Mosaïque

Détente - amitié - rencontre entre nous - un peu de couleurs pour éclaircir le quotidien parfois un peu gris...
 
AccueilAccueil  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 Clovis et Clotilde

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant
AuteurMessage
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Ven 25 Mar - 0:49

Le jeune duc de Touraine, assez flatté de ce qui li arrivait, tint à montrer à sa ravissante belle-soeur qu'il était déjà passé maître dans "l'art de planter son affutiau", comme on disait alors.
Leur nuit s'en trouva fort agitée, d'autant qu'Isabeau, conquise par le savoir-faire du jeune homme, oublia bien vite les raisons politiques qui lui avaient fait choisir ce deuxième amant pour se donner toute au plaisir
.

Et quand l'approche de l'aube commença à rendre plus fraîche la nuit de printemps, les deux amants, épuisés et "nerveux comme chiffes" (sans énergie), tombèrent, encore enlacés, dans un sommeil heureux qui leur fut comme une seconde volupté.
Vers dix heures du matin, la reine s'éveilla et sourit en voyant qu'un beau jour de mai était commencé. Près d'elle, le duc de Touraine dormait toujours. Elle lui caressa doucement les cheveux et fut heureuse de penser qu'il était à sa merci. Par jeu, elle l'embrassa, et il ouvrit les yeux.

- Bonjour, madame, quelles sont vos pensées ce matin ? dit Louis.

- Fort triste je suis, bel ami, dit Isabeau, à qui le sommeil avait rendu toute sa lucidité. Il m'est venu en la pensée que vous n'occupiez pas une place digne de vos nobles vertus. Charles, mon gentil sire, est bon, mais de tête légère. C'est à vous que devrait appartenir le trône. Voulez-vous me donner aide pour tenir en haute main ce que le roi laisse aller ? ...


Ce petit discours n'était pas pour déplaire au duc de Touraine qui avait beaucoup d'ambition et une haute idée de lui-même. Il promit donc à la reine de l'aider autant qu'il le pourrait et, faisant allusion à la malhonnêteté de ses oncles, il ajouta dans un sourire tendre :

- Il faut ou empêcher de pareilles choses, madame, ou en approprier le profit. Unissons nos intérêts comme nos coeurs. Il n'est plus, dans ce siècle d'intrigues et de faiblesses, d'autres moyens de réussir.
Propos rapportés par Bois-Bourbon lors de son interrogatoire - Archives de Bourgogne -)


C'était exactement ce que voulait la reine Isabeau.
Aussitôt, elle échafauda un plan : éloigner tous ceux qui pouvaient avoir une influence quelconque sur le roi, le libérer de la tutelle des trois régents et l'amener à gouverner seul.
Les deux amants se jurèrentde tout faire pour arriver rapidement à ce résultat.

Après quoi, Isabeau se leva, s'habilla et alla mettre Bois-Bourdon au courant de ce qui s'était passé.

- Nos affaires sont en bonne voie, dit-elle.
Et comme le favori, malgré tout, semblait triste, elle lui donna rendez-vous le soir même, dans sa chambre.


Isabeau ne parvint pas aussi rapidement qu'elle l'aurait cru à se débarrasser des régents. Trop habile pour précipiter les choses, elle attendit que le temps travaillât pour elle, et continua de s'amuser.
L'un de ses grands plaisirs était d'assister aux duels judiciaires.
On sait qu'à cette époque, lorsque la justice n'avait pas de preuves suffisantes pour continuer ses poursuites et ouvrir un procès, le roi autorisait plaignant et accusé à régler leur différend en un combat singulier.
Le survivant était considéré comme désigné par le Jugement de Dieu et félicité chaudement pour avoir si bien su montrer qu'il avait raison.
Quant à l'autre, le simple fait qu'il soit mort prouvait assez combien il avait tort...


Un jour de 1386, Charles VI autorisa deux gentilshommes normands, Jean de Carrouges et Jacques Le Gris, à venir se battre à Paris pour régler une affaire très curieuse qui passionna le peuple, la Cour, et tout particulièrement la jeune reine.
Le différend qui opposait les deux hommes avait une origine assez savoureuse.


Jean de Carrouges, qui habitait Alençon, était parti en voyage, laissant sa jeune et fort gracieuse épouse au logis, seule avec ses gens.
Un soir, un homme se présenta au château et demanda la permission de visiter le donjon.

- Qui êtes-vous ? lui demanda-t-on
- Jacques Le Gris, votre voisin !


En entendant ce nom, la dame du château fit entrer le visiteur, l'accueillit avec beaucoup de gentillesse et le retint à dîner.
Sans défiance, elle le mena ensuite au donjon, afin qu'il le pût visiter tout à son aise.
Dès qu'ils furent entrés, Le Gris referma la porte et fit à l'épouse de Jean de Carrouges un aveu touchant le "plus tendre sentiment qu'il éprouvait pour elle".
La dame, fort surprise, conçut quelque inquiétude et voulut ressortir ; mais, nous dit un chroniqueur, "le visiteur se saisit d'elle, lui fit subir incontinent l'outrage qu'il préméditait, puis, sortant du donjon, sauta sur son cheval et disparut
".
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Martine



Nombre de messages : 7362
Date d'inscription : 22/11/2008

MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Ven 25 Mar - 9:09

Merci Laure !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Ven 25 Mar - 17:55

De rien, Martine ........ Wink Very Happy




Lorsque Jean de Carrouges revint chez lui, sa femme lui raconta en pleurant ce qui s'était passé et comment elle avait été déshonorée. Le gentilhomme ne chercha pas à cacher son mécontentement.

- Je vous vengerai, dit-il sur un ton noble.


Et sans tarder, il écrivit pour se plaindre au duc d'Alençon, qui était son suzerain et celui de Jacques Le Gris.
Le duc n'aimait pas que ce genre d'histoires arrivât dans son fief. Très agacé, il convoqua le mari, la femme et l'amant et ne leur cacha pas qu'il les suspectait tous les trois...
Au cours de cette étrange confrontation, la dame de Carrouges, raconta en détail l' "heure éblouissante" qu'elle avait vécue dans le donjon, et accusa Le Gris d'être l'auteur de son viol.
Celui-ci se défendit avec fougue, nia farouchement et fournit un alibi incontestable.
Très ennuyé, le duc d'Alençon, voyant qu'il ne parviendrait pas à connaître la vérité, envoya les parties devant le Parlement de Paris.


Après un procès qui dura dix-huit mois, le Parlement, ne pouvant à son tour rien prouver contre Jacques Le Gris, décida "que champ de bataille jusqu'à outrance s'en ferait" (duel à mort).

Le roi était alors à l'Ecluse et se disposait à passer avec ses barons en Angleterre ; lorsqu'il sut que les deux gentilshommes normands allaient se battre en duel, il revint à Paris, ne voulant pas manquer un pareil spectacle. Les régents firent de même, ainsi que de nombreux seigneurs, et, le jour de la rencontre, il y eut foule pour voir les deux combattants aux prises.


Le roi, la reine et toute la Cour étaient au premier rang. Lorsque tout fut prêt, Jean de Carrouges s'approcha de sa femme, q ui était vêtue de deuil, et lui dit :

- Dame, sur votre information, je vais aventurer ma vie et me battre contre Jacques Le Gris. Vous savez si ma querelle est juste et loyale.
- Monseigneur, répondit l'épouse, je vous jure que vous combattez sûrement, car la querelle est bonne.
- Au nom de Dieu, soit ! dit alors le chevalier.

Et, laissant sa femme agenouillée, il entra dans la lice (l'arène).


Aussitôt, les deux hommes s'attaquèrent à coups d'épée.
Après un combat rapide, mais d'une extrême violence, Jacques Le Gris fut jeté à terre. D'un bond, Jean de Carrouges se précipita sur lui et, commençant à lui enfoncer son épée dans le défaut de la cuirasse, lui enjoignit d'avouer son crime.

- Je suis innocent, répondit Le Gris.

Alors Carrouges l'acheva sans sourciller. Se relevant, il demanda à l'assistance s'il avait bien fait.

- Oui ! oui ! lui fut-il répondu.


Satisfait, il alla s'agenouiller devant le roi et la reine.
Celle-ci avait suivi le spectacle avec tant de passion que ses yeux étaient pleins de flammes. Elle félicita chaleureusement le vainqueur et lui fit donner mille écus.

Carrouges, fort satisfait, alla chercher sa femme, et tous deux portés en triomphe par la foule, se rendirent à Notre-Dame, pour y faire une action de Grâce.
Au même instant, le corps de Le Gris était conduit au gibet de Montfaucon où le bourreau le pendit.


- Au fait, en parlant bourreau, à Perpignan, la ville a mis en vente la maison du dernier bourreau de France, à prix très raisonnable. Curieusement, personne n'a souhaité l'acquérir - Ce que je viens d'écrire à propos de cette maison, n'est pas dans le livre, c'est moi qui ai fait une association d'idée avec l'info qui est passée à la télé il y a à peu près 1 mois. tongue


Personne n'aurait plus jamais parlé de cette histoire si un jour, un condamné à mort ne s'était accusé, au moment d'être pendu, d'avoir commis l'attentat sur la dame Carrouges.
Pressé de questions, il expliqua qu'il avait pris le nom de Le Gris - avec qui il avait d'ailleurs une vague ressemblance - pour se présenter au château et violer la femme du gentilhomme.

En apprenant qu'elle s'était trompée, la dame de Carrouges fut rès sincèrement désolée ; et, lorsque son mari mourut quelque temps après dans une bataille, elle entra au couvent où, choisissant une pénitence en rapport avec le crime qui avait causé la mort d'un innocent, elle fit voeu de chasteté perpétuelle.


Cette décision, lorsqu'elle fut connue à la Cour, fit bien rire la reine et ses amis. Il faut dire qu'à cette époque Isabeau avait crée à Vincennes une très curieuse et très indécente "Cour amoureuse' où l'étalage du vice était de rigueur. Des fêtes licencieuses étaient organisées pendant les absences du roi, et chacun s'y déguisait à sa façon : en oiseau (avec plumes collées sur le corps, en poisson, ou simplement en Adam et Eve...

Ces bacchanales se terminaient en orgies qui duraient des nuits entières. La jeune et ardente reine, on le pense, n'était pas la dernière à y faire don de sa personne...
L'une de ces fêtes scandaleuses devait, un jour, finir bien mal
...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Ven 25 Mar - 18:38

De tels jeux de société eussent épuisé n'importe quelle jeune femme normalement constituée. Ils étaient sans doute nécessaires au bon équilibre et à l'apaisement des nerfs d'Isabeau, car jamais on ne vit la reine plus forte et plus maîtresse d'elle-même qu'à cette époque.
A peine sortie de ces folles réunions, elle se replongeait dans l'intrigue politique et reprenait sa lutte sourde contre les régents qui la gênaient.


Cette lutte durait depuis un an déjà, et les oncles du roi semblaient ne devoir jamais abandonner leur position, lorsque en automne 1388, Isabeau parvint à s'assurer l'appui du cardinal de Laon.

Immédiatement, par l'intermédiaire du duc de Touraine, elle poussa Charles à convoquer, sous un prétexte anodin, les princes du sang et plusieurs prélats. L'assemblée eut lieu à Reims. Presque aussitôt après l'ouverture des débats, le cardinal de Laon et quelques amis se levèrent :

- Je cois opportun de profiter de l'occasion qui nous réunit, dit le prélat ami d'Isabeau, pour demander au roi Charles, qui vient d'avoir vingt ans, de régner par lui-même.

Cette déclaration, qui fut acclamée, stupéfia les oncles du roi. Avant même qu'il n'aient eu le temps de répondre, Charles se retourna vers eux en souriant, et, les ayant remerciés d'avoir gouverné la France pendant sa minorité, leur dit qu'il se rendait au conseil qu'on lui donnait...

Les régents quittèrent la salle dans un état de fureur qui les empêchait de parler.


Le lendemain, le cardinal de Laon était empoisonné.

La mort de son ami ne troubla point la reine Isabeau. Elle se dit qu'il était impossible d'enregistrer des profits, sans accepter quelques pertes, et, après avoir salué d'un sourire la mémoire du digne ecclésiastique, elle pensa avec ivresse à cette réussite.

La défaite des régents lui ouvrait pratiquement les portes du pouvoir. Elle allait, en effet, dicter désormais sa volonté au pauvre Charles VI qui lui était entièrement soumis.
Cette pensée la remplit d'une joie immense et elle alla fêter sa victoire sur un lit bien solide avec Bois-Bourdon.
Puis elle convia le duc de Touraine, qui devait avoir sa part de réjouissance, et lui donna le meilleur d'elle-même.


Dans la semaine qui suivit l'assemblée de Reims, Charles VI, sur les conseils d'Isabeau, transforma profondément la Cour.
Tous les courtisans qui avaient été plus ou moins complices des détournements commis par les régents furent chassés.
Il ne resta que quelques chevaliers - dont Bois-Bourdon, naturellement - le duc de Bourbon et le duc de Touraine.

Celui-ci eut même droit aux remerciements du roi :

- Cher frère, c'est grâce à vous que j'ai pu me débarrasser de la lourde tutelle de mes oncles.
En récompense, je vais envisager d'augmenter votre apanage.


Malgré toutes ces gentillesses, Isabeau craignait que le roi ne soupçonnât les liens qui l'unissaient au jeune duc. Aussi, conseilla-t-elle à son amant de chercher une épouse.

Louis fixa son choix sur Valentine de Milan, fille de Galéas Visconti et d'Isabelle de France, soeur de Charles V.
Ce qui fit dire au Marquis de Sade, historien d'Isabeau de Bavière, "que le duc de Touraine avait des sentiments qui ne sortaient pas de sa famille, puisqu'il avait sa cousine pour femme et sa belle-soeur pour maîtresse"


Ce mariage, ne changea en rien, bien entendu, les rapports des deux amants, si ce n'est qu'il exigea de leur part une prudence supplémentaire.

Ses relations extra-conjugales n'empêchaient pas la reine de se montrer une bonne et ardent épouse.
Pendant les deux premières années de son mariage, elle avait même donné le jour à un garçon et à une fille ; ce dont lui avait su gré Charles VI.


Le roi, lui conservait d'ailleurs toute sa tendresse du premier jour.
Bien qu'il se laissât entraîner parfois par son penchant pour la galanterie, puisque le chroniqueur de Saint-Denis nous parle de "ses appétits charnels, auxquels il se livrait contrairement aux devoirs du mariage".
Charles VI était aux petits soins pour sa femme.
Il lui faisait dans cesse des cadeaux magnifiques, qui tous étaient ornés d'un C et d'un I entrelacés, lettres qui se retrouvaient d'ailleurs sur les bijoux, les vêtements les plus intimes de la reine, et jusque sur les ferrures de ses jarretières....


Bref, malgré leur infidélité réciproque, ils s'aimaient bien tous les deux, et, un jour de 1389, le roi décida qu'Isabeau ferait son entrée officielle dans Paris et serait sacrée à Notre-Dame.

Des fêtes extraordinaires marquèrent cet événement. La reine partit de Saint-Denis en litière, entourée des dames de la Cour. Les princes et les gentilshommes qui conduisaient les dames, étaient à pied, et toutes les princesses portaient au front des couronnes d'or et de pierreries.

Le cortège entra dans Paris par la porte Saint-Denis, où, d'après un chroniqueur, "la foule était si grande qu'on eût dit que le royaume se fût assemblé pour voir la cérémonie".

Froissard, qui vint à Paris spécialement pour ces fêtes, nous dit qu'en entrant dans la capitale, la reine vit qu'on avait représenté, sous la voûte de la bastide Saint-Denis, un ciel tout étoilé et, "dans ce ciel, de jeunes enfants appareillés et mis en ordonnances d'anges."
Il ajoute même ce détail amusant :
"Il y avait une figure de Notre-Dame, qui tenait un petit enfant, lequel s'ébattait à part soi avec un petit moulinet fait d'une grosse noix."


Ailleurs, il y avait des fontaines de vins ; et toutes les rues étaient tapissées de draps bleu ciel sur lesquels se détachaient des fleurs de lis d'or.

La reine et sa suite, marchant vers la cité, arrivèrent à l'entrée du grand pont. Là, un spectacle surprenant attendait tout le monde.
Un funambule genevois, qui avait disposé une corde allant de l'une des tours de Notre-Dame au faîte (au toit) de la première maison du pont, (à cette époque, les ponts étaient couverts de maisons) descendit de façon vertigineuse, tenant, en guise de balancier, une couronne dans la mains droite et un flambeau allumé dans l'autre.
Au moment où la reine allait s'engager sur le pont, il lui déposa la couronne de fleurs sur la tête et s'en retourna sur sa corde à une vitesse stupéfiante
.

En voyant la torche remonter comme une étoile filante vers le sommet de la cathédrale, la foule poussa un immense cri d'admiration.

Enfin, le sacre eut lieu, suivi d'un repas où la presse, nous dit Froissard, fut si forte que plusieurs personnes furent étouffées par la chaleur et que la reine elle-même "fut obligée d'abattre une cloison derrière elle pour se donner de l'air
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Ven 25 Mar - 19:17

Je continuerai demain. Là suis trop fatiguée. Mallaurie m'a contaminée, j'en suis sûre ! ......... scratch ......... Razz

Samedi, suis de corvée etc
. ........ geek

Il a fait beau aujourd'hui, mais le vent d'Autan, qui souffle depuis 5 jours, est épuisant ..... Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Martine



Nombre de messages : 7362
Date d'inscription : 22/11/2008

MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Sam 26 Mar - 21:06

Merci Mamie Assise !!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Dim 27 Mar - 20:26

Après ces fêtes, Isabeau reprit sa vie un peu compliquée avec le roi, le duc de Touraine et Bois-Bourdon.
Or les liens entre ces différents personnages se resserrèrent encore, le jour où Charles VI, poussé par un démon plein d'ironie, devint l'amant de sa belle-soeur, Valentine Visconti.


Il eût voulu, bien entendu, tenir sa liaison secrète, mais Isabeau, grâce à sa police personnelle, en fut rapidement instruite. Jugeant inutile de manifester une jalousie inopportune, elle alla trouver Valentine et lui déclara qu'elle lui cédait volontiers le roi, sous condition de pouvoir "profiter" en rtour du duc de Touraine. Ce qui fut accepté par la charmante et peu rigoriste Milanaise.

Le pauvre Charles VI, qui n'eut jamais connaissance de cette coupable association, fit donc, sans le savoir, partie d'un ménage à quatre.


Las ! le duc de Touraine avait un confident, le marquis de Craon, auquel il contait par le menu tous les exploits amoureux qu'il accomplissait avec la reine.
Un jour, pour une raison que l'on ignore, le marquis trahit la confiance de son ami et révèla à Valentine Visconti que le duc était l'amant d'Isabeau bien avant que leur curieux accord ne fût conclu.
La jeune femme, fort chagrinée, fit, le soir même, des reproches à son mari qui, aussitôt, mit la reine au courant des bavardages de Craon.


- Qu'il soit chassé du palais ! s'écria-t-elle.

Averti de sa disgrâce, le marquis, furieux, jura de se venger et partit se réfugier chez son ami le duc de Bretagne.
Celui-ci, depuis longtemps, voulait la perte du connétable de Clisson, successeur de du Guesclin.


- C'est lui, j'en suis sûr, qui a dressé la reine contre vous, dit-il perfidement à Pierre de Craon.
Vous savez combien il et attiré par les femmes. Peut-être était-il jaloux de vous savoir admis dans cette cour d'amour sur laquelle on m'a rapporté maints détails piquants...
Le marquis baissa le front, un peu honteux.

- Je vous fais serment de l'occire (tuer) avant peu.


Un mois plus tard, le connétable de Clisson, qui sortait d'un dîner offert par le roi, était attaqué dans une rue du quartier Saint-Pol et laissé pour mort sur le pavé.
Charles VI l'aimait beaucoup ; il courut à son chevet.

- Connétable, comment vous sentez-vous ?
- Très petitement, sire !
- Qui vous a mis en ce parti (en cet état) ?
- Pierre de Craon et ses complices, traîteusement et sans nulle défiance
- Connétable, oncques chose ne fut si cher payée comme le sera celle-ci.


Le lendemain, le roi décidait d'organiser une expédition punitive contre le duc de Bretagne, chez qui s'était réfugié, une fois encore, le marquis de Craon.
Hélas ! au cours de cette expédition, un malheur terrible allait frapper la France
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Lun 28 Mar - 19:36

Quelques semaines plus tard, le 5 mai 1392, le roi quittait Vincennes à la tête de ses troupes.
Isabeau lui fit des adieux touchants.

- Je vous vois partir avec une grande navrance, messire, dit-elle, car je n'approuve point cette entreprise. Il serait plus doux à mon coeur de vous voir demeurer ici près.
Puis l'ayant embrassé, elle éclata en sanglots admirablement feints, bien qu'un peu bruyants, et murmura :

- Partez, puisque telle est votre volonté ; moi, je m'en vais prier pour vous.

Elle baisa encore, fort pudiquement, le duc de Touraine qui accompagnait son fère et, quand l'armée royale eut passé la poterne, elle rentra dans ses appartements où l'attendait son favori Bois-Bourdon.

- Belle journée, cher Bourbon, dit-elle en souriant.


C'était exprimer bien faiblement la joie immense qui l'enivrait.
Car elle savait qu'elle pouvait tout espérer de cette expédition. Trouvant peu sûr de se fier uniquement aux risques de la guerre pour se débarrasser de son mari - et reculant tout de même devant l'assassinat toujours dangereux - elle avait organisé une effrayante mise en scène destinée à frapper l'esprit défaillant du pauvre roi.

Depuis quelque temps, en effet, Charles VI montrait une nervosité assez inquiétante. A plusieurs reprises, on l'avait vu "faire des gestes indignes de la majesté royale", à cause d'un cri d'enfant ou parce qu'une porte s'était ouverte un peu trop brusquement.


Aussi, Isabeau avait-elle eu l'idée d'utiliser cette anxiété maladive pour achever de rendre fou le roi de France.
Un incident, dont elle avait réglé avec soin tous les détails, devait se produire en route et causer à Charles VI une telle frayeur qu'aucun médecin ne pourrait jamais l'en guérir.
Le duc de Touraine emportait à ce sujet des consignes précises, car c'est lui qui était chargé d'organiser l'incident.
Et la reine pensait avec volupté que, si l'affaire réussissait, elle pourrait enfin régner avec son jeune amant.


Tandis qu'Isabeau rêvait de tenir les rênes du pouvoir, la petite troupe, dirigée par le roi, marchait sur Saint-Germain-en-Laye où devait avoir lieu la première étape. Elle y arriva dans la soirée.

Acette époque, les expéditions guerrières prenaient souvent l'allure de promenade.
Charles VI, se trouvant bien en ce magnifique château d'où il pouvait voir les clochetons et les murailles de Paris, décida qu'il y resterait une quinzaine de jours.
Des fêtes eurent lieu, et le roi s'amusa grandement, oubliant quelque peu Craon, Clisson et le duc de Bretagne.


Avertie de ce qui se passait à Saint-Germain, Isabeau entra dans une violente colère et envoya au duc de Touraine un message secret l'enjoignant de faire pression sur le roi pour que le départ eût lieu promptement.
Le lendemain, l'armée royale quittait Saint-Germain et se dirigeait sur le Mans, que Charles VI atteignit au début de juillet.

Hélas ! à peine arrivé, il se mit à tenir des propos insensés et à courir dans les rues comme un enfant.
On eut beaucoup de mal à le rettraper, car il détalait "tel un homme qui eût été privé de rate".
Un médecin, appelé aussitôt, parla "d'empoisonnement, qui troublait la pensée du souverain".

- Qui donc, disait-on, serait assez criminel pour s'attaquer à l'esprit de notre gentil sire ?


Seul le duc de Touraine eût peut-être pu répondre.
Il s'en gardait bien, naturellement, tout occupé qu'il était à mettre à profit les trois semaines que devait durer la maladie du roi pour préparer minutieusement l'incident imaginé par Isabeau.

Lorsque tout fut au point, il dit à son frère que le temps était peut-être venu de reprendre la route. Et, le 5 août, le roi étant rétabli, l'armée royale quittait le Mans sous un soleil "âprement chaud".


Au moment où, ayant dépassé la léproserie Saint-Lazare, l'armée entrait dans la forêt du Mans, qui couvrait alors la rive droite de l'Huisne, un homme de haute taille, couvert de haillons, ayant la tête et les pieds nus, s'élança tout à coup vers le cheval de Charles VI. Se saisissant de la bride, il cria d'une voix terrible :

- Ne vas pas plus loin, noble roi, car tu es trahi !


"Alors, nous dit un chroniqueur, l'imagination du roi, déjà troublée, lui fit ajouter foi à ces paroles, et un nouvel incident acheva d'égarer ses esprits.
Un des hommes d'armes qui chevauchaient à ses côtés, se trouvant trop pressé dans la foule, laissa tomber à terre son épée. Au bruit de fer, le roi fut saisi tout à coup d'un accès de fureur ; dans son égarement, il tira son épée du fourreau et tua cet homme.
En même temps, il donna de l'éperon à son cheval et, prendant près d'une heure entière, il fut emporté de côté et d'autre avec une extrême rapidité, en criant :
"On veut me livrer à mes ennemis", et en frappant ses amis aussi bien que les premiers venus. Tout le monde fuyait devant comme devant la foudre.
"Pendant cet accès de fureur, le roi tua quatre hommes, entre autres, un fameux chevalier de Gascogne, nommé Polignac.
Il aurait causé de plus grands malheurs encore si son épée ne s'était brisée.

(Le destin est plein d'ironie. A l'endroit précis où le roi de France perdit la raison, se trouve actuellement l'asile d'aliénés du Mans.)

Alors, on l'entoura, on l'attacha sur un chariot et on le ramena au Mans pour lui faire prendre un peu de repos. Ses forces étaient tellement épuisée qu'il resta deux jours sans connaissance et privé de l'usage de ses membres.

Le duc de Touraine pensa alors que l'affaire avait réussi. Il fit tenir un message victorieux à Isabeau et attendit que son frère fût transportable pour rentrer à Paris.


Aussitôt, la reine donna à l'évènement une grande publicité, afin que Charles VI soit obligé de quitter le pouvoir.

- Un roi fou ne peut régner, déclarait-elle, en soupirant.

C'était aussi l'avis des anciens régents.

- Il faut mettre le duc de Touraine sur le trône, suggéra Isabeau (le fils d'Isabeau et de Charles VI était mort en bas âge).


- Point, répondirent les oncles de Charles VI qui avaient vu clair dans le jeu de la reine. Louis est encore trop jeune. Pour le moment, nous reprendrons la charge du gouvernement.
Isabeau était loin de s'attendre à cette réaction, elle fut prise d'une mauvaise colère qui lui fit venir des boutons sur le visage et la rendit malade pendant un mois.
L'affaire du Mans se soldait donc pour elle par un humiliant échec
.

Mais le roi était fou !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Lun 28 Mar - 20:08

Fin août, Charles VI fut mené, sur l'ordre de ses oncles, au château de Creil où il prit l'habitude de se tenir sur un petit balcon garni de barreaux de fer
(ce sont les grilles de balcon qui donnèrent naissance à la légende - rapportée par les manuels scolaires - suivant laquelle le roi avait été enfermé dans une "cage de fer".)


Au bout de quelques mois de silence et de solitude, Charles VI alla mieux, et son médecin lui pemit de revenir à Paris, en cet Hôtel Saint-Pol où la reine avait élu domicile. Là, il ne s'occupa plus que de fêtes et de plaisirs, laissant le soin des affaires de l'Etat aux mains de ceux qui ne demandaient d'ailleurs qu'à les diriger.

Isabeau ne décolérant pas depuis le tour que lui avaient joué les anciens régents, chercha un moyen de se débarrasser complètement du roi pour amener le duc de Touraine à monter sur le trône de façon certaine. C'est alors qu'elle eut, d'accord avec son amant, l'idée d'un crime effroyable.

Une de ses demoiselles d'honneur, Catherine de Fastavrin, s'étant remariée, le roi avait décidé de faire à celle-ci le charivari auquel avaient droit "toutes les veuves qui reprenaient époux".


Ce divertissement burlesque eut lieu le 29 janvier 1393, à l'hôtel Saint-Pol. Charles VI et neuf jeunes seigneurs de ses amis se déguisèrent en homme sauvages au moyen de vêtements formés d'une toile enduite de poix, à laquelle adhéraient des étoupes de lin en guise de poil.

( Déposition du favori d'Isabeau, Bois-Bourdon - Archives des Chartreux de Dijon. Procédure du Procès de Bois-Bourdon, 4è liasse, f°3 - :
"La reine, m'ayant fait venir, me fit part du complot qu'elle avait formé contre les jours du roi, dans le bal qu'elle donnait pour le mariage de l'une de ses filles d'honneur avec un gentilhomme de Normandie. Il s'agissait d'abord d'employer des venins dans les rafraichissements que l'on servirait au monarque, mais ayant représenté à la reine que l'obligation de s'adresser à quelqu'un pour s'en procurer pouvait devenir dangereuse et que je me ferais soupçonner moi-même si je m'en chargeais, elle changea tout à coup d'idée et proposa le déguisement des sauvages, vêtus de matières combustibles auxquelles le frère du roi mettrait le feu.)


Tandis que tout le monde dansait une "sarrasine", "accompagnée de gestes obscènes et grotesques", le duc de Touraine, obéissant encore une fois à la reine Isabeau, fit tomber une torche sur les "sauvages".
Il y eut un cri épouvantable, et, en un instant, les dix danseurs furent en feu. Emprisonnés dans la poix et le lin embrasé, ils se tordaient en hurlant.


Charles VI eût sans doute péri comme quatre de ses compagnons, sans la présence d'esprit de la jeune duchesse de Berry qui se précipita sur llui et le recouvrit entièrement de ses jupes. Ce geste, qui "en toute autre occasion, nous dit un historien, eût été mal interprété", étouffa les flammes et sauva le roi d'une mort atroce.
Cette fois encore, Isabeau et son amant avaient raté leur coup
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Sam 2 Avr - 19:51

Son déguisement de sauvage ayant été presque entièrement brûlé, le souverain sortit à demi nu de dessous les jupes de la duchesse de Berry.

Il était très calme, et son regard avait même quelque chose d'extatique qui étonna l'assistance. Il murmura en souriant :

- Les jolies flammes ! Elle couraient sur le bal tout à l'heure, où sont-elles ?


Quelques amis, fort peinés de constater que la folie obscurcissait sa pensée au point de l'empêcher de voir à quel danger il venait déchapper, l'entraînèrent rapidement hors de la salle de danse.
Ils voulaient le conduire dans sa chambre ; Charles les repoussa et courut vers l'appartement de la reine.
Celle-ci, dès les premières flammes, s'était enfuie, persuadée que le roi allait périr, et elle attendait, assise sur son lit, qu'on vînt lui annoncer qu'elle était veuve
Lorsque Charles VI apparut hilare, elle s'évanouit.


Rapidement ranimée, elle déclara que cette syncope avait été causée par une joie trop grande.
En réalité, elle était complètement effondrée.
Tout s'écroulait encore une fois. Il lui fallait chercher un autre moyen de se débarrasser du roi.


Contrairement à ce que certains historiens ont prétendu, cette soirée tragique n'amena aucune aggravation dans l'état de santé de Charles VI.
Emerveillé plus qu'effrayé par les flammes, il conserva de l'incendie un excellent souvenir.


Malheureusement, le 15 juin 1394, le pauvre souverain eut une rechute et, nous dit un chroniqueur, "son esprit se couvrit de ténèbres épaisses".
Il sombra dans une sorte d'abattement coupé de crises terribles pendant lesquelles il perdait complètement la notion de sa personnalité.
Dans ces moments là, il prétendait n'être pas marié et n'avoir jamais eu d'enfants.
Il affirmait aussi qu'il s'appelait Georges et que ses armoiries étaient un lion traversé d'une épée.
Idée bizarre qui le conduisait à gratter frénétiquement ses véritables armoiries lorsqu'il les apercevait sur un mur ou sur la vaisselle.

Parfois, il dansait de façon grotesque.
A d'autres moments, ses familiers le rencontraient, courant à perdre haleine, dans les couloirs de l'hôtel Saint-Pol :

- Je suis poursuivi, criait-il, tuez-les !


Un jour, au cours d'une crise particulièrement grave, il alla se coucher sur son lit. Aux princes qui vinrent le voir, accompagnés d'un médecin, il hurla :

- N'approchez pas et ne me touchez pas, vous me casseriez !
Il se croyait en verre.

Dès lors, pour éviter d'être brisé par ses amis, il exigea qu'on le bardât d'attelles de fer.

Puis il se prit de dégoût et même de haine pour Isabeau. Lorsqu'il la voyait, il entrait dans une grande fureur et criait :

- Quelle est cette femme dont la vue m'obsède .
Sachez si elle a besoin de quelque chose et délivrez-moi comme vous pourrez de ses persécutions et de ses importunités, afin qu'elle ne s'attache pas à mes pas.


A plusieurs reprises, il voulut la battre, ce qui déplut à Isabeau, "pour ce que la reine, nous dit un historien, n'était pas d'une classe où les femmes ont coutume d'être battues".

Elle quitta alors l'hôtel Saint-Pol pour aller s'installer avec son amant, le duc de Touraine, en l'hôtel Barbette, qu'elle avait acheté pour mener en toute tranquillité sa vie sacandaleuse.

Et le pauvre roi demeura seul avec ses angoisses, ses visions étranges et ses fantômes.


De temps à autre, pourtant, il recevait la visite de sa belle-soeur, la jolie Valentine Visconti, pour laquelle il conservait un "tendre sentiment". Lorsqu'il la voyait entrer dans sa chambre, son regard brillait, et lui lui tendait les bras, comme un enfant.

- Comme elle est belle ! disait-il.
Et il lui baisait les lèvres.

Témoignage de tendresse que la charmante Milanaise acceptait volontiers, en souvenir du temps, bien proche, où le roi était son amant...

Hélas ! un jour, le duc de Touraine, sur l'ordre de la reine, envoya Valentine à Châteauneuf-sur-Loire, et Charles vécut délaissé de tous.


Pendant six mois, il ne reçut aucun soin de personne. Croupissant dans la crasse, il ne songeait pas à changer de linge et eut bientôt le corps rongé de vermine.
Couvert de pustules, la barbe inculte, les ongles longs, pâle et maigre, il finissait par ressembler au vieillard halluciné de la forêt du Mans.
Des heures durant, il errait dans les couloirs, parlant seul ou se disputant avec des personnages invisibles.

Tandis que le roi de France promenait lamentablement ses haillons pouilleux dans les salles de l'hôtel Saint-Pol, Isabeau menait une vie fort agréable et fort joyeuse en son hôtel Barbette.

Pourtant, les fêtes galantes et les nuits chaudes ne lui faisaient pas oublier ses buts ambitieux.
Un soir, sachant que Charles VI était dans une période calme, elle alla le voir, lui parla doucement, accepta de s'étendre avec lui sur un lit, malgré la saleté repoussante des draps, et lui suggéra, entre deux étreintes, d'augmenter l'apanage du duc de Touraine, en détachant le duché d'Orléans du domaine royal.

Le roi accepta, et son frère devint duc d'Orléans, titre sous lequel nous le désignerons désormais.



Cette petite victoire, on s'en doute, ne suffisait pas à Isabeau. Elle voulait que son amant montât purement et simplement sur le trône, à la place de Charles VI, sachant bien que le jeune homme, qui lui était tout dévoué, la laisserait régner à sa guise.

Longtemps, elle chercha un moyen de se débarrasser de son mari. L'assissinat lui étant interdit, à cause de la surveillance étroite dont elle était l'objet de la part des oncles régents, elle finit par avoir une idée démoniaque : faire mourir de luxure le pauvre Charles VI
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Dim 3 Avr - 17:05

Elle choisit la fille d'un marchand de chevaux, une adolescente jeune et belle, appelée Odette de Champdivert, et l'amena à l'hôtel Saint-Pol en lui donnant pour mission d'épuiser le roi.

A cet effet, elle lui avait enseigné, nous-dit-on, "toutes manières de besogner, pour qu'il y prît un tel gaudissement qu'il s'en soulât et vînt plus vite à fin".

Le roi fut naturellement ravi d'avoir cette charmante et experte jeune fille dans son lit. Il s'attacha à elle et l'aima d'un amour exclusif, extravagant et jaloux.


De son côté, Odette de Champdivert, que le peuple devait surnommer la petite reine, se prit bien vite d'une tendre pitié pour le malheureux souverain.
Après l'avoir rendu propre, elle chercha à le distraire de ses idées fixes.

Depuis quelques temps, un jeu bizarre avait été introduit en France. Il venait, disait-on, de l'Orient, et les Sarrasins l'appelait naïb.
Il s'agissait de morceaux de cartons sur lesquels étaient dessinés des figures et des signes. Odette apprit les règles de ce jeu et les enseigna à Charles VI.
Enthousiasmé, le roi demanda aussitôt à un artiste dont il appréciait le talent, Jacquemin Gringonneur, de redessiner les cartons (ou cartes) afin que les figures en fussent jolies.

Ce travail lui fut livré quelques semaines plus tard, pour la somme de cinquante-six sols parisis, ainsi qu'en fait foi cette note sur le livre de comptes du Poupart , argentier du roi : "donné à Jacquemin Gringonneur, pour trois jeux de cartes à or et à diverses figures, de plusieurs devises, pour porter devers le dict seigneur roy pour son esbatement, cinquante-six sols parisis".

Ce sont les personnages de ces cartes richement enluminées qui donnèrent naissance aux rois, reines et valets que nous connaissons.


Charles VI et Odette passèrent, dès lors, des journées entières à jouer aux cartes.

- Si je gagne, disait le roi avant chaque partie, nous irons nous aimer.

Et Odette perdait - à la foi par amour et pour obéir aux ordres de la reine Isabeau.

Mais Charles VI, malgré ces excès amoureux, ne manifestait aucune fatigue particulière, et Bois-Bourdon s'en inquiéta, trouvant que les choses n'allaient pas assez vite.

Isabeau calma l'impatience de son favori :

- Il y aurait, je le sais, dit-elle, des moyens plus prompts, mais outre les conséquences que nous avons reconnues, j'ai pensé qu'il valait mieux que cet homme vécut encore quelque temps.
Le duc d'Orléans et moi avons besoin de ce fantôme. Laissons faire celle qui me représente !

Après quoi, le duc d'Orléans étant en voyage, elle entraîna félinement Bois-Bourdon dans ses appartements...


La folie de Charles VI était coupée de courtes périodes de lucidité pendant lesquelles le souverain reprenait une activité presque normale. Mais, au bout de quelques jours, au milieu d'un conseil ou d'une réception d'ambassadeurs, on le voyait soudain frémir comme s'il eût été "piqué de mille pointes de fer" et détaler dans les couloirs en "hurlant tel un damné".

Ces rechutes incompréhensibles, à une époque où l'on ignorait tout des maladies mentales, étonnaient beaucoup les familiers de l'hôtel Saint-Pol.

Un soir, à la fin d'une de ces périodes de rémission, le pauvre souverain, sentant que la folie le regagnait, éclata en sanglots et dit aux princes qui l'entouraient :


- Au nom de Jésus, s'il en est parmi vous qui soient complices du mal que j'endure, je les supplie de ne point me torturer
Ces étranges propos furent connus rapidement du menu peuple parisien qui les commenta à sa façon :

- Voilà bien la preuve, dirent les braves gens, que la maladie du roi n'est pas naturelle.

Et certains, qui étaient fort écoutés à cause de leur bon sens ou simplement parce qu'ils tenaient une taverne, donnaient volontiers leur avis sur la question :

-Croyez-moi, disaient-ils, une démence aussi bizarre ne peut venir que de philtres propres à embrumer les esprits. Lorsque les fumées vénéneuses de ces maléfiques enchantements se dissipent, messire Charles retrouve pour quelque temps son calme et son sain jugement des choses. Puis quelqu'un lui verse de nouveau quelques gouttes d'un breuvage empoisonné, et il replonge dans la folie.

- Quelqu'un ? Mais qui donc, mon compère ? demandaient les braves gens en clignant de l'oeil droit.
- Bah ! répondaient les autres en clignant de l'oeil gauche, certaines personnes qui peut-être voudraient régner à la place de notre gentil sire.
- Le ciel nous a donné une fière putain, concluaient les braves gens. Elle et son amant conduiront le royaume à la ruine.

La reine et le duc d'Orléans s'affichaient, en effet, avec si peu de pudeur que personne n'ignorait plus leur liaison.


Au début de 1405, ils passèrent plusieurs jours ensemble au château de Saint-Germain et se conduisirent publiquement d'une façon tellement scandaleuse que le bruit de leurs débauches se propagea dans tout le royaume.
Quelques temps après, ils se rendirent à Melun, où ils demeurèrent deux mois entiers à festoyer gaiement sans chercher le moins du monde à cacher leur intimité.

Cet étalage impudent de luxe et de vice, au moment où des millions de Français, accablé d'impôts, n'avaient pas de quoi manger, mécontenta le peuple.


On commença à gronder sérieusement contre Isabeau et contre Louis d'Orléans, les accusant tous deux de dilapider le trésor royal. Un chroniqueur s'est d'ailleurs fait l'écho de cette colère populaire :
"Indifférents à la défense du royaume, écrit-il, la reine et le duc mettaient toute leur vanité dans les richesses, toute leur jouissance dans les délices du corps ; ils oubliaient tellement les règles et les devoirs de la royauté qu'ils étaient devenus un objet de scandale pour la France et la fable des nations étrangères."

Isabeau, qui faisait emprisonner tous ceux qui tenaient des propos désobligeants sur sa conduite, allait bientôt subir un blâme public.


A l'occasion des fêtes de l'Ascension, en effet, un moine augustin nommé Jacques Legrand, prêchant à la chapelle du palais, lui adressa la parole d'une incroyable sévérité :

- Je voudrai noble reine, ne rien dire qui ne vous fût agréable, mais votre salut m'est plus cher que vos bonnes grâces. Je dirai donc la vérité, quels que doivent être vos sentiments à mon égard. La déesse Vénus règne seule à votre Cour. L'ivresse et la débauche lui servent de cortège et font de la nuit le jour, au milieu des danses les plus dissolues. Ces maudites et infernales suivantes, qui assiègent sans cesse votre Cour, corrompent les moeurs et énervent les coeurs. Partout, noble reine, on parle de ces désordres et de beaucoup d'autres qui déshonorent votre Cour. Si vous ne voulez m'en croire, parcourez la ville sous le déguisement d'une pauvre femme et vous entendrez ce que chacun dit.


C'était la première fois que de tels reproches étaient lancés publiquement à la face d'une reine, et il se trouva, bien entendu quelques courtisans pour s'en offusquer.
Dès la sortie de l'église, plusieurs dames, qui avaient participé aux nuits chaudes d'Isabeau, manifestèrent leur mécontentement, disant qu'elles étaient fort surprises qu'un prédicateur eût osé parler ainsi devant le peuple des désordres des grands.

Le moine avait la répartie prompte :

- Et moi, leur répondit-il, je suis encore bien plus surpris que vous ayez l'effronterie de les commettre !

Les dames baissèrent le nez et s'en allèrent sans rien dire.


Mais certains princes, voulant que le prédicateur fût puni de sa hardiesse, allèrent dire à Charles VI que la reine avait été offensée en public. Le roi les écouta avec beaucoup d'attention et leur demanda en quels termes Jacques Legrand s'était adressé à Isabeau. Un des courtisant crut bon de lui citer quelques passages du sermon.
En apprenant que la reine avait été traitée de débauchée et comparée à Vénus elle-même, Charles VI manifesta une grande satisfaction.

- Quel bon moine ! fit-il. Je veux le connaître.
Et tandis que les princes se retiraient furieux, le roi décidait que Jacques Legrand prêcherait devant lui, le jour de la Pentecôte
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
JEAN



Nombre de messages : 1701
Date d'inscription : 10/12/2008

MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Dim 3 Avr - 18:10

study
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Dim 3 Avr - 20:28

Prenez exemple sur JEAN. Regardez comme il est concentré sur sa lecture !...... Very Happy



Toute la Cour attendit ce jour avec une grande anxiété. Lorsqu'il arriva, le roi, la reine et les ducs de France se rendirent à l'église. La première partie de la messe, ainsi qu'on l'imagine, fut suivie distraitement par la plupart des fidèles qui n'étaient venus que pour assister à un scandale...
Enfin, le moine monta en chaire.
Il avait pris pour thème : "L'Esprit-Saint vous enseignera toute vérité".
Pendant les premières minutes, il déçut un peu so auditoire en se réjouissant de la venue du Saint-Esprit ; mais ce n'était que manière de préambule, car, changeant brusquement de ton, il parla, en termes violents de la débauche des princes, condamna les moeurs de la Cour et s'éleva avec force contre les vices de ceux qui étaient à la tête des Etats.


"A peine le roi eut-il entendu ces choses, nous dit un chroniqueur, qu'il se leva et vint se placer en face du religieux.
Tout autre eût été intimidé par la vue d'un si grand prince. Mais lui n'en montra que plus de résolution. Il continua son discours et, adressant la parole au roi lui-même, il lui dit qu'il devait prêter une sérieuse attention à ce qu'il venait d'entendre.
"Il signala ensuite une personne, sans la désigner autrement que par le titre de duc, qui avait montré dans sa jeunesse les plus heureuses dispositions, mais qui, depuis, s'était attiré les malédictions du peuple par toutes ses débauches et sa cupidité".

Devant les fidèles stupéfaits, le roi applaudit la franchise du courageux moine. Quant à Isabeau, elle rentra chez elle dans un état de fureur qui l'obligea à se mettre au lit.


Le lendemain, elle donna l'ordre de faire arrêter Jacques Legrand, mais le roi, qui était décidément dans une période de lucidité, avait pris le moine sous sa protection. La reine en fut mortifiée, et son caractère, nous dit-on, s'en trouva aigri.

Les attaques lancées contre elle et contre le duc d'Orléans n'étaient d'ailleurs pas ses seuls sujets de soucis.
Depuis quelque temps, elle savait que son bel amant la trompait avec de nombreuses dames de la Cour, de la ville et même de la rue.


Très séduisant, beau parleur, le duc d'Orléans, qui avait alors trente-quatre ans, rendait nerveuses toutes les femmes qu'il approchait, et ses contemporains racontaient qu'il avait "un anneau dont le contact avait la vertu de fasciner les dames et de les soumettre sans obstacle à ses désirs impurs".
Il parlait d'ailleurs lui-même de ses exploits amoureux avec une extrême fatuité :

- Je tiens, disait-il, de la plus grande jusqu'à la plus petite qui soit au monde, qu'elle ne se plaigne de moi.


A aucun moment, ni la reine ni Valentine n'avaient donc eu le privilège de ses hommages.
Mais Isabeau, bien qu'elle eût trompé sans aucun scrupule tous ses amants, n'imaginait pas qu'on pût lui être infidèle.

Or, un jour, une histoire qui courait Paris lui fut rapportée, et elle dut se rendre à l'évidence, elle était cornette comme une simple bourgeoise.


Voici comment Brantôme nous conte cette piquante anecdote qui ouvrit les yeux d'Isabeau sur son infortune :
"Louis d'Orléans étant couché avec une fort belle et grande dame, le mari de celle-ci vint en sa chambre pour lui donner le bonjour. Vite, rabattant le draps sur la tête de la dame, il lui découvrit tout le corps, le faisant voir tout nu et toucher à son bel aise par le mari, avec défense expresse, sur la vie, de n'ôter le linge du visage, ni la découvrir autrement, à quoi il n'osa contrevenir.
A plusieurs reprises, le duc d'Orléans demanda au mari ce qui lui semblait de ce beau corps tout nu ; l'autre en demeura tout éperdu et grandement satisfait. Alors le duc lui bailla congé de sortir de la chambre, ce que fit le mari sans avoir jamais pu connaître que ce fût sa femme."


Et Brantôme interrompt un instant son récit pour faire la réflexion suivante :

"S'il l'eût auparavant et bien regardée toute nue, comme plusieurs que j'ai vues, il l'eût reconnue à plusieurs détails. Ce qui prouve qu'il fait bon les visiter quelquefois par le corps."


Puis il continue :

"Lorsque le mari fut parti, la dame fut interrogée par le duc d'Orléans, qui lui demanda si elle avait eu l'alarme et peur. Je vous laisse à penser ce qu'elle en dit, et la peine, et l'altère en lesquelles elle fut en l'espace d'un quart d'heure, car il ne fallait qu'une petite indiscrétion ou la moindre désobéissance que son mari eût commise pour lever le drap. Mais M. d'Orléans lui dit qu'il l'eût tué aussitôt pour l'empêcher du mal qu'elle eût pu craindre.
"Et le bon fut que ce mari, étant la nuit d'après couché avec son épouse, lui dit que M. d'Orléans lui avait fait voir la plus belle femme nue qu'il vît jamais, mais quant au visage qu'il n'en savait que dire, car il lui avait interdit de regarder.
"Je vous laisse imaginer, ajoute Brantôme, ce qu'en pouvait dire la dame dans sa pensée..."


Or cette galante dame, qui s'appelait Mariette d'Enghien, avait donné trois ans auparavant (sans que son mari, Aubert de Cany, en sût rien, bien entendu), un gros garçon au duc d'Orléans. Un gros garçon qui trottinait pour l'instant chez une nourrice tourangelle, sans se douter qu'il était appelé à jouer un rôle important dans l'histoire du royaume de France, sous le nom de Louis Dunois ou, mieux, de "bâtard d'Orléans"...
Car l'amour fait parfois bien les choses
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
JEAN



Nombre de messages : 1701
Date d'inscription : 10/12/2008

MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Lun 4 Avr - 17:47

Quelle énergie ! Je suis à peine pour lire !!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Lun 4 Avr - 18:40

La liaison de la reine et du duc d'Orléans, si elle scandalisait le peuple, mécontentait bien plus encore les ambitieux qui eussent voulu profiter de la maladie de Charles VI pour obtenir les titres et privilèges qu'ils convoitaient.

Parmi ceux-ci, Jean sans Peur, duc de Bourgogne et cousin du roi, était le plus exaspéré.

Dépourvu de scrupules, animé par le désir insensé de gouverner la France, il était prêt à tou, même à devenir l'allié des Anglais, pour se débarrasser de ceux qui le gênaient sur la route du pouvoir.

Son principal ennemi était, naturellement, le duc d'Orléans, son cousin, dont il connaissait l'activité secrète.


Il l'attaqua pendant plusieurs années dénonçant ses dépenses excessives et protestant hautement contre son luxe "au moment où moult petites gens étaient écrasés sous l'impôt et réduits à famine".

Cette attitude le rendit, bien entendu, fort populaire dans le royaume "et ce, au détriment désagréable de la reine et de son favori, qu'on n'appelait plus que les deux pillards du trésor".

Isabeau, furieuse, commença par haïr de toutes ses forces de jeune ambitieux qui osait se mettre en travers de ses projets. Puis elle s'aperçut qu'il était habile homme, rusé, brave et cent fois plus vicieux que le duc d'Orléans.


Avec un amant de cette trempe, elle pouvait arriver plus sûrement aux buts qu'elle s'était fixés. Elle décida donc de remplacer Louis (dont, par ailleurs, elle commençait à se lasser) par le duc de Bourgogne.

Encore fallait-il séduire ce terrible garçon. Elle se mit aussitôt au travail, pensant n'avoir qu'un geste à faire pour l'amener tout tremblant dans son lit.
L'affaire ne fut pas aussi facile, car le Bourguignon se méfiait de la trop aguichante reine et trouvait toujours mille raisons pour décliner les invitations pressantes qu'elle lui envoyait.
Enfin, au moment où elle commençait à s'impatienter, son amant lui apporta fort opportunément un secours inattendu.


Un jour, dans un banquet où se trouvait Jean sans Peur, le beau et glorieux duc d'Orléans se vanta de posséder chez lui les portraits des plus belles dames dont il avait acquis les faveurs. Alléché, le duc de Bourgogne alla rendre visite à son cousin. La première chose qu'il vit en entrant fut une peinture représentant sa femme, Marguerite de Hainaut.

Il ne dit rien, mais, sa visite finie, il s'en fut tout courant chez la reine.

- Madame, lui dit-il, pour ce que vous pensiez être seule dans le coeur du duc d'Orléans, vous vous esjoyiez (vous étiez joyeuse), or on m'a fait savoir qu'une rivale vous est venue, dont j'ai été fort déplaisant, parce que cette rivale est mon épouse. Il nous faut, Madame, nous venger ensemble.
Et il lui démontra que Louis d'Orléans devait mourir.
Isabeau versa quelques larmes dont Jean sans Peur fut troublé. Puis sûre de son charme, elle parla longuement en le considérant dans les yeux, et il se prit à l'aimer.


Quand elle eut fini son discours, il se jeta à ses pieds et lui baisa les mains.

- Je vous adore, murmura-t-il.

La reine prit alors son plus bel air hypocrite et dit au malheureux qui venait de se rendre sans combattre :

- Ah ! monsieur, vous ne paraissiez pas plutôt à la Cour que mes liens avec Orléans ne tenaient plus qu'au besoin que j'avais de lui.

Ensuite de quoi, elle retint le duc à souper chez elle et à passer la nuit "en une occupation propore à sceller l'amitié"...


Dès le lendemain, Jean sans Peur entreprit les préparatifs du meurtre qui avait été décidé avec la reine.
Après avoir chargé un Normand, Raoul d'Octonville, de réunir quelques hommes de main, il loua secrètement une maison, située non loin de l'hôtel Barbette où habitait Isabeau, et, bientôt, dix-huit personnages fort peu recommandables vinrent s'y installer secrètement dans l'attente d'un ordre.


Pendant que le guet-apens, dans lequel le duc d'Orléans devait périr, s'organisait ainsi peu à peu, Jean sans Peur pensa qu'il serait bon d'endormir la méfiance de son rival ; et il se réconcilia publiquement et solennellement avec lui.
Au cours d'une entrevue, les deux cousins se jurèrent "vraie fraternité d'armes ensemble par spéciales convenances sur ce faites, laquelle chose doit de droit emporter telle et si grande loyauté, comme savent tous nobles hommes"..
Puis il échangèrent le collier de leurs ordres et burent le vin à la même coupe.

Pendant six jours, on les vit se donner mille témoignages d'amitié, et, le dimanche 20 novembre 1407, ils assistèrent à la messe côte à côte et communièrent ensemble.

Or, depuis longtemps, tout était prêt, et le meurtre décidé pour le mercredi suivant.


Ce jour là, le duc d'Orléans était allé voir la reine qui lui avait demandé de passer la soirée avec elle.

Bois-Bourdon, confident de toutes les intrigues, était caché dans un cabinet voisin de la chambre où les deux amants se trouvaient. Il les entendit parler longuement.
La reine reprocha à Louis son inconduite ; mais en termes si doux que le duc sollicita son pardon, et l'obtint.
Isabeau poussa alors l'ignominie jusqu'à accepter les caresses de cet homme qu'elle allait, l'instant d'après, envoyer à la mort.

Tout à coup, un grand bruit se fit entendre dans l'hôtel.

- Qu'est ceci ? demanda Louis, encore en désordre.

Un homme entra dans la pièce, et le duc d'Orléans reconnut Schaz de Courtheuse, valet de chambre de Charles VI.

- Monseigneur, dit Schaz, le roi vous mande que sans délai vous alliez devers lui. Il a à vous parler hâtivement, pour des choses qui grandement vous touchent.


Le duc paraissant hésitant, la reine lui caressa l'épaule :

- Allez... Allez, beau-frère, je vais vous attendre jusqu'à matines. Vous reviendrez me dire ce que vous veut le roi.

Alors Louis fit amener sa mule devant le perron et, saluant la reine qui lui adressa un gentil signe de la main, il se disposa à se rendre à l'hôtel Saint-Pol.

Il faisait nuit noire. Devant le duc qui s'avançait en chantonnant au pas tranquille de sa monture, trois valets portaient des flambeaux. A côté d'eux se trouvaient, en guise d'escorte, deux écuyers montés sur le même cheval.


Le cortège arriva bientôt devant la maison qu'avait louée Jean sans Peur. Les dix-huit homme de Raoul d'Octonville s'étaient rangés dans l'ombre de chaque côté de la rue, prêts à bondir.

En s'approchant, le cheval des écuyers les sentit. Il fit soudain un brusque écart et s'élança au galop dans la nuit, sans que les deux hommes qui le montaient puissent le retenir.
Tout alors se passa très vite : Raoul d'Octonville s'élança sur le duc et lui porta un violent coup de hache.

Louis crut avoir affaire à de vulgaires voleurs ; il s'écria :

- Je suis le duc d'Orléans !
- C'est ce que nous demandons ! répondit d'Octonville.
Et il assena au frère du roi un second coup de hache.


Aussitôt, les dix-huit hommes se jetèrent sur lui et le frappèrent à coups d'épée, de masse et de pique jusqu'à ce que sa cervelle jaillisse sur le pavé.

Un des pages du duc, Jacob de Merre, qui s'était jeté au-devant de son maître pour le protéger, fut renversé et tué sans avoir eu le temps d'appeler à l'aide. Les autres s'enfuirent terrifiés.

Au bruit que faisaient les hommes de Raoul d'Octonville en s'acharant contre le duc d'Orléans, dont le corps n'était déjà plus qu'une loque sanglante, des habitants de la rue Barbette s'éveillèrent et parurent aux fenêtres.

Mais ils n'eurent pas le loisir de dire un mot, car une volée de flèches les força à rentrer chez eux.


Pourtant, Jaquette Griffard, la femme d'un cordonnier raconta plus tard qu'elle avait pu voir un homme de grande taille et coiffé d'un chaperon vermeil rabattu sur les yeux, s'approcher du duc d'Orléans étendu dans une flaque de sang et le pousser du pied en disant

- Il est mort ! Eteignons tout et allons-nous-en.

Tous les assassins montèrent alors à cheval et s'en allèrent promptement, après avoir mis le feu à la maison de Jean sans Peur, pensant probablement que l'incendie pourrait provoquer dans le quartier un désordre propre à favoriser leur fuite.


Dès qu'ils eurent disparu, la foule descendit dans la rue et découvrit le corps du duc d'Orléans.

- Il faut prévenir la reine, dit quelqu'un.

Lorsqu'on vint lui annoncer le malheur qui était arrivé à son favori, Isabeau joua à merveille la comédie de la douleur. Elle sanglota en se tordant les bras, puis se fit porter à l'hôtel Saint-Pol pour apprendre la nouvelle au roi et demander justice contre les assassins.


Charles était en trains de jouer aux cartes avec Odette de Champdivert. Il parut faire un effort pour bien comprendre ce qu'on lui disait. Puis il prit sa tête dans ses mains :

- Mon frère, mon bon frère, dit-il, pouquoi les méchants l'ont-ils tué ? Il faut les arrêter !

Le lendemain, le corps du duc d'Orléans était conduit à l'église des Blancs-Manteaux. Derrière le cercueil, Jean sans Peur suivant en pleurant
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Lun 4 Avr - 21:02

Sur l'ordre du roi, qui voulait faire arrêter sans retard les meurtriers de son frère, le Conseil s'assembla au Louvre.

Après une discussion fort animée, les princes, parmi lesquels se trouvait Jean sans Peur, arrivèrent à cette conclusion qu'une femme, sans doute, était à l'origine de ce meurtre. Vite, on fit effectuer une petite enquête et l'on pensa que l'assassin pouvait être le sire de Cauny, dont le duc d'Orléans avait pris l'épouse.

Des gardes allèrent sur-le-champ quérir le brave homme qui, très étonné de l'aventure, vint raconter au Louvre ses malheurs conjugaux avec un luxe de détail qu'on ne lui demandait pas, mais que ces messieurs écoutèrent sans protester - sans sourciller non plus, d'ailleurs, montrant même à certains moments, un oeil un peu plus brillant que ne l'eussent exigé les circonstances...


Questionné enfin sur le meurtre du duc d'Orléans, le sire de Cauny fournit un alibi indiscutable, et l'on s'aperçut que brave homme avait été dérangé pour rien.

Alors le Conseil demeura fort perplexe, ne sachant plus dans quelle direction lancer les enquêteurs.

On en était là lorsque le prévôt des marchands (qui avait les fonctions de lieutenant de police) vint informer les princes d'un fait curieux : la nuit du meurtre, des Parisiens avaient entendu un groupe d'hommes mystérieux entrer, avec des précautions insolites, dans l'hôtel de Bourgogne.

- Cet hôtel est le seul que mes gardes n'aient pu visiter, ajouta-t-il. Les grilles en sont obstinément closes.


Tout porte donc à croire que les assassins s'y trouvent cachés.
Le duc de Berry et le duc de Bourbon se tournèrent vers Jean sans Peur et le virent pâlir. Il s'établit alors dans la salle un silence lourd que personne n'osa rompre.
Tous les yeux étaient fixés sur le duc de Bourgogne qui semblait en proie à de terribles tourments. Il se leva tout à coup et s'en alla, titubant presque, jusqu'à l'embrasure d'une fenêtre. Il était si pâle que le duc de Berry bondit pour le soutenir.

Jean sans Peur se pencha vers son oncle et lui dit :

- C'est moi qui ai ordonné ce meurtre, mais je ne sais comment cela s'est fait. Il faut que le diable m'ait tenté et surpris.
- Ah ! murmura le duc de Berry en pleurant, je perds aujourd'hui mes deux neveux.


Bien que tous les membres du Conseil eussent parfaitement compris ce qui venait de se passer, Jean sans Peur quitta la salle sans être inquiété.
Chacun hésitait, naturellement, à faire éclater le scandale.

Rentré chez lui, le duc de Bourgogne donna des instructions à ses hommes de main pour qu'ils pussent s'échapper, et passa la nuit à rédiger un manifeste destiné à justifier sa conduite.
Enfin, il quitta Paris à l'auble du 26 novembre 1407, accompagné de six cavaliers auquels il ordonna de couper le pont Sainte-Maxence pour retarder la marche de ceux qui le poursuivaient.
Pendant qu'il galopait, la reine apprit en frémissant ce qui s'était passé au Conseil.


Elle méprisa Jean pour sa faiblesse, mais lui sut gré de sa discrétion. Il n'avait pas prononcé, en effet, un seul mot susceptible de laisser soupçonner la complicité d'Isabeau.
Aussi, tout en manifestant ostensiblement une grande colère contre le duc de Bourgogne, qu'elle traitait de "lâche fratricide", fit-elle en sorte que les cavaliers chargés de l'arrêter ne partent pas tout de suite.

Jean sans Peur ne fut donc pas rejoint.


Le scandale tant redouté n'en éclata pas moins, car la nouvelle s'était propagée, et tout Paris sut bientôt que le duc d'Orléans avait été assassiné sur l'ordre de son cousin.

Il se fit alors dans l'esprit du peuple un revirement curieux : on oublia les vices, les exactions et le luxe insolent de la victime pour ne se souvenir que de ses rares qualités, et l'on plaignit la duchesse d'Orléans qui demandait justice au nom de ses enfants.


Prudent, Jean sans Peur demura quelque temps en Flandres, tandis qu'Isabeau, qui connaissait la versatilité du peuple, faisait faire ce que nous appellerions aujourd'hui "une habile propagande en sa faveur".
Six mois plus tard, elle l'informait qu'il pouvait revenir à Paris.


Il se mit en route avec mille hommes d'armes. Les Parisiens, qui avaient été sensibles aux arguments des agents d'Isabeau, ne lui en voulaient plus du tout. Ilsl'accueillirent même avec des acclamations si enthousiastes que la duchesse d'Orléans, fort mécontente, quitta la Cour et retourna en son château de Blois.

Les oncles du roi, ne comprenant rien à ce revirement, se révoltèrent contre la présence de Jean sans Peur dans la capitale. Ils insistèrent pour que Charles VI ordonnât son arrestation ou son expulsion ; mais le pauvre malade, qui subissait alors quotidiennement l'influence insidieuse d'Isabeau, repoussa leurs conseils.
Quelques jours plus tard, il autorisa même le duc de Bourgogne à justifier sa conduite en audience publique.


Le peuple de Paris put alors entendre le meurtrier du duc d'Orléans outrager la mémoire de sa victime et conclure en affirmant que le crime qu'il avait commis était une action louable et un service rendu à l'Etat.

Naturellement, la duchesse d'Orléans et son fils Charles protestèrent, menaçant le duc de Bourgogne de lever une armée pour le chasser de Paris, si le roi ne jugeait pas bon de le faire lui-même.


A partir de ce jour, le royaume se trouva déchiré : il y eut, d'un côté, ceux qui approuvaient le duc de Bourgogne et, de l'autre, ceux qui soutenaient la duchesse d'Orléans.
Ainsi, la France se divisait au moment précis où le roi d'Angleterre s'apprêtait, après une trêve de trente-cinq ans, à reprendre les hostilités
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
JeanneMarie



Nombre de messages : 2390
Date d'inscription : 09/12/2008

MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Mar 5 Avr - 11:12

Marrant une femme qui s'appele Jaquette !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: clovis et clotilde   Mer 6 Avr - 13:38

En un instant, tout le pays fut sous les armes. Les partisans du duc de Bourgogne prirent pour insigne la croix de Saint-André brodée sur une écharpe rouge, les autres, que commandaient le duc de Berry et le duc de Bourbon, sedistinguèrent par une écharpe blanche dont un de leur bras était enveloppé.

Le roi, dans un éclair de bon sens, vit le danger et ordonna aux princes ligués de désarmer.

Le duc de Berry répondit "qu'il resterait sous les armes tant que le duc de Bourgogne aurait des soldats".
Quant à celui-ci, qui était maître de la personne du roi et de la capitale, il défia à la fois son souverain et le chef du parti d'Orléans en levant de nouvelles troupes qu'il fit approcher de Paris...

Après quelques mois de tractations confuses, une tentative de réconciliation entre les princes ennemis parut réussir, quand le frère du duc d'Orléans épousa la fille du duc de Bourgogne et que la reine, qui se tenait à Melun (loin des combats éventuels), organisa des fêtes pour célébrer l'évènement.

Un dîner particulier réunit Isabeau, Jean sans Peur et le duc Charles d'Orléans, fils de leur victime.
A l'issue du repas, le duc de Bourgogne entraîna la reine dans une encoignure de fenêtre et lui dit qu'il pourrait être fort intéressant pour eux deux de connaître les secrets sentiments du jeune Charles, ajoutant que rien n'incitait aux confidences comme un tête-à-tête amoureux....

Isabeau savait comprendre à demi-mots ce genre de suggestion.
Une heure plus tard, elle était au lit avec le fils de son ancien amant.


Cette soirée de réconciliation fut naturellement sans lendemain, et la guerre civile s'alluma définitivement d'un bout à l'autre du royaume.

C'est alors que Charles d'Orléans épousa la fille du comte d'Armagnac. Mariage en apparence peu important, mais qui allait donner sa physionomie définitive à la France divisée, puisque, dès lors, il y eut d'un côté les Bourguignons et, de l'autre, les Armagnacs.

Azincourt fut l'une des premières conséquences désastreuses de cette lutte intestine qui allait durer vingt-six ans et ruiner le royaume.
Le 14 octobre 1415, la France perdit 30 000 hommes, Charles d'Orléans fut fait prisonnier (il devait rester vingt-cinq ans dans les prisons anglaises. C'est alors qu'il composa les gracieuses poésies que nous connaissons) ainsi que le duc de Bourbon et la chevalerie fut anéantie.

Cette défaite, pourtant, ne causa aucun chagrin à Isabeau. Au contraire, il lui sembla qu'elle pourrait atteindre plus facilement ses buts ambitieux avec le concours de l'Anglais ; et elle se disposa à trahir....


En attendant, et sans aucun égard pour le malheur qui venait de frapper la France, elle se mit à organiser des fêtes dont tous les chroniqueurs nous parlent avec indignation.

Certains soirs, elle aimait aussi se déguiser en prostituée avec quelques dames de sa suite et s'en aller par les rues de Paris "pour se livrer aux désirs impurs" des clercs de l'Université.

Un jour, le connétable d'Armagnac fut mis au courant de ces navrantes distractions. Il se livra à une enquête et découvrit que l'agent de tous les plaisirs de la reine, son favori le plus taré, était Bois-Bourdon.

Il alla trouver le roi :

- Sire, dit-il, vous êtes vilainement trompé. Venez vous en convaincre par vous-même
.

Et il conduisit Charles VI à Vincennes où la reine tenait à ce moment sa Cour. Le destin voulut qu'à l'instant précis où ils arrivaient devant les appartements privés d'Isabeau, ils aperçussent BoisèBourdon qui sortait d'une chambre avec une désinvolture qui en disait long sur ses accointances dans la maison.
En reconnaissant le roi, le favori pâlit un peu, mais passa sans s'arrêter.
Charles, offusqué par ce manque de respect, donna immédiatement l'ordre au connétable d'Armagnac de faire emprisonner l'insolent et, renonçant à voir sa femme retourna à Paris.

Bois-Bourdon, qu'on avait arrêté sur-le-champ, fut conduit au Châtelet. Là, on lui fit subir plusieurs fois la question devant le roi, qui, nous disent les chroniqueurs, en apprit beaucoup plus qu'il n'en voulut savoir.


Finalement, le mauvais génie de la reine fut condamné à mort. Le soir même, deux gardes allèrent le jeter dans la Seine, "cousu dans un sac de cuir" sur lequel étaient écrits ces mots : "Laissez passer la justice du roi"...

Quelques jours après l'exécution de Bois-Bourdon, le dauphin Charles, d'accord avec le connétable d'Armagnac, donna l'ordre d'enlever la reine et de la conduire sous bonne escorte à Blois d'abord, puis à Tours.
Isabeau n'eut pas le temps d'appeler à son secours le duc de Bourgogne qui se trouvait pour lors en Normandie. On l'enferma dans un chariot, malgré ses protestations, et le convoi quitta Vincennes.

Etre menée en exil, était déjà une rude humiliation pour une reine, mais lorsqu'elle apprit qu'on n'emportait aucune des robes sompteuses dont elle aimait se parer, ni aucun de ses bijoux, elle faillit tomber en syncope.


Pendant le voyage, qui dura trois jours, elle simula de fréquents malaises dans l'espoir d'apitoyer les membres de son escorte. En vain, bien entendu.
Et, par un soir doux de mai 1417, elle arriva à Tours où l'attendaient trois hommes d'aspect sévère qui devaient devenir ses gardiens.


Sans aucun égard, on la fit entrer dans un château qu'on avait transformé en prison. Elle allait y mener une existence fort pénible. Objet d'une surveillance constante, elle ne pouvait ni écrire, ni recevoir de visite, ni se promener librement. En outre, ses gardiens, sachant que cette femme, dont les aventures galantes scandalisaient tout le royeume, était à l'origine des maux dont souffrait le peuple, se montraient désinvoltes et impertinents.
Oubliant qu'elle était reine de France (mais ne l'oubliait-elle pas elle-même ?). Ils lui parlaient insolemment sans retirer leur chapeau
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: clovis et clotilde   Mer 6 Avr - 14:07

A Paris, pendant ce temps, le dauphin Charles ne demeurait pas inactif. Sans rien dire au roi, qui ne sortait de ses moments d'abattements que pour entrer dans le lit d'Odette de Champdivers (la "petite reine" donna à Charles VI une fille, que l'on nomma Marguerite de Valois. A la mort du roi, cette enfant se vit allouer une rente de cinq cents livres par an. En 1424, elle sauva le roi Charles VII, en lui faisant savoir qu'un complot était ourdi contre lui. En reconnaissance, le roi l'appela à la Cour et la légitima. Après quoi, il a maria avec Jean de Hardepenne, chevalier-sénéchal de Saintonge, seigneur de Montaigu et de Belleville, en Saintonge. Ses armes indiquaient qu'elle était à la fois, fille de roi et enfant de l'amour : elles étaient "semées de France, brisées d'une barre d'or"), il confisqua les trésors cachés de sa mère.

Puis, voulant faire rentrer le plus d'argent possible dans les caisses du parti d'Armagnac, il vendit les robes d'or, les meubles précieux et les bijoux qu'Isabeau avait laissés à Vincennes...


Mais l'argent ne suffit pas à faire la force d'un parti : il faut des partisans, et c'est précisément ce qui allait manquer.
A la suite de maladresses successives commises par le connétable d'Armagnac, un grand nombre de militaires abandonnèrent en effet brusquement le dauphin pour aller grossir l'armée du duc de Bourgogne.

Le roi d'Angleterre connaissait son métier. C'est à ce moment précis qu'il débarqua en Normandie, sûr d'être aidé par Jean sans Peur. Aussitôt, les troupes bourguignonnes se joignirent aux troupes anglaises, et Henri V marcha sur Paris.
Parvenu à Senlis, il fit demander à Charles VI de lui céder la couronne de France.

- Précisez bien, dit-il à ses messagers, que je lui en laisserai les honneurs jusqu'à sa mort, à condition, 1° d'être nommé régent, avec le titre de roi de France, et, 2° que la main de Catherine, soeur du dauphin, devienne le sceau du traité.

Charles VI, qui, par bonheur, n'était pas en crise, étudia ces propositions avec ses conseillers.


Au même instant, à Tours, Isabeau rongeait son frein. Informée de ce qui se passait à Paris, grâce à la complicité d'un domestique qui lui permettait de correspondre à l'extérieur, elle cherchait à s'évader, dans le but d'aider le roi d'Angleterre contre l'époux qui la gênait depuis trente ans, et le dauphin qui lui avait enlevé ses richesses.

Un soir, son complice vint lui dire que le duc de Bourgogne approchait de Tours avec huit cents hommes. C'était une occasion inespérée. Aussitôt, elle lui fit parvenir son sceau en or. Jean sans Peur comprit.
Il fit répondre qu'il était prêt et qu'il attendrait la reine le lendemain, jour des Trépassés, dans une abbaye située à deux lieues de Tours.

En se couchant, ce soir là, la reine dit négligemment à ses gardeins :

- Messieurs, j'aimerais faire demain mes dévotions à Marmoutier. Je pense qu'on ne peut me refuser d'aller prier ?
- Certes non, Madame.
- En tout cas, soyez prêts à m'accompagner de bonne heure.

Le lendemain, à peine Isabeau et ses compagnons furent-ils en prière, que soixante hommes pénétrèrent dans l'église de Marmoutier.

Les gardiens, très inquiets se penchèrent vers la reine :
- Madame ! voilà une grande affluence d'Anglais et de Bourguignons. Sauvez-vous !
- Restez calme, dit Isabeau en souriant.

Alors, les trois hommes comprirent qu'ils avaient été joués et cherchèrent à s'enfuir. Ils n'en eurent pas le temps. Déjà Hector de Saveuse, le chef de la troupe envoyée par Jean sans Peur, se présentait devant la reine et la saluait respectueusement.

- Saveuse, dit Isabeau, qu'on arrête ces trois hommes !

Deux se laissèrent prendre. Le troisième réussit à sortir de l'église et courut vers la Loire où il monta dans un bateau qui chavira. Personne n'en entendit plus jamais parler.

Quand le tumulte se fut apaisé, le duc de Bourgogne vint à son tour saluer Isabeau.

- Soyez le bienvenu, lui dit celle-ci, vous êtes l'homme du royaume que je dois le plus aimer, puisque vous quittez tout pour me délivrer. Soyez assuré que jamais je ne vous manquerai.
Après quoi, tous deux "firent bonne chère à l'abbaye" et allèrent s'allonger dans une chambre "pour se mieux retrouver
".
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: clovis et clotilde   Mer 6 Avr - 14:49

Le lendemain, la reine força la ville de Tours à se livrer au duc. Puis, les deux amants se rendirent à Chartres, où ils furent reçus triomphalement. Isabeau en profita pour se déclarer régente "en vertu des ordonnances passées qui ne pouvaient être révoquées", et elle adopta un sceau sur lequel était gravé son image en pied.

Quelques jours après, elle arrivait à Troyes où elle établissait sa Cour et son Parlement. Ainsi, selon le mot du marquis de Sade, "y avait-il alors dans le royaume deux Cours souveraines quatre factions et deux rois".

Au milieu de ce désordre extraordinaire, Isabeau se mit en rapport avec Henri V, l'assurant de toute son amitié, l'encourageant à conquérir l'ensemble du royaume et lui promettant la main de sa fille Catherine.


Mais Paris, où se trouvait le connétable d'Armagnac, résistait toujours, et cela tourmentait la reine.
Elle décida de s'en occuper elle-même, et un soir de mai 1418, un de ses fidèles amis, Perrinet Leclerc, ancien secrétaire de Bois-Bourdon, ouvrit la porte Saint-Germain aux Bourguignons qui envahirent la ville et tuèrent tous ceux q ui se glorifiaient, la veille encore, d'être du parti Armagnac. Après un carnage épouvantable qui dura plusieurs semaines, Jean sans Peur et Isabeau entrèrent dans la capitale. Les Parisiens, peu rancuniers, leur jetèrent des fleurs...

Quant au roi, il reçut sa femme comme si rien ne s'était passé.
- Tiens ! dit-il, vous voilà ! Vous avez grossi !
Ce fut tout.

Les amants n'étaient pourtant pas tranquilles, car le dauphin, qui avait réussi à s'échapper de Paris, continuait à mener la lutte contre sa mère. Isabeau décida alors de le faire assassiner, ce qui était, en effet, une façon d'en finir.

Ayant organisé son plan, elle appela Jean sans Peur et lui dit :


- Pour ce que vous êtes mon ami sûr, je vais vous confier une mission importante. Vous allez demander à mon fils une entrevue, laquelle vous sera accordée benoîtement et sans défiance. Or cestuy Charles, par accident malheureux qui fort me navre par avance, passera, devant vous, de vie à trépas... Ce pourquoi je serai tout à la fois en grande désolation et en grand plaisir comme le pensez. Mais gardez-vous de commettre folle imprudence. Ne l'attaquez pas, vous auriez le royaume entier contre vous. Faites en sorte, plutôt, qu'après un mot violent on vous brutalise. Les hommes de votre escorte viendront alors vous défendre et pourront agir en toute impunité... Le pauvre mourra, victime d'une erreur...

Le duc accepta, et l'entrevue eut lieu le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau où le dauphin avait fait dresser sa tente.

Après quelques paroles, Jean sans Peur suggéra d'aller trouver le roi à Paris.

- Je n'ai pas besoin de vos avis, dit le dauphin piqué, j'irai voir le roi quand je voudrai.
- Vous y viendrez tout de suite ! répondit le duc d'un ton sec.

Et mettant une main sur la garde de son épée et l'autre sur le collet du dauphin, il attendit qu'on le bouscula pour que les hommes de son parti ripostent
.

Mais Tanneguy Duchâtel, serviteur fidèle du dauphin, voyant son maître en danger, se précipita sur le duc de Bourgogne, le poussa hors de la tente, et lui fendit le crâne d'un coup de hache. Tout se passa si vite que les Bourguignons, ahuris, n'eurent pas le temps d'intervenir ; et c'est avec la peine qu'on imagine qu'ils virent achever, à coups de lance, leur maître bien-aimé, dont le corps ne fut bientôt plus qu'un amas de chair sanguinolent.
Le coup était raté
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Ven 8 Avr - 20:33

Le dauphin n'avait pas été témoin du meurtre. Deux seigneurs, pendant qu'un tel spectacle n'était point ce qui'il était convenable de montrer à un adolescent (il allait avoir seize ans), l'avaient maintenu à l'intérieur de la tente.

Toutefois, Charles avait entendu le hurlement poussé par Jean sans Peur et, connaissant son cousin pour un homme plutôt calme, il s'était étonné :

- N'arrive-t-il point quelque désagrément au duc de Bourgogne ?
- Non. N'ayez crainte, s'étaient écriés fort hypocritement les chevaliers.

Il avait alors pensé à autre chose.


Mais quand il sorti et qu'il avait vu le corps à demi nu allongé sur le pont, il s'était évanoui et on avait dû le transporter jusqu'au château de Montereau.
Revenu à lui, il avait montré une grande douleur.

- Pourquoi pleurez-vous ? lui avaient demandé ses amis.

- Je pleure sur la mort de mon cousin, s'était-il écrié, et je pleure sur moi, car je suis sûr qu'on va me rendre responsable de cet affreux assassinat.

Le dauphin avait raison. Bientôt, dans tout le royaume, la rumeur publique l'accusa d'avoir attiré le duc de Bourgogne dans un guet-apens et de l'avoir fait massacrer sous ses yeux.

Cette épouvantable calomnie était propagée sur les ordres d'Isabeau, dont la haine pour le dauphin avait redoublé depuis la mort de son amant.


L'affaire du pont de Montereau l'avait en effet profondément affligée. Pendant toute une nuit, elle s'était promenée, un flambeau à la main, en poussant des gémissements, et l'on avait craint pour sa vie.

Devant une telle douleur - qui paraît insolite chez cette reine insensible - on est en droit de se poser une question : Isabeau aimait-elle donc vraiment Jean sans Peur ?
Non. Pas plus que les autres.
Alors ?


Toutes les femmes que l'âge a désenchantées comprendront son désespoir. Ce n'était pas un amant que la reine pleurait, mais son dernier amant.
Elle avait maintenant cinquante ans, elle s'était en quelques mois incroyablement épaissie, ses jambes étaient devenues énormes, son visage flasque et tremblotant ; elle savait qu'elle n'avait plus aucune chance d'attirer dans son lit un de ces beaux chevaliers dont elle devinait l'ardeur, et elle regrettait cet homme vigoureux qui, pendant un temps encore, par tendresse ou par habitude lui aurait rendu quelques hommages...


On comprend, dès lors, pourquoi elle en voulait tant au dauphin.
Son premier mouvement avait été naturellement, de le faire assassiner par un de ses hommes de main, puis elle avait pensé qu'un tel acte était difficile à commettre en toute sécurité maintenant que le maquiavélique Bois-Bourdon n'était plus là, et elle avait décidé de rendre son fils impopulaire pour l'empêcher de régner à la mort de Charles VI.


Or, en lançant cette accusation au sujet de l'assassinat de Jean sans Peur, précisément à l'heure où le parti bourguignon était le plus puissant de France, elle était sûre de dresser la presque totalité du royaume contre le dauphin.

Isabeau ne fut pas longtemps seule à mener le combat contre le jeune Charles. Elle eut bientôt un allié précieux en la personne du fils de son amant, le duc Philippe de Bourgogne, qui était âgé de vingt-trois ans et brûlait de venger la mort de son père.

Ils préparèrent ensemble un plan de bataille. Lorsqu'ils se furent mis d'accord, la reine, qui ignorait la décence, alla se jeter aux pieds du roi pour demander qu'un châtiement exemplaire frappât les assassins de son amant.


- Monseigneur, je vous demande en grâce particulière de faire arrêter, sans attendrissement d'aucune sorte, le personnage qui par mauvaiseté de coeur a fait occire ce prince que tant j'aimais et dont le départir me navre ...

Charles VI, qui avait si souvent entendu des réclamations de ce genre, l'écouta d'une oreille distraite.
Déçue, Isabeau entreprit alors de faire naître un doute sur la légitimité de son fils.


Des langues bien pendues - et appointées - allèrent répandre le bruit que le prince héritier était un bâtard (ce qui n'étonna pas outre mesure le menu peuple, instruit depuis longtemps des débauches scandaleuses de sa souveraine) et les Parisiens ne nommèrent bientôt plus le pauvre Charles que :
"le soi-disant dauphin".


Cette réussite ne suffit pas, on s'en doute, à satisfaire Philippe et Isabeau.
Suivant le plan qu'ils s'étaient tracé, ils entrèrent en rapport avec le roi d'Angleterre, qui avait, pour l'heure, envahi une grande partie de la France, et lui promirent une aide totale contre l'armée du dauphin
.

Après un échange de messages, le jeune duc de Bourgogne se rendit à Arras, où se trouvait Henri V, et un accord fut conclu.

Alors Isabeau, qui n'agissait que dans le but de faire déshériter son fils, fit transmettre au roi d'Angleterre une proposition stupéfiante : elle s'engageait à le faire unique héritier du royaume des lys s'il épousait sa fille, la princesse Catherine.

Henri V fut absolument éberlué de voir la reine Isabeau lui offrir la couronne de France. Croyant à un piège, il commença par se méfier ; mais ses conseillers, bien informés lui assurèrent qu'il pouvait accepter sans crainte cette offre inespérée, et un projet de traité fut rédigé. Il comportait, entre autres, les articles suivants :

I° Le roi d'Angleterre épousera Mme Catherine et deviendra unique héritier de France ;
2° Charles VI, devenu le beau-père de Henri V, continuera de régner ; mais en raison de son infirmité, Henri V sera déclaré régent ;
3° Aussitôt après la mort de Charles VI, Henri V sera reconnu roi de France au préjudice de Charles "soi-disant" dauphin, lequel est exclu à jamais de la couronne.


Tandis qu'Isabeau attendait avec impatience, dans son somptueux hôtel de Troyes, le résultat des négociations, le roi, qui vivait à ce moment près d'elle (mais n'était tenu au courant de rien) batifolait dans les couloirs sans se douter qu'on était en train de vendre son royaume.

Quant elle eut le traité en main, la reine courut jusqu'aux appartements de Charles VI, le quel souffrait, ce jour-là, par une "coïncidence" curieuse, de maux de tête terribles qui le rendaient incapable de juger sainement des choses, et elle lui fit mettre sa signature au b as du parchemin qui livrait la France aux Anglais.


Après quoi, elle fit adresser de beaux discours au Parlement et au peuple de Paris, pour représenter les maux dont on gémissait depuis longtemps et pour assurer que le roi d'Angleterre pouvait seul les faire cesser.
Elle insista sur "les qualités de Henri, sur son amour de la justice, de la paix, même sur sa bonne grâce et sa bonne figure, sur ce que le "soi-disant" dauphin ruinait le pays, et que lui et ses gens, par la mort du duc de Bourgogne et tant d'autres méfaits avaient encouru toutes peines et malédiction".


Le peuple est facile à émouvoir. Il acclama les conditions du traité.
Satisfaite de ce résultat, Isabeau s'occupa alors des préparatifs du mariage de Mme Catherine avec ce roi d'Angleterre qu'elle venait de substituer à son fils
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Sam 9 Avr - 11:40

Henri V arriva à Troyes le 20 mai 1420. Toute la ville était en fête pour l'accueillir. Il se rendit immédiatement à l'église Saint-Pierre où Charles VI, Isabeau et la princesse Catherine l'attendaient.
Dès qu'il fut entré dans la nef, il n'eut plus d'yeux que pour cette fiancée qui lui apportait en dot un second royaume.


Elle était blonde et souriante et il fut heureux de la trouver aussi belle que le jour où elle lui avait été présentée près de Pontoise. ( Car Isabeau, pour être sûre que le roi d'Angleterre ne reviendrait pas sur sa décision, avait conduit Catherine, en grande pompe, quelque temps avant la signature du traité, dans une prairie proche de l'endroit où les Anglais cantonnaient, et elle l'avait "exhibée".).

Le mariage, qui fut célébré le 2 juin, donna prétexte à des réjouissances folles, et Henri V considéra avec une certaine ironie ce bon peuple de France qui s'esbaudissait (se réjouissait) sans avoir l'air de comprendre qu'il venait d'être trahi par sa reine.


Quelque temps après, eut lieu l'entrée solennelle des deux rois et des deux reines à Paris. Là encore, malgré la grande misère dans laquelle se trouvait le peuple, il y eut des fêtes magnifiques et tous les Parisiens, qui espéraient peut-être une trêve à leurs souffrances, accueillirent ces quatre souverains par des cris de joie :

- Noël ! Noël ! à notre gentil roi Charles, à Monseigneur d'Angleterre, à Madmae Isabeau et à Madame Catherine...

Enfin, sur le conseil d'Isabeau, Philippe de Bourgogne, se sachant maintenant soutenu par Henri V, demanda justice de l'assassinat de son père. Une assemblée se réunit en l'hôtel Saint-Pol et il fut décidé qu'on sévirait contre les meurtriers.


En conséquence, le dauphin, considéré comme seul coupable, fut cité à la table de marbre et condamné par contumace à être banni du royaume ; de plus, il fut déclaré incapable de succéder à la couronne de France.

Le lendemain, des hérauts circulèrent dans Paris pour annoncer à son de trompe une ordonnance signée de Charles VI dans laquelle se trouvait cette phrase :
"Messire Charles de Valois, dauphin du Viennois, est indigne de succéder à toutes seigneuries venues et à venir."

Isabeau pouvait, enfin, se flatter d'avoir obtenu ce qu'elle désirait.
Le futur Charles VII était déshérité.


On était alors en 1420.
Et à Domrémy, au bord de la Meuse, une petite fille de huit ans jouait avec ses compagnons autour de l'arbre aux Fées, sans se douter qu'un jour elle réparerait le tort causé par la "male reine" de France, réalisant ainsi la vieille prophétie de Merlin :
"Le royaume perdu par une femme sera sauvé par une autre femme.
.."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Sam 9 Avr - 12:25

Tandis que le dauphin essayait, du côté de Poitiers, de regrouper quelques partisans, Isabeau manoeuvrait à Paris pour s'attacher plus étroitement encore Philippe de Bourgogne, fils de l'amant qu'elle pleurait.

Dix ans plus tôt, elle en eût, sans doute, fait son amant, ce qui est généralement un moyen assez sûr de se rendre maître des bons sentiments d'un homme.
Mais la pauvre avait bien vieilli. Elle était devenue obèse et presque impotente. Il lui fallait un fauteuil à roulettes pour circuler, et sa décrépitude, elle le savait, lui interdisait toute entreprise amoureuse.

Aussi trouva-t-elle une autre solution : elle donna à Philippe sa fille Michelle, qui était une ravissante blonde aux yeux pervenche et à la taille souple.


Le duc de Bourgogne tomba bien vite amoureux de cette jolie personne ; il l'épousa avec une grande fougue et vécut près d'elle, attentif à ne point lui déplaire, ce dont Isabeau commença par se féliciter.

Mais bientôt, la vieille reine, trop rusée, s'aperçut que Michelle, dont l'emprise sur Philippe allait croissante, conservait un tendre attachement pour son frère le dauphin. Et elle eut peur.
Elle craignit que sa fille ne tentât un rapprochement entre les deux hommes, et ne ruinât du même coup les espoirs qu'elle fondait sur les Anglais.

Elle pensait, en effet, avec raison, que, si Philippe et Charles se réconciliaient, l'armée de Henri V serait rapidement chassée de France.


Voulant connaître les sentiments secrets de sa fille, elle mit à ses côtés la dame de Viesville qui lui rapporta fidèlement tout ce qui se disait à la Cour du duc de Bourgogne. Elle put savoir ainsi que ses craintes étaient fondées : Michelle préparait la réconciliation tant redoutée.
Il fallait agir vite.
Isabeau avait l'habitude.
Elle donna quelques ordres et, trois jours plus tard, la gracieuse duchesse de Bourgogne mourait empoisonnée.

Philippe fut inconsolable. Se douta-t-il de quelque chose ? On l'ignore. Mais il est certain, en tout cas, que son attitude à l'égard de la reine changea complètement à dater de ce jour-là.

Il allait d'ailleurs lui prouver son détachement de façon évidente.


La jeune Michelle venait à peine de mourir, que le roi d'Angleterre, sur lequel Isabeau comptait pour réaliser ses desseins, fut pris de vives douleurs et trépassa le 31 août 1422, au donjon de Vincennes, où on l'avait transporté en hâte.

Or, avant de rendre le dernier soupir, Henri V avait exprimé le sésir de voir le duc de Bourgogne devenir régent du royaume pendant la minortié de son fils (à la mort de Henri V, le futur Henri VI avait six mois).
Avisé aussitôt, Philippe refusa dignement et déféra la régence au duc de Bedford.


La reine faillit en avoir la jaunisse. Tous ses espoirs, en effet, s'écroulaient à la fois : le roi anglais, qu'elle pouvait diriger par l'intermédiaire de sa fille Catherine, disparaissait, et le duc de Bourgogne, en qui elle pensait avoir un allié sûr, se dérobait, in extremis, devant la dernière trahison.
Peut-être alors, comprenant sa faute, eut-elle quelques regrets d'avoir fait empoisonner la malheureuse Michelle.


Deux mois plus tard, le 20 octobre 1422, en l'hôtel Saint-Pol, Charles VI rendait à Dieu son pauvre esprit malade.

Le peuple de Paris pleura son roi. Et les obsèques du malheureux souverain attrièrent une foule considéralbe de braves gens qui, voulant prouver leur hostilité à la reine et au duc de Bedford, gémissaient "haultement" :

- aH ! très cher prince, jamais n'en aurons si bon !

Lorsque le corps de Charles VI eut été inhumé à Saint-Denis, un héraut d'armes se tourna vers la foule en prière et cria cette phrase qui fit frémir le menu peuple :

- Vive Henri de Lancastre, roi de France et d'Angleterre !


Mais cette exclamation rituelle ne suffisait pas à Isabeau qui avait hâte de faire exécuter le traité de Troyes. Elle pressa le régent d'annoncer à la France l'avènement du nouveau roi Henri VI, qui, pour l'heure, vagissait dans un château de Londres.
Docile, et pour cause, le régent convoqua une assemblée au Parlement et fit proclamer :
"Qu'étant né un prince nommé Henri VI, fruit du mariage de la princesse Catherine avec le roi d'Angleterre, dernièrement mort à Vincennes, à ce seul prince apparatenait la couronne de France et d'Angleterre, à l'exclusion de Charles "soi-disant" dauphin."


Or, au même instant, à Poitiers, ce dauphin, qu'Isabeau croyait définitivement écarté du trône, était couronné roi de France par ses fidèles, sous le nom de Charles VII.

Le royaume, cette fois, était divisé officiellement en deux parties.
D'un côté, réganit un prince français renié par sa mère, et, de l'autre, un bébé étranger représenté par un régent....

La guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons s'en trouva revigorée et repris avec une belle ardeur.


Pensant qu'il fallait frapper l'opinion, les Anglais utilisèrent alors contre Charles VII une arme dont s'était déjà servi Isabeau quelques années auparavant.
Ils contestèrent sa légitimité, affirmant qu'il n'étiat pas le fils de Charles VI, mais un enfant adultérin que la reine avait eu d'un commerce incestueux avec son beau-frère le duc d'Orléans.

Charles VII fut troublé. Il connaissait suffisamment sa mère pour savoir qu'une telle accusation pouvait très bien être fondée. Et il en conçut une angoise qui le rendit timoré.



La manoeuvre anglaise, si elle n'avait trouvé que peu d'écho dans le peuple, était au moins parvenue à émouvoir Charles VII et à le faire douter de lui-même. Ce qui n'était pas un mince résultat.

Or une question se pose : était-il vraiment un bâtard ? De nombreux historiens se sont penchés sur le problème, et il semble qu'à défaut d'une réponse précise, on puisse dire qu'en tout cas

En effet, lorsqu'on étudie les registres du palais daté du mois de sa conception, c'est-à-dire de mai 1402, on remarque qu'Isabeau est venue séjourner à l'hôtel Saint-Pol, les 14, 21 et 28, et qu'elle y a soupé avec le roi.
Y a-t-elle couché . Les registres ne le précisent pas ; mais ce détail import peu lorsqu'on connaît la frénésie sexuelle de Charles VI et qu'on siat que ce gaillard pouvait fort bien, au desser, s'étendre un moment sur son lit avec la reine.
Le roi dément a donc très bien pu en 1402, rendre mère l'infidèle Isabeau.

Mais nous le répétons, il ne s'agit que de possibilités, et l'on comprend que Charles VII ait été souvent saisi d'angoisse en songeant à ses origines.
Il se demandait parfois s'il n'occupait pas une place à laquelle il n'avait pas droit, et Marie d'Anjou, qu'il venait d'épouser, devait s'efforcer d'apaiser ses inquiétudes.


Un matin, il entra dans un oratoire, et là "il fit une humble requête et prière à Notre Seigneur dedans son coeur, où il lui requérait dévotement que si ainsi était qu'il fût vrai hoir (héritier) descendu de la Maison de France et que le royaume justement lui dût appartenir, qu'il lui plût de lui garder et défendre".

Quelques mois après, à Chinon, Jeanne d'Arce, l'ayant reconnu alors qu'il se cachait parmi ses familiers, l'attirait à l'écart et lui apportait une réponse à sa secrète requête ; une réponse qui, le délivrant de son tourment, allait décider du destin de notre pays :

- Je te le dis, de la part de Messire Dieu, tu es vrai héritier de France et fils de roi !

Merveilleuse parole qui n'empêcha pas Louis XI de confier un jour à un ambassadeur que, sa grand-mère ayant été "una gran puttana" il ne savait pas au juste de qui il était le petit-fils
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
epistophélès



Nombre de messages : 8685
Age : 26
Date d'inscription : 15/10/2009

MessageSujet: Clovis et Clotilde   Sam 9 Avr - 20:53

ISABEAU DONNE AUX ANGLAIS L'IDEE DE BRULER JEANNE D'ARC



Le duc de Bedford et la reine s'étaient bien trompés en imaginant que le supplice de Jeanne avancerait les affaires du roi d'Angleterre. - Marquis de SADE -




LE 5 avril 1429, au matin, les Parisiens, qui avaient appris en s'éveillant une étonnante nouvelle, semblaient fortement excités. A tous les carrefours, dans les tavernes et sur les berges de la Seine, où fleurissaient les premiers buissons d'aubépines, ils discutaient en faisant de grands gestes.

- Il paraît qu'elle a dix-sept ans, disaient les uns, et qu'elle est très belle.

Les femmes ricanaient :

- Pour une catin, c'est préférable.
- Et elle ne manque pas d'audace : elle dit qu'elle veut bouter hors tous les Anglais.
- Les bouter hors ? Elle ne dit pas son fin mot, la jolie. Je suis sûre qu'elle aimerait bien savoir comment on plante son arbalète à la mode de Londres.
- Sûr ! Et malgré son surnom. Car, savez-vous point comment cette fille à soldats se fait appeler et désigne elle-même ? La Pucelle....

Dès que ce mot était prononcé, la foule éclatait généralement d'un rire gras, et les femmes, par manière de fine plaisanterie, lançaient quelques mots orduriers pour préciser leurs sentiments.


Cette attitude peut paraître étrange. Rappelons que ces Parisiens, qui vivaient alors en "zone occupée" par les Anglais, étaient presque tous "collaborateurs".
Ils avaient reconnu pour roi le jeune Henri VI d'Angleterre et détestaient le parti Armagnac. Il était donc normal que cette femme qui venait aider Charles VII fût, à Paris, l'objet de toutes les railleries et de toutes
les insultes.

Or, que savait-on d'elle . Peu de chose en vérité.
Voici ce qu'un bourgeois qui tenait scrupuleusement son journal écrivait, entre une note concernant le prix des oignons et la relation d'une chasse au loup à la porte Saint-Denis.

"En celui temps, avait une Pucelle, comme on disait, sur la rivière de Loire, qui se prétendait prophète et disait :
"Telle chose m'adviendra pour vray."
Et était contraire au régent de France (le duc de Bedford) et à ses aydants...Et plusieurs choses de elle racontaient ceux qui mieux aimaient les Armagnacs que les Bourguignons, ou que le régent de France. Ils affirmaient que, quand elle était bien petite, qu'elle gardait les brebis, que les oiseaux des bois et des champs, quand les appelait, ils venaient manger son pains dans son giron, comme privés. In veritate apocriphum est."

Quelques jours plus tard, il ajoutait :

"En celui temps, levèrent le siège des Armagnacs, et firent partir Anglais par force de devant Orléans, mais ils allèrent devant Vendôme , et la prirent, comme on disait ; et partout allait cette Pucelle armée avec les Armagnacs, et portait son étendard où était tant seulement en escript "Jésus", et disait-on qu'elle avait dit à un capitaine anglais qu'il se départit du siège avec sa compagnie, ou mal leur viendrait et honte à trèstous ;lequel la diffama moult (beaucoup) de langage, comme clamer ribaude et putain ; et elle lui dit que, malgré eux tous, ils partiraient bien bref ; mais il ne le verrait ps. Et ainsi en advint-il car il se noya".


Pendant que Paris, railleur mais étonné, suivait les faits et gestes de cette Pucelle qui semblait accomplir des prodiges, Isabeau, enfermée dans son hôtel Saint-Pol, ne décolérait pas.

L'entrevue de Chinon, la délivrance d'Orléans, les victoires de Beaugency, Patay, Auxerre, Troyes l'avaient rendue malade de rage ; lorsqu'elle apprit un jour de juillet, que Charles VII, Jeanne et l'armée royale venaient de quitter Châlons en direction de Reims, où l'on préparait les cérémonies du sacre, elle devint pâle de fureur.

- Il faut faire disparaître cette sorcière, dit-elle au duc de Bedford.


Jeanne, qu'elle avait essayé en vain de salir, en l'accusant vilainement de partager la couche du roi, l'empêchait de dormir. Plusieurs fois, de ses mains grasses aux doigts boudinés, mais crochus, elle avait fait le geste de tordre un cou en prononçant son nom.

Pourquoi ? Que reprochait donc cette vieille reine obèse à la jeune Champenoise ? (car Jeanne d'Arc n'a jamais été Lorraine. Domrémy était situé mi en Champagne, mi en pays barrois.).
Simplement d'aider Charles qu'elle haïssait depuis l'assassinat de Jean sans Peur. Isabeau ne pouvait, en effet, oublier son dernier amant. Lorsqu'elle pensait à leurs anciennes étreintes, elle devenait comme folle dans son lit, poussant des cris, mordant ses draps et déchirant ses vêtements.
A plusieurs reprises, elle avait essyé de persuader un garde qu'il pouvait être bon pour son avancement de se montrer affectueux avec elle. Mais elle n'avait point réussi, car les fonctionnaires du palais savaient bien qu'elle n'avait plus aucun pouvoir depuis la nomination du régent, et ils reculaient devant une tâche aussi inutile...


Depuis la mort du duc de Bourgogne, la reine était donc condamnée à une chasteté qui lui était un supplice constant et intolérable.
Tenaillée par le désir, elle reportait toute sa force sexuelle refoulée dans sa haine contre Charles. Elle éprouvait une véritable volupté à lui faire du mal. On imagine donc avec quelle ardeur passionnée elle chercha à perdre Jeanne, dont le but était précisément de rendre son royaume au "déshérité"...
Le sacre eut lieu.

Et Isabeau, qui n'avait pu agir assez vite, attendit son heure.

Or, après avoir fait oindre son roi, Jeanne décida de marcher sur Paris.
Le 22 juillet, Charles VII reçut les clés de Soissons, le 29, Château-Thierry se soumit, puis Coulommiers, Crécy-en-Brie, Crépy-en-Valois ouvrirent leurs portes. Compiègne imita leur exemple. Là, Jeanne dit au duc d'Alençon :

- Mon beau duc, faites appareiller vos gens et ceux des autres capitaines. Par mon Martin, je veux aller voir Paris de plus près que je ne l'ai vu.


Le 26 août, la Pucelle entrait à Saint-Denis sans difficulté, et le 8 septembre elle était devant les murs de la capitale.
A deux heures de l'après-midi, brandissant son étendard, elle dirigeait un assaut sur les fossés de la porte Saint-Honoré (à l'endroit où se trouve aujourd'hui la Comédie-Française).
Sa voix claire se fit entendre soudain au milieu du tumulte :

- De par Jésus, rendez-vous à nous bientôt. Car, si vous ne vous rendez pas avant la nuit, nous entrerons par force et serez mis à mort sans merci.

Alors un archer parisien l'ajusta de son arbalète en criant :

- Tais-toi, paillarde ! Ribaude !

Avec un bruit d'abeille une flèche vola en direction de Jeanne qui s'écroula, la cuisse transpercée.


Dans la nuit, l'armée royale, sur l'ordre de Charles VII, abandonnait le siège de Paris, et la Pucelle était emmenée à Saint-Denis où on la soigna. Or, tandis que soldats anglais et bourguignons fêtaient cette victoire, un homme se présentait à l'hôtel Saint-Pol. Isabeau le reçut aussitôt.

- Madame, lui dit-il, j'ai atteint et vraisemblablement tué cette sorcière. Ce pourquoi je viens vous demander de me bailler la récompense que vous m'avez promise.

Illuminée de joie, la reine fit remettre à l'instant deux mille saluts (le salut valait vingt-cinq sols) à l'archer, lui ordonnant de recommencer si, par hasard, il reconnaissait n'avoir point réussi.

Pendant l'hiver, Jeanne vécut chez ses bons amis les Orléanais, et Isabeau ne put rien contre elle
.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MARCO



Nombre de messages : 5414
Date d'inscription : 09/12/2008

MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Lun 11 Avr - 9:54

Horrible la description d'une femme " de cinquante ans " !!
C'était comme ca à l'époque ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Clovis et Clotilde    Aujourd'hui à 20:13

Revenir en haut Aller en bas
 
Clovis et Clotilde
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 5 sur 6Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant
 Sujets similaires
-
» Clovis Cornillac
» Les meilleurs baisers de l'année 2011 Votez !
» Bon Vendredi
» Présentation Clovis 1er
» HEUREUX ANNIVERSAIRE S....

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Mosaïque :: Bibliothèque :: HISTOIRE D'AMOUR DE ...-
Sauter vers: