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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO

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AVENIR

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MessageSujet: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 16 Oct - 18:29

"A ONZE ANS, LA REINE MARGO AVAIT DEUX AMANTS (Aussi mouvante que le mercure, elle branlait pour le moindre objet qui l'approchait - Palma Cayet)

Le 24 mai 1553, au début de l'après-midi, un groupe de valets sortit en courant du château de Saint-Germain-en-Laye et s'élança dans le jardin en criant joyeusement :
- La reine entre en gésine (est en train d'accoucher) !

Tous les courtisans qui digéraient calmement sur la terrase en contemplant le cours de la Seine se levèrent aussitôt et bondirent vers la chambre de Catherine de Médicis.

Quelques instants plus tard, une foule compacte se pressait autour du lit où la Florentine s'agitait de façon désordonnée.
Uun hurlement vint annoncer aux assistants ravis qu'ils ne s'étaient pas dérangés pour rien.


D'un geste vif, le médecin retira les draps et se penchhas avec des airs de pince-sans-rire, sur le ventre nu de Sa Majesté, tandis que les dames d'atours essayaient de contenir les gentilshommes qui ne voulaient rien perdre du spectacle.
Finalement, la reine accoucha d'un gros bébé que le praticien montra à l'assemblée.

- C'est une fille, dit-il, après avoir jeté un coup d'oeil connaisseur.
Un dame de compagnie prit l'enfant, la présenta à Henri II et à Diane de Poitiers (les enfants de France étaient toujours présentés à la maîtresse du roi)., puis la mit dans un verceau où ses trois frères, le futur François II, âgé de neuf ans, le futur Charles IX, âgé de trois ans, et le futur Henri III, qui avait tout juste dix-huit mois, vinrent la contempler.

- Nous l'appellerons Marguerite, dit le roi.

Par un amusant signe du destin, on donnait ainsi à cette petite fille, qui allait devenir la plus grande séductrice de notre histoire, précisément le nom de la fleur dont se servent les amoureux pour mesurer leurs sentiments. "Un peu, beaucoup, passionément, à la folie..."Elle, c'est à la folie qu'elle devait aimer l'amour durant toute son existence."
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 16 Oct - 18:31

"Pendant les années de la première enfance, Margot vécut chastement et l'on put croire qu'elle serait une petite fille comme les autres : elle jouait à la poupée sans y ajouter cette perversité qui fait la joie des psychanalystes et ne montrait aucune curiosité déplacée.

A onze ans, tout changea. Un feu assez vif la troumenta au bon endroit et elle commença à lorgener les garçons d'une façon qui inquéta son entourage.

Alors, nous dit Brantôme, "Catherine de Médicis, constatant qu'elle étoit d'un sang chaud et bouillant, lui fit user ordinairement ent tous ses raps de jus de vinette, qu'on appelle en France oseille".

Le remède ne semble pas avoir été très efficace, car Marguerite eut alors deux amants.
Ces pionniers se nommaient Antragues et Charins.
Dans quel ordre se présentèrent-ils ? La petite histoire est muette sur ce point important, et l'on ne saura jamais lequel des deux à essuyé les plâtres...

Voici, en effet, ce que nous dit l'auteur du Divorce satirique: "Auquel êge (à onze ans) Antragues et Charins eurent les prémices de sa chaleur, qui augmentant tous les jours, et eux n'étant point suffisants à l'éteindre, - encore que Antragues y fit un effort qui lui a depuis abrégé la vie, - elle jeta l'oeil sur Martigues, et l'y arrêta si longtemps qu'elle l'enrôla sous son enseigne."

Ce troisième amant venait la retrouver dans les fourrés du parc de Saint-Germains-en-Laye et lui donnait d'enivrantes leçons de choses...

Pendant quelques années, la fillette s'amusa ainsi avec différents gentilshommes, sans avoir le moins du monde l'impression de commettre une faute.

Elevée au milieu des demoiselles de l'Escadron Volant, (courtisanes très belles, que Catherine de Médicis avait choisies pour séduire des hommes influents afin qu'ils se rallient à sa cause) il lui paraissait, en effet, tout naturel de se laisser aller à ses instincts, et d'entrer dans le lit des jeunes gens qu'elle trouvait plaisants...

L'amour, pour elle, n'avait pas le goût du péché, et elle s'y livrait joyeusement, ignorant les contraintes qui créent les refoulements.

Tout lui semblait simple, permis, et elle considérait sans trouble les situations galantes les moins orthodoxes.

C'est ainsi qu'elle devint à quinze ans la maîtresse de ses trois frères.
Certains historiens particulièrement pudibonds refusent de croire à ces affreuses turpitudes ; poutant l'auteur du Divorce satyriqueest, à ce sujet, formel : "Elle ajouta tôt après à ses sales conquêtes, ses jeunes frères, dont l'un, à savoir François (future duc d'Alençon), continua cet inceste toute sa vie ; et Henri l'en désestima tellement que depuis il ne la put aimer".

Cette accusation est d'ailleurs confirmée par Agrippa d'Aubigné :

Les trois en même lieu ont à l'envi porté
La première moisson de leur lubricité :
Des deux derniers après la chaleur aveuglée
A sans doute hérité l'inceste redoublé
.
"
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 16 Oct - 18:33

Bon, je continue.

"Enfin, nous avons un aveu de Marguerite, elle-même : apprenant un jour que son frère, devenu Henri III, lui reprochait sa conduite, elle s'écria : "Il se plaint que je passe mon temps à faire l'amour ; hé ! ne sait-il pas que c'est lui qui m'a mise le premier au montoir ?"

Cet amour incestueux fut d'ailleurs à l'origine d'un ordre religieux, ce qui consolera les esprits chagrins.

En effet, du Vair nous conte que "l'évêque de Grasse, premier aumônier de la feue reine Marguerite, dit avoir appris d'elle fort confidentiellement que l'Institution de l'Ordre du Saint-Esprit avait été faire pour l'amour d'elle, et de fait que les couleurs de l'Ordre étaient les siennes propres, savoir est : le vert naissant, le jaune doré, le blanc et le bleu-violet ; que les chiffres des doubles M étaient pour elle, comme aussi les A et les H pour le roi Henri III ; qu'en effet, il l'avait grandement aimée sans qu'elle y eût aucune inclination, et qu'il n'avait jamais joui d'elle que par force..."C'est ainsi que, jusqu'en 1830, de graves messieurs perpétuèrent, sans le savoir, le souvenir d'un affligeant désordre.

Lorqu'elle eut dix-huit ans, les hommes furent tellement attirés par sa beauté que Marguerite n'eut plus que l'embarras du choix. Brune aux de de jais, elle avait "un regard capable d'embraser le monde" et une peau "lblanche comme lait" qu'elle s'amusait à faire valoir en recevant ses amants dans un lit recouvert de mousseline noire...

Les vêtements qu'elle portait étaient, d'ailleurs, d'une rare impudicité, car elle entendait ne rien cacher de ses charmes. "Ces beaux accoutrements et belles parures, dit Brantôme, qui fut amoureux d'elle, n'osèrent jamais entreprendre de couvrir sa belle gorge ni son beau sein, craignant de faire tort à la vue du monde qui se posait sur un si bel objet ; car jamais n'en fut vue si belle ni si blanche, si pleine ni si charnue, qu'elle montrait si à plein et si découverte que la plupart des courtisans en mouraient, voire des dames que j'ai vues, aucunes de ses plus privées avec sa licence la baiser par un grand ravissement".

C'est alors qu'elle tomba amoureuse de son cousin Henri de Guise, beau blond, âgé de vingt ans.

Ardents tous deux et pas plus pudiques que dde jeunes chiens, ils se livraient aux jeux d'amour là où le désir les prenait, que ce fût dans une chambre, un jardin ou un escalier. On les surprit même un jour dans un couloir du Louvre, alors qu'ils "faisaient le péché du monde..."
(Leur intimité était si publique, que le bruit courait qu'ils avaient contracté un mariage secret - DAVILA, Histoire des Guerres civiles de la France, Londres, 1755)

Charles IX, qui régnait alors, ignora cette idylle un peu poussée, jusqu'au 25 juin 1570. Ce jour là, à cinq heures du matin, M. du Gast vint le réveiller et lui remit une lettre. L'esprit "mal dégagé des brumes du sommeil", le roi prit le papier et commença à lire.

Son cerveau se clarifia brusquement comme sous l'effet d'une bouffée d'ammoniaque, lorsqu'il comprit qu'il avait entre les mains un billet écrit par Marguerit et destiné au duc de Guise. Les termes en étaient si crus, si gaillards, qu'ils ne laissaient aucun doute sur la nature des relations existant entre les correspondants.

Or le roi détestait M. de Guise, auquel il reprochait d'être intelligent et spirituel.

A la pensée que ce bellâtre, qui représentait avec tant d'éclat la puissante Maison de Lorraine, avait pu séduire sa soeur, il devint comme fou. Sans prendre le soin de s'habiller, il courut en chemise de nuit jusque chez Catherine de Médicis.

- Lisez, dit-il.


La reine mère, on le sait, avait l'esprit tourné vers l'intrique. Là où Marguerite ne voyait qu'une aventure exaltante et propre à calmer ses sens, la Florentine soupçonna une machination.

Et pour exciter la colère du roi elle déclara que Guise n'avait agi que par ambition, à seule fin de devenir un jour le mari d'une fille de France
.

- C'est un crime de lèse-majesté ! s'écria-t-elle.

Un garde alla chercher Marguerite qui arriva, les yeux bouffis de sommeil. Dès qu'elle eut pénétré dans la chambre, le roi et la reine se jetèrent sur elle.

A coups de pied, à coups de poing, ils l'assommèrent en la traitant de "drouine, sac de nuit et blanchisseuse de tuyaux de pipe"...Ce qui, on en conviendra, n'était pas des appellations pour une fille de roi.

Marguerite sortit de leurs mains le nez en sang, le visage tuméfié, les cheveux en désordre et les vêtement en lambeaux.


Son aspect était si lamentable que Catherine eut peur qu'on soupçonnat ce qui venait de se passer et prit soin de réparer les dégâts au moyen de compresses et d'eau douce. Enfin, pendant une heure, elle s'efforça de recoudre elle-même la robe déchirée...

Si Catherine était apaisée par la correction qu'elle venait de donner, Charles IX ne l'était point.

Il appela son frère naturel, le bâtar d'Angoulême, et le chargea d'assassiner le duc, au cours d'une partie de chasse qui devait avoir lieu le lendemain.

- Voici deux épées, lui dit-il, il y en a une pour te tuer si demain tu ne tues pas Henri de Guise !


Heureusement, Marguerite eut vent de la chose et prévint son amant qui resta chez lui.
Quelques semaines plus tard, pour faire croire que leur liaison était finie, elle le poussa en outre à épouser Catherine de Clèves, veuve du prine de Porcain...


Le bel Henri accepta cette prudente solution avec d'autant plus de docilité qu'il couchait secrètement dans le lit de la princesse depuis quelque temps déjà ..."
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 16 Oct - 18:35

Pour éviter le retour de tels incidents, il fallait trouver au plus tôt un mari pour Marguerite. La reine mère pensa alors au fils de feu Antoine de Bourbon, le jeune Henri de Navarre (futur Henri IV), que l'on n'avait pas encore surnommé le Vert-Galant, mais dont tout le monde connaissait le goût pour le déduit.

Jeanne d'Albret, mère de Henri, fut pressentie.

C'était une protestante austère, pudibonde et soupçonneuse, qui méprisait les femmes fardées, portait des cols rigides et sentait un peu le rance.

Elle s'inquéta à la pensée que son fils pourrait être corrompu par les moeurs de la Cour et fit dire à la reine mère qu'elle ne voulait pas de ce mariage
.

Catherine devina la peur de Jeanne. Elle lui écrivit une lettre pleine de douceur et l'invita à venir passer quelques jours à Chenonceaux. "Vous ne devez avoir aucune crainte," ajoutait-elle un peu maladroitement, "car je vous aime et ne vous veux point de mal".

La reine de Navarre fut piquée. Elle répondit :

"Je ne sais pourquoy, Madame, vous me mandés que voulés avoir mes enfants et moy et que ce n'est pas pour nous faire mal ; pardonnés-moy si, lisant ces lettres, j'ay eu envie de rire ; car vous me voulés assurer d'une peur que je n'ay jamais eue, et ne pensay jamais, comme l'on dit, que vous mangissiés les petits-enfants."


Voyant que les négociations étaient mal engagées, Catherine envoya MM. de Biron et de Quincey à Nérac, avec mission d'arranger les choses.

Après plusieurs semaines de pourparlers difficiles, Jeanne d'Albret accepta de venir à la Cour de France pour y parler de l'avenir de "ces chers petits".

Elle arriva à Chenonceaux le 12 février 1572 et Catherine l'accueillit avec de grands transports d'amitié
.

Mais les deux femmes étaient pareillement fourbes et les discussions ne tardèrent pas à prendre un tour déplaisant.

Divisées sur le chapitre de la religion, elles se heurtaient sans cesse avec une méchanceté qui les rendait malades à tour de rôle.

Naturellement, Jeanne d'Albret était la plus sectaire. Elle entendait ne parler du mariage qu'après avoir converti tout le monde au protestantisme.

- Dans ce cas, répliquait Catherine, je veux que M. Calvin devienne catholique...


La reine de Navarre ne goûtait pas ce genre de plaisanteries et, un soir, excédée, elle envoya une très curieuse lettre à son Henri qui était resté à Nérac :

Mon fils... La royne mère me traite à la fourche ... Elle ne fait que se moquer de moy et dire à chacun le contraire de ce que je lui ay dict, de sorte que mes amis m'en blasment, et ne sçai comment desmentir la royne.
Car quand je luy dis :"Madame, l'on dit que je vous ay tenu tel et tel propos", encore que ce soit elle-mesme qui l'ait
dit, elle me le renie comme beau meurtre et me rit au nez et m'use de telle façon que vous pouvés dire que ma patience passe celle de la Grisélidis.

Je m'assure que, si vous sçaviés la peine en quoy je suis, vous auriés pitié de moy ; car l'on me tient toutes les rigueurs du monde et des propos vains et moqueries, au lieu de traiter avec moy avec gravité, comme le faict le mérite
.
De sorte que je crève parce que je ne suis si bien résolue de ne me courroucer point que c'est un miracle de voir ma patience... Je crains bien de tomber malade, car je ne me trouve guère bien.

J'ay trouvé votre lettre à mon gré, je la montrerai à Madame (Marguerite) si je puis.

Quant à sa peinture, je l'envoieray quérir à Paris. Elle est belle et bien advisée et de bonne grâce, mais nourrie en la plus maudite et corrompue compagnie ; car je n'en vois poinct qui ne s'en sente.

Ce porteur vous dira que le roy s'émancipe, c'est pitié.

Je ne voudrois pas pour chose au monde que vous fussiés icy pour y demeurer.

Voilà pourquoy je désire vous marier et que vous et vostre femme vous retiriés de ceste corruption. Car, encore que je la croyais bien grande, je la trouve davantage. Ce ne sont pas les hommes icy qui prient les femmes, ce sont les femmes qui prient les hommes.

Si vous y estiés, vous n'en eschapperiés jamais sans une grande grâce de Dieu.

Je vous envoie un bouquet pour mettre sur l'oreille puisque vous estes à vendre et des boutons pour un bonnet
...
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 16 Oct - 18:37

Au fond, Jeanne d'Albret était très fière de marier son rustaud de fils à la soeur du roi de France ; aussi finit-elle par s'entendre avec Catherien. Et le mariage eut lieur le 18 août 1572 devant le porche de Notre-Dame où le Clergé, pour plaire à tout le monde, officia d'une façon qui n'était conforme aux usages d'aucune religion...

Au cours de la cérémonite, il se passa un incident qui en dit long sur la brutalité du roi.

Au moment de répondre "oui", Marguerite, qui n'éprouvait aucun attrait pour ce Gascon mal lavé, jeta un regard désespéré vers ses frères et hésita. Alors Charles IX, qui se trouvait derrière elle, lui donna un coup de poing dans la nuque.La douleur fit baisser la tête de la mariée, et le prêtre crut à un signe d'assentiment...

Ce mariage avait attiré naturellement un nombre considérable de protestants qui furent tous assassinés cinq jours plus tard, lors de la Saint-Barthélémy (durant cette nuit tragique, un incident peu connu se produisit dans la chambre de la nouvelle mariée. Un Huguenot (un protestant), poursuivi par des archers, vint s'y réfugier et se cacha dans le lit où elle se trouvait. Apitoyée, Marguerite obtint sa grâce du capitaine des gares. On ne dit pas comment le gentilhomme manifesta sa reconnaissance à sa protectrice...)

C'est pourquoi Charles IX, au lendemain du massacre, éclata de son gros rire vulgaire et s'écria :

- Teh ! Que c'est gentil c... que celui de ma grosse Margot. Par le sang Dieu, je ne pense pas qu'il y en ait encore un au monde de même, il a pris tous mes rebelles de Huguenots à la pipée.

Il allait en prendre bien d'autres
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 16 Oct - 18:39

"LA REINE MARGOT RECUEILLE LA TÊTE DE SON AMANT

DEPUIS la Saint-Barthélemy, Henri de Navarre, qui avait abjuré le protestantisme pour conserver la vie, était l'objet d'une surveillance constante.

Catherine de Médicis, en effet, se méfiait.


Elle avait raison ; car, tandis que Marguerite suivait dans leur lit tous les messieurs qui lui faisaient signe, Henri, conspirait.
Avec Montmorency, Turenne, Guitry-Bertichère, il avait mis sur pied une organisation dont le but était de détrôner le maladif Charles IX, d'évincer le duc d'Anjou, devenu roi de Pologne, et mettre sur le trône François, duc d'Alençon, dernier fils de Catherine de Médicis.

Celui-ci était jaloux, ambitieux, méchant. Il s'entoura d'hommes de main capables de tuer les gêneurs ou les indiscrets et prépara la prise du château de Saint-Germain-en-Laye où se trouvait le roi.

Mais, nous dit le duc de Bouillon (mémoires), "parmi toutes ces choses, il y avait des amours mêlées qui font ordinairement à la Cour la plupart des brouilleries et s'y passent peu ou point d'affaires que les femmes n'y aient part et le plus souvent sont causes d'infinis malheurs à ceux qui les aiment et qu'elle aiment"

Parmi les favoris du duc d'Alençon, se trouvait le signeur Boniface de La Mole, célèbre comme danseur et for aimé des dames. "M. le duc sont maître, nous dit Pierre de l'Estoile, lui portait une amitié et une faveur extraordinaires, au contraire, il était haï et mal voulu du roy, pour quelques particularités fondées plus sur l'amour que sur la guerre, étant ce gentilhomme meilleur champion de Vénus que de Mars, au reste, grand suspersititieux, grand messier et grand putier (comme disaient les Huguenots).

à la vérité il ne se contentait d'une messe tous les jours, ainsi en oyait-il trois ou Comme quatre ; et quelquefois cinq et six, même au milieu des armées, chose rare à ceux de sa profession ; et lui a-t-on ouï dire que, s'il y eût failli un jour, il eût pensé être damné.

Le reste du jour et de la nuit, il l'employait à l'amour ayant cette persuasion que la messe ouïe dévotement expiait tous les péchés et paillardises qu'on eût su commettre, de quoi, le feu roy, bien averti, a dit souvent en riant que qui voulait tenir registres des débauches de La Mole, il ne fallait que compter ses messes.Ce dévot lubrique était fait pour s'entendre avec Marguerite, qui passait elle-même facilement de l'église à l'alcôve et allais se coucher près de ses amants, les cheveux encore imprégnés d'encens.

Un jour, il la rencontra, moulée dans une robe de brocart, le corsage ouvert, laissant voir cette gorge "pleine et charnue, dont mouroient tous les courtisans", et il en tomba immédiatement amoureux...

Si amoureux qu'il se défia de lui-même, oublia qu'il était beau et se persuada qu'une intervention céleste pouvait seule lui faire obtenir les faveurs de Marguerite.

Alors il eut l'idée curieuse -paradoxale, il faut l'avouer - de s'adresser pour cela à la Sainte-Vierge...

Pendant des jours, il égrena avec rage des chapelets, sans obtenir d'autre résultat qu'un durillon au bout de l'index.

Dégoûté, il décida de s'adresser au démon et demanda à Cosimo Ruggieri, magicien de Catherine de Médicis, d'envoûter Marguerite.

Cosimo modela une statuette de cire à la ressemblance de la princesse, lui plaça une couronne sur la tête et lui piqua l'emplacement du coeur avec un pépin de raison en récitant une formule en hébreu...

Certain de la puissance de ce charme, La Mole, dès le lendemain, se présenta avec un air avantageux devant Marguerite. La volcanique reine de Navarre avait remarqué Boniface depuis longtemps.


Séduite par ce bel homme, elle avait senti s'allumer en elle une espèce de feu "qui lui embrasait le bijou", et elle attendait avec impatience qu'il voulût bien lui faire un signe...Ce jour là, il se permit un regard un peu insistant.
L'ffet dépassa ses espérances. Marguerite bondit sur lui, le prit par la main et le traîna dans sa chambre, où leurs amours furent si peu discrètes que, deux heures plus tard, toute la Cour savait que la reine de Navarre avait un amant de plus.

Charles IX en fut avisé aussitôt. La nuit suivante, il se posta dans un escalier en compagnie de Henri de Guise, ex-amant de Marguerite, et attendit, l'épée à la main, avec l'intention de tuer La Mole ; mais personne ne parut.

Prévenu, sans doute des desseins du roi, le galant passa la nuit entière chez la reine de Navarre...
"
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 16 Oct - 18:41

]]"La Mole était provençal. Sur l'oreiller, il ne put s' empêcher de parler à Marguerite du complot ourdi par Henri de Navarre et du rôle important qu'il aurait personnellement à jouer dans cette affaire avec un de ses amis nommé Coconas, amant de la duchesse de Nevers.
Marguerite fut effrayée. Etant fille de roi, elle savait que tout désordre portait préjudice à la couronne, et, malgré son amour pour La Mole, elle alla prévenir Catherine de Médicis.
Immédiatement, le duc d'Alençon et le roi de Navarre furent enfermés dans leurs appartements, tandis que l'armée recevait l'ordre de marcher contre les révoltés de Normandie, du Midi et du Centre.

Voyant que tout était perdu, le duc d'Alençon alla se jeter aux pieds de Catherine, pleura, demanda grâce et accusa La Mole et Coconas d'être à l'origine de la conspiration.

De son côté, Henri de Navarre se prétendit offensé par les calmnies dont il était l'objet et se défendit avec habilité.


Les deux chefs du complot furent donc lavés de tout soupçon, et la colère du roi retomba sur La Mole et Coconas... Les malheureux allaient payer pour tout le monde.

Par un beau jour de mai 1574, ils eurent la tête tranchée en place de Grève ; puis leurs corps furent coupés en quatre quartiers et accrochés aux portes de la ville, afin de fournir un spectacle intéressant au menu peuple...

Lorsque la nuit fut tombée, la duchesse de Nevers et Marguerite, qui avait tout de même quelques remords, envoyèrent un de leurs amis, Jacques d'Oradour, racheter les têtes au bourreau. Ayant baisé leurs lèvres froides, elles les rangèrent avec soin dans un tiroiret, le lendemain les firent embaumer.

A près quoi, nous dit un chroniqueur, "elles remplirent la bouche des défunts avec des pierreries qui venaient d'eux et enveloppèrent ces têtes dans leurs plus riches jpes ; puis, les ayant fait couvrir de plomb et de caisses de bois, firent faire des outils exprès, creusèrent elles-mêmes avec iceux des fosses à Montmartre, "parce qu'ils étaient leurs martyrs, et y mirent ces têtes".

Les restes de La Mole et de Coconas devaient avoir un curieux destin... Voici en effet ce que nous dit Bassompierre dans ses Mémoires :

"En ces derniers temps, Madame de Montmartre, qui a réformé son abbaye et renfermé ses religieuses, a fait faire un grand clos ; comme on y faisait les murailles, et fouissant, on a trouvé ces deux caisses, et dedans, ces deux têtes avec ces joyaux : on a pieusement cru que ce devaient être les têtes de quelques martyrs pour la foi, que le zèle des chrétiens avait autrefois enterrées en ce lieu, et mis ces bagues dans ces mêmes caisses ; et ainsi ils ont été relevés, la chapelle des martyrs bâtie et ces têtes enchâssées et révérées..."
Comme quoi l'amour mène parfois au ciel...
Pendant quelques jours, Marguerite essaya consciencieusement d'être fidèle à la mémoire du cher disparu.

Ses efforts étaient louables, car de nombreux jeunes gens tournaient déjà autour d'elle avec un air un peu trop poli pour être honnête.


Et sans doute eût-elle rapidement oublié son deuil dans le lit de l'un d'eux, si elle n'avait pris le soin de porter une petite tête de mort à son revers de corsage en guise de pense-bête (Marguerite tenait des Valois des goûts assez morbides. Tallemant des Réaux nous dit "qu'elle portait un grand vertugadin qui avait des pochettes tout autour, en chacune desquelles elle mettait une boîte où était le coeur d'un de ses amants trépassés ; car elle était soigneuse, à mesure qu'ils mouraient, d'en faire embaumer le coeur...").Mais les meilleurs sentiments ne résistent pas longtemps aux poussées d'une nature généreuse.

Marguerite se sentit, au bout d'une semaine, dans un état de grande surexcitation qui la gênait pour trouver ses mots et l'empêchait de s'asseoir.

Il lui fallait un calmant. Elle le trouva en la persoone d'un garçon de la Cour, nommé Saint-Luc, qui était réputé pour son intarisssable vigueur.

En quelques séances, il apaisa le tourment de Margot.


Alors la jeune reine recommença à fréquenter les bals.

Un soir, elle rencontra le beau Charles de Balzac d'Entragues et devint sa maîtresse.

Elle ignorait que ce gentilhomme était poussé vers elle par le duc de Guise, qui voulait ainsi la rapprocher de son parti..
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Sam 16 Oct - 18:43

........... La Cour était alors à Lyon, où l'on fêtait l'arrivée de Henri III qui rentrait de Pologne (Charles IX était mort le 30 mai 1574, à l'âge de vingt-quatre ans).

Le roi aimait toujours sa soeur d'un amour un peu trouble : en apprenant qu'elle partageait le lit de d'Entragues, il éprouva une vive irritation et imagina de pousser Henri de Navarre à se montrer un peu plus soucieux de sa dignité de mari... Par la même occasion il pensait pouvoir lui révéler les jeux incestueux que Marguerite avait eus avec le duc d'Alençon et diviser ainsi les deux chefs du récent complot.

Le pauvre ne se doutait pas que Navarre était parfaitement au courant de la conduite de sa femme et qu'il en profitait pour se livrer sans remords à la débauche la plus effrénée.

Un jour, le roi prit le Béarnais dans son carrosse, l'emmena en promenade et, comme par hasard, le fit passer dans la rue où habitait d'Entragues.

Devant la porte de celui-ci se trouvait le carrosse de Marguerite, aisément reconnaissable à sa couleur dorée et à ses coussins de velours jaune.

- Ta femme est là, avec son amant, dit le souverain.

Navarre sourit, un peu gêné.

Le soir, Marguerite, mise au courant, courut chez sa mère pour se plaindre de l'attitude de Henri III.
Celui-ci, reçut une verte semonce de Catherine de Médicis et dut faire des excuses à tout le monde après avoir déclaré qu'il avait dû se tromper sur la couleur du carrosse...
Rolling Eyes

Si la machination n'avait pas atteint son but, elle avait du moins ouvert les yeux de Marguerite sur la duplicité de son frère.

Pendant quelques jours, elle fut d'une sagesse exemplaire, évitant de regarder les messieurs pour n'être point tentée.

Mais la chasteté n'était pas un état dans lequel elle se trouvait à l'aise.

Un beau soir, elle devint la maîtresse de Louis de Clermont d'Amboise, seigneur de Bussy.


C'était un élégant jeune homme, "escalabreux, brave et vaillant", qui passait son temps à se battre en duel et à entrer dans le lit des jolies femmes de la Cour.

Il possédait d'ailleurs, nous dit Merki "un livre d'heures dans lequel il avait retracé l'histoire de tous les maris infortunés de sa connaissance en ajoutant un hymne à la louange de chacun".


Au contact de Marguerite, ce bouillant garçon se déchaîna et ce ne fut entre eux que "concupiscence effrénée, conjonction cachée et consommation à l'écart".

Bientôt, ils commirent des imprudences.

Un soir, quelqu'un les aperçut, alors "qu'il la baisait toute en jupe sur la porte de sa chambre".

Henri III ne tarda pas à être mis au courant des curieuses distractions que Marguerite s'offrait dans les couloirs du Louvre.

Désieurx de faire partager sa jalousie, il appela Henri de Navarre :

- Ta femme te trompe avec Bussy !

Le Béarnais s'étant contenté de hausser les épaules sans répondre, le roi courut trouver sa mère et lui dit que la conduite de Marguerite scandalisait tout Paris.

Une fois de plus Catherine prit la défense de sa fille : "Je ne sais qui sont les brouillons qui vous mettent telles opinions sur la fantaisie, répliqua-t-elle sévèrement.

Ma fille est malheureuse d'être venue en un tel siècle.
De notre temps, nous parlions librement à tout le monde, et tous les honnêtes gens qui suivaient le roi, votre père, M.le Dauphin et M. d'Orléans, vos oncles, étaient d'ordinaire à la chambre à coucher de Mme Marguerite, votre tante, et de moi ; personne ne le trouvait étrange, comme aussi n'y avait-il pas de quoi.

Bussy voit ma fille devant vous, devant son mari, devant tous les gens de son mari en sa chambre et devant tout le monde ; ce n'est pas à cachette ni à porte fermée.
Bussy est personne de qualité et le premier auprès de votre frère. Qu'y a-t-il à penser ?
Et savez-vous autre chose ?
Par une calomnie, à Lyon, vous lui avez fait faire un affront très grand, duquel je crains qu'elle ne s'en ressente toute sa vie..."


Fort étonné, le roi ne trouva à répliquer que :

- Madame, je n'en parle qu'après les autres.

- Qui sont ces autres, mon fils ? Ce sont gens qui veulent vous mettre mal avec tous les vôtres...

Henri III rentra chez lui bien décidé à supprimer ce Bussy qui connaissait avec sa soeur des délices dont il conservait la nostalgie...

Le surlendemain, à minuit, il le fit attaquer par douze cavaliers sur le quai du Louvre. L'amant de Marguerite parvint à glisser de son cheval et à courir dans l'obscurité jusqu'à l'embrasure d'une porte où il se cacha.

Par un hasard extraordinaire, le battant était entrouvert.
Il le poussa, entra dans la maison et y demeura jusqu'à l'aube.

Le matin, il reparut à la Cour et salua le roi avec un air ironique ; après quoi, il jugea prudent de "changer d'air". Il quitta Paris le 22 mai 1575, accompagné de cent soixante-dix cavaliers, portant fièrement à sont chapeau les couleurs de la reine Marguerite
................

(En juillet 1579, Bussy d'Amboise devint l'amant de la belle Françoise de Maridor, femme du comte de Montsoreau, grand veneur d'Anjour. Aussi fat que glorieux, il écrivit à son ami Coutenant, pour lui dire "qu'il avait tendu les rets à la bête du grand Veneur et qu'il la tenait dans ses filets".
Suivaient des détails précis sur certains raffinement dont la belle -une ancienne pensionnaire de l'Escadron Volant - s'était montrée experte.
Coutenant, amusé, montra la lettre à Monsieur, qui la garda et la donna au roi.
Henri III comprit qu'il tenait enfin le moyen de se venger de Bussy. Il convoqua Montsoreau, qui se trouvait pour lors à Paris, et lui fit lire la lettre.
Le compte retourna chez lui, à la Coutancière - car le drame de Montsoreau ne s'est pas déroulé à Montsoreau, contrairement à ce qu'a écrit Alexandre Dumas -, et commença par rouer de coups l'infidèle. Puis, sous la menace de son pistolet, il l'obligea à fixer un rendez-vous à Bussy pour la nuit suivante.
Quelques heures plus tard, l'ex-amant de Margot arrivait au château.
Tout semblait dormir. Il frappa. Une femme vint lui ouvrir et le conduisit au premier étage, où se trouvait la chambre de Françoise.
Au moment où il allait pénétrer chez sa maîtresse, il entendit un léger bruit. Se retournant, il se trouva en face de quinze hommes qui se précipitèrent sur lui, l'épée haute et le poignard à la main.
Un combat terrible s'engagea. Après s'être battu vaillamment, Bussy voulut s'échapper par la fenêtre.
Déjà, il prenait son élan pour s'élancer dans le vide, lorqu'un coup d'épée l'atteignit par derrière. Il tomba en tournoyant sur les grilles du château, où son cadavre fut retrouvé le lendemain .
Par la suite, le compte et la comptesse de Montsoreau se réconcilièrent, vécurent heureux et eurent de beaux enfants).
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Dim 17 Oct - 1:55

LES AMOURS INCESTUEUSES DE LA REINE MARGOT
L'inceste resserre les liens de la famille, mais nuit au développement de la grande fraternité humaine. (Jean Danflou).

Tandis que Marguerite, atteinte d'une véritable boulimie amoureuse, faisait entrer successivement dans son lit tous les gardes du Louvre, en attendant de se trouver un neuvième amant en titre, Henri de Navarre, se consolait en batifolant avec une dame d'atours de la reine mère : la gracieuse Mme. de Sauve or=red]]

(elle était la petite-fille du surintendant des finances, Jacques de Semblançay, pendu sous François Ier, pour satisfaire la vengeance de Louise de Savoie - Histoires d'Amour de l'Histoire de France, tome II
-[/size]

Elle avait "le tétin ferme et blanc, emplissant bien la main du gentilhomme, la cuisse longue et la fesse alerte".
Le Béarnais passait avec elle de ces nuits qui comptent même dans la vie d'un roi ; et il se félicitait d'être tombé dans une belle-famille où la fidélité n'étant pas reconnue pour une vertu, il pouvait, sans risque, tromper sa femme
.
Cette facilité de moeurs l'étonnait tout de même un peu, l'éducation protestante que lui avait donnée l'austère Jeanne d'Albret ne l'ayant pas habitué à autant de liberté.

S'il avait su la vérité, sans doute eût-il été plus étonné encore.

En effet, s'il était l'amant de Mme. de Sauve, c'est que sa belle-mère l'avait voulu.

Il s'agissait d'une obscure machination organisée par Catherine de Médicis dans un but politique.

Pour en comprendre le sens et l'intérêt, il faut se souvenir que le roi de Navarre avait en partie dirigé le complot qui devait écarter Henri III du pouvoir et faire monter le duc d'Alençon sur le trône.

Lorsque cette conspiration avait été découverte, Catherine s'était refusée à faire emprisonner les deux princes, car un tel acte eût causé une immense émotions dans tout le royaume ; mais elle tenait Navarre et Alençon prisonniers au Louvre. Il leur était interdit de sortir seuls, et des sbires notaient tous leurs propos.

Malgré cette surveillance constante, Catherine de Médicis vivait dans les transes. Elle craignait à chaque instant que les deux beaux-frères ne parvinssent à s'échapper, à rejoindre les protestants et à préparer un nouveau complot.


Aussi, connaissant le goût de son gendre pour les jolies femmes, avait-elle eu l'idée de le mettre, si j'ose dire, entre les mains de Mme. de Sauve, afin de le retenir à la Cour.

La jeune femme, qui était de tempérament galant avait accepté le rôle que lui proposait la reine mère, et Navarre était devenu, sans le savoir, son propre prisonnier.


Restait Alençon. Quelle femme lui donner pour le fixer au Louvre ?
Catherine en parla à Henri III. Celui-ci était encore plus machiavélique que sa mère : il imagina d'utiliser Mme. de Sauve pour retenir les deux hommes et, du même coup, les désunir.

Mme. de Sauve devint donc la maîtresse du duc d'Alençon. Habile comédienne, elle sut faire exactement ce que Catherine et Henri attendaient d'elle.
Se donnant successivement aux deux beaux-frères avec toutes les marques d'un amour sincère, elle commettait ensuite de fausses maladresses qui révèlaient à chacun son infortune.

Ecoutons Dreux du Radier : "L'amour du roi de Navarre et du duc d'Alençon pour Mme. de S auve augmentant chaque jour, ils passèrent du chagrin réciproque qu'ils se donnoient à une jalousie déclarée, et qui ne leur permit plus d'envisager les raisons d'ambition, de politique et de devoir qui les avoient retenus.

Un regard, une attention, un coup d'oeil, la moindre faveur accordés par Mme. de S auve au roi de Navarre irritoient le duc d'Alençon contre lui. Il en étoit de même du roi de Navarre à l'égard du duc son beau-frère"Cette jalousie amena un commencement de brouille entre les deux hommes, ainsi que le raconta un jour le Béarnais lui-même à Sully :

"Nos premières haines commencèrent dès lors que nous étions tous les deux prisonnier à la Cour, et que, ne sachant à quoi nous divertir pour ce que nous ne sortions pas souvent, et n'avions autre exercice qu'à faire voler des cailles dans ma chambre, nous nous amusions à caresser les dames, en sorte qu'étant tous deux devenus amoureux d'une même beauté, qui étoit Mme. de Sauve, elle me témoignaoit de la bonne volonté, et le rabrouoit, et le méprisoit devant moi, ce qui le faisoit enrager".

Mme. de Sauve avait-elle une secrète préférence pour Henri de Navarre ? C'est plus que probable : il était joli garçon (bien que petit, puisqu'il mesurait Im64), spirituel, amusant, fougueux, alors que le duc d'Alençon était triste, bilieux, laid... Aussi ne faisait-elle aucun effort pour accomplir sa mission auprès du Gascon qui eut bientôt pour elle une passion telle que Catherine de Médicis se frotta les mains.

La reine Margot nous dit dans ses Mémoires : Il ne me parlait presque plus. Il revenoit de chez elle fort tard, et pour l'empêcher de me voir, elle luy commandoit de se trouver au lever de la royne, où elle étoit sujette d'aller, et après, tout le jour, il ne bougeoit plus d'avec elle."...........
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Dim 17 Oct - 1:57

Il ne se cachait d'ailleurs nullement de cette liaison, même à sa femme, puisque Marguerite ajoute un peu plus loin ; "Il me parlait de cette fantaise aussi libremement qu'à une soeur, connaissant bien que je n'en étais aucunement jalouse, ne désirant que son contentement..."
En somme, tout allait ainsi que le désiraient Henri et sa mère : Navarre et Alençon étaient retenus au Louvre par une femme et ils commençaient à se haïr...

Le frère du roi aivait-il renoncé à s'enfuir ? On commençait à le croire, et Mme. de Sauve "en faisait la fierrote". En fait, il trompait tout le monde et praparait secrètement son évasion.

Le 15 septembre 1575, lorque tout fut au mpoint, il dit adieu à sa soeur, changea de manteau, releva son col (ce qui devait paraître curieux en plein mois de septembre), se glissa hors du Louvre sans être reconnu et s'en alla à pied jusqu'à la porte Saint-Honoré. Là, un carrosse l'attendait, qui le conduisit à Montfort-l'Amaury.

Dans la nuit, il était à Dreux, ville de son apanage, et recevait avec de grandes réjouissances les gentilshommes de son parti.

Il avait quitté le Louvre à six heures du soir, mais on ne s'aperçut de son départ que vers neuf heures.

"Le roi et la reine mère, ma mère, raconte Marguerite sans ses Mémoires, e demandèrent pourquoi il n'avoit point soupé avec eux, et s'il étoit malade. Je leur dis que je ne l'avois point vu depuis l'après-dînée. Ils envoyrent en sa chambre voir ce qu'il faisoit.
On vint leur dire qu'il n'y atois pas. Ils disent qu'on le cherche par toutes les chambres des dames où il avoit accoutumé d'aller. On cherche par le château, on cherche par al ville ; on ne le truve point.

A cette heure, l'alarme s'échauffe ; le roi se met en colère, se courrouce, menace, envoye quérir tous les princes et seigneurs de la Cour de monter à cheval et le luy ramener vif ou mort."
Mais on ne put rattraper Alençon, "de quoi le roi, toute la Cour et la ville de Paris furent merveilleusement troublés".
Au milieu de cet affolement, Mme. de Sauve faisait piteuse mine. C'était la première fois que l'Escadron Volant essuyait une défaite...
Catherine de Médicis, toutefois, ne fit aucun reproche à la jeune femme, craignant, en la mécontentant, de l'inciter à favoriser la fuite de Navarre.

Puisqu'on avait la chance de tenir encore celui-là, du moins fallait-il le garder. Et par tous les moyens...

La reine mère fit appeler des courtisanes un peu sur le retour et les chargea d'enseigner à Mme de Sauve
des caresses peu connues du vulgaire. La jeune femme fut une élève appliquée.
Au bout de quelques jours, elle était en mesure de montrer son nouveau savoir au Béarnais, qui s'en trouva tellement émerveillé que Mme de Sauve, un peu revigorée, put faire un rapport réconfortant à la reine mère.

Mais Navarre était rusé. Tout en prenant du plaisir avec son experte maîtresse, il préparait, lui aussi, son évasion : et le 3 février 1576, après avoir endormi la méfiance de Catherine et de Henri III, il obtin la permission d'aller chasser en forêt de Senlis.

On ne devait pas le revoir à Paris avant vingt ans.

Le soir, Henri III, furieux apprenait que son beau-frère avait trouvé des chevaux et des amis à Senlis, et qu'il était parti à bride abattue se réfugier à Vendôme...

Cette fois, Mme de Sauve crut mourir de honte. Elle resta plusieurs jours enfermée dans ses appartements, redoutant la colère de Catherine de Médicis. Mais la Florentine ne lui fit aucun reproche. Elle se contenta de la considérer désormais avec une moue méprisante...
Pour se consoler, Mme de Sauve devint la maîtresse du duc de Guise.

Dès qu'il eut franchi la Loire, Henri de Navarre se sentit en sécurité et poussa un grand soupir :
- Loué soit Dieu qui m'a délivré ! s'écria-t-il.

Puis il s'mpressa d'abjurer la religion cathlique, qu'il avait prudemment embrassée au moment de la Saint-Barthélemy.

Cet acte accompli, il dit, sur un ton mi-plaisant, mi-sérieux : "qu'il n'avait regret à Paris que de deux choses qu'il y avait laissées : qui étaient la messe et sa femme. Toutefois, quant à la première, qu'il essaierait de s'en passer :; mais de l'autre qu'il ne pouvait, et qu'il la voulait ravoir."

C'était bien la première fois qu'il se préoccupait de Marguerite...


Il lui écrivit pour s'xcuser d'être parti du Louvre sans lui dire au revoir et chargea le seigneur de Duras d'aller la chercher.

Henri III, qui ne décolérait pas depuis la fuite de Navarre, refusa de laisser partir sa soeur, disant qu'elle était le plus bel ornement de la Cour et qu'il ne pouvait s'en séparer.

En réalité, il la gardait prisonnière. La pauvre ne pouvait sortir de sa chambre, des gardes surveillaient sa porte nuit et jour et son courrier était lu.

Pourquoi ce traitement ? Officiellement, parce que Marguerite était accusée d'avoir organisé l'évasion de son mari. En fait, parce que Henri III soupçonnait Margot de conspirer avec Navarre en faveur de son frère François, duc d'Alençon, dont il savait qu'elle était amoureuse, - et qu'il était, une fois de plus, jaloux...

Préférait-il Margot à ses Mignons ? Personne n'aurait pu le dire. Même pas lui. Mais il conservait un souvenir exaltant des minutes où il avait été son amant et ne pouvait supporter qu'un autre la possédât...
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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Dim 17 Oct - 14:49

"Pendant des semaines, des mois, il cloîtra cette jeune femme de vingt-cinq ans, l'empêchant de rencontrer des hommes et la forçant à une douloureuse chasteté qui lui donna bientôt un air un peu égaré.

Elle essaya bien de tromper se fingale en
s'occupant de poésie, de littérature ancienne et de musique : mais ni Ronsard, ni Ovide, ni Clément Janequin ne purent lui faire oublier les besoins de sa nature. Au bout de trois mois de ce régime, elle était pareille à une tigresse privée de mâle ; le dédir qui embrasait sa chair lui faisait parfois cambrer les reins, ouvrir les lèvres et pousser des cris rauques.
"Sans doute, nous dit un contemporain, aurait-on pu faire cuire un oeuf sur son hérisson tant celui-ci était chaud et ardent."

Mais cette curieuse idée ne vint à personne. D'ailleurs elle n'eût apporté aucun apaisement à la pauvre reine qui tournoyait dans sa chambre en proie à de véritables crises d'hystérie.

Un jour, n'y tenant plus, Margot alla se jeter aux pieds de Henri III et le supplia de l'autoriser à rejoindre son mari.

Le souverain la considéra avec un éclair mauvais dans les yeux :

- Depuis que le roi de Navarre s'est refait Huguenot, dit-il, je n'ai pas trouvé bon que vous y alliez.
Ce que nous en faisons, la reine ma mère et moi, c'est pour votre bien. Je veux faire la guerre aux Huguenots et exterminer cette misérable religion qui nous a fait tant de mal... Qui sait si, pour me faire une indignité irréparable, ils ne voudraient pas se venger sur votre vie du mal que je leur ferai ? Non, vous n'irez point.

Malgré la surveillance étroite dont elle était l'objet, Marguerite réussit à faire parvenir un billet au duc d'Alençon pour l'informer du triste état dans lequel on la tenait au Louvre. Celui-ci, fort ému, envoya une lettre de protestations à Catherine de Médicis.
La reine mère bondit sur l'occasion. Depuis longtemps elle cherchait le moyen de "neutraliser" Alençon ; elle pensa qu'en échange de la liberté de Marguerite ce fils rebelle quitterait les protestants et abandonnerait la lutte contre la couronne.

Elle proposa à Henri III de négocier avec le duc par l'entremise de Marguerite.

- Vous savez combien François aime votre soeur, dit-elle. Tout ce qu'elle demandera, elle l'obtiendra.
C'était précisément ce qu'il ne fallait pas dire.
- Marguerite ne sortira pas d'ici, déclara sèchement le roi.


Catherine se rendit seule auprès d'Alençon qui refusa catégoriquement d'entamer des pourparlers tant que sa soeur serait prisonnière :
- Je ne peux supporter qu'elle souffre quand je suis libre ! s'écria-t-il.

Catherine revint au Louvre dare-dare (rapidement).
-

Je n'aboutirai à rien sans Marguerite, dit-elle. Il faut qu'elle vienne ; et c'est urgent, car François dispose d'une armée de six mille Allemands qui vient de ravager la Champagne et peut demain vous attaquer...

Henri III, épouvanté, accepta cette fois, et Catherine partit avec sa fille retrouver Alençon à Châteaunay, près de Sens.


A ce moment, la pauvre Margot était vraiment à deux doigts de sombrer dans la folie : elle mordait ses draps, avait des rêves indécents et prononçait pendant son sommeil des mots forts grivois."
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 18 Oct - 12:06

Le voyage lui fut pénible, car il y avait de beaux officiers fort désirables qui escortaient le carrosse royal, et qui lui eussent volontiers calmé les nerfs.
Elle eut la force de ne point les attirer dans sa litière, sachant que son supplice allait prendre fin.En effet, le lendemain soir, après les premiers pourparlers, lorsque tout le monde fut couché, elle sortit sans bruit de sa chambre et alla rejoindre son frère, qui lui montra, avec une ardeur qu'il est permis de trouver déplacée, des sentiments plus que fraternels...


Après cette nuit, qui apporta un grand soulagement à Marguerite, les négociations reprirent et Alençon, sûr de sa force, posa ses conditions : il voulait, d'accord avec Navarre, livrer nos places de Lorraine aux Allemands, réhabiliter la mémoire de Coligny, de La Mole et Coconas, et accorder la liberté du culte aux protestants.

Catherine, effrayée par les troupes qui entouraient son fils, accepta tout, sauf la remise des places à l'Allemagne.

- Je ne donnrai rien aux Allemands, dit-elle. Mais ce que je peux faire, c'est vous donner, à vous, l'Anjou, le Berry, la Touraine avec d'énormes revenus, si vous cessez de lutter contre le roi.


Le duc d'Alençon (qui devint dès lors duc d'Anjour, nom sous lequel nous le désignerons désormais) accepta et un arrangement, très onéreux pour la couronne, fut signé.

Quelques jours plus tard, Henri III, dont l'hypocrisie était à la mesure de ses vices, recevait son frère avec honneur et se réconciliait publiquement avec lui
.

Marguerite était revenue à Paris avec François (le duc d'Anjou).
Elle se réinstalla au Louvre où, si l'on continua de lui interdire tout voyage à Nérac, on ne la considéra plus comme une prisonnière. Elle en profita pour avoir, avec quelques beaux messieurs, des aventures rapides et sans lendemain qui lui permirent de se bien porter.


Au Louvre, Marguerite espionnait pour le compte de son frère François, enver qui elle avait contracté une grosse dette de reconnaissance.

Elle allait bientôt l'aider de façon plus active encore.

Au printemps de 1577, Mondoucet, agent du roi en Flandre, se mit au service du duc d'Anjou qui, malgré la paix de Sens, n'avait pas renoncé à ses ambitions, et lui apprit que les Flamands souffraient de la domination espagnole.
- Il serait facile de conquérir la Flandre, dit-il. Il suffirait d'envoyer là-bas quelqu'un d'habile pour préparer les esprits en votre faveur
.

Quelqu'un d'habile ? Le duc d'Anjou pensa tout de suite à Marguerite. Mais sous quel prétexte l'envoyer en Flandre ? Ce fut Mondoucet qui trouva :
- Monsieur, si la reine de Navarre pouvait feindre d'avoir quelque mal, à quoi les eaux de Spa, où va madame la princesse de La Roche-sur-Yon, pussent servir, cela viendrait bien à propos pour votre entreprise de Flandre, où elle pourrait frapper un grand coup.


Monsieur trouva l'idée excellente et se tourna vers Marguerite :
- O reine, ne cherchez plus, il faut que vous alliez aux eaux de Spa, où va Mme de La Roche-sur-Yon. Je vous ai vu autrefois un érysipèle au bras ; il faut que vous disiez que lors les médecins vous l'avaient ordonné, mais que la saison n'y était pas si propice, qu'à cette heure c'est leur saison, que vous suppliez le roi de vous permettre d'y aller. (Tout ce dialogue est rapporté par Marguerite de Navarre, elle même, dans ses
Mémoires)

Le lendemain, Marguerite alla trouver sa mère et lui dit qu'elle était bien malheureuse de demeurer à la Cour tandis que le roi faisait la guerre à son mari, car tous deux pouvaient la soupçonner de les trahir, et qu'en conséquence, elle désirait s'éloigner de Paris. Elle parla de son éysipèle, des médecins, de Spa et de la saison propice...
- Demandez au roii de me laisser partir, Madame. Ainsi, je ferai connaître à mon mari que, ne pouvant être avec lui, du moins je ne veux point être au lieu où on lui fait la guerre.


Ces raisons semblèrent plausibles à Catherine et à Henri III. Ils autorisèrent Marguerite à partir pour Spa ... Aussitôt, elle s'activa sur ses malles, prépara ses robes, ses bijoux, ses fards, heureuse de quitter la Cour, heureuse de servir son frère bien-aimé ; et, disons-le, heureuse aussi de rencontrer là-bas le beau don Juan d'Autriche qui avait depuis longtemps, elle le savait, une forte envie de la trousser ...

Toutefois, Marguerite ne voulut pas partir avant le 15 mai, sachant qu'à cette date Catherine de Médicis devait donner dans les jardins du château de Chenonceaux un banquet où toutes les licences seraient admises. Elle ne fut pas déçue, car on s'y tint très mal.

"En ce beau banquet, nous dit Pierre de l'Estoile, les dames les plus honnêtes et les plus belles de la Cour, étant à moitié nues et ayant leurs cheveux épars comme épousées, furent employées à faire le service."


Mme de Sauve était, paraît-il, décolletée jusqu'à la ceinture. Elle de devait pas être la seule à exposer aussi généreusement ses appas, car l'Estoile nous dit qu'en ce printemps de 1577 "les dames et les demoiselles semblaient avoir appris la manière des soldats de ce temps, qui font parade de montrer leurs poitrinals dorés et reluisants quand ils vont faire leur montre, car tout de même elles faisaient montre de leurs seins et poitrines ouvertes et autres parties pectorales, qui ont un perpétuel mouvement, que ces bonnes dames faisaient aller par compas ou mesure comme une horloge, ou, pour mieux dire, comme les soufflets des maréchaux, lesquels allument le feu pour servir à leur forge".

Ce qui devait constituer un spectacle assez plaisant.
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 18 Oct - 17:10

Le départ pour les Flandres eut lieu le 28 mai 1577.
Marguerite, qui était accompagnée d'une suite nombreuse, quitta Paris par la porte Saint-Denis, dans une litière "faite à pçiliers, doublée de velours incarnadin d'Espagne, en broderie d'or et de soie, ayant aux vitres quarantes devises toutes différentes, avec les mots en espagnol ou en italien sur le soleil et ses effets."


Derrière, venaient dix ravissantes jeunes filles à cheval et hit carosses occupés par les suivantes de la reine. Dans les rues que devait suivre le cortège s'étaient massés de braves gens qui se mirent à pousser de grandes acclamations en voyant Marguerite dont ils connaissaient le tempérament ardent.
- C'est la plus grande putain du royaume, se disaient-ils de l'un à l'autre.
Et ils riaient.
La reine Margot avait une certaine candeur. Cette allégresse qu'elle voyait dans les yeux la réjouit, et elle quitta la capitale en pensant avec émotion que les Parisiens l'aimaient bien.


Au début du voyage, Marguerite fut ravie d'adresser des petits salut aux paysans et aux bourgeois qui s'inclinaient sur son passage ; puis ce jeu la fatigua et elle fut reprise par les tourments du printemps.

Dès le lendemain, son regard s'attarda sur les officiers et les cavaliers qui protégeaient le convoi.
Comme ils étaient tentants ! Elle en rêva voluptueusement, mais , pour la première fois de sa vie, sut être sage.


Craignait-elle un scandale au moment où elle allait accomplir une mission politique ? C'est possible, car elle fit venir un homme tout spécialement de Paris pour avoir ce qu'elle désirait.

Cet homme empressé et serviable était le duc de Guise. Il la rejoignit au Catelet, dans le Cambrésis, la retrouva dans sa chambre et la quitta discrètement au petit matin, sa tâche terminée ...

Ainsi, au moment où elle allait dans les Flandres pour servir les intérêts de son frère et, par là même aider les protestants, elle dérangeait le chef de la Ligue pour passer une nuit d'amour avec lui.

A Cambrai, Marguerite n'eut pas besoin de faire venir un extra de Paris : elle trouva sur place ce qu'il lui fallait, en la personne de M. d'Inchy, le gouverneur, dont elle fit la connaissance au cours d'un bal organisé par l'évêque. Ce saint homme, je m'empresse de le dire, n'assista pas à la fête galante qui suivit la sauterie. Il se retira après le souper, effrayé sans doute par la tournure que semblaient vouloir prendre les choses.

Lorsque l'orgie à laquelle participaient benoîtement toutes les grandes dames de la ville battit son plein, la reine de Navarre s'éclipsa à son tour dans ses appartements avec M. d' Inchy qui se montra si valeureux amant qu'elle lui demanda s'il voulait l'accompagner dans son voyage. Le gouverneur accepta, et le plaisir de visiter un pays inconnu se doubla pour la reine Margot des délices d'une lune de miel ...

Elle n'oubliait pas pour autant sa mission. D'ailleurs, cette aventure galante faisait partie d'un plan.
Marguerite, dans ses
Mémoires, laisse entendre, en effet, qu'en se faisant accompagner par le gouverneur de Cambrai, elle pensait gagner celui-ci à la cause du duc d'Anjou : "

La souvenance de mon frère ne me partant jamais de l'esprit pour n'affectionner rien tant que lui, je me ressouvins lors des instructions qu'il m'avait données, et voyant la belle occasion qui m'était offert pour lui faire un bon service en son entreprise de Flandre, cette ville de Cambrai et cette citadelle en étant comme la clef, je ne la laissai perdre et employait tout ce que Dieu m'avait donné d'esprit à rendre M. d'Inchy affectionné à la France et particulièrement à mon frère. Dieu permit qu'il me réussît si bien que, se plaisant à mes discours, il me demanda de m'accompagner tant que je serais en Flandre..."

Dans toutes les villes où elle s'arrêtat - et où on lui faisait fête - elle savait fort habilement parler de François, vantant ses mérites et promettant même des charges et des titres à ceux qui voudraient aider ce frère chéri à conquérir les Pays-Bas.

A Mons, elle tint le discours suivant à la comtesse de Lalain qui se plaignait de l'occupation espagnole :
- Mon frère M. d'Anjou est nourri aux armes, et estimé un des meilleurs capitaines de ce temps. Vous ne sauriez appeler un prince de qui le secours vous soit plus utile, pour vous être si voisin, et avoir si grand royaume que celui de France à sa dévotion, duquel il peut tiere hommes et moyens et toutes commodités nécessaires à cette guerre. Et s'il recevait ce bon office de M. le Comte, votre mari, vous vous pouvez assurer qu'il aurait telle part à sa fortune qu'il voudrait.


Elle ajouta même :
- Que si mon frère s'établissait ici, par votre moyen, vous pourriez croire que vous m'y reverriez souvent, étant notre amitié telle qu'il n'y en eut jamais, de frère à soeur, si parfaite (Marguerite de Navarre
, Mémoires)

Ce qui était vrai ... On avait rarement vu un amour fraternel aussi exacerbé.

A Namur, don Juan d'Autriche, frère bâtard de Philippe II, et gouverneur des Pays-Bas, accueillit Marguerite avec un éclat particulier. Six mois auparavant, passant par Paris incognito, il avait réussi, grâce à l'ambassadeur d'Espagne, à se glisser à la Cour où se donnait un bal, et à voir sans être reconnu, cette reine Marguerite dont toute l'Europe parlait ...
Naturellement, il était tombé amoureux d'elle, bien que l'éclair de son regard l'eût un peu effraéy. Le soir, pensif, il s'était confié à des amis :
- Sa beauté est plus divine qu'humaine, mais elle est plus faite pour damner les hommes que pour les sauver ...


Marguerite était bien renseignée et comptait utiliser son dangereux charme pour s'assurer la neutralité bienveillante de don Juan au moment où le duc d'Anjou tenterait un coup de force dans le pays.


A Namur, elle mit une robe de brocart, "qui la moulait de façon fort impudique et laissait voir jusqu'au bout rose de ses tétons". Mais le fils naturel de Charles-Quint se méfia ; il fit organiser des fêtes, jouer des violons, dire des grand-messes en musique, sans se départir d'une réserve qui étonna beaucoup Marguerite. Elle s'attendait à devoir dire "oui", et on ne lui demandait rien. Fort déçue, elle reprit la route de Spa, continuant dans chaque ville traversée à faire des discours contre les Espagnols.

- Révoltez-vous, disait-elle aux notable, et appelez le duc d'Anjou :

E lle réussit parfaitement. "Jamais dimpomate, au milieu des fêtes et des honneurs, ne sut plus habilement venir à bout de ses projet", nous dit B. Zelle.
Aussi, une agitation extrême commença-t-elle bientôt à se manifester dans tout le pays.


A Liège, elle reçut un accueil chaleureux de la part des seigneurs flamands et allemands qui organisèrent des fêtes somptueuses en son honneur.
Finalement, elle n'eut pas le temps d'ller jusqu'à Spa, distante de sept lieues, et dut se faire apporter les eaux dans des tonneaux ....."



Rhaaaaaaaaa, j'ai gagné ma journée ! Une voisine vient de me donner 5 boîtes de foie gras et de pâté de canard, elle ne mange pas de
porc. ..... tongue
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JeanneMarie

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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mar 19 Oct - 16:31

woaw ! je suis passionnée !!
Dis ... je ne comprends pas pourqupi ta voisine te donne du canard parcequ'elle ne mange pas de porc ?????????????????
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Jean2

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MessageSujet: Re: LA REINE MARGOT de la part d'EPHISTO   Mar 19 Oct - 16:41

ca veut dire quoi dimpomate ????
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 19 Oct - 17:55

scratch Jean2 m'cherche des poux dans la tête. "Diplomate".

Je t'explique Jeanne-Marie. Dans la fabrication de pâtés, il y a de la gelée de porc. Par contre, dans le foie gras que la voisine m'a donné, y'en a pas, c'est tout bénèf pour mouaaaaaaaa......... Very Happy
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 19 Oct - 18:49

"Tout allait donc pour le mieux, quand elle apprit par une lettre de son frère bien-aimé que le roi était au courant de ses entretiens avec les Flamands.
Après être entré dans une formidable colère, il avait averti les Espagnols, dans l'espoir que Marguerite serait arrêtée comme conspiratrice...


Quant il s'agissait de sa soeur, Henri III se laissait décidément aller à la plus démente des jalousies, car c'était bien la première fois qu'un souverain français désirait voir une fille de France prisonnière d'un roi étranger...

Affolée, la reine de Navarre prévint ses dames d'honneur, leur dit de laisser là robes, bagages, cadeaux, parures, bijoux, et de se préparer à partir d'un instant à l'autre ; puis elle courut voir quelques amis favorables au duc d'Anjour et obtint des chevaux. Deux heures plus tard, Marguerite et toute sa suite galopaient à bride abattue en direction de la France.

Le soir, les fugitives atteignaient Huy, à sept lieues de Namur, fourbues et couvertes de poussière.

A peine y étaient-elles logées que le tocsin sonna. Elles coururent aux fenêtres et virent les habitants tendre des chaînes en travers des rues et braquer un canon en direction de leur maison.

Terrifiées, elles crurent que les Flamands allaient les tuer et ne fermèrent pas l'oeil de la nuit. "Le matin, écrit Marguerite, ils nous laissèrent sortir, ayant bordé toute la rue de gens armés. Nous allâmes de là coucher à Dinan, où par malheur ils avaient élu ce jour même, les bourgmestres, qui sont comme consuls en Gascogne et eschevins en France. Tout y était donc en débauche, tout le monde ivre, point de magistrats connus, bref un vrai chaos de confusion...

Soudain, en nous voyant, ils s'alarment. Ils quittent les verres pour courir aux armes, et tout en tumulte, au lieu de nous ouvrir, ils ferment les barrières."

Toutes les dames tremblaient à la vue de cette troupe d'ivrognes qui s'approchaient en hurlant.

Alors Marguerite s'avança, seule, et demanda le silence sur un tel ton que le tapage s'arrêta aussitôt :

- Je suis la soeur du roi de France, dit-elle.

La foule titubante s'immobilisa stupéfaite.


- Maintenant, allez chercher les bourgmestres.

Ceux-ci vinrent. Ils étaient plus saouls encore que les autres. Bafouillant, bredouillant, ils firent mille révérences, s'excusèrent du mauvais accueil des habitants et conduisirent Marguerite et ses suivantes vers une maison où elles passèrent la nuit.
Après quoi, brisés par l'émotion, ils retournèrent chez eux en chantant des refrains obscènes
...

Après cinq jours d'un voyage aussi mouvementé, les fugitives, harassées, arrivèrent enfin à la Fère, ville qui appartenait au duc d'Anjou. François s'y trouvait, attendant sa soeur avec impatience.Le soir même, plus amoureux que jamais, ils reprenaient leurs jeux défendus...

Craignant l'accueil du roi, ils s'attardèrent en ce lieu, vivant comme des amants normaux, "couchant en même lit, tendrement accolés, au vu des dames de chambre" et s'embrassant en public sans aucune honte. François vécut là les plus belles heures de son existence.

"A toute heuer, écrit Marguerite, il ne pouvait s'empêcher de me dire : "O, ma reine, qu'il fait bon avec vous. Mon Dieu, cette compagnie est un paradis comblé de toutes sortes de déclices, et celle d'où je suis parti, un enfer rempli de toutes sortes de furies et de tourments."

Et elle ajoute :
"Nous passâmes près de deux mois, qui ne nous furent que deux petits jours, en cet heureux état."


Durant ces deux mois, de nombreux seigneurs des Flandres vinrent visiter François à la Fère et prendre avec lui des mesures pour l'expédition qu'il préparait contre don Juan d'Autriche. A chacun, le duc remettait, en guise de souvenir, une médaille d'or portant son profil et celui de sa soeur...

Mais les meilleures choses ont une fin. Marguerite dut rejoindre la Cour. Elle y fut admirablement reçue, et Henri III, avec son cynisme habituel, la plaignit beaucoup de ce qu'elle avait souffert en rentrant des Flandres...
Le lendemain, le duc d'Anjou, arrivait à son tour.
Le roi lui fit un fort bon accueil, et l'on put croire un moment que la paix allait enfin régner dans la famille royale - alors qu'on était à la veille d'un nouveau drame."
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epistophélès

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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mar 19 Oct - 19:45

"LA GUERRE DES AMOUREUX

J'ai vu l'Europe incendiée pour le gant d'une duchesse trop tard ramassé - Mirabeau
.

Un soir, Henri III, allongé sur son lit, devisait avec quelques familiers. Un mignon entra, ferma la porte, tira soigneusement la grosse tenture qui étouffait les bruits et s'approcha du roi :

- Sire, méfiez-vous, dit-il. Votre frère continu de conspirer. Il est en relations, grâce à la reine Marguerite, avec les seigneurs de Flandre et les seigneurs huguenots, et se prépare à engager des troupes allemandes. Pendant ce temps, vous lui faites bonne chère. Ce soir même, vous lui avez accordé la permission d'aller chasser demain à Saint-Germain...

N'est-ce pas une imprudence ? Que va-t-il faire là-bas ? Courre le cerf ou rencontrer les hommes qui voudraient le voir sur le trône ?
Tous les mignons, qui haîssaient François, firent chorus.

- Ce brusque désir d'aller chasser est bien suspect.

- Or, ajouta le nouveau venu, je viens d'apprendre qu'il a reçu, ce soir une lettre mystérieuse.


Henri III, livide, se leva, enfila rapidement sa robe de nuit et se précipita chez sa mère. "Il avait l'air si ému, écrit Marguerite, qu'on eût dit qu'il y avait alarme publique ou que l'ennemi fût à la porte".

- Comment, Madame ? S'écrie-t-il, que pensez-vous de m'avoir demandé de laisser aller mon frère ?
Ne voyez-vous pas, s'il s'en va, le danger où vous mettez mon Etat ? Sans doute sous cette chasse y-a-t-il quelque dangereuse entreprise. Je m'en vais me saisir de lui et de tous ses gens, et ferai chercher dans ses coffres. Je m'assure que nous découvrirons de grandes choses.


Puis il appela ses gardes et leur dit :
- Suivez-moi.

La petite troupe partit en courant dans les couloirs du Louvre, en direction de la chambre du duc f'Anjou.


Affolée à l'idée que le roi, dans sa colère, allait peut-être faire tuer François, la reine mère, en chemise de nuit, suivit le mouvement. Derrière elle, galopaient à tout hasard, des porteurs de flambeaux et quelques dames de la suite, les bras encombrés des vêtement qui eussent été nécessaires à Catherine de Médicis pour se montrer décemment en public...
Cette galopade burlesque dura quelques minutes. Devant la chambre de François, tout le mond s'arrêta, essouflé.


- Ouvrez, cria Henri III, en frappant la porte de son poing.


Le duc d'Anjou, qui dormait paisiblement, vint tirer le verrou et passa la tête. Aussitôt la horde le repoussa jusqu'au lit. Là, maintenu par des gardes, il dut subir les injures du roi, pendant que des archer fouillaient les coffres, vidaient les tiroirs, éventraient les fauteuils, transformant la pièce en un véritable magasin de bric-à-brac.

Au milieu de ce désordre, la reine mère pleurait, enveloppée dans un vieux manteau.


Quant il se fut repu d'injurier son frère, le roi qui était impatient de connaître le contenu de la mystérieuse lettre signalée par le mignon, participa lui-même aux recherches. Après avoir retourné les poches des vêtements, vidé les vases, décroché les tableaux, il souleva les draps du lit et aperçut un rectangle de papier ; avant qu'il n'ait eu le temps de le prendre, François s'en saisit. Furieux, Henri III se précipita sur lui, et les deux frères se battirent pendant quelques instants sur le lit.

Catherine de Médicis intervint :

- Majesté, vous êtes le roi de France, et voilà l'état dans lequel vous vous mettez.


Henri III lâcha le duc d'Anjou. Retrouvant un peu de son sang-froid, il dit :
- Je vous ordonne de me laisser voir cette lettre.


François se mit à genoux, assurant qu'il ne s'agissait pas d'un papier intéressant la politique.
Mais les gardes s'approchèrent et lui tordirent le bras jusqu'à ce qu'il eût lâché prise.


Le roi prit alors vivement le papier chiffonné, lut les quelques phrases qui 's'y trouvaient écrites et le jeta par terre d'un geste nerveux.
C'était une lettre extrêmement tendre de Mme de Sauve, avec qui François venait de renouer.


Henri III ne s'attendait pas du tout à cela. Il resta, nous dit Marguerite dans ses Mémoires, "aussi confus que Caton quand, ayant contraint César dans le Sénat de montrer le papier qui lui était apporté, disant que c'était chose qui importait au bien de la république, il lui fit voir que c'était une lettre d'amour de la soeur du même Caton, adressée à César."

Vexé de se trouver dans une situation ridicule, le roi ordonna à M. de Losse de garder le duc d'Anjou et de prendre soin qu'il ne parlât à personne. Puis il partit se recoucher, pendant que le Louvre se remettait doucement de ce tumult causé par une lettre d'amour...

Quand il fut seul avec ses gardes, François demanda si sa soeur Marguerite, pour laquelle il conservait une tendre passion malgré Mme de Sauve, avait été elle aussi, malmenée et mise sous garde.

- Non, répondit M. de Losse.

Le duc d'Anjou soupira :

- Cela soulage beaucoup ma peine de savoir ma soeur libre, dit-il, mais, encore qu'elle soit en cet état, je m'assure qu'elle m'aime tant, qu'elle aimera mieux être prisonnière avec moi que de vivre libre sans moi.

Et il supplia son gardien d'aller demander à la reine mère d'intervenir auprès du roi pour que sa soeur bien-aimée fût autorisée à partager sa captivité.


A l'aube, M de Losse, avec l'accord de Catherine de Médicis, envoya chercher Marguerite. Celle-ci ignorait ce qui s'était passé pendant la nuit. Elle accourut "le visage inondé de larmes" et se jeta dans les bras de son frère en s'écriant "que sa vie et sa fortune étaient attachées à la sienne ; qu'il n'était en la puissance que de Dieu seul d'empêcher qu'elle l'assistât en quelque condition qu'il pût être ; que si on l'emmenait de là et qu'on ne lui permît d'être avec François elle se tuerait en sa présence"

Comme le dit Dreux du Radier : "Voilà une amitié fraternelle bien violente"

Le surlendemain, le roi, sur les conseils de sa mère, rendit une demi-liberté au duc d'Anjour qui en profita pour préparer aussitôt son évasion avec la complicité de Marguerite... Et .........
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 20 Oct - 15:16

..... Et quelques semaines plus tard, par une nuit sans lune, François quittait le Louvre au moyen d'une corde, courait jusqu'à une abbaye située contre les murs de la ville, gaganit la campagne, sautait sur un cheval et se retirait à Angers.

Après le départ de son frère, Marguerite commença à s'ennuyer au Louvre, et, comme "elle s'était fait donner le picotin" par tous les hommes de la Cour, elle alla demander à Henri III de l'autoriser à rejoindre son époux à Nérac.

Le roi, qui ne décolérait pas depuis la fuite du duc d'Anjou, allait refuser une fois de plus, quand Catherine de Médicis intervint :

- Ma fille, vous irez en Guyenne, et je vous accompagnerai...


Ce n'était pas par pure bonté d'âme que Catherine de Médicis acceptait d'aller voir son gendre ; mais pour des raisons politiques.
Depuis quelques mois, une agitation huguenote assez inquiétante était signalée en Languedoc, et pour parer à une nouvelle menace de guerre civile, la Florentine jugeait prudent de se rendre sur place.

Le départ eut lieu en grande mompe le 2 août 1578.

Jusqu'au dernier instant, le roi, toujours aussi jaloux de son frère, "fit tout ce qu'il put pour se mettre bien dans l'esprit de Marguerite et y détruire le duc d'Anjou. Il ne put y réussir" (Dreux du Radier
, mémoires historiques des reines de France - 1775)

La désirait-il encore ? C'est proprable. Et il la voyait partir avec amertume, sachant qu'il euût suffit d'un peu moins de maladresse pour retrouver avec Margot les plaisirs qu'il avait connus à quinze ans.

Souvenir exaltant, brûlant, magnifique, que les mignons ne parviendraient jamais à effacer...


La longue suite de carrosses traversa la Touraine, le Poitou, soulevant un enthousiasme considérable dans le peuple, tout heureux de voir les deux reines et tant de jolies femmes derrière elles.

Catherine de Médicis, pour améliorer les rapports avec certains chefs huguenots, avait jugé bon, en effet de se faire accompagner de l'Escadron Volant au grand complet
...

Or parmi ces dames se trouvait Mme de Sauve, qui avait partagé naguère la couche de Henri de Navarre...
Ainsi, la Florentine traversait-elle la France sous les acclamations en ramenant à son gendre à la fois une épouse et une maîtresse...

Cette curieuse situation était connue de Marguerite, qui, loin de s'en choquer s'en amusait.

- La présence de Mme de Sauve rendra mon retour plus agréable à mon mari, disait-elle en riant.
D'ailleur, nous sommes très liées, elle et moi.


Et elle se plaisait à évoquer avec ses amis les curieux chassés-croisés de sa vie sentimentale : son frère - dont elle était la maîtresse - était également l'amant de la maîtresse de son mari ...

Elle eût été tribade que la boucle se fût peut-être joliment fermée sur une liaison entre Mme de Sauve et elle même ; mais la perfection est rarement de ce monde
.

Pour lors, la reine de Navarre menait d'ailleurs une existence beaucoup moins compliquée.

Elle avait choisi parmi les hommes qui l'accompagnaient un joli garçon dont elle appréciait, aux étapes, la vigueur et le savoir-faire ; c'était, disait-elle en souriant : son "petit amant de voyage"...


Ce jeune homme était joueur de luth et se nommait Guillaume Raspault.
Il faisait partie du quatuor privé de la reine composé d'un violoniste, d'un autre luthiste et d'un joueur de musette.

A Etampes, Marguerite l'avait fait appeler dans sa chambre, sous prétexte qu'elle avait envie de l'entendre interpréter un solo.

Guillaume, sans méfiance, était venu, son instrument sous le bras.


A pein entré, il avait été jeté sur le lit, déshabillé en partie et contraint de se montrer bon exécutant dans un duo qui ne comportait guère que des soupirs ...

Depuis, Marguerite retrouvait chaque soir son musicien.


Tout le monde, bien entendu, était au courant de cette liaison, car la volcanique reine de Navarre n'avait pas l'habitude de cacher ses amours.

Ce manque de pudeur fut même à l'origine d'une curieuse histoire dont les demoiselles de l'Escadront Volant et les officiers de la suite s'amusèrent fort.


Au cours d'une halte dans la forêt de Chinon, Marguerite s'enfonça dans un fourré, en compagnie de Guillaume Raspault.

Après avoir cheminé à travers les fougères, ils trouvèrent un petit tapis de mousse sur lequel ils s'étendirent.
Quelques instant plus tard, ils se savouraient dans un grand désordre de vêtements et de champignons écrasés, quand soudain, un bruit de branches remuées leur fit tourner la tête : entre deux arbres, un magnifique cerf, l'ai hautain, les contemplait.

Effrayé, le joueur de luth s'immobilisa et s'aplatit le plus qu'il put pour former un bouclier vivant sur le corps de la reine de Navarre.

L'animal avança, intrigué, vint flairer le couple qui n'osait faire un geste, sortit une langue énorme, et lécha le visage de Margot. La jeune femme était sur le point de perdre les sens (ce qui eût été navrant si l'on considère les circonstances) quand un groupe de paysans fit bruyamment irruption dans la clairière.
D'un bond gigantesque, le cerf disparut dans la forêt.

Au même instant, quelques cavaliers en fringant équipage surgirent à leur tour.
- Il était là messeigneurs, leur expliqua l'un des paysans. Il léchait cette belle dame qui avait grand peur.
Et il ajouta, à l'adresse de Marguerite et de Guillaume, qui restaient bien entendu, dans la posture où le cerf les avait surpris :

- Vous pouvez vous relever, il est parti.

Très embarrassés, les deux amants adressèrent aux chasseurs un sourire un peu figé.


- Merci ! bredouilla Guillaume, merci !


Et, nous dit le chroniqueur, qui rapporte cette anecdote, "le joueur de luth et la reine de Navarre, toujours l'un sur l'autre, comme bête à deux dos, bien que Guillaume Raspault ait depuis longtemps perdu de son beau maintien, n'osaient se redresser, de peur que leur fricatelle ne soit découverte".

Alors, brusquement, les cavaliers et les paysant, comprenant dans quelle situation critique se trouvaient Margot et son amant, éclatèrent d'un rire énorme, fantastique, qui attira plusieurs dames de la suite.

En reconnaissant la reine Marguerite, ces jeunes femmes se précipitèrent :
- Etes-vous souffrante, Madame ?

Les cavaliers répondirent en riant qu'il s'agissait d'un mal fort agréable et contèrent l'aventure en détail. On dut, pour les faire fuir, dévoiler l'identité de Marguerite.


Affolés, ils partirent au galop tandis que les paysant couraient en tremblant se cacher dans des taillis.
Les deux amant purent alors se "rajuster, prendre l'allure innocente de chercheurs de fleurettes" et rejoindre leur carrosse.

Cette histoire, qui fut connue immédiatement de tous les "gens du voyage", fit la joie des amateurs de potins, irrita Catherine de Médicis, peina le chancelier Pibrac, qui était amoureux de Marguerite, mais n'arrêta pas la liaison de celle-ci avec le joueur de luth.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Mer 20 Oct - 16:29

Le voyage se poursuivit sans encombre, et, le 2 octobre, la reine de Navarre retrouva son mari à la Réole.

Constatant que Henri montrait peu de plaisir en voyant son épouse, Catherine de Médicis poussa en avant Mme de Sauve. Mais cette femme, pourtant ravissante, ne plaisait plus au Béarnais.


Il la salua poliment et jeta un coup d'oeil sur les demoiselles de l'Escadron Volant qui, dan sl'espoir de plaire, frétillaient comme des bassets affectueux.

Soudain, son oeil s'alluma. Il venait de distinguer dans le groupe une brune étonnamment belle que l'on appelait Melle Dayelle.

Cette jeune personne aux prunelles veloutées était grecque. Son charme exotique plut à Navarre qui, sans aucune gêne, déclara à sa Belle-mère, qu'elle avait là une des plus jolies filles qu'il ait rencontrées dans sa vie. Puis il prit sa femme par le bras gauche, Melle Dayel par le bras droit, et annonça que, le voyage pour venir à la Réole l'ayant fatigué, il avait l'intention d'aller se coucher sans plus tarder.

Alors Marguerite s'installa dans une chambre, la jeune Grecque dans une autre, et Henri passa sa nuit à faire, en une toilette plus que sommaire, la navette entre les deux ...

Chacune, au matin montrait le même air battu mais content.


Marguerite de Navarre l'avoue d'ailleurs dans ses Mémoires : "Le roi, mon mari, écrit-elle, est devenu fort amoureux de Dayelle, ce qui n'empêchait pas que je reçusse beaucoup d'honneur et d'amitié du roi, qui m'en témoignait autant que j'en eusse pu désirer..."

Après un long séjour à Toulouse, Marguerite entra à Nérac, sa capitale, le 15 décembre 1578.


Le vieux château de la Maison d'Albret n'avait pas le confort du Louvre ; il n'en avait pas non plus la gaieté ... Les princes huguenots qui entouraient Henri de Navarre étaient de moeurs austères, affectaient une grande pudibonderie, et une indifférence dédaigneuse pour les fêtes.

Au contraire, Margot aimait le luxe, le plaisir, les bals : elle résolut de changer, sans attendre, l'atmosphère pesante qui régnait à Nérac.

Elle organisa donc dès son arrivée quelques sauteries fort joyeuses aucours desquelles Guillaume Raspault et ses amis firent entendre aux Navarrais scandalisés le rythme à trois temps de la Volte, cette danse nouvelle, dont Henri III raffolait et que les Allemands devaient un jour baptiser Walzer avant de nous la rendre sous le nom de valse ...


Les permières soirées de ce genre n'ayant obtenu qu'un succès d'estime, les demoiselles de l'Escadron Volant furent chargées de dérider les protestants.

Elles y parvinrent plus aisément que la Volte, car elles étaient ravissantes et possédaient le don d'énerver les plus chastes. "Aussi, nous dit un chroniqueur, les gentilshommes prirent-ils l'habitude de mettre plus fréquemment la main aux fesses des dames qu'aux plats, pourtant savoureux qui étaient servis."


Bref, sous l'heureuse influence de Margot, le château de Nérac devint bientôt un vaste lupanar, et les coreligionnaires de Navarre, libérés de leurs complexes, commencèrent à considérer la vie d'un autre oeil.

Sully, (futur Ministre d'Henri IV) dans ses Mémoires, nous dit : "L'amour était devenu l'affaire la plus sérieuse de tous les courtisans ; et le mélange des deux Cours, qui ne cédaient en rien l'une à l'autre du côté de la galanterie, produisit l'effet qu'on en devait attendre : on se livra aux plaisirs, aux festins et fêtes galantes."

Naturellement, une telle atmosphère influait beaucoup sur le langage. Toutes les plaisanteries, même les plus gaillardes, étaient admises.


Un jour, quelqu'un dit à Catherine de Médicis - qui avait la réputation d'aimer les hommes bien constitués, "c'est-à-dire pourvus d'une arme d'amour de dimension respectueuse" - que les protestants surnommaient "reine mère" leur plus grosse couleuvrine.

La Florentine en demanda la raison.
- C'est, lui répondit-on, parce qu'elle a le calibre plus grand et plus gros que les autres.

Loin de se fâcher, Catherine rit beaucoup de cette énorme grossièreté
.


Le goût de la Florentine pour un certain gigantisme local est confirmé par Brantôme, qui conte l'anecdote suivante : "On dit qu'ayant une fois vu par la fenêtre de son château, qui visait sur la rue, un grand cordonnier étrangement proportionné, pisser contre la muraille dudit château, elle eut envie d'une si belle et si grande proportion, de peur de gâter son fruit pour son envie, elle lui manda par un page de la venir trouver en une allée secrète de son parc, où elle s'était retirée, et là elle se prostitua à lui en telle façon qu'elle en engrossa (tomba enceinte
)..."


Pendant tout l'hiver, on s'amusa ainsi, et la reine mère s'efforça de profiter de la bonne humeur générale pour faire accepter ses conditions de paix aux chefs huguenots.

Souriante, volontiers joviale, elle paraissait à ces braves gens la loyauté même, alors qu'elle préparait dans l'ombre une de ces machinations dont elle avait le secret.


Elle voulait, en ramenant Melle Dayelle au Louvre, attirer Navare à Paris et disloquer ainsi le camp protestant
.

La jeune Grecque fut donc chargée de s'attacher le Béarnais par tous les moyens, y compris les vices les plus singuliers. Il y eut alors à Nérac des nuits extraordinaires au cours desquelles personne ne pouvait fermer l'oeil à cause des cris qui sortaient de la chambre du roi ...

Au début du printemps 1579, Catherine de Médicis pensa que le moment favorab le à l'accomplissement de ses desseins était arrivé : elle annonça son départ.

Aussitôt, Melle Dayelle alla, en pleurant, informer Henri de Navarre qu'elle devait suivre la reine mère.

Le Béarnais était beaucoup plus malin que ne le pensait Catherine, il flaira un guet-apens.


- Adieu, je vous regretterai toute ma vie, dit-il simplement.

La jeune fille n'avait jamais imaginé que sa mission pût se terminer mal. Elle regarda le roi avec stupéfaction.
- Et si vous veniez avec moi ? murmura-t-elle.
Navarre sourit, l'embrassa et la reconduisit jusquà la porte sans rien dire. Cette fois, il était fixé.


En apprenant cet échec, Catherine de Médicis fut si fâchée qu'elle fit venir Mlle Dayelle dans sa chambre lui donna une fessée. Ce châtiment peut étonner. la reine mère l'utilisait souvent à cause du plaisir qu'il lui procurait.

Elle était en effet sadique et perverse.
Brantôme nous dit qu'elle aimait dépuiller ses demoiselles de compagnie et les battre du plat de la main sur les fesses "avec de grandes claquades et plamussades assez rudes".
Alors, ajoute-t-il, "son contentement était de les voir remuer et faire les mouvements et torsions de leurs corps et fesses, lesquelles selon les coups qu'elles recevaient, en montraient de bien étranges et plaisants".



"Aucunes fois, sans les dépuiller, les faisait trousser en robe (car pour lors elles ne portaient point de caleçons) et les claquetait et fouettait sur les fesses, selon le sujet qu'elles lui donnaient ou pour les faire rire, ou pour pleurer ; et, sur ces visions et contemplations, y aiguisait si bien ses appétits qu'après elle les allait passer bien souvent à bon escient avec quelque galant homme bien fort et robuste
.

Ce soir-là, elle ne profita pas des heureuse dispositions où l'avait mise la fessée infligée à Mlle Dayelle, car elle fit ses malles pour quitter Nérac le lendemain, tête basse, en compagnie de son Escadron Volant aussi piteux qu'elle.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Ven 22 Oct - 20:09

Henri oublia rapidement la belle Grecque : il prit pour maîtresse Melle de Rebours, l'une des demoiselles de la suite de Marguerite : mais cette liaison fut courte? Un soir, il découvrit parmi les jeunes femmes qui hantaient mainteant le château de Nérac une ravissante blonde nommée Françoise de Montmorency dont, il devintl'amant.

Un extraordinaire roman commençait
...

Cette jeune fille, que l'on appelait à la Cour, la belle Fosseuse, parce que son père était baron de Fosseux, avait quinze ans. Marguerite de Navarre nous dit dans ses Mémoires qu'elle était pour lors "toute enfant et toute bonne". C'est-à-dire pucelle ...

Henri de Navarre l'avait connue alors qu'il était tenu au lit par une petite maladie. Elle avait fait, un jour, son apparition derrière la reine Margot, puis avait pris l'habitude de venir quotidiennement conter à Navarre les potins du palais. Espiègle, elle grimpait sur son lit, l'embrassait, lui tirait la barbe, tandis qu'il lui caressait les jambes.

Quand il se sentit un peu mieux, il fit quelques pas dans la pièce en la tenant tendrement par la taille.

Et dès qu'il alla tout à fait bien, il retourna au lit. Mais avec elle...


Marguerite, au dire de quelques historiens, n'était pas tout à fait étrangère à cette nouvelle passion du Béarnais.

D'après Mézeray, elle avait instruit "les dames de sa suite à envelopper tous les braves d'auprès son mari dans leurs filets, et fait en sorte que lui-même se prît aux appas de la belle Fosseuse, qui ne pratiqua que trop bien les leçons de sa maîtresse".


Sachant que son mari était de nature infidèle, et papillonnante, elle pensait qu'avec ette adolescente, qui "dépendait entièrement d'elle", les risques de se voir répudier étaient considérablement réduits.

Elle pensait aussi pouvoir utiliser cette nouvelle liaison du roi, pour justifier sa propre inconduite aux yeux du public...


Elle était, à ce moment, la maîtresse du jeune et beau vicomte de Turenne, duc de Bouillon, un fidèle ami de Henri de Navarre. Après s'être moquée de lui, disant qu'elle "trouvait sa taille disproportionnée en quelque endroit, la comparant aux nuages vides qui n'ont que l'apparence dehors", elle constataque cette apparence n'était pas trompeuse et en fit son compagnon de lit.

Or, s'il était largement pourvu par la nature, le jeune Huguenot n'avait pas de très bonnes manières ; un soir, nous raconte Tallemant des Réaux, "étant ivre, il dégobilla sur la gorge de Marguerite, en la voulant jeter sur un lit".

La reine Margot, qui passait des heures à faire macérer son corps dans des huiles, fut écoeurée. Elle lui pardonna néanmoins, "ne voulant pas perdre l'usufruit de la belle pièce qu'il portait".


En compagnie de cet ardent vicomte, elle organisa des bals, des mascarades au cours desquels, il était de bon ton de se tenir très mal. Naturellement, Margot n'avait pas l'indécence de demander à son mari de payer ces fêtes où elle le cocufiait.

Elle s'adressait pour cela au bon Pibrac, toujours amoureux d'elle, qui se ruinait doucement sans obtenir aucune faveur
.

Mais il arrive que les moutons se rebiffent. Un bau matin, Pibrac, ulcéré de voir Marguerite se moquer de lui avec Turenne, quitta Nérac, retourna au Louvre et raconta par le détail à Henri III ce qui se passait à la Cour de Navarre.

Le roi entra dans une grande colère, traita sa soeur de putain et adressa immédiatement une lettre au Béarnais pour l'informer de 'linconduite de Margot.

Navarre, qui avait tant à se faire pardonner, fit semblant de ne rien croire, mais s'amusa à montrer la lettre du roi à Turenne et à Marguerite. Celle-ci, outrée de cette nouvelle perfidie, décida, pour se venger, de pousser son mari à déclarer la guerre au roi. Le prétexte était simple : les villes d'Agen et de Cahors, qui faisaient partie de son douaire, étaient retenues injustement par Henri III. Il suffisait d'exciter un peu Navarre...

La fine mouche sut s'y prendre. Elle appela la jeune Fosseuse :


- Il arrive ici de nombreuses lettres venant du Louvre, toutes remplies des sarcasmes du roi de France à l'égard de notre Cour de Nérac. Je veux que vous les montriez au roi, mon mari, en vous indignant et en le poussant à s'indigner aussi. Il est toujours porté à rire, il faut qu'il se fâche...

Françoise prit quelques lettres, les montra à son amant, mais n'osa pas jouer la comédie que lui avait enseignée Marguerite. Le soir, elle vint, en pleurant, avouer à celle-ci sa timidité.

Margot lui pardonna en raison de son extrême jeunesse et fit appel à une femme plus rouée, nommée Xainte, qui était à son service en qualité de chambrière.


Elle la poussa d'abord à devenir la maîtresse de Navarre. Après quoi, elle lui donna les mêmes consignes qu'à la belle Fosseuse.

Xainte réussit tout de suite : Navarre déchira les lettres qu'on lui montrait et s'emporta violemment contre Henri III.

C'est alors que Fosseuse, sortant de sa timidité, intervint.

- Vous devez vous venger de ces affronts, monseigneur, en délarant la guerre au roi de France et en lui reprenant les villes de Cahors et d'Agen, dit-elle.

Quelques jourss parès, Navarre se préparait à cette guerre du'Agrippa d'Aubigné devait, avec raison, baptiser "la guerre des Amoureux".


Voici d'ailleurs ce que nous en dit l'auteur de l'Histoire Universelle.

"Nous avons touché, écrit-il, de la haine de la reine de Navarre contre le roi son frère,. Cela fit que, pour lui remettre la guerre sur les bras, à quelque prix que ce fût, cette femme artificieuse se servit de l'amour de son mari envers Fosseuse pour semer en l'esprit de ce prince les résolutions qu'elle désirait. Cette fille, craintive, pour son âge, au commencement, ne pouvait bien pratiquer les leçons de sa maîtresse. Elle la faisait aider par une fille de chambre, nommée Xainte, avec laquelle le roi de Navare familiarisait. Celle-ci, hardie, rapportait sans discrétion force nouvelles que la reine de Navarre recevait ou inventait de la Cour, soit les paroles de mépris que son frère disait en son cabinet, soit les risées de Monsieur et du duc de Guise, qui se faisaient à ses dépens devant la dame de Sauve.D'ailleurs, elle séduisit les maîtresses de ceux qui avaient voix au chapitre. E lle même gagna pour ce point le vicomte de Turenne, embarqué en son amour..."

Au bout de quelques semaines, Margot n'eut plus guère besoin de faire la leçon à ses amies, car les lettres qui parvenaient de Paris rapportaient tant de railleries, d'insultes et de grossièretés à l'égard de la Cour de Navarre, que toutes les dames de Nérac furent mortellement offensées.
Elles allèrent trouver leurs amants et, cette fois, de leur propre chef, les incitèrent à se venger du roi de France. Au début de 1580, chauffé à blanc par la belle Fosseuse, qui ne voulait plus être appelée "bourbeteuse, drouine, putassière ou empeseuse de chemises", et poussé par les seigneurs protestants, Navarre était prêt à combattre.
"On vit naître alors, écrit Dreux du Radier, cette guerre à la tête de laquelle on peut dire qu'était la jeune Fosseuse."


Les hostilité commencèrent sans tarder. On se battit avec fureur dans toute la Guyenne, et Navarre parvint à prendre Cahors.

Aussitôt, par représailles, les soldats du maréchal de Biron vinrent jeter des boulets dans de nombreuses villes huguenotes qui furent incendiées.

A Nérac, Marguerite se croyait à l'abri, car elle avait obtenu de Henri III que cette ville "fût tenue en neutralité" sous la réserve expresse que Navarre ne s'y trouvât pas.

" Mais, nous dit-elle dans ses Mémoires, cette condition n'empêcha poin que le roi, mon mari, ne vînt souvent à Nérac où nous étions, Madame, sa soeur et moi, étant son naturel de se plaire parmi les dames, même étant lors fort amoureux de Fosseuse.

Ces considération l'ayant amené un jour à Nérac avec ses troupes, il y séjourna trois jours, ne pouvant se départir d'une compagnie et d'un séjour si agréables..."

Le maréchal de Biron n'attendait que cette occasion. Il accourut avec son armée et "fit tirer sept ou huit volées de canon dans la ville, dont l'un donna jusqu'au château..."

C'est ainsi que l'amour faillit causer la destruction de Nérac ...


Au mois de novembre, le duc d'Anjou vint entamer des négociations, qui aboutirent au traité de Fleix (26 novembre 1580).

La "Guerre des Amoureux" était finie.

Elle avait vengé l'honneur des dames légères de la Cour de Navarre et fait cinq mille victimes.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT    Sam 23 Oct - 14:56

MARGOT CHASSEE DE PARIS A CAUSE DE SES DEPORTEMENTS
La morale n'est peut être que la forme la plus cruelle de la méchanceté - Henry Becque

La signature de cette paix fut à l'origine d'une aventure galante qui devait bouleverser la vie de Marguerite et diviser, une fois de plus, la famille royale.

Parmi les jeunes seigneurs qui accompagnaient le duc d'Anjour, se trouvait un garçon fort séduisant nommé Jacques Harlay de Champvallon que la reine de Navarre, toujours à l'affût, remarqua tout de suite pour son regard chaud et sa carrure prometteuse.

Elle avait alors trente ans. Son tempérament déjà volcanique se trouvait renforcé par la cuisine fortement épicée de Nérac. La vue de ce beau jeune homme lui mit immédiatement du feu à tous les bons endroits, et elle s'en trouva gênée.

Voyant son trouble, Champvallon sut se montrer gentilhomme : il la viola sur-le-champ (immédiatement) ...

Le lendemain, encore toute chancelante, elle écrivait à son amie, la duchesse d'Uzès, ses impressions sur les quelques instants passés avec ce nouveau partenaire :"j'ai eu tant de plaisir que ce serait chose trop longue à vous écrire."

Tant de plaisir qu'elle en était remuée jusqu'au plus profond d'elle-même ; tant de plaisir que, pour la première fois de sa vie, elle tomba vraiment amoureuse...

Transfigurée, rayonnante, oubliant tout : Navarre, Turenne, et même François, son frère chéri, elle vécut dans l'adoration de ce jeune seigneur élégant qu'elle appelait, avec quelque exaltation, "son beau soleil", "son bel ange", "son beau miracle de la nature"...

Cette passion l'aveugla au point qu'elle perdit le peu de réserve qui lui restait, et Champvallon dut la satisfaire dans les escaliers, les placards, les jardins, les champs, les granges ...


Un jour, d'Aubigné, qui furetait selon son habitude, la surprit à Cadillac "en ses privautés" avec son amant.
Tout heureux d'avoir une bonne anecdote à conter, il s'empressa d'ébruiter la chose, au grand effroi de Marguerite qui eut peur de la colère de son mari.


Heureusement, Henri de Navarre avait alors d'autres soucis en tête : le duc d'Anjour était tombé amoureux de la belle Fosseuse, et il craignait que la petite, dont l connaissait l'ambition, ne se laissât séduire par l'héritier présomptif du trône de France ...

Feignant d'ignorer la scène de Cadillac, il alla trouver sa femme, lui conta sans aucune gêne ses peines de coeur et la supplia d'intervenir auprès d'Anjou.

Marguerite avait l'esprit large. Le soir même elle se rendit chez son frère pour lui demander de bien vouloir laisser en paix la maîtresse de son mari.


"Je le priai tant, nous dit-elle dans ses Mémoires,, lui remontrant la peine où il me mettait par cette recherche, que lui, qui affectionnait plus mon contentement que le sien, força sa passion et ne parla plus à elle."


Mais pour mieux oublier Fosseuse, François décida de quitter Nérac et de rentrer chez lui. Qulques jours plus tard, il partait, emmenant son fidèle Champvallon ...

Marguerite, qui n'avait pas prévu un tel dénouement, crut devenir folle. Elle s'enferma dans sa chambre pour pleurer et composer des stances sur le départ de son amant
.


En voici une strophe qui donne ton :

rs plus que d'ombre ;
Nos amis sont à toi, je ne sers que de Nos deux corps sont en toi, je ne senombre.
Las ! puisque tu es tout et que je ne suis rien,
Je n'ai rien, ne t'ayant, ou j'ai tout, au contraire.
Avoir et tout et rien, comment se peut-il faire ?
C'est que j'ai tous les maux, et je n'ai point de bien
.

Loin de refroidir la passion de Margot, la séparation ne fit que la surexciter. Les lettres qu'elle envoyait alors à Champvallon en sont la preuve :
"l'absence, écrivait-elle, la contrainte donnent à mon amour autant d'accroissement qu'à une âme faible et enflammée d'une flamme vulgaire, il apporterait la diminution. Quant vous viendriez à changer d'amour, ne pensez pas m'avoir laissée, et croyez pour certain que l'heure de votre changement sera celle de ma fin, qui n'aura de terme que votre volonté.
"


Toutes les lettres se terminaient de même :

"Je ne vis plus qu'en vous, mon beau tout, ma seule et parfaite beauté. Je baise un million de fois ces beaux cheveux, mes chers et doux biens ; je baise un million de fois cette belle et amoureuse bouche."

Lettres ardentes, lettres enflammées qui prouvent que la reine Margot, si diffamée par certains historiens qui la présentent comme une gourgandine uniquement poussée par les sens, a brûlé, au moins une fois dans sa vie, d'une passion racinienne.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Sam 23 Oct - 15:21

Après le départ du duc d'Anjou, Henri de Navarre vécut une nouvelle lune de miel avec la belle Fosseuse qu'il avait failli perdre.

C'est alors qu'une idée fort peu louable germa dans l'esprit de cette petite ambitieuse : elle pensa que si elle avait un fils de Navarre, celui-ci répudierait Marguerite, pour l'épouser, elle...



Des soirs durant, elle oeuvra consciencieusement dans ce but et, un matin, put annoncer au Béarnais qu'elle était enceinte de ses bons soins.

La reine Margot, bien entendu, devina tout de suite que leur ménage à trois attendait un heureux évènement. Elle en fut satisfaite, jusqu'au jour où elle constata que l'approche de la maternité transformait fâcheusement le caractère de son ancienne protégée.


"Lors, se sentant dans cet état, écrit-elle, elle change toute de façon de procéder avec moi ! et, au lieu qu'elle avait accoutumé d'y être libre et et de me rendre à l'endroit du roi mon mari tous les bons offices qu'elle pouvait, elle commence à se cacher de moi, et à me rendre autant de mauvais offices qu'elle m'en avait fait de bons. Elle possédait de sorte le roi mon mari, qu'en peu de temps je le connus tout changé. Il s'étrangeait de moi, il se cachait, et n'avait plus ma présence si agréable qu'il avait eu les quatre ou cinq heureuse années que j'avais passées avec lui en Gascogne, pendant que Fosseuse s'y gouvernait avec honneur"

Marguerite n'était pas femme à se laisser abattre.
Elle décida d'engager la lutte et d'être enceinte, elle aussi. Les eaux de Bagnères passaient alors pour avoir des vertus fécondantes ; elle y alla, but verre sur verre et écrivit à sa mère : "Je suis venue à ces bains pour voir s'il me serait si heureux que de pouvoir faire augmenter le nombre de vos serviteurs. Plusieurs s'en sont bien trouvées."

Hélas ! les eaux n'eurent aucun effet sur elle, et elle dut rentrer, sans la moindre espérance.


A Nérac, elle ne retrouva pas son mari. Henri de Navarre, un peu gêné de voir sa maîtresse prendre un embonpoint que lorgnaient les de la Cour, avait dit un jour :

- Ma fille (c'est ainsi qu'il désignait Fosseuse) doit soigner un mal gastrique... Je vais la conduire aux Eaux-Chaudes.

Et il avait emmené la jeune femme, sans se soucier des plaisanteries que faisait le bon peuple sur les enfants de roi qui viennent dans l'estomac..


Quand la belle Fosseuse rentra (essayant toujours de cacher sa grossesse, Marguerite, qui avait changé de tactique, la fit appeler dans sa chambre et lui dit qu'elle était disposée à l'aider :

- J'ai moyen de m'en aller, sous couleur de la peste, que vous voyez, qui est, en ce pays et même en cette ville, au mas d'Argenois, qui est une maison du roi mon mari fort écartée. Je ne mènerai avec moi que le train que vous voudrez. Cependant le roi mon mari ira à la chasse d'un autre côté, et ne bougera de là que vous ne soyez délivrée, et ferons par ce moyen cesser ce bruit, qui m'importe moins qu'à vous".

Fosseuse, fort courroucée, répondit avec arrogance que le bruit qui courait touchant son état n'était qu'une calomnie, "qu'elle ferait mentire tous ceux qui en avaient parlé ; qu'elle connaissait bien qu'il y avait quesque temps que Marguerite ne l'aimait plus, mais qu'elle ne se laisserait pas attaquer plus longtemps..."


"Et, nous dit la reine Margot, parlant aussi haut que je lui avais parlé bas, elle sort tout en colère de mon cabinet et y va mettre le roi mon mari ; en sorte qu'il se courrouça fort à moi de ce que j'avais dit à sa fille, disant qu'elle ferait mentir tous ceux qui la taxaient, et m'en fit mine fort longtemps."


Pendant des mois, Henri et sa maîtresse conservèrent cette attitude extravagante qui consistait à vouloir nier l'évid
ence.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 25 Oct - 10:30

Mais, un jour, la belle Fosseuse fut tout de même obligée d'avouer que les racontars étaient fondés.
Ecoutons encore une fois Marguerite de Navarre nous conter la scène : "Le mal lui prenant au matin, au point du jour, étant couchée en la chambre des filles, elle envoya quérir mon médecin et le pria d'aller avertir le roi mon mari ; ce qu'il fit.
Nous étions couchés en une même chambre, en divers lits, , comme nous avions accoutumé. Comme le médecin lui dit cette nouvelle, il se trouva fort en peine, ne sachant que faire, craignant d'un côté qu'elle fût découverte et, de l'autre, qu'elle fût mal secourue ; car il l'aimait fort.


Il se résolut enfin de m'avouer tout, et me prier de l'aller secourir, sachant bien que, quoi qu'il se fût passé, il me trouverait toujours prête de le servir en ce qui lui plairait. Il ouvre mon rideau et me dit : "Ma mie, je vous ai celé une chose qu'il faut que je vous avoue. Je vous prie de m'en excuser et de ne vous point souvenir de tout ce que je vous ai dit pour ce sujet ; mais obligez-moi tant de vous lever tout à cette heure et aller secourir Fosseuse, qui est fort malade.
Je m'assure que vous ne voudriez, la voyant en cet état, vous ressentir de ce qui s'est passé?

Vous savez combien je l'aime. Je vous prie, obligez-moi en cela."


Je lui dit :"Que je l'honorais trop pour m'offenser de choses qui vînt de lui, que je m'en allais et y ferais comme si c'était ma fille ; que cependant il s'en allât à la chasse et emmenât tout le monde, afin qu'il n'en fût point ouï parler.
Je la fis promptement oter de la chambre des filles et la mis en une chambre écartée, avec mon médecin et des femmes pour la servir, et la fis très bien secourir.
Dieu voulut qu'elle ne fît qu'une fille, qui encore était morte."


Marguerite poussa un soupir de soulagment, remercia le ciel d'arranger ses affaires et retourna se coucher.

Quand il rentra de la chasse, Navarre alla rendre visite à la belle Fosseuse, qui ruminait sa peine et fut très fâché de voir que Marguerit avait jugé bon de regagner son lit. Il courut la réveiller et lui reprocha grossièrement d'abandonner sa maîtresse.
Alors une violente dispute éclata entre les deux épous, et la jeune reine, très offensée, prit la décision de retourner à Paris.

A Paris, où elle comptait bien retrouver Champvallon.

Quelques jours après cette scène, Marguerite, qui avait commencé à remplir ses malles, fit remettre son linge dans les armoires, décommanda les chevaux et adressa la parole à Navarre sur un ton presque aimable.
Pourquoi cette volte-face ?
Parce qu'elle avait appris que Champvallon venait de quitter Paris pour Londres, où le duc d'Anjou allait faire la cour à la reine Elizabeth. Le "frère chéri" de Marguerite espérait, en effet, se marier avec la "femme sans homme", et le séjour qu'il fit en Angleterre fut si riche en épisodes savoureux, qu'il faut, je crois, en dire deux mots :


La reine vierge avait une réputation d'austérité bien établie, et personne ne l'avait jamais vue montrer la moindre tendresse à un homme. En toute occasion, son regard demeurait froid.
Or, lorsqu'elle vit apparaître le duc d'Anjou, elle fut si troublée qu'à la stupéfaction générale, elle l'embrassa d'emblée sur la bouche...

Un peu éberlué, François voulut dire un mot aimable, elle lui coupa la parole :

- Je suis très heureuse de vous voir. Et je veux que vous acceptiez ceci en souvenir de cette journée.
Un chambellan lui offrit une bague magnifique.

De plus en plus confus, le prince français bredouilla quelques remerciements. Elizabeth ne le laissa pas terminer et l'entraîna d'un pas rapide vers ses appartements privés...

Pendant trois mois, la reine d'Angleterre fut ainsi aux petits soins pour François ; et quand, en février 1582, il la quitta pour rentrer en France, elle éclata en sanglots devant tous ses ministres et lui demanda de la tenir désormais pour son épouse...
La "femme sans homme" était-elle vraiment amoureuse ? Peut-être.
Et si le mariage projeté par Catherine de Médicis n'avait pas été finalement empêché par les évènements politiques, l'histoire des relations franco-anglaises s'en fût sans doute trouvée changée...


Dès qu'elle sut que Champvallon était de retour au Louvre, Marguerite repris son arrogance à l'égard de Navarre, recommanda des chevaux, refit ses bagages.

C'est alors q'une lettre arriva de Paris. Catherine de Médicis, qui nourrissait toujours l'espoir de séparer Henri de Navarre de ses troupes , écrivait à sa fille :

Il serait bon que votre mari vînt avec vous à Paris. Le roi, votre frère y tient beaucoup. S'il vous est impossible de le décider, emmenez Fosseuse, et il suivra ...

A la fin de février, Marguerite quitta Nérac, traînant Fosseuse, ulcérée, dans un carosse hermétiquement clos.

Henri de Navarre, galamment, acccompagna ses dames jusqu'à La Mothe-Saint-Heray, en Poitou, où Catherine de Médicis était venue à leur rencontre.


Un instant, la Florentine pensa que sa machination avait réussi ; mais Navarre, un beau soir, embrassa sa femme, fit une oeillade à sa maïtresse, serra la main de sa belle-mère et rentra chez lui.
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MessageSujet: LA REINE MARGOT   Lun 25 Oct - 17:52

Comme bien on pense, tout le monde fut mécontent. Catherine et Marguerite d'avoir raté leur affaire, et Fosseuse d'être abandonnée avec une telle désinvolture.

De ce fait, le voyage de La Mothe à Paris ne fut qu'une longue dispute entre les trois femmes, et Fosseuse dut accepter d'être tenue pour responsable de l'échec.

Dès l'arrivée au Louvre, elle fut chassée par Marguerite.


Navarre, qui avait ses informateurs dans la capitale (et même au palais), le sutaussitôt et écrivit une lettre sévère à sa femme, l'enjoignant de reprendre Françoise et de la traiter comme une soeur.

Marguerite répondit avec ironie :
...

Quant à votre fille (Fosseuse), je vous ai mandé ce qu'à mon grand regret j'en ai ouï et en ouiïs tous les jours...
Vous m'écrivez, monsieur, que, pour fermer la bouche au roi, aux reines ou à ceux qui m'en parleront, que je leur dise que vous l'aimez et que je l'aime pour cela ; cette réponse serait bonne, parlant d'un de vos serviteurs ou servantes, mais de votre maîtresse ! Si j'étais née de condition indigne de l'honneur d'être votre famme, cette réponse ne me serait mauvaise ; mais étant telle que je suis, elle me serait trop mal séante ; aussi m'empêcherai-je bien de le faire.
Ce n'est aussi sans sujet que vous croyiez que je vous devais contenter, ayant souffert de que je ne dirai pas princesse, mais jamais simple demoiselle, ne souffrit, l'ayant secourue, caché sa faute et toujours depuis tenue avec moi.
Si vous n'appelez cela vous vouloir contenter, certes, je ne sais pas comme vous le pouvez entendre...


Catherine de Médicis attendait depuis longtemps l'occasion d'être désagréable à son gendre. Elle lui écrivit l'étonnante lettre que voici, dans laquelle elle rappelait avec beaucoup de sérénité qu'un époux qui trompe sa femme ne doit pas le crier sur les toits :

Vous n'êtes pas le premier mari jeune et peu sage en pareille chose ; mais je vous trouve bien le premier et le seul qui fasse après un tel fait, tenir un pareil langage à sa femme.
J'ai eu l'honneur d'avoir épousé le roi, mon seigneur et votre souverain ; mais la chose dont il était le plus marri, c'était quand il savait que je susse de ces nouvelles-là, et, quand Mme de Fleming fut grosse (enceinte), il trouva très bien quand on la renvoyé ; de Mme de Valentinois, c'était comme Mme d'Etampes, en tout honneur.
Ce n'est pas la façon de traiter les femmes de bien et de telle maison, de les injurier à l'appétit d'une putain publique, car tout le monde sait l'enfant qu'elle a fait.
Vous êtes trop bien né pour ne pas savoir comment vous devez vivre avec la fille de votre roi et la soeur de celui qui commande à tout ce royaume et à vous, qui, outre cela, vous honore et vous aime comme doit faire une femme de bien.
J'ai fait partir cette belle bête, car tant que je vivrai je ne souffrirai pas de voir chose qui puisse empêcher ou diminuer l'amitié que ceux qui me sont si proches, comme elle m'est, se doivent porter l'un à l'autre, et vous prie que, après que ce beau messager de Frontenac vous aura dit le pis qu'il aura pu pour vous aléner contre votre femme, de considérer le tort que vous vous êtes fait et retourner au bon chemine
.

Henri de Navarre ne répondit pas. Il est vrai qu'entretemps il avait fait la connaissance de la gracieuse Corisande de Gramont, et que Fosseuse était déjà oubliée.

Dégoûtée, celle-ci ne prit même pas la peine de lui envoyer une lettre d'injures ; elle promena son éclat de "belle bête" dans quelques maisons amies, éblouit un gentilhomme, François de Broc, l'épousa et le rendit heureux jusqu'à la fin de ses jours, en utilisant l'expérience qu'elle avait acquise dans le lit du Béarnais.

Les soucis que lui avait causés le renvoi de Fosseuse n'étaient pas suffisants pour empêcher Marguerite de se consacrer éperdument à l'amour avec son beau Champvallon.

Comme elle se méfiait du roi, qui montrait toujours à son égard la même jalousie, elle était obligée d'avoir recours à des moyens vaudevillesques pour faire entrer son amant dans sa chambre.
C'est ainsi qu'elle soudoya un menuisier qui, sous couleur de lui apporter les métriaux nécessaires à la fabrication d'un petit escalier intérieur, venait tous les jours chargé d'un grand coffre dans lequel se trouvait, recroquevillé et silencieux, Champvallon.
Alors, nous dit encore l'auteur
du Divorce satyrique :

"Elle le recevait dans un lit éclairé de divers blambeaux, entre deux linceuls de taffetas noir, accompagnés de tant d'autres petites voluptés que je laisse à dire ; ce fut alors qu'elle conçut de ces mignardises, non pas une Lyna comme Uranie, dont à tort elle usurpa le nom, mais bien cet Esplandian qui vit encore et qui, sous des parents putatifs, promet de réussir quelque chose de bon un jour (Tous les historiens et chroniqueurs s'accordent pour dire que de ces amours naquit, en effet, un fils qui devint prêtre capucin sous le nom de Père Ange).

Hélas ! un soir, Henri III apprit ce qui se passait dans la chambre de sa soeur....


Des gardes furent immédiatement disposés dans les couloirs avec ordre d'arrêter Champvallon dès qu'il paraîtrait.

Crispés, immobiles, respirant à petits coups, ils essayaient de s'intégrer au silence. Peut être y seraient-ils parvenus si le palais avait été chauffé : mais les galeries du Louvre étaient glaciales et l'un d'eux éternua.
Margot, intriguée, colla son oreille contre la porte, perçut des bruits insolites et fit signe à son amant de se sauver par la fenêtre. Rhabillé en un clin d'oeil, Champvallon se pencha au balcon, siffla dans la nuit et descendit par la corde qui lui servait chaque matin pour quitter le Louvre. Sur le quai, comme d'habitude, un de ses amis l'attendait avec deux chevaux ...
Quelques intants plus tard, la reine de Navarre entendait une galopade s'éloigner du côté de la porte Saint-Honoré où Champvallon avait des mais sûrs.

Le lendemain, à l'aube, Henri III fit venir son capitaine des gardes et comprit qu'il avait été joué par sa soeur.

- A partir de maintenant, tout le palais sera surveillé, déclara-t-il, dehors comme dedans ...


En apprenant cette décision, Marguerite fut atterrée, car elle avait, pour conserver son équilibre, un grand besoin du beau vicomte. Se fiant à sa seule fantaisie, il inventait, en effet, d'exténuants exercices dont elle aprouvait avec volupté les vertus sédatives.
Privée des bons offices de Champvallon, la reine de Navarre risquait de sombrer dans une de ces dangereuses mélancolies qui affectent le cerveau et embrasent inutilement ce que les poètes du temps appelaient "le joly hérisson"...


Il fallait pouvoir échapper à la surveillance de son frère. Elle loua alors un hôtel dans la rue de Couture-Sainte-Catherine (actuellement rue Sévigné) où M. de Champvallon put sans danger, venir lui donner le meilleur de lui-même...
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