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Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
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 Clovis et Clotilde

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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Dim 6 Mar - 20:48

L'après-midi, les souverains, leurs invités et la Cour assistèrent à la représentation d'un mystère et à une procession satirique dirigée contre le pape Boniface VIII.

Pendant que tout le monde s'esclaffait, Isabelle observait ses voisins, à la recherche d'un détail ridicule dont elle pût se moquer, selon son habitude.
Soudain, son regard s'immobilisa. A quelques pas d'elle se trouvaient les frères d'Aulnay, et elle venait de reconnaître, accrochées à leur ceinture, les bourses dont elle avait fait cadeau à Marguerite et à Blanche avant de quitter Boulogne.

Les deux jeunes femmes, enhardies sans doute par trois années d'impunité, avaient, en effet, commis la faute insensée d'offrir ces bourses à leurs amants.


Le soir même, Isabelle alla chez le roi pour l'instruire de ce qu'elle avait découvert. Après l'avoir écoutée en silence, attentif à ne rien laisser paraître de son émotion, Philippe le Bel lui demanda le secret et la congédia sans dire un mot ; puis il donna des ordres pour qu'on surveillât étroitement ses brus.

Deux jours plus tard, les policiers lui faisaient un rapport qui ne laissait aucun doute...
Bouleversé, Philippe s'en fut à l'abbaye de Maubuisson pour se recueillir dans le silence et prendre une décision.

Devait-il étouffer le scandale, ou frapper les coupables d'un châtiment exemplaire ? Il hésita pendant une semaine.
Finalement, ayant appris que les huissiers de chambre étaient au courant de l'inconduite des princesses, et pensant qu'un jour prochain tout le royaume pouvait se gausser (rire) de ses fils, il opta pour la sévérité.
Il fallait qu'on sût que la justice du roi frappait tous les coupables, quels qu'ils fussent
(Philippe le Bel avait peut-être une autre raison qui le poussait à être sévère. En se montrant implacable cette fois-ci, n'était-ce pas du même coup innocenter son épouse dont il avait couvert, jadis les débordements ?)
Il donna donc l'ordre d'arrêter ses brus...

Un soir, des archers se présentèrent à la porte de l'appartement de Marguerite.

- Ouvrez, par ordre du roi !

Affolé, l'huissier ouvrit. Il fut aussitôt ceinturé et mis hors d'état de se défendre, tandis que les hommes d'armes entraient dans la chambre où la princesse dormait déjà paisiblement.

- Par ordre du roi ... commença le sergent qui les dirigeait.

Marguerite s'éveilla, vit tous ces archers qui entouraient son lit et comprit que ce qu'elle redoutait epuis trois ans s'était accompli.

- Que me voulez-vous ?
- Sur l'ordre de messire le roi, Madame, nous venons vous arrêter.

Alors elle se mit à pleurer, et les archers furent bien embarrassés. Pendant un long moment, ils considérèrent sans bouger et plein d'admiration cette jolie personne en larmes dans son lit.
Puis le sergent, avec beaucoup de respect, demanda à Marguerite de se lever et de le suivre, ce qu'elle fit sans protester.
A la même heure, des scènes semblables se déroulaient dans les appartements de Jeanne et de Blanche.

Toutes trois furent ensuite placées dans un chariot et conduite en prison. Jeanne, qui était pourtant la moins coupable, fut prise en chemin d'une véritable crise de désespoir. Les passants attardés l'entendirent crier d'une voix lamentable :

- Pour Dieu, dites à mon seigneur Philippe que je meurs sans péché.


Dès le lendemain, le bruit se répandit dans Paris, puis dans tout le royaume, que le roi avait fait arrêter ses brus.
Aussitôt, le bon peuple, qui ne savait rien, se mit à colporter les histoires les plus extraordinaires : on disait que les princesses, imitant la reine Jeanne de Navarre, attiraient nuitamment les étudiants à la Tour de Nesle et se livraient avec eux à la débauche ; après quoi, ajoutait-on, elles faisent jeter dans la Seine, leurs amants d'un soir.
On disait aussi qu'un professeur de l'Université, nommé Buridan, invité par les trois belles-soeurs, avait été, au petit matin, cousu dans un sac et jeté dans le fleuve.


Mais, assurait-on, Buridan connaissait le sort qui l'attendait, et il avait demandé à quelques-uns de ses élèves de conduire un bateau chargé de foin au pied de la Tour de Nesle ; de sorte qu'il était tombé dans la molle cargaison, tandis que ses complices lançaient à l'eau une grosse pierre pour que les trois femmes n'eussent aucun soupçon.
Tout cela, bien entendu, était inventé de toutes pièces.
Pourtant, la légende s'accrédita au point que Villon, cent cinquante ans après, y fit allusion dans sa Ballade des Dames du temps jadis :


Semblablement où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine...


Et de doctes érudits assurèrent que c'est après cette aventure que le professeur nota son fameux sophisme :
"Il est permis de tuer une reine si cela est nécessaire".

Comme si les philosophes avaient l'habitude de fonder leur raisonnement sur une expérience...


Quelques jours après leur arrestation, les trois princesses furent interrogées par une cour formée de hauts personnages.
Marguerite comparut la première.
Avant qu'elle n'ait eu le temps de nier, on lui apprit que son huissier de chambre, mis à la question (torturé), avait parlé.
Puis, sans lui laisser le loisir de se reprendre, on lui annonça que Philippe d'Aulnay avait été arrêté.
Elle chancela.
C'est le moment que choisit un juge pour lui donner quelques précisions :

- Ce chevalier, Madame, après avoir subi quelques-unes de ces tortures dont il nous faut user avec les gens discrets, a fini par avouer qu'il était depuis trois ans votre amant.

Marguerite, alors, s'effondra.

- Vous savez, Madame, ajouta le juge en la regardant dans les yeux, ce qui attend un chevalier lorsqu'il a osé séduire la femme de son suzerain. Ce crime de haute trahison est puni de mort lente et atroce.

A la pensée que Philippe allait mourir, Marguerite éclata en sanglots, tomba à genoux et avoua tout.
Blanche fit de même lorsqu'elle sut que Gautier avait parlé, lui aussi, sur le chevalet de torture.


Quant à Jeanne, qui s'était reprise, elle se défendit pied à pied. Voulant se disculper complètement, elle prétendit qu'elle ne savait rien des agissements de Marguerite et de Blanche, qu'elle "n'était pas de leur cour ni en leurs secrets conseils appelée", et finalement demanda à voir le roi.
Philippe la reçut.

- Je jure, messire, que je suis prude femme ! s'écria-t-elle.

Le roi lui assura qu'on allait faire ce que nous appelons aujourd'hui un "complément d'enquête" et lui dit :

- Dame, nous saurons de ceci, et droit vous ferons, mais, jusque-là, vous demeurerez par devers nous.

Après quoi, il la fit conduire avec quelques égards, au château de Dourdan, où elle fut gardée prisonnière.


Un traitement moins doux fut réservé aux deux coupables.
Blanche et Marguerite, convaincues d'adultère, ne pouvaient espérer, il est vrai, la moindre indulgence.
Elles furent tondues, vêtues de bure et incarcérées à Château-Gaillard, près des Andelys, dans d'humides cachots.


Pendant ce temps, Philippe et Gautier d'Aulnay attendaient dans une prison de Pontoise que la sentence de mort lente qui les frappait fût exécutée.

Un matin, des archers vinrent les chercher. Ils les conduisirent sur la place du Martroi, où leur supplice devait avoir lieu, et où une foule immense les avait précédés, toute joyeuse d'assister à un spectacle à sensation.

Lorsque le prévôt, en grande robe fourrée eut pris place sur son estrade, un silence impressionnant s'établit, et les deux frères furent confiés aux bourreaux, qui se mirent aussitôt au travail.
En raison de la nature du crime commis, ils commencèrent par leur couper d'un coup de dague les parties génitales. Puis les malheureux furent écorchés vifs.
Ce supplice, qui leur faisait pousser d'effroyables hurlements, dura près d'une heure.
Ensuite de quoi, on les écartela, et comme, malgré toutes ces tortures, ils vivaient encore, on les fit traîner par des chevaux sur un chaume fraîchement coupé.
Enfin, on les décapita et on suspendit au gibet par les aisselles leurs pauvres corps en loques
.
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Martine

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MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Dim 6 Mar - 21:25

Beuh .. vais plus dormir après avoir lu ces atrocités ..
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Lun 7 Mar - 12:12

Bien dormi Martine ?....... Very Happy Wink




La justice n'était cependant pas faite pour autant.
L'huissier de chambre qui avait ménagé les entrevues amoureuses, les dames de la cour qui avient aidé les princesses dans leurs intrigues, des hommes, des femmes soupçonnés d'avoir favorisé, ou simplement connu les choses, furent arrêtés, mis à la question et pendus.
Un évêque, compromis par les aveux arrachés dans les tourments à l'une de ces victimes, se vit, sans savoir pourquoi, soumis à l'inquisition d'Avignon, accusé de sortilège et brûlé.


Pendant des semaines, Philippe le Bel, animé par une sorte de rage, fit arrêter toute personne sur laquelle planait le moindre soupçon.
Les chroniqueurs du temps nous disent "qu'on les pendait, qu'on les brûlait, qu'on en faisait périr par supplices secrets et qu'on en cousait dans des sacs qu'on jetait en rivière".
Bientôt, tous ceux qui de près ou de loin avaient approché les princesses se mirent à trembler de peur, et la terreur régna sur le Louvre jusqu'au jour de 1314, le 29 novembre exactement, où une nouvelle stupéfiante arriva de Fontainebleau : Philippe le Bel venait de mourir brusquement après une partie de chasse.
Toute poursuite fut aussitôt suspendue.
Et c'est dans une atmosphère allégée que Louis le Hutin monta sur le trône
.

Pourtant, le nouveau roi était tourmenté, car Marguerite, dont il n'avait pu se séparer (l'adultère n'était pas une raison valabe pour faire annuler un mariage par le pape), devenait reine de France.
Or une reine de France ne pouvait vivre emprisonnée dans un cachot.
Alors ? Sachant qu'il lui était impossible de pardonner à sa femme et de la rappeler auprès de lui, Louis le Hutin chercha une solution et il lui vint une idée.
Il appela quelques hommes de confiance à qui il donna discrètement des ordres, et, un matin, la malheureuse Marguerite, qui ne cessait de clamer jour et nuit qu'elle méritait ses tourments, fut étranglée dans sa cellule.
Soulagé, Louis le Hutin se mit immédiatement en quête d'une autre épouse.


C'est vers cette époque que Jeanne, qui était pravenue à faire achever l'enquête qui la concernait, comparut de nouveau devant le Parlement, en présence du comte de Valois et du comte d'Evreux, ses oncles.
Malgré tout son courage, elle tremblait un peu en entrant dans la salle où se tenaient les juges, car elle savait que les policiers avaient retrouvé un jeune homme avec qui elle avait commis jadis quelques imprudences au cours des jeux de cache-cache un peu particuliers que Marguerite aimait organiser.
Or, avant toute chose, l'ecclésiastique qui présidait la cour parla de ce jeune chevalier ; heureusement, ce fut pour dire que, malgré la torture à laquelle on l'avait soumis, il n'avait rien révélé.
Il en conclut que les bruits qui circulaient étaient faux et que Jeanne devait, en conséquence être tenue pour innocente et tirée de sa prison sans délai.
Sauvée ainsi par le courage du chevalier, Jeanne fut, en effet, libérée aussitôt et rappelée par son mari, le future Philippe V, qui lui rendit tous les honneurs dus à son rang.
Ce qui fit dire à l'historien Mézeray qu'il était "plus heureux ou plus sage que ses frères".


Le jeune roi Louis le Hutin, tout à la recherche d'une nouvelle compagne, délaissait quelque peu la politique...
Il passait son temps à écrie aux cours étrangères pour demander des renseignements sur toutes les princesses d'Europe, il envoyait des amis sur place pour juger de la beauté et du charme des postulantes, il faisait venir des portraits, etc.

Désirant que son remariage frappât l'esprit du peuple et parvînt à effacer le souvenir du lamentable procès qui venait d'avoir lieu, il envisageait de faire célébrer la cérémonie avec tout le faste possible.
Mais quand il parla de ses intentions, les ministres baissèrent la tête.

- C'est que, dirent-ils, le trésor est épuisé..


Cela porta un coup à Louis le Hutin qui demanda des explications.

Les conseillers eurent quelques scrupules à lui avouer la vérité.
Ils ne lui dirent pas que, si les finances étaient mal en point, la faute en était d'abord à Philippe le Bel qui avait organisé des fêtes somptueuses à la fin de son règne, et ensuite à ses trois brus, dont les dépenses avaient été énormes pendant des années ; ils accusèrent de malversation un homme dont ils jalousaient depuis longtemps l'autorité à la cour : Enguerrand de Marigny, le principal ministre du roi défunt.


Louis , fâché de voir le trésor à sec, fit immédiatement emprisonner Enguerrand de Marigny à Vincennes et assembla les prélats et les principaux seigneurs du royaume pour le juger.
Après un bref débat, l'ancien ministre fut accusé d'avoir altéré les monnaies, pillé les deniers destinés au pape Clément V, saccagé les forêts royales et reçu de l'argent des Flamands pour trahir Philippe le Bel.
Certains ajoutèrent même une calomnie plus grave encore en assurant qu'Enguerrand de Marigny se livrait à des pratiques de magie..
Incapable de répondre à ces accusateurs, car on ne lui avait pas permis de se défendre, le malheureux fut condamné à être pendu à la plus haute traverse du gibet de Montfaucon.
L'exécution eut lieu le 30 avril 1315, au point du jour
.

Aussitôt, Louis X s'empara de sa fortune, qui représentait une somme équivalant à quarant millions de notre monnaie (c'est à dire quatre milliards d'anciens francs)., et certain, dès lors, de pouvoir se payer les noces fastueuses dont il rêvait, il se remit en quête d'une épouse agréable
.
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Lun 7 Mar - 14:53

Deux mois plus tard, le jeune roi reçut les confidences d'un de ses conseillers qui était bourrelé de remords.
Celui-ci lui apprit qu'Enguerrand de Marigny avait été victime d'une intrigue et condamné à tort.
Louis le Hutin, qui était bon, fut sincèrement désolé.
Sans hésiter, il fit nommer une commission chargée d'examiner les comptes de l'infortuné ministre.
Cette initiative, prise malheureusement un peu tard, permit de constater que le déficit du trésor venait des dépenses royales et que l'intégrité d'Enguerrand ne pouvait être mise en doute.
Le roi réhabilita la mémoire du supplicié et rendit à ses enfants une partie (mais une partie seulement) de la fortune dont il s'était emparé.

Et de nouveau, il fut très ennuyé, car les finances de l'Etat se retrouvaient presque aussi mal en point qu'avant l'arrestation d'Enguerrand.


Alors il eut une idée, et il se mit à la recherche d'une princesse riche, dans l'espoir que celle-ci pourrait assumer les frais du mariage grandiose qu'il avait toujours en vue.

Une héritière bien dotée lui fut signalée.
Elle s'appelait Clémence de Hongrie.
On le prévint qu'elle n'était pas d'une beauté remarquable et que certains la trouvaient même assez laide ; mais Louis sut ne pas faire le difficile et l'envoya chercher à Naples où elle habitait avec son père.

Au début juillet, Clémence, ravie d'avoir trouvé un mari, s'embarqua en grande pompe à destination de la France.
Hélas ! le bateau qui la portait fut pris dans une tempête épouvantable et fit naufrage.
Grâce au sang-froid du chevalier de Bouville, la princesse put regagner la terre à bord d'une barque ; mais les coffres qui contenaient sa dot, ses bijoux et ses robes sombrèrent avec le navire.
Cette nouvelle accabla le pauvre Louis le Hutin.
Beau joueur, il reçut pourtant sa fiancée avec beaucoup de gentillesse, et le mariage eut lieu le 19 août 1315, dans la plus grande simplicité.


Après quoi, pour remplacer la dot perdue en mer, le roi décida de faire payer aux juifs le droit de résider en France : ce qui emplit rapidement les caisses du Trésor.

L'union de Louis et de Clémence ne devait pas être longue. L'année suivante, au mois de juin, le roi, qui avait conservé l'habitude de jouer à la paume, fit une longue partie au cours de laquelle il s'échauffa.
Pour se rafraîchir, il descendit dans une cave et but un pichet de vin frais.
Il fut saisi immédiatement d'un violent frisson. Le soir, il se mit au lit avec de la fièvre. Trois jours après, il était mort.

Le jeune roi ne laissait pas de fils, mais Clémence était enceinte de quatre mois.


Alors Philippe, comte de Bourgogne, frère de Louis le Hutin, convoqua les Grands du royaume en une assemblée qui eut lieu au Palais de la Cité, le 16 juillet 1316, et où il fut décidé que la régence lui serait confiée jusqu'à ce que l'héritier royal ait atteint sa vingt-quatrième année. (Car personne ne doutait de la naissance d'un héritier mâle)

Le 14 novembre 1316, la reine mit au monde un garçon qui fut prénommé Jean, et aussitôt proclamé roi sous le nom de Jean Ier.
Il ne vécut que cinq jours.
Porté à Saint-Denis, entre deux haies de torches retournées, il fut enterré après que l'armée eut crié trois fois : "Le roi est mort !".
Le lendemain, Clémence de Hongrie, folle de douleur, se retirait dans un couvent de Provence.


(Le petit roi Jean Ier eut une histoire posthume, semblable à celle de Louis XVII. Le bruit courut, vers 1350, qu'il n'était pas mort.
On racontait que la nourrice royale, ayant perdu son enfant, avait procédé à une substitution et que c'était ce dernier qui reposait à Saint-Denis. Sous Jean le Bon, un nommé Gianino, qui était le fils de cette nourrice, déclara que sa mère lui avait révélé le secret de sa naissance avant de mourir, et affirma qu'il était héritier légitime du trône de France. Il fit de nombreuses démarches auprès des cours européennes sans jamais parvenir à persuader les souverains de son origine. Il mourut en 1361, jurant jusqu'à la fin qu'il était le fils de Louis X et de Clémence de Hongrie).


Sans perdre de temps, le régent, fort de la décision qui avait été prise à son sujet lors de l'assemblée du 16 juillet, fit savoir aux Grands du royaume que son couronnement aurait lieu à Reims, le 9 janvier suivant...
Cette décision hâtive provoqua une grande émotion dans Paris.
Quantité de princes et de hauts dignitaires de l'Eglise s'élevèrent contre les prétentions de Philippe et lui rappelèrent que Louis X avait eu de sa première femme, Marguerite de Bourgogne, une fille prénommée Jeanne, qui avait six ans.

- Cette princesse est "droite héritière du feu roi Louis", dirent-ils. Elle doit régner !

Et ils sommèrent l'archevêque de Reims de ne point procéder au sacre du régent.
Mais le prélat ne se laissa pas intimider et, le 9 janvier, les portes de la ville étant fermées et gardées, le sacre fut célébré sous la protection d'hommes en armes.
La cérémonie ne se déroula pas, pour autant, sans incident. Au moment où l'on fit l'appel des pairs, la vieille duchesse de Bourgogne, Agnès de France, propre fille de Saint-Louis et mère de Marguerite de Bourgogne, s'avança au milieu de l'assemblée et, s'adressant avec autorité aux prélats et pairs présents, leur demanda de différer le couronnement tant que les droits de sa petite-fille Jeanne ne seraient pas reconnus.

Personne ne lui répondit, et la cérémonie suivit son cours.

Après avoir été sacré, Philippe V, tourmenté par quelques scrupules tardifs - ou quelques craintes - voulut faire ratifier son coup de force par la nation.
Il convoqua les Etats généraux à Paris pour le 2 février 1317.
Au cours de cette réunion extraordinaire, un débat s'engagea sur la question suivante : une femme pouvait-elle monter sur le trône de France ?


En effet, bien que Philippe eût placé les Grands devant le fait accompli, les droits de Jeanne devaient être étudiés, car sa qualité de seule héritière du trône de France posait un problème nouveau et fort embarrassant.
Depuis Hugues Capet, jamais l'occasion de débattre de l'inadmissibilité des femmes à la couronne ne s'était présentée, tous les rois ayant eu des héritiers mâles ; ce qui n'empêchait pas les femmes de s'occuper de politique.
De nombreuses grandes dames - parfois très jeunes - étaient seigneurs de fiefs, gouvernaient des comtés, des duchés, figuraient parmi les pairs de France et prenaient une part importante à la direction de l'Etat.
Certaines avaient même détenu des couronnes : les reines de Navarre, par exemple.
Rien n'empêchait donc Jeanne de monter sur le trône.


Philippe le savait. Aussi utilisa-t-il contre la petite princesse l'arme juridique la plus terrible qui fût :
il mit en doute sa légitimité ; ses arguments étaient d'ailleurs valables, car, en raison des adultères de Marguerite de Bourgogne, on pouvait se demander si Jeanne était bien la fille de Louis X.

Alors, nous dit un chroniqueur :
"Les grands approuvèrent tous le couronnement du roi Philippe et jurèrent de lui obéir comme à leur roi et après lui à son fils aîné Loys."


Toutefois, il apparut difficile à Philippe V d'annoncer au royaume, à l'Europe, au monde, qu'il devenait roi parce que Marguerite de Bourgogne avait eu la cuisse légère.
Il y a des choses que les chefs d'Etat préfèrent garder pour eux.
L'Assemblée partagea d'ailleurs l'opinion du nouveau souverain et décida de faire étudier les anciens textes dans l'espoir d'y trouver une phrase capable de justifier honnêtement l'élimination de la petite Jeanne
.


C'est ainsi qu'un légiste particulièrement rusé eut l'idée d'invoquer la vieille loi salique, que tout le monde avait oubliée.
Ce code, qui avait été rédigé vers 420 par les Francs Saliens, comportait effectivement un article précisant que la terre ne pouvait être héritée que par les mâles.
Il suffisait de transporter ce principe du domaine civil au domaine politique, ce qui ne s'était jamais fait jusque-là, pour justifier l'accession au trône de Philippe V.
Les légistes ravis de leur découverte, ne s'embarrassèrent d'aucun scrupule et, d'un trait de plume, exclurent définitivement les femmes du droit à la couronne de France.


C'est ainsi que le comportement de Marguerite de Bourgogne, en faisant douter de la légitimité de sa fille, permit l'institution d'une des lois fondamentales de la monarchie française
.
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Lun 7 Mar - 15:37

UNE FEMME EST A L'ORIGINE DE LA GUERRE DE CENT ANS ...



C'est au beau sexe que nous sommes redevables de toutes les vertus. - G. AGRIPPA -



Le 3 janvier 1322, Philippe V, qui n'avait que vingt-huit ans, mourut subitement à Long-Champ, emporté par une fièvre quarte.
Lorsque son corps eut été mené à Saint-Denis, son coeur aux Cordeliers, et ses entrailles aux Jacobins, la reine Jeanne se trouva bien seule.
Fort affligée, elle quitta le Louvre, décidée à vivre loin du bruit, des intrigues et des calomnies, et s'installa à l'hôtel de Nesle.


Idée curieuse, en vérité, qui autorisait mille suppositions que le peuple, toujours disposé à rire de ses princes, ne manqua pas de faire.

- Elle va reprendre la vie galante qu'elle menait naguère avec la reine Marguerite, disait-on.

Mais tout le monde s'accordait à trouver qu'il fallait une certaine hardiesse et un grand mépris des convenances pour aller s'installer, à peine veuve, sur le théâtre des opérations amoureuses de la reine Jeanne de Navarre, en cette tour de Nesle qui avait conservé sa mauvaise réputation.


Tandis que les bonnes gens de Paris commentaient ainsi l'attitude de la souveraine, Charles, frère du roi, montait sur le trône.
Son premier souci, lorsqu'il eut été sacré, fut de rompre son mariage avec Blanche de Bourgogne, qui se trouvait toujours, la pauvre, emprisonnée à Château-Gaillard.
Il s'adressa au pape, Jean XXII, en invoquant la mauvaise conduite de la reine avec le chevalier Gautier d'Aulnay ; mais l'adultère n'étant pas alors une cause canonique de divorce, le souverain pontife lui répondit fort courtoisement que Blanche devait rester son épouse, et même qu'il devait l'aimer davantage, "justement pour cette raison qu'elle avait été coupable".

Cette réponse ne satisfit pas du tout Charles IV.
Il n'avait, en effet, aucune envie de pardonner à Blanche, surtout depuis qu'il savait que la jeune femme, malgré la surveillance étroite dont elle était l'objet, était devenue enceinte dans sa cellule.


( A la vérité, les historiens se demandent aujourd'hui, après Michelet, si la prisonnière n'avait pas été victime de la bestialité d'une de ses gardiens.)

Alors, il écrivit de nouveau au pape en invoquant, cette fois, un prétexte différent. Il allégua qu'il était parent au quatrième degré avec son épouse et que, dans ces conditions, son mariage était nul.
Après enquête, Jean XXII lui accorda enfin ce qu'il demandait.
Charles IV fut tellement heureux d'être débarrassé de Blanche qu'il donna aussitôt des ordres pour que sa peine fût adoucie.
On la transféra de Château-Gaillard au château de Gauray, près de Coutances ; puis elle obtint la permission de prendre le voile à l'abbaye de Maubuisson où elle finit ses jours.

Quelques mois après l'annulation de son mariage, Charles IV épousa à Provins, Marie de Luxembourg, "une aimable jeune fille", dit Guillaume de Nangis, âgée de dix-sept ans.


Un accident abrégea malheureusement les jours de cette gracieuse reine.
Alors qu'étant enceinte, elle se rendait à Montargis pourretrouver le roi, son chariot versa, et la chute qu'elle fit provoqua un accouchement prématuré dont elle mourut.


L'année suivant, en 1325, Charles IV, qui n'aimait pas vivre seul, épousa en troisième noces Jeanne d'Evreux, lui installa des appartements somptueux et décida qu'une grande partie du temps serait consacrée à la tendresse.

Tout alla bien jusqu'au jour où parvint au Louvre une nouvelle qui rendit le roi de mauvaise humeur :
Mme Isabelle, sa soeur, et femme d'Edouard II d'Angleterre, annonçait sa visite.
Elle arriva le 16 octobre 1326 et fut reçue assez fraîchement par les Parisiens, qui n'avaient pas oublié le rôle ignoble qu'elle avait joué dans l'arrestation des trois brus de Philippe le Bel.


Quelques fêtes furent organisées cependant en son honneur par Charles IV et Jeanne d'Evreux.
Isabelle, habituée aux fréquentations un peu spéciales de son mari, fut ravie d'y rencontrer des hommes qui s'intéressaient aux femmes.
Un soir, au cours d'un bal donné au Louvre, elle retrouva un de ses anciens vassaux, Roger Mortimer, baron de Wigmore, comte de March, qui était réfugié en France.
Elle savait qu'il avait participé à la révolte des barons anglais contre Edouard II, qu'il avait été emprisonné et qu'il s'était évadé ; néanmoins, comme il était beau, elle se montra fort aimable avec lui.
Et le lendemain soir, elle devint sa maîtresse.
Ainsi donc, par une savoureuse ironie du destin, Isabelle imitait la conduite des princesses qu'elle avait fait châtier quelques années auparavant
...

Cette liaison fut cimentée par de telles turpitudes qu'il apparut bientôt à la reine d'Angleterre qu'elle ne pourrait jamais quitter son amant.
Aussi lui demanda-t-elle de l'accompagner à Londres.

- Et le roi ? répondit Mortimer, un peu inquiet.
Isabelle sourit :

- N'ayez crainte ! Car, si vous voulez me donner aide, je le ferai détrôner !

Une semaine plus tard, ayant mis au point son projet et obtenu de son frère Charles les subsides nécessaires à la réussite du complot, elle s'embarqua pour l'Angleterre, en compagnie de Mortimer.


A Londres, elle n'eut aucun mal à faire admettre l'infamie du roi, dont les vices étaient connus de tous.

Et, grâce à la complicité des barons dont elle s'était acquis l'amitié, elle parvint sans difficulté à faire proclamer la déchéance d'Edouard II qui fut enfermé à la tour de Londres.


La politique n'étant qu'une suite de hauts et de bas, Isabelle craignit que le prisonnier ne parvînt, avec l'appui de quelques amis, à soulever la foule en sa faveur.
Elle décida donc de le faire tuer.
Un soir de 1327, quelques hommes pénétrèrent dans la cellule où se trouvait Edouard II, se saisirent de lui, le déshabillèrent et lui enfoncèrent dans le fondement un fer chauffé au rouge.
Le pauvre roi, atteint au centre de sa sensibilité, mourut dans les douleurs qu'on imagine.


A partir de ce jour, et jusqu'à la majorité d'Edouard III, Isabelle régna sur l'Angleterre avec son amant.

(Mortimer montra un tel despostisme que la noblesse se révolta. Et, en 1330, Edouard III, qui régnait depuis un an, le fit arrêter et condamner à être à la fois pendu et écartelé. Ainsi l'amant d'Isabelle finit comme les chevaliers d'Aulnay qu'elle avait aidé à faire punir. Quant à la reine, Edouard III la fit enfermer dans un château).
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Lun 7 Mar - 19:19

Charles IV avait assisté avec joie aux malheurs du roi d'Angleterre.
Sans doute pensait-il pouvoir en tirer profit.
Il n'en eut pas le temps. Le 31 janvier 1328, il mourait subitement à l'âge de trente-quatre ans.


Comme il ne laissait que des filles, sa mort posait un problème extrêmement important : avec lui, en effet, s'éteignait la lignée des Capétiens directs qui régnaient sur la France depuis trois cent quanrante et un ans.
Qui allait lui succéder ?

Philippe, comte de Valois, cousin germain de Charles IV et premier prince de sang, se présenta et fut proclamé roi de France.
Le 29 mai 1328, il se faisait sacrer en grande pompe à Reims avec sa femme Jeanne de Bourgogne, propre soeur de la malheureuse Marguerite morte étranglée à Château-Gaillard.


La félicité des nouveaux souverains fut bientôt troublée par une réclamation provenant de Londres :
le jeune Edouard III, en effet, revendiquait la couronne de France.
Il soutenait, avec quelque logique qu'il était plus proche parent du roi défunt que Philippe de Valois, donc héritier indiscutable du trône.
Ses prétentions, qu'il avait fait connaître dès la mort de Charles IV, semblaient des plus fondées, puisqu'il était neveu, par sa mère (la reine Isabelle), du dernier Capétien, alors que Philippe n'était que cousin germain de celui-ci.

Toutefois, Edouard était héritier par les femmes, alors que Philippe l'était par les hommes.
Dès lors, une question se posait : les femmes pouvaient-elles transmettre des droits successoraux qu'elles n'avaient pas ?


Les Grands, réunis au Palais en assemblée extraordinaire, répondirent négativement et confirmèrent la loi salique "modifiée" à la mort de Louis X.
On se doute bien que ce n'était pas une décision de ce genre qui pouvait faire renoncer Edouard III à ses prétentions.
Sûr de son droit, il se prépara lentement et avec beaucoup de soin à venir prendre le trône de France par les armes.


Dix ans plus tard, en 1338, il était prêt.
En juillet, il franchit le Pas de Calais avec deux cents nefs, débarqua à Middlebourg, puis passa à Gand.
Quelques semaines plus tard, le Tréport et Boulogne étaient saccagés sans merci.

La guerre de Cent Ans était commencée !


Pendant plus d'un siècle, deux peuple allaient s'entre-tuer parce qu'une princesse s'était montrée trop galante ou trop frivole.

En effet, si la loi salique n'avait pas été exhumée à la suite des débauches de Marguerite de Bourgogne, pour empêcher de régner la petite princesse Jeanne, la lignée des Capétiens directs ne se serait pas éteinte avec Charles IV et jamais les rois anglais n'eussent songé à revendiquer la couronne de France...
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Jeu 10 Mar - 19:29

LE ROI DE FRANCE EPOUSE LA FIANCEE DE SON FILS



Il n'y a de bonheur que dans la famille - Mme de GIRARDIN -


APRES leur coup de force de 1339, les Anglais rentrèrent chez eux, et Edouard III, dans la joie de la victoire, annonça à son peuple qu'il envahirait la France avec une immense armée pour la Saint-Jean suivante.
Cette nouvelle ne fit pas plaisir à Philippe VI de Valois, qui se mit à organiser, de son côté, une invasion de l'Angleterre.


L'entreprise n'était pas insensée, mais, pour la mener à bien, il eût fallu un homme plus énergique, plus habile et peut-être aussi plus intelligent que le roi de France.
Celui-ci commença par commettre une erreur dont on parle encore : il nomma à la tête de sa flotte un amiral qui offrait cette particularité étonnante de n'avoir jamais navigué.
Puis il négligea, par orgueil ou par légèreté, d'utiliser les renseignements qu'il possédait sur l'armée anglaise.


Il maintint les très vétustes principes de guerre français, au lieu de prendre modèle sur l'organisation impeccable de l'ennemi qu'il allait avoir à combattre.
En effet, depuis longtemps déjà, les rois d'Angleterre avaient établi, dans leur royaume, le service militaire obligatoire, auquel tout homme était soumis, de seize à soixante ans.
En France, au contraire, il n'y avait pas d'armée organisée, mais seulement des chevaliers,
dont l'idéal était de se battre avec beaucoup de bravoure, à condition qu'on ne les commandât point.

L'idée d'une discipline semblable à celle que les soldats anglais, bien encadrés, observaient sans murmurer, les eût fait sourire.
Ils avaient d'ailleurs, une curieuse façon de concevoir l'engagement d'un combat.
Dès que l'adversaire était en vue, ils s'élançainet sur lui, tous en même temps, chacun voulant être le premier à ferrailler.
Il s'ensuivait une grande bousculade, et, souvent, "la fleur de la chevalerie française" était par terre avant d'avoir atteint l'ennemi.....
Philippe VI fut donc bien coupable en ne mettant pas sur pied une véritable armée.


Mais peut-être avait-il quelques excuses. Car, au moment où il eût dû concentrer tout son effort et toute son attention sur la défense du royaume des lis, le roi était tourmenté par de graves soucis domestiques. Son épouse, que les chroniqueures appelèrent la "male reine de France", lui en faisait voir, comme on dit, de toutes les couleurs...

Philippe VI avait épousé Jeanne de Bourgogne, propre soeur de la fameuse Marguerite.
C'était une femme volontaire, méchante, acariâtre, laide et insupportable.
Sa cruauté était si grande que Froissart n'hésite pas à écrire qu'elle faisait mourir "sans merci" tous ceux qu'elle prenait en haine.
Aussi, le roi passait-il son temps à empêcher sa femme de commettre des crimes....

Je me bornerai à quelques exemples particulièrement significatifs.


Dans sa Chronique Normande, Pierre Cochon nous dit que la reine détestait, pour des raisons obscures, un des "chevaliers du royaume que le roi aimait le mieux", qui se nommait Robert Bertrand.
Celui-ci étant venu à Paris, Jeanne résolut de le faire disparaître.
Elle fit écrire une lettre adressée au prévôt de Paris, ordonnant de conduire messire Robert Bertrand au gibet de Montfaucon, "sur l'heure, sans délai et quels que soient les mandements qui pourraient suivre, et de le prendre par le col".
Le soir, en se couchant, elle s'étira comme une chatte et fit comprendre à son époux qu'elle était en humeur de lui préparer un héritier. Philippe, sans méfiance, se montra galant homme.
Par sept fois, elle le remit en appétit et, par sept fois, le roi lui manifesta sa tendresse.
Finalement, quand il fut complètement épuisé au fond deu lit, elle se leva sans bruit, fouilla dans le coffre secret de son époux, y prit le cachet royal et scella sa lettre, qu'elle envoya, dès l'aube, au prévôt.
Celui-ci, qui se trouvait être un ami de Bertrand, fut très painé en recevant cet "ordre de mission".
Les yeux pleins de larmes, il se rendit chez le chevalier qui s'étonna de lui voir une mine si lugubre.

- C'est, lui dit le prévôt, que je vous apporte une bien triste nouvelle.

Et il lui montra la lettre. L'ayant lue, Bertrand resta un moment hébété :

- Je vous jure, dit-il enfin, que je n'ai rien à me reprocher. Aussi, je vous demande une grâce : avant de me conduire à Montfaucon, menez-moi auprès du roi, je veux savoir au moins pourquoi 'l'on me pend.

Une demi-heure après, ils arrivaient au Louvre où Philippe les accueillit fort bien :

- Que me voulez-vous de si bonne heure, ami Bertrand ? demanda-t-il joyeusement.

Pour toute réponse, le chevalier tendit au roi la lettre que le prévôt avait reçue.
Philippe devint très pâle.

- C'est une erreur dont je vais châtier le coupable, dit-il.
Puis ayant deviné d'où venait l'infamie, il rentra dans sa chambre, fit venir la reine et la battit copieusement.


Cette correction ne servit d'ailleurs pas de leçon à Jeanne, puisque, quelque temps après, elle tenta de se débarrasser d'un autre ami du roi, l'évêque de Beauvais, par un procédé différent, mais aussi mal imaginé.
Alors que le prélat était l'hôte de Philippe, la reine lui dit :

- Soyez ici le bienvenu. Nous et nos dames allons vous soigner du mieux que nous pourrons. Pour commencer, je vous ai fait préparer un excellent bain en nos étuves.

L'évêque, qui connaissait les sentiments de Jeanne à son égard, se méfia. Il alla trouver le fils aîné du roi et, très francement, lui fit part de ses craintes.

- C'est bien simple, lui dit le jeune prince Jean, je vais me baigner avec vous, nous verrons ce qui arrivera.

Puis il demanda qu'on voulût bien préparer un deuxième bain pour lui. Lorsque les deux baquets furent prêts, la reine, un peu inquiète, vint rôder près des étuves. C'est alors que le prince dit à l'évêque de Beauvais :

- Bon Père, je vous propose un échange. Vous entrerez dans mon bain et j'entrerai dans le vôtre.

En entendant cette proposition qui déjouait ses plans, la reine s'affola et bondit pour empêcher son fils d'entrer dans le bain de l'évêque.

- Pourquoi ? dit le prince Jean. Ce bain est donc dangereux ?

Et pendant que la reine commençait à se sentir mal à son aise, il se saisit du chien qu'elle traînait toujours à sa suite et le jeta dans le baquet préparé pour le prélat. L'animal se mit à hurler de douleur et mourut en quelques secondes, agité par d'atroces convulsions.


La reine rentra dans sa chambre en courant. Mais le roi, instruit de l'affaire, alla la retrouver et lui administra une correction qui l'empêcha de paraître en public pendant quelques semaines.
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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Jeu 10 Mar - 19:56

On comprend, dans ces conditions, que Philippe VI n'ait pas eu la tranquillité d'esprit voulue pour se préparer sérieusement à chasser les Anglais de son royaume.

C'est pourquoi la flotte française fut anéantie à l'Ecluse lorsque Edouard III, tenant parole, débarqua le jour de la Saint-Jean ; c'est pourquoi aussi notre chevalerie fut sévèrement défaite à Crécy, quelques années plus tard.


Au cours de cette dernière bataille, l'infanterie anglaise, armée d'arcs légers à tir rapide, montra sa supériorité sur les fantassins français, gênés par leurs lourdes et encombrantes arbalètes.
Tandis que les soldats de Philippe tiraient un "carreau", ceux d'Edouard III tiraient sept flèches.
En outre, le roi d'Angleterre, nous dit Froissart, avait placé à côté des archers "des bombardes qui, avec du feu, lançaient de petites balles de fer pour effrayer et détruire les chevaux ; et les coups de ces bombardes causèrent tant de tremblement et de bruit qu'il semblait que Dieu tonnait avec grand massacre de gens et renversement de chevaux".
Cette première de l'artillerie effraya énormément nos soldats : la France était déjà en retard d'une guerre dans ses armements...


Deux ans après le désastre de Crécy, un deuil vint frapper la cour de France : Jean, fils aîné du roi, perdit sa femme, la douce et charmante Bonne de Luxembourg.
Immédiatement, Philippe songea à le remarier et fixa son choix sur Blanche de Navarre, dont la beauté faisait alors rêver tous les princes d'Europe.
Ayant obtenu sa main, il envoya chercher la juene fille par des ambassadeurs.
Elle était en route pour Paris, attendue avec impatience par le prince Jean, lorsque la reine Jeanne de Bourgogne mourut subitement de la peste bubonique. Sans même verser une larme, Philippe fit enterrer prestement cette épouse acariâtre, qui l'avait tant ennuyé et attendit sa future bru.


Lorsque Blanche arriva au Louvre, tout le monde fut émerveillé par sa grâce.

- Jamais je n'ai vu plus belle femme ! s'écria Jean.

Le roi acquiesça discrètement, en se gardant bien de dire qu'il en était lui-même, à l'instant, tombé moureux.


Mais quelques jours plus tard, il envoya son fils faire un petit voyage en province et profita de ce qu'il était seul avec Blanche pour lui démontrer que, si elle voulait être reine de France, il était plus simple - et plus rapide - d'épouser le roi plutôt que son héritier. La jeune fille se laissa facilement convaincre.
Elle accepta même que Philippe fît avec elle, sur-le-champ, ce que certains historiens appellent "un petit essai matrimonial".
Sans doute celui-ci fut-il satisfaisant, car ils se considérèrent désormais comme fiancés.


On imagine la surprise de Jean lorsqu'il rentra à Paris et qu'on lui apprit la nouvelle. Il rapportait un cadeau pour Blanche. Il le brisa sur le sol :

- Traîtres ! cria-t-il.

Et il quitta le palais, refusant d'assister aux noces de son père et de sa fiancée...


L'union de Philippe et de Blanche fut courte. Les cinquant-six ans du roi ne purent rester longtemps à l'unisson des fougueux seize ans de la reine. Affaibli par des excès amoureux, "qui lui avancèrent ses jours", nous dit Brantôme, Philippe mourut un an plus tard dans un état de grande déchéance cérébrale.

Blanche semble n'avoir eu qu'un chagrin très limité ; pourtant, elle ne prit pas de nouvel époux.
Au roi de Castille, qui tentait de la fléchir, en lui disant qu'elle était jeune et belle, elle répondit fièrement :

- Une reine de France ne se remarie point !

Ce qui n'empêcha pas, dot-on, gracieuse souveraine d'organiser son veuvage en compagnie du sire de Rabauges, son maître d'hôtel.
..
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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Sam 12 Mar - 18:54

JEAN LE BON MOURUT PRISONNIER DES ANGLAIS POUR L'AMOUR D'UNE JEUNE LONDONIENNE



En maintes occasions, l'histoire de l'Angleterre se trouva intimement liée à l'histoire de France - J.C. PICARD -



Six mois avant la mort du roi, survenue le 22 août 1350, le prince Jean avait épousé par amour Jeanne d'Auvergne, fille de Guillaume XII, comte d'Auvergne et de Boulogne.
C'était une jeune veuve, au regard malicieux, qui avait, de son premier mari, Philippe de Bourgogne, un fils de sept ans appelé Philippe de Rouvres "pour ce qu'il étoit né en le châtel de Rouvres emprès Dijon".

De son côté, Jean avait sept héritiers, car, en dix-huit ans de mariage, Bonne de Luxembourg s'était appliquée à servir de son mieux la dynastie des Capétiens-Valois.


Le mariage avait été célébré à Nanterre, et les habitants de ce village s'étaient attendris en voyant la progéniture des nouveaux époux suivre le cortège. Tous ces enfants étaient fort beaux et, en constatant ce que le prince Jean et la comtesse Jeanne avaient pur faire séparément, chacun s'émerveillait à la pensée de ce qu'ils allaient pouvoire faire ensemble.

Le 26 septembre, le prince Jean, devenu roi de France, alla se faire sacrer à Reims. Cettte solennité donna lieu à des fêtes fastueuses et à des réjouissances qui étonnèrent le menu peuple, lequel croyait naïvement la famille royale fort dolente de la mort du précédent roi et plus économe de ses écus en un moment où le pays tout entier était écrasé d'impôts.
Mais on oublia bien vite ces détails et, quelques jours après, les souverains firent leur entrée à Paris, qui les reçut magnifiquement. Défilant dans les rues fleuries et tendues de tapisseries, ils se rendirent au Louvre, tandis qu'une foule enthousiaste leur chantait des hymnes de bienvenue.
Après quoi, les fontaines de vin que l'on avait installées aux carrefour, se mirent à couler pour la plus grande joie des Parisiens.

Les fêtes durèrent huit jours. Elles étaient à peine terminées qu'une nouvelle vint combler d'aise le public encore ivre de danse, de banquets et de vin pétillant
.

On apprit en effet, que le comte Raoul de Guines, connétable de France, qui avait été fait prisonnier par les Anglais en 1346, venait d'être libéré après avoir versé une partie de sa rançon.
C'était un fort bel homme qui était très aimé dans le royaume, et dont les aventures galantes ne se comptaient plus.
Il avait d'ailleurs séduit, pendant sa captivité, de nombreuses Londoniennes qui l'avaient vu partir "le coeur navré".

Dès son arrivée à Paris, le comte Raoul se rendit au Louvre pour saluer le roi. Le bruit s'en répandit rapidement et une foule de Parisienne, très excitées, courut à la poterne du château pour voir sortir le connétable et l'acclamer.


Mais la nuit tomba sans qu'elles l'aient vu, et elles durent rentrer chez elles fort piteuses et le coeur gros de chagrin.
Le lendemain, pensant avoir plus de chance, elles revinrent, pour la plupart, monter la garde près du pont-levis, hélas ! la journée s'acheva encore sans que le connétable sortît.

- Sans doute, pensait-on, le roi Jean a-t-il organisé, en l'honneur du héros de la bataille de Caen, de grandes festivités.

A l'aube du troisième jour, les Parisiennes reprirent leur faction devant le Louvre.
Soudain, une nouvelle frappa de stupeur la capitale : on apprit que le connétable avait eu la tête tranchée sur l'ordre du roi, "sans loi ni jugement".


Cette exécution, qui ressemblait fort à un assassinat, ne fit pas bon effet.
Jehan le Bel nous le dit clairement dans ses chroniques :
"Toutes gens furent dolents et courroucés ; et le roi durement blâmé et moins aimé ; et ne sut-on pourquoi ce fut fait, sauf les plus privés du roi ; mais d'aucunes gens devinaient que le roi avait été informé d'aucunes amours, lesquelles avaient été ou devaient être entre Mme Bonne et le gentil connétable."

Que s'était-il donc passé ? Rien qu'un banal drame de la jalousie dont on put reconstituer les détails par la suite : lorsque le connétable s'était présenté au Louvre, Jean l'avait entraîné dans un salon particulier et lui avait tendu un papier, en disant :

- Regardez cette lettre ; la vîtes-vous jamais autre part qu'ici ?

Le connétable s'était senti fort déprimé en reconnaissant une lettre plus que tendre qu'il avait adressée, quelque temps avant sa captivité, à la reine Bonne de Luxembourg, première épouse du roi Jean.

Cette lettre, le roi l'avait découverte dans les papiers personnels de la reine après que celle-ci eut été emportée en vingt-quatre heures par la peste.


Il s'était alors juré d'en faire expier les termes à son expéditeur.

L'arrivée du connétable avait réveillé sa colère, et le malheureux Raoul était allé vers le bourreau sans même avoir pu fournir un semblant d'explication.


Le roi aimait d'ailleurs ce genre de justice sommaire et expéditive. Brutal, incapable de contenir ses passions, peu intelligent, il est merveilleusement dépeint par cette phrase de Froissart :
"Il était lent à informer et dur à oster en opinion.", c'est-à-dire, lent à comprendre et fort entêté...

Dans ces conditions, on pourrait s'étonner que Jean II ait été surnommé le Bon par ses contemporains.
C'est que Bon, au XIVè siècle, signifiait Brave , et que le roi montra en différentes occasions une vaillance digne d'admiration.

Malheureusement, cette intrépidité et cette ardeur remplaçaient chez lui la finesse et le sens politique.
Après avoir perdu du temps, injurié ses ministres, fait preuve de la plus grande indécision et d'une désastreuse incompétence, il parait, sourcils froncés, se battre comme un héros et comme une brute...


Jean II vécut cinq ans fort agréables avec Jeanne d'Auvergne. Ils passaient leur temps à organiser des fêtes fastueuses et des divertissements fort coûteux dont s'entretenaient avec étonnement les cours étrangères.

- C'est la trêve ! disait le roi en riant, il faut savoir en profiter !

En effet, la France et l'Angleterre avaient signé une trêve, après la prise de Calais ; mais, tandis que le roi de France ne songeait qu'à s'amuser, Edouard III, lui, organisait minutieusement son armée en vue de prochaines batailles.


Soudain, en 1355, la guerre recommença.
Et, l'année suivante, les troupes britanniques se rencontraient avec les soldats de Jean II le Bon sur le plateau de Maupertuis, à quelques kilomètres de Poitiers.
Le combat fut rude. Après une heure de corps à corps terrible, trois mille Français étaient étendus par terre, cinq cents s'étaient enfuis, et le roi Jean, au milieu d'une mêlée épouvantable, se battait avec une hache.

Son fils, Philippe, âgé de quatorze ans, qui ne l'avait pas abandonné, l'avertissait du danger :

- Père, gardez-vous à gauche ! ... à droite !

Et Jean, d'un coup précis, ouvrait le crâne de tout Anglais qui s'approchait un peu trop.

Mais cette héroïque résistance n'avait d'autre utilité que de sauver l'honneur. Finalement, quelqu'un cria au roi de France :

- Rendez-vous ou vous êtes mort !

Jean II, qui venait d'être blessé au visage pour la deuxième fois, demanda :

- Où est mon cousin, le prince de Galles ? C'est lui que je veux voir.
- Sire, répondit un personnage en s'avançant, rendez-vous à moi, et je vous conduirai jusqu'à lui.
- Qui êtes-vous ? dit le roi.
- Denis de Morbecque, chevalier de l'Artois. Je sers l'Angleterre parce que je ne veux plus servir la France, où j'ai perdu mon bien.

Cet homme était un chevalier meurtrier, qui avait dû quitter la France pour échapper à des poursuites judiciaires. Jean II le connaissait. Il lui tendit son gantelet.

- C'est à vous que je me rends !


Aussitôt, le roi fut conduit vers le prince de Galles, qui le reçut avec une grande courtoisie et tint, le soir, à lui servir lui-même son repas.

Quelques jours après, Jean était à Bordeaux, capitale de la Guyenne que les Anglais occupaient depuis deux siècles. On l'y fit rester pendant quelque temps, puis il fut transféré en Angleterre.

Naturellement, Jean II bénéficia d'un traitement tout à fait exceptionnel. Un personnage de cette importance ne pouvait être mis dans un cachot, ni même dans une quelconque "demeure surveillée" ; on l'installa magnifiquement au manoir de Savoy, où l'on peut dire sans exagérer qu'il fut plutôt traité en invité qu'en prisonnier.

Edouard III lui permit d'avoir près de lui sa domesticité habituelle, et Jean II fit venir de Paris de nombreux membres de sa suite, et jusqu'à son bouffon personnel...


Cette captivité confortable dura quatre ans.
Tandis qu'Edouard III, qui signait déjà "roi de France et d'Angleterre", établissait avec ses conseillers un traité de paix et calculait la rançon de Jean II, celui-ci était reçu fréquemment à Winsdor, participait à de joyeuses fêtes et ne regrettait pas trop la France où, pendant ce temps, son fils, le dauphin Charles, (En 1349, Humbert II, dauphin du Viennois, vendit ses Etats à Philippe VI, sous condition que le fils aîné des rois de France porteraient à l'avenir le titre de dauphin. Charles, fils de Jean II, fut le premier à porter ce titre et à recevoir en échange le Viennois, que l'on nomma dès lors Dauphiné.) nommé lieutenant général du roi, était aux prises avec Charles le Mauvais, Etienne Marcel, la Jacquerie, etc.


Il ne regrettait pas trop non plus la reine Jeanne d'Auvergne, car il avait fait la connaissance à Windsor de charmantes jeunes femmes qui venaient parfois, le soir, lui demander de leur raconter la bataille de Poitiers et qui s'attardaient...
L'une d'elles lui plaisait plus que toutes les autres, à cause de son regard doré. Il la recevait secrètement dans sa chambre. On ignore son nom, mais certains historiens affirment qu'il s'agit de la propre maîtresse d'Edouard III, la jolie comptesse de Salisbury, celle-là même qui fut à l'origine de l'Ordre de Jarretière.


On connaît l'histoire : un soir, au cours d'un bal, cette charmante personne avait perdu une jarretière bleue, et le roi s'était empressé de la ramasser. Geste qui avait fait sourire les courtisans.

- Honni soit qui mal y pense ! s'était alors écrié Edouard III. Ceux qui rient seront un jour très heureux et très fiers de porter un tel ruban.
Et, sur-le-champ, il avait fondé le célèbre Ordre de la Jarretière
.
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Sam 12 Mar - 19:54

En 1360, enfin, après bien des pourparlers, l'Angleterre et la France signèrent le traité de Brétigny, et le roi fut libéré. Mais il devait payer une rançon de trois millions d'écus d'or, c'est-à-dire plus de deux cents millions de notre monnaie (vingt milliards d'anciens francs), et les caisses de l'Etat étaient vides . Alors, il chercha de l'argent par tous les moyens, même les plus honteux. En effet, comme le dit l'historien Matteo Villano, "le roi de France vendit sa chair et son sang." Il livra pour 600 000 florins sa fille Isabelle, qui avait onze ans, au fils du plus féroce tyran d'Italie, ce Jean Galéas Visconti, qui faisait la chasse à l'homme dans les rues de sa capitale et jetait ses victimes vivantes dans des fours.
Grâce à cet argent Jean II fut libéré.
Il regagna aussitôt Paris, mais il trouva le Louvre plus triste que Windsor, et la reine moins jolie que les Anglaises qu'il avait connues durant sa captivité.
Bientôt, il s'ennuya. Sa mélancolie était si visible que Jeanne d'Auvergne, un jour, lui demanda pourquoi "il lui arrivait de laisser aller, en manière d'expiration, des soupirs aussi conséquents".

- C'est parce que je ne suis point encore déshabitué de Londres, répondit-il sans ménagement.


La pauvre reine, qui avait tant souffert de l'éloignement de son mari, fut profondément blessée et dut s'aliter. Quelques jours plus tard, elle mourrait de chagrin...

Pour se changer les idées, Jean II décida de voyager et partit pour la Provence.
En Avignon, il fit des projets de mariage avec Jeanne de Naples, mais y renonça en apprenant que cette charmante femme avait fait étouffer son précédent mari entre deux matelas.


Enfin, il reprit le chemin de Paris et revint par petites étapes en rêvant de Windsor, de la jolie comtesse qu'il avait laissée là-bas et du moyen qu'il pourrait trouver pour aller la rejoindre.
Le destin allait le servir.
A quelques temps de là, il apprit que son fils, qu'il avait laissé comme otage à Calais jusqu'au paiement intégral de sa rançon, s'était évadé. Il sauta sur l'occasion.


- Je ne peux pas faire autrement que de retourner me constituer prisonnier, dit-il. Si la justice et la bonne foi étaient bannies du reste du monde, elles ne devraient se retrouver dans la bouche et dans le coeur des rois !

Puis laissant son fils dans un pétrin épouvantable, il prit le bateau et s'en fut le coeur joyeux vers Londres, où, le 10 janvier 1364, il put enfin serrer sa bien-aimée dans ses bras.


Hélas ! "après avoir passé l'hiver en grandes réjouissances et récréations", nous dit Froissart, Jean II le Bon mourut subitement le 8 avril 1364.
Il n'avait profité que durant trois mois de sa belle petite Anglaise
.

Mais ce galant et léger souverain était parvenu à tromper son monde.
Et, bien que plusieurs chroniqueurs l'aient accusé formellement d'être retourné en Angleterre pour retrouver une vie agréable et une douce amie, Jean II réussit à se faire dans l'histoire la réputation flatteuse d'un roi qui préféra perdre la liberté et sauver son honneur... Cette légende est d'ailleurs perpétuée dans les manuels scolaires
...
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MORGANE

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MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Sam 12 Mar - 21:42

Alors voilà j'ai lu
avec mon dictionnaire
au moins je sais les nouveaux mots
comme galants et perpétuée
Wink
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Jean2

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MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Mer 16 Mar - 9:17

" étouffer son mari entre deux matelas " !!
Les femmes avaient encore plus d'imagination à l'époque !! Brr ca fait froid dans le dos ..
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Jeu 17 Mar - 20:43

L'AMOUR PREPARE UN ROI FOU A LA FRANCE


C'est très joli, l'inceste, mais il ne faut pas exagérer ! - Docteur Pierre ROUSSET -


AU matin du 12 septembre 1360, une foule joyeuse et impatiente s'était groupée devant l'église de Dinan où deux fiancés recevaient la bénédiction nuptiale.
En attendant que les nouveaux époux parussent sur le parvis, les commères commentaient l'évènement avec cette sainte verdeur dans le propos qui caractérise les gens dénué de complexes.


- Pour Dieu, dit l'une, si ces deux-là peuvent s'accointer et jouer de la flûte douce, ils doivent bien en rendre grâce à messire le duc de Blois.
- C'est vrai, répondit une jeune Dinannaise, en riant, sans lui, sir Bertrand n'aurait jamais pris femme, tant il est béjaune (timide) devant une paire de tétins (seins).
Le mot fit rire la foule.


Soudain, les cloches s'ébranlèrent annonçant la fin de la cérémonie, les portes s'ouvrirent, et le couple le plus disparate qi se pût voir partu sur le seuil de l'église.
Une jeune femme, fort gracieuse, au visage fin et intelligent, donnait le bras à un homme quasi montrueux, qui portait, sur de trop larges épaules, une tête énorme et ronde comme une boule. Elle s'appelait Thiphaine Ravenel, et lui, Bertrand du Guesclin...

Après les avoir acclamés longuement, la foule accompagna les jeunes époux jusqu'en leur maison.

Tout au long des rues, Bertrand du Guesclin souriait. Pour la première fois de sa vie, il était heureux.


Depuis sa naissance, en effet, victime de son effrayante laideur, il avait quêté en vain la tendresse et l'amour.
Battu par sa mère qui lui reprochait son visage camus et le traitait comme une bête, il avait fini par cacher son besoin d'affection sous une extrême brutalité, ce qui n'avait pas arrangé les choses, il faut bien le dire.
Pendant des années, il avait pensé qu'aucune femme ne l'aimerait jamais.
"Je suis trop laid, se disait-il, je leur fais peur".


Puis il avait connu Thiphaine Ravenel dans des circonstances curieuses. Un jour qu'il devait se battre en duel avec Cantorbéry, cette demoiselle, qui s'occupait d'astronomie et d'astrologie, avait prédit sa victoire aux habitants de Dinan.
Qu'une femme se soit intéressée à lui avait été doux au coeur de Bertrand, et il s'était battu avec une telle fougue qu'on avait dû lui retirer des mains le malheureux Cantorbéry, à demi déchiqueté.

Après le combat, Bertrand s'était rendu auprès de Thiphaine et avait été fortement impressionné par l'étrange regard vert de cette jeune fille de vingt-quatre ans. Elle avait d'ailleurs achevé de le décontenancé - et de le séduire - en lui disant avec une grande douceur :

- Sire Bertrand, je vous vu vous battre tout à l'heure, vous étiez fort beau.


Du Guesclin était extrêmement timide. Bouleversé par l'émotion, il avait grimpé sur son cheval sans dire un mot et était parti faire la guerre pendant quatre ans.

A son retour, par l'intermédiaire du duc de Blois, il avait demandé la main de Thiphaine. Agréé aussitôt, ce rude soldat, dont le courage et la hardiesse commençaient à remplir d'effroi "ceux d'Angleterre", avait pris sa grosse tête dans ses mains et s'était mis à pleurer.


Et, en ce 12 septembre 1360, tandis que les braves gens de Dinan acclamaient le jeune couple, c'est encore des larmes qu'il versait en souriant à la foule, des larmes de joie, à la pensée qu'il allait vivre dorénavant avec quelqu'un qui l'aimait.

La douceur de l'amour fut une telle révélation pour Bertrand du Guesclin, qu'après son mariage, il n'eut plus aucune envie d'aller se battre. Il demeurait des journées entières auprès de sa femme, tout à la joie de découvrir et de déguster les mille délices de la tendresse. Sa violence et son humeur belliqueuse, nées de son amertume, avaient fait place à une charmante indulgence venue avec la joie d'être aimé.

Il faisait de calmes projets, rêvait d'une existence tranquille dans une maison confortable. Tant et si bien qu'un jour Thiphaine s'inquiéta et lui demanda quand il devait retourner à la guerre.

Du Guesclin eut un geste vague :
- Boh ! ... fit-il.

Alors Thiphaine sursauta et, très courroucée, lui dit :


- Sire, par vous de beaux faits ont été commencés, et par vous eul la France doit recouvrer les provinces qu'elle a perdues. Or je vois que, pour mon amour, vous êtres prêt à perdre l'honneur. Cela, sire, ne peut exister, et, d'ailleurs, je ne pourrais l'endurer, car je me verrais abaissées par vous qui, pécisément, devez m'honorer. Sachez bien que, si vous ne poursuivez la guerre, aucune femme au monde ne pourra vous donner son amour. Moi, je ne suis que pauvre dame, mais mon coeur ne pourra jamais consentir à ce que j'eusse de l'amour pour vous, si par faiblesse, vous vous refusez à la vaillance.

Alors Bertrand du Guesclin, un peu honteux de ces reproches et désespéré de quitter sa femme, partit se mettre à la disposition du dauphin Charles, qui avait, pour l'heure, fort à faire avec les troupes de Charles le Mauvais, roi de Navarre et allié des Anglais.


Or, à quelque temps de là, Jean II le Bon, mourut en Angleterre, et le dauphin monta sur le trône sous le nom de Charles V.
Sachant que le sacre du nouveau roi devait avoir lieu le 19 mai 1364, les Navarrais, qui étaient alors cantonnés à Evreux, décidèrent d'empêcher la cérémonie et même d'enlever le roi pendant son voyage de Paris à Reims.
Commandés par le captal Jean de Grailly, ils se dirigèrent vers l'Eure, qu'ils franchirent au pont de Cocherel, et dressèrent leur camp sur la colline. Tandis qu'ils se reposaient, le captal courut à Vernon pour y saluer sa fiancée, Jeanne de Navarre.
"Et, nous dit un chroniqueur, au départir, il baisa madame Jeanne, car le roi de Navarre lui avait accordé qu'il l'aurait pour femme. Moult plut ce baiser au captal, car madame Jeanne était une des plus belles dames de la
chrétienté".

Ainsi mis en verve, Jean de Grailly rejoignit ses compagnons juste au moment où les Français, commandés par du Guesclin, arrivaient en vue de Cocherel.

Aussitôt, la bataille commença. Bataille étrange où deux hommes, deux chefs, étaient animés par l'amour.

Finalement, après deux jours de furieux combats, du Guesclin triompha, ramenant, pour la première fois depuis trente ans, la victoire du côté des Français.
Ce fut son premier grand fait d'armes, celui qui décida de sa prodigieuse carrière.


Le surlendemain, Charles V, le coeur illuminé par cette victoire, se faisait sacrer sans incident à Reims ; mais on peut se demander ce qui se serait passé si Thiphaine n'avait pas poussé du Guesclin à reprendre les armes en lui disant que c'était là le "seul moyen de garder son coeur"...

Sans doute, tout le cours de notre histoire s'en fût-il trouvé changé
.
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JeanneMarie

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MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Ven 18 Mar - 8:43

Elle l'avait peut-être tout simplement envoyé à la guerre pour être un peu tranquille !
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Ven 18 Mar - 19:33

Jeanne-Marie, tu es mauvaise langue ........ tongue


Le nouveau roi de France ne pouvait, bien entendu supposer qu'il devait sa couronne à une femme. Ayant fait porter des remerciements à du Guesclin, il prit le chemin de la capitale avec son épouse, Jeanne de Bourbon.
Le 24 mai, ils entraient tous deux triomphalement à Paris. La jeune reine montait un splendide cheval dont Philippe le Hardi, frère du roi et duc de Bourgogne, tenait la bride. Le soir, un dîner de gala réunissait a palais tous les prélats de passage à Paris, et la capitale se transforma pendant deux jours en une immense kermesse.


La reine fut comblée de louanges et de cadeaux, ce qui fit grand plaisir au roi, car il aimait tendrement sa femme, bien qu'il eût commencé à la tromper au lendemain de leurs noces.
Ce mariage, il est vrai, avait été célébré alors que Jeanne n'était pas encore nubile.
Elle avait à peine douze ans. Charles qui, lui, en venait d'en avoir treize, avait trouvé le lit conjugal un peu fade et s'était mis en quête de maîtresses expérimentées.
A quinze ans, il était devenu l'amant d'une dame de la Cour qui l'avait déniaisé avec raffinement.
Doué d'un tempérament plutôt généreux, il avait ensuite "beluté", comme on disait alors, toutes les femmes qui couchaient au palais, depuis les cuisinières jusqu'aux épouses des conseillers du trône.


Il ne s'était d'ailleurs jamais caché de ses bonnes fortunes et, en 1363, alors qu'il était l'amant d'une Italienne nommée Biette Cassinel, il portait les armes parlantes : "K + Cygne + Ailes", rébus qui constituait un à peu près de Cassinel.
(Il eut de cette femme un bâtard nommé Jean de Montaigu qui devint ministre de Charles VI et mourut décapité. Auparavant, il avait eu un premier bâtard, nommé Oudard d'Attainville. Celui-ci devint bailli de Rouen.)

Mais, en montant sur le trône, Charles V avait abandonné sa vie de débauche. Il avait chassé ses maîtresses ainsi que tous ceux qui s'étaient rendus complices de ses frasques, voulant remplir de façon irréprochable son rôle d'époux et son rôle de roi.


D'ailleurs, en se rapprochant de Jeanne de Bourbon, Charles V s'était aperçu qu'elle avait du charme et de l'esprit.
Bientôt, il l'amena à son gouvernement et la fit assister rétulièrement à son Conseil, où elle eut sa place marquée.
De même, lorsque le Parlement se réunissait, elle venait s'asseoir aux côtés du roi, qui l'appelait "sa belle lumière et le soleil de son royaume".

Charles, après quatorze ans de mariage, découvrait sa femme. Transporté de joie, il ne pensait qu'à lui faire des cadeaux et la couvrait de pierreries.

- Quel beau jour, disait-il, que celui où l'on nous a mariés !


Hélas ! si ce mariage faisait maintenant le bonheur du roi, il allait être désastreux pour la France.
En effet, Charles V et Jeanne de Bourbon étaient cousins.
Il y avait fort longtemps que l'Eglise ne respectait plus les sages lois qu'elle avait édictées autrefois, touchant la consanguinité, et qu'elle accordait facilement des dispenses pour les mariages entre parents.

Ces graves erreurs étaient en train d'épuiser la Maison de Valois. Déjà, Charles, comte de Valois, qui étiat à l'origine de cette lignée, avait fait, en épousant sa cousine Marguerite de Sicile, un mariage triplement consanguin (par les familles de France, de Provence et de Hongrie) qui avait fait porter aux enfants issus de cette union le poids de six consanguinités. Or, au lieu d'agir de façon un peu plus sage, l'un d'entre eux, Philippe VI de Valois, n'écouta que son amour et épousa sa cousine..


"Il eût été nécessaire, dit le Dr Brachet, pour corriger son excès de consanguinité, que Philippe VI s'attachât par un mariage étranger à infuser à la race des Valois un sang nouveau qui pût neutraliser l'influence héréditaire morbide.
"C'est tout juste le contraire que fait ce premier roi Valois ; au lieu de sortir de la consanguinité de Saint Louis (déjà double chez lui), il y rentre une fois de plus en épousant sa propre tante à la mode de Bretagne, petite-fille du saint roi."


Et, pour clore dignement la série, Charles V, petit-fils de Philippe VI, avait épousé Jeanne de Bourbon, qui descendait comme lui de Philippe II, de Hugues IV de Bourgogne et de Henri V de Luxembourg.
C'est-à-dire que leur mariage était plus de six fois consanguin et risquait d'amener des tares dangereuses chez leurs héritiers.

Dans leur ignorance des lois de l'hérédité, le roi et la reine désiraient, bien entendu, des enfants.
Après tois essais malheureux, Jeanne mit au monde, en 1368, un garçon.
Ses précédents accouchements ayant été difficiles, elle s'était fait attacher à la cuise une aétite, cette pierre à laquelle les anciens attribuaient des propriétés antiabortives et anticonvulsives, et tout s'était bien passé
!

- Quelle joie ! messire Charles, dit-elle au roi qui n'avait pas quitté son chevet. Nous avons un héritier.

Comment l'appellerons-nous ?

- Charles ! dit le roi. Et, si messire Dieu lui prête vie et s'il règne, on le nommera Charles VI ! ...

C'est ainsi que, d'une suite de dangereux mariages consanguins provoqués par l'amour aveugle, naquit un roi de France qui devait devenir fou
...
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Dim 20 Mar - 14:15

LA REINE ISABEAU ET SES AMANTS TRAHISSENT LA FRANCE


- Madame, la déesse Vénus règne seule à votre cour !

Jacques LEGRAND, dans un sermon adressé à Isabeau de Bavière.


A ce moment, la Cour était installée à l'hôtel Saint-Pol, situé non loin de cette bastide (ou bastille) que le roi faisait construire à l'est de Paris.

Charles V aimait cette résidence qui le reposait du Louvre, trop vieux et trop austère. Il l'avait fait édifier pour plaire à la reine et il y vivait simplement, entouré de ses intimes.

Parmi ceux-ci, se trouvaient quelques personnages pour le moins singuliers. Laids, contrefaits, difformes, vêtus de façon grotesque, ils passaient leur temps à gambader ou à tenir des propos saugrenus.
C'étaient des "fous".


Charles le Sage, en effet, fut le premier roi de France qui n'eut pas seulement un bouffon, mais une troupe de fous à sa cour.
(La mode d'avoir un bouffon à la Cour était ancienne. On en trouvait déjà un au palais de Louis le Pieux, fils de Charlemagne, en 814.)


Christine de Pisan nous dit qu'il aimait énormément leur entretien. Chaque matin, à son lever, après avoir fait sa prière, il les réunissait dans sa chambre et les interrogeait sur des sujets divers : les invités de la Cour, les ministres, ou les affaires du temps. Les réponses extravagantes que lui faisaient les fous, garantis par une impunité exceptionnelle, l'amusaient beaucoup et le mettaient de joyeuse humeur pour alller ensuite présider son Conseil.

Ces fous, qui avaient rang d'officiers et dont la verve insolente et malicieuse s'exerçait sans considération de titre ni de grade, étaient au nombre de trois. Le seul dont le nom nous soit parvenu, s'appelait Thévenin de Saint-Légier. Il était fort spirituel et fort méchant, aussi était-il craint de tous les courtisans.

Les femmes, au contraire, recherchaient sa compagnie. Elles le considéraient avec un intérêt un peu insolite auquel il feignait de ne pas prendre garde ; mais il voyait dans leurs prunelles un éclair de perversité annonciateur de nuits blanches, dont il savourait à l'avance tout le délectable plaisir...
Car toutes, rebutées de se donner à de beaux chevaliers, rêvaient de passer une nuit avec cet homme qui était à la fois nain et bossu.
Thévenin savait à quoi s'en tenir sur les sentiments qu'il inspirait, mais il n'en éprouvait aucune amertume.
Paillard avant tout, il profitait de ces bonnes fortunes avec un admirable sens de l'à-propos et de la philosophie
Aussi allat-t-il rouler sa bosse dans le lit de presque toutes les dames de la Cour...


Pourtant, il n'en aima jamais aucune. Car il était amoureux de la seule femme qui pût l'aimer sans arrière-pensée perverse, la seule qui pût comprendre ses joies, ses peines et ses angoisses, c'est-à-dire une "folle" comme lui.
Elle s'appelait Artaude du Puy et appartenait au service personnel de la reine Jeanne.
Thévenin eût voulu l'épouser, mais il craignit toujours qu'un mariage de bouffons ne fût un trop plaisant spectacle pour les gens de la Cour
.
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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Dim 20 Mar - 15:32

Si Charles V le Sage pouvait s'entretenir quotidiennement avec ses fous sans que leurs propos eussent une influence quelconque sur son bon sens, il n'en était pas de même de Jeanne de Bourbon.
Atteinte d'un léger déséquilibre mental consécutif aux mariages consanguins de sa famille, elle était parfois sujette à des troubles qui la rendaient "bizarre".
Très impressionnable, elle sortait toujours un peu nerveuse de ses conversations avec sa "folle".


Et, un jour de 1373, la reine, alors âgée de trent-cinq ans, eut une véritable crise de folie.
Elle se roula par terre en poussant des hurlements et battit la pauvre Artaude du Puy qui, terrorisée, ameuta les autres fous.
On assista alors à ce spectacle effrayant d'une reine frappée soudain d'aliénation mentale, gesticulant et tenant des propos incohérents devant ses bouffons terrifiés.
Alerté aussitôt, Charles V quitta la salle de son Conseil pour venir auprès de Jeanne. Il la trouva jupes par-dessus tête, en train de se livrer à des simulacres obscènes qui le consternèrent.
Après quelques douces paroles, et beaucoup de ménagements, il parvint à la conduire jusque dans sa chambre, où un médecin vint la soigner après avoir déclaré qu'elle était probablement ensorcelée...


Très déprimé, nous dit l'auteur de la Chronique des quatre premiers Valois, "Le roi, qui moult (beaucoup) aimait la reine, fit alors maints pèlerinages"...

Jeanne resta dans ce triste état pendant toute l'année 1373. Puis la raison et la "bonne mémoire" lui revinrent peu à peu.

En 1374, elle allait tout à fait mieux, lorsque Charles V tomba malade à son tour.


Croyant sa fin prochaine, le roi fit son testament et déclara que, s'il disparaissait, son épouse bien-aimée serait régente du royaume.
Il fallait que Charles fût bien amoureux pour prendre une décision aussi surprenante, car la pauvre pouvait retomber d'un moment à l'autre dans la folie.


Heureusement pour la France, la reine mourut en couches au printemps de 1377, pour avoir voulu se baigner alors qu'elle était enceinte.
( Froissard dit que "la reine étant en gésine (enceinte), les médecins lui avaient interdit le bain, comme contraire et périlleux. Nonobstant ce, (cependant) elle se voulut baigner et là conçut le mal de la mort.")


Le roi fut terrassé par le chagrin au point qu'il cessa pendant plusieurs semaines de s'occuper des affaires de l'Etat et qu'on ne le vit plus jamais sourire.
Voici d'ailleurs ce que nous dit Christine de Pisan à ce propos :
"Samedi, la reine trépassa de ce siècle. De la quelle chose le roi fut merveilleusement dolent (triste) ; et nonobstant que la vertu de constance en lui fût plus grande que communément chez les autres hommes, cette départie (séparation) lui fut si grande douleur et si longuement lui dura, que jamais on ne lui vit faire pareil deuil pour chose qui advînt : car moult s'aimaient de grande amour".


On fit à la reine Jeanne de magnifiques obsèques.
Son corps, vêtu richement, fut conduit en grande pompe à Notre-Dame, sur un lit couvert d'un drap d'or et surmonté d'un ciel.
On avait mis sur sa tête un voile très fin pour que le menu peuple pût voir son visage...


Les cérémonies funèbres furent longues et eurent un éclat exceptionnel.
"Le roi, qui avait tant aimé le corps de la reine, pensa à son âme", nous dit Christine de Pisan.
Il fit dire tant d'oraisons, en effet, que les services religieux durèrent un jour entier.
Après quoi, Charles V rentra à l'hôtel Saint-Pol, où il s'enferma dans la chapelle pour y pleurer celle qu'il ne devait jamais oublier.
Incapable de surmonter sa douleur, il mourtu d'ailleurs, quelques années plus tard, à quarante-trois ans.


Avant de s'éteindre, dans son château de Beauté-sur-Marne, près de Nogent, le 16 septembre 1380, le roi exprima le souhait que le dauphin Charles épousât une princesse allemande "pour les utiles conséquences politiques qui pourraient en résulter".

Aussi, dès que le nouveau roi, qui n'avait alors que douze ans, fut sacré à Reims, son oncle, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, qui gouvernait le royaume en qualité de régent, se mit-il immédiatement en quête d'une princesse native d'outre-Rhin
.
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Dim 20 Mar - 16:08

Au bout de quelques années, il apprit que le duc Etienne de Bavière avait une fille ravissante, âgée de quatorze ans, et nommée Isabeau
(les chroniqueurs du temps l'appellent indifféremment Isabelle, Elisabeth et Isabeau. On ignore pourquoi ce dernier prénom - le moins gracieux - a prévalu chez les historiens modernes.)


Il lui fit demander s'il consentirait à la donner en mariage au roi de France.
Le duc de Bavière fut très embarrassé, car un détail le gênait.
Il avait entnedu dire qu'il était d'usage en France, que la fiancée du roi fût examinée toute nue par les dames de la Cour "à seule fin de savoir si elle était bien conformée pour le plaisir et apte à avoir des enfants".
Et il trouvait humiliant pour une princesse de Bavière d'être obligée de se plier à une formalité aussi barbare.
De plus, il craignait qu'Isabeau ne plût pas à Charles VI.

- On dit ce jeune prince bizarre, pensait-il. Je ne veux pas que ma fille me soit enlevée pour m'être ensuite rendue.

Et il répondit au régent de France qu'il n'accordait pas sa fille à Charles VI.

Philippe le Hardi était trop habile pour se froisser de cette réponse. En outre, il était lui-même lié à la Maison de Bavière et ne désirait pas détruire les alliances qu'il avait contractées. Il feignit donc de s'incliner devant le refus d'Etienne ; mais trois mois plus tard, il chargeait la duchesse de Brabant, petite-fille de Philippe le Bel et femme fort adroite, de reprendre les négociations.
Le duc fut on ne peut plus flatté de cette nouvelle démarche et, cette fois, accepta que Charles vît Isabelle, à condition que les raisons de cette rencontre furent cachées à la jeune fille.

- Ainsi, dit-il, je serai seul à subir une humiliation si le roi de France ne la trouve pas à son goût.
- Je puis vous assurer que vous n'aurez point à souffrir une telle humiliation, dit la duchesse de Brabant, la princesse Isabeau est bien trop belle. Mais, puisque votre volonté est de craindre le pire, je puis vous promettre que le roi et la princesse se rencontreront "par hasard".


Il fut alors convenu qu'Isabeau, sous la conduite de son oncle Frédéric, irait en pèlerinage à Saint-Jean d'Amien, où Charles devait également se rendre en compagnie de son oncle, Philippe le Hardi.

Un matin de juin 1385, la princesse fut prête à partir. Quand le duc de Bavière vit que sa fille allait le quitter, il l'embrassa longuement et tendrement ; puis il prit Frédéric à part et lui dit :

- Mon frère, je vous confie mon enfant avec crainte. Car, si le roi de France ne la veut pas pour épouse, elle sera déshonorée. Sachez que, si vous me la ramenez, vous n'aurez jamais de plus grand ennemi que moi.


Malheureusement pour le royaume de France, Isabeau de Bavière ne devait pas revenir chez son père.
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MAINGANTEE

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MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Dim 20 Mar - 16:19

Je ne trouve pas ca disgraciaux moi Isabeau .. j'aime même mieux qu'Isabelle !
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Dim 20 Mar - 17:31

Domi, quand tu auras lu la suite, sur le comportement d'Isabeau, je ne sais pas si ce prénom te paraîtra toujours aussi gracieux........ tongue
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Martine

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MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Dim 20 Mar - 17:44

Je connais une petite fille qui s'appelle Isabeau et je trouve ca joli aussi !

Mais .. j'attends la suite ..
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Dim 20 Mar - 18:08

Tout d'abord, la princesse s'arrêta à Bruxelles où la duchesse de Brabant lui donna des leçons de maintien et lui fit faire des robes élégantes, "celles qu'elle avait apportées étant trop simples selon l'Etat de France".
Puis, quand elle fut prête, on lui fit prendre la route d'Amiens où déjà, le roi l'attendait avec impatience.


Charles VI avait alors dix-sept ans. Il était doué d'une sensualité quasi pathologique qui tournait à l'obsession sexuelle et dont de désolaient ses conseillers religieux.
(Lors de la réception du roi de Sicile dans l'ordre de la Chevalerie, des orgies stupéfiantes eurent lieu auprès de la basilique des rois de France. Et l'auteur de la Chronique de Saint-Denis, précise que "chacun chercha à satisfaire sa luxure, si bien qu'il y eut des maris qui pâtirent (souffrirent) de la mauvaise conduite de leurs femmes et qu'il y eut aussi des filles qui perdirent le soin de leur honneur". Le docteur Cabanès, qui cite ce texte, ajoute que "le jeune roi de France, Charles VI, frère du prince fêté, fit en faveur des dames, des "prodigalités" telles que, dès ce moment, on eut le droit de douter de son bon sens...")


Aussi avait-il l'oeil brillant en imaginant la brune Allemande qu'on lui avait décrite.

Le 15 juillet, Isabeau, magnifiquement parée, arriva à Amiens où on la conduisit auprès du roi.
Froissart nous conte en termes savoureux cette entrevue et le coup de foudre que ressentit Charles VI :
"Quand elle fut auprès de lui, elle s'agenouilla bien bas. Le roi vint vers elle, la prit par la main, la fit se relever et la regarda de belle manière.
Avec le regard, plaisance et amour entrèrent dans son coeur, car il la vit belle et jeune, et il avait grand désir de la prendre pour femme.
Alors, le connétable de France dit au seigneur de Coucy et au seigneur de La Rivière :


" - Cette dame nous demeurera, le roi ne la peut quitter des yeux.
"Quand la princesse Isabeau et ses dames eurent pris congé du roi, le duc de La Rivière lui demanda :

" - Sire, que dites-vous de cette jeune dame ? Nous demeurera-t-elle ? Sera-t-elle reine de France ?
" - Par ma foi, dit le roi, oui, et nous n'en voulons point d'autre. Dites à mon oncle de Bourgogne, pour Dieu, qu'il s'en acquitte.


"Le duc de Bourgogne partit donc de la chambre du roi et s'en alla dans la chambre de la duchesse de Hainaut, où il trouva avec elle la princesse quidevait être sa nièce. Le duc la salua comme il lui appartenait et comme il le savait bien faire, et puis il dit à la duchesse tout en riant :

" - Madame et belle cousine, Monseigneur a brisé votre projet d'aller à Arras, car ce mariage le presse trop fort. Vous vous reposerez donc aujourd'hui et demain en cette ville, et lundi seront les noces"

Il y eut des cris de joie.


Isabeau, qui ne comprenait pas le français, demanda à la duchesse de Hainaut ce que le duc de Bourgogne venait de dire de si drôle et de si heureux.

On lui apprit alors qu'elle se mariait le surlendemain avec le roi de France, ce qui ne laissa pas de l'étonner un peu...


Le soir même, un envoyé du duc de Bavière vint demander à Charles VI quelle dot il désirait qu'Isabeau lui apportât.

- Aucune, dit le jeune roi, surexcité par les formes émouvantes de la princesse allemande, les belles qualité de ma fiancée sont plus précieuses que tout l'or que l'on pourrait me donner !

Un mois plus tard, "ces belles qualités" allaient curieusement se manifester
...
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Jean2

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MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Dim 20 Mar - 18:26

Comment ??????? Basketball
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Jeu 24 Mar - 17:41

Le mariage eut lieu le 18 juillet à la cathédrale d'Amiens.
Mais les choses avaient été si promptement décidées que la plupart des dames de la Cour n'eurent pas le temps de se faire confectionner les somptueuses toilettes qu'elles eussent désirées pour une semblable cérémonie, et qu'Isabeau de Bavière elle-même n'eut pas de robe de mariée.


Les fêtes n'en furent pas moins fort brillantes. Un banquet fastueux eut lieu dans le palais épiscopal où le serrvice fut fait par des comtes et des barons. Après quoi, tandis que les invités dansaient "fort innocemment", Charles VI, pressé de connaître les joies auxquelles il aspirait depuis trois jours, entraîna sa belle épouse vers une chambre où il sut se montrer d'une compagnie agréable....

Après avoir ainsi fait le point sur bien des choses, les nouveaux époux allèrent s'installer au château de Beauté-sur-Marne, que Charles VI avait adopté comme lieu de résidence habituel.


Isabeau fit alors la connaissance des personnages plus ou moins louches qui, dans l'espoir de participer au pillage du trésor royal, gravitaient depuis quelques années autour du jeune souverain.

Ce pillage éhonté et scandaleux avait pour auteurs les trois oncles de Charles : le duc de Bourgogne, le duc de Berry et le duc d'Anjou, qui avaient consituté un gouvernement des "Princes de fleurs de Lys", après la mort de Charles V. Profitant de la faiblesse du jeune roi, ils s'appropriaient des provinces entières, détournaient à leur profit les impôts et les taxes excessives dont ils frappaient le peuple, et puisaient à pleines mains dans l'or que Charles V avait péniblement amassé.


Cette malhonnêteté des trois "régents" avait fini par créer à la Cour une atmosphère assez spéciale qui faisait bien plus ressembler le château de Beaut-sur Marne à un repaire de brigands qu'à un palais royal.

L'arrivée d'Isabeau inquiéta quelque peu les personnages qui vivaient dans le sillage du roi sous des prétextes étranges et qui parvenaient, au prix de combinaisons invraisemblables, à grignoter les miettes du trésor de l'Etat.

Certains craignaient que la jolie princesse allemande ne fût plus clairvoyante que Charles VI, et qu'elle ne démasquât leurs intrigues.

Pendant quelques semaines, tout le monde l'observa avec anxiété. Mais la jeune reine était trop habile pour manifester de quelque façon que ce fût les sentiments qu'elle éprouvait devant la friponnerie et l'immoralité profonde qui régnaient à la Cour. Et l'on finit par se demander si elle compreait ce qui se passait autour d'elle et si elle voyait même ces couples dont l'impudeur offrait parfois de curieux spectacles à la fin des banquets.


La résidence royale était en effet le théâtre d'orgies épouvantables auxquelles Charles VI ne participait plus depuis son mariage, mais qu'il tolérait avec beaucoup d'indulgence, connaissant, par expérience, la violence extrême de certains désirs.

Isabeau, par sa seule présence, avait donc réussi, d'une part, à inquiéter les intrigants et, d'autre part, à rendre au jeune souverain son équilibre sexuel.
Pendant quelque temps, il y eut moins de malversations, et Charles VI montra des traits plus détendus.
Cet apaisement des sens fut très heureux pour lui.
La tranquillité d'esprit qu'il y gagna lui permit, en effet, de s'occuper un peu des affaries de l'Etat, et il eut même de grands désirs d'action.

Un matin, à l'issue d'ébats où sa virilité avait fait merveille, il se leva, ivre d'orgueil, la tête pleine de projets ambitieux, et, comme, à ce moment, rien au monde ne pouvait lui sembler impossible, il envisagea de débarquer en Angleterre...


Quelques jours plus tard, il partait pour l'Ecluse, en Flandres, afin d'y voir sa flotte.
Isabeau resta seule à Beauté...


Cette princesse au sang chaud, que le roi venait d'initier aux jeux amoureux, ne tarda pas à sentir la solitude lui peser.
Et un jour, fatiguée de regarder au loin pour voir si Charles ne paraissait pas à l'horizon, elle posa les yeux autour d'elle.
La première personne qu'elle y vit était un garcçon jeune et bien fait, rempli de grâce, infiniment spirituel et doté d'un grand pouvoir de séduction sur les femmes. Il se nommait Bois-Bourdon (et non Bois-Redon ou Bosredon, comme on l'appelle généralement.)

Cet élégant seigneur était, depuis le premier jour, amoureux d'Isabeau. Voyant que la reine le considérait d'un oeil neuf et avec une attention particulière, il s'enhardit, un soir, jusqu'à lui dire qu'il l'aimait.


Isabeau n'avait que quinze ans, mais elle était de décision rapide. Dans la nuit qui suivit, elle devint la maîtresse de Bois-Bourdon.
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epistophélès

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MessageSujet: Clovis et Clotilde   Jeu 24 Mar - 19:57

Après quelques jours d'intimité totale, pendant lesquels le jeune favoir avait pu percer le caractère ambitieux d'Isabeau, il la mit au courant des intrigues qui se nouaient à Beauté et lui donna quelques conseils assez machialvéliques :

- Madame, point ne serez forte tant que n'aurez imité par façon de geste, de manières et de contenance, les actes des intrigants qui entourent le roi. Alors, de crainte en laquelle ils sont, ils passeront en admiration et vous seront soumis. Certes, il ne serait point vertueux de s'engager la première dans cette voie ; mais, quand tous y passent, il serait malhabile, déshonnête et orgueilleux de demeurer hors.
(Ces propos, ainsi que ceux qui suivent, ont été rapportés par Bois-Bourdon lui-même au cours de son procès, dont les minutes ont été retrouvées par le marquis de Sade).


La reine accepta immédiatement, et sans la moindre hésitation, de participer au désordre général et avoua qu'elle était prête à user de n'importe quel moyen pour réaliser ses ambitions.

- Le roi, dit-elle, est fort bon et moult le révère (je le respecte beaucoup).
Mais je ne fais compte de sa tête où ne se trouve que faiblesse. Ce pourquoi, il faut que je gouverne.


Et, sans plus tarder, elle organisa son plan de bataille.
Devant Bois-Bourdon, éberlué de voir la jeune souveraine se transformer ainsi en un politique rusé et sans scrupules, elle envisagea froidement de faire disparaître les trois régents qui pouvaient être de grands obstacles à l'accomplissement de ses desseins, et de s'attacher par les liens les plus étroits et les plus solides, le duc de Touraine, frère du roi.

- Celui-ci est jeune et plein d'ardeur, dit-elle, il m'aidera, j'en suis sûre.

Bois-Bourdon fut très alarmé en entendant ce projet.

- Quel rival vous me faites craindre là, madame, se permit-il de dire.

Isabeau le considéra avec tendresse :

- Mon ami, dit-elle, point jamais n'y aura pour vous de rival. Même si je dois, par froide raison, ouvrir mon lit à quelques puissants seigneurs, notre accointance sera la plus forte, car notre jeunesse et notre goût nous induisent à volupté.


Et elle ajouta, animée par une ardeur qui faisait briller ses yeux bleus :

- Tout le monde, en cette Cour, ne pense qu'à prendre argent et plaisir, lesquelles choses me tentent fort comme délectables biens. Pourquoi me les interdirais-je ? Ami, vos avis sont bons, je ferai ainsi que vous dites.

Après quoi, elle sourit à son amant, et tous deux allèrent sceller leur accord funeste sur un grand lit...


Un mois plus tard, Charles VI revint passer quelques semaines à Beauté où la reine lui réserva le plus tendre et le plus fougueux accueil. Puis, sans éprouver le moindre soupçon sur ce qui se tramait, il repartit pour les Flandres, se faisant accompagner cette fois d'une partie de la Cour.

Le duc de Touraine, pourtant, ne fut pas du voyage, et Isabeau mit à profit cette nouvelle période de solitude pour s'approcher de lui.


C'était un beau jeune homme impétueux et bouillant.
Il avait quinze ans, mais en paraissait dix-huit et avait eu déjà de nombreuses aventures fort brillantes avec quelques dames qui fréquentaient le palais.

Il fut fortement ému de rester ainsi, presque seul, en compagnie de sa troublante belle-soeur.


Un soir, celle-ci organisa une petite fête à laquelle assista, entre autres, le fidèle Bois-Bourdon. Après un banquet joyeux, on dansa. Isabeau ouvrit le bal avec le duc de Touraine et les invités vinrent faire de très savantes figures sur une musique lente et compliquée.

Quand tout le mond fut occupé à mettre, en mesure, un pied devant l'autre, Isabeau emmena discrètement le frère du roi, et le malheureux Bois-Bourdon les vit disparaiître en direction d'une chambre qu'il connaissait bien.
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