé en disant :

- Je serais très heureuse de pouvoir parler ainsi avec vous tous les matins.


Canillac, les pommettes en feu, promit de revenir. Et dès le lendemain le jeu recommença, pour le plus grand dommage des artères du marquis.

Au bout de huit jours, ne pouvant se contenir davantage, il se mit à genoux dans la chambre et demanda à Marguerite, en des termes simples, mais touchants, de bien vouloir l'autoriser à coucher avec elle.

- Je vous donnerai tout ce que vous voulez, s'écria-t-il.
Margot s'étira comme une chatte :
- Donnez-moi la ville d'Usson
.

Il accepta et elle ouvrit ses draps...

C'est ainsi que la reine de Navarre cessa d'être prisonnière pour être à la fois maîtresse de la place forte et du marquis de Canillac
.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 6 Nov - 11:33

"Marguerite avait acquis , au cours de ses multiples aventures galantes, un savoir-faire et un tour de main qui stupéfiaient ses amants. Canillac fut ébloui et jura de se vouer désormais corps et âme à cette femme qui lui procurait de si grandes voluptés. Margot n'attendait que cela. Entre deux étreintes, elle lui expliqua pourquoi Henri III voulait la faire disparaître :

- Le roi mon frère désire que je meure afin que la princesse de Lorraine épouse le roi de Navarre, mon mari, lequel abjurerait à cette o ccasion. En outre, ma belle-soeur, Catherine de Bourbon, (cette jeune soeur de Henri de Navarre deait finalement épouser cet Henri de Lorraine en 1599 et devenir duchesse de Bar, après avoir vécu un douloureux roman d'amour avec son cousin le compte de Soissons.) épouserait le fils aîné du duc de Lorraine, ce qui amènerait la réconciliation de la maison de Condé et de la maison de Lorraine, donc l'amoindrissement de Henri de Guise, réduit au rôle de cadet désavoué.

Elle ajouta :

- Si vous m'aimez, vous devriez aller à Lyon trouver M. de Foronne, qui est l'un des principaux agents du duc de Guise, et lui dire que vous êtes mon ami, tout prêt à nous servir, lui et moi.


Le soir même, Canillac partit pour Lyon. Les Ligueurs, qui ne s'attendaient pas à une telle aubaine, lui accordèrent quarante mille écus de pension par an et cinquante soldats pour la garde du château d'Usson.

Dès son retour, le marquis congédia la garnison de Henri III et installa les hommes du duc de Guise.

L'amour de Canillac pour la reine de Navarre créait ainsi, en plein coeur du royaume, un centre ligueur hostile au roi de France.
"
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 6 Nov - 12:38

"affectant de ne rien voir de l'état hypertendu dans lequel se trouvait le malheureux"
[size=16][size=16]Dis donc ca devient chaud ton histoire ! bom [/size][/size]
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 6 Nov - 13:02

Tu as raison Jean2. . tongue


lor=red]]"UNE FEMME EMPÊCHE HENRI DE NAVARRE D'EXPLOITER LA VICTOIRE DE COUTRAS

(Henri IV eût été un héros accompli s'il eût été réduit au sort d'Abélard) - BAYLE[/size]

Je rappelle qu'Abélard fût émasculé pour avoir séduit Eloïse, son élève de 15 ans.

Pendant que la reine Margot révélait au marquis de Canillac d'exténuants plaisirs, Henri de Navarre partageait son temps entre la belle Corisande et la préparation d'une manoeuvre destinée à mettre en échec de façon définitive les troupes de la Ligue.

Pour fortifier sa position, le Béarnais n'était pas très regardant sur les moyens à employer : il s'était adressé aux princes d'Allemagne et leur avait demandé tout bonnement de venir envahir la Lorraine, la Champagne et l'Orléanais.


- J'irai vous rejoindre sur les bords de la Loire, leur avait-il dit, et nous vaincrons ensemble l'armée du duc de Guise.

Le fait d'attirer des troupes étrangères sur le sol national constitue toujours une imprudence. Navarre le savait, mais, pour anéantir la Ligue qui refusait de le reconnaître comme héritier présomptif du trône à cause de sa religion, il était prêt à tout, même à faire ravager des provinces entières.

Curieux état d'esprit auquel, pourtant, il est permis de trouver des excuses
.

Depuis quelque temps, en effet, les partisans du duc de Guise composaient ou répandaient des pamphlets extrêmement injurieux pour le Béarnais. On l'insultait partout, et jusque dans les églises où les prédicateurs ne pouvaient prononcer un sermon sans le traiter de "fils de putain" ou de "maquereau". Ce langage, rarement employé dans un saint lieu, amusait fort le menu peuple qui, ne comprenant rien, comme d'habitude, à la situation politique, était heureux du moins de se réjouir en écoutant des grossièretés.

La hargne des Ligueurs se manisfestait en toute occasion avec la même verdeur dans le propos. On rapporte qu'un soir, au cours d'une réception chez le cardinal de Pellevé, M de Sermoise ayant dit que Navarre abjurerait peut-être un jour pour se faire catholique, le prélat l'interrompit avec colère.

- Je ne sais si vous êtes veuf ou marié, s'écria-t-il, mais si vous l'avez été ou si vous l'êtes, et que vous eussiez une femme qui se fût prostituée en plein border, la voudriez-vous reprendre quand elle voudrait revenir ?
Or l'hérésie, monsieur mon ami, est une putain !


De telles insultes, lorsqu'elles lui étaient rapportées par ses agents de renseignements, ulcéraient Navarre qui se sentait disposé à demander l'aide de tous les ennemis du royaume pour satisfaire sa rancune
.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 6 Nov - 13:27

"Au mois de septembre 1587, les armées allemandes, en partie financées, d'ailleurs par la reine Elizabeth d'Angleterre, envahirent la Lorraine. Aussitôt, Navarre qui venait de remporter quelques succès militaires en Poitou, se prépara à partir à la rencontre de ses alliés.

Henri III, menacé à la fois par les Allemands, la Ligue et les protestants, conçut alors un plan astucieux qui consistait à profiter de la situation pour se débarrasser de tout le monde. Il envoya dans le Sud-Ouest une armée commandée par un de ses mignons, le duc de Joyeuse, avec l'espoir qu'elle battrait le Béarnais, et laissa partir le duc de Guise vers l'Est, certain qu'il serait écrasé par les Allemands.

Malgré les efforts désespérés des princes lorrains pour repousser l'envahisseur, les armées allemandes atteignirent les frontières de France le 17 septembre, et la Champagne fut occupée à son tour. Les alliés de Henri de Navarre pillaient, violaient, incendiaient et tuaient tous ceux qui voulaient leur résister. Après avoir franchi la Seine et l'Yonne, ils se dirigèrent vers la Loire, pressés d'aller rejoindre par le Berry les armées protestantes cantonnées pour lors en Poitou et en Saintonge.
Voyant le danger et voulant à toute force que la rencontre des armées de la Ligue et des troupes allemandes eût lieu en Gâtinais (c'est-à-dire au nord de la Loire).

Henri III fit garder ou détruire tous les ponts jetés sur le fleuve entre Orléans et La Charité.


Pendant ce temps, le duc de Joyeuse descendait à marches forcées vers Poitiers avec huit mille hommes et deux mille chevaux pour livrer bataille au Béarnais et l'empêcher d'aller rejoindre ses alliés. Cette ruée inquiéta Navarre qui se replia précipitamment vers la Guyenne pour y lever de nouvelles troupes.

Joyeuse le suivit et, le 19 octobre au soir, se trouva non loin de la ville de Coutras où l'armée huguenote s'était arrêtée. Navarre, qui cette fois était prêt, décida d'attaquer le lendemain à l'aube.

Quelques heures avant le combat, le chef protestant, sachant que son sort allait se jouer dans deux arpents de prairie, crut bon de rédiger cette curieuse proclamation qu'il lut lui-même à ses hommes aux premières lueurs du jour :

"Mes amis, voici une curée qui se présente bien autre que vos butins passés : c'est un nouveau marié (le duc de Joyeuse s'était marié récememnt avec la soeur de Henri III qui l'avait couvert de bijoux à cette occasion et avait dépensé un million deux cent mille écus pour la noce...) qui a encore l'argent de son mariage en ses coffres ; toute l'élite des courtisans est avec lui. Courage ! Il n'y aura si petit d'entre vous qui ne soit désormais monté sur des grands chevaux et servi en vaisselle d'argent. Qui n'espérerait la victoire, vous voyant si bien encouragés ? Ils sont à nous ; je le juge par l'envie que vous avez de combattre ; mais pourtant nous devons tous croire que l'évènement est en la main de Dieu, lequel sachant et favorisant la justice de nos armes, nous fera voir à nos pieds ceux qui devraient plutôt nous honorer que combattre. Prions-le donc qu'il nous assiste. Cet acte sera le plus grand que nous ayons fait ; la gloire en demeurera à Dieu, le service au Roi, notre souverain seigneur, l'honneur à nous et le salut à l'Etat
."

Puis le soleil se leva, éclairant les deux armées face à face, et le combat commença.

Ce fut, dès le début, une mêlée épouvantable. Tapant à droite, coupant à gauche, égorgeant, étripant, assommant, décapitant. Ligueurs et Huguenots s'entretuèrent avec allégresse pendant plusieurs heures.
Finalement, les troupes de Navarre, pourtant inférieures en nombre, eurent l'avantage, et l'armée catholique se débanda, laissant sur le terrain trois mille morts, dont quatre cents gentilshommes et le duc de Joyeuse lui-mêm
e..."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 6 Nov - 14:01

Z'avez vu les cop's comme suis prolixe aujourd'hui ? ......... Razz

Henri III était à Gien lorsqu'l apprit la victoire des protestants. Il resta hébété. Tout son plan s'effondrait ; car dans ces conditions pouvait-il encore souhaiter la défaite de Guise ? Navarre allait maintenant s'élancer avec ses troupes vers la Loire, traverser le fleuve au sud de la Charité, remonter vers Montargis et rejoindre les Allemands qui festoyaient en attendant son arrivée.

Une bataille aurait lieu qui tournerait sans doute à l'avantage des Huguenots.

Il fut pris de panique.

Les 23, 24, 25 octobre, il attendit , angoissé , nerveux, le visage agité de tics. Et soudain, le 26, une nouvelle stupéfiante lui parvint :
Le Béarnais, au lieu de poursuivre sa route en vainqueur, avait contre toute logique, au lendemain de la victoire de Coutras, congédié ses troupes pour un mois et s'était retiré à Nérac


Quelles raisons avaient poussé Navarre à agir ainsi ?

Les raisons qui sont à l'origine de presque toutes les actions déconcertantes des hommes, et que la raison, dit-on ne connaît pas. C'est en effet, pour aller retrouver Mme de Gramont, dont il avait brusquement un furieux désir, que le Béarnais s'était volontairement privé des avantages de sa victoire.

Ecouton Sully, le futur ministre de Henri IV nous explique d'un ton navré que le roi abandonna son armée à cause de
"l'amour qu'il portait lors à la comtesse de Guiche (Mme de Gramont était comtesse de Guiche), et la vanité de présenter lui-même à cette dame les enseignes, cornettes (drapeaux) et autres dépouilles des ennemis qu'il avait fait mettre à part pour lui être envoyées ; il prit prétexte dec e voyage l'affection qu'il portait à sa soeur et au compte de Soissons, tellement qu'au bout de huit jours, tous les fruits espérés d'une si grande et signalée victoire s'en allèrent en vent et en fumée, t, au lieu de conquérir, l'on vit toutes les choses dépérir."

Au bout de huit jours, en effet tout était consommé. Guise avait battu les Allemands à Vimory, près de Montargis, et les Suisses s'étaient rendus...

C'était la fin. L'amour du Béarnais pour la belle Corisande avait prmis à la Ligue de remporter une victoire dont l'effet moral sur les Français était considérable, et qui allait décupler sa puissance.

Navarre en eut-il du dépit ? On l'ignore,. Il resta douillettement auprès de sa maîtresse jusqu'à la fin de l'année, occupé aux seuls jeux de l'amour
..."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 6 Nov - 14:30

"HENRI IV RENONCE A FAIRE ASSASSINER SA FEMME


Madame de Gramont avait alors trente-six ans, plantureuse, sensuelle, le tétin avantageux, l'oeil vif et la fesse bien dessinée, elle possédait tout ce qui pouvait plaire au Béarnais. Intelligente, elle savait partager ses joies et ses colères ; maternelle, elle le soignait et l'appelait "petiot" ; généreuse, elle lui donnait l'argent de ses coupes de bois pour financer l'armée protestante.

Lui l'aimait, la tenait au courant de ses projets, lui disait ses espérances, et leur vie, depuis sept ans, était en tous points celle d'un couple régulier. Mais en décembre 1588, lorsque la mort du duc de Guise le rapprocha du trône, (Henri de Guise, fut assassiné à Blois, alors qu'il sortait de la chambre de Mme de Sauve dont il était toujours l'amant) Navarre vit une lueur d'amertume dans les yeux de sa maîtresse et comprit ce qui attristait la belle Corisande.

- Vous m'avez aidé dans tous mes combats, il est juste, mon âme, que vous soyez reine lorsque je serai roi.

Encore fallait-il rendre possible ce mariage promis sous l'empire de la passion ; car, si Mme de Gramont était veuve, Henri était marié.


Le divorce ? Il n'y songeait pas, la procédure étant trop longue et trop compliquée. Mais il envisageait, avec un cynisme aimable et sain, de se rendre veuf.

Pourtant, avant d'entreprendre quoi que ce fût, il voulut demander l'avis de quelques amis. S'adressant à d'Aubigné et au vicompte de Turenne, il leur confia son dessein d'épouser Mme de Gramont et leur fit part de la promesse qu'il lui avait faite.


- Croyez-vous que j'aie raison de vouloir ce mariage ? Leur demanda-
til

"Il s'agissait, nous dit Dreux du Radier, de la démarche la plus considérable de sa vie. Turenne, qui connaissait la vivacité des sentiments de Henri, n'osa les choquer. Il prétexta la nécesssité d'un voyage à Marans et partit le lendemain. Assez honnête homme pour ne pas donner un mauvais conseil à son maître, il n'eut pas la force de lui en donner un bon. D'Aubigné, resté seul chargé de l'emploi dangereux d'être sincère, s'en acquitta sans détour."

En effet, l'aide de camp du roi de Navarre rapporte dans son Histoire, les propos qu'il tint au Béarnais. Les voici :

"Je ne prétends point que vous renonciez à votre passion. J'ai été amoureux ; je sais ce que vous souffririez ; mais servez-vous en, sire, comme d'un motif qui vous excite à vous rendre digne de votre maîtresse, qui vous mépriserait si vous vous abaissiez jusqu'à l'épouser. Il faut que vous soyez aut caesar, aut nihil ; que vous vous rendiez sans votre conseil que vous abhorrez ; que vous donniez plus de temps que vous ne faites aux affaires nécessaires ; que celles qui sont essentielles aient la préférence sur les autres, surtout sur le plaisir.
Le duc d'Anjou est mort, vous n'avez plus qu'un pas à faire pour monter sur le trône. Si vous devenez l'époux de votre maîtresse, le mépris que vous ferez rejaillir sur votre personne vous en fermera le chemins sans ressource"
(En prononçant ce vertueux discours, Agrippa d'Aubigné
ne se doutait pas, le pauvre, que sa petite-fille, Mme de Maintenon, deviendrait la maîtresse, puis la femme d'un roi de France...)

Navarre avait l'esprit trop juste pour ne pas reconnaître la sagesse de ces propos. Il remercia d'Aubigné et lui donna sa parole qu'il n'épouserait pas, en tout cas, la comtesse avant deux ans.

L'aide de camp connaissait suffisamment son maître pour savoir su'avant ce terme une nouvelle favorite aurait remplacé la belle Corisande.

- Voilà une sage résolution, dit-il en s'efforçant de ne pas sourire.

Après cette conversation le Béarnais devint extrêment prudent avec Mme de Gramont. S'il la culbutait toujours avec cette saine ardeur qui faisait l'admiration des dames, du moins ne lui parlait-il plus de mariage. La belle avait ses espions. Elle sut vite d'où venait ce changement d'attitude et devint l'ennemie mortelle de d'Aubigné. Mais celui-ci pouvait être satisfait ; il avait évité bien des ennuis au royaume
.

En effet, on se demande ce qui se serait passé l'année suivante si Henri de Navarre, déjà mal vu à cause de sa religion, avait dû en outre, imposer son ancienne concubine comme reine de France."
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 6 Nov - 16:19

Et il va lui préférer une jeunette .. aahh les hommes !! ( tous les mêmes ) !!
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Jeu 11 Nov - 14:33

En empêchant ce mariage, d'Aubigné ne rendait pas seulement un gran service au pays, il sauvait aussi la reine Margo, plus ou moins promise à l'assassinat. Or l'ardente soeur de Henri III n'avait pas du tout envie de s'arrêter, à trente-cinq ans, de goûter aux plaisirs terrestres.

Tout en prenant du bon temps avec le marquis de Canillac, elle s'intéressait aux arts et complotait avec volupté.


Son château, qui était devenu un important centre ligueur, tenait à la fois du quartier général politique et du salon littéraire. On y voyait aussi bien Saint-Vidal, chef du Velay, que Brantôme, ou Honoré d'Urfé, auteur de
l'Astrée.

Ce dernier eut d'ailleurs l'occasion de constater pendant son séjour à Usson, qu'il existait sur terre des gens beaucoup moins compliqués que ses personnages. Un soir, nous dit-on, Margot, séduite par son joli maintien, l'entraîna sur un canapé et lui demanda après s'être convenablement troussée, d'être assez complaisant pour "éteindre une ardeur qui lui venait"...

Urfé état la gentillesse même, tout se termina à la satisfaction générale, et l'écrivain regagna Paris, la mémoire enrichie de quelques belles images volupteuses
...


Malgré le tempérament exigeant de la reine de Navarre, tous les visiteurs ne repartaient pas aussi comblés. Ceux qui n'avaient pas eu l'honneur d'être distingués par la maîtresse de céans gardaient seulement le souvenir de quelques déails curieux se rapportant au paysage. Le savant Scaliger, par exemple, nous conte qu'il fut surpris de la situation qu'occupait Margot sur ce nid d'aigle où trois ville "s'étageaient à la façon d'un bonnet de pape".

"Elle peut, écrit-il , émerveillé, pisser sur ceux des deux villes du dessous. Elle est libre ; fait ce qu'elle veut ; a des hommes tant qu'elle veut et les choisit."

Si la première phrase ne constitue qu'une image un peu hardie, la dernière est l'expression de la plus stricte vérité. Margot avait attiré à Usson, sous le prétexte de former une chorale pour sa chapelle, de jeunes garçons, parmi lesquels elle choisissait ses partenaires.

L'un deux, fils d'un chaudronnier du pays, le jeune Claude François, qui avait dabord tapé sur les chaudrons avant de chanter des caniques, devint rapidement l'amant de coeur.

Elle le fit seigneur de Pominy et bénéficiaire de Notre-Dame du Puy. La jalousie qu'elle montrait à son égard était terrible. Elle avait peur qu'il se laissât attirer par une femme plus jeune qu'elle et passait son temps à le surveiller.


"C'est pour lui, nous dit l'auteur du Divorce satyrique, qu'elle fit faire les lits de ses Dames d'Usson si hauts, qu'on y voyait dessous sans se courber, afin de ne s'écorcher plus comme elle soulait (comme elle en avait l'habitude) les épaules, ni le fessier, en s'y fourrant à quatre pieds, toute nue, pour le chercher. C'est pour lui qu'on l'a vue souvent tâtonner la tapisserie, pensant l'y trouver, et celui pour qui, bien souvent, en le cherchant de trop d'affection, elle s'est marqué le visage contre les portes et les parois."

Elle eût été plus avisée en se méfiant d'elle-même, car à la suite d'une nuit d'amour particulièrement agitée, le pauvre, exténué, mourut d'essouflement
..."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Jeu 11 Nov - 14:46

lor=red]]"Tous ces faits, étaient connus du Béarnais qui le 1er janvier 1589, dans une lettre adressée à Mme de Gramont, écrivait :

Je n'attends que l'heure de ouïr dire qu'on aura envoyé étrangler la feue reine de Navarre. Cela, avec la mort de sa mère, me ferait bien chanter le cantique de Siméon.[/size]

Cinq jours plus tard, il était en partie exaucé : Catherine de Médicis trépassait à Blois. Sa joie fut si grande qu'il ne voulut point avoir le mauvais goût de se montrer exigeant avec le Ciel. Il se contenta de ce premier cadavre et offrit à ses amis un bon déjeuner pour fêter l'évènement.

Se croyant soutenu par le Seigneur, Navarre envisagea dès lors l'avenir avec confiance et ne s'étonna pas lorsque Henri III, chassé de Paris par la LIgue , manifesta le désir de se rapprocher de lui. Le dernier dimanche d'avril, les deux beaux-frères, qui s'étaient tant molestés durant quatre ans, se rencontrèrent au Plessis-les-Tours, "montrant chaucun, nous dit l'Estoile, une incroyable joie". Il s'embrassèrent les yeux pleins de larmes, au milieu du bon peuple en liesse qui hurlait curieusement :
- Vivent les rois ! Vivent les rois !
Henri III fit de Navarre son lieutenant général, et tous deux décidèrent d'unir leurs forces et leurs conseils pour s'efforcer de venir à bout des Guisards et des Lorrains qui tenaient une grande partie du royaume.

Cette union rendit les Ligueurs furieux et, le 7 mai, le duc de Mayenne, nommé par le Conseil de la Ligue "lieutenant général de l'Etat royal et couronne de France" vint attaquer le faubourg Saint-Symphorien, à Tours, avec l'espoir d'entrer dans la ville et d'y prendre le roi.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Jeu 11 Nov - 18:30

darkred]]"Les troupes royales, malgré l'appui des soldats de Navarre, furent bientôt débordées et obligées de fuir en désordre, laissant de nombreux morts sur le pavé.

Encouragés, les Ligueurs se jetèrent à la poursuite des fuyards et, sans doute, leur élan les eût-il conduits jusqu'à la demeure du roi si quelques jolies Tourangelles, curieuses de savoir ce qui se passait dans la rue, n'avaient fait, fort opportunément, leur apparition à une fenêtre.

Les premiers soldats qui les virent furent émerveillés. Jetant leur arquebuse, ils grimpèrent des escaliers, enfoncèrent des portes et, tout échauffés encore par l'ardeur du combat, violèrent les demoiselles avec entrain.


Le mouvement fut naturellment suivi et tous les hommes de M. de Mayenne, se désintéressant des choses militaire, "abandonnèrent Mars pour Vénus". Pénétrant dans les maisons, fouillant les chambres, bouleversant les boutiques, ils se jetaient sur toutes les femmes qu'ils rencontraient, et des scènes pittoresques se déroulèrent. Car si la plupart de ces malheureuses, terrorisées, se laissaient prendre en public, sur le pavé, contre un arbre, sur une marche, inconscientes du spectacle qu'elles offraient, d'autres au contraire, se débattaient, hurlaient, griffaient, parvenaient à se sauver.

Un groupe réussit même à se réfugier dans une église ; mais les Ligueurs, saisis par une véritable folie érotique, les y rejoignirent et les maltraitèrent sans respect pour le saint lieu.

Tout à coup, une nouvelle se propagea de groupe en groupe, stoppant net cet accès de lubricité : le roi de Navarre arrivait avec des troupes fraîches ! Terrifiés à la pensée des représailles qu'ils allaient subir, les soldats de Mayenne abandonnèrent les Tourangelles et se replièrent précipitamment.
Ce fut la débandade.


[color=violet]Ce fait est attesté par un médecin de la Cour qui, relatant pour un ami les circonstances de la retraite du duc de Mayenne, écrivait [/color]"qu'il eût pu tenir davantage s'il n'eu^t eu peur d'être suivi et puni pour les violences de filles et de femmes que firent ses gens dans le milieu d'une église".

L'Estoile ajoute que ces violences "furent telles et si grandes que le vicaire dudit Symphorien a, depuis, assuré y avoir fu forcer les filles et femmes réfugiées, en la présence de leurs maris et de leurs pères et mères, et que, leur en voulant remontrer quelque chose, ces gens de bien de l'Union, comme fort respectueurx enver les gens d'église, l'auraient, l'épée à la gorge, menacé de lui en faire autant s'il ne se taisait".

Ainsi les femmes de Tours, sans le savoir, avaient-elles sauvé Henri III et peut-être le royaume...[/size]"
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Jeu 11 Nov - 18:58

"Tout en guerroyant, Navarre continuait de courir le jupon, et Mme de Gramont, à qui il écrivait pourtant presque quotidiennement des billets enflammés, se doutait bien de son infortune. On en a une curieuse preuve. Le 18 mai, il envoyé une lettre sur laquelle elle ne put s'empêcher de noter des remarques piquantes et désabusées qui témoignent de ses soupçons et aussi d'un caractère moins désintéressé qu'on aurait pu le croire.

Voici la lettre avec, en notes, les commentaires que la belle Corisande avait griffonnés dans les interlignes : J'ai mis entre parenthèses, les annotations de Mme de Gramont.

Mon âme, je vous écris de Blois, où il y a cinq mois que l'on me condamnait gérétique et indigne de succéder à la couronne, et j'en suis à cette heure le principal pilier.
Voyez les oeuvres de Dieu envers ceux qui se sont toujours fiés en lui. Car y avait-il rien qui eût tant d'apparence de force qu'un arrêt des Etats ? Cependant j'en appelai devant Celui qui peut tout (Ainsi font bien d'autres), qui a revu le procès, a cassé les arrêts des hommes, m'a remis en mon droit, et crois que se sera aux dépens de mes ennemis (Tantmieux pour vous).
Ceux qui se fient en Dieu et le servent ne sont jamais confus (Voilà pourquoi vous y devriez songer!); Je me porte très bien, Dieu merci ; vous jurant avec vérité que je n'aime ni honore rien au monde comme vous (Il n'y a rien qui n'y paraisse), et vous garderai fidélité (Mme de Gramont a ajouté au commencement de ce mot : "l'in" - l'infidélité -, puis elle fait suivre la phrase ainsi modifiée de cette remarque - je le crois), et vous garderai fidélité jusqu'au tombeau.
Je m'en vais à Beaugency, où je crois que vous oirez bientôt parler de moi (je n'en doute point ; d'une ou d'autre façon). Je fait état de faire venir ma soeur bientôt. Résolvez-vous de venir avec elle (se sera lorsque vous m'aurez donné la masion que vous m'avez promise, près de Paris, que je songerai d'en aller prendre la possession et vous en dire le grand merci).
Le roi m'a parlé de la Dame d'Auvergne. Je crois que je lui ferai faire le mauvais saut
- Il s'agit de la reine Margot que le Béarnais envisageait toujours et avec le même cynisme, de faire assassiner -
Bonjour, mon coeur, je te baise un million de fois. HENRY.

Corisande avait bien raison d'être jalouse, car, non content d'avoir des maîtresses d'une nuit, le Béarnais la trompait depuis quelques temps avec Esther Ymbert, fille de Jacques Ymbert, bailli du grand fief d'Aunis.
C'était une gracieuse blondinette de vint et un ans qui avait la cuisse tendre et légère. Henri allait la retrouver secrètement chaque soir.


Une nuit, le bailli, qui soupçonnait Navarre de pénétrer un peu trop avant dans l'intimité de sa fille, fit irruption dans la chambre où les deux amants s'en donnaient, comme on dit, à coeur joie. Tirant Esther du lit, il lui administra une grande paire de claques.

- Pourquoi la battez-vous ? Demanda Henri, stupéfait.

Le bailli eut une curiesue réponse;

- Je la bats, Sire, parce qu'elle manque de respect à Votre Majesté ! ...


Cette scène n'empêcha pas le Béarnais de continuer à être l'amant d'Esther. Pendant deux mois, tout en écrivant des lettres passionnées à Corisande, il retrouva la fille du bailli dans un bois discret où il pouvait se montrer sans crainte sous un jour avantageux. Il y fit, hélas! tant de prouesses que la belle lui annonça un matin, qu'elle était enceinte. Navarre n'aimait pas cela.
Il la quitta aussitôt pour rejoindre les troupes royales.


(En 1592, la pauvre Esther, dans le plus absolu dénuement, viendra supplier Henri de la secourir. Il refusera de la recevoir et défendra même qu'on lui parle d'elle. Elle mourra de misère)."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 12 Nov - 2:15

r=brown]]"Quelques jours plus tard, il marchait sur la capitale, en compagnie de Henri III. Un soir, pendant une halte, il écrivit ce billet à Mme de Gramont :

Si le roi use de diligence, comme j'espère qu'il le fera, nous verrons bientôt les clochers de Notre-Dame de Paris........

Mon coeur, aimez-moi toujours comme vôtre, car je vous aime comme mienne
.


Ces mots n'avaient plus aucun pouvoir sur Corisande. Amère, désabusée, elle trça d'une main tremblante, sous la dernière phrase de la lettre qu'elle venait de recevoir : Vous n'êtes ni à moi, ni moi à vous... et ne répondit pas. Ainsi s'achevait un roman long de trois mille nuits d'amour...


En août, Henri III tomba sous les coups de poignard du moine Jacques Clément.de mourir, il désigna expressément Henri de Navarre comme son légitime successeur, et lui dit :

- Mon frère, je vous laisse ma couronne et mon neveu ; je vous prie d'en avoir soin et de l'aimer. Vous savez aussi comme j'affectionne M. Le Grand, faites état de lui, je vous prie, il vous servira fidèlement.

Quelques heures plus tard, le dernier des Valois rendait son âme à Dieu.


Lorsqu'on vint lui annoncer cette nouvelle, Corisande se retira dans sa chambre et pleura ; l'homme qu'elle avait préparé à recevoir la couronne devenait roi de France, et elle n'était pas près de lui pour partager sa joie.
Seule dans son grand château d'Hagetmau, elle comprit qu'elle ne devait attendre qu'une chose du nouveau souverain : l'ingratitude...


Henri IV entreprit sans tarder la conquête de son royaume. Tâche difficile, puisque la capitale et les cinq dixièmes du pays étaient aux mains des Ligueurs et que ceux-ci venaient de faire proclamer roi, sous le nom de Charles X, le vieux cardinal de Bourbon, oncle du Béarnais.

[color=violet]Renonçant pour l'instant à prendre Paris, il alla s'emparer de Dieppe, ville clé qui pouvait lui permettre de recevoir des renforts de la reine d'Angleterre. Et pendant des mois, avec sa petite armée mal vêtue et mal nourrie, il sillonna la Normandie, occupant des villes, prenant des forts, massacrant des ennemis et remportant des victoires contre toute logique[/co


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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 15 Nov - 19:16

"La dame sourit et demanda au roi de souper avec elle. Après le dîner, tout le monde alla se coucher.

Henri IV, qui se voyait déjà dans le lit de Mme de Guecherville, attendit quelques intants et, lorsque tout sembla dormir au château, se dirigea sur la pointe des pieds jusqu'à la chambre de son hôtesse. Doucement, il ouvrit la porte et demeura ébahi : la pièce était vide...

La dame, effarouchée et craigant pour sa vertu, était partie précipitamment en carosse.

Il laissa un mot pour lui dire sa déception et ses espoirs. Elle lui répondit joliment :

Je suis trop pauvre pour être votre femme et de trop bonne maison pour être votre maîtresse
.

Point découragé, il revint plusieurs fois à la charge sans obtenir de meilleurs résultats. Deux mois plus tard, le désir de cette belle Normande le tourmentait tellement qu'en pleine bataille, au moment d'entreprendre le siège de Saint-Denis, il lui écrivit une lettre pressante. La voici. Elle prouve à quel point l'amour demeurait la préoccupation dominante du Béarnais, en toutes occasions.Après avoir tourné autour du pot que vous voudrez, si faut-il venir à ce point, qu'Antoinette confesse avoir de l'amour pour Henry. Ma maîtresse, mon corps commence à avoir de la santé, mais mon âme en peut sortir d'afflication, que n'ayez franchi ce saut. Puisqu'avez l'assurance de mes paroles, quelle difficulté combat votre résolution .
Qui l'empêche de me rendre heureux ? Ma fidélité mérite que vous ôtiez tous obstacles. Faîtes-le donc, mon coeur ; et faisons comme par gageure à qui se rendra plus de témoignage d'une vraie et fidèle amour. Si j'use de termes trop familiers avec vous, et qu'ils vous offensent, mandez-le moi, et me le pardonnez en même temps. Désirant établir avec vous une familiarité éternelle, je me sers des termes que j'y estime les plus propres. Je ne sais quand je serai si heureux de vous voir. Nous assiégeons Saint-Denis anuit (cette nuit), qui m'attachera pour quelque temps plus étroitement à l'armée.
Vous eussiez fait une oeuvre plus pie d'envoyer ici votre amour en pèlerinage que d'aller par ce chaud, à pied, où vous avez été. Jésus ! que je l'eusse bien reçue. Si le loisir me le permettait, je vous ferais un discours d'une feuille de papier, du traitement que je lui eusse fait ...
Mon tout, aimez-moi comme celui qui vous adorera jusqu'au tombeau. Sur cette vérité, je baise un million de fois vos blanches mains. Ce 28 mai
. Henry.

Les lettres enflammées qu'il envoyait à Mme de Guecherville n'empêchaient pas Henri IV de s'intéresser bien entendu à toutes les jolies filles qu'il rencontrait (Un soir, le roi parvint à entraîner dans sa chambre une demoiselle appelée Fanuche qui se prétendait vierge. Arrivé à pied d'oeuvre, Henri IV trouva, nous dit-on, "le chemin assez frayé".
Aussitôt, il se mit à siffler.
- Pourquoi sifflez-vous . demanda la fille.
- C'est que j'appel tous ceux qui sont passés par ici.
- Piquez ! Piquez ! dit-elle, vous les rattraperez
!

Au siège de Pontoise, il avait installé son camp près d'un couvent et les nonnes eurent beaucoup à souffrir de ce voisinage. D'autant que, l'exemple venant de haut, la plupart des officiers et même les soldats imitèrent le roi et "cajolèrent les religieuses avec tant de scandale qu'on nommait l'abbaye tantôt, le Magasin des Engins de l'Aarmée, tantôt le Magasin des V.. de l'Armée".

Le passage des troupes royales laissa même plus qu'un mauvais souvenir aux religieuses, puisqu'un chroniqueur nous apprend que "huit d'entre elles attrapèrent le mal de Naples
"...
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 19 Nov - 20:20

"A la fin du mois de mai, le bon roi Henri vint mettre le siège devant Paris. Il espérait avoir la capitale par la famine. Les habitants résistèrent héroïquement, mangèrent les chiens, les chats, les souris, le suif des chandelles et même du cuir... Quand ils n'y eut plus rien, on tenta de faire du pain avec de l'ardoise pilée. Le résultat ayant été affligeant, quelqu'un eut l'horrible idée de se servir des os des morts pour en faire de la farine ; les étranges gâteaux qu'on parvint à confectionner avec cette poudre étaient immangeables.
Alors les parisiens commencèrent à se regarder avec des yeux brillants et certains devinrent anthropophages...
Un chroniqueur nous dit, en effet, que


"les dix derniers jours du siège on vit de pauvres gens réduits à manger des chiens morts tout crus dans la rue et, ce qu'on ne peut réciter sans horreur, les lansquenets mourant de faim courir après après des enfants et les dévorer à belles dents, comme feroient les loups".

"On remarque surtout, ajoute-t-il, qu'il fut mangé un enfant dans l'hôtel de Palaiseau, et qu'on en mangea deux à l'hôtel de Saint-Denis..."

Un aubergiste fut arrêté et pendu pour avoir servi à ses clients des rôtis de chair humaine. Chaque jour, il tuait un de ses voisins et le mettait au menu. Son établissement, on s'en doute, ne désemplissait pas.

En apprenant ces regrettables événements, le clergé s'indigna. Il y avait de quoi. Car on admettra que c'est une curieuse façon d'aimer son prochain que de l'aimer bien cuit
...

LA SUITE VERS 23 HEURES. .... Very Happy
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 19 Nov - 23:11

[size=18]Comprenant qu'il n'aurait pas raison des Parisiens par la famine, Henri IV se décida un jour à faire bombarder la ville. Quatre cents boulets s'abattirent sur les rues de Saint-Honoré, Saint-Martin et Saint-Denis, ne faisant, par un hsard extraordinaire, qu'un seul blessé.
Or ce personnage que le bombardement avait couché sur le pavé s'appelait M. Guillaume de Rebours. C'était le père de l'ex-maîtresse du roi..
Le destin a d'amusantes fantaisies
!

Ces boulets n'entamèrent pas plus le moral des Parisiens que la faim, et Henri IV commença à s'ennuyer.

Heureusement, il allait avoir une saine distraction. Un jour, la jeune abbesse de Montmartre, Claude de Beauvillier, lui envoya demander une sauvegarde qu'il accorda aussitôt.

Quelques jours après, nous dit Sauval, "elle vint le remercier et lui fit son compliment de si bonne grâce que, comme elle avait beaucoup d'agrément dans sa personne, il ne put consentir qu'elle s'enfermât dans son couvent".

Il la retint sous sa tente et lui apprit des choses qui, pour n'être point dans la règle de l'Ordre, lui parurent fort agréables. Claude de Beauvillier n'avait pas la vocation. Elle était de ces filles que des parents pieux font entrer en religion pour attirer sur leur famille la bénédiction du ciel. Elle n'eut donc aucun scrupule à devenir la maîtresse du roi... (Par une curieuse ironie du destin, cette jeune religieuse, qui se trouvait être la petite-nièce de Diane de Poiitiers, était également la cousine de Corisande de Gramont et de
Gabrielle d'Estrées, future maîtresse du Béarnais).

Pendant plus d'une semaine, elle vécut avec lui, partageant son existence de guerrier et montrant au début une telle ardeur, que le roi, séduit, se prit à penser avec tristesse aux trésors inemployés qui se trouvaient probablement enfermés dans de nombreux couvents.

Le hasard des opérations l'ayant amené à Longchamp, il voulut vérifier son hypothèse et devint l'amant d'une jeune religieuse, Catherine de Verdun, âgée de vingt-deux ans. Cette double aventure amusa beaucoup l'entourage de Henri IV, qui fit quelques fines plaisanteries ainsi que nous le conte Pierre de l'Estoile.

"Ce jour-là, mardi, dernier juillet 1590, écrit-il, le roy ayant quitté Montmartre pour aller à Longchamp, le mareschal de Biron se trouvant à son ddisner, et ayant envie de faire rire le roy, lequel estoit fort prié et importuné en ce temps de changer de religion, lui va dire :

- Sire, il y a bien des nouvelles !
- et quelles nouvelles ?
- C'est que chacun dit à Paris que vous avez changé de religion.
- Comment cela ? dit le roy.
- Celle de Montmartre contre celle de Longchamp !"
Henri IV éclata de rire :
- Ventre-saint-gris ! La plaisanterie n'en est pas mauvaise et si les Parisiens voulaient se contenter de ce changement, tout irait pour le mieux et je serais bien aise
!"

Catherine n'était qu'une passade. Après l'avoir établie abbesse de Saint-Louis de Vernon, le roi revint à Montmartre vers Claude qui lui procura, de nouveau, d'étourdissantes satisfactions. Mais les plaisirs humains sont fugaces, même chez les grands. Le 30 août, en apprenant que le duc de Parme, à la tête de troupes espagnoles, arrivait au secours des Parisiens, HenriIV dut se résoudre à lever le siège qui durait depuis trois mois. Deux heures avant le jour, il décampa avec son armée et fit conduire sa chère abbesse à Senlis, où rien ne fut épargné pour lui rendre le séjour heureux.

Claude de Beauvillier eut un moment l'espoir d'être reine de France. Hélas ! par une malicieuse cruauté du sort, son charme fut cause de son infortune.
"Un soir, nous dit Sauval, le roi, parlant à son petit coucher de la beauté des dames de la Cour, vanta extrêmement celle de l'abbesse de Montmartre et dit qu'il n'avoit jamais vu une personne aussi charmante. Le duc de Bellegarde, qui étoit présent à la conversation, dit à ce prince qu'il changeroit de sentiment s'il avoit vu Melle d'Estrées, et lui en fit un beau portrait qui lui donna envie de la connaître
."

Quelques jours après, le duc de Bellegarde demanda au roi la permission de se rendre à Coeuvres, près de Soissons, pour y voir sa maîtresse. Le Béarnais, très émoutillé, déclara aussitôt qu'il l'accompagnait, ce qui ennuya fort le duc "pour ce qu'il connaissoit l'humeur libertine de son maître".

Belle garde avait raison d'être inquiet, car en voyant la blonde Gabrielle dans tout l'éclat de ses dix-huit ans, Henri IV fut ébloui, et tomba amoureux... ( Immédiatement Claude de Beauvillier fut abandonnée par le roi qui lui avait pourtant promis - comme à toutes ses maîtresses - le mariage. Désespérée, amère, elle ne lui fit aucun reproche et retourna sans bruit dans son abbaye...)[/size]
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MessageSujet: LA REINE MARGOT    Ven 19 Nov - 23:36

HENRI IV S'EMPARE DE CHARTRES POUR DEVENIR L'AMANT DE GABRIELLE D'ESTREES
Amour, tu perdis Troie ! (La Fontaine)

Cette jeune personne qui allait avoir, pendant neuf ans, tant d'influence sur le Béarnais, était la fille d'Antoine d'Estrées, gouverneur de la Fère et de Françoise Babou de la Bourdaisière.

Elle était extraordinairement jolie. Voici comment une de ses amies - et qui dit amie dit pourtant rivale - nous la décrit :
"
Sa riche coiffure qu'elle avoit semée de quantité de brillants enchâssés dans l'or de sa belle tresse la faisoit remarquer avec avantage par dessus toutes les autres dames. Bien qu'elle fust vestue d'une robe de satin blanc, si est-ce qu'il sembloit estre noir à comparaison de la neige de son beau teint. Ses yeux estoient de couleur céleste et si luisants, qu'on eût difficilement pu juger qu'ils empruntoient du soleil leur vive clarté, ou si ce bel astre leur estoit redevable de la sienne. Avec cela, elle avoit les deux sourcils également recourbés et de noirceur aimable, le nez un peu aquilin, la bouche de la couleur du rubis, la gorge plus blanche que n'est l'ivoire le plus beau et le plus poli, et les mains, dont le teint égaloit celui des roses et des lys mêlés ensemble, d'une proportion si admirable qu'on les prenoit pour un chef-d'oeuvre de la nature
"


En outre, elle avait quelque chose de pervers dans le regard qui lui venait de sa famille. Gabrielle appartenait en effet à une ardente lignée. Sa mère, après une jeunesse extrêmement galante, avait quitté son foyer à quarant-huit ans pour suivre en Auvergne le jeune marquis d'Allègre, et sa grand-mère, Mme de la Bourdaisière, avait fait successivement les délices de François Ier, du pape Clément VI et de l'empereur Charles-Quint.
Cette bonne race s'était déjà manifestée chez Gabrielle au moment où Henri IV la rencontra pour la première fois, si l'on en croit Bassompierre qui nous dit dans ses
Mémoires :

"Dès l'âge de seize ans, elle fut, par l'entremise du duc d'Epernon, prostituée à Henri III par sa mère. Henri III la paya six mille écus. Montigny, chargé de porter cette somme, en garda deux mille. Ce roi se dégoûta bientôt de Gabrielle, alors sa mère la livra à Zamet, riche financier, et à quelques autres partisans, ensuite au cardinal de Guise, qui vécut avec elle pendant un an. La belle Gabrielle passa ensuite au duc de Longueville, au duc de Bellegarde, et à plusieurs gentilshommes des environs de Coeuvres, tels que Brunay et Stenays ; enfin le duc de Bellegarde la présenta à Henri IV."

Gabrielle s'aperçut tout de suite et avec agacement de l'impression qu'elle avait produite sur le roi. Habituée à être entourée de jeunes seigneurs élégants et raffinés, elle se montra distante et presque désagréable lorsque ce petit homme sale et puant l'ail voulut lui faire la cour.

[size=24]Vais me boire un thé, et je reviens.[/size]....... Wink
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