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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO

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MARCO



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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mar 28 Déc - 15:14

snifffff ! LA pauvre ...
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JeanneMarie



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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mar 28 Déc - 15:55

Laure , tu as un nouvel adepte .. mon fiston !! Surprised
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epistophélès



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MessageSujet: LOUIS XIII   Mar 28 Déc - 16:35

Tu m'en voies ravie Jeanne-Marie..... Very Happy Wink

Cependant, un dilemne se pose à moi. Voilà, j'ai commencé les aventures de la royauté française, à mi-parcours. Et suis embêtée ; j'aurai bien voulu revenir en arrière pour que "les histoires d'amour de l'Histoire de France soient cohérentes.
Que dois-je faire ? ........
Shocked Smile
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epistophélès



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MessageSujet: LOUIS XIII   Mer 29 Déc - 18:15

De Londres, Buckingham avait suivi avec tout l'intérêt que l'on devine l'affaire Chalais. Quant il apprit que la reine vivait quasi séparée de Louis XIII, il reprit espoir.

Depuis quelque temps, il était en relation avec les protestants de la Rochelle, qui avaient été soumis un an plus tôt par Richelieu, et il attendait qu'une occasion lui permit de faire voguer la flotte anglaise vers le pertuis breton.


Lorsque, au début de 1627, le cardinal fut de nouveau en difficulté avec les Rochelois à propos du fort de Ré, il clama bien haut que l'Angleterre ne laisserait jamais persécuter les Huguenots français et poussa Charles Ier à envoyer des forces sur le continent.

Le 27 juin, il quitta Portsmouth à la tête d'une flotte de cent navires et cingla vers la Rochelle.

- C'est une guerre sainte, disait-il.

En réalité, ce n'était qu'un prétexte pour se rapprocher de sa chère Anne d'Autriche.
(Auguste Bailly :"Confondant sans cesse les intrigues politiques et les intrigues amoureuses, et réglant les premières sur les secondes, il traînait l'Angleterre derrière lui dans ses aventures les plus hasardeuses."
Mme de Motteville : "Il vint amener une puissante armée navale au secours des Rochelois assiégés par le roi Louis XIII, montrant publiquement la passion qu'il avoit pour la reine et dont il faisoit gloire.")


Le 22 juillet, il débarqua avec cinq mille hommes et cent chevaux dans l'île de Ré. Les seigneurs huguenots allèrent les rejoindre et s'enrôlèrent avec enthousiasme dansles régiments britanniques. Une terrible guerre s'allumait qui pouvait ébranler la puissance royale.

Durant des semaines, Richelieu, très inquiet, s'ingénia à empêcher les Anglais d'entrer dans la Rochelle. Des combats acharnés eurent lieu et des milliers d'hommes tombèrent victimes de l'amour de Buckingham pour la reine de France.


Pendant ce temps il arrivait à Anne d'Autriche une bien curieuse aventure, si l'on en croit Tallemant des Réaux :

"Le roi étant au siège de La Rochelle, nous dit l'auteur des Historiettes, un de ses officiers nouvellement marié écrivait à sa femme qui était à la reine.
Un commis de la poste nommé Collot, porta le paquet de la reine. Cette lettre était dedans. La reine ouvrait toutes les lettres qui s'adressaient à ses femmes; elle ouvre donc celle-là. L'homme mandait à sa femme qu'il enrageait de ne pas la tenir et que pour lui montrer en quel état il était toujours, il lui en envoyait la figure. La reine lisait à la chandelle.
Collot était de façon qu'il voyait à travers le papier un gros cazzo en bon arroi. La reine d'abord, ayant aperçu quelques traits de crayon, avait dit : "Assurément, c'est le plan de la ville ...ô le bon mari d'avoir tout ce soin-là pour sa femme !".
Depuis on appelle cela le plan de la ville !


Anne d'Autriche sera trouvée bien naïve. Mais on conviendra que Louis XIII ne lui donnait pas souvent l'occasion de voir l'objet dont l'officier avait envoyé la figure...

Les hostilités durèrent tout l'été et, au cours d'un engagement, M. de Saint-Servin fut fait prisonnier.
Buckingham le fit appeler dans sa chambre. Le gentilhomme français vit alors qu'un portrait d'Anne d'Autriche était accroché près du lit de l'Anglais.

- Monsieur, dit celui-ci, allez dire à la reine ce que vous avez vu, et dîtes à M. de Richelieu que je lui livre La Rochelle et que je renonce à combattre la France s'il accepte de m'y recevoir comme ambassadeur.

Puis il fit relâcher M; de Saint-Servin, qui vint rapporter cette proposition au cardinal.

- Si vous ajoutez un seul mot, dit simplement celui-ci, je vous fais trancher le cou.

Saint-Servin changea de conversation....


Enfin, le 17 octobre, Richelieu parvint à chasser les Anglais de l'île de Ré. S'il n'était pas maître de lLa Rochelle, du moins avait-il vaincu son rival...

Buckingham rentra à Londres et pendant dix mois prépara soigneusement sa revanche. Après avoir réuni une flotte considérable, il allait repartir vers la France, lorsque, le 2 septembre 1628, un officier, John Felton, le tua d'un coup de couteau, à Portsmouth.
(Plusieurs historiens accusent Richelieu d'avoir été l'instigateur de cet assassinat. L'abbé Richard précise que le cardinal poussa Felton à agir "par l'entremise d'un des capucins qui avaient pris secrètement, sous l'habit séculier, les places des Pères de l'Oratoire". Le véritable Père Joseph, 1750.


Cet assassinat jeta le désarroi dans l'esprit des Rochelois qui se rendirent à Richelieu quelques semaines plus tard, le 27 octobre. Le cardinal, victorieux et vengé , fêta magnifiquement son triomphe et organisa de grandes réjouissances au milieu des fantômes qui hantaient encore la ville.

Tandis que l'armée était en liesse, au Louvre, une femme pleurait. Anne s'était enfermée en apprenant la mort de Buckingham et ne recevait personne.

Désormais elle allait vivre avec le souvenir de ce fol amour qui avait failli faire éclater une nouvelle guerre de Cent ans
...
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mer 29 Déc - 18:24

Quelques années plus tard, Vincent Voiture regardait la reine sans mot dire ; elle lui demanda en souriant ce qu'il pensait.

- Si vous le permettez, Majesté, je vous répondrai demain.
Le lendemain, le poète envoyait à Anne le poème suivant :



Je pensais que la destinée
Après tant d'injustes malheurs
Vous a justement couronnée
De gloire, d'éclat et d'honneurs,
Mais que vous étiez plus heureuse
Lorsque vous étiez, autrefois,
Je ne dirai pas : amoureuse ...
La rime le veut toutefois.

Je pensais - Nous autres poètes,
Nous penson extravagamment -
Ce que, dans l'humeur où vous êtes,
Vous feriez si, dans ce moment,
Vous avisiez en cette place
Venir le duc de Buckingham (Les Français prononçaient alors Boukinkan)
Et lequel serait en disgrâce
Du duc ou du père Vincent ?
... (On appelait ainsi le futur Saint-Vincent de Paul)

Après avoir lu les vers, la reine les enferma soigneusement dans un tiroir. Quand elle revint vers ses dames d'atours, elle avait les yeux pleins de larmes...
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mer 29 Déc - 18:34

LOUIS XIII N'OSE PAS TOUCHER LES SEINS DE SA FAVORITE
Il n'avait pas la belle humeur de son père - Pascal VIENNET -

Au printemps de 1630, Louis XIII se rendait à Grenoble pour y retrouver Richelieu qui se battait alors en Savoie contre les Impériaux et les Espagnols.

Le 27 avril, il s'arrêta à Dijon où un grand banquet fut organisé en son honneur. Les femmes, qui se souvenait du bon roi Henri, et qui ignoraient sans doute l'ordonnance édictée en 1617, avaient cru bien faire en arborant des décolletés audacieux. L'une d'elles se présenta même à table les seins nus : tant d'impudeur choqua énormément le roi qui enfonça son chapeau, pris un air bourru et dîna les yeux fixés sur son assiette.


Il en résulta un grand malaise dont la demoiselle ne s'aperçut point, car elle continua de se trémousser "pour mieux ballotter sa gorge".

De tout le raps, Louis XIII ne lui accorda pas un regard. Mais au dessert il vida lentement son verre, retint une gorgée de vin dans sa bouche et, d'un jet précis, la lança sur les seins découverts. La pauvre jeune fille s'évanouit
.

(Un père jésuite, le Père Barri, qui rapporte cette anecdote dans ses Lettres de Paulin et d'Alexis (Lyon, 1658), ajoute : "que cette gorge découverte méritait bien cette gorgée...")
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mer 29 Déc - 20:31

Le malaise s'en trouva accru et chacun remonta se coucher silencieusement.
Le lendemain, Louis XIII, la mine sombre, quitta Dijon en direction de Lyon, où l'attendait l'aventure la plus extraordinaire qui pût arriver à cet homme pudibond et impuissant : l'amour ...


A peine arrivé, il rencontra un très curieux personnage qui n'allait pas tarder à faire parler de lui.
C'était un jeune italient de vingt-huit ans, venu sur l'ordre du Saint-Siège pour tenter d'arrêter la guerre.
Il s'appelait Giulio Mazarini ...

Quant Marie de Médicis et Anne d'Autriche rejoignirent Louis XIII, la reine considéra peut-être avec intérêt ce jeune homme ; mais sans se douter bien sûr qu'elle en serait amoureuse quinze ans plus tard ...


Soudain, Louis XIII, qui était atteint de dysenterie, tomba gravement malade. En quelques heures, il fut aux portes de la mort, grelottant et délirant devant les médecins affolés. Quand le Père Suffren, son confesseur, vint lui apporter les sacrements, les deux reines en larmes se mirent à genoux près du lit et le roi leur demanda pardon des fautes qu'il avait pu commettre à leur égard.

- Si Dieu me permet de guérir, murmurat-t-il, je veux pouvoir réparer le tort que je vous ai causé en vous accordant tout ce que vous voudrez.

Paroles imprudentes, que les deux femmes n'allaient pas oublier...
Car le roi guérit.


L'abcès au bas-ventre que les médecins n'avaient pas décelé creva un beau matin, et Louis XIII revint à la vie. Il demanda du vin, reprit des couleurs et se remonta un peu sur les oreillers. Alors les deux reines s'approchèrent tendrement et lui rappelèrent en souriant sa promesse.
Il était encore faible.

- Je vous écoute, dit-il.

Elles furent brèves : elles demandèrent le renvoi de Richelieu.

- Il est à l'origine de toutes nos mésententes, dit Anne d'Autriche.

Marie de Médicis se montra plus catégorique encore.

- Il né faut plous dé cé Richéliou, dit-elle.

(La reine mère conserva toujours son accent. Et l'on raconte que Mme Beautru se fit appeler Mme de Nogent, car elle en avait assez de s'entendre nommer "Mme Beautrou"...)

Le roi fut très embarrassé. Pris de court, il jura de chasser son ministre, en ajoutant, toutefois, pour gagner du temps, qu'il n'agirait qu'après la signature de la paix avec l'Espagne.

Les deux femmes, qu'une même haine pour le cardinal unissait étroitement, regagnèrent leurs appartements en se félicitant de leur victoire.

Louis XIII, lui, était un peu vexé de s'être aussi facilement laissé prendre. "Pendant quelques heures, nous dit-on, il gratta ses draps avec irritation."
Puis il pensa qu'il aurait toujours la possibilité de se parjurer sous le prétexte qu'on lui avait extorqué une promesse alors qu'il était malade, et celo le réconforta.
Il en conçut même une espèce de jubilation malsaine qui l'aida à entrer en convalescence...


C'est alors qu'il remarqua une délicieuse adolescente de quinze ans qui "lui donna dans la vue", selon l'expression amusante de Mme de Motteville.
Elle s'appelait Marie de Hautefort et suivait la reine mère en qualité de fille d'honneur. Ses boucles blondes et ses yeux bleus enchantèrent le roi qui, pour la première fois de sa vie tomba amoureux.

Anne d'Autriche s'en aperçut immédiatement mais, connaissant le tempérament froid et la pudeur extrême de son mari, elle n'en conçut aucune jalousie.
Au contraire. Mme de Motteville nous dit en effet : "la reine, voyant naître cette inclination dans l'âme de ce prince farouche pour les dames, tâcha de l'allumer plutôt que de l'éteindre, pour gagner ses bonnes grâces et ses complaisances".
Peut-être avait-elle aussi le secret espoir que le roi se dégèlerait enfin et qu'elle en profiterait ...


Chaque jour apportait un changement nouveau dans le comportement de Louis XIII. Un matin, il réclama une guitare, instrument dont il savait un peu jouer et demanda qu'on le laissât seul.
Intriguée, Anne d'Autriche demeura derrière la porte et écouta. Pendant quelques minutes, le roi gratta les cordes, puis un air gracieux naquit sous ses doigts, qu'il accompagna bientôt de paroles murmurées. Elle comprit alors qu'il composait une chanson tendre sur la beauté de Mlle de Hautefort
...

L'amour du roi n'allait pas tarder à être connu de toute la Cour. Le dimanche suivant, faisant ses premiers pas, Louis XIII se rendit à la messe, soutenu par la reine. On l'installa dans un confortable fauteuil, et il suivit l'office avec sa dévotion habituelle.
Au sermon, il tourna la tête vers les filles d'honneur qui, selon l'usage du temps, étaient assises à même le sol, et vit que Mlle de Hautefort écoutait le prêtre dans cette position incommode. Emu, il lui fit porter le coussin qui était sur son prie-Dieu. La Cour fut stupéfaite. Jamais un roi n'avait fait preuve d'une telle galanterie dans une église.
La jeune fille rougissante consulta du regard la reine, qui l'invita, par signes, à s'asseoir sur le coussin.
Mlle de Hautefort agit alors avec un tact et une délicatesse qui bouleversèrent le souverain : prenant respectueusement le présent royal, elle le posa à côté d'elle et se garda d'y toucher.


Si Louis XIII était chaque jour un peu plus amoureux de Marie, il n'en demeurait pas moins à son égard d'une impressionnante réserve. Je n'en veux pour preuve que cette anecdote qui nous est rapportée par de nombreux contemporains : un jour, le roi entra dans la chambre de la favorite. Voyant qu'elle lisait une lettre, il fronça le sourcil :

- Qui donc vous a écrit ?

Pour le taquiner, la belle, d'un geste rapide, glissa le billet entre ses seins.

- Si vous le voulez, dit-elle en riant, vous le prendrez là.
Louis XIII pâlit, considéra un instant "cette gorge parfaite, qui étoit une des beautés qu'on admiroit" et finalement, recula.

Sa pudibonderie lui fit alors commettre un acte inouï. Il prit les pincettes de la cheminée et s'en servit pour tirer le billet sans avoir à toucher aux seins de Marie ..
.
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epistophélès



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MessageSujet: LOUIS XIII   Ven 31 Déc - 17:51

Lorsque, le 19 octobre, le roi, complètement guéri, quitta Lyon en litère, tout le monde remarqua son air enjoué. Au moment où la reine monta dans son carosse, il fit même un mot drôle, ce qi ne lui était jamais arrivé, et ses familiers en conclurent que Mlle de Hautefort excitait du moins son esprit...

Aux étapes, il allait la retrouver, la regardait en rougissant et l'entretenait longuement de ses chiens de chasse et des difficultés qu'il avait à tuer les écureuils.

Marie l'écoutait avec ennui. Ce genre de conversation n'a jamais passionné les femmes et le regard brillant de la favorite signifiait clairement qu'aux anecdotes sur le gibier à poils elle eût préféré une main bien placée...


Arrivé à Paris, Louis XIII s'installa rue de Tournon, dans l'ancien hôtel de Concini (car le Louvre était aux mains des maçons), et pensa que sa vie allait être désormais une suite délicieuse d'heures consacrées à Marie et à la poésie. Anne d'Autriche et Marie de Médicis devaient se charger de le ramener brutalement à la réalité.

Anne s'était installée dans un appartement fort éloigné de celui de son mari et la reine mère avait réintégré son palais du Luxembourg.
Dès qu'elles eurent vidé leurs malles, elles se précipitèrent chez le roi pour lui rappeler sa promesse de renvoyer Richelieu.

- La guerre avec l'Espagne est finie, vous devez tenir votre parole.

Pendant plusieurs jours, Louis XIII résista aux attaques de sa mère, puis il se laissa convaincre et accepta de chasser le cardinal. Celui-ci, qui habitait le Petit Luxembourg, était parfaitement renseigné par sa police personnelle sur les menées de la Florentine. Il savait même qu'elle voulait le remplacer par le garde des Sceaux Michel de Marcillac, et qu'elle était aidée dans son complot par le duc de Guise.
Il se tenait prêt à contre-attaquer


Le 10 novembre, il apprît que la reine mère, enfermée dans sa chambre, était en train de parler avec le roi. Fort inquiet, il chargea sa nièce Mme de Combalet, d'aller aux renseignements ; mais la Florentine barricada sa porte.

- Plous dé cardinal ! Plous dé nièce ! Plous personne ! ... cria-t-elle.

Le roi intervint, disant qu'on ne devait pas éveiller les soupçons de Richelieu par de ridicules maladresses, et il fit entrer la jeune femme. Marie de Médicis parvint à rester calme quelques instants : mais brusquement une fureur terrible la saisit et, nous dit Saint Simon, "elle laissa couler un torrent d'injures qui ne sont connues qu'aux Halles".

"Marie de Médicis était très bête. D'après Tallemant des Réaux, "elle croyait que les grosses mouches qui bourdonnent, entendent ce qu'on dit et le vont redire ; et, quand elle en voyait quelqu'une elle ne disait plus rien de secret...")

Pendant que cette scène avait lieu, le cardinal, de plus en plus angoissé, entrait au Luxembourg. Il ne voulait pas rester plus longtemps loin du lieu où se jouait son destin.
Au premier étage, il vit que l'appartement de la reine mère était vérouillé. Il secoua les huis,rôda dans les couloirs et finit par se glisser dans l'oratoire qui communiquait avec la chambre de la Florentine.
Là, une porte secrète était entrouverte. Il la poussa...

Marie de Médicis, qui tapait du pied en vociférant, le vit entrer avec stupeur.

- Vous parliez de moi, je présume, dit-il. Me voici, de quoi m'accusez-vous ?

La Florentine perdit alors le contrôle d'elle-même et se mit à insulter grossièrement le cardinal.

Il était venu pour discuter : ce vocabulaire de poissarde auquel il n'était pas habitué le décontenança tant qu'il ne peut prononcer un mot.

- Jé vous chasse ! criait la reine mère. Vous n'êtes qu'oun valet ingrat !

Voyant que le roi le laissait insulter sans broncher, Richelieu comprit qu'il était perdu. Il tomba à genoux et, comme il était très émotif, il pleura;

- Pardon ! bredouilla-t-il.

Marie de Médicis marchait de long en large à travers la chambre, en hurlant. Le cardinal, toujours sur les rotules, eut alors l'idée singulière de la suivre dans tous ses déplacements :

- Grâce ! Grâce ! criait-il.

Le spectacle était si grotesque que Louis XIII en fut gêné.

- Relevez-vous, monsieur de Richelieu, et sortez, dit-il sèchement.

Le cardinal se retira, secoué par de gros sanglots qui résonnèrent longtemps dans les couloirs.


Lorsqu'il eut disparu, Marie de Médicis se tourna vers son fils, l'oeil pétillant.

- Qu'ést-cé qué vous en pensez ?

- Tout cela est bien fatiguant, se contenta de dire le roi.

Après quoi il sortit, monta dans un carrosse et se fit conduire à Versailles dont il aimait le bon air.

Aussitôt, les suivantes de Marie de Médicis, qui avaient tout entendu, se précipitèrent hors du Luxembourg pour aller apprendre à la Cour que le cardinal était abandonné par le roi et que sa disgrâce était imminente.

Deux heures plus tard, tous les ennemis du Premier ministre étaient chez la reine et entouraient M. de Marcillac, qui commençait à distribuer des charges.
On se congratulait, les beaux esprits composaient des quatrains venimeux contre Richelieu qu'on prétendait en fuite, et Anne d'Autriche, dans un coin du salon, souriait en pensant que son cher Buckingham était vengé.

Or, à la même heure, le cardinal arrivait à Versailles, se prosternait devant le roi, parlait habilement et retournait la situation.

- Je vous rends toute ma confiance, disait Louis XIII, et je vous affirme que ma volonté est de vous voir à mon service comme par le passé.

Le soir même, Richelieu revenait à Paris, plus puissant que jamais, et faisait arrêter tous ceux qui s'étaient réjouis de sa disgrâce, à commencer par M. de Marcillac.


Un affolement indescriptible régna pendant toute la soîrée au Luxembourg où Marie de Médicis piqua la plus belle colère de sa vie. Anne d'Autriche fut plus calme. Comprenant qu'elle allait avoir à subir de nouveau la rancoeur et la haine de son soupirant évincé, elle se coucha en pleurant.

Ainsi se termina ce dimanche 10 novembre 1630, que l'on devait appeler avec raison la Journée des Dupes
.
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epistophélès



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MessageSujet: Louis XIII   Ven 31 Déc - 23:42

Dès le lendemain, délivré des soucis que lui causaient les harcelantes plaintes de sa mère, Louis XIII put se consacrer de nouveau entièrement à Mlle de Hautefort qui, par bonheur, n'avait pas été mêlée à l'intrigue.

On le vit alors s'adonner à de curieuses occupations pour un souverain. Il se mit à faire des confitures...
En compagnie de la demoiselle d'honneur, il passait son temps devant les fourneaux et se passionnait tellement pour la cuisine qu'un soir un ambassadeur s'entendit répondre "que Sa Majesté ne pouvoit le recevoir car elle étoit en train de larder...".
Il faisait aussi de grosses farces pour amuser Mlle de Hautefort. "Un jour, nous dit Tallemant des Réaux, il coupa la barbe à tous ses officiers et ne leur laissa qu'un petit toupet au menton".
On en fit d'ailleurs une chanson :


Hélas ! ma pauvre barbe
Qu'est-ce qui t'a faite ainsi ?
Treizième de ce nom
Qui a tout ébarbé sa maison
.

Chanson qu'il apprécia en connaisseur, car il composait lui-même des romances et s'enorgueillissait d'être l'auteur de nombreuses musiques de ballet.
Chaque fête donnée à la Cour était un petit récital des dernières oeuvres de Sa Majesté...
Toutes ces distractions plaisaient certes beaucoup à Mlle de Hautefort ; mais la charmante jeune fille commençait à désirer des joies plus profondes que celles dont Louis XIII se contentait en faisant des confitures ...Et, tout comme la reine, elle fut bientôt tourmentée par un désir qui, les nuits d'hiver, lui tenait lieu de chaufferette
...

Pendant que le roi batifolait ainsi chastement, Richelieu se vengeait avec méthode de ceux qui avaient voulu sa perte (Bassompierre fut arrêté le 24 février et conduit à la Bastille où il devait rester douze ans (jusqu'à la mort du cardinal). La veille, sentant le danger, il avait brûlé plus de six mille lettres d'amour "qui auraient pu compromettre les plus grandes dames du royaume...")
Quand il ne resta plus devant lui que les deux reines, il fut perplexe. Toutes deux, en effet, étaient, par leur situation, hors de son pouvoir. Il devait donc user à leur égard d'armes spéciales
.

Pour se débarrasser de Marie de Médicis qui le gênait particulièrement, car il craignait une nouvelle offensive de sa part, il eut recours à une ruse singulière : en mai 1631, il fit courir le bruit que la police, sur l'ordre de Louis XIII, allais se saisir d'elle. La reine mère, comme une grosse mouche affolée, s'enfuit de Compiègne où elle était alors, buta contre la Flandre, rebondit en Angleterre, revint en Hollande, et finit par échouer à Cologne.

C'était une victoire, et Richelieu se frotta les mains.
Restait Anne d'Autriche qu'il comptait bien faire répudier. Il convoqua Mlle de Hautefort :

- Il faut que le roi, qui vous aime tant, soit au courant de tous les actes de la reine, dit-il hypocritement. Dût-il en souffrir. J'ai pensé que vous pourriez me faire un petit rapport quotidien....
Marie de Hautefort, bien que favorite de Louis XIII avait été gagnée par le charme d'Anne d'Autriche.
Elle refusa.


Le cardinal pensa alors qu'il avait besoin d'une femme intrigante, et il autorisa la duchesse de Chevreuse, qui vivait en exil depuis l'affaire Chalais, à revenir à la Cour. Ce choix était d'une habilité géniale, car il lui permettait de compter à la fois sur la reconnaissance de la jeune femme et sur celle d'Anne d'Autriche qui allait être ravie de revoir son amie.

Mme de Chevreuse, dès son arrivée à Paris, alla remercier Richelieu et lui adressa mille protestations d'amitié.

- Je n'oublierai jamais que vous m'avez tirée de l'exil, dit-elle, et je vous aiderai toujours autant que je le pourrai.

Elle tint parole. A quelque temps de là, elle parvint à détacher de la Maison d'Autriche l'un de ses amants, le duc de Lorraine, et à lui faire signer un traité d'alliance avec la France.

Richelieu, à son tout, alla la remercier. Elle le reçut avec tant de grâces, déploya tant de charme qu'il pensa naïvement qu'elle devait être amoureuse de lui et en fut troublé.


Mme de Chevreuse, je l'ai dit, était une ravissante blonde aux yeux verts et aux moeurs dissolues qui passait le plus clair de son temps "à faire le cricon criquette" avec tous les hommes qui lui plaisaient.

De savoureuses anecdotes couraient sur elle.
"J'ai ouï conter, dit Tallemant des Réaux, que, par gailladise, elle se déguisa, un jour de fête, en paysanne, et s'alla promener toute seule dans les prairies. Je ne sais quel ouvrier en soie la rencontra. Pour rire, elle s'arrêta à lui parler, faisant semblant de le trouver à son goût. Mais ce rustre, qui n'y entendait point de finesse, la culbuta fort bien, et on dit qu'elle passa le pas sans qu'il en soit arrivé jamais autre chose."

Cette scène agreste s'était déroulée devant quelques témoins, etl'auteur des Historiettes ajoute que "quelqu'un s'étant écrié :"Ah ! la belle femme, je voudrais bien l'avoir b...", elle se mit à rire et dit : "Voilà de ces gens qui aiment la "besogne faite..."
Au lit, sa technique témoignait, disait-on d'un tempérament si généreux et d'une imagination si fertile que Richelieu résolut de vérifier par lui-même le bien-fondé de cette flatteuse réputation.


En désirant devenir l'amant de la jeune femme, le cardinal ne pensait pas seulement prendre un savoureux plaisir ; il espérait avoir le moyen de nuire efficacement à la reine.


Mme de Chevreuse et Anne d'Autriche avaient, en effet, repris leurs jeux d'autrefois en compagnie de jeunes débauchés, au point que Gaston d'Orléans prétendait malicieusement qu'on avait rappelé l'exilée "pour donner plus de moyens à la reine de faire un enfant"... Elles passaient leur temps à rire, à danser, à organiser des fêtes, et s'adoraient...

Seul un homme capable d'apporter de grandes satisfactions à Mme de Chevreuse pouvait avoir assez d'autorité pour séparer les deux amies. Le cardinal eut la candide prétention de croire qu'il était cet homme-là, et fit à la belle une cour assidue.

Il s'abusait. Malgré tout son talent d'homme d'Etat, le Premier ministre n'était pas de force devant une telle femme. Celle-ci devina ses desseins et, d'accord avec la reine, mit sur pied un ingénieux complot destiné à le renverser.


Sachant que Châteauneuf, le Garde des Sceaux, était amoureux d'elle, la jolie rouée excita sa jalousie en lui apprenant que Richelieu la poursuivait de ses avances. Le brave homme n'opposa aucune résistance : il conçut immédiatement une haine très pure pour le cardinal auquel, pourtant, il devait tout.

- Tant qu'il sera Premier ministre, lui susurra alors Mme de Chevreuse, j'aurai tout à craindre de lui.

Châteauneuf comprit et jura qu'il était prêt à soulever le peuple et à faire fuir définitivement Richelieu. Il ne fallait qu'un encouragement à un tel élan : la petite duchesse prit sa plume et lui écrivit cette lettre pleine de promesses :


Mon ami,
Je crois que vous êtes absolument à moi. Je vous promets qu'éternellement je vous traiterai comme mien : quand toute la Terre vous négligerait, je saurai toute ma vie si dignement vous estimer que, si vous m'aimez véritablement, comme vous le dites, vous aurez sujet d'être content de votre fortune, car toutes les puissances de la terre ne sauraient me faire changer de résolution.


C'était plus qu'il n'en fallait pour galvaniser le pauvre Garde des Sceaux qui se mit, dès lors, à passer ses nuits en conciliabules secrets avec es amis de Gaston d'Orléans.

Pendant ce temps, Richelieu devenait de plus en plus amoureux de Mme de Chevreuse "Il lui témoignait, nous dit Louis Batifol, autant de passion qu'elle en avait lu autrefois dans le coeur de Holland."

Un matin, il vit lui rendre visite si tôt qu'il la trouva au lit. Perdant un peu de sa dignité habituelle, il se précipita sur elle et tenta de se glisser sous les draps. Elle dut le menacer d'un scandale pour s'en débarrasser.


Le soir, la chose ayant été colportée par des domestiques, on ne parla, à l'Hôtel de Rambouillet, que de l'inconduite du cardinal. Le salon des précieuses était, en effet, le carrefour de tous les ragots de la capitale, et les informations un peu scabreuses y remportaient toujours un grand succès. On en profita pour rappeler toutes les tares de la famille de Richelieu et l'on s'amusa à raconter que son frère, cardinal de Lyon, avait dû, au cours d'une crise de folie, être enfermé dans sa cellule par les Chartreux de Grenoble, et que sa soeur, marquise de Brézé, "croyait avoir le cul en verre et ne bougeait du lit de crainte de se le casser..."

Deux jours plus tard, les futures amies de Mlle de Scudéry se réjouirent de nouveau en apprenant que Richelieu, à la demande de Mme de Chevreuse, s'était déguisé en cavalier, avec des plumes rouges à son chapeau, et que la reine, cachée derrière une tapisserie, l'avait vu passer dans cet extravagant costume.

Le cardinal sut-il que sa chère duchesse s'était moquée de lui en compagnie de la reine ? C'est possible, car il tomba subitement malade et dut s'aliter.

En apprenant cette nouvelle, Châteauneuf, qui conspirait toujours avec acharnement, conçut le fol espoir d'être soutenu par le Ciel et pensa que son ennemi allait mourir. Il écrivit à Mme de Chevreuse pour se réjouir "d'âtre enfin délivré de ce c... pourri".
La police du cardinal était aux aguets ; elle intercepta cette charmante lettre qui fut portée à Richelieu. Le lendemain, le Garde des Sceaux était arrêté et Mme de Chevreuse obligée de reprendre le chemin de l'exil.

Elle se réfugia à Tours, où pour passer le temps elle devint la maîtresse de l'archevêque
...
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MessageSujet: Louis xiii   Sam 1 Jan - 2:18

Pffffffffff, suis dégoûtée, j'ai passé 2 heures à vous taper la suite, et au moment de l'envoyer, tout à disparu. Vais dodo, suis vénère. .... scratch

Bibizzzzzzzz Crying or Very sad
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MessageSujet: LOUIS XIII   Sam 1 Jan - 16:11

LOUIS XIV FUT-IL CONCU GRACE A Mlle DE LA FAYETTE ?

Il y a beaucoup d'ombre autour de la naissance dur Roi Soleil... - Charles NISARD -


Au milieu de toutes ces intrigues, le roi demeurait fidèlement épris de Mlle de Hautefort. Quand il ne se promenait pas avec elle dans le parc de son petit château campagnard de Versailles, il s'enfermait dans un cabinet pour y composer des chansons pleines d'amour. L'une d'elles est parvenue jusqu'à nous.
Marie s'y trouve désignée pudiquement sous le nom d'Amaryllis :


Tu crois, ô beau soleil,
Qu'à ton éclat rien n'est pareil,
En cet aimable temps
Que tu fais le printemps.
Mais quoi ! tu pâlis
Auprès d'Amaryllis.

Or que le ciel est gai
Durant ce gentil mois de mai,
Les roses vont fleurir
Les lys s'épanouir.
Mais que sont les lys,
Auprès d'Amaryllis ?

De ses nouvelles pleurs
L'aube va ranimer les fleurs ;
Mais que fait leur beauté
A mon coeur attristé,
Quand des pleurs je lis
Aux yeux d'Amaryllis
.

Lorsque Louis XIII lui chantait ces couplets un peu fades, Mlle de Hautefort était profondément désolée. "Jamais, se disait-elle, il n'osera me manquer de respect."

Elle finit par prendre une initiative hardie : un soir que son désir était trop fort, elle sauta sur le roi et tenta de l'entraîner vers un lit.

Louis XIII se débattit, parvint à se dégager et fut peiné. Il ne croyait pas qu'une jeune fille pût être attirée par des plaisirs aussi peu intellectuels et le dit à son amie.
Cela n'empêcha pas Mlle de Hautefort, travaillée en profondeur par le printemps, de revenir à la charge les jours suivants et de le "martyriser", au dire de Mme de Motteville. Ces attaques étaient vaines d'ailleurs, car le roi défendait bien sa vertu.


C'est à cette époque qu'il dit un jour à des amis :

- Les femmes ne m'intéressent que de la tête à la ceinture !

- Dans ce cas, lui répondit quelqu'un, il faut la leur faire porter aux genoux !

Cette plaisanterie était un peu leste. Elle déplut à Louis XIII qui fit grise mine au gentilhomme pendant un mois.


Bientôt, les assauts de la favorite furent si violents que le roi finit par se lasser. Il n'aimait pas être obligé de se défendre contre les entreprises d'une femme et demanda à Marie d'être plus réservée à son égard.

Le cardinal fut rapidement informé de cette mésentente et, comme il haïssait Mlle de Hautefort depuis qu'elle avait refusé de le servir contre la reine, il pensa que le moment était venu de se venger : il présenta au roi une jeune fille brune et fort maigre, qui s'appelait Louise de La Fayette.
Cette demoiselle avait une qualité qui séduisit tout de suite Louis XIII : elle chantait.


Dès le lendemain, il l'attira dans son cabinet et lui demanda d'interpréter quelques vieilles chansons.
Elle obéit en rougissant et, pendant deux heures, le tint sous le charme. Pourtant il ne dit pas un mot tendre, car il se méfiait, trouvant Louise trop élégante.

La jeune fille, en effet, s'habillait avec recherche et suivait les excentricités de la mode. Or Dieu sait si la mode était extravagante en ce printemps de 1635 !


Les femmes ne portaient que des couleurs tendres et si extraordinaires que les couturières étaient obligées d'inventer des noms pour les désigner.
Il y avait les robes feuille-morte, ventre de biche, ventre de nonnain, couleur du roi, mimine, triste-amie, gris d'été, céladon, vert naissant, vert brun, vert gai, vert de mer, vert de pré, merde d'oie, aurore, singe mourant, couleur de sel à dos, de veuve réjouie, de temps perdu, flammette de soufre, de constipé, singe envenimé, ris de guenon, trépassé revenu, espagnol malade, espagnol mourant, couleur de baise-moi-ma-mignonne, couleur de péché mortel, de cristallin, de boeuf enfumé, de jambon commun, de désirs amoureux, de racleur de cheminée, etc.


En voyant Mlle de La Fayette vêtue d'une élégante toilette ris de guenon ou face grattée, le roi s'inquiétait, car la coquetterie lui semblait une invitation à la débauche.

Mais il fut bien vite rassuré : cette jeune fille, malgré son amour pour les belles parures, était aussi pure que lui. Le péché lui faisait horreur et son coeur se glaçait à la pensée des assemblages auxquels se plaisent généralement les amoureux.


Auprès d'elle, Louis XIII retrouva sa belle humeur et vécut sans crainte. Il l'emmenait parfois se promener dans les bois -même très éloignés - sachant bien qu'elle ne tenterait pas de le violer. Finalement, il tomba amoureux de cette femme si bien faite pour le comprendre et ne parla plus à Mlle de Hautefort.
Alors la pauvre, qui se trouvait toujours aussi agacée par les effets du printemps, quitta la Cour et emporta chaleur intime en province
.
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MessageSujet: LOUIS XIII   Sam 1 Jan - 16:30

Richelieu, une fois de plus, se frotta les mains.
Protecteur de Mlle de La Fayette, il pensait pouvoir utiliser ses bons offices pour connaître les secrets agissements de la reine.
Ayant convoqué la jeune fille, il lui tint le même discours qu'à Mlle de Hautefort, mais n'eut pas plus de succès qu'avec celle-ci.
Dès les premiers mots, en effet, la nouvelle favorite se cabra :

- Vous ne saurez jamais rien de moi, dit-elle sèchement.

Puis elle partit, laissant le cardinal déçu et riche d'une haine toute neuve.


Immédiatement, il chercha à se venger et utilisa un moyen peu digne de son grand génie : au cours d'un bal donné à Saint-Germain, il demanda à quelques jeunes filles de ses amies de presser des citrons à l'endoit où Louise avait dansé.
Tout le monde crut qu'elle avait fait pipi sur le parquet et le scandale fut énorme.
La reine appela La Porte, son valet de chambre, et lui demanda de sentir les gouttes. La Porte obéit, se mit à quatre pattes, flaira consciencieusement et déclara que ce n'était pas du citron...
Peut-être avait-il le nez bouché.

Quoi qu'il en soit, Mlle de La Fayette, n'osa pas discuter avec Anne d'Autriche et rentra fort confuse dans sa chambre. Le lendemain, la Cour chanta :


Petite La Fayette,
Votre cas n'est pas net :
Vous avez fait pissette
Dedans le cabinet,
A la barbe royale,
Et là, aux yeux de tous,
Vous avez fait la sale,
Ayant pissé sous vous
.


Le roi n'attacha aucune importance à cet incident ; mais Louise, très mortifiée, en voulut férocement au cardinal qu'elle soupçonnait d'être l'auteur de cette mauvaise plaisanterie.

Sur ces entrefaites, le Père Joseph, confident et conseiller de Richelieu, vint la trouver.
"Ce moine, nous dit Dreux du Radier, était d'un génie presque égal à celui du cardinal. Fatigué d'une subordination trop marquée pour sa vanité, il avoit conçu le projet de détruire son bienfaiteur et de prendre sa place."

Son premier objectif était d'obtenir le cardinalat qui l'eût mis sur un pied d'égalité avec Richelieu.


Connaissant les sentiments de la nouvelle favorite à l'égard du Premier ministre, il lui demanda son aide.

- Je ferai tout pour débarrasser le royaume de cet homme malfaisant, qui vient encore de déclarer une guerre, dit-elle.

Alors le capucin lui expliqua qu'il avait offert au pape Urbain VIII de faire conclure la paix avec la Maison d'Autriche et d'établir un traité avec les protestants.

- Si je réussis, ajouta-t-il, le Saint-Père, qui déplore tous ces conflits, me donnera le chapeau de cardinal.
Il faut donc que vous m'aidiez.


Mlle de La Fayette ignorait tout de la politique. Elle fut un peu effrayée en pensant au rôle qu'on voulait lui faire jouer, et demanda à réfléchir.
La voyant perplexe, le Père Joseph "lui fit alors envisager habilement les choses du côté de la religion et de la piété" :

- Si vous parvenez à convaincre le roi, dit-il, vous serez l'auteur du bien de toute l'Europe en donnant une paix nécessaire à la France, et en retirant un gros poids de la conscience de Sa Majesté
...
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MessageSujet: LOUIS XIII   Sam 1 Jan - 17:54

Mlle de La Fayette fut ébranlée par ce discours.
La grandeur de sa mission l'exalta, et elle promit de parler à Louis XIII.
Le soir même, dans la chambre du roi, elle répéta fidèlement tout ce que le capucin lui avait dit :

- Il faut arrêter la guerre contre l'Autriche, le peuple est écrasé d'impôts, les paysans se soulèvent : le cardinal doit partir...

Louis XIII écouta Louise sansl'interrompre ; mais quand elle eut fini son discours il lui demanda de bien vouloir goûter les confitures qu'il venait de faire...
Les choses s'engageaient mal.


Très ennuyée, Mlle de La Fayette quitta le roi et alla prendre conseil d'une de ses amies, Mme de Senecey.
C'était une femme droite et honnête qui détestait le cardinal et étonnait la Cour pour sa chasteté. Elle n'avait, en effet, qu'un amant.
... Encore, était-ce l'évêque de Limoges !

(Il existait bien entendu, des gens assez méchants et étroits d'esprit pour critiquer cette pieuse liaison. Et l'on chantait


Senecey la sainte
Est femme d'esprit
Si elle est enceinte
C'est de l'Antéchrist
On a vu chez elle un moine bourru
Lanturlu


- On sait que, d'après les Ecritures, l'Antéchrist doit être le fils d'un prêtre -

Or, précisément, ce galant prélat était l'oncle de la favorite. Aussi, Mlle de La Fayette considéreit-elle Mme de Senecey comme une tante à la mode du Limousin.

Elle lui fit part des intentions du Père Joseph et lui demanda son appui. L'évêque était là :

- Pour réussir, dit-il, il faut utiliser la personne qui a le plus d'influence sur le roi, c'est-à-dire le Père Caussin, son confesseur. Je m'en charge.

Quelques jours parès, le Père Caussin, gagné à la cause des conjurés 'auxquels s'était jointe naturellement Anne d'Autriche), répétait à Louis XIII une leçon que Louise lui avait apprise. Cette fois, le souverain fut ébranlé. Il commença par considérer Richelieu d'un oeil froid et méchant, puis il ne lui fit plus goûter ses confitures.
Le cardinal s'alarma. Soupçonnant Mlle de La Fayette d'organiser un nouveau complot contre lui, il "acheta" le princiapl valet de chambre du roi, un nommé Boizenval, et le chargea de surveiller les agissements de la favorite.
"Celui-ci, nous dit Dreux du Radier, promit non seulement de lui rapporter fidèlement tout ce qu'il saurait des paroles et des actes du roi et de Mlle de La Fayette, mais encore de lui remettre tous les billets qu'ils s'enverraient et dont il serait chargé."

Il tint parole, et le cardinal put suivre au jour le jour la marche du complot destiné à le renverser.
Lorsqu'il connut le nom de tous les complices du Père Joseph, Richelieu décida de rompre la liaison du roi et de Mlle de La Fayette. "Aussi occupé à cette intrigue que du gouvernement de l'Etat entier, nous dit Vittorio Siri, il passa des nuits à falsifier des lettres que s'envoyaient les deux amoureux
."

Constatant qu'il n'obtenait aucun résultat, il eut alors une idée qui témoigne de son génie politique et force l'admiration : pour se débarrasser de Mlle de La Fayette, il imagina de lui inspirer une vocation religieuse.

Il convoqua le Père Caré, confesseur de la jeune fille, et lui demanda de jeter le bon ferment dans cette âme pieuse.

- Vous devez faire comprendre à Mlle de La Fayette qu'elle est appelée par Dieu et qu'elle doit fuir les plaisirs du siècle.

Le succès fut prodigieux : deux mois plus tard, la favorite annonçait au roi qu'elle avait l'intention d'entrer au couvent.


Louis XIII fut abattu : il alla se coucher et pleura toute la nuit (c'est lui-même qui l'écrit dans une lettre à Chauvigny).
Trop pieux pour lutter contre la vocation de sa favorite, il se contenta de souffrir.
Le 23 mai 1637, "La Gazette de France", fondée six ans auparavant par Renaudot, publia cet entrefilet :

De Paris. Le 19, le roi partit de Saint-Germain et fut coucher à Versailles. Le même jour, la demoiselle de La Fayette, l'une des filles d'honneur de la reine, s'est rendue religieuse dans le monastère des Filles de la Visitation, et a été grandement regrettée du roi, de la reine et de toute la Cour.

La séparation avait été pathétique. Le roi était venu dire adieu à Louise dans la chambre de la reine, et là, devant Anne d'Autriche très émue, il n'avait pu retenir ses larmes.


Après quelques paroles, plus "bégayées que prononcées", il était parti et la favorite avait couru à la fenêtre pour le voir monter en carrosse. Oubliant alors l'étiquette qui interdisait de désigner Sa Majesté par un pronom, elle s'était écriée, dans un sanglo :

- Hélas ! Je ne le verrai donc plus...

Au mois de juin, elle prit le voile et devint l'humble Soeur Angélique.

Dès que Mlle de La Fayette fu sortie du siècle, Richelieu poussa un gros soupir et procéda à quelques petits règlements de comptes : le Père Caussin fut expédié à Rennes, Mme de Senecey dut quitter la Cour et se retirer dans son château de Randans, et l'évêque de Limoges fut obligé de regagner son diocèse...


Louis XIII ne pouvait se consoler du départ de Louise. De temps en temps, il allait, en se cachant du cardinal, jusqu'au couvent de la rue Saint-Antoine et faisait une visite à la petite religieuse. Naturellement, Richelieu l'apprit. Pensant qu'une femme pouvait seule, faire oublier son chagrin au roi, il fit revenir au Louvre Mlle de Hautefort. Mais la gracieuse Marie n'avait plus aucun pouvoir sur le coeur de Louis XIII. Elle s'en aperçut vite. La regardant sans la voir, demeurant muet en sa présence, le souverain semblait dans l'attente continuelle du moment où il pourrait courir rue Saint-Antoine.
Deux fois par semaine, en effet, sous couleur d'aller chasser à Vincennes, il continuait de fréquenter la Visitation.
A chaque visite, la petite Soeur Angélique, qui se croyait une grande pécheresse, lui faisait la morale et le suppliait de se rapprocher d'Anne d'Autriche.


- Il y a vingt-deux ans que vous êtes marié, Sire, et vous n'avez pas encore donné de dauphin à la France.
Louis baissait la tête et parlait d'autre chose. Pour avoir un enfant, il fallait se livrer à des actes qui lui répugnaient vraiment trop ...

Un jour d'août, il arriva à la Visitation plus blême et plus triste que d'habitude
.

- La reine correspond secrètement avec sa famille, dit-il à Louise. M. de Richelieu vient d'intercepter une lettre chiffrée qu'elle encoyait à Mirabel, ambassadeur d'Espagne...

- Le roi d'Espagne est son frère, dit doucement Louise.

- C'est notre ennemi, coupa le roi. La France est en guerre contre lui.


Une extraordinaire affaire commençait pour la plus grande joie de Richelieu qui espérait bien cette fois, faire jeter la reine dans un cachot sous l'inculpation de haute trahison. La Porte, valet de chambre d'Anne d'Autriche, fut conduit à la Bastille. On saisit sur lui une lettre destinée à Mme de Chevreuse, qui, naturellement, était mêlée au nouveau complot (En apprenant l'arrestation de La Porte, Mme de Chevreuse, effrayée, s'habilla en homme et s'enfuit en Espagne.)

Une perquisition eut lieu au couvent du Val-de-Grâce, où la reine avait un appartement. On ne trouva rien, car les religieuses avaient eu la finesse de cacher tous les papiers compromettants.

Richelieu se rendit alors à Saint-Germain pour interroger Anne d'Autriche qui, malade de peur, se voyait déjà arrêtée, répudiée et renvoyée en Espagne.

Le cardinal lui montra la lettre adressée à Mirabel.

- Puis-je me permettre, Majesté, de vous demander des explications au sujet de cette lettre ?


Après tant de manoeuvres sournoise, les deux ennemis se trouvaient enfin face à face. Comme leurs regards durent se croiser avec violence lorsque la reine répondit qu'elle n'avait jamais vu ce papier.
Baissant les yeux, Richelieu sourit :

- Je vous crois, Majesté, mais en toute chose il peut y avoir plusieurs vérités. Et je vous assure que si vous dîtes tout ce que vous savez et jusqu'au fond des choses, le roi vous pardonnera certainement.
D'ailleurs, je serai là pour vous défendre...

Pendant plus d'une heure, sur ce ton fielleux, il tortura la reine, qui finit par s'effondrer. En sanglotant, elle avoua qu'elle était l'auteur de la lettre, mais jura qu'elle n'en avait pas écrit d'autres.

- Vous savez depuis longtemps, quels sentiments j'ai pour vous, dit doucement Richelieu. Je vais maintenant et de tout mon ceour m'employer à vous faire absoudre par le roi.


Anne d'Autriche, elle aussi, joua le jeu :

- Ah ! monsieur le Cardinal, dit-elle, quelle bonté faut-il que vous ayez !

Et elle lui tendi la main. Mais Richelieu la refusa en feignant l'humilité et le respect
...
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MessageSujet: LOUIS XIII   Sam 1 Jan - 18:07

J'ai oublié dans le passage précédent, concernant la période où Richelieu passait ses nuits à falsifier les lettres que s'échangeaient le roi et Louise, qu'à la même époque, le cardinal, non seulement il dirigeait les opérations militaires contre l'Espagne, mais encore il organisait l'Académie française. Cette compagnie doit d'ailleurs on origine d'une femme : Julie d'Angennes, fille de la marquise de Rambouillet.

Cette précieuse, que Richelieu avait courtisée en vain, tenait un salon littéraire très couru. Pour lui retirer les écrivains les plus importants, il "officialisa" le cénacle que dirigeait le poète Conrart
.

Un grand politicien, certes, mais d'une mesquinerie incroyable.
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MessageSujet: LOUIS XIII   Sam 1 Jan - 18:35

Dès qu'il fut remonté dans son carrosse, Anne d'Autriche s'affola. Il fallait absolument que La Porte, qui allait être interrogé à son tour, fit les mêmes réponses qu'elle. Comment lui faire savoir ce qu'elle avait avoué . Elle demanda conseil à Mlle de Hautefort qui était devenue son amie.

- Ecrivez une lettre, lui dit celle-ci. Je me charge de la faire parvenir à La Porte.

Le lendemain matin, déguisée en soubrette, le visage à demi caché par une grande coiffe, la jeune fille se rendit à la Bastille et demanda à voir un de ses amis, le chevalier de Jars, qui purgeait alors une petite peine.

- Je suis la soeur de son valet, dit-elle.

Les gardes, pensant qu'il s'agissait d'une fille de joie comme il en venait souvent à la Bastille, allèrent chercher le chevalier et le laissèrent avec Marie.


Jars fut stupéfait en reconnaissant son amie.

- Vous ? ...

Elle lui fit signe de se taire :

- Voici une lettre de la reine qu'il faut faire passer à La Porte. Sa chambre se trouve deux étages au-dessous de la vôtre ; c'est de la plus haute importance ...

Quelques heures plus tard, le chevalier perçait son plancher, faisait passer la lettre à son voisin du dessous, et celui-ci, par le même moyen, la transmettait à La Porte.


Quand Richelieu arriva, le valet de chambre savait quelles réponses il devait faire. Anne d'Autriche était sauvée.

Ignorant qu'il avait été dupé, le cardinal jugea l'affaire moins intéressante qu'il ne l'avait cru tout d'abord et arrêta les poursuites. Alors la reine promit de ne plus écrire à sa famille et, au début de l'hiver, le roi put annoncer à Louise qu'il avait pardonné.

La petite religieuse fut ravie.

- Réconciliez-vous tout à fait, dit-elle, la France n'a toujours pas de dauphin
.

Elle ne se doutait pas que le roi allait peu-être pouvoir prendre le titre de père grâce à elle.

Voici ce que nous conte à ce sujet le Père Griffet dans son Histoire du règne de Louis XIII :


"Au commencement de décembre, le roi partit de Versailles pour aller coucher à Saint-Maur, et en passant par Paris, il s'arrêta au couvent des Filles Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine pour rendre visite à Mlle de La Fayette. Pendant qu'il s'entretenaient, il survint un orage si affreux qu'il ne lui fut pas possible de retourner à Versailles ni d'aller à Saint-Maur où sa chambre, son lit et les officiers de bouche étaient arrivés. Il attendit que l'orage cessât, mais voyant qu'il augmentait au lieu de diminuer et que la nuit approchait, il parut embarrassé ; son appartement au Louvre n'était point tendu, et il ne savait où se retirer.

Guitaut, capitaine des gardes, qui était dans l'habitude de lui parler avec assez de liberté, lui dit que, la reine demeurant au Louvre, il trouverait chez elle un souper et un logement tout préparé.Il rejeta cette proposition en disant qu'il fallait espérer que le temps changerait.
On attendit encore, et l'orage étant devenu plus violent, Gutaut, l'assura qu'elle se conformerait volontiers à sa manière de vivre.


Le roi prit enfin le parti d'aller chez la reine. Guitaut y courut à toute bride pour avertir cette princesse de l'heure à laquelle le roi voulait souper. Elle donna des ordres pour qu'il fût servi selon ses désirs. Ils soupèrent ensemble.
Le roi passa la nuit avec elle et, neuf mois après, Anne d'Autriche mit au monde un fils dont la naissance inespérée causa une joie universelle dans tout le royaume."


Mais on ne tarda pas à raconter dans Paris que l'orage avait été habilement exploité par la reine qui, d'après les gens bien informés, avait, en effet grand besoin de voir le roi, "pour ce qu'elle venait de commettre une grosse imprudence..."

D'ailleurs, l'insistance de Guitaut, est assez singulière et de nombreux historiens s'en sont étonnés.
"On a l'impression, écrit Jules Perceau, que l'officier avait reçu d'Anne d'Autriche la consigne formelle de ramener le roi coûte que coûte au Louvre. Sans doute ne fallait-il pas laisser échapper une occasion de légitimer le fruit d'un commerce coupable.


Quoi qu'il en fût, la reine eut dès lors une attitude suffisamment étrange pour que tous les racontars parussent justifiés.

"A peine eut-elle fait sa déclaration de grossesse, nous dit Raspail, elle se réfugia dans le Val-de-Grâce, comme dans un fort, à l'abri et des yeux des argus et des soupçons de son maître, qu'elle n'approcha plus."

Ce qui est, évidemment, une curieuse façon de se comporter à l'égard d'un époux avec lequel on vient de se réconcilier
...
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Lun 3 Jan - 16:39

On s'étonne de la chasteté d'une femme car elle n'a qu'un seul amant .. un evêque !! Tsssssss
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epistophélès



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MessageSujet: LOUIS XIII   Mar 4 Jan - 1:38

QUI FUT LE PERE DE LOUIS XIV ?

La paternité n'est - et ne saurait être - qu'un acte de confiance. - Emile de GIRARDIN -

[color=orange]Lorsque le futur Louis XIV naquit à Saint-Germain-en-Laye, le 5 septembre 1638, Louis XIII le considéra un instant de son oeil triste, demeura silencieux et s'en alla après avoir refusé d'embrasser la reine.

Cette étrange attitude scandalisa la Cour, et Anne d'Autriche tomba malade de chagrin.

Pourquoi le roi, dont-on connaissait le désir d'avoir un fils, n'avait-il pas manifesté une plus grande joie en voyant ce bébé qui allait perpétuer la race et sauver la dynastie violet]]

(rhé, rhé ......... là, c'est votre narratrice qui rigole).


La réponse était si simple qu'elle vint naturellement à l'esprit de tout le monde ; si le roi montrait une mine aussi lugubre, c'est qu'il n'était pas le père du nouveau-né ...

De nombreux historiens, de Michelet au docteur Cabanès, ont suivi dans cette voie le bon peuple dont l'intuition est souvent remarquable.

Avant de les imiter, peut-être convient-il de rechercher d'abord si la paternité de Louis XIII ne peut pas être acceptée ; car le fait de manquer de tempérament n'implique pas forcément une impossibilité d'engendrer.
Il faut donc poser nettement la question : le roi était-il impuissant ?
Seul , un de ses familiers peut nous répondre.
Or, nous trouvons dans le dictionnaire de Moreri, cette note sur Henri de Béringhien, premier valet de chambre de Sa Majesté :


"Henri eut, dès ses premières années, part aux bonnes grâces du roi Louis XIII. Ce prince, étant dangereusement malade à Lyon et croyant mourir, confia un secret à Béringhien avec ordre de ne le point révéler qu'après sa mort. Le cardinal de Richelieu, qui eut vent de cette confidence, le poussa à lui dire de quoi il était question ; fidèle à son maître, il se refusa. Le roi revint en santé ; le cardinal prit de l'ascendant et força le roi d'ordonner à Béringhien de se retirer et de ne plus venir à la Cour ni en France..."

On se souvient qu'à Lyon, en septembre 1630, c'est d'un "abcès au bas-ventre" que le roi avait souffert. Ce mal mystérieux, sur lequel on manque de détails, l'avait-il rendu impuissant ? C'est fort possible. Ce serait alors ce secret qu'aurait confié Louis XIII, attéré, à son cher Béringhien...

Il y a plus probant encore. M. Vernadeau, dans son ouvrage Le Médecin de la Reyne,nous apprend qu'à la mort de Louis XIII, les médecins qui autopsièrent son corps découvrirent "qu'il ne pouvait avoir d'enfant"...


Bien entendu, ce détail ne fut pas porté au procès-verbal de l'autopsie, mais fit l'objet d'un rapport secret que le médecin de la reine, Pardoux-Gondinet, laissa en 1679 à son gendre, Marc de la Morelhie.
Celui-ci, stupéfait d'apprendre que Louis XIV ne pouvait être le fils de Louis XIII, eut l'idée curieuse d'aller porter le rapport à La Reynie, lieutenant général de la police.


Le policier courut immédiatement montrer cet étrange papier au roi qui donna l'ordre de mettre Marc de la Morelhie au secret absolu. Jamais plus on n'entendit parler ce cet imprudent jeune homme qui pourrait bien être, selon certains, le Masque de Fer ...

Le problème de la légitimité de Louis XIV n'a pas été seulement étudié par les historiens, il a passionné aussi les savants. Et Raspail, dans un très curieux travail, a tenté de démontrer, en comparant les traits et les particularités physiques et morales de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV, que le Roi-Soleil n'avait absolument rien de son père.
Cette étude du grand savant est fort connue.
Ainsi, croyons-nou intéressant de la publier ici
:

PARALLELES PHYSIOGNOMONIQUES ENTRE LOUIS XIII ET LOUIS XIV

"1° Dans le port, la taille, la physionomie, la coupe de figure et les proportions des lignes du visage de Louis XIII, je retrouve tout le canevas du visage de Henri IV : Louis XIII, c'est Henri IV maladif et étiolé.
"Dans l'ensemble des traits de Louis XIV, je ne retrouve rien de Louis XIII.


"2° Louis XIV tient de sa mère les goûts de cette toilette à falbalas, à dentelles, à gazes, à rubans, à broderies sur satin, à panaches sur le chapeau, goûts qu'Anne d'Autriche avait rapportés d'Espagne, et qui font que ce grand roi, même devenu père et grand-père, nous paraît attifé comme unepetite fille de dix ans que ses parents se plairaient à parer comme un
jésus dans sa châsse.
Ce n'était pas les goûts basques que Louis XIII tenait de Henri IV, goûts empreints d'une simplicité dont la taille du courps faisait la seule élégance : Louis XIII, tout maladif qu'il était, se campait avec une mâle fierté sous sa jaquette de chasse : Louis XIV, empanaché, enrubanné, tout plissé de dentelles, ne posait qu'avec une dédaigneuse vanité.
"Louis XIII était brave et payait de sa personne, comme soldat, donnant tête baissée sur l'ennemi, à la manière de Henri IV. Louis XIV allait en carrosse au spectacle de la bataille, et y conduisait ses maîtresses pour leur montrer , aux premières loges, comment on se tuait selon les règles de l'art
.
"3° Louis XIII volait aux combats ; Louis XIV posait après la plus insignifiante des victoires.
"4° Louis XIII était élancé ; quoique petit de corps, il était bien découplé, ayant peu de hanches et pourtant la taille bien prise. Louis XIV était lourd de formes, grand de taille (Raspail commet une erreur : Louis XIV mesurait 1m62.), ayant les hanches rebondies, les membres charnus.

Je continue demain, je dodeline sur le clavier ......... Wink
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mar 4 Jan - 19:30

[color=darkred]5° Mais c'est la physionomie qui va nous révéler une consanguinité impossible. Placez-vous sous les yeux des deux portraits, l'un de Louis XIII et l'autre de Louis XIV, tous les deux pris d'après nature, alors que l'un et l'autre avaient le même âge ; à aucun âge vous ne parviendrez jamais à saisir le moindre linéament de ressemblance entre le prétendu père et le prétendu fils.
Rien dans la coupe, rien dans l'ovale, rien dans les proportions des traits, rien dans le teint, rien dans la chevelurearkred]], rien dans l'expression.

"Louis XIII, qui ressemble à ses trois soeurs tellement qu'un peintre n'aurait qu'à enlever la moustache et la royale du roi pour pouvoir substituer la tête du roi à celle de l'une quelconque de ces trois princesses, Louis XIII, dis-je, semble appartenir, je ne dirai pas à toute autre famille, mais même à toute autre nation que Louis XIV.

"Par l'ensemble de la figure, Louis XIII est basque ; Louis XIV, au contraire, est parfaitement Italien sous le même rapport (Raspail croit Mazarin père de Louis XIV) . Cela ressortira mieux sous la plume en plaçant en regard, sur deux colonnes, ces signalements respectifs des deux rois."


LOUIS XIII

Visage très allongé et latéralement comprimé.
Front haut comme chez les basques.
Sourcils grandement arqués et sur une ligne horizontale (signe de bienveillance)

Yeux grandement fendus comme chez les natures maladives.

Nez d'une longueur et d'une grosseur qui sont en raison inverse del'intelligence.

Menton très long et fuyant

Lèvre supérieure haute

Lèvre inférieure grosse et peu pendante

Branche antérieure de la mâchoire faisant avec la ligne du menton un angle aigu

Occiput peu développé ; peu de cervelet - absence de virilité -

Sur tous les portraits de Louis XIII, empreinte de bonté allant jusqu'aux dernières limites de la bonhomie.

Louis XIII faible jusqu'à condescendre à être cruel dans l'intérêt de la raison d'Etat.

Louis XIII aimant la France comme un héritage de ses pères, même alors que les factions l'obligeaient à combattre des ennemis dans ses sujets.


LOUIS XIV

Visage ovale, dans le sens latéral autant que d'arrière en avant.

Front étroit.

Sourcils étroits et convergents en dedans (signe de dédain).

Yeux ovales et vifs comme chez les tempéraments sanguins et à volonté ferme.

Nez bien conformé et aquilin comme chez les Italiens.

Menton court et avancé.

Lèvre supérieure brève.

Lèvre inférieure ascendante et bien proportionnée.

Même ligne faisant avec celle du menton un angle presque droit.

Occiput très développé, cervelet volumineux - exubérance de virilité.

Sur tous les traits de Louis XIV, dureté de coeur, dédain de l'espèce humaine, poussés jusqu'aux dernières limites de l'égoïsme et de l'insensibilité.

Louis XIV ne voyant l'Etat qu'en lui-même, ne prenant conseil que de sa volonté.

Louis XIV traitant la France comme un pays conquis et dédaignant les Français autant qu'Anne d'Autriche et que Mazarin même les avaient dédaignés.


Et le docteur Cabanès qui publia l'étude de Raspail, conclut : "Tout le monde est à peu près d'accord sur la bâtardise du grand Roi ; on diffère seulement sur le nom du père putatif."
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mar 4 Jan - 20:10

Avant de partir à la recherche de ce personnage mystérieux, il faut, je crois, répondre à une autre question : Anne d'Autriche était-elle infidèle ?

Nous l'avons vue bien près de succomber à Buckingham (qui fût sans doute parvenu à ses fins s'il ne s'était pas conduit aussi bêtement dans le jardin d'Amiens), nous n'ignorons pas qu'elle était fort coquette avec les gentilshommes de la Cour et nous savons qu'elle avait subi la très mauvaise influence de la galante Mme de Chevreuse : mais lui connaît-on de véritables - et coupables - liaisons ?


Il est bien difficile de prouver un adultère lorsqu'il n'y a pas flagrant délit ; toutefois, il semble, d'après certains témoignages, qu'elle ait été la maîtresse de Gaston d'Orléans, son beau-frère, "avec qui elle avait pris des manières très libres" (On prétendait que le duc d'Orléans auroit eu besoin du même conseil que la duchesse d'Angoulême avoit autrefois donné à François 1er à l'égard de Marie d'Angleterre" - L. PRUDHOMME : Les Crimes des reines de France, 1791 -, de Montmorency, qui fut décapité en 1632, et de quelques autres dont les noms ne nous sont pas parvenus.

Son infidélité nous est, en tout cas, prouvée par le fait qu'en 1631 elle fit une fausse couche, alors qu'elle vivait séparée du roi depuis 1625. Et Jean Guénot nous apprend "que pour éviter le châtiment de ses adultères, elle se vit forcée de recourir maintes fois à l'avortement (Ce qui ne l'empêchait pas, pour donner le change, de faire dire des messes afin que cesse sa stérilité), son apothicaire, Danse, étant un habile praticien.
Donc, elle était infidèle, et le roi impuissante ...
Toutes les conditions se trouvent par conséquent remplies pour que Louis XIV soit un bâtard.
Mais, alors, qui fut le père du Roi-Soleil ?


Le premier qui eut l'honneur d'être soupçonné par le peuple fut Richelieu. On savait que le cardinal était galant homme malgré son état et qu'il avait, au moment de l'affaire La Porte, tenu la reine à se merci. De là à conclure qu'il était entré dans le lit d'Anne d'Autriche, il n'y avait qu'un pas. Les braves gens le franchirent allégrement et des chansons malicieuses coururent Paris sur ce Dauphin véritablement tombé du ciel :

Son père, le roi des Français,
Tous les jours faisait des souhaits
Pour que la reine fût enceinte.
Il priait les Saints et les Saintes
Le cardinal priait aussi
Il a beaucoup mieux réussi ...


Que faut-il penser de cette accusation ? Reportons-nous en décembre 1637, époque de la conception de Louis XIV. L'affaire du Val-de-Grâce est terminée, et la reine qui n'a plus rien à craindre de Richelieu, ne se gêne pas pour montrer qu'elle le déteste et qu'elle ne lui pardonna pas d'avoir voulu la faire arrêter ; elle ne lui adresse plus la parole. Comment admettre alors qu'elle lui ait ouvert son lit ? ...

Six mois plus tôt, les conditions eussent été fort différentes. Six mois plus tôt, c'est-à-dire en juin.
Mais Louis XIV a bien été conçu en décembre 1637, puisqu'il est né en septembre 1638. A moins que cette dernière date ne soit fausse et que le dauphin n'ait vu le jour au mois de mars, comme certains historiens le supposent - ce qui évidemment expliquerait pourquoi il avait deux dents lorsqu'il fut présenté au public le 5 septembre à Saint-Germain-en-Laye. (Il mordait ses nourrices au sang, et il fallut les lui changer plusieurs fois. - Grotius, ambassadeur de Suède : Correspondance.)

Mais nous entrons là en plein roman, car il est impossible que la reine ait pu accoucher sans que personne en sût rien...


D'ailleurs, si Louis XIV était né clandestinement en mars 1638, la position de ceux qui prétendent que Richelieu est le père du grand roi ne s'en trouverait pas renforcée pour autant ; il est en effet, difficile d'admettre que la reine, même désemparée à la pensée qu'on allait l'arrêter, la répudier et la renvoyer en Espagne, se soit laissé violer par cet homme qu'elle haïssait.

Alors, Mazarin ?

Les soupçons qui pèsent sur lui paraissent beaucoup plus sérieux. Lorsqu'il arriva à la Cour, en 1634, Richelieu le présenta à la reine par cette phrase insolente :

- Je crois, Majesté, qu'il vous plaira, car il ressemble à Buckingham.


[color=violet]Anne d'Autriche avait aperçu l'Italien quelques années auapravant à Lyon. Elle le regarda mieux, vit "qu'il avait les qualités les plus charmantes" et fut séduite.
De son côté, Mazarin contempla cette femme dans l'épanouissement de ses trente ans (il en avait vingt-huit) et pensa qu'il pourrait être à la fois utile et agréable de coucher avec elle.

Quand devint-il son amant ? On l'ignore. La plupart des historiens soutiennent que les choses ne se passèrent qu'après la mort de Louis XIII. D'autres affirment que tout était accompli dès 1635. Il est difficile de les départager.[/color

]Naturellement, au moment de la Fronde, le peuple, qui n'est pas à une contradiction près, accusa formellement Mazarin d'être le père de Louis XIV. Et ceux-là mêmes qui chantaient le couplet que nous avons cité plus haut, braillaient sans aucune gêne la chanson suivante :

Où seriez-vous, roi très chrétien,
Sans le secours de Mazarin ?
Dame Anne bien apprise
Pour vous faire par ce canal
Fils aîné de l'Eglise
Vous eut du cardinal
.

Malheureusement, il semble bien que le peuple, cette fois encore, ait commis une erreur ; car même si Mazarin était l'amant de la reine depuis 1635, il existe un empêchement majeur à sa paternité : de 1636 à 1639, il demeura à Rome.
Il était par conséquent hors de cause
.
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MessageSujet: LOUIS XIII   Jeu 6 Jan - 3:24

Si le père de Louis XIV n'est ni Richelieu, ni Mazarin, qui est-ce donc ?

Du vivant même d'Anne d'Autriche, bien des noms furent prononcés : Rantzau, Créqui, Rochefort, Mortemart. Et en 1693, Pierre Marteau, à Cologne, publia un ouvrage intitulé :

Les amours d'Anne d'Autriche, épouse de Louis XIII, avec Monsieur le . D. R., le véritalbe père de Louis XIV, aujourd'hui roi de France.

Un sous-titre précisait : "Où l'on voit comment on s'y prit pour donner un héritier à la couronne, les ressorts qu'on fit jouer pour cela et enfin tout le dénouement de cette comédie".

Dans l'introduction, l'auteur nous dit :


"La froideur reconnue de Louis XIII, la naissance de Louis Dieudonné, ainsi nommé parce qu'il naquit après vingt-trois ans de mariage stérile, sans compter plusieurs autres circonstances, prouvent si clairement et d'une manière si convaincante cette génération empruntée, qu'il faut avoir une effronterie extrême pour prétendre qu'elle soit la production du Prince qui passe pour en être le père. Les fameuses barricades de Paris et la formidable révolte qui se fit contre Louis XIV à son avènement au trône, et qui fut soutenue par des chefs si distingués, publièrent si hautement sa naissance illégitime que tout le monde en parlait. Et comme la raison la confirmait, à peine y avait-il quelqu'un qui eût des doutes et des scrupules là-dessus. Il est vrai que ses dents canines croissant à mesure que croissait l'esclavage de la France, une vérité si hardie et si dangereuse fut un peu moins prônée, et on n'osait la dire qu'à l'oreille et dans le cabinet."

D'après ce curieux ouvrage, le cardinal, fort affligé de voir la France sans dauphin et désespéré à la pensée que son oeuvre politique serait détruite à la mort du roi par Monsieur, héritier présomptif de la couronne, aurait décidé de faire donner un enfant à la reine.

"Il ne s'agissait, nous dit l'auteur, que d'introduire quelque personne charitable, qui suppléât à la défectuosité conjugale du pauvre roi, et d'emprunter des étrangers ce qu'on ne trouvait pas chez soi, expédient dont on ne commence pas aujourd'hui à se servir pour soutenir une famille qui périt."


Alors Richelieu aurait fait venir à la Cour le C. D. R. (Comte de Rivière), jeune seigneur avec qui Anne d'Autriche avait dansé - et un peu flirté - au cours d'un bal donné au Palais-Cardinal (Richelieu s'était fait construire, en 1635, ce palais qui est devenu le Palais-Royal), l'aurait pris sous sa protection l'aurait fait nommer gentilhomme de la chambre de la reine.

A en croire l'auteur, les choses se seraient alors passées assez rapidement. Un soir, le comte de la Rivière aurait rejoint Anne d'Autriche dans sa chambre, se serait jeté sur elle, la tenant "embrassée avec une passion et une ardeur qu'on peut mieux penser que dire, que la raison de la reine fut tellement enchantée et sa résolution tellement vaincue, qu'elle n'eut ni yeux, ni mains, ni souffle pour lui résister.
Pendant que la reine est ainsi trahie, le C. ne trouvant aucune résistance s'en donne à coeur joie et offre à l'amour plusieurs sacrifices...
De sorte que, la passion de la reine s'échauffant à mesure que les embrassements continuaient, elle devint une parfaite bigote en matière de plaisirs, comme elle l'avait été en matière de religion
."

Le jeune seigneur aurait renouvelé bien entendu son exploit, et l'auteur ajoute :

"Cet excessif débordement de de vie continuant, la bienheureuse nouvelle de la grossesse de la reine ne fut pas longtemps à se débiter dans le royaume.
On en fit des feux de joie et des illuminations qui firent retentir la France d'une joie universelle. Louis XIII même en fit rendre des actions de grâces dans tout le royaume."


"Ainsi, conclut l'auteur avec malice, naquit après vingt-trois ans de patience, LouisXIV, fils de Louis XIII par transsubstantiation, à présent roi de France et auquel on a donné avec justice le fameux titre de Louis Dieudonné..."

On manque de détails sur ce comte de Rivière : mais il est certain qu'un officier de la reine portait ce nom, car Mme de Motteville le cite dans ses Mémoires.

Ce jeune seigneur plein d'allant serait-il le père que nous cherchons ? Ce n'est pas impensable ; mais il n'existe, à l'heure actuelle, aucun document qui permette de confirmer ou d'infirmer cette hypothèse.

Reste un personnage que certains historiens proposent sans apporter d'ailleurs de meilleures preuves :


C'est Antoine de Bourbon, bâtard que Henri IV eut en 1607 de Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, et qui fut légitimé en 1608.

Antoine de Bourbon connut le destin du colonel Chabert. Laissé pour mort à la bataille de Castelnaudary en 1632, il survécut à ses blessures et se fit ermite pour échapper à Louis XIII, son demi-frère, qui voulait le faire tuer. Après avoir vécu quelque temps en Italie, il vint se fixer en Anjou, à l'ermitage des Gardelles, près d'un domaine appartenant à Mme de Chevreuse.
C'est là qu'il mourut, en 1671, après avoir été l'objet de la curiosité populaire à cause de son extraordinaire ressemblance avec Henri IV...


Mme de Chevreuse le reçut-elle en 1637, à Paris, dans son hjôtel qui n'était séparé du Louvre que par des jardins ? Rencontra-t-il la reine ?

On le dit. Certains même le soutiennent ; pourtant rien ne permet de l'affirmer, et c'est dommage, car cette hypothèse particulièrement séduisante ferait de Louis XIV - malgré l'infidélité de la reine - un vrai Bourbon, petit-fils de Henri IV.


Mais ce n'est probablement qu'une belle légende.
En fait, on ne sait pas de qui Louis le Grand est le fils. Il s'agit d'un roi né de père inconnu...


(Selon M. André Ducasse, qui s'appuie sur les travaux de l'histoire Labarre de Raillicourt, le père de Louis XIV serait le duc de Beaufort, ce frondeur impénitent que le peuple avait surnommé "le roi de la Halle".
En 1674, pour préserver sa légitimité et mettre sa mère à l'abri des médisances, le jeune souverain aurait fait conduire le duc - disparu mystérieusement lors du siège de Candie - à la forteresse de Pignerol, le visage couvert d'un masque de velours...
Ce masque de velours dont Voltaire, on le sait, fit un masque de fer
...)
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MessageSujet: LOUIS XIII   Dim 9 Jan - 20:40

POUR PERMETTRE LA CONQUÊTE DE L'ARTOIS, RICHELIEU DEVIENT L'AMANT DE MARION DE LORME


L'existence tout entière du cardinal de Richelieu a été dominée par la femme - Maximin DELOCHE -

Après la naissance du dauphin, Louis XIII cessa peu à peu de rendre visite à Mlle de La Fayette et reprit de l'intérêt pour Marie de Hautefort.
Pendant quelque temps, on vit de nouveau les deux amoureux se promener dans le parc de Saint-Germain-en-Laye ou dans les bois de Versailles. Malheureusement, la jeune fille, qu'une virginité prolongée rendait un peu acariâtre, "harpignait" parfois désagréablement le roi.


Ces scènes bouleversaient Louis XIII, et la Cour en subissait naturellement les conséquences.
"C'était, nous dit Mlle de Montpensier dans ses Mémoires, une mélancolie qui refroidissait tout le monde, et, pendant ce chagrin, le roi passait la plus grande partie du jour à écrire ce qu'il avait dit à Mlle de Hautefort et ce qu'elle lui avait répondu : chose si véritable que, après sa mort, on a trouvé dans sa cassette de grands procès-verbaux de tous les démêlés qu'il avait eus avec ses maîtresses, à la louange desquelles on peut dire, aussi bien qu'à la sienne, qu'il n'en a jamais aimé que de très vertueuses."


Le roi ne se contentait pas d'écrire cet étrange journal, il envoyait des lettres amères au cardinal.
En voici une qui et intéressante à plus d'un titre, car Louis XIII s'y montre tout entier, avec sa mélancolie, son besoin d'affection, son désir de solitude et sa tendresse feinte pour Richelieu :


De Saint-Germain, ce 5 février 1639.

J'envoie ce gentilhomme exprès pour savoir de vos nouvelles, étant en peine que la journée de hier ne vous ait fait mal.
La créature (c'est ainsi que le roi appelait Mlle de Hautefort quant il étiat fâché. Lorsqu'elle avait été gentille avec lui, il l'appelait "l'inclination"...) est en mauvaise humeur. On ne sait comme on se doit gouverner avec elle, trouvant mauvais tout ce qu'on fait pensant lui plaire. Pour moi, j'y perds mon latin.
Si cela dure encore qujourd'hui, je m'en irai demain à Versailles chercher du repos. J'eus hier, toute la soîrée, un grand mal de tête. J'ai pris ce matin quelque remède qui ne m'a pas fait grand-chose
Si le temps se fait beau, j'irai courre le cerf pour me divertir.
Je vous recommande d'avoir soin de votre santé
.

Mais le roi était un inquiet. Un jour, il fut pris de scrupules et se demanda si Mlle de Hautefort n'avait pas raison de lui faire des reproches. Devant son valet de chambre, La Chesnay, qui l'espionnait pour le compte de Richelieu, il s'écria :

- Je suis en impatience de la voir. Je l'aime plus que tout le reste du monde ensemble. Je me veux mettre à genoux pour lui demander pardon.


De tels excès déplurent au cardinal qui craignit un scandale déplorable pour le prestige royal. Et, pour soustraire définitivement le roi aux tracasseries des femmes, il décida de remplacer la favorite par un favori...

Le jeune homme qu'il choisit pour tenir cet emploi difficile était un beau blond de dix-sept ans au regard un peu canaille et à la bouche gourmande, qui se nommait Cinq-Mars. Louis XIII le trouva sympathique et en fit immédiatement son compagnon de tous les instants. Bientôt, cette amitié tourna à la passion, et le roi nomma son jeune favori maître de la garde-robe, puis Grand Ecuyer de France... Enfin, il annonça à Mlle de Hautefort qu'il ne voulait plus la voir à la Cour.

- Pourquoi ? demanda la jeune fille.
- Parce que j'ai donné mon coeur à M. Cinq-Mars.


Marie, un peu stupéfaite - on le serait à moins - se retira au Mans, chez sa grand-mère. ( En 1646, elle épousa le maréchal de Schomberg, avec lequel elle vécut heureuse. Elle mourut à soixante-quinze ans, en 1691.)
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MessageSujet: LOUIS XIII   Dim 9 Jan - 23:50

Pendant des mois, Cinq-Mars fut l'objet d'un véritable amour de la part de Louis XIII, et Chavigny put écrire un jour à Mazarin : Jamais le roi n'a eu passion plus violent pour personne."

Faut-il en conclure que ce souverain peu attiré par les femmes venait de se découvrir des goûts d'homosexuel ?

Non. Louis XIII aimait Cinq-Mars aussi chastement qu'il avait aimé Louise de La Fayette Marie de Heutefort.
Pourtant, des observateurs superficiels auraient pu s'y méprendre, les deux hommes ayant bien souvent l'apparence d'un couple d'amants.
Ils se promenaient bras dessus, bras dessous, lisaient à deux le même livre, faisaient des confitures ensemble, puis, bursquement, se disputaient, se brouillaient et ne se parlaient plus pendant trois jours. Il fallait alors que le cardinal, qui s'était pourtant cru débarrassé de ce genre de corvée, vînt les réconcilier.

Dans ces moments-là, le roi et Cinq-Mars agissaient comme des enfants : ils signaient un papier certifiant qu'ils n'étaient plus fâchés ...

En voici un exemple :
Le 26 novembre 1639, Louis XIII écrivait au cardinal :

Vous verrez, par le certificat que je vous envoie, en quel état est le raccommodement que vous fîtes hier ; quand vous vous mêlez d'une affaire, elle ne peut mal aller. Je vous donne le bonjour.
Louis.
L'extravagant certificat était joint :

Nous, ci-dessous désignés, certifions à qui il appartiendra être très contents et satisfaits l'un de l'autre, et n'avoir jamais été en si parfaite intelligence que nous sommes à présent. En foi de quoi, nous avons signé le présent certificat. Fait à Saint-Germain, ce 26 novembre 1639.

Louis
et par mon commandement
.

EFFIAT DE CINQ-MARS.
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MessageSujet: LOUIS XIII   Dim 9 Jan - 23:51

Pendant des mois, Cinq-Mars fut l'objet d'un véritable amour de la part de Louis XIII, et Chavigny put écrire un jour à Mazarin : Jamais le roi n'a eu passion plus violent pour personne."

Faut-il en conclure que ce souverain peu attiré par les femmes venait de se découvrir des goûts d'homosexuel ?

Non. Louis XIII aimait Cinq-Mars aussi chastement qu'il avait aimé Louise de La Fayette Marie de Heutefort.
Pourtant, des observateurs superficiels auraient pu s'y méprendre, les deux hommes ayant bien souvent l'apparence d'un couple d'amants.
Ils se promenaient bras dessus, bras dessous, lisaient à deux le même livre, faisaient des confitures ensemble, puis, bursquement, se disputaient, se brouillaient et ne se parlaient plus pendant trois jours. Il fallait alors que le cardinal, qui s'était pourtant cru débarrassé de ce genre de corvée, vînt les réconcilier.

Dans ces moments-là, le roi et Cinq-Mars agissaient comme des enfants : ils signaient un papier certifiant qu'ils n'étaient plus fâchés ...

En voici un exemple :
Le 26 novembre 1639, Louis XIII écrivait au cardinal :

Vous verrez, par le certificat que je vous envoie, en quel état est le raccommodement que vous fîtes hier ; quand vous vous mêlez d'une affaire, elle ne peut mal aller. Je vous donne le bonjour.
Louis.
L'extravagant certificat était joint :

Nous, ci-dessous désignés, certifions à qui il appartiendra être très contents et satisfaits l'un de l'autre, et n'avoir jamais été en si parfaite intelligence que nous sommes à présent. En foi de quoi, nous avons signé le présent certificat. Fait à Saint-Germain, ce 26 novembre 1639.

Louis
et par mon commandement
.

EFFIAT DE CINQ-MARS.
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MessageSujet: LOUIS XIII   Lun 10 Jan - 12:00

Excusez-moi pour n'avoir pas mis de gros caractères ni de couleurs dans les deux derniers textes, mais j'avais un couac, et j'ai préféré envoyer tel quel avant que ça ne disparaisse. ....... Wink
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mar 11 Jan - 18:43

Cette femme était la plus grande courtisane du temps : elle s'appelait Marion de Lorme.

Lorsque tout le monde dormait à Saint-Germain-en-Laye, Cinq Mars se glissait sans bruit jusqu'aux écuries, enfourchait un cheval et partait au grand galop la retrouver à Paris. "Il faisoit souvent tout seul ces petites courses inconu, nous dit Montglat, de peur que le roi ne le sçût ; et ainsi il n'avoit point d'heure pour dormir, parce qu'il falloit qu'il fût tout le jours près de lui. Et ce travail, joint à celui que lui causait toutes les nuits la demoiselle, l'avoit affaibli en un tel point qu'il en étoit en mauvaise humeur : ce qui faisoit croire au roi qu'il s'ennuyoit avec lui, et celà renouveloit leur querelle, dont le cardinal étoit toujours médiateur.

Mais, un jour, Louis XIII apprit que son favori avait une maîtresse. Il faillit en tomber malade.

Richelieu, aussitôt alerté, fut atterré. La liaison féminine de Cinq-Mars risquait d'avoir, en effet, de lamentables conséquences sur la politique. Depuis quelques mois, le roi avait entrepris la conquête de l'Artois (possession espagnole) et dirigeait lui-même les opérations. Déjà il s'était emparé de Hesdin, de Mézières, d'Ivoy, de Saint-Quentin. Mais Arras, capitale de la province, résistait encore et de durs combats étaient en cours. Le cardinal, qui connaissait la sensibilité et la jalousie de Louis XIII, comprit que l'on pouvait craindre un désastre militaire si Cinq-Mars ne rompait
pas avec la courtisane. Il fit venir Marion de Lorme chez lui, et, comme il n'y avait pas d'autre moyen de la détacher du favori, il se dévoua pour le bien de l'Etat et devint son amant.
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