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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO

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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 10 Déc - 19:56

POUR REVOIR CHARLOTTE DE MONTMORENCY, HENRI IV VEUT DECLARER LA GUERRE A L'ESPAGNE;

L'amour est une passion entrepreneuse de grandes choses - MONTAIGNE -

"Depuis son divorce, Margot, entretenait avec le roi une correspondance amicale et presque affectueuse.
Il lui écrivait :

Je veux avoir plus de soin de tout ce qi vous concerne que jamais, et vous faire voir en toutes occasions que je ne veux pas être dorénavant votre frère seulement de nom, mais aussi d'affects...

Se souvenait-il alors qu'il avait pensé, jadis, à lui faire "sauter un mauvais pas" ?

Et elle qui avait, vingt ans auparavant, mobilisé à Agen toute une armée contre lui, répondait :


Votre Majesté, à l'imitation des dieux, ne se contente pas de consoler ses créatures de biens et faveurs, mais daigne encore les regarder et consoler en leur affliction...


Après trente ans de combats, libres enfin de se détester, ils s'élançaient l'un vers l'autre avec une grande tendresse et s'inquiétaient soudain de leurs bonheurs respectifis. Il lui faisait remettre une importante pension, payait ses dettes, voulait qu'on la respectât, tandis qu'elle souhaitait, sans arrière-pensée, qu'il fût heureux avec Marie de Médicis, sa remplaçante.

Elle lui avait encoyé des voeux lorsqu'il s'était remarié et une délicieuse lettre de félicitations quand le dauphin était né ...

Tous les anciens griefs étaient oubliés.


Pourtant elle n'osait pas demander la permission de quitter Usson, où elle était prisonnière depuis dix-neuf ans...

Elle attendait une occasion favorable. Cette occasion, le procès d'Entragues, dont elle avait suivi les péripéties avec un intérêt fiévreux, allait la lui fournir ; elle le devina dès le premier jour en apprenant que le comte d'Auvergne était compromis. Aussi demanda-t-elle qu'on la tînt soigneusement au courant des progrès de l'enquête ; et quand elle sut que le bâtard de Charles IX était convaincu de trahison, toute frémissante, elle écrivit au roi.


Elle lui rappela tout d'abord que Catherine de Médicis, sous la pression de Henri III, l'avait déshéritée au profit de son "mauvais neveu" (c'est ainsi qu'on appelait le comte d'Auvergne, bâtard de Charles IX), et lui démontra qu'il serait déplorable pour la sûreté du royaume que les terres, châteaux, domaines et places fortes du comte félon en Auvergne passassent aux mains de ses complices ou des Espagnols.

Il me faudrait, ajoutait-elle, aller d'urgence à Paris faire un procès à ce "mal conseillé garçon", afin de rentrer en possession de mes biens. Après quoi, je me ferai honneur de les remettre à Votre Majesté et au dauphin
..."

Dès que cette lettre fut partie, Margot s'aperçut qu'elle n'aurait jamais la patience d'attendre une réponse du roi. Elle fit précipitamment ses malles, grimpa dans un carrosse et pris la route de Paris avec l'intention de mettre Henri IV devant le fait accompli ; or, elle n'avait pas atteint Bourges, que son équipée était déjà connue à la Cour ...

Sully vint à sa rencontre. Lorsqu'elle le vit, à Cercottes, le 14 juillet 1605, elle trembla, croyant qu'on allait l'arrêter ; mais le ministre s'agenouilla :

- Madame, Sa Majesté m'a chargé de vous dire qu'elle vous attend et que toute la Cour s'apprête à vous recevoir...


Bouleversée, émue aux larmes, Margot bredouilla quelques paroles, remonta en carrosse et poursuivit son voyage vers Paris. A Etampes, des gentilshommes vinrent la saluer de la part du roi et de la reine : et le 18 juillet 1605, dans la soirée, elle arriva au château de Madrid, à Boulogne, où elle avait décidé de s'installer.

Une désagréable surprise l'y attendait.
A sa descente de carrosse, elle vit un grand officier s'incliner devant elle. Flattée, elle lui tendit la main, le releva et blêmit. Cet homme que le roi avait jugé spirituel d'envoyer pour l'accueillir était Harlay de Champvallon, son ancien amant et son seul grand amour....


Il y eut un silence gêné et, pendant quelques instants, les gens de l'escorte se poussèrent du coude en considérant le visage décomposé de Marguerite.
Puis un enfant s'approcha respectueusement et fit une révérence.

- Qui est ce gracieux seigneur ? demanda Margot, ravie de cette diversion.

On lui apprit que c'était le jeune duc de Vendôme, fils que roi avait eu de Gabrielle d'Estrées ...

Jugeant prudent de ne plus poser de question, elle entra dans sa nouvelle demeure.
"
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 10 Déc - 20:36

"Le 26 juillet, Henri IV vint la visiter. Sans doute eut-il quelque paine à la reconnaître, car l'adorable Margot au corps svelte et flexible était devenue une énorme dame.
Tallemant des Réaux nous la décrit ainsi :

"Elle était horriblement grosse. Il y avait des portes où elle ne pouvait passer. Elle était coiffée de cheveux blonds, d'un blond de filasse blanchie sur l'herbe ; elle avait été chauve de bonne heure. Pour cela, elle avait de grands valets de pied blonds que l'on tondait de temps en temps." Et il ajoute : "Elle avait toujours de ces cheveux-là dans sa poche, de peur d'en manquer..."

Le roi lui baisa les mains, l'appela "ma soeur", et demeura trois heures près d'elle.


Le lendemain, Marguerite alla saluer Marie de Médicis. En traversant Paris, elle fut acclamée par le peuple qui était bien content de la revoir. Pourtant son nouvel aspect surprit. Les vieux la trouvaient changée et hochaient la tête ; quant aux jeunes, qui avaient entendu sur Margot tant d'histoires galantes, ils considéraient avec étonnement cette énorme quinquagénaire "dont les gros seins parfois s'échappaient du décolleté" à la faveur d'un cahot...

Au Louvre, le roi la reçut avec cérémonie et gourmanda Marie de Médicis qui ne s'était pas avancée au-delà du grand escalier.

- Ma soeur, dit-il à Marguerite, mon affection n'a jamais été séparée de vous. Vous êtes maintenant dans cette maison où vous avez toute puissance comme en toutes les autres où la mienne s'étend.


Elle demeura au palais pendant plusieurs jours et chacun lui fit fête, sauf, bien entendu la marquise de Verneuil qui, toujours venimeuse, dit en souriant à Henri IV :

- Dieu fit un aussi grand miracle en vous, quand il vous tira du ventre de la reine Marguerite, que lorsqu'il retira Jonas du ventre de la baleine !

Ce qui était drôle, sans doute, mais d'un assez mauvais goût.


Enfin on présenta le dauphin à la bonne reine Margot.

- Soyez la bienvenue, maman-fille, lui dit-il (c'est Marie de Médicis qui avait eu l'idée de cette curieuse appellation).

La reine, qui avait jadis abandonné les enfants qu'elle s'était fait faire par Champvallon et par le jeune Aubiac, pensa qu'elle avait été privée de bien des joies et versa une larme.

Le lendemain elle apporta un jouet au dauphin, un jouet singulier d'ailleurs pour un enfant de quatre ans, puisqu'il s'agissait d'un petit Cupidon qui, nous dit un chroniqueur
"pouvait, au moyen de fils, agiter ses ailes et sa virilité"
...

A la fin du mois d'août, Marguerite quitta le château de Madrid et vint s'installer à l'hôtel de Sens, rue du Figuier, au coin de la rue de la Mortellerie (actuellement la rue de l'Hôtel de Ville).
Cette maison appartenait à l'archevêque Renaud de Beaune ; ce qui inspira à un passant le quatrain suivant, que la reine eut la désagréable surprise de trouver un matin, écrit sur sa porte
:

Comme reine tu devrais être
Dedans ta royale maison ;
Comme putain c'est bien raison
Que tu loges au logis d'un prêtre.

Poème qui n'était gentil pour personne.

Au bout de quelques jours, le bruit courut Paris qu'un jeune homme vivait avec la reine Margot.
C'était vrai. Après s'être contrainte pendant six semaine à une dure chasteté pour ne point effaroucher la Cour, elle avait fait venir d'Usson un petit valet de vingt ans, nommé Déat de Saint-Julien.

"A sont arrivée, nous dit l'auteur du Divorce satyrique, pour lui faire payer la chôme, ils demeuraient souvent ensemble, enfermés dans un cabinet, des sept et huit jours entiers, avec leurs habits de nuit, sans se laisser voir qu'à Mme de Châtillon, qui cependant rongeait son frein à leur porte et aidait seule à tenir secret ce que tout le monde savait assez."

Margot adorait ce jouvenceau qui, peu regardant comme bien des jeunes gens, "soulait de caresses sa chair vieillissant" et y prenait plaisir.

Hélas ! un autre page, Vermont, âgé de dix-huit ans, lorgnait les appas débordants et usés de la quinquagénaire.
Un jour d'avril 1606, la jalousie le poussa au meurtre.
Alors que la reine revenait de la messe en carrosse avec Saint-Julien, il bondit, un pistolet à la main, et tua le favori à bout portant.


Marguerite, couverte du sang de son amant, crut devenir folle. Quand on lui amena l'assassin, qui avait été arrêté sur-le-champ, elle entra dans une grande agitation, retroussa ses jupes, prit ses jarretières et les tendit aux gent du guet :

- Tuez-le ! cria-t-elle. Voici mes jarretières. Etranglez-le ! (Rapporté par Agrippa d'Aubigné)
Devant un tel accès de fureur, Vermont restait très calme.

- Tournez-le, dit-il aux gardes, que je voie s'il est mort.

Complaisant, les fonctionnaires obéirent.

- Ah! que je suis content, cria-t-il. S'il n'était pas mort, je l'achèverais.


"Outrée de colère", la reine rentra chez elle en disant "qu'elle ne voulait boire ni manger qu'elle n'eût vu mourir l'assassin de son favori" et, sans attendre, elle écrivit au roi pour réclamer une justice expéditive.
Le surlendemain, on installa un échafaut pour exécuter Vermont sur les lieux mêmes de son crime.

Marguerite se mit à sa fenêtre, impatiente de voir la hache s'abattre sur le cou du jeune homme. Mais elle était un peu énervée et une syncope vint gâcher son plaisir. Elle rata le plus intéressant.

Deux jours plus tard, ne pouvant plus vivre à l'hôtel de Sens qui lui rappelait rtrop son cher Saint-Julien, elle partit s'installer sur les hauteurs d'Issy, dans un vaste domaine où elle organisa bientôt d'extraordianaires fêtes galantes.
Pour oublier le défunt...
"
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 11 Déc - 17:11

"A la fin de l'automne, lorsque le parc jauni commença d'être trop venté pour que "les dames pussent s'y faire trousser et mettre les fesses à l'aire", la reine Margot rentra à Paris.
Elle s'installa dans un domaine qu'elle venait d'acquérir sur la rive gauche, le long de la rue de Seine, juste derrière l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
De ses fenêtres, elle pouvait voir le Louvre, ce qui inspira le couplet suivant à un poète anonyme - et méchant
:

N'étant plus Vénus qu'en luxure,
Ni reine non plus qu'en peinture
Et ne pouvant, à son avis,
Loger au Louvre comme reine,
Comme putain, au bord de Seine,
Elle se loge vis-à-vis.


Ces petits vers d'un esprit médiocre amusèrent énormément le roi. Aussi prit-il l'habitude de dire à ses courtisans, après chacune de ses visites à Marguerite :

- Je reviens de mon bordeau !

Ce qui faisait "rire à l'environ".

Il faut avouer que dans sa nouvelle maison la reine Margot ne se tenait pas mieux qu'à Issy ... Elle avait pris pour amant un cadet de Gascogne, nommé Bajaumont, que des amis bien attentionnés lui avaient envoyé d'Agen, et passait son temps à lui demander de "faire la culbute", comme on disait alors.


Mais si cet amant avait une force et une vigueur qui lui permettaient de faire crier grâce Marguerite, il était en revanche inculte et bête. Aussi, essayait-elle de l'instruire, s'efforçant même de lui apprendre le beau langage. Hélas ! le pauvre demeurait grossier et se montrait totalement bouché aux préciosités qui commençaient d'être à la mode (Le salon de la reine Margot, où fréquentaient poètes et écrivains, peut être considéré comme l'ancêtre de l'Hôtel de Rambouillet :on commençait à y perler "phébus", langage raffiné, obscur et prétentieux, qui allait faire les délices des précieuses.)

Gênée, elle tint alors à faire voir à ses amis que l'amour ne la rendait point aveugle et que Bajaumont, s'il ne brillait pas par l'esprit, avait du moins d'autres qualités, et elle écrivit une espèce de petite comédie fort curieuse, intitulée clairement : La Ruelle mal assortie, ou Dialogue d'amour entre Marguerite de Valois et sa Bête de Somme...
En voici un extrait :


"Approchez-vous donc, mon Pelou, mon mignon, car vous êtes mieux près que de loin. Et, puisque vous êtes plus propre à satisfaire au goût qu'à l'ouïe, recherchons, d'entre un nombre infini de baisers diversifiés, lequel est le plus savoureux pour le continuer. Oh ! qu'ils sont doux maintenant et tous assaisonnés pour mon goût. Cela me ravit, , car il n'y a sur moi petite partie qui n'y participe et où ne furette et n'arrive quelque étincelle de volupté. Mais il faut en mourir, j'en suis tout émue, et j'en rougis jusque dans les cheveux. Oh ! vous excédez votre commission et quelqu'un vous paercevra de cette porte. Eh bien, vous voilà enfin dans votre élément où vous paraissez mieux qu'en chaire. Ah ! j'en suis hors d'halaine et je ne m'en puis revenir ; il me faut, n'en déplaise à la parole, à la fin avouer que, pour si beau que soit le discours, cet ébattement le surpasse, et peut-on bien dire sans se tromper : "Rien de si doux, s'il n'était si court
."

La vie entre ces deux amants si mal assortis était naturellement assez difficile. Dès qu'il se trouvaient hors d'un lit, ils se disputaient, et la reine Margot, qqui était devenue d'une jalousie féroce, empêchait son "galant" de sortir seul. Parfois même, elle le battait. Peu intelleigent, mais rusé, Bajaumont faisait alors mine d'avoir été blessé, et se mettait au lit, où la reine courait le rejoindre...

On comprend que le confesseur de Margot, le futur Saint Vincent de Paul, ne se soit pas plu dans cette atmosphère. Il s'en alla, un jour, écoeuré, préférant aller vivre avec les galériens....


Pendant ce temps, Henri IV menait une existence extrêmement compliquée entre la reine, la duchesse de Moret, dont il était toujours amoureux, et la marquise de Verneuil, qu'il soupçonnait d'infidélité.

C'est à cette époque qu'il obligea celle-ci, dit-on, à porter, pendant ses absences, une ceinture de chasteté.


Ce curieux instrument (que le moyen âge n'avait pas connu) venait, en effet, de faire son apparition en France (Car il faut en finir avec la légende du Croisé qui offrait cet embarrassant cadeau à son épouse avant de partir pour la Terre Sainte.
Les deux ceintures de chasteté exposées qu Musée de Cluny sont postérieures à la Renaissance.
Voici ce que nous en dit Edmond Haraucourt :
"L'une date du XVIIè siècle et elle est allemande, comme l'indique le style de sa décoration : l'autre, qui fut offerte aux collections de l'Etat par Prosper Mérimée avec d'autres objets rapportés d'Espagne, est peut-être espagnole et vraisemblablement récente."
Inventé à Venise, il avait été exposé et mis en vente par un "quainquailleur" à la foire de Saint-Germain. Il s'agissait, nous dit Sauval, "d'un petit engin pour brider la nature des femmes qui était fait de fer et ceinturait comme une ceinture et venait à prendre par le bas et se fermer à clef ; si subtilement fait qu'il n'était pas possible que la femme, en étant bridée une fois, s'en pût jamais prévaloir pour ce doux plaisir, n'ayant que quelques petits trous menus pour servir à pisser".


Les maris avaient quelques raisons de faire porter cet instrument barbare à leurs épouses, car les femmes étaient alors véritablement "possédées par un démon de luxure qui les poussait, nous dit-on, à commettre mille extravagances propres à faire naître de coupables désirs à leur endroit".

C'est ainsi qu'elles se promenaitent dans des robes aux décolletés audacieux qui laissaient voir leur poitrine entièrement nue...

Le menu peuple recanait en considérant ces grandes dames qui allaient dans les rues le tétin à l'air, et deux quatrains ironiques circulèrent bientôt dans Paris. Le premier était allusif :


A vostre advis celle qui va
La gorge toute descouverte,
Fait-elle pas signe par là
Qu'elle voudroit estre couverte ?


Le second est plus direct :

Madame, cachez vostre sein,
Avec ce beau tétin de rose,
Car si quelqu'un y met la main
Il y voudra mettre autre chose.
"

(Hi, hi, j'adore ces deux quatrains) Razz
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 11 Déc - 18:14

"Si le peuple riait, le clergé, naturellement fulminait contre ces "nudités de gorge" qui excitaient en tous lieux, même dans les églises, la concupiscence des amateurs.
Et les prédicateurs, en chaire, apostrophaient violemment les élégantes qui se montraient "sous les livrées de l'impudicité".

Le cordelier Maillard leur tint, un dimanche, ce curieux langage :


"Enfants du diable ! femmes maudites de Dieu, qui venez dans le lieu saint pour étaler vos impudiques mamelles, vous serez damnées et pendues par vos infâmes tétons."

Un autre, plus léger, leur recommandait d'avoir toujours sur leur gorge un fichu de toile de Hollande, et de repousser les mains téméraires des amants qui tenteraient de l'enlever, car, ajoutait-il,

"quand la Hollande est prise, adieu les Pays-Bas" ..........
Razz

Mais tous les prédicateurs n'avaient pas autant d'éloquence, et l'on cite le cas d'un ecclésiastique qui, s'adressant aux hommes de sa paroisse, s'écria naïvement :

"Quand vous voyez ces tétons rebondis et qui se montrent avec tant d'impudence, mes frères, mes très chers frères, bandez les yeux."

La fin de la phrase déclencha un tel fou rire dans l'église qu'il dut quitter la chaire sans pouvoir terminer son sermon.


Bien entendu, les anathèmes du clergé restèrent sans effet et les dames de Paris - bientôt imitées par celles de province - continuèrent d'exposer sans modestie ces appas qu'un prêtre avait joliment nommés :

"les deux cataractes de la nature enfantine altérée"

Certaines poussèrent l'extravagance jusqu'à se passer le bout des seins au rouge vif ; mode qui donna l'idée à d'autres femmes de se farder en un endroit plus original encore...

La mode des robes échancrées jusqu'au nombril allait être à l'origine d'un nouvel engouement royal.


Un soir de mars 1607, au cours d'une fête, Henri IV remarqua une jeune personne extrêmement gracieuse "qui montrait de jolis tétins bien rebondis et ornés de deux framboises". Elle s'appelait Charlotte des Essarts. Le roi, qui avait justement quelques loisirs (Mme de Moret était enceinte (elle accoucha d'un garçon, Antoine de Bourbon, comte de Moret, qui fut légitimé en 1608), s'amouracha d'elle et lui fit une cour si pressante que le lendemain soir, nous dit un chroniqueur, "il lui lutinait le Sénégal (La nature de la femme : "ainsi nommée au XVIè siècle, nous dit Lenient, parce que le thermomètre qu'on y pong monte généralement au degré désigné par le mot Sénégal."

En dédommagement, le Trésor lui versa une importante pension...


Pendant quelques mois, Mlle des Essarts eut droit à tous les égards et put croire qu'elle allait devenir troisième favorite en titre ; mais lorsqu'elle fut enceinte à son tour, Henri IV, agacé, pria Sully de le "descharger au plus tost de cette femme".

- Comment ? demanda le ministre, un peu embarrassé.

- Attendez la naissance de l'enfant, répondit le roi, et faîtes-les entrer tous deux en religion. C'est une sûre retraite.

Une fille naquit qu'on baptisa Jeanne-Baptista de Bourbon et qu'on mit rapidement dans un couvent de Chelles (elle devint en 1637, abbesse de Fontevrault.), tandis que Charlotte était conduite à l'abbaye de Beaumont (elle n'y resta pas longtemps car, en 1610, elle devenait la maîtresse de Louis de Lorraine, cardinal de Guise et archevêque de Reims, dont Dreux du Radier nous dit :"qu'il n'était pas fort scrupuleux sur les décences de son état."


Alors le roi, qui avait fait de la Cour un très mauvais lieu, suivant l'expression de l'ambassadeur de Florence (ce diplomate écrit vertement :

"In verita, veddesi ma bordello piu simile a questi di questo corte ?"),

enrichit son harem en devenant l'amant de la sémillante Charlotte de Fonlebon, demoiselle d'honneur de la reine.

Cette jeune personne était encore en fonction dans le lit royal lorsqu'en janvier 1609 Henri IV fut invité avec Marie de Médicis à une fête donnée par la reine Margot. Il suivait ce que nous appellerions maintenant les "attractions" avec un intérêt moyen, quand parut soudain au milieu d'un ballet une jeune chanteuse aux cheveux dorés. Elle s'appelait la petite Paulet et avait un éclat éblouissant (Tallemant des Réaux nous dit : "qu'elle chantait si bien qu'on trouva deux rossignols crevés sur le bord d'une fontaine où elle avait chanté tout un soir..." morts de dépit sans doute.)


Voici ce que nous en dit Pierre de l'Estoile :

"Cette petite chair blanche, polie et délicate, couverte d'un simple crêpe fort délié, au travers duquel paraissaient les linéaments d'une partie secrète encore plus déliée, mettait en goût et appétit plusieurs personnes."

L'appétit du roi fut l'un des plus vifs, on s'en doute.
Er Tallemant des Réaux ajoute tout crûment

"qu'il eut envie de coucher avec la belle chanteuse pour la faire chanter sous l'homme". Ajoutant d'ailleurs : "Tout le monde tombe d'accord qu'il en passa son envie.."

Le roi eut ainsi cinq femmes à satisfaire. Il sut se montrer à la hauteur de la tâche : mais se vit contraint de délaisser quelque peu les affaires de l'Etat.

"Il passait son temps, nous dit-on, à courir d'un lit à un autre avec une fougue d'adolescent. Rien ne comptait plus pour lui que ce qui se tâte..."

Au milieu de ce carrousel galant, il conservait cependant un amour tendre et sincère pour la marquise de Verneuil. Lorsqu'il présidait, par hasar son Conseil, on le voyait parfois griffonner fiévreusement un billet ; ce n'était pas une note sur les événements politique, mais une lettre enflammée destinée à Henriette. "Je meurs d'envie de vous voir ... Bonsoir, mon âme, je te baise les tétons un million de fois..."
Et l'austère Sully maugréait contre ces mamelles qui ne valeint pas à ses yeux le Labourage et le Pâturage
..."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 11 Déc - 20:48

"Le roi menait cette vie agitée lorsque la reine Marie de Médicis fit répéter, pour les fêtes du Carnaval, un ballet où figuraient les plus belles filles de la Cour.
Parmi celles-ci, se trouvait la jeune Charlotte de Montmorency, délicieuse blonde de quatorze ans et demi.

"On ne pouvait rien voir de plus beau ni de plus enjoué", dit Tallemant des Réaux. Et Dreux du Radier ajoute:

"Ses yeux pleins de tendresse en inspiraitent aux plus indifférents..."

Les répétitions ayant lieu dans une salle contiguë à la chambre du roi, celui-ci aperçut un jour, par la porte entrouverte, le minois de Mlle de Montmorency. Emerveillé, il sortit aussitôt et alla voir répéter le ballet.


"Or, nous dit l'auteur des Historiettes,les dames devaient être vêtues en nymphes ; en un endroit elles levaient leur javelot, comme si elles eussent voulu le lancer. Mlle de Montmorency se trouva vis-à-vis du roi quand elle leva son dard, et il semblait qu'elle l'en voulait percer. Le roi a dit, dpuis, qu'elle fit cette action de si bonne grâce, qu'effectivement il en fut blessé au coeur et pensa s'évanouir."

Immédiatement, il voulut entraîner Charlotte dans sa chambre, mais elle refus, disant qu'elle était bien jeune et que, d'ailleurs on l'avait promise à François de Bassompierre.

Henri IV n'avait pas de goût pour les demi-mesures : il fit rompre les fiançailles et maria la petite Montmoreny au prince de Condé que l'on disait inverti "dans l'espoir d'avoir affaire ainsi à un mari complaisant".


De fait, pendant quelques semaines, Condé considéra avec indifférence le manège du roi qui, pourtant, montrait tous les signes d'une inquiétante passion.

Il devenait coquet, changeait d'habits, se lavait, se parfumait, taillait sa barbe, bref, se préparait comme un beau coq à la danse de séduction. Sa passion le poussait même parfois à des extravagances inattendues : un soir, il voulut que Charlotte se montrât tout échevelée sur un balcon, avec deux flrambeaux à ses côtés. En la voyant ainsi, il faillit s'évanouir.

- Jésus, qu'il est fou ! dit-elle fort émue...

Toute la Cour suivait avec amusement ces excentricités et Mme de Verneuil essayait d'ironiser :


- N'êtes-vous pas bien méchant, disait-elle au roi, de vouloir coucher avec la femme de votre fils, car vous savez bien que vous m'avez dit qu'il l'était.
Mais ce détail aurait plutôt excité Henri IV.


(Le prince de Condé, né en 1588, était le neveu du roi. Mais sa légitimité a été contestée. Il semble que sa mère, Charlotte de la Trémoille, l'ait eu d'un page nommé Belcastel - d'autres disent de Henri IV lui- même - pendant une absence de son mari, qu'elle aurait, à son retour, fait empoisonner. Des poursuites furent dirigées contre elle, mais le roi ordonna de les abandonner et fit brûler les témoignages recueillis).

Indifférent aux sourires et aux critiques, "il se montra de plus en plus échauffé à la chasse de cette belle proie", nous dit L'Estoile, au point qu'il oublia une fois de plus les affaires de l'Etat et que le duc de Mantoue put écrire :

"C'est une telle folie, qui tient tous les sens du roi si embarrassés que quasi il n'est capable d'autres affaires que de celles qui concernent cette affection".


Peut-être alors Charlotte, qui encourageait les galantes audaces du Béarnais, se serait-elle abandonnée comme les autres, si, brusquement, et contre toute attente, son mari n'était tombé amoureux d'elle.

Jaloux soudain, il demanda au roi la permission de se retirer en province. Henri IV refusa et une violent dispute éclata entre les deux hommes.

- Vous n'êtes qu'un tyran, dit Condé.

Henri IV avait la réplique cruelle :

- Je n'ai fait acte de tyran qu'une fois dans ma vie, dit-il. C'est lorsque je vous ai fait reconnaître pour ce que vous n'étiez pas. Et quand vous voudrez je vous montrerai votre père à Paris.


Le prince baissa la tête et ne dit plus rien. Mais quelques jours après il prenait sa femme en croupe et l'emmenait au triple galop loin de la Cour et de ses danger, au château de Valéry, près de Sens.

En apprenant ce départ, Henri IV fut inconsoblable.
On le voyait pleurer dans les couloirs pour le plus grand agacement de la reine et des quatre favorites qui s'étaient provisoirement coalisées contre Charlotte.


Pendant plusieurs soirs, il essya d'exprimer sa douleur en vers. M ais les mots venaient malaisément et, découragén il fiti par jeter au feu ses pénibles essais.

Alors Malherbe vint.
Et l'aida.
Pour faire entendre les plaintes du souverain amoureux, le poète composa des Stances ampoulées et fort ennuyeuses qui commençaient ainsi :

Donc, cette merveille des cieux
Pour ce qu'elle est chère à mes yeux
En sera toujours éloignée !
Et mon impatiente amour
Par tant de larmes témoignée
N'obtiendra jamais son retour
.

Les poètes ne sont pas toujours bons prophètes.
Au mois de juillet 1609, Condé et sa femme furent obligés de revenir à Paris pour assister au mariage du duc de Vendôme, fils naturel du roi
.

En revoyant "la merveille des cieux", Henri IV sembla renaître et convoqua immédiatement Malherbe qui reprit sa plume pour conter, en vers toujours aussi mauvais, la joie de son maître...

Revenez, mes plaisirs, ma dame est revenue !
Et les voeux que j'ai faits pour revoir ses beaux yeux
Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue,
Ont eu grâce des cieux;


Mais, dès que les fêtes furent terminées, Condé repartit avec Charlotte pour son château de Muret, près de Soissons, et Malherbe dut composer un nouveau moème de quatorze strophes éplorées :

Que d'épines, Amour, accompagnent les roses.
Que d'une aveugle erreur tu laisses toutes choses
A la merci du sort.
Qu'en tes prospérités à bon droit on soupire.
Et qu'il est malaisé de vivre en ton empire
Sans désirer la mort ...


Après avoir pleuré pendant quelques jours, le roi se rendit en Picardie, bien décidé à revoir sa bien-aimée. Pour commencer, il se mit une fausse barbe et rôda dans les bois de Muret. Son attente ayant été déçue, il alla demander à M; de Traigny, seigneur de la région d'inviter à dîner le prince de Condé et sa femme. Ainsi, put-il, le soir de la réception se cacher derrière une tapisserie de la salle à manger et admirer Charlotte tout à son aise
..."

Je fais une pause-thé ........... Very Happy
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Dim 12 Déc - 0:08

Bon, ma pause-thé a duré plus que prévu......... Des râleurs ? scratch ( ...............) Ha bon, j'aime mieux ça ! ........ Razz

"Mais cette "douce vision" ne lui suffisait pas, on s'en doute, et il imagina une extraordinaire équipée. On était la veille de la Saint-Hubert. Il fit préparer une meute et s'en fut le lendeain à l'aube dans la forêt de Traigny, avec un large emplâtre sur l'oeil.

Vers dix heures du matin, la princesse de Condé, qui se promenait en carrosse, aperçut des chiens qu'elle ne connaissait pas.

- A qui est cet équipage ? demanda-t-elle.
- Au capitaine de la vénerie royale, lui répondit-on.


Elle se pencha pour admirer la meute et remarqua un curieux veneur, défiguré par un pansement, qui lui faisait des signes avec son oeil unique. Intriguée, elle le regarda mieux et reconnut le roi.

Peut-être pensa-t-elle alors se faire enlever par cet homme qu'elle nommait dans ses lettres "Mon tout" et "Mon cher chevalier". Il eût suffit d'un geste pour qu'il se démasquât et dît : " Je suis le roi, suivez-moi !"
Mais elle craignit sans doute une intervention regrettable de ses compagnons, tous amis du prince de Condé.

- Rentrons au château ! dit-elle simplement.


Une heure plus tard, alors qu'elle était au balcon du grand salon de M. de Traigny et regardait le paysage, elle ne put s'empêcher de sourire : Henri IV, toujours porteur de son emplâtre, se trouvait à la fenêtre d'un pavillon des communs et lui envoyait des baisers....
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 13 Déc - 20:21

"Condé fut naturellement informé de ces facéties.
Redoutant une nouvelle attaque de la part du roi, il monta dans un carrosse avec Charlotte et partit se réfugier à Landrecies, en Belgique.

Le Béarnais, qui était rentré à Paris, jouait aux cartes dans son petit cabinet du Louvre lorsqu'on vin lui apprendre la fuite de Condé. Désemparé, il murmura à Bassompierre :

- Mon ami, je suis perdu. Cet homme a emmené sa femme dans un bois, et je ne sais si c'est pour la tuer ou la faire sortir du royaume. Prends garde à mon argent et entretiens mon jeu pendant que je m'en vas demander de plus particulières nouvelles.

Quand il sut que Condé et Charlotte étaient en Belgique, il fut d'abord pris de tremblements convulsifs, puis il appela tous ses ministres et, frappant son bureau de coups de poing, il cria :

- Je ferai la guerre à l'Espagne s'il le faut (La Belgique était alors une possession espagnole), mais je retrouverai la princesse de Condé.


Ravaillac (François, le prénom) allait empêcher la réalisation de cet extravagant projet ...

Tandis que le roi préparait déjà son plan de bataille, le marquis de Praslin entra en pourparlers avec l'archiduc Albert qui gouvernait les Pays-Bas.

- Je viens, lui dit-il, vous prier au nom du roi de France, de faire arrêter le prince de Condé et de le faire reconduire à la frontière. Sa Majesté estime que, tant pour son contentement que pour le bien et avantage public, le prince doit rentrer en France avec son épouse.

Ce discours fit sourire l'archiduc qui savait quel genre de contentement le Béarnais voulait avoir de Charlotte.

- Je regrette, pour le bien et avantage du royaume de France, dit-il, l'oeil ironique ; mais les droits de l'hospitalité sont sacrés !


Le soir, Condé était informé de cette démarche. Pris de panique, il pensa que le bon roi Henri allait peut-être essayer de le faire assassiner pour avoir la satisfaction de consoler sa veuve, et il partit précipitamment pour Cologne, afin de se "mettre sous la protection des vieilles libertés germaniques".


Quatre jours plus tard, Charlotte quittait Landrecies à son tour et allait se réfugier à Bruxelles, chez sa belle-soeur, la princesse d'Orange (Eléonore de Bourbon, soeur aînée de Condé).

Alors Henri IV résolut de la faire enlever ; et comme il avait le goût des situations singulières, il chargea le marquis de Coeuvres, frère de la belle Gabrielle (et futur maréchal d'Estrées), de cette extraordinaire mission.

Mise au courant, Charlotte, qui s'ennuyait à Bruxelles, se déclara prête à suivre les ravisseurs qui voudraient bien se présenter. Mais Condé fut prévenu par Marie de Médicis et l'entreprise échoua pour la plus grande joie des souverains d'Europe qui suivaient les péripéties de cette pitoyable affaire avec l'intérêt que l'on devine.


Henri IV devint alors fou furieux. Il lui fallait cette femme coûte que coûte, et il donna l'ordre d'activer les préparatifs militaires. Toutes les routes de France se couvrirent de gens de guerre, on forma des magasins de vivres et d'artillerie, on fortifia les frontières et l'ambassadeur Don Inigo de Cardena, fort ému, écrivit au roi d'Espagne :

"On s'attend chaque jour à voir le roi marcher sur Bruxelles avec un gros de cavalerie
."

Pourtant, Henri IV hésitait un peu à montrer au monde entier qu'il était prêt à faire massacrer son peuple à cause d'une femme. Le ciel vint à son aide en lui fournissant un prétexte honorable pour entrer aux Pays-Bas : l'ouverture de la succession des duchés de Clèves et de Juliers...

Sachant que l'Autriche, qui aspirait à la monarchie de l'Europe, voulait mettre la main sur ces territoires, il prit bruyamment le parti des héritiers. Et une armée de 110 000 hommes, 12 000 chevaux et 100 canons arriva en Champagne.

Le 28 avril 1610, l'avant-garde se trouvait à Mézières.
Le 29, Henri IV fit savoir à l'archiduc que les troupes françaises allaient pénétrer sur son territoire et se présenter devant Bruxelles pour réclamer la princesse de Condé. Une guerre sans précédent, si l'on considère les moyens mis en action, menaçait d'éclater entre la France et l'Espagne à cause d'une nouvelle Hélène.


("Les auteurs de manuels omettent généralement de donner les véritables causes de cette mobilisation. Ces messieurs, qui mettent par pudeur des raisons d'Etat là où seul le coeur a les siennes, s'en tiennent à l'affaire de Clèves et de Juliers. Or Villeroi dit un jour à Pecquius : "Que la princesse revienne en France, il suffira ensuite de trois ou quatre mille hommes pour arranger l'affaire de Juliers". Ce qui prouve bien que Charlotte était la seule préoccupation de Henri IV. Saint-Simon déclare également que, sous le prétexte de l'affaire de Clèves, le roi "voulait tourner ses premiers efforts contre l'archiduchesse et lui enlever la beauté qui le transportait d'amour et de rage".
Enfin, en réponse à ceux qui prennent au sérieux le fameux "grand dessein" d'abattre l'Autriche, exposé par Sully, il suffit de citer cette phrase de Richelieu : "Il y a grande apparence qu'après avoir terminé le différend de Juliers et retiré des mains des étrangers Mme la princesse elle lui eût servi de bride pour l'arrêter et le divertir du reste..."
Quant à Villgomblain, il est plus catégorique encore :" On tient, dit-il, que tout l'apparat de cette guerre qui s'annonçoit n'estoit premièrement causée, délibérée, ni entreprise que pour enlever de force cette créature du lieu où elle estoit gardée par la recommandation de son mari, et que, sans cette piqûre d'amour, le roy n'eust jamais passé, en l'âge en lequel il estoit, les limites de son royaume, pour entreprendre une conqueste sur ses voisins et qu'il estoit résolu de commencer par là : et néanmoins, à cette fin qu'il ne fust blasmé d'une si honteuse entreprise, il la couvrit par de plus honorables desseins
..."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 13 Déc - 20:44

Mme DE VERNEUIL ETAIT-ELLE COMPLICE DE RAVAILLAC ?

En amour, il ne faut se permettre d'excès qu'avec les gens qu'on veut quitter bientôt. - LACLOS -

Henri IV eût voulu se mettre immédiatement en campqgne ; mais la reine, qui voyait d'un très mauvais oeil cette guerre faite pour aller chercher une favorite, prit peur tout à coup. S'imaginant que le roi pouvait être assez fou pour la répudier, la renvoyer à Florence et épouser la princesse de Condé (celle-ci, qui rêvait d'être reine de France, avait déjà signé une requête pour être démariée), elle exigea d'être couronnée avant le début des hostilités.

Le roi vit là une occasion de faire revenir Charlotte à Paris et il pria la reine d'intervenir auprès des archiducs pour que la jeune femme fût autorisée à sortir de Belgique pendant quelques jours.

- Elle embellirait le couronnement ! s'écria-t-il avec un enthousiasme qui déplut à Marie de Médicis.

- Mé prénez-vous pour oune roufiane ? répondit-elle.

Il n'insista pas et la cérémonie eut lieu le 13 mai à Saint-Denis. Quand la reine sortit de la basilique, le foi, qui était toujours d'humeur gamine, se mit à une fenêtre et l'arrosa d'un verre d'eau. Ce devait être sa dernière espièglerie...


Le lendemain, 14 mai, alors que Paris était orné pour l'entrée prochaine de la souveraine, le roi monta dans son carrosse et se rendit chez la petite Paulet.

"C'était, nous dit Tallamant des Réaux, pour y mener M. de Vendôme. Il voulait rendre ce prince galant, peut-être s'était-il déjà aperçu que ce jeune monsieur n'aimait pas les femmes..."


En passant dans la rue de la Ferronnerie, un embarras de voitures obligea le carrosse royal à s'arrêter.
Brusquement, un énergumène grimpa sur l'essieu de la roue arrière et enfonça par trois fois un couteau dans la poitrine de Henri IV.

Le souverain s'écria :

- Ah ! je suis blessé !

M. de Montbazon, qui se trouvait à côté de lui, et ne s'était aperçu de rien, demanda :

- Qu'est-ce, Sire ?

- Ce n'est rien. Ce n'est rien !

Puis un flot de sang sortit de sa bouche, et il tomba mort.


Tandis qu'on ramenait précipitamment au Louvre le corps du roi, les gardes traînèrent l'assassin à l'hôtel de Gondi pour lui faire subir un premier interrogatoire. Mais ils ne purent le faire parler et durent se contenter d'écrire un nom : François Ravaillac...

En apprenant la mort du roi, le menu peuple, qui avait fini par aimer ce vieux coureur de jupons, fut atterré. Les commerçant fermèrent leurs boutiques et l'on vit de bonne gens pleurer sur les places publiques.

Le jour des obsèques, tout Paris était dans la rue.

"La foule était si grande, nous dit un chroniqueur, que l'on s'entretuait pour voir le cortège..."
Ce qui ajoutait encore au deuil
..."
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 14 Déc - 2:26

"Le 26 mai, Ravaillac fut exécuté devant un peuple hurlant. Malgré le supplice de la "question", il n'avait révélé aucun nom et l'on pouvait penser qu'il n'avait pas eu de complices. Mais, quelques jours après sa mort, une femme nommée Jacqueline Le Voyer d'Escoman vint déposer au palais un étrange manifeste. Elle y accusait notamment la marquise de Verneuil d'avoir participé à l'assassinat du roi.

" Je suis entrée au service de la marquise après sa mise en liberté, écrivait-elle, et là, en dehors des visites fréquentes dur roi, je remarquai qu'elle recevait d'autres personnages, français d'apparence, mais non de coeur... A la Noël 1608, la marquise se mit à suivre les sermons du P. Gontier, et un jour, entrant avec sa suivante à l'église Saint-Jean-en-Grève, elle alla droit à un banc où était assi le duc d'Epernon, se mit auprès de lui, et ils s'entretinrent pendant toute la cérémonie à voix basse et à mots couverts."

Agenouillées derrière eux, Mlle d'Escoman crut comprendre qu'il s'agissait d'un complot contre la vie du roi.

"Après quelques jours d'intervalle, continuait la narratrice, la marquise de Verneuil m'envoya Ravaillac, venant de Marcoussis, avec ce billet : Madame d'Escoman, je vous envoie cet homme par Etienne, valet de chambre de mon père ; je vous le recommande ; ayez-en soin
.

Je reçus Ravaillac sans chercher à savoir qui il était, le fis dîner et l'envoyai coucher en ville, chez un nommé Larivière, confident de ma maîtresse.

Un jour qu'il déjeunait, je lui demandai la raison de l'intérët que lui portait la marquise ; il répondit que c'était à cause deu soin qu'il prenait des affaires du duc d'Epernon ; sur cette assurance, je lui apportai un procès à élucider ; à mon retour, cependant, il avait disparu. Surprise de toutes ces étrangetés, je tâchai de m'immiscer dans la confiance des complices pour en savoir davantage".


A ce moment, Mlle d'Escoman avait voulu dévoiler ce qu'elle savait ; mais les gens à qui elle s'était adressée avaient refusé de la croire.

Après la mort du roi, elle était allée trouver la reine Margot :

- Je connais ceux qui ont fait tuer le roi, lui avait-elle dit ; c'est surtout le duc d'Epernon et la marquise de Verneuil. Je puis l'affirmer en justice.


Elle finit par comparaître devant le Parlement. Le duc et la marquise furent convoqués. L'interrogatoire de celle-ci dura cinq heures.

"Le lendemain, rapporte l'Estoile, la reine régente envoya au président un gentilhomme pour le prier de lui dire ce qui lui semblait du procès."

"Vous direz à la reine, répondit ce bonhomme, que Dieu m'a réservé à vivre en ce siècle pour y voir et entendre des choses merveilleuses, si grandes et étranges que je n'eusse jamais cru les pouvoir voir ni ouïr de mon vivant."
Et à un de ses amis et des miens, qui lui disait, parlant de cette demoiselle (Mlle d'Escoman), qu'accusant tout le monde comme elle faisait, même les plus grands du royaume, elle en parlait à la volée et sans preuves, levant les yeux au ciel et ses deux bras en haut "Il n'y en a que trop, des preuves, fit-il, il n'y en a que trop... Plût à Dieu que nous n'en vissions pas tant".


Le Mercure François
mentionne d'ailleurs que les interrogatoires de la d'Escoman, ainsi que ceux du duc d'Epernon et de la marquise de Verneuil, furent secrets...

Il semble donc qu'on ait voulu étouffer l'affaire.
Finalement, le président, accablé, se démit de sa charge et fut remplacé par un ami de la reine. Le Parlement rendit alors son jugement : Epernon et la marquise étaient blanchis de l'accusation portée contre eux et Mlle d'Escomant était condamnée au cachot à perpétuité.
"

Vais dodo. Vous dis à demain ........ Wink
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 15 Déc - 18:07

"Dans ces mêmes temps, le prévôt de Pithiviers, bon serviteur de la marquise de Verneuil, fut arrêté pour avoir bizarrement parlé de l'assassinat du roi.
Mais on ne put l'interroger, car on le trouva étranglé dans sa cellule...


Tous ces faits sont si étranges qu'il est bien difficile de ne pas en conclure que Ravaillac n'a été qu'un instrument entre les mains de la belle Henriette, du duc d'Epernon et peut-être de Marie de Médicis elle-même ; car c'est elle qui fit cesser toutes les poursuites.

Les deux femmes se seraient-elles donc réconciliées pour frapper l'homme qui les avait trompées ? C'est possible. Saint-Simon nous dit :


"On a prétendu que Marie de Médicis, furieusement jalouse et poussée par cette lie domestique qui soupirait après la régence, se laissa aller à une union avec cette cruelle maîtresse, l'une et l'autre tout Espagnoles et gouvernées par ce qui était attaché à l'Espagne, ".

La marquise de Verneuil savait que Charlotte devait la supplanter et peut-être se faire épouser par le roi. N'était-ce pas suffisant pour qu'elle eût des idées de meurtre ? Car elle n'avait oublié aucun de ses espoirs déçus, aucun des mensonges du Béarnais, aucun des mots de la promesse signée à Malesherbes, et haïssait ce roi dont elle partageait encore la couche.

Quant à Marie de Médicis, elle ne pouvait supporter d'être la risée de l'Europe, et rêvait de prendre sa revanche en devenant régente.

Les deux femmes ont donc très bien pu associer leur rancune. Un fait, à ce propose, est fort éloquent : Après la mort du roi, la marquise fit demander à Marie de Médicis si elle pouvait reparaître au Louvre.
La reine, qui pourtant était jalouse, lui fit répondre :

- J'aurai toujours des égards pour tous ceux qui ont aimé le roi mon mari ; elle peut reparaître à la Cour, elle y sera la bienvenue...

Ce qui causa une vive surprise.
Mais Henriette ne put vivre longtemps auprès de la reine.


Elle disparut un beau jour pour mener une existence obscure dans sa maison de Verneuil où elle mourut, oubliée de tous, en 1633, à l'âge de cinquant-neuf ans.

Quant à Charlotte de Condé, elle revint en France avec son mari, un mois après la mort du roi. Les époux vécurent dès lors heureux et eurent deux enfants : en 1619, une petite fille qui allait devenir la fameuse Mme de Longueville et, en 1621, un fils que l'Histoire devait baptiser "le Grand Condé"...
"
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mer 15 Déc - 19:42


Je mets comme nouveau titre, celui de Louis XIII.

L'ETRANGE ENFANCE DE LOUIS XIII

Il jouait généralement avec ce qu'il avait sous la main. - CLAUDE ROUSSET -

"Le 17 octobre 1610 au matin, une foule considérable se pressait devant la cathédrale de Reims.

Soudain, les grandes portes s'ouvrirent, libérant des flots de musique religieuse, un nuage d'encens et un enfant vêtu de violet. C'était le nouveau roi.
Les bonnes gens, attendris à la vue de ce souverain de huit ans qui venait d'être sacré, se mirent à genoux dans la boue et hurlèrent leur joie.

Louis XIII, suivi des princes, des pairs et du clergé, descendit les marches et passa rapidement au milieu de la foule sans paraître se soucier des acclamations dont il était l'objet. Il avait l'oeil triste, le front baissé, l'air grognon, et remusait sans cesse les lèvres, ce qui parut inconvenant aux Rémois.


"Ils s'imaginèrent, nous dit un historien du temps, que le petit roi suçoit une friandise en sortant de la cérémonie du sacre".


La vérité était autre. Ce n'était pas un bonbon qui gonflait la bouche de Louis XIII, c'était sa langue...
Le pauvre avait , en effet, une langue si longue qu'il était obligé, nous dit-on, "de la repousser dans sa bouche avec son doigt, lorsqu'il avait fini de parler".

Ce qui devait constituer un surprenant spectacle.


Quelques jours plus tard, il rentra à Paris et, laissant à sa mère - qu'il avait nommée régente - le soin des affaires de l'Etat, il reprit ses occupations habituelles. Elles étaient simples : quand il ne s'amusait pas avec ses jouets, il se livrait à des plaisanteries d'une étonnante obscénité.
Son éducation, il est vrai, avait été assez fâcheuse. On en aura une idée en parcourant le Journal d'Héroard, médecin qui le soivit depuis sa naissance, le 22 septembre 1601, jusqu'en 1627.

Voici, par exemple, quelques-uns de ses plus jolis mots d'enfant
:

23 mai 1604. A huit heures levé. Bon visage, gai, vêtu. Il avale (rabat) ses bas de chausses, disant :
- Vous voyez la belle jambe.
Mlle de Ventelet lui hausse le bas et l'attachait d'un ruban bleu à son cotillon ; il voit que le ruban tournait un peu sur le derrière ; il se prend à dire en souriant :
- Ho ! ho ! je pense vous voulez fai mon cu chevalier.
8 juin. Labarge lui dit qu'il est M. le dauphin, il lui répond :
- Vous êtes dauphin de mede...
21 juin. A six heures soupé ; sa nourrice lui demande s'il veut téter et lui présente le téton ; il lui tourne le dos, lui disant froidement :
- Faites téter mon cu ...


Ce qui prouve qu'il avait adopté très tôt le langage assez vif des gens de la Cour !

On pourrait même croire, en lisant certaines pages de Héroard, que le dauphin, malgré son jeune âge, était déjà tourmenté par ce qui préoccupait tant son père.

Voici quelques unes des notations ébouriffantes du médecin royal :


15 septembre 1602. A huit heures, le page de M. de Longueville arrive pour savoir de ses nouvelles. Ayant parlé à Mme de Montglat et s'en retournant, le dauphin l'appel d'un "Hé !" et se redresse, lui montrant sa guillery (on devine le sens du mot, souvent employé dans les chansons du temps.)
16 septembre. Il montre sa guillery à M. d'Elbenne.
23 septembre. Fort gai, émerilloné, il fait baiser à chacun sa guillery.
27 septembre. Il se joue à sa guillery, repousse son ventre en dedans, qui l'empêchait de la voir.
30 septembre. A douze heures un quart, le sieur de Bosnières et sa fille, jeune. Il lui a fort ri, se retrousse, lui montre sa guillery, mais surtout à sa fille ; car alors la tenant et riant son petit rire, il s'ébranlait tout le corps. On eût dit qu'il y entendait finesse. A douze heures et demie, le baron de Prunay ; il y avait en sa compagnie une petite demoiselle ; il a retroussé sa cotte, lui a montré sa guillery avec tant d'ardeur qu'il en était hors de soi, il se couchait à la renverse pour la lui montrer.
8 juin 1604Levé, il ne veut point prendre sa chemise et dit :
- Point ma chemise ; je veux donner premièrement du lait de ma guillery.L''on tend la main, il fait comme s'il en tirait ; et de sa bouche fait "fsss, fsss", en donne à tous, puis se laisse donner sa chemise
16 août. Eveillé à huit heures, il appelle Mlle Bethouzay et lui dit :
- Zezai, ma guillery fait le pont-levis, le vela levé, le vela baissé

Il la levait et la baissait.

Petit jeu innocent qui devait bientôt tourner à la manie, ainsi qu'on va le voir :

25 octobre. Il va chez Madame, où il s'mause à un petit lit de velours que, le jour précédent, on avait donné à Madame, où il y avait un Holopherne sans tête à part et une Judith. Il demande :
- Où est la femme ?
On lui dit :
- La voilà.
Il répond :
- Eh ! ne faut-il pas que la femme soit sous l'homme ?


... Il avait rois ans !

A ce moment, on envisageait déjà de le marier à l'infante d'Espagne, seul moyen à la disposition des diplomates pour faire la paix entre les deux pays.

Voici à quelles plaisanteries ce projet donnait lieu :


4 avril 1605. M. Ventelet lui demande :
- Monsieur, n'aimez-vous pas les Espagnols ?
Il répond :
- Non.
Pourquoi, Monsieur ?
- Pour ce qu'ils sont ennemis de papa.
- Monsieur, aimez-vous bien l'infante ?
- Non.
- Monsieur, pourquoi ?
- Pour l'amour qu'elle est d'Espagne, je n'en veux point.
Je lui dis :
- Monsieur, elle vous fera roi d'Espagne, et vous la ferez reine de France.
Il répond en souriant, comme de choses où il eût pris plaisir :
- Elle couchera donc avec moi et je lui ferai un petit enfant.
- Monsieur, comment le ferez-vous ?
- Avec ma guillery, dit-il, bas et avec honte.
- Monsieur, la baiserez-vous bien ?
- Oui, comme cela, dit-il en se jetant à corps perdu la face contre le traversin.

Un autre jour, comme on lui demandait de boire à la santé de l'infante, il répondit :
- Je m'en vas boire à ma maîtresse ! ...


Deux mois plus tard, le roi s'en mêla :

11 juin. Dîné avec la reine. Dépouillé et Madame aussi, ils sont mis nus dans le lit avec le roi, où ils se baisent, gazouillent et donnent beaucoup de plaisir au roi. Le roi lui demande :
- Mon fils, où est le paquet de l'infante ?
- Il n'y a point d'os, papa.
Puis comme il fut un peu tendu :
- Il y en a astheure (à présent) ; il y en a quelquefois
.

On voulait qu'il n'ignorât rien de la vie.
A quelque temps de là, on l'emmena à la saillie d'une jument : Héroard nous dit "qu'il en fut fort diverti"...

Ce souci de le déniaiser rapidement se retrouve dans le choix des berceuses qui lui étaient chantées.
Le médecin nous en rapporte une :
19 novembre. Il se prend à chanter la chanson dont il se faisait endormir :

Bourbon l'a tant aimée
Qu'à la fin l'engrossa.
Vive la fleur de Lys

(..............................................)

Tandis que le petit roi continait à se livrer aux joies de l'exhibitionnisme, la régente s'installait. Elle commença par chasser Sully et donna sa confiance - et autre chose aussi - au duc d'Epernon, qui était murmurait-on, son amant.

"Le duc, écrit Pierre de l'Estoile, possède la reine, la tourne et manie à son plaisir, et lui fait faire ce qu'il veut".

Mais l'ancien complice de la marquise de Verneuil n'allait pas tarder à être supplanté.


Concino Concini qui avait épousé Léonora Galigaï, soeur de lait et favorite de Marie de Médicis, était devenu un personnage extrêmement puissant à la Cour.

Ambitieux, hêbleur, sans scrupules, humble avec les grands, cassant avec les petits, il avait réussi à se faire attribuer des charges considérables. Sa fortune, à la mort du roi, était une des plus importantes de Paris.
Il possédait, rue de Tournon, un magnifique hôtel dont le mobilier était estimé à plusd e 200 000 écus.
Il y donnait des fêtes princières.


Protégé par la reine, qui le couvrait de faveurs et lui donnait à peu près tout l'argent dont elle disposait (elle lui donna même certains joyaux de la couronne), il se rendit bientôt insupportable. A plusieurs reprises, des gentilshommes avec lesquels il s'était montré arrogant le firent rouer de coups.
Celo ne lui servit pas de leçon, et il continua de régenter tout le palais avec une audace qui fit jaser. Son attitude devint si singulière que le menu peuple ne tarda pas à murmurer qu'il était l'amant de Marie de Médicis et que Léonora fermait les yeux pour n'être point privée des largesses de sa soeur de lait.
Des pamplhlets, des chansons ordurières, où la reine était traitée de putain et le favori gratifié d'un nom de poisson, coururent la capitale. Plus mesuré dans ses propos, le grand-duc de Toscane se contenta d'écrire :

"L'excès de tendresse de Marie pour Concino et sa femme est odieux, pour ne pas dire scandaleux".

Mais cela revenait au même...

Après la mort de Henri IV, Concini, qui avait réussi à se faire donner par la reine la somme fabuleuse de huit millions d'écus (plusieurs milliards de notre monnaie) sur les sommes paiemment économisées par Sully, s'achetat le marquisat d'Ancre, en Picardie.
Puis il devint premier gentilhomme de la chambre du roi, surintendant de la maison de la reine, gouverneur de Péronne, roye et Montdidier, et enfin maréchél de France, sans avoir jamais tenu une épée.


A partir de ce moment, le favori fit la loi aux ministre et à la reine. Mais, rendu prudent par les attaques dont il avait été l'objet, il ne sortait jamais qu'accompagné d'un groupe de gentilshommes pauvres qu'il avait attachés à sa personne moyennant mille livres d'appointements par an, et qu'il appelait avec mépris ses coïons di mille lires ...

Ce qui était, à l'adresse de ses gardes du corps, une plaisanterie de corps de garde ....


Le gouvernement de Concini fut lamentable. Il en résulta un déordre et une anarchie qui donnèrent aux grands seigneurs du royaume l'idée de reprendre un peu de l'indépendance qu'ils avaient perdue sous le règne de Henri IV. Condé, qui, je l'ai dit, était rentré en France, se mit à leur tête.

En 1614, ils prirent les armes et réclamèrent la convocation des Etats Généraux. Désemparé, Concini, malgré son beau titre de maréchal de France, eut peur de marcher sur les rebelles et tenta de les acheter.
Condé et ses amis étaient finauds ; ils acceptèrent l'argent, mais maintinrent leurs exigences...
"
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mer 15 Déc - 19:55

"Les Etats Généraux furent réunis en octobre 1614.
Ils n'aboutirent à rien par suite des querelles qui opposèrent les députés du Tiers et ceux de la Noblesse, et la régent donna l'ordre d'arrêter les débats. Alors, un jeune évêque, venu de Luçon, se leva pour prononcer le discours de clôture ; après avoir exposé les revendications du Clergé, il changea brusquement de ton et se mit à vanter en termes excessivement flatteurs les mérites de Marie de Médicis.

- Dans l'intérêt de l'Etat, dit-il, je vous supplie de conserver la régente !

C'était Armand Jean du Plessis de Richelieu qui aspirait, lui aussi , au pouvoir et convoitait la place de Concini.


Après les Etats généraux, et sachant que son disours avait produit un excellent effet sur la vaniteuse Florentine, le jeune évêque chercha à s'introduire à la Cour. Rusé, il se fit présenter à Léonora Galigaï, qu'il savait toute puissante au Louvre, la courtisa et même, selon certains, devint son amant.

Flattée par ces hommages inattendus, la maréchale d'Ancre prit Richelieu sous sa protection et lui fit obtenir l'office de grand aumônier de la reine.
Peu de temps après, il était secrétaire d'Etat...

Une femme venait de donner à la France l'un des plus grands hommes politiques de son histoire.
.."
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mer 15 Déc - 20:42

"LOUIS XIII FAIT ASSASSINER L'AMANT DE SA MERE

Tout s'arrange, mais quelquefois mal. - JACQUES BAINVILLE -

Tandis que la régente accordait tout son temps et tous ses soins à Concino Concini, le petit roi vivait seul dans ses appartements.

Marie de Médicis ne venait le voir que pour le fouetter ou lui faire administrer de magistrales fessées par les dames qui le gardaient, et Tallemant des Réaux nous dit que
"durant la Régence, elle ne l'embrassa pas une fois".

(Le 10 mai 1611, il fut fouetté sur l'ordre de la reine sous prétexte qu'il avait injurié un gentihomme nommé Vevesta. En réalité, Marie de Médicis était furieuse parce qu'il avait dit à Concini : "Monsieur, vous n'avez pas couché dans votre chambre, mais avec la reine".
Lorqu'on le battit en lui expliquant qu'il naurait pas dû être impertinent à l'égard de Vevesta, le roi répondit que "ce n'étoit pas pour cela qu'on lui donnoit sur la fesse, mais pour ce qu'il avoit dit, et qu'il s'en souviendroit".)


La seule personne qui témoignât de la tendresse à cet enfant délaissé était la bonne reine Margot. Elle venait dans sa chambre, le comblait de cadeaux, lui contait des histoires et le faisait jouer avec "une petite galère qui marchait par ressorts et dont les hommes ramaient par les mêmes moyens.
Lorsqu'elle s'en allait, il était triste et la suppliait de revenir bien vite. Margot sentait alors son coeur se gonfler et, toute troublée, donnait de gros baiser au petit roi.


Louis XIII n'était pourtant pas le seul à bénéficier des sentiments maternels inemployés de la vieille amoureuse. Un jeune chanteur nommé Villars les partageait avec lui. Il est vrai qu'elle les exprimait à ce dernier de façon un peu différente, puisqu'il était son amant.
En effet, Margot, malgré ses conquant-huit ans et sa taille imposante, n'avait pas "débridé".
Elle lorgnait toujours les jeunes gens d'un oeil canaille et se promenait dans des robes largement échancrées qui laissaient voir des "tétins encore appétissants" dont elle était très fière. Un jour, un carme, dans son prêche, les compara "aux mamelles de la Vierge".
Ravie, elle lui envoya 50 pistoles pour le remercier.


Naturellement, elle était fort jalouse de son chanteur et, pour l'empêcher de séduire les jeunes filles de son âge, elle avait imaginé de le rendre ridicule. Le pauvre, que le peuple de Paris avait surnommé "le roi Margot", portait des chausses trouées et une affreuse petite casquette à plumes d'un modèle qui datait du règne de Henri III.

La reine ne le quittait guère et il passait des jours désagréables. Ses juits n'étaient d'ailleurs pas plus réjouissantes, car Margot, qui brûlait encore d'une belle flamme, était exigeante. Elle demandait à son amant de réaliser des exploits qui le laissaient essougglé jusqu'au matin et lui donnaient envie de chercher une autre occupation.


Chaque soir, il avait beau nous dit-on, "crier grâce et prétendre que l'inspiration lui faisait défaut, le malheureux devait s'exécuter, et la reine se faisait donner l'aubade comme au temps de sa folle jeunesse".

Mais les meilleures choses ont une fin. Au printemps 1615; Margot dut se coucher seule, ce qui n'était pas bon signe. Elle avait attrapé froid dans la salle glaciale du Petit Bourbon et tremblait de fièvre. Le 27 mars, son confesseur l'avertit qu'elle était perdue.
Elle fit alors appeler Villars, le baisa longuement sur les lèvres, sembla savourer ce dernier contact et mourut quelques heures plus tard.

Aussitôt, le jeune musicien alla se coucher, impatient de rattraper toutes les heures de sommeil que la reine lui avait fait perdre.


Louis XIII, lui , eut un immense chagrin. Il voyait disparaître le seul être au monde qui leui eût jamais témoigné une affection réelle.

Pendant quelques jours, il cessa de jouer. Le voyant si triste les dames de sa suite pensèrent le réconforter en lui rappelant qu'il devait se marier bientôt avec l'infante d'Espagne ; mais cette perspective l'attrista davantage.

- Je ne la connais pas, disait-il en soupirant. Et, pourtant, elle est déjà mon épouse. Qu'll' soit laide ou jolie, je devrai pareillement la mettre dans mon lit, l'accoler et l'aimer d'amour jusqu'à la fin de ma vie...




C'était vrai. Trois ans auparavant, en août 1612, Marie de Médicis avait signé avec Philippe III d'Espagne un contrat de mariage qui unissait Louis XIII et la petite Anne d'Autriche, âgée de onze ans.

Le jeune roi pensait à cette fillette sans aucun plaisir ; et pour se consoler de la mort de sa chère "maman-fille" il se lia avec un gentilhomme habile à attraper les hirondelles, le sieur de Luynes. Se consacrant, dès lors, à l'élevage des oiseaux, il se désinteressa complètement des préparatifs de son mariage.


Le 17 août pourtant, il dut monter dans le carrosse qui le menait vers sa "femme". Il le fit sans enthousiasme. Le 30 août en arrivant à Poitiers, il retrouva un instant son sourire lorsqu'on lui annonça que sa mère venait d'attraper la petite vérole et que le mariage allait être, de ce fait, retardé d'un mois.
Mais il comprit vite que c'était, si j'ose dire, reculer pour mieux sauter.

Enfin, il arriva à Bordeaux le 7 octobre et apprit que Anne d'Autriche venait de passer la frontière.
Aussitôt, il sembla se réveiller. Son regard devint plus pétillant et il demanda des détails sur le physique de son épouse. Comme personne ne put lui en donner il se fit conduire un matin à Castres, à cinq lieues de Bordeaux, où la petite reine de France s'était arrêtée pour la nuit. Sans se faire remarquer par les Espagnols, il entra dans une maison, se posta à la fenêtre et regarda passer Anne d'Autriche.


Quand la rue fut redevenue déserte, il réintégra son carrosse et donna l'ordre au cocher de rattraper le cortège.
Un moment, sa voiture roula contre celle de la petite reine. Forte intriguée, celle-ci passa la tête par la portière et Louis XIII découvrit qu'il avait pour épouse une adolescente délicieusement jolie. Enchanté, il lui fit de petits saluts en souriant, puis brusquement, il se montra du doigt et cria :

- Io son incognito ! Io son incognito ! Touche cocher, touche !
Et il partit au grand galop en direction de Bordeaux.


Cet enthousiasme devait être de courte durée. Le soir, au cours de la fête donnée par Marie de Médicis, le jeune garçon sembla un peu intimidé par sa gracieuse épouse et n'osa lui dire un mot. Le lendemain, loin de s'enhardire, il se montra si morose que quelques familiers pensèrent qu'il envisageait peut-être avec appréhension sa nuit de noces, et "de menus propos très plaisants pourc e qu'ils concernaient le berlingot du roi" circulèrent dans la ville.

Enfin, le 25 octobre, la bénédiction nuptiale fut donnée aux époux. Le soir, ces deux enfants qui avaient l'un et l'autre quatorze ans se préparèrent à devenir mari et femme. Le jeune roi était blême.


Il paraissait si peu sûr de lui que, nous dit Héroard "M. de Gramont et quelques jeunes seigneurs lui firent des contes gras pour l'assurer".
Ce qui était une délicate attention ...


Le roi "avait de la honte et une haute crainte".
Il demanda ses pantoufles, prit sa robe et se dirigea la mine défaire, vers la chambre de la reine.
Deux heures plus tard, il réapparut et dit à Héroard, qui nous le rapporte, "qu'il avait dormi une heure et fait deux fois la chosette à son épouse".
Le médecin eut un doute et fit déshabiller le roi pour procéder à un petit examen. Il lui apparut que Louis XIII avait, en tout cas, essayé de déflorer la petite reine, car, écrit-il tout crûment, "il avait le gl... rouge
".
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MessageSujet: LOUIS XIII   Lun 20 Déc - 20:36

"Le lendemain, le plus extravagant des communiqués fut rédigé. Le voici :

"Incontinent après que le roi eut soupé, il se coucha en sa chambre et en son lit ordinaire, selon sa coutume , où la reine sa mère, qui jusqu'alors était demeurée en la chambre de la petite reine et l'avait fait aussi coucher dans le lit de sa première chambre, le vint trouver, environ sur les huit heures du soir, passant au travers de la selle d'où elle avait fait sortir tous les gardes et tout le monde, et , trouvant le roi dans son lit, lui dit ces mêmes paroles


"- Monfils, ce n'est pas tout d'être marié, il faut que vous veniez voir la reine votre femme, qui vous attend.
Le roi répondit :

- Madame, je n'attendais que votre commandement. Je m'en vais, s'il vous plaît, la trouver avec vous"

"Au même temps, on lui bailla sa robe de chambre et ses bottines fourrées, et ainsi s'en alla avec la reine sa mère par ladite salle, en la chambre de la petite reine, dans laquelle entrèrent leurs Majestés, les deux nourrices, MM. de Souvré, gouverneur, Héroard, premier médecin, marquis de Rambouillet ; MM; de la garde-robe portant l'épée du roi et Beringhien, premier valet de chambre, portant le bougeoir
"Comme la reine approcha du lit, elle dit à la petite reine :

- Ma fille, voici le roi votre mari que je vous amène ; recevez-le auprès de vous et l'aimez bien, je vous prie.
Aquoi elle répondit en espagnol, qu'elle avait aucune intention que de leur obéir et complaire à l'un et à l'autre; et, ce disant, le roi se mit dans le lit par le côté de la porte de la chambre, la petite reine étant du côté de la ruelle, où avait passé la reine mère laquelle, les voyant couchés, leur dit à tous deux ensemble quelque chose de si bas que personne du monde ne le pût entendre qu'eux ; puis sortant de ladite ruelle, dit :


- Allons, sortons tous d'ici.

Et commanda aux deux nourrices de demeurer seules en ladite chambre et les laisser ensemble une heure et demie ou deux heures au plus. Et ainsi se retira ladite dame reine et tous ceux qui étaient entrés avec elle en ladite chambre, pour laisser consommer ledit mariage. Ce que le roi fit par deux fois, ainsi que lui-même l'a avoué, et lesdites nourrieces l'ont véritablement rapporté.
Et après s'être un peu endormi et demeuré un peu davantage, à cause dudit sommeil, il se réveilla de lui-même et appela sa nourrice, qui lui rebailla (redonna) ses bottines et sa robe, et puis le reconduisit à la porte de la chambre au-dessous de laquelle, dans la salle, attendaient lesdits sieurs de Souvré, Héroard, Béringhien et autres pour le reconduire en sa chambre, o!, après avoir demandé à boire et avoir bu, témoigant un grand contentement de la perfection de son mariage, il se mit en son lit ordinaire et reposa fort bien tout le reste de la nuit, étant pour lors onze heures et demie. La petite reine, de son côté, se releva au même temps que le roi partit d'auprès elle et rentra dans sa petite chambre et se remit en son petit lit ordinaire qu'elle avait rapporté d'Espagne."


Ce document fut distribué aux membres du corps diplomatique par les soins de Marie de Médicis qui désirait, dans un but politique, affirmer que le mariage avait été consommé. Mais il fit sourire et le bruit se répandit à travers l'Europe que le jeune roi, pourtant si déluré à trois ans, n'avait pas pu...

Quoi qu'il en soit, on remarqua que le lendemain les deux enfants se regardaient d'un air gêné et paraissaient tristes...
Le soir, Louis XIII ne demanda pas à être reconduit dans le lit de la reine, et certains s'en étonnèrent,.
Ceux-là eussent été bien plus surpris encore s'ils avaient su que le roi ne devait pas manifester ce désir avant quatre ans...


Si la petie reine de France dormait chastement dans son lit "apporté d''Espagne", Marie de Médicis, elle, avait, disait-on, des nuits plus agitées. Aussi, chaque matin, les Parisiens s'interpellaient-ils joyeusement en ouvrant leurs volets :

- Bien dormi, compère ?
- Oui, commère, mieux que la reine mère avec son Concini.

Car tout le monde était au courant de cette liaison que certains historiens nient aujourd'hui avec une obstination amusante. D'après eux, la Florentine n'était qu'une grosse chipie fort prude qui ne pensait qu'à la religion. Ce portrait est infidèle, car la plupart des chroniqueurs du temps nous disent que la reine mère était d'une rare impudicité. L'un deux nous apprend qu'elle avait une paillasse sur laquelle elle s'étendait les après-midi d'été presque entièrement nue. Cette désinvolture devait d'ailleurs être à l'origine d'un savoureux incident : le poète Gombaud, qui avait libre accès auprès de la reine mère (il croyait en être aimé parce q'une fois elle l'avait regardé...), entra un jour dans sa chambre et la trouva étendue, "les jupes relevées"... Il en fut si ému qu'il fit un sonnet dont voici quelques vers :


Que vîtes-vous, mes yeux, d'un regard téméraire,
Et de quoi, ma pensée, oses-tu discourir ?
Quels sentiments divers me font vivre et mourir,
Me forcent de parler autant que de me taire ?
..................................................................
Souvent je doute encore, et de sens dépourvu,
Dans la difficulté de me croire moi-même,
Je pense avoir rêvé ce que mes yeux on vu.


En lisant ce poème, une prude eût été fâchée.
Marie de Médicis, elle, fit donner à Gombaud une pension de douze cents écus.

Une autre anecdote nous prouve qu'elle ne détestait pas la gauloiserie. Un jour qu'elle disait :

- Je voudrais toujours avoir un pied à Saint-Germain et l'autre à Paris. Bassompierre, qui se trouvait là, répliqua en cligant de l'oeil :

- Moi, je voudrais être à Nanterre (Nanterre est à mi-chemin de Paris et de Saint-Germain-en-Laye)

Cette grosse plaisanterie la fit rire aux larmes.

Marie de Médicis, on le voit, était très différente du mannequin ennuyeux que nous montrent généralement ses pudiques biographes. Aussi accordons-nous quelque créance aux historiens qui nous disent qu'elle commit "des imprudences" avec Epernon, Bellegarde et Bassompierre. En ce qui concerne Concini, les faits semblent plus certains encore si l'on en croit, d'une part, tous les contemporains de la Florentine, et d'autre part Michelet qui attribue au maréchal d'Ancre la paternité de Nicolas, duc d'Orléans, né en 1607.


D'ailleurs l'infidélité de Marie de Médicis était déjà connue, semble-t-il du vivant de Henri IV, puisque l'auteur de Henriciana nous conte l'histoire suivante :

Un jour, le roi, qui se promenait sur la colline de Chaillot, s'arrêta, se mit la tête entre les jambes et dit en regardant la ville :

- Ah ! que de nids de cocus.

Un seigneur qui était près de lui l'imita et se mit à crier :

- Sire, je vois le Louvre ...
"
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mar 21 Déc - 20:27

r=green]]"En 1617, les Parisiens s'exprimaient avec plus de liberté encore et, lorsque le maréchal d'Ancre, qui possédait une maison située à côté du Louvre, fit jeter un pont de bois sur le fossé pour se rendre plus facilement au palais, le peuple désigna ouvertement cette passerelle sous le nom de "pont d'amour". Il est vrai que "le favori le passoit chaque matin pour apporter ses hommages à la reine, nous dit Sauval, et prenoit le même chemin vers le soir pour y rester jusqu'au lendemain".
(Au cours de ses interrogatoires, Léonora Galigaï déclara formellement que son mari : "ne dînait, ne soupait et ne couchait plus avec elle depuis quatre ans"...)

L'intrigue amusait toute la Cour et l'on chantait :

Si la reine allait avoir
Un enfant dans le ventre
Il serait bien noir
Car il serait d'Ancre.
O guéridon, guéridon
Dondaine
O guéridon, guéridon
Dondon.


On se permettait même certaines plaisanteries assez audacieuses devant Marie de Médicis. Un jour qu'elle demandait son voile à une dame de suite, le comte de Lude s'écria :

- Un navire qui est à l'ancre n'a pas autrement besoin de voile

(Tallemant des Réaux, Historiettes. Bassompierre alla plus loin encore :

- Croyez-moi, Madame, lui dit-il un soir, toutes les femmes sont des putains.
- Même moi ? demanda Marie de Médicis.
- Oh ! vous, Madame, répondit-il en s'inclinant ... vous êtes la reine ! ...)


Concini, il est vrai, ne faisait rien pour cacher ses relations avec la reine mère, au contraire :

"Lorsqu'il sortoit de la chambre de Sa Majesté, aux heures qu'elle étoit couchée ou toute seule, nous dit Amelot de la Houssaiye, il affectoit de renouer son aiguillette pour faire croire qu'il venoit de coucher avec elle..."
Ce qui dénotait, il faut bien le dire, une mauvaise éducation.


Finalement, au printemps de 1617, le jeune louis XIII, excédé par ces manières et par les sarcasmes dont sa mère était l'objet, ordonna à son capitaine des gardes, Vitry, d'assassiner Concini. Le meurtre fut prévu pour le 17 avril.

Ce matin-là, vers 10 heures, le favori de la reine arriva au palais accompagné des cinquante ou soixante personnes qui consitutaient sa suite ordinaire.
Lorsqu'il fut sur le pont dormant, Vitry vint à sa rencontre et lui saisit le bras droit :

- De par le roi, je vous arrête !
Concini roula ses yeux noirs et cria :
- A mé ?
- Oui, à vous !


Stupéfait, il recula d'un pas, voulut saisir son épée, mais n'acheva pas son geste. Trois balles de pistolet venaient de l'atteindre en même temps : une au front, l'autre à la joue, la troisième à la gorge. Il s'écroula dans la boue et fut aussitôt piétiné par les hommes de Vitry qui n'avaient pas appris les bons usages.
Ses amis ne cherchèrent pas à intervenir. Ils prirent la fuite pensant qu'il était bien triste de mourir ainsi par un beau matin d'avril...
"[/size]
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mar 21 Déc - 20:45

L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE VEUT VIOLER LA REINE DE FRANCE

Les Anglais sont occupés ; ils n'ont pas le temps d'être polis. - MONTESQUIEU -

Tandis que les gardes s'amusaient à donner de grands coups de pieds dans le corps de Concini, M. d'Ornano se rendit chez le roi, s'inclina et dit d'une voix :

- Sire, c'est fait !

Louis XIII rit alors ouvrir la fenêtre, sortit sur le balcon et, tout joyeux, cria aux assassins qui se trouvaient toujours devant le Louvre :

- Grand merci ! Grand merci à tous ! A cette heure, je suis roi !

Une clameur lui répondit :
- Vive le roi !


Au même instant, Marie de Médicis était informée de la fin tragique de son favoir. Elle devint blême :
- Qui a fait lé coup ?
- Vitry sur l'ordre de Sa Majesté.

Comprenant que désormais son fils allait prendre en main les rênes du gouvernement, elle s'effondra dans un fauteuil. Pour elle, tout était fini.

- J'ai régné sept ans, dit-elle. Je n'attends plous qu'ouné couronne au ciel.


Elle n'eut pas une larme pour Concini. La crainte de n'être plus en sécurité l'emportait sur tous autres sentiments. On le vit bien lorsque la Place lui demanda comment il fallait apprendre la nouvelle à Léonora.
Elle eut un geste agacé.

- J'ai bien assez à m'occouper dé moi. Si on né veut pas la loui dire, qu'on la loui chante.

Et comme l'autre se permettait d'insister, disant que la maréchale d'Ancre allait certainement éprouver un grand chagrin, la reine mère répondit avec humeur :

- J'ai bien d'autres choses à penser. Qu'on né mé paré plous dé ces gens-là. Jé leur avais bien dit qu'ils devaient rétourner en Italie.


Après avoir renié son favori, elle demanda une audience au roi ; Louis XIII lui fit répondre qu'il n'avait pas le temps de la recevoir. Elle insista, supplia. En vain. Finalement, elle poussa la bassesse jusqu'à lui faire dire que "si elle avait connu son projet elle aurait remis Concini entre ses mains, pieds et mains liés".
Cette fois, elle ne reçut aucune réponse, mais Vitry vint lui interdire de sortir de son appartement.

Derrière lui se trouvaient des maçons ; ils murèrent les portes, sauf une, et Marie comprit qu'elle était prisonnière au milieu du Louvre.

Accablée, elle se jeta sur son lit et se mit à pousser des cris lugubres qui indisposèrent son entourage.


L'après-midi, tandis que les gardes ficelaient Concini dans une vieille nappe et allaient l'enterrer discrètement à Saint-Germain-l'Auxerrois, où une fosse avait été creusée, des ouvriers vinrent, sur l'ordre du roi, démolir le "pont d'amour". Le bruit des haches attira Marie de Médicis à sa fenêtre. En voyant disparaître cette passerelle qui lui rappelait tant de nuits chaudes, elle eut soudain atrocement mal. "Chaque coup qu'elle entendait, nous dit-on, retentissait dans son coeur."
Et pour la première fois depuis la mort de son favori, elle pleura
."
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mer 22 Déc - 1:06

"En apprenant que le maréchal d'Ancre avait été assassiné, les Parisiens furent ravis.

- Où est-il, ce salaud, qu'on aille lui cracher à la figure ?
demandaient-ils avec un air gourmand.

Lorsqu'ils surent qu'il était déjà enterré, ils éprouvèrent une grande déception et eurent l'impression de n'avoir pas suffisamment profité de l'évènement.
Ceux qui étaient venus jusqu'au Louvre dans l'espoir de voir le cadavre de Concini se rendirent dans une taverne et cherchèrent à se consoler en chantant des refrains orduriers sur la reine mère et son favoir. A l'aube, un excité monta sur une table :

- Il faudrait au moins aller danser sur sa tombe à ce fumier, cria-t-il.
Aussitôt toute l'assistance se leva :
- Allons-y !


A sept heures du matin, deux cents personnes, l'oeil mauvais, entraient dans Saint-Germain-l'Auxerrois.

"Le premier désordre fut de ceux qui alloient cracher sur la tombe et trépigner des pieds là-dessus, nous dit le sieur Cadenet, frère du connétable de Luynes. Après lesquels, d'autres commencèrent à gratter à l'entour avec les ongles, et firent tant qu'ils découvrirent les jointures des pierres."


Bientôt la pierre tombale fut soulevée et un homme se pencha sur la fosse. Il attacha une corde aux pieds du cadavre, s'arc-bouta, tira. Quelques prêtres, surgis de la sacristie, essyèrent de s'interposer. Ils furent rudoyés et durent prendre la fuite. Lorsqu'ils eurent disparu, l'homme reprit sa corde, fit un dernier effort et le corps du maréchal glissa sur les dalles. Il y eut de grands cris de joie et aussitôt une volée de coups de bâton s'abattit sur le cadavre déjà fort abîmé par Vitry.
Des femmes hurlantes vinrent le griffer, le gifler et lui cracher au visage. Puis on le traîna jusqu'au Pont-Neuf où on l'attacha la tête en bas à une potence.
Le peuple, pris de vertige devant sa propre audace, exécuta autour de ce pendu de cauchemar une danse frénétique en improvisant des chansons ignobles.


Cette ronde dura une demi-heure. Soudain, un jeune homme s'approcha du cadavre avec un petit poignard, lui coupa le nez et le mit dans sa poche en guise de souvenir. Aussitôt, ce fut la ruée. Tous les manifestants voulurent rapporter un bibelot chez eux. Les doigts, les oreilles et même les "parties honteuses" disparurent en un clin d'oeil. Les moins favorisés durent se contenter d'un simple "lopin de chair" découpé dans le gras de la fesse..

Quand tout le monde eut pris son morceau, la foule, de plus en plus excitée, dépendit le cadavre et le traîna à travers Paris en poussant des hurlements terribles.
La rage de ces gens était telle qu'on assista à des scènes dignes du Grand-Guignol.
"Il y eut, nous dit Cadenet, un homme vêtu d'écarlate si enragé qu'ayant mis sa main dans le corps, il l'en retira toute sanglante et la porta dans sa bouche pour sucer le sang et avaler quelque petit morceau. Ce qu'il fit à la vue de plusieurs honnêtes gens qui étoient aux fenêtres.
Un autre eut moyen de lui arracher le coeur, et l'aller cuire sur des charbons ardents, et manger publiquement avec du vinaigre !".


Enfin, la dépouille du favori fut ramenée au Pont-Neuf couverte de poussière, de crachats, d'immondices, et brûlée devant le peuple hilare.
(Deux mois plus tard, le 8 juillet, la femme de Concini , Léonora Galigaï, accusée faussement de sorcellerie, fut brûlée en place de Grève après avoir été décapitée. La mort de Concini mit à la mode un mot qui a fait chemin depuis : le mot coyon - de l'italien coglione - une série de caricatures circula dans les rues de Paris au lendemain de l'assassinat sous le titre, Mythologie des emblèmes de Coyon.
Ce surnom avait été donné au Maréchal par les dessinateurs pour rappeler sa lâcheté.)


Huit jours plus tard, une suite de carrosses quittaient Paris. Dans le premier, une grosse femme pleurait en secouant ses seins flasques. C'était Marie de Médicis qui se retirait à Blois. Dans la seconde voiture, se trouvait un jeune prélat au visage anguleux et à l'oeil vif. Il tenait ses mains noueuses serrées sur ses genoux. C'était Richelieu qui suivait la reine mère dans son exil.

Louis XIII pouvait enfin gouverner seul. L'un de ses premiers actes politique le dépeint tout entier. Il publia une "ordonnance pour le règlement et réformation de la dissolution et superfluité qui est ès habillment et ornement d'iceux".
Ce jeune homme de dix-huit ans n'avait, en effet, rien conservé du petit garçon rieur qui faisait la joie de Henri IV. Il était sévère, pudibond, pieux. Les femmes lui faisaient peur et il interdisait les décolletés osés ainsi que les robles trop ajustées qui lui semblaient autant d'appels à la luxure.
("Par réaction, la chasteté ridicule de Louis XIII, dit très justement Alfred Franklin, eut peut-être sa source dans les grossièretés dont son jeune coeur avait été nourri, dans la dépravation dont son enfance avait eu le triste spectacle
").
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mer 22 Déc - 20:29

"L'idée de coucher avec une femme lui faisait horreur. Il trouvait cela dégoûtant et imposait à Anne d'Autriche une chasteté déprimante. La pauvre petite reine, qui avait le sang chaud des Espagnoles, se promenait dans le Louvre en poussant de gros soupirs et son regard s'attardait parfois plus qu'il n'était convenable sur quelque garde b ien bâti...

Cette détresse fut bientôt si évidente que Luynes se permit de dire au roi qu'il devrait penser un peu à son épouse. Louis XIII se cabra. Et son médecin note à la date du 4 juin :

"Comme on lui reprochait de ne pas aller voir la reine, il répondit que cela l'échauffait."


L'attitude du roi ne tarda pas à être connue en Espagne, où elle fut considérée comme un affront.
Philippe III, voyant sa fille dédaignée par le roi de France, montra une mauvaise humeur qui risquait d'être fâcheuse pour les relations futures entre les deux souverains. Il fallait donc que Louis XIII se décidât.
Des ecclésiastiques zélés s'en mêlèrent, allant même un peu loin dans leurs suggestions, ainsi qu'on en peut juger par cette dépêche de Guido Bentivoglio, nonce du Pape :


"On croyait très fort que cette fois, à Saint-Germain, le roi se déciderait à coucher avec la reine et à jouer jusqu'au bout son rôle d'époux : mais il n'a soufflé mot à ce sujet, soit que la honte le retienne, ou que son énergie ne soit pas encore suffisante. Il en est qui lui conseillèrent de s'essayer préalablement avec une femme mariée, ou ayant quelque expérience, et de ne point faire ses premières preuves avec une vierge (ce qui laisse supposer que le nonce ne croyait pas à la consommation du mariage), mais son confesseur le détourne de commettre un tel péché, et jusqu'ici ce bon avis l'emporte et l'emportera, on l'espère, jusqu'au moment attendu, lequel finalement ne pourra longtemps se faire attendre.
Ces Espagnols, si ardents, se désespèrent, et disent que le roi n'est bon à rien. Son père aussi commença tard."


Pendant ce temps, la reine continuait de se retourner dans son lit avec une certaine nervosité. Le nonce, qui avait l'oeil a tout remarqua ses soupirs et écrivit au Pape :

"Elle est toujours dans l'attente de cette bienheureuse nuit que le roi devra passer avec elle et qui ne finit point d'arriver."


Au début de 1619, le roi était toujours dans les mêmes dispositions lorsque le duc d'Elbeuf épousa Mlle de Vendôme, fille de Henri IV. Cet évènement n'aurait sans doute pas influé sur la vie intime et Louis XIII, si celui-ci n'avait eut l'idée curieuse de se faire introduire, le soir des noces dans la chambre nuptiale. Bien mieux, nous dit l'ambassadeur de Venise, il voulut être pésent sur le propre lit des deux époux, afin de voir se consommer le mariage, acte qui fut réitéré plusieurs fois, au grand applaudissement et au goût de Sa Majesté.

Le voyant si enthousiaste, Mlle de Vendôme lui dit :

- Sire, faites, vous aussi, la même chose avec la reine et bien vous ferez.


Ce spectacle sembla émoustiller le roi. Confia-t-il son émoi au connétable de Luynes ? On l'ignore. Mais cinq jours plus tard celui-ci vint trouver Louis XIII, le sortit de son lit et le poussa dans l'appartement de la reine. Le souverain, rouge de honte, résistait, s'accrochait aux meubles, demandait à réfléchir.
L'autre poussait toujours. Finalement, le roi se trouva dans la chambre de son épouse et y resta.


Le lendemain, Anne d'Autriche avait un sourire apaisé et les yeux fatigués. On comprit que tout s'était passé de façon satisfaisante. D'ailleurs le maître des cérémonies vint annoncer la bonne nouvelle à tous les ambassadeurs et bienôt des dépêches, envoyées par courriers spéciaux, allaient apprendre à l'Europe entière que le roi de France avait enfin couché avec sa femme...

La nouvelle provoqua de grandes explosions de joie et l'on vit les personnages les moins susceptibles, semblait-il, de pouvoir apprécier les délices d'une nuit de noces se réjouir pour les jeunes époux.
C'est ainsi que le cardinal de Borghèse, en réponse à la dépêche du nonce, écrivit suavement que


"le fait du congiungiment du roi et de la reine avait été très goûté à Rome et que le Saint-Père en avait ressenti le plus grand plaisir"

La satisfaction intime d'Anne d'Autriche - est-il besoin de le dire ? - était toutefois plus profonde, et la petite reine, émerveillée par ce qu'elle venait de découvrir, demanda au roi de revenir souvent. Pendant quelques semaines, on vit donc Louis XIII se diriger chaque soir vers l'appartement de son épouse, et l'on put croire qu'il prenait plaisir au jeu qui lui répugnait tant naguère.

Cette assiduité ne tarda pas à inquiéter les médecins de la Cour. Craignant que le souverain, poussé par l'enthousiasme des néophytes, ne perdit le souffle en voulant se montrer trop bon joueur, ils lui défendirent de s'adonner à la bagatelle avec excès.


Ce conseil était superflu, car Louis, ressaisi par la pudeur, se lassa bientôt de cet exercice qui avait tant passionné son père et redevint chaste.
Alors la malheureuse reine promena de nouveau dans les couloirs du Louvre un regard un peu trop brillant et une poitrine haletante qui troublaient tous les hommes.

- Sa Majesté a besoin de se faire caresser le gardon, disait-on avec ette saine ardeur de langage qui caractérisait l'époque.
Et c'était vrai !
"
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MessageSujet: LOUIS XIII   Jeu 23 Déc - 21:01

r=green]]"Mais la Cour allait avoir bientôt un autre sujet de conversation. A la fin de février, Marie de Médicis, qui vivait à Blois en résidence surveillée, parvint à s'enfuir du château par une fenêtre, grâce à la complicité se son bon ami le duc d'Epernon et l'on oublia les soupirs d'Anne d'Autriche pour s'entretenir des pantalonnades et des menées sournoises de la reine mère.
Pendant plus d'un an, Marie de Médicis, d'abord à Angoulême, puis à Angers, dirigea un groupe important de factieux qui voulaient obliger le roi à chasser Luynes. Aidée par quelques grands seigneurs, elle leva des troupes contre son fils. Mais le 7 août 1620 , ces rebelles furent battus par l'armée royale aux Ponts-de-Cé, et le roi se réconcilia avec sa mère.
Il l'autorisa même à revenir à Paris, où elle s'installa dans son palais du Luxembourg.


En 1621, après la mort de Luynes, elle retrouva sa place au Conseil et, le 5 septembre 1622, elle obtint pour son confident, l'évêque de Luçon, qui ne l'avait pas abandonnée, le chapeau de cardinal.

Ainsi Richelieu continait de faire sa carrière par les femmes.

En 1624, toujours grâce à la reine mère avec laquelle il se montrait galant et empressé (il avait appris à gratter de la guitare pour lui plaire), il devint ministre d'Etat, puis chef du Conseil et Premier ministre.

N'ayant plus, dès lors, besoin de la grosse Florentine, il tourna son regard perçant vers Anne d'Autriche, dont il connaissait le drame , et résolut de jouer dans sa vie le rôle que Louis XIII avait si fâcheusement abandonné.
Mais cet homme étrange ne perdait jamais de vue le bien du royaume, ainsi qu'on va le voir.

"Le cardinal, nous dit Tallemant des Réaux, haïssait Monsieur et craignait, vu le peu de santé que le roi avait, qu'il ne parvînt à la couronne. Il fit dessein de gagner la reine et de lui aider à faire un dauphin.
Pour venir à son but, il la mit, sans qu'elle sût d'où cela venait, fort mal avec le roi et avec la reine mère. Après, il lui fit dire par Mme du Fargis, dame d'atours, que si elle voulait, il la tirerait bientôt de la misère dans laquelle elle vivait. La reine, qui ne croyait point que ce fût lui qui la fît maltraiter, pensa d'abord que c'était par compassion qu'il lui offrait son assistance, souffrit qu'il lui écrivît, et lui fit même réponse, car elle ne s'imaginait pas que ce commerce produisit autre chose qu'une simple galanterie."

La jeune reine commença par trouver fort agréable les hommages de Richelieu et elle l'invita à venir bavarder sans sa chambre. Le cardinal rencontrait là Mme de Chevreuse, une ravissante blonde dont le tempérament causait quelque scandale, et l'on potinait pendant des heures. Quelquefois l'on dansait et Richelieur, qui était prête à tout pour conquérir le coeur d'Anne d'Autriche, aaccepta même un jour, de se laisser habiller en turlupin espagnol et d'esquisser une sarabande à la demande de la reine.Voici comment le compte de Brienne nous conte cette scène extraordinaire :

"La princesse et sa confidente, écrit-il, avoient en ce temps l'esprit tourné à la joie pour le moins autant qu'à l'intrigue. Un jour qu'elles causoient ensemble et qu'elles ne pensoient qu'à rire aux dépens de l'amoureux cardinal : "Il est passionnément épris, Madame, dit la confident, je ne sache rien qu'il ne fît pour plaire à Votre Majesté. Voulez-vous que je vous l'envoie un soir, dans votre chambre, vêtu en baladin ; que je l'oblige à danser ainsi une sarabande ; le voulez-vous ? Il y viendra - Quelle folie !" dit la princesse. Elle étoit jeune, elle étoit femme, elle étoit vive et gaie ; l'idée d'un pareil spectacle lui parut divertissante. Elle prit au mot sa confidente, qui fut du même pas , trouver le cardinal. Ce grand ministre, quoiqu'il eût dansla tête toutes les affaires de l'Europe, ne laissoit pas en même temps de livrer son coeur à l'amour. Il acepta ce singulier rendez-vous : il se croyoit déjà maître de sa conquête, mais il en arriva autrement. Boccau, qui étoit le Baptiste d'alors et jouoit admirablement du violon, fut appelé. On lui recommanda le secret : de tels secrets se gardent-ils ?
C'est donc de lui qu'on a tout su. Richelieur étoit vêtu d'un pantalon de velours vert, il avoit à ses jarretières des sonnettes d'argent; il tenoit en main des castagnettes et dansa la sarabande que joua Boccau.
Les spectatrices et le violon étoient cachés, avec Vautier et Béringhien, derrrière un paravent, d'où l'on voyoit les gestes du danseur. On rioit à gorge déployée; et qui pourroit s'en empêcher, puisque, après cinquante ans, j'en ris encore moi-même ?


Bientôt, Richelieu crut pouvoir passer à l'attaque :

"Le cardinal, dit Tallemant, qui voyait quelque cheminement à son affaire, lui fit proposer par la même Mme du Fargis, de consentir qu'il tînt auprès d'elle la place du roi ; que, si elle n'avait pas d'enfants, elle serait toujours méprisée et que le roi, malsain comme il était, ne pouvant pas vivre longtemps, on la renverrait en Espagne; au lieu que si elle avait un fils du cardinal, et le roi venant à mourir bientôt, comme cela était infaillible, elle gouvernait avec lui ; car il ne pourait avoir que les mêmes intérêts, étant père de son enfant ; que pour la reine mère, il l'éloignerait dès qu'il aurait reçu la faveur qu'il demandait.

Anne d'Autriche ne s'attendait pas du tout à une telle proposition. Stupéfaite et un peu affolée, elle comprit qu'elle avait commis une grave imprudence en laissant le cardinal lui faire la cour.

Le soir, Mme du Fargis alla voir Richelieu et lui apprit avec mille ménagement, car elle le savait fort susceptible, que la reine avait rejeté sa requête.
Le prélat fut déçu, à la fois en tant qu'homme car il désirait vivement commettre un voluptueux crime de lèse-majesté, et en tant que Premier ministre, car il croyait agir pour le bien du royaume en donnant un dauphin à la France
.[/size]
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MessageSujet: LOUIS XIII   Dim 26 Déc - 20:18

"Sans rien laisser paraître, il s'inclina.
- Allez dire à la reine que je regrette, dit-il simplement.

Pendant quelques semaines, il continua pourtant d'espérer : Anne d'Autriche lui plaisait tellement, nous dit-on, "qu'il fit tout ce qu'il put pour la voir une fois dans son lit ; mais il n'en put venir à bout".

Jamais la reine ne lui permit la moindre privauté.
Au contraire, elle devenait en sa présence d'une impressionnante dignité et le considérait d'un oeil glacé. Finalement, Richelieu comprit qu'il était évincé et en conçut une rage froide.


Un jour, pourtant, se trouvant seul avec Anne d'Autriche dans un cabinet, il ne put s'empêcher de lui "faire une discours passionné". La reine, excédée, allait lui répondre "avec colère et pépris", quane le roi entra brusquement.

- De quoi vous entreteniez-vous ? demanda-t-il à la reine.
- De fadaises !


Et elle sortit de la pièce sans jeter un regard au cardinal. Par la suite, nous dit Mme de Motteville, elle ne lui parla jamais de cette scène, "craignant de lui faire trop de grâce en lui témoignant qu'elle s'en souvenait".
(Cette anecdote est rapportée par Mme de Motteville, qui la tenait de la reine elle-même).


Richelieu rentra chez lui bien décidé à se venger.
Il devinait le troument que la chasteté imposée par le roi causait à la jeune femme et savait qu'un jour, immanquablement, elle tomberait amoureuse d'un garçon vigoureux.

La vengeance était toute trouvée : puisque Anne d'Autriche ne voulait pas de lui, il l'empêcherait d'être à un autre.
Dès ce moment, tout en dirigeant les affaires de l'Etat, il eut l'oeil fixé sur la vertu de la reine....


Un Anglais allait lui causer bien des ennuis. En 1625, le duc de Buckingham, jeune seigneur fort élégant de la Cour d'Angleterre, vint en France pour y négocier le mariage du roi Charles Ier avec Henriette soeur de Louis XIII.

Cette mission n'était d'ailleurs qu'un alibi, car le roi anglais l'avait chargé de former un parti destiné à protéger les Huguenots. Fin diplomate, il utilisa naturellement les femmes pour servir ses desseins.
En effet, Sauval nous dit que "pour réussir dans ce qu'il avoit prémédité, il jugea nécessaire de s'acquérir quelque familiarité chez les dames qui avoient quelque crédit à la Cour, étant bien persuadé qu'il est difficile aux personnes de leur sexe de cacher ce qu'elles ont de plus secret à ceux qui ont été assez heureux pour leur toucher le coeur".


Il entra en relation avec Mme de Chevreuse qui était depuis un an la maîtresse d'un sujet britannique, le comte de Holland, et devint rapidement un de ses familiers.
Par elle, il apprit que la jeune reine s'ennuyait et attendait secrètement un Prince Charmant. Le lendemain, il rencontra Anne d'Autriche et "eut grande envie de la tenir dans ses bras
".

La souveraine, de son côté, ne fut pas insensible au charme de ce gentilhomme athlétique qui semblait avoir toutes les qualités dont Louis XIII était dépourvu.
Elle ne chercha pas d'ailleurs à cacher son émotion et Buckingham s'en aperçut.


On le vit alors faire mille folies pour l'éblouir. Un soir, au cours d'une fête donnée par le cardinal, il parut avec un vêtement de bal orné de perles qu'il avait fait mal coudre exprès. Comme il s'inclinait devant Anne d'Autriche, ces joyaux se détachèrent un à un et roulèrent sur le parquet. Les courtisans se précipitèrent pour les ramasser et les lui tendirent.

- Merci, dit-il, avec un beau sourire un peu méprisant, gardez-les !

Ce geste amusa la reine qui souffrait tant de l'avarice de Louis XIII. Elle le lui dit et ils dansèrent ensemble avec un trouble évident. Lorsque la musique s'arrêta, leurs doigts étaient entrelacés. Ils les détachèrent lentement "en se regardant de façon brûlante, nous dit-on, et un peu déshonnête
".

Dans un coin du salon, Richelieu, livide, les épiait de son oeil de vautour.

A trois heures du matin, Anne d'Autriche et Mme de Chevreuse rentrèrent au Louvre. La reine encore émue d'avoir dansé avec Buckingham était dans un état de grande excitation. Lorsqu'elle fut dans son appartement, nous dit un chroniqueur, "cédant à un désir d'épanchement irrésistible, se laissant aller au besoin impérieux de caresser un être aimé, elle se mit à embrasser sa favorite en la serrant avec force sur son sein. Elle couvrit de baiser ses bras, ses épaules, sa gorge, qu'elle inondait de pleurs brûlants".

Les sentiments qui l'agitaient étaient si violents qu'elle se déshabilla entièrement, se coucha et demanda à Mme de Chevreuse de la rejoindre dans son lit.
Quand elles s'endormirent, le soleil était levé
."
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MessageSujet: LOUIS XIII   Dim 26 Déc - 20:44

"Les jours suivants furent très décevants pour Anne et Buckingham. Tous deux croyaient bien pouvoir s'aimer en toute tranquilité dans quelque chambre écartée et connaître la joie d'un bonheur illicite. Ils comptaient naïvement sans la haine de Richelieu.

Le cardinal, qui ne dormait pas depuis "que l'ambassadeur anglais flairait les appas de la reine", avait en effet chargé quesques-uns de ses hommes d'être constamment aux côtés d'Anne d'Autriche. Aussi, les deux amoureux ne purent-ils rien entreprendre de sérieux pendant les quinze jours que durèrent les négociations. Richelieu s'en réjouit, croyant que tout danger était écarté ; il devait bientôt déchanter...

Le 2 juin 1625, la princesse Henriette, qui devait aller retrouver son mari, quitta le Louvre accompagnée de Buckingham, Marie de Médicis, Anne d'Autriche et de toute une suite où se trouvait Mme de Chevreuse.

A Amiens, la future reine d'Angleterre devait dire adieu à sa famille. Il y eut quelques fêtes et, un soir, Mme de Chevreuse, qui souffrait de voir la reine privée d'amour - et se fût avec joie muée en entremetteuse pour le bonheur de son amie - organisa une petite promenade dans un parc.
(Auguste Bailly, qui dit : "Mme de Chevreuse s'était faite, en cette affaire, la protectrice de Buckingham, et voulait absomuement qu'Anne d'Autriche connût par lui les voluptés que le roi ne lui avait pas révélées
.")

La nuit de juin était douce et, grâce à la complicité de la duchesse, Anne d'Autrice se trouva bientôt seule avec Buckingham.
Le bel Anglais fut tellement troublé qu'il perdit la tête et "s'émancipa". Prenant la reine dans ses bras, il la poussa sur l'herbe, retroussa ses jupes d'un geste vif et "tenta de la déshonorer". Anne d'Autriche, effrayée par tant de brutalité, se débattit et appela au secours.


Toute la suite accourut.
La reine se jeta alors dans les bras de Mme de Chevreuse et, devant Buckingham un peu gêné, éclata en sanglots.

On devait apprendre par la suite que le galant dans son emportement, "lui avait écorché les cuisses avec ses chausses en broderies..."

Comme dit Mme de Motteville, jamais à court d'euphémismes, "le duc de Buckingham fut le seul qui eut l'audace d'attaquer son coeur".


Alors le groupe se resserra autour d'Anne, et des visages apparurent éclairé par la lune. Des visages étonnés, voire narquois, mais nullement bouleversés, l'incident n'ayant choqué personne. "Tous ces gens, nous dit un historien du temps, étoient accoutumés à en voir de toutes les couleurs à la Cour, aussi la plupart se contentèrent-ils de penser que le duc avoit une façon un peu vive de manifester ses sentiments".

Quand la reine retrouva quelques forces, elle appela Putanges, son écuyer, et le blâma :

- Vous êtes responsable de ce qui s'est passé, dit-elle, vous ne devez, en effet, sous aucun prétexte, vous éloigner de moi.

Et comme l'autre, piteux, baissait la tête, elle ajouta :

- Allez cependant dormir en paix ; cette affaire n'aura point de suites fâcheuses pour vous, car j'entends que le roi n'en sache rien.

Après quoi, elle prit la main de Mme de Chevreuse et se dirigea vers son logis. Le petit groupe les suivit silencieusement.


Pour tout le monde, la soirée avait été gâchée.
Pour tout le monde, mais surtout pour le duc, on en conviendra. Toute la nuit, honteux et désespéré, le malheureux chercha en vain le sommeil. A l'aube, enfin, il s'endormit, les yeux gonflés d'avoir trop pleuré.


Au même instant, le soleil commençait à éclairer les orties écrasées et les herbes flétries à l'endroit où la reine de France avait été culbutée comme une servante...
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Lun 27 Déc - 8:56

Merci pour le cadeau de Noêl !! Wink
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epistophélès

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MessageSujet: LOUIS XIII   Lun 27 Déc - 20:14

"Dans la matinée, Anne fit appeler Mme de Chevreuse pour lui dire son inquiétude. Elle craignait que malgré ses ordres, le roi ne fût informé de l'incident et redoutait sa jalousie.

A plusieurs reprises, elle s'emporta contre le duc - mais de telle façon que la confidente comprit qu'Anne reprochait surtout à Buckingham d'avoir été maladroit. Au lieu d'organiser une entrevue discrète au cours de laquelle elle se serait, avec ravissement, laissé manquer de respect, il l'avait obligée à se débattre et à crier ; il lui avait même fait courir le risque d'être surprise dans une posture gênante et elle lui en gardait rancune.


Et puis, ce geste inconsidéré n'avait-il pas irrémédiablement compromis leurs amours ?

- Jamais je ne pourrai plus demeurer en tête-à-tête avec lui, dit-elle. Il faut même qu'il parte sans essayer de me revoir.
A cette idée, elle ne put s'empêcher de pleurer...


Quelques jours plus tard, Henriette quitta Amiens pour se rendre à Boulogne, où elle devait embarquer.
Anne d'Autriche l'accompagna en carrosse et, à deux lieues de la ville, s'arrêta pour lui faire ses adieux. Lorsqu'elles se furent longuement embrassées, Buckingham s'approcha et vint prendre congé de la reine de France. Un instant, ils se regardèrent en silence. Tous deux étaient très pâles.
Puis le duc se pencha par la portière, à l'intérieur du carrosse et prononça quelques mots. Tout en parlant, il chiffonnait les rideaux de la voiture : on s'aperçut alors qu'il cherchait à dissimuler ses larmes.

Enfin, il s'inclina et regagna le cortège qui partait pour l'Angleterre.

Anne reprit le chemin d'Amiens. Son émotion était si grande que la princesse de Conti, qui se trouvait assise à ses côtés, dit en arrivant "Que, de la cienture au bas, elle pouvait répondre au roi de la vertu de la reine, mais qu'elle n'en disait pas autant de la ceinture en haut, parce que les larmes de cet amant (amant est, ici, bien entendu, pris au sens d'amoureux.) avaient dû atteindre son coeur et que, le rideau l'ayant cachée un moment à elle, elle soupçonnait ses yeux de l'avoir du moins regardé avec pitié".
Cette pitié fut-elle si grande qu'Anne consentit à donner un baiser au duc, comme le prétendent certains historiens ? Ce n'est pas impossible, et cela expliquerait l'acte insensé, extravagant, commis quelques jours après par Buckingham, décidément aveuglé par l'amour.

Laissons Mme de Motteville nous exposer les choses :


"La passion du duc de Buckingham lui fit faire encore une action bien hardie, que la reine m'a apprise et que la reine d'Angleterre m'a depuis confirmée, qui la savait de lui-même. Ce célèbre étranger étant parti d'Amiens, occupé de sa passion et forcé par la douleur de l'absence, voulut revoir la reine, quand même ce ne serait que pour un moment. Quoiqu'il fût près d'arriver à Calais, il fit dessein de se satisfaire en feignant d'avoir reçu des nouvelles du roi son maître qui l'obligeait d'aller à la Cour."

- Je dois porter un pli important à Sa Majesté la reine mère, dit-il.

Et sans autre explication, il abandonna Henriette, monta sur un cheval et retourna à Amiens au triple galop.


Après une courte visite à Marie de Médicis, il se précipita chez Anne d'Autriche et sollicita une audience. On lui répondit que la souveraine, ayant été saignée le matin, se trouvait couchée et ne pouvait le recevoir. Il insista et finit, après de longs pourparlers, par être introduit dans la chambre de la reine où se trouvaient les princesses de Condé et de Conti. Anne était au milieu d'un grand lit à baldaquin. En voyant entrer son cher Anglais, elle ne put s'empêcher de sourire et murmura :

- Quel fou ! ...

Pourtant, nous dit Mme de Motteville,
"elle fut surprise de ce que tout librement il vint se mettre à genoux devant son lit, baisant son drap avec des transports si extraordinaires qu'il était aisé de voir que la passion était violente et de celles qui ne laissent aucun usage de raison à ceux qui en sont touchés".


Très exalté, il éclata en sanglots et dit à la reine "les choses du monde les plus tendres".
Anne, à la fois émue et fort embarrassée par ces démontrations, ne savait quelle contenance prendre. Alors, une vieille dame, la comtesse de Lanoi, scandalisée par l'attitude du duc, intervint :

- Tenez-vous, monsieur ! Ce ne sont pas là des manières qui ont cours en France.
- Je suis étranger, répondit assez grossièrement Buckingham, et je ne suis pas obligé d'observer toutes les lois de l'Etat
.

Et il recommença à baiser amoureusement les draps en poussant de gros soupirs.

La scène devenait si burlesque le la reine en souffrit. Elle prit une voix sévère et, cachant son émotion, reprocha au duc de la compromettre par sa hardiesse. Puis, "sans être trop en colère", note Mme de Motteville, elle lui ordonna de se lever et de quitter la pièce. L'Anglais se redressa, salua profondément à plusieurs reprises et s'en alla, l'air égaré.


Le lendemain, il revit Anne d'Autriche en présence de toute la Cour, fit ses adieux et partit, "bien résolu de revenir en France le plus tôt qu'il lui serait possible".

Anne d'Autriche, Marie de Médicis et leur suite rentrèrent à Fontainebleau à la fin de juin. Louis XIII les accueillit froidement et la jeune reine comprit qu'il avait été mis au courant des événements d'Amiens.
Pas une fois, cependant, il n'y fit allusion ; et c'est par Mme de Chevreuse qu'Anne sut le lendemain qu'il avait chassé de la Cour tous les serviteurs qui se trouvaient avec elle dans le jardin...
Pour se venger, ceux-ci racontèrent à qui voulait les entendre que la reine n'était pas aussi innocente qu'elle le faisait croire et qu'elle aimait passsionnément Buckingham. Ces propos furent rapportés à Richelieu qui mijotait toujours dans son amertume de soupirant évincé, et des idées criminelles lui vinrent, paraît-il.


Deux mois passsèrent. Deux mois d'été pendant lesquels on organisa des fêtes brillantes, et le roi sembla oublier les imprudences commises par son épouse.
Mais, au début de septembre, Buckingham, qui se consumait loin d'Anne d'Autriche, demanda à revenir en France comme ambassadeur d'Angleterre.

Richelieu courut aussitôt chez Louis XIII et lui conseilla de s'opposer formellement au retour du duc.
Le roi obéit. Lorsqu'il sut qu'il était indésirable en France, Buckingham fut très malheureux et chercha un prétexte pour se rapprocher de la reine. Comme il n'avait pas l'habitude d'employer des moyens mesquins, il décida de brouiller les deux couronnes et de faire éclater une guerre, avec l'espoir insensé de pouvoir un jour venir à Paris pour y signer un traité de apix et revoir Anne...

La lutte que menait alors Richelieu contre les protestants allait bientôt lui fournir l'occasion qu'il cherchait.
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MessageSujet: LOUIS XIII   Lun 27 Déc - 20:42

POUR REVOIR LA REINE, BUCKINGHAM POUSSE LES ANGLAIS A SECOURIR LES PROTESTANTS DE LA ROCHELLE
Il est impossible d'être amoureux et sage en même temps. - BACON -

Pendant que Buckingham se morfondait à Londres, Anne d'Autriche, enfermée dans sa chambre, cherchait à se venger de Richelieu. En apprenant que le cardinal s'était opposé au retour en France du beau duc, elle était entrée dans une violent colère et n'avait pas caché à Mme de Chevreuse son intention de nuire par tous les moyens au Premier ministre.
Toujours aimable, sa pétulante amie s'était alors engagée à organiser un complot qui débarrasserait à tout jamais la France de ce fâcheux. Restait à trouver une idée...


Le destin, qui est un merveilleux auteur dramatique, fit alors entrer en scène un personnage qui allait permettre aux deux femmes de nourrir tous les espoirs : ce personnage était Monsieur, frère du roi, le beau Gaston d'Anjou, gai compagnon et coureur de filles, dont les exploits galants égayaient la Cour. Sans que rien fasse prévoir une telle aventure, ce don Juan posa tout à coup son regard sur sa jolie belle-soeur, respira profondément et fut animé d'un beau désir.

Abandonnant aussitôt les dames qui contentaient jusque-là ses dix-huit ans peu exigeants, il suivit la reine pas à pas et fit tant et si bien que la jalousie du roi, toujours en éveil, ne tarda pas à être piquée. Or Louis XIII ne se contenta pas d'imaginer qu'il était peut-être cocu ; toujours compliqué, il pensa que Gaston, héritier présomptif de la couronne, souhaitait sa mort pour épouser Anne, et il en conçut une vive irritation.

Sans prendre le temps de réfléchir, il fit appeler Richelieu, lui exposa la situation et conclut :

- Il faut marier Monsieur !

Le cardinal, qui était également jaloux de Gaston, approuva avec une suave perfidie.


Aussitôt, on se mit en quête d'une épouse pour le frère du roi, et la reine mère, consultée, suggéra de choisir Mlle de Montpensier qui était la plus riche héritière du royaume.

Le roi convoqua Gaston et l'informa de la décision qui venait d'être prise.

- Cette union est la seule que vous puissiez envisager pour votre bien et celui du royaume. Mon cousin M. le Cardinal, est d'ailleurs de cet avis.

Monsieur était peu pressé de quitter le célibat ; il refusa catégoriquement de se marier et s'en alla fort irrité contre Richelieu.


Lorsqu'elles furent au courant de cette affaire, la reine et sa confident comprirent que Louis XIII venait de leur donner l'allié qu'elles espéraient...

Or, par un hasard prodigieux, Mme de Chevreuse était poursuivie depuis quelque temps par le jeune Henri de Talleyrand, marquis de Chalais et frand maître de la garde-robe du roi, qui se trouvait être l'ami intime de Gaston.

Elle l'appela, le cajola, lui fit quelques agaceries propres à amoindrir ses facultés et lui dit d'un ton de petite fille :

- Vous prétendez que vous m'aimez, mais vous n'avez jamais cherché à me faire plaisir.

L'autre, avait à ce moment les yeux exorbités. Il répondit en haletant qu'il n'avait pas d'autre but dans la vie.

- Demandez-moi ce que vous voulez, bredouilla-t-il.

Alors elle l'informa des intentions de la reine et le chargea d'exciter la colère de Monsieur contre le cardinal.

- Si vous réussissez, promit-elle, vous aurez votre récompense.

Chalais, très énervé, courut trouver le frère du roi, répéta tout ce que Mme de Chevreuse lui avait soufflé, et annonça que de nombreuses personnes à la Cour étaient disposées à aider l'homme qui voudrait abattre Richelieu.

Gaston, qui détestait le cardinal fut séduit. Il consentit à rencontrer la confident de la reine, et l'extraordinaire complot dont cette petite femme turbulente allait âtre l'âme, fut rapidement organisé.

On décida que le 11 mai de cette année 1626, Monsieur, accompagné de quelques gentilshommes de ses amis, irait déjeuner au château de Fleury, près de Fontainebleau, où demeurait Richelieu, et qu'au cours du repas les convives feindraient de se disputer. Tirant alors leurs épées, ils feraient mine de se battre et, dans le feu de la lutte, transperceraient le cardinal, comme par mégarde.


[color=violet]Après quoi on envisageait calmement de soulever le peuple de Paris, de s'emparer de la Bastille, de déposer Louis XIII avec l'espoir qu'il mourrait de chagrin, de le replacer par Gaston et de marier celui-ci à la reine. Ce plan extravagant plaisait beaucoup aux conjurés. Hélas ! l'amour, une fois de plus, allait tout faire échouer....[/color]
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MessageSujet: LOUIS XIII   Mar 28 Déc - 5:16

Tandis que Monsieur, auquel s'étaient joints le prince de Condé, César et Alexandre de Vendôme, prenait ses dernières dispositions, Chalais se rendit chez Mme de Chevreuse pour recevoir la savoureuse récompense qu'on lui avait promise.
La confidente mit le jeune homme dans son lit et s'ingénia à lui prouver que sa réputation d'amoureuse ardente n'était pas surfaite.
Mal lui en prit, car le pauvre sortit "de la chambre du péché" dans un tel état de déficience physique et intellectuelle que, ne sachant plus ce qu'il faisait, il alla raconter tout ce qui se préparait à son oncle, le commandeur de Valançay.
Celui-ci ne comprenait pas la plaisanterie.


- Vous allez m'accompagner chez le cardinal, lui dit-il, et vous révélerez ce que vous savez.

A Fleury, Chalais, effondré, avoua tout : Richelieu remercia et courut se réfugier à Fontainebleau.


Le soir même, les conjurés étaient informés de la trahison. Cette nouvelle provoqua chez eux un grand affolement. Monsieur, sautant sur son cheval, s'en fut à la chasse. Condé alla se jeter aux pieds du premier ministre et les Vendôme prirent la fuite.
Restait Chalais. Il fut arrêté.

Dans sa prison, il reçut la visite de Richelieu, qui posa sur lui ses yeux froids et lui dit :

- Si vous avouez que la reine dirigeait le complot, vous aurez la vie sauve.

Chalais avoua. Il le regretta d'ailleurs quelques jours plus tard, lorsqu'on vint le chercher pour conduire à l'échafaud.


Après la mort de ce faible jeune homme, Gaston, pris de peur, alla trouver Louis XIII et rejeta la responsabilité de la conspirtation sur le maréchal d'Ornano, les Vendôme, Mme de Chevreuse et Anne d'Autriche, dont il était pourtant devenu l'amant.

Ornano et les Vendôme furent arrêtés, Mme de Chevreuse chassée du royaume et la reine convoquée devant un tribunal composé du roi, de Marie de Médicis et de Richelieu.

- Vous avez voulu me reléguer dans un couvent et peut-être m'ôter la vie, dit Louis XIII, ensuite vous avez voulu élever mon frère sur le trône et devenir son épouse ; qu'avez-vous à répliquer ?
- C'est faux, répondit-elle fièrement. Je n'aurais pas assez gagné au change.


Furieux, le roi quitta la pièce et Anne regagna sa chambre. La brouille entre les époux était définitive.
(Louis XIII demeura toujours persuadé de la culpabilité de sa femme et, lorsqu'en pleurant elle viendra lui jurer, à son lit de mort, qu'elle était innocente de ce qu'on lui avait reproché, il dira : "Dans l'état où je suis, je dois lui pardonner, mais je ne suis pas obligé de la croire".)


Le 5 août, Monsieur, qui s'était réconcilié avec son frère et avait reçu en échange de cette trahison le duché d'Orléans, se maria avec Mlle de Montpensier.
Alors la pauvre reine resta seule, triste d'avoir vingt-cinq ans et d'en profiter si mal
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LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO
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